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 Une dame à la Ville Basse

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La Noblesse
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Je suis : duchesse de Bellifère, autrefois astronome à l'Observatoire de Val-du-Ciel, mon observatoire.

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Message Sujet: Une dame à la Ville Basse   Ven 23 Déc - 10:50


Livre II, Chapitre 1 • Les Sables du Temps
Mélodie Douxvelours & Séverine Belastre

Une dame à la Ville Basse

Ou l'art d'attirer les mauvaises gens en toute ignorance de cause



• Date : 11 novembre 1001
• Météo : Il ne faisait pas très chaud ce jour-là et les nuages couvraient paresseusement le ciel par petits groupes passagers.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Séverine croit avoir une piste qui pourrait lui être utile dans ses plans de vengeance et se rend imprudemment dans la Ville Basse. Sa tenue tape l'oeil et sa prestance attirent l'oeil de malfrats ainsi, bien que d'abord intéressée par la bourse de l'étrangère, Mélodie porte secours à l'inconsciente.
• Recensement :
Code:
• [b]Date :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1601-une-dame-a-la-ville-basse]Une dame à la Ville Basse[/url] - [i]Mélodie Douxvelours & Séverine Belastre[/i]
Séverine croit avoir une piste qui pourrait lui être utile dans ses plans de vengeance et se rend imprudemment dans la Ville Basse. Sa tenue tape l'oeil et sa prestance attirent l'oeil de malfrats ainsi, bien que d'abord intéressée par la bourse de l'étrangère, Mélodie porte secours à l'inconsciente.



Dernière édition par Séverine Belastre le Ven 23 Déc - 10:51, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Ven 23 Déc - 10:51

Un lourd frisson lui parcourut l'échine alors qu'elle resserrait les pans de sa cape de voyage sur son corps transis.  Elle ne savait pas si elle devait l'attribuer au temps frais de ce début novembre ou alors à l'ambiance environnante.  Après de longs mois d'absence passés dans le confort de son observatoire en Mauve, elle se retrouvait à nouveau dans les Terres du Nord, le cœur bien changé par rapport à ce qu'il était autrefois.  Douce insouciance perdue, quand reviendras-tu!  Mais son esprit était beaucoup trop empli de haine pour pouvoir regretter plus longtemps ces beaux jours d'aisance et de bonheur, bien qu'elle se faisait un devoir de se les rappeler régulièrement, un hommage à feux ses parents, mais aussi une motivation de plus à accomplir sa vengeance.  À la manière d'une incantation bourdonnante et incessante, elle se répétait tous les jours ce qu'elle avait à faire, quel était son objectif final : il ne lui était pas permis de dévier un seul instant de la route qu'elle s'était tracée et ce, peu importe les difficultés qui s'imposeraient en chemin.  Autrement, elle n'aurait jamais eu l'intention de se promener dans la Ville Basse, un endroit qui ne lui seyait guère, un environnement auquel même le plus dru de ses cheveux n'appartenait pas.  Pourtant, elle était là, seule, dans ce territoire aux dangers infinis pour une dame de sa condition : malgré sa déchéance, elle avait été élevée dans un certain luxe qui ne correspondait pas du tout aux tours délabrées qu'elle voyait se dresser maladroitement vers le ciel parsemé de nuages.  Malgré l'air salin apporté par la brise marine, une certaine puanteur semblait émaner de cet endroit, comme si les canaux à quelques pas était un nid de putréfaction, et elle ne put retenir de froncer le nez de dégoût : la gente dame avait l'odorat particulièrement fin et la moindre odeur désagréable lui procurait une sensation d'inconfort particulièrement forte.  Elle regretta de ne pas avoir emmené de mouchoir avec elle.

Venant à peine de descendre du cabriolet qui l'avait menée jusque là, elle paya sa course des quelques cent fleurons qu'on lui avait demandés et très rapidement le bruit des roues sur le pavé se fit entendre dans un doux fracas derrière elle.  La jeune femme était désormais seule et livrée à elle-même.  Mais elle n'avait pas peur.  Si elle était en proie à bien des sentiments, la peur n'en faisait pas partie.  Séverine ne pouvait certes pas être considérée comme une demoiselle téméraire, mais devant le devoir à accomplir elle ne reculait point.  Or, une piste, qu'elle croyait être de bonne source, sans pouvoir s'en assurer complètement pour cause de moyens financiers restreints, lui avait indiqué qu'elle pourrait apprendre quelques informations qui pourraient lui être utiles dans les rues de la Ville Basse.  De sa petite baronnie de Mauve jusqu'à Lorgol, la route était longue, elle avait même dû emprunter un détour pour éviter de passer par Erebor : comme la plupart des autres Cielsombrois, elle ne portait pas particulièrement les Erebiens dans son cœur.  Puis pour une femme voyageant seule sur une aussi longue distance, il valait mieux être plus prudente.  Elle ne tenait pas particulièrement à se mettre dans des situations périlleuses inutilement : après tout, la condition de la femme n'était pas ce qu'elle était en Sombreciel dans tous les duchés, il fallait prendre ce fait en considération.  Et pourtant, la voilà qui s'apprêtait à arpenter les parapets bordant les canaux de cette partie de la ville où même dans ses plus simples habits de baronne déchue elle détonait avec force.  Ce qui était plus choquant encore, c'était de voir à quel point la source de ses informations était si ténue, d'autres auraient dit du risque qu'elle prenait qu'il était beaucoup trop dangereux pour le peu de profit qu'elle en retirerait.  Elle-même commençait à avoir certaines appréhensions, mais il était un peu tard pour reculer maintenant.  D'un pas décidé, elle s'attaqua aux dédales des rues en suivant les instructions qu'on lui avait données, une part d'elle-même priant les dieux de lui apporter secours et protection.

Plus elle avançait dans son parcours, plus elle regrettait le doux climat de Mauve, beaucoup moins humide que celui qu'elle affrontait en ce moment et elle se serait bien vêtue d'un habit de plus pour protéger son corps transis.  Progressant à petits pas rapides, elle jetait ça et là des coups d'oeil par-dessus son épaule : elle avait l'impression que même les murs l'observaient d'un drôle d'oeil.  Décidémment, il ne s'agissait pas d'un endroit correspondant à son statut de dame : au diable les titres de noblesse, par l'éducation Séverine ne se rapprocherait jamais de ce que sont les roturières, ses manières ne pouvaient point être changées aussi facilement qu'on pouvait rayer les titres qui accompagnait son nom.

Évidemment, une femme de cette allure, avec une démarche pareille qui indiquait que trop clairement qu'elle n'appartenait pas à ce monde et souhaitait le quitter dès que possible, ne pouvait qu'attirer l'attention.  De toute façon, rien que par sa tenue, Séverine se démarquait de façon flagrante : bien que parmi ses vêtements les plus discrets, dans un velours bleu poudre, sa cape était décorée de parures qui n'auraient pas fait honte à une Cielsombroise digne de ce nom.  Face à n'importe quelle situation, l'ex-héritière de Mauve ne pouvait se faire l'affront de porter des vêtements trop banaux.  On aurait beau essayer, on ne pourrait jamais retirer la Cielsombroise de la femme.  Un coup de vent souleva le voile qui couvrait son visage, attisant l'odeur nauséabonde et elle dut s'arrêter un instant pour porter la main à son nez, ses doigts couverts par de jolis gants fins parfumés.  Ainsi elle prévoyait pouvoir se permettre de se remettre du choc avant de se remettre promptement en route.  Le peu de temps qu'elle avait déjà passé dans cette partie de la ville avait été suffisant pour la convaincre que là n'était pas sa place et qu'elle ferait mieux d'éviter d'y remettre les pieds.  D'ailleurs, sans son orgueil, elle aurait eu tôt fait de rebrousser chemin et d'essayer de trouver un gamin à qui elle pourrait transmettre sa commission en échange de quelques pistols.
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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Lun 26 Déc - 20:21

Qu’elle était belle la gente dame. Perchée sur un toit, je la voyais se diriger avec noblesse dans les quartiers peu fréquentables de Lorgol, des quartiers où elle n’avait rien à faire accoutrée ainsi. Qu’elle était jolie, la jeune femme, avec sa robe et son port altier. Le visage haut, le nez en avant, défiant les passants d’un regard qui, j’imaginais, ne trompait pas. Elle n’avait rien à faire dans nos rues, pas accoutrée ainsi, pas avec cette attitude dédaigneuse trahissant plus surement ses origines que n’importe quelle autre parure.
Je souris doucement, les yeux brillants d’avidités.
Aujourd’hui je n’aurais pas à courir les rues, ni à me démener pour trouver de quoi satisfaire la faim insatiable de ma bourse, non, aujourd’hui j’avais trouvé un jouet qui méritait largement que je m’y attarde, pour finir par la dépouiller de ses fleurons. Elle n’en avait surement pas besoin, pas autant que moi et puis c’était le risque quand on venait ici dans le domaine du Fils des ombres. Les voleurs étaient rois et aucun garde ne viendraient jamais s’y aventurer pour réclamer justice et réparation pour la belle éplorée.

Je prends le temps de savourer mon repas, la regardant du haut de mon toit. Je m’amuse de son pas incertain qu’elle tente de camoufler ou encore ses hésitations devant chaque intersection. Je m’amuse follement, ronronnant à l’idée de la bourse qui serait bientôt mienne. Depuis la Samhain, j’avais à cœur d’entretenir mon estime, jetant loin les « peut-être » et les « si ». Forte de l’acceptation de ma mère et des encouragements qui fleurissaient autour de moi, ainsi que des félicitations qui tombaient dans mes oreilles. Je m’en nourrissais pour grandir et évoluer, pour prendre de nouveaux chemins que je n’avais jamais, ne serait-ce qu’oser, regarder jusqu'à présent.

C’est alors que je me renfrogne quand je les vois. Je fronce les sourcils et j’en feulerais si j’avais été un chat. Des malfrats, grossiers, et tellement peu discret, s’étaient mis à filer la belle. À suivre mon jouet, ma bourse, à moi, pas la leur.
Ha non, ça n’allait pas se passer comme ça, je l’avais vue la première, elle était à moi ! Et puis, une si jolie fleur, la laisser se faire froisser les pétales par des mains si peu habiles, ce serait du gâchis !

Je me lève, les rattraper en passant par les toits délabrés accolés les uns aux autres. Les tuiles gémissent sous mes pas, mais aucunes ne cèdent. Je descends souplement dans une ruelle adjacente et m’empresse de rattraper la gente dame. Je l’attrape par le bras pour la faire se retourner et qu’elle puisse voir mon visage. Celui d’une demoiselle, un peu crasseuse, mais à la mine chaleureuse. Je lui souris et la prends dans mes bras en parlant plus fort que nécessaire.

-Ha enfin te voila cousine ! Ca fait des heures que je te cherche, tu n’aurais pas dû venir ici me retrouver, il fallait m’attendre voyons.

Alors que je la serre, je me rapproche de son oreille, profitant de la surprise et avant qu’elle ne reprenne ses esprits pour me repousser en hurlant et m’injuriant de tous les noms. Je murmure doucement pour qu’elle seule m’entende.

-Derrière vous, 2 hommes vous suivent et ils ne vous veulent pas du bien. Jouez le jeu si vous voulez éviter de vous retrouver dans une fâcheuse position.

Puis je m’éloigne, m’écarte et la regarde de haut en bas d’une mine appréciatrice. Positionnant mes poings sur mes hanches.

-Hé bien, il faut croire que la capitale de Faërie t’a bien réussi.

Je n’avais aucune idée de sa provenance. Mais il fallait bien construire l’image, lui donner une substance, la nourrir pour que l’illusion paraisse réelle et que je puisse m’occuper tranquillement de mes fleurons que la donzelle venait si gentiment m’apporter.

-Allez, ne restons pas la, dans le froid, allons manger quelque chose ! Tu dois être fatiguée.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Ven 30 Déc - 8:51

Oh la malapprise!  Comment ose-t-elle me toucher! s'indignait intérieurement avec véhémence Séverine lorsqu'une femme mal habillée dont les ongles n'avaient pas été frottés depuis beaucoup trop longtemps l'avait enlacée, se prétendant d'être sa cousine.  Pour qui se prenait-elle?  De prime abord, cette accolade ne lui disait rien de bon et elle se méfiait de cette jeune fille.   En vérité, une foule de questions se bousculaient dans l'esprit de la jeune femme, mais la Cielsombroise était du genre plutôt réfléchie et ne se laissa pas emporter.  Si elle se mettait à hurler ou si elle repoussait la mendiante, ce qu'était forcément l'autre femme qui n'était en aucun point près d'être une dame, elle attirerait forcément l'attention des gens aux alentours et c'était bien exactement ce qu'elle ne souhaitait pas.  Elle était ici incognito dans le but de grainer des informations sur son ignoble cousin, une piste qui parlait d'une femme qui ne le portait pas non plus dans son cœur et pourrait lui donner des informations intéressantes.  Inexpérimentée dans les jeux de pouvoir, tenue à l'écart des plans de grandeur de ses parents, elle n'avait aucune idée de comment il fallait procéder et elle était fort probablement tombée dans un piège.  Il ne faut pas trop spéculer non plus, Séverine ne savait toujours rien de tout cela, encore ignorante de la portée de ses efforts et du résultat de cette expédition pour le moins dangereuse, bien plus encore qu'elle n'aurait d'abord pu l'imaginer.  Cette lucidité, cette froideur de jugement, seule lui permis de se contenir et de ne pas punir d'une gifle l'imprudente qui avait osé poser les mains sur sa personne.  Séverine ne permettait déjà pas à ses égales de la toucher, alors venant d'un être cent fois au-dessous de sa propre condition, elle qui n'était désormais plus rien sauf une noble déchue, l'effort était phénoménal.  Elle devait se rappeler son objectif pour ne pas ciller.  Puis, elle envisagea une fraction de seconde que la jeune femme avait peut-être été envoyée à sa rencontre de la part de ses informateurs, mais cette piste était fort ténue pour la raison qu'ils ne pouvaient en aucun lieu savoir à quoi elle ressemblait, elle était cachée dans les plis de sa cape, les traits de son visage embrouillés derrière le voile qui couvrait celui-ci.  Enfin, tous les vêtements du monde ne pouvaient dissimuler sa hauteur et la forte opinion qu'elle avait d'elle-même alors que même dans l'hésitation elle avançait la tête haute.

Ses doutes furent naturellement rapidement balayés d'un coup de vent alors qu'elle fut mise au courant du danger qui pesait sur sa tête.  Sans éprouver la moindre reconnaissance pour cette pauvresse qui lui venait en secours, la belle savait comment réagir et acquiesça discrètement d'un signe de tête.  Forcément, elle ne faisait pas non plus confiance à sa sauveuse qu'elle ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam, néanmoins cela n'excluait pas qu'elle puisse se servir d'elle non plus.  Ce qu'elle n'hésita pas à faire en acceptant de jouer le jeu de cette ignorante.  Savait-elle au moins lire?  Bien que loin des somptueuses tenues portées en Sombreciel, la cape dont elle était drapée criait avec force ses origines.  Comment aurait-elle pu être confondue avec une tenue de Cibella?  Elle ne put retenir un roulement de yeux communicatif, mais derrière son voile elle se sentait assez en sécurité pour ne pas avoir à contrôler tous les muscles de son visage.  Enfin, on ne pouvait pas attendre beaucoup du bas peuple et elle se contenta d'émettre un petit rire de plaisir, comme si elle était flattée du compliment.

« En effet, je suis fort fatiguée Agathe, la route a été assez longue et je tiens à peine debout! »

Séverine n'avait aucune idée de quel était le prénom de la pauvresse, mais il était forcément indigne d'être prononcé par ses lèvres, or elle se permit de la baptiser d'un nom plus élégant.  Il était hors de question qu'on l'associe avec quelqu'un d'aussi bas étalage et le mal était déjà fait.  Il fallait donc lui ajouter un peu de prestige à l'aide d'un nom acceptable.  Bien qu'avec un peu de dégoût et beaucoup de mauvaise volonté, elle se rapprocha de la jeune femme pour lui prendre le bras, de façon à faire croire qu'elles étaient très proches l'une de l'autre.  Elle ne pouvait toutefois pas retenir une certaine raideur impossible à dissimuler, du moins pas à sa compagne de route improvisée. Elle l'entraîna dans ce qui lui semblait être la direction qu'elle devait de base prendre avec un peu plus d'assurance : il fallait jouer le jouer et Séverine savait le faire assez bien.

« Tu aurais aimé, vraiment!  Rien à voir avec Lorgol, Alfaë est merveilleuse!  Par contre, la nourriture y est vraiment étrange entre les grenouilles et les escargots…  Je n'aspire qu'à un simple repas d'ici, » ajouta-t-elle dans un soupir.

Elle se rappelait vaguement qu'autrefois une connaissance était allée en Cibella et le commentaire qu'elle avait retenu avec la plus grande clarté concernait la gastronomie locale qui n'avait visiblement pas séduit le visiteur.  Elle-même n'avait jamais mis les pieds dans ce duché que pour le traverser le temps de se rendre à Lorgol, évitant ainsi de traverser les terres d'Erebor.

Puisqu'elle n'avait pas le moyen de se défaire pour le moment de cette dame, elle songea qu'elle ferait autant bien de se servir d'elle pour arriver à destination.  Enfin, elle ne pourrait être sûre d'être effectivement menée à bon port, mais il valait mieux tenter sa chance et prendre la bonne direction plutôt que d'être entraînée dieu seul sait où et ne pas pouvoir quitter la ville basse.  Séverine n'avait point l'intention d'y séjourner plus longtemps que nécessaire et le passage dans ces rues nauséabondes commençaient déjà à se prolonger inutilement.

« Et si on allait prendre un morceau dans cette taverne où nous allions souvent lorsque nous étions enfants, comment s'appelle-t-elle déjà… Ce n'est pas le… ah il n'y avait pas le mot cochon?  Ça fait bien longtemps que je ne suis pas revenue ici. »

Elle préférait somme toute ne pas être particulièrement claire sur sa destination.  D'une part, parce qu'elle craignait être entraînée dans un guet-apens, mais aussi parce qu'après tout rien ne lui indiquait qu'elle pouvait faire confiance à « Agathe ».
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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Sam 31 Déc - 11:57

Hooo, c’est qu’elle jouait le jeu la noble dame ! Son visage est crispé, ses yeux lancent des éclairs assassins, mais sa gestuelle reste naturelle et elle me parle comme si nous nous étions toujours connues. Un bon point pour elle, même si je sentais ses envies meurtrières qui me réchauffaient la peau, je ne savais pas, par contre, sur qui elles étaient dirigées, moi ou ses deux admirateurs ? Dans le fond je m’en fichais un peu, les réactions des bourgeois m’étaient complètement incompréhensibles, ce qui contribuait largement à mon opinion très arrêtée à leur sujet.
La plupart ne savaient même pas se servir de leurs dix doigts et seraient incapables de la moindre autonomie sans le défilé de domestiques à leurs services, c’était tout de même assez pitoyable pour des gens qui avaient une si haute estime d’eux-même. Mais peut-être que celle-ci ne faisait pas partie de cette catégorie là du peuple.
Je veux dire, la bourgeoisie et la noblesse avaient tous des strates de pouvoir, du petit possesseur terrien au duc. Noble, ne voulait pas dire puissant et donc s’accompagnant de ce comportement si caractéristique qu’était le leur…Cependant, non …décidément je n’arrivais pas à y croire, sa carrure était bien trop droite, bien trop rigide. Il exhalait une fierté dans son maintien qui était à la limite de l’indécence. J’avais peut-être mal interprété, mais on apprenait rapidement à repérer de genre d’individu stupide qui trainait dans les rues de la Ville Basse.
Ce n’était pas si souvent que les nobles descendaient dans nos ruelles, et ils portaient sur eux l’équivalent d’un, voire deux jours de travail. De l’argent facile, des proies souvent inattentives et incapables de se rendre compte quand les doigts agiles d’un voleur en venaient à les délester de leurs fleurons, lorsqu’ils n’étaient pas gardés.
C’était du véritable pain béni et rapidement, une moue amusée s’affiche sur mon visage quand je la devine déployer des trésors de détermination pour suivre mon jeu et y répondre de façon égale.
Les nobles étaient tellement stupides.

Et c’est à peine si je n’éclate pas de rire en l’imaginant, toute coincée et rigide qu’elle était, bloqué dans l’une de nos tavernes avec les lèvres pincées devant les plats qu’on pourrait lui apporter. L’image valait le coup d’être vue et c’est donc d’un pas dansant que je la conduis dans les rues de Lorgol. Du moins que je l’oriente, car la belle semble avoir de la suite dans les idées et m’entraîne avec une poigne étonnante dans la direction qu’elle avait toujours suivie jusqu'à présent. Je fronce un peu le nez, lui glissant un regard curieux, mais je me fais docile, sachant pertinemment que, désormais, elle était empêtrée dans mes filets et que sa bourse était mienne.

-Tu sais, la quasi-totalité des boutiques et tavernes du coin ont au moins le nom d’un animal à leur entrée, cochon inclut. Et on en visitait des tavernes, surtout pour y suivre les bardes avec leurs folles histoires de guerriers et de mages. Il va falloir être plus précise si tu veux manger dans un endroit en particulier. Dis-je en riant doucement. Si tu me disais ce que tu recherches comme plat, je pourrais certainement mieux t’orienter.

Comme plat ou autre chose. Je doutais fortement qu’elle se soit aventurée dans ces rues pour le seul plaisir d’y gouter la gastronomie pour le moins…inventive de certaines auberges. Surtout que lorsqu’on n’était pas connaisseur, cela pouvait rapidement se transformer en une entreprise téméraire à la limite du suicide. En attendant, nous marchions d’un bon pas, mais je savais que ma jolie bourse pleine de fleuron ne serait réellement en sécurité qu’une fois dans un établissement. Ils n’auraient pas la patience de nous attendre.

-Regarde, là-bas, il y a le cochonnet d’encre, est-ce celle-ci ?

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Lun 2 Jan - 13:51

Séverine ne connaissait certainement pas assez les mœurs de la Ville Basse et ça transparaissait assez.  Voir même trop.  Néanmoins, il reste difficile, voir impossible, de transformer une jeune femme née et élevée dans l'élégance aussi longtemps en simple roturière, du moment qu'elle conserve encore quelques vestiges de son passé auxquels se raccrocher et tel était le cas de l'ancienne héritière de Mauve.  Elle n'avait rien perdu de ses habitudes de grand train de vie après avoir tout perdu.  Par chance, elle avait vendu le manoir avant que ne lui retire ses titres, ce qui sans lui assurer une vie faste ne l'empêchait pas de vivre bien et sans trop se priver non plus.  Néanmoins, elle sentait qu'elle arriverait un jour, beaucoup trop vite, au bout de ses ressources et il lui faudrait alors trouver un moyen de remédier à la situation : ce n'était pas en faisant l'aumône qu'elle réussirait à obtenir réparation pour les torts causés à ses parents.  Elle comptait sur plusieurs alliés pour monter rapidement au pouvoir.  Ou du moins, tout derrière la scène.  Évidemment, aucun de ses fleurons n'iraient en remerciement à cette femme pour ce jour où elle l'avait supposément tirée d'un danger imminent représenté par deux hommes à l'apparence peu recommandable : c'était un peu l'habit le plus populaire dans ces bas quartiers qui empestaient la pauvreté.  Inconsciemment, elle esquissa un geste pour tâter sa bourse et vérifier qu'elle était toujours à sa place, nouée à sa taille, cachée dans les plis de sa cape.

Bardes, conteurs.  Quelle idée de leur courir après!  On les appelle à la maison pour qu'ils fassent étalage de leur art!  La jeune dame manquait clairement de contact avec les gens du bas peuple et ne connaissait rien à leur tradition barbares.  Et comment tant d'établissements pouvaient porter le nom de cochon?  C'était un manque d'élégance des plus flagrants.  Elle-même ne mangerait jamais un repas dans un endroit qui manquait autant de raffinement.
Et l'espace d'un instant, elle se demanda si cette alliée impromptue ne cherchait pas plutôt à lui faire tomber plus avant dans le piège.  Suggérer un plat en particulier?  Il était criant que la Cielsombroise n'avait aucune idée de ce qu'on pouvait bien manger dans les bas quartiers de Lorgol, elle qui n'avait jamais été nourrie que des plus doux fumets et même de tout son temps passé à l'Académie de Magie et du Savoir n'avait que constamment dédaignée la gastronomie locale pour aller vers les plats cielsombrois.  Elle se contente donc de répondre par un haussement d'épaules et un petit rire, comme si elle goûtait d'une quelconque plaisanterie.

Si la noble déchue avait d'abord mené la cadence et l'orientation de leur progression, elle laissa rapidement le soin de tout cela à l'étrangère.  Après mûre réflexion, il valait mieux qu'elle en sache le moins possible sur les motifs de la présence de Séverine en cet endroit et surtout il était préférable qu'elle ne sache rien de sa véritable destination finale.  Ce qui l'amena à acquiescer lorsque le Cochon d'encre fut désigné, bien qu'il ne s'agissait pas en fait de l'endroit qu'elle recherchait.

« Oui il me semble bien que c'était celle-là!  Pour quelqu'un qui se targue de ne plus avoir la mémoire si fraîche, tu te débrouilles bien plutôt! »

Un léger regard par-dessus son épaule lui indiqua qu'elles étaient toujours suivies et de ce fait, elle resserra son étreinte autour du bras de sa compagne et l'entraîna à l'intérieur de la taverne.

C'était bondé de gens.  Assis autour de vieilles tables en bois dont on n'avait pas débarrassé l'huile et la crasse depuis au moins dix siècles, des hommes de tous genres, des femmes indolentes pour la plupart, se rassemblaient pour boire, manger et jouer.  Jeux de cartes, de dés ou bien d'alcool, il y avait un peu de tout.  Entre les fumets de la nourriture servie dans des assiettes jaunies, l'odeur de la bière et le parfum rance de la transpiration de cette joyeuse compagnie régnait aussi la douce effluve de la moisissure et de l'humidité.  Avec un nez fin initié depuis de nombreuses années, Séverine ne put retenir un mouvement de recul et de dégoût avant de porter à son visage sa main, le cœur soulevé par la puanteur ambiante.  Du moins, l'odeur était peut-être tolérable pour une personne ordinaire, mais l'ancienne héritière de Mauve était pourvue d'un odorat très fin et qui lui causait bien trop souvent la mauvaise surprise d'être indisposée lorsqu'elle avait besoin de toutes ses facultés.

Après quelques minutes, le temps de reprendre un peu ses esprits et de se convaincre de surmonter son inconfort et sa forte envie de courir vers l'extérieur et de fuir, elle finit par abaisser sa main et la secouer dans un petit geste d'indifférence.  Personne n'était encore entré à leur suite.

« Je suppose qu'on va passer un formidable moment ensemble attablées devant un si merveilleux repas, » ironisa-t-elle sans essayer de jouer plus longtemps le jeu.

Si la chose avait été possible, elle serait tout simplement sortie dès que possible, mais étant forcée par la force des choses, elle se faufila tant bien que mal entre les tables jusqu'à l'une d'entre elles, inoccupée, casée au fond de la taverne, probablement désertée pour sa position incommode. Quitte à ses faire foudroyer par les propriétaires, elle posa un mouchoir sur sa chaise avant de s'y asseoir comme si elle posait sa personne au sommet d'un trône, la tête haute et la colonne bien droite, emplie de cette raideur qui la caractérisait comme noble.

« Commande ce que tu veux, » lâcha-t-elle dans un ton semi-dédaigneux.  Il fallait rester prudente.  Elle serait en retard, très probablement, mais autant être en retard que de se retrouver dans un commerce de filles de joie ou on ne savait trop quelle autre mésaventure du même genre.
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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Mar 3 Jan - 16:41

Je ne peux m’empêcher de lever les yeux au ciel lorsque je la vois vérifier ses arrières, sa bourse, de nouveau derrière, le tout avec une discrétion digne des plus grands espions. Que croyait-elle ? Que nous étions stupides à ce point ? Si j’avais voulu la voler dans l’instant où je m’étais accrochée à ses bras, je l’aurais bien vite repoussé dans les bras des deux truands en emportant la précieuse bourse. Cependant, les voleurs avaient des principes et même si la laisser profiter des mains rudes de ces malotrus lui auraient certainement fait un bien fou, lui apprenant quelques rudiments élémentaires sur la vie… Je n’avais aucune envie d’être à l’origine d’un tel drame.
J’avais un cœur en plus des principes, même si ça ne se voyait pas toujours. Aussi, mon sourire s’accentue pour prendre des accents de vérité une fois entrée dans la taverne bondée. Cette atmosphère bruyante et chaleureuse me réchauffait le sang. J’avais une envie irrésistible d’abandonner ma compagne pour me mêler à la foule, m’insérer dans une partie de carte et charrier les badauds qui ne tarderaient certainement pas à se faire plumer.

J’en avais une furieuse envie, ça oui, mais à la place, je louvoie entre les tables pour nous installer là où il restait un peu de place. Lâchant un sifflement agacé à la remarque déplacée de la jeune femme. Son ironie ne me plaisait guère et en venait même à entamer ma volonté de l’aider. J’aurais peut-être simplement dû m’en tenir à la partie « je vole sa bourse pour la laisser dans la mouise ».

-On se calme princesse. Tu juges beaucoup trop, ça te rends aveugle et débile.

Les masques s’effritent, mais ils pouvaient bien tomber, ici, le bruit était trop important pour qu’on puisse nous entendre et nos deux amis venaient à peine d’entrer dans l’endroit alors que nous étions déjà installées bien confortablement.

-Je crois que t’as pas bien compris les règles du jeu ma jolie. Ici, les gardes de la Ville Hautes n’ont aucune autorité. Tu devrais tout de suite te calmer avec tes manières, si tu ne veux pas te faire tabasser ne serait-ce que par le personnel de l’établissement. Je peux bien te sortir des griffes de deux vicelards un peu stupides, mais crois-moi, les taverniers c’est clairement d’une autre trempe.


Prenant la demoiselle au mot, j’attends tranquillement qu’on vienne prendre commande pour demander une choppe d’hydromel et de la charcuterie, du pain et du fromage. Je n’avais pas très faim, mais cracher sur cette générosité crispée serait un réel gâchis. Je m’adosse ensuite confortablement, me débrouillant pour replier mes jambes de sorte à être en tailleur.

-Tu te rends compte que tu es une caricature tout ce qu’il y a de plus grotesque dans un bourgeois ? Alors que, j’en suis certaine, tu es incapable de te faire cuire un œuf. Tu devrais redescendre un peu de ton piédestal, surtout quand tu viens par ici. Je ne sais pas ce que tu comptes accomplir en venant dans les parages, mais dis-toi que c’est d’ores et déjà foutu. Surtout avec tes manières complètement ridicules. C’est l’intelligence et la force qui prime, pas le pédigrée. Ha et au fait, avant de faire scandale en te barrant en hurlant à la calomnie. Ces deux là ne vont pas être très patients, mais ils prendront quand même le temps de boire un verre avant de se lasser et d’abandonner. Alors réfléchis y à deux fois.


Et intelligente ça…elle ne semblait pas franchement l’être, quant à la force….mes yeux glissent sur ses petits bras d’une finesse presque ridicule avec un scepticisme non contenu. Non vraiment…. Je ne donnais pas cher de sa peau si je la laissais toute seule. Je ne ferais pas l’erreur de la sous-estimer, c’était bien pour ça que je n’avais pas encore mis la main sur son argent, mais ses manières étaient une provocation qu’il m’était bien dure d’ignorer. Je ne pouvais qu’y répondre avec un amusant franc, curieuse de voir ce qu’elles la forceraient à faire devant mes propos.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Jeu 5 Jan - 14:53

L'ex héritière ne se laisse pas démonter par les propos de la dite « Agathe », mais si ce n'est forcément pas son prénom : il lui en faut beaucoup pour être atteinte.  Elle songe seulement en son fort intérieur que si pour le moment, elle n'est pas princesse, elle pourrait très bien le devenir un jour et que tout dépendant des bonnes manières de cette roturière, celle-ci pourrait bien en payer le prix quand ce jour viendrait.  Elle n'était pas à ça près dans les histoires de vengeance et si quelqu'un savait bien ronger son frein en attendant bien son heure, c'était bien mademoiselle Belastre.  Aveugle ou débile, elle réfute les deux compliments d'un simple sourire condescendant, il est inutile de gaspiller sa salive sur un point aussi futile.  Si elle-même connaît ses mérites, ceux-ci finiront bien par se montrer sous leur vrai jour, peu importe ce qu'on pouvait bien dire d'elle.  Et une simple rencontre d'un soir, ce n'était pas de matière à influencer le cours de sa vie, qu'elle contrôlait déjà plutôt bien pour une orpheline abandonnée à ce monde sans point de repère ni appuis de conséquence.  Les règles du jeu?  Si elles ne lui convenaient pas, elle se contenterait de les changer.  Séverine n'avait point peur de se salir les mains à la besogne si ça pouvait lui être utile.  C'était bien mal la juger que de la croire une pauvre dame en détresse.  Certes, elle devait l'admettre, elle n'avait pas autant de moyens qu'une fille des rues habituées aux modes de vie locaux, elle ne connaissait pas non plus ces fameuses règles et étiquettes de comportement qui semblaient si chères aux yeux du bas peuple, mais c'était une fille brillante et douée d'un certain sens de l'observation.  On ne la prendrait forcément jamais pour une simple plébéienne, mais sans admettre la supériorité de leurs manières, elle pouvait apprendre à jouer le jeu, à connaître et à déjouer.  Elle avait assez confiance en ses capacités pour cela, à tort ou à raison.

Il faut admettre que les manières sont assez déplorables : s'installer ainsi en tailleur à l'extérieur de la maison, comme si on était dans sa propre salle de séjour, il y avait de quoi de très inconvenant là-dedans.  La noble déchue fronça le nez, un tique qu'elle avait lorsqu'elle désapprouvait quelque chose, mais laissa tomber toute idée de passer tout commentaire : si elle devait se mettre à essayer d'éduquer les paysans, elle n'en aurait pas assez de toute une vie.

Face aux attaques de la jeune femme, elle s'indigna tout d'abord : jamais de sa vie on n'avait osé s'adresser ainsi à elle.  Elle était respectable de naissance et avait reçu une éducation qui ne permettait pas autant de libertés d'un inconnu envers un autre, d'un inférieur envers un supérieur.  Tant de familiarité était pour la choquer, mais si pour le moment son orgueil l'empêchait de voir qu'elle devrait éventuellement s'y faire pour continuer à entretenir des relations d'informations avec le bas peuple, elle ne devrait en convenir plus tard.

Comme la nourriture arrivait – elle n'aurait jamais cru que le service put être aussi rapide dans un tel établissement de bas étage! – elle s'abstint en premier lieu de répondre et se contenta de détailler le maigre repas qui s'étalait devant ses yeux.  On était fort loin de la table à laquelle elle était habituée et encore, issue d'une petite baronnie aux revenus bien maigres, sa table n'était point parmi les plus fastes.  Elle picora tout de même un petit morceau de pain, qu'elle trouva plutôt raide et pas très bon au goût.  On ne lui aurait jamais servi rien de tel en Sombreciel, c'était bien certain!  Mais quitte à attendre, autant en profiter un peu pour se restaurer.

« Je sais pas pourquoi tu m'es venue en aide, clairement pas parce que tu me portes dans ton cœur et je peux très bien vivre avec ce fait, tu ne serais pas la première sur la liste. Par ailleurs, je n'ai pas la moindre envie de provoquer le moindre esclandre, alors si tu pouvais laisser tomber tes envies de me provoquer je te suggère de le faire maintenant, autrement tu pourrais être amenée à le regretter amèrement plus tard. »

Parler aussi longuement dans cet endroit lui donna la nausée et elle laissa tomber son morceau de pain sur la table, dégoûtée.  Comment les gens pouvaient supporter cette odeur persistante de transpiration, de fumée et elle ne savait trop quelle autre atrocité?  Il y avait toutefois longtemps qu'elle s'était habituée à savoir que la plupart des gens n'avait pas l'odorat aussi finement développer que le sien.  Elle songea vaguement aux fleurons qu'elle devrait dépenser pour cet abominable repas et retint un soupir de contrariété : sans être aux bords de la rue, elle n'avait certes pas les moyens de dépenser ici et là pour toutes sortes d'idioties dans ce genre.  Une fois de plus, elle songea à cet informateur et pria de toutes ses forces Valda que ce ne soit pas une fausse piste.  Elle ajusta son voile dans un geste automatique, une vieille habitude et se remit à picorer un peu dans la nourriture : elle-même n'avait rien commandé, mais étant celle qui invitait, elle s'octroyait le droit de manger un peu des maigres victuailles présentées devant elle.

« Et si on parlait un peu plus sérieusement maintenant? » lâcha-t-elle finalement, après mûre réflexion.

Elle n'était pas trop certaine de ce qu'elle pourrait tirer comme informations de cette femme, ni même de sa fiabilité, mais il valait mieux essayer d'en apprendre le plus possible puis de trier les vérités par la suite.  Elle n'avait aucune gêne à émettre des hypothèses pour les découvrir erronées plus tard, son caractère scientifique n'y voyait pas le moindre ennui.

« Bien qu'apparemment je ne sois qu'une caricature phénoménale de la petite bourgeoisie, je suppose qu'attablées ainsi on peut tout de même bien causer, n'est-ce pas?  Ou cela fait aussi entrave aux règles de la bienséance locale?  Remarque en fait, après le repas, tu vas simplement t'esquiver en silence sans accorder un dernier regard à la jolie dame bien niaise, alors forcément, il n'y a nulle raison d'entamer la conversation. C'est tout aussi poli et civil.  Oh!  Mais cette odeur m'insupporte réellement! » ajouta-t-elle en s'emportant un peu dans la dernière phrase, mais ça venait du fond du cœur.  Habituée à l'odeur des parfums qu'elle fabriquait avec sa grand-mère depuis le tout jeune âge, entraînée à reconnaître les différentes effluves, on ne pouvait pas lui reprocher de se trouver incommodée, ici ce n'était pas la bourgeoise qui s'exclamait, mais bien l'ouvrière.  De quoi en mettre un coin à l'autre brunette!  La parfumerie n'était probablement pas une profession très courante dans la Ville Basse, mais ça prouvait qu'elle n'était pas aussi inutile et invalide qu'on pouvait le croire.  Mais Séverine Belastre n'avait à se justifier à personne, encore moins à une parfaite inconnue.
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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Lun 9 Jan - 20:14

Enfin ! Le chaton montre les griffes avec une élégance qui lui ôte toute crédibilité. Ce qui ne fait clairement que me faire sourire. La Dame, avec un grand « D », après avoir gouté des miettes du pain qui venait d’être servi de peur, certainement, de se liquéfier pour avoir eu l’audace de manger la même chose que le bas peuple, daigne enfin me répondre.
Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire devant ces menaces grotesques. Cette donzelle n’irait jamais loin dans la vie, pas en se comportement de façon aussi coincée, mais d’où pouvait-elle venir ? d’Outrevent ?

Elle dénotait tellement, ressemblant à une enfant encore inconsciente du monde qui l’entourait et de ses règles, elle attisait ma curiosité, tout autant que son attitude m’excédait. C’était un étrange mélange, détonant et inhabituelle, il était rare que je m’encombre de la sorte. Aujourd’hui cependant, toute fanfaronne que soit la belle, elle était dans mon domaine, dans mon royaume. Celui ou le voleur était roi sous l’œil attentif du Fils des Ombres. Ce n’était plus à nous de courber l’échine et à montrer le ventre en signe de soumission, mais bien à elle de le faire. Je ne pouvais que l’observer avec l’œil attendri d’une mère devant un enfant.

-Je crois que tu n’as pas bien compris. Ce n’est pas tant de la provocation que des conseils que je te donne ma jolie. Si tu es ici, c’est que tu as des affaires pas très nettes à mener. Vu tes manières, ça crève les yeux que t’as rien à faire ici. Si tu t’adaptes, tu ne t’en sortiras que mieux, hors à agir ainsi et à te mettre toute la populace à dos, crois-moi, tu n’obtiendras rien des peuplades qui hantent ces rues. Quant au pourquoi de mon intervention, c’est très simple. Solidarité féminine ma belle. Je suis pas fan des petits bourgeois qui viennent ici en terrain conquis, mais crois-moi, je préfère ça à deux hommes puants qui s’en prennent à une femme pour la détrousser et certainement profiter de ses charmes. Après, que tu me crois ou non, n’a strictement aucune importance. Dis-je en haussant les épaules. Mais tu devrais quand même tenir compte de ce que je te dis.

Je me sers dans la gamelle qui nous avait été servi, maniant le couteau pour trancher pain et fromage, l’alliant au fumet plus corset de la charcuterie. Je me délecte du gout mêlé à celui de la boisson, réchauffant mon estomac et chassant les débris de froid qui avaient apposé quelques aiguilles perfides de-ci de-là sur ma peau. Le réconfort de la nourriture faisait d’autant plus glisser les menaces qu’elle avait proférées, je finis par chasser leurs ombres d’un revers de la main et de les évacuer loin de moi avec une dernière rasade de ma boisson.

-N’est-ce pas ce que nous faisons depuis le début ? J’en étais convaincue pourtant.

Je lui offre une œillade amusée, sans pour autant effacer une lamelle dure et tranchante derrière les cabrioles de mes mots. J’étais sérieuse quand je travaillais et c’est précisément ce qu’elle était : un travail. Mais, il était inutile de le lui expliquer en détail, cela perdrait de son intérêt, surtout lorsqu’elle se rendrait compte d’avoir été proprement dépouillé sans même que sa sainteté, immensément supérieur, ne s’en rende compte. Quelle tête ferait-elle face à cette humiliation taquine ?
En attendant, je continuais de me vautrer dans l’habit de l’enfant, joueuse et légère, titillant et agaçant jusqu'à ce que son attention me soit toute entière dévouée, jusqu'à ce qu’elle en oublie mes mains, sa bourse et qu’ensembles, les mutines, finissent par fuir en une fugue amoureuse et éperdue.

-Et bien, je t’écoute. De quoi veux-tu parler ? Qu’est-ce qui t’amène donc dans ces rues qui semblent pourtant tant te rebuter ? Contrairement ce que tu peux penser, j’aime à rencontrer de nouvelle tête. Je n’aime simplement pas ce genre d’attitude,
dis-je en faisant un mouvement de haut en bas vers elle. Comment expliquer à cette femme l’orgueil écœurant qui rendait chacune de ces manies injurieuses ? Et…Quelle odeur ?

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Sam 14 Jan - 8:11

Une chose certaine d'arriver avec les femmes dans la trempe d'une Séverine Belastre, c'est que même dans le tort et en connaissance de cause, jamais elles ne l'admettront.  L'ex-héritière de la baronnie de Mauve en Sombreciel prenait tranquillement conscience qu'elle ne jouait pas bien ses cartes, mais elle se trouvait trop avancée dans le processus qu'elle ne pouvait plus reculer.  Du moins, pas sans porter à son orgueil assez démesuré pour une personne de si petite taille.   Devant le sarcasme de la pauvresse, elle commençait à perdre patience, elle n'avait point l'habitude qu'on lui parle ainsi, ce qui à ses yeux prouvait sa supériorité tant par la naissance que par les manières, mais ça ne l'avançait guère dans ses tractations.  Comment faire pour retourner cette situation fort désagréable où elle se trouvait, à se faire sermonner par une femme qui ne savait probablement même pas écrire son propre nom, quoiqu'il fut.  C'est qu'elle exaspérait la gente dame cette brigande!  Certes, elle lui était fort aise du secours apporté, mais elle n'en restait pas moins loin d'être reconnaissante.  Elle pouvait bien se cacher derrière ses idées de solidarité féminine ou Valda seule sait quelle autre noble valeur : rien n'était gratuit en ce monde et c'est une chose que la noble déchue savait très bien; elle avait vite appris ses leçons à ce propos.  Or, restait à savoir quel était le prix de cette femme pour ce service rendu.  Et la jolie brunette ne doutait pas un seul instant que ça ne serait pas pour lui plaire, très clairement.  Si par nature l'étrangère de ces rues n'étaient pas née pour être du genre méfiante, ce qui était arrivé à ses parents l'avait forcée à apprendre à se montrer sur ses gardes en tout temps.  Seulement, peut-être avait-elle encore besoin d'affiner un peu son sens de l'observation et ses connaissances du peuple : elle ne savait pas encore qu'on ne pouvait point observer l'humanité comme on examine le firmament.

Bien évidemment, la petite princesse capricieuse n'allait pas s'épancher sur ses objectifs personnels face à une parfaite étrangère, aux allures un peu douteuses malgré tout.  Elle avait trop à perdre et si elle croyait ne pas craindre la mort du moment qu'elle puisse accomplir sa vengeance, elle n'avait que commencer à préparer, à entrer en mouvement.  Elle cherchait des alliés et peut-être aurait-elle pu en trouver une dans cette femme si familière de la Ville Basse, mais le départ était trop mauvais pour faire progresser les choses en ce sens et puis de toute façon, elle ne connaissait nullement les allégeances de celle-ci, or ç'aurait été fort dangereux de s'avancer.  C'est donc avec satisfaction qu'elle put donc s'attaquer à un sujet plus léger et pour lequel elle savait avoir des connaissances plus que satisfaisantes.

« Mais tu n'arrives pas à sentir? » lâcha-t-elle tout d'abord avec un peu d'étonnement.  En vérité, Séverine ne réalisait jamais à quel point elle avait le nez plus sensible que les autres humains.  Les désavantages de savoir jouer un peu dans la parfumerie.

Elle balaya d'un regard la salle, l'air pensif.  Bien qu'elle ne voulait point l'admettre, elle était effectivement en mauvaise position dans cette taverne si jamais elle plaçait un mot de travers.  Elle supposait qu'à travers tout ce bruit, personne ne l'entendrait, mais est-ce qu'elle devait jouer avec le feu?

« Commençons par un simple exemple.  Par-là, il y a une femme, elle ferma à demi les yeux et inspira profondément bien que cela lui donna la nausée, marguerite et thym.  En soit pas un mauvais mélange.  Pas très loin, une autre… Miel et rose, un parfum sucré et léger.  Normalement ça ne poserait pas problème, mais pas très loin, quelqu'un porte une ou deux branche de chanvre.  Déjà, le mélange n'est plus harmonieux.  Ajoute à cela le fromage, la charcuterie, l'odeur de transpiration causée par la chaleur et l'alcool, on retrouve une odeur plutôt déplaisante, » termina-t-elle en haussant les épaules.  La petite-fille de parfumeuse avait été habituée à distinguer les différents parfums depuis son plus jeune âge et elle n'avait qu'une petite liste non-exhaustive des différents fumets qu'on retrouvait dans cette petite taverne.

« Du moins, ce n'est qu'une petite facette du problème, mais je suppose que cela suffit à éclairer.  Je déteste les mauvais mélanges, je pourrais presque t'envier d'avoir ce bonheur de ne pas réaliser combien ça peut-être insupportable. »

Elle avait bien dit presque.  Elle préférait, et de loin, être une noble déchue avec un odorat développé qu'une va-nu-pied de basse caste sans éducation.  Du moins, c'était là l'image qu'elle avait de tous ceux issus de la basse-société : brutaux et ignorants.  Tout au plus des pions à jouer sur l'échiquier et pourtant, si elle voulait arriver à quelque chose, elle devrait apprendre à cesser de porter des jugements.

« Cette partie de la ville attire les mauvaises odeurs, entre autre à cause de son humidité je suppose. »  Elle retint d'ajouter aussi qu'un manque d'hygiène flagrant était fort probablement en cause aussi, mais elle laissa presque échapper cette pensée condescendante.  Elle se remit à picorer son morceau de pain qui sans satisfaire les goûts raffinés de son palais n'était pas aussi répugnant qu'on aurait pu le penser.  Néanmoins, rien n'aurait pu la tenter à toucher à la viande ou au fromage : qui savait quelles maladies pourrait-elle contracter en portant à sa bouche des aliments qui étaient sûrement loin d'être très frais.
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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Mer 18 Jan - 21:08

Je la regarde avec un air perplexe, plissant les yeux à son exclamation. Sentir … quoi ?
Il semblerait que je m’étais trompée la concernant, ce n’était pas un chaton que j’avais devant moi mais plutôt un chiot…voire même un cochon si on prenait en compte l’odorat particulièrement développé de ces animaux…j’allais éviter de lui faire la comparaison à voix haute, je doutais qu’elle le prenne très bien, alors qu’il s’agissait réellement d’un compliment. Étrange, je pouvais le concéder, mais un compliment tout de même.
La bourgeoise semble se détendre, enfilant un costume qui lui allait bien mieux, alors qu’elle commence son exposé en humant l’air tel un fin limier. Et voilà que mon esprit s’amuse à lui rajouter un groin en lieu et place de son joli museau fin. Je me mords la lèvre inférieure, pendant je la regarde faire, arrondissant un peu les yeux lorsqu’elle commence son discours pour ne plus s’arrêter. C’était une passionnée, ou alors une manipulatrice bien plus habile que je ne l’aurais cru, la meilleure sans doute. J’étais incapable de discerner les senteurs qu’elle étalait de ses mots, d’y comprendre les associations et le maelstrom sensoriel qui en résultait. Pour moi, ça sentait le bois de cheminée, la nourriture et … bien…l’auberge tout simplement…

Je sentirais presque sa fierté s’échapper de son corps pour aiguillonner doucement ma peau, criant avec suffisance sa supériorité et son talent. Elle pouvait bien me mener en bateau, j’étais incapable de reconnaitre le moindre fumet, à part celui du coq rôti qui venait de me passer sous le nez et qui me faisait saliver. Alors, de là à parler de miel, de rose et de je ne savais quelles autres plantes obscures, c’était trop me demander. Chacun ses talents, le sien était aussi inutile qu’impressionnant. Il fallait bien le lui admettre, pour peu qu’elle ait raison… Je veux dire…c’était très improbable d’avoir de telles capacités, non ?
Je finis par me gratter la joue d’un air un peu ennuyé par mon incapacité à savoir la véracité de ses propos, décidant finalement qu’un tel talent, bien stupide, ne pouvait s’inventer. Je lui concédais donc le spectacle et la réalité de ses dires, étirant doucement mes lèvres en un sourire amusé, pincé par des filaments d’indécisions.

-Hé bien, c’est peut-être parce que tu te focalises trop sur l’ensemble que c’est si gênant. Pourquoi ce mélange improbable ne pourrait, au final, pas te surprendre et te faire découvrir de nouvelle chose ? Si tu t’arrêtes sur du superficiel, c’est normal que rien ne soit bien intéressant à tes yeux…. C’est un peu triste quand même.

Je laisse la curiosité couler dans mes veines, chasser le scepticisme qui n’était décidément pas très drôle à porter. Profitant de ma boisson et l’avalant par petite gorgée gourmande.

-Comment ça se fait que tu aies un odorat équivalant à un chien de chasse ?

J’avais dit chien, pas cochon… Elle n’irait pas le prendre mal tout de même ? Je veux dire, j’étais gentille là ? De toute façon, ces bourgeois n’étaient jamais contents, on les bousculait un peu ils avaient des envies de meurtre, si l’on se faisait de miel, ils vous passaient la corde au cou. Un vrai casse-tête, finalement…un bon noble était un noble fauché et hurlant, après s’être fait dépouillé. C’était leurs seules réactions vraies et logiques.

-Hé bien, chacun ses talents je présume. Moi je trouve ça déplorable que tu sois incapable de te balader dans la Ville Basse sans que tes manies ne hurlent au monde à quel point tu es une victime facile à dépouiller. On ne peut pas être parfait faut croire.

Avec lenteur, je m’étire comme un chat, déliant les muscles encore crispés de mon escalade des toits et que la chaleur n’avait pas réussi à soumettre à sa volonté bienfaisante. Je regarde distraitement les personnes présentes et que la dame avait montrées pour son exemple. Mes yeux souriant à la dernière remarque de la femme qui ne pouvait s’empêcher de pépier comme un oisillon tout en laissant y échapper son fiel.

-L’humidité et la mort, la maladie. Tu sais, on n’a pas choisi de vivre comme ça et contrairement à ce que tu peux croire, c’est bien parce qu’il y a des gens à qui soutirer argent et travail que vous, les nobles et les bourgeois, pouvaient avoir une vie aussi aisée. Mais je suppose que tu es bien trop assisse sur ta prétendue supériorité-toute-puissante pour l’admettre. Enfin j’sais pas, tu peux m’arrêter si tu t’en es jamais rendu compte au moins une fois dans ta vie, mais je suis pas bien convaincue que ça soit le cas. C’est bien beau de se moquer, mais finalement, j’suis pas certaine que vous soyez capable de faire le dixième de ce que les gens d’ici font. Comment vous réussissez encore à vous penser meilleure ?

La question était sincère, dénudée d’animosité. Je ne comprenais vraiment pas cette attitude et je n’avais jamais franchement eu le loisir d’en demander les origines et la légitimité. Peut-être m’amènerait-elle de nouvelles perspectives, mais j’en doutais fortement.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Sam 21 Jan - 8:20

Séverine ne relèva pas l'insulte d'être comparée à un chien.  Elle était fière de son fin odorat, un héritage qu'elle tenait de sa grand-mère, une des femmes les plus importantes de toute son existence.  Néanmoins, parfois, la plus simple élégance réside dans le fait d'ignorer les offenses qui nous sont faites.  Elle se contenta donc d'esquisser un sourire mièvre pour toute réponse : le talent, c'est naturel et il n'est nul besoin d'expliquer sa provenance.  D'autant que si la noble déchue chérissait de tout son cœur ce souvenir de son aïeule, il lui en coûtait toujours beaucoup de penser à elle et à son départ si subit.  Cela lui rappelait encore plus fort combien elle était isolée en ce monde où elle n'avait ni pouvoir, ni argent.  La dame assise en face d'elle ne pouvait probablement pas imaginer à quel point sa proie était démunie.

D'ailleurs, le cynisme de ce prédateur devenait de plus en plus odieux à Séverine.  Elle avait essayé de se montrer un peu plus conciliante, en évitant de mentionner la malpropreté des lieux et le manque d'hygiène des locaux, blâmant le tout sur un climat peut propice.  Elle se savait dans un domaine qui n'était pas le sien et réalisait de plus en plus qu'elle était mieux de ranger ses griffes et de les sortir plus tard, quand elle-même ne serait plus une étrangère à ces rues, quand elle connaîtrait mieux le terrain.  Si ce jour venait à naître.

« Apparemment, je ne suis pas la seule à avoir des préjugés, » lâcha-t-elle sur un ton qui en disait beaucoup sur ce qu'elle ressentait.  Adepte du savoir comme la plupart des Ibéens, elle n'admettait que la réelle vérité et savait très bien que les préjugés n'étaient souvent que de fausses illusions d'une réalité toute autre.  Un peu contradictoire venant d'une femme aussi consciente de sa supériorité, mais autant juste quand on savait le culte qu'elle vouait au savoir.  Si le Destin en avait été autrement, elle aurait consacré sa vie à ses étoiles et n'aurait guère songé à mettre les pieds là où n'était pas sa place, dévouée toute entière au ciel.

« Je ne cherche pas à faire de l'esprit, mais tout comme on ne choisit pas de naître dans les tréfonds de Lorgol, on ne choisit pas non plus de naître dans une bonne famille.  Personne ne choisit la famille dans laquelle on naît. »

Et ça, Séverine en savait long sur la question.  Qui aurait cru qu'en cette frêle petite dame reposait la cousine du Duc de Sombreciel?  Et sans ces liens de famille compliqués, sans ce grand-père qui avait refusé de reconnaître sa propre fille comme telle, rien n'en serait arrivée là.  Elle qui ne pouvait que détester la seule famille qui lui resta sur cette terre, car c'était cette main même qui l'avait rendue orpheline.  Elle ne connaissait rien des misères du bas-peuple et ne cherchait pas à s'en enquérir.  Elle savait les habitants de sa baronnie joyeux et prospères dans un certain degré.  Elle savait que ses parents avaient leur affection, elle n'en doutait pas un instant.

« Tant qu'il y aura des pauvres, il y aura des riches et tant qu'il y aura des riches il y aura des pauvres.  C'est un cycle infernal et bien dommage pour les petites gens certes, mais je doute que ça ne change un jour.  Et tu peux bien penser ce que tu veux.  Je ne m'interroges certes pas de ce qu'il advient des millions de gens qui sont en-dessous de ma condition, mais la supériorité vient de l'éducation et ça, ça ne tient pas seulement au rang.  Un duc peut être largement inférieur à un simple commerçant.  Prends le Duc de Sombreciel en exemple, il s'agit d'un parfait imbécile qui ne sait rien faire d'autre que d'attirer des ennuis et à son propre duché, et à son empereur. »

Elle évita d'ajouter l'idée que Mélodie elle-même pourrait lui être considérée supérieure.  D'une part, parce que ça paraissait condescendant et elle sentait qu'il valait mieux enterrer la hache de guerre avant que ça dégringole en mauvaise histoire, d'autre part parce qu'elle en avait déjà trop dit en parlant de Castiel.  Ce n'était pas en l'insultant devant le premier venu qu'elle arriverait à se montrer discrète.  Elle espéra simplement que sa haine n'ait pas trop percé dans son discours.  Par ailleurs, cette femme ne semblait pas avoir la moindre d'où Séverine pouvait bien provenir, donc cela pouvait jouer en sa faveur.

« Pour autant que tu crois les nobliaux incapables du dixième de ce que vous pourriez accomplir, cela ne changera pas le fait que nos talents se trouvent ailleurs et que justement nous n'avons pas intérêt à nous former dans ces travaux.  Si je savais faire mes propres vêtements, quel travail resterait-il à la couturière?  Au final, peu importe ce qu'on croit, c'est l'argent qui mène ce monde et un fleuron peut déjà t'acheter plus de respectabilité que toutes les adresses du monde.  C'est quand même dommage, parce que certains hommes riches ne méritent pas un quart des honneurs qu'on leur fait.  Enfin, je suppose que ma réponse à ta question ne te convainc pas, mais c'est sans importance. »

Elle s'adossa contre le dossier de sa chaise, oubliant un instant dans quel endroit elle était à avoir tant philosophé.  Elle songea un instant à se redresser, dégoûtée d'être entrée en contact plus que nécessaire avec le mobilier crasseux, mais songeant que sa cape était déjà foutue par l'air ambiant décida de ne pas bouger et quitte à perdre un aussi beau vêtement être installée un peu plus confortablement que posée en équilibre sur le bord de sa chaise.
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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Ven 27 Jan - 16:17

Des préjugés ? Moi ? Jamais !....bon, peut-être un peu… mais en même temps, ce n’était pas de ma faute s’ils se comportaient tous de façon si uniformément agaçante. Ils ne pouvaient s’empêcher de lancer ces petits regards de dégouts lorsqu’ils venaient dans les parages, ceux avec le menton levé, comme s’il voyait le monde d’une hauteur qui nous serait à jamais inaccessible, comme s’ils avaient les clés d’un univers tellement plus vaste que le notre, leur donnant la permission de nous traiter moins que des animaux. Oui, leurs éducations et leurs argents leurs donnaient une puissance que nous étions loin de pouvoir obtenir ici, avec nos moyens rachitiques, mais cela ne leurs donnaient pas le droit de nous traiter de la sorte. Ne savaient-ils pas que le respect allait dans les deux sens et qu’ils ne pouvaient nous demander d’avoir une attitude servile et entièrement dévouée avec un tel comportement.
Seul ceux ayant fait leur preuve, de bon chef, comme le Fils des Ombres avaient un quelconque droit à prétendre nous commander, car de son anonyme règne, il s’était drapé d’une sagesse protégeant avec hargne tous ceux s’inclinant devant son masque d’illusion. C’était une chose à laquelle aucun de ces nobles pourris ne pourrait jamais prétendre, ni même comprendre. Pour eux, qui semblaient croire que tout leur était dû, peu leur importaient le destin des gens de leur maison, pour peu que leurs caprices soient assouvis dans l’instant. C’était pour ça que la plupart finissaient étouffés ou égorgés comme des gorets la nuit venue.

Il était vrai, on ne choisissait certes pas. J’étais surement trop dure, mais incapable de l’admettre. J’avais vu les miséreux s’aider entre eux avec leurs maigres ressources, comme j’en avais vu d’autres s’entre déchirer pour un morceau de pain. La misère rendait monstrueux, mais également plus humains que jamais. Cette humanité se déformait jusqu'à se briser, agonisante, par le prisme d’une richesse qui donnait aux enfants le droit de donner des ordres aux domestiques s’occupant de changer leurs couches. Les nobles ne s’aidaient pas entre eux, jamais, non, ils intriguaient et se mangeaient entre eux avec une gourmandise à peine contenue, comme des cannibales. On ne choisissait pas, mais était-ce vraiment une excuse acceptable pour se montrer si peu généreux, si avare et mesquin ?
Son discours tient debout, et je ne peux qu’acquiescer sur un sourire qui à défaut d’être réel, gagne en dureté. Des aiguilles percent avec appétit ma chair pour alourdir mon cœur. Se donner de telles excuses pour laisser des enfants mourir de faim ou de froid…. Ils ne savaient même pas ce que ça faisait, mais se permettaient tout de même de l’excuser. Je ne demandais pas à ce que les riches ne le soient plus, simplement à ce qu’ils arrêtent de se comporter de façon si indécente. Etalant nourriture, argent et que savais-je encore aux yeux de tous, pour les gaspiller inutilement alors que d’autre étaient en train d’agoniser sur le pavé.

-Certes, vous avez des talents…j’ose l’espérer pour vous. Mais en quoi cela vous donne le droit de ce comportement ? On ne choisit pas, tu l’as dit, l’éducation…. Hé bien, même si je te rejoins sur certains points, je ne suis pas entièrement d’accord sur tout. Je veux dire… la valeur d’un homme ne se mesure pas non plus à son parler ou encore au fait qu’ils soient un peu bourrus. Ce serait une vision tout de même assez limité, tu ne penses pas ?


Je m’étire doucement. Avant de reprendre.

-Maintenant si tu me disais où tu veux te rendre ? Pour de vrai j’entends, ça t’évitera de trainer dans les rues, de t’y perdre et que la fin ne soit réellement fâcheuse, plus qu’une simple halte dans une auberge qui te rebute. Je conçois que tu ne fasses confiance à personne dans la Ville Basse, mais refuser une main tendue… disons que je ne pense pas que tu aies de meilleure solution sous la main. Je me fiche bien pas mal de ce que tu peux faire ici tu sais, du moment que tu ne projettes pas de bruler le quartier, tu peux bien monter les plans foireux que tu veux en quémandant l’aide de personne qui te dégoute. Ca fais marcher le commerce, ne pas t’y encourager serait plutôt stupide, non ?

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Ven 27 Jan - 17:15

Séverine se retint de lever les yeux au ciel : mais c'est qu'elle faisait exprès de tordre tout ce qu'elle disait? Elle n'a jamais parlé du caractère des gens dans son classement de la supériorité. Si elle ne jetait qu'un regard dédaigneux aux autres, c'est qu'elle ne les considérait pas assez instruits, car elle n'avait de respect que pour les gens avides de savoir, or était-ce sa faute si la plupart de ces gens étaient pauvres et désoeuvrés? Sans être bien différente des gens de sa classe non plus, la brunette avait horreur de leur être comparée. Elle se sentait différente d'eux, à part. Elle se demandait même ce qu'elle faisait là, assise dans une taverne aux odeurs si déplaisantes, plutôt que de se tenir là où elle avait sa place, soit sur le toit de son observatoire, occupée à tracer des cartes célestes. Ces querelles de pouvoir n'était que secondaires à ses yeux, mais face à l'honneur bafouer de sa famille, unique héritière, il ne lui restait plus qu'à venger ses parents et redorer le blason de la famille de Mauve. Si possible, récupérer ses terres perdues serait un bonus très appréciable. Elle renifla donc de dédain, réaction qu'elle regretta immédiatement quand elle sentit ses pauvres narines complètement habitées par l'odeur rance de la transpiration. Elle n'ajouta néanmoins rien sur le sujet, de toute façon, elle s'était attendue à ce que la jeune femme trouve quelque chose à redire. Il fallait admettre qu'elle avait de la répartie et bien que Séverine ne puisse en son fort intérieur l'avouer, ça la remontait un peu dans son estime. Savoir trouver des points forts dans ses adversaires se prouvait depuis toujours être une excellente façon de les détruire plus tard. Quoi qu'elle doutait fortement de ne jamais avoir à revoir cette femme. Parce qu'elle ne remettrait certainement jamais plus les pieds dans cette partie de la ville. Du moins, le croyait-elle.

Avec la tournure brusque de la conversation, surprise, Séverine ne put s'empêcher un petit rire à l'idée de mettre le feu aux rue qui l'entouraient. Elle ne peut s'empêcher de lâcher : « Oh, allumer le feu, j'ai oublié mon domestique à la maison, les rues de Lorgol devront donc survivre paisiblement à mon passage. » C'était une plaisanterie… de mauvais goût? Enfin, c'était bien une plaisanterie néanmoins. D'autant que Séverine n'avait aucunement les moyens d'avoir un domestique, pas depuis qu'elle avait vendu ses terres et qu'elle n'avait donc plus un seul sous de revenu. D'ailleurs, la baronnie de Mauve n'avait jamais vraiment rapporté assez pour fournir un véritable service de domestique, après tout outre quelques fleurs, il n'y avait absolument rien pour faire fortune là-bas.

Elle réfléchit par contre un moment à la proposition de la jeune femme. Ce n'est certes guère très prudent de confier l'adresse qu'on lui a donné pour le rendez-vous à une parfaite inconnue, mais d'autre part, cette aventure du début à la fin était totalement imprudente. Doit-elle se laisser amadouer et baisser la garde? Non, certainement pas, mais il est vrai que seule, elle ne sortira jamais de cette ville en un morceau. Il lui fallait un guide. Elle aurait dû prévoir cela depuis longtemps, mais il était un peu tard pour regretter ce qu'elle n'avait pas fait. Elle inspira profondément une fois sa décision prise et tira un papier de sa poche qu'elle glissa du bout des doigts sur la table en direction de la jeune femme.

« C'est là que je vais. Pas que je te fasse confiance, mais de toute façon, que je te le dise ou non les chances que j'arrive à bon port aussi égales, alors autant tenter le coup. »

Elle ferma les yeux un instant, le temps d'adresser une prière à Valda, demandant secours à sa bonne étoile, elle qui ne roulait en fait pas du tout sur la chance récemment.

« En tout cas, tu as une vision des choses pour le moins intéressante, » ajouta-t-elle, plus pour elle-même que pour son auditrice. Faisons marcher le commerce alors, songea-t-elle. Uniquement pour cette fois. Elle s'en faisait la promesse.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Jeu 2 Fév - 19:48

Un petit sourire étire la commissure de mes lèvres, je ne m’étais pas vraiment attendue à sa réponse. C’est qu’elle pouvait utiliser l’ironie avec humour. Mes bras se croisent sur ma poitrine, tandis qu’un petit ricanement agite ma poitrine.

-Si tu tiens tant que ça à provoquer un joli feu de cheminée, je peux t’indiquer des coins plus propices sinon.

Ma voix se fait légère et caressante, ne voulant effaroucher la belle, ne voulant aiguiser une agressivité à fleur de peau qui rejaillissait aux moindres petits faux pas. Elle m’amusait autant qu’elle m’agaçait, son simple statut était sujet à désagrément. Cependant, ne pas profiter de cette rare opportunité de pouvoir taquiner un riche en toute impunité était trop précieuse pour l’écourter trop vite sans prendre le temps d’en profiter parce que je l’avais fait fuir. Je crois que dans le fond, elle ne m’était pas totalement antipathique. Quelque chose dans son attitude me poussait à la piquer, pour voir où étaient ses limites et s’il elle finirait par abandonner cette dignité surjoué qui la rendait si rigidement ridicule. C’était totalement puéril, mais je n’avais jamais dit ne pas l’être. Après tout, c’était moi la gueuse sale et sans éducation, pas elle, j’avais une bonne excuse pour agir comme bon me semblait et pour tout dire, ça m’allait très bien ainsi.

C’était peut-être pour ça, pour faire amende honorable de ce comportement enfantin que je lui propose mon aide. Ou peut-être pour éviter de retrouver son corps le lendemain, flottant dans le port de Lorgol pour avoir insulté la mauvaise personne. Ce n’était jamais une vision très réjouissante.
Elle hésite la dame, du haut de ses échasses de préjugée et de bonnes manières. J’attends tranquillement qu’elle prenne sa décision, profitant du repas sans plus faire attention à elle. Puis un papier est posé sur la table, interrompant mon geste de tartinage de pain. Je le prends du bout des doigts, pour le faire glisser vers moi, assez près pour réussir à y déchiffrer la fine écriture.
Je lève un sourcil en voyant l’adresse, me demandant décidément ce qu’elle était venue faire ici.

-Tu as raison de ne pas me faire confiance, tu ne me connais pas, mais je serais toi, je ne la donnerais pas non plus à ceux que tu vas rencontrer. Mais si tu y tiens, je peux t’y conduire, c’est pas très loin en fait….hum, tu sais, si tu veux des renseignements, tu devrais plutôt mander service auprès de la Cour des Miracles. Ils ont une certaine réputation à tenir et leur info sont fiables. Ca serait moins risqué que de s’acoquiner avec des amateurs pas forcément très …honnêtes ? Tout le monde sait ça dans le coin, je suppose que ça doit être la première fois que tu as recours à ce genre de services, ou que celui qui t’a demandé d’y aller pour lui n’a pas pris le temps de bien se renseigner. Enfin, tu fais comme tu veux, je peux t’y conduire, mais y’a peut-être meilleur solution quoi. Enfin après c’est vrai que la Cour ne donne que des infos, ils n’agissent pas, j’veux dire sinon ça ferait longtemps qu’on serait les rois du monde à la Ville Basse tu penses pas ? Avec tous ce que les rumeurs disent à leur propos, donc si tu veux d’autres types de services…Enfin bon. Je parle sans doute trop, j’sais pas trop.

Après tout le commerce d’information, autant que d’objet faisait partie de nos nombreux talents. Faire de la pub pour notre paroisse, plutôt que de laisser une naïve se vautrer dans les bras d’informateurs certainement peu doués car n’appartenant pas à la Cour, était un acte charitable non ? Qu’elle prenne ce qu’elle voulait de ce que je disais, je n’étais pas là pour prendre les décisions à sa place, simplement enlever les ronces obstruant sa vue sur certains chemins jusqu’alors invisible. Peut-être même aurais-je une commission sur l’affaire.

-T’offusque pas, mais vu là où tu veux aller et la faune qui y traine, c’est un peu évident que tu ce n’est pas pour profiter de leur boisson que tu veux t’y rendre quoi.

Si elle décidait d’aller demander nos service, je la volerais, mais pas trop, qu’elle ait assez pour nous payer. Oui, j’étais décidément une personne très charitable aujourd’hui, un exemple de générosité.

-Je peux te retourner le …compliment. Tu es bizarre, peut-être même un chouilla inconsciente. Mais marrante, alors ça va.

Elle était consciente, mais aveugle. C’était assez… étrange, mais bon au même titre que mes préjugés et ma hargne envers la caste de la noblesse et bourgeoise m’empêchaient d’être totalement objective.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Lun 27 Fév - 11:12

Il n'en fallait pas moins pour démonter Séverine : alors qu'elle venait de faire tout ce chemin, qu'elle avait supporté calvaires et misères, qu'elle avait même posé son petit derrière parfumé sur une vieille chaise en mauvais état et sans coussin – elle aurait dit délabrée – on lui apprenait que la source d'information qui l'avait menée ici était… non c'était vraiment trop.  Pas fiable?  Avoir été du genre mélodramatique, elle s'en serait effondrée sur le sol dans une crise d'apathie soutenue.  Aussi surprise et contrariée qu'elle fut, elle ne laissa rien paraître sur son visage et tenta de rester impassible.  Ça ne servait à rien de s'emporter et de piquer une crise.  Tout au plus, elle aurait récolté un regard de dégoût de la part de la gueuse et ça, il en était hors de question, l'orgueil de l'astronome ne lui permettait pas de subir un tel affront.  Elle était, en effet, prête à s'abaisser à certains stratagèmes pour obtenir ce qu'elle voulait, mais pas non plus à faire un honte d'elle-même.  Après, elle ne se préoccupait pas vraiment de ce que son « Agathe » pouvait bien imaginer comme étant ses desseins, mais est-ce qu'elle avait une tête à déléguer les tâches?  Ou même à commander des assassinats ou on ne sait trop quoi du même genre?  En vérité, même Séverine avait souvent songé qu'il serait plus facile de faire assassiner le duc de Sombreciel que d'essayer de le démettre de ses fonctions, il n'avait jamais été dans ses plans d'avoir recours à ce genre de procédés pour se venger de son cousin.  Non elle ne comptait pas l'éliminer, pour ça elle n'avait pas besoin de se déplacer aussi loin de chez elle.  Ou peut-être oui, pour se cacher et ne plus jamais retourner chez elle.  La noble déchue avait bien des défauts, mais elle était loin d'avoir une mauvaise âme.  Plutôt, elle avait même bon cœur, seulement elle n'avait pas souvent l'occasion de le montrer.

Bien qu'elle fut un peu offusquée par les idées que semblaient lui prêter l'autre jeune femme, Séverine était tout de même intéressée par ce qu'elle avait dit à propos de la Cour des Miracles.  Comme à peu près tout le monde, elle en avait déjà entendu parlé, mais elle manquait de contacts, très clairement.  Il n'existait pas non plus de manuel en vente dans les librairies, encore moins dans les bibliothèques, pour expliquer comment s'accorder leurs services.  Mais ce qui avait surtout attiré son attention c'était ce « on ».  Est-ce qu'elle entendait par-là elle-même faire partie de cette organisation?  Enfin, si on pouvait l'appeler ainsi.

Perdue dans ses réflexions, elle revient à elle-même lorsqu'elle se fait complimenter.  Enfin, rien de très exceptionnel comme compliment, pas de quoi rendre Séverine tourner de la tête et se pâmer de reconnaissance devant la pouilleuse.  Après tout, ce n'était pas particulièrement glorieux d'être « marrante ».  Non, pour se qualifier, elle aurait dit plutôt élégante, distinguée, vive d'esprit et intelligente.  Bon, et très belle, parce qu'elle se savait être loin d'un laideron.  Mais l'heure n'était certainement pas à l'autosatisfaction et à déclamer des odes lyriques pour louer sa propre grandeur.

« Se faire des compliments, ça ne nous va pas trop bien, » lâcha-t-elle avec un léger sourire.  Amusé.  Pas moqueur, pas dédaigneux.  Un petit sourire sincère.  Elle n'aimait pas la jeune femme, c'était chose certaine, mais au fond, elle ne la détestait pas non plus.  Puis pour la Cielsombroise, sourire n'était pas un pain quotidien.

« Je ne crois pas que t'écouter soit une chose très sage, mais venir dans les tréfonds de Lorgol n'était pas particulièrement malin de ma part non plus.  Mais tu m'as quand même aidée contre ces bandits et ma bourse n'ayant toujours pas bougé d'un pouce, je suppose que tu n'en est pas après mon argent non plus. »  Elle omit de dire toutefois que les fleurons ne pleuvaient pas sur elle et que tout était une question d'apparence.  Elle avait de la dignité : ce n'est pas parce qu'on a tout perdu, qu'on n'a plus de terre, ni de château, qu'on ne peut pas être distingué et soigné.  Puis sans l'admettre à haute voix, elle avait un peu honte de sa condition.

« Quand tu dis "On serait les rois du monde", tu veux dire que tu fais partie de la Cour des Miracles? » avança-t-elle prudemment.  Elle n'était pas familière avec les procédés de cet endroit. Est-ce qu'il y avait une règle d'anonymat pour les membres?  Sûrement en fait, sinon ça serait… absurde? « En fait non, je ne veux même pas le savoir.  Dis-moi juste où je peux m'acheter le manuel qui explique comment entrer en contact avec eux, ça suffira. »

Elle avait sorti un peu d'humour, un peu, pour faire oublier ces questions : elle n'avait pas envie de finir emprisonnée dans un cachot pour avoir découvert quelque chose qu'elle n'aurait pas dû.  Dans les histoires et légendes, ça finissait toujours mal pour celles qui s'étaient aventurées sur ces sentiers boueux.  Elle ne tenait pas non plus à être plus impliquée que nécessaire avec l'autre brunette.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Mer 8 Mar - 15:30

Un sourire étire mes lèvres quand je la vois doucement aller dans mon sens. Elle résiste, elle n’aime pas se faire montrer la voix par quelqu’un d’autre, mais j’aime à ce que les évènements aillent dans mon sens. Oui, dans les mains de la Cour des Miracles, elle sera en bien meilleure position qu’entre celle de ces usurpateurs qui ne récoltaient que les miettes laissées par les enfants de la Cour.
Tout nouveau client, toute nouvelle requête était une pièce en plus participant à l’expansion de la puissance et la grandeur de la Cour et cela ne pouvait que me satisfaire. J’en ronronnerais de bonheur si j’en étais capable.
Elle n’en restait pas moins naïve la grande dame. Ce n’était pas parce que je n’approuvais pas les méthodes rudes et disgracieuses de certains malandrins, que je n’étais pas intéressée par sa bourse. Bien au contraire, mais si elle voulait s’entêter à croire que voleur et espion n’étaient que des brutes sans manières et qui ne pouvaient prendre le temps d’apprécier une discussion avec une de leurs victimes…hé bien… autant la laisser dans ses idées carrées qui n’admettaient pas d’ouverture pour s’élargir. Dans un sens, ça m’arrangeait bien, c’était souvent ce genre de personne qui était le plus simple à duper, contre toute attente.

Je penche la tête lorsqu’elle reprend, tente de percer le mystère des Miracles et de ses enfants. Mon regard s’illumine… oups ? Non pas vraiment, et un rire cristallin s’échappe de ma gorge. Elle avait de la ressource ou presque, mais son ignorance concernant la Ville Basse était presque touchante.

-Pas du tout. Pourquoi t’aurais-je sauvé de voleurs si j’en étais une ? Tu sais il y a des règles ici-bas. Et piquer le butin d’un autre ne se fait pas vraiment. Dis-je, même si ces hommes n’étaient pas des voleurs aux services de la Cour…plutôt des racketteurs stupides. Étrange, n’est-ce pas ? C’est simplement que la Cour des Miracles règne ici, comme un duc sur son duché. S’il avait toute puissance, alors, ne serait-il pas naturel que l’ensemble de son territoire en profite également ?

Ce n’était pas vraiment un secret, que les voleurs ne se volaient pas entre eux. Je n’enfreignais rien à divulguer cette information qui pouvait tout aussi bien provenir des délires d’une enfant de la rue désœuvrée ayant interprété les rumeurs à sa sauce.

-Il n’y a pas de manuel. Donne moi juste une adresse ou te joindre. Ici, n’importe qui peut faire partie de la Cour, ce peut être tout le monde ou personne. C’est pour ça que peu de garde…si ce n’est aucun ne s’aventure ici. Ils ne savent pas qui est, ou n’est pas de la Cour. Je connais des réseaux, qui en connaissent d’autres et ainsi de suite. La Cour enverra un de ses émissaires à ta rencontre. C’est plus sûr que de te laisser errer dans les ruelles aux petits bonheurs la chance. Tu verras avec eux la teneur des services que tu mandes et les prix qu’ils y appliquent. S’il faut, il y a déjà un des enfants des miracles qui a entendu ta requête et qui courre la soumettre au Fils des Ombres…Qui sait.

Je lui lance un clin d’œil après avoir pris une voix faussement lugubre histoire d’agrémenter mes propos, comme lorsqu’on essaie de faire peur en racontant des histoires de fantômes le soir au coin du feu. Taisant volontairement le fait que la Cour se nourrissait d’argent aussi bien que d’information et que le prix demandé pourrait s’avérer plus étonnant qu’elle ne pourrait s’y attendre. Si sa position le lui permettait, si les secrets en sa possession étaient suffisamment alléchants. Son monde carré aux angles aigus allait en prendre un sacré coup à côtoyer l’exubérance ombrageuse des Miracles. J’avais hâte de voir ça.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Jeu 16 Mar - 14:30

Séverine reste un peu perplexe face à la répons de la jeune femme : si elle connaît si bien les règles de bienséances des brigands comment se fait-il qu'elle n'en fasse pas partie?  D'ailleurs, plus surprenant encore était que ces vils filous aient un code d'honneur.  Après tout, il n'y a absolument rien d'honorable à dérober le bien d'autrui.  Finalement, le monde des gueux était beaucoup plus complexe qu'elle avait jamais pu l'imaginer et elle aurait bien besoin de plus que quelques heures pour en comprendre tout le fonctionnement.  Enfin, ce qu'elle racontait la Agathe faisait du sens dans la tête de la jeune noble.  Après tout, de ses origines, elle comprenait en partie les jeux de pouvoirs.  Simplement, elle n'avait jamais imaginé qu'un groupe entier pourrait être à l'origine d'un pareil contrôle.  Mais probablement avait-il un chef? Cependant, la brunette n'avait nullement le temps pour se laisser aller à toutes sortes de  conjectures plus branlantes les unes que les autres : d'ailleurs, elle n'avait pas besoin de bien comprendre ces choses, ça ne lui était point utile du moment qu'ils arrivaient à lui fournir ce dont elle avait besoin.  Le reste lui importait peu.  Et même si elle avait été dans la nécessité de tout comprendre dans les moindres détails, elle en aurait fait l'apprentissage avec la plus grande réluctance et répugnance.

D'ailleurs, c'était la suite de ce discours sans  fin qui l'intéressait plus que le reste : ce dont elle avait besoin c'était exactement ce genre d'informations.  Attentive, elle écouta débiter sa tirade sans piper mot, bien que son visage laissa transpercer quelques émotions à certaines évocations.  Surtout parce qu'elle sait que la jeune femme a raison : elle n'a clairement pas sa place dans ses rues et absolument pas le profil pour s'y balader sans s'attirer d'ennuis assez graves.  Elle reconnaît la chance qu'elle a eu de tomber sur cette jeune femme, bien que par moment elle ne peut que l'insupporter.

« Je vois, en résumé, je dois laisser mon destin reposer entre les mains du hasard.  On ne peut pas dire que c'est exactement pour me plaire, mais parfois on est réduit à certaines extrémités plus par nécessité que par envie, » lâcha-t-elle.  Cependant, de là à laisser son adresse à une parfaite inconnue… était-ce bien sécuritaire?  Après tout, il était impossible de savoir si ce qu'elle disait était vrai ou faux.  C'était une invitation au cambriolage à la limite.  Quoiqu'ils ne trouveraient sûrement pas de quoi satisfaire leur soif de richesses en fouillant les appartements de la jeune femme : il n'y avait que peu de choses de valeur à y dérober.

« Je suis bien prête à avaler tout ce que tu me dis, de toute façon, je n'ai personne d'autre pour m'informer à propos de quoi ce soit.  Cependant, je suppose que dans ces quartiers même les murs ont des oreilles, alors comment je fais moi pour savoir que ce n'est pas un imposteur qui vient à moi? » demanda-t-elle avec ironie : elle ne pouvait pas laisser tomber complètement ses habitudes langagières simplement parce qu'on avait daigné être un peu aimable – aimable était tout de même dire beaucoup pour peu – envers elle.

« Et puis… est-ce qu'ils seulement lire les gens de la Cour des Miracles? » ajouta-t-elle.  C'était dangereux comme question, certes, mais pourquoi devenir un escroc lorsqu'on avait de l'éducation?  Même, dans l'esprit de la Cielsombroise, toute personne de la ville basse n'ayant pas d'origines ibéennes était forcément illettré.  Après tout, la majorité de la population de ce coin n'était-elle pas composée de rustres?

« Enfin, je n'ai ni plume ni encre sur moi, donc ça règle assez vite la question.  À moins qu'ils offrent ce service dans ce genre d'endroit?  Je crois qu'il y a encore beaucoup pour me surprendre. »  Et elle ne se promenait pas non plus avec des cartes de visite partout où elle allait, d'autant qu'elle n'avait pas de résidence privée à Lorgol, la famille de Mauve n'ayant jamais eu les moyens de s'acheter une tour.  Puis, elle n'avait pas nécessairement envie qu'on sache où elle se terrait.  Elle ne doutait pas un seul instant que la cour de Sombreciel avait aussi ses espions à Lorgol.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Ven 17 Mar - 17:09


Un long soupir m’échappe alors que je pensais enfin avoir trouvé un terrain d’entente. Elle était fatigante, avec ses préjugés, à tourner autour du pot, alors que nous savions elle et moi qu’elle finirait par céder. Une livraison à domicile sans plus être obligée de venir trainer dans ces dédales sordides, c’était à mon sens, suffisamment reluisant pour faire pencher la balance. Mais non, la Dame avait besoin qu’on la caresse dans le sens du poil et qu’on la tienne par la main. Sinon, comme une jument fébrile, elle paniquait et se cachait sous ses remarques agressives et pleines de préjugés. Je me prends la tête entre les mains, abandonnant toute civilité pour laisser transparaitre mon exaspération ouvertement. Même si un rire m’agite à sa demande grotesque, des usurpateurs ? De la Cour ? Vraiment ?

-Ce sont des voleurs qui marchandent leurs services, tu crois vraiment que si quelqu’un se fait passer pour eux, la personne y survivrait assez longtemps pour passer la nuit ? Personnellement, j’en doute, je te l’ai dit, il y a des lois et quand elles ne sont pas respectées, je t’assure que ce n’est pas qu’une tape sur les doigts que les gens récoltent. Enfin pour ce que ça me concerne.


Il y avait un certain laxisme sur certaines situations, dont la plupart des moins fortunés profitaient pour survivre, mais de là à usurper le nom des Miracles, ho ça non, ce n’était pas du tout une bonne idée. Je plaignais sincèrement la personne qui serait assez stupide pour tenter l’opération et qui en subirait les conséquences.
Oui l’illettrisme était monnaie courante… mais sérieusement…était-elle vraiment aussi naïvement stupide ? croyait-elle que la Cour avait bâti sa réputation sur de simple vol de fleuron dans les rues de misère de la Ville Basse ? Qu’il n’y avait pas tout un réseau de revente dont nous nous servions, des marchands, des mages et des nobles avec qui nous étions en contact ? Certains ne savaient pas lire, mais ce n’était pas une règle absolue. Si elle savait, la bourgeoise des beaux quartiers, que certains de ses pairs, certains qui devaient même être bien plus haut placé dans la société, étaient en fait des enfants des miracles, comment le prendrait-elle ? Je m’abstiens cependant de révéler cette information bien trop précieuse pour ses oreilles.

Quel manque de finesse pour quelqu’un se lançant dans une opération qui avait l’air délicate.

-Tu peux simplement me la donner ton adresse, ou au moins un nom à qui s’adresser. Ils te retrouveront ne serait-ce qu’avec ça. Mais bon, à toi de voir, je ne t’oblige à rien. Si tu veux continuer à croire et sous-estimer le monde qui t’entoure, faudra pas te plaindre d’arriver droit dans un mur pour ne pas avoir eu l’intelligence de mieux te renseigner.

Je hausse les épaules.

-Je suppose que tu peux demander oui, tout se monnaie. Il faut vraiment que tu sortes de ton cocon, sinon tu vas vraiment finir par te faire bouffer sans même t’en rendre compte. Ca serait bête, t’as pas l’air stupide en plus.

Peut-être était-ce déjà le cas d’ailleurs.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Mer 22 Mar - 11:07

La jeune femme resta perplexe un instant.  Elle commençait à comprendre que cet organisme du nom de Cour des Miracles étaient beaucoup complexe qu'elle ne l'avait supposé : d'ailleurs, elle trouvait déjà surprenant que des voleurs, des brigands sans manières et sans esprit, soient capables de s'unir sous une même bannière et travailler en collaboration.  C'était plutôt déconcertant pour une dame ancrée dans de nombreux préjugés des classes sociales.  La vie lui réservait beaucoup plus de surprises déplaisantes qu'elle n'en désirait et cela l'agaçait assez fortement : elle n'aimait pas passer pour une écervelée sans éducation et encore moins se retrouver dans le tort.  L'ex-héritière de Mauve avait une dignité à préserver – du moins, il lui semblait indispensable d'épargner la déchéance aux quelques miettes qui en restait : après tout, elle n'avait en réalité plus grand-chose à perdre une fois dépouillée de ses terres et de ses titres.  Or voilà que cette… eh bien, elle n'avait aucune idée quel métier pouvait bien occuper son informatrice, mais il n'était certainement pas très reluisant, bref cette pauvresse, disons donc, malmenait l'orgueil de la noble dame.  Elle qui était très fière avait bien du mal à le supporter.  Elle avait presque l'impression d'être traitée telle une enfant qu'on remet à sa place et elle détestait ce sentiment qu'elle n'avait jamais vraiment expérimenté auparavant par ailleurs.  Le plus exaspérant c'était qu'elle ne pouvait même pas s'emporter contre l'impudence de l'autre individu, au risque de n'avoir plus aucun repère quant à savoir comment s'en sortir de cette sale ville puante.  Et encore… il n'était pas dit qu'elle soit vraiment fiable cette fille…

Il fallait donc vite se décider entre l'information à donner : son nom ou son adresse.  Elle hésitait.  Bien qu'elle ait changé son nom de famille pour prendre celui de sa mère et passer plus inaperçue, si ces gens étaient effectivement capables de ce que prétendait l'autre brunette, eh bien, ils auraient probablement le moyen de retracer sa véritable identité.  D'autre part, si elle laissait seulement son adresse, ça ne garantissait pas non plus qu'il ne trouverait pas son nom.  Qu'est-ce qui lui garantissait que personne ne vendrait jamais les service qu'elle avait mandé à un autre?  C'était un jeu dangereux, mais elle n'avait que très peu de cartes en main et il fallait la tenter.  Décidant que de ne pas écrire était quelque chose de plus sûr, comme il ne resterait pas de traces écrites et que les mots s'envolent avec le vent en un tour de main, elle décida de ne point dépenser ses fleurons pour un bout de parchemin et de l'encre : elle ne roulait pas sur l'or et toute dépense inutile était comptée.

« Belastre.  Tu peux leur dire de chercher une personne du nom de Belastre.  Je suppose que ça suffit? » demanda-t-elle, un peu lasse bien qu'elle tâcha de n'en rien laisser paraître.

Combien de temps lui faudrait-il pour arriver à ses fins?  Elle n'en savait rien, mais elle était si loin du but qu'elle peinait à le voir.  Jusqu'à présent, elle avait dû se terrer et se faire oublier du mieux qu'elle le pouvait.  L'histoire de la trahison de ses parents envers la cour ducale était encore assez fraîche dans la mémoire des gens, mais elle n'en pouvait plus d'attendre.  Il fallait qu'elle passe à l'action, qu'elle commence à échafauder sa vengeance.

« Je suppose que je n'aurai pas à attendre longtemps, » lâcha-t-elle sur un ton semi-interrogatif.  Elle était à peu près sûre de la réponse, mais autant s'informer autant que possible.  Un vaut mieux que deux tu l'auras.  « Je veux dire, pour être contactée, pour la suite, je ne crois pas que tu ne puisses me renseigner. »  Car elle n'avait absolument pas le dessein de se confier à cette inconnue et elle-même n'étant pas de la Cour, elle ne saurait probablement pas comment ils se chargeaient de récupérer de délicates informations.  Après tout, elle ne voulait pas essayer de coincer un marchand bourgeois, on parlait d'un duc tout de même et les secrets de ceux-ci étaient certainement très bien protégés, ou du moins dispendieux.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Dim 26 Mar - 14:16

« Belastre » Je hoche la tête de façon guillerette, la laissant voir ce qu’elle voulait. C'est-à-dire une femme sotte sans capacité cognitive ou presque. J’enregistrais cependant le nom avec le plus grand des sérieux, le rangeant précieusement dans un des rares coins ordonnés et calme de mon esprit pour éviter de ne le perdre dans le bazar ambiant qui s’agitait constamment ma tête. Ce nom me disait quelque chose, mais j’étais bien incapable de mettre le doigt dessus, avec de la chance peut-être réussirais-je à satisfaire ma curiosité auprès de mes congénères des miracles, bien que les espions, détenteurs des informations, étaient plutôt avares de partager leur savoir avec les autres.
Faut dire que les rumeurs se propageaient avec une rapidité effarante au sein de la Cour et de Lorgol, mieux valait le silence pour eux. C’était l’une des raisons pour lesquelles j’aurais certainement fait une très mauvaise espionne.

-Oui, je pense que ça suffit amplement.

Plus description physique à la clé et puis ce n’était pas comme si je n’allais pas veiller à ce qu’elle rentre en un seul morceau. Je ne l’avais pas tiré d’affaire pour qu’elle se fasse amocher sur le chemin de la maison, encore moins si elle devenait l’une de nos clientes. Les interrogations de la belle sont presque attachantes. Je hausse les épaules, faisant mine de ne plus trop m’intéresser à elle en revenant à mon repas que je me devais de finir pour l’honorer convenablement. Une fois cela fait, je me perdis un instant dans la contemplation de la table, y chassant les miettes avec des gestes paresseux. Simplement pour le plaisir de la faire poireauter et d’y voir le doute la grignoter, d’y voir ce besoin d’être rassurée, elle la grande dame qui semblait se draper dans une éducation parfaite et pourtant détentrice de tellement ignorante.

-Qui sait, peut-être viendront-ils avant que le soleil ne se lève, ou peut-être attendront-ils. Les rumeurs courent, mais il est plus difficile de savoir laquelle est vraie ou non. En attendant, je te conseille de réfléchir à ce que tu peux leur offrir, toi, en retour. Je te l’ai dit tout se marchande.


Serait-elle capable d’en comprendre le sous-entendu. Oui, des fleurons seront demandés, mais pas seulement, du moins tout dépendait de son argent et de la teneur de sa demande. Si elle voulait entrer dans la danse des Miracles autant qu’elle y soit préparée, même si on n’était jamais vraiment prêt à ça. Certains s’y adaptaient avec aisances, d’autres se faisaient tout simplement piétiner. Cependant, je la soupçonnais d’avoir assez de caractère pour faire tomber quiconque se risquerait à vouloir la bousculer.

Maintenant, il devait être question de ma propre rémunération, après tout j’avais fait plus que ma part du travail. Avec maladresse, je renverse le plateau de victuaille vide. Un juron volontaire file d’entre mes lèvres pour éclater comme une bulle entre nous, je me baisse pour le ramasser et laisse allégrement mes yeux détailler les pieds de la belles, ses chevilles à peine visibles, j’aurais dû les laisser courir, voler, vers ses hanches et sa taille, mais un détail m’interpella.

Elle, la grande Dame, la frigide, la vierge a la fierté intouchable, nom d’un petit cochon empaillé… Des replis de sa jupe, s’offrent à moi, des jupons à la dentelle exquise, à la légèreté le rendant presque transparente qui ne pouvais venir que d’un seul duché. Un sourire mutin étire mes lèvres, …et….pourquoi pas ?
Je crois que je l’avais grandement sous-estimé et sa « Grandeur » venait de monter dans l’estime mitigée que je portais à son sujet.

Ces jupons-là devaient valoir bien plus que ce que sa bourse contenait, ou autant tout du moins, vu que je ne pouvais décemment pas lui voler ses fleurons pour ne pas spolié les copains… Qu’elle ne pensera surement jamais à offrir cette dentelle finement travaillée, que j’aimais les défis, surtout lorsqu’ils se cachaient dans un silence timide.  
La décision n’avait pas bien été dure à prendre. Laissant ma chaise déjà en équilibre précaire, pencher totalement, je feigne de perdre l’équilibre en glapissant, orientant ma chute sur la bourgeoise que j’entraine avec moi. Je roule, l’agrippe, laisse mes mains la dépouiller, usant d’un couteau qui ne me quittait jamais, érafler le jupon sur ses coutures pour ne pas l’abimer outre mesure, je roule, tombe, enlace et couine simulant la frayeur.
Elle tente de me repousser et voila que j’enfonce avec entrain et fausse maladresse ma tête dans son corset. Toujours attirer l’attention, la faire se fixer ailleurs pour faire à sa guise et en toute impunité. L’exercice est ardu, il demande une adresse toute particulière. Avez-vous déjà tenté de déshabiller une femme sans qu’elle ne s’en rende compte ? Un défi digne d’un cielsombrois ou d’un voleur de la Cour des Miracles.

Je sens le tissu glisser doucement, me narguant presque, subtilement, là, avec finesse pour ne pas le déchirer, faisant sauter quelque couture en les caressant d’une lame discrète. Quand enfin, après mille contorsions, qui me font paraître ces quelques instants de roulade pour une éternité à jouer des doigts pour m’emparer du tissu précieux, je le sens s’échapper des pieds agités de ma camarade de jeu qui essai en vain de se sortir de ce méli mélo de jambes et de bras l’entrainant dans une roulade infinie.
J’arrête mes gesticulations affolées qui ne faisait qu’empirer notre étreinte sur le sol, qu’un fracas étonnant avait accompagné. Je me relève en cachant souplement ledit jupon dans les replis de ma jupe, non sans récolter quelques bleus donnés par une bourgeoise se débattant avec ardeur.

-Je suis désolée, j’ai perdu l’équilibre et j’ai cru voir un…un chat… Je déteste ces bestioles, ce sont les envoyés des dieux sombres sans aucun doute, ils portent malheur, tu savais qu’il fallait absolument éviter de croiser leur regard sous peine d’attirer l’attention de ceux qu’ils servent ?

Dans mon babillage un brin paniqué, je lui tends une main qui s’accroche à la sienne, ne lui donnant pas le choix de la toucher pour la remettre sur pied. Je n’avais pas la patience de la laisser décider que, finalement, non, je n’étais pas assez propre pour avoir l’insigne honneur de toucher sa peau délicate.  
Mon regard balais la salle, remarquant que les hommes avaient disparu, mais les regards, surpris et amusés étaient posés sur nous, dont certains plus brillants que d’autres. Les ombres des miracles, ayant perçu mon manège et mes manigances, riaient sous cape.

-Je … Je crois que nous ferions mieux d’y aller avant d’attirer encore plus l’attention, ils sont partis. Désolée pour… ça…Tu peux rejoindre la Ville Haute en suivant la veine principale sur laquelle donne l’autre porte de la taverne. Il y a encore du monde, tu ne devrais pas être inquiétée. J’ai à faire maintenant, avec de la chance peut-être aurais-je aussi droit à quelques fleurons pour avoir indiqué un nouveau client à la Cour des Miracles qui sait.


Dis-je en m’éclipsant, et… merci pour le jupon pensais-je en souriant, me demandant à quel moment son état de fureur descendrait assez pour qu’elle se rende compte de la perte de son bien. Après tout, je ne pouvais décemment pas lui prendre ses fleurons et devancer mes camarades, c’était de sa faute, pas de la mienne. Je l’avais prévenu, tout se monnayait. J’avais simplement récupérer mon dû pour un travail correctement effectué, c’était tout. En attendant, il me fallait rejoindre la Cour après l’avoir suivi pour indiquer notre nouveau contact et bourse à patte.

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Message Sujet: Re: Une dame à la Ville Basse   Mar 28 Mar - 14:06

Parfois l'attitude nonchalente de la jeune femme avait ce don d'énerver au plus au point la Cielsombroise.  Parce qu'elle savait qu'elle le faisait intentionnellement.  Ce qui l'agaçait encore plus, c'était qu'elle-même se prêtait au jeu en laissant ses émotions transparaître plus qu'elles ne l'auraient dues.  Elle maudissait intérieurement cette parvenue qui avait su la percer plutôt à jour en l'espace de seulement quelques instant.  Rien de tout cela n'était particulièrement fatale à la brunette, mais il y avait de la contrarier profondément, elle qui se targuait d'être si douée à la dissimulation.  C'était comme si son interlocutrice lisait en elle comme à travers une vitre et cela l'exaspérait singulièrement.  Et plus elle se rembrunissait plus elle était irritée.  Si elle n'était pas en dette d'honneur envers la jeune femme, elle lui aurait versé le contenu de sa boisson sur la tête et serait partie en faisant preuve de toute la dignité qu'elle pouvait démontrer.  Séverine avait la vague impression que l'autre femme en savait plus qu'elle ne voulait bien le dire.  Elle ne s'abaisserait pas à essayer de lui tirer les vers du nez, elle était trop fière pour ces bassesses et ne voulait pas s'attirer plus d'ennuis qu'elle n'en avait déjà.  Cependant, elle détestait savoir la carotte tout près sans pouvoir l'apercevoir.

« Ça va, j'ai compris, tout se paie, tout se marchande, je ne suis pas née de la dernière pluie non plus…  J'attends seulement de savoir quel… » Elle s'interrompit en pleine phrase alors que la roturière renversait avec une maladresse déconcertante le plat de victuailles – d'ailleurs ce n'était pas vraiment une perte considérant que c'était immangeable, on aurait pu qualifier la chose de déchet, mais Séverine s'efforçait d'apprendre à communiquer avec ce peuple étrange (bien qu'elle-même elle les nommât sous-peuple) qu'on appelait les Bassois – mais aussi en lâchant un juron indigne d'être entendue par de nobles oreilles telles les siennes.  Quel manque de raffinement!

Comme de l'inconvenance, la pauvresse tomba en bas de chaise, entraînant la noble dame dans sa chute, probablement dans l'horrible dessin de s'en servir comme coussin amortisseur.  Secouée par la surprise, la Cielsombroise pousse un hoquet étouffé.  Quelques secondes suffisent à ce qu'elle ne se remisse de l'émotion et elle ne tarda pas à tenter de repousser la sans-façon qui ose la faire culbuter dans tous les sens en plein public.  En plein milieu d'une taverne à l'odeur de moisie et de transpiration.  Il y avait de quoi faire retourner sa pauvre grand-mère dans sa tombe.  Pourtant, en se débattant pour se défaire de l'empoigne de l'autre jeune femme, elle se prit sa tête en plein dans l'estomac, ce qui lui coupe le souffle puisqu'elle porte son corset extrêmement serré pour affiner sa taille déjà si légère.  Lorsqu'elle put respirer à nouveau, la jeune Belastre se remit à se débattre avec beaucoup plus de vigueur, désormais animée par la fureur.  Cette fois c'en était trop.  Sa coiffe était toute défaite et sa robe toute froissée.  Comment pourrait-t-elle rentrer chez elle sans être stigmatisée par une honte infinie?  Dès qu'elle se serait remise sur pied, elle n'hésiterait pas à dire sa façon penser à cette sans abri mal élevée!  Elle sentit que ses mouvements vigoureux malgré sa frêle carrure frappait la maladroite et elle ne pouvait s'empêcher d'en ressentir un vif plaisir : ça lui apprendra à humilier plus grand qu'elle.

Le babillage de la voleuse ne fit que mettre encore plus hors d'elle la noble déchue qui lorsqu'on lui tendit une main pour l'aider à se relever essaya de se dégager d'un geste brusque, bien que ce ne fut sans succès.  Depuis le début de cette conversation, on la prenait pour une imbécile et sa fierté meurtrie ne pouvait en supporter plus longtemps les propos sardoniques dissimulés sous une fausse innocence.

« Que mes yeux ne se posent plus jamais sur toi, espèce d'enfant mal élevée! » bredouilla la Cielsombroise qui n'arriva pas à en dire plus, tant elle était emplie d'une colère farouche.  Sans porter la moindre attention à tout ce monde qui l'entouraient, qui se moquaient peut-être même d'elle et de sa tenue inconvenante, elle se dirige d'un pas hâtif, la tête au port altier pour masquer son infinie mortification.  Au passage, le tavernier l'arrêta pour qu'elle paie le prix du repas qu'elles avaient au final à peine consommé, et dans sa rage, elle jeta presque ses fleurons à la tête du pauvre homme qui n'y était absolument pour rien.

Les directives de la jeune femme s'avérèrent toutefois exactes et en l'espace de quelques minutes, Séverine Belastre était montée en voiture pour se rendre à l'auberge où elle résidait.  Si les plaisanteries grivoises du cocher l'auraient fort contrariée en temps normal, elle lui boucla le clapet encore plus vivement, elle qui était encore dans une colère profonde.

Ce n'est seulement qu'en arrivant à l'auberge, l'eau de son bain pour se nettoyer de la crasse des mendiants qu'elle réalisa ce qui était arrivé à ses jupons.  Cette fois, elle ne put retenir de maudire de son langage le plus coloré cette intrigante qui l'avait dépouillé de l'un de ses meilleurs jupons, petite merveilles de dentelles qu'elle avait fait réalisé dans une excellente boutique. Elle savait maintenant qu'elle était le prix des services de l'inconnue.  Il valait mieux pour l'aubergiste que l'eau soit à la température exacte ou le pauvre aurait à goûter la colère d'une Cielsombroise outrée jusqu'à l'os à la place de la réelle coupable.

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