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 On a tous des secrets - Melinda

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Je suis : Voltigeur de Nuage, Major du Vol de Valkyrion, division de Svaljärd
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Message Sujet: On a tous des secrets - Melinda   Jeu 29 Déc - 17:05


Livre II, Chapitre 1 • Les Sables du Temps
Melinda Orlemiel & Mayeul de Vifesprit

On a tous des secrets

Même ceux qui se proclament servants de la vérité



• Date : 13 Décembre 1001
• Météo : Froide, très froide en ce début de matinée
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Mayeul profite de ses derniers jours de liberté avant de rejoindre Svaljärd pour occuper ses nouvelles fonctions. Il se rend à une taverne qu’il connaît bien, espérant un peu y croiser Melinda qui y descend quand elle est de passage à Lorgol. Enfin, selon ses dernières informations. Ils n'ont pas réellement eu le temps de parler depuis la dernière fois, et le Voltigeur aimerait y remédier.
• Recensement :
Code:
• [b]Date :[/b]13 Décembre 1001 [url=http://arven.forumactif.org/t1625-on-a-tous-des-secrets-melinda#48559]Titre[/url] - [i]Melinda Orlemiel & Mayeul de Vifesprit[/i]
Mayeul profite de ses derniers jours de liberté avant de rejoindre Svaljärd pour occuper ses nouvelles fonctions. Il se rend à une taverne qu’il connaît bien, espérant un peu y croiser Melinda qui y descend quand elle est de passage à Lorgol. Enfin, selon ses dernières informations. Ils n'ont pas réellement eu le temps de parler depuis la dernière fois, et le Voltigeur aimerait y remédier.


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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Jeu 29 Déc - 17:08

Est-ce une trahison, que de chercher à voir une mage, en ces temps troublés ? Les Faës ont été raccompagnés sans ménagement à la frontière après la Samhain, et les tensions entre les deux empires sont plus fortes que jamais, avec la prise de pouvoir de Gustave et sa décision, complètement stupide, d’autoriser l’Ordre du Jugement sur ces terres. Il n’est pas idiot, Mayeul, et il craint fortement pour l’avenir de la Trêve, et pour la paix en Arven. Alors, voir une mage ? Alors qu’il s’apprête à rejoindre Svaljärd et sa nouvelle affectation, et un duché qui, plus que les autres, est fermé à la magie ?

Ce n’est peut-être pas une trahison, mais c’est assez perturbant pour qu’il n’ait pas envie de crier sur tous les toits qu’il est Voltigeur. Certes, il est à Lorgol, et la cité est ouverte à tous, mais disons qu’il n’a pas réellement envie d’attirer l’attention. Et qu’une fois en Valkyrion, ce genre de rencontre deviendra sans doute un peu plus problématique. C’est bien pour ça qu’il a décidé de voir s’il peut retrouver Melinda, avant de partir de Lorgol pour un temps indéterminé. Il ne l’a pas revu depuis la Samhain, et elle avait l’air passablement ébranlé, la jeune femme. Elle lui a présenté des excuses, aussi, ce qu’elle fait, maintenant qu’il y réfléchit, à chacune de leurs rencontres ou presque.

Amusement. Fierté. Les sentiments de son griffon s’accordent aux siens. Pour une demoiselle qui clame propager la vérité, Melinda se trompe souvent sur son compte, et il n’en est pas mécontent, Mayeul. D’un pas guilleret, il s’avance vers la dernière taverne où il a retrouvé la jeune femme à Lorgol. Elle n’y sera peut-être pas : le Voltigeur n’a pas pu la prévenir de sa visite, et il ignore si elle demeure à Lorgol, ou même ailleurs. La ville est grande, et si elle ne se trouve pas ici, il ne saura pas où la chercher. Peut-être aurait-il dû passer par Serenus : le guerrier de Cibella est tout de même plus facile à trouver, il suffit de faire parvenir un message à la Guilde. Peut-être fera-t-il ça, oui, plus tard. Pour le moment, il se contente d’attendre, se demandant si cela vaut la peine de demander si la jeune femme y réside ou non.

Malgré le froid, il n’est pas pressé d’entrer pourtant, le Voltigeur. Depuis quelques jours - semaines ? - l’alcool qu’il avale n’a guère plus d’effet qu’un jus de pomme, et cela le perturbe pas mal. Certes, il a bu un peu plus que de raison après avoir promis à Mathilde de ne plus se perdre dans la drogue, mais tout de même ! Ou c’est une punition d’Erelf, pour s’être détourné du chemin qu’il lui avait tracé ? Il ne les comprend pas, parfois, les Dieux. Ou alors, ça n’a rien de divin. Une maladie, peut-être ? Impatience. Il n’a pas encore aperçu Melinda, alors peut-être n’est-elle pas là ? Il aura essayé, du moins.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Jeu 26 Jan - 21:48

Je m’étais réveillée au milieu de la nuit, toute en sueur et en peur, et je n’étais pas parvenue à me rendormir. Les brumes de mon cauchemar s’accrochaient à moi, et j’avais le sentiment qu’elles s’enroulaient autour de mon cou pour mieux me faire suffoquer. Oh, ce n’était pas un cauchemar effrayant, pas vraiment. Plutôt un cauchemar triste, duquel je me réveillais toujours avec l’envie irrésistible de me blottir dans ma couverture et de pleurer toutes les larmes de mon corps. Depuis la Samhain, il revenait peupler certaines de mes nuits. Il y avait bien évidemment certaines variables, mais il concernait toujours mon frère. Et toujours, je finissais par l’abandonner, par le rejeter, ou par devenir aveugle à sa présence. L’idée tournait en boucle dans ma tête depuis cette détestable et si appréciable rencontre en Sombreciel. N’était-ce pas moi, au fond, qui avait fini par bannir mon frère de mes pensées simplement pour m’épargner un peu de souffrances ? Pire : est-ce que, comme Mélodie l’avait dit, je gâchais la vie que mon frère avait passé une partie de la sienne à protéger ?

Incapable de fermer de nouveau les yeux, et ne pouvant pas me permettre de m’effondrer – je n’étais pas sûre de pouvoir me relever – je m’étais levée le plus discrètement possible, pour ne pas réveiller ma colocataire. Je m’étais rapidement habillée, puis je m’étais jetée dans la nuit pour échapper aux fantômes de doutes et de culpabilité qui me poursuivaient. L’air froid de cette nuit hivernale m’avait coupé le souffle – à moins que ce ne soit un sanglot à demi-étouffé ? – mais je m’étais dirigée sans une hésitation dans les rues de Lorgol, que je commençais peu à peu à connaitre. J’avais fini par me réfugier au seul endroit de la Ville aux Mille Tours où j’avais le sentiment d’être éloignée de tout : l’endroit secret qu’un jeune guide m’avait fait découvrir, juste en échange d’un pot de miel. La première fois que ce cauchemar m’avait terrassé, c’était le premier refuge qui m’était passé par l’esprit, et j’y étais retournée à chaque fois que je m’étais réveillée au milieu de la nuit, emplie de doutes et de questions sans réponses.

J’avais observé le ciel se parer des couleurs de l’aube en essayant de me vider l’esprit, et j’étais restée là, au bord de l’eau, jusqu’à ce que mes mains et mes pieds frigorifiés me rappellent que les températures étaient assez basses, et qu’il serait préférable pour moi de retourner trouver refuge à la Taverne de la Rose. Je m’étais donc relevée, frottant mes muscles engourdis pour les réchauffer et les remettre en action. Puis je m’étais mise en route, mes yeux perdus dans le vague, mes pensées sans doute égarées dans un néant bienvenu. Ce n’était que lorsque j’avais approché la Taverne de la Rose que les projets de ma journée avaient commencé à se mettre en place dans ma tête, s’agençant pour me permettre d’agir tout au long du jour, et surtout, pour m’empêcher de réfléchir trop avant à une situation qui, immanquablement, me faisait souffrir.

J’étais donc dans un état d’esprit un peu plus positif lorsque j’aperçus la silhouette plantée devant la Taverne de la Rose. Physiquement, je n’étais pas vraiment présentée de façon avantageuse. Mes cheveux étaient coiffés approximativement,  il était sans doute évident que ma tenue avait été enfilée à la hâte, et des cernes soulignaient mes yeux. Mais je n’en étais pas encore au point de m’inquiéter de ce dont je pourrais avoir l’air aux yeux d’éventuels spectateurs, et encore moins de celui qui se tenait là. Ce n’était autre que Mayeul de Vifesprit, le fameux voltigeur à qui j’avais donné mon premier baiser, et qui devait toujours me montrer son griffon – un détail que je serais bien contente de lui rappeler. La dernière fois que je l’avais vu remontait à la Samhain, où je l’avais trouvé particulièrement impressionnant dans le rôle d’un meneur. Je ne savais pas exactement ce qu’il venait faire à Lorgol, mais en tous cas, dès l’instant où je le vis, j’intercalai dans mon programme de la journée une petite place pour le voltigeur. J'appréciais beaucoup mes conversations avec Mayeul, et je savais qu’il n’y avait rien de mieux pour me changer les idées que quelques répliques avec un interlocuteur quelconque, qui n’avait aucune idée du problème et qui se laisserait convaincre par mon sourire de façade.

— Mayeul ! criai-je alors que quelques mètres encore nous séparaient.

Je parcourus la distance qui nous séparait en quelques grands pas rapides, tentant d’arborer une expression sérieuse. Une fois devant lui, je m’immobilisai et posai mes poings sur mes hanches en fronçant les sourcils comme pour me donner un air menaçant. Air menaçant sans doute un peu gâché par mon apparence négligée qui devait donner l’impression que j’avais dormi dehors, et par le léger sourire que je n’avais pas pu totalement éradiquer.

— Vous êtes enfin venu pour me montrer votre griffon ? questionnai-je en plissant les yeux.

Qu’il soit venu à Lorgol pour moi ou qu’il soit là totalement par hasard ne m’importait pas. A présent qu’il venait de me croiser, il pouvait bien modifier ses plans de la journée pour moi, non ? Néanmoins, je commençai à le connaitre Mayeul, et je ne voulais pas vraiment lui devoir un nouveau baiser simplement pour pouvoir faire la rencontre de son griffon. Aussi je n’attendis même pas qu’il m’ait répondu avant de déclarer :

— Peu importe, en fait. Je suis contente de vous voir.

Je suis contente de vous voir. Pour tout qui me connaissait bien, cette phrase pouvait paraitre étrange. Je ne m’attachais pas aux autres. Je n’étais pas contente de les voir. D’habitude. Je frottai mes mains l’une contre l’autre et tapai les pieds contre le sol pour tenter de me réchauffer. Je fronçai les sourcils, me demandant pourquoi Mayeul trainait dehors juste devant la porte d’une taverne bien chauffée par ce froid hivernal.

— Je vous demanderai bien ce que vous faites ici dehors, mais comme je n’ai pas trop envie d’attendre encore plus longtemps dans le froid, je vais plutôt vous proposer d’entrer.

Il me vient soudain à l’esprit la pensée que si Mayeul n’était pas entré, c’était peut-être parce qu’il avait quelque chose contre la Taverne de la Rose. J’avais du mal à m’imaginer ce qu’on pouvait avoir contre cet endroit que je commençais peu à peu à considérer comme mon chez-moi, mais j’avais également conscience que le voltigeur était quelqu’un de…, disons, particulier.

— Enfin, si vous avez quelque chose contre la Taverne de la Rose, on peut aussi aller ailleurs. Je suis ouverte à toute proposition.

Je me rendis brutalement compte que Mayeul n’avait pas vraiment eu le temps de dire qu’il désirait rester avec moi. Peut-être était-il venu ici par hasard, ou pour une mission quelconque en tant que voltigeur, ou pour une rencontre de la plus haute importance. Cette idée ébranla une partie de ma confiance, et je rentrai légèrement la tête dans mes épaules en tortillant mes mains.

— Je… heu… j’ai conscience que vous avez peut-être des choses à faire, en tant que voltigeur, avec toutes les tensions qu’il y a en ce moment entre Ibélène et Faërie, mais… disons que… je crois… que j’aimerais bien parler avec vous. Alors si vous avez un peu de temps… on peut peut-être… aller manger ou boire quelque chose, ou simplement se promener.

J’avais besoin de parler à quelqu’un. J’avais besoin de me changer les idées. J’avais besoin d’oublier à peu près toute mon existence. En d’autres termes, j’avais simplement envie que Mayeul soit comme d’habitude, qu’il me taquine et m’oblige à rassembler toutes mes facultés de réflexion pour répliquer du tac au tac, avec légèreté et naturel. Je voulais simplement cesser de réfléchir à mon frère, à ma propre existence, à l’Ordre, à toutes ces choses complexes qui me dépassaient et pouvaient potentiellement définir mon avenir tout entier. Juste… des choses faciles, simples, compréhensibles, agréables, sans prises de tête – et sans cauchemars – comme l’avaient toujours été jusqu’à présent la plupart de mes conversations avec le voltigeur.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Lun 30 Jan - 22:56

Elle a l’air passablement défaite, la charmante Melinda. Fatiguée. Ce n’est pourtant pas son apparence un peu échevelée qui va éclipser sa fougue habituelle. Elle semble heureuse de le revoir, même si, les poings sur les hanches, elle essaye de se montrer impressionnante. Mayeul ne peut s’empêcher de penser à un chaton ébouriffé qui essaye d’effrayer quiconque s’approche, mais n’a que l’air encore plus mignon. Sans doute pas une pensée à partager avec Melinda, elle pourrait se vexer. « Melinda, toujours aussi charmante. » Lance le Voltigeur avec bonne humeur, la laissant déterminer s’il s’agit d’une pique ironique ou pas.

Elle embraye sur le fait de vouloir voir Nuage, ce qu’il a accepté, il y a quelques mois de ça. Le baiser échangé avec Serenus, puis Melinda, et la perte de sa chemise ont contrecarré ses plans du moment. Il n’a pas le temps de répondre, pourtant, que la jeune femme fait machine arrière, indiquant que cela ne lui importe pas. Comment ça ? Melinda, faire marche arrière sans qu’il n’ait eu à argumenter pour ? Qui le laisse s’en tirer aussi facilement ? Elle est malade, peut-être. Ca expliquerait aussi ses traits tirés, au moins. Et le fait qu’elle est ravie de le voir. Mais Mayeul le sait : s’il lui pose la question, elle va sans doute mal le prendre. Peut-être qu’il lui demandera plus tard, c’est moins dangereux; pour le moment, il est plutôt ravi d’avoir un peu le temps d’échanger avec elle. Parce qu’il l’apprécie vraiment, Melinda, avec sa fraîcheur et sa bonne humeur. Et ses piques assassines, également.

Et son flot de paroles. Tiens, il l’avait presque oublié ! Elle ne lui laisse même pas le temps de placer un mot, l’invitant à entrer dans la Taverne de la Rose, avant de se rétracter. Et d’hésiter. Pour le coup, Mayeul lui jeta un regard ouvertement perplexe. Melinda n’hésitait pas : elle fonçait, plongeait, attaquait, quitte à se tromper. La Melinda qu’il avait devant les yeux semble presque en retrait, pas à sa place. Décidément, elle doit vraiment être malade ! Mais elle semble si hésitante que Mayeul n’a pas le cœur à le lui faire remarquer. Et puis, elle a l’air transie de froid, la pauvre jeune fille, aussi finit-il par lui répondre en désignant la taverne. « Venez Melinda, allons nous réchauffer à l’intérieur. » Il a vécu assez longtemps à Lorgol, Mayeul, pour savoir ce qu’il se dit sur la Taverne de la Rose.

Quand Melinda aborde son statut de Voltigeur, pourtant, il ne peut s’empêcher de secouer la tête. « Et non, je ne suis pas en mission quelconque. A vrai dire, je viens faire mes adieux à Lorgol, pour un temps du moins. » Il ignore si Melinda se rappelle de leur précédente conversation, où il lui avait avoué, lui aussi, se sentir ici comme chez lui. « J’ai obtenu une promotion, et je suis attendu à Valkyrion d’ici quelques jours. J’ignore quand je pourrais revenir. » La jeune femme a raison : avec les tensions en Arven, Mayeul sait que ses nouvelles responsabilités lui permettront beaucoup moins d’aller vadrouiller à sa guise. S’approchant de Melinda, le Voltigeur lui passe un bras autour des épaules, l’attirant contre lui dans un geste destiné autant à la réchauffer qu’à l’agacer. « Mais je serais ravi de discuter un peu avec une aussi charmante demoiselle que vous, Melinda. » Il lui offre un sourire charmeur, avant d’ajouter. « D’ailleurs, on pourrait peut-être se tutoyer, désormais. Après tout, nous nous sommes embrassé, ça doit compter comme un rapprochement, non ? »

Le lui rappeller n’est peut-être pas une idée brillante. Sans doute pas. Mais elle semble différente, la jeune Melinda, et Mayeul se doute qu’elle a besoin qu’il lui change les idées, d’où cette proposition de discuter tous les deux. En tout cas, quand lui va mal, c’est ce qu’il fait. Et la jeune femme et lui se ressemblent bien trop pour que ce ne soit pas une stratégie plausible.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Mer 1 Fév - 22:11

Toute à mon attitude faussement menaçante, je fronçai les sourcils lorsque Mayeul osa me caractériser de « charmante ». Je n’avais pas voulu me montrer charmante, mais – était-ce à cause de mon état de fatigue ou parce qu’il s’agissait du voltigeur le plus imprévisible que je connaissais ? – j’étais incapable de déterminer s’il s’agissait d’une remarque ironique ou si ma posture menaçante avait lamentablement échoué. De toute façon, je m’étais attendue à ce que Mayeul ne se laisse pas démonter. Même si j’avais été vraiment effrayante, et même si j’avais réellement eu les capacités nécessaires pour pouvoir espérer rivaliser avec lui – sur le plan physique bien entendu ; quand il s’agissait de mots et de paroles, j’avais tout de même quelques compétences dont je pouvais être fière – quelque chose me disait qu’il n’aurait rien perdu de son attitude nonchalante et moqueuse.

Aussi ne réagis-je pas à cette – provocation ? marque de respect ou de sympathie ? remarque ironique ? – salutation. De toute façon, je voulais rappeler à Mayeul qu’il devait toujours me montrer son fameux griffon, et je n’allais pas le laisser me détourner de cet objectif. Mais, sitôt lancée, je ne pus interrompre mon flot de paroles, et bientôt, j’y laissai percer des signes de mon malaise et de mes pensées sombres. Mes hésitations étaient autant d'indices qui signifiaient que je ne voulais pas rester seule. Habituellement, faire fuir mes interlocuteurs ne m’importait pas, et je ne prêtais donc pas grande attention à la façon dont ils pourraient interpréter mes paroles. En cet instant toutefois j’étais capable de tout pour éviter de me retrouver seule avec mes pensées, y compris céder et faire des concessions.

Sans doute le voltigeur ne pourrait-il jamais prendre la mesure exacte de mon soulagement lorsqu’il m’invita à rentrer à l’intérieur. Bien entendu, j’étais soulagée de pouvoir me réfugier à l’intérieur et me réchauffer ; les levers de soleil sur la Ville aux Mille Tours étaient peut-être sublimes, mais les fins de nuits étaient glacées, et je le sentais jusqu’au creux de mes os. D’un autre côté, j’étais consciente que le froid dont je voulais me débarrasser était bien plus profond, et que je ne pourrais pas le chasser simplement en me réfugiant auprès d’un feu. La seule stratégie que j’avais trouvée pour échapper à ce froid qui me mordait le cœur, c’était de cesser tout simplement d’y penser. Certes, c’était une stratégie fort maigre, et seulement provisoire, mais c’était mon seul recours. Or, il n’y avait rien de mieux pour cesser de penser qu’une conversation avec quelqu’un comme Mayeul.

— Avec plaisir, déclarai-je avec un large sourire, dissimulant plutôt bien la vague de reconnaissance et de soulagement qui me frappa.

Tout en me dirigeant vers la porte, j’écoutai Mayeul parler, me laissant bercer par ses paroles. Je fronçai les sourcils quand il déclara venir faire ses adieux à Lorgol, mais je le laissai parler jusqu’au bout. J’écarquillai les yeux quand il me révéla avoir eu une promotion qui l’emmènerait jusqu’aux neiges de Valkyrion. Depuis le moment où j’avais quitté Outrevent pour la première fois, j’avais développé une passion d’aventurière qui me poussait souvent à m’imaginer voyager plus loin que jamais, et découvrir plus de merveilles. Valkyrion était souvent revenu dans mes rêveries. Alors oui, sans doute était-ce une destination enviable. En revanche, si le voltigeur ne pouvait pas revenir avant longtemps…

Avant que j’aie pu tirer mes conclusions à haute voix – et le couvrir d’un ou deux reproches par la même occasion – Mayeul s’était approché de moi et m’avait passé un bras autour des épaules. Durant quelques secondes, je profitai de la douce chaleur que m’insufflait cette étreinte, consciente que j’avais froid, et que ce simple geste me réchauffait un peu. Néanmoins, je finis par me dégager en me baissant pour passer en-dessous de sa main. Je fus incapable, toutefois, d’endosser une expression irritée. Un large sourire ravi étira mes lèvres quand je compris que Mayeul allait vraiment rester un peu pour discuter avec moi. Sourire qui resta sur mon visage jusqu’à ce que, à la mention du baiser, je finisse par hausser les yeux au ciel en secouant la tête.

— Je n’ai rien contre l’idée de vous tutoyer, Mayeul… enfin, contre l’idée de te tutoyer, corrigeai-je avec une grimace, habituée comme je l’étais à vouvoyer le voltigeur. Et je veux bien estimer qu’il y a eu une forme de rapprochement amical entre nous, mais évitez…

J’eus un claquement de langue agacé pour corriger ce vouvoiement malvenu.

— Evite de confondre ça avec un rapprochement physique, corrigeai-je. D’ailleurs, ce n’est pas parce que je t’ai vaguement embrassé que tu dois te sentir obligé de me toucher partout.

J’eus un léger sourire, teinté d’amusement.

— Enfin, c’est vrai que tu ne te retenais pas de me toucher même avant que je t’embrasse. Je suppose que tes habitudes ne vont pas brutalement changer.

Je secouai la main comme si ce que je venais de dire n’avait pas la moindre importance.

— Tout ça pour dire qu’essayer de mettre sur le compte de ce baiser un quelconque changement dans ma façon de me comporter par rapport à toi serait plutôt ridicule. Ce baiser n’avait certainement pas autant d’importance. Et puis, je n’ai pas besoin d’embrasser et de toucher les gens pour me rapprocher d’eux, moi.

Insinuai-je que lui en avait besoin ? Absolument. Après tout, n’avait-il pas scellé son amitié avec Serenus d’un baiser ? De toute évidence, en plus de sa démarche ridicule, Mayeul avait la navrante manie de devoir toucher autrui pour exprimer son amitié et son affection. Un handicap désolant, mais que j’étais prête, en l’état actuel des choses, à tolérer. Il était probablement né avec et n’en était sans doute nullement responsable. Inutile de lui en vouloir pour des gestes qu’il ne parvenait pas à contrôler, n’est-ce pas ?

Néanmoins, j’avais conscience que le cœur du problème n’était pas là. Or, je ne pouvais décidément pas laisser Mayeul détourner l’attention comme il en avait l’habitude – en abordant des sujets qu’il espérait embarrassants et en posant des questions qui n’avaient aucun rapport avec la conversation. Cette constatation faite, je me concentrai de nouveau sur l’essentiel. Tout en m’installant à une table de la Taverne, frottant mes mains l’une contre l’autre pour mieux les réchauffer, je pris un air moqueur, sans quitter le voltigeur des yeux.

— Mais concernant ce voyage en Valkyrion… Je suppose que si tu ne comptes pas revenir d’ici peu, ça signifie que tu auras tendance à éviter de me faire faire des promesses que je ne pourrai pas tenir…

J'appuyai mes coudes sur la table et me penchai légèrement vers lui, en prenant un air suspicieux. Je n’essayais plus de me montrer menaçante, non, j’avais à peu près abandonné cette idée. Etre suspicieuse me suffisait, pour le moment.

— … et j’espère que tu as parfaitement conscience qu’aujourd’hui est ta dernière chance pour me présenter ton griffon, déclarai-je avec un sourire mutin.

Après tout pourquoi abandonner, alors qu'il me donnait une si belle occasion d'aborder une nouvelle fois le sujet?

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Sam 18 Fév - 17:13

Ils étaient entrés se réchauffer, et elle n’avait même pas chercher à échapper à son étreinte amicale. Oui, décidément, Melinda était malade. Ou elle s’est fait frapper sur la tête. Ou ce n’est pas Melinda ? Quoique non, vu son flot de paroles, c’est indubitablement elle ! Il réponds à sa question pourtant, le Voltigeur, lui révélant les raisons de sa présence à Lorgol. Et sa promotion, aussi. Et quand elle finit par se dégager, elle ne semblait pas autant irrité qu’elle avait pu l’être par le passé par son geste audacieux, même si son discours se fait agacé. « Ce baiser n’avait pas autant d’importance que cela, vraiment ? » Répéta Mayeul d’un air sceptique. « Je suis ton premier baiser, cela doit valoir quelque chose. » On s’en souvient, de ses premières fois. Le baiser de Sophie, la peau de Mélusine... oh oui, lui s’en souvient parfaitement ! Il y repense parfois, avec amusement et nostalgie, et même si cela n’a que peux d’importance, d’autres ayant suivi depuis, il en garde un souvenir certain. Mais puisqu’elle dit que cela ne change rien entre eux, il veut bien la croire sur parole !

« Et alors, c’est mal de toucher ? » Reprend bientôt Mayeul, amusé, sa main caressant fugitivement celle de Melinda avant qu’il ne la dévisage avec défi. Oh oui, il aime bien toucher les gens, les câliner, prendre leur main, effleurer leurs lèvres. Il a besoin de ce contact, de cette proximité, il la recherche même. Peut-être est-ce dû au fait qu’il n’a jamais, et qu’il n’est jamais vraiment seul. Et qu’il n’aime pas être seul, d’ailleurs, le Voltigeur. Est-ce une faiblesse ? Peut-être. Mais qu’importe, après tout : il n’a jamais besoin d’être seul. Même les Voltigeurs volent en paire, après tout. Si ce n’est pas un signe que Valda veille à son bien-être !

Ils s’installèrent à une table, bien assez proche de l’âtre pour réchauffer efficacement Melinda, même si rien ne réchauffait mieux qu’un verre d’alcool. Ou un câlin, deux corps serrés l’un contre l’autre, dans la chaleur d’un ébat enflammé. Mais il est positivement certain que cette proposition lui vaudra une gifle, aussi se garde-t-il de la proposer à Melinda. Elle considère les affaires de la chair, les câlins et les caresses d’une façon bien peu... absolument pas cielsombroise pour adhérer à sa proposition ! Mais la jeune femme reprend la parole, et il soutient son regard sans faillir, le Voltigeur.

« Ce n’est pas ma dernière chance, je ne compte pas disparaître d’Arven. » Tempère le nouveau major. Bientôt nouveau major. « Même si c’est plus qu’un voyage, effectivement. » Il fait mine de ne pas comprendre, n’ajoutant rien sur le sujet, fronçant même les sourcils en un exemple d’ignorance la plus totale. Il le sait, pourtant, ce que Melinda désire entendre. Elle voudrait bien rencontrer Nuage, et il ne voit pas de raisons de lui interdire. Mais attendre qu’elle ravale sa fierté et le lui demande clairement après avoir dit que cela ne l’importait pas est clairement bien plus amusant. Il aime bien avoir le dessus, Mayeul - dans tous les sens du terme. Il ne lui propose pas de venir le visiter en Valkyrion, pourtant : elle comme lui savent la difficulté de l’entreprise. Arven est sous tension, n’attendant qu’une étincelle pour s’embraser, et qui plus est, les mages ne sont pas les bienvenus à Svaljärd. Il n’y attirera pas Melinda, sous aucun prétexte.

« Et toi, quel projet d’avenir ? » Demande Mayeul avec curiosité. Il aime attirer l’attention le Voltigeur, attirer l a couverture à lui, mais pas forcément en dépit de toute politesse. Et il s’intéresse véritablement à la jeune apicultrice. « Une boutique à Lorgol, peut-être ? Qui vendrait de ce miel si réputé ? » Ce s’était plus simple, tout de même. Il pourrait la retrouver sans difficulté. « A moins que Serenus n’ait décidé de te déclarer son amour, et que vous ayez comme projet d’élever une multitude d’enfants ? » Évidemment que non, mais la pique est tellement facile qu’il ne peut s’empêcher de s’y jeter à corps perdu !

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Dim 19 Fév - 16:42

La présence de Mayeul suffisait à éloigner de mes pensées les sujets les plus déprimants. Le simple fait qu’il parle de ce baiser que je lui avais donné me mettait dans un tel état d’embarras que je ne pouvais pas songer à grand-chose d’autre qu’à essayer de détourner le sujet. Je ne niais pas que le baiser que j’avais volé au voltigeur avait une certaine importance à mes yeux, je voulais tout simplement préciser qu’il n’avait pas suffisamment d’importance pour changer la nature de notre relation, ce qui était fondamentalement différent. Je haussai donc les épaules d’un air nonchalant.

— Est-ce que ton égo serait un peu froissé, Mayeul ? questionnai-je avec un sourire moqueur. Il faut peut-être que tu lui apprennes à se montrer un peu plus réaliste, à cet égo. En tous cas, non, ce baiser n’a pas autant d’importance que ça. Et tu n’es pas obligé de te montrer dubitatif, je pourrais me vexer que tu me penses capable de mentir. Je ne mens pas, moi. Jamais.

Je ne mentais pas, non. Mais je n’avais pas non plus dit que ce baiser n’avait aucune importance. Je me demandai brièvement si Mayeul était suffisamment futé pour percevoir la nuance – ou pire, pour tenter de m’obliger à dire que ce baiser n’avait aucune importance, ce que je ne pourrais pas me permettre de faire. La vérité faisait partie de ces valeurs auxquelles je m’accrochais envers et contre tout. Si le voltigeur tentait de me confronter directement… je serais capable de garder le silence. Ou de trouver un moyen de changer de sujet, si possible un moyen qui ne m’oblige pas à m’excuser une nouvelle fois, parce qu’après tout, c’était plutôt Mayeul qui devrait s’excuser, tant il lui arrivait de se montrer scandaleux, parfois. Comme quand il me demanda si c’était mal de toucher, en effleurant ma peau. Je retirai ma main presque aussitôt.

— Oui !répondis-je instinctivement avant de faire une réponse plus mesurée. Enfin, non, pas forcément, mais… tu as une façon de toucher les gens plutôt déplacée, Mayeul, tu sais ? Tu ne leur demandes pas leur avis, tu ne t’inquiètes pas de savoir s’ils vont apprécier ou non ton toucher, tu les prends dans tes bras, tu les embrasses, tu les caresses, comme ça, comme si tu avais tous les droits sur leurs corps. A se demander ce que tu peux bien y trouver, d’ailleurs.

La légère exaspération que je ressentais à essayer d’expliquer à Mayeul quelque chose qu’il ne comprendrait sans doute jamais se mua en une forme de curiosité, tandis que nous nous asseyions. Plissant les yeux, je pris une de ses mains entre les miennes, essayant de comprendre ce qu’il pouvait ressentir à toucher sans cesse autrui. C’était chaud, peut-être, ce qui était plutôt appréciable pour mes mains glacées. Néanmoins, je ne parvenais pas à comprendre l’attrait que ça pouvait susciter chez le voltigeur. Les sourcils froncés, je lui jetai un coup d’œil interrogateur.

— C’est vrai, en fait, je ne t’ai jamais posé la question. Qu’est-ce que tu trouves au fait de toucher tout le monde ? Qu’est-ce que ça peut bien t’apporter ? questionnai-je, songeuse.

Je m’aperçus alors que j’avais tenu sa main durant toute la durée de ma tirade et la lâchai brutalement comme si elle s’était soudain enflammée. Moi qui venais d’affirmer instinctivement que c’était mal de toucher, j’étais de toute évidence en train de faire montre d’une belle contradiction. Je ne la relevai pas, pourtant, espérant en silence que Mayeul n’avait rien remarqué, et qu’il se contenterait de répondre bien gentiment à ma question. Néanmoins, une part de moi savait que c’était un espoir vain. Mayeul, répondre gentiment à une question ? Ridicule.

Je déviai rapidement le sujet sur ce fameux griffon que je devais toujours voir. Certes, j’avais prétendu que ça n’avait plus vraiment d’importance dans la précipitation des choses, mais à présent que nous étions assis et au chaud, je pouvais le relancer sur le sujet, non ? Même s’il prétendait qu’il ne disparaitrait pas d’Arven, je savais que Valkyrion était assez loin, et s’il avait des responsabilités là-bas, il n’aurait plus l’occasion de revenir aussi souvent à Lorgol, encore moins pour me voir. Après tout, les tensions entre Ibélène et Faërie étaient fortes, désormais, et s’il prétendait qu’il allait rendre visite à une amie faë, et mage qui plus est, il ne serait sans doute plus très bien vu en Valkyrion. J’esquissai donc une moue dubitative.

— Si tu ne comptes pas disparaitre, tu peux me le promettre, alors, non ? Me promettre que quand tu reviendras à Lorgol tu me présenteras à ton griffon ? questionnai-je, mutine. Et ne me fais pas croire que tu ne reviendras jamais ici. Si je ne me trompe pas, tu aimes cette ville.

N’avait-il pas dit que c’était un bon endroit à considérer comme sa maison ? Ou quelque chose comme ça ? Il devait tout de même apprécier un peu la ville aux Mille Tours, suffisamment pour y revenir. Et s’il me promettait de me montrer son griffon une fois qu’il y serait revenu… eh bien, j’aurais remporté une petite victoire. Mon sourire s’élargit. J’avais totalement mis de côté mes problèmes et oublié les cauchemars qui m’avaient poussée dehors avant même l’approche de l’aube.

Malheureusement, j’aurais dû me rappeler que Mayeul avait cette détestable habitude de poser les questions qui gênaient. Mes projets d’avenir ? Aux abonnés absents. Depuis que j’avais été refusée aux entretiens d’entrée, j'étais comme plongée dans le brouillard. Rester à Lorgol m’était apparu comme une évidence, mais au-delà… je me sentais perdue et sans but. Certes, j’étais entrée dans l’Ordre du Jugement, mais ce n’était ni quelque chose que je pouvais révéler effrontément au voltigeur ni un élément que je considérais exactement comme un projet d’avenir. Une boutique à Lorgol ? Je ne pus contenir un ricanement moqueur, me demandant s’il avait conscience que ce genre de boutique demandait un certain investissement d’argent. Et… des enfants avec Serenus ? J’éclatai de rire, bizarrement reconnaissante à Mayeul pour cette plaisanterie qui, quoique de mauvais goût, avait au moins eu le mérite de détendre l’atmosphère.

— Même si Serenus m’avait déclaré un amour qu’il ne ressent pas, je n’aurais pas vraiment fait le projet d’élever des enfants avec lui, rétorquai-je en toute sincérité. Je lui aurais plutôt dit à quel point c’est stupide. Après tout, Serenus est déjà marié.

Mayeul n’avait pas vraiment parlé de mariage, mais dans mon esprit, avoir des enfants et se marier étaient deux choses inextricablement liées. Les séparer les unes des autres m’aurait paru peu naturel et presque obscène.

— Quant à mon avenir, je ne sais pas encore vraiment. J’ai raté les entretiens d’entrée à l’Académie, mais je ne me sens pas encore le cœur à quitter Lorgol. Non pas que je répugne à rentrer en Outrevent, j’adore mon duché, mais… la ville aux Mille Tours a un charme particulier. Je suppose que je pourrais retenter ma chance à l’Académie l’année prochaine, et rester à la Taverne de la Rose jusque-là. J’élève des abeilles ici, tu sais ?

J’esquissai un large sourire, certaine que je venais de mettre le doigt sur un nouveau moyen infaillible de faire revenir Mayeul à Lorgol.

— Je peux te faire goûter mon miel, si tu veux.

Et j’étais certaine que le voltigeur tomberait sous le charme. Je ne faisais peut-être pas le meilleur miel d’Outrevent, mais j’étais certaine qu’on ne trouvait pas un aussi bon en Sombreciel. Ou même à Lorgol. S’il aimait un tant soit peu les bonnes choses, il serait ravi. Et reviendrait. Pour me montrer son griffon. Finalement, tout revenait toujours à un seul et même but.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Lun 27 Fév - 23:26

Mayeul la dévisage sans perdre son air dubitatif, tandis que Melinda lui affirme que non, le fait qu’il ait été le premier à recueillir son baiser n’avait pas autant d’importance. Il ne la crois pas, absolument pas, même lorsqu’elle lui affirme ne pas mentir. Elle. Le Voltigeur affiche un air suffisant, finissant par hausser les épaules. « Mon égo va très bien, je te remercie. Et je ne mens pas tant que ça, merci bien.» D’accord, peut-être qu’il est réellement un peu vexé. C’est son premier baiser, après tout ! Celui que personne, jamais, n’aura l’occasion de lui redonner, ça doit bien compter pour quelque chose ! Et puis, c’est lui qui l’a embrassé, tout de même. Pas n’importe qui, pas le premier venu, et pas un de ces prétendants timides qui ne sont absolument pas versés dans l’art d’embrasser. Donc oui, son égo est froissé. Un tout petit peu, ou un peu plus. Mais puisqu’il ne compte pas le lui dire, le Voltigeur préfère changer de sujet pour un qui portait moins à conséquence. Ou plutôt, la jeune femme décida d’aborder un sujet qui lui tenait plus à coeur : sa façon de la toucher.

Il meurt d’envie de lever les yeux au ciel, Mayeul, agacé par la trop prude Melinda. Pas le droit d’embrasser, pas le droit de toucher... respirer près de son oreille la gênerait-il aussi ? Parce que non, il ne sait pas. Il a besoin de toucher les gens, de se sentir proche d’eux, particulièrement des gens qu’il apprécie. Leur tenir la main, frôler une hanche, effleurer une joue, est-ce mal ? C’est innocent pourtant, la plupart du temps, juste une façon inconsciente de s’assurer qu’il n’est pas seul. Il ne s’en même pas réellement compte, jusqu’à ce qu’on lui en fasse la réflexion. Il le sait, il l’a appris avec l’expérience, que certaines personnes ne sont pas à l’aise avec ce mode de fonctionnement, mais est-ce de sa faute, à lui, si les gens fuient les contacts physiques ? Il reste muet, le Voltigeur, tandis que la main de Melinda se referme sur la sienne, dans une tentative de démontrer à quel point sa façon de faire est mauvaise. Théorie qui est bien vite démentie par le fait qu’elle ne l’a pas lâché, appréciant le contact jusqu’à ce qu’elle se rende compte de son erreur.

Mayeul ne peut se départir d’un sourire ironique, démontrant bien qu’il n’est pas dupe, mais il s’attache tout de même à répondre honnêtement à la question. Quoi qu’à vrai dire, il n’y a jamais vraiment pensé, au pourquoi. C’est sa façon d’agir, c’est tout. C’est comme ça. Mais la demoiselle ne se contentera pas de cette vague réponse, il le sait, alors il s’efforce de mettre des mots dessus. « J’aime m’assurer que les gens sont là. Tu devrais t’estimer flattée, je ne fais ça qu’aux gens que j’aime. » Son sourire s’élargit, tandis qu’il la considère avec amusement. « Alors, c’était agréable ? Tu n’es pas une menteuse, rappelles-toi. » Il est aux aguets, sachant bien qu’elle ne répondra pas un simple oui, et qu’elle va probablement essayer de le piéger. Il ne se laissera pas faire, certainement pas !

Mais sa question d’après le prend presque au dépourvu. La question, et surtout ce qu’elle implique. Revenir ici, à Lorgol. La ville de Mathilde. Peut-être est-ce le moment de guérir un peu, après tout. D’éviter Lorgol et ses rues qui réveille une mémoire douloureuse. « J’ai beaucoup de souvenirs ici. Alors oui, je te promets, je reviendrais. » Et il lui présentera Nuage, il se le promet aussi. Et Melinda enchaîne, sur Serenus qui est déjà marié et ne peut donc pas lui faire d’enfants - Mayeul roule des yeux au ciel, cette fois-ci. « Cela me donne une raison particulière de revenir alors, une promesse que tu auras du miel pour moi. Comme si j’avais besoin d’une motivation supplémentaire, autre que cela de te revoir. » Lance Mayeul, charmeur, comme toujours. « Tu veux me le faire goûter maintenant ? » Demande-t-il soudain, curieux.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Mar 14 Mar - 15:02

Je haussai un sourcil sceptique. Son égo allait très bien. Bien entendu. Et c’était pour cette raison, sans doute, qu’il prenait l’air d’un coq blessé – il tentait de se donner contenance, certes, mais paraissait tout de même incroyablement vexé. Je décidai de réserver mon jugement pour plus tard. Mayeul m’avait déjà surpris auparavant, en agissant d’une façon que je n’aurais pas pu prévoir. Peut-être, après tout, étais-je incapable de le comprendre. Peut-être qu’il me disait la vérité et qu’il n’était pas vexé du tout. Et peut-être qu’il ne mentait pas. C’était possible. Peu probable, mais possible.

— Je n’ai pas dit que tu mentais, j’ai précisé que moi, je ne mentais jamais. Ce n’est pas la même chose, précisai-je néanmoins, incapable de lui permettre un tel non-sens, avant de laisser un sourire taquin étirer mes lèvres. Mais dis-moi, serais-tu coupable d’avoir menti, puisque tu t’es senti immédiatement visé par une affirmation qui ne te concernait absolument pas ?

La conversation dériva jusqu’à la manie du voltigeur de me toucher sans cesse. Je ne comprenais pas pourquoi il faisait ça, comme s’il trouvait nécessaire d’instaurer le contact entre nous. En essayant de comprendre, je commis l’erreur de tenir la main de Mayeul un instant de trop, ce qu’il ne manqua pas de remarquer d’un sourire ironique. Je lui lançai un regard assassin en échange, comme si je le défiais d’oser le moindre commentaire. De toute façon, c’était un geste de pure curiosité, évidemment. Jamais je n’aurais touché le voltigeur sans un but précis, juste pour le plaisir de lui effleurer la peau.

La réponse de Mayeul à ma question me prit au dépourvu. J’aime m’assurer que les gens sont là. Toute trace de moquerie s’effaça de mon visage pour laisser place à une douce mélancolie qui ne soulignait que trop bien la fatigue qui marquait mes traits. Etrangement, je comprenais. Moi aussi, j’aimais bien m’assurer que les gens étaient là. Sauf que je ne le faisais pas en les touchant, mais plutôt en leur parlant, en les noyant de mots, jusqu’à ce qu’ils réagissent et qu’ils me répondent. Il fallait qu’il y ait quelqu’un pour remplir ne serait-ce qu’un instant le vide immense qui béait au fond de ma poitrine. Le voltigeur avait-il subi un traumatisme semblable au mien ? Ou n’était-ce qu’un trait de son caractère, de toucher tout le monde ?

— Alors c’est ça, murmurai-je pour moi-même, d’un ton songeur, sans remarquer l’amusement soudain de Mayeul – un mauvais signe, évidemment.

Mayeul me demanda alors si j’avais apprécié le contact, et je ne pus m’empêcher de rougir. Comme si j’allais apprécier de le toucher ! Il osa même me rappeler que je n’étais pas une menteuse, comme si je risquais de l’oublier. Je plissai les yeux. Avait-il conscience que je pourrais très bien considérer ce rappel malvenu comme une forme d’insulte envers ma sincérité ? Je plaquai un léger sourire sur mon visage pour dissimuler non seulement le trouble que j’avais ressenti lors de son explication, mais aussi l’irritation que le voltigeur venait de susciter en moi en lâchant cette remarque qu’il devait probablement considérer comme innocente.

— Inutile de me le rappeler, je sais bien que je ne suis pas une menteuse, déclarai-je sans me départir de ce sourire factice, même si mon ton de voix s’était fait un peu boudeur. D’ailleurs, je vais être tout à fait sincère avec toi.

Je marquai un instant d’arrêt. Tout à fait sincèrement, est-ce que c’avait été agréable ? Ou plutôt, non, est-ce que je pouvais dire que c’avait été désagréable ? Je savais la réponse que j’aurais voulu pouvoir donner, mais la réponse que je ressentais, elle, était plus complexe. Après un ou deux instants de silence, je finis par hausser les épaules.

— Je préférerais ne pas t’avoir touché, avouai-je finalement avec un léger sourire.

C’aurait été plus facile, évidemment. Pas besoin de réflexion tordue et d’une réponse si complexe que je n’étais même pas sûre de pouvoir l’exprimer si j’avais dû l’expliciter en détail au voltigeur. Je ne pouvais pas dire que ce contact s’était avéré désagréable, pas vraiment, mais je ne pouvais pas moralement avouer qu’il avait été agréable, doux et chaud comme un thé au miel. Pas au voltigeur. Mayeul s’en serait regorgé pendant si longtemps qu’on serait tous deux morts de vieillesse lorsqu’il aurait eu fini de m’en parler !

Nous parlâmes ensuite du fait que Mayeul allait partir, et j’eus un pincement de cœur à l’idée que nous ne nous ne reverrions plus pendant longtemps. Je ne l’aurais avoué pour rien au monde, mais je commençais à apprécier le voltigeur, son humour, et même sa façon de me toucher. Je ne m’aperçus à quel point le sujet m’importait que lorsqu’un sourire spontané illumina mon visage au moment où Mayeul me promit qu’il allait revenir. Oh oui, je ne pouvais pas m’illusionner à ce sujet, j’allais être contente de le revoir.

— Je n’oublierai pas cette promesse, Mayeul, déclarai-je avec un sourire moqueur. Alors tu as intérêt à la tenir, parce que sinon, je submergerai la Caserne de Valkyrion de lettres.

Je fronçai les sourcils, me rendant brutalement compte d’un détail.

— En fait, non, je ne ferai pas ça. Je suis sûre que tu trouverais le moyen de t’en vanter auprès de tes collègues voltigeurs.

Je plongeai mon regard dans le sien.

— Mais tu as quand même tout intérêt à tenir cette promesse.

Comme pour cristalliser cette promesse, je lui offris du miel. S’il avait goûté du miel outreventois, il reviendrait, forcément, juste pour le plaisir de pouvoir en profiter un peu plus. Et oui, je me doutais qu’il avait besoin d’une motivation supplémentaire. Après tout, le chemin entre Lorgol et Valkyrion n’était pas des plus faciles. Et puis, c’était Valkyrion en Ibélène, et j’étais une mage faë. Moi-même je pouvais comprendre que ce n’était pas une situation idéale pour maintenir des liens amicaux.

— Bien sûr que je veux te le faire goûter maintenant ! déclarai-je en me levant brutalement, un large sourire aux lèvres, exprimant une joie dont mes pensées sont pour l’instant plutôt dépourvues. Comme ça, tu sauras ce que tu rates, et crois-moi, tu auras à cœur de revenir le plus vite possible pour goûter à nouveau ce délice.

C’était du miel produit à la manière outreventoise, tout de même, bien qu’il ait été produit au cœur de Lorgol. Et personnellement, je le trouvais absolument délicieux. Mayeul ne pourrait qu’être d’accord avec moi.

— Attends-moi là, lui ordonnai-je avant de me détourner pour aller chercher un pot.

Quelques longues enjambées plus tard, je revenais avec un pot de miel et le posai sur la table, devant lui.

— Voilà, tu peux goûter, déclarai-je avec un sentiment de fierté non dissimulée. Mais je te préviens, il est peut-être suffisamment bon pour changer ton existence.

Je m’aperçus que j’étais un peu fébrile, comme si l’avis de Mayeul sur mon travail m’importait. Je passai la main dans mes cheveux comme pour extraire de ma tête cette pensée désagréable. Je ne me préoccupais quand même pas de ce que le voltigeur pouvait bien penser de moi ! C’était ridicule, vraiment. Mais quand même, s’il n’aimait pas mon miel… j’en serais probablement un peu déçue. Voir très déçue, en fait.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Lun 20 Mar - 23:11

Que Melinda l’accuse de mentir ne le vexe pas tant que ça, en vérité. Mayeul n’a aucune honte à l’affirmer, il ment. Souvent. C’est un très mauvais menteur ceci dit, du genre à être détecté par quiconque ayant une quelconque capacité d’observation, mais oui, il lui arrive de mentir. Un crime, sûrement, pour la petite Outreventoise trop prude qui le dévisage, mais il se contente de hausser les épaules, avant de préciser sa réponse. « Je ne me sens pas coupable, rassures-toi. » Il ne se sent pas coupable d’avoir menti, mais il a menti : il n’est pas difficile de lire entre les lignes. Et même s’il n’avait pas encore menti au cours de cette conversation, il l’aurait fait, probablement. Ou dans une autre discussion.

La réponse du Voltigeur sur le fait d’aimer toucher les gens ne lui attire pas les foudres de Melinda, comme Mayeul le croyait. Elle semble presque comprendre, et pardonner. Le commentaire étrange de la jeune femme lui fait plisser les yeux, lui laissant l’étrange impression qu’elle sait parfaitement de quoi il parle. Et pourtant... Serenus n’a sans doute eu aucune raison de lui parler de Mathilde, tout comme Melinda n’a probablement pas remarqué sa sœur, à la Samhain. Quoique. Mais elle ne peut pas faire le lien, n’est-ce pas ? Elle ne peut pas savoir ce qu’il ressent pour de vrai ? Elle ne peut pas comprendre. Il cache sa perplexité sous un sourire amusé, mais il n’en pense pas moins, le Voltigeur. Il sait, pourtant, que si elle comprend, c’est qu’elle l’a vécu. Et si le sujet est aussi sensible pour elle qu’il l’est pour lui, peut-être est-ce mieux de le taire.

Mais parler fait du bien. Il le sait, il l’a appris, et il l’a toujours su en vérité. Il l’a peut-être juste oublié, bien trop concentré sur le fait de se replier sur lui-même et de ne pas vouloir accepter la mort de sa sœur. Mais c’est tellement plus simple de parler d’autre chose, de sujets plus facile, plus légers. Et drôlement plus vexant aussi. La réponse de Melinda, prononcée sur un ton boudeur, le prend au dépourvu, et le vexe encore plus. L’idée de l’analyser correctement ne lui viens même pas, tant il la trouve horriblement blessante. Peut-être qu’elle aurait préféré ne pas l’avoir fait parce qu’elle a aimé. « Et bien, je m’abstiendrais de te toucher désormais, puisque tu n’y prends pas de plaisir. » Au ton de sa voix, nul doute qu’il est blessé, le Voltigeur. Oh oui, il peut tout à fait se montrer puéril et caractériel, si l’envie lui en prend.

Le sujet de son départ été bien moins vexant, même si le cœur du Voltigeur se serrait un peu à l’idée de s’éloigner pour quelque temps de la Ville aux Mille Tours. Pas longtemps, peut-être, mais sans réelle idée de quand il pourrait revenir. Alors promettre à Melinda de lui revenir est un point d’ancrage dont il est satisfait. L’idée qu’elle puisse inonder la caserne de lettres - et pour lui dire quoi, d’ailleurs ? - le fait doucement sourire, et il ne peut se retenir de préciser. « Svaljärd tout entier saura à quel point je te manques, n’en doute pas. » Ses collègues kyréens désapprouveront sans doute un tel enthousiasme, mais qu’importe. « Mais je promets que nous nous reverrons. » Malgré les tensions, et l’amitié qui risque de s’avérer difficile entre une petite mage d’Outrevent et un Voltigeur de Valkyrion. Qu’importe, il reviendra. Si ce n’est pour elle, c’est pour le miel que la petite apicultrice s’est empressée d’aller chercher, la fierté brillant dans ses yeux.

Le miel qu’elle dépose devant lui est plein de promesse, cela semble évident, et l’affirmation de Melinda ne lui paraît même pas exagérée. Il était conscient Mayeul, qu’elle attendait avec impatience son verdict. Et juste pour ça, il s’attache à la faire languir quelque peu, examinant le produit doré s’écouler de la cuillère qu’il a récupéré jusqu’à retrouver sa place dans son pot. D’un air mutin, Mayeul joue encore un peu avant de décider que la torture a assez duré, et goûte sans plus tergiverser le miel doré qui lui est si gentiment offert. Elle a raison, la jeune fille : il est excellent, même plus que ça. « Suffisamment bon au point que je ne veux manger que ça pendant les cinq prochaines années. » Acquiesce Mayeul, léchant avec gourmandise les quelques gouttes qui ont glissés de la cuillère à ses doigts. « Tes abeilles ont bien travaillés. » Réellement, c’est un délice. « Tu en produis beaucoup ? » Questionne le Voltigeur, curieux. Pas qu’il songe à en emporter un peu, absolument pas.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Sam 25 Mar - 18:35

Je haussai les yeux au ciel. Bien sûr que Mayeul ne se sentait pas coupable ! Il n’était pas du genre à éprouver du remord pour quoi que ce soit, du moins pas à ma connaissance. Néanmoins, cela ne voulait pas dire pour autant qu’il n’était pas coupable, et je ne pus m’empêcher de le faire remarquer. Je secouai la tête d’un air désapprobateur et corrigeai d’une voix sentencieuse :

— Je n’ai pas dit que tu te sentais coupable, ni même que je m’en serais inquiétée si c’était le cas. J’ai dit que tu étais peut-être coupable, ce qui est fondamentalement différent. Tu peux ne pas te sentir coupable de mentir, c’est-à-dire n’en éprouver aucun remords même si tu mens, ou tu peux ne pas être coupable de mentir, ce qui signifie que tu ne mens pas du tout. Mais de toute façon, que tu mentes ou pas n’a que peu d’importance pour moi. C’est avec ta conscience que tu devras lutter, Mayeul. Pour peu que tu en ailles une qui abhorre le mensonge, cela dit.

Il m’aurait paru bizarre d’imaginer que quelqu’un puisse mentir sans états d’âme, mais après tout, Mayeul était un cielsombrois, il pouvait avoir des comportements déconcertants. De toute façon, ça n’avait pas beaucoup d’importance qu’il mente, sans doute. Je ne lui accorderais pas ma confiance, dans tous les cas, alors qu’il la mérite ou non, c’était un détail. Du moins, je l’espérais, même si une part de moi savait qu’elle en serait assez vexée si le voltigeur venait à me mentir sur quelque chose d’important – quelque chose, autrement dit, de plus important que nos sujets de conversation habituels, comme le respect dû aux poires, pauvres fruits délaissés, par exemple.

Malheureusement, la conversation d’aujourd’hui semblait déterminée à s’éloigner des paroles anodines qui pourtant se révélaient si reposantes. Alors que j’estimais que la façon que Mayeul avait de me toucher ne porterait sûrement pas à conséquence, je ne pus qu’être émue par sa réponse et emportée par la façon dont elle me renvoyait si durement à ma propre histoire. J’étais presque prête à accepter que le voltigeur me touche, mais certainement pas à lui avouer que j’avais pu apprécier le contact de sa peau contre la mienne. Son ton blessé me mit mal à l’aise. Je ne m’attendais pas, en le voyant tout prendre avec nonchalance, à ce que ma réponse le touche autant. Une maudite partie de ma conscience me demanda, à cet instant, si j’avais le droit de dissimuler la vérité alors que me taire blessait quelqu’un que je commençais à considérer avec une certaine… affection. Je me tordis les doigts, embarrassée.

— Tu n’es pas obligé d’arrêter, tu sais, d’autant plus si ça te fait du bien, murmurai-je d’un ton hésitant. Ce n’est pas comme si tu t’étais retenu jusque-là, malgré mes tentatives pour me dégager et insinuer que je ne voulais pas que tu me touches.

Je baissai les yeux sur mes mains, et m’imposai de les poser sagement sur la table en les voyant se battre l’une avec l’autre. Non, je ne pouvais quand même pas dire au voltigeur que j’avais apprécié son contact… n’est-ce pas ?

— Et puis tu devrais m’écouter un peu plus au lieu de te vexer tout de suite, déclarai-je d’un ton presque agressif. Je n’ai pas exactement dit que je n’y prenais aucun plaisir. Je pensais qu’un voltigeur avec un diplôme de psychologie en poche serait plus sensible que ça, tout de même, pour saisir les nuances et comprendre ce qui n’est pas dit explicitement. De toute évidence, je me trompais.

Et je n’avais aucune raison d’être aussi énervée contre le voltigeur. Ce n’était pas de sa faute si mes phrases étaient parfois elliptiques et qu’elles pouvaient se montrer blessantes, et ce n’était nullement de sa responsabilité si j’avais éprouvé le besoin de corriger mes dires pour apaiser son amour-propre. Je pris une profonde inspiration pour retrouver mon calme.

— Excuse-moi, je n’aurais pas dû m’énerver. Et je ne voulais pas te blesser. Je suis juste… légèrement fatiguée.

C’était un euphémisme. Mes cauchemars et les souvenirs de la Samhain qui revenaient parfois se glisser dans mes pensées même en pleine journée m’épuisaient peu à peu jusqu’à la corde. Néanmoins, cette fatigue ne m’empêcherait certainement pas de profiter de la présence du voltigeur, d’autant plus qu’il allait partir pour revenir le Destin seul savait quand. L’idée que je l’inonde de lettres s’il trahissait sa promesse semblait l’amuser mais, même si je le soupçonnais de se moquer de moi, au moins un peu, je ne pouvais qu’apprécier la teneur de sa promesse, pour laquelle je lui offris un large sourire. Le revoir, c’était bien, même s’il me touchait encore.

D’ailleurs, pour m’assurer qu’il serait de retour à Lorgol tôt ou tard, je courus lui chercher un pot de mon miel. J’attendis avec impatience que le voltigeur se décide enfin à manger, et je le foudroyai du regard lorsque je compris qu’il faisait exprès de prendre tout son temps. Au moment où j’allais lui hurler de commencer à manger, tout en me maudissant d’être si influençable – la faute à mon état de fatigue, sans doute – Mayeul se décida enfin à goûter ma production. Je me servis à mon tour, sans m’embarrasser de la cuillère, éprouvant bien plus de plaisir à lécher le miel dégoulinant sur mes doigts. Le compliment de mon interlocuteur me fait sourire de fierté, même si je le cachais tant bien que mal en léchant mes doigts.

— Les cinq prochaines années seulement ? questionnai-je d’un ton faussement outré. Mon miel est un trésor pour lequel on pourrait consacrer sa vie.

Pour preuve, moi, j’y consacrais ma vie, à le produire. Mayeul ajouta que mes abeilles avaient bien travaillé, et je hochai la tête, heureuse qu’il ait pensé à mes petits insectes. Certes j’avais participé à la production du miel, mais mes abeilles faisaient de l’excellent travail, et sans elles, je serais bien en peine de faire quoi que ce soit.

— Oui, mes petites protégées sont extraordinaires, poursuivis-je avec un large sourire. Elles font un travail formidable. Mais je leur rapporterai ton compliment, je suis sûre que ça leur fera plaisir.

Mayeul me demanda ensuite si j’en produisais beaucoup, et je réfléchis quelques secondes.

— Je suppose que j’en produis suffisamment, marmonnai-je d’un air songeur. J’en laisse une partie à Freyja, la propriétaire de la Taverne, et il me reste un surplus. Ça dépend des périodes, évidemment, mais globalement, oui, j’en produis beaucoup.

Un sourire mutin étira mes lèvres.

— Pourquoi ça t’intéresse ? Tu voudrais en acheter, peut-être ?

J’aimais bien Mayeul, mais comme me l’avait dit un jeune garçon des mois plus tôt, il fallait bien que je gagne ma vie. Alors si je pouvais gagner un peu d’argent et faire revenir le client en l’attirant avec ma marchandise, n’était-ce pas formidable ?

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Jeu 6 Avr - 21:33

Évidemment, le fait qu’il puisse mentir, qui plus est sans en éprouver une once de culpabilité, doit sembler bien étrange aux yeux de Melinda. Le Voltigeur écoute son petit moratoire, amusé par la volonté de la jeune femme de bien faire valoir son point de vue. Oh, elle n’est pas dupe, elle sait que la façon dont il avait tournée sa phrase laisse la place au doute quand à ses mensonges ou non, et elle le lui fait bien comprendre. Mayeul n’en a cure, pourtant, et laisse parler Melinda, se contentant d’acquiescer avec un air qui, probablement, ne le rend que plus suspicieux. Que la jeune femme croit ce qu’elle veut après tout !

Par contre oui, son insinuation était vexante. Et bien peu vraie, il en est presque sur, Mayeul. Qui n’aime pas être touché, après tout ? Ils sont bien rare, ceux qui refusent le contact physique ! Mais Melinda, contrairement à ce qu’il aurait cru, finit par revenir sur ses propos. Tiens donc ? Se sentirait-elle coupable de l’avoir vexé ? L’air de triomphe qu’aborde Mayeul se fait éclatant, soudain, même si la jeune femme cherche maladroitement à se rattraper. Certes, il n’écoute pas beaucoup quand elle lui dit de s’enlever mais pour le coup, elle avait l’air tellement détaché qu’il a douté. Quelques secondes. Mais il ne doute plus maintenant, et trop tard pour les explications de Melinda. Explications qui se font énervées soudainement, avant d’être suivies d’excuses. Oh.

Mayeul ne pensait pas le sujet aussi sensible, sinon il l’aurait évité. Réellement, il ne veux pas blesser Melinda, et ses paroles semblent indiquer qu’elle l’est, désormais. A cause de lui, même si leur petit jeu est des plus innocent. Elle est fatiguée, dit-elle. Ca tombe bien, en vérité : il l’est aussi. « Si tu veux en parler, tu sais... je ne suis pas si mauvais pour écouter. » Glisse Mayeul d’un air innocent, effleurant à peine le sujet. Il ne veut la forcer à rien mais comme elle l’a souligné si justement quelques minutes plus tôt, il a un diplôme de l’Académie. En psychologie. Alors certes, Mayeul préfère comprendre les gens que les écouter mais parfois, parler, cela fait du bien. Parler de Mathilde l’a soulagé, il le sait, même s’il l’a refusé en bloc pendant des années. Sa sœur lui a ouvert les yeux, peut-être, un peu. Alors il ne sait pas de quoi elle pourrait bien lui parler la petite Melinda, mais il est prêt à l’écouter. Qu’elle le sache. Le choix lui appartient, désormais.

Et puis, la petite apicultrice lui offre de goûter son miel, et le Voltigeur ne se fait pas prier, assurément ! Quoique différer la chose a du bon, parfois, puisque le regard courroucé de Melinda lui arrache un sourire plein de satisfaction. Il se décide enfin à goûter, de façon tout à fait civilisée, imité rapidement par la jeune femme, d’une façon bien moins civilisée. L’image lui rappelle inévitablement Grâce, et ce repas partagé dans une taverne de Hacheclair, mais il se garde bien de le faire remarquer. Melinda lui offre de rapporter son compliment aux abeilles, et le Voltigeur ne doute pas une seule seconde qu’elle ne le fera pas. Parler aux abeilles, cela ressemble tellement à la jeune femme ! Après tout, ils ont bien débuté leur amitié en parlant de poire - et aux poires - tous les deux !

Mais la jeune femme n’est pas aussi naïve que dans ses souvenirs, puisqu’elle lui propose d’acheter quelques pots. « Ohoh, aurais-tu le sens du commerce, Melinda ? » Plaisante le Voltigeur. « Et si je te dis oui, tu me ferais un prix ? En raison de notre amitié et de notre contact rapprochés ? » La main de Mayeul se glisse sur celle de Melinda, cueillant quelques gouttes de miel au passage qu’il déguste ensuite avec gourmandise. « Je n’ai pas les moyens de voyager chargé, mais un ou deux pots de miel me rappelleront la jolie apicultrice de Lorgol. » Lance-t-il, charmeur. Et puis, il est réellement bon, ce miel, ce serait toujours intéressant d’en avoir sous la main.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Ven 7 Avr - 15:08

Bon.

Je m’étais énervée. Peut-être un peu. Pour rien. Contre Mayeul. C’était complètement stupide et irréfléchi, et une preuve indubitable que je n’allais pas bien. Je ne m’énervais pas, d’habitude. Même quand j’étais irritée, je me contentais d’étouffer ma fureur dans un sourire et de la laisser s’évader sous couvert d’une pique assassine. Ma fatigue, à elle seule, ne pouvait pas expliquer ce brusque changement d’humeur, et j’en étais consciente. Mais il y avait les cauchemars, et puis le refus de l’Académie, et puis le fantôme de mon frère qui venait parfois danser devant mes yeux, pâle illusion par rapport à celui que j’avais vu lors de la Samhain, et puis cette impression nouvelle et dérangeante que j’étais en train de gâcher ma vie, et puis l’idée plus perturbante encore qu’en refusant d’accepter sa mort, c’était tout ce que représentait mon frère que je rejetais, et puis…

Bon. Inutile d’en faire plus.

Je n’allais pas bien. Désormais, le voltigeur devait en être conscient – même lui il devait avoir assez de sensibilité pour constater que je n’étais pas dans mon état normal. Je pouvais m’attendre à tout de sa part. Qu’il plaisante. Qu’il évite le sujet. Qu’il le sache mais n’en dise pas un mot. Qu’il parte, prétextant avoir quelque chose d’important à faire. Qu’il me touche, peut-être, même. Ou qu’il commande une bonne bouteille d’alcool. Un de ces trucs cielsombrois capables de vous faire tout oublier. Pas une seconde pourtant je ne supposai qu’il allait me proposer d’en parler. Je me crispai à sa proposition, quand bien même, pour une fois, il avait parlé avec tact. C’était ridicule, en un sens – je savais qu’il me proposait simplement une oreille attentive, en toute sympathie – mais j’avais le sentiment qu’il tentait de m’extorquer un quelconque secret.

J’ouvris la bouche pour répliquer vivement que je n’avais rien à dire, mais quelque chose en moi étouffa les mots au fond de ma gorge. Oh si, j’avais envie de parler. Un part de moi avait toujours adoré entendre le son de sa propre voix. Et ils formaient un refuge bienveillant, les mots, depuis toujours ; ils composaient un nid douillet dans lequel se blottir et par lequel se laisser bercer. D’un autre côté… je ne pouvais pas me le permettre. Je ne voulais pas de pitié. Je ne voulais pas de mépris. Je ne voulais pas de compassion futile ou d’incompréhension totale face à l’ampleur de ma détresse. Je ne voulais pas que qui que ce soit comprenne à quel point je pouvais être fragile, parfois. J’étais optimiste, moi, souriante, forte, enthousiaste. Et puis, mon frère était mort depuis douze ans. Il était temps de passer à autre chose, désormais.

— Tu sais bien que je ne dis jamais non à l’idée de parler, Mayeul, déclarai-je avec un large sourire, quoiqu’un peu forcé. Mais tu sais il n’y a pas grand-chose à dire. Je me suis réveillée au milieu de la nuit, et j’ai eu l’idée d’aller marcher un peu dans Lorgol, voilà tout. Il fait un peu oppressant à l’intérieur, tu vois, comme si de vieux monstres rôdaient dans les coins sombres, et puis le lever de soleil sur les Mille Tours est splendide. Mais je suppose que tu connais mieux la ville que moi, tu as eu l’occasion de voir ce spectacle des centaines de fois. Enfin, la prochaine fois, je me rappellerai de prendre de quoi me protéger du froid. Je ne m’étais pas rendu compte que l’air était aussi glacé… les autres fois.

Les autres fois, j’étais probablement trop perdue dans mes pensées pour remarquer que mon corps était gelé. Toujours était-il que je comptais bien tout faire pour que je ne me retrouve pas de nouveau dehors, frigorifiée de la tête aux pieds, à me lamenter sur des questions auxquelles je ne pouvais apporter aucune réponse satisfaisante. Je savais fort bien, désormais, que Mayeul était tout à fait prêt à écouter les questions qui me torturaient l’esprit, et je le remerciai intérieurement de cet état de fait. Néanmoins, je n’étais certainement pas prête, pour ma part, à ce que quelqu’un prenne conscience de ma détresse – et de la façon dont je me retournais sans cesse le couteau dans la plaie pour la garder ouverte, comme l’aurait dit Mélodie. Tant que personne ne savait rien, je pouvais faire comme si ma détresse n’existait pas et n’avait aucune raison d’être.

Les sujets sensibles s’éloignèrent à tire d’aile quand nous en vîmes à parler de mon miel. Presque aussitôt, mon sourire cessa d’être un masque pour devenir plus authentique. Je proposai à Mayeul d’en acheter, et il se moqua de mon sens du commerce, avant de demander qu’au nom de notre amitié, je lui fasse un prix. Il tenta insidieusement de me toucher la main, et je lui échappai, presque, non sans lui laisser quelques gouttes de miel. Même si mon contact lui faisait du bien, il pouvait essayer de le limiter, au moins un peu, non ? Mais c’était le miel et non ma peau qu’il cherchait à toucher, sans doute. Bien évidemment. Mon miel était irrésistible.

— C’est un jeune lorgolien qui a eu la bonté de me guider un peu dans la ville qui m’a expliqué que je devais bien gagner ma vie, expliquai-je, souriant toujours. Je me contente de suivre ses sages conseils.

Mon sourire se fit mutin, tandis qu’une lueur malicieuse venait éclairer mon regard.

— D’ailleurs, je suis d’accord pour te faire un prix. Tu as tout à fait raison, Mayeul, au vu de notre amitié et de nos… contacts rapprochés, je pense qu’il est raisonnable que tu consentes à payer un peu plus que le commun de mes clients pour mes pots de miel, histoire de m’encourager dans mon commerce. Merci à toi de le proposer si gentiment.

Je fis mine d’y réfléchir très sérieusement.

— En plus, maintenant que j’y pense, tu as eu droit à une dégustation, et tu vas pouvoir penser à moi sur tout le trajet qui te mènera en Valkyrion, ce qui, bien évidemment, ne pourra que te faire sourire. Je suppose que ce double service que je te rends vaut bien un petit supplément, lui aussi, ne crois-tu pas ?

Qui sait, avec un peu de chance, Mayeul, convaincu par mes arguments, me payerait vraiment un supplément ? Je n’étais pas particulièrement vénale, mais l’idée de retourner contre lui ce qu’il avait pris comme un avantage m’amusait follement. Et puis, je ne verrai plus le voltigeur pendant longtemps. Il pouvait bien me laisser un petit souvenir de lui, même sous une forme aussi impersonnelle que quelques fleurons, non ?

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Lun 17 Avr - 22:16

Il n’est pas difficile de deviner que Melinda ne vapas bien de toute façon, pas après que Mayeul l’ait croisé pendant la Samhain. Peut-être aurait-elle pu faire illusion, et encore, il commence à bien la connaître, et il doute que cela puisse passer inaperçu. Il ne va pas bien, lui non plus, mais il va mieux. Mathilde l’a obligé à parler, à se confier, il a du affronter Marianne aussi et autant ne pas le nier, cela lui a fait du bien. Il ne touche plus à rien, depuis la Samhain - enfin presque. Et peut-être est-ce pour ça qu’il se sent mieux, peut-être pas, mais l’acceptation de la mort de Mathilde commence à faire son chemin dans son esprit, et le Voltigeur est apaisé. Autant qu’il peut l’être

Mais elle ne semble pas décidé à discuter, et Mayeul a toujours trouvé ridicule les grandes déclarations comme quoi les autres comprennent, et se mettent à sa place. Il l’a vécu, lui aussi, ce désespoir et cette impression de perdre pied, mais pour autant, il ne peut pas se mettre à la place de la jeune femme. Melinda lui déclame une histoire bateau, de lever de soleil et de froid qui l’aurait surpris, mais soit elle le prend pour un imbécile, soit il est doué pour déceler que non, ce n’est pas tout. C’est plus profond, bien plus profond que ça. Mais si elle ne veut pas en parler, de quel droit peut-il le faire ?

Soulagement. Peine. Chaleur. Les pensées diffuses de Nuage s’infiltrent dans son esprit, et Mayeul soupire longuement. Peut-être qu’il a raison, son griffon. Peut-être qu’en entamant la discussion, elle se confiera. Il hésite, Mayeul, et détourne finalement le regard. « J’ai revu ma sœur, à la Samhain. Ma jumelle. Ce n’était qu’un fantôme, à peine plus qu’une illusion de mon esprit, mais ce qu’elle m’a dit m’a apaisé. Les âmes des morts ne sont pas là pour nous tourmenter. » Il a chuchoté, presque, le Voltigeur. Peut-être qu’au fond, il n’a pas réellement envie que Melinda l’entende. Mais depuis le Tournoi, il n’avait plus dormi sans rien prendre Mayeul. Ce fichu Tournoi, qui le réveille encore parfois la nuit. « J’aime regarder le soleil se lever, j’ai toujours eu l’impression que c’était la promesse d’une journée toute neuve, que les cauchemars de la nuit ne pouvaient pas traverser. » C’est la mélancolie qui parle, peut-être. « Mais je pense à m’habiller chaudement. » La taquine-t-il, toute trace de mélancolie disparue. Comme s’il n’avait rien dit. Comme s’il n’y avait pas un trou béant dans son cœur.

Le miel est un sujet autrement moins dangereux en vérité, même si Melinda tente de lui extorquer quelques fleurons supplémentaires au nom, justement, de leur amitié. Mayeul fait la moue, avant de lui expliquer avec tout le sérieux possible. « Fais moi un prix à la baisse, et je te promets de te créer une clientèle. Tu aura certainement besoin que quelqu’un vante tes talents, non ? » Evidemment, vu le sujet, le sérieux du Voltigeur laisse sérieusement à désirer, mais qu’importe. Se penchant plus près de la jeune femme, Mayeul continue avec amusement. « Ou alors, puisque j’ai pu goûter à un autre de tes talents, je propose qu’on les conjugue. Un baiser, un pot de miel, et je te laisse plus de fleurons que nécessaire. Qu’est-ce que tu en penses ? » Il ne rechigne pas à payer davantage pour un baiser Mayeul, parce qu’il sait bien que sa proposition va faire hurler Melinda. Et c’est bien le but du Voltigeur, en vérité. Elle va lui manquer, la jeune femme, avec sa conversation et ses piques assassines.

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Message Sujet: Re: On a tous des secrets - Melinda   Ven 2 Juin - 15:42

Je savais bien que j’étais incapable de parler de mon frère. Plus exactement, j’étais incapable de parler sérieusement de lui, de dire à quel point son absence me faisait mal, à quel point j’avais envie qu’il soit là, à mes côtés, qu’il me parle, qu’il me tienne la main, qu’il m’ébouriffe les cheveux, qu’il m’appelle par le surnom qu’il avait coutume de me donner, qu’il me raconte une histoire, que son sourire illumine la pièce, que son rire emplisse mon cœur et provoque le mien…  Bien entendu, je pouvais le mentionner, vaguement, au détour d’une phrase, sans pour autant décrire à quel point il me manquait, mais ça n’allait pas plus loin. Si je parlais de lui, je m’écroulerais. Mon cœur sombrerait au fond de ma poitrine, se contracterait si fort qu’il se briserait et je ne pourrais pas m’empêcher de pleurer jusqu’à inonder la pièce. Ce dont je n’avais nulle envie. Mon frère n’aurait pas aimé que je m’écroule ainsi par sa faute.

Mayeul, lui, avait sans doute bien plus de courage que moi, sur le sujet. Il hésita peut-être avant de commencer à parler, mais il parla. Lui aussi, il avait revu un de ses proches à la Samhain. Sa sœur, sa jumelle. Je me souvenais de l’assurance qu’il a prise, quand nous avions été transportés dans le passé. Il semblait tellement sûr de lui, tellement différent du voltigeur que je connaissais. Était-ce sa sœur qui avait eu sur lui une telle influence ? Je ne pus retenir un triste sourire, me remémorant à quel point la simple vue de mon frère m’avait emplie de tristesse et de colère. Je n’avais pas pu lui parler, et j’aurais bien été incapable de l’écouter. Ces paroles auraient peut-être été apaisantes, mais… je n’aurais pas pu m’empêcher de les rendre aussi douloureuses que des poignards.

Peut-être Mélodie avait-elle raison, finalement. Peut-être que je m’efforçais de retourner le couteau dans la plaie. Peut-être que je n’avais pas besoin des morts pour me tourmenter. J’y arrivais tout aussi bien quand ils n’étaient pas là. Je jetai un coup d’œil à Mayeul. J’aurais pu croire qu’il pouvait comprendre, puisque nous avions tous deux perdu un membre de notre fratrie, mais sans surprise, ce n’était pas le cas. Lui s’en remettrait. Moi… je n’étais pas certaine d’en être capable. J’avais tellement souffert de la mort de mon frère que voir toute douleur disparaitre serait… comme perdre une vieille amie, et donner raison à tous les imbéciles qui avaient pu me dire avec condescendance que « ça finirait par passer ».

— Peut-être pas, mais ils restent morts, murmurai-je en haussant les épaules, d’une voix calme, presque impassible, comme si le sujet n’avait aucune importance. Et nous, nous sommes en vie. C’est comme s’ils étaient partis, et qu’ils nous avaient abandonnés.

A moins que ce ne soit nous, les vivants, qui finissions par les abandonner. Cette idée m’avait effleuré l’esprit à la Samhain, et elle ne parvenait plus à me quitter. J’en avais voulu longtemps à mon frère de m’avoir laissée seule, à vivre et à sourire sans qu’il soit là pour me soutenir, mais en vérité, peut-être que c’était à moi-même que j’aurais dû en vouloir. Peut-être que c’était moi qui, en refusant de parler de lui de peur d’en souffrir, avait fini par l’abandonner. Peut-être que ma souffrance elle-même, que je cultivais soigneusement, n’était qu’une manière de me donner bonne conscience. Mon cœur se serra douloureusement à cette idée, broyé d’une amère culpabilité. Par chance, Mayeul poursuivit en me parlant du soleil. Le soleil… un sujet si innocent. Je ne pus m’empêcher de sourire.

— J’y penserais, la prochaine fois, promis, déclarai-je en hochant la tête. S’il est vrai que les cauchemars de la nuit, déchirés par le soleil levant, sont forcés de m’épargner, il serait dommage que ce soit le froid et la stupidité qui aient raison de moi, sans doute.

Certes, si je mourais, je pourrais rejoindre mon frère. Mais je n’étais certainement pas prête à renoncer à la vie. Contrairement à ce que pensait Mélodie, je tenais au moins un peu à l’existence que mon frère avait un jour chérie et qu’il avait soutenue. Je ne voulais pas la perdre pour si peu. Pas pour une négligence aussi ridicule.

Comme si la remarque du voltigeur avait réussi l’exploit de détendre l’atmosphère, le sujet dériva bien vite vers des territoires bien moins dangereux, comme mon miel, par exemple. La volonté de Mayeul d’obtenir un prix en raison de nos liens d’amitié me paraissait inacceptable, aussi n’hésitai-je pas une seconde à retourner son avarice contre lui. Je n’en aurais pas vraiment eu l’idée par moi-même, à vrai dire – j’étais toute prête à vendre équitablement ce miel au voltigeur – mais puisqu’il désirait vraiment en changer le prix, autant que ledit prix change à mon avantage. Mayeul n’était toutefois pas du genre à se laisser faire, et ses arguments avaient, à vrai dire, une certaine valeur… ou en auraient eu une pour quelqu’un d’autre que moi. Je pouvais très bien la réunir moi-même la clientèle, et il m’importait plus que mes clients payent le prix plein que de les voir en ramener d’autres.

— Non, je n’ai pas besoin que tu vantes mes talents, répliquai-je avec sérieux. Je suis certaine que j’argumenterai au moins aussi bien que toi pour m’attirer des clients. Et puis, mes talents n’ont pas besoin d’être vantés. Il suffit de goûter mon miel pour constater qu’il est délicieux, et pour revenir en chercher.

C’était un peu présomptueux de ma part, mais c’était mon avis. Je n’avais jamais goûté de miel qui parvienne à l’aune de celui de ma famille. Peut-être y avait-il des apiculteurs aussi doués que moi, évidemment, peut-être même y en avait-il de meilleurs. Mais toujours était-il que mon miel était bon. Les clients n’en attendaient probablement pas plus. D’autant plus que, d’après ce que j’avais pu voir, le choix que l’on proposait à Lorgol n’était pas vraiment des plus convaincants.

— Et puis tu pars en Valkyrion, Mayeul. Tu n’as que peu de chances de me construire une clientèle kyréenne alors que je suis basée à Lorgol. Je ne suis pas stupide.

Stupide, non, mais étourdie, peut-être. J’aurais dû me douter que Mayeul n’en resterait pas là. Il n’était pas du genre à se contenter d’une sage négociation, évidemment, et il avait sans doute un mal fou à tenir dix minutes de conversation sans essayer de me convaincre de l’embrasser. Mais je ne m’imaginais pas qu’il me proposerait de m’acheter mes baisers, comme si les fleurons avaient suffisamment de valeur à mes yeux pour que j’embrasse n’importe qui ! J’esquissai une moue songeuse, faisant mine d’y réfléchir sérieusement. Naturellement, il était hors-de-question que j’accepte, mais puisque les sujets de conversation du voltigeur semblaient particulièrement limités, pour respecter les liens d’amitié que j’avais décidé d’instaurer entre nous, je me devais de me mettre à son niveau.

— Eh bien, ça dépend, déclarai-je au bout de quelques secondes de fausse réflexion. Qu’est-ce que tu entends par « plus de fleurons que nécessaire » ? Dis-moi, à combien estimes-tu mes baisers, Mayeul ?

Quelques mois plus tôt, encore, je ne me serais jamais permis une telle boutade, mais mon séjour à Lorgol m’avait rendue plus assurée, sans doute. Toujours était-il que mes joues s’étaient teintées du rouge de l’embarras, et que j’avais commencé à me tortiller les doigts comme pour les arracher à mes mains. Mais peu importait la gêne que je pouvais ressentir à parler aussi ouvertement de baisers, parce que c’était une distraction bienvenue. En cet instant, je ne pensais plus à mon frère, à ma vie sans avenir ou à mes cauchemars. Et c’était suffisant.

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