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 Au cœur du blizzard

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Le Pavillon Noir • Modo
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Message Sujet: Au cœur du blizzard   Dim 15 Jan - 14:44


Livre II, Chapitre 1 • Les Sables du Temps
Sicq Qoraïch & Ilse Tonnevent

Au cœur du blizzard

Réchauffons-nous à la Taverne



• Date : 5 janvier 1002
• Météo : Il fait nuit et dehors, c'est une véritable tempête de neige qui s'abat sur les terres du nord.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Avec le temps qu'il fait dehors, tout le monde s'est entassé au sein de la Taverne de la Rose pour se réchauffer. Ilse n'est pas vraiment dans l'ambiance puisqu'elle ne boit plus d'alcool à cause de sa grossesse. Elle se décide alors à rejoindre Sicq, qui est bien le seul encore en état d'avoir une discussion à peu près cohérente.
• Recensement :
Code:
• [b]5 janvier 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1663-au-coeur-du-blizzard]Au cœur du blizzard[/url] - [i]Sicq Qoraïch & Ilse Tonnevent[/i]
Avec le temps qu'il fait dehors, tout le monde s'est entassé au sein de la Taverne de la Rose pour se réchauffer. Ilse n'est pas vraiment dans l'ambiance puisqu'elle ne boit plus d'alcool à cause de sa grossesse. Elle se décide alors à rejoindre Sicq, qui est bien le seul encore en état d'avoir une discussion à peu près cohérente.


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Dernière édition par Ilse Tonnevent le Dim 29 Jan - 20:40, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Dim 15 Jan - 14:48

L'ambiance est chaleureuse dans la taverne noire de monde. Au dehors, le vent gronde, la neige recouvre tout, la glace prend doucement possession des pavés, des bâtiments, des mâts des navires. C'est la tempête, un blizzard glacé, et par les fenêtre, il n'y a que du blanc à perte de vue. Les joyeux lurons de la Taverne de la Rose ne s'en soucient guère pourtant. Ils ont tout ce qu'il leur faut sous la main ; quelques chopines dégoulinantes de bière, une cheminèe ronflante dans un coin de la pièce, de la musique, des jeux et des rires. Et même quelques danses et autres tentatives de séduction qui parfois font mouche. Ca réchauffe, c'est amusant mais c'est surtout extrêmement bruyant.

Ilse est assise tranquillement à une table, un peu à l'écart, sans faire de vagues. Elle observe d'un oeil un peu distrait sans prendre part aux festivités qui se déroulent tout autour d'elle. L'idée d'aller se coucher lui a effleuré l'esprit mais elle sait que le vacarme de la salle parviendra jusqu'à sa chambre, juste un étage au-dessus, alors elle préfère encore rester au coeur de la fête, à garder un oeil sur ses camarades. Un éclat de voix retentit à une table, lui faisant tourner la tête. L'un d'eux vient de gagner une belle mise aux cartes et les autres font montre d'une mauvaise foi à toute épreuve, dans un concert de grognements. Puis son regard suit un instant les serveurs qui se faufilent entre les tables, plateaux et chopes entre leurs mains avec une adresse impressonnante. Pas une goutte ne déborde jusqu'à atteindre les consommateurs déjà bien enivrés et les fleurons changent de mains avec habileté. Dans un coin de la salle, une tablée se met à chanter quelque chanson paillarde mettant en scène une jeune fille de pêcheur et les hommes qui se font prendre dans ses filets, chant très apprécié des marins du coin. La canonnière soupire, ferme les yeux un instant et termine sa boisson.

Sans se presser, elle se dirige vers les comptoir pour y commander un nouveau breuvage chaud et sans alcool. Une habitude à laquelle elle a du mal à se faire mais qui est intéressante à bien des niveaux. Voir l'état de ses camarades se dégrader alors qu'elle reste en pleine possession de ses moyens, voilà qui est fort amusant. Pourtant, si c'était drôle au début, elle n'y prend pas autant de plaisir à observer ce spectacle seule. Elle a bien essayé d'en rire avec Grim, mais l'albatros lui a répondu avec dédain que les frivolités humaines n'avaient aucun intérêt pour lui avant de retourner se pelotonner dans son abri. Fort bien.

Ilse s'appuie sur le comptoir en attendant sa commande quand son regard se pose sur leur nouveau cartographe. Un regard qui s'attarde un peu trop, peut-être, sur la silhouette de l'Erebien avant qu'elle ne le réalise et se secoue légèrement. Elle détourne les yeux pour analyser avec attention les veinures du bois du comptoir qui en a vu passer des chopes durant toutes ces années. Et quand son thé arrive, elle paie ce qu'elle doit et hésite, juste un instant.

Elle ne retourne pas à sa table. Elle se faufile à son tour entre les tables et s'assoit près de Sicq. « Ca t'ennuie si j'me joins à toi ? » demande-t-elle sans vraiment attendre de réponse. Il est le seul dans cette salle à ne pas avoir ingurgité une goutte d'alcool, à part elle. Il est le seul à ne jamais en boire surtout et pour une fois, ça l'arrange. Elle se demande alors si c'est toujours comme ça pour lui ; voir les autres perdre de plus en plus le contrôle sur leurs faits et gestes, écouter leurs discours de plus en plus incohérents et bruyants. Ilse lui jette un regard à la dérobée, silencieuse, trempant le bout des lèvres dans la boisson qui la réchauffe agréablement.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Dim 15 Jan - 20:21

Je ne sais pas tant ce que j’aime à la Taverne de la Rose, pourtant, il y a des soirs comme celui-ci où je ne peux m’empêcher d’observer mes camarades éméchés avec un brin d’affection dans le regard. Juste un brin, sans doute venu de la distraction offerte par Lorgol et ce premier mois d'hivernage, où j’ai oublié un peu leurs rires gras, les jeux à boire et la séduction brutale qui caractérise le port de Lorgol. De retour à l’ombre des Mille Tours, je me rappelle, comme chaque année, ce qui m’a poussé à changer de bord pour mener cette vie éprise de liberté. Je baisse le regard vers ma tasse encore chaude de cette douce boisson au miel, qui m’attire si souvent les railleries. Sous peu, ils me lasseront à nouveau, les bougres.

Alors je préfère ne pas me frotter aux fiers-à-bras de l’Audacia trop tôt, trop près. Installé dans un coin, je laisse un regard brumeux glisser sur la taverne, me laissant happer par la distraction, me demandant de quoi le prochain printemps sera fait. Les derniers mois ont compté parmi les plus mouvementés de ma vie de pirate – et Omen sait que s’il est une vie riche en inattendu, c’est bien celle de pirate – mais peut-être parmi les plus intéressants, aussi. L’Audacia s’est révélée être pleine de surprise, plus romancée encore que les rêves de jeune homme que je m’étais inventés, lorsque j’ai posé pour la première fois les yeux sur Rhéa. Un éclat de voix tonitruant me fait lever les yeux, un de mes camarades semble avoir remporté une partie de cartes. Hésitant, je glisse un doigt sur les bords de ma tasse, sans savoir si je dois céder à l’envie de me lever pour les rejoindre. L’appât du gain est fort, mais peut-être sont-ils déjà trop saouls pour que le jeu en vaille la chandelle. Je ferme le poing et me laisse tomber contre le dossier de ma chaise, dure et inconfortable, maudissant qu’ils boivent tant, me maudissant de ne pas boire.

Tant pis, ce ne sera jamais qu’une soirée de plus dans la peau d’un étranger, du curieux cartographe, dont on ne s’approche pas vraiment. La vue d’une choppe volontairement renversée sur le décolleté d’une fille bien trop ingénue pour être honnêtement innocente me rappelle que souvent, je m’en accommode fort bien.  « Ca t'ennuie si j'me joins à toi ? ». Je lève les yeux. Ilse Tonnevent me fait l’honneur de sa présence. Si je suis étonné, j’essaie de ne pas le laisser paraître, tandis que je l’observe un peu trop longtemps avant de réagir. « Non, bien sur. » Évidemment, elle est déjà assise. Je reporte mon regard sur la salle, à la recherche du reste de l’équipage, comme si je m’attendais à ce qu’ils soient tous partis, nous abandonnant là, pour une raison que je ne m’expliquerais pas vraiment. Tous sont pourtant toujours là, aussi saouls, joyeux et bavards qu’ils ne l’étaient, quelques minutes plus tôt, à l’endroit où se trouve d’ordinaire Ilse.

Je me tourne à nouveau vers elle, sans pouvoir faire sens de ce qu’elle me veut, de ce silence qu’elle noie dans un thé, alors que je suis désormais bien habitué à ses provocations. Je suis mauvais pour faire la conversation ; particulièrement dans de telles circonstances où les années m’ont appris la vertu du silence. Il n’est guère de bon ton de faire de l’esprit avec un pirate largement aviné. « Pas courant de te voir bouder la fête. » Je fais un signe de ma propre chopine en direction de nos camarades. « Tu prévois de les plumer aux cartes quand ils seront trop ronds pour s’en rappeler ? » Le ton était resté neutre, un brin aimable, un brin grommelant, un peu rauque même peut-être, d’une voix qui n’avait guère eu l’occasion de s’échauffer depuis le début de la soirée.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Mer 18 Jan - 22:35

« Non, bien sur. » Tant mieux, parce que maintenant qu'elle s'est assise, elle ne compte plus bouger de là. Et puis qui d'autre pourrait lui tenir la conversation sinon ? Elle reste pourtant silencieuse, Ilse, un peu hésitante à l'idée de démarrer les hostilités ce soir, malgré les coups d'oeil en biais qu'elle lui adresse de temps en temps, en sirotant sa tasse. Elle le sait peu bavard, lui aussi, et ça l'arrange bien d'ordinaire, elle qui apprécie la tranquillité et le silence. Elle n'est jamais aussi bien sur la vivenef que lorsqu'elle est de quart, la nuit, et qu'elle vogue sur une mer paisible au seul son des vagues et du vent dans les voiles. Les yeux perdus dans les étoiles, le corps bercé par la houle. Non pas qu'elle n'apprécie pas la compagnie de l'équipage et leur joyeux tohu bohu, car ils sont désormais sa famille, tous autant qu'ils sont. Mais cette sensation de plénitude au moment de fendre les vagues alors qu'elle est seule sur le gaillard avant, appuyée contre le bastingage... c'est exceptionnel.

« Pas courant de te voir bouder la fête. » Elle relève la tête, haussant un sourcil perplexe, sans un mot. C'est qu'il n'est pas là depuis assez longtemps, sinon il aurait déjà remarqué qu'il n'est pas rare de la voir s'isoler lors des moments les plus délurés de l'Audacia. Il est vrai, pourtant, qu'elle a fort bien profité de ces instants depuis quelques temps. L'effervescence du tournoi a peut-être joué un rôle, qui sait. Et l'envie d'oublier ledit tournoi, aussi. S'isoler et broyer du noir n'est certainement pas le plus judicieux pour chasser de sa mémoire de sombres pensées. Ce soir pourtant, même si elle reste auprès des siens, elle ne parvient pas à être totalement dans l'ambiance. Peut-être que le fait de ne pas pouvoir boire d'alcool n'aide pas, c'est même certain. Car elle n'est pas la plus affable des personnes de l'équipage et de ça aussi, elle en a bien conscience. Même quand ils ont fêté la nouvelle de sa grossesse – et de celle de Freyja – sur le pont avec tout l'équipage, elle a dû se montrer sage. Alors elle hausse les épaules et suit du regard le mouvement de sa chope. « Tu prévois de les plumer aux cartes quand ils seront trop ronds pour s’en rappeler ? » Un sourire en coin fend ses lèvres et ses yeux restent posés sur la joyeux bande qui s'égosille autour de la table au sujet d'une paire qui n'en est pas une et d'une main un peu trop leste d'un camarade qui aurait donc triché. Toujours la même histoire. « J'ai pas b'soin qu'ils soient ronds pour les plumer. » répond-elle avec amusement, bien contente d'être hors de portée de certaines oreilles qui n'hésiteraient pas à la contredire sur ce point. Ilse jette un regard autour d'elle mais c'est inutile, elle sait qu'Eric n'est pas là ce soir, qu'il a déserté la taverne de la Rose pour se changer les idées. Mais s'il était là, il aurait sûrement à redire sur sa façon de jouer aux cartes, lui qui n'hésite pas à tordre les règles en sa faveur. « Puis, j'préfère les échecs. » ajoute-t-elle tout à fait sérieusement. Oui, sauf que des pirates adeptes des échecs, ça ne se trouve pas à tous les ports.

« Et toi alors ? J'pensais que t'étais un peu plus joueur. Ou alors t'as trop peur d'te faire ramasser tes fleurons ? » demande-t-elle d'un ton de défi. Difficile de perdre les bonnes habitudes et aller embêter Sicq est un vrai plaisir, ne serait-ce que pour l'entendre bougonner. Et puis, il est mignon quand il râle. Ilse replonge sur sa tasse pour chasser le léger trouble qui a suivi cette pensée. Tu es ridicule. Tais-toi, oiseau d'malheur. Et il se tait. Et elle ne s'en sent pas moins ridicule.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Jeu 19 Jan - 21:51

Je ne me formalise pas trop de sa réaction étonnée, car de toute façon, je doute de pouvoir en identifier la raison avec certitude, quand bien même j’y donnerai de longues pensées. Or, il est déjà trop tard pour les longues pensées, et même si je ne bois pas, cela ne signifie pas que je ne viens pas à la Taverne pour me détendre. Je suis son regard un instant, m’attardant sur mes camarades de bord, la plupart déjà bien plus appréciés que de nombreux autres, rencontrés sur d’autres vivenefs. L’Audacia est peut-être bien le seul rêve qui, avec le poids des âges, ne m’a ni trahi, ni déçu. Une de mes dernières surprises aussi, sans doute. Je lâche une pique avant de me laisser tomber dans la mélancolie.  « J'ai pas b'soin qu'ils soient ronds pour les plumer. ». La fierté farouche qui pointe dans sa réponse me fait sourire. Quel pirate digne de ce nom aurait de toute façon admis avoir besoin de ça pour empocher la mise ?

« Puis, j'préfère les échecs. » Cette fois, c’est à moi de lever un sourcil étonné, car ce n’est pas une activité bien fréquente sur les ports. J’en ai bien aperçu quelques parties, de ce jeu terriblement long, terriblement compliqué aussi, et où il y a bien trop peu à gagner, je ne peux pas me vanter de m’y être jamais essayé. Je grommelle un « hmm » déconcerté par cette annonce, incapable de discerner une ironie ou une perche éventuelle. Voire même les deux, pour le peu que je connais Ilse, alors une fois n’est pas coutume, je me contente de l’observer sans me départir de mon silence. « Et toi alors ? J'pensais que t'étais un peu plus joueur. Ou alors t'as trop peur d'te faire ramasser tes fleurons ? » Cette fois, je me redresse, piqué au vif dans mon orgueil. « Parle, tu veux que j’te montre comment j’les bats, les cartes ? Y en a pas un de ceux là qui me fait peur. »  Je marque une très courte pause. « Toi non plus, d’ailleurs. » Un brin bravache, je me penche juste un peu vers elle, conscient que cette lueur, celle de l’attrait du jeu et du gain, doit déjà briller dans mon regard. « Même sans tricher. » Difficile de ne pas avoir remarqué  les éclats que certaines parties provoquaient sur le pont de l’Audacia, ni les éternels débats autour des règles exactes, dont la définition revenait souvent à celui qui râlait le plus fort.

La porte qui bat me détourne un instant du calme tout relatif de notre table, la nouvelle fournée de visages dans cette taverne déjà pleine à craquer et la couche de neige sur leurs épaules n’étaient pas pour nous faire oublier qu’en cette soirée, il n’y avait guère d’autre chose à faire que de s’accorder un peu de bon temps. « Quel temps… C’tun hiver en ton honneur, Atal, l’oublie pas » marmonné-je distraitement à voix basse, oublieux pour une seconde de la présence de Ilse. « Semblerait qu’on soit coincé ici, t’façon ». ajouté-je sur le même ton, mais à son intention cette fois. Je n’en suis pas véritablement fâché, mais je me dédouane, quelque part involontairement. Comme à chaque fois,  l’intérêt piquant que me porte la canonnière me chiffonne. Une main serrée autour de ma tasse, je ne remarque même pas les doigts de ma main droite qui pianotent en rythme sur le bord de la table.

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Dernière édition par Sicq Qoraïch le Ven 3 Fév - 20:37, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Sam 28 Jan - 7:57

C'est pas son genre, à Ilse, de faire la conversation. Elle n'aime pas parler pour ne rien dire, ni être celle qui brise le silence. Parce que le silence, ça ne la dérange pas, au contraire. Aussi étrange que ça puisse paraître pour une pirate, elle a besoin de ses moments de solitude et d'isolement, rien que pour se recentrer et se ressourcer avant de continuer son travail. Sur un vivenef, ça peut être complexe parfois, car l'intimité est une notion bien étrangère pour les pirates et c'est quelque chose qu'elle a rapidement appris en rejoignant l'Audacia, choquant la petite Outreventoise encore si innocente et si naïve des choses de la vie. Bien heureusement, en tant que canonnière, elle a désormais sa cabine attitrée, mais ils restent fort nombreux sur le navire et la cohabitation peut se révéler parfois compliquée.

En outre, elle sait rarement quoi dire lorsque Sicq est dans les parages, alors elle provoque un peu, elle cherche. Parce que c'est amusant et qu'elle aime le voir s'offusquer de ses remarques. Comme à cet instant où il semble lui jeter un regard courroucé. « Parle, tu veux que j’te montre comment j’les bats, les cartes ? Y en a pas un de ceux là qui me fait peur. » Les traits d'Ilse semblent demander « vraiment ? » et son sourire en dit long sur ce qu'elle pense, de sorte qu'elle n'a pas besoin de dire un mot de plus pour qu'il ajoute. « Toi non plus, d’ailleurs. » Elle lui adresse un sourire de défi qui se fige sur ses lèvres alors qu'il s'approche un peu. Très soudainement. Très près. Elle perd un peu de son assurance, l'Outreventoise, sous les yeux du cartographe qui la regarde sans ciller. « Même sans tricher. » Cette fois, par contre, elle se renfrogne franchement, piquée dans sa fierté. Sauf qu'elle est un peu prise au dépourvu et qu'elle cherche encore ses mots lorsqu'il se retourne, marmonnant pour lui alors qu'elle continue de le fixer sans vraiment le réaliser. Jusqu'à ce qu'il reprenne la parole.

« Semblerait qu’on soit coincé ici, t’façon » Elle jette un coup d'oeil par la fenêtre, mais derrière la vitre recouverte de buée, il n'y a que la nuit noire et des tourbillons de neige. Ilse esquisse alors un sourire espiègle et boit une nouvelle gorgée de sa boisson avant de déclarer avec assurance : « Très bien. J'te parie que j'arrive à ramasser plus d'fleurons qu'toi ce soir. Et quand t'auras perdu, tu devras m'refiler le peu que t'as gagné. » Elle n'attend pas vraiment de réponse de sa part, elle sait qu'il ne laissera pas passer une occasion pareille et son orgueil ne le lui permettrait sûrement pas de toute manière. Toujours se méfier de l'orgueil d'un pirate.

Ilse se relève et lui offre un sourire insolent avant de se diriger vers la table où leurs camarades terminent une partie et où elle s'installe sans plus de cérémonie. La pirate assise à ses côtés l'accueille d'une tape dans le dos et à grands renforts d'exclamations enivrées et un autre ramasse déjà les cartes pour les battres avec vigueur tandis que la silhouette du cartographe se rapproche. Ilse semble lui jeter un regard de défi, plus d'une assurance presque arrogante mais qui n'est qu'un jeu, un stupide jeu. Qu'elle prendra certainement trop à coeur dans quelques minutes, comme toujours. Et sans le lâcher du regard, elle commence à récupérer les cartes qu'on lui distribue.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Ven 3 Fév - 21:17

Le silence s’étend soudainement entre nous, et je me demande si j’ai froissé la canonnière. Son attitude a changé, mais je me vois mal lui expliquer que dans ce genre d’affaires, je serais plutôt à me ranger à elle. Non pas que je n’aie jamais triché – mais j’ai l’orgueil de dire que bien peu s’en sont rendus compte – mais j’ai bien plus de fierté à plumer mes adversaires lorsque je la joue à la régulière. Alors je m’en tiens bien volontiers aux règles officielles, et je me défends avec des stratégies retorses, fruit de nombreuses années de bord et de quarts à occuper sous le ciel calme du large. Il faut bien que toutes ces années m’aient appris quelque chose. « Très bien. J'te parie que j'arrive à ramasser plus d'fleurons qu'toi ce soir. Et quand t'auras perdu, tu devras m'refiler le peu que t'as gagné. » Je hausse un sourcil, pas étonné par le défi, mais étonné par son ampleur. « Tu perds rien pour attendre » Murmure ronchon, dans lequel pointe néanmoins un peu d’amusement. Les fleurons, ça parle toujours à mon âme de pirate. Elle ne démord pas de sa superbe la blondinette et d’une certaine manière, être à nouveau la cible de ses malices me détend. Si je ne comprends toujours pas ce qui l’amuse tant à faire de moi la victime de ses taquineries, au moins sommes nous retombés dans un schéma bien plus classique que cette drôle d’intimité, silencieuse et à l’écart du monde.

Je finis ma tasse d’un grand coup, en réponse à son sourire insolent et me lève vaillamment pour traverser la salle à sa suite et prendre place à la table. La nostalgie m’a quittée aussi rapidement que les virginités à la Caravane des Plaisirs et me voilà à me frayer un peu d’espace, un ronchonnement par-ci, un grognement par là, parmi mes pairs dont les haleines alcoolisées me soulèvent un peu le cœur. « Et si c’est toi qui perd Ilse, hmm ? » Je ramasse mes cartes sans lui accorder un regard, agacé par la pauvreté de mon jeu. « Moi aussi je récolte, ou ça marche qu'en sens inverse ? ». Le défi et l’appât du gain me font bouillir les sangs comme d’autre frémissent sous le rhum, et le public de la Taverne bondée n’arrange rien, de toute évidence. Du coin de l’œil, j’ose observer sa réaction avant de me détourner, rapidement, l’air de rien.

Je détaille un par un nos partenaires de jeu, bien calé sur mon tabouret, adressant un hochement de tête déterminé à l’un, un regard noir à l’autre, n’offrant pas plus d’une demi-seconde à Ilse dont le regard fier et insistant fait courir une sensation étrange le long de mon échine. Certaines boutades de l’équipage me reviennent en mémoire et je les chasse vivement, passant une main à travers ma tignasse mal coiffée comme si cela pouvait aider, comme si cela pouvait m’éclaircir le regard et me faire découvrir un jeu plus à mon avantage. Autour de nous, la table se perd en gigotements et railleries, appels aux ravitaillements et commentaires d’une table à l’autre.

« Bon cette partie ? » J’attire l’attention sur moi avec ma réclamation tonitruante et quelques florins jetés sur la table en guise de mise, sous les regards tantôt amusés, tantôt un brin vexés des camarades qui nous entourent. Il est vrai que j’ai toujours eu un peu de mal à me fondre dans l’ambiance des soirées bien avancées. Alors je détonne, avec mes coudes bien plantés sur la table, un regard sérieux – qui évite toujours la canonnière – et une impatience trahie par des roulements d’épaules trop fréquents pour être un simple hasard. Le jeu tire sur mon orgueil et me fait perdre un peu de mon calmé posé, et de la concentration digne du cartographe que je suis. Après toutes ces années, un simple écart de routine fait ressortir en mois l’impatience de l’adolescent érébien, tout juste sorti de son désert. La soirée se promet longue. Une nouvelle fois, je parcours la table du regard ; vont-ils enfin se décider ?

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Mer 15 Fév - 23:09

« Tu perds rien pour attendre » Un sourire impertinent prend place sur ses lèvres ; parfait, il mord à l'hameçon. Il aurait été dommage qu'il ne relève pas le défi, n'est-ce pas ? Alors quand elle arrive à la table pour battre les cartes, elle le suit du regard jusqu'à ce qu'il soit à son tour installé. Autour, les camarades devisent sur un quelconque sujet entamé avant qu'ils les rejoignent, ils commandent une nouvelle tournée, l'un se vante de ses victoires tandis qu'un autre ronchonne en affirmant qu'il y a eu tricherie. Ilse bat les cartes et elle ne quitte pas le cartographe des yeux avant de finalement les distribuer d'un geste habile et assuré.

« Et si c’est toi qui perd Ilse, hmm ? » Elle reste parfaitement impassible, l'air déterminé, pas le moins du monde intimidée. « Moi aussi je récolte, ou ça marche qu'en sens inverse ? » Ilse prend le temps d'arranger sa main en examinant son jeu, un sourire au coin des lèvres. « Ca marche dans les deux sens. » qu'elle répond d'un ton posé. « Sauf si... tu avais une autre idée en tête ? » Elle hausse les sourcils, comme dans l'attente d'une réponse puis, l'air de rien, elle détourne les yeux pour fouiller dans sa bourse et déposer à son tour des fleurons devant elle. Elle n'est pourtant pas la première quand il s'agit de parier bêtement sa solde dans une partie de cartes, et encore moins lorsqu'il s'agit de bluff. Mais il faut bien savoir se détendre de temps en temps et elle sait qu'à ce jeu au moins, il y a autre chose que de la simple chance. Ca ne l'empêche pas d'adresser ses pensées à Omen, l'espace d'un instant ; elle n'a aucun désir de perdre la face.

« Bon cette partie ? » La voix rauque du cartographe lui fait relever les yeux. Comme il a l'air sérieux, avec cet air concentré et ce regard décidé. Il détonne dans ce paysage de pirates avinés, au visage rouge et aux yeux vitreux. Et alors que leurs voix éclatent autour d'eux à chaque parole, celle de Sicq reste basse et mesurée. Les pensées d'Ilse se troublent un instant mais elle en sort bien vite pour se redresser sur sa chaise. « Puisque t'es si pressé d'te faire humilier... » Et elle pose la première carte.

La partie démarre tranquillement. Les joueurs se jaugent encore, bien que certains de leurs camarades aient un peu trop bu pour véritablement avoir de stratégie. Ils ont néanmoins l'habitude de jouer en buvant – ou l'inverse – et ils n'en sont pas moins de bons adversaires. Mais à mesure que les minutes avancent, il semblerait que le jeu devienne plus tendu. Quand le joueur à sa droite avance les mains pour prendre la levée, Ilse l'arrête d'un geste en attrapant son poignet. « Eh là, pas si vite, c'pas à toi celle-là. C'est l'Qoraïch qu'a coupé. » Même si ça lui fait mal de le dire, puisqu'il s'empare d'une de ses cartes les plus hautes. Un peu renfrognée, elle lui cède cette main et demande : « Le premier à trois ? » Trois victoires. Trois manches. Cette partie est serrée, mais si pas un hasard fortuit il venait à gagner du premier coup, elle en serait certainement vexée, la fière Outreventoise. Et sur ces mots, elle suit ses camarades et pose la dernière carte de cette manche.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Dim 26 Fév - 17:03

« Sauf si... tu avais une autre idée en tête ? » Je relève les yeux, la fixe, baisse les yeux vers mes cartes, soudainement fasciné par mon jeu, avant de relever la tête une nouvelle fois. « Je… Ouais, m’enfin. On verra. » Je ne suis pas fainéant, je n’ai jamais mordu à la tentation de refiler mes quarts ou mes corvées à un autre ; c’est ça aussi, la liberté du pirate. Chacun fait sa part. Que pourrais-je vouloir d’autre de la canonnière, sinon son respect et ses fleurons ? Je me renfrogne et dévie mon attention sur les autres participants, prêt à leur mettre la raclée de leur vie. J’ai une bourse à sauver et une réputation à dépoussiérer.

La provocation est de bon ton au début d’une partie de cartes, alors je me contente d’une moue dédaigneuse et accueille d’un haussement de sourcils la première carte posée, comme si cet acte signifiait déjà quelque chose. Les premières levées déterminent rarement le cours d’une partie, surtout dans un endroit comme Lorgol, où se retrouvent toutes les règles, toutes les habitudes de jeux, tous les excès. Alors je tente de rester concentré sur les cartes, uniquement les cartes, grommelle plus souvent qu’à mon tour quand un adversaire coupe et reste sourd aux quolibets d’inconnus sur le contenu de ma tasse. « Eh là, pas si vite, c'pas à toi celle-là. C'est l'Qoraïch qu'a coupé. » J’ouvre les yeux un peu plus grand, et étale les cartes de la main pour vérifier l’erreur, qui m’est si stupidement passée sous le nez. « J’voulais voir si t’étais attentive. » La justification est pauvre, tellement bardée de mauvaise foi que j’aurais presque pu en être gêné, mais je préfère me redresser, jetant un regard farouche et dissuasif envers le malotru qui a essayé de faire main basse sur mes cartes. « Le premier à trois ? » La voix d’Ilse finit de me secouer et de me faire réaliser que je ne suis pas aussi combattif que je peux l’être. Prudent, je fais mentalement le résumé des levées remportées par chacun des participants, avant d’acquiescer d’un hochement de tête.

Je ronchonne, une fois n’est pas coutume, à peine la dernière levée entamée, avant de pousser avec un soupir ma dernière carte, d’un point seulement plus faible que celle de la canonnière. « Et d’un pour la d’moiselle » fais-je, lui reconnaissant la victoire de la première manche, tandis que je pousse mes cartes vers le joueur à sa droite, donneur désigné. Un sourire m’échappe pour une seconde, amusé par sa fierté et sa droiture, si ancrée qu’elle se ressent même dans une soirée si légère, pour une activité aussi banale qu’une partie de cartes. Malgré sa jeunesse, elle tient son rôle sur l’Audacia avec une main de fer et un sérieux que j’apprécie plus à sa juste valeur, sans doute, que d’autres de ses qualités. Et je jette une carte sur la table, réalisant le gâchis alors qu’elle s’échappe du contact de mes doigts, et considère avec un agacement évident cet as coupé par l’atout déjà joué. Je soupire, tout en me laissant retomber contre le dossier de ma chaise, comme si j’étais à l’aise, comme si les coups d’oeils étonnés de la tablée ne me faisait rien. « Faudrait pas qu’ça d’vienne trop facile voyez. » Et à nouveau, je regarde droit devant moi, niant ostensiblement une certaine paire d’yeux verts.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Dim 19 Mar - 3:19

« J’voulais voir si t’étais attentive. » Bien sûr, semble dire son regard avec la plus grande ironie. Il paraît un peu distrait, comme perdu dans ses songes. Il est pourtant bien plus compétitif d'ordinaire, non ? Elle fronce un instant les sourcils, surprise par sa participation étourdie, mais ne fait aucune commentaire, se contentant de poser ses cartes les unes après les autres d'un geste assuré, l'air de savoir ce qu'elle fait. Et il faut croire que ça paie, puisque c'est elle qui rafle la mise.

« Et d’un pour la d’moiselle » Son sourire satisfait s'accentue, pour le seul plaisir de provoquer un peu plus. À ses côtés, sa camarade bat les cartes tout en laissant échapper quelques commentaires sur la partie jouée qui en font rire certains mais qui la laissent de marbre. Son regard vogue sur les clients bruyants de la taverne, puis sur ses compagnons de tablée, et enfin sur le cartographe à l'air sérieux dont les yeux sont momentanément fixés sur ses cartes. Mais au moment de jouer, il fait pourtant une erreur qui récolte exclamations et sifflements.

« Faudrait pas qu’ça d’vienne trop facile voyez. » Un sourire en coin fend les lèvres de la canonnière. « Personne t'a d'mandé d'nous ménager. » réplique-t-elle, espiègle, avant de prendre la première main. « Mais si tu continues comme ça, autant m'donner l'contenu de ta bourse tout d'suite, ça t'évitera une belle humiliation. » continue-t-elle, cherchant encore et encore la réaction, prenant plaisir à voir la lueur de défi qui s'éveille dans le regard sombre du pirate, en réponse à celle, flamboyante, au creu de ses propres prunelles. Et comme prévu, il ne la ménage pas, au point qu'il domine cette manche avec une longueur d'avance un peu trop conséquente à son goût.

À leur table, une nouvelle tournée de bières arrive et on lui tend une chope qu'elle refuse poliment. Elle pince les lèvres en regardant Sicq s'emparer des pièces étalées devant eux tandis qu'un mousse redistribue les cartes. Un point de chaque côté, c'est la partie qui va les départager. L'esprit de compétition de l'Outreventoise s'éveille un peu plus, s'enflamme même, alors qu'elle saisit ses cartes une à une, le regard déterminé. Elle ne veut pas perdre la face, et surtout pas devant lui. Ca semble stupide, et malgré tout, ça l'incite à tout donner pour y parvenir. Elle pourrait se demander pourquoi ça lui tient tant à coeur, mais les paroles d'Eric, lors d'une soirée arrosée, lui reviennent et manquent de faire monter le rouge à ses joues déjà bien colorées par la chaleur ambiante des lieux. Son camarade ne manque jamais une occasion de l'asticoter à ce sujet – sans aucune discrétion qui plus est – et elle est bien soulagée de savoir qu'il n'est pas présent ce soir. Pas uniquement parce qu'il aurait encore fait de nombreux sous-entendus peu subtils. Cette pensée la trouble un instant mais elle la chasse vite alors que la première levée se fait. Puis ils sont interrompus par un tumulte inattendu.

Au coeur de la Taverne de la Rose, il n'est pas rare d'assister à quelques échauffourées entre clients avinés et autres rustres au sang chaud. La plupart du temps, c'est bon enfant, et les coups portés ne sont qu'anecdotiques. Mais de temps à autres, les égos froissés font ressortir l'agressivité des résidents de la Ville Basse. Et tout cela, c'est très souvent contagieux.

Alors quand deux hommes passent soudainement des insultes aux poings, à une table éloignée, d'autres se joignent à eux pour aider l'un ou l'autre des protagonistes. Lentement, la querelle s'étend et c'est une bonne partie de la salle qui se met à donner de la voix ou à abattre poings, pieds, genoux et coudes pour mieux participer. Ceux qui ne se sentent pas l'âme d'un combattant restent à l'écart, prenant les paris en hurlant joyeusement des encouragements à ceux qui se roulent sur les tables ou sur le sol. Ilse s'est levée au moment où ça a commencé à dégénérer ; de toute manière, certains de ses compagnons sont désormais trop occupés à admirer le spectacle pour se concentrer sur une partie de cartes. Un peu agacée, la canonnière ramasse les fleurons qu'elle a gagnés et les range dans sa poche. « On s'fait la belle une autre fois ? » demande-t-elle, alors que son regard semble clairement ne pas lui laisser le choix.

Au même moment, deux hommes manquent de lui rentrer dedans et elle les évite de peu. Un soupir s'échappe de ses lèvres ; elle n'est pas vraiment d'humeur à ces idioties. Alors elle se retourne, récupère son manteau un peu plus loin et sort au coeur des rafales de neige. Abritée du vent par les bâtisses qui les entourent, elle n'en ressent pas moins le froid mordant de cette nuit glacée, agitée par la tempête. Malgré tout, l'air frais lui fait du bien, après l'atmosphère confinée, enivrée et trop peuplée de la taverne.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Dim 2 Avr - 12:31

Le trouble disparaît sous l’ego qui enfin, s’éveille. Je me redresse et répond au regard provocateur d’Ilse avec une carte battue sur la table avec fermeté et détermination, sans éviter ses yeux cette fois. L’appât du gain fait enfin son entrée dans cette partie, et après quelques dérapages sentimentaux que je nierais sans doute avec ferveur si quiconque venait à les évoquer, je redeviens le pirate ronchon et sec que tous connaissent ici. La canonnière n’est plus qu’une adversaire parmi d’autres, une bourse qui me tend des bras accueillants. Les lèvres pincées, concentré sur les cartes, je me sens bouillir à force que l’écart se creuse et je ne peux retenir une exclamation satisfaite quand, tout ensemble m’arrive le ravitaillement et la victoire. L’enthousiasme n’est néanmoins que de courte durée, car entre toutes les boissons uniquement alcoolisées à l’odeur qui, encore, me soulèvent le cœur et la partie qui se fait d’autant plus farouche, je ne peux que me renfrogner, taciturne et vindicatif, face aux stratégies de mes pairs.

Je sursaute à peine lorsque la bagarre éclate. Agacé et frustré par cette interruption impromptue, j’observe les belligérants d’un œil torve, espérant vainement que leur querelle n’atteigne pas notre table. A Lorgol, comme dans beaucoup de tavernes du monde, ce n’est pas vraiment l’esprit qui guide la résolution des disputes. Un coup se perd et lance de nouveaux protagonistes dans cette danse brutale, les uns interviennent pour défendre leurs camarades, les autres en profitent pour asséner quelques bons coups de poings à leurs antagonistes, trop contents de se voir servis une excuse pour ramener sur le devant de la scène d’anciens différends, ou peut-être simplement de se fondre dans la masse pour apaiser des sangs qui, au cœur de l’hivernage et en manque d’action, bouillait un peu trop. Je n’ai pas peur de me battre, mais je n’y prends pas plaisir, peut-être parce que je n’ai jamais été assez saoul pour frapper sans me poser de questions. Je ne suis jamais non plus de ceux qui encouragent et chauffent les esprits, étranger aussi à cette débauche étrangement joyeuse qui n’a jamais vraiment réussi à m’atteindre. Dans cette atmosphère-là plus que jamais, je suis un étranger à ce monde dans lequel je vogue depuis tant d’années pourtant. « On s'fait la belle une autre fois ? » Je réalise que je m’étais déjà levé, et j’acquiesce d’un hochement de tête. Je n’oublierais pas.

La situation dérape rapidement. Ilse s’éclipse. Comme un pantin je reste là, à quelques mètres de ce qui fut notre table, évitant quelques accrochages d’un mouvement réflexe. Les yeux fixés sur la porte, j’hésite à la suivre, car je ne parviens toujours pas à démêler cette interrogation qui, lancinante, frappait aux portes de ma conscience. Avais-je été un remplacement, un compagnon par défaut, dans une taverne remplie de marins avinés où je faisais office de seule conversation valable ? Ou était-ce vraiment ma compagnie que, pour une fois, la jeune femme était venue quérir ? Après de longues secondes, ou peut-être quelques courtes minutes – qui savait vraiment en juger, à Lorgol ? – je me décide à jeter ma cape sur mes épaules et à retrouver, moi aussi, le calme relatif de la nuit.

« Ilse ? » J’appelle à mi-voix, ébloui par les ténèbres qui tranchent si nettement avec les lueurs flamboyantes de la taverne. Je fais quelques pas, le temps que mes yeux s’accoutument, balayant la rue à la recherche de ma camarade, sans savoir ce que je devrais ou pourrais lui dire pour marquer un épilogue à cette soirée. Je resserre l’épais tissu autour de ma gorge, repoussant visiblement le moment où il me faudrait reprendre la parole avant que la situation ne devienne véritablement étrange. Finalement, accompagné d’un haussement d’épaules, je ne trouve rien d’autre à lâcher qu’un « Ça m’a fait plaisir d’battre les cartes cont’toi. C’est qu’tes une adversaire redoutable, ça change un peu des pochtrons qu’on trouve parfois traîner ici. » Un sourire grimaçant accompagne les mots maladroits, toujours bredouillés à mi-voix, entre gêne bourrue et ronchonnement.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Mer 5 Avr - 3:10

L'air frais de la nuit apaise un peu l'esprit de la canonnière qui, décidément, peine encore à apprécier les endroits bondés, particulièrement lorsque les personnes présentes sont avinées. Le besoin de s'isoler un peu s'est rapidement fait sentir, plus encore quand cette querelle a éclaté, donnant à la fois le signal qu'il était temps de s'éclipser tout en constituant une bonne excuse. La grossesse ne l'aide pas non plus, il faut bien l'admettre. Il suffit de peu pour qu'elle se sente un peu trop étouffer au coeur d'une foule et cernée de tant de bruit, d'activités. D'ordinaire, elle peut faire abstraction. Cette fois pourtant, elle accueille le froid de la nuit avec plaisir.

Adossée contre le mur, emmitouflée dans sa cape, elle aperçoit un rai de lumière fendre la neige amassée à l'entrée de la Taverne, puis entend une voix à travers le sifflement du vent. « Ilse ? » Serait-ce... Sicq ? « Par ici. » répond-elle, un peu interloquée, il est vrai. Au creux de sa paume, elle fait apparaître une petite flamme pour le guider mais également pour faire naître un petit foyer de chaleur, plus pour le cartographe que pour elle-même. Elle est de l'Été, le feu parcourt ses veines, il est rare qu'elle ait véritablement froid.

Lorsqu'il parvient à sa hauteur, Ilse relève les yeux vers son visage, éclairé par la flamme dansante. « Ça m’a fait plaisir d’battre les cartes cont’toi. C’est qu’tes une adversaire redoutable, ça change un peu des pochtrons qu’on trouve parfois traîner ici. » Oh. Elle ne s'attendait pas vraiment à... ça. Les paroles, prononcées sur son habituel ton bourru, la prennent quelque peu au dépourvu, au point qu'elle sent un peu de chaleur monter à ses joues. Ce doit être à cause de la flamme oui, tout simplement. Juste la flamme. « Serait-ce un compliment ? » demande-t-elle, un peu espiègle, le taquinant pour chasser le bref embarras qui s'est emparé d'elle sans crier gare. C'est qu'il est ronchon le cartographe, et peu loquace. Alors l'entendre faire des compliments à ses camarades, ça reste plutôt inattendu. Et elle n'est pas mécontente, la canonnière.

« C'était une bonne partie, oui. Ca change d'avoir un adversaire qui suit les règles. » déclare-t-elle alors, à son tour sans avoir besoin de préciser plus avant. Elle apprécie ses camarades mais... ce sont des pirates après tout, et tous les coups sont permis. Au grand dam de l'Outreventoise encore très rattachée au sens de l'honneur, même dans une simple partie de cartes. C'est tellement plus gratifiant de gagner lorsqu'on le fait dans les règles de l'art. « T'as pas trop mal joué, on r'met ça quand tu veux. » ajoute-t-elle, la voix à peine plus élevée que les assauts du vent. C'est qu'ils doivent encore se départager n'est-ce pas ? « Il doit t'rester quelques fleurons que j'ai pas encore réussi à amasser. » Elle provoque encore. Toujours. Et ses yeux observent attentivement le visage de l'Erebien, la peau mâte marquée par les voyages en mer comme dans le désert, le tatouage à peine visible à sa tempe, dans l'obscurité. Beaucoup de pirates arborent de tels dessins sur leur corps, mais Ilse n'en a encore pas décelé l'attrait. « Il signifie quoi, celui-là ? » demande-t-elle alors, indiquant la tempe, une certaine curiosité dans la voix.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Mer 5 Avr - 23:42

Le temps de quelques secondes, je couve du regard la flamme dansant au creux de sa paume. Je ne suis pas surpris par la démonstration, non, mais bien par la quiétude que provoque en moi cette vision, lointain écho à la fascination dévorante que j’avais ressentie lors de mes premiers vrais contacts avec la magie à La Volte. Réalisant que ce souvenir encore haut en couleur datait de plus de vingt ans, je sens presque physiquement les années me tomber sur les épaules et je me rattache à la présence de cette flammèche pour tromper la sensation glacée qui me pique le visage. « Serait-ce un compliment ? » Je relève le regard vers Ilse, les traits dépourvus d’expression, avant de hausser une nouvelle fois les épaules. Qu’elle en fasse ce qu’elle veut de son interprétation. Les mots ne sont que des mots, et ils ne veulent rien dire de plus que ce qu’ils veulent dire. J’apprécie sa force et sa droiture, et si cela ne lui suffit pas encore pour en avoir confirmation, je ne m’aventurerais pas à le préciser.

En revanche, je hoche la tête et souris vaguement pour marquer mon approbation lorsqu’elle évoque la tenue aux règles. Je ne triche que lorsque mes adversaires trichent – je ne suis pas assez droit pour me laisser plumer persuadé que j’y ai préservé mon honneur – mais je sais aussi apprécier une partie dans les règles, dépourvue de disputes et de rebondissements centrés sur les pinailleries. « Ouais, on s’trouvera bien un quart calme qu’faudra occuper. Mais j’srais pas si sure que ça à ta place, avec tout ceux des tiens que j’tai saisi, pas sur que t’ai gagné quoi qu’soit au final. » Les comptes étaient restés bien loin de mes préoccupations pendant la partie, même si je me serais pendu plus tôt que de l’avouer devant elle. Néanmoins, je n’étais pas trop mal sur de moi sur la question, toute bonne joueuse qu’elle était, il était impossible qu’elle ait réussi à sécher ma bourse plus que je n’avais dérobé de la sienne. Ce n’en était qu’une raison supplémentaire pour remettre la mise en jeu et définir pour de bon lequel de nous deux était le vainqueur.

« Il signifie quoi, celui-là ? »  Le changement de sujet me désarçonne un peu et j’observe son doigt pointé pendant un temps, comme si je ne comprenais pas à quoi elle faisait référence. La question a quelque chose de brutal dans toute sa désinvolture, tout en étant si bordée de naïveté que je ne parviens pas à en vouloir à la canonnière de sauter à pieds joints dans un passé si lointain qu’il en est devenu délicat. Involontairement, je recule d’un pas, les yeux sautant de son visage indistinct dans la pénombre tremblotante à la flammèche envoutante qui crépite toujours au creux de sa main. « Hmpf. » J'ai presque perdu tous souvenirs de Cibella, noyés dans les brumes du temps. La première journée à La Volte, pourtant, me revient parfois en mémoire pleine de sons et de couleurs, fantasque et brillante. La différence avec l'atmosphère aride et pragmatique d'Erebor a laissé en moi une trace indélébile, plus forte encore que le dessin qui orne ma tempe. Je croise les bras contre mon torse. « C’est cqu’on fait quand on a dix sept ans et qu’on s’fait fasciner par la magie. » Je ne regrettais pas l’hommage que j’avais choisi de rendre à Aura, simplement l’endroit que j’avais choisi de lui consacrer. Malgré les mèches folles, la flamme était voyante, attirait le regard souvent le regard et les questions. Il n’était pas excellent pour la réputation d’un pirate ibéen d’avouer un ravissement enfantin devant les manifestations de la magie. Parmi tous mes camarades, Ilse ne semblait néanmoins pas être le pire choix pour confier cet aveu. S’il était un pirate sur l’Audacia capable de comprendre, n’était-ce pas justement celle qui se tenait là, le feu dans la main ? « M’suis trainé dans un peu tout l’nord, avant de d’vnir pirate. » L’ajout sonnait presque comme une justification, une tentative de se détacher d’un aveu trop doux pour l’image amère et taciturne à laquelle tous s’était accoutumé. Une nouvelle fois, je hausse les épaules et me détourne pour observer la rue vide. Déserte et sans intérêt. Dès lors, facile à affronter.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Jeu 6 Avr - 1:47

« Ouais, on s’trouvera bien un quart calme qu’faudra occuper. Mais j’srais pas si sure que ça à ta place, avec tout ceux des tiens que j’tai saisi, pas sur que t’ai gagné quoi qu’soit au final. » Ilse lui lance un regard entre défi et amusement, ravie de savoir que l'idée lui plaît. Alors elle retient et elle n'hésitera pas à lui rappeler cette soirée, durant un quart un peu trop morne, afin de réclamer son dû. C'est qu'elle a sa fierté, la canonnière, et elle serait fort satisfaite de plumer un autre de ses camarades uniquement pour cette raison, contrairement à ceux qui le font par appât du gain. Et aussi pour l'entendre un peu râler, il est vrai.

À la simple lueur de la flamme, elle observe le cartographe, un peu perturbée par ce tête à tête inattendu au coeur du blizzard. D'ordinaire, lorsqu'ils discutent, il y a tout un équipage qui babille autour d'eux ou la clientèle d'une taverne bruyante et chaleureuse. S'ils se parlent, c'est au coeur d'une conversation incluant d'autres pirates et il lui semble bien n'avoir encore jamais été tout à fait seule avec lui. Pour peu, elle pourrait s'en sentir embarrassée, la pirate, si elle n'avait pas éprouvé une certaine fascination face à cet homme taciturne dont elle ne sait rien, puisqu'il révèle si peu de lui. C'est la beauté d'être sur un navire pirate ; on peut se créer sa propre vie et laisser le passé derrière soi sans que ça ne gêne personne. Tous ont fui quelque chose ou poursuivi un rêve quelconque qui les a menés jusqu'à l'Audacia. Et pourtant, malgré cela, Sicq porte une partie de cette vie passée sur son corps, comme le font bon nombre d'Erebiens. C'est probablement ça, qui l'intrigue le plus, alors qu'elle pose sa question.

Il paraît pris au dépourvu. C'est qu'elle ne prend pas de gants, Ilse, quand elle demande les choses. Elle n'a pas pour habitude d'enrober ses paroles de miel, comme ces satanés Lagrans, incapables de dire les choses telles qu'elles le sont. Et elle est vraiment curieuse, la canonnière. Devant l'hésitation du cartographe, elle songe à lui dire d'oublier, elle songe à ne pas insister, mais contre toute attente il finit par lui donner une explication. « C’est cqu’on fait quand on a dix sept ans et qu’on s’fait fasciner par la magie. » « Oh. » L'exclamation retentit, sans qu'elle ne puisse la retenir, un peu surprise par l'explication. Un Ibéen, fasciné par la magie. Ca peut se comprendre après tout et elle n'est certainement pas en reste, malgré ses origines faës, elle qui tient cette flamme au creux de sa main, qui en ressent sa chaleur sans en sentir la brûlure. « M’suis trainé dans un peu tout l’nord, avant de d’vnir pirate. » Elle tente d'imaginer ce qu'a pu être sa vie, avant qu'il ne rejoigne son premier équipage. Le mystère reste entier, comme pour tous ceux qu'elle côtoie au quotidien, et elle-même n'a révélé qu'à de très rares personnes ce qu'elle a pu être avant de prendre la mer à l'âge de quinze ans.

Sicq se détourne et elle se doute qu'il ne veut pas s'étendre plus que cela sur le sujet. « Désolée, j'voulais pas être indiscrète. » qu'elle déclare d'une voix plus douce. « C'est que... j'ai jamais vraiment compris l'intérêt de graver éternellement quelque chose sur ma peau. » Encore moins son histoire, prête à être déchiffrée par le premier venu. Non, elle ne comprend pas, mais elle ne juge pas non plus et admire parfois la beauté de certains de ces dessins que ses camarades arborent. Ceux d'Eric par exemple, qu'elle commence à bien connaître désormais. Mais cette pensée est bien vite balayée par de nouvelles paroles. « Ou alors j'ai pas encore trouvé une raison suffisante d'le faire. » Un petit sourire vient fendre ses lèvres. Oui, qui sait, peut-être qu'un jour, quelque chose la fera changer d'avis.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Dim 9 Avr - 22:08

L’exclamation étonnée manquerait de me faire sourire, mais je sens une partie de la tension, nourrie de la situation, nouée dans mes entrailles, qui s’envolent un peu. Mon regard doit s’adoucir, mais je préfère le garder tourné vers la rue quelques secondes encore, pour être certain d’avoir retrouvé la prise sur moi-même. Au fond, je parle souvent de mes tatouages. Je mens, souvent. Mais j’aime leur inventer une autre histoire, une autre signification, des détails que j’aurais aimé vivre ou auxquels j’aurais aimé penser, quand je n’étais qu’un gamin. À Lorgol, toutes les histoires étaient bonnes, pour autant qu’on ne s’ennuie pas avant la fin, car c’était souvent ça, le but de demander aux autres d’où ils venaient, et pourquoi ils étaient là. C’était pas pour connaître la vérité, ou se découvrir vraiment, plutôt pour créer un lien unique et surtout, pour tuer le temps. Pourtant, je n’ai ressenti ni le besoin, ni l’envie de mentir à Ilse.

« Désolée, j'voulais pas être indiscrète. » Je lui fais face à nouveau, comme si ce simple geste suffisait à la dédouaner, lui signifier que je ne lui en voulais pas. La tradition érébienne était bien mal connue, si loin du désert, comment aurait-elle pu comprendre ? Bien sur, presque tous savaient que ces gars à la peau tannée et tracée de symboles étranges venaient d’Erebor, mais c’était là le détail le plus insignifiant de leur héritage. Ce n’était pas le lieu, l’important, c’était la vie qu’on y menait.  « C'est que... j'ai jamais vraiment compris l'intérêt de graver éternellement quelque chose sur ma peau. » Je hoche la tête. « J’crois qu’il faut être un peu érébien pour comprendre. » Je me tais, choisi mes mots pour poursuivre.  « Ou alors j'ai pas encore trouvé une raison suffisante d'le faire. » Je me fais prendre de court par la canonnière et ses paroles m’arrachent un sourire. L’un de ceux, rares et vrais, qui portent la chaleur du désert et des souvenirs, la douceur de l’adolescent que j’ai été, et la nostalgie de ma terre brûlante, des enfants qui chantent autour des danseuses, de l’alcool de datte qui me remue le cœur mais que je ne peux m’empêcher de respirer à plein poumons lorsque chaque année, je retrouve les miens. « On s’tatoue jamais quelque chose sur la peau. On garde avec soi un souvenir, une personne. Une valeur. Un bout d’soi qu’on a peur d’perdre. » Je songe un instant à ceux, si ridicules pour moi, qui songent à la beauté de la symbolique. « J’ai pas b’soin qu’ils soient beaux, ou qu’ils plaisent aux autres. On tatoue ce qu’on perdra jamais, même si ptet que dans dix ans, t’aurais voulu l’oublier. » Son âme.

Sans savoir pourquoi, je relève de quelques centimètres la manche sur mon poignet droit pour offrir à la lueur de la flamme l’oeil qui y est dessiné. « C’est l’oeil de Rhéa.. » Je l’observe moi-même un instant, bien que là où il se trouve, je le connaisse par cœur. Le trait irrégulier, ses imperfections, qui se mariait en un ensemble qui faisait sens. Comme l’équipage, en quelque sorte, si efficace, et parfois, si agaçant. Les commentaires, les rumeurs. La triche aux cartes. «  Peu importe c’qui s’passe, si vous m’jetez par dessus bord, ou que j’passe ailleurs, elle est là. J’resterais de l’Audacia, tu vois. » Je laisse retomber le tissu sur le tatouage, le dérobant au regard comme pour mieux taire la symbolique plus profonde, ce qui pendant tant d’années avait poussé mes pas. Je mourrais pirate de l’Audacia, et je le ressentais presque comme un devoir accompli, une raison suffisante pour mourir. Tôt ou tard. Dans la rue derrière nous, un chien errant fait basculer un tonneau vide, et le bruit me fait sursauter, et je me renfrogne à nouveau, détaillant à nouveau la ruelle, soupçonneux. « T’frais sans doute mieux d’rentrer. »

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Dim 16 Avr - 13:43

« J’crois qu’il faut être un peu érébien pour comprendre. » Peut-être. Et pourtant, nombreux sont les pirates à arborer dessins, symboles et arabesques sur leur peau, pour des raisons aussi diverses qu'incompréhensibles pour la canonnière, comme elle le fait si bien remarquer. Une remarque qui fait naître un sourire sur le visage du cartographe, de ceux qui se font rares et que l'on pense impossibles. Ses lèvres esquissent à leur tour un mince sourire, écho du sien, instant complice à la faible lueur de la flamme qui danse encore sous les assauts du vent.

« On s’tatoue jamais quelque chose sur la peau. On garde avec soi un souvenir, une personne. Une valeur. Un bout d’soi qu’on a peur d’perdre. » Elle fronce un instant les sourcils, un peu perplexe, intriguée parce ce qui lui est encore inaccessible. Voilà une façon de voir les choses qu'elle n'avait encore jamais envisagée, décelant sous cette encre noire des symboles hors de portée de sa compréhension. Mais y a-t-il réellement besoin de porter un souvenir sur soi, pour ne pas le perdre ? « J’ai pas b’soin qu’ils soient beaux, ou qu’ils plaisent aux autres. On tatoue ce qu’on perdra jamais, même si ptet que dans dix ans, t’aurais voulu l’oublier. » Les explications de Sicq font doucement leur chemin dans l'esprit de la canonnière, comme si une nouvelle lumière venait éclairer cet aspect de sa vie qu'elle ne serait jamais parvenue à déchiffrer autrement. Il y a quelque chose de très poétique sous l'aspect banal et concret de ces quelques dessins parcourant la peau. Des échos d'un peuple barbare dont elle ne sait rien. Et maintenant qu'elle y songe, elle n'a jamais mis les pieds en Erebor ; elle n'a jamais eu de raison de le faire. Enfant d'Outrevent, née sur les falaises, l'océan à perte de vue et le vent dans les cheveux... qu'irait-elle faire en plein milieu du désert ? Ilse, ça fait plus de quinze ans qu'elle ne vit que pour la mer et sa vie est sur l'Audacia, nulle part ailleurs.

Son regard se pose sur le poignet révélé de Sicq, un peu surprise par le geste. S'approchant un peu plus à la lueur de la flamme, afin de mieux voir le symbole, elle observe attentivement l'encre noire à jamais aposée sur l'épiderme hâlé. « C’est l’oeil de Rhéa.. » Intriguée, elle relève les yeux vers le visage du cartographe avant de les poser à nouveau sur le tatouage. «  Peu importe c’qui s’passe, si vous m’jetez par dessus bord, ou que j’passe ailleurs, elle est là. J’resterais de l’Audacia, tu vois. » Un mince sourire flotte sur les lèvres de la canonnière et quand il laisse retomber sa manche, elle pose sur lui un regard nouveau, touchée par la loyauté d'un homme qui n'est pourtant pas avec eux depuis longtemps. « J'crois qu'je vois, oui. » répond-elle dans un murmure, encore un peu indécise au sujet de ces tatouages, mais désormais un peu moins ignorante, peut-être. Un peu troublée peut-être aussi, de voir ainsi se dévoiler un pan de la vie de l'Erebien.

Un bruit soudain les fait tous les deux sursauter et la silhouette d'un chien disparaît au détour d'une ruelle. « T’frais sans doute mieux d’rentrer. » Ilse fronce les sourcils, les yeux levés vers le visage renfrogné. « J'suis une grande fille tu sais, j'peux prendre soin d'moi. » répond-elle peut-être un peu trop brusquement à ce conseil dont elle n'a nullement besoin. Il ne sous-entendait certainement pas le contraire, mais la fierté de la pirate se retrouve rapidement mise en porte-à-faux et les hormones n'y sont peut-être pas pour rien dans ses réactions depuis quelques temps. Ca et possiblement quelques mauvais souvenirs datant du tournoi, où elle n'a pas réellement brillé pour ses talents de survie. Alors Ilse se reprend un peu, son regard éternellement sérieux posé sur celui de l'Erebien. « A moins qu'tu commences à avoir froid ? J'ai pas très envie d'me remêler à la foule, mais si tu veux r'tourner te réchauffer... » Oui, l'ambiance y est chaleureuse, mais un peu trop étouffante pour la canonnière qui ne parvenait décidément pas à se mettre dans l'ambiance festive de la soirée, jusqu'à cette partie de carte divertissante. Elle ne réalise réellement le possible double-sens de sa phrase que trop tard, mais elle fait mine de rien, gardant son aplomb, en digne Outreventoise qu'elle est. Et peut-être que ça ne la dérangerait pas tellement, qu'il saisisse la proposition au vol, même involontaire. Peut-être...

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Lun 24 Avr - 21:02

Étrangement, je me sens presque essoufflé d’avoir tant parlé, de moi et de choses qui me sont si personnelles. C’est rare, et je ne sais si ça me ravi ou si je m’en sens mal à l’aise. Probablement un peu des deux, alors que les mots coulent presque naturellement de ma bouche pour envelopper Ilse d’un voile d’incompréhension que je détaille sans peine sur son visage. Je ne sais si tout ce que je raconte est vraiment étrange. Pour moi, ce n’est rien de plus que ma culture et mon quotidien, à la fois précieux et banal. Son silence fait cependant naître la tension, je me trouve à craindre l’incompréhension ou le rire peut-être, ou pire encore, une moue un peu hautaine et désintéressée, comme si cette conversation n’aurait jamais du être.

« J'crois qu'je vois, oui. »  Je l’interroge du regard, inquiet de savoir si elle comprend vraiment, ou souhaite comprendre, ou si ce n’est qu’une manière de me faire taire, ou de me satisfaire. Je n’ai aucune idée de ce qui se trame derrière ses pupilles, des questions qu’elle se pose, ou des conclusions qu’elle tire sur mes confessions et sur le monde d’où je viens. Et, soudainement, comme une huître je me referme, fait disparaître le tatouage et les expériences qui ont modelé le prisme si particulier qui façonne ma vision des choses. Les mots m’échappent trop vite, avant que je ne puisse vraiment les réfléchir, comme si ma seule volonté dans cette ruelle sombre, c’était de la pousser à s’échapper parce que je suis trop fier pour le faire moi-même, bien qu’une partie ne brûle que de me détourner sans un regard par dessus mon épaule.

Je ne cille pas sous la brusquerie de sa réponse, plus surpris par ma propre remarque que par sa réaction, somme toute attendue. J’entrouvre les lèvres, mais me ravise. Je n’ai rien à dire, pas de réflexion cynique, comme si la verve s’était glacée dans l’air hivernal. Tous les pirates, toutes les personnes en route à Lorgol à cette heure tardive, étaient capables de prendre soin d’eux. Par-ci, par-là, il leur arrivait à tous pourtant une broutille, mais peut-être arriverait-ce à moins, le vieux, avant elle, l’enceinte, si Omen le voulait. Je soutiens son regard, attend son verdict, sans même plus savoir si je souhaitais désormais m’isoler ou continuer cet échange étrange et probablement unique.  « A moins qu'tu commences à avoir froid ? J'ai pas très envie d'me remêler à la foule, mais si tu veux r'tourner te réchauffer... »  Je me redresse un brin, soudainement perplexe et l’interroge du regard, incertain de lire juste dans ses mots, mais je hoche simplement la tête de droite à gauche. « Bah tu sais, moi et les tavernes… L’arrive un point où sont tous trop saouls pour moi. » D’habitude, je m’éclipse en silence, sans questions, sans que personne ne le remarque même vraiment, pour m’échapper dans les rues de la Ville Basse et retourner jouer ailleurs, trouver une compagnie de quelques heures ou retourner sur l’Audacia profiter du calme d’un bâtiment déserté sous la houle. « Marchons un peu, au moins. L’est jolie ta flammèche, mais ça suffit pas pour d’vieux os. » Je me détourne avec un mince sourire, comme pour la laisser douter de l’existence d’un sous-entendu, du retour des piques et du défi.

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Message Sujet: Re: Au cœur du blizzard   Mer 3 Mai - 21:24

Depuis l'arrivée de Sicq sur l'Audacia, il lui semble ne jamais l'avoir autant entendu parler, surtout à son sujet. Il est l'un de ces rares éléments discrets de l'équipage, ombre efficace qui fait son travail sans faire de vagues, qui se mêle aux autres sans pour autant se livrer. Et ils sont nombreux ceux qui aiment se mettre en avant et parler jusqu'à ce qu'on n'en puisse plus ; quelques mots à leur intention et ils s'élancent à corps perdu dans un récit interminable. L'Erebien a dû le comprendre, comme elle l'a compris également autrefois. Ilse n'est pas bien bavarde mais elle aime écouter et observer, elle aime avoir une vue d'ensemble et absorber cette vie unique qu'ils partagent tous sur la vivenef. Et puis elle aime avoir un aperçu du passé de ses camarades, ce qu'ils veulent bien en dire du moins, ce qu'ils laissent entendre par bribes. Peut-être s'agit-il de vies inventées, peut-être que certains mentent, mais elle s'en moque bien, la canonnière. Ce qu'ils ont fait avant de rejoindre l'Audacia n'est pas important. C'est ce qu'ils sont désormais qui l'intéresse.

Mais Sicq... il est intriguant, par ses silences et sa discrétion. Par son origine bien particulière pour un pirate aussi ; comment un enfant des dunes en est-il venu à voguer au nom de Messaïon ? Le mystère reste entier pour l'Outreventoise qui est née avec le goût du sel sur les lèvres et la mer à perte de vue. L'horizon s'était déjà ancré en son coeur à l'époque et il ne l'a plus jamais quittée. A-t-il fui quelque chose, comme beaucoup d'entre eux ? Ou chassait-il un rêve, comme une partie de l'équipage ? Ilse s'interroge mais ne laisse aucune de ces questions quitter ses lèvres ; jouer les intruses, ce n'est pas son genre.

« Bah tu sais, moi et les tavernes… L’arrive un point où sont tous trop saouls pour moi. » Elle esquisse un sourire en coin, compréhensif. Elle n'est pas la dernière quand il s'agit de boire quelques chopines de rhum, mais elle n'est rien comparé à certains énergumènes du bord, c'est certain. Et si l'alcool ne la chasse pas de là, c'est la foule et le bruit qui finissent pas réellement avoir raison d'elle. « Marchons un peu, au moins. L’est jolie ta flammèche, mais ça suffit pas pour d’vieux os. » Ilse relève les yeux, fronçant les sourcils sous la remarque dont le ton l'interpelle. Serait-il en train de la chercher ? « Si ma flamme te suffit pas, tu peux toujours te réchauffer tout seul. » qu'elle répond sur le même ton, sans chercher à dissimuler l'amusement qui luit dans son regard. Alors elle lui emboîte le pas dans la nuit.

Le blizzard est épais et hors de leur abri, le vent souffle trop fort pour maintenir la flamme dans sa main. Ilse la laisse s'éteindre en douceur et croise les bras pour se protéger de la neige et du froid mordant. Le silence retrouve alors ses droits, loin de tout, au coeur des rues de Lorgol. Les deux pirates ne semblent nullement enclins à le briser, trop heureux l'un et l'autre de ce calme bienvenu. Et là où certains ressentiraient de la gêne et tenteraient de combler le silence, ils ne paraissent pas s'embarrasser de telles futilités. Jusqu'à ce que l'Audacia soit en vue, ballottée par la houle, protégée de la glace par ses enchantements et bercée par la voix de Rhéa qui chantonne un air à Valda, dame des Tempêtes. Un sourire éclaire légèrement le visage d'Ilse qui reconnaît la mélodie, si souvent chantée sur le navire à l'approche de l'orage par les matelots se préparant à l'averse et aux vents violents. Les notes résonnent dans l'air et dans le vent, chant délicat d'une femme de bois.

« Pourquoi l'Audacia ? » qu'elle demande alors soudainement à Sicq. Pourquoi pas un autre ? Pourquoi avoir changé ? Ilse, elle sait bien pourquoi elle est là. Déjà à quinze ans c'était une évidence et elle ne l'a jamais regretté. Regrette-t-il ses choix précédents ? Son regard est toujours posé sur la figure de proue, silhouette majestueuse qui se découpe dans la tempête, malgré l'obscurité qui règne sur le port.

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