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 Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée

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Message Sujet: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr 2017 - 1:41




Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
#12 ♦ Alméïde & Astarté

Être sultane à la place de la sultane

Intrigue 2.3 ♦ Trame temporelle alternée




Vengeance, vengeance !
Pendant des années, cette rage brûlante a nourri un infernal brasier dans le cœur de la petite duchesse de Bellifère si malmenée qu’elle s’en serait étiolée si elle n’avait pas eu au fond du ventre cette rancune intense. On l’a avilie, on l’a humiliée, elle la princesse de sang si haut : on a fait d’elle une porteuse de bébés négligeable et inutile, un joli bibelot dont la seule utilité est la somme d’héritiers qu’elle est capable de porter.
Le coupable, c’est son propre frère Anwar, qui l’a chassée de son palais et jetée en pâture à Martial, et Alméïde a juré de se venger. Voilà que son forfait est accompli : entrée au palais d’Erebor sous couvert d’une visite diplomatique, elle vient d’égorger proprement son aîné.
Ah ! Destin cruel ! C’est à peine quelques secondes après son forfait que la mémoire lui revient, et qu’elle regarde sans comprendre le corps de cet homme inconnu s’affaisser. C’est le moment que choisit Astarté pour faire irruption dans le boudoir isolé, cimeterre dégainé, paré de ces atours rituels des sultanes d’Erebor et prête à égorger la maudite qui a osé abattre son propre frère.
Les voilà face à face, la princesse des dunes déboussolée qui ne comprend pas ce qu’elle fait couverte du sang d’un autre dans ces lieux familiers envahis d’étrangers, et la sultane sûre de son bon droit…




Consignes

Le Destin vous passe la main



• Ce topic est votre participation à l'intrigue 2.3 La Roue Brisée et n'est ouvert qu'à vous.  

• Vous devez y poster au moins une fois par semaine chacun.  

• Ce sujet devra être clôturé avant le dimanche 28 mai !  

• Vos personnages doivent arriver à Lorgol en fin de sujet, pour rejoindre l'Académie, ils ont le pressentiment qu'on les y attend. De fait, un campement de romanichels rescapés commence à se former dans la forêt de sapins à proximité. Vous serez sûrement au complet vers la fin du mois de mai.

• C'est le Destin qui décide si votre personnage a conscience d'avoir vécu une autre vie auparavant, ou pas ! Respectez bien votre contexte, et soyez attentifs : il peut vous faire retrouver la mémoire en cours de sujet...  

• Le premier message posté sera obligatoirement le formulaire d'ouverture des RP ! Pensez à le dater et à insérer le lien de votre sujet à l'endroit prévu pour permettre son recensement dans la chronologie.

• Le Destin passera peut-être vous taquiner de temps en temps...

• Pas de limite de mots, vous êtes des dragonnets libres, liiiiiiibres !

Bonne chance à tous !  


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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr 2017 - 14:44


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
Astarté des Sables & Alméïde d'Erebor

Être sultane à la place de la sultane

Intrigue 2.3 : La Roue Brisée



• Date : 26 avril 1002
• Météo : L'air se rafraîchit maintenant que la nuit tombe.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Des années d'humiliation, des années à être traitée comme une faire-valoir et désormais, c'en est trop ! Alméïde se rend au palais de Vivedune sous couvert d'une visite diplomatique et en profite pour égorger son frère Anwar. C'est à ce moment-là que la princesse retrouve le souvenir de qui elle est ; elle ne comprend pas ce qu'elle fait là, couverte de sang, face à cet inconnu sans vie. Astarté surgit alors, la sultane armée et prête à punir celle qui a tué son époux.
• Recensement :
Code:
• [b]26 avril 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1955-etre-sultane-a-la-place-de-la-sultane-intrigue-2-3-la-roue-brisee]Être sultane à la place de la sultane[/url] - [i]Astarté des Sables & Alméïde d'Erebor[/i]
Des années d'humiliation, des années à être traitée comme une faire-valoir et désormais, c'en est trop ! Alméïde se rend au palais de Vivedune sous couvert d'une visite diplomatique et en profite pour égorger son frère Anwar. C'est à ce moment-là que la princesse retrouve le souvenir de qui elle est ; elle ne comprend pas ce qu'elle fait là, couverte de sang, face à cet inconnu sans vie. Astarté surgit alors, la sultane armée et prête à punir celle qui a tué son époux.


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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr 2017 - 14:48

Elle hurle dans ses veines, cette haine puissante, virulente, nourrie par une rancune d'une intensité inégalée. Elle pulse dans tout son être, l'emplit d'une détermination venimeuse. Alméïde a si peu prêté attention aux paroles de ce cafard putride, de cet usurpateur et incapable. Comment a-t-il encore osé la regarder dans les yeux, fier et digne, sûr de son bon droit ? Comment a-t-il pu la féliciter pour la naissance de son dernier enfant, de sa dernière fille, âgée désormais de quelques mois à peine ? Comment a-t-il pu affirmer d'une voix claironnante qu'elle faisait une duchesse parfaite – dans un duché où sa seule parole ne signifiait plus rien ? Les paroles du frère tant honni résonnent encore dans son esprit, même après avoir tranché dans le vif d'un geste rapide et précis. Elle n'est venue que pour ça, elle ne vivait que pour ça. Et à cet instant, elle arbore un sourire triomphant devant le spectacle de cette gorge ouverte, de ce sang qui s'écoule en continu, de cet océan écarlate qui le recouvre bientôt alors que le corps d'Anwar glisse sur le sol, inanimé, impuissant. À sa place.

Alméïde surplombe le corps sans vie de toute sa hauteur. Ses vêtements et ses mains sont maculés de ce sang qui a jalli, ses doigts tiennent encore fermement la lame qui s'égoutte lentement sur le sol du boudoir. Et elle ne comprend pas.

Une vague de panique la submerge, lui faisant lâcher immédiatement la lame qu'elle tient entre ses doigts tremblants. Ce sang. Tout ce sang. Son esprit entier s'efforce de ne pas glisser, de ne pas chuter, vers cet abîme de souvenirs qui risqueraient bien de l'engloutir si elle s'y laisse à nouveau emporter. Par tous les dieux, que s'est-il passé ? Que fait-elle ici ? Qui est cet homme sur le sol et comment... ? Pourquoi avait-elle ce couteau à la main ?

La porte s'ouvre soudainement et elle met un instant à reconnaître la femme qui se tient devant elle. « Astarté ? Qu'est-ce que... que faites-vous ici ? » demande-t-elle, de plus en plus troublée, prête à céder à l'angoisse qui la prend peu à peu à la gorge. La joaillère est vêtue de ses plus beaux atours, ce qui ne manque pas de l'intriguer, et son regard... Par Sithis, si un regard pouvait tuer, sans doute s'effondrerait-elle immédiatement sur le sol écarlate.

Simon ? Aucune réaction ne se fait entendre. Rien que le vide, le silence, la solitude profonde. La dernière fois que ça lui est arrivé...
La panique. La panique gronde. Est-ce encore une illusion ? Est-elle en train de perdre l'esprit, entre les mains de ses geôliers ? « Laissez-moi tranquille. » gémit-elle d'une voix plaintive, plongeant le visage entre ses mains.
Ses mains rouge sang.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr 2017 - 16:14

C’était un cimeterre magnifique comme il était rare d’en croiser, en ce monde. L’une de ces lames terrifiantes dont s’équipaient les hommes des sables. Une oeuvre d’art à elle seule. La poignée, sous la main délicate de la sultane, se terminait en colimaçon où une ambre emprisonnait un scorpion, emblème d’Erebor. Sur la lame courbée et affûtée, une myriade de ciselures luisaient, chatoyantes, sous les lueurs diffuses du brasero et des nombreuses bougies du boudoir. Mais qu’aucune crainte n’étreigne la petite princesse; la lame se rapprochait rapidement, et bientôt, elle aurait tout le loisir d’y lire les inscriptions.

La sultane n’était jamais très loin de son époux. Jamais. Certaines concubines avaient déjà cherché à se plaindre d’elle au Duc d’Erebor, à mots voilés ou avec franchise. Depuis, Astarté d’Erebor n’errait jamais très loin d’Anwar, à l'affût, toute prête à dégainer une punition exemplaire pour un manquement à son honneur, pour une parole acerbe, pour un regard trop acéré. Fierté érébienne. La rumeur s’était propagée. La Sultane était une entitée menaçante et omniprésente. Une lionne cruelle et violente pour les concubines et les domestiques qui osaient la défier ou menaçaient le destin de ses garçons. Elle savait tout, tôt ou tard, à force d’influence, de menace ou de récompense, et son courroux était implacable. Sa rancune était tenace et sa mémoire s’enracinait à même les dunes. Sultane cruelle et barbare, sublime dans ses atours et farouche la lame en main.

- Astarté ? Qu'est-ce que... que faites-vous ici ?
- Vous…

Une voix chaude comme le désert, une voix toute pleine d’assurance et de nuance sifflait, entre ses lèvres charnues. Il lui semblait bien que son coeur s’était tordu jusqu’à ne laisser qu’un trou béant dans sa poitrine, en une seconde à peine, en voyant le corps gisant. Son Anwar… Son Duc. Tout ce sang, vermeil, semblable à une traînée de rubis sur les dalles claires, la blessait plus qu’elle ne l’aurait voulu. Son regard s’était accroché à la dépouille durant une petite éternité, une petite seconde -mais le temps est bien relatif, n’est-il pas?-, avant de se poser sur Alméïde. Elle avait entendu quelques bribes de l’échange sans s’en soucier. Une froide cordialité couvait la majorité de leur rapport, depuis qu’elle était la génisse de Martial. Puis ce bruit sourd… Était-elle tombée, la jolie Duchesse? À moins que…? Elle était loin de se douter de l’ampleur de la scène, lorsqu’elle s’était faufilée, méfiante, dans le boudoir.

- Votre propre frère… Mon tendre époux… Misérable félonne!

Elle cilla un instant après avoir craché ses mots, hypnotisée par le sang sur les mains d’Alméïde. Tant de sang. Malgré l’air désemparé de sa belle-soeur, Astarté l’approcha de quelques foulées félines et menaçante, le cimeterre levé avec adresse. La sultane n’en était pas à son premier entraînement. Si la volonté de la décapité d’un geste net et précis pulsait à ses tempes, il n’en fut rien. La lame menaçante planait toujours au-dessus d’Alméïde, alors qu’Astarté la dévisageait avec une haine farouche. Trop simple. Trop rapide.

- Laissez-moi tranquille.

Une fosse aux scorpions. Il lui fallait une fosse aux scorpions!
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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Dim 2 Avr 2017 - 17:31

C'est un cauchemar.
Ca ne peut être que ça. Encore une illusion, encore l'une de ces horreurs qu'on lui impose. Elle pensait que c'était enfin terminé, qu'elle leur avait échappé pour de bon. Impuissante, pauvre petit pion entre leurs mains ; de spectatrice de la mort, elle en devient l'auteure. Son regard ne peut se détacher de ses mains maculées de sang, incapable de se souvenir comment elle en est arrivée là, ni pourquoi elle a pu faire une chose pareille. Carmin est ce liquide chaud qui colle à ses doigts, qu'elle tente de frotter comme une forcenée pour s'en défaire. Baignée d'écarlate, alors que la joaillère pénètre dans la pièce et la transperce d'un regard à faire trembler les morts.

« Votre propre frère… Mon tendre époux… Misérable félonne ! »

Son frère. Son époux ? L'incompréhension est si grande et la peur est insidieuse. Le cimeterre se lève face à elle et elle prie pour que tout s'arrête, murmure incessant, litanie douloureuse. Que tout s'arrête, que ce soit rapide. Que la souffrance soit brève. Mais rien ne vient et son regard se relève vers celui d'Astarté, dont la haine semble l'incendier. La lame à quelques centimètres à peine, son visage furibond et menaçant.

« Je ne... c-comprends pas. Je vous jure que... Je n'ai qu'un frère et c'est Anthim. Il n'y a qu'Anthim. » Suppliante est la voix à peine audible. Ses mains tremblent et Alméïde recule d'un pas, cherchant à mettre de la distance entre elle et la furie qui ne la lâche pas du regard. « Vous êtes... Vous aviez refusé l'entrée au harem. Qu'est-ce que... ? » Elle bafouille, elle se perd. Elle recule encore jusqu'à heurter la petite table du boudoir, sur laquelle trône encore un plateau de thé et de biscuits à peine entamés, souillés eux aussi par la mort. Astarté avait refusé oui, et la princesse sait désormais combien elle a eu raison de le faire. Le harem, ses rivalités, ses... tortures. Tant d'horreurs, par les dieux, tant de douleur. Pourtant, la voilà apprêtée des vêtements les plus nobles, des bijoux les plus précieux. « Où est Sitara ? »

Ce n'est qu'un cauchemar et elle finira par se réveiller.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mer 5 Avr 2017 - 15:15

Elle s’était approchée, encore, inexorablement, jusqu’à laisser ses doigts fins glisser dans la chevelure soyeuse de la princesse. Sa lame toujours dressée, relevée, à l’instar d’un dard de scorpion agacé, faisait office d’argument cruel aux caprices de la Sultane. Elle serrait fortement dans les cheveux sombres, ses ongles polis raclant son cuir chevelu sans le moindre intérêt pour la douleur qu’elle pouvait occasionner. C’est sous un rugissement violent qu’elle traîna sa précieuse invitée vers la source de chaleur d’ordinaire réconfortante. Si elle avait dû enjamber Anwar, elle ne l’avait pas remarqué, tant son obsession pour Alméïde était grande. Punir avant tout. Avant la tristesse. Avant le deuil. Douleur aiguë en son sein qui la rendait folle. Comment avait-elle pu lui arracher son Roi si facilement? Que faisaient les gardes?. Elle y veillerait plus tard. Pour le moment, elle tirait, poussait, malmenait la tignasse noire et la Duchesse qui y était rattachée. Astarté avait toujours affectionné les braseros; ils invitaient à la confidence, à l’intimité. Ne le voyait-elle pas, maintenant, la petite Princesse, combien elle était intime avec son hôtesse?

- Anthim?! Il... Humpf!

Elle cessa de parler pour mieux gémir son effort: entraîner le délicat faciès d’une princesse vers les braises n’était pas une tâche légère, loin de là. D’autant plus que la gueuse se débattait pour échapper à la brûlure inévitable, sans considération aucune pour tout le mal qu’elle venait de lui infliger en lui enlevant Anwar. Qu’Alméïde questionne le sort d’Anthim ne la fit même pas sourciller, tant elle était hypnotisée par le brasero, tant le sang battait ses tempes, tant l’odeur du sang l’étourdissait.

- .. Il a fuit!

Ce fût un hurlement étrangement terrifiant que celui que poussa la Sultane. Un hurlement libérateur, primal, strident, lorsqu’elle sentit l’odeur insoutenable et écoeurante d’une chaire chauffée à vif. Ce qu’elle aurait aimé que ses cheveux prennent feu, qu’elle se réduise en cendre, qu’elle se consume entièrement, la vulgaire duchesse de Bellifère! Mais rien de tout cela. Au contraire, elle s’agitait avec plus de fougue encore, plus vivante que jamais devant la mort, mêlant ses gémissements douloureux aux hurlements sauvages d’Astarté. Ce qui dura sans doute une éternité pour la victime et une seconde, tout au plus, pour la vengeresse, cessa brusquement lorsqu’un coup de coude -volontaire ou inconscient- fit reculer cette dernière de quelques pas. C’en fut assez pour la faire tituber, un instant seulement, lorsque son pied glissa sur la mare de sang de son propre époux; entre retenir Alméïde ou préserver son cimeterre, le choix fut rapide. Elle relâcha l’assassine, cramponnée à son arme, pour mieux retrouver l’équilibre, pour mieux riposter au besoin.
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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 6 Avr 2017 - 2:45

Le rapace referme ses serres acérées dans sa chevelure qu'elle sent être tirée, sans pouvoir rien y faire. La menace de la lame suspendue au-dessus de sa tête l'empêche de frapper, mais elle se débat la princesse, alors que la joaillère s'approche et la saisit pour l'entraîner à sa suite, tel un vulgaire morceau de chiffon.

« Anthim ?! Il... Humpf ! » Et elle tire un peu plus fort, ce qui lui arrache un couinement de douleur. Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Où est passée la jeune femme si douce et timide, réservée au point d'en paraître effacée ? Depuis quand a-t-elle été remplacée par une furie portant des vêtements d'une richesse incomparable ? Alméïde se sent de plus en plus désemparée et lorsqu’elle comprend où Astarté l'entraîne, elle se débat un peu plus violemment entre ses griffes.

« .. Il a fui ! » « Quoi ?! » La question s'échappe de ses lèvres, aussi soudaine qu'inattendue. Ce n'est pas possible, Anthim ne peut pas fuir. Jamais il n'aurait fait une telle chose. La détresse qui sommeille en son coeur est grande mais l'horreur survient au moment où son visage rencontre le métal brûlant du brasero. Le hurlement qu'elle pousse est déchirant. La douleur éveille en elle celles subies précédemment mais avec elles, un instinct de survie qui la pousse à agir. Cauchemard ou non, la souffrance elle, est bien réelle. Son corps tout entier réagit, prêt à fuir tout nouvel abus à son encontre et c'est un coup de coude qui la libère de la poigne de son bourreau.

La douleur est encore vive et elle se doute qu'elle gardera une marque sur son visage, mais la peur la guide plus que tout le reste. Subir de nouveaux sévices, très peu pour elle. Alors elle s'empare du plateau de thé qu'elle a aperçu tout à l'heure et profite du déséquilibre d'Astarté pour lui asséner un coup qui, elle l'espère, saura l'étourdir un instant.

Sans chercher à savoir si sa technique a réussi, Alméïde bondit jusqu'à la porte qu'elle ouvre à la volée, où deux gardes patientent sans mot dire. Leur livrée n'a rien de celle d'Erebor, ils viennent de... Bellifère ? Tant de questions qui ne trouveront pas de réponses ; elle doit fuir, loin, très loin. Loin de cette folle qui veut lui faire du mal. Loin de ce corps étendu dans le boudoir.

« Votre Grâce, nous avons entendu des cris, qu'est-ce... » Elle a bien vu leurs regards interloqués se poser sur le sang de ses vêtements, mais elle ne prend pas le risque de s'arrêter et leur expliquer quoi que ce soit. Elle les rejoint, les dépasse et continue à courir le long du couloir qu'elle reconnaît, si familier et pourtant... différent. Tout cela n'est pas normal.

Simon ! Sa pensée reste sans réponse et elle accélère encore alors que des domestiques la regardent passer sans comprendre ou que des gardes la hèlent. Elle doit fuir, le plus vite possible. Pas question de passer par la grande porte, elle se dirigera plutôt vers celle, plus secrète, parfois empruntée par Mélisende pour lui apporter les cadavres. Oui, voilà. Elle connaît ce palais par coeur, elle saura retrouver la sortie, à condition qu'on ne la rattrape pas ; son souffle déjà lui manque, les sanglots retenus de sa gorge se meurent et rendent sa respiration plus difficile. Elle pense pourtant parvenir à rejoindre la partie du palais qui lui permettra de recouvrer sa liberté lorsqu'elle aperçoit une femme, devant elle, dont le visage lui coupe le souffle.

Alméïde se fige pratiquement en pleine course, comme heurtant un mur invisible alors que ses yeux dévisagent les traits de l'élégante Erebienne qui lui fait face. Son sari est des plus délicats et des plus beaux. Elle a plus de rides que dans ses souvenirs et son regard semble luire d'une forme de dégoût. La princesse reste un instant immobile, les yeux humides et le coeur serré. « Maman... ? » Est-ce là une nouvelle forme de cruauté infligée par les terribles illusions de l'Ordre ? Lui font-ils miroiter l'image de cette femme si chère à son coeur pour mieux corrompre son souvenir et la lui retirer ?

« Maman, aide-moi... » Alméïde s'approche mais la femme a un mouvement de recul qui l'incite à s'arrêter. « Qu'as-tu fait ? » gronde la voix qu'elle ne reconnaît pas. Des pas résonnent derrière elle et des mains se referment sèchement sur ses bras. Les mains de gardes erebiens cette fois. « J-je n'ai rien fait, je le jure. Je t-t'en prie, dis-leur. Je ne sais pas... ce que je fais là ! » Mais seul un silence dédaigneux lui répond tandis qu'elle se fait entraîner par les gardes.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 8 Avr 2017 - 14:26

Elle avait hurlé de retrouver la catin de Bellifère, lorsque les gardes avaient déboulé dans le boudoir pour secourir leur sultane. Elle avait insulté, giflé puis griffé la soigneuse, lorsqu’elle lui avait intimé de rester tranquille. Elle avait exigé qu’on retrouve le meilleur bijoutier du duché et qu’il soit prêt à prendre ses commandes dès l’aube. De toutes ses requêtes, aucune ne concernait Martial de Bellifère. La duchesse et ses gardes décoraient sagement les geôles, mais qu’importait à la Sultane d’en aviser l'époux. Non, plutôt, Astarté avait demandé à convier les chefs des clans du désert avec toutes la cordialité qui s’imposait pour leur offrir une récompense quant à leur loyauté infaillible. Alméïde avait tué bien plus que son premier amour, que son époux et le père de ses enfants. Elle avait tué leur Roi. Elle avait attaqué le coeur d’Erebor.

Lovée contre son aîné, son plus jeune cerclant sa taille fine de son bras encore potelé par la petite enfance, Astarté ne trouvait ni repos, ni quiétude. Elle se remettait à peine de la soirée douloureuse où une visite diplomatique s’était terminée en cauchemar sanglant. Sombre soirée dans l’Histoire d'Erebor. Le Duc était mort. La sultane avait vite compris que son corps entier ne serait pas suffisant pour accueillir tous les tatouages témoignant de cette rupture. La douleur était trop vive, trop complexe, trop profonde pour se décrire en symboles. Il s’agitait dans son sommeil, le petit Aissa, comme s’il faisait écho à sa propre douleur. Féline, Astarté glissa une patte sur ses boucles sombres avec toute la douceur dont elle était capable, pour finalement resserrer son étreinte sur lui. Son trouble se dissipa presque aussitôt; la mère regretta que le sien ne se volatilise pas par la même occasion.

Cette nuit plus que jamais, elle avait craint qu’on ne s’en prenne à ses garçons et l’idée de faire assassiner les bambins du harem, comme on avait assassiné leur père, la caressait d’une bien douce manière, compagne de fantasme. Un coussin sur leur petit museau, à chacun d’eux. La pulsion de barbarie s’était néanmoins éteinte d’elle-même. Quelle mère laisserait ses enfants en pareil endroit, maintenant qu’Anwar n’était plus et qu’elle pouvait déserter le harem? Inquiète pour les siens, appréhendant les tâches funèbres qui s’imposeraient dès l’aube, Astarté profitait du silence de la nuit pour ressasser les brefs propos chaotiques échangés avec la meurtrière de Bellifère. Sitara… Pourquoi le nom de cette épouse infertile revenait-il? Alméïde lui avait-elle réellement affirmé qu’elle avait refusé de rejoindre le harem d’Anwar, alors que dès ses premières saignées, elle ne respirait déjà que pour lui? Une conversation s’imposait.

Longtemps, Astarté d’Erebor guettait Alméïde, de l’autre côté de la voûte, à l’image d’une hyène affamée. À ses côtés, des hommes armés patientaient le moindre geste de la captive, sans doute prêts à mettre fin à une éventuelle bagarre, ou alors pour s’assurer que la Duchesse maintienne en vie la Belliférienne. Elle semblait perdue, la prisonnière, désemparée, aussi, un peu. Comme si elle ne s’attendait pas à être ici, après ce qu’elle avait fait. La folie l’avait peut-être embrassée, après le geste infâme qu’elle avait posé. Après un silence lourd et un mutisme complet, Astarté se redressa pour prendre parole, les bras croisés, nus et colorés, racontant à eux seuls bien des complaintes des dunes.

- Que devrait faire la Sultane d’une Belliférienne venue en rencontre diplomatique et terminant son séjour barbouillée du sang du Duc d’Erebor, selon vous? Peut-être devrais-je écrire à votre époux? Je suis persuadée que le Duc de Bellifère aurait des suggestions pour punir convenablement sa duchesse. Et sans doute vos filles paieront-elles à votre place? Oh..! Ma douce Almeïde, renseignez-moi sur vos coutumes délicates à l’endroit des femmes.

Son joli visage dans le creux de sa paume, une ecchymose bien en vue sur sa pommette, là où le plateau avait frappé durement, la Sultane considérait sincèrement son invitée comme si elle détenait une réponse pertinente ou intelligente. Il n’y avait que la lueur de furie, toujours présente au fond de ses yeux clairs, qui trahissait son calme feint. Devinette macabre dans cette matinée tout juste naissante. Si on l’avait connue taciturne, dans une autre vie, une autre époque, elle était désormais bien bavarde, la jeune Erebienne.

- Sitara… vous avez parlé d’elle, hier soir, n’est-ce pas? Qu’est-ce qu’une petite épouse au ventre aussi desséché et aride que le désert peut bien représenter pour vous?
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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Lun 10 Avr 2017 - 19:43

La haine. Le dégoût. Tout ce qui luit dans son regard. C'est tout ce qu'elle parvient à voir durant les heures passée dans la pénombre des cachots du palais de Vivedune. Jamais elle n'aurait pensé y être enfermée un jour, pas même dans ses pires songes, ni même les plus absurdes. Mais qu'il s'agisse de ceux du palais ducal ou non, le résultat est le même ; la princesse sent son souffle se couper à mesure que la panique afflue dans chaque parcelle de son être. L'endroit, exigu, sans fenêtre, fait remonter comme un goût amer dans sa gorge et elle sent son ventre qui la tiraille. Les yeux fermés, les yeux ouverts, Alméïde revit l'horreur avec plus de réalisme qu'elle ne l'aurait voulu, et tout son corps est pris de tremblements violents, dans l'attente de ce qu'ils vont lui faire subir. À la panique se mêle la détresse et l'incompréhension. Tantôt prostrée dans un coin, tantôt à chercher un moyen de sortir de la geôle dans laquelle on l'a enfermée, son esprit se referme un peu plus alors que des images plus douloureuses encore lui reviennent. Les cauchemars, la souffrance, le visage de sa soeur et ses paroles acides. Alméïde se sent suffoquer par moments, se rassure en se disant que rien de tout cela n'est réel, prie de se réveiller enfin, puis prie de ne pas s'éveiller dans une cellule semblable à celle qui l'abrite à cet instant.

De toute la nuit, elle ne ferme pas les yeux. Sans cesse, elle revoit le visage de sa mère qui la regarde comme un vulgaire insecte bon à être piétiné. Elle revoit les traits d'Astarté, d'ordinaire si douce, transformée en monstre assoiffé de sang. Puis elle revoit le visage de l'homme qu'elle a... tué ? Elle a mis du temps à rassembler tout ce qui lui a été dit et tout ce qu'elle a aperçu, mais se pourrait-il que... ? Non, Anwar est mort et sa mère aussi, tout cela est une illusion de plus, rien qu'une illusion. Rien d'autre, ce n'est pas possible.

Elle est roulée en boule dans un coin de la cellule, s'efforçant de contrôler une respiration rendue difficile, quand la porte s'ouvre et qu'elle aperçoit la... duchesse d'Erebor ? Alméïde se redresse tant bien que mal, les jambes flageolantes, les mains tremblantes, les yeux rougis d'avoir pleuré et si peu dormi.

« Que devrait faire la Sultane d’une Belliférienne venue en rencontre diplomatique et terminant son séjour barbouillée du sang du Duc d’Erebor, selon vous ? Peut-être devrais-je écrire à votre époux ? Je suis persuadée que le Duc de Bellifère aurait des suggestions pour punir convenablement sa duchesse. Et sans doute vos filles paieront-elles à votre place ? Oh..! Ma douce Almeïde, renseignez-moi sur vos coutumes délicates à l’endroit des femmes. »

Elle a bien du mal à rester impassible, la princesse, alors que les mots font doucement leur chemin dans son esprit. Son mari, le duc de Bellifère. Ses filles. Rencontre diplomatique. Son visage perd le peu de couleurs qu'il lui restait mais elle demeure silencieuse, si fragile et démunie devant la lionne qui observe son prochain repas.

« Sitara… vous avez parlé d’elle, hier soir, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qu’une petite épouse au ventre aussi desséché et aride que le désert peut bien représenter pour vous ? » La remarque la fait frémir et la menace semble gronder. Alméïde ne sait ni où elle se trouve, ni s'il s'agit de la réalité ou non, mais une chose est certaine, elle ne mettra personne d'autre en danger. Immédiatement, ses lèvres semblent se sceller, muette comme lorsqu'elle était aux mains de l'Ordre. Peu lui importe qu'Astarté désire la punir du moment qu'elle laisse ses proches tranquilles. Y compris ses... filles. Par tous les dieux, ses filles ? Avec le duc de Bellifère ? Cette seule pensée la rend malade. Mais peut-elle seulement en parler sans que l'on pense qu'elle a perdu la tête ? Peut-être est-ce vrai d'ailleurs. Peut-être a-t-elle définitivement perdu la tête. Qu'a-t-elle à perdre en plaidant la folie ? Ses doigts sont déjà recouverts du sang de son frère mort il y a des années, après tout.

« Cela v-va vous paraître... insensé, mais je ne s-suis pas celle qu-que vous croyez. Je ne suis pas mariée à... au duc de Bellifère, je s-suis fiancée au duc de Sombreciel. Ma mère est m-morte il y a des années et je... vous êtes joaillière. Tout cela n'a aucun s-sens. » Absolument aucun, et il lui semble voir cette pensée luir au fond des yeux d'Astarté. « Jamais j-je n'aurais tué... mon frère. Jamais. Jamais... » Sa voix tremble, elle porte son visage à ses mains comme pour s'empêcher de craquer, complètement perdue. La brûlure à sa joue continue de piquer désagréablement mais ça paraît bien peu comparé à tout le reste.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Ven 14 Avr 2017 - 14:08

Elle écoutait ce que lui disait son invitée. Elle écoutait religieusement, la sultane, mais elle ne comprenait pas le sens des mots qui franchissaient les lèvres d’Almeïde de Bellifère. Son regard était hypnotisé par la rougeur de ses yeux et le tremblement de ses lèvres délicieuses. Elle avait pleuré, beaucoup. La culpabilité l’avait-elle étreinte, la nuit dernière? Le fantôme d’Anwar l'avait-il tourmentée? Regrettait-elle d’avoir enlever la vie au Roi des gitans? Elle espérait que oui, qu’elle souffre comme elle avait fait souffrir les enfants des dunes. Une mère décédée, un Duc de Sombreciel comme fiancé, une Duchesse joaillerie… La seule chose qu’elle connaissait des ornements étaient leur beauté étroitement reliée à leur coût d’acquisition. Ce matin-même, Astarté avait dû payer une fortune à un bijoutier pour la confection du masque funéraire d’Anwar, afin que la beauté soit emmurée avec lui pour l'éternité. Oh… Anwar...

Si la voix hésitante et coupée de son invitée aurait pu émouvoir, il n’en était rien. Astarté était surtout fascinée par la complexité de cette vie inventée dont la meurtrière parlait pour excuser l’inexcusable. Le fait qu’elle fasse resurgir le nom oublié et surtout proscrit d’Anthim était toutefois particulièrement étrange. Était-il de mèche, lui aussi? C’était peu probable; Alméïde avait été trouvée seule coupable, et aucun membre de son escorte ne manquait à l’appel.

- Je suis joaillière…

Astarté approchait lentement la soit-disant Dame de Sombreciel, sourcils froncés devant cette position peu confortable et teintée de folie surréaliste. Sa main se refermait sur sa mâchoire, peu regardante quant à la laideur et la texture de sa brûlure. Elle avait de nombreux défauts, mais personne ne pouvait avancer que la superficialité était l’un d’eux. Ses prunelles de jade plantées dans celles d’Almeide, Astarté cherchait à déceler une lueur de malice, l’ombre d’un mensonge, la moindre trace prouvant la fourberie de cette explication incroyable.

- Ma pauvre Almeïde… Si je ne vous crois pas, comment les Chefs de clans vous croiront-ils? Comment ferons-nous pour arrêter les coups et les supplices qu’ils vous réservent? Car ils arriveront; ils arrivent déjà, un à un. Peut-être l’avez-vous oublié, depuis Bellifère, mais les enfants des dunes sont fidèles au Roi des Gitans. Ils auront soif de sang, lorsqu’ils apprendront votre petite erreur… À moins qu’il ne s’agisse d’une commande dont vous êtes un vulgaire pion?

Sa main avait relâché la pression sur la mâchoire et la brûlure d’Alméïde. Si Astarté s’exposait à des coups, une riposte ou une possible bagarre avec sa prisonnière, elle ne semblait pas s’en soucier, pas vraiment, entourée de ses hommes et avide de sang. Au contraire, elle laissait ses doigts fins -parfaits pour la joaillerie, il était vrai- caresser la pommette de sa belle-soeur. Elle désirait sincèrement qu’Alméïde se réveille, crache son venin, sa haine viscérale d’Anwar. Elle désirait que la mort de son amour ait un sens, aussi petit et ridicule soit-il.

- Je vais vous faire une fleur, je ne dirais rien à Martial. Il ne vous trouvera pas. Combien de temps prendra-t-il pour se rendre compte de la situation, selon vous? On dit les hommes de Bellifère forts comme un bœuf, et à l’esprit aussi fin qu’un bovin.

Oh… Elle avait rit, la sultane, un rire léger, un rire chaud, un rire qui aurait pu faire du bien à l’âme, même, s’il la situation avait été autre. D’un pas, puis de deux, Astarté s’éloignait déjà de la captive. Lorsqu’elle avait retrouvé sa position initiale, à l’entrée de la cellule, son amusement s’était dissipé entièrement.

- Vous! Allez me cueillir Sitara. Elle aura assurément une explication plus plausible quant à la mort de notre Roi. Soyez… délicat. Elle est en deuil; sa tristesse devrait l’anéantir.

Sous la délicatesse de la pensée et des jolies paroles, il y avait la voix tranchante comme un couperet, chargée de menaces et de sous-entendus. Si Sitara n’était pas anéantie par la perte d’Anwar, elle le serait pour une toute autre raison.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mar 18 Avr 2017 - 22:47

« Je suis joaillière… » Le ton sceptique de la sultane ne manque pas d'ajouter au désespoir de la princesse. Ses tremblements s'accentuent encore lorsqu'elle s'approche d'un pas lent pour attraper son visage entre ses griffes acérées. Sa poigne est ferme sur sa peau et la fait serrer les dents, le coeur battant à tout rompre, attendant un coup qui ne vient pas.

« Ma pauvre Almeïde… Si je ne vous crois pas, comment les Chefs de clans vous croiront-ils? Comment ferons-nous pour arrêter les coups et les supplices qu’ils vous réservent ? Car ils arriveront; ils arrivent déjà, un à un. Peut-être l’avez-vous oublié, depuis Bellifère, mais les enfants des dunes sont fidèles au Roi des Gitans. Ils auront soif de sang, lorsqu’ils apprendront votre petite erreur… À moins qu’il ne s’agisse d’une commande dont vous êtes un vulgaire pion ? »

Toute couleur semble alors fuir son visage déjà bien pâle ; les chefs de clans arrivent et elle sait ce qu'ils réservent aux traîtres et à ceux qui élèvent la main sur leurs souverains. Elle déglutit péniblement, son regard à peine capable de soutenir celui d'Astarté, terrifiée à l'idée de ce qui l'attend. Mais comment peut-elle lui faire comprendre qu'elle ne ment pas ? Comment arriver à convaincre la femme de l'homme qu'elle a tué de ses propres mains – si tant est que c'est bien elle la coupable ? Elle ne sait plus, elle ne parvient plus à déceler la vérité de l'illusion. Comment aurait-elle pu oublier commettre un tel acte ? Et pourquoi tout ce qui l'entoure est-il si différent en étant si familier ? Joue-t-on avec ses souvenirs pour mieux la torturer ?

Les doigts d'Astarté sur sa peau la font frissonner d'appréhension et elle s'efforce de rester aussi immobile que possible malgré les frémissements de son corps. « Je vais vous faire une fleur, je ne dirais rien à Martial. Il ne vous trouvera pas. Combien de temps prendra-t-il pour se rendre compte de la situation, selon vous ? On dit les hommes de Bellifère forts comme un bœuf, et à l’esprit aussi fin qu’un bovin. » Le rire qui secoue la duchesse lui glace le sang. Pas du tout rassurée par ces paroles, Alméïde la suit du regard alors qu'elle s'éloigne pour héler l'un des gardes.

« Vous ! Allez me cueillir Sitara. Elle aura assurément une explication plus plausible quant à la mort de notre Roi. Soyez… délicat. Elle est en deuil; sa tristesse devrait l’anéantir. » « Non, attendez ! » s'exclame-t-elle avant de pouvoir s'en empêcher. Les lèvres tremblantes, elle s'avance de quelques pas timides, restant à bonne distance de la jeune femme qui la toise de son regard mauvais. Mais Alméïde garde la tête haute, aussi digne qu'il lui est possible de l'être dans une telle situation. Elle doit combattre les larmes avec force, afin de prononcer de nouveaux mots d'une voix ferme, malgré les tremblements. « J-je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais si... si c'est bien moi qui ai... » Sa voix se brise un instant, elle est obligée de se reprendre. « Si c'est bien moi qui l'ai tué je... j'assumerai les conséquences, mais ne punissez pas quelqu'un d'autre pour mes actes, je vous en prie. » Une larme s'échappe et coule le long de sa joue. « J'aimerais juste comprendre, aidez-moi. Je ne me souviens de rien avant que... avant le moment où vous êtes entrée... Qu'est-ce qu'il m'arrive ? » La voix est suppliante, désespérée.

Ô Mnémosie, aide-moi à me rappeler, je t'en conjure.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 20 Avr 2017 - 15:51


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
#12 ♦️ Alméïde & Astarté & Sitara

Le Destin intervient

Il faut saborder un dragonnet ? J'arrive. :superman:




Et les gardes l'amènent, la Sitara demandée par la duchesse en colère ; ils l'amènent, couverte de sang, secouée d'un rire presque... dément. Le sang, c'est le sien : les gardes visiblement l'ont malmenée, et il y a dans ses cheveux en désordre comme une odeur de... fumée. « Elle a tué le prince Ahsan, Votre Grâce ! » expliquent les gardes indignés. Ils racontent, comment la concubine a été surprise près du brasier, comment elle a brûlé le cactus qu'elle avait elle-même fait diaprer au petit prince peu de temps auparavant. Ils décrivent le petit corps ruiné, et les coups que les sigisbées ont assené à la coupable, sans réussir à sauver l'enfant.

La sultane risque peut-être de ne pas le prendre très bien, non ? De là à croire que les deux femmes sont complices, il n'y a qu'un pas à franchir... :eheh:


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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 22 Avr 2017 - 14:01

Lorsque la prisonnière s’était agitée, à la mention du nom de Sitara, Astarté avait esquissé un sourire mauvais. Celui-là même qu’elle réservait aux concubines qui osaient la contredire devant Anwar. D’un mouvement de main excédé, elle intima à l’un des gardes d’exécuter son ordre puis se tourna une fois de plus vers l’assassine. Les pas lourds qui s’éloignèrent la calmèrent au moins un peu. Alméïde avait tué son amour, elle avait tué le Duc d’Erebor, mais une chose demeurait : la loyauté de ses hommes. Peut-être l’étaient-ils par la peur et la soumission, peut-être aimaient-ils sincèrement Erebor tout comme elle, peu lui importait; le résultat était le même. Elle ordonnait, ils exécutaient.

- J'aimerais juste comprendre, aidez-moi. Je ne me souviens de rien avant que... avant le moment où vous êtes entrée... Qu'est-ce qu'il m'arrive ?

Astarté la considéra un long moment alors que la possibilité d’une manipulation -drogue ou magie- germait à son esprit. Il était peu plausible que la Duchesse de Bellifère ait été victime de pareilles manoeuvres alors qu’elle était accompagnée d’une horde de boeufs armés bellifériens, présent délicat et odorant du Duc Martial. Mais cette larme, sur sa joue… Ruse ou sincérité? L’instinct de la sultane lui susurrait qu’il ne s’agissait qu’un tissu de lagraneries. Mais… Si elle se trompait? Si Alméïde n’avait été, comme elle l’avait suggéré, qu’un simple outil d’une machination plus grande? Le doute fut tel que la sultane fit quérir sa perle, sa fleur, Siméane, médecin attitré des femmes du harem, pour l’étudier plus en détail.

Entre douleur et humiliation, il n’y avait que bien peu de place pour récupérer. Deux femmes complices, deux femmes blessées, deux âmes écorchées. Lorsque l’une insultait, l’autre ricanait et s’en suivait un regard éloquent qui trahissait de longues années d’amitié. Siméane avait touché, palpé, griffé et piqué le corps de l’assassine, prétextant chercher la moindre trace d’un poison pouvant l’innocenter. Il n’en était rien, bien sûr. Tout au plus, Astarté souhaitait la déraciner de son corps, la faire battre en retraite, lui faire perdre son intimité et surtout ne pas endommager son corps qui appartenait aux Chefs de clan.


C’est le rire dément de Sitara qui brisa cette inspection des plus intimes.

- Elle a tué le prince Ahsan, Votre Grâce !

Pardon? C’était impossible. Ses fils avaient été confiés, dès l’aube, à l’une des rares femmes en qui elle avait confiance, dans ce harem de trahison. C’était… C’était impossible, et pourtant, l’odeur de fumée, l’odeur écoeurante, semblable à celle qu’elle avait perçu en plaquant le visage d’Alméïde contre le brasero, la veille au soir, envahissait la voûte sous laquelle ils se trouvaient. Cette femme avait laissé son enfant brûler. Cette femme n’avait pas réagi assez vite. Elle n’avait pas compris ce qui se passait.

- Arrachez-lui sa petite Amiya. Brûlez-la.

Les mots filaient à une allure incroyable, entre ses lèvres pulpeuses, sans même qu’elle n’y réfléchisse vraiment. Le regard voilé, elle songeait à Ahsan, son petit Ahsan, son adorable garçon aux joues rondes qui, la nuit dernière encore, dormait paisiblement entre ses bras. Ahsan qui ne connaissait pas encore la loyauté et la bonté, pas plus que la cruauté et la barbarie. Vierge. Un petit tyran qui dictait son monde par ses câlins capricieux et qui s’élançait à sa rencontre, sans que rien ni personne ne puisse l’en empêcher. On le lui avait dérobé. Pour son fils, aucune larme, mais un froid kyréen qui la figea toute entière alors qu’elle faisait face à la fatalité.

Une main sur son front, la sultane réfléchissait péniblement sous le chaos qui lui emplissait la tête et les poumons. Plus les secondes défilaient, plus elle peinait à respirer normalement. Devait-elle… Devait-elle empoisonner ses femmes horribles, toutes, et leurs enfants? Peut-être devait-elle exiger un dernier repas, en l’honneur du Duc décédé, et les assassiner afin qu’elles enjolivent Anwar dans la mort? Comment la magie avait-elle pu rejoindre les jardins du palais ducal? Sitara, l’insignifiante Sitara. Sitara au ventre desséché. Sitara l’infertile. Comment avait-elle osé, ridicule petit insecte? Ô, Destin cruel…

C'est une main délicate se posa sur son épaule et l’extirpa de son délir sanglant. Siméane. Sa douce Siméane, droite et endeuillée, à ses côtés, magnifique dans ses soieries. Astarté serra la mâchoire et se redressa, elle aussi, pour mieu s’envelopper de sa majesté. Ne pas sombrer. Elle darda sur Sitara puis sur sa complice, Alméïde, un regard féroce. Ça ne pouvait être qu’elles. Alméïde l’avait nommée après avoir tué son époux; Sitara avait achevé le travail. Presque. Aissa!

- Siméane… Assurez-vous que Aissa soit loin de… De Ahsan. Et loin des femmes. En sécurité.

Elle allait pour s’élancer, virevoltant pour mieux retrouver Ahsan -ou du moins, ce qu’il en restait- mais s’arrêta promptement dans son élan. Qu'adviendra-t-il de Sitara? Si l'envie de la tuer sur immédiatement pulsait dans chaque parcelle de sa peau, Astarté se contenait péniblement. Peut-être... Peut-être avait-elle mis Aissa en danger, également.

- Enchaînez Sitara à l’un des murs. Nous lui ferons pleurer bien assez tôt la mort de son Sultan et de son Prince.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Dim 23 Avr 2017 - 1:17

Il n'y a aucune compréhension, aucune pitié, dans ce regard qui la toise avec froideur. Alméïde se sent coincée, prise dans une impasse dont elle ne pourra sortir indemne, et l'horreur de la situation s'impose peu à peu à son esprit, provoquant des tremblements incontrôlables dans tout son corps qui se remémore encore trop bien les supplices subis lors de son séjour aux mains de l'Ordre. D'instinct, elle sait qu'elle peut hurler, supplier, essayer de négocier ou de s'enfuir, rien n'aura d'effet sur la sultane plus froide que les glaces de Valkyrion. Alméïde n'a pas encore totalement rejeté l'idée qu'il ne s'agit que d'un illusion de plus, mais elle semble si réelle si... douloureuse. Elle ne se rappelle pas en avoir vécu d'aussi étendue, au point de se remémorer chaque instant de ce rêve éveillé, depuis la veille, depuis l'instant terrible où elle s'est vue tenir cette lame entre ses doigts ensanglantés. A-t-elle réellement perdu l'esprit ? Elle se souvient pourtant encore des jours précédents, du retour à Vivedune aux côtés de son frère, de Sitara enceinte et proche de son terme, de sa chambre rassurante, du palais qui a toujours été pour elle synonyme de sécurité et de chaleur. À présent, elle n'est plus aussi certaine de ce qu'elle peut ressentir pour cet endroit, elle ne se sent plus en sécurité nulle part...

Elle ne prie que pour un peu de répit, mais lorsque la sultane fait appel à Siméane, elle est résignée la princesse, à deux doigts de se briser. L'humiliation est cuisante, la douleur est vive et pourtant, elle se dit qu'il y a pire – oui, il y a tellement pire, et c'est à venir. Face à ce qui l'attend, elle se débat furieusement, incapable de se résoudre à accueillir une nouvelle souffrance, mais les gardes s'interposent finalement pour la maintenir, pour que sa demi-soeur termine l'examen qu'elle est venue faire ; un examen sans utilité, si ce n'est celle d'ajouter encore à son malheur.

Elle pense être au bout de ses peines quand un rire résonne dans le couloir. Un rire qu'elle ne reconnaît pas immédiatement parce qu'il n'a rien de normal, rien d'habituel, rien de familier. Et pourtant, elle connaît cette voix, elle connaît cette femme.

« Elle a tué le prince Ahsan, Votre Grâce ! » Non non non... c'est un cauchemar. Elle aperçoit les marques sur sa belle-soeur, elle voit son ventre qui ne porte aucune trace de grossesse, elle remarque son visage déformé par une satisfaction malsaine. C'est à peine si elle entend les paroles d'Astarté ou si elle en comprend le sens. Sa tête lui tourne, elle a la sensation que tout s'écroule et que ses jambes ne la portent plus. C'est d'ailleurs le cas lorsque les gardes la lâchent enfin pour s'occuper de Sitara, pour l'enchaîner au mur, avant de sortir en compagnie de la sultane. Alors la porte se referme et la princesse s'efforce de rassembler ce qu'il lui reste de courage pour se relever, pour s'approcher de ce visage familier, du seul repère qu'elle a en ce lieu, bien qu'il paraisse... dénaturé.

« Sitara... » Sa voix rauque n'est que murmure alors qu'elle se tient péniblement devant elle, les yeux plus rouges encore mais sans aucune larme qui dévale ses joue cette fois – elle n'a même plus la force de pleurer. « On va se sortir de là, on va trouver un moyen. » Parce qu'à elles deux, elles peuvent y parvenir, pas vrai ? Elle n'est pas seule, il y a forcément une solution. Son regard se pose sur les chaînes qui la maintiennent, mais revient très vite croiser celui de sa belle-soeur. « Sitara, dis-moi que... tu me reconnais. C'est... Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Où sont Qasim ? Et Anthim ? » Et les bébés qui grandissent en elle ? Et cette lueur de bienveillance qu'elle avait autrefois dans le regard ? Est-ce seulement sa Sitara ?

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mar 25 Avr 2017 - 23:58

Tout avait parfaitement bien fonctionné. Bien mieux qu’elle ne l’aurait cru. Elle aurait pu s’en vouloir, de mener ainsi à une mort certaine la concubine qui surveillait les enfants ducaux… si elle en avait cure. Quelle importance pour elle, qu’une autre soit suffisamment sotte pour se croire amie de cette gourgandine qui a pour unique avantage de savoir correctement écarter les jambes, et de mettre au monde des fils ? Hormis ces faits non négligeables, qui ne sont que hasard et chance, sa stupidité n’avait d’égale que sa cruauté, et elle ne méritait pas de vivre cette vie qui était la sienne. Sitara n’entendait pas la laisser profiter de ces pouvoirs qu’elle avait, de la tyrannie qu’elle instaurait, et de la douce et tendre vie dont elle jouissait. Elle paierait, et les siens avec. Ces avortons incapables de réfléchir ou de faire preuve de bon sens, à l’image de leur mère. Sinon, pourquoi l’ainé n’aurait-il pas empêché son plus jeune frère de donner son sang, pour diaprer ce cactus ? Pourquoi n’aurait-il pas parlé ? Il aurait pu empêcher tout ça.

Mais c’était trop tard. Le rire froid, glacial presque, et dément de Sitara raisonnait dans les alcôves, entre les piliers, et dans les couloirs peu accueillants menant à… où, à vrai dire ? Elle n’en savait rien, mais elle jubilait. Son rire retentit de plus belle, alors qu’ils annonçaient l’assassinat d’Ahsan. Comme elle jubilait, de voir ce visage, sur l’usurpatrice. Sa place revenait à Sitara, et elle lui enlèverait ce qu’elle avait de plus cher, avant de devenir sultane à la place de la sultane. Alors que d’autres s’essayaient à renverser le sultan, elle ne visait pas l’impossible. Sans ses fils, Astarté n’était plus rien, rien qu’un exutoire aux appétits débordants du duc. Et elle l’avait elle-même bien fait comprendre à toutes les concubines : nulle n’était irremplaçable, et si elle endommageait trop l’une d’elles, elle pourrait aisément la condamner à une vie de misère et de pauvreté. Oh, comme Sitara se délectait à l’idée d’appliquer ces menaces sur son ennemie. Comme elle se nourrissait du malheur qu’elle sentait poindre en elle, alors qu’elle sommait la médecin, cette garce fidèle à la sultane, de veiller sur son fils. Si seulement elle avait trouvé le moyen de faire chanter Siméane…

Elle s’était arrêtée de rire, mais un sourire narquois continuait à orner ses lèvres, comme un défi, alors qu’on l’attachait au mur. Elle pourrait cracher tout son fiel sur elle, où qu’elle se trouve. La souiller, avec tout ce qu’elle pensait d’elle, l’agonir d’insultes, pour que sa colère enfle, jusqu’à ce que sa tête explose – ce ne serait plus très loin, elle était plus imposante que le ventre de la concubine attendant deux jumeaux. Elle hésita à littéralement lui cracher dessus – un geste vulgaire, mais plus qu’adapté pour cette femme qu’elle méprisait. La seule chose qui l’arrêta, ce fut la sœur d’Anwar. Elle ne la connaissait guère, ne le désirait pas nécessairement – ne serait-elle pas un obstacle, pour que Sitara règne sur Erebor, perpétuant celui de terreur instauré par cette saleté d’Astarté ? Très probablement. Elle s’imaginait déjà fait un exemple de sa famille. Les livrer à une horde de chameaux préalablement énervés, pour les faire souffrir. À les remettre aux chefs de clans, pour les laisser en faire l’usage qu’ils voulaient. Bien d’autres peines, encore, pour leur faire regretter leurs actes intolérables. Elle ne comprenait pas ce qu’elle lui racontait. De qui elle parlait, et pourquoi. « Je crois que vous vous fourvoyez, duchesse. Je ne connais nul Qasim, et en quoi l’endroit où votre frère déviant, perdu à tout jamais uniquement parce qu’il se vautre dans le lit du duc de Sombreciel, passant probablement ses journées à copuler avec lui dans l’espoir insensé qu’il puisse peut-être lui donner un héritier, m’importerait ? »
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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Ven 28 Avr 2017 - 23:00

Elle entendait hurler, la jolie sultane, aux quatre coins de son palais de toiles tendues. Des hurlements d’Aissa qui lui déchirait le coeur. Des hurlements de la jeune Amiya qu’on attachait sans doute pour la brûler vive devant les yeux ahuris de sa mère. Des hurlements de certaines concubines devant la mort et la souffrance. Des cris, des larmes, des sanglots, des regrets. La mort d’Anwar avait plongé le palais de Vivedune dans un cauchemar sanglant. Sans lui, sans le roi, il semblait que l’endroit lui-même pleurait son chagrin. Recueillie sur la dépouille d’Ahsan, Astarté avait laissé son corps trembler de douleur, loin du regard de ses domestiques et loin de la cruauté du harem dont elle était, peut-être bien, un peu responsable. Il lui avait fallu un temps pour se ressaisir, et un autre pour exiger que les préparatifs funéraires débutent. Le chef du clan Qoraich était venu jusqu’au palais dans ces entrefaites et voilà qu’on la réclamait pour le recevoir. Elle s’était préparée, puis elle l’attendait, désormais, son joli chef de clan. Son fidèle ami. Le confident de son Duc. Posée sur un siège confortable et rembourré, parée de ses atours étincelants et richissimes, la régente arborait malgré tout le visage du deuil.

- Je vous attendais, Qoraich. Je vous espérais…
- Astarté…? Que fais-tu là?
- Nous avons accueilli la sœur du Duc… Nous lui avons ouvert les portes du palais, et elle en a profité pour l'assassiner. Je l’ai vu, de mes propres yeux, tenant la lame du crime. Je vous l’offre, à vous, à vous tous, à tous les clans du désert. Je vous donne Almeïde de Bellifère. Que son sang puisse calmer la douleur des dunes.
- La princesse?! Elle a tué Anthim? Où est Sitara d’Erebor?
- Almeïde est … Anwar. Elle a tué Anwar! Et Sitara s’en est prise à votre Prince!

Ils se sont dévisagés longuement, le lion et la hyène. Elle, assurée de son histoire et lui, tiraillé par l'affection qu'il portait à la petite bijoutière et la fidélité qu’il avait pour son Duc. Celui d'un autre temps, d’une autre vie. Astarté restait immobile, patientant une réaction qui ne venait pas : la rancœur. Sur son visage, il n’y avait plus sa réserve habituelle ni ce petit air toujours songeur, un peu ailleurs. Il avait devant lui une femme, et une femme qui lui semblait beaucoup trop assurée. Une Sultane.

- Astarté, ecoute-moi. Tu es joaillière. Tu es une artiste qui fait la fierté d’Erebor. Tu es la compagne de Sinh, mon frère. Et Almeïde est la princesse de ce duché. Elle ne ferait jamais de mal à son frère, Anthim. Jamais.

Il s’approchait, le Qoraich, pas à pas, lentement, comme il était coutume de le faire pour un animal sauvage. Astarté ne bougeait pas mais demeurait à l'affût, toute prête à se défendre de cet homme fiable qui parlait pourtant de ces choses si étranges. Ces choses que l’assassine elle-même racontait. La tension était là, dans la vaste salle gardée.

- Je l’ai vue. Ses mains sont barbouillées du sang d’Anwar.
- Ce doit être une illusion très puissante… Ils ont guerroyé dans le ciel, ils ont détruit notre duché. Ils nous attaquent peut-être autrement, à présent. Saraj ne me reconnaît même pas. Elle n’est plus blessée.

Sa large main se posa sur sa joue ambrée puis emprisonna sa mâchoire, en une douce fermeté. Son regard, ancré dans le sien, semblait chercher une lueur de celle qu’il avait connue. Le néant.

- Guide-moi à elle, à la princesse. Je te prouverai que j’ai raison.

La Sultane calma les mouvements nerveux de ses gardes d’un geste de la main. S’ils ne s’approchaient plus pour secourir la jeune femme, ils n’en demeuraient pas moins méfiants, arme dégainée et prêts à reagir. Il y avait eu tant de sang, en si peu de jour, sans qu’ils ne puissent empêcher quoi que ce soit, que l’appréhension était grande.

- Elle m’a parlée de cette autre vie. De cette vie de folie. J’ignore si ce que vous avancez est vrai, mais si, comme vous le prétendez, ils s’en prennent à Erebor, Erebor ripostera plus brutalement encore.

Elle captura cette main chaude entre les siennes, la dégageant de son visage avec cette même fermeté dont il avait fait preuve en la posant sur elle.

- Nous rejoindrons Lorgol, Almeïde, le prince Aissa et ma garde, si vous réussissez à me faire douter. Si illusion et arbuste diapré il y a, l'Académie saura nous éclairer.

Sans rappel, Astarté se redressa pour quitter la pièce. Un peu éberlué d’avoir réussi si simplement à convaincre la joaillière, le Qoraich lui emboîta le pas non sans méfiance. Était-elle une ennemie ou une alliée, dans cette illusion? Elle-même ne le savait pas. La survie d’Alméïde de Bellifère et de Sitara lui importait peu; son seul enfant vivant comptait et il était probablement en danger. Il fallait accepter les mains tendues, même les plus faibles. Même celles barbouillées de sang.

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Dernière édition par Astarté des Sables le Jeu 4 Mai 2017 - 17:04, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 29 Avr 2017 - 12:41

« Je crois que vous vous fourvoyez, duchesse. Je ne connais nul Qasim, et en quoi l’endroit où votre frère déviant, perdu à tout jamais uniquement parce qu’il se vautre dans le lit du duc de Sombreciel, passant probablement ses journées à copuler avec lui dans l’espoir insensé qu’il puisse peut-être lui donner un héritier, m’importerait ? » Si les mots blessent et ouvrent une nouvelle blessure en son coeur déjà malmené, le ton utilisé pour les prononcer fait plus de mal encore. Ce n'est pas Sitara. Jamais elle ne lui aurait parlé ainsi, pas même dans ses plus grands moments de colère, pas même lorsque la rancoeur parvient à se faire une place en cet être si doux et généreux. Le regard sans joie de celle qu'elle considère comme une soeur est une lame glacée qui traverse son coeur et Alméïde a un mouvement de recul alors que ses paroles font leur chemin dans son esprit. Pas de Qasim. Anthim, dans les bras de... Castiel ? Ridicule. Absurde. Une nouvelle preuve, s'il en est, que tout cela n'est qu'une vulgaire illusion et qu'elle est impuissante face à ce qui se déroule sous ses yeux. Tout est dans sa tête. Tout est dans sa tête. Elle se le répète pour ne pas sombrer dans le désespoir de voir ainsi sa vie s'effriter sous ses doigts et chaque chose en quoi elle croit se désagréger devant elle. Pourtant, dans un dernier élan insensé, elle tente de rassembler ses esprits pour répondre à sa belle-soeur.

« Quelque chose n'est pas normal, l'Ordre se joue sûrement de nous ; tu es duchesse, mariée à Anthim. Vous avez un fils, Qasim, et tu es enceinte... Je sais que ça a l'air fou, mais tout ça... Tout ça ce n'est pas réel. » Peut-être est-elle en train d'essayer de convaincre une illusion de la véracité de ses propos, mais elle a besoin de mettre des mots sur ce qu'elle se rappelle, au risque de se sentir perdre pied. Et ce faisant, elle tente de se convaincre elle-même ; car tout ceci paraît si réel. Elle voit tout, elle ressent tout, jusqu'aux picotements désagréables laissés par les aiguilles qui ont transpercé sa peau quand Siméane est venue l'examiner. Jusqu'à la brûlure qui démange encore une partie de son visage, faisant courir un frisson d'horreur le long de son échine. Et que lui prépare Astarté ? Elle a fait venir les chefs de clan et elle redoute plus que tout ce qu'ils comptent lui faire.

Sitara crache encore son venin et elle se décide alors à ne pas insister, à se détourner de cette pâle copie de cette personne si chère à son coeur. Lasse, elle s'assoit au sol, le dos appuyé contre le mur, et laisse son visage retomber entre ses mains. Elle doit trouver un moyen de sortir, coûte que coûte. Elle doit trouver un moyen d'arranger les choses ou de sortir de cette illusion qui lui semble interminable. Ont-ils le pouvoir de maintenir de telles visions aussi longtemps ? Alméïde s'accroche à ces réflexions qui l'empêchent de retomber dans un abîme de noirceur. L'impression de solitude se renforce encore à chaque seconde où elle ressent l'absence de Simon et de Justice, semblable à sa période de captivité aux mains de l'Ordre. Ils sont forcément responsables de tout cela, forcément !

Les minutes passent et elle se perd dans des pensées folles et insensées. Si elle pouvait simplement quitter cette cellule... elle saurait quel chemin prendre pour sortir du palais en toute discrétion, puis échapper à Vivedune et enfin... se rendre à Lorgol. Elle parvient à cette conclusion logique quand des pas dans le couloir se font entendre et qu'elle se relève précipitamment, prête à accueillir un autre mauvais moment. Et aussi déterminée soit-elle à vouloir s'échapper, son corps lui, se met à trembler en reconnaissant l'un des chefs de clan ; ça commence.

« Princesse Alméïde, par tous les dieux, que vous est-il arrivé ? Avez-vous la moindre idée de ce qu'il se passe ici ? Où est Anthim ? » La surprise est telle qu'elle n'esquisse pas le moindre mouvement quand il s'approche d'elle et s'incline avec respect, l'appréhension luisant dans ses yeux. Il porte son regard sur Sitara, enchaînée au mur, et son murmure résonne dans le cachot silencieux. « Par Joseï... »

« Vous... vous souvenez d'Anthim ? Vous savez... » Oh, comme elle pourrait pleurer à cet instant, de savoir qu'elle n'est plus seule. Elle ne prend même pas la peine de lever les yeux vers Astarté. Elle prend la main du chef de clan et la serre dans les siennes, comme pour s'assurer qu'il est bien réel et qu'il a conscience lui aussi, qu'il ne s'agit pas de leur vie. « Je n'ai pas t-tué mon frère, jamais je ne... Vous me croyez, n'est-ce pas ? » Il acquiesce et ce simple geste suffit à lui redonner le courage nécessaire pour se battre, pour tenter de sortir de là. Quelqu'un la croit. Quelqu'un vit le même cauchemar qu'elle. C'est forcément bon signe, non ?

Ses yeux croisent ceux d'Astarté et Alméïde se risque à l'approcher, restant à distance raisonnable, encore terrifiée par cette femme capable de tout. « Ast... Votre Grâce, je vous conjure de me croire. Je peux... je peux vous prouver que je ne suis pas la princesse que vous croyez. Je suis médecin, j'étudie à l'Académie. Je peux même vous expliquer en détails à quel point l'examen de ma demi-soeur était inutilement cruel... Demandez à n'importe qui de me questionner sur le sujet, je vous assure que je sais de quoi je parle. » Et la médecine est bien l'un des rares sujets dont elle peut parler avec assurance, sans craindre de se fourvoyer ; quand elle exerce, elle laisse de côté l'appréhension et la timidité, ses gestes sont sûrs et plein d'autorité. Qu'elle la questionne oui, qu'elle lui demande n'importe quoi. Mais par pitié, qu'elle l'écoute.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 4 Mai 2017 - 15:54

Ses yeux se sont plissés finement, lorsqu’Alméïde précisa la cruelle inutilité de l’examen médical de Siméane. L’envie de l’abandonner là, d’obliger son Chef de Clan à la torturer malgré ses croyances douteuses était grande, oppressante, même. Elle en aurait même pris plaisir, peut-être bien. Elle serait restée pour regarder, pour capter cette lueur d’impuissance dans les yeux de la félonne, pour s’assurer du désarroi du Qoraïch dans cette situation impossible. Peut-être l’avait-il ressenti, le Qoraïch, car il secoua la tête très légèrement, en les regardant à tour de rôle. Elle se contint malgré tout, Astarté, la tête haute. S’il y avait une illusion, il fallait qu’Erebor se redresse et s’y oppose.

- Assassiner Anwar était inutilement cruel. Brûler vif Ahsan était inutilement cruel. Le traitement de Siméane avait certaines utilités, à mes yeux.

Ressentir ses tremblements, la voir craindre. Puis la voir partir loin, très loin, dans ses derniers retranchements. D’autant plus qu’elle aurait pu flancher et expliquer ses plans ou dénoncer ses alliés. Elle n’avait rien fait, la Duchesse. Il semblait peu probable à Astarté qu’elle soit suffisamment rodée aux tortures pour garder silence, mais après tout, elle la connaissait bien peu. Elle aurait juré, il n’y avait que quelques jours, qu’elle serait bien incapable d’assassiner froidement son frère.

- Gardes! Éventrez Sitara, qu’Alméïde de Bellifère nous explique ses organes et leur fonctionnement.

D’un geste impérieux de la main, elle désigna l’un d’eux qui, déjà, dégainait une petite lame incurvée particulièrement acérée. Il traversa l’arche et la grille, menaçant, les sourcils froncés dans sa détermination. Lorsqu’il déposa une main sur le haut de son ventre pour l’immobiliser, avant la découpe, il hésita. Peut-être cherchait-il un peu de courage à taillader une jeune femme du harem, ou alors se demandait-il si l’axe vertical était plus approprié pour la leçon d’anatomie. À ses côtés, Astarté ressentait l’impatience et l’impuissance du chef de Clan, et cela suffit à la faire sourire. Un petit sourire, un peu fautif, un peu mesquin. Un peu d’humour ne faisait jamais de mal.

- Suffit. J’ai un moyen moins sanglant de prouver ses paroles.

L’ordre claqua. Qu’on aille lui chercher des femmes! Beaucoup. Cinq ou six. Les noms défilaient à vive allure, et le pauvre garde mandaté acquiesçait docilement à chacune des femmes citées. Elle patienta qu’il s’éloigne avant d’en revenir à la princesse malmenée pour lui expliquer la prochaine leçon, l’examen médical qui, peut-être, lui assurerait une porte de sortie vers Lorgol.

- Il vous suffira de deviner lesquelles de ces femmes portent un enfant à naître, et de détailler un moyen efficace d’interrompre leurs grossesses.

Heureusement, ou malheureusement, Astarté semblait sincère. Vraiment. Elle allait la lui offrir, cette chance de prouver qui elle était.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 4 Mai 2017 - 23:20

Sitara a beau ne pas avoir pu s’enfuir, elle ne regrette rien. Si elle n’a pu atteindre qu’un de deux enfants, cela lui suffit – cette douleur et cette rage qu’elle a pu percevoir dans les yeux de la sultane la comble. Elle a enfin obtenu réparation, pour ces blessures quotidiennes qu’elle a subies, depuis qu’on l’a forcée à intégrer le harem. Elle a obtenu la vengeance qu’elle désirait, mille fois plus cruelle que tout ce qu’Astarté d’Erebor a pu lui faire subir. La catin bien trop fertile a payé de la mort d’un être qui lui était cher. Elle est déstabilisée malgré tout, un instant, en voyant Astarté partir, se renferme, incapable de détourner son regarder du sang qu’elle voit à terre. Son propre sang. Seuls les propos de l’autre duchesse dans la pièce la sortent de son marasme. Duchesse, mariée à Anthim. Elle en rirait presque, la concubine, si cela n’était pas si douloureux, si elle n’était pas à peine capable de bouger, ainsi attachée au mur. Rien ne l’empêche de parler, malgré tout. Malgré chaque tiraillement que cause le simple fait de parler, d’ouvrir ses lèvres sèches et meurtries, chaque blessure qui se réveille, alors qu’elle s’y essaie.

« Quelque chose n'est pas normal, l'Ordre se joue sûrement de nous ; tu es duchesse, mariée à Anthim. Vous avez un fils, Qasim, et tu es enceinte... Je sais que ça a l'air fou, mais tout ça... Tout ça ce n'est pas réel. »

Elle a dû avoir une vie hautement déplaisante, pour inventer de telles fables. Elle aimerait en rire, mais l’image qu’elle dépeint est trop cruelle, trop proche de ce que Sitara aurait réellement voulu, pour qu’elle y parvienne. Elle est plus vive, sa voix, alors qu’elle lui répond. Moins contrôlée. « Quelle douce illusion vous vous êtes créée, Alméïde de Bellifère ! Quelle cruelle fable vous vous contez, pour ne pas penser à votre vie telle qu’elle est réellement. Je n’ai jamais vu Anthim, sinon de loin, et si tel est le cas, je n’en ai aucun souvenir. J’appartiens à Anwar, qui peut disposer de mon corps probablement infertile comme il le souhaite. Autant qu’il le souhaite. Qui l’a fait, et n’a jamais réussi à y implanter la vie. La duchesse est notre tortionnaire, elle qui a su lui donner deux enfants. Peut-être avez-vous perdu la tête, et peut-être intervertissez-vous ma vie et la sienne. »

Elle aurait pu continuer, si elle n’avait été interrompue par l’arrivée et les paroles insensées d’un homme, confortant Alméïde dans son délire, suivi peu après par la sultane veuve. Elle l’interpelle, cette ennemie jurée, bien décidée à empirer ce qu’elle ressent. Elle sourit, d’un sourire mauvais, en prévision de ce qu’elle va dire, en souvenir de ce qu’elle a pu lire dans le visage de sa duchesse – si tant est qu’elle la reconnaît comme telle -, quand on l’a amenée auprès d’elle. Qu’il était doux de déceler cette crainte dans son regard, de sentir cette incertitude, en elle. Elle qui était si assurée, reine parmi le peuple du Sable et du Roc, dont toutes les croyances s’effondraient. « Vous croyez pouvoir protéger votre aîné, duchesse ? Le garder auprès de vous, le protéger ? Cela ne servira à rien, quand mon ou ma complice arrachera un à un différents morceaux de la plante à laquelle est liée votre aîné. Vous le verrez souffrir lentement, aussi lentement que vous nous avez martyrisées pendant des années, nous imposant de nous faire du mal, les unes aux autres. Vous ne pourrez plus jamais prétendre à la quiétude dont vous avez joui des années durant. Chaque jour qui passera, vous vous demanderez si l’on ne s’en prendra pas encore à lui. Ou à vous. Ou à quelqu’un de votre entourage. La peur vous guidera, et vous fera sursauter à chaque coudée que vous emprunterez pour vous déplacer dans ce palais. Votre propre ombre vous terrorisera. »

Elle est froide et jubilatoire à la fois, la voix qui émane de la femme encore attachée au mur. Quelle importance, qu’elle aggrave son cas ? Si la cruelle Astarté ne la tue, elle finira par succomber au sang qui s’écoule lentement des plaies qui ornent son corps. Ils sont expérimentés, les sisgibées, ils l’ont blessée, mais pas assez pour la tuer. Assez pour la faire souffrir des heures durant. Quelle importance, face à sa vengeance enfin accomplie, même partiellement ? Astarté a encore beaucoup à perdre, et cela sert la cause de Sitara. Qu’elle précipité sa mort ne l’effraie guère – elle tente de le croire, du moins.

- Gardes! Éventrez Sitara, qu’Alméïde de Bellifère nous explique ses organes et leur fonctionnement.

Elle feint l’indifférence, alors que l’on s’approche pour lui ouvrir le ventre, pour précipiter sa mort. Pour lui donner la délivrance qu’elle mérite, après tant d’années d’horreur. Elle est presque déçue, que la duchesse honnie se ravise. Veut-elle la faire souffrir encore davantage ? Rien ne pourra ternir la félicité qui s’est emparée d’elle, à l’idée qu’elle a pu instiller le doute en Astarté, qu’elle ne pourrait plus jamais avancer sans regarder par-dessus son épaule.

- Suffit. J’ai un moyen moins sanglant de prouver ses paroles.

Elle la regarde d’un air dédaigneux, méprisant, sa sultane. Elle la juge, sans se soucier des conséquences des propos qui vont franchir ses lèvres ensanglantées. « Vous ne vous êtes jamais montrée aussi faible, Altesse. » Elle crache ces mots, dernière insulte à franchir ses lèvres, avant qu’elle ne retombe dans son mutisme.
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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 6 Mai 2017 - 1:47


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
#12 ♦️ Alméïde & Astarté & Sitara

Le Destin intervient

Du sang sur les murs ? J'arrive. :superman:




L’ambiance est lourde, l’atmosphère crépite de tension, entre les trois femmes qui se déchirent. La sultane doublement endeuillée vibre de chagrin et de haine ; la concubine stérile et délaissée résonne de rage et de rancœur ; et la princesse reniée puis exilée n’est qu’angoisse et doute, dans ce monde insensé qu’elle ne reconnaît pas. Le sang va couler, forcément – comment l’empêcher, tant est grand le ressentiment réciproque nourri par les deux épouses rivales ?

Mais voilà, la soif de sang primitive de la sultane ne trouve plus de répondant, soudain ; dans un battement de cils, Sitara semble soudain changer : la hargne et la provocation désertent ses traits, remplacées par l’incompréhension et la crainte. Le Destin lui a rendu ses souvenirs – mais saura-t-elle pour autant apaiser Astarté, toujours aussi déterminée à laver dans un bain de sang sans pitié les morts criminelles de son époux et de son enfant ?


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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Dim 7 Mai 2017 - 17:49

« Gardes! Éventrez Sitara, qu’Alméïde de Bellifère nous explique ses organes et leur fonctionnement. »
« Non ! »

Le cri résonne dans le cachot et dans la panique, elle fait un geste en avant, mais est tenue en respect par l'un des gardes de la sultane. Peu importe ce que Sitara a pu lui dire précédemment, peu importe le venin qu'elle crache et peu importe qu'elle n'ait aucune idée de ce qu'elle raconte ; elle est son amie, sa famille, il n'est pas question qu'on lui fasse du mal. Alors Alméïde retient son souffle, reculant jusqu'au chef de clan Qoraïch, tout aussi interdit qu'elle face à la situation inextricable, irréelle. Que faire alors que tout est en train de basculer ? L'envie de s'élancer malgré la menace est forte et elle tremble dans l'appréhension de ce qui les attend. Mais un mot de la duchesse les fait tout arrêter. Elle ne peut empêcher un soupir de soulagement de quitter ses lèvres mais elle retient à nouveau son souffle alors qu'elle entend la proposition d'Astarté.

« Il vous suffira de deviner lesquelles de ces femmes portent un enfant à naître, et de détailler un moyen efficace d’interrompre leurs grossesses. » Un moyen d'interrompre... Son visage perd de ses couleurs, non pas parce qu'elle n'a aucune idée de comment répondre à cette demande, mais au contraire parce qu'elle le peut sans mal. Son regard se lève vers le chef de clan qui semble aussi démuni qu'elle dans cette situation et elle est rassurée de voir qu'elle n'est pas seule dans cette histoire ; il lui donne le courage de ne pas se replier sur elle-même pour se rouler en boule dans un coin de la pièce, en attendant que l'illusion s'arrête. Et puis, n'est-elle pas sur le point de prouver qu'elle a dit vrai, jusqu'à présent ?

Elle patiente avec appréhension et heureusement, la sultane ignore également les derniers mots crachés par Sitara, comme une provocation. La princesse ne pourra la protéger indéfiniment, elle n'est pas en position de le faire et elle craint que la patience de la duchesse ne s'amenuise. C'est alors que les concubine parviennent au cachot également, chacune attendant derrière la porte d'être appelée pour être examinée. Alméïde se redresse et accueille la première.

« Comment t'appelles-tu ? » Elle lit la peur et l'incompréhension dans le regard de la jeune femme qu'elle ne connaît pas. S'attendait-elle à ce qu'elle lui crie dessus ? À ce qu'elle la frappe ? Son examen commence et la concubine recule quand elle tend la main vers elle, tel un animal terrifié qui n'a connu que la violence jusqu'à présent. Alméïde en éprouve un violent dégoût un sentiment d'injustice qui brûle en elle et la fait tenir, plus que toute autre pensée. Le regard indigné qu'elle lève vers Astarté en est la preuve irréfutable, mais elle se retient de tout commentaire, encore terrifiée par ce que cette femme à l'humeur changeante pourrait lui faire subir si elle le décidait.

Elle examine ainsi trois concubines, avec douceur, en leur posant quelques questions et en vérifiant certaines informations. Pour le moment, elle évite habilement la question de l'interruption de la grossesse pour celles qu'elle a identifiées comme futures mères, mais celle-ci plane au-dessus de sa tête comme une menace. Puis, alors que la quatrième s'avance d'un pas timide, c'est la voix de Sitara qui lui fait relever la tête. Son regard se pose sur celui de la femme enchaînée au mur et elle sait, à l'instant où elle la voit, qu'il s'agit de sa belle-soeur. Elle y lit la panique et l'incompréhension, elle y lit toutes les émotions qu'elle a ressenties en se retrouvant dans le boudoir, une lame ensanglantée à la main. Alméïde abandonne alors tout ce qu'elle est en train de faire pour s'approcher d'elle.

« Sitara... Je suis là, regarde-moi. »

Sa main vient se poser sur sa joue et elle la regarde droit dans les yeux.

« Avant toute chose, réponds-moi : quel est le nom de ton époux ? » Elle doit être sûre. Elle doit en avoir le coeur net. Elle semble si perdue, la Sitara qui se trouve sous ses yeux, à les questionner d'une voix paniquée. Alors elle doit savoir.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 13 Mai 2017 - 12:03

Elle s’agite, Sitara, accrochée à ce mur, sans comprendre. Elle ne ressent que la douleur, qui parcoure tous ses membres, la morsure du métal autour de ses mains, la raideur dans ses bras qu’elle peine à bouger. Elle frémit au son des chaînes qui remuent à mesure qu’elle bouge. Elle n’a aucun souvenir de ce qu’il s’est passé, et elle est totalement désemparée. Elle aurait surement hurlé, si elle n’avait pas vu ce visage qu’elle connaissait si bien, ce visage si doux, si apaisant.

« Alméïde ? »

Elle se sent faible, sa voix s’entend à peine, dans la pièce bondée. Elle baisse la tête sur son corps ensanglanté – d’où vient ce sang ? Si elle en croit les plaies qu’elle y voit, c’est le sien. Qu’a-t-elle fait ? La tête lui tourne, elle serait surement tombée au sol, si elle n’était pas attachée ainsi. Elle a mal, et elle ne sait plus rien. Pourquoi Astarté des Sables se trouve là ? Et le chef du clan Qoraïch ? Pourquoi ? Où sont… Anthim ? Et Qasim ? Et… Elle essaye de porter sa main à son ventre mais son geste est arrêté brusquement, lui arrachant un cri de douleur. Cri de terreur remplacé par un cri plus intense, plus déchirant, quand elle réalise que son ventre est plat… vide.

« Qu’avez-vous fait de mon fils ? Qu’avez-vous fait de mon époux ? Et mes… mes enfants à naître ? Vous m’avez battue, vous avez… »

Peuvent-ils seulement l’entendre ? Elle n’a pas la force de prononcer ces mots terrifiants, douloureux. Elle ne réagit qu’à la voix d’Alméïde, au contact de sa main sur sa joue. Que se passe-t-il ? Elle voudrait la saisir, cette main, étreindre celle qui est une sœur pour elle. Elle tente encore d’arracher les chaines, sans grande force, sans aucun succès.

« Mais… Je… Anthim. » Pourquoi lui demandait-elle ça ?
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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 13 Mai 2017 - 19:52

« Mais… Je… Anthim. » C'est elle. C'est bien elle ! Alméïde pourrait en sauter de joie si la situation n'était pas aussi dramatique. Sa main sur sa joue, elle s'approche de sa belle-soeur, le front posé contre le sien, son coeur battant à toute allure. La peur lui noue le ventre mais un certain soulagement l'envahit de réaliser qu'ils sont trois désormais à réaliser que quelque chose ne va pas, à pouvoir convaincre la sultane de la supercherie. Les yeux embués, elle s'efforce de garder son calme et de murmurer à son amie de toujours. « Ne t'inquiète pas, je t'expliquerai tout quand nous serons sorties de là. Pour le moment j'ai besoin que tu me fasses confiance. » Et elle se retourne avant que la duchesse ne perde patience ou demande à ses gardes de l'éloigner de Sitara. Qui sait quelles sombres idées pourraient lui passer par l'esprit, après tout ce qu'elle a déjà fait ?

Alméïde s'avance et plutôt que de retourner auprès de la concubine, elle s'approche d'Astarté, à la fois terrifiée et déterminée. Un espace les sépare encore, juste assez pour que ses gardes ne prennent pas son avancée comme une menace pour leur sultane. Et cette fois, son regard sombre se pose droit sur le sien.

« Votre Grâce, cessons ce jeu cruel que vous m'imposez. J'ai examiné assez de ces femmes et ne me suis pas trompée une seule fois, il est inutile que je continue. » En d'autres circonstances, défier ainsi son autorité pourrait être pris comme une insulte, mais rien n'est normal en ce jour. Et puis, n'est-elle pas la princesse légitime d'Erebor, si Anwar en était le sultan ? N'est-elle pas même duchesse... de Bellifère certes, mais duchesse tout de même ? Elle n'est pas coupable du crime pour lequel on la punit, aussi étrange que cela paraisse et elle est entourée d'assez de personnes dans la même situation qu'elle pour ne pas vouloir se laisser aller à se morfondre, comme elle l'aurait fait si elle s'était retrouvée seule à nouveau, comme lorsqu'elle était aux mains de l'Ordre du Jugement. Si elle n'est pas la seule à vivre cela, peut-être y a-t-il un moyen d'arranger les choses et bien qu'elle ne sente plus l'esprit de Simon, elle reste la Tour Noire, elle reste celle munie du bouclier, celle qui protège. D'autres comptent peut-être sur elle, sur la Rose, qu'elle existe toujours aux yeux des autres ou non.

« Je vous l'ai dit, je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe. Il s'agit peut-être d'une illusion, ou d'une autre manigance de l'Ordre, mais vous voyez bien que nous sommes plusieurs à ne pas comprendre la situation. » L'Ordre, oui, c'est forcément eux. Qui serait assez puissant pour faire vivre une illusion aussi réaliste à plusieurs personnes à la fois ? Alméïde songe à la deuxième épreuve du tournoi et elle se demande un instant si quelque chose de semblable est en train de se produire ou peut-être est-ce quelque chose de complètement différent ? « Je veux savoir ce qu'il se passe et je... je suis persuadée que nous pouvons trouver les réponses si nous nous rendons à Lorgol. L'Académie regorge d'ouvrages et de personnes qui sauront peut-être nous guider. » L'idée lui a traversé l'esprit à de nombreuses reprises et pourtant, elle l'a toujours chassée, persuadée de ne jamais pouvoir sortir de ce cachot. Or, une mince lueur d'espoir s'est éveillée à la vue de sa belle-soeur qui retrouve ses esprits. Oui, elle se doit de saisir sa chance.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Dim 14 Mai 2017 - 1:04

À la suite de chaque femme examinée, Astarté avait explicitement demandé à la soit-disant guérisseuse si leur ventre était ou non une menace. Si il allait enfler. Si un enfant allait naître. Patiente et calme, la sultane avait sagement laissé la médecin les mettre en confiance sans réagir. Il était particulièrement exaltant de voir l’assassine de leur époux, de leur premier amour, pour la plupart, leur parler avec gentillesse et douceur, comme s’il n’y avait jamais eu de crime sanglant entre elles. Toujours calme, toujours patiente, elle avait vu Sitara s’animer, cracher des mots vénéneux d’une justesse incroyable. Si la Duchesse d’Erebor était une être sanguinaire, violente, cruelle et barbare, il était délicat de lui reprocher, en plus du reste, de ne pas être patiente. Car même lorsque Sitara entama la même ritournelle d’Anthim et d’incompréhension ingénue, Astarté ne cilla pas. Plutôt, elle avait demandé à ce qu’on accompagne les concubines en sécurité, loin de la Duchesse de Bellifère. Elle était lasse, Astarté. En si peu d’heures, elle avait tout perdu. Son époux, son enfant, la stabilité qu’elle connaissait au harem. Tout. La fatigue la gagnait peu à peu, et la volonté de faire son deuil, de lécher ses plaies encore à vif, la tenaillait de plus en plus. Qu’importe, qu’Alméïde de Bellifère pleurniche sur l’épaule de l’hypocrite petite épouse. Qu’importe leurs larmes. Leurs paroles meurtrières. Leur rage et leur regret.

Environ convaincue des capacités médicales de sa belle-soeur, Astarté s’était lentement confrontée à l’inévitable. Le voyage vers Lorgol, vers l’Académie, allait devoir se faire. Quelque chose d’étrange arrivait; Qoraïch disait vrai. C’est lorsqu’elle s’est présentée devant elle, la noble médecin, qu’Astarté haussa un sourcil.

- Votre Grâce, cessons ce jeu cruel que vous m'imposez. J'ai examiné assez de ces femmes et ne me suis pas trompée une seule fois, il est inutile que je continue.

Était-ce le fait que Sitara se range soudainement à son avis qui donnait à la Belliférienne des idées teintées de folie? Ne lui avait-elle pas déjà démontré, à cette maraude, qui dictait et qui exécutait, entre elles?

- Je vous l'ai dit, je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe. Il s'agit peut-être d'une illusion, ou d'une autre manigance de l'Ordre, mais vous voyez bien que nous sommes plusieurs à ne pas comprendre la situation. Je veux savoir ce qu'il se passe et je... je suis persuadée que nous pouvons trouver les réponses si nous nous rendons à Lorgol. L'Académie regorge d'ouvrages et de personnes qui sauront peut-être nous guider.

Il aurait sans doute été d’une simplicité désarmante d’expliquer à Alméïde que son plan initial était celui-ci. Il aurait sans doute été tout aussi simple de la rassurer, de lui accorder que ses propos étaient surréalistes, mais qu’un filon de vérité dérangeante y était néanmoins présent.

- Giflez-là.

La gifle ne tarda pas à se manifester, sur la joue déjà meurtrie de la médecin.

- Encore.

Le deuxième coup siffla dans l’air. Alors que le Qoraïch retenait son souffle et ses élans devant cette gratuité écoeurante, Astarté d’Erebor était somme toute blasée. Lasse. Éreintée. Elle avait très certainement vu pire, comme châtiment, ou peut-être était-ce la douleur qu’on lui faisait vivre, depuis la veille, qui l’engourdissait plus que d’ordinaire?

- Si vous n’aviez pas encore compris, Princesse, je dicte les règles du jeu, et vous obéissez sagement. Vous ne m’avez pas encore dit comment faire taire la menace grondante dans leur ventre. Mais qu’importe. Elles fuiront dès les portes ouvertes. N’est-ce pas ce que font les rats, après tout..?

Sa très brève démonstration de force s’arrêta là. Aucun coup supplémentaire, aucune morsure infligée, aucune chaire pincée. La sultane pivota sec, sous un tintement délicat de bracelets qui s’entrechoquent.

- Trouvez-moi un domestique capable d’habiller la Duchesse pour son voyage. Ses vêtements serait un appel à tous les taureaux excités de Bellifère. Et.. Par pitié, trouvez-moi quelqu’un pour que Sitara cesse de geindre et survivre jusqu’à destination. Il serait difficilement explicable que nous trainions un cadavre jusqu’à l’Académie.

Une chose était certaine, avec l’éducation d’Astarté, le jeune Prince Aïssa allait sans doute être le plus sage et discret des enfants d’Erebor.

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Message Sujet: Re: Être sultane à la place de la sultane ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mer 17 Mai 2017 - 23:28

La gifle claque, violente, contre sa joue déjà meurtrie. Alméïde serre les dents malgré la douleur et l'humiliation, elle serre les dents lorsque la deuxième prend le même chemin que la première, accentuant la brûlure sur sa peau. Le rouge monte à ses joues. L'indignation succède à la surprise et elle relève alors les yeux vers la sultane, prête à recevoir un nouveau coup, mais celui-ci ne vient pas.

« Si vous n’aviez pas encore compris, Princesse, je dicte les règles du jeu, et vous obéissez sagement. Vous ne m’avez pas encore dit comment faire taire la menace grondante dans leur ventre. Mais qu’importe. Elles fuiront dès les portes ouvertes. N’est-ce pas ce que font les rats, après tout..? » Impassible, elle retient la réponse qui désire s'échapper de ses lèvres. Oui, qu'elles fuient loin, très loin de cette furie. Comment une telle femme peut-elle être à la tête de son duché bien-aimé ? Comment a-t-elle pu épouser son frère ? Qu'a donc fait son frère pour qu'elle-même fasse couler son sang dans son propre palais ? Toutes ces questions lui donnent le tourni et elle s'efforce de ne pas s'y attarder, s'accrochant à l'idée que rien de tout cela n'est réel et qu'elle retrouvera bien assez vite sa vie d'avant. Un espoir qui semble naïf, mais le seul qui parvienne à la faire tenir.

« Trouvez-moi un domestique capable d’habiller la Duchesse pour son voyage. Ses vêtements seraient un appel à tous les taureaux excités de Bellifère. Et.. Par pitié, trouvez-moi quelqu’un pour que Sitara cesse de geindre et survive jusqu’à destination. Il serait difficilement explicable que nous trainions un cadavre jusqu’à l’Académie. » L'envie de s'interposer et de se proposer pour soigner Sitara est retenue de justesse ; elle ne désire pas pousser la duchesse dans ses retranchements alors qu'elle paraît encline à les croire et à les emmener avec elle à Lorgol. Mieux vaut ça que de moisir dans ce cachot en attendant de recevoir la punition des mains des chefs de clans.

C'est sans un mot, sans une plainte, qu'elle revêt les vêtements apportés à son intention – des robes de la soie la plus raffinée, à son grand étonnement – tandis que l'on soigne Sitara. Son regard se tourne parfois vers elle afin de s'assurer qu'elle est prise en charge correctement, grimaçant face au manque de douceur, mais soulagée de voir que le travail est bien effectué. Puis, elles prennent leur mal en patience, les deux jeunes femmes, tandis que la sultane les quitte pour s'occuper des préparatifs de leur voyage. Alméïde profite de ces quelques instants auprès de sa belle-soeur pour lui expliquer tout ce qu'elle sait – bien que ce ne soit pas grand chose – et pour partager ses doutes. Tout ce qu'elle a vu, ou entendu, ou fait. Ce qu'elle sait d'Erebor, la présence de sa mère, la mort de son frère, la mort du prince, la fuite d'Anthim auprès de Castiel. Elle lui répète tout cela avec précipitation, de peur de ne pas avoir le temps ou d'oublier quelque chose, mais ce n'est pas nécessaire. Les minutes passent, les heures même, avant qu'on ne revienne les chercher enfin. Et c'est escortées par une garde conséquente que les deux femmes se retrouvent à nouveau devant la sultane.

À chaque pas effectué, Alméïde appréhende un peu plus ce qui l'attend, mais la présence de sa belle-soeur l'apaise et lui donne la force d'encaisser la peur, de la chasser même quelques instants, pour parvenir à avancer. Sans un mot, elle fait ce qu'on lui demande, elle suit la duchesse de loin et lorsque leur petit groupe franchit le portail qui les mène à Lorgol, elle retient son souffle ; la dernière fois qu'elle en a pris un, elle s'est retrouvée en très mauvaise posture. Pourtant, c'est bien dans la cité aux mille tours qu'ils parviennent. Du moins, ce qui s'en rapproche. La Ville Haute semble méconnaissable et même la garde conséquente de la duchesse ne la rassure pas ; au contraire, leurs nombreux apparats attirent un peu trop les regards curieux et gourmands.

« Votre Grâce, si je puis me permettre... » C'est la voix du chef de clan Qoraïch qui s'élève, hésitante, mais son regard paraît assuré. « Sur le chemin qui m'a mené à Vivedune, j'ai entendu parler d'un camp qui se serait formé à l'extérieur de la ville, depuis quelques temps. Peut-être serait-ce un endroit plus sûr. » « Un camp ? Quel genre de camp ? » demande Alméïde avant de se reprendre, baissant humblement la tête devant la sultane, craignant une nouvelle manifestation de son ire. « Je vous demande pardon. » marmonne-t-elle, évitant son regard, cherchant celui de Sitara avec appréhension. Si un tel camp s'est réellement formé, ne devraient-ils pas aller voir ce qu'il en est ?

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