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 La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée

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Message Sujet: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr - 1:49




Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
#18 ♦ Marjolaine & Tara

La danse des hippopotames

Intrigue 2.3 ♦ Trame temporelle alternée




Décidément, Sombretourbe porte bien son nom.
C’est dans la fange bourbeuse du marécage que deux femmes soudain prennent conscience d’avoir eu, jadis, il n’y a pas si longtemps, une vie bien différente. Enfoncées au milieu des crocodiles jusqu’à la taille, Tara et Marjolaine sont en plein assaut d’une caravane marchande qui se défend bien mieux qu’elles ne l’avaient escompté, même avec l’appui des bêtes du marais.
Elles sont perdues, les deux femmes qui pataugent en tentant de reprendre le dessus : que font-elles donc en ces lieux, avec une bande de truands qui leur obéissent comme si… elles étaient leurs chefs… ?




Consignes

Le Destin vous passe la main



• Ce topic est votre participation à l'intrigue 2.3 La Roue Brisée et n'est ouvert qu'à vous.  

• Vous devez y poster au moins une fois par semaine chacun.  

• Ce sujet devra être clôturé avant le dimanche 28 mai !  

• Vos personnages doivent arriver à Lorgol en fin de sujet, pour rejoindre l'Académie, ils ont le pressentiment qu'on les y attend. De fait, un campement de romanichels rescapés commence à se former dans la forêt de sapins à proximité. Vous serez sûrement au complet vers la fin du mois de mai.

• C'est le Destin qui décide si votre personnage a conscience d'avoir vécu une autre vie auparavant, ou pas ! Respectez bien votre contexte, et soyez attentifs : il peut vous faire retrouver la mémoire en cours de sujet...  

• Le premier message posté sera obligatoirement le formulaire d'ouverture des RP ! Pensez à le dater et à insérer le lien de votre sujet à l'endroit prévu pour permettre son recensement dans la chronologie.

• Le Destin passera peut-être vous taquiner de temps en temps...

• Pas de limite de mots, vous êtes des dragonnets libres, liiiiiiibres !

Bonne chance à tous !  


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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr - 16:05


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
Marjolaine du Lierre-Réal & Tara Mille-Visage

La danse des hippopotames

Intrigue 2.3 ♦ Trame temporelle alternée



• Date : 30 avril 1002
• Météo : Les nuages s'amoncellent, la pluie ne saurait tarder
• Statut du RP : privé
• Résumé : Décidément, Sombretourbe porte bien son nom.
C’est dans la fange bourbeuse du marécage que deux femmes soudain prennent conscience d’avoir eu, jadis, il n’y a pas si longtemps, une vie bien différente. Enfoncées au milieu des crocodiles jusqu’à la taille, Tara et Marjolaine sont en plein assaut d’une caravane marchande qui se défend bien mieux qu’elles ne l’avaient escompté, même avec l’appui des bêtes du marais.
Elles sont perdues, les deux femmes qui pataugent en tentant de reprendre le dessus : que font-elles donc en ces lieux, avec une bande de truands qui leur obéissent comme si… elles étaient leurs chefs… ?
• Recensement :
Code:
• [b]17 avril 1002[/b] [url= http://arven.forumactif.org/t1961-la-danse-des-hippopotames-intrigue-2-3-la-roue-brisee] La danse des hippopotames [/url] - [i] Marjolaine du Lierre-Réal & Tara Mille-Visage [/i]
C’est dans la fange bourbeuse du marécage que deux femmes soudain prennent conscience d’avoir eu, jadis, il n’y a pas si longtemps, une vie bien différente. Enfoncées au milieu des crocodiles jusqu’à la taille, Tara et Marjolaine sont en plein assaut d’une caravane marchande qui se défend bien mieux qu’elles ne l’avaient escompté, même avec l’appui des bêtes du marais.
Elles sont perdues, les deux femmes qui pataugent en tentant de reprendre le dessus : que font-elles donc en ces lieux, avec une bande de truands qui leur obéissent comme si… elles étaient leurs chefs… ?


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Dernière édition par Tara Mille-Visages le Dim 28 Mai - 10:37, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr - 16:06

Je déteste la boue.

Mais vraiment. J'en viens même à me demander qui a eu cette idée de génie d'attaquer cette caravane marchande dans ce qui est probablement le pire endroit du monde. Avant de me rappeler que c'est moi. J'arque un sourcil, réprimant une flopée de jurons alors que je manque de trébucher dans un énième trou . J'arrive cependant à reprendre mon équilibre et surtout, à garder ma dignité. Face à la bande que nous devons mener, qui nous suit comme notre ombre depuis que nous sommes partis et que nous avons décidé d'attaquer ce qui, d'après nos informations, était une caravane regorgeant de marchandises de luxe qui ne pouvait que nous plaire.

Je sais que Jamal sera ravi de nous voir revenir les poches pleines et, à la pensée de celui qui est mon époux depuis près de 20 ans, j'ai un sourire mutin. Avant de me focaliser de nouveau sur la situation. Nous sommes pour le moment en sécurité, derrière des arbres suffisamment touffus pour gagner quelques précieux instants. Dire que nous sommes mal engagés est un doux euphémisme et j'ai un regard en direction de Marjolaine, en qui j'ai tout ma confiance, pour souffler, d'un ton assuré.

"Ma belle, il va falloir que tu montres l'étendue de tes talents. Je ne suis pas sure que nous nous en sortirons sans dommage sinon."

Et je lui jette une œillade presque amusée, essayant de ne pas trop me focaliser sur le fait que nous risquons, vraiment très gros dans cette histoire. Ils se défendent bien mieux que nous l'avions escompté, à croire que les marchandises qu'ils transportent ont bien plus de valeur que prévu, et j'ai peur que nous ne finissions par prendre plus de coups que nous ne pourrions en donner. Et que les choses finissent très mal. Je pose ma main sur mon ventre, songeant que j'aurais dû prévenir Jamal que j'attendais encore un enfant. Notre quatrième. Il va être ravi mais surtout, il ne va guère apprécier de ne pas avoir été averti plus tôt. Mais il ne m'aurait jamais laissée partir mais il est tout bonnement hors de question de rester cloîtrée en attendant cette nouvelle naissance.

C'est alors que je tends l'oreille, inspirant alors que je songe à la meilleure méthode pour aborder de nouveau notre cible que je me rends compte que quelque chose cloche. Je pose ma main sur mon ventre, à peine arrondi alors qu'à ce stade de la grossesse, pour mes autres enfants, l'on pouvait déjà bien voir que j'étais enceinte… Surtout pour… par tous les dieux, quel est le nom de mon dernier enfant ? On ne peut pas oublier une chose pareille non ? Je cille alors que j'entends le hululement familier d'une chouette. Mais je n'ai pas de chouette et… pas d'enfants.

Je n'ai jamais eu d'enfant. Voilà ce que me souffle cette petite voix d'un ton assuré dans mon esprit alors que j'essaie en vain de me rappeler de leurs noms. Mais comment me souvenir de quelque chose qui n'a jamais existé ? Mais je… ça ne va pas du tout. Et Jamal ? Et le reste ? Je secoue la tête alors que le volatile se pose sur mon épaule, comme s'il en avait l'habitude. J'en oublie de le chasser, comme alors que je suis perdue dans mes pensées, que j'essaie de rattraper ces souvenirs qui semblent s'effilocher malgré moi.

… et qu'est-ce que je fais là ? J'ai brusquement l'impression d'y voir flou et je tangue un peu, n'ayant même pas l'excuse d'un énième trou dans les marécages pour manquer d'équilibre.

Je tourne les yeux, fixant alors les hommes qui m'entourent… et réalisant que je n'ai pas la moindre idée de qui ils sont. Et que je ne peux pas être enceinte. Ce ventre, si peu arrondi soit-il, ne peut être réel. C'est impossible.

J'ai envie de crier, de demander ce qui se passe, mais je suis incapable de prononcer le moindre mot. Alors, je jette un regard en direction de… Marjolaine, c'est ça ? Je ne suis même pas sûre. Qui va peut-être me rassurer. Tout du moins je l'espère.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 1 Avr - 19:13

Les jupes remontées pour éviter les traces de boue sur ses beaux vêtements – oui, une hors-la-loi de renommée soigne aussi sa toilette – les poings levés en hurlant des ordres, Marjolaine se tenait fièrement debout, droite comme un piquet malgré le sol gluant et s'enfonçant sous ses pieds.  La situation était tendue : cette bande de brigands en avaient plus dans le ventre qu'elles ne l'avaient d'abord espéré, elle et sa partenaire, Tara.  Mais il en fallait beaucoup plus pour démonter un Blanc-Lys et elle comptait faire ses preuves.  Les choses auraient pu être pires.  Malheureusement, elles avaient sous-estimé les forces ennemies ce qui rendaient les opérations moins ordonnées et efficaces qu'elles ne l'auraient dues.  Retenant un juron à l'égard d'un sous-fifre qui s'était étalé de son long dans la fange, elle s'approcha de lui pour le remettre sur ses pieds, dans toute la grandeur de sa petite taille.  Ce n'était pas comme ça qu'ils allaient s'en sortir et il était temps pour la jeune femme de montrer ses talents particuliers.  Après tout, elle ne s'en prenait pas aux imprudents qui osaient s'aventurer dans les marais pour le plaisir d'avoir les vêtements ruinés après une excursion lucrative.

« Ça vient, mais je crois que les dommages collatéraux sont plus grands que ne l'avaient estimé! » lâcha-t-elle sur un ton qui ne laissait rien démontrer de ses émotions.  Marjolaine avait toujours été douée pour masquer ses inquiétudes, encore plus depuis qu'elle était passée chef de sa propre petite bande, prête à la suivre jusqu'aux enfers.  Après tout, elle l'avait bien mérité leur respect, en faisant outre de sa timidité naturelle pour leur venir en aide alors qu'ils étaient dans le besoin.  Comme quoi un acte de générosité peut vous être utile tout au long d'une vie et vous assurer la fidélité de vos suivants.  Elle l'avait vite compris la Lagrane et bien que ce soi tout naturel chez elle, s'en servait là où elle le pouvait.

Mais pour le moment, ce n'était pas de sa compassion dont on avait besoin.  Ce n'était qu'une qualité moindre dans de pareille situation.  L'idéal, la crème de la crème c'était de pouvoir faire appel à de puissants guerriers.  Fous de rage.  Violents.  Invincibles.  Les hippopotames.  Depuis l'époque où Marjolaine était toute petite, commençant à peine à marcher sur ses jambes potelées, elle entretenait une fascination pour ces animaux remplis de dignité et si elle avait failli à plusieurs reprises être piété par eux dans leur fureur causée par des jeux d'enfants, une fois devenue une adolescente en pleine connaissance de ses moyens, elle apprit à leur parler, à leur insuffler sa volonté.  Ce n'était pas pour rien que l'héritière de Blanc-Lys avait su poursuivre la renommée familiale : elle avait apporter sa propre couleur aux rumeurs et racontars sur la famille, poussant même jusqu'à passer au stade de légende.   Il ne fallut pas longtemps pour que ses puissants alliés n'arrivent à la rescousse, chargeant tête baissée contre l'ennemi.

« Écartez-vous sinon vous allez passer un mauvais quart-d'heure! » intima-t-elle à ses gens qu'elle devait protéger.  Oui, c'était une bonne chose d'avoir ces gros chevaux de rivières à leurs côtés, mais il valait mieux éviter de se mettre sur leur chemin : elle ne comptait pas faire des pertes humaines dans son propre clan.  Par avec Tara et son ventre rond.

Dans le vrombissement des pieds plats et lourds martelant le sol en cadence, Marjolaine se sentit soudainement étourdie.  Mais qu'est-ce qu'elle faisait là, entourée de monstres?  Sa main se porta instinctivement à son ventre pour le protéger : rien ne devait arriver à ce bébé grandissant dans son sein.  Quelle ne fut sa surprise lorsqu'elle ne toucha qu'un ventre plat, le ventre qu'elle avait toujours avant de n'épouser Denys, avant de ne mettre au monde leur fille adorée, Rose, avant de n'attendre ce petit garçon qu'elle espérait tant, pour qui elle avait tressé tant de couronnes de fleur.  La panique l'envahit : qu'est-ce qui s'était passé?  Comment s'était-elle retrouvée-là?  Pourtant, elle avait cette vague impression de connaître tous ces visages tendus vers elle, bien qu'ils lui étaient tous inconnus.  Des hommes et des femmes qui ne semblaient qu'attendre ses ordres pour poursuivre… elle ne savait trop quoi.  Protéger cette caravane attaquée par les animaux sauvages?  Était-ce la sienne?  Combien de temps avait-elle rêvé avant de ne revenir à cette réalité?  Non.  Plutôt, quelle était cette magie étrange qui avait alterné cette réalité?  Rien de tout cela n'était vrai.  Il était impossible que cela soit vrai, elle ne se rappelait que trop bien les bras de son époux et ses paroles, qui si elles ne débordaient pas d'un amour constant et fidèle, étaient assez emplies d'une affection pour satisfaire son cœur ému.  Et d'ailleurs, peu importe la situation, jamais le duc n'aurait laissé sa duchesse d'épouse se promener dans une caravane de marchandises, sans protecteurs outre des paysans désoeuvrés.  Des âmes innocentes.  Et surtout pas… une femme enceinte qui semblait tout comme elle complètement désoeuvrée devant le spectacle qui se déroulait devant leurs yeux.  Elle n'était pas du tout certaine de qui elle était, mais une voix souffla en elle Tara et elle en déduisit que c'était ainsi que se prénommait la demoiselle.

Elle se rapprocha de l'autre femme, qui tout comme elle ne semblait pas appartenir à la scène.  Elle ne voulait pas laisser paraître à ces gens qu'elle ne comprenait rien à ce qui se passait : apparaître en contrôle de la situation plus tard ne pourrait point nuire.  « Excusez-moi, mais… vous comprenez quelque chose à ce qui se passe vous?  Où sommes-nous? » lui demanda-t-elle à voix basse de façon à ce qu'elle seule de l'entende.  Elle avait du mal à bien se tenir debout sur ce sol boueux, bien qu'une force inconnue l'aida sans qu'elle ne comprenne trop comment à avancer sans ne se blesser.

« M'dame Blanc-Lys!  M'dame Basir!  Ya Pétunia qui est en mauvaise posture!  Un des hippopotames a dévié de sa course et vient de la percuter de plein fouet!  Qu'est-ce qu'on fait? » les appela un homme âgé dans la trentaine qui ne semblait qu'attendre ses instructions.  Mais quelle était cette galère.  Loin de se montrer démontée, elle retroussa ses manches et soupira à l'intention de la blonde : « Puisque ces gens semblent avoir besoin de nous, occupons nous en.  Quitte à comprendre ce qui se passe plus tard. »

Elle pataugea en direction de l'homme qui l'avait appelé pour s'enquérir de cette Pétunia, en espérant que l'autre dame allait la suivre.  Quant à l'âme à sauver, elle n'espérait pas grand-chose pour celle-là, cela relèverait du miracle.  S'enfonçant dans la mêlée, elle tenta d'ignorer les bruits des combats qui faisaient rage en deux petits groupes dont l'un semblait être le sien.
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Dim 2 Avr - 13:02

Un jour, si je comprends ce qui est en train de m'arriver, je rirai probablement de l'ironie de la situation. Je me vante depuis toujours ou presque de maitriser l'illusion, de pouvoir faire croire n'importe quoi à n'importe qui ou presque. Et là, alors que je cille, les pieds dans la boue, croyant être une autre, je n'arrive même pas à saisir à quel point j'ai pu être bernée. D'autant que, dans l'immédiat, je crois vraiment être… être qui au juste ? Je vois une mèche de cheveux blond-roux s'échapper de mon chignon, sans même me rendre compte que je n'avais pas vu cette couleur de cheveux sur moi depuis des années. Ma véritable couleur de cheveux. Et pourtant, je souffle, sans même me rendre compte de l'incongruité de la situation.

"Il va falloir qu'on réévalue les risques. Et qu'on voit si tout cela en vaut vraiment la peine. Ou s'il ne vaut pas mieux prendre nos jambes à notre cou. Si l'on arrive à sortir de cette boue entiers cela s'entend."

C'est moi qui parle comme ça ? Avec ce ton impérieux, assuré, de celle qui dirige une bande depuis plusieurs années. Une bande de quoi d'ailleurs ? Ces hommes qui m'entourent semblent tous sauf rassurants, pour autant, je me sens en sécurité à leurs cotés. Et je hoche la tête, par réflexe, alors que Marjolaine appelles ses alliés.

Des hippopotames.

Bien. Tout va bien. Mais visiblement tout est normal. Il faut que je me pousse, pour veiller à ce que mon bébé ne risque rien.

… mon bébé ? Mon QUOI ?

Tout n'est qu'illusion Tara.

J'ai l'impression que mon cœur bat tellement vite qu'il va s'échapper de ma poitrine et je ne sais même pas comment je fais pour tenir debout. Bizarrement, sentir les serres de cette chouette sur mon épaule me rassure, m'aide plus que je ne l'aurais cru. Et je me sens soulagée quand … Marjolaine donc, je suppose, prend la parole. Je secoue imperceptiblement la tête, soufflant, sur le même ton qu'elle.

"… non. Je… je ne peux pas être enceinte. Je ne peux pas être là. On dirait… que nous sommes dans les marais de Lagrance. Mais je ne suis sure de rien. Il me faut du temps. Pour comprendre ce qui se passe."

Je déglutis, enfonçant mes doigts tremblants dans mes poches pour que personne ne se rende compte de rien alors qu'on finit par nous interpeler.

M'dame Basir ? Moi ? Non. Impossible. C'est juste. Non. Surtout, ne pas laisser la panique m'envahir. Qu'est-ce qu'on fait ? On est vraiment savoir quoi faire là, de suite ? Alors, je plisse des yeux, inspirant de nouveau alors que je reporte mon attention sur Marjolaine.

"Blanc-Lys… c'est bien vous ? Mais vous... tu as raison. Il faut jouer le jeu. Jusqu'à ce qu'on en comprenne les règles."

Je la suis, pataugeant dans ses pas tant bien que mal, ne pouvant m'empêcher de poser ma main sur mon ventre alors que mon cœur a des ratés. Et que la chouette me picore affectueusement l'oreille, comme pour m'assurer que tout ira bien. Mais depuis quand j'ai une chouette ? Et là, je me fige, alors que je vois la grosse bestiole non loin.

"… bien. Marjolaine ? Dis-moi que tu sais t'y prendre avec les hippopotames. Parce que là, elle nous regarde. Il ? Bref… le truc là… Et je suis pas sûre que nous arriverons à nous déporter assez vite avec cette boue."

Peut-être que sa vision est basée sur le mouvement. Si nous ne bougeons pas, il fera pareil, peut-être même qu'il nous oubliera. Et bizarrement, personne ne semble s'en soucier alors que j'entends le fracas des épées non loin. Et des cris. Je n'aime pas ça, mais alors pas du tout.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mar 4 Avr - 13:49

Ne pas être seule dans ce bateau ne rassurait pas nécessairement la jeune femme.  D'une part si, parce que cela confirmait qu'elle n'était pas folle, qu'elle n'était pas la seule à croire faire un rêve des plus étrange.  D'autre part, pas du tout, parce que si tout cela était vrai, aussi incongru pouvait-il être, cela voulait dire que quelqu'un jouait dans sa tête et ce n'était pas du tout pour lui plaire.  Denys ne s'inquièterait-il pas pour elle, en voyant qu'elle n'était pas à la maison et qu'elle n'y rentrerait point?  Et c'est à ce moment-là qu'elle réalisa enfin que personne ne l'avait appelé Madame du Lierre-Réal.  On l'avait appelé Madame de Blanc-Lys.  Blanc-Lys, son nom de jeune fille qu'elle avait quitté à ses dix-neuf ans lorsqu'elle avait épousé le Duc de Lagrance.  Il y avait déjà au moins huit ans de cela.  Un instant, la panique l'empêcha de poursuivre sa route dans la direction qu'elle avait prise, un élan de courage au cœur.  Que lui était-il arrivé?  Où était Rose?  Où était le bébé qui grandissait dans son ventre?  Mais surtout, pourquoi n'y avait-il pas de Denys à ses côtés? Avait-on découvert son secret à propos de son infertilité?  Il en aurait résulté de son renvoi du palais ducal.  Non.  C'était impossible.  Ces enfants étaient malgré tout les leurs, à Denys et elle, elle avait porté en son sein, les avait conçu.  Qu'est-ce que c'était que de demander un peu d'aide pour réaliser leur rêve à tout les deux, de compléter leur famille?  Non, l'homme qu'elle aimait ne l'aurait jamais chassée pour cela, n'est-ce pas?  Elle avait foi en lui.  Il lui avait promis, il lui avait promis qu'il ne reconnaîtrait jamais d'autres enfants que ceux qu'ils auraient ensemble.  Et il aimait trop ses enfants pour les priver de leur mère, elle en était sûre.  Des rumeurs circulaient sur le Duc, mais elle savait mieux que quiconque qu'il avait bon cœur.  Mais tout cela ne faisait que la rendre encore plus confuse dans la mêlée alors que clairement ce n'était pas le moment.

Ce fut l'autre jeune femme qui la rappela à ses sens et fort à propos considérant qu'un hippopotame se dressait droit devant elles, prêt à charger, et Marjolaine ne tenait pas du tout à finir comme la pauvre Pétunia pour qui on ne pouvait plus rien hélas.  Mais malheureusement, ce serait effectivement difficile de s'échapper simplement en courant.  Surtout avec la grossesse avancée de l'autre dame.  Un instant elle songea qu'elle-même n'irait pas bien loin avec ses mollets blancs de duchesse, jusqu'à ce qu'elle sentisse ses muscles développés et crispé.  Elle pourrait peut-être s'en sortir, mais hors de question de laisser l'autre derrière elle.

« Je ne sais pas comment on va s'en sortir, je ne suis pas mage moi! » paniqua-t-elle un instant.

Comme animée par un sixième sens, elle poussa derrière elle la rouquine et entra en communication avec l'animal qui avait commencé sa course rapide vers elles deux.  Marjolaine n'avait jamais manifesté de capacités magiques, elle ne pouvait pas comprendre ce qu'elle était en train de faire.  C'était comme si une autre entité la possédait.  Elle se sentait maladroite, mais surtout angoissée : la bête ne ralentissait pas sa course.  Au dernier moment, voyant leur heure venue à toutes les deux, elle tenta de sauver la future mère en la poussant se le côté terrifiée.  Ses lèvres formèrent une dernière fois le nom de son époux.

Mais elle était encore en vie?  Comment était-ce possible?

L'hippopotame était bien là, sa gueule béante ouverte se trouvaient à quelques millimètres de son visage.  Un souffle puant se dispersa devant elle et une voix intérieure lui souffla : Monte!  Pas sans Tara, répliqua-t-elle.  Elle se tourna vers cette dernière qu'elle avait étalée dans boue et lui tendit une main pour l'aider à se relever.

« Monte sur l'hippopotame.  On va le chevaucher pour se tirer d'ici!  Allez dépêche-toi!  On fera les présentations plus tard, là on a pas le temps de réfléchir et avec ce ventre rond, tu ne feras pas long feu.  Une fois montée, on appellera à la retraite, en espérant sauver ces pauvres hommes. »

Sans attendre qu'elle ne proteste, Marjolaine tira Tara à elle et la poussa d'un coup rein pour qu'elle puisse monter sur le cheval des rivières.
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mer 5 Avr - 13:18

Se focaliser sur les choses concrètes, dont je suis sûre.

Je suis les pieds dans la boue. Ça, c’est réel. Je m’appelle Tara. Ça aussi, c’est vrai. Mais le reste ? Sur quoi est-ce que je peux me raccrocher, là tout de suite ? Et dans ma tête résonne encore le nom que l’un des hommes m’a donné. M’dame Basir. Jamal serait derrière tout ça ? Ça pourrait être une explication comme une autre mais, pour l’heure, il va falloir parer au plus pressé. Et essayer de gérer cette panique qui grandit doucement mais surement alors que je sens cette vie poindre dans mes entrailles.

Je serre les poings, chassant les images aussi absurdes les unes que les autres qui se bousculent dans mon esprit et je souffle à l’attention de la jeune femme, toute aussi paniquée que moi. Mais il faut qu’on maitrise la situation ou, qu’au moins, l’on survive assez longtemps pour comprendre ce qui se passe. Ce qui, au vu de ce qui nous arrive dessus, semble quelque peu compromis.

"Et moi, je ne suis pas enceinte normalement. Donc il va falloir faire avec ce qu’on a. Et vite."

Je fixe l’énorme bête qui se précipite vers nous et, voyant qu’elle ne freine pas, je ferme les yeux, incapable de faire quoi que ce soit de plus, me laissant tomber sans même lutter quand ma camarade d’infortune me jette à terre. J’avoue que mourir écrasée par un hippopotame ne faisait pas vraiment partie des différentes options auxquelles j’avais songé durant mon existence. Et, alors que j’attends le choc venir il … et bien il ne se passe rien. J’ouvre un œil, puis un deuxième, un rien décontenancée alors que je peux voir dans le gosier de l’animal. Grands dieux cette odeur est immonde. Mais vraiment. Je ne veux pas savoir qui lui a servi de déjeuner, je risque de rendre tout ce que j’ai dans le ventre.

Je reste quand même figée, face à cette scène dont le surréalisme monte d’un cran quand … Archimède, parce que c’est bien le nom de ce volatile, se pose sereinement sur la tête de l’hippopotame. Et pour un peu, je jurerais qu’il est en train de le grattouiller entre les oreilles. J’écarquille les yeux et je manque de tomber en avant quand Marjolaine me tire le bras pour me relever, secouant la tête pour me remettre les idées en place.

"Et je monte comment sur cette… chose ?"

Pas le temps d’en dire plus que je me sens poussée pour monter. Bien, soit. Je me retrouve à essayer de grimper, gênée par mon ventre arrondi et je manque de glisser à plusieurs reprises. Mais je sens que la bestiole s’impatiente alors que je m’agrippe et je ne sais pas quel miracle je me retrouve à califourchon sur cette chose.

Je fais de l’hippopotame. Tout est normal.

Marjolaine se glisse devant moi sans que j’aie eu le temps de voir si elle aussi a eu du mal à se hisser. Et, sans prendre le temps de réfléchir, je lâcher, d’une voix forte, audible, bien plus que je l’aurais cru.

"RETRAITE !"

Les hommes se figent, tournant un regard passablement perplexe dans ma direction. Et je souffle, dans un murmure, alors qu’ils commencent à se faire méfiants.

"Il semblerait que je ne sois pas du genre à battre en retraire. Et qu’ils ont l’air de se poser des questions. Alors c’est le moment de dialoguer avec Gertrude ou Rodrigue pour qu’il galope loin d’ici."

Sinon, je sens que les choses vont mal finir. D'autant que j'ai l'impression qu'ils brandissent leurs épées dans notre direction. Enfin, avec un peu de chance, je me trompe. Ce serait mieux.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 6 Avr - 13:35

Bien que ce ne fut pas facile, découvrant sa nouvelle musculature développée, la petite duchesse se hissa tant bien que mal à l'avant de sa comparse : après tout, c'était elle qui pouvait entrer en communication avec les hippopotames et puis considérant le ventre bien gonflé de l'autre femme, il valait mieux pour elle se se retrouver à l'arrière : ainsi Marjolaine ne protégeait pas qu'une seule vie, mais deux.  Elle n'avait aucune idée d'où lui provenait tout ce courage et toute cette bravoure, mais elle n'avait pas le temps non plus de creuser à fond la question.  Monter à dos d'hippopotame avait quelque chose de plus compliqué que de chevaucher un équidé ordinaire, néanmoins elle trouva assez rapidement une position relativement confortable qui lui permettait d'assurer son équilibre.  Au même moment, Tara annonça la fin des opérations, plongeant dans la stupéfaction tout ceux qui semblaient faire partie de leur équipe.  Mauvaise décision, mais Marjolaine ne pouvait que blâmer elle-même puisque l'idée était la sienne.  Maintenant, il fallait trouver comment la réparer et s'assurer une fuite rapide comme le soulignait justement l'autre cavalière de l'animal géant qui commençait à trépigner sur place.  Un hippopotame ne pouvait pas se cambrer, n'est-ce pas?  La brunette s'agrippa tant bien que mal à sa monture et leva un bras en l'air, hurlant : « À LA CHARGE! »

L'effet fut rapide : les hommes – et les femmes – tout à l'heure stupéfiés reprirent leurs activités et poursuivirent l'assaut contre les charriots.  Néanmoins, la noble dame ne comptait pas rester sur place pour diriger les opérations, elle ne s'en sentait pas la force.  Elle regrettait de peut-être faire courir à la mort ces braves gens – bien qu'elle commença à douter de leur honnêteté en voyant les cargaisons remplies qui semblaient appartenir à l'autre groupe – mais elle devait avant tout comprendre ce qui s'était passé et pourquoi elle n'était pas au palais ducal, auprès de Rose et de son mari.  Et surtout elle voulait savoir où était passé son enfant à venir.  C'était ce qui l'inquiétait plus que tout.  L'idée que des gens la suivent et lui obéissent ne la surprenait pas : elle avait su conquérir le cœur des Lagrans et elle ne doutait pas qu'ils lui viennent en aide en situation de besoin.  Cependant, les incohérences étaient trop nombreuses et ce qu'elle vivait, voyait, ressentait, tout cela était beaucoup trop vif pour n'être qu'un rêve.

« CHARGEZ! » cria-t-elle une seconde fois pour inciter les derniers indécis à reprendre les armes.  Du même moment, une nouvelle vague d'hippopotames enragés rejoignit les rangs de hommes et fonçaient droit sur la caravane prise d'attaque.  C'était le moment ou jamais.

« Ne me demande pas comment j'ai fait, je ne suis même pas sûre que ce soit moi, » dit-elle son un ton un peu plaisantin à l'attention de l'autre femme tandis que leur monture s'élançait tout droit vers la mêlée.  Non!  Non!  Non! La duchesse était épouvantée, elle ne souhaitait pas participer à l'agression.  Paniquée, elle ferma les yeux.  Elle attendit le choc.  Il vint et manqua de les catapulter hors de selle lorsque le gigantesque mammifère défonça un des carrosses en travers de son chemin.  Par quel miracle étaient-elles  toujours en place, elle n'en savait rien, mais elle remercia Cerah et adressa une prière à Maari pour qu'elle protège l'enfant qui grandissait au sein de sa coéquipière.  Elle tourna le cou pour regarder derrière elle : les combats faisaient rage, le corps à corps étant l'unique échappatoire, les hippopotames galopaient en cercle, comme les acteurs d'un sinistre ballet.  Elle reporta son attention vers l'avant, au cas où il serait nécessaire de guider leur monture dans la bonne voie.   Celle-ci semblait toutefois savoir où elle allait et ne ralentissait point le pas alors que le bruit assourdissant des lames s'entrechoquant et des cris humains s'atténuaient doucement.

« Je sais que ça ne sera pas facile, mais essaie de m'enlacer par la taille, je crois que ce sera plus facile pour toi de rester en équilibre. »

C'est alors qu'elle réalisa que depuis le début de cette aventure un peu folle, elle tutoyait la demoiselle.  Elle qui vouvoyait encore son époux.  D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, Marjolaine n'avait pratiquement jamais tutoyé qui que ce soit.  D'où lui venait cette étrange manie tout subitement.  Autant rattraper maintenant sur les politesses et en profiter pour parler de son plan à sa compagne d'infortune.

« Vous pardonnerez mon impolitesse, dans la folie frénétique de la mêlée je n'ai pas eu l'occasion de me  présenter.  Je suis Marjolaine du Lierre-Réal, née de Blanc-Lys, duchesse de Lagrance.  Si nous pouvions atteindre le palais d'Edenia, je suis certaine que mon époux pourra nous en dire plus sur ce qui se passe. »

Oui, elle devait rentrer chez elle, là où était sa place.  Retrouver son mari qui saurait la rassurer devant cette situation si étrange et inexplicable.  Elle ne voyait pas d'autres solutions plus efficaces.  Rodrigue, ou Gertrude – elle ne comptait pas descendre pour vérifier quel nom était approprié – continuait sa course, ignorant presque ses deux cavalières, s'enfonçant plus avant dans les marais.
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Lun 10 Avr - 20:05

Il parait que la vie est faite de choix. Certains sont avisés, pertinents et adaptés à la situation. Et d'autres non. En l'occurrence, là, je peux dire sans trop m'avancer que j'ai complètement raté mon coup. Le regard des hommes pèse sur nous et il m'est difficile de le supporter, d'autant que je ne sais pas du tout ce qui se passe, que je ne comprends pas ce que  nous faisons là et que, pire que tout, c'est mon vrai visage que je montre aux autres.

Mais ce ventre n'est pas le mien. Il ne peut pas être à moi. C'est inconcevable.

J'inspire de nouveau, cédant à la panique et j'écarquille les yeux quand Marjolaine se met à hurler. Visiblement, ça marche, bien mieux que notre plan initial. Je soupire de soulagement, essayant de me tenir tant bien que mal alors que les hippopotames se joignent à la petite fête. J'observe la scène, incrédule avant de lâcher un rire nerveux aux propos de la jeune femme.

"Tant que ça marche, peu importe qui est vraiment derrière tout ça."

Je n'arrive pas à retenir un hurlement de panique quand c'est au tour de Gertrude de foncer dans le tas car ce n'était pas vraiment ce que j'avais prévu. Si l'on peut dire que prévoir quelque chose est possible en cet instant précis. Je garde les yeux fermés au moment de l'impact et je suis incapable de les rouvrir alors que je souffle, d'une voix tremblante.

"On est en vie. On est toujours en vie. C'est…"

Inconcevable ? Incroyable ? Je ne sais pas trop mais aucun de ces mots n'est suffisant pour arriver à traduire ce que je ressens là, tout de suite. De toute façon, je serais incapable de donner des mots sur tout ce qui se bouscule dans mon esprit, entre les brigands, les hippopotames, mon ventre arrondi… je n'arrive pas à me focaliser sur quoi que ce soit. Mais il le faut pourtant, si nous restons là, nous allons finir par nous faire tuer. Je hoche la tête quand elle reprend et je fronce les sourcils, essayant de trouver une position à peu près confortable.

"Attend, juste un instant et…"

J'arrive, je ne sais par quel miracle, à passer une jambe par-dessus notre monture improvisée et je me cale, jambes sur le coté contre mon alliée du moment. J'arrive à m'agripper alors à elle et j'inspire doucement, essayant de retrouver un peu un calme de façade alors nous nous éloignons enfin du plus gros des combats. Et, sans pouvoir m'en empêcher, je laisse filer un rire quand elle reprend la parole.

"Il semblerait qu'on se connaisse pourtant. Je m'appelle Tara … juste Tara. Certainement pas Basil en tout cas. Je suis… je vis à Lorgol."

Et je grimace, alors que je tapote son épaule, avant de rétorquer, d'un ton aussi doux que possible.

"Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. Si vous n'êtes pas vraiment duchesse de Lagrance ? Si votre époux ne vous attend pas ? Je sais, cela va vous paraitre complètement fou mais… je n'ai pas d'enfants. Je ne peux pas en avoir. Et voilà que je me retrouve avec un ventre arrondi et que je sens cette vie à l'intérieur de moi. Quelque chose cloche. Vraiment. Et il faut se défier de ce que nous pensons être la réalité. Que ce soit celle-là, celle que nous connaissons, ou que nous croyons connaitre."

L'illusion. Je suis supposée la maitriser, pas me laisser berner par elle. Il faut que je me concentre, que j'arrive à comprendre ce qui se passe. Mais là, alors que nous galopons je ne sais où à dos d'hippopotame, autant dire qu'il est délicat de faire la part des choses.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Dim 16 Avr - 4:54

Tara.  Alors oui, ses instincts semblaient bons.  Elle ne savait qui lui avait soufflé ce nom, mais c'était bel et bien celui de l'étrangère, qui pourtant lui paraissait si familière.  C'était si… étrange.  Il n'y avait point d'autres mots pour décrire la situation.  Elle sentait celle-ci lui glisser entre les doigts de plus en plus rapidement, comme le cours d'eau des rapides.  Tout ce à quoi elle pouvait songer, c'était retrouver le palais d'Edenia, son mari et ses enfants.  Du moins, elle espérait qu'ils y seraient tous.  Si elle n'avait pas mis au monde le fils pour lequel elle priait tant depuis des mois, elle ne voulait même pas l'espace d'une fraction de seconde songer à ce qui avait bien pu arriver.  Si dans ce monde fou dans lequel elle se voyait désormais obligée d'évoluer, il y avait bien une chose dont elle était certaine, c'était bien que son époux saurait quoi faire.  Malgré ses infidélités, Marjolaine avait une confiance absolue en les capacités de jugement de Denys.  Elle ne voulait pas voir d'autres solutions que celle-là.  Complètement égarée dans un monde si familier, mais pourtant si inconnu, elle avait besoin d'un repère solide et ça ne pouvait être que dans l'homme qu'elle aimait qu'elle ne le trouverait.  Elle était si confirmée dans sa conviction qu'elle n'envisageait même pas l'idée que peut-être tout avait changé.  Peut-être Denys ne la reconnaîtrait-il pas.  Peut-être n'était-il pas l'homme qu'elle aimait.  Elle-même n'était pas tout à fait elle-même tout en étant elle-même.  C'était un étrange sentiment.

Les propos de l'autre cavalière furent comme une douche froide lancée sur la tête de la pauvre Marjolaine.  Pas seulement parce que ça lui apparaissait particulièrement cruel après tout ce qu'elle avait vécu jusque là, alors qu'elle se montrait depuis  toujours si conciliante envers lui.  Mais le ton de cette femme lui faisait réaliser qu'elle ne pouvait continuer à se bercer d'illusions. Ce n'était pas le moment.  Pourtant, une larme ou peut-être était-ce deux, coula le long de sa joue.  Elle s'ordonna néanmoins de se ressaisir, ce n'était pas le moment de s'abandonner au désespoir.  Jusque là, la duchesse s'était contentée d'attendre passivement que Denys ne revienne vers elle, jouant ici ou là de quelque fil en espérant que le vent tournerait en sa faveur.  Il était temps qu'elle prenne les choses en main et cesse d'attendre.

Enfin, il faudrait d'abord qu'elle réussisse à commander ce quadrupède qui ne semblait pas du tout décidé à ralentir sa course.  Et ce n'était pas avec le sens de l'orientation de Marjolaine qu'elle pourrait deviner où l'hippopotame semblait vouloir les conduire.

« Je sais que cette réalité est étrange… Si vous ne devriez pas être enceinte, moi je devrais l'être d'environ… six mois.  Peut-être avez-vous raison, peut-être que je ne suis pas la duchesse de Lagrance…  Mais je suis certaine que je l'ai été.  Dans une autre vie peut-être… »

Ce n'était pas une tâche facile d'aligner autant de mots alors qu'elle se faisait balancer de gauche à droite sur le dos de son hippopotame.  Elle s'accrochait du mieux qu'elle le pouvait, craignant que Tara ne tombe.  Peu importe si elle devait ou non porter cet enfant, elle devait le protéger, maintenant qu'il existait.  C'était ainsi que Marjolaine remerciait Maari de lui avoir donné Rose, elle qui n'aurait jamais dû porter d'enfant.

« Je crois que nous devrions être assez loin des combats, je ne vois rien à l'horizon…  Comment faire pour arrêter notre monture, telle est la question maintenant… »

Elle se rappela d'avoir entendu une voix lui parler.  Fervente adoratrice de Maari, Marjolaine réalisa qu'il s'agissait sûrement de la voix de la déesse.  Sans plus tarder, elle lui adressa une prière : Maari, mère de tous, aidez-moi, supplia-t-elle.  Elle ne cessa de songer à faire arrêter la bête.  Jusqu'à ce que celle-ci ne mette enfin un frein à sa course.  Après avoir jeté un coup d'oeil aux environs, espérant qu'il n'y ait point de danger, elle remercia la déesse et se laissa glisser en bas de l'animal, plus leste qu'elle ne l'avait jamais été.  Elle flatta le gros ventre de l'animal pour le remercier, en espérant qu'il voudrait bien rester pour les accompagner dans la suite de leur périple.

« Laissez-vous glisser, je vais essayer d'amortir votre atterrissage!  Peu importe d'où vient ce bébé, il faut le protéger.  Une fois à terre, on pourra réfléchir à ce qu'il faut faire maintenant. »

Elle ne sait combien de temps elles ont couru et les nuages gris qui s'amoncelaient sur le ciel était de plus en plus nombreux et sombres.  Il ne restait que peu de temps avant qu'elles ne soient arrosées par la pluie.
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Lun 17 Avr - 22:37

Comment cela a-t-il bien pu arriver ? Comment puis-je connaitre le nom de celle qui est à mes cotés ? Alors que je suis incapable de savoir qui elle est vraiment, que je ne sais pas ce qu'elle fait là et moi encore moins, que je ne pourrais pas dire, même si on me torturait, comment j'ai pu la rencontrer. Mes pensées se bousculent, dans le désordre, sans que je n'arrive à y faire quoi que ce soit. La panique se mêle à un besoin impérieux, vital même, de fuir cet endroit pour être au calme, pour apaiser mes pensées et comprendre ce qui a pu arriver. A deux, nous devrions arriver à recoller les morceaux non ? A démêler le vrai du faux, à trouver la voie à suivre pour … pour quoi au juste ? Retrouver cette réalité ? Une autre ? Et comment ? Voilà des questions qui s'ajoutent aux autres qui ne semblent pas prêtes à trouver de réponses.

Mes propos, alors qu'elle semble persuadée que sa réalité, si l'on peut dire cela comme ça, existe vraiment, qu'elle peut la retrouver, semblent faire mouche. Je lui laisse quelques instants de répit pour reprendre une contenance. Nous ne pouvons pas tomber maintenant, au sens propre comme au sens figuré, tout du moins pas avant de comprendre ce qui s'est passé. L'hippopotame nous entraine je ne sais où mais, au moins, c'est loin du brouhaha des combats. Je me demande si nous avons gagné et, à cette pensée, je ne peux m'empêcher de froncer les sourcils. Et si nous avions laissé nos hommes aller à leur mort ? Si cette réalité était la vraie, la seule et que nous venions de tout détruire d'un coup de tête ? Non, c'est impossible et le coup de bec que m'assène la chouette installée sur mon épaule est comme une certitude que je ne peux ignorer.

"Et si… cet enfant était le votre ? Je ne sais pas à quel point la magie peut altérer les choses mais, on ne sait jamais. Il pourrait avoir été… transféré en mon sein ? Je sais, c'est ridicule, j'en suis navrée. Je sais juste que je… enfin être enceinte c'est… trop pour moi."

J'inspire de nouveau alors que je tente tant bien que mal de m'accrocher à elle et que notre monture continue de faire des siennes. Je hoche la tête quand elle reprend, fronçant les sourcils alors que je me demande si sa relation pourrait marcher comme avec… Archimède. C'est son nom. C'est… il est… c'est mon ami. La chouette frotte son bec affectueusement contre mon oreille alors que Gertrude freine. Visiblement, Marjolaine a trouvé le truc. Tant mieux, sinon, je ne sais pas comment nous aurions bien pu faire. Je grimace quand elle reprend et je me laisse glisser, comme elle vient de me dire de le faire. Elle arrive à amortir ma chute et je me retrouve dans ses bras l'espace d'un instant avant d'esquisser un sourire gêné.

"Si vous êtes vraiment duchesse de Lagrance, vous me voyez désolée de toute cette familiarité. Mais merci de veiller sur moi comme ça en tout cas."

Je tapote à mon tour le flanc de la bête qui secoue la tête et qui regarde Marjolaine.

"C'est le moment de lui dire de filer non ?"

Je fronce les sourcils de plus belle alors que mon regard suit le sien et que je remarque enfin les nuages qui s'amoncellent. Décidément, nous jouons de malchance.

"Il faut qu'on trouve un abri. Au moins, la pluie va effacer les traces de notre passage dans la boue, c'est toujours ça de pris. Et il faut que l'on… pose les choses. Que l'on réfléchisse. Savoir ce dont on se souvient, ce qui nous semble vrai, certain, ce qui a l'air d'être imaginé, ce qui… oh grands dieux, j'ai l'impression de me donner mal au crâne toute seule. Et encore, je n'ai pas énoncé tout c que j'ai en tête."

Je secoue alors la tête, me massant le ventre dans un réflexe que je ne pensais jamais avoir un jour. Et je sursaute alors que je sens le bébé mettre un coup. Mon cœur se serre et je me retiens difficilement de trembler. Je me contente de souffler, dans un murmure difficilement audible.

""Il n'y pas une cabane là-bas ? Regardez…"

Et je tends le doigt, montrant une espèce de cahute à l'orée d'une forêt. Elle a l'air loin mais elle aurai peut-être un toit. Ou alors, c'est peut-être juste un mur de pierre et nous allons rire jaune une fois là-bas. J'ai un soupir alors que je commence à marcher par là-bas, essayant tant bien que mal de mettre mes idées en ordre. Autant dire que, pour le moment, c'est un échec.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mar 18 Avr - 17:48

Marjolaine se contenta de sourire et de dire doucement : « Être duchesse ne me rend pas plus importante qu'une autre et j'ai plaisir à me sentir utile aux autres. »  Son regard se porta sur la bête qui semblait la contempler d'un air paisible et acquiesça à la proposition de la laisser partir.  Elles ne pouvaient décidément pas la garder éternellement auprès d'elle : c'était la première séparation d'un périple qui serait bien long.  Elle tapota une dernière fois le ventre tendu de l'animal en lui souhaitant bonne chance pour la suite et la remerciant une fois de plus pour le secours qu'elle leur avait apporté alors qu'elles étaient dans le besoin.  Quant à trouver un abri, prendre le temps de réfléchir et de faire le tri de leurs souvenirs, elle ne peut qu'être d'accord, c'est forcément ce qu'il y a de mieux à faire avant de ne prendre toute autre décision.  Celles qui ont déjà été prises étaient définitivement trop promptes, elles n'avaient pas eu le temps de peser les conséquences qu'elles auraient, ni la portée de leurs répercussions.  Rien ne garantissait qu'elles se sortiraient un jour de ce cauchemar et il faudrait alors vivre avec le poids de leurs choix.  En espérant qu'elles avaient fait le bon.

C'est en silence qu'elle suivit la jeune femme en direction de la cabane, en espérant qu'elles y arriveraient avant que l'averse ne se mette à les abreuver et qu'elles n'arrivent pas à se dépêtrer de la boue.  Son corps semblaient avoir développé une nouvelle élasticité, mais elle ne savait toujours pas comment s'en servir.  Puis, mais si elle avait su, elle aurait été restreinte par le rythme des pas de sa partenaire d'infortunes.  Son ventre était bien arrondi déjà et elle ne pouvait pas progresser aussi rapidement qu'une femme leste comme elle.  Sa précédente grossesse – et celle théoriquement en cours – le lui avait appris.  Elle restait près de la rouquine, pour la récupérer en cas de chute.  L'idée que c'était son bébé qui était peut-être dans le ventre de la jeune femme ne lui avait pas échappé et plus encore elle désirait protéger cet être fragile.  L'idée s'enfonçait de plus en plus profondément dans son esprit que c'était bel et bien le cas.  Cette petite vie qui grandissait, elle reviendrait à elle, elle en était sûre.

La pluie commença à tomber finement alors qu'elles étaient en vue de la cabane, assez près pour voir qu'elle avait un toit, bien qu’apparemment percé par endroit, laissant les fuites d'eau s'échapper : ce serait toutefois mieux que rien.  La porte était déjà ouverte et Marjolaine incita Tara à entrer la première : elle craignait qu'elle ne prenne froid et que cela ne cause du tort au bébé.  Dans ce taudis, il serait impossible d'allumer un feu pour se réchauffer à cause de l'humidité et de l'espace clos qui aurait eu vite fait de les enfumer.  Et  de toute façon, pour sa part, la duchesse n'avait aucune idée de comment allumer un feu de bois.  Il y avait des désavantages à vivre dans un palais : des tâches utiles de la vie, on ne savait pas accomplir grand-chose.  Une fois entrée à son tour, elle entendit un drôle de bruit tout en apercevant les murs trembler.  Surprise, elle se retourna pour découvrir que leur monture essayait de faire  son chemin à leur suite, sans égards pour la pauvre masure qui éclaterait si elle continuait d'essayer de passer l'embrasure de la porte.

« Non!  Tu ne peux pas entrer ici! » s'exclama la duchesse avec stupeur.  La bête s'arrêta et sembla les contempler d'un air pensif et triste.  Pauvre petite chose.  « Je crois qu'elle s'est prise d'affection pour nous, » ajouta-t-elle à l'intention de la femme enceinte.  Elle tenta d'intimer par la pensée à l'hippopotame qu'elle devait attendre dehors.  Elle n'attraperait pas froid sous l'averse, n'est-ce pas?  Elle tenta de s'en convaincre, après tout son habitat naturel se trouvait dans les marais et elle semblait en pleine forme.

Elle avisa une vieille couverture dont elle drapa Tara après en avoir secoué du mieux la poussière qui l'habitait.  « Il vaudrait mieux éviter que vous preniez froid.  Pour le bébé…  Puis si… si ce que vous avez dit tout à l'heure est vrai… » Elle n'osa pas terminer.  Si cet enfant était le sien, elle désirait le récupérer en bonne santé.  C'était déjà inquiétant qu'il ait disparu et sans mage du sang pour s'assurer de son bien être, il fallait se montrer prudent.  Extrêmement prudent.

« Asseyez-vous sur une de ces caisses, ce n'est pas très confortables, mais on y sera tout de même mieux pour y réfléchir qu'à dos d'hippopotame… »
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 20 Avr - 12:09

Je fixe un instant la jeune femme, oubliant tout ce qui nous chamboule, toutes ces questions qui devront connaitre une réponse tôt ou tard mais qui peuvent attendre un peu, juste un peu. Et je souffle, avec un sourire mutin.

" Bien sûr que si. Vous êtes plus importante, plus précieuse. D’aucuns paieraient cher pour vous sauver. Ou pour voir avoir, c’est selon. Mais pour le coup, je pense que nous sommes toutes les deux autant concernées l’une que l’autre par cette… mésaventure."

Oui, le sens de l’euphémisme est important dans un moment comme celui-là. Sinon il est fort probable que je saute par-dessus bord et que je demande à Gertrude de me rouler dessus pour que j’oublie tout de ce qui s’est passé dans la douleur, ou quelque chose du même acabit. Je ne cherche pas plus que ça à ranimer la conversation alors que nous nous dirigeons vers l’espèce de petite cabane. Je suppose qu’elle est, comme moi, perdue dans ses pensées et qu’elle essaie de comprendre ce qui nous arrive, de démêler ce qui peut l’être. Une fois à l’intérieur, je pousse un profond soupir de soulagement. Ce n’est pas le grand luxe mais, à tout prendre, nous aurions pu tomber plus mal. Et la pluie commence à se faire vraiment dense, s’infiltrant par le plus petit interstice, par le moindre trou. J’ai un frisson mais je ne peux m’empêcher de sourire quand je vois l’hippopotame à la fenêtre. Je m’approche, doucement, effleurant ses naseaux.

" Elle a raison, tu ne peux pas entrer. Mais tu peux nous attendre. On ne te laissera pas là."

J’arque un sourcil, me demandant si elle a compris quelque chose. Elle est assez placide pour ne pas être une source d’inquiétude supplémentaire et je souffle, en direction de ma compagne d’infortune, d’un ton tranquille.

" Il va nous falloir une monture quand nous aurons décidé quoi faire. Dans mon… état, je ne pourrais pas aller bien vite et je risque de me fatiguer rapidement. Je suppose en tout cas."

C’est ce qu’il se dit sur les femmes quand elles sont aussi grosses. Ce qui n’est pas mon cas. Ne l’a jamais été. Je hoche alors la tête quand elle reprend, serrant la couverture contre moi et grimaçant. Alors, mon idée n’est pas si farfelue que cela semblerait-il. Et si je ne sais pas quoi en penser, je n’ose pas imaginer ce qu’elle a en tête en imaginant qu’il pourrait s’agir de son enfant juste là, sous ses yeux. J’effleure mon ventre rebondi et je souffle, d’une voix que j’essaie de rendre apaisante.

" Si c’est votre bébé, je ferais tout ce qu’il faut pour qu’il aille bien. Par contre, si c’est réellement celui de Jamal ce…"

Je déglutis et je suis obligée de fermer les yeux tant la tête me tourne à cette pensée. Mais ne peux pas lâcher prise, pas maintenant. Il faut être rationnelle et essayer de comprendre, un minimum en tout cas. Je jette un bref regard à ce qui semble être une espèce de cheminée et les restes d’un feu mais je grimace en voyant le bois humide juste à côté. Bien, on ne pourra pas compter là-dessus. Je m’assois donc sur la caisse et j’inspire.

" Bien. Il va falloir prendre les choses dans l’ordre. Quelle est la première chose dont vous vous rappelez ? Je sais que j’ai eu la sensation que tout semblait normal, mais que, d’un coup, c’est comme si on avait claqué des doigts contre mon oreille et que je me réveillais. Et que je me retrouvais plongée dans mon rêve. Je ne suis pas cette femme dont ils parlaient tous. J’en suis sure. Je m’appelle Tara Mill-Visages, je suis membre de la Cour des Miracles et je vis à Lorgol. Je sais utiliser la magie aussi, j’ai étudié des années à l’Académie. Et comme je vous disais, je ne peux pas avoir d’enfants. Voilà ce dont je suis certaine."

Je fronce les sourcils et je reprends, la mine pensive.

" Nous sommes supposées être des… brigands c’est bien cela ? Et plutôt importantes quand on voit la taille de notre bande. Et nous connaitre donc. Et moi, être mariée avec un homme dont je n’ai plus entendu parler depuis près de 20 ans."

Voilà. J’ai énoncé les premières choses que j’ai en tête, même si cela ne m’éclaire pas vraiment. Je me rends pourtant compte, après avoir prononcé le nom de ma cité, qu’il faut nous y rendre. Cette certitude est étrange, je n’arrive pas à saisir pourquoi je pense à cela, ce que cela pourrait nous apporter mais elle commence à s’insinuer dans mon esprit et à prendre le pas sur tout le reste.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 20 Avr - 16:02


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
#18 ♦ Marjolaine & Tara

Le Destin intervient

Des dragonnets tous sages ? J'arrive. :superman:




Elles ne sont pas très avancées, les deux brigandes qui ne se rappellent pas de leur vie de méfaits ; l'une se souvient du palais ducal d'Edenia, l'autre a peuplé sa mémoire des pavés de la Cour des Miracles. Et qu'en est-il de ce bébé mystérieusement disparu chez l'une, et apparu chez l'autre... ? Dans leur abri dérisoire, les deux femmes tentent de comprendre ; mais des cris au loin leur donnent l'alerte.

Visiblement, les Chevaucheurs de Lagrance ont fini par débusquer le gang de détrousseurs qui sévit dans les marais, et passent à l'attaque !

Il faudrait peut-être songer à fuir... :eheh:


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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 22 Avr - 16:26

La duchesse ne pouvait que hocher affirmativement la tête : elles ne pourraient pas aller à pieds pour longtemps.  Elle ne savait à combien de mois de grossesse était rendue Tara, mais à voir la taille de son ventre, elle était assez avancée pour gêner considérablement ses déplacements.  Elle s'en rappelait encore, Marjolaine, lorsqu'elle était enceinte de Rose, il avait fallu quelques mois de plus avant qu'elle ne se sente affaiblie plus rapidement par l'activité physique.  C'était arrivé un peu plus vite pour le second bébé.  Et puis elle-même ne connaissait pas ses propres limites.  Elle sentait que son corps avait gagné en puissance et en agilité, mais elle ne savait pas comment utiliser ses nouvelles capacités avec lesquelles elle n'avait que très peu eu le temps d'en faire l'expérience.  De les amadouer.  Elle se demandait pourtant où elles pourraient trouver deux bons chevaux, car elles ne pourraient tout de même pas débarquer à Lorgol à dos d'hippopotame tout de même.  Lorgol?  Pourquoi pensait-elle subitement à cette ville inconnue où elle n'avait pratiquement jamais mis les pieds?  Elle ne connaissait point ces terres et ce qu'elle en avait entendu dire ne lui donnait guère l'envie d'y séjourner.  Pourtant, elle avait songé tout naturellement que si elle ne se rendrait pas au palais d'Edenia, la demeure de son mari bien-aimé, c'était bien là qu'elles devraient se rendre.  Elles y trouveraient toutes les réponses à leurs questions, certainement.  Et qui sait, peut-être se réveilleraient-elles enfin de ce cauchemar interminable et beaucoup trop réel?

Le conjectures de sa partenaire permirent à la Lagrane de faire un tri dans son esprit.  Elle n'était plus duchesse, mais désormais une brigande de grands chemins.  Et ça, c'est un fait : elles ne seront nulle part à l'abri en Lagrance si c'est le cas.  Heureusement qu'elles avaient pris le temps de s'arrêter plutôt que de foncer droit vers le palais ducal : on les y aurait arrêtées et elles n'auraient pas été bien avancées.  Peut-être les auront exécutées…  Et Marjolaine n'aurait pas supporté de voir Denys lui faire ça, n'importe qui sauf lui.  Elle n'aurait pas pu supporté ses yeux posés sur elle.  Elle se languissait de lui, mais elle craignait qu'il n'aie aucun souvenir d'elle.  Ou même qu'il n'existe tout simplement plus.  Cette idée lui perçait encore plus le cœur de douleur que de croire qu'il l'eut oubliée.

« Je ne sais pas… Je me souviens simplement d'avoir eu la tête qui tourne et de m'être retrouvée entourée d'hippopotames galopants.  Et je ne suis certainement pas un brigand.  Enfin, dans la réalité que je connais en tout cas.  Je suis fille de comte, même si je n'avais pas épousé Denys on ne me retrouverait pas impliquée dans de telles affaires…  La balance a complètement perdu son équilibre… »

Elle s'arrêta, complètement désorientée.  Mais à quoi ça rimait.  Elles n'arriveraient à rien comme ça.  Et elles avaient besoin de repos.  Elle se sentait percluse de douleurs et vidée de toute énergie.  De toute façon, avec la pluie, elles ne pouvaient pas bouger.  Ce serait dangereux pour le bébé.

« Prenons un peu de repos, quand la pluie se sera arrêtée, on pourra prendre la route de Lorgol, on n'est pas en sécu… »

À peine avait-elle commencé à parler du danger que celui-ci plongeait droit sur elle, se manifestant par des cris.  Elles n'avaient ni eu le temps de se reposer, ni d'envisager la route à prendre.  Était-ce à cause de l'hippopotame qu'elles avaient été repérées?  Il n'y avait pas de temps pour se poser ces questions. Il fallait fuir et rapidement et elles auraient besoin de la vitesse de leur fidèle monture.  Tant pis pour les chevaux.  Il était impossible de laisser la pauvre bête derrière elles, ç'aurait été trop cruel.  Puis de toute façon, si elles s'essayaient à courir, elle ne pariait pas cher de leur vie.  Elle jeta un regard à travers l'un des trous du murs : on avait lancé l'escouade de Chevaucheur contre elles.  Ça ne serait pas facile de s'en sortir.  Elles n'étaient pas vraiment armées non plus, et même si elles l'avaient été, qu'auraient-elle pu faire contre un dragon?  Lui grafigner une écaille?

« Les Chevaucheurs sont déjà là.  Il faut qu'on quitte cet endroit au plus vite.  Et encore mieux si possible, Lagrance. »

Le problème étant qu'elle ne savait pas du tout où elles étaient dans le duché.  Elle jeta un regard à la bête qui les regardait d'un air placide, ne semblant pas alerté par le danger.  Pourtant, lorsque son regard croisa celui alarmé de Marjolaine, la panique sembla la gagner elle aussi.

« Pas de temps à perdre, il faut monter à dos d'hippopotame à nouveau et espérer que je sois capable d'appeler ses copains à nouveau pour créer une distraction. »

Elle était déterminée.  Elle ne se laisserait pas prendre et se tirerait coûte que coûte de ce mauvais pas.  Elle retrouverait sa vie, son mari et ses enfants.  Elle en fit le serment à Cerah.  Elle ne savait point d'où lui venait cette force et cette volonté, mais elle sut en faire usage.  Elle ne pouvait se permettre de rester la femme passive qu'elle avait toujours été : son destin était entre ses mains et c'était à elle de le modeler.

« Vite!  Prenez cette couverture!  Elle pourra aider à nous cacher sur le dos de notre cheval un peu particulier, la couleur se ressemble, de loin on pourra peut-être réussir à les confondre un moment. »
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mer 26 Avr - 11:46

Décidément, je ne pensais pas qu’être enceinte pouvait être aussi handicapant. Mais l’agacement produit par le fait que mes gestes soient limités s’envole à chaque fois que je sens un coup, un mouvement en mon sein. Je sais que ce n’est qu’une illusion, je ne dois pas l’oublier, surtout pas, d’autant qu’elle peut cesser d’un moment à l’autre, mais je sens tout de même mon cœur qui se serre à chacun de ces instants. Parce que c’est quelque chose que je ne pensais jamais ressentir, dont j’avais fait mon deuil il y a longtemps déjà. Pour un peu, j’aurais envie de me mettre à pleurer sous le coup de l’émotion. Mais je ne peux pas me le permettre, le retour à la réalité, à ma réalité, serait d’autant plus douloureux. Alors, au lieu de trop y penser, j’essaie de me raccrocher sur du concret, de me remettre les idées en place. C’est plus complexe que je ne l’aurais cru alors que ma compagne semble elle aussi plongée dans l’expectative, sans bien savoir ce qui nous attend au-dehors. Enfin si, nous savons que nous sommes attendues par une charmante créature de plusieurs centaines de kilos, ou milliers, pour ce que j’en sais. Ce qui n’arrange en rien ce sentiment de panique diffus que je m’efforce d’ignorer encore plus que le reste.

"Bien, au moins nous sommes sures d’une chose. Cette réalité-ci, celle où nous semblons nous connaitre et œuvrer de concert avec des brigands n’est pas la nôtre. Même si je ne suis probablement pas la personne la plus honnête du monde, je veux bien le concéder. C’est comme si le temps avait décidé de s’emballer et de … bifurquer ? A un moment crucial de nos vies. Quand j’ai rencontré celui qui est supposé être mon époux par exemple. Je l’ai connu, dans ma vraie vie."

J’ai un frisson à cette pensée et je hoche distraitement la tête quand elle parle de prendre un peu de repos. Je ne sais pas si c’est uniquement mental ou physique, mais je me sens tout bonnement épuisée, vidée de toute énergie. Je ferme les yeux un instant, m’adossant contre le mur et je sursaute brusquement quand j’entends le bruit au-dehors alors que la jeune femme s’interrompt. Et j’ai un profond soupir et je hoche la tête avant de souffler, avec une ombre de sourire.

"Et bien au moins, nous avons une monture infatigable. Tout du moins, je vais essayer de m’en persuader. J’espère que votre sens de l’orientation est meilleur que le mien. Je n’ai pas remis les pieds en Lagrance depuis des années et je n’ai pas la moindre idée d’où nous sommes. Chevauchons en direction du nord, c’est au moins quelque chose que je saurais trouver sans difficulté au vu des informations que nous avons autour de nous."

J’ai un bref sourire en voyant son assurance qui a quelque chose d’apaisant. Elle a même réussi à me donner un regain d’énergie et je me relève sans trop de difficultés, effleurant un instant mon ventre avant d’inspirer.

"Vous pouvez le faire, j’en suis persuadée. Vous avez déjà réussi une fois. Il faudrait les envoyer sur eux, pour semer la pagaille dans leurs rangs pendant que nous partirons dans la direction opposée."

J’attrape alors la couverture que je serre contre moi avant de lui tendre la main pour qu’elle m’aider à monter, n’ayant pas oublié à quel point les choses avaient déjà été complexes la première fois. Mais, j’arrive à me hisser plutôt facilement et je m’accroche de nouveau à elle avant de lâcher, comme si je venais d’avoir une illumination.

"Je … je vais peut-être arriver à nous cacher. Je maitrise la magie de l’illusion."

Normalement. Dans une autre vie. Et je ferme les yeux, essayant de me concentrer, sentant la magie diffuse dans mon propre sein. Je me concentre et je souffle doucement, essayant de nous faire disparaitre, de nous confondre avec Gertrude.

… mais, bien entendu. C’est un échec cuisant.

Je ne pensais pas que cet incident pourrait me vexer autant et pourtant, j’ai une moue boudeuse l’espace d’un instant avant que la panique ne reprenne le dessus.

"Bien, ça ne marche absolument pas. Je ne maitrise pas plus la magie que le jonglage avec des loutres, c'est parfait. C’est le moment de partir au galop."

Et je tapote la croupe de notre monture. Je ne sais pas si c’est Marjolaine qui a pensé à la faire partir ou si c’est mon geste mais nous voilà filant à travers les hautes herbes alors que, derrière nous, j’entends des cris qui, fort heureusement, n’ont pas l’air de se rapprocher.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 29 Avr - 4:08

Le sens de l'orientation de Marjolaine ne valait sûrement guère mieux que celui de sa compagne.  Elle voyageait la plupart du temps par portail et lorsqu'elle se déplacer par des moyens non-magiques, elle avait toujours quelqu'un pour l'accompagner et pour la guider : les avantages d'être née d'une bonne famille.  En vérité, elle n'avait jamais jouée les aventurière, la majorité de son univers s'était toujours restreint au domaine familial puis aux déplacements qu'elle exécutait depuis qu'elle exerçait les fonctions de duchesse.  Pour tout dire, c'était bien peu de chose et elle était tout aussi peu familière avec la géographie lagrane qu'on pouvait l'être.  C'était une chance pour elles que Tara soit au moins capable de s'orienter vers le nord, car la duchesse aurait été bien en peine d'en faire autant.  Si elle avait pu aider un instant sa partenaire, elle doutait bien que la situation prendrait rapidement une toute autre direction : lorsqu'on est la fille d'un comte, on apprend les bonnes manières et à broder, lorsqu'on est la femme d'un Duc, on apprend à écouter.  Or rien de cela ne pourrait lui être utile dans ce périple jusqu'à Lorgol.  Lorgol cette ville ne connaissait pas.  Cet endroit qui même l'effrayait.  Voilà qu'elle devait si rendre complètement isolée.  Heureusement, Tara était là.  Le bébé était là.  Ils lui donnaient le courage qu'elle n'aurait jamais cru avoir.  Et la confiance que l'autre femme avait en elle.  Elle se montrerait digne de celle-ci, elle s'en fit la promesse solennelle.  Et lorsqu'elle retrouverait Denys, elle lui montrerait un visage fier de tout ce qu'elle avait accompli.  Elle ne craindrait pas de croiser son regard à nouveau.  Son destin était entre ses mains, elle n'avait plus qu'à le prendre en charge.

Sous les encouragements de Tara, elle aida celle-ci à monter à nouveau sur leur noble destrier avant de grimper sur sa croupe à son tour.  Elle réfléchissait intensément, lorsque le fil de ses pensées  fut interrompu par une exclamation de la jeune femme.  Oui, ils avaient bien besoin de magie maintenant pour s'en sortir.  Et quel hasard parfait rendait sa compagne maîtresse de l'illusion!  C'était exactement ce qu'il leur fallait et l'espoir s'empara du cœur de Marjolaine.

Elle attendait, tendue de voir si les choses fonctionneraient, si la magie prendrait miraculeusement effet, les sauvant du danger.  Mais le temps passait et rien ne se passait, outre les dragons qui se précipitaient à la charge sur elles.  Un regard derrière suffit à Marjolaine pour comprendre que ça ne marcherait pas et qu'il valait mieux détaler plutôt que d'attendre de se faire croquer sur place.  Tara n'avait pas besoin de prononcer un mot que Marjolaine suppliait déjà la bête de décamper.

Et si au passage tu pouvais appeler tes petits copains, ça nous arrangeraient beaucoup.

Elle ne savait pas si l'animal l'entendait.  Voir même la comprenait.  Mais alors que celui-ci chargeait droit devant – elle espérait en direction du nord, histoire d'éviter mille et un détours – sa grande gueule s'ouvrit et poussa un rugissement puissant qui résonna durement contre les tympans de Marjolaine.  Elle n'aurait jamais cru qu'un animal pouvait ouvrir de façon aussi béante sa bouche : elle aurait presque pu s'y tenir debout.  C'était effrayant un peu même.

L'appel fut apparemment un succès, une troupe d'hippopotames se dirigeaient désormais vers eux.  Et perché sur le dos de l'un deux, un homme.  Il chargeait droit dans leur direction, un bras ensanglanté qu'il tenait sur sa poitrine.  Il semblait blessé à d'autres endroits aussi, mais Marjolaine ne pouvait pas le confirmer elle était trop loin.  Ce qui l'inquiétait surtout c'était de savoir s'il s'agissait d'un ennemi ou d'un allié.

« Patronne!  Je vous dois la vie, laissez-moi payer enfin ma dette d'honneur!  Je vais tenter de vous offrir l'opportunité de fuir en causant une diversion! » s'écria-t-il subitement alors qu'ils étaient à quelques mètres d'elles d'eux, les hippopotames les encerclant du fracas de leur piétinement.  Et comme de concert avec ce sauveur inattendu, ils rebroussèrent leur route pour foncer dans différentes directions.  Sur leur dos, il y avait désormais une Marjolaine et une Tara.  Comment était-ce possible?  Un mage de l'illusion n'aurait certainement pas fait partie de leurs  troupes.  C'était impossible.  Pourtant, ça semblait être le cas et celui-ci semblait prêt à sacrifier sa vie pour Marjolaine.  Son cœur se serra à l'idée et elle intima à leur monture de galoper encore plus vite.  Elles devaient quitter Lagrance.  Elles devaient s'en sortir par respect pour cet homme qui leur était venu en secours.

« On va s'en sortir Tara, je vous le promets!  Des Lagrans, des hommes, ne mourront pas en vain.  Je vais protéger mon peuple en rétablissant la vérité, peu importe le moyen. »

Une lueur de détermination s'illumina dans le regard de la duchesse.  Elle en avait assez vu pour voir que cette réalité ne tournait pas rond.  De vrais brigands ne se sacrifieraient pas pour un membre de leur troupe, encore moins pour un chef qui les auraient abandonnés derrière.

« Fonce ma belle ou mon beau!  Tout droit vers Lorgol! » dit-elle à l'intention de leur destrier sans se soucier de savoir s'il comprenait ou non.

Une larme coula doucement le long de sa joue alors qu'elle entendait les cris derrière elles.  Et elle pria pour que cet homme qui avait oeuvré pour les sauver soit épargné.  Un jour, elle lui rendrait ce qu'il a fait pour elles.  Elle le jura à Cerah, tout en la priant qu'aucun chevaucheur ne les suivrait.
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 4 Mai - 8:34

Si Marjolaine est vraiment la duchesse de Lagrance, et je ne vois guère de raison d’en douter, elle doit être encore plus perdue que moi. Me retrouver les pieds dans la boue, dans le froid en me demandant comment vont se passer les choses ne m’est pas totalement inconnu. A ceci près que j’ai toujours eu ma magie pour m’aider, pour me protéger. Et là rien. Rien du tout. Un vide qui ne m’est pas familier et qui m’effraie encore plus que le reste. Oui, encore plus que d’être enceinte, que de chevaucher un hippopotame ou de me demander comment nous avons bien pu atterrir ici. Et j’ai du mal à garder mon calme, à me dire que nous allons pouvoir arranger les choses alors que rien n’est plus comme avant. Pour autant, je n’ai pas bien le choix et je me raccroche à Marjolaine, au sens propre comme au sens figuré, mes doigts se crispant alors que je vois une troupe d’hippopotames se diriger dans notre direction.

"Et bien, on dirait que vous avez trouvé comment appeler les amies de Gertrude. En espérant qu’elles soient aussi sympathiques que notre monture."

Je me fige littéralement quand je vois l’homme s’approcher de nous, incapable de savoir s’il nous veut du mal, s’il est dans notre camp et surtout, quel peut bien être notre camp. Je plisse des yeux alors qu’il prend la parole, retenant un soupir de soulagement à ses propos. Et je vois brusquement des dizaines de Tara et de Marjolaine apparaitre alors que mon cœur a un raté et que je murmure, sans songer à ce qu’elle pourra entendre ou non.

"Merci Isil. L’Illusion ne m’a peut-être pas encore totalement abandonnée on dirait. Même si elle a pris un chemin détourné pour se manifester."

Je presse doucement le bras de Marjolaine quand elle dit qu’elle doit protéger son peuple. Si je n’ai pas particulièrement les mêmes desseins, je peux comprendre ce qu’elle souhaite et, surtout, son envie de rétablir la vérité. Alors je hoche la tête, essayant de lui offrir un visage plus assuré que je n’ai pu le faire jusqu’à présent.

"Nous le ferons. Nous trouverons ce qui s’est passé. A Lorgol."

Et je sens le pas de notre monture s’accélérer alors que je m’accroche de plus belle à mon alliée du moment. Je ferme les yeux, essayant de me concentrer sur ce que je suis réellement et non pas celle que je suis supposée être dans cette vie, cette illusion ou que sais-je encore. Mais c’est délicat alors que je sens cette vie en moi. Mon regard s’attarde sur la chouette qui nous suit, petit point lointain dans les airs et je ne peux m’empêcher de sourire, sans bien arriver à saisir pourquoi.

Nous continuons ainsi durant plusieurs jours, ne nous arrêtant que lorsque nous sommes trop fourbues pour continuer, Gertrude étant au final une monture semblerait-il inépuisable. Je ne cesse d’avoir le sentiment que nous sommes suivies, sans arriver à voir qui que ce soit et ce sentiment d’insécurité ne me quitte jamais. La plupart du temps, nous gardons un silence pensif alors que j’essaie d’imaginer ce que nous allons pouvoir trouver en arrivant, que je me demande ce que sont devenus mes amis de la Cour, ce qu’est devenu Tyr dans cette vie, si nous avons été les seules impactées ou si tout le monde a perdu la tête. Et je suppose qu’elle doit aussi s’interroger sur les siens. Alors, l’évoquer à haute voix n’est guère utile et ne sert qu’à nous inquiéter un peu plus. Mieux vaut garder le silence et éviter de briser l’espoir ténu auquel nous nous raccrochons en imaginant que Lorgol sera la réponse à tout. Et un soir, alors que je pose le pied à terre, je souffle en grimaçant, alors que je me masse un mollet douloureux.

"C’est dans un moment pareil que je me dis que j’aurais être plus attentive lorsque l’instituteur nous parlait des terres de Lagrance et de la route jusqu’à Lorgol. J’aurais pu être capable de dire s’il  nous reste deux jours ou deux mois avant d’arriver à bon port."

Et je flatte l’encolure de Gertrude, non sans pousser un profond soupir.

"J’ai peur de ce que nous allons trouver là-bas. Cette ville est l’endroit où je me sens le plus en sécurité, où j’ai ma place. Et là…"

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Jeu 4 Mai - 19:13

Combien de jours s'étaient-ils écoulés depuis que leur course avait commencé? La duchesse n'avait pas réussi à tenir le compte des jours. Elle savait seulement qu'elle était éreintée, qu'elle n'en pouvait plus et qu'elle voulait se reposer. Mais elle ne le pouvait. Elle devait poursuivre sa route, atteindre Lorgol dès que possible et rétablir la réalité qu'elle connaissait. Seule sa détermination lui permettait de s'accrocher et de remonter sur le dos de leur monture après chaque période de repos. Périodes qui devenaient de plus en plus longues à chaque nouvelles d'entre elles. La jeune femme s'inquiétait pour sa partenaire et le bébé. Voyager sur une aussi longue distance, c'était éreintant pour une femme comme elle libre de tous ses mouvements, alors pour la pauvre Tara? Elle craignait pour la vie du bébé, n'ayant toujours pas oublié l'hypothèse qu'il s'agissait peut-être là de son propre enfant, placé là par on ne savait trop quelle magie. Puis tout simplement parce qu'elle était mère et qu'elle aimait les enfants. Une vie était une vie et il fallait tout faire pour qu'elle ne s'éteigne pas avant son heure. Voir le ventre de Tara lui rappelait aussi le souvenir de Rose, sa fille chérie. Elle craignait pour elle : où était son bébé maintenant? Avait-elle tout ce dont elle avait besoin? Et Denys, où était-il? L'avait-il complètement chassée de ses pensées pour se vouer à une autre qu'elle? Une parvenue qui n'avait jamais rien fait pour le duché. Ces sombres pensées occupaient beaucoup trop l'esprit de Marjolaine pour qu'elle puisse tenir une conversation aimable avec l'autre cavalière d'hippopotame, donc elle était soulagée de savoir que la plupart du trajet se faisait en silence.

Lorsqu'un soir Tara engagea la conversation, Marjolaine resta silencieuse un instant, s'occupant à ramasser du petit bois, en espérant qu'elle arriverait à allumer un feu cette fois. Son ventre la torturait, sa gorge était sèche et ses lèvres gercées. Elle souffrait beaucoup plus qu'elle n'osait l'admettre. Elle sentait toutefois ses forces s'échapper doucement. Ce soir-là, elle avait peur de ne pas arriver à Lorgol. De mourir perdue elle ne savait trop où en Lagrance.

« J'ai voyagé par portail la plupart du temps, je ne saurais dire où nous sommes. Mais d'après-moi nous sommes toujours en Lagrance. Il y a une longue route à parcourir, le duché est le plus au sud du continent, » souffla-t-elle d'une voix éraillée. Elle avait soif. Faim. Il devait en être de même pour Tara. Alors elle ne disait rien, se contentant d'amasser du petit bois. La couverte qu'elles avaient emportée avec elles ne suffisaient pas à les tenir au chaud par les nuits qui se faisaient plus fraîches qu'au point du jour.

Une fois les brindilles empilées en un monticule, Marjolaine s'assit sur un caillou et s'efforça d'allumer le feu. Bien qu'elle n'avait aucune idée de comment faire.

« Croyez-vous que Lorgol soit toujours la même? » demanda-t-elle, laissant tomber ses outils, voyant qu'il était inutile de poursuivre les tentatives : à ce rythme la moitié de la nuit aurait passé sans obtenir le moindre résultant probant.

« Pour tout vous dire, je suis emplie d'appréhension moi aussi. Je ne suis jamais allée à Lorgol. J'ai peur que ce que nous y trouverons ne sera pas ce que nous cherchons, » soupira-t-elle, sa voix se faisant de plus en plus rauque. Sa gorge sèche l'empêchait de parler librement. Elle toussa légèrement et son regard se posa sur Gertrude. Brave bête. Jusqu'à présent elle se montrait docile et placide. Elle les portait sans faiblir, les protégeait des dangers lorsqu'elles s'arrêtait. Jamais elle n'aurait songé avoir une dette d'honneur envers un tel animal. Peu connu pour être doux envers l'homme. Elle se releva péniblement, ses jambes tremblotantes et complètement tirées par l'exercice répété de chevaucher : après tout, un hippopotame, c'est large.

« Nous ferions mieux de trouver une source où nous désaltérer. Je n'ose consommer quelques pousses sauvages, je ne saurais dire lesquelles sont vénéneuses. Il faudra trouver un village où s'arrêter et entrer en possession de quelques nécessaires… » lâcha-t-elle d'une voix lasse. Elle ne savait pas comme elles pourraient se procurer quoi que ce soit, alors qu'elle n'avait pas un fleuron sur elle.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Lun 8 Mai - 19:00

Dire que je suis percluse de fatigue est un tout euphémisme. J'ai l'impression que mon corps tout entier n'est que douleur et de peser bien plus lourd que Gertrude, c'est dire. Et pourtant, il y avait bien longtemps que je n'avais ressenti cette sensation de faim, c'était dans une autre vie semble-t-il. Mais je refuse de me plaindre. Outre le fait que ce n'est pas vraiment mon genre, je n'ai pas non envie d'en rajouter alors que nous avons suffisamment à gérer. Et je suppute que Marjolaine est encore plus déstabilisée que moi par tout ce qui se passe. Alors, inutile d'en rajouter. Les jours passent, se faisant paradoxalement semblables alors qu'ils n'ont jamais ressemblé à rien de ce que j'avais pu connaitre jusque là. La lassitude m'envahit et ma résolution pourrait faillir si je ne sentais pas la présence de Marjolaine, du bébé et, d'une certaine façon, de notre monture qui ne montre pas de signe de fatigue. Je ne sais pas pourquoi j'ai plus envie de parler ce soir que les autres. Probablement parce que j'ai senti des coups, que ce bébé se fait tellement plus présent, tellement réel que je commence à être vraiment effrayée. Et je me demande comment je vais réagir le jour où les choses reviendront à la normale. Car c'est bien ce qui va se passer non ? Une fois que nous serons à Lorgol, la solution s'imposera d'elle-même. Je m'y accroche, même si une part de moi me souffle que je pourrais le garder, l'avoir à moi et… oui, je sais, c'est idiot, surtout si le père est Jamal mais rien n'est plus aussi évident qu'au moment où j'ai repris conscience, si l'on dire ça comme ça.

"Je n'ai jamais voyagé par portail. Il faut dire que je n'ai presque jamais quitté Lorgol, si ce n'est pour voyager aux alentours. Même si je connais Lagrance et j'en viens à regretter qu'il soit aussi étendu." Impossible de ne pas remarquer sa voie, il faut dire que je dois avoir la même à peu de choses près. Alors j'ajoute, d'un ton que j'essaie de rendre plus enthousiaste que je ne le suis réellement. "Si vous pouvez demander à notre fidèle monture si elle … sent de l'eau non loin. Cela pourrait peut-être marcher non ?" Je m'installe à ses côtés et je grimace en voyant les brindilles. "Le bois est trop vert et encore humide, je ne me souviens plus de comment on fait un feu mais j'ai comme un doute sur le fait que là vous parviendrez à faire quoi que ce soit."

Je ne veux pas être défaitiste mais, quand la nuit tombe, il est difficile de croire à la réussite de notre entreprise. Le désespoir que je ressens supplante tout le reste. Et je hausse les épaules, la mine pensive. "Je ne sais pas. Je vous avoue que pour l'heure, j'essaie de me convaincre que nous trouverons une réponse toute prête, des gens qui nous attendrons les bras tendus pour tout nous expliquer et que tout prendra son sens. Et d'un autre côté, je me demande comment je vais réagir si nous arrivons devant une ville en cendres, en guerre ou que sais-je encore." Je déglutis avant d'avoir un pauvre sourire. "Si c'est ma Lorgol, je vous garantis que je me ferais un plaisir de vous la faire découvrir. Ce sera même un véritable honneur de vous montrer ce joyau."

Je fronce alors les sourcils quand elle reprend, réalisant que j'aurais dû y songer plus tôt. "Je connais les plantes. Enfin, je crois les connaitre. J'espère ne pas avoir perdu tout ce que j'ai pu apprendre quand j'étais enfant." Et j'arrive, sans bien savoir comment, à esquisser un sourire au reste de ses propos. "Je suis une voleuse ma dame. Avec ou sans magie, j'ai ça dans le sang, quelle que soit la réalité. Et que Gertrude me dévore si je ne suis pas capable de prélever quelques provisions sans qu'on nous remarque, gros ventre ou non. J'ai cru voir de la fumée un peu plus loin." Je cille avant d'ajouter, d'un ton plus doux. "Je sais que ce n'est pas dans vos habitudes de duchesse Marjolaine, mais il va falloir faire avec. Nous nous accommoderons de notre mauvaise conscience plus tard, qu'en dites-vous ?"

Sans vraiment attendre de réponse, je commence à fixer le sol, fronçant les sourcils alors que je réfléchis, essayant de reconnaitre quelque chose qui pourrait nous sustenter au milieu de toutes ces mauvaises herbes. J'ai souvenir que les pâquerettes étaient comestibles mais j'avoue que j'aimerais bien trouver autre chose. Et là, de l'oseille, que j'arrache à deux mains, poussant un soupir de soulagement. Je récupère aussi quelques fleurs avant d'attraper ce que je me souviens être de la petite primpenelle. Et je me rapproche de nouveau de Marjolaine, lui tendant la moitié de mon bouquet. "J'espère que ce n'est pas du gouet. Cela ressemble un peu à l'oseille mais normalement, ça devrait aller." Sans plus d'hésitation, je croque. Mon estomac n'apprécie guère un repas aussi frugal mais, au moins, il a tout de même l'air un minimum satisfait. Jusqu'à ce que nous trouvions quelque chose de plus consistant.

J'inspire alors et je fixe ma compagne de mésaventures. "De l'eau donc. Et on se rapproche du village. Le repos, ce sera plus tard. Tant que notre amie tient bon, nous ferons de même."

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 13 Mai - 18:55

Marjolaine n'avait jamais autant réalisé que la vie de palais l'avait si peu préparée à la vie.  Dorlotée depuis son enfance, choyée après le mariage, c'était elle qui dépendait de Tara dans le binôme.  Elle n'apportait que trop peu à leur duo et elle le sentait, beaucoup trop bien même.  En réalité, la duchesse n'avait jamais réalisé qu'une fois dépouillée de ses titres, elle était complètement inutile.  Elle était intelligente, loin d'être la femme pot de fleur des familles de nobles, mais il était plutôt évident que toutes les connaissances qu'elle avait acquises auprès de son père dans son enfance ne servaient pas à grand-chose dans ce genre de situation.  Elle avait des idées, mais pas de moyens.  C'était frustrant.  En ce mêlant à la fatigue, elle qui était déjà plutôt timide, se retrouvait alors encore plus terne et taciturne.  Être autant à la merci de quelqu'un avait quelque chose d'inconfortable.  Heureusement, elle avait confiance en Tara, confiance en Gertrude.  Elle n'aurait pu souhaiter de meilleures partenaires de route, si elle était toujours en vie d'ailleurs, c'était toujours bien grâce à elles deux.  Lorsque les choses reviendrait à la normale, elle leur offrirait les remerciements accordé à la tâche qu'elles avaient accompli en la protégeant et l'aidant à rétablir la vérité.  Elle ne se montrerait pas ingrate.

L'idée de dérober de la nourriture à d'honnêtes gens l'embêtait un peu : c'était le fruit de dur travail, mais les grondements qui résonnaient dans son estomac creux disaient tout autrement.  Si sa conscience y voyait quelques scrupules difficiles à franchir, son instinct de survie, lui, les écartait tous un à un.  Ça ne servait à rien de mourir de faim. Elle pourrait toujours le remettre à ces pauvres gens plus tard, même si comme le prévoyait si justement sa partenaire, sa conscience serait mise au supplice pendant plusieurs jours.  En temps normal d'ailleurs, elle aurait cherché à s'éloigner de Tara une fois qu'elle aurait appris sa vocation.  Voleuse!  C'était un métier qu'elle réprouvait.  Il y avait d'honnêtes moyens d'entrer en possession de certains objets.  Voler pour manger, c'était une autre histoire.  Bien que tenue à l'écart des problèmes de société, bien gardée dans sa tour dorée, elle savait que pour certains,  c'était une nécessité pour survivre.  Un cul de sac.  Elle ne l'avait pourtant jamais aussi bien compris qu'en ce moment.  Et c'est pour cette raison avant tout qu'elle ne porta point de jugement sur la carrière de sa comparse.  Pas seulement parce qu'elle avait besoin d'elle pour s'en sortir.  La Lagrane savait très bien que seule, elle n'irait pas beaucoup plus loin et qu'elle était dépendante de sa partenaire.  Mais l'inquiétude ne pouvait manquer de se faire sentir à l'idée de l'envoyer dérober quelque chose alors qu'elle était déjà si grosse.  Elle ne risquait rien pour le bébé?  Mais celui-ci avait aussi besoin de manger.  Si Marjolaine était épuisée, elle devait l'être encore plus, elle qui protégeait aussi une vie en son sein.  Mais elles avaient le temps de penser à la solution en route, elles n'étaient toujours pas en lisière du village.

« Je crois que nous n'avons point d'autres options, » articula difficilement la duchesse qui avait du mal à faire bouger ses lèvres tant celles-ci étaient gercées par la soif.

C'est avec beaucoup de reconnaissance qu'elle accepta les herbes que lui tendit Tara.  Elle aurait tout englobé avec précipitation, mais elle se força à manger lentement.  Ce ne serait sûrement pas bon de se goinfrer d'un coup sur un estomac plutôt vide depuis aussi longtemps.  Même, elle n'avait pas souvenir de la dernière fois qu'elle avait mangé.  On était loin de la table qu'on servait au palais ducal, mais le tout lui paraissait mille fois plus excellent qu'elle ne l'aurait trouvé en temps normal.  Elle était tellement affamée qu'elle avait à peine remerciée sa pourvoyeuse.  Ça l'aiderait à tenir la route, le temps de trouver quelque chose de plus substantiel, mais surtout pour s'abreuver.  C'était la soif plus que tout qui la tyrannisait.

Les mots d'encouragements de Tara ne suffisaient pas à remotiver Marjolaine, mais elle put se résigner assez facilement.  Elle appela Gertrude, qui s'était éloignée pour brouter quelques herbes sans doute, afin de remonter en selle.  Combien de temps pourrait-elle tenir avant de complètement faiblir?  Elle ne le savait pas exactement, mais elle se doutait qu'il en faudrait peu.  Elle soupira avant d'aider Tara à monter, puis se glisser elle-même à l'avant.

« Allons-y, on peut y arriver, » lâcha-t-elle dans un demi-souffle, peu convaincante.  Elle n'avait pas l'énergie nécessaire pour se montrer dynamique et positive.  Et en plus de la fatigue, malgré son corps élancé et musclé, elle se sentait courbaturée par autant de chemin parcouru à dos d'hippopotame. Elle regrettait les chevaux et comprenait la nécessité pour un Chevaucheur de posséder une selle.  Ça l'aurait bien arrangé d'en posséder une elle aussi.

Elles arrivèrent aux abords du village au bout de plusieurs minutes.  Leur monture avançait plus lentement : elle aussi fatiguait et c'était bien normal, elle qui les portait au triple galop depuis quelques jours déjà.  Marjolaine avait pitié de la pauvre bête, elles ne l'avaient pas beaucoup ménagée depuis le début de leur pérégrinations.  Avant d'être trop près des maisons, elles s'arrêtèrent et descendirent de monture pour dissimuler Gertrude aux yeux de tous.  La pénombre s'était déjà installée, il ne restait que quelques rayons de soleil perçants à travers les nuages.  Elles pourraient arriver à se montrer discrète si l'hippopotame ne faisait pas pleine irruption en plein milieu de leur infiltration.

« Alors, c'est quoi le plan?  Je… enfin… je ne me suis jamais retrouvée dans situation où je devais dérober quoi que ce soit dans ma vie…  Du moins, dans celle dont je me souviens, » avança-t-elle avec manque d'assurance.  Elle avait crainte d'insulter l'autre jeune femme en s'exprimant de travers, elle qui ne voyait pas nécessairement d'un très bon œil cette démarche.

« Aussi, que croyez-vous être capable, d'emprunter, oui le mot emprunter aidait la duchesse à garder la conscience tranquille, à ces gens?  Seulement des provisions?  De l'eau?  Croyez-vous qu'il soit possible d'obtenir une couverture supplémentaire, voir même deux capes?  Nous sommes mal équipées pour passer la nuit dehors… »

Même si elles pouvaient s'appuyer sur le flanc de Gertrude pour dormir et ainsi se réchauffer, les nuits restaient encore bien fraîche et la vieille couverture trouée qu'elles avaient récupéré dans la cabane ne suffisait point à les tenir bien au chaud.  Et une part d'elle se demandait si elles arriveraient à se procurer des fleurons.  Si elles pouvaient en avoir assez, peut-être pourraient-elles accélérer le rythme de leur voyage en prenant un portail jusqu'à Lorgol.  Même si cela voudrait peut-être dire de laisser leur hippopotame derrière elles.  Néanmoins, Marjolaine était une femme beaucoup trop honnête pour même soulever l'idée de dérober ces fleurons durement gagnés par son peuple, elle qui lui vouait une affection infaillible.
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mar 16 Mai - 9:27

Si je m’écoutais, j’irais m’assoir au bord de la route pour ne jamais en repartir. Ou dans ce petit champ-là, recouvert de fleurs. Je pourrais dormir un peu et ne plus penser à rien. Je pourrais chasser tout ce qui me tracasse, cette peur panique de ne plus retrouver ma Lorgol ou, pire encore, que tout soit identique. Sauf moi. A dire, vrai, je ne sais même plus ce que j’ai envie d’y trouver. Si dans cette vie, tout s’est bien passé, peut-être que Tyr et moi sommes toujours proches. Et les autres ? Les membres de la Cour, que leur est-il arrivé ? Je ne sais pourquoi mes pensées s’égarent dans cette direction et j’ai une grimace alors que le visage de chacun d’eux m’apparait clairement, comme si rien d’autre n’avait compté jusque-là. Mes doigts se crispent un instant sur le bouquet que je tiens en main avant que je ne finisse par le grignoter presque distraitement. Au moins, il m’aide à me remettre un peu les idées en place et à ne plus penser à la faim qui nous taraude depuis plusieurs jours au point d’oublier le reste. Et je fixe un instant ma compagne d’infortune avant de souffler, d’une voix douce. "Marjolaine. Nous allons y arriver. Nous devons les faire. Pour les nôtres. Vous êtes forte, regardez tout le chemin que vous venez d’accomplir alors qu’hier encore vous étiez au cœur de votre demeure à ne même pas savoir comment chevaucher un hippopotame. Quand tout cela sera enfin terminé, imaginez quelle drôle d’histoire vous aurez à raconter à vos enfants."

En parlant, je désigne mon ventre arrondi avec un sourire que je n’ai même pas à forcer. Car j’ai envie, j’ai besoin même, de me convaincre que tout cela aura une fin heureuse. Et que ce qui se passe ne sera bientôt qu’un souvenir pour le moins fantasque. Nous finissons enfin par arriver en vue d’un petit groupe de maisons et, à mon grand soulagement, mes yeux de voleuse font déjà leur office. Pendant que Marjolaine chuchote, je repère une couverture qui sèche sur un étendage, des tomates qui murissent dans un potager et, Isil soit louée, une tourte qui refroidit sur le rebord d’une fenêtre. Un sourire mutin se dessine sur mes lèvres alors que je grattouille distraitement le museau de Gertrude et j’inspire à ses questions. "Le plan est simple… vous allez frapper à la porte pour demander votre chemin. Essayez de prendre l’air encore plus fatiguée et réclamez de l’eau car vous avez égaré votre outre." J’ai une moue alors que je la dévisage de bas en haut et que je fais de même avec moi. Nous n’avons pas le moindre bijou mais, nous avons encore des dagues. Alors j’ajoute, d’un ton assuré qui ne reflète pas forcément mes pensées mais qui s’avère nécessaire pour ne pas qu’elle s’inquiète. "Vous leur donnerez la dague en échange. Ils verront qu’elle est de bonne facture et ne se demanderont pas si vous essayez de les voler. Elle vaudra largement une petite outre pleine d’eau ainsi que les quelques choses dont nous allons les délester. Et n’hésitez pas à vous en défaire comme si ça n’avait pas la moindre importance. Le tout dans l’histoire, c’est de faire croire que vous n’avez pas vraiment besoin de tout ça. Il n’y a pas besoin de leur dire la vérité, ils s’en méfieront. Entretenir un semblant d’illusion, même fugacement, pourrait nous sauver la vie."

Et sans rien ajouter, je la serre brièvement dans mes bras avant de me faufiler dans l’ombre. Je ne sais pas ce qu’il en est de son côté, mais il ne me faut que quelques minutes pour attraper le tissu qui  flotte au gré du vent. Je grimace un instant devant mon ventre un peu lourd lorsque je me dissimule derrière une barrière, observant un vieil homme qui entre dans l’une des maisons. Et je me faufile, avec plus d’agilité que je ne l’aurais cru, dans le potager, attrapant ça et là quelques tomates et des légumes mûrs. Juste ce qu’il faut pour nous permettre de reprendre des forces mais pas trop pour ne pas qu’ils soient lésés. Reste le plus difficile, la tourte. Je m’arrête un instant, guettant le bruit de la discussion menée par Marjolaine et il ne m’en faut pas plus pour la récupérer. Je manque pourtant de basculer en avant, entrainée par le poids de mon ventre et je me retiens de justesse, une main contre le mur de la maison et l’autre tenant la tarte brûlante, ce que je n’avais pas vraiment anticipé. La douleur est cuisante et je me mords les lèvres pour ne pas hurler, les larmes débordant de mes yeux sans que j’arrive à les retenir. J’inspire doucement, attrapant la couverture posée sur mes épaules et j’enroule avec précaution notre butin d’une main tremblante.

Je penserais à la douleur plus tard. Là, je dois rejoindre Gertrude et attendre ma complice. Ce que je fais, sans tarder, appuyant mon front contre notre monture à qui je donne une tomate. Elle l’a bien mérité non ? Elle la mâche placidement et je finis par m’assoir par terre, examinant les dégâts. Je ne vais plus pouvoir l’utiliser avant un moment et j’ai même du mal à l’ouvrir. Merveilleux. Je soupire longuement et je guette Marjolaine tout en me focalisant sur la bonne odeur de tourte à la viande. Ce soir nous pourrons manger à notre faim. Et finir enfin cette maudite route. Tout du moins, je l’espère.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Sam 20 Mai - 8:20

C'était comme si la rouquine avait lu dans les pensées de Marjolaine lorsqu'elle prononça ces quelques paroles encourageantes.  Il n'en fallait pas plus pour remonter à bloc la jeune femme.  Elle était toujours aussi épuisée, elle en avait toujours autant marre de cette épopée, mais elle sentait d'attaque pour la poursuivre et vaincre dans l'adversité.  C'était une épreuve différente de celles qu'elle affrontait au quotidien, mais une fois de plus, elle prouverait à tous qu'elle était digne de la place de duchesse qu'elle occupait, qu'elle prenait soin de son peuple tel qu'il se devait.  Elle en sortirait grandie et probablement encore plus douée dans ses tâches qu'elle ne l'était auparavant par la compréhension du monde qu'elle aurait acquise.  Elle reprenait tranquillement confiance en elle et en ses capacités.  Puis une pensée pour Rose, pour Denys, pour le bébé, terminèrent de la remettre complètement d'aplomb. Si elle pouvait baisser les bras pour elle-même, elle avait d'autres gens importants à protéger.  Sa famille.  C'était ce qui comptait le plus pour elle et elle ne pouvait point les abandonner à leur sort.  Et l'inquiétude la gagna : où était sa fille?  Et où était le père de celle-ci surtout?  Elle tourna ses pensées vers Cerah afin qu'elle les protège où qu'ils soient tous les deux.  Pour le moment, elle avait l'impression de veiller sur son fils en protégeant au mieux de ses compétences Tara.  Et le sourire la gagna timidement en songeant aux histoires qu'elle raconterait à Rose et à l'excitation de la petite fille alors qu'elles revivraient ensemble les aventures de la jeune femme.  Marjolaine n'avait rien de l'aventurière, bien au contraire, et pourtant, elle n'avait pas le choix d'embrasser cette vie.  Puis elle ne doutait pas que les choses reviendraient à la normale, une fois que la vérité serait rétablie à nouveau.  Et ce moment de complicité maternelle est juste suffisant à ressentir par le sourire tracé sur le visage de Tara.  Oui, elles s'en sortiraient.  Tout ce qu'elle pouvait faire pour le moment, c'était ne pas perdre courage, c'était le meilleur moyen de  venir en aide à sa comparse qu'elle avait.

Le plan de Tara était assez simple et Marjolaine se croyait bien capable de s'acquitter de sa part du travail.  Elle était plutôt aisée.  Si la duchesse n'avait pas souvent l'occasion de mentir ponctuellement, elle savait bien dissimuler les vérités – après tout n'avait-elle pas réussi à cacher à son époux depuis des années sa stérilité et l'absence de ses saignées? – et comme pour toute Lagrane, le mensonge était un art qui ne lui était pas inconnu.  Seulement, avec de grands pouvoirs, venaient de grandes responsabilités et forcément une petite dose d'honnêteté était nécessaire dans tout cela.  Se débarrasser d'un des poignards en leur possession était toutefois risqué, puisqu'elles n'avaient rien d'autres pour se défendre, mais d'un autre côté, la noble dame n'avait aucune idée de comment s'en servir, hors elle se représentait mal réussir à se protéger à son aide : s'en séparer, au final, ne ferait pas une énorme différence.  Après, pour prendre l'air encore plus fatigué, elle ne doutait point de pouvoir y réussir sans problème, elle tentait déjà d'améliorer sa mine pour faire bonne figure, il suffirait de relâcher le tout et elle n'était déjà pas bien loin de craquer.

Après une brève accolade, les deux jeunes femmes se séparèrent pour la première fois depuis le début de leur voyage.  Marjolaine regarda le cœur lourd sa partenaire, mais elle se raffermit de détermination et prit le chemin qui devait être le sien.  Elle ne devait pas faire faux bond à sa camarade, c'était leur unique chance de survie à toutes les deux.  À tous les trois.  Continuer sans eau et sans victuailles, cela signifierait une fin rapide de leur périple héroïque.

Bien que chaque pas lui en coûte, elle avançait avec fermeté en direction de la maison.  Le plus rapidement que ses forces le lui permettaient.  Il fallait qu'elle tienne la route assez longtemps pour donner le temps nécessaire à Tara de chiper quelques victuailles.  La diversion commença après qu'elle aie cogné à la porte, soulevant l'interrogation des habitants de la cabane qui n'ouvrèrent pas tout de suite.

« Je suis égarée.  Par mégarde ma monture s'est échappée alors que je prenais un peu de repos.  Je ne vous demande qu'une outre d'eau et je m'en irai, » plaida-t-elle de sa voix fatiguée, éraillée par la soif.

Le silence retentit un long moment avant que du bruit ne se fasse entendre dans la maison.  Un homme bien bâti vint ouvrir la porte et détailla de haut en bas la jeune femme qui ne paya pas de mine : elle avait les yeux cernés, ses cheveux étaient en bataille, sa robes couvertes de boue.  Marjolaine resta à une distance respectueuse.

« Brave homme, une outre d'eau, c'est tout ce que je vous demande.  Prenez cette dague en échange, » fit-elle en tirant des pans de ses vêtements la lame et la tendant timidement vers l'homme.  Ses bras tremblaient légèrement et elle se sentait faiblir.  Serait-elle capable de retourner à leur monture en l'état?  L'homme la contemplait en silence, l'air perplexe et indécis, puis finalement il déclara : « Harmonie, remplis-moi une gourde d'eau! »  Un large soulagement s'empara de Marjolaine alors qu'un lourd poids quittait ses épaules.  Des bruits d'eau se firent entendre peu après et la gorge de la jeune femme s'assécha encore plus à l'idée de pouvoir enfin s'abreuver.  C'est émue et emplie de reconnaissance qu'elle accepta la gourde, généreusement remplie, et qu'elle tendit la dague en paiement.  Elle remercia autant qu'elle le put ses bienfaiteurs et reprit sa route.

Lorsque l'homme referma la porte sur elle, la laissant dans la pénombre naissance, il fit tourner la dague entre ses doigts, pensif.  C'est qu'elle n'avait rien de dangereux cette dame qu'il venait de voir…

« Roméo, demain on part pour la ville, cette femme c'est celle du portrait accroché partout, » déclara-t-il.

Il était au regrets de dénoncer cette pauvre dame, complètement éplorée : il avait bien senti que ce n'était point un acte.  Il tourna un regard vers le lit installé au coin de la pièce où gisait une femme malade.  Ils avaient besoin de l'argent de la récompense.

Marjolaine reprit la route vers l'endroit d'où elles s'étaient séparées toutes les deux.  Dans la pénombre qui s'installait de mieux en mieux, elle avait du mal à s'orienter et trébuchait tous les trois pas.  Elle portait avec un soin attentionné la gourde qu'elle n'avait même pas encore ouverte : elle voulait la partager avec Tara.  Elle progressait lentement et sans voir ni hippopotame, ni partenaire de méfait.  S'était-elle trompée de direction?

Elle fut rassurée lorsqu'elle aperçu enfin la silhouette arrondie de Tara, cela lui donna l'énergie nécessaire pour franchir les derniers pas qui les séparaient.  Celle-ci était accroupie au sol et Marjolaine se laissa tomber à ses côtés, complètement épuisée, l'euphorie de la réussite s'étant estompée tranquillement.  Elle tendit l'outre d'eau à Tara.  « Bois, tu le mérites bien, » articula-t-elle.  Elle prendrait son tour ensuite.  Après tout, son amie – après tout ce qu'elles avaient vécu jusque là ensemble, la duchesse considérait la jeune femme comme une amie – portait la vie en elle, elle en avait bien plus besoin.  Ce ne fut que lors qu'elle découvrit avec horreur la main brûlée de Tara.  Autrefois, elle aurait hurlé d'inquiétude, mais c'était d'un calme placide qu'elle déchira une manche de sa robe et s'appliqua à bander cette paume blessée, dans un geste presqu'automatique, comme si ce n'était pas la première fois qu'elle pansait ce genre de blessure.

Une fois cela fait, elle aida la jeune femme à boire, tranquillement, pas trop vite, avant de s'octroyer le droit de se désaltérer enfin.  Elle tenta de se modérer au mieux possible, mais sa gorge desséchée se satisfaisait difficilement du peu d'eau qu'elle laissait y couler.  Lorsque sa soif fut soulagée, elle sentit enfin les effluves parfumées de la tourte.  « Tu es merveilleuse, tu sais? » fut sa seule réaction.  Cela expliquait désormais la brûlure sur sa main.  « Mangeons vite et éloignons nous un peu pour passer la nuit.  Demain nous reprendrons la route, il nous faut une nuit de repos, » déclara-t-elle.

C'est au petit jour le lendemain que les deux jeunes femmes reprirent la route, en meilleur état qu'elles ne l'était la veille.  Elles avaient un peu plus fière allure, sur le dos de leur monture galopante.  Et la surprise de Marjolaine fut inouïe lorsqu'elle remarqua devant elle une cité se dresser.  C'était un peu l'impression qu'elle avait eu lorsqu'elle était venue à la capitale pour la première fois, mais dans un autre angle.  Elle aurait reconnu sa ville d'adoption les yeux fermés.  « Edenia! » s'exclama-t-elle sans même y réfléchir.  Elle se sentait déjà un peu comme à la maison.
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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Lun 22 Mai - 10:53

Nous avions réussi. J'avais beau avoir essayé de paraître confiante, de me dire et de me répéter que Marjolaine tiendrait parfaitement son rôle, j'avais eu des doutes. Sur elle, sur moi, sur notre capacité à nous tirer de là sans dommage et, surtout, sur la réussite de notre entreprise. Pour autant maintenant que nous chevauchons de nouveau loin de cette petite maison et que le jour se lève, je sens le soulagement m'envahir. Nous pouvons nous en sortir, même si c'est délicat et bien moins facile que cela aurait pu l'être dans d'autres circonstances. J'ai mal à la main mais d'avoir mangé et, surtout, de me sentir aussi proche de ma compagne d'infortune me réchauffe le cœur. Parce que, même si la situation est difficile, même si nous ne savons pas ce que nous trouverons à Lorgol, je ne suis pas seule, je ne me sens pas seule. Grâce à elle, à cette confiance qu'elle semble avoir en nos capacités. Et pour la première fois depuis que ce... non je ne peux pas vraiment dire qu'il s'agit d'un cauchemar, ce serait tout de même un peu fort... mais plutôt ce rêve éveillé si l'on peut dire, a commencé, je me sens enfin vraiment capable de surmonter tout ça.Et je me sens vraiment reposée, prête à affronter le monde entier. Sans me douter de ce qui nous entend, cela va sans dire. Je ne serais probablement pas aussi confiante si c'était le cas.

J'ai un sourire à son exclamation et je fixe les alentours, la mine curieuse. Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà été à Edenia, dans cette vie ou dans l'autre, la véritable. Mais, à bien y réfléchir, je n'ai aucun souvenir de celle que je suis supposée être dans cette existence. Quelques sensations, des impressions, mais comme si c'était quelque chose que l'on m'avait raconté, la vie d'une autre, d'une étrangère pourtant paradoxalement si familière. Et, alors que Marjolaine semble plongée dans ses souvenirs, que j'espère ressentir la même chose quand nous verrons briller les mille tours de Lorgol devant nous, quand nous foulerons les pavés de la ville du pied, je me rends compte qu'il nous faut encore avoir recours à mes petites habitudes. J'ai un mince sourire alors que j'effleure l'épaule de Marjolaine et que je souffle, d'une voix amusée. "On dirait que notre amie rencontre un succès fou tu ne trouves pas ?" La plupart des regards se posent sur  nous avec un mélange de curiosité et de frayeur, surtout quand notre monture a le bon goût de bailler. Une femme sursaute même, poussant un petit cri de terreur alors que je pouffe de rire et que je murmure, à l'oreille de Marjolaine. "J'ai une idée. Il faut que je descende et que je marche un peu pour me dégourdir les jambes." Et j'attends qu'elle m'aide avant de flatter l'encolure de Gertrude. Nous continuons d'avancer, d'un pas plus lent alors que je sens mon ventre se faire plus lourd à chacun de mes pas. Pourtant, je profite de la peur engendrée par Gertrude pour bousculer malencontreusement les passants apeurés et glisser les doigts dans leurs bourses parfois mal fermées. Je retiens difficilement mon rire quand je vois certains d'entre eux faire un pas de coté, en panique, quand ils s'approchent de trop près des dents de la bête. Et, quand j'entends ma poche pleine teinter des pièces qui ont fini par atterrir, j'ai un sourire satisfait avant d'attirer l'attention de ma nouvelle amie et de souffler, d'un ton seulement audible par elle.

"Il faut que nous allions prendre le portail Marjolaine. Mais je t'avoue que je ne sais pas trop comment fonctionnent les choses. J'ai de quoi nous payer le trajet en tout cas, je te laisse aborder le mage pour lui parler ? Et je suppose qu'il va nous falloir laisser Gertrude ici."

Et je la suis alors qu'elle nous guide en direction dudit portail. Je ne peux m'empêcher de retenir un sifflement admiratif quand je vois à quoi il ressemble. J'ai beau avoir déjà vu celui de Lorgol de près à plusieurs reprises, j'ai tout de même à chaque fois un pincement au cœur quand je tombe dessus, sans bien arriver à savoir pourquoi. Probablement parce que c'est de la magie, cette magie qui coule dans mes veines, quand bien même je ne sais plus vraiment m'en servir ces derniers temps. Et j'avoue que de voir que la magie fonctionne encore me rassure bien plus que je ne voudrais vraiment l'admettre. Je glisse alors les pièces entre les doigts de Marjolaine avec un sourire rassurant et j'attends qu'elle ait négocié notre passage, espérant que j'ai réussi à récupérer suffisamment de pièces pour que cela ne soit pas vraiment une difficulté. Visiblement, d'autres doivent passer avant nous alors il va nous falloir faire preuve de patience. Je me sens un élan d'affection tout particulier pour Gertude dont j'embrasse affectueusement le museau alors que Marjolaine est toujours en train de parler avec le mage qui finit par ouvrir le portail. Oh, elle a peut-être réussi à être suffisamment convaincante pour que nous n'ayons pas à attendre avec les autres. Et je m'apprête à faire mes adieux à notre compagne, à laisser la place à Marjolaine pour qu'elle fasse de même quand elle agite les oreilles, l'air brusquement inquiète. Et j'entends un cri derrière nous.

« Elles sont là ! Attrapez-les ! Mais gardez-les en vie !! »

Mon instinct parle à ma place et je sens que c'est nous qui sommes directement concernées. Il est vrai qu'avec la discrétion de Gertrude, difficile de passer inaperçues. J'ai une grimace et, sans même réfléchir, je monte tant bien que mal sur le dos de notre monture à qui je lâche, d'un ton assuré, en espérant qu'elle comprenne. "Vite, va rejoindre Marjolaine ma belle, il faut que tu la sauves." Et, à mon grand étonnement, elle m'écoute, commençant par trotter puis par accélérer en direction de mon amie. Et je crie, d'un ton assuré, en direction de la duchesse. "Tiens toi prête !"

Je sais, c'est une très mauvaise idée. Le portail est ouvert mais je n'ai pas la moindre idée de ce que ça va donner sur le dos de Gertrude. Mais j'entends du bruit derrière nous.Je me retourne pour voir qu'ils sont au moins une dizaine voire plus. Et pour la première fois depuis le début de notre aventure, j'ai vraiment peur. Alors je ne réfléchis pas plus longtemps et je fonce, attrapant la main de Marjolaine pour la tirer vers moi et la faire monter avec nous. Le mage n'a pas le temps de refermer le portail, probablement sous le coup de la surprise, de notre vitesse ou de la chance. Peu importe, tant qu'il est là. J'espère vaguement que le portail est ouvert pour Lorgol est pas pour une autre destination. Je ferme les yeux, un peu paniquée à l'idée de ce qui nous attend et j'attends, le souffle court, sans oser faire le moindre mouvement.

Et puis, je finis par me décider et j'ai un soupir de soulagement.

"Nous sommes à Lorgol Marjolaine. Nous sommes arrivées."

Ma ville. Ma Lorgol. Nous avons réussi.

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Message Sujet: Re: La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Mar 23 Mai - 9:11

Se promener dans les rues de la ville en compagnie d'un hippopotame ne semble pas être une chose particulièrement brillante : elle attire nettement trop l'attention des gens.  Après tout, il ne s'agissait pas d'un animal domestique très commun, encore moins d'une monture très courante.  Pourtant, après toutes ces aventures, Marjolaine n'avait pas le cœur de la laisser derrière elle : elle s'était attachée à la brave bête.  C'était un peu incongru, l'amitié entre une duchesse et un animal aussi imposant et peu gracieux, mais c'était arrivé comme ça, sans qu'elle ne le prévoit vraiment.  Au cours des dernières semaines, Gertrude avait été d'un secours sans faille, toujours prête à les porter, beau temps comme mauvais temps, infatigable.  L'heure de la séparation approchait à grands pas et la Lagrane avait le cœur lourd à cette idée.  Alors même si c'était imprudent de l'emmener avec elles à Edenia, elles l'avaient fait.  Elles avançaient dans les rues, toutes les trois, attirant les regards des citadins, certains perplexes, certains effrayés.  Surtout effrayés en vérité, car qui n'aurait pas peur de la gueule béante de l'animal lorsqu'elle poussait un bâillement?  Elle devait commencer à se fatiguer et elle se laissait aller, pressentant à l'humeur de ses cavalières qu'elles arrivaient enfin au bout de leurs peines.  Et au bout du voyage.  Enfin, songea la pauvre Marjolaine qui avait été bien éprouvée au cours des derniers jours.  Celle-ci, à la demande de sa partenaire de crimes l'aida à descendre et s'installa de l'autre côté de la bête.  Peut-être cela apaiserait-il l'esprits des habitants et visiteurs de la capitale Lagrane, comme elle en supputait à Tara l'intention.

Ce ne fut que lorsqu'elle lui parla d'aller prendre le portail que Marjolaine ne réalisa quelle était l'idée de son amie : elle ne voulait pas rassurer les passants mais bien les détrousser!  Autrefois, elle aurait été prise d'horreur à cette idée, mais quand vous avez traverser les marais à dos d'hippopotame pour rejoindre la capitale, vous apprenez à faire les moins difficiles.  La provenance de l'argent n'avait plus d'importance.  Maintenant, elles pouvaient se payer un passage par portail, ce qui réduirait de beaucoup leur périple.  Marjolaine pouvait prendre en charge la suite, elle avait souvent utilisé cette magie pour se déplacer.  Enfin, elle avait appelé un mage pour les lui ouvrir.

« Laissez-moi m'en charger, je saurai me débrouiller, » affirma-t-elle avec confiance.  Elle les guida jusqu'à un point de portails, en espérant que les choses n'aient point changé à ce propos.  Par chance, c'était toujours là, au même endroit, presque pareil à ce qu'il était avant.  Même le mage qui ouvrait les portails à cet endroit était le même.  « Occupez-vous de Gertrude, il faudra lui faire nos adieux bientôt, » déclara-t-elle avec une pointe de tristesse dans l'âme.  Elle tapota l'encolure de la bête et s'écarta pour aller négocier le prix de leur passage.

Il était étranger de converser avec cet homme qu'elle avait déjà croisé à quelques reprises sans que celui-ci ne la reconnaisse.  Elle ressentait un certain embarras, bien qu'elle n'avait jamais vraiment côtoyé le mage en tant que tel, mais leurs brèves rencontres avaient toujours montré qu'il la reconnaissait en tant que duchesse.  Cette fois, elle n'était qu'une inconnue, qui s'était faufilée le long de la file pour passer en premier.  Un instant, le mage la fixa de manière étrange et soutenue, comme s'il hésitait.  Inquiète, Marjolaine se demanda un instant si cela n'était pas de mauvaise augure pour elle.

« Vous savez, n'est-ce pas?  Vous savez qui vous êtes? » murmura-t-il pour qu'elle seule ne l'entende.  Il l'avait donc reconnue et son attitude à elle l'avait trahie sur ce qu'elle savait.

« Mon amie et moi sommes pressées, nous rendons à Lorgol dans l'espoir d'éclaircir la situation et rétablir les choses dans l'ordre.  Faites nous passer maintenant et je m'assurerai à ce qu'on vous récompense largement à mon retour, » dit-elle avec précipitation.  Il n'y avait pas de temps à perdre, elle avait entendu Gertrude mugir d'une manière assez inquiétante.  Un regard derrière elle lui fit remarquer qu'en effet, les choses n'allaient pas bien pour elles : les Chevaucheurs étaient de retour pour leur jouer de mauvais tours.  Et Tara, telle une guerrière Amazone fonce droit vers elle et le portail que le mage avait ouvert pour elle.  Prête, Marjolaine l'était. Lors que sa compagne arriva à sa hauteur, elle tendit la main pour se glisser dans l'élan sur le dos de l'animal, tout juste derrière Tara qui semblait bien se débrouiller pour la contrôler.

« Mage!  Fermez ce portail! » ordonna un Chevaucheur depuis sa monture.

Inquiète, la duchesse jeta un regard suppliant à l'interpeler qui lui sourit et s'inclina, un air résigné imprimé sur ses traits.  Elle le sentit, cela va le mènerait à la torture, voir à sa mort, et elle éprouva une reconnaissance infinie pour cet homme, qui savait peut-être sacrifier sa vie pour permettre à celle qui fut autrefois, dans un autre monde, la duchesse aimante qui veillait sur le peuple lagran.

« Merci! » lança Marjolaine, les yeux emplis de larmes à l'idée qu'un autre homme se sacrifiait pour elle, Tara et leur quête.  Plus que jamais, elle devait réussir.

Une fois le portail traversé, l'exclamation de joie confirma à la jeune femme qu'elles étaient bien arrivées à Lorgol.  Elles y étaient enfin.  La brigande se laissa glisser à bas de la monture et s'accroupit au sol pour se laisser aller à pleurer un bon coup.  C'était le soulagement qui prenait le dessus, mélangé à un surplus d'émotion qui la submergeait.

Quelques minutes passèrent et elle se releva, essuyant les larmes qui barbouillaient son délicat visage.  Elle regarda Tara.

« Allons trouver les autres.  Ce mage, il savait qui je suis, il m'a reconnue.  Nous ne sommes pas les seules à se souvenir d'une autre vie.  Nous ne sommes pas folles. »

Ses yeux se portèrent sur les hautes tours qui surplombaient la ville.  C'était plus jolie qu'elle ne s'y attendait.  Rien à voir avec la beauté d'Edenia et ses jardins, mais il y avait un certain charme à cette architecture éclectique.  Quand les choses seraient de retour à la normale, elle pourrait peut-être demander à Denys de l'y emmener.  Un jour.

« Et si mon instinct est bon, c'est près de l'Académie de magie et du Savoir qu'on les trouvera. »

Et d'ailleurs, c'était bien ce que la rumeur des ruelles disaient, un campement de plus en plus important s'installait dans les bois.  C'était la destination finale et la fin de leurs ennuis.  Marjolaine était confiante.  Épuisée, mais confiante.
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La danse des hippopotames ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée
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