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 La parole est d'Argent

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Les Chevaucheurs
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Message Sujet: La parole est d'Argent   Dim 9 Avr - 13:28


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
Tristan d’Amar & Maelys Aigrépine

La parole est d’argent

Et le silence d’or



• Date : 15 Mars 1002
• Météo : Nous sommes en fin de matinée. Le temps s'est éclairci, et quelques rais de lumière filtrent à travers les nuages.
• Statut du RP : Ouvert (aux Chevaucheurs sur place)
• Résumé : Après une longue absence, Tristan revient sur le front Lagrance-Sombreciel auprès de ses Chevaucheurs... Sauf qu’il revient sur un dragon d’argent, un Ferveur méconnu, et les yeux cerclés de rouge. Le choc est de taille, pour Maelys, qui l’a vu disparaître du jour au lendemain pour revenir aussi changé, initialement de son fait.
• Recensement :
Code:
• [b]15/03/1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1989-la-parole-est-d-argent]La parole est d’argent[/url] - [i]Tristan d’Amar & Maelys Aigrépine[/i]
Après une longue absence, Tristan revient sur le front Lagrance-Sombreciel auprès de ses Chevaucheurs... Sauf qu’il revient sur un dragon d’argent, un Ferveur méconnu, et les yeux cerclés de rouge. Le choc est de taille, pour Maelys, qui l’a vu disparaître du jour au lendemain pour revenir aussi changé, initialement de son fait.


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Message Sujet: Re: La parole est d'Argent   Dim 9 Avr - 13:33

On est bientôt revenu. Je suis exténuée... Moi aussi. Et même Aïfa, a fini par se taire. On dirait qu’elle est repue, après tous ces affrontements menés. Je me laisse porter par le vol de Mirage, qui se contente de battre des ailes par moment pour se maintenir à hauteur, avant de se décider à se poser en hauteur, sur un point rocheux, tel le dragon des montagnes qu’il a toujours été. Je l’entends adresser quelques paroles mentales à Étincelle, non loin devant, qui a poursuivi son vol mais s’interroge... Nous les rattraperons plus tard, maintenant que nous sommes à nouveau en territoire familier. Nous n’avons plus rien à craindre, et je me laisse aller contre les écailles d'Emeraude de mon dragon, fermant les yeux un temps pour chercher à me détendre.

Tu t’es bien battue, ma petite. Je me redresse sur les coudes, le menton enfoncé dans les paumes de mes mains, avec un sourire las. Je me sens totalement engourdie, sale dans mes cuirs de Chevaucheur, mais heureusement indemne. Je n’ai bien hérité qu’une petite estafilade de plus au bras, de quoi compléter mes autres cicatrices, qui commencent à se faire nombreuses... J’espère qu’Octavius aime bien, des cicatrices, sur une femme. Mes traits se déforment dans une moue contrite. Tu sais... Je n’ai qu’une hâte, c’est d’aller à cette satanée fête en Ansemer, manger une crêpe sur la plage. Je sens son corps s’agiter d’un rire caverneux en réponse, tandis qu’il penche la tête dans ma direction pour me fixer de son œil reptilien. Tu crois que nous en aurons fini, un jour ? Quand ils seront tous morts, je présume. Il y a toujours un vainqueur et un perdant.

Tout paraît si simple, déclamé ainsi...
Je fixe l’horizon, le regard vide, quand un élément incongru dans le ciel m’interpelle. Il fait aussitôt redresser la tête de Mirage à son tour, qui le fixe avec une impression diffuse et étrange. C’est... Un dragon ?

D’argent.
Comment c’est possible ?

Je n’en ai jamais vu de pareil, de ma vie. Et le silence de Mirage me fait rapidement comprendre que lui non plus, n’a pas dû en croiser souvent. Malgré la fatigue, il force sur ses pattes et déploie ses ailes, prêt à partir à sa rencontre. Ami, ou ennemi ? Dans ces temps troubles, je ne saurais même plus le dire. C’est la boule au ventre que je me laisse porter par l’Emeraude, dont les écailles, quand il se rapproche, passe du bleu-vert à un scintillement plus métallique.

C’est... Ferveur. Quoi ?!
Je le fixe, interloqué, sans comprendre. Ferveur est de l’Azur. Comment peut-il l’affirmer ? Et là... Je le vois. Mon Capitaine, qui est juché sur ce dragon. Je reste interdite, à voir ce duo détonnant. Ce n’est pas Ferveur, c’est un autre dragon. Comment l’expliquer sinon ? Mirage passe bien trop vite à ses côtés pour que j’ai le temps de surprendre l’expression de mon Capitaine, mais il fait demi-tour pour rester dans son sillage, sans doute à communiquer mentalement avec, jusqu’à ce que le dragon d’argent décide de se poser dans les plaines verdoyantes, avant d’atteindre le camp. Mon dragon en fait de même, et je me laisse retomber lourdement en bas de ma selle, les jambes flageolantes, tandis que je m’avance vers eux.

« Mon... Mon Capitaine ? » Ma voix se fait hésitante, incertaine. Je commence peut-être à halluciner, avec la fatigue. « Ils vont tous être heureux de vous... » Ma phrase se meurt, et une expression d’horreur se dépeint soudainement sur mes traits, quand il s’avance dans un rai de lumière. Ces yeux... Cerclés de rouge. Non... Non. Il ne peut pas... Je recule d’un pas, tandis que ma voix se brise, pris d’épouvante. « C’est... Tu n’as pas... Tu n’as pas fait ça ! »

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Message Sujet: Re: La parole est d'Argent   Mer 19 Avr - 21:54

Le marquis avait du s’absenter, pour faire face aux nouveautés qu’impliquait le changement qui avait eu lieu pour lui… Rien n’était facile, et si le lien qu’il partageait avec Ferveur était ravivé, ils devaient tout de même se faire, l’un et l’autre, à leur nouvelle nature. Et surtout, il devait apprendre à ronger son frein -il ne maîtrisait pas cette magie nouvelle, ou quelques bribes à peine. Il n’était pas inutile, mais il allait devoir jongler entre son devoir et son apprentissage, et cela ne serait pas le plus simple. Et avant de retourner au front, avant de retourner se battre aux côtés de ses Chevaucheurs, il allait devoir se montrer. Leur apprendre, à eux aussi, ce qu’il était devenu. Ils devaient avoir évité les rumeurs, suffisamment occupés à combattre. Peut-être cela viendrait-il comme un choc. Peut-être. Mais il ne pouvait reculer davantage. Il ne tolèrerait pas qu’ils l’apprennent d’un autre que lui. Il espérait pouvoir en parler à quelques personnes, avant de prendre la parole devant le corps de Chevaucheurs – quelques paroles qui ne lui couteraient rien, à moins qu’il ne soit forcé de le leur dire avant de voir Maelys et Thomas. Maelys le prendrait mal, et Thomas le dévoilerait à Cassiopée avant que son Capitaine n’ait le temps de lui en parler lui-même.

Les Dieux seuls savaient qu’il ne se dédouanerait pas cet acte, même s’il lui serait incroyablement difficile. S’il avait voulu le faire, il aurait pu venir à l’aide d’un mage des portails, dissimuler son visage, et ne pas voler sur Ferveur. Le bruit allait se répandre rapidement, mais peu importait – il voyait la première personne avec qui il souhaitait discuter, ou son dragon, plus que reconnaissable. Était-ce réellement une bonne chose, qu’elle vienne à sa rencontre ? Comment cela allait-il se passer ? Sûrement de manière imprévisible, mais Tristan n’avait pas réussi à établir le moindre scénario réaliste, en pensant à sa confrontation avec la Chevaucheuse.

Il a un choc, de la voir épuisée comme ça, se sentant presque coupable de les avoir abandonnés ces quelques semaines, bien qu’il n’ait pas réellement eu le choix. Sûrement les aurait-il mis en danger, s’il était resté, le temps de… la transition. Il n’avait rien prévu, rien envisagé, à ce moment là. Pas pensé, un seul instant, la métamorphose de Ferveur. Mais elle était réelle, et la gratitude qu’il ressentait envers son dragon pour avoir osé faire ce sacrifice n’avait pas d’égal. Et il ne tolèrerait peut-être pas le jugement de sa… protégée ? Oui, elle l’était, assurément. Bien plus que les autres Chevaucheurs.

« Je le devais, Maelys. Il était temps que je cesse de fuir cette magie qui sommeillait en moi… Et qui est loin d’être aussi néfaste que les gens le croient. J’ai beau avoir changé, je suis le même ; le même Tristan que tu as connu. Tu as grandi, tu as évolué, ces derniers mois, Maelys. Ne refuse pas aux autres la même chose. »

Il n’était pas moralisateur, simplement las. La fatigue ne l’avait pas quitté, et elle ne le ferait pas avant de longs mois, très certainement.

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Message Sujet: Re: La parole est d'Argent   Dim 7 Mai - 18:13

« Non... Non c’est faux ! » Il ne devait rien, à personne. Moi, je lui devais ma vie, et celle de Mirage. Je ne pouvais pas l’oublier, même les yeux écarquillés à contempler ce bleu de ciel cerclé d’écarlate. Je pose ma main précipitamment sur ma bouche, pour contenir le moindre son, alors que mes yeux s’embuent. C’est de ma faute... C'est avant tout la sienne.

Je prends une longue inspiration, difficile, pour m’inciter au calme. Mirage s’avance à pas prudent vers son compère devenu argenté, naseaux en avant, à l’étudier avec méfiance. Sa pensée s’étend à nous tous, cette fois, tranchante : Quelle folie avez-vous commis, tous les deux ? Ses pupilles fendues passent de l’Argenté à son Chevaucheur, alors que les miennes sont incapables de quitter ce dernier. Je ne veux rien entendre ce qu’il tente de me dire, pourtant. Je secoue la tête négativement, comme si cela pouvait chasser sa vision, comme un mauvais rêve qui disparaît au réveil...

« Tu n’étais pas obligé de faire ça ! » J’ai crié, la voix brisée, en retirant ma main avec précipitation pour l’abattre, fermée, sur sa poitrine. J’ai envie de continuer à le frapper, avec plus de force, pour oublier ses tremblements, ses larmes qui menacent de couler, pour me réfugier dans cette rage plutôt que dans l’acceptation. « Néfaste ?! Elle s’est imposée à toi... Par ma faute... Tu n’avais rien d’un mage du Sang, tu l’es devenu à cause des circonstances ! Pourquoi tu as renié l’Hiver en toi ? Pourquoi... » Je laisse retomber ma main, et mon regard dévie enfin, pour s’attarder sur les écailles métalliques de Ferveur. « Le même... ? Je ne crois pas, non. Et Ferveur, que lui est-il arrivé... ? » Je ne suis pas certaine de vouloir la réponse à cette question. Il est différent, et semblable à la fois. A l’image du mage, le dragon a... Changé de peau.

J’ai grandi, oui. Je sais très exactement ce que je ne veux plus. Je ne veux plus que quelqu’un se sacrifie pour moi. Mon Capitaine s’en est acquitté, par obligation, parce qu’il avait ma charge. Et maintenant ? Voilà il en est... Mage du Sang. J’aurais dû m’en douter, qu’il emprunterait cette voie, dès l’instant où il s’est tourné vers Carmine, à écouter ses bons conseils, pour animer une Vivenef de son sang. Il faisait bien partie des fous qui ont animé le bois, quitte à risquer une création imparfaite et dangereuse. Il a embrassé cette voie que lui offrait les Dieux, non parce qu’il voulait cesser de fuir... Mais parce qu’il le désirait vraiment.

Mon regard est flamboyant, et ma voix chargée de colère : « J’ai évolué, oui... Mais je n’ai jamais renié qui j’étais. Pas comme toi. »

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Message Sujet: Re: La parole est d'Argent   Lun 5 Juin - 1:28

C’est faux ? Il aurait difficilement retenu un rire narquois, si ça n’était pas Maelys face à lui, cette Chevaucheuse tumultueuse à laquelle il s’était attaché plus qu’il n’aurait su le dire, comme un mentor à son élève. Si elle ne semblait pas absolument choquée, et que ses yeux ne semblaient pas à deux doigts de laisser couler des larmes qui lui serraient quelque peu le cœur. Il était résolument convaincu d’avoir fait le bon choix, mais il ne voulait pas troubler ainsi quelqu’un de cher à son cœur. Il s’approche de la jeune femme, hésite à la prendre dans ses bras, de crainte d’être rejeté. Il saura gagner les autres chevaucheurs à sa cause, mais elle… elle, il ne saurait le dire. Et il ne le souhaite pas. Alors il pose une main sur son bras, relève sa tête de l’autre, l’obligeant doucement à le regarder. À le scruter, malgré le malaise qui en naît pour lui, à voir qu’il n’a pas changé.

Il sent Ferveur, scruté lui aussi par Mirage, sous toutes les coutures. Il perçoit l’interrogation du dragon émeraude, concernant leurs actes, ce qui a amené à cette… transformation. Il se sent mal, sous la culpabilité encore bien présente. Il avait espéré, secrètement, que quelque chose se passe, qu’il ne perde pas son compagnon depuis tant d’années, qu’il ne puisse s’imaginer vivre sans lui, mais la honte d’avoir pris ce risque, la douleur d’avoir cru le perdre, était tenace, depuis dix jours qu’il avait tout risqué pour cette magie qui était maintenant la sienne. Il reste coi, un instant, incapable de répondre au dragon, sorti de ces pensées douloureuses par l’explosion de Maelys.

« Elle était là, depuis longtemps, Maelys. Depuis toujours. Simplement endormie. Je le… devais. Elle est Mienne, plus que l’Hiver. Je ne suis pas maléfique, je ne vais pas soudainement me mettre à attaquer les gens, par plaisir sadique. Je créé la vie, je ne l’ôte pas. Crois-tu que la magie soit bonne ou mauvaise, Maelys, plus que l’usage que l’on en fait ? »

Il soupire, à l’entendre. Il a changé, mais n’est-il pas fondamentalement le même ? Celui qui se bat pour ses chevaucheurs, qui tentent de leur inculquer des valeurs auxquelles il croit ? De les préserver du plus dur, dans leur métier ? De savoir quand ils sont aptes à se battre, et quand ils ont besoin de s’éloigner ? De ne pas les user, sans pour autant les ménager ? Croit-elle réellement que l’homme face à elle aurait agi différemment, s’il revivait tout ce qu’ils ont affronté ensemble ? Il est persuadé que non. « Je ne peux pas te faire fléchir, concernant ton opinion. Mais si tu me laisses seulement une chance, tu verras, au fil des jours, des heures, que je suis le même. Quant à Ferveur… Ni lui ni moi ne supportions l’idée de perdre ce qui nous unissait. Il en aurait dépéri, et moi aussi. Il a… tenté l’impossible. Sous l’influence de Stellaire, dragon d’Or. De Sage, dragon rescapé du vol d’Argent. Notre lien n’en est que plus fort, plus unique. Nous étions tout l’un pour l’autre, nous sommes un, unis et liés plus que jamais par ce que nous avons sacrifié. Par ce que nous avons embrassés. Par ce que nous sommes. »

Il ne pouvait pas expliquer réellement ce qui s’était passé. Ma sa voix vibrait de douleur, d’amour, de tendresse et de peine, d’affection, plus forte encore que celle qu’il pensait ressentir pour le dragon. Il avait de l’ambition, mais si Ferveur avait voulu tout quitter, vivre libre au sein d’Arven, sans obéir à qui ou quoi que ce soit, il l’aurait suivi. Sans un regard en arrière, sans même réfléchir à ce qu’il abandonnait. Il aurait tout quitté, car si le dragon lui était indispensable avant, il lui était vital maintenant.

Il est pourtant blessé, par l’attitude de la chevaucheuse. Plus qu’il ne l’admettrait. Parce que cela le touche personnellement. Parce que son opinion compte… son approbation aussi. Ferveur s’éloigne de son homologue émeraude, se rapproche de lui, le poussant dans le dos, comme pour lui apporter du réconfort. Elle comprendra, Tristan. Avec le temps. Il sait, le marquis, le capitaine, le mage du Sang, que l’Argenté s’adresse aussi bien à lui qu’à elle, qu’il ne dissimule ses paroles de personne, ni Mirage, ni Maelys. Il est certainement plus clairvoyant qu’aucun d’entre eux, quoi qu’aussi impliqué. À quel point ressent-il la douleur de son compagnon, de celui à qui il s’est lié à jamais ? Probablement aussi intensément que Tristan lui-même, qui est beaucoup plus difficilement capable de s’isoler de cette majestueuse créature, de cette âme sœur qui est la sienne, depuis qu’ils ont renoncé à tout. « Je ne peux t’obliger à rien. Je ne peux qu’être ton Capitaine, celui qui vous rend victorieux des combats qui nous attendent, et qui tentent comme à son habitude de préserver vos vies. Je peux t’assigner à un major qui sera positionné à un endroit différent du front, où je ne me trouverai pas. Je peux aussi accepter une mutation, si tel est ton désir. Mais j’aimerai que tu me laisses une chance, comme je t’en ai laissé. De te prouver que tout n’est pas tel que tu le dépeins. Que tu puisses voir ce qu’il en est réellement. Que l’on se batte ensemble, comme nous le ferions si rien n’avait changé. La décision est tienne, mais je serai peiné que tu me refuses cela. Et ce n’est en aucun cas un ordre. Je ne m’opposerai à rien qui changerait ta carrière. Ni à un avancement, si tu le désires. »

Il parlait de manière résignée, avec bien peu d’entrain, et une légère crainte de ce qu’elle allait lui dire. Il la savait impulsive, allant au bout de ses convictions. Inflexible, parfois. Lui refuserait-elle cela ? Il espérait que non.

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Message Sujet: Re: La parole est d'Argent   Ven 9 Juin - 23:15

J’ai un mouvement de recul, quand il s’approche de moi. Je ne parviens pas à le retenir, alors qu’il voulait certainement à nouveau chercher à me calmer, à me prendre dans ses bras comme s’il était possible de tout oublier… Mais non. Je ne pouvais pas. Je me raccroche à cette colère, pourtant impuissante. Je ne veux pas m’effondrer en larmes. Je refuse de… D’accepter ce qu’il est devenu, comme si rien ne s’était produit. Il a fait un choix. Le mauvais, à mon sens.

Et à écouter Mirage, qui se tourne vers son homologue, il n’en pense pas moins. Le vieux dragon semble percevoir bien plus ce qui est latent que moi, à les détailler avec méfiance. Je ne sais ce qui génère un tel sentiment en lui, mais cela n’a rien de comparable au rejet que j’exprime envers Tristan. J’ai… J’avais tellement d’admiration pour lui ! Mon Capitaine, si altruiste et pourtant si droit. Mon Capitaine, cet acharné du travail, qui paraît si froid au premier abord, mais qui dissimule un cœur en or et une passion ardente. Comment… Comment a-t-il pu se montrer si égoïste alors ? Comment a-t-il pu faire une telle erreur de jugement ? Peut-être bien parce que cette passion, si ardente, s’est faite dévorante. Ou à cause de ces mages maudits, qui ont su le rallier à leur cause, simplement parce qu’il a eu pitié d’eux.

« Ce n’est pas vrai ! Je sais très bien ce qu’ils font… Et ce que tu as fait aussi ! On ne peut pas créer de vie sans en ôter, sans donner quelque chose de… Et tu vas jouer avec des vies maintenant ? Que comptes-tu faire, dis-moi, avec cette magie maudite ? Elle n’est pas supérieure à celle de l’Hiver, loin de là ! Mais regarde… Regarde ce qu’ils nous forcent à faire ! » J’ai un mouvement ample en arrière, à désigner le front, là où on aperçoit encore quelques lointaines silhouettes, qui ne paraissent que des points à l’horizon, synonymes des quelques combats qui se poursuivent encore. « Comment peux-tu encore croire qu’ils en valent la peine, alors qu’ils n’ont apporté que sang et mort ? »

Mon bras tremble. Il ne devrait pas, mais difficile de contenir toutes ces émotions qui menacent d’imploser. Colère. Déception. Culpabilité. Tristesse. Rancœur… Trahison. C’est ainsi que je le ressens, oui, à l’écouter tenter de justifier son geste. Il abandonne vite l’idée de me rallier à sa cause, mais… Lui donner une chance ? Il parle, comme si le temps suffisait à tout régler ! J’agite négativement la tête, avec une expression de parfaite incompréhension et d’effroi qui se gravit finalement sur mes traits. « Qu’est-ce que… Tu essaies de me dire ? Que s’est-il passé avec Ferveur ? Pourquoi… Comment… Tenter l’impossible ? Mais bien sûr qu’il en aurait dépéri ! » Je me rapproche de lui, en deux pas rapides et violents, la voix brisée. « Mais tu n’as pensé qu’à toi, qu’à ta petite personne ! Ca ne t’est même pas venu à l’esprit, de te demander ce que ça ferait à ceux qui t’entourent, à… Même à ton dragon ? Tu ne le mérites pas ! Et tu ne mérites pas plus que je te donne cette chance ! »

Les larmes ont fini par couler, autant de rage que de résignation. Je lève les deux mains à hauteur de mon visage, poings serrés. J’aurais envie de le frapper, mais ce n’est qu’un violent ressentiment qui persiste, celui d’une impuissance. Mirage s’est placé derrière moi, protecteur, tandis que Ferveur en a fait de même avec son Chevaucheur. Je l’entends clairement, cette pensée qu’il partage sans honte, cette déférence dont il fait encore preuve envers lui… Et qui me donne envie de vomir. Ce n’est qu’un semblant d’espoir, de consolation. Ah, il peut croire, Ferveur… Il a bien hérité de son nom. J’essuie mes larmes dans un geste rageur, alors que mon Capitaine reprend la parole. Le ton qu’il emploie me donne plus envie de le secouer maintenant, plutôt que de lui hurler encore dessus.

« Tu crois encore pouvoir nous rendre victorieux, alors même que tu auras moins de contrôle sur ta magie que les plus jeunes cadets qui nous ont rejoint ? Non, Tristan… » Peut-être aurais-je effectivement besoin de m’éloigner de lui un certain temps, dans l’espoir de remettre mes idées en place. Je suis certaine que le Duc et la Duchesse vont le soutenir dans sa démarche, alors même qu’il ne mérite plus sa place en l’état actuel des choses. Ils sont tellement tous acquis à la cause des mages du Sang que je me demande encore ce que je fais là, dans ce Duché. Peut-être aurais-je dû faire comme les autres et relier Outrevent, ou ne serait-ce qu’Ansemer… L’idée est à envisager, et il me la propose clairement.

Je garde le silence, les bras croisés. J’ai presque envie d’accepter, de me détourner de lui aussitôt. Que me reste-t-il encore en Lagrance ? Thomas ? Il est bien encore le seul à se battre pour eux, corps et âmes. Les autres partiraient sans l’ombre d’un remord, pour les abandonner à leur décadence. « Tout a changé. J’ai… J’ai besoin de réfléchir. J’ai l’impression de ne plus savoir pour quelles raisons je dois me battre, ou… Pour qui. » Mon regard revient vers le sien, cerclé de rouge, avec toujours cette même rancœur. « … Je vous admirais, Capitaine. Mon Capitaine… »

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Message Sujet: Re: La parole est d'Argent   Dim 25 Juin - 21:21

Plus que toutes les paroles qu’elle a pu avoir, ce mouvement de recul le blesse, l’éclaire, sur ce qu’est devenu cette relation particulière qu’ils avaient. Elle se détourne déjà de lui, comment croire qu’il pourrait lui faire entendre raison ? Ce n’est qu’une chimère, mais une chimère qu’il ne peut abandonner. Il s’y accroche, pleinement, définitivement, comme à chaque chose en quoi il croit. À chaque chose en quoi il veut croire. Et il veut croire en Maelys, en ces vestiges qu’il doit rester, de cette relation si particulière, qu’ils partageaient. Va-t-elle piétiner allègrement ce qu’il en reste ? Il espère que non, mais il peine à réellement y croire. Elle est si… entière, elle ne fait pas dans la demi-mesure, et elle semble s’être convaincue de la malfaisance des mages du Sang. Des gens comme lui. A-t-il seulement le pouvoir de lui prouver le contraire ?

« En es-tu sûre ? As-tu seulement cherché à échanger avec eux ? À comprendre ces années d’exil, qui leur ont été imposées ? T’es-tu demandé, les ravages que cela a causé pour eux ? As-tu cherché à savoir, s’ils ont pris part à cette guerre ? S’ils ont tué des innocents, même indirectement ? Aucun ne l’a fait, Maelys. Aucun. Ils ont failli perdre la raison, sur cette île où ils étaient retenus prisonniers. Ils auraient perdu la vie, probablement, si un enchantement ne les en empêchait pas. Quelle vie misérable ils ont eu ! À cause de la peur de gens, qui ne savent pas comment faire face à cette magie méconnue. Mais s’il y a des branches obscures, condamnables, qui ôtent des vies pour améliorer leur magie, il y en a d’autres, plus lumineuses. Je m’arrêtais un instant, prenant une grande inspiration, pour contrôler l’incertitude qui m’envahissait. Je n’ôterai jamais la moindre vie, et ne déroberai pas le sang de qui que ce soit, pour la faire concerner. C’est un serment que j’ai fait, à Ferveur aussi bien qu’à moi, et jamais je n’irai à l’encontre de ça. Tu me connais. Tu connais ma droiture. Tu sais combien j’ai à cœur de protéger les innocents, et les gens qui me tiennent à cœur. Les lagrans, les faës, mes chevaucheurs, tous me tiennent à cœur. Crois-tu réellement que je puisse cautionner des massacres, quels qu’ils soient ? Ne comprends-tu pas que cette haine de l’injustice, de la persécution, m’a poussé sur ce chemin là ? À embrasser cette magie qui était la mienne, qui coulait dans les veines de ma famille, et qui avait été tellement réprimée qu’elle ne s’était jamais manifestée ? Crois-tu vraiment que les mages du Sang en sont coupables ? Qu’ils aient pris, activement, part à ce combat ? Je n’ai vu aucun d’entre eux se battre, n’ai entendu nulle rumeur à ce sujet.

Penses-tu réellement que toute forme de magie, utilisée à mauvais escient, n’ait pas le même effet ? La magie est neutre, l’usage que l’on en fait, lui, peut être dangereux. Mais n’y a-t-il pas de fous partout, capables d’adopter des usages condamnables, de la magie si précieuse aux yeux des faës ? Je ne te demande pas d’accepter sans réfléchir les mages du Sang, mais simplement de leur laisser, de nous laisser, le bénéfice du doute. De croire qu’il y a des gens honnêtes, droits, en ce sein.
»

Il est épuisé, presque, de devoir se justifier ainsi. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle l’accueille à bras ouverts, mais il ressent cette réaction comme une agression, comme une violente attaque, qui le laisse plus affaibli qu’il ne pouvait l’envisager. « Ils n’ont pas causé cette guerre, Maelys. S’ils y sont liés, ils n’en sont pas les agents. Crois-tu réellement qu’ils militent avec l’Ordre ? Qu’il tolère ces crimes, ces massacres, d’innocents ? Je t’affirme que non. Mais quelle importance, ma parole n’a plus d’importance pour toi, n’est-ce pas ? » Mots amers, mots cruels, qui sortent de sa bouche, qui font naître une légère nausée en lui. Il l’a perdue, c’est une évidence.

Alors il laisse le silence s’installer, le temps d’ordonner ses pensées. De réfléchir. De voir s’il y a quoi que ce soit à faire, pour panser ces plaies ouvertes qui étaient avant cela leur relation, ou s’il faut les laisser cicatriser, et passer à autre chose. Mais il ne peut s’y résigner. Le peut-elle, alors qu’elle lui répond, ne tourne pas les talons ?

« Crois-tu donc réellement que j’ai ignoré tout cela ? Crois-tu que j’ai fait cela sereinement ? Un an, Maelys, ça fait un an ! Un an que je lutte avec cette partie de moi-même. Que je me rattache à une partie de moi qui disparaît progressivement. Que je pleure intérieurement, à l’idée de perdre Ferveur. Je ne pouvais plus lui infliger ses doutes, ni me les infliger. Nous en souffrions, plus que tu ne pourras l’imaginer. C’est parce que nous ne pouvions plus supporter cette situation, que nous devions agir. Ferveur l’a perçu bien avant moi. Peut-être aurait-il du prendre un autre nom, et s’appeler Sagesse, ou Dévotion. Mais si tu me penses si peu soucieux des autres, alors peut-être est-ce trop tard. » Trop tard pour sauvegarder quoi que ce soit, de cette croyance qu’elle avait en lui. Trop tard, pour qu’elle l’accepte. Ses larmes lui laissent le cœur en lambeaux, mais il ne peut la consoler, la tranquilliser. Pas cette fois. Elle ne l’y autoriserait pas, et il n’est plus sûr d’en avoir le droit. Ou l’envie, tant le rejet est violent. Il a la gorge serrée, l’estomac noué, face à elle, comme un enfant pris en faute. Mais il ne l’est pas. Il a fait ce qu’il devait.

« Et si tu pensais à ces dragons d’Argent, ces pairs, de Ferveur ? Ils sont enfermés à l’Académie, depuis mille ans maintenant. Privés de ce lien si spécial que nous avons, avec nos dragons, dépérissant. Parce que l’on a décidé qu’ils étaient indignes d’arpenter les cieux. Que dis-tu de cela ? » Sa voix est amère, brûlant de cette indignation qui est sienne, à l’idée que l’on traite aussi mal ces êtres majestueux.

« Qu’attends-tu de moi ? Que je laisse ma place ? Je me suis entrainé, pour me battre par d’autres moyens, et je le ferai encore. Je ne suis pas sans défense, et j’abandonnerai ce poste de moi-même, si je savais être une épine dans les pieds du Vol. Tu sais aussi bien que moi que, plus qu’être sur le terrain, le Capitaine gèe une quantité impressionnante de paperasse. Et je n’ai pas chômé. J’ai appris, à maîtriser ces curieux arc et flèches immatériels, que j’ai retrouvé parmi les trésors d’Amar. Je vise avec autant de précision que je le faisais, avec ma magie de l’Hiver. Et je le ferai toujours, je n’abandonnerai pas. Je ne vous abandonnerai pas. »

Mais s’il devait renoncer à sa place, pour le bien du Vol, il le ferait. Parce que son investissement impliquait cela.

« Ton problème se situe-t-il vraiment avec les mages du Sang ? Qui blâmes-tu, Maelys, et de quoi ? Je peux t’écouter, pour la dernière fois, peut-être. Mais ne te trompes-tu pas de coupables ? N’associes-tu pas des innocents, à ces carnages ? » Il était certain qu’elle le repousserait. Prononcerait des paroles encore plus cruelles, qu’il ne supporterait pas. Mais il ne pouvait pas renoncer, pas sans se battre.

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Message Sujet: Re: La parole est d'Argent   Lun 7 Aoû - 19:26

Je lui rends un regard décontenancé. Comment peut-il être à ce point convaincu de leur vertu, de leur innocence ? « Tu ne sais rien, toi non plus, et tu parles sans savoir. Tu ne peux pas parler en leur nom à tous. Ils ont fait pire encore que d’ôter des vies, ils en ont façonné, des créations inachevées, et folles. » Je ne me serais jamais permise, en temps normal, de m’adresser ainsi à mon Capitaine. Je me sens sur le point de rupture, dès que je croise ces yeux cerclés de rouge, comme un témoignage muet de ce qu’il a commis. J’avais tellement de respect pour lui. J’avais appris à l’apprécier, au-delà de toutes raisons, comme… Je ne sais pas. Je savais seulement que, quoi qui pouvait se produire, Tristan aurait été là. J’avais sans doute rêvé les yeux grands ouverts, à l’idolâtrer, incapable de voir la réalité en face. Et la désillusion est cruelle, sans pitié.

« Bien sûr, qu’ils ont pris part à cette guerre ! C’est eux qui l’ont provoqué, en sortant de cet exil qu’on leur avait imposé. Nous n’aurions jamais dû aller sur cette maudite île ! JAMAIS ! » J’ai hurlé, sans m’en rendre compte, excédée. Non, jamais. Rien de tout cela ne serait arrivé, si nous n’avions pas mis les pieds sur l’île des Amoureux du Vent, s’ils n’avaient pas si bien réussi à se faire prendre en pitié par eux tous, et par mon Capitaine, si bon et si altruiste. Ils me l’ont volé. Ils me l’ont perverti, rendu changé. « Il aurait été préférable qu’ils perdent tous la vie, qu’on leur accorde cette délivrance… Parce que c’était l’ordre naturel des choses. »

Je l’entends, à prêter serment. Je l’entends, mais refuse de croire à ces paroles. Je voudrais le croire, pourtant. Je voudrais croire qu’il a encore cette droiture en lui, cette altruisme à l’excès, et que cette magie serait bénéfique en lui… Mais elle a déjà noirci son jugement. J’ai peur pour lui. Même son dragon n’a pas réussi à le retenir, à plonger au plus noir de l’abîme. « Je voudrais te croire… » Mais c’est ce que nous faisons tous, finalement, cautionner des massacres, cautionner cette guerre. Je ne m’apaise qu’un instant, alors qu’il me confie enfin ce qui l’a mené à faire un tel choix. Mon regard flamboie aussitôt. « Et tu comptes réparer l’injustice par l’injustice ? Tu es toi-même la preuve vivante de cette rébellion, par le sang ! Je les ai vus, Tristan. Ils tuaient tous ceux qui s’opposaient à eux, manipulaient les autres… Ils les enfermaient dans des cages ou les torturaient, au Festival du Seuil. Tu n’étais pas là. Tu n’as pas vu, de tes propres yeux, les dérives de cette justice que tu cherches à rendre. Ceux qui se faisaient persécutés persécutent à leur tour. Ils ne se battent pas, ils font bien pire ! Et cette magie n’a pas été bannie sans raison, elle n’apporte rien de bon ! » Il ne comprend pas, ou ne veut pas comprendre. « Il existait un équilibre, durant mille ans, qui a été brisé par leur retour. Un équilibre entre nos magies et nos savoirs. T’es-tu seulement demandé pourquoi cette magie, précisément, avait été bannie ? Elle corrompe, même les plus vertueux… Même toi. »

Ma voix a baissé d’un cran, sur ces deux derniers mots. Je sais que c’est inutile maintenant, ce n’est pas comme s’il pouvait revenir en arrière, même s’il entendait raison. « Ils sont les agents de l’Ordre. Tu te voiles la face. » L’amertume fait écho. J’ai l’impression de le perdre, et c’est étrange de trouver ce même sentiment ancré au fond de son regard. Ce n’est que maintenant que la colère a laissé place à la lassitude, que je vois les barrières s’abaisser. Je me sens idiote, de ne pas avoir remarqué plus tôt quels tourments il avait dû affronter suite à ce qui s’était passé sur cette maudite île. Je retiens mes larmes de couler encore, les deux mains levées, avant qu’elles ne retombent dans un signe d’impuissance. Il a toujours été là pour moi, mais jamais… Oh non jamais il ne m’a parlé à cœur ouvert comme il vient de le faire. J’aurais dû le savoir, m’en rendre compte plus tôt. Il a tellement pris sur lui, à faire comme si tout allait bien, alors qu’il sentait sa propre existence lui échapper. Je murmure à peine, la tête basse, touchée en plein cœur. « Je suis désolée… C’est ma faute. »

C’est trop difficile à encaisser. C’est tout simplement… Trop. Je l’écoute encore me parler de ces dragons aux reflets métalliques. Je secoue lentement la tête. Il est si convaincu de ce qu’il doit faire maintenant, de ce pourquoi il compte se battre, et de quels moyens user pour y parvenir. Pas de retour en arrière possible. Oui, je le sais.

J’ouvre la bouche, pour protester. Mais moi, il ne me laisse que des doutes, des incertitudes sur ce qu’il convient de faire. Oh je leur en veux toujours de me l’avoir pris… Mais rien n’est rationnel là-dedans, même le combat que je mène au front n’a plus aucun sens à mes yeux. Et qui j’espère encore protéger maintenant ? Contre qui il me faut lever mes armes, alors que tout ce en quoi je croyais s’effondre ? Je sens le museau de Mirage contre mon dos, qui me pousse doucement, et la chaleur qui filtre de ses naseaux. Il réchauffe ma conscience. Je ne me bats pas pour une patrie. Lui et moi, c’est tout ce qui compte encore, au fond.

Je lâche, avec gravité : « Personne n’est innocent. Nous sommes tous coupables. »
Et ils paieront pour ce qu'ils lui ont fait, comme il me faudra le faire un jour.

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