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 Elle venait d'avoir dix-neuf ans

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La Cour des Miracles
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Message Sujet: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Dim 16 Avr - 22:10


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
Agathe Martel & Aubrée Martel

Elle venait d’avoir dix-neuf ans

Ou les seules rescapées d’une fête cielsombroise




• Date : 2 juin 1001
• Météo : Un soleil timide promet une journée agréable
• Statut du RP : Privé
• Résumé : C’est l’anniversaire d’Aubrée! Enfin, pas tout à fait. C’est dans quelques jours, mais Agathe désire plus que tout souligner l’arrivée de son unique soeur dans ce monde perfide et cruel. Tension ou non, ça ne l’empêchera pas de fêter son aînée et de tenter de rabibocher leur relation, par la même occasion.
• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici :[/b]2 juin 1001 [url=http://arven.forumactif.org/t2018-elle-venait-d-avoir-dix-neuf-ans#60526]Elle venait d’avoir dix-neuf ans[/url] - [i]Agathe Martel & Aubrée Martel[/i]
C’est l’anniversaire d’Aubrée! Enfin, pas tout à fait. C’est dans quelques jours, mais Agathe désire plus que tout souligner l’arrivée de son unique soeur dans ce monde perfide et cruel. Tension ou non, ça ne l’empêchera pas de fêter son aînée et de tenter de rabibocher leur relation, par la même occasion.



Dernière édition par Agathe Martel le Dim 16 Avr - 22:40, édité 2 fois
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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Dim 16 Avr - 22:15

Elle avait couru tout le long du couloir séparant leur chambre, ce matin-là, sa chevelure dorée la suivant comme un étendard. Ce qu’elle avait changé, déjà, sans même le savoir, la petite Belliférienne! Des boucles bleutées dans les cheveux, une légère echancrure* qu’elle n’aurait jamais osé porter, à son arrivée à Euphoria, des éclats de rire : elle s’habituait enfin à sa nouvelle vie et ne pleurait plus depuis quelques semaines, au moins. Son frère lui manquait toujours aussi cruellement, le mal du pays la prenait devant chaque levée de brume, sur le port de cette capitale si étrange, mais la profonde mélancolie s’était muée peu à peu en un intérêt plus ou moins caché face aux merveilles et aux curiosités que le Duc lui proposait. Toujours plus incroyable. Toujours plus scandaleux. Toujours plus fascinant.

Elle griffa la porte à quelques reprises, très peu au fait des règles de bienséance élémentaire. Pas de réponse. Un ronflement puissant venu de sa gauche, toutefois, la fit sourciller. Agathe hésita un moment, pâtisseries entre les mains, à aller oeiller par l’embrasure de la porte afin de voir qui était cet homme -ou cette femme!- qui dormait plus bruyamment qu’il ne vivait. Peut-être était-ce ce gros monsieur qui les regardait avec insistance, sa soeur et elle, dès le début de la soirée? Elle secoua sa jolie tête blonde. Il ne fallait pas se laisser distraire par les indiscrétions. Pas ce matin!

- Aubrée, dors-tu?

Son expérience avec Arnaut ne l’avait pas refroidi tout à fait, quant à l'intimité du reste de la fratrie. Ainsi, elle se faufila par la porte en toute discrétion sans imaginer un instant pouvoir la surprendre d’une quelconque manière. Elle prit grand soin de refermer derrière elle pour ne pas réveiller les autres dormeurs et le ronfleur. Elle ne savait pas trop où ils dormaient, les invités du Duc Castiel de Sombreflamme, mais elle les avait entendu se bagarrer jusqu’à ce que le soleil se lève. Enfin, elle préférait croire à une bagarre plutôt qu’à l’autre alternative beaucoup trop scandaleuse qui la faisait rougir rien que d’y penser. Ils étaient bien étranges, les Cielsombrois, en matière de loisirs. En Bellifère, c’était mieux. Quoi que… Non, non. En Bellifère, c’était mieux.

- C’est ton anniversaire, lève toi Aubrée!

Elle sautilla joyeusement jusqu’au fond de la vaste chambre et tira les lourds rideaux pour nimber la pièce d'un soleil timide. Pâtisseries aux noisettes dans une patte, elle s’entêta à ouvrir l’accès au balcon de l’autre, langue pincée entre ses lèvres. Pas de petits oiseaux venant pioupiouter pour la fêtée, mais l’air était doux et promettait une journée exceptionnelle. La blondinette se laissa ensuite tomber sur le lit, non loin de son aînée. Qu’importe ce qu’elle lui avait fait vivre, depuis mars dernier! Agathe était bien capable de garder sa rancoeur jusqu’au lendemain pour permettre à sa soeur un anniversaire mémorable. Il était vrai qu’Aubrée  n’était pas vraiment née à cette date précise, mais compte tenu du voyage vers Lorgol qui prenait forme peu à peu, les festivités devaient être bousculées. Elle lorgna vers la forme mouvante sous les draps puis y darda son index avec douceur mais détermination. Qu’il était bon de se retrouver auprès d’elle, comme lorsqu’elles étaient enfants!

- J’ai quelque chose pour toi. Et c’est à base de noisettes!



*En dépit de ce qu’en pense Agathe, il s’agissait d’une robe d’une pudicité remarquable, pour le reste de l'humanité.
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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Mar 18 Avr - 21:16


Un doux rêve. Voilà ce qu’était en train de faire Aubrée, avant que sa cadette ne fasse irruption dans sa chambre.

C’était un rêve un peu étrange, à base d’amour, de fleurs et de soleil. La blondine était en compagnie d’un homme charmant, très doux et gentil avec elle. Ils étaient seuls, dans un champ, à discuter. Aubrée serait incapable de le décrire ; à vrai dire, elle n’est même pas certaine de le connaître. Elle ne sait pas de quoi ils parlent non plus. Mais ils parlent comme s’ils étaient amis depuis toujours. Et à un moment, il a attrapé le soleil entre ses mains, l’a glissé dans un bouquet de fleurs, et quand elle le prend entre les mains, et qu’elle lui sourit, il se penche vers elle pour l’embrasser. La Belliférienne en elle est bien enfouie au fond de son esprit, en ce moment précis ; elle, elle se laisse faire, et ferme même les yeux – ce qui est probablement le fait le plus étrange du rêve. A cet instant précis, Mirat, le chat persan de Castiel, se met à gratter la terre, juste devant elle, en lui demandant si elle dort. Un chat qui parle. C’est totalement absurde. Surtout qu’il la dérange, là. Alors, elle rouvre les yeux ; mais à sa grande surprise, le champ, le chat, l’homme et le bouquet on disparu. A la place, une chambre plongée dans la pénombre, seulement éclairée par les lumières du couloir qui entrent par la porte entrouverte, vite refermée par une silhouette que la jeune femme ne reconnait que trop bien. Agathe. Pourquoi diable sa petite sœur s’aventure dans sa chambre de si bonne heure ? Pourquoi l’empêcher de dormir ? Pourquoi briser un si beau rêve ? Le seul salut que lui adresse Aubrée est un grognement étouffé par les nombreux oreillers. Le message est clair ; elle veut dormir, et retourner rêver.

Mais Agathe ne l’entend pas de cette oreille. Et d’une voix joyeuse, elle lui ordonne de se lever, pour fêter son anniversaire, en ouvrant grand les rideaux. Ce geste a pour seul effet de faire grogner à nouveau l’aînée, qui se pelotonne sous les couvertures, en essayant d’échapper à la lumière. Son anniversaire attendra. Elle le fêtera plus tard, quand elle sera rév…

Minute.

Son anniversaire ?

Interloquée, Aubrée relève la tête. Sa cadette, concentrée, est en train de se battre avec la fenêtre donnant accès au balcon. Qu’est-ce qu’elle fabrique ? « Mais Agathe… Mon anniversaire… C’est pas aujourd’hui ! » Aubrée ne sait pas exactement quel jour on est, d’ailleurs, mais on est encore au moins à deux bonnes semaines de ses dix-neuf ans, non ? « Qu’est-ce que tu… Humpf ! » La flemme et la fatigue ont raison d'elle. Aubrée se relaisse tomber dans ses coussins. Elle ne peut résister à ce petit bonheur. Elle ne s’est toujours pas habituée au fait de pouvoir rester au lit jusqu’à pas d’heure. Avant, en Bellifère, il fallait toujours qu’elle se lève tôt, pour préparer le déjeuner de toute la famille, ou bien faire le ménage, la lessive, ou autre corvée. Et pouvoir se recoucher est plus qu’agréable. Enfin, si Agathe le lui permet. Seulement, cette option ne semble pas faire partie de son programme, puisqu’elle vient s’asseoir près d’elle, sur son lit.

Aubrée ne bouge pas, quand sa cadette lui plante l’index dans les côtes. Peut-être qu’elle croira qu’elle s’est rendormie… Ce n’est pas qu’elle ne veut pas voir sa sœur, au contraire, mais la blondine n’est pas du matin. Et puis, elle s’est couchée tard, aussi. Pas aussi tard que certains de leurs voisins de chambre, visiblement, mais tout de même.

La seule chose qui fait réagir la jeune femme, c’est la mention des noisettes. Aubrée se redresse alors, s’appuyant sur ses coudes, et regarde la jeune blonde avec intérêt. « Tu as des gâteaux à la noisette ? » Ce n’est pas par réel appétit ou gourmandise, même si elle aime bien les pâtisseries. Non ; c’est surtout que la tradition du gâteau à la noisette pour l’anniversaire remonte à leur enfance, alors qu’elles étaient encore proches. Deux fois par an, elles se retrouvaient dans la chambre de l’une ou de l’autre, et mangeaient ensemble quelques unes de ces pâtisseries, sans se faire attraper. Cette tradition s’était perdue, ces dernières années. Et maintenant, Agathe veut recommencer ? Lui a-t-elle pardonnée ?

Alors, Aubrée se redresse complètement, pousse tous les coussins, se décale et s’adosse au dossier de son lit, en tapotant à côté d’elle pour inviter Agathe à faire de même. « Allez, viens t’asseoir. » Et puis, lorgnant sur le gâteau qu’elle tient dans la main, elle ajoute, en souriant. « Dis-moi, tu es au courant que tu es un peu en avance ? N’essaie pas de me vieillir trop vite, s’il te plaît. » Bien sûr que ces paroles sont sur le ton de la plaisanterie. Elle ne voudrait pas se fâcher avec sa cadette aujourd'hui. Si elle-même est prête à faire une trêve, pas question de gâcher cette occasion.

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Mer 7 Juin - 15:51

Aubrée se réveillait enfin. Elle remuait, là, sous les draps, ce qui ravissait grandement sa cadette. Si elle s’habituait, si elle avançait malgré tout, Agathe n’oubliait pas que c’était sa propre soeur qui était à l'origine de cet enlèvement bien loin des traditions de sa Bellifère chérie. Au-delà de la rancoeur, au-delà d’un anniversaire qu’il fallait honorer, il aurait été un mensonge éhonté d’affirmer qu’Agathe n’était pas joyeuse de renouer avec cette complicité perdue par les ans. Ainsi, lorsque son aînée daigna sortir son visage d’entre les draps pour se redresser et tapoter la place, à ses côtés, la jeunette ne se fit pas prier, rapatriant ses jupons et ses rubans tout près d’elle.

- J’en ai mangé deux, déjà. Mais celui-là, il est pour toi!

Elle s’était levée très tôt, très, et avait pu se faufiler vers les cuisines. Si la majorité du palais somnolait, quelques domestiques s'efforçaient déjà de préparer le repas du réveil pour le dîner. Nullement contrainte par des règles, des droits ou toutes autres restrictions, Agathe avait eu le bonheur infini de grignoter ses pâtisseries préférées sans limitation et sans culpabilité. Elle soupçonnait le Duc d’avoir exigé la confection de gâteaux à la noisette pour souligner sa simple présence sur ses terres. Pourquoi aurait-on de cette pâtisserie si belliférienne ici sinon? Oui, il était vrai que la cuisine de Bellifère était largement supérieure aux autres duchés, mais tout de même...

Telle une offrande, la pâtisserie fut remise avec cérémonie et tête inclinée bien bassement.

- Dis-moi, tu es au courant que tu es un peu en avance ? N’essaie pas de me vieillir trop vite, s’il te plaît.
- Quinze juin. C’était le matin, très tôt. C’est ce qu’on m’a dit…

Elle opinait vivement, la blondinette, un sourire amusé et rêveur sur ses lèvres. L’envie de lui raconter une histoire rocambolesque sur sa venue au monde, à l’instar de sa propre vision idéalisée de la sienne, lui faisait envie… Mais par une étrange volonté plus forte qu’elle, aucun mensonge ne sortit d’entre ses lèvres. Agathe se contenta de se caler plus confortablement encore sur le lit, son regard perdu vers le balcon ouvert.

- Je suis persuadée que Arnaut pense à toi, ce matin, lui aussi. Peu importe où il est!

Peu importe où il était. Car il devait bien les chercher, les soeurs Martel; elle, surtout, sa jumelle, sa petite oie blanche, sa pierre précieuse, son Agathe. Elle soupira, la petite, sans se départir de sa bonne humeur apparente. Il lui manquait tellement..! Mais aujourd’hui, il n’était pas question de se morfondre ni de pleurer. Aujourd’hui, c’était la journée d’Aubrée.

- Je sais que tu… Que tu penses que tu as vécu l’horreur et la peine constante, pour que Grâce vienne te chercher, et moi aussi, par la même occasion, mais il t’aime beaucoup, Arnaut, quoi que t’en penses. Il aimait beaucoup ton ragoût de viande, aussi. Et il te trouvait jolie.

C’était la principale qualité qu’il accordait à sa soeur. Il la trouvait belle, Aubrée, et très bonne cuisinière aussi! N’était-ce pas là des qualités très prisées et importantes, chez les jeunes femmes? Malgré les compliments quelque peu futiles*, Agathe n’y voyait là que de gentilles choses à accorder à sa soeur, en ce jour si unique : l’amour et l’estime de sa famille. Même si leur relation familiale était plutôt… compliquée, pour le moment.

*Terriblement misogynes serait sans doute un terme plus approprié.

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Sam 10 Juin - 15:17

Elle est jolie, sa petite sœur, avec sa robe et ses rubans, et son sourire ravi. Et quand elle vient s’asseoir près d’elle, sur le lit, étalant ses jupons comme des pétales de fleur, Aubrée se rend compte qu’elle a bien changé, depuis Brumecor. Un instant, elle s’imagine qu’elle lui a tout à fait pardonné, et qu’elle est prête à vivre une nouvelle vie. Elle ne sait pas encore de quoi elle sera faite ; elle sait vaguement que Castiel a prévu de les confier à ses sœurs, sans plus. Mais elle espère que cette vie ira à sa sœur. Elle sait que dans un premier temps, elle suivra, comme à son habitude. Elle hochera simplement la tête, et se laissera diriger. Mais Aubrée espère qu’elle prendra un jour assez d’assurance pour faire ses propres choix. Mais bon, de préférence, pas tout de suite. Elle sait que son vœu le plus cher est de retourner chez elle, près de son frère chéri, et il serait regrettable que tous les efforts de l’aînée pour la préserver de la vie à la belliférienne soient vains.

L’aînée saisit la pâtisserie délicatement, pour éviter de mettre des miettes partout. Elle sourit en entendant Agathe lui avouer les méfaits de sa gourmandise. « Et bien, merci. » Elle le fait passer doucement d’une paume à l’autre, avant d’en croquer un petit bout. Le goût de la noisette lui envahit le palais, lui rappelant tout un tas de souvenirs partagés avec sa cadette. Elle ne sait plus bien laquelle a instauré cette petite tradition entre elles, mais elle aimait bien ces quelques moments de complicité. Et elle se rend compte à présent qu’ils lui manquent un peu. Et elle est contente de pouvoir renouer avec eux, et avec sa sœur.

Elle sourit, s’attendant à ce qu’elle lui raconte une histoire fantastique sur sa naissance. Agathe est douée pour inventer des récits incroyables, et inventer une nouvelle version d’une fois sur l’autre. Mais cette fois, pas d’anecdote fantasque sur l’arc-en-ciel qui serait apparu d’un coup au dessus de la maison à l’instant où elle est née, sur le soleil qui se serait mis à briller plus fort, ou autre. C’est curieux. Aubrée lui jette un petit coup d’œil, et remarque qu’elle a le regard perdu quelque part au-dehors. Elle pense.

Les deux soeurs restent un petit moment ainsi, côte à côte, sans parler, silencieuses. Quand Agathe reprend la parole, le sourire d’Aubrée se crispe. Le gâteau à la noisette est bien fade, tout à coup. Arnaut. Elle y pense, encore et toujours. C’est vrai ; c’est son jumeau, son frère adoré, et il lui manque. Mais pas à Aubrée. « Agathe… » Elle ne veut pas se fâcher avec sa sœur, pas aujourd’hui. Elle ne veut pas anéantir les efforts de sa cadette en se disputant avec elle. Mais sa petite sœur renchérit, argumente, en rajoute. « Agathe, ça suffit. » Aubrée tourne la tête vers elle. Elle regrette instantanément le ton sec qu’elle a pris ; c’est vrai, Agathe ne cherchait pas à lui faire du mal. Mais bon, elle semble penser réellement ce qu’elle dit. Inconsciemment, aussi, peut-être, sa soeur veut lui montrer qu’elle a eu tort de la soustraire à son frère, parce qu’Arnaut est gentil et qu’il l’aime aussi. Parce qu’elle est belle, et qu’elle cuisine bien. Parfait. Il fera un parfait petit Martel plus tard, digne de son père. Aubrée retient de justesse les mots acerbes qui manquent de franchir ses lèvres. On ne se fâche pas aujourd’hui, on a dit. Alors, essayant de rester à peu près mesurée dans ses propos, elle ajoute. « Je me fiche de ce qu’il pense de moi. Ajourd’hui, je ne veux pas entendre parler ni de lui, ni d’Anthelme, ni de papa. D’accord ? » Ce sont ses conditions à la trêve de la journée. On ne parle plus du passé, mais du présent. Et le présent est à la fête. Elle esquisse à nouveau un sourire, et change de sujet, en prenant un ton enjoué. « Bon, il faut que je me prépare. Tu veux bien m’aider à me choisir une belle robe ? Et à me coiffer, aussi ? Je crois me souvenir que tu fais de très jolies tresses. » Comme pour donner l’impulsion, elle se dégage de ses couvertures et se lève rapidement, avale le reste de gâteau et se dirige gaiement vers la grande armoire.

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Sam 10 Juin - 17:43

Dans sa voix, nulle nuance de miel. Agathe reconnaissait ce petit ton exaspéré, cet accent d’agacement profond, et instinctivement, sans même qu’elle ne le veuille, elle sentait les larmes lui picoter les yeux et lui serrer la gorge. Elle battit ses interminables cils avec désespoir en souhaitant bien secrètement que sa soeur soit dupe et qu’elle ne remarque pas son trouble. Pour faire diversion, la cadette détourna le visage tout à fait vers la porte fermée, faisant mine d’avoir entendu un bruit ou alors de s’assurer qu’on n’entre pas. Tout, plutôt que de dévoiler son minois déconfit à sa soeur: c’était sa journée, elle n’allait pas la lui gâcher..!

Un reniflement discret plus loin, et la blondinette acquiescait bien mollement à la proposition de son aînée. Oui, oui… Une robe, une belle robe, d’accord. Bien sûr. Aubrée se redressait avec énergie; Agathe suivait sans réelle motivation. Un silence nouveau enveloppait la plus jeune des Martel, trahissant son malaise et sa peine. Comment ne pas vouloir entendre parler d’Arnaut? Pourquoi lui en voulait-elle à ce point? Elle le portait tant et si fort dans son coeur, la toute jeune Agathe, qu’elle peinait sincèrement à comprendre cette haine viscérale qu’Aubrée lui offrait. Il avait pris un nombre incroyable de coups, pour elle, pour lui éviter la souffrance, alors qu’il était pourtant plus jeune. Elle s’en souvenait très bien, des meurtrissures sur son dos, sur ses bras. Renfrognée, Agathe faisait défiler devant elles deux ou trois robes suspendues dont le décolleté était définitivement trop prononcé. Elle se souvenait aussi très bien des regards langoureux que lui portait parfois le Duc, leur invité! Il était hors de question de sa soeurette chérie termine comme cette demoiselle, dans le lit de son Arnaut.

Elle lança une oeillade vers Aubrée, quelques secondes, l’air de l’évaluer, puis désigna de l’index une robe violet dont les pans ressemblaient à une jolie fleur. Les broderies étaient très discrètes, toutes en finesse. Sans décolleté. Aucun. Mais aux bras nus. C’était sans conteste une évolution admirable pour la très belliférienne Agathe Martel. Toujours en silence -silence pesant et un peu lourd, pour une matinée qui se voulait festive-, la jeunette alla ouvrir la large commode à la recherche d’un voile aussi léger et délicat que la robe, dans une teinte qui pourrait peut-être bien s’harmoniser. Elle n’était pas encore à l’aise, si loin de ses vêtements ocres.  Le choix fut long et laborieux, alors que sa soeur, dissimulée derrière le paravent, enfilait la robe de soieries légères. Lorsqu’elle fut satisfaite, Agathe le dévoila à sa soeur, sans sourire, avec quelques petits mots criants de vérités mesquines. Elle aurait souhaité jouer la comédie, ce matin, enrober la vérité de petits mensonges, mais cette envie de sincérité, au fond de son coeur, était plus forte que tout.

- Tu leur reproches d’avoir dicté ta vie, mais tu dictes la mienne. Tu es aussi égoïste que Grâce. Je n’ai plus envie de te faire des tresses.

Étrangement, de cette vérité, aucun sentiment libérateur. Au contraire, son coeur battait la chamade et pulsait fortement dans sa poitrine. Nerveuse, mal à l’aise et profondément triste, Agathe pivota avec légèreté, en dépit de la lourdeur de son coeur, pour s’éloigner vers la porte.

- Joyeux anniversaire, si je ne te recroise pas d’ici là, Aubrée…

Elle ralentit le pas, espérant secrètement que sa soeur la retienne, se désole, s’excuse, se morfonde ou l’attire de force sur le lit défait.

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Mar 13 Juin - 21:32

La tête dans la penderie, entre deux robes colorées et définitivement trop cielsombroises, Aubrée observe sa sœur du coin de l’oeil. Même si Agathe a perdu son enthousiasme et qu’elle ne dit rien, et cherche tout de même avec plus ou moins de bonne volonté une robe pour son aînée. Aubrée se mord la lèvre. Elle n’aurait peut-être pas dû être aussi directe. C’est malin, elle a plombé l’ambiance. Mais en même temps, Agathe n’avait pas à parler d’Arnaut. Elle sait pourtant que c’est un sujet délicat, non ? Et puis, elle se fait une montagne de peu. Ce n’est pas parce qu’Aubrée lui a parlé un peu sèchement qu’elle doit obligatoirement se vexer et s’enfermer dans un silence pesant comme si elle était la petite fille la plus malheureuse du monde. Enfin, Aubrée tait toutes ses réflexions, de peur de la voir fondre en larmes devant elle. Elle l’en sait capable, et n’a aucune envie de provoquer un tel drame.

Finalement, Agathe se décide pour une robe violette simple et discrète, comme Aubrée pouvait s’y attendre. Fait bien plus étonnant, elle n’a pas de manches, marque du (très) léger changement d’état d’esprit de sa cadette. Aubrée sourit doucement. « Celle-ci ? D’accord. » Alors, la blondine la décroche doucement du cintre et se glisse derrière le paravent. Elle ne dit pas qu’elle aurait préféré mettre la robe rose pâle au décolleté un peu plus plongeant, un peu plus courte, un peu plus adulte. Elle se fiche bien des regards qu’elle peut attirer. Ou plutôt, chose qu’elle ne dira pas à sa sœur ; ces regards, elle les cherche un peu. Ça lui fait plaisir, de se sentir un peu jolie. Et elle est friande des compliments qu’on peut lui adresser. Mais Agathe a choisi sa robe ; et c’est hors de question de la contrarier un peu plus.

Rapidement, la robe est enfilée. Aubrée l’ajuste à peu près, avant de repasser de l’autre côté du paravent. Agathe a visiblement trouvé un voile, pour aller avec. Mais au moment où l’aînée s’en saisit et sourit pour la remercier, elle croise le regard de sa sœur. Dur et froid, il la pétrifie sur place. Et ce n’est rien, en comparaison de la douche froide qu’elle se prend en l’entendant prononcer ces mots tranchants. Statufiée, elle ne réagit pas alors que sa sœur s’éloigne déjà.

Aussi égoïste que Grâce. Les comparaisons à Grâce ont constitué une grande partie de son enfance. Elle a appris à ne plus faire attention aux remarques d’Alban, à les encaisser sans broncher. Mais les entendre venant de sa sœur lui fait plus mal qu’elle ne le pensait. Egoïste, elle ? Alors qu’elle aurait pu partir seule, s’offrir une nouvelle vie sans sa sœur ? Cela aurait été sûrement plus simple. Mais elle n’est pas égoïste, Aubrée ; et elle aimerait lui dire que tout cela, elle l’a fait pour qu’Agathe aussi se libère de ses chaînes, et fasse ses propres choix. Que plus tard, elle la remerciera. Mais les mots ne viennent pas. Elle est incapable de les prononcer. Et Agathe s’éloigne. Et quand elle lui souhaite un joyeux anniversaire sur ce ton triste, indiquant qu’elle prend congé, son cœur se déchire encore un peu plus. « Agathe… » Ce n’est qu’un murmure qui a franchi les lèvres de la blondine. Il faut qu’elle réagisse. Il faut qu’elle réagisse, ou sa petite sœur s’enfuira, et s’arrangera pour ne plus la croiser de la journée. « Agathe, attends ! » Ça y est, Aubrée a bougé. Elle a avancé d’un pas, puis deux, puis a rattrapé sa sœur avant qu’elle ne sorte de la pièce. C’est la voix moins assurée que d’habitude, trahissant son émoi, qu’elle ajoute. « Ecoute… Je suis désolée si je t’ai blessée. » Aubrée s’excuse. L’heure est grave. « On oublie cet incident, d’accord ? Ou alors, on en parlera plus tard. Mais s’il te plait, ne nous disputons pas aujourd’hui… Pas le jour de mon anniversaire. » Petite Agathe, faisons la paix. Comme quand nous étions enfants, et qu’on venait de se disputer fort à propos d’une poupée cassée ou d’une histoire de petites filles. C’est ce que crie son regard désespéré. S'il te plaît.

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Dim 25 Juin - 14:44

À la supplication de son aînée, la plus jeune de Martel s’était lentement retournée. Sur son visage, il y avait encore quelques traces tenaces d’une tristesse malheureuse. Sur ses lèvres, une moue boudeuse se profilait, enfantine et blessée. Elle s’efforçait toutefois de ne pas se précipiter, non par manque d’envie, mais bien parce qu’à ses yeux et à son coeur, Aubrée ne le méritait pas tout à fait. Pas vraiment. À ses excuses, la blondinette s'adoucit. Elle n’en demandait pas tant… Ou peut-être que si, elle en espérait autant, mais s’attendait à moins. Déridée, un peu plus légère, elle consentit à revenir sur ses pas et se poser, une fois de plus, sur le lit.

Second départ. Ne pas bouder. Ne pas pleurer.

- D’accord…

De quoi pouvait-elle parler, maintenant qu’elles s’étaient fâchées? Il ne fallait pas aborder le sujet délicat qu'étaient les frères Martel. Encore moins celui de Grâce de Sombregemme. Bellifère était à proscrire, de manières générales. Agathe était passablement mal à l’aise de discuter du dernier événement notable, à savoir la fête un peu trop osée qui s’était déroulée toute la nuit durant. Par le décret d’une volonté plus grande qu’elle, il lui semblait impossible de mentir, cette journée, l’éloignant définitivement des potins qu’elle se plaisait d’ordinaire à colporter. Qu’il était difficile, de simplement parler à Aubrée Martel, depuis cet enlèvement!

- Tu… as des projets pour la journée? Des achats? Nous partirons bientôt, je les ai entendu. C’est compliqué de bien prévoir… Je sais même pas s’il fait froid à Lorgol, ni ce que je vais y faire. Une demoiselle de compagnie, vraiment? Tu y crois? Je pense qu’on nous ment un peu. ..Beaucoup.

C’est avec un amusement évident et une lubricité douteuse que l’étrange Duc de Sombreciel lui avait raconté les derniers détails de la vie incroyable de Dame de Sinsarelle. Détails qu’elle aurait bien voulu ignorer, Agathe. Les mains sur ses oreilles, elle avait tenté de mettre fin à la conversation à sa manière, rouge de honte de devoir agir ainsi à table, et plus rouge encore de devoir subir un pareil discours à table! Ils avaient bien ri, tous, et elle avait bien souhaité mourir une fois ou deux, lors de ce repas. Une chose était certaine : il était improbable qu’elle convienne au rôle de suivante d’une dame aussi scandaleuse! En dépit de la réputation de cette femme, il fallait toutefois avouer qu’Agathe était flattée qu’une entité si grande veuille bien éduquer la petite belliférienne qu’elle était. Peut-être même lui apprendrait-on à lire, à elle aussi!

- Ça me fait peur, Aubrée… Toi, tu as demandé, tu dois avoir hâte. Mais moi… Si je conviens pas, où est-ce que je vais aller? Et si papa ne veut plus me reprendre, après?

Sa voix n’était plus un reproche, mais bien à la confidence. Les sourcils un peu froncés, elle se questionnait en toute sincérité. Quitter un endroit très peu inspirant pour terminer abandonnée et seule dans une ville étrangère, ce n’était certainement pas ce qu’avait en tête son aînée, en attirant leur mère jusqu’en Bellifère. Mais si ça arrivait? Agathe rapatria son attention sur sa soeur toute jolie sous sa robe colorée, l’air incertain.

- Est-ce qu’on peut en parler? Tu préfères parler d’autres choses?

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Mer 5 Juil - 13:27

Agathe fait demi-tour, ce qui a pour effet de calmer un peu les battements affolés du cœur de sa grande sœur. Elle consent à prolonger un peu la trêve, et à reporter à plus tard leur discussion. Elle n’est pas dupe, Aubrée, elle sait que toute la rancœur ne s’est pas effacée avec quelques mots, et que cela prendra certainement beaucoup de temps. Mais ce n’était pas son but, en disant cela. Ce qu’elle voulait, c’était simplement passer un peu de temps avec sa sœur, simplement la retrouver pour quelques heures. Sans ajouter un commentaire, elle vient s’assoir près d’elle, sur le lit. Elle se contente de sourire doucement de sa petite victoire. Mais sans s’en vanter.

Sa cadette aussi fait des efforts. Aubrée sent qu’elle réfléchit, pour essayer de trouver un sujet de conversation sans danger. Et elle choisit de parler du futur, plutôt que de s’attarder sur le passé. Tant mieux. L’aînée hoche la tête à ses paroles. « Oui, on pourrait aller se promener à Euphoria, par exemple. Il fait beau, dehors. » Se promener, seules, sans être escortées en permanence par un frère, un père ou un cousin pour les surveiller. Quelque chose qui paraîtrait si banal pour n’importe qui relève réellement d’une liberté nouvelle pour la jeune femme, et elle compte bien en profiter. La suite de la réflexion d’Agathe lui tire un léger froncement de sourcils. Elle aussi, a cette vague impression qu’on leur cache des choses. Et qu’on en exagère certaines, aussi. Mais cela ne tracasse pas davantage la plus grande, qui s’en remet entièrement au Destin.

De toute façon, elle n’a pas le choix. Quand elle a questionné Castiel pour essayer de savoir de quoi sa vie sera faite, il s’est montré plus évasif que pour sa sœur. Et si pour Agathe, il était clair que Mélusine de Sinsarelle la prendrait sous son aile, pour Aubrée, il a simplement affirmé que ce serait Mélisende, sa sœur jumelle, qui se chargerait d’elle, snas toutefois rentrer dans les détails. « Bah, on aura vite fait de le savoir, après tout. » Seulement, si Aubrée ne s’inquiète pas plus que cela de la suite des événements, ce n’est pas le cas de sa cadette, qui lui confie avoir peur. Et c’est bien compréhensible. Il est vrai que Castiel lui aura dépeint en long, en large et en travers les habitudes pour le moins cielsombroises de son aînée, visiblement près de qui Agathe sera placée. Elle se souvient, elle aussi, de ce repas, durant lequel elle aussi a viré au rouge pivoine. Et contrairement à sa sœur, elle ne s’est pas bouché les oreilles pour ne pas en entendre la suite. Elle s’est juste concentrée davantage sur sa nourriture, tentant de feindre l’indifférence la plus totale. C’est vrai qu’elle imagine mal la petite Belliférienne devenir sa suivante… Enfin, elle fait confiance à Castiel. Tout se passera bien.

Normalement.

Non, tout se passera bien, et il est hors de question d’envisager un instant qu’Agathe ne retourne en Bellifère. L’expression sur le visage d’Aubrée s’est sûrement durcie, et Agathe l’a senti, puisque elle lui demande si elle doit changer de sujet. Prenant sur elle, l’aînée indique d’un geste vague de la main que c’est bon, elles vont en parler. « Tu conviendras parfaitement, Agathe. Je suis sûre que vous allez bien vous entendre, et qu’on s’occupera bien de toi. Et il est hors de question que… » … tu ne retournes en Bellifère, près de papa. C’est ce qu’allait dire la jeune femme, avant qu’un éclair de lucidité ne la traverse. C’est sûrement la pire chose à dire à Agathe, qui n’attend peut-être que cela, rentrer chez elle à Brumecor. « ... que tu doutes de  toi comme ça. Tu es belle, et intelligente, et tu t'en sortiras. » Bon. C’est peut-être la pire tentative de rattrapage de sa vie. Pour détourner son attention de son hésitation, elle enchaîne. « Mais tu sais, je n’ai pas vraiment pensé à la suite, et au futur. J’ai juste voulu échapper à un mariage, et que tu… » Aubrée, Aubrée. Réfléchis deux secondes avant de parler. Détourner l’attention d’un terrain glissant pour la diriger vers un sujet encore plus dangereux n’est pas franchement la meilleure idée au monde. Elle s’en rend compte, maintenant, qu’elle va devoir apprendre à réfléchir avant de parler. Elle doit être maudite par Mizajourèfa, pour être un tel désastre relationnel. Précipitamment, elle ajoute, encore une fois pour détourner l’attention. « J’ai encore un peu faim, on descend aux cuisines pour voir s’il ne reste pas des gâteaux ? » Finalement, tout à l’heure, elle ne s’en est pas si mal sortie avec son rattrapage, et celui-là l’a sûrement détrôné. Et elle prie, intérieurement, que sa cadette joue le jeu. Mais n’est-ce pas trop demander, encore ?

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Ven 28 Juil - 14:49

Ouvrir la porte aux pâtisseries était assurément une excellente manière d’éloigner sa cadette des sujets délicats! Aubrée avait vu juste, et déjà Agathe cherchait son voile en prévision de leur promenade à venir. Elle le déplia soigneusement, sitôt extirpé de sa petite bourse, et le contempla quelques instants. Elle avait fait fort, Agathe, en réussissant à trouver un voile sobre, sans extravagance, sans perles, d’une jolie teinte terreuse qui s’harmonisait aussi bien avec sa robe et ses rubans bleutés qu’une Cibellane avec un Belliférien. Si la couleur un peu chagrine s’approchait surtout de celle d’un torchon volé dans les cuisines du palais, le tissu, au moins, était aussi doux que le satin.

- Je te retrouve à la sortie Est, tu sais… Celle avec le balcon qui craque et qui est troué?

Ce balcon inquiétait particulièrement Agathe, peureuse de nature. Si petite et délicate fût-elle, le balcon semblait menacer de s’effondrer sous chacun de ses pas. Heureusement ou malheureusement, elle ne devait que passer en-dessous pour quitter le palais, et non pas tester sa solidité par le dessus. En sortant, elle levait les yeux vers le bois pourri, son petit museau soigneusement dissimulé sous son voile à la féminité discutable. Tout en soulevant ses jupons, la Belliférienne pressait le pas afin de restreindre les secondes où elle devait se tenir sous la charpente branlante. Agathe papillona les cils, soulagée d’être encore vivante.

Elle patienta quelques longs instants le retour de son aînée sans oser s’aventurer seule. Si en Bellifère elle risquait un enlèvement pour devenir une honnête épouse, ici, en Sombreciel, elle craignait qu’on ne lui vole quelque chose de bien précieux dans toutefois que cela soit très honnête et très marital. Il était étrange qu’on les laisse visiter seules la ville, alors que le danger semblait beaucoup plus présent ici qu’ailleurs, aux yeux de la blondinette.

- Tu sais, quand on parlait, tout à l’heure, tu disais vouloir échapper à un mariage, c’était celui avec le vieux Gordius? Je le voyais bien te regarder à la dernière feria.

Tout en marchant, elle avait pris une pause de parole, la jeunette, en réfléchissant aux prétendants possibles d’Aubrée. Elle doutait que le vieil homme puisse l’enlever et se dresser réellement contre son père et ses deux frères. Ça devait être quelqu’un d’autre, assurément, qui avait à ce point inquiété sa soeur. Le vieux Gordius louchait atrocement, mais la jeune Belliférienne était convaincue que c’était bien Aubrée qu’il observait, avec son bon oeil.

- Tu es tellement jolie, Aubrée. Je me demande pourquoi tu n’as pas été mariée plus tôt… En fait, je me dis que ce doit être la réputation de maman, forcément. Et puis, tu dois être soulagée, au final, de ne pas l’être, donc ça ne doit pas te gêner vraiment. Mais… Enfin, ce que je voulais dire, c’est que tu as dit que tu voulais éviter un mariage, et tu allais ajouter quelque chose… Quelque chose me concernant.

Ses yeux clairs finement plissés, Agathe patientait la première syllabe de son aînée pour lui couper la parole et faire valoir son point, non sans lui piquer l’un de ses gâteaux au coeur même de sa main :

- Je suis certaine que tu te souviens, Aubrée. Alors dis-moi… Je veux pas me battre, tu sais. Je veux juste savoir. Promis.

Et c’était la pure vérité! Tout en laissant le temps à son aînée de formuler une réponse, Agathe pris les rênes de cette promenade. Plutôt que de déambuler loin du palais ducal, elle entraîna sa soeur vers les petits jardins, tout près des murs de leur nouvelle demeure. Elle avait déjà perdu son père, son jumeau et son frère aîné, ses landes difficiles et rêches qui l’avaient vu naître et sa garde-robe entière. Elle n’allait certainement pas perdre sa pureté aujourd’hui!

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Mer 6 Sep - 20:55

Finalement, sa diversion semble avoir fonctionné comme il le faut, puisqu’Agathe ne pose aucune question, ne lui demande aucune précision, et évite à sa grande sœur de devoir se perdre en explications douteuses et maladroites. D’ailleurs, elle a l’air plutôt pressée de sortir se promener. Dès son point de rendez-vous donné à Aubrée – ce balcon qui rend d’ailleurs l’aînée tout aussi mal à l’aise que sa cadette – elle sort de la chambre rapidement, laissant juste à la plus grande le temps de répondre, soulagée, d’un hochement de tête et d’un grand sourire, et de la regarder s’éloigner dans sa tenue presque assortie. Sans perdre de temps, Aubrée ferme la porte et se dirige vers les cuisines.
 
Les odeurs de nourriture, les bruits de casseroles qu’on manipule, la vue des légumes prêts à être découpés réveillent doucement l’appétit et la gourmandise de la jeune femme. Au final, ce petit détour par les cuisines ne sera pas qu’un prétexte, mais bel et bien un moyen de se rassasier. A la première fille de cuisine qu’elle croise, elle demande s’il reste quelques uns de ces délicieux gâteaux aux noisettes, pour elle-même et sa soeur. La jeune fille acquiesce, disparaît quelques instants, avant de revenir avec un petit panier contenant les pâtisseries demandées, mélangées à quelques gâteaux parfumés à la cannelle. Aubrée la remercie avant de faire demi-tour et d’aller rejoindre Agathe. En chemin, elle ne peut toutefois s’empêcher de goûter aux pâtisseries, mangeant en priorité celles à la cannelle. Une saveur qu’elle ne connaissait pas avant d’arriver ici, et dont elle raffole maintenant. Elle se demande si c’est une coïncidence, ou bien si on a remarqué sa tendance à se resservir plus d’une fois quand il y a une tarte sucrée à la cannelle au menu. Qu’importe, les gâteaux sont bons. Et il en reste quand les deux sœurs se retrouvent près de l’entrée.
 
Elles ne se sont éloignées du palais que de quelques pas, et déjà Agathe reprend leur conversation, lui posant des questions sur le mariage auquel elle a échappé. Aubrée ne répond pas tout de suite à sa question. Plissant les yeux pour essayer de replacer un visage sur le nom de Gordius, elle grimace quand elle se souvient de ses traits et de son strabisme dérangeant. Envisage qu’elle aurait pu se marier avec lui la fait frissonner. Peu observatrice, elle n’a pas remarqué, elle, qu’il la regardait. Enfin, ce n’est pas lui qu’elle cherchait à fuir. Haussant une épaule, l’air désintéressé, elle répond. « Lui, ou un autre. Je ne voulais pas me marier tout court. » Cherchant dans sa mémoire, elle marque une légère pause. « Mais je crois que c’est à Ulysse Gantefer que j’étais destinée. Tu sais, le fils du maréchal-ferrant, l’ami d’Anthelme. » Un géant aussi fort que stupide, de l’avis d’Aubrée. Lui non plus n’était pas marié, et elle croit se souvenir que son aîné avait pour projet d’enlever la cadette de celui-ci. Ils auraient voulu échanger leurs puînées, en somme. Soupirant intérieurement, Aubrée plonge sa main libre dans son panier pour en tirer plusieurs gâteaux à la fois, et tendre la main vers sa cadette pour les lui présenter.
 
Déjà, Agathe lui livre ses réflexions sur son célibat. Et si le compliment au début l’a fait sourire – et même un brin rosir, elle le perd bien vite en entendant la suite. Mince. Agathe n’a pas oublié. Mais elle, elle peut feindre l’oubli. Elle n’a pas envie de retourner sur ce terrain glissant, de se retrouver prise entre deux feux, tiraillée entre sa franchise et son envie de passer une bonne journée en compagnie d’Agathe. Alors, elle hausse les sourcils, et se lance dans son mensonge. « Je… » Raté. Agathe n’est pas dupe, et Aubrée a oublié à quel point ses talents de comédienne sont inexistants. Mais elle ne veut pas se battre. Juste savoir. Elle promet. En prenant un gâteau au creux de sa main.
 
Alors, Aubrée décide de jouer la sincérité. Elle s’arrête de marcher, l’arrête, et la regarde droit dans les yeux. « Je voulais la même chose pour toi. Je voulais que tu puisses choisir quand, et avec qui, tu te marierais. Que tu puisses vivre ta vie par toi-même, découvrir des choses, voir qu’ailleurs les filles ne restent pas chez elles à tenir une maison, mais vivent égales aux hommes. Parce que tu ne mérites pas cette vie à laquelle on était destinées. Et puis je savais que si je partais seule… Si je partais seule, il aurait été furieux, et il te l’aurait bien fait sentir. Alors j’ai demandé à Grâce de venir nous chercher… Toutes les deux. » Parce que je t’aime. Ces derniers mots, elle les a tus. Par pudeur, par crainte de se voir rejeter, pour mille et une raisons à la fois censées et absurdes. Alors Aubrée se tait, attendant le verdict d’Agathe, priant tous les dieux pour qu’elle comprenne.

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Sam 30 Sep - 4:08

Comment pouvait-on manger avec un voile qui recouvrait son visage? Les Cielsombroises étaient-elles condamnées à jeûner publiquement jusqu’à retrouver leur foyer? Elle peinait elle-même à manger tout en dévoilant bien peu de son minois, lors des soirées où le duc les conviait, Aubrée et elle. Agathe se fit la promesse de demander à Castiel de Sombreflamme avant de s’exiler à tout jamais dans un coin ou un autre d’Arven. Il était le duc de Sombreciel, alors, sans surprise, il devait connaître parfaitement les procédures complexes d’alimentation chez ses sujettes. Elle reluquait un peu la pâtisserie, dans le creux de sa main, avant de revenir à Aubrée et sa blondeur solaire. Pendant un instant, Agathe eut la certitude que son aînée n’allait pas confier la suite de sa phrase, dite plus tôt dans la matinée. Elle s’apprêtait à rouspéter, à plisser le nez, taper du pieds ou encore de la picosser et lui démontrer combien finaude elle pouvait-être, lorsque sa curiosité était de la partie. Mais Aubrée, par instinct de survie ou par lassitude, se confia enfin et Agathe retint sa respiration pour ne pas perdre une miette de ses paroles.

- Je voulais la même chose pour toi. Je voulais que tu puisses choisir quand, et avec qui, tu te marierais. Que tu puisses vivre ta vie par toi-même, découvrir des choses, voir qu’ailleurs les filles ne restent pas chez elles à tenir une maison, mais vivent égales aux hommes. Parce que tu ne mérites pas cette vie à laquelle on était destinées. Et puis je savais que si je partais seule… Si je partais seule, il aurait été furieux, et il te l’aurait bien fait sentir. Alors j’ai demandé à Grâce de venir nous chercher… Toutes les deux.
- ...Oh.

Quoi dire d’autres? Elle était embarrassée, la jeunette, de cet élan d’amour qu’elle n’avait pas deviné. Elle n’y avait pas réfléchi, plutôt, car sa capture relevait d’un enlèvement contre son gré, contre sa volonté, contre les coutumes et contre Bellifère elle-même. Jamais Agathe n’avait songé que sa soeur, peut-être bien, l’avait fait par peur des coups qu’on allait lui offrir, si elle se retrouvait toute seule dans la maisonnée. Elle se sentait bien drôle, à présent, et d’un regard insistant, elle cherchait un siège où se poser. La lourdeur soudaine de la conversation et tout ce qu’elle pouvait engendrer pesait un peu trop sur ses épaules. Il était toujours plus simple de se chamailler, avec Aubrée. Alors elle se posa tout aussi lourdement que son humeur sur le premier banc croisé.

- Mais je veux me faire enlever, moi, Aubrée. Je veux être une bonne épouse. Je veux des enfants, plein, cinq ou six ou huit ou dix. Je veux que mon époux me désire au point de confronter Arnaut, Anthelme et papa. Je veux montrer ma pureté à tout Brumecor et que la famille de maman soit fière de moi, pour une fois!

Saleté de voile. Elle tira un peu dessus, bataillant avec le fin attache jusqu’à le distorde et afficher toute sa bouderie mécontente. Le tissu grossier retomba mollement sur ses genoux, et, agacée, Agathe l’abandonna là.

- Je veux, je veux..! Mais je ne pourrais pas, parce que personne ne voudra de moi, désormais. Et même si on le voulait, on pourrait pas m’enlever ici, dans un palais ducal. Et je n’aime pas les voiles. C’est moche et ça gratte.

Bim. ...Puis elle se souvint de sa promesse, celle de ne pas faire la guerre en cette journée spéciale. La blondinette ferma brusquement les yeux, honteuse, et grimaça toute sa haine envers elle-même.

- Mais… Mais je comprends. Même Arnaut aurait pas pu me protéger. Et papa, il frappe si fort que ça étourdit, parfois. ...Il frappait. Il le fera plus, maintenant. Grâce à toi.

Rectification. De sa crisette, il ne restait que des yeux un peu trop humides et un sentiment amer de remord, au fond de sa gorge. Elle soupira sa vie entière avant de croquer sa pâtisserie en toute liberté, sans le voile pour la gêner. Le goût était bien moins plaisant que dans la chambre d’Aubrée, et la texture lui semblait alors pâteuse et désagréable. Le bref silence qui s’installa, Agathe le redoutait. Et s’il s’agissait du calme avant de la tempête Aubrée Martel?

- J’ai juste peur, Aubrée, je pense. Je m’en veux, parce que c’est ton anniversaire et que je t’ai promis, mais quand j’y pense trop, ça m’angoisse. Je veux pas être une mauvaise fille, et je sais que je vais l’être, si je deviens comme la marquise de Sinsarelle…

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Dim 1 Oct - 11:57

Et elle comprend. Elle lui a dit qu’elle comprend ! Et elle reconnaît qu’Aubrée a aussi œuvré pour son bien. Aubrée s’autorise enfin à respirer, et à faire redescendre la colère qui montait au fur et à mesure qu’Agathe étalait ses arguments. Elle s’est fait violence pour ne pas l’interrompre en criant. Parce qu’elle ne veut pas se fâcher non plus, parce qu’Agathe a l’air mal à l’aise, et parce qu’elle se dévoile aussi. Elle voulait qu’on soit fier d’elle. Et pour ça, Aubrée ne peut lui en vouloir. Et maintenant, Aubrée s’en veut presque. Elle s’en veut presque d’avoir détruit ce qu’Agathe voulait se construire. Presque. Elle chasse ses remords en un léger soupir. Elle ne peut pas regretter d’avoir chamboulé la vie d’Agathe. Elle lui a offert la liberté, et c’est tout ce qui compte.

Agathe comprend, et Aubrée se détend légèrement. Sa cadette se confie même sur ses craintes, lui confie sa peur et ses angoisses. La plus grande la laisse parler. Elle ne veut ouvrir la bouche qu’une fois assurée qu’elle ne l’interrompra pas. Elle se souvient de Cendrine, qui lui disait souvent qu’elle n’écoutait pas quand les autres parlaient, ce qui créait les conflits, avec Agathe surtout. Alors, aujourd’hui, elle décide de suivre son conseil, et de laisser sa sœur s’exprimer. Quand la plus jeune se tait, elle prend une légère inspiration. « Non, Agathe, tu ne seras pas une mauvaise fille. Ce n’est pas parce que tu pourras choisir ta vie que tu deviendras mauvaise. Je suis même sûre du contraire. » C’est vrai. Agathe ne le peut de toute façon pas, son éducation belliférienne bien ancrée dans sa tête. Elle doute qu’elle puisse changer du jour au lendemain. « Et pourquoi personne ne voudrait de toi ? Je suis certaine que tu es appréciée, ici. Non, ne me réponds pas que c’est à cause de Grâce. Tu sais, elle est admirée partout ailleurs que Bellifère. Ce n'est sans doute pas ton avis, mais pour beaucoup de gens, c'est une femme forte et courageuse. » Ça, elle n’en sait rien. Enfin, elle l’imagine, mais sans en être sûre. « Et puis tu pourras avoir autant d’enfants que tu veux, six, huit, même douze ou treize ! Personne ne pourra t’en empêcher. Et ton époux te désirera pour ce que tu es, et non pour ta dot. Tu ne trouves pas que c’est mieux, toi ? Quelqu’un qui t’apprécie pour tes qualités autres que celles d’une bonne cuisinière et l'argent que tu lui rapporteras. » Son esprit dévie vers Castiel. Elle préfère largement  ses compliments à lui que ceux de ses frères, bizarrement. « Et pour la marquise de Sinsarelle… Si jamais ça se passe mal, si tu ne l’apprécie pas ou qu’elle t’oblige à faire des choses que tu n’aimes pas… Je viendrai te chercher, et on partira loin de tout ça. N’importe où, je m’en fiche. » N’importe où ailleurs que Bellifère, évidemment. Un peu maladroitement, sa main s’en va trouver celle de sa sœur et elle la serre, dans un geste voulu rassurant. « Mais je ne te laisserai pas tomber. Promis. »

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Message Sujet: Re: Elle venait d'avoir dix-neuf ans   Mer 18 Oct - 16:43

Aubrée ne hurlait pas, ne criait pas, ne lui reprochait rien du tout, et Agathe sentait son coeur se relâcher tout doucement, dans sa poitrine. Elle l’écoutait la rassurer tout en terminant sa pâtisserie, les lèvres pailletées de miettes et de sucre. Non, elle ne serait pas une mauvaise fille aux yeux du reste du monde. Aubrée disait vrai. Le problème, le minuscule problème, était que pour Agathe, le reste du monde ne pesait pas lourd devant le regard de sa propre famille. Elle soupira un peu, aussi, en l’entendant vanter les mérites de Grâce de Sombregemme. Elle était donc appréciée partout ailleurs en Ibélène, admirée pour ses gestes héroïques, pour son courage et sa force. Plus que jamais, Agathe ressentait une pointe de rancoeur s'immiscer dans tout son être. Pourquoi l’adorait-on, cette femme si spectaculaire qui n’avait jamais voulu d’elle? La blondinette glissa le revers de sa main sur ses lèvres pour en chasser les dernières traces de sa pâtisserie tout en se disant que justement, c’était peut-être parce qu’elle était insignifiante, que la merveilleuse Grâce ne voulait pas d’elle. Et que c’était ce rejet qui la blessait, alors que partout ailleurs on ignorait quelle tragédie elle vivait par sa faute.

- Si… Si, c’est bien, que mon époux m’apprécie pour mes qualités, Aubrée.

Le problème, c’est que j’en ai bien peu à offrir. La vérité était là, bien cruelle, dissimulée entre ses lèvres closes. L’avouer reviendrait à revendiquer l’attention d’Aubrée, à la faire s’inquiéter, et la faire argumenter que non, qu’elle avait tort. C’était bien vain, parce qu’elle connaissait la vérité, Agathe. Au moins, en Bellifère, on l’aurait enlevée même si elle n’avait pas les meilleures qualités pour être une digne épouse. Elle apprenait rapidement et savait se faire particulièrement attentive, mais pour le reste… La vie était peut-être ennuyeuse, là-bas, mais elle était stable et rassurante.

- Mais je ne te laisserai pas tomber. Promis.
- Tu me visiteras un peu, dis?

Agathe ne savait pas écrire, ni lire, et une lettre de son aînée lui aurait occasionné bien des problèmes afin de trouver une lectrice potentielle dévouée à lui faire la lecture sans se montrer indiscrète des probables histoires d’Aubrée. Une visite, c’était bien. C’était mieux. Elle ne se faisait pas beaucoup d’illusion, toutefois. Aujourd’hui, c’était un jour de trêve. Le calme devait régner et Agathe s’y appliquait de son mieux. Elle lui en voulait, atrocement, mais elle avait choisi qu’aujourd’hui, pour symboliser l’anniversaire de sa grande soeur, elle laisserait uniquement son affection parler. Ou presque.

Elle avait soufflé sur la joue toujours voilée d’Aubrée un baiser sonore. Ensuite, la cadette avait embrassé les épaules de son aînée de son bras puis avait niché sa tête blonde sur son épaule dans un geste affectueux.

- Joyeux anniversaire, Aubrée.

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