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 Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine

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Message Sujet: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Mar 18 Avr - 17:35


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
Agathe & Mélusine

Apprends-moi

À être mère, à être fille



• Date : 20 mars 1002
• Météo : Neigeux. Mélusine est habillée. :sisi:
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Mélusine et Agathe échangent au sujet de leur expérience respective de la maternité.
• Recensement :
Code:
• [b]20 mars 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2027-apprends-moi-agathe-melusine#60925]Apprends-moi[/url] - [i]Agathe et Mélusine[/i]
Mélusine et Agathe échangent au sujet de leur expérience respective de la maternité.


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Mar 18 Avr - 17:37

Il est… parfait.
Parfaitement parfait.
Émerveillée, Mélusine ne peut détacher le regard du visage paisible de son fils, qui dort avec une très sérieuse application au creux de ses bras. C’est sûrement le bébé le plus porté de tous les temps : depuis sa naissance, il y a déjà trois semaines, elle doute fort qu’il ait été posé plus de quelques minutes d’affilée. Le berceau sculpté est à peu près inutilisé : cet enfant passe son temps à passer de bras en bras, majoritairement ceux de son père, de sa mère, voire de Joséphine et de Solveig, et de tous les visiteurs, amis et famille, qui viendraient à se présenter.

Pour le moment, Mélusine a le privilège d’être seule à le dorloter, sans personne à qui le disputer – Hiémain a été appelé à l’un des villages qui dépendent de l’autorité de Sylvamir pour une sombre histoire criminelle nécessitant l’arbitrage du seigneur et maître des lieux. Meldred repose donc tout à fait adorablement dans les bras de sa mère, qui resterait bien ainsi des heures à le contempler. Son bébé, son fils, son tout-petit ; elle est encore affaiblie par l’accouchement éprouvant et la tentative de meurtre sur sa personne, mais se remet bien, et profite des premiers rayons du timide soleil des printemps kyréens qui s’en viennent caresser sa silhouette par la spectaculaire baie vitrée de son petit salon préféré. Emplie d’admiration devant la perfection de cet être minuscule qui serre son index avec une poigne étonnamment vigoureuse pour un si petit poing, son cœur débordant d’un amour sans fin pour la chair de sa chair, le sang de son sang, ce vibrant témoin de la passion qui l’unit à Hiémain, Mélusine berce le nourrisson, murmurant une berceuse erebienne tenue de sa mère et fort inhabituelle au milieu des neiges qu’elle aperçoit à travers les vitres.

Elle l’aime tant, déjà. Elle avait eu si peur, pourtant, en se découvrant enceinte – d’être une mère épouvantable, de ne pas savoir comment s’y prendre, d’être incapable de l’aimer comme il en aurait besoin. Elle, l’enfant terrible de Séverac, la risque-tout et l’impulsive, elle dont l’esprit héberge le très fantasque Fou Noir en personne – mère de famille ! La stupeur ne manque jamais de la saisir à chaque fois qu’elle le réalise, et la chaude tendresse de Rhéa se glisse toujours parmi ses pensées dans ces moments-là, au milieu de quelques remarques fort pertinentes de Fantasme sur la maternité telles que « Tu ne devrais pas le couver autant après qu’il ait éclos, il a besoin de se fortifier » ou « Frotte-le souvent avec du sable pour bien faire durcir ses écailles ». Une main sous la tête du tout-petit pour bien la soutenir, elle le berce inlassablement depuis presque une heure déjà – elle ne le réveillera pas pour la tétée du matin, il saura bien se manifester quand il aura faim – lorsqu’elle se souvient soudain d’un autre oisillon occupant son nid. Où donc est Agathe ? Relevant la tête du visage serein de Meldred, elle pivote légèrement sur le sofa confortable, vers la porte latérale – et aperçoit la tête blonde qui émerge du battant, tout aussi immobile que le poupon entre ses bras. Mélusine sourit, tirée de sa fascination toute maternelle, et de la tête fait signe à la petite de la rejoindre.

« Oh, Agathe – te voilà ! Ne reste pas sur le seuil, tu vas avoir froid dans le courant d'air, viens par là, plutôt. » Du menton, elle indique les coussins dodus qui l’entourent, se décalant légèrement, avec mille précautions, pour faire de la place à son apprentie sans réveiller le bébé qui dort avec tant de concentration.


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Ven 2 Juin - 3:56

Depuis que Grâce était partie -et depuis son arrivée, même-, une myriade de questions taraudait l’esprit d’Agathe. La détestait-elle? Lui en voulait-elle encore, près d’une année suivant son enlèvement de Bellifère? Lui en voulait-elle plutôt de ne pas s’être manifestée lors des seize autres années de sa vie? Était-ce ainsi que les femmes enlevées contre leur gré se sentaient, là-bas, sur les terres de Bellifère? Lui permettrait-on, un jour, de revoir son jumeau, ce frère lié par le sang qui lui manquait si cruellement? Elle était peu sortie de sa chambre, depuis la veille, affairée à dorloter Hallebarde, à lui tresser des rubans assortis à ses nouvelles robes, et surtout, à laisser son esprit morose vagabonder vers des sujets qu’elle avait évités beaucoup trop souvent et repoussés beaucoup trop loin. Maintenant, après cette rencontre dont elle était l’instigatrice, il lui était difficile de se voiler la face ou bien de faire l’autruche, comme on le disait, d’où elle venait. Il faudrait peut-être… Peut-être bien trouver des mots sur ce qu’elle vivait. Il faudrait peut-être assumer ses sentiments.

Un peu triste, un peu mal, la petite Belliférienne s’était faufilée hors de sa spacieuse chambre dès les premières lueurs diurnes. En quête d’une pâtisserie pour engourdir sa mélancolie, elle avait erré ici et là, jusqu’au petit salon où une mélodie s'élevait malgré l’heure si peu avancée. Ce n’était pas la même, bien sûr, mais la voix douce lui rappela celle d’Aubrée, lorsqu’elle peinait à dormir, petite, et que son aînée la consolait.

Mélusine.

Après s’être assurée de la décence de la tenue de la Marquise, Agathe se posa à l’entrée de la pièce pour les observer, la mère et l’enfant, dans cet instant de bonheur simple. L’avait-elle bercée et cajolée, quand elle n’était qu’un nourrisson pur et innocent, ou cherchait-elle déjà à partir, à échafauder un plan pour s’éloigner d’elle et de ses autres enfants? C’était beau, ce qu’elle voyait, Agathe, et elle n’avait aucun scrupule à épier en toute indiscrétion ce moment rien qu’à eux. Pourtant, comme si elle avait deviné sa présence par un instinct maternel irréel, Mélusine la remarqua et l’invita à se joindre à eux. Naturellement. Sans effort. Mélusine lui avait fait une place auprès d’elle dès leur première rencontre et persistait à le faire, encore et encore, malgré l’arrivée de son premier enfant.

Elle aurait aimé se blottir contre elle, onduler ses bras sur ses épaules ou contre ses hanches avec la délicatesse d’une bien née. Elle aurait aimé qu’elle lui caresse ses boucles blondes en fredonnant un air léger, la mélodie qu'elle réservait à son petit ou bien une autre. Elle aurait aimé nicher sa tête dans le creu de son cou et s’imprégner de son odeur. Elle aurait aimé pleurer, pleurer encore, haletante, jusqu’à en avoir mal à la poitrine. Elle aurait aimé que la Marquise dépose de chastes baisers sur chacune de ses paupières chargées de chagrin. Elle aurait aimé se faire dire ce qu’elle désirait entendre, des mots poignants chargés d’une poésie crue et bouleversantes, aussi beaux que ceux écrits dans les livres. Elle aurait aimé que Mélusine la réconforte, qu’elle lui dise que tout allait s’arranger. Elle aurait aimé être sa fille. Mais ce n’était pas le cas.

De tout cela, elle n’en fit rien, Agathe. Discrète, elle se posa sur le siège rembourré où Mélusine l’invitait, à distance respectable. Toute légère, elle prit soin de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller le petit qui dormait. Il était mignon et gentil, Meldred. Tous les bébés l'étaient, et elle en avait vu beaucoup, la petite, depuis Bellifère. Les Martel pondaient des bambins  comme d’autres éternuaient. Les Aubenacre aussi. Les fêtes familiales pullulaient et la cousine du frère du beau-fils de machin avait toujours un petit à refourguer entre les bras fins d’Agathe, trop heureuse de pouvoir se libérer quelques instants.

- Il est mignon… C’est trop tôt pour le dire, je sais bien, mais il y a un petit quelque chose qui vous ressemble. Son nez… Ne trouvez-vous pas?

Elle se fit violence pour ne pas évoquer une éventuelle ressemble avec le père. Chaque fois le nom de Hiemain prononcé, la jouvencelle rougissait; ses émotions la trahissaient cruellement, lorsque le Baron de Sylvamir et ses muscles étaient de l'équation.

Pas de joli sourire pour illuminer son visage, à la douce Agathe. Seulement un petit air songeur et ailleurs. Un petit air qui sentait bon et fort la crise existentielle et la mélancolie qui allait avec.

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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Lun 12 Juin - 3:15

Elle l’inquiète un peu, la petite Agathe. Depuis le passage rapide de Grâce Martel – de Sombregemme – pour voir sa fille, Mélusine a presque l’impression de voir mille et unes sombres réflexions s’agiter sous le front plissé de sa blonde protégée. Elle est jeune, son Agathe, si jeune avec ses dix-sept ans tant innocents ! Elle, à ses dix-sept ans, voyageait déjà depuis un an à travers le continent. Elle mesure parfois pleinement l’ampleur du gouffre qui sépare les filles de Sombreciel et celles de Bellifère, lorsque les yeux de la petite s’arrondissent au son d’une remarque pourtant banale, ou devant un geste tout naturel. Bien sûr, Hiémain n’est pas particulièrement expansif en public ; mais la petite fait partie de la maisonnée depuis des mois à présent, et il arrive au baron d’embrasser sa baronne alors qu’Agathe est à portée de vue. Pauvre mignonne, comme elle s’enfuit en de telles occasions ! Comme si c’était honteux, ou scandaleux, de se manifester quelques marques d’affection dans l’intimité de la demeure familiale. Elle doit bien être un peu intriguée toutefois – à une ou deux occasions, il lui a bien semblé apercevoir une touffe de cheveux blonds dans l’embrasure d’une porte, épier discrètement une étreinte passionnée, mais toujours chaste en dehors de la chambre conjugale. Pauvre Agathe, elle doit se sentir tellement désorientée parfois, dans cette maisonnée où l’épouse scandaleusement libérée souffle le chaud et le froid, tandis que son époux patient et ferme use de conviction et de charme au lieu d’imposer son opinion par la force de son bras !

La mignonne se glisse près d’elle, dans les éternelles teintes de brun qui semblent constituer l’ensemble de sa garde-robe, et Mélusine sourit largement à sa remarque. « Il est encore tôt pour le dire, tu as raison, il est si petit ; mais j’espère qu’il sera comme son père. Fort, et droit, et digne. Honnête, et courageux ; et capable d’aimer avec passion. » Son ton s’est fait rêveur, et elle se reconcentre rapidement en constatant la rougeur qui s’étale sur les joues qui n’ont pas encore tout à fait perdu la rondeur de l’enfance. « Pardon. J’oublie sans cesse que tu n’es pas encore familière de ce genre de discours, tant j’ai la sensation de t’avoir toujours eue près de moi. » Un petit rire lui échappe, pour dissimuler sa gêne – elle n’a pas encore l’habitude d’être une mère, et elle ne veut pas s’imposer auprès d’Agathe, ni remplacer celle qui lui a donné le jour. Qui la lui a confiée – pas donnée. Juste prêtée, pour quelques temps. Calant le bébé endormi au creux de son bras, elle écarte d’un doigt une mèche blonde rebelle, avant d’effleurer la joue songeuse du dos de sa main libre.

« Est-ce que tu vas bien, Agathe… ? Tu es ici chez toi, tu le sais, j’espère. Je vois bien que tu es toute perdue dans tes pensées, depuis que ta mère est venue. Même avant. Si quelque chose te préoccupe, tu peux m’en parler, tu sais ? Rappelle-toi ton serment d’apprentie, et rappelle-toi de ce que je t’ai promis. Je serai un soutien, pour toi, tant que tu auras besoin de moi. J’aimerais te voir sourire, mignonne. Il y a des étoiles qui résonnent, dans le son de ton rire, on l’entend trop peu ! Je m’inquiète pour toi. J’ai de la peine que tu sois triste, Agathe ; dis-moi ce que je peux faire, pour te rendre gaie à nouveau. »

Leurs deux regards s’accrochent, bleu contre bleu, et Mélusine tente de démêler le tourbillon d’émotions qui passent au fond des prunelles si claires de son apprentie. Que ne donnerait-elle pas, pour savoir lire ses pensées et trouver la clé de son sourire !


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Mer 21 Juin - 0:39

Capable d’aimer avec passion. Sans difficulté, la blondinette s’imaginait de quelle passion il s’agissait, autant de l’âme que du corps. Un amour dévastateur, un amour grand, un amour qui soulageait autant qu’il dévorait. Elle le voyait bien, Agathe, combien ils s’aimaient, et si elle quittait la pièce sitôt qu’ils se rapprochaient, il n’était pas rare qu’elle darde une oeillade ou deux par une porte entrouverte pour voir leurs lèvres témoigner de cet attachement profond qui les liait. Il n’y avait rien de tel, à Brumecor, dans le lotissement qui fut si longtemps son foyer et son refuge. C’est seulement aux excuses de sa tutrice qu’Agathe se rendit compte de la rougeur sur ses joues, tant ses pensées la menaient ailleurs.

Elle parlait, et parlait encore, sa tutrice, mais à peine après quelques mots, pourtant, Agathe connaissait la réponse à la question. Elle n’allait pas bien. Comment le disait-il, ce barde mystérieux qui errait Lorgol, le soir venu? …Elle s’en va, laissant tout derrière elle. Tu regretteras d’avoir croisé son chemin, cette femme qui tourne autour de ton chagrin. Elle appuya sa joue encore rosée contre le tissu agréable et velouté du canapé, le regard perdu sur le petit Meldred et ses pensées vers le ménestrel bassois. Ses mots, si précis et affutés, reflétaient avec poésie une réalité qu’ils partageaient, sans même le savoir. Pourquoi fallait-il que son âme soit si près du sien, alors qu’il était un parfait étranger? L’adolescente releva ses yeux clairs vers ceux de sa tutrice pour soutenir son regard durant un temps. Il y eu un moment de silence, avant qu’elle n’élève la voix à son tour.

- Non…

Une syllabe. Trois petites lettres, abandonnées sur le bout de ses lèvres  purpurines. Agathe soupira, à moitié libérée du poids de son chagrin. Avait-elle seulement verbalisé ce mal qui la travaillait, depuis son enlèvement? Elle en doutait. Aubrée ne voulait pas l’entendre, en Sombreciel, et leur route s’était séparée. Elle n’allait pas bien, pas bien du tout, Agathe, et le dire lui faisait du bien. Non. Se faire entendre lui faisait du bien.

- Seriez-vous capable de le laisser derrière vous? Si, par exemple, votre survie était menacée, seriez-vous capable d’abandonner votre petit à une vie sans couleur et sans saveur?

Ses yeux plein de chagrin contenu, les cils légèrement emmêlés de larmes dans cette tristesse évidente, elle ne lui laissa pas le temps de répondre ou de trop réfléchir à cette question pourtant très simple. Elle ne parlait déjà plus vraiment de Meldred, mais bien d’elle, et d’elle seule. Comme par crainte que cette ouverture ne se reproduise plus, qu’elle se referme aussi promptement qu’elle était apparue ou que son courage d’enfin se confier s'estompe, Agathe parlait sans s’arrêter, d’un souffle, suivant le fil de ses pensées désordonnées.

- Je lui en voulais tellement, Mélusine… Je lui en voulais d’être partie. Je m’en voulais aussi de l’avoir fait fuir. Mais maintenant… Maintenant, tout a changé. Je lui en veux de ne pas m’avoir emmenée avec elle. J’aurais été si heureuse, d’avoir vécu auprès de vous depuis toujours. Auprès d’elle, peut-être, même, d’avoir suivi son ascension, d’avoir pleuré avec elle, d’avoir ri, aussi. Je voulais tellement être heureuse, et l’être avec elle! Vous seriez incapable de le laisser, même si votre vie en dépendait. Entre lui et vous, ce sera toujours Meldred. Pourquoi ça ne m’arrivera jamais? Pourquoi pas moi?...  ...Qu’est-ce que je lui ai fait?

Elle hoquetait, désormais. Sa voix brisée par l’émotion s’était enfin éteinte et la jeunette s’éloigna un tantinet du canapé pour essuyer, sur sa joue, les larmes qui ne tarissaient pas.

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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Sam 1 Juil - 1:12

Non.
Elle ne va pas bien.
Le cœur de la marquise se serre d’entendre cet aveu timide, ce tout petit mot qui recèle tant de bien sombres échos ! Elle se sent désemparée, devant le désarroi criant sur ce fin minois tout empreint de chagrin. Elle n’a jamais été douée pour réconforter la tristesse : plus jeune, elle se livrait à l’excès de ses sentiments, pleurant sa vie sur l’épaule attentive de sa sœur. C’est Mélisende qui a toujours su trouver les mots pour apaiser, pour débusquer la clé d’un sourire envolé – Mélusine, elle, se contentait d’exprimer son ressenti tapageur. La voilà bien démunie, devant la peine gravée sur les traits d’Agathe ! Et elle est grande, cette enfant bientôt femme, ce n’est pas comme Meldred dont les rares pleurs sont calmés par un sein à téter ou un lange à changer.

Sa question la prend au dépourvu. Jamais ! Jamais elle ne laisserait Meldred derrière elle – elle laisserait Hiémain l’emmener loin d’elle, oui, si elle devenait un danger pour le petit ; mais aucune autre possibilité ne justifierait qu’elle ne se sépare de son bébé tendrement chéri. Elle a été surprise, la petite égoïste de Séverac, de se découvrir dotée d’un instinct maternel aussi acharné une fois son fils posé dans ses bras ; mais elle l’assume, elle le vit, pleinement, intensément. Jamais plus désormais ne pourrait-elle concevoir l’existence sans enfant à bercer ! Muette, elle ne peut qu’esquisser une dénégation de la tête – la petite s’est lancée dans un monologue qui lui serre un peu plus le cœur, et la baronne reste coite devant la cascade de larmes qui dévalent les joues pâles.

Comment faire ? Elle a déjà les mains prises – que ne donnerait-elle pas pour une paire de bras supplémentaires ! Un dieu vigilant est sûrement à l’écoute, car voilà que passe le visage familier de Joséphine par l’embrasure de la porte. Un instant, Mélusine s’émerveille du sixième sens proverbial de sa chère amie, qui semble perpétuellement deviner quand l’on a besoin d’elle. Un seul regard implorant suffit : prestement, elle s’en vient prendre Meldred des bras de sa mère, le berçant doucement, et s’esquive avec lui en lui susurrant sa berceuse favorite. Voilà la maîtresse des lieux libre à nouveau de ses mouvements – aussi, sans perdre de temps, s’approche-t-elle d’Agathe sur le canapé, avant de la prendre dans ses bras, l’attirant contre elle fermement. Oh, comme elle la serre fort, la blondinette éperdue ! Elle qui manque de mots, ne connaît que le réconfort des gestes ; aussi est-ce toute sa chaleur maternelle qu’elle tente d’insuffler dans cette étreinte un peu maladroite, mais fortement sincère. Silencieuse, elle berce Agathe, caressant doucement la tête nichée contre son cou, laissant la jeunette épancher le trop-plein de chagrin qui déborde de son cœur gros.

L’émotion lui noue la gorge – elle a grandi dans une famille aimante, pleine d’affection et de tendresse, élevée par des parents présents et attentifs, un grand frère protecteur et vigilant. Elle a connu la présence constante de sa jumelle, la moitié d’elle-même, le reflet de son âme, le parfait complément de son être ; elles ont élevé ensemble leurs deux petits frères, celui né de leur mère et celui tombé dans son giron des années plus tard. Oui, elle mesure pleinement la chance qui fut la sienne de naître fille de Séverac, en mesurant à l’aune de la vie d’Agathe toute la désolation dont d’autres, plus malchanceux, héritent comme seul univers. Navrée, elle tapote gentiment les frêles épaules secouées parfois d’un sanglot plus violent, berçant toujours la presque grande, résolue à ne pas la lâcher tant que sa détresse ne serait pas calmée. « Tu n’as rien fait de mal, petite, rien du tout : cette vie-là, cette prison, ce n’était pas fait pour ta mère, voilà tout. C’est un oiseau sauvage, épris de liberté et d’absolu et d’infini, et pour elle, vivre recluse c’était… c’était mourir un peu, chaque jour un peu plus, j’imagine. C’est ainsi que je l’aurais vécu, et je pense que j’aurais été très malheureuse à sa place… Ce n’était pas ta faute, Agathe, ni celle de ta sœur ni même de tes frères – ta mère a simplement sauvé sa vie. Elle pensait vous laisser entre de bonnes mains, j’en suis persuadée ; et elle est revenue pour vous, quand Aubrée l’a appelée. Elle est revenue vous chercher toutes les deux, pour vous donner à vous aussi cette liberté qu’elle a conquise. »

Discrètement, elle dépose un baiser sur la tempe d’Agathe, achevant à mi-voix, dans un murmure pensif. « Elle t’a… Elle t’a confiée à moi, Agathe. Et elle ne m’a pas défendu de t’aimer. »


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Ven 21 Juil - 22:37

Elle avait pleuré… Oh! Encore et encore, laissant sur l’épaule de sa tutrice des marques humides de son chagrin bien réel. Elle avait pleuré à en hoqueter, à sangloter, à s’épuiser. Blottie contre Mélusine, Agathe ne s’était calmée que par la fatigue et non pas par soulagement. Les paroles qu’elle lui accordait étaient bien jolies mais n’étaient en rien ce que désirait entendre la toute jeune. Désappointée de ne pas être comprise, Agathe avait essuyé ses joues pâles et plaquées de rouges du revers de la main tout en se demandant ce qu’elle aurait pu lui dire qui l’aurait réellement réconfortée ou confortée. Elle respirait péniblement, le souffle court de cet effort de tristesse, alors que la réponse s’imposait d’elle-même : Rien. Quoi qu’aurait pu dire Mélusine de Sylvamir, rien n’aurait pu être satisfaisant. La faute avait été commise, et la simple existence de l’abandon de Grâce prévalait toutes les excuses du monde. Rien de ce qui se ferait, désormais, rien de ce qui se dirait ne pouvait ratrapper le vide qu’elle avait créé en désertant la vie d’Agathe. Aucune excuse ne serait suffisamment forte et poignante pour excuser la voltigeuse et ses désirs de hauteurs au détriment de ses enfants. Du moins, c’était ce à quoi Agathe en était arrivée à penser lorsqu’elle sentit l’amertume l’effleurer une fois de plus, malgré les explications de sa tutrice.

Les oiseaux n'abandonnaient pas leurs oeufs. Les autruches avaient tué des hommes afin de défendre leur nid et leurs oeufs. C’était ce que se répétait la blondinette alors qu’elle acquiescait mollement les propos de Mélusine, quant au désir de liberté et d’absolu de sa génitrice. Elle l’enserra un peu plus étroitement, comme par crainte qu’elle ne s’éloigne à son tour, puis soupira à son cou en l’entendant lui dire qu’elle l’aimait d’une manière bien indirecte. La pression qui lui brûlait les épaules et la nuque se relâcha légèrement, libérée d’un poids imaginaire. La petite respira profondément avant de se détacher de sa tutrice dans une lenteur toute mesurée.

Ses yeux clairs rougis rencontrèrent les siens, le temps de lui offrir un sourire pâle et résigné. D’une voix encore brisée par l’émotion et peu solidaire des mots à venir, elle murmura :

- J’ai.. J’ai de la chance d’avoir croisé votre route. Je le sais. Je me plains, je me plains, mais je suis chanceuse. Pardonnez-moi.

Elle glissa un index délicat sur le rebord de ses cils afin d’y chasser les dernières larmes salées.

- Je me rends compte que… Peu importe ce qu’on pourra me dire, je lui en voudrais. Qu’elle soit revenue pour Aubrée et moi, je n’y vois que l’abandon d’Arnault. Qu’elle accourt dès que je la demande, je n’y vois qu’une manière pour elle de se déculpabiliser. Je la déteste… Oh, si vous saviez combien je lui en veux, Mélusine. C’est violent, c’est un torrent.

Elle déposa une main sur son coeur alors qu’elle ressentait encore les palpitations de sa rencontre de la veille. Plus que jamais, Agathe comprenait combien la haine et l’amour étaient liées par la passion.

- Mais je l’admire pour tout ce qu’elle a pu faire. Du petit héritier d’Erebor. Du Tournois. De voltiger ainsi. D’être loyale à un duché, le défendre de sa vie. Je suis… Je suis épuisée, et lasse, de la détester, de la tenir à distance tout en la cherchant partout. Mais c’est plus fort que moi. J’aimerais pardonner et oublier, mais ma vie, tout ce que je suis devenue, me rappelle que c’est à cause d’un rejet. Celui de ma mè... De Grâce.

Éreintée, la toute jeune soupira à s’en fendre l’âme. Elle abandonna Mélusine du regard, comme pour se retrouver une certaine contenance. Son attention posé sur l’âtre et les quelques flammes, elle brisa une fois de plus le silence qui s’installait d’un nouveau murmure.

- Ce que j’aurais voulu, c’est un amour inconditionnel et fort. Celui que nous avons sans le mériter… Grâce me l’a volé. J’ai peur de le dérober, moi aussi… Si j’ai des petits.

Parce qu’elle lui ressemblait, à sa mère, Agathe. Elle était grande, blonde, gracieuse à sa façon. Elle avait cette manière de hausser le sourcil lorsqu’elle se montrait dubitative. Et si les ressemblances allaient au-delà de leur apparence? Si Agathe devenait comme Grâce, avec la maternité? Oh… Elle avait bien du temps devant elle, et elle le savait. Aucun garçon ne la regardait, et encore moins ne désirait l’enlever pour la faire femme. Fine comme une brindille et fragile, Agathe savait bien qu'elle n'était aucunement appétissante pour les jeunes hommes. La blondinette avait une vie pour se préparer à devenir une mère convenable, mais… Mais si elle avait hérité de cet aspect de Grâce de Sombregemme?

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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Sam 22 Juil - 21:35

Les sanglots d’Agathe s’espacent, peu à peu, et Mélusine n’ose pas parler. Le cœur de son apprentie est si fragile ! Elle a bien compris, la marquise toute puissante bénie par le Destin, que la vie de sa pupille n’a pas été particulièrement réjouissante, et que son déracinement soudain a grandement perturbé les fondations de son existence. Rien à voir avec la propre famille aimante de Mélusine, c’est sûr – son cœur se serre quand elle pense à la réclusion et au délaissement dans lesquels la petite a dû grandir… Elle la berce doucement, la gardant contre elle, tentant de la réconforter ; comme si le simple rempart de ses bras avait le pouvoir de la protéger du monde extérieur. Pauvre petite Agathe, si malheureuse… Un instant, la détresse de sa protégée vient lui fendre le cœur, comme un coup ajusté qui viendrait fracasser son armure – elle se sent si impuissante ! Visiblement, elle a été incapable d’assurer le bien-être de son apprentie, et elle le prend comme une faute. On la lui a confiée, après tout, de corps et d’âme ; si le premier semble relativement sauf, la seconde fait clairement naufrage, et Mélusine ne sait pas vraiment comment réagir. Hiémain saurait, lui – pas elle.

La petite la lâche, recule, s’essuie les yeux ; et la baronne scrute son museau chagrin, tâchant d’y déceler quelque signe lui permettant de lui venir en aide, quelque indication sur la marche à suivre. Agathe reprend la parole, s’estime chanceuse d’être arrivée entre les mains de Mélusine, et si la Cielsombroise reste silencieuse, elle n’en pense pas moins. C’est elle, au fond, la chanceuse des deux : l’oisillon perdu de Bellifère est une apprentie intéressante, et elle traverse avec une résilience étonnante les récents bouleversements que sa tutrice déchaîne en ouragan autour d’elle. Ses inquiétudes, l’interpellent, toutefois, et elle écoute avec attention les craintes que la petite lui expose.

« Agathe… Je ne t’aurais pas prise avec moi – je ne t’aurais pas gardée – si tu n’avais pas été si particulière. Tu as quelque chose de spécial, mignonne, quelque chose que les autres n’ont pas, et ça te rend… différente. C’est normal, d’en vouloir à ta mère, tu as toutes les raisons pour ; mais elle n’a pas présidé à ta vie, et tu ne lui dois rien de ce que tu as accompli. Ne te définis pas par elle. Elle a fait ses choix, accomplis les tiens. Un jour, tu seras une mère tout à fait convenable, j’en suis persuadée : j’ai bien vu avec quel soin tu t’occupes de mon fils. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut feindre : tu le portes en toi, et tu seras certainement pour tes enfants une mère bien plus présente que la tienne ne l’a été ! »

Pensive, Mélusine tapote ses lèvres d’un index méditatif. Comment dérider la jeunette, par quel moyen lui rendre le sourire ? Plus tard, elle travaillera avec attention à corriger ce cruel manque d’estime en soi qui semble tant affecter sa pupille. Elle lui apprendra à avoir confiance en elle, à estimer ses qualités à leur juste valeur… Pour le moment, elle voudrait juste alléger un peu ce cœur qui semble si lourd à porter, chasser un peu de ce chagrin souverain qui pèse si fort sur les frêles épaules de sa chère protégée. « Je pourrais mettre un contrat sur la tête de ta mère… mais le souci, c’est que mon frère semble l’apprécier, alors ce ne serait pas très urbain de ma part… » La plaisanterie semble tomber à plat, et Mélusine secoue doucement la tête, glissant un doigt sous le menton de la blondinette pour relever son visage et accrocher son regard. « C’était une boutade, Agathe, ne t’inquiète pas, je ne vais pas faire assassiner Grâce… ! Il va falloir être courageuse, mignonne, et construire ta vie en comblant le vide qu’elle y a laissé. Il y a d’autres gens qui t’aiment, et qui t’aiment fort. Laisse le Temps guérir la plaie que tu portes au cœur, d’accord ? Ensuite, tu pourras peut-être discuter plus profondément avec ta mère, et construire avec elle de nouveaux souvenirs qui ne respireront pas le malheur. Je ne peux imaginer combien tu dois souffrir, chérie, ma propre mère est merveilleuse et a toujours été là pour moi... Un jour, ta détresse sera guérie, il faut juste être patiente, j'en suis persuadée. D’ici-là… D’ici-là, Agathe, tu sais que tu es ici chez toi, et que tu occupes une place à part entière dans la maisonnée, à mes yeux comme à ceux de Hiémain. Meldred est notre fils, par le sang ; mais Arsène et toi êtes tout aussi importants pour nous. Tu le sais, n’est-ce pas ? Que je suis attachée à toi, et que tu es importante pour moi ? »


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Dim 20 Aoû - 20:59

Certaines filles devenaient plus fortes en entendant des gentillesses, se reprenaient et se montraient dignes. D’autres, au contraire, luttaient pour ne pas fondre en larmes devant la bonté et la sollicitude. Ce matin, Agathe appartenait au second groupe, et en entendant toutes les jolies choses que sa tutrice avait à lui dire pour la réconforter, les larmes lui montèrent une fois de plus aux yeux. Ce n’était pas tant par tristesse, car elle avait bien assez pleuré sur ce que Grâce lui avait fait -ou ne lui avait pas fait- subir, mais plutôt par reconnaissance que la blondinette laissa une fois de plus les larmes rouler sur ses joues. Mélusine, Mélusine de Sylvamir, lui trouvait quelque chose de spécial. Elle la trouvait différente. Elle lui confirmait qu’elle serait une bonne mère, lorsque le moment viendrait, en raison de l’affection désintéressé qu’elle portait au petit Meldred. Elle opinait gravement, la blondinette, buvant et croyant tous les mots que lui disait sa merveilleuse tutrice. Tout en se frictionnant le bout du nez, Agathe chercha le petit être. Il lui semblait bien l’avoir vu, plus tôt, dans les bras de sa mère… Mais avec le déluge de larmes et de confidences, il était disparu. Peut-être était-ce mieux ainsi. Agathe, quelque part, se doutait bien qu’il ne fallait pas montrer autant de mélancolie et de tristesse à une créature aussi mignonne. Lorsqu’elle aurait un enfant, à son tour, elle se jura qu’elle ferait comme Mélusine : son petit ne serait gardé qu’entre des bras aimants et jamais elle ne lui montrerait sa peau de chagrin.

La proposition de Mélusine arracha bien vite Agathe à ses pensées, la déracinant par la même occasion de son émotion bien belle et bien pure. Que ...Quoi? Un contrat…? D’où ça venait? Hébétée, elle cilla légèrement, son regard perdu fixé à celui de sa tutrice dans un élan désespéré de compréhension. Elle ne voulait pas qu’elle meurt, Grâce! Au contraire, elle s’inquiétait pour elle, pour sa survie, alors qu’elle parcourait les cieux pour défendre sa quiétude et celle des autres Ibéens. Lorsque Mélusine souleva son menton, Agathe releva d’instinct son regard dans le sien. C’était une blague… Mélusine de Sylvamir était meilleure mère qu’elle était humoriste.

- ...D’ici-là… D’ici-là, Agathe, tu sais que tu es ici chez toi, et que tu occupes une place à part entière dans la maisonnée, à mes yeux comme à ceux de Hiémain. Meldred est notre fils, par le sang ; mais Arsène et toi êtes tout aussi importants pour nous. Tu le sais, n’est-ce pas ? Que je suis attachée à toi, et que tu es importante pour moi ?

Oui, elle le savait, elle le ressentait, qu’elle était la bienvenue à Sylvamir. À Sinsarelle. À la tour Séverac. Elle savait aussi qu’elle était désirée dans leur cercle intime, qu’on lui faisait confiance, qu’on lui confiait le tout petit Meldred et qu’Arsène était son meilleur compagnon de jeu. Elle avait été reçue en reine auprès de Castiel. Elle avait gloussé aux blagues de Melbren. Et, plus que tout, elle se sentait aimée par Mélusine et respectée par son époux. Elle lui avait appris bien plus que les civilités bien utile pour l’accompagner dans le vaste monde. Sa tutrice lui avait appris l’affection, l’amour, les nuances d’une profession qui intriguait autant qu’elle lui plaisait. La sécurité et la confiance, aussi.

- Vous êtes importante pour moi aussi… Très importante. J’aurais aimé que ce soit vous.

Sa voix était désormais un murmure, mais un murmure confiant pour annoncer cette confidence. Elle lui avait pris la main, des deux siennes, sans baisser le visage malgré l’index qui n’était plus là pour le retenir. Huit petites syllabes pour raconter tant de choses. Qu’elle l’aimait. Qu’elle lui faisait confiance. Qu’elle se considérait chez-elle, à ses côtés. Qu’elle ne regrettait pas sa place d’apprentie. Qu’elle aurait préféré grandir dans ce duché de déchéances, exposée aux découvertes, que dans sa propre Bellifère austère qui l’avait malmenée.

Elle souriait enfin, Agathe. Si elle regrettait son passé et l’abandon de Grâce, si son coeur le vivait si mal et si durement, Mélusine avait raison. L’avenir était pleine de promesses, et c’était à elle, petite Belliférienne tremblante, d’être courageuse et de tisser son propre chemin. Personne ne le ferait pour elle. Sa maison, sa famille, c’était auprès de Mélusine et Hiémain, désormais. Agathe avait choisi.

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