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 Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine

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Message Sujet: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Mar 18 Avr - 17:35


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
Agathe & Mélusine

Apprends-moi

À être mère, à être fille



• Date : 20 mars 1002
• Météo : Neigeux. Mélusine est habillée. :sisi:
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Mélusine et Agathe échangent au sujet de leur expérience respective de la maternité.
• Recensement :
Code:
• [b]20 mars 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2027-apprends-moi-agathe-melusine#60925]Apprends-moi[/url] - [i]Agathe et Mélusine[/i]
Mélusine et Agathe échangent au sujet de leur expérience respective de la maternité.


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Mar 18 Avr - 17:37

Il est… parfait.
Parfaitement parfait.
Émerveillée, Mélusine ne peut détacher le regard du visage paisible de son fils, qui dort avec une très sérieuse application au creux de ses bras. C’est sûrement le bébé le plus porté de tous les temps : depuis sa naissance, il y a déjà trois semaines, elle doute fort qu’il ait été posé plus de quelques minutes d’affilée. Le berceau sculpté est à peu près inutilisé : cet enfant passe son temps à passer de bras en bras, majoritairement ceux de son père, de sa mère, voire de Joséphine et de Solveig, et de tous les visiteurs, amis et famille, qui viendraient à se présenter.

Pour le moment, Mélusine a le privilège d’être seule à le dorloter, sans personne à qui le disputer – Hiémain a été appelé à l’un des villages qui dépendent de l’autorité de Sylvamir pour une sombre histoire criminelle nécessitant l’arbitrage du seigneur et maître des lieux. Meldred repose donc tout à fait adorablement dans les bras de sa mère, qui resterait bien ainsi des heures à le contempler. Son bébé, son fils, son tout-petit ; elle est encore affaiblie par l’accouchement éprouvant et la tentative de meurtre sur sa personne, mais se remet bien, et profite des premiers rayons du timide soleil des printemps kyréens qui s’en viennent caresser sa silhouette par la spectaculaire baie vitrée de son petit salon préféré. Emplie d’admiration devant la perfection de cet être minuscule qui serre son index avec une poigne étonnamment vigoureuse pour un si petit poing, son cœur débordant d’un amour sans fin pour la chair de sa chair, le sang de son sang, ce vibrant témoin de la passion qui l’unit à Hiémain, Mélusine berce le nourrisson, murmurant une berceuse erebienne tenue de sa mère et fort inhabituelle au milieu des neiges qu’elle aperçoit à travers les vitres.

Elle l’aime tant, déjà. Elle avait eu si peur, pourtant, en se découvrant enceinte – d’être une mère épouvantable, de ne pas savoir comment s’y prendre, d’être incapable de l’aimer comme il en aurait besoin. Elle, l’enfant terrible de Séverac, la risque-tout et l’impulsive, elle dont l’esprit héberge le très fantasque Fou Noir en personne – mère de famille ! La stupeur ne manque jamais de la saisir à chaque fois qu’elle le réalise, et la chaude tendresse de Rhéa se glisse toujours parmi ses pensées dans ces moments-là, au milieu de quelques remarques fort pertinentes de Fantasme sur la maternité telles que « Tu ne devrais pas le couver autant après qu’il ait éclos, il a besoin de se fortifier » ou « Frotte-le souvent avec du sable pour bien faire durcir ses écailles ». Une main sous la tête du tout-petit pour bien la soutenir, elle le berce inlassablement depuis presque une heure déjà – elle ne le réveillera pas pour la tétée du matin, il saura bien se manifester quand il aura faim – lorsqu’elle se souvient soudain d’un autre oisillon occupant son nid. Où donc est Agathe ? Relevant la tête du visage serein de Meldred, elle pivote légèrement sur le sofa confortable, vers la porte latérale – et aperçoit la tête blonde qui émerge du battant, tout aussi immobile que le poupon entre ses bras. Mélusine sourit, tirée de sa fascination toute maternelle, et de la tête fait signe à la petite de la rejoindre.

« Oh, Agathe – te voilà ! Ne reste pas sur le seuil, tu vas avoir froid dans le courant d'air, viens par là, plutôt. » Du menton, elle indique les coussins dodus qui l’entourent, se décalant légèrement, avec mille précautions, pour faire de la place à son apprentie sans réveiller le bébé qui dort avec tant de concentration.


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Ven 2 Juin - 3:56

Depuis que Grâce était partie -et depuis son arrivée, même-, une myriade de questions taraudait l’esprit d’Agathe. La détestait-elle? Lui en voulait-elle encore, près d’une année suivant son enlèvement de Bellifère? Lui en voulait-elle plutôt de ne pas s’être manifestée lors des seize autres années de sa vie? Était-ce ainsi que les femmes enlevées contre leur gré se sentaient, là-bas, sur les terres de Bellifère? Lui permettrait-on, un jour, de revoir son jumeau, ce frère lié par le sang qui lui manquait si cruellement? Elle était peu sortie de sa chambre, depuis la veille, affairée à dorloter Hallebarde, à lui tresser des rubans assortis à ses nouvelles robes, et surtout, à laisser son esprit morose vagabonder vers des sujets qu’elle avait évités beaucoup trop souvent et repoussés beaucoup trop loin. Maintenant, après cette rencontre dont elle était l’instigatrice, il lui était difficile de se voiler la face ou bien de faire l’autruche, comme on le disait, d’où elle venait. Il faudrait peut-être… Peut-être bien trouver des mots sur ce qu’elle vivait. Il faudrait peut-être assumer ses sentiments.

Un peu triste, un peu mal, la petite Belliférienne s’était faufilée hors de sa spacieuse chambre dès les premières lueurs diurnes. En quête d’une pâtisserie pour engourdir sa mélancolie, elle avait erré ici et là, jusqu’au petit salon où une mélodie s'élevait malgré l’heure si peu avancée. Ce n’était pas la même, bien sûr, mais la voix douce lui rappela celle d’Aubrée, lorsqu’elle peinait à dormir, petite, et que son aînée la consolait.

Mélusine.

Après s’être assurée de la décence de la tenue de la Marquise, Agathe se posa à l’entrée de la pièce pour les observer, la mère et l’enfant, dans cet instant de bonheur simple. L’avait-elle bercée et cajolée, quand elle n’était qu’un nourrisson pur et innocent, ou cherchait-elle déjà à partir, à échafauder un plan pour s’éloigner d’elle et de ses autres enfants? C’était beau, ce qu’elle voyait, Agathe, et elle n’avait aucun scrupule à épier en toute indiscrétion ce moment rien qu’à eux. Pourtant, comme si elle avait deviné sa présence par un instinct maternel irréel, Mélusine la remarqua et l’invita à se joindre à eux. Naturellement. Sans effort. Mélusine lui avait fait une place auprès d’elle dès leur première rencontre et persistait à le faire, encore et encore, malgré l’arrivée de son premier enfant.

Elle aurait aimé se blottir contre elle, onduler ses bras sur ses épaules ou contre ses hanches avec la délicatesse d’une bien née. Elle aurait aimé qu’elle lui caresse ses boucles blondes en fredonnant un air léger, la mélodie qu'elle réservait à son petit ou bien une autre. Elle aurait aimé nicher sa tête dans le creu de son cou et s’imprégner de son odeur. Elle aurait aimé pleurer, pleurer encore, haletante, jusqu’à en avoir mal à la poitrine. Elle aurait aimé que la Marquise dépose de chastes baisers sur chacune de ses paupières chargées de chagrin. Elle aurait aimé se faire dire ce qu’elle désirait entendre, des mots poignants chargés d’une poésie crue et bouleversantes, aussi beaux que ceux écrits dans les livres. Elle aurait aimé que Mélusine la réconforte, qu’elle lui dise que tout allait s’arranger. Elle aurait aimé être sa fille. Mais ce n’était pas le cas.

De tout cela, elle n’en fit rien, Agathe. Discrète, elle se posa sur le siège rembourré où Mélusine l’invitait, à distance respectable. Toute légère, elle prit soin de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller le petit qui dormait. Il était mignon et gentil, Meldred. Tous les bébés l'étaient, et elle en avait vu beaucoup, la petite, depuis Bellifère. Les Martel pondaient des bambins  comme d’autres éternuaient. Les Aubenacre aussi. Les fêtes familiales pullulaient et la cousine du frère du beau-fils de machin avait toujours un petit à refourguer entre les bras fins d’Agathe, trop heureuse de pouvoir se libérer quelques instants.

- Il est mignon… C’est trop tôt pour le dire, je sais bien, mais il y a un petit quelque chose qui vous ressemble. Son nez… Ne trouvez-vous pas?

Elle se fit violence pour ne pas évoquer une éventuelle ressemble avec le père. Chaque fois le nom de Hiemain prononcé, la jouvencelle rougissait; ses émotions la trahissaient cruellement, lorsque le Baron de Sylvamir et ses muscles étaient de l'équation.

Pas de joli sourire pour illuminer son visage, à la douce Agathe. Seulement un petit air songeur et ailleurs. Un petit air qui sentait bon et fort la crise existentielle et la mélancolie qui allait avec.

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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Lun 12 Juin - 3:15

Elle l’inquiète un peu, la petite Agathe. Depuis le passage rapide de Grâce Martel – de Sombregemme – pour voir sa fille, Mélusine a presque l’impression de voir mille et unes sombres réflexions s’agiter sous le front plissé de sa blonde protégée. Elle est jeune, son Agathe, si jeune avec ses dix-sept ans tant innocents ! Elle, à ses dix-sept ans, voyageait déjà depuis un an à travers le continent. Elle mesure parfois pleinement l’ampleur du gouffre qui sépare les filles de Sombreciel et celles de Bellifère, lorsque les yeux de la petite s’arrondissent au son d’une remarque pourtant banale, ou devant un geste tout naturel. Bien sûr, Hiémain n’est pas particulièrement expansif en public ; mais la petite fait partie de la maisonnée depuis des mois à présent, et il arrive au baron d’embrasser sa baronne alors qu’Agathe est à portée de vue. Pauvre mignonne, comme elle s’enfuit en de telles occasions ! Comme si c’était honteux, ou scandaleux, de se manifester quelques marques d’affection dans l’intimité de la demeure familiale. Elle doit bien être un peu intriguée toutefois – à une ou deux occasions, il lui a bien semblé apercevoir une touffe de cheveux blonds dans l’embrasure d’une porte, épier discrètement une étreinte passionnée, mais toujours chaste en dehors de la chambre conjugale. Pauvre Agathe, elle doit se sentir tellement désorientée parfois, dans cette maisonnée où l’épouse scandaleusement libérée souffle le chaud et le froid, tandis que son époux patient et ferme use de conviction et de charme au lieu d’imposer son opinion par la force de son bras !

La mignonne se glisse près d’elle, dans les éternelles teintes de brun qui semblent constituer l’ensemble de sa garde-robe, et Mélusine sourit largement à sa remarque. « Il est encore tôt pour le dire, tu as raison, il est si petit ; mais j’espère qu’il sera comme son père. Fort, et droit, et digne. Honnête, et courageux ; et capable d’aimer avec passion. » Son ton s’est fait rêveur, et elle se reconcentre rapidement en constatant la rougeur qui s’étale sur les joues qui n’ont pas encore tout à fait perdu la rondeur de l’enfance. « Pardon. J’oublie sans cesse que tu n’es pas encore familière de ce genre de discours, tant j’ai la sensation de t’avoir toujours eue près de moi. » Un petit rire lui échappe, pour dissimuler sa gêne – elle n’a pas encore l’habitude d’être une mère, et elle ne veut pas s’imposer auprès d’Agathe, ni remplacer celle qui lui a donné le jour. Qui la lui a confiée – pas donnée. Juste prêtée, pour quelques temps. Calant le bébé endormi au creux de son bras, elle écarte d’un doigt une mèche blonde rebelle, avant d’effleurer la joue songeuse du dos de sa main libre.

« Est-ce que tu vas bien, Agathe… ? Tu es ici chez toi, tu le sais, j’espère. Je vois bien que tu es toute perdue dans tes pensées, depuis que ta mère est venue. Même avant. Si quelque chose te préoccupe, tu peux m’en parler, tu sais ? Rappelle-toi ton serment d’apprentie, et rappelle-toi de ce que je t’ai promis. Je serai un soutien, pour toi, tant que tu auras besoin de moi. J’aimerais te voir sourire, mignonne. Il y a des étoiles qui résonnent, dans le son de ton rire, on l’entend trop peu ! Je m’inquiète pour toi. J’ai de la peine que tu sois triste, Agathe ; dis-moi ce que je peux faire, pour te rendre gaie à nouveau. »

Leurs deux regards s’accrochent, bleu contre bleu, et Mélusine tente de démêler le tourbillon d’émotions qui passent au fond des prunelles si claires de son apprentie. Que ne donnerait-elle pas, pour savoir lire ses pensées et trouver la clé de son sourire !


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Message Sujet: Re: Apprends-moi ♦ Agathe & Mélusine   Mer 21 Juin - 0:39

Capable d’aimer avec passion. Sans difficulté, la blondinette s’imaginait de quelle passion il s’agissait, autant de l’âme que du corps. Un amour dévastateur, un amour grand, un amour qui soulageait autant qu’il dévorait. Elle le voyait bien, Agathe, combien ils s’aimaient, et si elle quittait la pièce sitôt qu’ils se rapprochaient, il n’était pas rare qu’elle darde une oeillade ou deux par une porte entrouverte pour voir leurs lèvres témoigner de cet attachement profond qui les liait. Il n’y avait rien de tel, à Brumecor, dans le lotissement qui fut si longtemps son foyer et son refuge. C’est seulement aux excuses de sa tutrice qu’Agathe se rendit compte de la rougeur sur ses joues, tant ses pensées la menaient ailleurs.

Elle parlait, et parlait encore, sa tutrice, mais à peine après quelques mots, pourtant, Agathe connaissait la réponse à la question. Elle n’allait pas bien. Comment le disait-il, ce barde mystérieux qui errait Lorgol, le soir venu? …Elle s’en va, laissant tout derrière elle. Tu regretteras d’avoir croisé son chemin, cette femme qui tourne autour de ton chagrin. Elle appuya sa joue encore rosée contre le tissu agréable et velouté du canapé, le regard perdu sur le petit Meldred et ses pensées vers le ménestrel bassois. Ses mots, si précis et affutés, reflétaient avec poésie une réalité qu’ils partageaient, sans même le savoir. Pourquoi fallait-il que son âme soit si près du sien, alors qu’il était un parfait étranger? L’adolescente releva ses yeux clairs vers ceux de sa tutrice pour soutenir son regard durant un temps. Il y eu un moment de silence, avant qu’elle n’élève la voix à son tour.

- Non…

Une syllabe. Trois petites lettres, abandonnées sur le bout de ses lèvres  purpurines. Agathe soupira, à moitié libérée du poids de son chagrin. Avait-elle seulement verbalisé ce mal qui la travaillait, depuis son enlèvement? Elle en doutait. Aubrée ne voulait pas l’entendre, en Sombreciel, et leur route s’était séparée. Elle n’allait pas bien, pas bien du tout, Agathe, et le dire lui faisait du bien. Non. Se faire entendre lui faisait du bien.

- Seriez-vous capable de le laisser derrière vous? Si, par exemple, votre survie était menacée, seriez-vous capable d’abandonner votre petit à une vie sans couleur et sans saveur?

Ses yeux plein de chagrin contenu, les cils légèrement emmêlés de larmes dans cette tristesse évidente, elle ne lui laissa pas le temps de répondre ou de trop réfléchir à cette question pourtant très simple. Elle ne parlait déjà plus vraiment de Meldred, mais bien d’elle, et d’elle seule. Comme par crainte que cette ouverture ne se reproduise plus, qu’elle se referme aussi promptement qu’elle était apparue ou que son courage d’enfin se confier s'estompe, Agathe parlait sans s’arrêter, d’un souffle, suivant le fil de ses pensées désordonnées.

- Je lui en voulais tellement, Mélusine… Je lui en voulais d’être partie. Je m’en voulais aussi de l’avoir fait fuir. Mais maintenant… Maintenant, tout a changé. Je lui en veux de ne pas m’avoir emmenée avec elle. J’aurais été si heureuse, d’avoir vécu auprès de vous depuis toujours. Auprès d’elle, peut-être, même, d’avoir suivi son ascension, d’avoir pleuré avec elle, d’avoir ri, aussi. Je voulais tellement être heureuse, et l’être avec elle! Vous seriez incapable de le laisser, même si votre vie en dépendait. Entre lui et vous, ce sera toujours Meldred. Pourquoi ça ne m’arrivera jamais? Pourquoi pas moi?...  ...Qu’est-ce que je lui ai fait?

Elle hoquetait, désormais. Sa voix brisée par l’émotion s’était enfin éteinte et la jeunette s’éloigna un tantinet du canapé pour essuyer, sur sa joue, les larmes qui ne tarissaient pas.

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