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 Le plus raisonnable des jeux

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Message Sujet: Le plus raisonnable des jeux   Sam 10 Juin - 5:39


Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Ljöta d'Evalkyr & Matvei de Hvergelmir

Le plus raisonnable des jeux

Ou quand on aime le risque



• Date : Le 4 juin 1002.
• Météo : Belle, ensoleillée, à Lorgol : l'été enfin se pointe.
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Matvei est de passage à Lorgol, pour un entretien à l'Académie. Il profite de ce moment pour voir Ljöta, son amie depuis l'enfance, à laquelle il a une audacieuse proposition à faire.
• Recensement :
Code:
• [b]4 juin 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2259-le-plus-raisonnable-des-jeux]Le plus raisonnable des jeux[/url] - [i]Ljöta d'Evalkyr & Matvei de Hvergelmir[/i]
Matvei est de passage à Lorgol, pour un entretien à l'Académie. Il profite de ce moment pour voir Ljöta, son amie depuis l'enfance, à laquelle il a une audacieuse proposition à faire.


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Sam 10 Juin - 5:59

Le savant est immobile depuis plus d’une heure, devant un jeu d’échec dont il n’a pas encore bougé une seule pièce.

Il observe, il détaille, ce jeu que son frère et lui partagent, alors qu’ils s’échangent la tour de Hvergelmir. Seule concession de Maksim, seule demande de Matvei : qu’il ait un pied à terre à Lorgol, lors de ses excursions jusqu’à la Ville Libre d’Arven. Les échecs sont venus avec la tour, et à chaque passage de l’un, ou de l’autre, une pièce bouge. Les calculs sont soignés, patients, prudents. Même en silence, même sans jamais se croiser, les deux frères se font la guerre.

Un long soupir et Matvei abandonne sa contemplation des pièces. Il trouvera bien quoi bouger plus tard. Il est incapable de se concentrer, tant son esprit bouillonne. Demain, peut-être, ou même après-demain, il aura l’esprit suffisamment clair pour trouver la faille dans la défense serrée de son frère. Il arpente le petit salon, spécialement préparé pour son invitée de la matinée. Son passage à Lorgol est discret, connu d’uniquement son entourage proche (donc, de Hjalden), mais il a une personne bien spéciale à voir, avant de s’adonner à la réelle raison de sa venue dans les terres du Nord. Un coup d’œil par une des fenêtres : aucune trace de la charmante tête blonde qu’il a fait mander à sa tour, des tresses plus vraiment sautillantes de Ljöta. Oh, elle sera ponctuelle, ça, il n’en doute même pas ! Elle est princesse, tout de même, et une vie à Lorgol ne saurait certainement pas détourner la dame de son éducation, ni de ses obligations.
N’empêche. Tout ceci le rend nerveux. Autant sa conversation à venir avec Ljöta que la raison de sa présence à Lorgol, soit cette convocation en entretien à l’Académie. Un poste de professeur à pourvoir. Hjalden, d’une loyauté aussi exemplaire que la sienne, l’a encouragé à se présenter à cet entretien, à accepter ce défi qui se présente à lui, et pourtant ! Toute l’expérience du monde et toutes les recommandations reçues ne suffisent pas à le rassurer, alors que Matvei doute éternellement de lui-même. Il semble toujours entendre la voix de son aîné, dans son esprit, susurrer mille insultes et commentaires désobligeants. Toi, professeur ? Allons donc. On te fait marcher, Matioucha. Tu n’es pas assez doué.

Un bruit au bas de la tour le sort de sa contemplation de, du mur, oui, du triturage de ses mains, de ses ongles qui claquent nerveusement. Un bruit de porte, quelques voix polies, et il sait déjà qui est arrivé. Pile au bon moment. Un regard dans le verre d’une des armoires, afin de vérifier qu’il est plus que présentable, et la porte du salon s’ouvre sur la princesse de Valkyrion. Sur sa presque petite sœur. Sur une amie. « Je suis heureux de te voir, Ljöta », salue Matvei, un sincère sourire sur son visage si souvent sérieux, et à la demoiselle, il donne même une bise encore plus rare. Heureusement, personne n’est témoin de cela et personne ne peut donc prouver que c’est bien arrivé. « Pardonne-moi de te réquisitionner à ma tour, alors que le soleil est enfin arrivé à Lorgol. » D’un geste, il l’invite à prendre place dans un des fauteuils. Qu’au moins sa visite soit agréable et confortable, à défaut de pouvoir apporter la chaleur de l’astre solaire.

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Ven 16 Juin - 1:13

La missive est arrivée à la Tour de Valkyrion la veille, et c’est à son retour aux premières heures du jour que Ljöta en prend connaissance. Un simple mot, d’une main qu’elle connaît bien : visiblement, Mati est à Lorgol ces jours-ci, puisqu’il la convie à dîner en la tour de Hvergelmir. Maksim n’est donc pas là. C’est bien : autant la princesse respecte fortement sa noblesse et ses sujets, autant la rancœur sourde de l’aîné le rend bien moins fréquentable que son cadet. Il y a en Maksim une sombre noirceur qu’elle évite autant que faire se peut : l’homme a peu apprécié de ne point recevoir la distinction de sénéchal, au détriment de son puîné. Ljöta, elle, adore cet homme rude et froid qu’est le meilleur ami de Hjalden : Matvei est comme un hiver froid et rude, intensément droit et honnête. Un homme fiable, un ami loyal, presque un troisième frère. D’autant plus depuis la mort si cruelle de Ljära : c’est sur son épaule qu’elle a versé toutes les larmes que la prévenance et la sollicitude la retenaient de laisser voir à Hjalden et Hjalmar.

C’est donc avec le sourire aux lèvres qu’elle a renoncé à ses heures de sommeil, elle qui veille chaque nuit sur la Tour Noire comme le veut la hauteur de son rang au sein de la Confrérie. Belle surprise, heureuse occurrence ! Pour une fois, elle délaisse le cuir sombre des assassins pour revêtir l’une de ses robes de cour, réclamant de ses femmes de chambres l’une de ces coiffures tressées élaborées si prisées dans son duché. La femme dans le miroir n’a plus grand-chose de l’enfant sautillante de jadis, elle a bien l’air un peu fatigué et un pli sévère marque la commissure de ses lèvres ; mais elle est encore capable de sourire avec cette chaleur secrète que partagent les Kyréens derrière leurs murs épais et leurs fenêtres closes. Lorsque le soleil atteint le milieu de sa course matinale, elle se fait annoncer à la Tour de Hvergelmir, saluant d’une révérence sommaire son ami de toujours, avant de le serrer contre elle dans une étreinte bien peu protocolaire, claquant une bise sonore sur sa joue un peu râpeuse. « Matioucha, je suis ravie de te voir ici, j’ai si peu le plaisir de ta compagnie ! » Les rigueurs de la guerre, bien sûr ; et aussi sa double vie secrète, bien pesante en ces temps troublés, car Hjalden ne comprend pas ce qui retient sa sœur si loin de leur duché…

Chassant cette triste pensée, elle s’installe dans le fauteuil désigné, adressant un clin d’œil au savant si sérieux. « Je n’ai jamais trop aimé le soleil quand il se fait trop brûlant, je préfère quand il nous contemple de loin, comme à Svaljärd, tu le sais bien. Ne t’excuse pas, mon ami ; dis-moi plutôt ce qui me vaut cette belle surprise de cette entrevue. As-tu des soucis, est-ce que tout est en ordre à Hvergelmir ? Si quelque chose te menace, tu sais que tu peux me le dire. » Elle a cogité, sur le chemin, et elle s’inquiète, la princesse, sous ses tresses et ses sourires : pourquoi donc un sénéchal s’en viendrait-il baguenauder à la capitale des peuples libres en plein milieu d’un conflit armé, si ce n’est contraint par l’exil, et forcé de s’éloigner… ? « Est-ce que Maksim… » … t’aurait renié ?


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mar 20 Juin - 3:02

Elle semble fatiguée, sa Ljöta, sous les atours nobles, sous les complexes tresses blondes, qui ne peuvent entièrement détourner son retard attentif de son visage. Il n’ose point lui demander ce qui la tracasse, pudique sur les sentiments des autres autant que sur les siens, mais il espère que le tout viendra au fil de la conversation. Quitte à devoir invoquer Hjalden et ses inquiétudes à propre de sa soeur cadette. Inquiétudes qui sont également les siennes. « Je n’ai jamais trop aimé le soleil quand il se fait trop brûlant, je préfère quand il nous contemple de loin, comme à Svaljärd, tu le sais bien. Ne t’excuse pas, mon ami ; dis-moi plutôt ce qui me vaut cette belle surprise de cette entrevue. As-tu des soucis, est-ce que tout est en ordre à Hvergelmir ? Si quelque chose te menace, tu sais que tu peux me le dire. Est-ce que Maksim… Il suit aisément sa pensée, mais aussitôt la détrompe d’un geste de la tête. Non. Pas encore, du moins. Déshériter un sénéchal serait probablement du plus mauvais goût et c’est probablement tout ce qui le sauve. Son titre, surplombé de la menace que représente Hjalden. J’ai sporadiquement des nouvelles d’Hvergelmir, par le plus jeune de mes neveux. Tout y semble en ordre. Je me porte bien mieux à Svaljärd. » Il ne peut empêcher un sourire un peu triste de passer brièvement sur son visage. Hvergelmir lui manque, indéniablement, mais tant que son frère en sera le marquis, il n’y remettra pas les pieds. La décision a été prise il y a maintenant plus de dix années et il s’y tient sans déroger.

Le Kyréen doit cela dit rassurer la dame sur sa venue dans la Ville Libre, aucunement faite sous la contrainte. Il n’hésite même pas, sachant que le secret sera bien gardé avec Ljöta. « Je te fais confiance de garder la confidence. Seul Hjalden le sait, outre toi. Il craint peut-être qu’en parlant trop, qu’en pensant trop, toutes ses chances s’évaporent. Un brin de superstition, bien trop de méfiance, chez cet homme. Sans le remarquer, ses ongles ont recommencé à claquer les uns contre les autres, comme le mécanisme régulier d’un automate. Il se trahit, malgré l’enthousiasme de son visage et de sa voix, malgré ce qui brille dans ses yeux à l’idée de retourner entre ces murs qui l’ont tant vu grandir. J’ai un entretien à l’Académie, demain. Un poste de professeur en architecture s’est ouvert et je suis l’un des candidats approchés afin de le combler. Ton frère m’a convaincu d’au moins rencontrer le Recteur et les Thésards. » D’au moins tenter sa chance. Au moins essayer. Et puisqu’il est là, il a quelque chose dont il veut entretenir Ljöta. Il sait qu’elle s’en doute, qu’il n’a pas encore tout dit, mais une chose à la fois. Il a bien le temps de lui servir un verre d’alcool, un de ses préférés, avant d’entamer les choses les plus… délicates.

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Ven 30 Juin - 0:37

Un triste sourire vient répondre à celui de Matvei lorsqu’il mentionne Hvergelmir. Quelle tristesse, que d’être ainsi privé de la maison de son enfance, de ne pas pouvoir séjourner sur ses propres terres ! De n’entretenir qu’un semblant de relation avec sa propre chair et son propre sang. Jamais Ljöta n’imagine se fâcher avec ses aînés – Hjalden couronné, mais qui veille tout de même à ce que sa sœur ne manque de rien ; Hjalmar qui frôle les nuages de ses ailes, mais qui n’oublie jamais de veiller sur sa cadette restée sur la terre des hommes. Comme Matvei doit se sentir… seul, parfois. En dépit de ses neveux, de ses amis, de ses proches ; le manque de Hvergelmir doit être comme… comme une plaie suintante, qui ne guérirait pas. Elle n’est pas souvent sur ses propres terres, Ljöta, partagée entre ses obligations de princesse et son devoir au sein de la Confrérie Noire ; mais Thalmor est une part d’elle. Elle n’oublie jamais sa jolie baronnie dans les glaces éternelles, place forte des sculpteurs des glaces depuis d’innombrables générations. Elle aime s’y réfugier parfois, lorsqu’elle a besoin de calme, de paix. Comme l’exil doit sembler lourd à Matvei, privé de cette possibilité…

Heureusement, les nouvelles qu’il lui donne semblent nettement plus réjouissantes. Impatiente, elle opine frénétiquement du chef lorsqu’il lui demande le secret, dans une envolée de tresses blondes secouées de soubresauts enthousiastes. Et lorsqu’il lui dévoile la surprise – ô merveille ! Elle bat des mains comme une enfant, absolument ravie de l’honneur insigne fait à son ami. « Professeur ! À l’Académie ? Matvei, c’est – par Alder ! C’est magnifique ! » Descendant cul sec le verre qu’il lui a remis, elle le fait claquer avec vigueur sur le plateau d’argent de la table, selon la coutume kyréenne, marquant sa joie. Il est si appliqué dans son art, si méticuleux, et ordonné, et soigneux, qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que sa renommée ait traversé l’étendue du continent. Bien évidemment, cela soulève des questions – qu’en sera-t-il de son rôle de sénéchal, par exemple ? Mais la joie prédomine pour le moment, et Ljöta est positivement enchantée. « Je suis certaine que le poste sera pour toi. Tu as tellement de talent, Mati – je t’imagine déjà transmettre ton savoir à des étudiants, tu serais – tu serais parfait. J’en suis persuadée. Si tu savais comme cela me réjouit d’entendre cela ! Je te verrai souvent, si tu viens vivre à Lorgol. Cela me plairait fort, sais-tu ; ces dernières années, le plaisir de ta compagnie s’est fait beaucoup trop rare. »

Souriante, elle emplit à nouveau son verre, le levant à sa santé, avant d’y tremper les lèvres en savourant cette fois la brûlure du breuvage au fond de sa gorge. Merveilleuse nouvelle, en vérité, que l’espoir d’avoir son ami de toujours à proximité, reconnu et honoré par ses pairs, à ce poste amplement mérité !


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Sam 8 Juil - 2:28

Comme toujours, il écarte et évite le sujet de sa famille. Des terres sur lesquelles son propre frère ne le tolère pas, de cette tour même où il est un invité indésirable, de Hvergelmir et de ses landes froides qui semblent scander son nom, sans qu’il puisse répondre à cet appel. Il y a des choses bien plus heureuses à aborder, qui méritent qu’on s’y attarde sans grimacer. « Professeur ! À l’Académie ? Matvei, c’est – par Alder ! C’est magnifique ! » Il est ridicule, il rougit, devant l’enthousiasme de Ljöta, qui n’a rien à envier à celui de Hjalden, jusque dans le claquement du verre bu d’une traite. La voix de Maksim se fait plus discrète, comme un chuchotement, en arrière-plan de la joie de son amie, étouffé par ce qui est beau, ce qui est agréable, ce qui le fait sourire à l’identique de la blonde. Baigné dans cette amitié sincère et heureuse. « Je suis certaine que le poste sera pour toi. Tu as tellement de talent, Mati – je t’imagine déjà transmettre ton savoir à des étudiants, tu serais – tu serais parfait. J’en suis persuadée. Si tu savais comme cela me réjouit d’entendre cela ! Je te verrai souvent, si tu viens vivre à Lorgol. Cela me plairait fort, sais-tu ; ces dernières années, le plaisir de ta compagnie s’est fait beaucoup trop rare. »

Il boit son propre verre d’une traite, le claque sur le plateau. « J’ose à peine espérer que tout fonctionne, qu’il avoue. Trop en parler, trop y penser, trop espérer, tout lui semble propice à diminuer ses chances. Il n’est pas superstitieux, Savant qu’il est, mais en cet instant, il est prêt à tout croire. Tu seras dans les premiers informés, qu’importe le résultat de cet entretien. Si j’ai le poste… plusieurs choses vont changer et j’aurai certainement besoin d’une amie pour m’épauler. » Et ce titre, Ljöta le porte certainement. À quelques égards, elle est l’identique d’une soeur, mais il ne doit plus penser à elle ainsi. Pas alors que ses intentions dans son invitation ont quelque chose de différent, d’autrement honorable. Le rose de ses joues s’accentue ; le claquement de ses ongles recommence. Nervosité qui revient, qui remonte. « Je voulais également te parler de mariage. Il lève la main, aussitôt, se préparant à faire taire la protestation qu’il entend déjà venir, et à raison. Il sourit doucement, pour son amie. Ne t’inquiète pas, je ne viens pas en émissaire d’aucun de tes frères. Ma seule curiosité est responsable de mon questionnement indiscret. » Questionnement qu’il doit formuler, maintenant, et qui le gêne bien plus que tout le reste. L’assurance de sa voix a disparu, lorsqu’il parle à nouveau : « As-tu… un… parti, en vue ? » Ce n’est pas anodin, non, mais il ne veut pas s’avancer inutilement, pour ensuite recevoir un revers. Il n’a toujours que très mal pris la défaite, compétitif depuis ses jeunes années, et il préfère se retirer d’une bataille pas encore entamée que se voir relégué au second rang.

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Lun 17 Juil - 0:04

Il rougit. Ce grand Kyréen qui culmine à bien deux têtes de plus que le commun des mortels, il rougit – Ljöta ne peut retenir un sourire attendri, secouant affectueusement la tête en le regardant avec la tendresse née d’une longue amitié. Certaines choses ne changeront jamais, et l’aversion de Matvei pour les compliments en fait partie : depuis tout petit, il rougit toujours autant lorsqu’on le met en valeur. Qu’il déteste se voir le centre de l’attention ! Et qu’est-ce qu’elle a pu le taquiner à ce sujet. Cela dit, son sourire se fige légèrement lorsqu’il aborde abruptement le sujet du… mariage.

Non, vraiment : certaines choses ne changent pas. Il a toujours été direct dans son discours, typique des changements de sujets brutaux et inattendus, et cette fois ne fait pas exception. La princesse laisse échapper un petit rire nerveux, partagée entre l’amusement et une perplexité vaguement inquiète. Ses frères l’enverraient-ils en émissaire ? Quel parti pourrait bien se montrer aussi délicat à mentionner, pour qu’ils n’osent aborder le sujet en personne, face à face avec elle… ? Matvei cependant l’assure qu’il n’en est rien, et elle se détend imperceptiblement sur ses coussins.

Sa question la laisse toutefois fort pantoise. Toute son assurance semble s’être évaporée, et elle perçoit une immense retenue dans ses paroles, une prudence latente qui l’inquiète bien plus fort que tout le reste. A-t-il, lui, trouvé pour elle un parti convenable, mais qui pourrait ne pas lui agréer ? Est-ce ce qui le retient de formuler pleinement sa pensée ? Méditative, Ljöta pèse ses mots pour lui répondre, jouant machinalement avec le verre vide entre ses mains. « Pour le moment… non. Pas depuis que ces idiots d’Hacheclair ont tenté de m’enlever au Tournoi des Trois Opales, en septembre dernier. » Elle tapote son menton d’un index songeur, se rappelant avec un certain plaisir de l’horreur dans les yeux de son ravisseur lorsqu’il avait pris conscience que la délicate princesse de Valkyrion savait visiblement manier honorablement toute une panoplie d’instruments contondants. Elle se l'est bien juré : elle n'acceptera à ses côtés à la tête de Thalmor qu'un homme digne d'elle et de sa baronnie ; et de son sang royal.

Mais pour le moment, ce qui importe, c’est le gris des yeux de Mati braqués sur elle. Elle n’a peut-être pas donné la réponse qu’il escomptait ? Déconcertée, elle ne peut retenir la question qui lui brûle les lèvres, l’inquiétude transparaissant dans son intonation. « Pourquoi me parles-tu de cela ? Est-ce… est-ce quelqu’un t’aurait fait une offre pour moi ? Est-ce que tu as quelqu’un à me proposer… que je ne devrais pas refuser ? »

Il est su et connu, après tout, que le sénéchal de Hvergelmir a l'oreille et la confiance du duc de Valkyrion. Quoi d'étonnant à ce qu'un époux potentiel n'ait recours à lui comme intermédiaire pour sa demande... ?


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Sam 22 Juil - 5:32

La princesse est déstabilisée par sa question et il tente de ne rien montrer de sa gêne. Ni de son appréhension. Le temps qu’elle met à réfléchir ne le rassure pas non plus. Probablement qu’elle cherche comment lui présenter le parti qu’elle a rencontré et qui bientôt sera son époux, baron de Thalmor et tout ce qui suit. Un Kyréen savant, bien plus intelligent que lui, qui aura su l’impressionner par la verve de son verbe. Un Voltigeur, peut-être, guerrier des cieux. Un professeur de l’Académie, pourquoi pas ?

Le fruit de la méditation de Ljöta est plutôt une dénégation de toutes ses pensées anxiogènes. Rien, depuis le prétendant qui a fait chou blanc à Hacheclair, et donc rien même depuis qu’un précédent imbécile avait tenté de l’enlever, il y a des années, toujours à Hacheclair. À croire que ces Bellifériens n’apprennent pas et que les erreurs ne savent pas passer la barrière de leurs crânes parfois bien épais. Un certain soulagement le berce. Pas de rival avoué. Pas de deuxième place à assumer. Pas de course déjà perdue, avant même d’être entamée. Son amie, cela dit, ne voit absolument pas ses propres inquiétudes calmées : « Pourquoi me parles-tu de cela ? Est-ce… est-ce quelqu’un t’aurait fait une offre pour moi ? Est-ce que tu as quelqu’un à me proposer… que je ne devrais pas refuser ? » La bouche sèche, Matvei nie : « Oh, non, non. Je… » Un signe de tête accompagne toute l’éloquence frappante de ses quelques mots, utile uniquement à souligner la gêne devenue palpable.

Si habile orateur, parfois, et si piètre d’autres.

Il est fébrile, le Kyréen, malgré le calme qu’il tente d’insuffler à sa figure grave et sérieuse. Malgré cette sérénité qu’il essaie de jouer, sans aucun succès. Ils sont un peuple de franchise et il est bien incapable de jouer quoi que ce soit. Sur chaque mot il bute et trébuche, comme lors des années passées, d’une cour bien différente : « C’est une, une offre. Que tu pourras tout, tout à fait refuser, sois rassurée, Ljöta. Il n’est pas question de te, de te, forcer la, la main. » Presque un jeu de mots, aussi pitoyable que lui-même. Ses iris pâles ne quittent pas ceux de Ljöta, bien qu’ils désirent plus que tout fuir son regard.

« J’aimerais te… te demander ta main. »

Et le rouge qui s’accentue, sur ses joues.

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Ven 28 Juil - 19:46

Oh, Mati. Mais qu’est-ce qui te trouble à ce point ?
Un peu perplexe, Ljöta dévisage son ami que sa brillante éloquence semble avoir déserté. Elle l’a connu bien plus loquace, dans ces discussions enthousiastes qu’il menait avec Hjalden et qu’elle espionnait avidement, l’oreille collée à la porte, pieds nus sur les dalles froides du haut de ses douze ans. Oh, comme il peut se montrer disert, lorsque la passion de son art l’emporte et qu’il décrit par le menu les constructions qu’il imagine ! Une âme d’artiste, vibrante et entière, et la princesse a toujours aimé les rares moments où le si digne sénéchal laisse couler les mots.

Digne.
Si un mot devait décrire Matvei, ce serait celui-là. Toujours honorable, sérieux et raisonnable – bien rarement fébrile. Elle a presque envie de se lever pour masser ses épaules, et l’aider à retrouver un peu de sérénité. Un sourire amusé menace de glisser sur ses lèvres, et elle se mord l’intérieur de la joue pour ne pas rire en l’entendant bégayer confusément.

Sa dernière phrase a le mérite de lui couper net toute envie de rire. Il est rouge écrevisse, de ce beau rouge brillant du sang sur la neige ; et sur ses joues à elle, une vague écarlate similaire est en train de se répandre, elle le sent. « Mais, Mati, c’est-c’est une plaisanterie ? » Parce que, si c’est le cas, ce n’est… pas drôle. Rapidement, elle se reprend, bat l’air des mains devant elle pour le rassurer en un geste affolé. « Pardon, je – je ne m’y attendais pas. Je n’ai jamais remarqué que tu, que tu… t’intéressais… à moi. P-pas comme ça, en tout cas… Est-ce que c’est Hjalden qui t’a mis ça dans la tête, ou… ? »

Totalement prise au dépourvu, elle est perdue, sous ses tresses blondes, la petite princesse de Valkyrion. Son univers vient de se renverser sens dessus dessous, et elle essaie de comprendre, pourquoi, comment. Dans un murmure précipité, elle rajoute quelques mots épars, lui coupant la parole avant qu’il n’ait le temps de répondre. « Pas que l’idée me déplaise, hein ! Je-je m’y attendais pas du tout. » Cramoisie, elle finit par se taire, les doigts crispés sur le tissu de sa robe. Est-ce là une idée saugrenue de son frère aîné ? Ou bien la proposition vient-elle sincèrement de celui qu’elle a un peu toujours considéré comme un autre de ses frères… ?


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mar 1 Aoû - 18:29

S’il est écarlate, et plus en plus d’ailleurs, Ljöta le rejoint bien vite, dès qu’il a osé prononcer la demande fatidique - et qu’il le regrette à peu près aussitôt, au vu de la réaction instinctive et donc aucunement mensongère de la blonde : « Mais, Mati, c’est-c’est une plaisanterie ? » Il ne pense pas être spécialement connu pour son humour, non, et la gêne de ses traits se mue en une crispation qui semble douloureuse, partant de son visage pour se transmettre dans tout son corps, raide de ses tempes jusqu’à ses orteils. Une plaisanterie. Toutes ses chances, qu’il estimait déjà minces, réduites en poussières, accompagnées de ses espoirs à peine esquissés, par peur du rejet. Il aurait dû le savoir. Et même si Ljöta tente de le rassurer rapidement, d’une réplique aussi embrouillée que sa demande : « Pardon, je – je ne m’y attendais pas. Je n’ai jamais remarqué que tu, que tu… t’intéressais… à moi. P-pas comme ça, en tout cas… Est-ce que c’est Hjalden qui t’a mis ça dans la tête, ou… ? »… il ne sait plus comment réagir.

Peut-être mourir un petit peu, de manquer de souffle, car il est bien certain d’avoir cessé de respirer dès l’instant où il a prononcé le mot main.

Le sang quitte lentement son visage, le laissant plus blême qu’un mort, avec seulement ces deux taches brillantes sur les joues, d’un rouge belliférien quasi obscène. Le souffle, lui, se fraie un infime chemin dans sa gorge bloquée par la honte. Inutile de continuer la mascarade, qu’il se dit, de continuer de rire de lui et de ses idées saugrenues. Il a réfléchi à cette proposition pendant des semaines, même des mois. Matvei ouvre la bouche, prêt à s’excuser, mais aussitôt la princesse le coupe : « Pas que l’idée me déplaise, hein ! Je-je m’y attendais pas du tout. » Ils ne sont certainement pas nombreux, à pouvoir se vanter d’avoir un jour déstabilisé la si contenue, si sage, princesse de Valkyrion. Il est désormais membre de ce très sélect club. Il ne sait pas s’il apprécie cela.
Il devrait dire quelque chose.
Il doit dire quelque chose.
Le sénéchal a la gorge bien trop sèche pour parler, et il se lève afin d’aller chercher la carafe d’eau, déposée plus loin, afin de s’en servir un grand verre. Qu’il boit d’une seule traite. Un verre est versé à l’attention de la Kyréenne, toujours attentif à ses besoins. Puis, si elle se sent un tant soit peu comme lui, elle en a en effet besoin. « Hjalden… aurait voulu que je te fasse cette demande il y a très longtemps », concède le sénéchal. Inutile de mentir. Avec une tranquille régularité, qui aurait pu s’apparenter à du harcèlement si ça n’avait pas toujours été poli et parfois un peu blagueur, leur duc lui a bien souvent proposé la main de sa soeur. « Mais c’est… c’est moi. Juste, moi, qui, qui veut. Je… je ne vois que toi. À mes côtés. » Mensonge, siffle la voix de Maksim dans son esprit. Mensonge, là où son coeur est encore entre les mains d’une autre, alors que sa raison sait bien que jamais ceci ne pourra être vrai. Il ne voit que Ljöta à ses côtés, car aucune autre ne peut y être. Il le sait depuis longtemps et le deuil est fait (croit-il, aveugle qu’il est).

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mar 1 Aoû - 23:06

Elle est toute penaude, la si digne princesse de Valkyrion, totalement prise au dépourvu par cette proposition pour le moins inattendue. Quitte à parler mariage, elle aurait été nettement moins désarçonnée que Matvei lui parle d’une femme avec laquelle il aurait souhaité convoler – cela fait si longtemps qu’elle se pose des questions quant au célibat de son ami. Avec Hjalmar, ils ont même échafaudé mille hypothèses. Amoureux d’une femme au-dessous de sa condition ? D’une Kyréenne mariée ? D’une femme bien plus âgée avec laquelle il ne pourrait de toute façon pas concevoir d’héritier ? D’un homme ? Ljöta se rappelle encore de la bourrade infligée à son frère lorsqu’il l’avait suggéré. Allons donc, avait-elle rétorqué, Mati n’est point de ces déviants cielsombrois ! Effectivement, il ne l’est visiblement pas.

Nerveuse, elle déglutit péniblement, avale quelques gorgées de l’eau qu’il vient de lui verser. Elle a la gorge sèche, nouée, mais à le voir évoluer l’on dirait un pantin de bois : il est crispé, de la tête aux pieds, raide comme un Outreventois. Il est devenu si pâle, en quelques secondes – sûrement autant qu’elle, maintenant que le rouge de la gêne a déserté son visage. Douloureusement, semble-t-il, il lui concède l’insistance de Hjalden, qui ne surprend guère sa cadette : cela fait des années à présent que son aîné tente de lui faire choisir prétendant, pour prendre soin d’elle et lui faire des enfants. Ben voyons. Les derniers mots du sénéchal achèvent de figer totalement le sang dans les veines de la princesse – sûrement charrient-elles des glaçons, à présent, sûrement, tant elle se sent étourdie. « Oh, Mati. » Soupir navré, murmure désolé – le cri du cœur, qui ne sait pas comment formuler ses quelques objections. Prudemment, elle reprend, choisissant soigneusement ses mots, son regard rivé au sien, bleu glacier contre bleu d’azur.

« Je ne – je veux être honnête. Ta proposition m’honore. Grandement. Mais je veux être sûre, Matvei, de tes sentiments – car moi, moi Mati, je n’en ai pas. Je t’aime comme un frère, parce que c’est ce que tu as été toutes ces années, un ami qui m’est cher ; mais je ne saurai jamais t’aimer comme… comme un époux. C’est hors de ma portée, et je pense que tu… tu mérites… mieux que ça. Parce qu’un jour pourrait venir où j’en vienne à en aimer un autre, et que je sois tentée… de renier mes vœux de mariage, entre ses bras. Mati, je ne veux pas te faire de serment, que je pourrais être amenée à rompre un jour – je te respecte bien trop pour ça. Est-ce que tu comprends ce que j’essaie de te dire ? Si tes sentiments sont les mêmes que les miens, c’est parfait : nous pouvons porter le même nom, je serai une amie loyale, un soutien infaillible, une partenaire solide pour mener ta maison ; mais… rien d’autre. Si par contre, tu as pour moi un attachement plus profond… mieux vaut nous abstenir, car je ne pourrais jamais te donner ce que tu attendrais de moi. »

Ljöta laisse le silence retomber, et se drape tant bien que mal dans toute la dignité qu'elle peut rassembler. Ses mains tremblent tellement qu’elle en a versé une partie de l’eau contenue dans son gobelet. Pourvu, oh pourvu qu'elle ne lui ait pas brisé le cœur ! mais elle l'estime trop, pour contribuer à faire son malheur..


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mer 2 Aoû - 2:26

Il reprend place dans son siège, sans oser tout à fait regarder Ljöta dans les yeux. Brave, lui ? Il ne croit pas. Apeuré par une femme, certainement. Peur de sa réponse, de ce que cache ce :  « Oh, Mati » désolé, qui répond si mal à ses propres maladresses. Il avait bien préparé un discours, par Asil et Aïon, il l’a pratiqué, mais pas un traître mot de ce qu’il a soigneusement rédigé, corrigé et exercé n’est sorti de sa bouche. Qu’hésitations et tremblements pathétiques.

S’il était Ljöta, lui aussi refuserait.

Matvei choisit toutefois de prendre son courage à deux mains et de faire face à la princesse, attentif à ses explications. À ses aveux, en fait, qui mettent un baume sur son coeur et le convainquent de la justesse de son choix. Il comprend que si sa réaction initiale a été maladroite, ça n’a été que de surprise. Pas de dégoût, ni de haine. Que ce respect, qu’il craint toujours ne pas mériter, y compris de la part de ceux qu’il côtoie depuis toutes ces années. Pas un mot, pas un souffle, et lorsque Ljöta cesse de parler, il ne rompt d’abord pas le silence. Il réfléchit, plutôt, construisant une réponse comme il construit un bâtiment, l’aile d’un palais. Petit à petit, mot par mot, chaque pierre soigneusement choisie.
Comment tout dire ?
Le souffle lui revient. La maîtrise de sa langue aussi, l’arvennois semblant revenir à lui, comme un langage d’abord inédit, puis appris à une vitesse phénoménale. Son débit est lent, prudent : « Hjalden, Hjalmar, Ljära et toi êtes la fratrie que je n’ai jamais eu. Je vous respecte et vous considère comme mes frères, mes soeurs, et j’ai envers vous une affection qui m’engage auprès de la couronne depuis plusieurs années. Je vous ai choisi, au détriment de mon propre frère de sang, sans hésiter. Sans regard en arrière. » Il n’a pas tu le nom de la petite princesse décédée, sacrifiée à la négligence de professeurs et d’élèves il y a longtemps. Chaque printemps, il honore la mémoire de Ljära d’Evalkyr, de l’enfant qu’elle était et de la femme qu’elle serait devenue. Il ne l’a pas tu, car il l’a pleurée comme une soeur. « Je ne vois que toi, Ljöta, pour marcher à mes côtés. Pas en amour, mais en amie, en alliée. Que ton corps ne me soit pas fidèle, et même ton coeur, si en retour, j’ai ta parole et ta loyauté. »

Lui-même ne pourra jamais lui donner son coeur. Ni même son corps, pour ce qu’il en sait, si rigide, si froid, si étranger, depuis toutes ces années, au plaisir de la chair. Une confession se glisse, dans un dernier aveu pudique - aveu de ce que Hjalden lui-même n’a jamais su de vive voix, bien qu’il est certain que son ami l’ait deviné : « J’ai aimé une femme, il y a longtemps. Ils étaient jeunes. Si jeunes. De jeunes adultes, mais encore des enfants. Avant la mort de Ljära. » Mage, souffle le sous-entendu, le murmure douloureux. Même avant cela, il n’avait plus de nouvelles de Pénélope, que ses lettres toujours restées sans réponses. La mort de Ljära a mis un dernier clou dans le cercueil de ses espoirs, de son amour, le convaincant que cette histoire, aussi grande, belle, intense qu’elle avait été, ne pouvait survivre face à ses responsabilités. Face à la rancune de son meilleur ami et à celle de tout un duché. Alors il a muselé, mis sous clé, tous ses sentiments. Ne conservant que la plume d’Elsir, souvenir tendre des enfants qu’ils ont été. « Je ne peux te réclamer ce que je ne peux point offrir moi-même. »

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Dernière édition par Matvei de Hvergelmir le Mar 8 Aoû - 6:48, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mer 2 Aoû - 14:21

Tendue à l’extrême, Ljöta est suspendue au moindre des mots de Matvei. Crispée, elle guette les paroles qui franchiront ses lèvres, anxieuse à l’idée de lui avoir, peut-être, fait du mal. De décevoir les attentes de Hjalden. De fragiliser la solide amitié des deux hommes. De trahir l’affection sincère qu’elle éprouve pour cet ami de toujours. Elle a peu l’habitude d’être aussi nerveuse ; et dans le secret de son âme, elle appelle silencieusement la Sombre Mère, puisant réconfort dans sa présence maternelle et aimante. L’atmosphère de la pièce se densifie, imperceptiblement, et Ljöta se détend. Doucement, elle hoche la tête lorsqu’il lui confesse avoir aimé, jadis. Une part d’elle pressent là une terrible tragédie, et le fantôme d’une peine ancienne qui hante sa voix lui serre le cœur. « Un jour, peut-être, si tu y consens – peut-être pourras-tu me parler d’elle. Et si… jamais… un jour… tu venais à recroiser son chemin, ou à aimer ailleurs… je ne t’en tiendrai pas rigueur, et je me réjouirai pour toi. Tu resteras libre, de ton cœur comme de ton corps, tout autant que moi, si nous… si nous nous marions. » Cette femme était sûrement une personne fort respectable, pour que le si droit Matvei de Hvergelmir lui ait donné son cœur aussi irrémédiablement, songe-t-elle distraitement.

Inspirant profondément, elle se redresse de toute sa hauteur, nouant les mains dans son giron. Il reste… un… deux autres détails à aplanir. Le premier, le plus anodin, le moins sérieux, celui qui risque le moins de le heurter au vu de ce qu’il vient d’expliquer. Celui qui a récemment détourné d'elle plusieurs partis pourtant fort motivés, naguère. « Tu as conscience, bien sûr, que je ne pourrai jamais te donner d’héritier ? Même si nous… devions… enfin, comprends-tu, la blessure que j’ai reçue au Tournoi m’empêchera de concevoir. Je ne pourrai jamais porter d’enfant, qu’il s’agisse des tiens ou de ceux d’un autre. Jamais, Mati, aussi – si jamais tu devais un jour, obligatoirement, te voir pourvu d’un héritier de ton sang, alors – alors, il faudra me répudier. Ce n’est pas chose facile, aussi je préfère m’assurer que tu y es préparé si ce jour devait venir. »

On dirait presque qu’ils négocient un contrat commercial, ou une alliance diplomatique inter-duchés. C’est presque ça, au fond : si ce… partenariat domestique… doit tenir, il faut qu’il soit bien calculé, dès le départ. Que toutes les éventualités soient envisagées. La potentielle maîtresse de Matvei, les probables amants de Ljöta, le spectre avorté des enfants qui ne naîtront jamais… Oui, tout cela doit être discuté.


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mar 8 Aoû - 7:01

Elle est si nerveuse, la sereine princesse de Valkyrion - et il s’en veut, un peu, d’être responsable de ce sentiment, de cette instabilité qu’il n’a pas l’habitude de générer. Il a insisté auprès de Hjalden pour lui faire sa demande bien officiellement, de laisser Ljöta choisir, comme il est de tradition dans le duché du Savoir, tout en sachant très bien que cela demanderait de la confronter. D’affronter directement un potentiel refus.

(Une plaisanterie.)

La blonde accepte sa confidence, un brin d’émotion dans la voix, et il ne sait comment accepter ce que lui concède Ljöta. Réciprocité, dans cette liberté de corps et de coeur. Dans ce qui est si contraire aux valeurs de Valkyrion, à la fidélité qu’ils ont de chevillé au coeur, dans ces mariages consentis. Un doux malaise prend le sénéchal, difficile à identifier. Soulagement, peut-être. Tristesse, peut-être encore plus.
Qui aurait pu prévoir qu’un jour, il discuterait d’une union comme il discute des matériaux à acquérir pour une construction ? En termes de conditions, d’autorisations, de clauses entièrement dévoilées ? Son pragmatisme terre-à-terre le félicite de cette discussion à coeur ouvert. Une part de lui, muselée depuis des années, s’attriste définitivement de la tournure des événements.

Ljöta se redresse et reprend son souffle, et lui se fait prêt à entendre ses autres demandes. « Tu as conscience, bien sûr, que je ne pourrai jamais te donner d’héritier ? Même si nous… devions… enfin, comprends-tu, la blessure que j’ai reçue au Tournoi m’empêchera de concevoir. [...] » La gêne revient chauffer son visage et son cou, à l’idée qu’eux, qu’ils puissent, eux, enfin. Ça. Eux. Cette tournure intime de la discussion, il la sait nécessaire, bien que discuter aussi ouvertement de la fertilité de Ljöta n’est pas un sujet qui l’enchante outre mesure. Il ne l’enchante pas, mais il ne se révèle ni choqué, ni surpris, de ce qu’elle lui énonce. Sans doute parce que son duc l’en a déjà entretenu, avec toute la pudeur du monde. Matvei hoche un peu la tête, sans sembler peiné de ne jamais avoir d’héritier de son sang. « Mon frère a suffisamment enfanté pour nous deux, répond le sénéchal, avec l’ombre d’un sourire sur les lèvres, à la pensée des nombreux bambins mis au monde par Maksim. Un sourire tendre, pour ses neveux et nièces, plus particulièrement Sigrid. Si besoin est, ma nièce favorite deviendra mon héritière. La pauvre enfant est probablement déjà en déshonneur auprès de Maksim, de par la tache indélébile sur son honneur que représente son affection envers moi. La maison de Hvergelmir vivra et il n’y aucun besoin de te répudier, je te l’assure. » Il ne veut pas être celui qui aura un jour à répudier la princesse de son duché… il ne sait pas si l’opprobre sera plus grande sur elle, ou bien sur lui, pour cela.

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mar 8 Aoû - 14:11

La rougeur revient envahir le visage de Matvei, et Ljöta se doute bien qu’elle doit sembler tout aussi cramoisie, mal à l’aise d’évoquer tous des détails intimes avec le meilleur ami de son frère aîné. Elle n’est pas prude, la barbare princesse des glaces, loin de là même puisque la Caravane reçoit régulièrement sa visite ; mais entre mener une vie de libertinage en secret et évoquer cette vie cachée avec un potentiel époux, il y a un gouffre que sa pudeur kyréenne répugne à franchir.

Les explications du sénéchal la rassurent, en tout ca s : il a visiblement tout réfléchi et mûrement pesé, de ce point de vue-là. Silencieusement, elle hoche la tête lorsqu’il lui dévoile ses plans. Le fait de ne pas risquer la répudiation la rassure un peu : le mariage est un événement si important en Valkyrion que devoir en annuler un est toujours déshonorant. Il n’y a donc plus vraiment d’objections, elle sait qu’un contrat sera soigneusement rédigé, pour détailler les possessions apportées par chacun à ce nouveau foyer. Décider quel nom ils porteront : Hvergelmir, ce domaine qui ne sera jamais le leur ; ou Thalmor, celui de sa baronnie ? Peut-être les deux, comme cela se fait dans certaines familles de la haute noblesse ; au final, c’est un détail.

« Il reste… un dernier point dont nous devons parler. » Sa voix sans timbre résonne dans la pièce ; l’atmosphère s’alourdit. « Hjalmar est au courant, mais pas Hjalden ; aussi, je te demande de conserver ce secret, même s’il doit te faire renoncer à cette union. Il est crucial qu’il ne soit jamais impliqué là-dedans, comprends-tu ? C’est important. » Résolument, elle se lève, tourne le dos à Mati un instant – juste le temps de dégrafer son lourd corsage brodé, qu’elle retire et dépose sur l’accoudoir du fauteuil. Inspirant à fond, elle se retourne pour faire face à son ami, écartant de la main le tissu lâche de sa chemise, dévoilant le haut de sa poitrine.

Et là, juste à la lisière de la dentelle qui décore son corset, sur la rondeur interne de son sein, battant au rythme du sang qui court dans ses veines – il y a la Main Noire de la Confrérie, tatouée sur son cœur.


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Sam 12 Aoû - 7:13

Il la veut rassurée, par ces questions d’héritage qui peuvent sembler si triviales et qui sont pourtant cruciales pour les deux très haut nobles qu’ils sont tous les deux, et il est heureux de la voir un peu plus apaisée. Enfin, il l’imagine, l’espère peut-être trop, au point de lui prêter un quelconque soulagement. Celui, à tout le moins, de ne pas se retrouver répudiée pour une blessure qui n’est pas de son fait, de sa faute. Puis, le reste des détails… que trivialités législatives, qui seront réglées en bonne et dûe forme, en temps et lieux.

« Il reste… un dernier point dont nous devons parler. » Le sénéchal est curieux, de ce dernier point, annoncé avec une voix qui ne ressemble pas à celle de Ljöta. Dans une atmosphère subitement presque cérémonieuse. « Hjalmar est au courant, mais pas Hjalden ; aussi, je te demande de conserver ce secret, même s’il doit te faire renoncer à cette union. Il est crucial qu’il ne soit jamais impliqué là-dedans, comprends-tu ? C’est important. » Ses yeux clairs se plissent, ses iris presque translucides dans la lumière de la pièce, alors que la blonde se lève de son fauteuil et lui tourne le dos, commençant à se… se déshabiller. « Ljöta, que, que », qu’il bredouille faiblement, sans l’arrêter le moins du monde dans ses gestes paisibles et résolus. Il fixe le corsage déposé sur l’accoudoir, comme si de la seule force de son regard, il pouvait le remettre sur le corps de sa petite soeur.
Il n’est finalement absolument pas prêt, Mirta en soit témoin, à ce genre de choses, avec Ljöta.
Il ne bouge cela dit pas, alors qu’elle se retourne. N’ose même pas cligner des yeux, de crainte que peut-être, d’un clignement inopportun, elle se retrouve soudainement sans chemise, puis sans sous-vêtements. Pensées ridicules, anxiogènes pour cet homme peu habitué à l’intimité, qui s’estompent dès que le tissu s’écarte, que la chair se dévoile, et qu’à ses yeux effrayés se dévoile une marque qu’il connaît sans la connaître. Qu’aucun homme en Arven, qu’aucune femme en Arven, ne désire voir dans une vie, et qui pourtant sait ce qu’elle représente.

La Main Noire.

« Oh, Ljöta… »

Et sa voix se désole, se navre, comme précédemment celle de la femme à sa demande maladroite.

Car il comprend.
Car instinctivement, il sait pourquoi, sans avoir besoin de demander.

Il comprend subitement tout ce temps à Lorgol, que même la tenue de l’ambassade de Valkyrion ne peut justifier, pour une princesse. Il comprend son désinvestissement envers sa propre couronne, ses excursions toujours plus rares sur ses terres. Il comprend aussi sa fuite, insaisissable qu’elle est devenue, avec les années. Les Kyréens ont toujours été maîtres de leurs émotions, impassibles tels les glaciers qui entourent leur duché, mais Ljöta maîtrise cet art à un niveau différent. Celui de l’évasion, du courant d’air, car où elle est, elle ne l’est pas vraiment. Difficile à saisir, à comprendre, à connaître, alors que les années défilent et s’expliquent, prennent sens. Il comprend aussi ce qu’on lui a raconté du Tournoi des Trois Opales, des actes mystérieux de la princesse alors qu’elle sacrifiait, au nom d’une épreuve, une brave Voltigeuse.
Il comprend, car il sait. Car il a dit son nom, précédemment, car il l’honore à chaque année, au printemps, car ce tatouage est sur son coeur, battant au rythme de sa vengeance, de sa rancoeur, de ces noirs sentiments qui ont transformé une petite fille en femme bien trop rapidement.

Matvei se lève, prudent, et s’approche de Ljöta. Il réussit à détacher ses yeux du tatouage, pour ne regarder que le visage de son amie. De sa soeur. De celle qui sera peut-être son épouse. Il devrait avoir peur, mais il en est incapable, car les dieux le gardent, il sait. « J’emporterai le secret au royaume de Sithis, qu’il déclare d’abord, agréant à sa première demande. Pas même à Hjalmar, qui pourtant sait, il n’en parlera. Il a juré. Qu’attends-tu de moi, Ljöta ?, demande-t-il, la voix aussi grave que le regard.
Les dieux le gardent, il comprend.

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Sam 12 Aoû - 11:47

La nervosité est une sensation à laquelle Ljöta est bien peu habituée, elle la princesse si pleine de fierté, elle l’Écoutante déterminée éprise de la mort. Elle n’apprécie pas du tout de se sentir en porte-à-faux, même vis-à-vis d’un ami en lequel elle a une confiance absolue. L’incertitude l’a toujours accablée, et se tenir là sous le regard de Matvei, à attendre qu’il réalise, qu’il comprenne – c’est presque intolérable pour ses nerfs tendus presque au point de rupture. Que fera-t-elle si son regard n’exprime que dégoût et rejet ? S’il se détournait d’elle ? S’il lui retirait son estime et son soutien ? S’il décidait de la dénoncer à Hjalden, de la faire pendre et démembrer au-dessus d’une eau courante, comme il est de tradition de traiter les assassins dans les traditions populaires les plus sombres ? Un frisson dû bien plus à l’appréhension qu’au froid sur sa peau parcourt son dos devant sa mine effrayée, lorsqu’elle dévoile cette portion de chair sur son sein où est tatouée la Main Noire.

Il prononce son prénom alors, d’une voix désolée, qui brise le cœur sec de la princesse ivre de vengeance. Elle peut presque percevoir les rouages de son esprit se mouvoir, s’enclencher et se replacer, éclairant pour lui d’une lumière si différente les années passées. Blanche comme une morte, elle l’observe se lever, la rejoindre, prudemment. Comme si elle était un animal dangereux, une bête sauvage qu’il faudrait craindre et éviter. Le regard qu’elle lève vers lui au fil de sa progression est presque une supplique. Ô Lida ! Que le regard qu’il porte sur elle ne change pas ! Qu’il consente à demeurer son ami ! Qu’il ne la renie pas ! Elle a déjà perdu une sœur jadis, elle vivrait si mal la perte d’un frère.

Ce qu’elle lit dans ses yeux est bien différent de tout ça. Il comprend. Il promet, et il comprend. Il se tient là, devant elle, si grave et attentif – et le soulagement qui la submerge est colossal. Impulsivement, elle franchit les quelques pas qui les séparent, l’enlaçant à pleins bras pour se blottir contre lui, comme du temps où elle avait douze ans et s’éveillait en tremblant d’un cauchemar particulièrement effrayant, allant droit vers lui pour quêter du réconfort, pour être rassurée. Une tension considérable tombe de ses épaules, et elle se découvre soulagée que Matvei sache. Qu’elle n’ait plus à prétendre, à tisser une enfilade de lagraneries, à lui mentir. Elle le serre contre elle, fort, pour combattre cette peur rétrospective de le perdre, et elle marmonne contre son torse, le nez dans le tissu de sa chemise. « Je ne te demande pas d’approuver, je sais que c’est… délicat. Mais si tu peux accepter ce que je suis – qui je suis, ma personne dans son entier, avec mes charges, mes serments et mes responsabilités, à la fois princesse et Écoutante, fille de Valkyrion et de Lida tout autant… » Écoutante. Elle l’a dit. Elle ne se contente pas de porter la mort ; elle incite autrui à le faire, elle cautionne et encourage. Elle n’a pas honte de ce qu’elle est ; mais elle sait que son statut serait problématique s’il venait à être connu.

« Si je ne te fais pas horreur, si tu es prêt à ça, alors Mati… Nous pourrons nous marier, oui. »


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Mer 16 Aoû - 4:31

La distance entre eux se comble, sous l’impulsion de la blonde, et il lui ouvre les bras, dans une étreinte fraternelle. Il a eu la même pensée, le même besoin. Il aimerait que ce soit aussi simple que lorsqu’elle était enfant et que pour la réconforter d’un cauchemar quelconque, il suffisait d’un câlin et de quelques mots doux. Il y a bien longtemps que cette enfant-là est morte. Matvei resserre son étreinte sur la princesse, à cette sombre pensée. Il sent le souffle chaud de Ljöta à travers le tissu de sa chemise, alors qu’elle parle et qu’il doit tendre l’oreille un peu plus, afin de comprendre l’entièreté de ses paroles : « Je ne te demande pas d’approuver, je sais que c’est… délicat. Mais si tu peux accepter ce que je suis – qui je suis, ma personne dans son entier, avec mes charges, mes serments et mes responsabilités, à la fois princesse et Écoutante, fille de Valkyrion et de Lida tout autant… » Écoutante, par Lida. Il a un petit sursaut, au mot qu’elle laisse échapper. Pas une simple Assassin, par tous les dieux. Une de ces figures qui mènent et dirigent, oreilles et coeurs dévoués à Lida et Sithis, menant leurs ouailles où la mort fleurira de toutes les manières.
Plus haut, il n’y a qu’Oracle.
Un étrange frisson sur sa nuque. Sentiment difficile à identifier, à saisir.

« Si je ne te fais pas horreur, si tu es prêt à ça, alors Mati… Nous pourrons nous marier, oui. » Il doit réfléchir, le Mati. Le Hvergelmir qui ne vit que pour la raison, que pour la réflexion et la logique, qui se retrouve là confronté à bien des choses qui ne touchent à rien de tout cela. Il flatte le dos de Ljöta, doucement, puis écarte la jeune femme, afin de la regarder dans les yeux. Sa décision est prise. « Je ne pourrai jamais comprendre entièrement ton choix, Ljöta, mais je sais pourquoi tu l’as fait, et je ne peux pas le condamner. Il fait partie de ce que tu es, depuis bien longtemps. » La moitié de sa vie, pratiquement, qu’il réalise dans le même instant. Elle était une enfant, lors de la mort de Ljära, à peine femme probablement. Elle a grandi avec ce secret dans le coeur. « Si un jour, la Confrérie t’amène la mort, je ne pourrai pas te protéger. Tu ne le voudrais de toute façon pas, je le sais bien, car tu es seule responsable de ton choix. L’architecte la connaît, sa soeur de coeur, et si un jour un devait la tuer pour cette vie, pour son métier, elle mourra la tête haute, fière. Seule. Et solennel, il termine, sans craindre, sans faiblir, regardant la mort en face et dans les yeux : Je te veux toujours pour épouse, Ljöta. Pour tout ce que tu es. »

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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Jeu 17 Aoû - 22:10

Ljöta a bien capté le sursaut surpris de Matvei, là calée dans ses bras, alors qu’elle énonce son rang au sein de la Confrérie. Elle ne peut guère lui en vouloir : c’est vrai qu’elle est bien jeune, pour être aussi haut parvenue, mais elle est entrée dans la Main de la Nuit fort jeune, et le meurtre de l’Oracle a tout précipité… Un jour, elle lui racontera. Plus tard. Quand il aura digéré l’information et que cela ne le choquera plus autant. Que dirait Hjalden, s’il savait ? Par Lida. Jamais il ne devra savoir, jamais – il est déjà bien assez difficile de lire l’inquiétude dans le regard de Hjalmar, quand elle le surprend à la contempler et qu’il pensait qu’elle n’aurait pas remarqué.

Les paroles de Matvei la rassurent en tout cas. Son acceptation, c’est bien plus qu’elle n’aurait osé souhaiter. Une part d’elle frémit à l’idée de ce mariage qu’elle n’attendait pas, à imaginer la liberté que ce statut lui procurera – femme mariée, et non plus princesse dont la main était à prendre. Libre de s’établir avec Lorgol, car l’emploi de Mati à l’Académie lui en donne le plus parfait motif (parce qu’il l’aura, forcément, il ne peut en être autrement). Libre d’œuvrer pour la grandeur de Lida et de Sithis, à protéger la Confrérie en la guidant vers l’excellence. Libre de quitter ses devoirs de princesse sans avoir l’impression de trahir son duché. Et sous d’excellentes conditions : pas d’enfant à porter, pas de serment de fidélité. Juste la permission de vivre la vie à laquelle elle aspire, tout en procurant à Matvei une liberté équivalente ; et devenir pour lui plus qu’une amie : une véritable alliée. Voilà une proposition à laquelle elle ne peut raisonnablement dire non. Qui mieux que Mati est susceptible de comprendre et d’accepter ses engagements ? Il la connaît si bien. Il se souvient de Ljära. Il accepte tout cela.

Elle n’a pas envie de refuser.
Elle a même envie d’accepter.

Hochant gravement la tête, son regard clair braqué dans le sien, elle acquiesce solennellement.
« À ces conditions, alors, je mets ma main dans la tienne. Marions-nous. »

Un sourire amusé se glisse au coin de ses lèvres.
« Hjalden s’en roulera par terre de joie, je pense, quand tu lui diras. »


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Message Sujet: Re: Le plus raisonnable des jeux   Dim 20 Aoû - 4:41

Acceptera-t-elle ?

Le doute reste en suspend, chez le Kyréen, qui espère qu’elle acceptera. Sinon, il ne sait même pas à qui il pourra bien demander quelque chose d’aussi important et crucial. Ni combien de temps il faudra à son ego pour se remettre de cette démise. Il préfère se faire confiant, se dire qu’ils n’ont pas échangé ainsi, à coeur ouvert, pour que le refus soit l’issue de cette discussion. Leurs regards se soutiennent, presque défiants, lisant l’un dans l’autre, les vérités qui s’y meuvent et les serments qui s’esquissent. « À ces conditions, alors, je mets ma main dans la tienne. Marions-nous. » Il hoche un peu la tête.

Il a eu beau y croire, s’imaginer sa réponse, leur conversation, chaque argument avancé, jamais rien ne sera comme véritablement entendre Ljöta prononcer sa réponse. Ce marions-nous. Si simple, pourtant si vrai. Comme ce sourire amusé qui vient sur ses lèvres, bien plus rapidement que sur celles de Matvei, un peu sous le choc qu’elle ait vraiment accepté. « Hjalden s’en roulera par terre de joie, je pense, quand tu lui diras. » Le Kyréen éclate dans un grand rire franc, puis à Ljöta, donne une nouvelle étreinte, où la tristesse précédente ne se lit plus. Que cette amitié qui les lie depuis si longtemps et qui un jour, deviendra mariage, portant leur confiance et leur soutien à un niveau tout autre. Mari et femme, qu’importe le nom. Pour le meilleur et pour le pire. Pour une liberté nouvelle, malgré les attaches, sans même qu’il réalise à quel point il soulage sa future épouse de responsabilités qui lui pesaient tant sur les épaules. « Ne me fais pas trop d’espoirs. » Hjalden sera heureux, oui - il y a bien dix ans, maintenant, que celui-ci tente de le convaincre d’officiellement rejoindre sa famille, de la plus belle façon qu’il soit.
Elle a dit oui.

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