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 Je te salue, Maari, pleine de grâce

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Message Sujet: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Sam 17 Juin - 19:58




Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Faustine de la Fugue & Marjolaine du Lierre-Réal

Je te salue, Maari, pleine de grâce

Parce que tu es belle comme une étoile




• Date : 19 juin 1002
• Météo : Il commence à faire chaud
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Faustine a modelé sa première vivenef, et c'est une réussite qu'elle est fière de présenter à sa souveraine.
• Recensement :
Code:
• [b]19 juin 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2325-je-te-salue-maari-pleine-de-grace#70232]Je te salue, Maari, pleine de grâce[/url] - [i]Faustine de la Fugue & Marjolaine du Lierre-Réal[/i]
Faustine a modelé sa première vivenef, et c'est une réussite qu'elle est fière de présenter à sa souveraine.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Sam 17 Juin - 20:05

Parfaite.
Elle est parfaite.

Il est bien rare que Faustine soit satisfaite de son travail, mais cette fois, sa création est réellement parfaite, oui. Le tapotement discret de la main de Malion sur son épaule dit bien toute sa fierté, et sur un hochement de tête approbateur que le vieux professeur se retire. C’est… c’est presque une révélation. Des mois, qu’elle travaille sur cette œuvre délicate – adieu, granit froid, calcaire capricieux : c’est le bois, pour ce beau projet, qu’elle s’efforce de modeler vraiment, pour la première fois. Pas une petite statue mignonne, pas de petit pantin, pas de jolie marionnette ; non, une vraie conscience. Un esprit capable de réflexion, d’apprentissage et de progression…

Elle la regarde, la femme de bois, sculptée dans un bois délicat d’après les croquis des artistes du palais. Des traits fins, élégants, nobles et gracieux, si conformes à ceux qu’elle a en tête ! Du bout des doigts, elle caresse doucement la joue ciselée. L’esquif est prêt ; il reste à présent à en animer l’égérie. Elle a déjà versé dans le bois une quantité considérable de son propre sang, sculptant l’âme comme d’autres sculptent le corps, modelant la conscience d’un toucher aussi délicat que la caresse de la brise matinale entre les buissons des jardins, aux premiers jours de l’été. Elle sent l’énergie vibrer au sein de la forme de bois, frémir à chaque effleurement de son esprit, prête à s’éveiller. Pas encore, songe la modeleuse attentive, attends encore un peu. Nerveuse, elle sort d’un coffret doublé d’un épais rembourrage de velours deux fioles emplies d’un liquide carmin. Le cristal a été enchanté pour conserver l’étincelle de vie dans un sang prélevé, et Faustine perçoit la vibration au creux de ses paumes. Avec mille précautions, elle répand le contenu de la première fiole sur le bois, inspirant profondément tandis que tout un panel de souvenirs et d’émotions se répand à l’intérieur du bois. C’est comme si un croquis au fusain prenait soudain mille et une couleurs : la statue se pare de nuances et de reflets irréels. Ce sang lui a été donné aveuglément, en toute confiance ; et elle espère de tout son cœur que son propriétaire approuvera ce qu’elle en a fait.

Puis vient le moment délicat de l’éveil. L’autre fiole contient un sang puissant, chargé de mille et uns rêves secrets, d’un espoir d’enfant, d’une confiance aveugle et d’un amour simple. Un sang recueilli suite à un accident, un sang innocent. Le sang du capitaine auquel la mage va lier l’esquif. Délicatement, intensément concentrée mais sereine, presque en transe, elle répand le liquide sur le bois. Pendant quelques secondes, rien ne se passe. Allons, c’est maintenant : ton moment est venu, éveille-toi. La gentille poussée a suffi : dans un frémissement ardent, la statue frissonne, et un nuage de copeaux s’envole. Lorsque le tourbillon se dissipe, les traits se sont affinés – et les yeux sont ouverts, et la statue bouge. Malhabile, elle tend le bras en direction de Faustine. « … Mère… ? » La voix est hésitante, mais le timbre adulte déjà. Un sourire ravi, lumineux comme un soleil triomphal, illumine le visage d’ordinaire si sérieux de Faustine. La statue secoue légèrement sa tête de bois, bat de cils si fins qu’ils en sont un miracle ; ses idées semblent se mettre en place, et elle reporte ses prunelles peintes sur la mage – des prunelles cerclées d’un fin cercle écarlate, apparu spontanément. « Tu es la voix de mes songes, la présence dans mes ténèbres, n’est-ce pas ? Tu es ma mère, ma foi, mon serment et – une part de… moi… ? » Les fins sourcils se froncent. « Qui suis-je, mère ? »

La gorge serrée, prête à pleurer, Faustine caresse la joue qui pulse maintenant de vie, tiède sous sa paume. « Tu sais qui tu es, mon enfant. Mon sang t’a donné la magie nécessaire, j’ai choisi de te donner mon enfance et mes rêves, puis ma solitude et mon abandon, pour que tu saches que protéger ton capitaine est ta vocation. Je t’ai donné un sang de mère, pour que tu sois pleine de compassion et d’amour, prête à protéger tes passagers avant toute autre chose. Et je t’ai donné le sang de ton capitaine, pour que tu l’aimes plus que tout le reste. Le navire dont tu es souveraine se nomme Aventurier. Dis-moi, mon enfant, quel nom tu souhaites porter ? »

La figure de proue réfléchit. Sa main de bois recouvre celle de Faustine, et elle baisse les yeux, perdue dans ses pensées. Lorsqu’elle les relève vers elle, carmin dans l’écarlate, un sourire hésitant joue sur ses lèvres. « Maari… ? Est-ce permis ? C’est le nom que je veux, c’est le serment que je fais. Être la protectrice de mon capitaine, l’aimer comme le ferait une mère, et assurer sa sécurité, toujours. » Une larme glisse sur la joue de Faustine. « C’est un très bon choix. Tu es belle comme une étoile sous les lunes jumelles, je suis fière de toi. Es-tu prête à rencontrer ton capitaine ? » La figure de proue acquiesce, et Faustine sourit. « Très bien. Tu es dès à présent vivenef d’Ansemer. Je te salue, Maari, pleine de grâce… »

Quelques instants plus tard, les présentations sont faites à l'autre bout du palais.

« Cette vivenef, c’est l’Aventurier. Il t’emmènera dans mille aventures, dans l’enceinte du palais, Rose : et regarde, sa figure de proue s’appelle Maari. N’est-elle pas jolie ? » « Elle est belle comme maman ! »

Et comment donc ; c’est tout de même le sang de Marjolaine qui a donné sa personnalité à la figure de proue miniature. Rose est ravie. Maari observe d’un air curieux son petit capitaine tumultueux de presque cinq ans, et la petite princesse cavale autour de son cadeau dans une symphonie de cris de joie, au beau milieu du salon de réception de sa mère, où la duchesse la regarde s’exclamer avec un bien doux sourire. Amusée, Faustine montre à sa filleule comment déplier le petit marchepied qui lui permettra de monter à bord de la toute première vivenef à roulettes du continent, et l’enfant hurle de joie lorsque l’esquif s’ébranle lentement sur le tapis, en direction de l’antichambre. Dans le silence qui retombe, ponctué par des explosions de joie de plus en plus distantes tandis que la petite a  vraisemblablement mis le cap tout droit sur le bureau de travail de son père pour montrer sa trouvaille, la ménestrelle reporte son attention sur sa duchesse, énorme sur son siège rembourré de mille coussins qu’elle s’empresse de redresser pour améliorer le confort de son amie.

« Je voulais attendre son anniversaire, pour la lui offrir. Mais tu es si fatiguée avec ton terme qui approche, et je sais qu’elle t’épuise, alors je me suis dit… que ce présent l’occuperait dans les jardins, au moins quelques temps. » Un glapissement ravi en provenance de l’escalier signale à la modeleuse que Rose vient visiblement de découvrir que son nouveau jouet a reçu des enchantements de lévitation pour éviter toute chute impromptue. D’une main affectueuse, la ménestrelle effleure la joue de Marjolaine. « Comment l’as-tu trouvée ? Les artisans du palais l’ont sculptée à ton image, elle ne s’en est que peu écartée en s’éveillant. Elle te ressemble, sais-tu ? Douce, loyale, et farouchement dévouée à Rose… »

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Dim 18 Juin - 11:36

Elle était de plus en plus fatiguée, son gros ventre rebondi lui nuisait dans ses déplacements.  Elle ne savait plus comment se coucher pour dormir, ni comment s'asseoir.  Elle avait toujours un sentiment d'inconfort dérangeant et ce poids sur son pelvis la faisait souffrir.  Pourtant, comme toujours, elle supportait ses malheurs avec cette complaisance et cette patience qui la caractérisait si pleinement.  Elle continuait de s'occuper de la petite princesse, qui à l'approche de ses cinq ans ne manquaient pas d'énergie et refusait de faire sa sieste l'après-midi.  Tu n'avais plus l'énergie de continuer à tresser des couronnes de fleurs pour Maari, mais à ce stade-ci de la grossesse, elle avait sûrement déjà entendu tes prières.  Et avec un sein aussi énorme, tu ne doutais même pas un seul instant de mettre au monde un beau fils en bonne santé et bien rose.  Une main sur ton ventre, tu contemplais avec un sourire doux l'expression de joie de ta petite fille lorsqu'elle découvrit le cadeau que lui avait préparé sa marraine.  Oh c'était atrocement la gâter que de lui offrir un tel présent, mais Marjolaine n'avait pas envie de faire de reproches à ce propos à celle qu'elle considérait comme sa meilleure amie.  D'autant plus qu'elle était tellement fière d'elle.  Si la duchesse n'était pas dotée de la magie du sang comme ses parents, elle la comprenait assez pour savoir à quel point obtenir un tel résultat demandait un travail de longue haleine et beaucoup de technique.  C'était la première conscience éveillée que créait Faustine et elle était touchée qu'elle l'offre à sa fille.  Elle le regarda tendrement la fillette prendre la route du bureau de son père – elle n'en doutait pas un instant – pour lui montrer son nouveau jouet, les cris s'espaçant et apportant un peu de calme à la mère bien éprouvée.

« Merci Faustine, j'apprécie énormément ce que tu fais pour moi, pour Rose.  Je crois que je n'aurais pu lui offrir de présent qui lui plairait plus, » déclara-t-elle, pensant encore plus à son enfant qu'à elle-même.  La ménestrelle était toujours pleine d'attentions pour elle et prenait son rôle de marraine bien à cœur et Marjolaine lui était beaucoup plus reconnaissante de cela que de tout ce qu'elle entreprenait pour lui faire plaisir à elle.  La femme enceinte se préoccupait beaucoup plus du bien-être et du bonheur de sa progéniture que du sien même.  Faustine était beaucoup plus qu'une dame de compagnie pour la duchesse et l'idée même de parler d'elle en usant ces termes ne lui avait jamais frôlé l'idée.

Son amie parlait avec enthousiasme en décrivant la figure de proue de cette vivenef à roulettes et si elle-même ne s'était pas sentie si lasse, elle aurait probablement montré le même.  Et peut-être un soupçon de l'excitation de la petite fille dont on n'entendait presque plus les rires.

« Oh, elle est merveilleuse!  Tu as donné vie à une conscience! s'exclama-t-elle en prenant cette main si tendre qui venait d'effleurer son visage, la serrant doucement contre son cœur, Toutes ces années à travailler, à étudier porte enfin fruits.  Il n'y pas de mots pour exprimer la joie que j'éprouve pour toi. »

Ses yeux brillaient de fierté.  Elle se souvenait de l'époque où Faustine était arrivée chez elle, brisée par cette magie et maintenant, elle pouvait l'utiliser jusqu'à donner une vie.  C'était magnifique.

« Cette vivenef répondant au nom de Maari est aussi ton enfant et je suis persuadée qu'elle te ressemble assez pour lui confier la sécurité de Rose, » ajouta-t-elle avec un sourire.  Elle leva une main pour repousser quelques mèches folles qui tombaient sur le front de Faustine.
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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Mar 4 Juil - 18:21

Décidément. La douceur perpétuelle de Marjolaine sera toujours un merveilleux baume sur son cœur déchiré. Sans mot dire, Faustine écoute les compliments adroitement formulés par sa duchesse, les rangeant soigneusement dans sa mémoire pour s’en rappeler dans les jours moins souriants. Sait-elle, la jolie souveraine universellement adorée de ses sujets, à quel point un seul de ses sourires peut illuminer les journées de sa ménestrelle attitrée ? L’approbation de Marjolaine est devenue l’aune à laquelle Faustine mesure la valeur de son existence, et savoir sa souveraine satisfaite de son travail répond pleinement à ses aspirations. Qu’elle s’estime heureuse, et chanceuse, la petite Outreventoise bannie, de se voir ainsi la préférée parmi les dames de la cour bien plus hautement nées. Quel insigne honneur, d’avoir le privilège de recevoir les confidences de la duchesse de Lagrance…

« Nul mal n’adviendra jamais à Rose sous ma garde, je t’en fais serment. Elle est si merveilleuse – qui pourrait lui vouloir du tort… » Le ton songeur de Faustine illustre mille pensées égarées. Dans ses cauchemars, elle voit Lagrance envahie par les forces ibéennes, les vergers fleuris saccagées par des hordes de barbares hostiles, le palais en flammes répandant des corps sans vie par ses ouvertures béantes – elle voit Marjolaine abattue, Rose massacrée, et elle s’éveille dans des hurlements silencieux qui ne résonnent que dans son âme et affolent Eriath. La guerre l’angoisse, et elle se rappelle trop bien de sa détresse lors de la Samhain, en apprenant sa duchesse en danger, loin de tout secours possible ! Elle est si grande, sa Marjolaine, avec sa belle âme et son cœur généreux, toujours à voir des qualités dans tous ceux qu’elle rencontre, à croire en le meilleur de l’humanité… Faustine, elle, n’en connaît que trop bien tout la laideur, l’ampleur de ses travers, de ses bas instincts, de tout ce qu’il y a de honteux au fond du cœur des hommes. Elle sait tout le mal que l’humanité peut faire, toute la douleur qu’elle sait engendrer, toute la peine qu’elle prend plaisir à causer. Jamais Marjolaine ne devra connaître tout cela, elle s’en est fait le serment il y a bien longtemps : protéger son amie, à n’importe quel prix, voilà quelle serait la contrepartie de l’amitié inattendue qu’elle a consenti à lui donner.

Délicatement, elle attrape la main qui écarte les mèches rebelles de son visage, dépose un baiser plein d’affection sur les doigts élégants, avant de contourner sa duchesse pour replacer les coussins soutenant son corps alourdi, les tapotant au passage pour les regonfler. Elle se doute que Marjolaine doit avoir mal au dos, dans ces derniers jours de grossesse, et place donc les mains sur les épaules tendues pour les masser quelque peu et tâcher de détendre de son mieux les muscles crispés. « Comment te sens-tu, dis-moi ? Les mages disent que l’enfant viendra bientôt, tu dois être soulagée. Sa Grâce ton époux a-t-il déjà choisi le nom qu’il donnera à son fils ? » Car c’est un fils, Faustine en est convaincue, Marjolaine le lui a tant répété ! C’est impossible de savoir, tout de même, mais la ménestrelle espère fortement que son amie ne sera pas trop déçue, si jamais le Destin lui jouait un tour à sa manière. Sans attendre, elle enchaîne, tentant de distraire les pensées de son amie par son babillage. « N’aimerais-tu pas une deuxième fille ? Une sœur, pour Rose ; elles seraient si mignonnes, la grande et la petite, tu ne crois pas ? Qu’un fils… Un fils t’échapperait, tôt ou tard, pour grandir avec son père. Heureusement que je ne serai jamais mère : j’aurais trop de peine à voir s’éloigner mes enfants ! »

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Dim 30 Juil - 13:40

Les soins que lui apportaient Faustine étaient d'un véritable soulagement pour Marjolaine, elle qui était si fatiguée.  Elle ne se souvenait pas avoir éprouvé autant de maux lorsqu'elle attendait Rose.  Il lui semblait qu'elle s'épuisait plus vite, que son ventre était plus rond, plus lourd, plus encombrant.  Elle y voyait néanmoins la preuve formelle que la vie qu'elle portait en elle était en santé et qu'ils seraient bientôt comblés par l'arrivée d'un beau petit prince, rose et grassouillet.

« Toutes les peines et fatigues sont oubliées quand je pense au bébé qui naîtra bientôt.  Je crois que Denys a déjà quelques idées de prénom pour lui, nous en avons déjà discuté, mais nous n'avons pas encore arrêté notre choix.  Il reste encore un peu de temps. »

Elle resta toutefois perplexe, alors que son amie, elle qui connaissait si bien son propre cœur, soulevait l'idée qu'elle pourrait mettre au monde une sœur, pour Rose.  Ce n'était pas que Marjolaine ne rêvait pas d'avoir d'autres filles, mais en bientôt dix ans de mariage, elle n'avait réussi qu'à concevoir que deux fois et à lourd prix.  Il n'était pas garanti qu'elle puisse le payer une troisième fois.  Mais elle garda ces réflexions pour elle-même.  Elle savait comment détourner la conversation.

« Oh! Faustine, que dis-tu là!  Ce n'est pas que je ne désire pas d'une petite sœur pour Rose, mais… c'est si difficile pour moi de redevenir mère à nouveau.  Je… balbutia-t-elle doucement, Je sais que Denys adore Rose, mais ne crois-tu pas qu'il serait heureux d'avoir un fils aussi?  Que nous serions plus soudés? »

Ce n'était pas un secret que la relation entre les deux têtes couronnées n'était pas aussi parfaite que l'aurait désiré.  Marjolaine répugnait à en faire la mention et ne voulait pas se plaindre de la situation.  Cependant, Faustine était sa première tendre amie, celle qui se tenait infailliblement à ses côtés depuis son adolescence.  Ne pouvait-elle pas se reposer sur elle un peu et lui montrer la tristesse que lui infligeait les infidélités de son époux.  Si seulement elle n'en savait rien, elle se serait beaucoup moins tracassée.  Elle attrapa de nouveau les mains de la ménestrelle, qu'elle ne répugnait point à toucher en dépit de leur difformité.

« Mais ma tendre amie, ne m'inflige pas tant de peine en affirmant aussi positivement que tu ne connaîtras jamais les joies de la maternité.  Ne sais-tu donc point à quel point je suis affliger de t'entendre tenir tel discours? »  La duchesse leva ses yeux de biche vers son amie, dans une plainte muette.  Oh!  Si chère Faustine, crois-tu vraiment qu'il t'est interdit de vivre tous ces moments de bonheur!  L'affection que portait Marjolaine à sa compagne de ses jeux de jeune adolescente était sans borne et elle souffrait parfois de la voir toujours à ses côtés.  Elle ne supporterait certainement pas d'être éloignée d'elle, mais combien trouvait-elle que la jeune femme méritait plus qu'une simple place au palais à ses côtés.
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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Dim 30 Juil - 16:37

Le cœur de Faustine se serre, lorsque Marjolaine évoque ses difficultés à concevoir. Secret étroitement gardé, oui, mais dont elle a surpris les échos par hasard dans une conversation au détour d’un couloir, entre les deux parents Blanc-Lys lors d’une de leurs visites. Elle n’en a jamais rien dit, considérant que sa chère amie lui en ferait part lorsqu’elle estimerait le moment venu ; et que, peut-être, ce moment n’arriverait jamais. Comme saigne son cœur, de savoir que sa duchesse a dû recourir à de telles extrémités pour concevoir ! Et lorsqu’elle évoque à demi-mots les infidélités de son époux, une grande tristesse emplit l’âme de la petite ménestrelle. Sa Marjolaine est bien mal récompensée de son dévouement, et de sa loyauté. Elle n’en parle pas souvent, et toujours à mots voilés, mais Faustine connaît son amie après toutes ces années, et n’a aucune peine à discerner le chagrin qui pèse sur ses épaules. Pourquoi le duc ne peut-il se contenter de cette femme exemplaire ? Elle ne peut nier son charisme, elle l’Outreventoise facilement impressionnable, ni la puissante attraction qu’exerce sur sa conscience cette marque qui barre son torse et qui pulse de magie du Sang ; mais ses innombrables maîtresses ne sont pas mages, elles, et n’ont pas l’excuse de l’aura exercée par un dieu pour justifier leurs coupables ébats.

Non qu’elle-même ait jamais envisagé de tels ébats pour sa propre personne, bien évidemment.

« Ma douce, je crains que nul fils ne soit jamais en mesure de guérir ton époux de ses mauvaises habitudes. » murmure-t-elle, dans un filet de voix désolé. Elle ne veut pas accabler son amie parvenue si près de son terme ; mais Levor a toujours exigé d’elle l’honnêteté et la droiture, c’est donc avec sincérité qu’elle exprime ses réserves. Marjolaine se saisit de ses mains déformées, et c’est avec douceur que Faustine referme les doigts sur ceux de son amie, tentant de lui communiquer un peu de sa sympathie et de sa compassion. C’est à son tour à présent de réfréner une vague de détresse aux mots de son amie, et elle se mord les lèvres un instant. Pour masquer sa gêne, elle se penche vers sa duchesse, dépose un baiser affectueux sur sa joue, et se glisse sur le tabouret disposé pour elle à côté du fauteuil où sa souveraine est installée.

Comment lui expliquer la situation plus que navrante dans laquelle elle se trouve ? Péniblement, les yeux baissés pudiquement sur leurs mains entrelacées, elle tente de trouver les mots susceptibles de convoyer toute la pénible peine qu’elle a verrouillée au fond de son être. Et c'est un petit discours bien pitoyable qui s'égrène dans le silence de la duchesse, alors que sa confidente lui narre la ridicule tragédie de sa terne existence. « Lorsque j’étais… plus jeune, avant que le Sang ne vienne me placer sous son égide, avant que mes iris n’en portent le signe, j’étais – j’étais fiancée. En Outrevent. Le Noroît n’est pas riche, mais nous sommes une très ancienne famille, remontant loin avant la Trêve, et le prestige de notre nom nous valait l’approbation des hautes maisons. Une union avait été négociée pour moi, avec le second fils d’un marquisat réputé. Mais le Sang a surgi dans ma vie, et – et tout a été oublié. On lui a raconté que j’avais péri. Je lui ai écrit, après le couronnement de Sa Grâce Gustave, et la proclamation que le Sang devait être réhabilité. Je… Je ne sais pas ce que j’espérais, exactement. J’étais si jeune alors, je n’avais pas eu le temps de l’aimer, je… Je ne sais pas, Marjolaine. Juste son amitié. Quelqu’un qui se souvienne de l’enfant gaie et pure que j’étais. Et cet hiver, il m’a demandé un service… Modeler une vivenef. Pour lui – pas pour son usage personnel, mais gagner les faveurs de la princesse qu’il courtise. Je n’attendais rien, je t’en fais serment, mais une part de moi a… Je ne sais pas. Je suis incapable de te dire ce que je ressens. C’est, c’est sombre. Et noir. Pas de la jalousie, je n’avais aucun droit sur lui, c’est une évidence… Mais de la résignation, peut-être ? Je suis une façonneuse de consciences, et voilà tout. Je pense que personne ne me verra autrement, tu sais, le Sang fait si peur… Et cela ne me dérange pas. Je suis bien, auprès de toi, à prendre soin de Rose et à veiller sur ton bien-être. Ma vie est bien meilleure que celle de la plupart des gens. Je n’ai pas d’autre ambition, et aucun homme ne voudra jamais de moi, alors c’est bien, comme ça. »

Alors pourquoi cette larme solitaire, qui dévale sa joue et vient s’écraser sur leurs mains jointes ?
Pourquoi sa voix s’est-elle tendue et brisée ?
Pourquoi ne parvient-elle pas à croiser les yeux de son amie pour sourire et rire et prétendre que rien de cela n’a d’importance ?
Pourquoi ?

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Ven 11 Aoû - 21:28

Marjolaine savait que les paroles de Faustine vibraient de vérité, mais elle y ferma tout simplement son cœur, s'accrochant à ses propres espoirs, aussi pouvaient-ils paraître aux yeux des autres.  Elle se réjouissait de l'ajout qui serait bientôt fait à sa famille et elle se persuadait que cela arrangerait bien des choses.  Elle l'espérait si fort.  Que les gens disent à voix basse qu'elle se voilait la face ne l'effrayait pas.  Elle préférait vivre les yeux couverts, aspirant à un monde meilleur que les prunelles remplies d'horreur.  Elle était pleine d'illusions la jeune duchesse.  Elle s'y berçait dans un confort qu'elle ne désirait point le moins du monde quitter un seul instant.  Ses propres soucis n'étaient point quelque chose sur lesquels elle aimaient à s'attarder, à se morfondre.  Elle préférait s'inquiéter pour les autres, notamment sa chère Faustine.  La duchesse se rappelait encore lorsqu'elle était arrivée à Blanc-Lys, brisée par une suite de malheurs qui l'avaient probablement marquée à jamais et sans que Marjolaine ne puisse jamais tout à fait entièrement comprendre les souffrances qu'elle avait pu endurer.  Depuis les prémisses de leur amitié, la fille du comte n'avait eu de cesse de se faire du soucis pour cette compagne de jeu et d'apprentissage.  Elles avaient grandi, mûri.  Marjolaine s'était trouvée une situation et il lui avait semblé normal d'emmener Faustine avec elle.  C'était elle qui lui reprochait de dire qu'elle resterait seule, mais elle savait être d'une hypocrisie en tenant de tels propos à son égard.  Après tout, c'était bien elle qui la gardait égoïstement auprès d'elle.  Sans l'avouer, la Lagrane savait très bien qu'elle désirait s'attacher à elle encore plus Faustine, la garder dans son sillage pour toujours.  Elle était sincère lorsqu'elle lui souhaitait le bonheur, dans le mariage et la famille, cependant, ô combien lui serait-il difficile de se séparer de Faustine, sa première compagne, sa première amie.

Or, les révélations qu'elle lui fit la surprirent.  Elle qui croyait connaître par cœur sa tendre amie, voilà qu'elle découvrait une nouvelle part de son histoire.  Une nouvelle blessure ouverte sur son pauvre cœur déjà tant meurtri.  Elle serra avec plus de force ses mains, tordues mais si capable de créer le bonheur avec le son de sa vièle.  Un sentiment ressemblant à de la pitié s'empara de Marjolaine.  Elle regretta rapidement, en raison de son amitié profonde pour Faustine qu'elle respectait beaucoup trop pour ce genre de sentiment, néanmoins comment ne pas s'attendrir devant tant de peines.  La vue de la ménestrelle versant des larmes désolait le cœur de la duchesse.

Elle ne sépara point ses mains des siennes pour tenter d'essuyer sa larme, mais appuya plutôt son front contre le sien, préférant gardant leurs doigts unis, protégeant cette amitié toute spéciale qui les liait.

« Faustine, tu n'es pas obligée de le faire si tu ne veux pas, » déclara-t-elle à voix basse, comme si elle voulait protéger un secret, bien qu'il n'y eut personne pour les entendre.  De ses pouces, elle traça d'affectueux ronds sur le dos des mains de la mage aux yeux cerclés de rouge.  Sans s'en rendre compte, elle laissa échapper un soupir douloureux.  Peut-être inconsciemment s'octroyait-elle le droit d'exprimer celle que Faustine gardait contenue en elle.  « Peu importe comment le reste du monde te perçoit, tu ne dois pas oublier toi-même ce que tu es.  Une jeune femme merveilleuse qui mérite tout autant d'être heureuse qu'une autre.  Si cela te fait du mal de lui modeler cette vivenef, ne te sens pas obligée de le faire.  Si tu ne respectes pas toi-même tes sentiments, qui d'autre le fera pour toi ma tendre amie? »  Sa propre voix s'était mise à chevroter.  Elle avait été tellement occupée à penser au bébé, à célébrer sa venue future, à en être si heureuse, qu'elle n'avait même pas vu les souffrances que vivait à côté la personne à qui elle tenait peut-être le plus au monde après son époux et ses enfants.  « Les choses vont changer.  Peu à peu, les mages du sang seront réhabilités, auront leur place tout comme un autre sans avoir à se cacher et se terrer.  Oh ma Faustine!  Que j'aimerais tant prendre une part du poids qui pèse sur tes épaules!  Tu sais que tu peux tout me partager, que je serai toujours là pour toi, n'est-ce pas? »  Ses mains se serrèrent encore un peu avant de relâcher leur pression, craignant de ne faire du mal à ces pauvres doigts déjà bien malmenés.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Dim 13 Aoû - 19:01

Elle se méprise, Faustine, d’avoir donné voix à son chagrin et à ses doutes personnels. Elle s’était promis de ne pas ajouter aux tracas de Marjolaine, déjà bien éprouvée par ses derniers jours de grossesse, l’hyperactivité débordante de Rose, et les infidélités de son époux. Elle a bien assez de mal à lui dissimuler la fascination que ledit époux exerce sur ses sens, lorsque le hasard leur permet de dégager un peu de temps pour qu’elle continue à lui enseigner à bloquer la lecture de son aura par les mages du Sang qui croiseraient son chemin. Hors de question d’avouer à sa chère amie combien la complexité de l’essence de son mari la perturbe ! La ménestrelle a découvert chez son duc une profondeur inattendue et mille tours et détours à son esprit tortueux, qu’elle n’attendait pas. Elle a rangé cette information dans le secret de son âme, pour y méditer plus à loisir… plus tard. Ses leçons avec Denys sont un secret absolu ; elle a juré de n’en point parler, à quiconque, et une fille de Levor tient toujours parole. Malgré les paroles affectueuses de Marjolaine, c’est quelque chose qu’elle ne peut pas lui confier. C’est sûrement mieux ainsi.

Sans mot dire, Faustine se penche en avant pour enlacer avec mille précautions son amie. Elle n’est pas de nature démonstrative, et se permet rarement une telle familiarité avec sa duchesse qui lui est supérieure à tous les égards ; mais elle a découvert depuis peu qu’un geste vaut bien mille paroles. Elle serre doucement Marjolaine contre elle, caressant prudemment ses cheveux d’une main, tapotant maladroitement son épaule de l’autre. « Il ne faut pas t’inquiéter, vraiment, Marjolaine, je t’assure ; cela me passera bien vite. Je n’ai besoin que de ma vielle, d’Eriath et de ta compagnie pour être heureuse, et j’ai tout cela. » Elle lâche sa duchesse, reprend place sur son tabouret, saisissant entre les siennes l’une de ses mains qu’elle masse à son tour. Elle se sent malvenue, de s’épancher ainsi sur les turpitudes de son petit cœur malmené, mais l’intérêt de son amie pour ses malheurs sentimentaux semble réellement sincère, et mettre des mots sur son chagrin lui permet de faire le point. Les mots de Marjolaine ont évoqué un écho en elle ; et maintenant qu’elle a fermement repoussé l’aura du duc Denys dans un coin de ses pensées, et soigneusement rangé Lionel dans un tiroir clos de sa mémoire, elle doit bien admettre qu’un regard clair cerclé d’écarlate et couronné d’une rousseur flamboyante se rappelle régulièrement à son bon souvenir. Elle en rougit même, Faustine, un peu, tandis qu’à nouveau l’homme vient toquer à la porte de ses réflexions.

Elle en toussote, gênée, sous le regard gentiment inquisiteur de sa souveraine. « Il y a bien… quelqu’un… que j’aime fréquenter. Il est très occupé, il n’a pas forcément beaucoup de temps, mais – il est… prévenant. Attentif à moi, et pas seulement à la magie que je lui enseigne, mais aussi au reste de ma vie. Sentir son esprit vibrer près du mien, c’est… C’est… » Si elle avait eu les mots pour parler de cette expérience crûment, elle aurait certainement évoqué l’aspect sensuel, presque érotique, d’un tel contact ; mais l’Outreventoise réservée est bien loin d’associer ces idées, aussi peine-t-elle un instant à exprimer son ressenti. « C’est puissant, Marjolaine, tu comprends ? Dans ces moments-là, j’ai l’impression de le connaître parfaitement, et même si cela se dissipe lorsque nos magies se rendorment, cela n’en reste pas moins… exaltant. » Elle ne l’a pas nommé, cet homme qui erre régulièrement dans ses rêveries, tant elle répugne à s’aventurer sur le terrain des spéculations ; mais Marjolaine sait peut-être de qui il est question, elle qui a l'instinct d'une marieuse belliférienne lorsqu'il est sujet d'amourettes.

Est-elle... amoureuse ?
La rougeur s'étend sur son visage. Elle ne sait pas.

Sait-elle... ?

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Jeu 17 Aoû - 13:18

Il faisait toujours peine à Marjolaine de voir en Faustine autant de résignation.  Surtout quand elle se savait être une raison de celle-ci.  Lorsqu'elles étaient plus jeune, alors que la jeune mage du sang arrivait à peine chez les Blanc-Lys, elles étaient peu à peu devenue tout l'une pour l'autre.  L'on ne voyait pas Marjolaine sans sa chère Faustine.  Mais Marjolaine avait rencontré Denys.  Elle était tombée amoureuse et il l'avait choisie pour devenir sa femme, pour devenir la duchesse de sa contrée.  Et avec ses nouveaux devoirs, avec ses nouvelles rencontres, puis la maternité, elle avait délaissée forcément sa tendre amie.  N'était-ce pas de sa faute si elle vivait de plus en plus recluse, alors qu'elle quittait cette vie effacée qu'elle avait menée alors qu'elle n'était qu'une adolescente, ses amis se faisant alors plus nombreux qu'à l'époque.  Elle en avait bien conscience, la duchesse, et elle ne pouvait pourtant s'empêcher de prendre cette place au soleil dont elle avait toujours rêvé.  Pourtant, elle ne désirait pas s'éloigner autant de Faustine.  Elle croyait fermement que ce qu'elle faisait pour les mages du sang, en les ayant d'abord recueillis au palais en le cachant à Denys, tout cela, contribuerait à construire un monde meilleur pour son amie.  Où elle pourrait sortir au grand jour sans craindre le jugement méprisant des autres.  Un monde où les petites filles comme elle lorsqu'on lui avait brisé les doigts ne craigneraient plus d'être répudiée si elle présentait cette forme de magie.  Cette magie qui lui avait donné Rose.  Qui lui donnerait bientôt un fils.

Si elle avait mauvaise conscience quant à sa relation plus distante avec Faustine au cours des dernières années, elle avait toujours beaucoup d'affection pour, celle-ci n'avait jamais décrue et son intérêt pour ses histoires de cœur était la même que lorsqu'elles n'avaient que dix-sept et qu'elles croyaient toutes les deux vivre ensemble et seules, incapables de se trouver un époux, bien que Marjolaine n'avait jamais eu le courage d'avouer à Faustine que ses inquiétudes à ce sujet n'avait pas seulement trait à la magie qui possédait sa famille.  Elle se réjouissait à l'idée que son amie aie trouvé quelqu'un à qui porter de l'intérêt outre elle et sa famille.  Elle désirait tant voir la ménestrelle heureuse et comblée.

« Ma Faustine, ne serais-tu pas un peu amoureuse? » demanda la duchesse avec un sourire amusé, mais attendrie devant l'expression rêveuse qu'avait pris la jeune femme en parlant de cette fréquentation.  Puisqu'il était question d'enseigner la magie, Marjolaine avait ses doutes sur l'identité de cette flamme et elle approuvait entièrement le choix de sa compagne de toujours.  Elle ne pouvait rêver mieux.  Si elle ne se trompait pas, elle ne doutait point que ce charmant jeune homme au bon cœur pourrait la combler de bonheur.  Ils avaient sa bénédiction, assurément.

« Je le connais cet homme qui fait briller tes yeux de mille feux?  Tu es bien consciente que tout homme qui osera t'approcher devra subir mon terrible jugement et se soumettre au test.  Je dois être certaine que ce sera quelqu'un qui te chérira encore plus que moi-même je ne le fais, autrement il me sera impossible de lui permettre d'avoir la prétention de rêver à toi. »  Elle n'était pas tout à fait sérieuse, elle avait confiance en son amie pour juger d'elle-même quant à l'homme avec qui elle partagerait ses jours.  Néanmoins, cela ne l'empêchait pas non plus de mettre discrètement le nez dans l'affaire.  Juste au cas où.  Fort heureusement pour la mage, Marjolaine n'était pas particulièrement imposante par la prestance et sa bonté de cœur ne risquait pas de juger négativement qui que ce soit sans graves raisons.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Ven 18 Aoû - 14:31

Il fait bien longtemps que Faustine ne s’est pas ainsi confiée à Marjolaine. Elle est trop occupée, sa jolie duchesse : par sa grossesse, par son époux, par Rose, par ses courtisans, par les devoirs de sa charge, par les visites au petit peuple. Si demandée ! C’est qu’elle est fort populaire auprès des Lagrans, la si douce souveraine, très appréciée de ses sujets mais également des couronnes voisines, la ménestrelle a pu le constater. Alors Faustine se fond dans les ombres du trône, se fait oublier, trouve en Eriath un compagnon loyal pour affronter la solitude, portant ses secrets en elle comme autant de fardeaux, tentant plus que tout de rester inaperçue pour éviter le danger. Qu’il est loin, ce temps de leur adolescence où les deux amies se racontaient tout ! Jadis, elles n’avaient aucun mystère l’une pour l’autre… Mais telle est la loi de la vie, elles ont grandi ; et Marjolaine occupe enfin la place qu’elle mérite, incarnant la merveilleuse duchesse qu’elle était née pour devenir. Elle est fière de son amie, Faustine, et heureuse de son bonheur – déplorant juste les coups au cœur que sont les infidélités récurrentes du duc.

Ses pensées sont rapidement recentrées vers son aveu timide lorsque Marjolaine se jette sur cette information avec tout l’enthousiasme chaleureux de la créature aimante qu’elle a toujours été. Et elle rougit, Faustine, de plus en plus vigoureusement sous le regard tendrement malicieux, sentant une chaleur gênée envahir lentement ses joues, puis son front, puis son cou, au fur et à mesure que sa duchesse enchaîne les questions et les petits commentaires amusés. « Ehjebejej ! » balbutie-t-elle, confuse, se mordant presque la langue dans sa fébrilité à vouloir tout expliquer à Marjolaine. Comment une ménestrelle aussi adroite avec les mots peut-elle peiner ainsi à les articuler lorsque les émotions prennent le pas sur sa raison ? Penaude, elle se mordille les lèvres un instant, portant les doigts à sa bouche, comme pour empêcher d’autres bégaiement d’en sortir. Peine perdue, bien sûr. « Je-je-ne-non ! Je ne-ne sais pas. Il est, il est tellement respectable, et m-moi je… » Elle, elle est mage du Sang – mais lui aussi. Mortifiée, Faustine détourne les yeux, et son regard fuit celui de Marjolaine, s’évadant dans la pièce, s’accrochant au détail d’une tenture, le long d’un rideau, d’une plinthe, autour d’une moulure, entre deux rosaces – partout, sauf sur le visage de son amie. Les Outreventois ne savent pas vraiment parler de sentiments, et la petite échappée du Noroît n’y fait pas exception.

« Il est tellement plus noble que moi, Marjolaine ! » murmure-t-elle en direction de la cheville gauche de sa duchesse. « Il est bien plus hautement placé que moi, il n’a aucune raison de baisser le regard sur une fille d’aussi basse condition. Il doit plutôt se chercher une épouse prestigieuse et riche, pour asseoir l’avenir de son nom… » Une femme respectable, qui embellirait sa lignée. Elle, elle n’est – rien. Qu’une va-nu-pieds qui court les chemins et que seule l’affection d’une duchesse empêche de retomber dans la poussière parmi les vauriens. « Et ma réputation, Marjolaine, n’est pas de celle dont on fait les marquises… » A peine formé, elle tente de le retenir, ce mot trop précis qui en dévoile bien trop sur celui qui hante ses pensées ; mais c’est trop tard, Marjolaine a forcément entendu – et peut-être bien déjà compris.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Mar 22 Aoû - 13:14

C'était tellement mignon de voir Faustine, elle toujours enveloppée dans sa dignité d'Outreventoire, perdre ses moyens.  Marjolaine ne put s'empêcher d'exprimer un léger rire amusé.  Elle aimerait tant voir sa tendre amie se départir de sa roideur, montrer cette chaleur qui l'habitait.  Néanmoins, il semblait que les années passées à Blanc-Lys n'avait pas suffit et que celles qui avaient suivies au palais avait peut-être détruit le peu qui avait été fait.  La duchesse se questionnait parfois au bien d'emmener Faustine vivre avec elle à Edenia.  Elle vivait dans le luxe et le confort, elle s'en assurait, mais est-ce que tout ça ne faisait pas ressentir à sa compagne qu'elle n'avait aucune valeur sans Marjolaine?  Que ses parents l'aie rejetée ne lui enlevait que les titres qu'elle possédait à la naissance, pas la grâce et l'élégance de ses bonnes manières, pas son éducation.  Pourquoi ne serait-elle pas assez bien pour n'importe quel homme, pourquoi ne mériterait-elle pas d'avoir le choix sur qui daigner poser les yeux?

Ses réflexions ne l'empêchèrent pas de trouver ses hypothèses confirmées : elle ne pouvait parler que d'un seul marquis mage du sang.  Elle le devinait facilement et s'en sentait très heureuse.  Elle ne doutait point que le-dit marquis en question ne verrait certainement pas d'objection quant à la position de Faustine.  Après tout, il aidait Marjolaine dans ses œuvres de charité, donnant de sa fortune pour ceux qui en avait le plus besoin.  C'était un jeune homme comme il fallait et elle était plus que désireuse de voir un rapprochement se faire entre les deux jeunes gens.  Néanmoins, discrète comme elle l'était, elle ne laissa pas voir qu'elle avait deviné le secret : Faustine lui dirait toute la vérité quand elle serait prête.

« Il me peine de te voir de déprécier autant.  Tu as bon cœur et tu es charmante.  Quelqu'un qui serait capable de te préférer une autre pour des raisons comme celles que tu évoques ne te mérite pas, » déclara-t-elle sur un ton doux et posé.  Elle en était convaincue et cela se sentait dans le son de sa voix.  Marjolaine se targuait de mieux connaître Faustine qu'aucune autre et croyait en cela que sa capacité à la juger était de ce fait très exacte.

« En t'accueillant à Blanc-Lys, mes parents désiraient t'accorder une vie normale, mais surtout t'aider à reconstruire ton bonheur, commença-t-elle un peu plus hésitante, car le sujet était plutôt délicat, Je sais que tu ne pourras jamais oublier Outrevent et ce que tu y as vécu, qui tu y étais.  Néanmoins, tu ne peux pas constamment vivre dans ce passé.  Les choses changent.  Tu as retrouvé ta sœur et elle t'aime toujours.  Tu es la meilleure compagne de la duchesse de Lagrance et tu as été élevée chez moi.  Il me déplaît d'être aussi peu modeste, mais ces références combinées à tes talents et à tes vertus ne suffisent-elles pas à te garantir la respectabilité? »

Marjolaine avait énoncé son plaidoyer avec beaucoup d'émotions.  Elle avait tant à cœur le bonheur de son amie qu'elle ne pouvait faire autrement.  Si elle en avait le pouvoir, elle aurait acheté pour elle tous les titres dont elle pouvait rêver, rien que pour la réconforter.  Mais être duchesse ne lui donnait pas tous les droits.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Mer 23 Aoû - 18:26

La confusion qui s’est emparée de Faustine a nettement empourpré ses joues, et elle se fait toute petite sous le regard de Marjolaine qui n’est sûrement pas dupe un seul instant. Elle n’imagine sûrement pas, la jolie duchesse tant aimé de son peuple, combien il est compliqué d’avoir les iris cerclés d’écarlate, même en Lagrance. Des siècles de traque et de méfiance ont rendu les habitants d’Arven assez radicaux lorsque la magie du Sang est concernée, et Faustine a adopté une prudente réserve dans toutes ses interactions avec les habitants du palais – encore plus avec ceux des autres duchés. Marjolaine est adorable, de dispenser ainsi la bonne opinion qu’elle a de son amie, mais cela ne suffit pas, n’est-ce pas ? Cela ne suffira jamais. Elle ne croit pas un seul instant que les magies proscrites seront un jour de nouveau les bienvenues sur le continent, alors forcément, comment planifier un avenir ?

Un sourire triste, voilà sa seule réponse à sa duchesse. Doucement, de ses doigts crochus, elle caresse la joue de Marjolaine, attendrie de trouver chez elle une telle provision de tolérance et d’affection. « Tout ce que tu dis est vrai, je suis connue pour t’être proche, et bien souvent l’on m’approche pour cette raison. Uniquement pour cette raison, Marjolaine : pour se rapprocher de toi. Je ne veux pas que l’on recherche ma compagnie simplement parce que je marche dans l’ombre du trône, tu comprends ? Si un jour un homme devait porter sur moi son attention, j’aimerais que cela soit pour moi. Parce qu’il appréciera ma loyauté et ma franchise, parce qu’il ne reculera pas en croisant du regard l’écarlate dans mes prunelles, parce que ma répudiation par ma propre famille ne lui fera pas horreur. Pas simplement pour cultiver la faveur de la duchesse de Lagrance. » L’amertume est intense dans sa voix, bien plus profonde qu’elle ne l’aurait voulu, et la ménestrelle se mord les lèvres. Elle ne veut pas avoir l’air d’accuser son amie de quoi que ce soit, ni sembler la tenir responsable de la solitude dans laquelle elle s’enferme. C’est même tout le contraire : Marjolaine lui apporte une chaleur humaine fort bienvenue, et elle est le soleil qui éclaire ses journées. Sa seule amie, celle qui sait tout de ses tourments, de ses cicatrices et de ce qui la fait rire. Un havre de tranquillité dans un monde qui ne sait que la meurtrir et la blesser.

« Mes paroles sont excessives, je suis désolée, mon amertume n’est pas dirigée contre toi. Tu es… Tu es la seule personne digne de ma loyauté que j’ai jamais rencontrée. Tu ne t’es jamais détournée de moi, quelles que soient mes fautes, quels que soient mes écarts – tu m’as toujours acceptée telle que je suis, avec ma magie impie, avec mes doutes et mon incertitude, avec mon goût de la solitude et mon pessimisme. Tu ne m’as jamais rien demandé que je ne sois pas déjà prête à te donner, tu ne m’as jamais rien ordonné d’injuste ni de cruel – tu es une souveraine exceptionnelle, et une amie si précieuse, Marjolaine. Rien de tout cela n’est de ta faute, c’est – c’est moi, le problème. Ca a toujours été moi. Je ne pourrai jamais changer qui je suis ; et toute forte que tu es , ma reine, je ne sais pas s’il est en ton pouvoir de changer le monde autour de moi. La vie que tu m’as donnée me suffit, tu sais ? Tu me permets d’élever Rose à tes côtés, et c’est bien plus que je ne le mérite. Je n'ai pas besoin que Tris- qu'il s'intéresse à moi de cette manière-là. »

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Jeu 31 Aoû - 3:17

Les propos de Faustine blessèrent profondément Marjolaine, mais elle ne lui en tenait pas rigueur.  Elle savait que son amie ne cherchait pas à lui causer quelque peine.  C'était la véracité de ceux-ci qui rendaient malheureuse la pauvre duchesse.  Comme elle savait la valeur de son amie, elle oubliait souvent ce qu'il pouvait se dire à propos de celles qui auraient son oreille.  Elle ne gardait aucun secret pour sa dame de compagnie, lui disait tout.  Ou presque.  Il y avait cette part de son jardin secret qu'elle n'osait pas lui ouvrir.  Elle craignait de baisser dans son estime si elle osait jamais seulement en dire ne serait-ce qu'un peu à ce sujet.  Et peut-être avait-elle aussi inconsciemment peur que son terrible mystère une fois percé ne le serait complètement et aux yeux de tous.  Et si l'honneur outreventois qui coulait dans les veines de son amie l'emportait sur l'affection qui la liait à elle?  Et qui pouvait garantir qu'une fois mariée, elle ne s'ouvrirait pas de tout, mais absolument de tout, à son époux?  La noble dame ne doutait que très rarement de sa compagne.  Elle avait en elle une confiance absolue.  Ou du moins elles le croyaient sincèrement toutes les deux.  Et elle souffrait que la mage du sang puisse penser qu'elle la laisserait partir au profit d'un homme qui ne la mériterait pas.  Qui ne serait pas digne d'elle.  Non, jamais Marjolaine ne se séparerait de sa tendre Faustine à moins qu'un tel homme ne se présente.  Elle devait être certaine du bonheur de son amie avant de pouvoir se résigner à la laisser partir.  Néanmoins, ses déclarations lui faisaient l'impression d'être un obstacle à sa vie heureuse future.  Elle savait que ce n'était pas ce qu'elle entendait par ces propos, mais elle ne pouvait s'empêcher de le penser.

« Oh, Faustine.  Tu as été la seule compagne de mes jeux lorsque je vivais recluse du monde, trop vieille pour me joindre à ceux de ma fratrie.  Tu m'as sauvée de la solitude alors que je croyais devoir passer le reste de mes jours isolée dans le manoir de mon père.  Nous n'y étions pas malheureuses, n'est-ce pas?  Et pourtant tu as quitté ta réclusion pour moi.  Tu n'as jamais été coupable de quelques fautes que ce soit.  Je suis si heureuse de te savoir à mes côtés, toujours prêt de moi.  Denys et moi ne pourrions espérer avoir de meilleure alliée pour élever Rose.  De même que l'enfant à venir.  Tu m'es aussi chère qu'une sœur.  Je crains pourtant que je ne sois une entrave à ton bonheur. »

Elle poussa un léger soupir.  Elle en allait presque à maudire cette Trêve qui avait relégué les mages comme sa tendre amie au rang de personnes craintes, considérées comme dangereuses.  Elle gardait espoir que les choses changent, elle n'oeuvrait qu'en ce sens-là et pourtant les mises en garde de la ménestrelle étaient beaucoup trop vraies pour être ignorées.  Marjolaine ne pouvait pas à elle seule changer les mentalités.

« Tu peux dire autant que tu veux que vouer ta vie à mon service te suffit, et je voudrais bien te croire que c'est le cas.  Néanmoins, tu ne peux pas me tromper à ce sujet.  Et tu sais, le mystérieux T n'a pas besoin de toi pour être dans les bonnes grâces de la cour ducale, crois-moi.  Tu es tout comme ma sœur, je n'aurais pas de plus grand bonheur que de te voir bien établie, heureuse.  Et la porte du palais ne te serait jamais fermée.  Comment pourrais-je me passer complètement de toi? »

Elle se releva, difficilement, pour étreindre tendrement la jeune femme en priant Maari de veiller sur elle et son bonheur.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Sam 9 Sep - 16:24

Les mots de Marjolaine sont empreints d’une douce nostalgie, et le cœur de Faustine rate un battement au souvenir de ce temps d’avant, si paisible, en sécurité au sein du domaine de Blanc-Lys. Sentiment définitivement associé à une certaine amertume : si les jours aux côtés de son amie étaient bien doux et sereins, elle n’en gardait pas moins une très vive mémoire des excès subis aux mains de ses parents, au Noroît. Il y avait comme une chape de tristesse dont elle ne parvenait jamais vraiment à se défaire, quelle que soit la situation, et malgré tous les divertissements apportés par Marjolaine. Rien ne pouvait lui faire oublier les fractures de ses doigts, les semaines de privation, la harpe définitivement inaccessible à ses mains crochues, et ce rejet entier, absolu et irrévocable, de l’intégralité de sa personne. Oh, oui, elle souffrait bien un peu, de voir les parents de son amie si attentifs envers elle – son père plus que sa belle-mère, certes, mais tout de même. Cela ne faisait qu’accentuer le monde de différences avec ses propres parents…

Les paroles de Marjolaine lui font chaud au cœur, toutefois, et c’est de bon cœur qu’elle se laisse enlacer, lui rendant prudemment son étreinte, négociant avec mille précautions l’embonpoint considérable de son amie. Elle a déjà une sœur, par la naisse, cette Maelenn qu’elle a imaginée sereine au Noroît pendant des années et qu’elle a découverte Compagne il y a quelques mois – une sœur aimée sincèrement, avec laquelle elle a moult souvenirs d’enfance et d’espoirs chuchotés l’une à l’autre lorsqu’elles étaient encore trop jeunes pour comprendre que leur vie ne serait jamais pleinement entre leurs mains. Mais une sœur devenue étrangère peu à peu au fil des années, et qui finalement en sait bien peu sur la femme qu’elle est devenue aux côtés de sa duchesse. C’est Marjolaine qui a accompagné toute son adolescence et son entrée dans l’âge adulte, Marjolaine qui a recueilli ses confidences, Marjolaine qui connaît tout de ses doutes et de ses craintes. Une vague d’affection envahit la ménestrelle – et un bruit de roulettes frénétiques résonne dans le couloir adjacent à l’antichambre.

Capitaine Rose a visiblement remis le cap sur son port d’attache, dans les appartements de sa mère.

Avec prévenance, Faustine aide Marjolaine à se réinstaller le plus confortablement possible, ajustant les coussins pour que le dos fatigué de son amie soit douillettement appuyé contre le dossier rembourré du siège. La naissance ne devrait plus tarder – pourvu que tout se passe bien ! La ménestrelle sait combien sa duchesse prie pour un fils, et elle adresse secrètement une supplique au Destin pour que ses espoirs s’accomplissent et que son vœu se réalise. Des cris de joie à l’extérieur du salon indiquent que sa filleule prend grand plaisir à découvrir les possibilités de son nouveau jouet, et Faustine ne peut retenir un sourire réjoui. La vivenef miniature semble remplir pleinement son office, et c’est une grande satisfaction que de voir son œuvre couronnée de succès. « Je devrais commercialiser ces jouets-là, non ? Ils auraient peut-être du succès, à voir comment Rose s’amuse. »

Elle se doute bien que l’abrupt changement de sujet n’échappera pas à Marjolaine, mais elle ne tient pas à s’avancer plus avant et parler encore de Tristan. Faustine se doute bien que son amie a deviné l’identité de l’homme qui parasite ses pensées, et elle ne compte pas se laisser aller à espérer quoi que ce soit, pas pour risquer une cruelle déception plus tard.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Lun 11 Sep - 0:22

Les cris de joie poussés par Rose mirent abruptement fin à cette conversation non pas sans laisser Marjolaine soucieuse à propos de sa tendre amie.  Elle savait qu'elle avait probablement ses raisons de se montrer aussi réservée quant à ses chances de bonheur auprès d'un homme, mais la duchesse craignait surtout qu'elle ne se l'autorisait pas.  Par crainte d'être rejetée à nouveau peut-être.  Seulement, il fallait que Faustine apprenne.  Qu'elle n'était pas seule et qu'elle avait tout autant droit au bonheur que toute autre femme.  Néanmoins, si elle persistait à marcher dans l'ombre de celle pour qui elle jouait les dames de compagnie, alors que leur relation représentait beaucoup plus que cela, sans jamais parler pour elle-même, ni même tendre la main vers ce bonheur potentiel, elle ne l'obtiendrait jamais.  Elle laissa échapper un soupir, un peu triste de cet entretien.  L'arrivée de la petite arrivait toutefois à point.  La discussion en continuant ainsi n'aurait fait que les blesser toutes les deux dans des plaies intérieures.  Et même si Marjolaine aurait aimé la poursuivre encore un peu, redonner à son amie un peu plus d'ambition que de prendre soin d'elle et de ses enfants, elle savait que ce n'était pas un sujet à aborder devant la petite princesse.  Si sa suivante pouvait seulement savoir ce que cela faisait d'avoir des enfants à soi.  De veiller sur eux.  C'était tout autre chose que de s'occuper de ceux des autres.  Elle le savait depuis qu'elle était mère, elle qui avait aidé Campanule avec les plus jeune dans la famille.  Mais elle n'osait désespérer qu'un jour elle connaîtrait toutes ces petites joies.

Elle laissa la ménestrelle replacer les coussins pour elle bien docilement, le silence entre elle n'était brisé que par les exclamations joyeuses de Rose.  Cela lui fit oublier un instant ses soucis pour sa compagne alors qu'elle était emplie d'un élan d'affection maternelle pour ses enfants.  Elle posa une main sur son ventre proéminent et sourit doucement.

Elle remarqua sans difficulté l'astuce de son amie pour changer le sujet de conversation, mais elle n'exprima pas d'envie de retourner au sujet précédent : elle respectait son désir de ne pas songer à cela et de concentrer ses énergies ailleurs.  Elle pouvait aider Faustine autant que faire se peut, mais elle ne pouvait pas prendre la charge sur elle-même de lui choisir sa destinée, quoi qu'elle en pensait.  Elle ne pouvait qu'adresser ses prières à Maari pour qu'elle vienne en aide à son amie.  Et lorsque cette dernière serait prête à s'ouvrir entièrement, Marjolaine serait là, toute prête à l'écouter.

« J'aurais bien peur qu'elles n'aient un trop franc succès et que je ne doive me passer trop souvent de toi, » répondit-elle avec un large sourire.  En vérité, cela ne ferait pas de mal à son amie d'oeuvrer à quelque chose de personnel.  Elle pourrait rencontrer des gens, montrer que la magie du sang a ses bons côtés.  Qu'elle n'est pas dangereuse.  La guerre était encore trop au fort de son développement pour qu'intégrer les mages bannis ne soit une chose propice, mais plus tard, peut-être?

Les gloussements joyeux de Rose résonnaient dans la pièce à côté, tandis que le bruit des roulettes s'approchaient de plus en plus d'elles, juste avant que la proue de la vivenef ne montre le bout de son nez, une Rose babillante et excitée à son gouvernail.  « Tu aimes ton cadeau ma chérie? » demanda la mère attendrie, caressant la chevelure soyeuse de son petit tandis  qu'elle s'arrêtait un instant à son port d'attache avant de repartir en trombe.  On ne pouvait être plus convaincue du bonheur qu'elle éprouvait de son nouveau jouet.  « Viens embrasser tante Faustine pour lui dire merci mon ange.  Elle a travaillé très fort pour toi, » ajouta-t-elle.  Peut-être que oui, elle pouvait être heureuse et comblée seulement par sa petite famille.  Tant qu'elle le serait, Faustine aurait sa place auprès d'elle.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   Sam 23 Sep - 18:45

L’arrivée de Rose fait entrer un vent de bonne humeur dans la pièce, et Faustine se détend imperceptiblement. Son profond attachement pour Marjolaine l’assure qu’elle ne court aucun danger en présence de son amie tendrement chérie, mais ses questions malicieuses et sa bonne volonté naturelle rend sa compagnie… délicate à négocier, ces derniers temps. La ménestrelle n’aime pas parler d’elle, mais elle se voit mal refuser de répondre aux interrogations de celle qui est à la fois sa souveraine, sa protectrice, et sa seule et unique amie. Mais parfois, c’est… compliqué. La chaleur qui baigne son cœur quand elle pense à Tristan, c’est quelque chose de neuf, de beau, de si fragile également ; Faustine préfère le garder pour elle, que de risquer que quelqu’un ne surprenne son coupable secret et n’en serve pour la blesser – ou pire, pour se moquer du merveilleux Capitaine au dragon d’Argent. Non qu’elle se méfie de Marjolaine, évidemment ! Mais dans le palais ducal de Lagrance, les murs ont des oreilles, et l’Outreventoise se méfie des espions qui prolifèrent dans les parages du seigneur Denys.

Ses retrouvailles avec Maelenn sont un autre sujet qu’elle ne peut aborder avec sa duchesse : elle sait, de première main, que la Compagne compte le duc parmi ses clients, et ne tient pas à infliger à son amie le cuisant rappel des infidélités de son époux. Elle en a toujours voulu à ces femmes indignes, qui n’hésitent pas à meurtrir le cœur généreux de Marjolaine en s’appropriant les faveurs de son mari devant le Destin ; mais maintenant que l’une de ces femmes a le visage de sa sœur, Faustine ne sait plus trop où elle en est. Non, elle ne peut pas avouer à sa reine qu’elle commence à comprendre ces misérables qui se vautrent sans remords dans le lit conjugal de leur souveraine – elle ne peut pas lui dire qu’elle a, elle aussi, expérimenté le charisme charnel qui émane de son époux. Alors Faustine s’entoure de sourires creux et de rires factices, trompant de son mieux le vif instinct de celle dont elle est la confidente.

Pendant quelques minutes, elle est heureuse, sincèrement, de câliner sa filleule sans arrière-pensée – plus le terme de sa mère approche, plus sa filleule se montre gourmande en bisous et marques d’affection, comme pour s’assurer qu’on ne l’oublie pas à l’approche de celui ou celle qui s’en vient. Rose babille, raconte comment « Papa est presque tombé ! » en la voyant faire irruption dans son bureau dans une grande envolée de parchemins éparpillés dans le vent de la course, réprimant un gloussement amusé en imaginant la stupeur intense du souverain pris de court. Puis la princesse s’en va quémander l’attention de sa mère, et Faustine en profite pour prendre congé, s’inclinant avec déférence devant sa souveraine couronnée avant de baiser sa main. Se redressant, elle ne peut s’empêcher de l’étreindre avec chaleur, murmurant à son oreille. « Ne te trouble pas pour moi, ma reine, car je ne suis pas malheureuse. Un jour, nous parlerons de tout ce que je ne te dis pas, et tu riras de moi, tu verras. »

C’est sur un sourire sincère qu’elle s’esquive, et ce sourire se fait rêveur tandis qu’elle arpente les couloirs en direction de ses appartements, ses pensées rappelant de sa mémoire l’image d’un fringant Chevaucheur couronné de flammes, l’écarlate pulsant dans son regard.

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Message Sujet: Re: Je te salue, Maari, pleine de grâce   

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Je te salue, Maari, pleine de grâce
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