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 C'est la vérité qui fait le plus mal

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Message Sujet: C'est la vérité qui fait le plus mal   Mer 28 Juin 2017 - 1:49


Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Rejwaïde Sinhaj & Alméïde d'Erebor

C'est la vérité qui fait le plus mal

Quand le voile se lève enfin



• Date : 20 juin 1002
• Météo : Ensoleillé et très chaud
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Alméïde a contacté sa soeur dans le but de la voir et de lui parler. Plusieurs mois après son enlèvement, il est temps d'aborder un sujet qui la tourmente depuis lors.
• Recensement :
Code:
• [b]20 juin 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2375-c-est-la-verite-qui-fait-le-plus-mal]C'est la vérité qui fait le plus mal[/url] - [i]Rejwaïde Sinhaj & Alméïde d'Erebor[/i]
Alméïde a contacté sa soeur dans le but de la voir et de lui parler. Plusieurs mois après son enlèvement, il est temps d'aborder un sujet qui la tourmente depuis lors.


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Dernière édition par Alméïde d'Erebor le Mer 28 Juin 2017 - 1:54, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Mer 28 Juin 2017 - 1:54

Jamais elle n'a autant appréhendé une rencontre. Et pourtant, il s'agit de sa soeur.
Voilà plusieurs jours qu'elle lui a écrit, de retour de la réalité alternée, afin de s'assurer qu'elle va bien et de lui demander de passer la voir lors de son prochain séjour à Vivedune. Et depuis, elle attend. Elle attend une réponse, elle attend des nouvelles. Elle angoisse à chaque instant d'en recevoir, elle angoisse de ne pas en recevoir. Elle ne sait plus ce qu'elle veut la princesse, si confronter sa soeur au sujet de ce qu'elle a vécu est une bonne idée, si elle a envie de savoir ce qu'il s'est réellement passé. Quelque part, elle préférerait rester dans l'incertitude, ainsi elle n'aurait pas à affronter la dure vérité qu'elle pressent plus terrible encore qu'elle ne l'imagine. Au cours de ces jours d'attente, les cauchemars reviennent, plus sombres et plus terrifiants encore. Dans chacun d'eux, le visage de sa soeur, le son de sa voix qui décrit avec moults détails les tortures infligées. Puis son imagination prend le relais et elle imagine des femmes aux visages déformés de cruauté faire subir des monstruosités à sa mère à sa soeur. Elle s'éveille parfois en sursaut, ressentant plus que jamais la morsure de la lame sur sa peau, la brûlure du venin dans ses plaies effacées. Dans ces moments, Alméïde examine son corps, à la recherche des marques qui l'affligent, mais elle ne voit toujours rien. Sur son poignet, rien que ce nouveau symbole tatoué sur sa peau, le symbole erebien du scorpion, emblème de son duché. Un rappel d'où elle vient et des épreuves endurées. À l'orée de son départ pour une nouvelle vie, il la rattache à l'ancienne. La princesse l'effleure du bout des doigts et se rendort, d'un sommeil agité.

Un matin, pourtant, alors qu'elle veille sur son neveu et filleul, on vient lui annoncer l'arrivée de sa soeur au palais. La surprise laisse rapidement place à l'inquiétude et elle acquiesce doucement, demandant au serviteur d'emmener Rejwaïde dans un salon confortable et de servir le thé en attendant qu'elle la rejoigne. Ce ne sera l'affaire que de quelques minutes. Une fois seule avec le bambin, il lui faut bien quelques instants pour rassembler son courage et se redresser. Qasim joue avec sa natte, babillant joyeusement dans ses bras, les yeux grands ouverts. Son rire communicatif l'apaise un peu et elle dépose un baiser délicat sur son front avant de l'emmener avec elle et de le confier à Sitara. La sultane aperçoit l'air préoccupé de sa belle-soeur, mais elle a la prévenance de ne pas demander de ce qui peut bien parvenir à assombrir son humeur et Alméïde lui en est reconnaissante. Son sourire est sincère toutefois, lorsqu'elle la quitte, bien qu'il s'affaisse à mesure qu'elle se dirige vers sa soeur.

À la porte du petit salon, deux gardes surveillent la porte et elle se sent honteusement rassurée de les savoir là, tout près. Son coeur tambourine contre sa poitrine et la culpabilité l'assaille de ressentir ainsi une telle méfiance pour l'une des personnes qui compte le plus dans sa vie, et ce depuis toujours. Immobile à l'embrasure, elle observe le dos de sa soeur, tentant de démêler la tempête de sentiments qui s'entremêlent dans son coeur. Des frissons parcourent sa peau, son corps encore empli des souvenirs de ce qu'elle a vécu en mars. La peur se dispute à la joie, le soulagement se dispute à l'inquiétude. Sa soeur est là, elle va bien. Mais sa lumière semble dissimuler des ombres dont elle ignorait tout.

« Reja. » Sa voix est douce et un sourire tendre apparaît sur ses lèvres malgré tout. Son courage rassemblé, elle referme la porte derrière elle et s'avance jusqu'à elle, parvenant à dépasser l'angoisse pour la prendre dans ses bras. Le visage de sa soeur la ramène à ses cauchemars et elle doit prendre sur elle pour ne pas s'éloigner sur le champ et mettre la plus grande distance possible entre elles. Toutefois, elle s'assoit sur le fauteuil qui lui fait face, plutôt que celui à ses côtés. « Je suis contente que tu aies pu te libérer. Il y a des choses dont... je voulais te parler. » La gêne est palpable, elle ne sait encore comment aborder le sujet et elle a déjà la gorge sèche sans même avoir commencé. « Est-ce que tu veux un peu de thé ? Tu as fait bon voyage ? » demande-t-elle pour se donner un peu contenance, levant la théière pour les servir toutes les deux.

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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Mar 18 Juil 2017 - 16:46

Elle a hésité. Longtemps. La lettre entre les mains, portant l’écriture familière de sa sœur, lui semblait aussi dangereuse qu’un scorpion tapi dans sa tanière, et Reja a attendu avant de l’ouvrir. Deux jours entiers, à contempler d’un œil méditatif le rouleau de parchemin scellé posé sur sa table de chevet. Elle a d’autres choses à penser que de lire encore les projets scandaleux d’Alméïde couchés sur le papier. C’est l’insistance réprobatrice de Sirocco qui a fini par l’emporter. Au lieu des plans de mariage et des rêves délirants de bonheur qu’elle craignait de découvrir, c’est une convocation en bonne et due forme qui lui a fait hausser un sourcil. Que s’imagine-t-elle, la princesse d’Erebor à qui tout sourit, qu’une moins-que-rien de Voltigeuse du rang est libre de ses mouvements et qu’elle peut aller et venir dans tout l’empire au gré de ses caprices ? Oui, qu’est-ce qui peut bien faire croire à Alméïde que sa sœur a la moindre envie de remettre ne serait-ce qu’un orteil à Vivedune… Un instant, elle est tentée de faire la sourde oreille, prétendre n’avoir rien reçu et continuer l’entraînement avec Grâce, à Ibelin, comme avant. Reproche. Bon. Alors lui demander, à elle, de venir la rejoindre plutôt en Valkyrion, en terrain neutre. Exaspération. Oui, mais Erebor… Elle y a tant de souvenirs cruels. Roc-Épine, peut-être, dont elle se souvient avec plaisir ? Nostalgie. Oui, le Pic me manque aussi. La vie était plus simple, alors. Sans tous ces tracas qui se disputent chacun de ses instants d’éveil depuis des mois maintenant.

Elle en a parlé à Grâce, ensuite. De sa sœur qui va épouser un homme qui ne la mérite pas, qui a toujours été retenue loin d’elle par sa vie trépidante de princesse, qui n’a jamais trouvé le temps de se pencher sur les cicatrices qui tourmentent si fort l’âme de sa cadette. Et de son… invitation, à lui rendre visite lors de son prochain passage à Vivedune. Grâce qui n’a pas tenté de l’influencer, qui n’a pas commenté, ni donné d’avis non sollicité. Grâce, qui a simplement écouté, comme si comprenait instinctivement que c’était là tout ce que sa co-équipière attendait d’elle : une oreille pour entendre ses doutes et ses regrets. Inestimable ailière, que cette fille de Bellifère ! C’est finalement Sirocco qui a eu le dernier mot, à force de lui partager des images d’Alméïde à tout bout de champ. Se rend-il compte à quel point sa cavalière se force pour honorer le rendez-vous ? Sûrement. Il l’y force quand même… avec sa logique étrange de griffon, sûrement a-t-il pensé que c’était une bonne idée.

C’est avec grande réticence que Reja se présente au palais de Vivedune, quelques semaines plus tard. Elle est arrivée peu avant l’aube ; mais elle est restée deux heures avec Sirocco, perchée sur une des hautes tours de la cité, à contempler le lever du soleil sur la capitale. Puis elle prend le chemin de l’imposante bâtisse où réside la famille ducale ; elle a bien l’irrépressible pulsion de faire demi-tour et de repartir comme elle est venue, mais Sirocco s’est envolé sans elle, aussi la Voltigeuse n’a-t-elle guère le choix. Deux gardes l’escortent jusqu’à un petit salon où on la prie de patienter – et, tendant l’oreille, elle ne les entend pas s’éloigner. De… mieux en mieux. La voilà à présent criminelle dans le palais où sa mère a régné… ? Merveilleux. Tout à la fois contrariée et inquiète, elle se campe face à la fenêtre pour laisser son regard courir à l’extérieur, détaillant le paysage familier du duché de son enfance. Lorsqu’Alméïde la rejoint enfin, elle perçoit quelque chose d’artificiel dans son accueil. Une étreinte bien bancale – allons, se force-t-elle à présent ? Elle secoue négativement la tête pour refuser le thé offert – elle est trop incertaine de ce qui se passe ici pour se laisser aller à siroter comme si de rien n’était. Alméïde s’est assise, en face d’elle, mais étrangement elle semble incapable de croiser son regard. L’agacement point dans l’esprit de la cadette : des deux, c’est elle qui devrait être le plus mal à l’aise. Elle appréhende tellement que sa sœur lui parle de ces sujets qu’elle ne supporte pas ! Des bébés tous neufs de Sitara, ou du mariage avec Castiel, ou même encore de ces semaines étranges passées dans une vie qui n’a jamais été la sienne. Elle redoute tellement de devoir dire à Alméïde des choses qu’elle n’appréciera pas d’entendre ! Et c’est la princesse qui joue les délicates ? Allons donc !

Reja n’a jamais été diplomate. La seule manière de ne point être blessée, c’est d’attaquer la première, c’est ce qu’on lui a appris au harem ; aussi lance-t-elle les hostilités sans attendre, incapable de supporter la lourdeur terrible de l’atmosphère dans le petit salon soudain devenu bien oppressant. « Pourquoi m’avoir fait venir, si ma simple vue te dégoûte et que tu dois te forcer pour me toucher ? » Son ton est calme, pourtant, tant elle contrôle étroitement les hurlements qui ravagent son âme. Anthim l’a-t-il définitivement montée contre elle ? Ou est-ce son prochain mariage qui lui a fait décider que sa propre sœur est indigne de son temps et de son attention ?

Valda, mais que se passe-t-il ici, à la fin ?


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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Sam 29 Juil 2017 - 11:56

L'embarras nourrit ses gestes de maladresse et d'incertitude. Le doute profond qui la ronge depuis des semaines – depuis des mois – semble exacerbé, lourd dans sa poitrine, comme un poids qui l'empêche de respirer. Elle désire plus que tout se débarrasser de ce moment bien trop chargé d'appréhensions, elle aimerait tant ne pas avoir à poser la question qu'elle redoute et qui pourtant lui brûle les lèvres. Maintenant que sa soeur est là, devant elle, elle hésite, préférerait tirer un trait sur ces terribles souvenirs et faire comme si de rien n'était. Mais ça aussi, elle en est incapable. Quelque part, au fond de son esprit, un sage guerrier lui insuffle un peu de courage et la position de la princesse sur le fauteuil se raffermit imperceptiblement.

« Pourquoi m’avoir fait venir, si ma simple vue te dégoûte et que tu dois te forcer pour me toucher ? » La remarque pique, elle pince, elle tord le coeur de l'Erebienne qui grimace devant une telle accusation. « Tu ne me dégoûtes pas Reja. » répond-elle avec calme, son regard voguant entre embarras et incompréhension, entre indignation et appréhension. Elle observe sa soeur et tente de savoir ce qu'elle peut bien ressentir à la vue de ce visage qu'elle n'a plus revu depuis son séjour entre les mains de l'Ordre. Une parcelle de son être tremble à la simple pensée de ces instants terribles, l'autre se réchauffe de savoir sa cadette auprès d'elle. Elle aime sa soeur, c'est tout ce qui devrait compter. Qu'importe la discussion à venir, n'est-ce pas ?

Alméïde repose la tasse qu'elle a porté à ses lèvres quelques instants plus tôt, pratiquement intouchée. Elle est même incapable d'avaler une gorgée de ce thé. « Tu as dû savoir que j'ai disparu quelques jours, au début de mois de mars, n'est-ce pas ? » commence-t-elle, faisant taire les tremblements de sa voix alors que ses yeux cherchent une confirmation dans le regard de sa soeur. Son coeur se serre. La suite sera plus difficile. « C'était l'Ordre. J'étais entre les mains de l'Ordre. Et ce qu'ils m'ont fait subir... » Elle s'interrompt, hésite, reprend son souffle. Jamais elle ne parviendra à en parler sans ressentir cette bouffée d'angoisse paralysante qui la cloue au sol. Alméïde joint ses mains entre elles pour les empêcher de trembler. « Ils voulaient des informations sur Erebor, sur Ibélène. Des informations que je ne pouvais leur donner, alors ils ont... usé de tous les moyens pour me faire craquer. À vrai dire... je ne suis plus certaine de savoir ce qui était réel ou n'était qu'une illusion. » Triste aveux qui la fait baisser le regard sur ses mains, alors qu'il lui semble encore sentir la morsure du fouet sur son dos, aussi vif que l'image de son frère assassiné sous ses yeux. Les soins prodigués sur sa peau l'empêchent d'affirmer avec certitude que tout ce qu'il s'est passé n'était pas simplement dans sa tête. Pourtant...

« Pendant tout ce temps, j'étais dans le noir complet. Jusqu'à ce qu'ils me permettent de voir ton visage. » Son regard se relève, incertain, pour croiser celui de sa soeur. « Je t'ai toujours fait confiance Reja, et je m'en veux d'avoir à te poser cette question, mais cette femme qui se trouvait là-bas et qui portait ton visage, elle m'a fait du mal et elle y a pris du plaisir. Elle a raconté des choses que seule ma cadette aurait pu connaître, alors... alors j'ai besoin de savoir. » Elle prend une inspiration, sans baisser le regard un instant. « Est-ce que c'était toi ? »

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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Sam 29 Juil 2017 - 20:39

Reja observe Alméïde, sans mot dire après son apostrophe hargneuse. Elle ne sait plus vraiment où elle en est, avec sa sœur. Bien sûr, elle lui est attachée, elle éprouve de l’affection pour elle, oui… moins qu’avant, peut-être ? Moins qu’au temps du harem en tout cas, c’est certain, tant elle a souffert de leur éloignement ensuite… La part rationnelle de son être lui souffle qu’Anthim n’est peut-être pas le seul responsable de son enfance solitaire, et que la moitié des torts revient vraisemblablement à celle dont il a fait une princesse. Elle refusait de le voir, plus jeune, mais c’était l’aveuglement d’une enfant : la vérité, la vérité claire et nue, c’est que sa sœur était plus chez elle dans les couloirs du palais que dans les salles confinées du harem. Triste vérité. Qui fait mal, un peu – qui grignote une part de l’amour qu’elle portait naguère à Alméïde, c’est sûr. Et à présent, la voir aussi mal à l’aise en sa présence, à se tenir loin d’elle et répugner à la serrer dans ses bras… Une nouvelle morsure cruelle lui arrache un bout de son cœur, et elle réunit toute sa froideur pour barrer la voie à la douleur qui voudrait la dominer.

Sa dénégation sonne faux. Reja n’aime pas particulièrement la manière dont elle a formulé sa phrase : ce prénom, à la fin, transmet toute une série de nuances moralisatrices qui lui hérisse le poil. Comme si Alméïde était le parangon de la raison et de la sagesse, et elle rien d’autre qu’une gamine sauvage et écervelée. Serrant les dents, la cadette relève le menton avec provocation, misant sur l’insolence passive pour reconstruire sa contenance. A l’évocation de la soi-disant « disparition » d’Alméïde, elle émet un reniflement dédaigneux, croisant les bras et arquant un sourcil sceptique. Allons bon – tout le monde se doute bien qu’elle a filé en catimini se rouler dans la luxure avec son damné Cielsombrois couronné ! La rumeur en a agité l’empire, et même s’il a tenté de donner le change en la faisant rechercher, la Voltigeuse tiré les leçons des manquements passés de sa sœur – la colère d’Anthim, elle aussi, a fait bruisser le moulin à rumeurs. La si parfaite princesse Alméïde est capable de duplicité tout comme les misérables mortels, semble-t-il !

Son intérêt s’éveille lorsque son aînée mentionne l’Ordre. Tiens donc ? Silencieuse, elle l’écoute développer son expérience, mettre des mots sur ce qui lui est arrivé, et elle n'est pas étonnée. Reja a fourni à ses supérieurs toutes les informations sur lesquelles elle a pu mettre la main, mais elle ne sait pas grand-chose de la politique interne de Vivedune – c’est elle qui a conseillé de se tourner vers le personnel de la sultane et de la princesse pour en extraire un individu détenteur de plus de… potentiel. Elle n'aurait pas pensé qu’ils iraient jusqu’à se servir directement à la source ; mais ce n’était pas une mauvaise idée – Anthim doit sûrement tout raconter à Alméide, ou du moins le faisait-il avant qu’elle ne commence à trahir aussi libéralement sa confiance en se vautrant égoïstement dans les draps de Castiel.

Mmm. Intéressant.
Prudemment, la Voltigeuse répond à une partie de la question.

« On m’a demandé mon aide pour châtier une ennemie de l’empire. Une femme dont les traits n’étaient pas les tiens, je le précise. Elle a fait frein aux efforts du peuple pour retrouver les savoirs perdus qui sont notre droit d’héritage et dont nous ne sommes privés que par le caprice de douze individus, trop imbus d’eux-mêmes pour reconnaître qu’ils ne maintiennent la Trêve que pour conserver une parcelle du pouvoir qu’ils avaient il y a mille ans. Si tu es cette femme qui refuse de soutenir notre lutte légitime – alors oui, c’était moi. » Toujours ce menton fièrement dressé. Elle n'a pas honte. Son combat est juste – et une part d'elle se réjouit sombrement qu’Alméïde ait expérimenté elle-même, l’espace d’une seule journée, ce que sa cadette a subi pendant presque vingt ans. « Qu’as-tu pensé des pratiques délicieuses du harem ? Je peux te montrer à nouveau, si tu as besoin de plus de détails. » L’ironie est plus simple que de réfléchir aux conséquences, et elle ne va pas lui mentir.

Elle a aimé ça.
Férocement.


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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Sam 29 Juil 2017 - 23:05

L'air s'alourdit d'une atmosphère plus pesante encore. Immobile, la princesse est envahie d'un mauvais pressentiment qui s'attarde, qui l'oppresse. Comme le vent se lève, annonçant l'orage, le petit salon est le théâtre du désastre à venir. Alméïde scrute le visage de sa soeur et dans ses yeux, elle n'y lit nulle surprise, ni même une once de compassion pour ce que son aînée a pu subir. Elle ne fait soudain face qu'à un masque de froideur et de dédain. Et la lame s'enfonce dans la plaie déjà béante.

Les paroles de Reja la blessent plus encore que les lames qu'elles a maniées pour découper sa peau. Des frissons d'effroi parcourent son dos et remontent jusqu'à sa nuque alors qu'elle s'efforce d'écouter, de comprendre. La mention de la Rose provoque un tressaillement dans son esprit, la mention de la lutte à laquelle elle prend part la fait frémir. Pendant un instant, le souffle lui manque, le choc l'empêche de respirer et tout son visage devient tout à coup très pâle. Comment a-t-elle pu être aussi aveugle ?

« Qu’as-tu pensé des pratiques délicieuses du harem ? Je peux te montrer à nouveau, si tu as besoin de plus de détails. » L'aveu blesse par sa froide cruauté, la question la meurtit profondément. Alméïde reste résolument silencieuse, incapable de réagir face à l'horreur de la réalité qui la rattrape et la submerge. Elle se souvient très bien de chacun des supplices qu'elle lui a fait subir, elle se souvient des mots prononcés avec calme entre deux de ses hurlements. Elle se souvient de chaque nuit qui a suivi, où elle a tenté de chasser le visage de sa soeur, de le dissocier de la douleur pour ne pas avoir à admettre tout ce qu'elle a pu laisser passer durant toutes ces années. Elle avait peur de connaître la vérité, elle a peur aujourd'hui encore. Pire, elle lit toute la fierté et la convition dans le regard de Reja et elle réalise qu'elle l'a abandonnée à son sort sans en avoir aucune idée. Et que désormais, elle s'est jetée dans les bras ouverts de l'Ordre.

Une pensée fugace la traverse, comme un avertissement, comme un conseil. Il lui suffirait de faire appel aux gardes et tout serait terminé. Juste un mot, juste un ordre... Qu'attends-tu ? Je ne peux pas. C'est une ennemie. Elle est avant tout ma soeur. Simon reste silencieux dans cet échange, mais Alméïde sait qu'il est plus attentif que jamais face à cette femme qui lui a fait du mal, qui ne porte sur son visage aucune trace de regrets. Elle sait ce qu'il aurait fait ; il est des sacrifices nécessaires pour le bien du continent, et peut-être possède-t-elle des informations importantes qui leur seraient utiles. Mais vaudrait-elle mieux que l'Ordre si elle ne laissait pas une chance à sa soeur de s'expliquer ?

Quelques secondes à peine se sont écoulées – une éternité pour son esprit tourmenté – quand elle reprend la parole d'une voix incertaine.

« Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit Reja ? » De toutes les paroles prononcées, elle ne retient que le silence sur des actes inhumains. Alméïde s'efforce de calmer les vagues d'angoisse qui la traversent et réalise alors que ses doigts se sont enfoncés sur le bord du fauteuil sur lequel elle a pris place, les empêchant de trembler. C'est alors seulement qu'elle se rend compte que c'est autre chose qui l'anime, plus profondément. De la colère. Contre ceux qui ont fait subir de telles choses à sa soeur. Contre elle-même pour ne pas s'en être aperçue. Contre Reja, de justifier sa cruauté sans la moindre hésitation.

« Et comment... comment peux-tu travailler pour de telles personnes ? Comment peux-tu faire subir de telles horreurs à d'autres, sans même t'interroger un instant sur qui ils sont ou ce qu'ils ont fait pour mériter ça, alors que tu as toi-même goûté à cette injustice ? Comment peux-tu être aussi cruelle... ? » Elle savait sa soeur déterminée, elle la savait forte et capable de se défendre, mais elle ne la pensait pas capable d'une telle absence de jugeote. Oh, ma soeur, que t'est-il arrivé pour que tu perdes ainsi la raison ?

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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Dim 30 Juil 2017 - 8:57

Concentrée sur Alméïde, Reja ne rate aucune des expressions qui défilent sur le visage de sa sœur. Une farouche exaltation l’emplit toute entière lorsqu’elle lit le choc sur ses traits – eh quoi, princesse, si tu avais pris le temps de t’intéresser à ta cadette, peut-être aurais-tu eu une meilleure notion de son caractère et de ses allégeances ? Après tout, cela ne fait que dix ans que cela dure… Curieuse de voir où va mener la suite de l’entretien, la Voltigeuse s’appuie contre le dossier de son fauteuil, les bras croisés, les yeux toujours braqués sur sa sœur pour ne rien rater de ses réactions.

Pourquoi ne rien lui avoir dit ? Pourquoi ne jamais lui en avoir parlé ? La question lui tire un rire, bref et sec. Alméïde a-t-elle seulement pensé à demander, à s’intéresser à elle ? D’un geste vague de la main, elle indique que ce n’est pas grave, haussant à demi les épaules. Elle en a pris son parti il y a longtemps, quand elle n’était encore une enfant : Alméïde ne s’occupe que des choses importantes. Elle a des obligations, des devoirs, des fonctions ; et elle, petite Reja, elle n’est… qu’une distraction. Elle l’a compris, depuis des années maintenant. La réalisation semble tardive, du côté de la principale concernée ; mais au moins, elle le sait à présent, c’est déjà ça. Sur les bras du fauteuil, les doigts de la princesse se sont crispés, et Reja en tire une sombre satisfaction. Ouvre un peu les yeux, princesse. Vois comme le monde est laid.

Incrédule, elle écoute la litanie de questions qui suit. Elle ne pensait pas que sa sœur pourrait être autant étrangère aux émotions noires qui bouillonnent dans son être tuméfié par des années d’abus. Pas à ce point. Et la voilà brutalement sortie de son écrin de coton, qui se confronte soudain à la réelle nature de ce qui l’entoure… Le réveil est brusque, c'est flagrant, mais Reja ne compte pas ménager sa sœur. Elle est fatiguée de tout ça, de toujours devoir s’effacer et se taire pour préserver la sérénité de son aînée. Elle aussi a besoin de protection et d’attention – elle va avoir trente ans, il est temps qu’on lui rende un peu de ce qui lui est dû !

« C’est évident, non ? Ils me l’ont demandé. Ils sont venus me trouver, ils me l’ont proposé, parce qu’ils m’ont trouvée spéciale, eux. Différente. Ils m’ont remarquée. Toi, visiblement, il faut que je te choque pour avoir ton attention – pas eux. Tu ne savais rien de ma vie au harem, ça n’a pas changé quand j’en suis sortie. » Exaspérée, elle lève les yeux une fraction de seconde. Elle a répondu au pourquoi ; maintenant, au tour du comment. « C’est facile, Alméïde. Personne ne s’est jamais demandé si c’était cruel de mutiler une enfant de six ans, pourquoi est-ce que je devrais me poser des questions ? C’est facile, et ça fait du bien d’infliger aux autres ce que j’ai subi. De partager ça. De ne plus être la victime, mais le bourreau – de ne plus être impuissante, mais d’avoir le contrôle. Ce que je me demande, moi, c’est pourquoi il t’a fallu autant de temps pour t’en rendre compte. Tu t’imagines que les concubines d’Anthim agissent autrement que ça, quand tu as le dos tourné ? Ma pauvre sœur ! Le poison coule à flots, dans les couloirs du harem, comme de mon temps – prends le temps de regarder de plus près le corps de tes nièces, interroge la mère du deuxième prince. Je suis certaine qu’il y a déjà eu des attentats sur sa vie. Réveille-toi, Alméïde : le monde est laid. Avoir grandi sur les marches d’un trône ne te donne pas le droit de l’ignorer. »


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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Dim 30 Juil 2017 - 11:28

À mesure des paroles de sa soeur, Alméïde se tend un peu plus, imperceptiblement. Un goût amer semble s'attarder au fond de sa gorge, mélange acide de regrets et de colère. Abasourdie, elle écoute Reja vanter les mérites de l'Ordre et l'accuser de ne pas lui porter autant d'attention. C'est vraiment ce qu'elle pense ? Croit-elle que ça ne lui fait pas mal, à elle aussi, de ne pouvoir être à ses côtés plus souvent désormais ? Lorsqu'elles étaient petites, la princesse pouvait se rendre tous les jours au harem, même si parfois c'était pour y découvrir que sa soeur était un peu trop occupée pour la voir, mais ça ne l'empêchait pas de s'y rendre malgré tout, de vouloir jouer avec elle, de veiller sur sa cadette. Chaque moment en sa compagnie la remplissait de joie et elle écoutait avec ferveur les histoires de leur mère, des histoires sur leur peuple, sur les Sinhaj, sur les danseuses des dunes. Que de beaux sentiments semble-t-il, alors qu'on l'a gardée dans l'ignorance toutes ces années et qu'elle ne découvre que maintenant les horreurs qu'elle a dû affronter seule. Et leur mère alors ? Qu'a-t-elle bien dû subir elle aussi ? Le sang des gitans qui coule dans ses veines semble s'en indigner, s'anime d'une flamme qui brûle dans ses entrailles. Et tout ce qu'elle perçoit dans le discours de sa soeur, c'est que des êtres encore plus terribles ont profité de sa vulnérabilité pour lui promettre monts et merveilles.

« Tu aurais dû me le dire. Tu aurais dû m'en parler plutôt que me laisser dans l'ignorance. Comment aurais-je pu le deviner alors qu'à chacune de mes visites pour m'assuriez, mère et toi, que tout allait bien ? Si j'avais su... Jamais je ne vous aurais laissé seules Reja, jamais. » Il y a de la conviction dans ses paroles qu'elle sait sincères. Oui, elle l'aurait fait, sans la moindre hésitation. Pour elles. « Mais ce que tu as vécu ne te donne pas le droit de te défouler sur d'autres. Tu ne parviendras jamais à reprendre le contrôle en laissant la haine te dominer ainsi. C'est elle qui te contrôle, et c'est l'Ordre avec ses belles paroles. Tu penses réellement qu'ils en ont quelque chose à faire de toi ou des autres ? Ils vous utilisent et à la moindre occasion, ils vous jetteront en pâture pour servir leur cause. Ils ont tué des centaines d'innocents pour faire entendre leur voix et rien ne peut justifier de telles horreurs Reja, rien. » Sa voix semble étrangement calme malgré les légers tremblements qui l'agitent par instants. Toujours sous le choc, toujours abasourdie, mais bien déterminée cette fois à ne pas laisser les angoisses la submerger. Reja est sa soeur, elle se doit de surmonter la terreur qu'évoquent les tortures passées pour comprendre, pour aider – s'il n'est pas déjà trop tard.

« Si tu comptais tant que ça à leurs yeux, ne penses-tu pas qu'ils t'auraient révélé l'identité de la personne que tu as pris plaisir à torturer, plutôt que de te manipuler pour le faire ? Mon seul crime était de posséder des informations sur Erebor, crois-tu que ça fait de moi une ennemie de l'empire ? » demande-t-elle, soudain bien grave, alors qu'elle sonde le regard de sa cadette. Elle a bien mis des bâtons dans les roues de l'Ordre, en tant que Tour Noir, mais ils n'en savent rien et Reja n'a pas besoin de le savoir non plus. Qu'elle ait seulement évoqué l'idée qu'elle mérite un tel traitement lui fait profondément horreur.

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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Dim 30 Juil 2017 - 14:16

Alméïde parle, et parle, et parle encore – et Reja sent une profonde lassitude l’envahir. C’est toujours la même antienne, à chaque fois que sa sœur découvre un élément de son existence – tu aurais dû, si j’avais su, ce n’est pas ma faute. Mais comment a-t-elle pu grandir avec de telles œillères ? L’écho des paroles entendues ici et là revient sans cesse la hanter, et elle se doit d’admettre que l’Ordre a raison : la noblesse et la royauté n’ont que bien peu idée de la nature de la vie. Que savent les ducs et les duchesses du malheur de ceux qui naissent dans la poussière ? Que savent-ils, des larmes et des souffrances des gens du commun ? Ce sont eux, les petits et les faibles, qui ont le plus perdu lorsque les Savoirs d’antan leur ont été arrachés, eux qui ont le plus régressé – oh, elle en sait long, Reja, sur la grandeur des siècles passés, avant la Trêve. Elle a lu les livres, elle a regardé les fresques – sa loge est toute entière dédiée à la recherche des témoignages et des artefacts qui auraient survécu à la Purge. Alors, oui, elle a une assez bonne idée de tout ce qu’Ibélène a dû sacrifier ; et de tout ce que cela a coûté à ses petits gens.

Son visage se ferme, tandis qu’Alméïde débite platitude après platitude. Silencieuse, butée, elle attend que sa sœur se taise ; et lorsqu’elle le fait, Reja se penche en avant, agrippant les accoudoirs de son fauteuil. « C’est ça que tu ne comprends pas : c’est ma haine qui m’a tenue en vie, pendant des années. Comment aurais-je pu te dire quoi que ce soit à l’époque ? Tu n’avais aucun pouvoir, et Mère l’avait défendu de toute manière. Après la mort d’Anwar, tu es devenue intouchable : il fallait te protéger à tout prix. Souffrir les avanies à ta place. Payer pour ton statut, de nos larmes et de notre sang. Tu étais ma sœur, je t’adorais ; pour toi, j’en porte encore les marques. Tu n’as jamais su ouvrir les yeux pour voir. » Au point que Reja en a parfois questionné l’intelligence de son aînée. Elle n’a jamais cessé de l’aimer, non – mais son affection a pris une tournure bien plus noire ces derniers temps.

Pinçant les lèvres, elle la toise un instant, silencieusement, puis reprend, glaciale sur son siège. « J’ai choisi une voie qui me permet de défendre les idéaux auxquels je crois. Nous avons été spoliés de notre héritage, je veux qu’il nous soit rendu. » Enflammée soudain, elle tape du poing sur son accoudoir. « L’Ordre a tué des centaines de personnes, et tu n’étais pas la première à passer entre mes mains, mais la Rose a mené le massacre de milliers de savants en son temps – des milliers, Mémé, des familles entières, parfois même des villes ! Rien ne justifie ça – rien ! Et si, toi, tu trouves que c’est légitime, si tu refuses d’être une alliée, alors – » Elle s’interrompt un instant, inspire à fond, carre les épaules et braque son regard dans celui de sa sœur. C’est d’un ton plus calme qu’elle termine, mortellement sérieuse. « – alors, oui, tu es une ennemie. »

Et je devrai te traiter comme telle. Les mots ne sont pas prononcés… mais le regard est éloquent.


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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Dim 30 Juil 2017 - 15:38

Chacune des paroles de sa soeur est une épine de plus qui s'enfonce dans son coeur. La mention de leur mère, puis du harem, sont autant de coups portés et qui manquent de lui couper le souffle. Elles ont toutes les deux payé, elles ont toutes les deux souffert, pour qu'elle-même ne sache jamais les horreurs qui se déroulaient sous ses yeux. Alméïde sent une vague glacée l'envahir et elle se sent soudain très mal. Son visage reste très pâle et son corps s'immobilise sous le poids de la réalité qui la rattrape. Comment aurait-elle pu seulement le deviner ? Ses souvenirs ne sont peuplés que des sourires rayonnants de sa mère et de Reja, de leurs mots doux et de leurs histoires destinées à la rassurer. Ses souvenirs du harem se limitent à ces harpies qui passaient leur temps à lui faire des remarques désobligeantes, à l'insulter, à glisser des horreurs à son oreille. À six ans, elle n'en comprenait pas toute la portée, mais son assurance se faisait peu à peu piétiner jusqu'à ce jour où elle est parvenue à s'enfuir et s'est retrouvée en face d'Anthim qui a su la consoler. Pour elle, le harem n'était pas des plus heureux peut-être, mais il était loin des sévices décrits par sa soeur. Que celle-ci l'accuse d'avoir fermé les yeux sur ce qu'il se passait est à la fois injuste et absurde. Jamais elle n'a voulu une telle chose pour sa soeur. Jamais.

Mais si les révélations sur les tourments du harem sont un choc pour elle, son dévouement pour l'Ordre est ce qui l'effraie le plus. Elle lit la détermination dans son regard, la conviction farouche de faire ce qui est juste. En elle, le fierté d'un guerrier en prend un coup mais c'est sa connaissance et sa sagesse qui parlent à travers elle.

« La Rose a fait ce qu'elle avait à faire à une époque où les enjeux étaient bien plus grands et où les choix étaient trop restreints. Elle oeuvre depuis pour préserver la paix et elle essaie aujourd'hui de réparer le mal qui a été fait, elle a rompu cette trêve qui faisait désormais plus de mal que de bien. Elle a proposé aux empires de le faire eux-mêmes et ils n'ont pas écouté. Crois-tu vraiment que la guerre était nécessaire ? Tu les accuses d'avoir tué pour une cause qu'ils trouvaient nobles à l'époque et pourtant tu défends l'Ordre pour les mêmes raisons. Je regrette autant que toi les massacres qui ont pu avoir lieu il y a mille ans et je désire plus que tout qu'ils cessent aujourd'hui, mais il y a forcément d'autres moyens. »

Elle ne sait comment elle parvient à garder son calme, comment elle peut ne pas s'effondrer à l'idée que sa propre soeur puisse lui faire du mal et ne pas le regretter une seconde, mais elle s'efforce de ne pas s'attarder là-dessus pour le moment, de peur de perdre ses moyens. Elle continue alors sur sa lancée, sans lui laisser le temps de réagir.

« Je ne sais pas si tu te souviens de ce qu'il s'est passé lorsque le continent a été transporté dans cette autre réalité, mais moi je me rappelle. Je me rappelle que la Rose n'est jamais née, que l'Ordre a gagné, que Savoirs et Magies n'ont jamais été bannis, mais à quel prix ? C'est vraiment ça que tu aurais voulu ? » Au prix de la guerre et des morts, bien plus de morts encore que celles qu'elle accuse la Rose d'avoir provoquées. Un continent ravagé, le danger qui rôde partout, Lorgol plongée dans un chaos sans nom. Elle n'en veut pas de tout ça, Alméïde. Et dans son regard ne se lit plus la surprise ou la peur, mais la déception. Est-il trop tard pour lui ouvrir les yeux ?

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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Dim 30 Juil 2017 - 19:01

Bien sûr, Alméïde ne comprend pas – bien sûr, elle essaie de lui dicter la conduite à tenir. Encore. Cela ne fera jamais qu’une personne de plus, incapable de comprendre que Reja a besoin de choisir, d’être celle qui décide, de pouvoir mener sa vie comme elle l’entend ; et pas d’être réduite au simple rôle d’exécutante. C’est ça, au final, que l’Ordre lui offre : la reconnaissance de sa liberté, et un combat à mener qui ne lui soit pas imposé, mais librement choisi. Oh, comme le sang bout dans ses veines, à entendre sa propre sœur rabaisser ainsi ses décisions ! Oh, elle se rappelle, oui – elle prétendra le contraire, à cause de Mayeul et de la chaleur que son souvenir éveille au creux de son ventre, mais oui, elle s’en rappelle parfaitement. Elle se souvient que les forts pouvaient marcher la tête haute, respectés et craints, et que l’Ordre avait protégé les plus grandes créations de l’Humanité. Elle se souvient de ces vaisseaux élégants qui voguaient sans les cieux – oh, comme elle aurait aimé y monter, voyager sur leur dos ! Elle se rappelle de ces machines fumantes qui remplaçaient les hommes aux tâches ingrates, préservant les travailleurs des blessures et des accidents. Elle garde mémoire, de ces Sabliers majestueux, de ces minuscules abeilles, permettant de remonter ou d’accélérer le fil du temps. Des merveilles splendides, et une puissance incomparable pour Ibélène. Une force à craindre ! Pas cet empire bancal, grignoté par Faërie inexorablement.

« Cette guerre, c’est la vanité des hommes qui l’a déclenché, l’Ordre ne fait que la gagner ! Et je veux en être, tu entends ? Ils m’ont donné un noble but à défendre, ils ne m’ont rien imposé, ils sont simplement offert – et j’ai accepté. Je veux que leur monde prenne vie, un monde où les bassement nés n’auront pas à courber le front devant les seigneurs, mais où la valeur déterminera la place que l’on occupe ! Je veux un monde rempli des splendeurs d’antan, un monde qui appartienne à ses artisans, où les seigneurs couronnés devront mériter leur rang, plutôt que l’hériter ! Tu as grandi dans le confort et la félicité, Alméïde, tu n’as jamais eu à t’astreindre au labeur pour gagner ta vie – mais moi, si ! Je sais ce que c’est que d’être moins que rien, indigne de respect, de n’avoir pas le loisir de choisir sa destinée. Quant à toi, ma sœur, tu as perdu le droit de me faire la morale il y a bien longtemps déjà. » Un rire amer lui échappe. Tout est en train de s’effondrer, les liens sont en train de brûler entre elles, mais elle réalise avec stupeur que c’est le cas depuis plusieurs mois déjà. La passion flambe dans ses veines, sa foi l’habite toute entière, elle brûle de faire entendre raison à Alméïde… mais doute que cela soit de l’ordre du possible. « C’était trop demander que tu approuves ma décision, comme d’habitude – mais cette fois, j’ai pris ma vie en main, et ce que j’en fais n’appartient qu’à moi. Toi, tu as ton mariage égoïste, tu vas embrasser les errances de Sombreciel, tant mieux pour toi si cela te rend heureuse. Je ne cautionnerai jamais, mais je n’essaie pas de t’en empêcher. Laisse-moi la même liberté. Tu es prévenue de mes intentions, il ne tient qu’à toi de veiller à ne pas te mettre sur mon chemin. Je serai dans le camp des vainqueurs, j’aiderai à bâtir une vie meilleure pour nos gens, pour honorer la mémoire de nos ancêtres et des Sinhaj qui sont tombés pour le simple caprice de nobliaux assoiffés de pouvoir. Et si tu es incapable d’entendre ça, et de me laisser libre de mes choix, alors… alors, ma sœur, nous n’avons plus rien à nous dire. »


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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   Dim 30 Juil 2017 - 20:02

Plus sa soeur avance dans son dicours, plus Alméïde la sent qui s'éloigne d'elle. Le fil qui les reliait semble s'effriter, il lui semble voir Reja pour la première fois. Elle avait en son coeur l'image de cette jeune femme flmaboyante, une guerrière farouche, une danseuse extraordinaire, une Voltigeuse incroyable. Et désormais elle réalise... qu'elle chérissait une idée et non une personne. Elle défend les idéaux de l'Ordre avec une telle conviction que c'en est déconcertant et pourtant, aucune de ces paroles ne pourrait convaincre Alméïde que ce qu'ils font est juste. Ils ont causé trop de malheurs et trop de morts pour cette cause, aussi noble soit-elle. La princesse aussi aimerait revoir Ibélène dans sa grandeur d'antan, revoir les merveilles d'Erebor, celles aperçues au coeur du Musée de Vivedune ou dans les archives de la Rose, celles mentionnées à demi-mots par Simon et vue lors de son bref passage dans cette autre réalité. Oh comme elle aimerait que ces Savoirs renaissent, plus beaux et plus grands encore, mais pas au prix de tant de vies. Reja peut dire ce qu'elle veut au sujet de cette guerre, mais elle doute que l'Ordre n'ait fait que profiter de la situation.

Mais elle ne s'arrête pas là, mentionnant ses choix, son mariage, puis ce à quoi elle aspire. Le visage d'Alméïde se referme, se fait plus dur. Devant elle, ce n'est plus sa soeur qu'elle voit. Sa soeur, elle l'a abandonnée il y a bien trop longtemps et devant elle ne reste qu'une femme qui a perdu toute raison. Pensait-elle réellement qu'elle approuverait de tels choix ? Qu'elle approuverait qu'elle tue et torture des gens pour atteindre ce but complètement irréaliste ? Pensait-elle qu'elle la féliciterait d'avoir causé du mal autour d'elle pour une noble cause ?

Lorsque le silence s'abat à nouveau, à la fin de sa tirade, la princesse relève la tête avec raideur. Au-delà de la colère se lit une résignation, une déception. Au fond d'elle, un hurlement de détresse résonne jusqu'à meurtrir son coeur et le briser comme mille éclats de verre. Reja est fière, trop fière, et ça se retournera contre elle un jour. Ca pourrait arriver à cet instant, alors qu'elle n'a qu'un mot à dire pour que les gardes s'emparent d'elle et l'enferment, comme traîtresse à la couronne. Mais elle a pris sa décision.

« Tu as raison, je n'approuve aucune de tes décisions. Mais tu es ma soeur Reja, et je t'aime. » Elle s'interrompt, la regarde droit dans les yeux, s'efforçant de garder son calme malgré la tempête qui fait rage sous son crâne. Doucement, elle se lève, lissant un pli de son sari au passage comme pour reprendre contenance. « Puisque tu t'es montrée claire quant à tes intentions et qu'il serait inutile pour moi d'essayer de te faire changer d'avis, nous n'avons plus rien à nous dire, en effet. Si un jour tu reviens à la raison, tu sais où me trouver. En attendant... » Elle doit prendre une inspiration pour parvenir au bout de sa phrase. « Je ne veux plus te voir, ni même te parler. Je te laisse partir parce que tu es mon sang mais si je te revois au palais, je te ferai arrêter pour trahison. » Sa gorge se serre et ses mains se joignent. « Tu peux t'en aller. » ajoute-t-elle avant de détourner son regard et de faire quelques pas vers la fenêtre, signe qu'elle en a fini avec cette entrevue.

Silencieuse, elle attend, mais seuls quelques pas résonnent derrière elle, puis le bruit d'une porte qui s'ouvre et se referme. Dans le calme revenu de la pièce, elle reste immobile, essuyant une larme sur sa joue. Elle ne savait pas ce qu'elle espérait en voyant Reja, mais ce n'était certainement pas ça. Alméïde ferme les yeux et prend une grande respiration, la lèvre tremblante de sanglots contenus. Reviens-moi ma soeur, reviens-moi.

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Message Sujet: Re: C'est la vérité qui fait le plus mal   

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