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 Entre quatre yeux, pas de mensonge

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Les Chevaucheurs
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Je suis : Capitaine du Vol d'Outrevent, mage de l'Été (destruction) et comte de Rivepierre.

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Message Sujet: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Mer 28 Juin - 23:21


Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Géralt de Rives & Lionel de Rivepierre

Entre quatre yeux, pas de mensonge

Ou quand y'a matière à parler



• Date : Le 9 juin 1002.
• Météo : Claire et chaude, à la tombée de la nuit, avec le vent de la mer venant rafraîchir les lieux... mais attiser le feu.
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Lionel et Géralt se revoient, à Aubenacre, alors qu'ils sont tous deux venus libérer la Chevaucheuse Aubenacre de sa famille. Plusieurs points doivent être mis sur bien des i.
• Recensement :
Code:
• [b]9 juin 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2379-entre-quatre-yeux-pas-de-mensonge]Entre quatre yeux, pas de mensonge[/url] - [i]Géralt de Rives & Lionel de Rivepierre[/i]
Lionel et Géralt se revoient, à Aubenacre, alors qu'ils sont tous deux venus libérer la Chevaucheuse Aubenacre de sa famille. Plusieurs points doivent être mis sur bien des i.


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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Jeu 29 Juin - 0:51

« Géralt. »

Juste son nom, prononcé par cette voix un peu désincarnée, étrangère à ses propres oreilles. Il ne se reconnaît pas. Il semble hors de son corps, porté par l’adrénaline qui ralentit ses gestes et le monde entier, qui l’encourage à partir de cette maison où rôde encore le danger. Pourtant, il est là, à regarder un homme qui se retourne enfin, reconnaissant son prénom. Car c’est bien lui, n’est-ce pas ? Il ne s’est pas trompé, plus tôt, et le visage est le même que celui de ses souvenirs. Que celui triste, fâché, souriant, alarmé, terrifié, qu’il se rappelle d’il y a plus d’un mois, dans une Lorgol bien différente que celle de leurs véritables jours. Le même regard clair auquel il s’est raccroché lorsque la mort de Liam leur a été apportée. Les traits sont choqués et crispés, mais ils n’ont pas changé.

Le reconnaît-il, lui ?

Lionel s’avance soudainement et repousse Géralt contre le mur du couloir, sans douceur, lui faisant barrage de son corps afin qu’il ne s’échappe pas. Il a dit qu’il le ramènerait au bateau, il l’a dit à Rackham. Il n’a pas dit dans quel état. Il n’a pas dit suite à quelle mercuriale, alors qu’il lui crache au visage des mots rageurs : « Comment… comment as-tu pu ne rien me dire ? Que tu étais véritablement avec eux ? » Comment a-t-il pu le laisser dans le mensonge ? Le pirate l’a aidé et bien qu’il ne s’en souvienne plus, lui le sait. Lui le sait et considère avoir une dette de vie, envers le Belliférien, et il est écoeuré de voir que cette dette est envers un homme qu’il connaît encore moins que ce qu’il pensait. Un seul de ses mots était-il vrai, ou sa langue n’a-t-elle distillé que lagraneries les unes après les autres, riant en son for intérieur de la naïveté du Rivepierre ? Ô Levor, pourquoi ne lui as-tu pas soufflé que devant lui se tenait un disciple de Syned bien plus que de tes Vents ? « Es-tu vraiment chirurgien, ou est-ce un autre de tes mensonges ? À moins que ce soit ainsi que tu qualifies les boucheries dont vous êtes responsables. De la chirurgie. » Il y a assez de Rackham, qui lui a révélé avoir plus que des affinités avec les pirates. Il y a assez de l’Audacia qui lui ait pris Iseabail, jadis, l’engloutissant dans la crapulerie et la malhonnêteté, assez qu’elle pille les côtes de son duché et toujours se joue des lois et des hommes. Il y a assez qu’il y a lui-même été perdu, dans un autre temps.

Assez.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Mer 19 Juil - 20:42

La voix qui t'interpelle t'est familière, mais tu ne réussis pas à mettre un nom dessus. Tu es donc surpris lorsque tu te retournes et trouves Lionel. Tu connais la voix de l'Outreventois. Elle s'est insinuée dans ta tête lors de cette nuit sombre, dans l'intimité d'une tente miteuse, seul refuge pour vous sur le moment. Elle t'a accompagné durant le mois entier que tu as passé dans cette trame alternée, fruit des expériences de l'Ordre. Une touche par-ci, une touche par-là, un bonjour, une inquiétude matinale, des chuchotements nocturnes, le tout à la volée, confiné dans une réserve pudique teintée d'une familiarité discrète. Cette voix, elle t'a porté, soutenu bien plus que tu n'oserais l'avouer, à quiconque. Tu ne la reconnais pas entièrement pourtant. L'espace d'un instant, tu te demandes même si l'un de tes frères ou neveux n'aurait pas causé une blessure non visible à l’œil nu qui expliquerait un quelconque état de faiblesse chez ton vis-à-vis.

Tu t'apprêtes à le lui demander, mais la question meurt dans ta gorge : son visage exprime des sentiments que tu as du mal à distinguer. Colère ? Sans aucun doute, mais la myriade d'émotions qui le traverse t'échappe : tu n'es pas en état de réfléchir à ça. Comme tu n'es pas apte à comprendre pourquoi, d'un coup, tu te retrouves plaqué contre un mur. Le corps de Lionel faisant barrage. Tu écarquilles les yeux, l'adrénaline courant tes veines à une allure folle. Tu te retiens vraiment de peu de contre-attaquer, de saisir le crâne de Lionel et de... et de le repousser de manière aussi brutale qu'il l'a fait. Oui. Voilà. Ton souffle est court. Tes mains tremblent. Tu ordonnes à tes bras de demeurer le long de tes flancs. Tu serres les dents et tu laisses ses mots s'inscrire dans ta tête.

Tu ne les saisis pas de suite. « Que...? » Tu ouvres la bouche alors que ton regard parcourt son visage – yeux, front, nez, bouche, yeux –, avant de la refermer en fronçant les sourcils, les mots te manquant. Cependant, Lionel enchaîne et tu comprends enfin. Tu comprends et tu vois rouge. Carmin. L'adrénaline prend le dessus et tout contrôle t'échappe. Cest trop pour ce soir ; toi si patient d'ordinaire, tes filtres s'envolent et Lionel aura ce qu'il est venu chercher. « Avec tout ce qu'on a vécu, avec tout ce qu'il s'est passé ce soir, la première chose que tu trouves à me dire, c'est ça ? » Ton visage s'approche du sien dangereusement, tes yeux, exprimant ta fureur, s'ancrent dans les siens, souffle contre souffle. « Dans quel monde tu vis, Lionel ? Tu crois que la vie offre des opportunités d'avenir sur un plateau d'argent à tout le monde ? Oh tiens, j'aurais dû devenir grand chirurgien d'une couronne ducale – parce que oui, je suis chirurgien de métier –, au lieu de croupir dans ce trou perdu de Bellifère, où on a tous vécu l'enfer depuis nos plus jeunes âges. Comment n'y ai-je pas pensé avant, franchement ? » Ton sourire railleur s'efface. « J'ai saisi les opportunités qui se sont présentées à moi, Lionel, et je n'ai pas honte de ça. Jamais. Pas quand l'Audacia m'a accueilli dans sa famille à bras ouverts, pas quand ça permet de sortir ma famille de la misère, d'ici. » Tes bras embrassent le couloir où vous vous trouvez, la bâtisse en général.

Tu enchaînes encore, incapable de t'arrêter, le menton relevé en signe de défi, celui de critiquer encore ce que la vie a fait de toi, ce que tu fais pour ta famille. Lionel a beau être plus grand, tu ne te sens pas dominé. Tu lui fais front sans vergogne, d'égal à égal, d'homme à homme. « Donc non, je ne t'ai rien dit parce que je n'en voyais pas l'intérêt. Qu'est-ce que ça aurait changé ? Tu aurais tenté de m'étouffer dans mon sommeil pour débarrasser Arven d'un assassin sanguinaire ? » Tu renifles, sarcastique. Tu peux compter sur les doigts d'une main le nombre de personnes que tu as tuées au cours de ta vie. Géraud est le premier qui a reçu toute ta volonté et toute ta haine par ce geste, les autres n'étaient que circonstanciels et tu en portes les remords chaque jour. « Mon autre moi t'a aidé et était pirate. Pas un mauvais bougre, de ce que j'ai lu. Étrangement, tu n'as rien eu à redire, là, quand vous traversiez Lorgol ou qu'il te menait à la tente. » Tu lui offres un regard noir, qui cille pourtant bien vite – trop à ton goût et pour ta propre sanité –, remplacé par ta colère et un sentiment que tu es incapable de définir.

En fin de compte, il s'agit de Lionel. Qu'il soit en colère ou non, qu'il t'ait plaqué contre un mur ou non, il reste Lionel, rencontré dans cette trame maudite où vous vous êtes liés. Pas le Comte de Rivepierre, pas le Capitaine d'Outrevent.

Juste Lionel.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Jeu 27 Juil - 22:40

La lumière n’est pas longue à se faire, chez le Belliférien, dont l’expression surprise devient furieuse. Sans doute à la hauteur des crimes dont il l’accuse, sans savoir s’ils ont été de son fait à un seul instant. « Avec tout ce qu'on a vécu, avec tout ce qu'il s'est passé ce soir, la première chose que tu trouves à me dire, c'est ça ? » Si proches, malgré la hauteur qui les séparent, le Chevaucheur penché vers le chirurgien, le chirurgien le menton levé, défiant et bouillant d’une colère qu’il ne retient pas. Si proches, qu’il sent son souffle sur son visage, qu’il peut sentir le sang de son père qui macule ses vêtements. Distinguer chaque nuance de ses iris. Deux yeux qui ont été bouée et qui sont à ce moment ouragan.

Et la tempête, elle vient de front, frappe de plein fouet. D’un homme qui n’accepte pas que l’on remette ses choix en cause, bien qu’ils soient très pauvres en réflexion et fort limités en imagination. À chaque parole, Lionel bouille d’envie de l’interrompre pour lui remettre le nez dans l’étroitesse de ses actions, bien typiques de ces Bellifériens à l’esprit plus étriqué qu’un pantalon cielsombrois, mais il se retient. Car il est poli, il a appris à ne pas couper la parole. Il serre les dents, les poings, avec tant de force qu’il en a mal, de se retenir de lui hurler qu’il pouvait partir. Le duché est grand, après tout. Tout l’empire, même. Son expertise parfaitement apte à s’adapter à des lieux pas nécessairement les mieux nantis, mais à même d’apprécier son savoir-faire.
Il ne peut pas comprendre. Il a eu toutes les chances, dès sa naissance, et il ne peut pas comprendre la misère d’un homme qui s’est battu afin de s’y faire une place.

« Donc non, je ne t'ai rien dit parce que je n'en voyais pas l'intérêt. Qu'est-ce que ça aurait changé ? Tu aurais tenté de m'étouffer dans mon sommeil pour débarrasser Arven d'un assassin sanguinaire ? Me crois-tu vraiment capable d’une telle chose ? », qu’il s’offusque. La vérité est pourtant là : ils ne se connaissent pas. Pourquoi n’en serait-il pas capable ? Il a déjà tué, dans l’exercice de ses fonctions. Jamais par plaisir, jamais par vengeance, toujours par devoir, mais pourtant, il y est apte. Au pas de la porte de la demeure même trône un cadavre, preuve de ce qui l’outre subitement. La question, cela dit, est rhétorique. N’appelle pas vraiment de réponse. « Mon autre moi t'a aidé et était pirate. Pas un mauvais bougre, de ce que j'ai lu. Étrangement, tu n'as rien eu à redire, là, quand vous traversiez Lorgol ou qu'il te menait à la tente. Cet autre moi était tout aussi pirate. » Celui avant qu’il s’éveille, à tout le moins. Celui qui a été aidé par cet autre Géralt ne l’était qu’en apparence et il a pris cette aide offerte à lui, sans juger, sans s’attarder. Sans réfléchir. Ça te ferait du bien, parfois, de moins réfléchir. « Je sais que ceux qui choisissent cette voie ne le font pas nécessairement par désir de mort et de pillage. J’y ai déjà perdu une amie. Les mots lui écorchent la langue, mais il ne peut mentir. Iseabail a été son amie, compagne de son adolescence et de ses apprentissages, complice de rêves un instant partagés, puis disparus en fumée. Noyés par cet océan qu’elle parcourt depuis sans relâche. Je ne peux pas comprendre ce que tu as vécu, Géralt, et ce qui t’a poussé vers ces choix. Seulement, j’apprécie l’honnêteté. Je l’ai été avec toi, honnête, du moment où tu t’es éveillé jusqu’à ce que nous… revenions, je ne sais pas comment nommer cela. » Il inspire et expire longuement, se retenant de tousser alors que la fumée se fait omniprésente autour d’eux. Son écoeurement ne s’est pas dissipé, bien qu’il se teinte d’un malaise difficile à identifier. « J’ai une dette de vie envers un homme qui n’a pas hésité à se mettre au devant du danger pour sauver un ami. Un homme qui n’a point pensé à sa sécurité, ni à son propre gain. Et j’ai osé croire que de cet homme… avait franchi le temps. »

Son regard ne se détache pas de celui de Géralt. Il a osé le croire et ce soir, il a bien vu, deviné, que cet homme était encore bien présent. Malgré les mensonges par omission, malgré ce qui a été dissimulé. Il a peut-être franchi le temps, et il l’espère, même.
Car, il s’est dit, que peut-être, de ce Géralt d’un autre temps, il aurait aussi pu se faire un ami.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Dim 30 Juil - 19:04

« Cet autre moi était tout aussi pirate. » Tant de mauvaise foi... Tu secoues doucement la tête, de manière inconsciente, ton attention toute focalisée sur Lionel. Entièrement. Au point que tu ne fais pas attention à la fumée qui devient plus dense autour de vous. Tu n'as conscience que de ta colère, de la sienne, de sa présence contre la tienne, de son visage qui surplombe le tien. Pourtant, tu laisses l'homme continuer, conscient qu'il t'a laissé expulser ta colère sur lui sans rechigner ou presque précédemment.

« Je sais que ceux qui choisissent cette voie ne le font pas nécessairement par désir de mort et de pillage. J’y ai déjà perdu une amie. » L'étonnement t'étreint aussi sûrement que l'odeur de mort qui traîne sur la lande. D'abord parce que Lionel concède, chose à laquelle tu ne t'attendais pas réellement. Ensuite, parce que tu ne savais pas pour cette amie. Cette confession te déconcerte assurément et fait apparaître un léger pincement à ton cœur. Par instinct, ta main commence à se soulever, mais tu la forces à revenir en place contre ton flanc. Quel bon cela apporterait-il ? Tu es en colère contre lui. Il t'en veut atrocement. Lionel n'accepterait de toute façon pas ce geste venant de toi, tant ton statut de pirate semble le repousser. Que ta main est sotte.

Énervé par toi, par ton geste, une pensée fugace te traverse : celle que Lionel est simplement venu lancer des accusations pleines de dédain, de jugement et d'ignorance. Comme si tu avais besoin de te convaincre de quelque chose, que ton énervement ne devait pas se tarir. Cependant, cette pensée s'évapore bien vite et tu dois te rendre à l'évidence : tu sais pertinemment qu'une partie de cette hypothèse est fausse. Elle ne correspond pas à l'homme humble que tu as rencontré. Ce même homme qui, aujourd'hui, est venu te demander de rendre des comptes. De lui rendre des comptes. Parce qu'il attendait autre chose de toi. Mieux, semble-t-il. Il le sous-entend, mais la subtilité est là, à portée de main. « Je l’ai été avec toi, honnête. » Contrairement à toi. Les mots non prononcés flottent dans l'air, aussi sûrement que la fumée qui commence à piquer tes yeux.

Les nœuds dans ton ventre grandissent alors qu'une pointe de culpabilité t'envahit. A ta décharge, tu ne pensais même pas vraiment le revoir, au vu de ton statut de chirurgien. Pas comme ça, alors que vos souffles occupent le même espace, que Lionel te transperce de ses yeux criant de vérité, de son regard qui exige la même honnêteté de ta part. Tout en Lionel sème le doute en toi. Tu ne sais pas comment, pourquoi. Par quel magie. Par quel savoir. Tu sais simplement qu'à sa manière, alors qu'il ne doit même pas en avoir conscience, l'Outreventois amadoue peu à peu la tempête qui a éclaté en toi plus tôt. Et tu l'écoutes, perdu, sans savoir quoi penser.

Tu pourrais lui répondre à nouveau que l'informer du fait que tu étais pirate n'aurait rien changé. Tu pourrais aussi lui expliquer les raisons qui t'ont poussé à rester en Bellifère si tard, à accepter un boulot pirate à la paie si onéreuse. Comme tu pourrais ajouter qu'avouer ton statut aurait scellé vos destins : dans quel monde Lionel de Rivepierre aurait-il continué à adresser la parole à un membre de l'équipage de l'Audacia ? Tu ne peux pas dire que tu n'as pas réalisé : tu as réfléchi aux conséquences d'un tel aveu. C'est justement pour ça que tu as fait le choix de ne rien dire, le temps passant : te voiler la face a été bien plus facile que d'éjecter de ta vie celui qui a été ton repère, bien malgré vous, dans cette réalité tronquée où tu as perdu ta sœur à peine éveillé.
Puis, tu ne peux nier qu'il y avait cette petite voix qui te répétait : Quelle différence cela fera-t-il ? Vous ne faites pas parti du même monde. C'était cependant avant de réaliser que votre lien, insolite, ne s'étiolait pas le temps passant, que vos différences dans la trame réelle n'avaient plus cours dans celle-ci. Plus simplement encore, même une fois de retour dans votre vraie vie, tu n'as pas réalisé que cela importerait tant à Lionel. Que tu aurais une place assignée dans sa vie, même étrange, qui le pousserait à venir te demander des explications, la colère enflammant chaque particule de son corps. Au final, tu ne pensais pas non plus que cela t'importerait à ce point. Tu pensais que Lionel de Rivepierre redeviendrait Lionel de Rivepierre, après le 1er juin. Sauf qu'il est devenu plus.
Tu l'as trompé autant que tu t'es trompé toi-même, au final. Quelle ironie.

Lionel en profite pour inspirer longuement. Il ne dit cependant rien concernant la fumée, concernant l'incendie qui se répand dans une autre des ailes. Ses yeux restent ancrés dans les tiens et ils te clouent sur place. L'intensité du moment ne t'échappe pas, même si tu n'as pas tous les tenants et aboutissants de l'histoire, de ce que vous ressentez ou pensez respectivement en cet instant. La suite des paroles de Lionel, plus mesurées, plus saisissantes, n'aident en rien. Vraiment rien du tout.

« J’ai une dette de vie envers un homme qui n’a pas hésité à se mettre au devant du danger pour sauver un ami. Un homme qui n’a point pensé à sa sécurité, ni à son propre gain. » Lionel est le seul à avoir côtoyé de près cet autre Géralt qui n'a pas hésité à se jeter dans la gueule du loup pour aider celui qu'il pensait être son ami pirate. Aurait-il agi de la même manière s'il avait su que Lionel n'était plus… son Lionel ? En réalité, tu n'as même pas besoin de réfléchir. Tu sais que la réponse est positive. Comme tu sais que tu ferais la même chose à sa place. Encore et encore et encore.

« Et j’ai osé croire que de cet homme… avait franchi le temps. » Tu déglutis et ta gorge se serre inexplicablement. Tu t'attendais à ce que ses mots soient teintés de déception, d'amertume, sûrement de mépris. Pourtant, tu n'y décèles rien de tout ça. Tu n'es pas certain de saisir pour autant. Son regard qui ne quitte pas le tien, qui ne cille pas, est complètement déstabilisant. Tu pourrais prendre sa phrase pour une accusation. Tu n'es pas celui que j'ai rencontré, tu ne le vaux pas. Cependant, ton instinct te souffle qu'il ne s'agit pas de ça. L'atmosphère entre vous est bien trop solennelle, presque intime. Son regard te sonde en même temps qu'il reste sur la réserve.
Lionel attend quelque chose de toi. Pour de vrai. Dur à croire au vu de votre démarrage. Pourtant, maintenant que tu y as pensé, tu ne peux t'empêcher de te dire qu'il s'agit de ça.

Réalise-t-il l'effet qu'il est en train de produire ? Réalise-t-il qu'il vient de faire battre ton cœur un peu plus fort alors même que tu lui portais une colère sourde quelques instants auparavant ? Réalise-t-il qu'il vient de dévoiler certaines attentes qu'il a à ton égard, toi, pirate sur l'Audacia ?
Et toi… Réalises-tu réellement l'effet qu'il a sur toi en cet instant ? Des picotements te parcourent le dos, l'arrière du crâne. Tes mains te démangent de quelque chose, même si tu ne sais pas quoi. Ta mâchoire est serrée, sous tension, mais impossible de la détendre. Ton corps a compris ce qu'il se passe contrairement à toi et sait ce qu'il doit faire. Tu déglutis, perdu. Tes yeux descendent sur sa bouche, un court instant, avant de remonter sur ses prunelles rendues encore plus sombres par la légère obscurité du couloir.

« Peut-être que tu as eu raison d'oser y croire… » Ta voix est rauque et basse. Tu dois te racler la gorge rapidement pour retrouver un timbre décent. « Choisir de ne pas révéler quelque chose qui séparera irrémédiablement deux chemins, c'est aussi faire fi des convenances. C'est refuser que les autres se permettent de nous dicter notre conduite. » Ton regard, loin de fuir, brille d'une détermination renforcée, mais aussi d'une lueur d'inédite.

Ta raison te hurle d'arrêter de te dévoiler, tes instincts sont sereins et ton cœur tambourine dans ton torse.

« Lionel, je n'ai pas fui quand j'ai appris qui tu étais, alors que je peux t'assurer que j'ai entendu parler de toi plus d'une fois avant notre rencontre. Je savais... Je sais que si les membres de l'Audacia l’apprennent… » Tu laisses ta phrase en suspens car il comprendra sans souci ; il connaît les enjeux. « Pourtant, j'étais là pendant ce long mois là-bas. Et je le suis toujours, là, maintenant. » Tu déglutis, tes yeux parcourant rapidement son visage alors que tu enchaînes. « Je ne m'excuserai pas pour cette omission, Lionel. C'était ça ou rien. » Ton regard ne le lâche pas, désarmant de cette honnêteté qu'il recherchait tant et qu'il obtient enfin, vos visages plus proches que précédemment. « Aurais-tu préféré ce « rien » ? »

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Mer 2 Aoû - 0:12

Il est plus calme, mais pas moins en colère. Ses mots plus posés, dénudés de cette agressivité qu’il y a précédemment insufflé, mais pas moins francs. Il cherche à lire, dans ce regard qui ne quitte pas le sien, à lire et à y trouver les réponses qu’il est venu chercher, épée à la main. Tout son corps s’épuise, tous ses sens lui hurlent de partir, mais sa tête, elle, se bat contre la raison, ses sentiments pour une fois l’emportant sur tout le reste. La tension monte, palpable, à trancher au couteau, sans qu’il capte tout, sans qu’il comprenne tout ce qui se meut dans les corps qui tremblent face à l’autre. Il y a crû. Vraiment crû. Vraiment pensé que s’il venait à revoir Géralt, ils pourraient apprendre à véritablement se connaître, hors de ce monde hostile où leur survie passait avant tout. Chez le Chevaucheur, l’amitié est ce qu’il connaît de plus fort, de plus vrai, et la déception d’avoir imaginer un jour pouvoir accoler ce titre à ce pirate est douloureuse.
Il n’aime pas se tromper.

Géralt parle si bas, d’abord, la voix si enrouée, qu’il doit encore se rapprocher de lui afin de capter tous les mots qu’il prononce : « Peut-être que tu as eu raison d'oser y croire… » Il veut ironiser, d’un Vraiment ? qui ne sort pas, qui meurt dans sa gorge avant même d’être esquissé. Il n’est pas ici pour provoquer (ou peut-être un peu). Laisse-le parler. « Choisir de ne pas révéler quelque chose qui séparera irrémédiablement deux chemins, c'est aussi faire fi des convenances. C'est refuser que les autres se permettent de nous dicter notre conduite. » Sceptique, il pince les lèvres, les mord, sans prononcer un seul des commentaires désobligeants qui lui viennent à l’esprit. Faire fi des convenances. Ça n’a rien de ce qu’il a toujours fait, rien de son éducation, rien de ce en quoi il croit. Espère-t-il le convaincre de la justesse de son choix en faisant de la rébellion un argument de choix ? « Lionel, je n'ai pas fui quand j'ai appris qui tu étais, alors que je peux t'assurer que j'ai entendu parler de toi plus d'une fois avant notre rencontre. Je savais... Je sais que si les membres de l'Audacia l’apprennent… » Phrase incomplète, pourtant entièrement comprise. Infime hochement de tête d’approbation. « Pourtant, j'étais là pendant ce long mois là-bas. Et je le suis toujours, là, maintenant. Je ne m'excuserai pas pour cette omission, Lionel. C'était ça ou rien. » Ça ou rien. Le mensonge ou rien. À ses yeux, ce n’est pas un choix. Ce n’est que l’absence, dans les deux cas. « Aurais-tu préféré ce « rien » ? Je ne sais pas. » C’est à sa voix, d’être enrouée, rauque. À sa gorge, de s’éclaircir, de tenter d’y chasser la fumée et le souffle qui se fait court : « Je ne sais pas, Géralt. Ce que j’ai vu ce soir… me dit que peut-être es-tu… es-tu celui que j’ai crû que tu étais, mais je ne sais pas si je veux comme ami quelqu’un qui ment par... par facilité. » Hypocrite. La voix d’Harald s’est faite triste, presque hargneuse, dans son esprit. Ce qu’il cache, pour éviter la méprise, les malentendus. Par facilité. Tu sais que ce n’est pas la même chose. N’est-ce pas plus facile ainsi, pourtant ? Oui, mais il persiste et signe. Ce n’est pas la même chose. Pas dans sa situation, avec le titre qui est le sien, les responsabilités qui sont les siennes. L’amitié, surtout, au centre de sa vie, qui est la sienne, et qu’il craint une nouvelle fois d’effaroucher, de briser, de casser. Un jour, il osera. Un jour, mais il ne sait pas quand. La honte colore ses joues et pour la première fois, il détourne le regard. Pour un homme auquel il ne peut tout dire. Pour une part de lui-même, qu’il blesse une fois de plus.

Ce n’est pas la même chose.

Une quinte de toux le secoue, sans prévenir, à force de chatouiller sa gorge. Il se doute que le feu se fait éteindre par les nombreux membres survivants de la famille Aubenacre de Riven, ce qui explique la fumée qui les enveloppe de plus belle et s’insinue dans leurs poumons, au point de cette fois tout à fait leur couper la parole et le souffle. Vous sortez, ou je dois tout faire brûler afin de vous décider ? « Sortons. » Car s’ils ne mourront pas brûlés, ils risquent bien de le faire d’asphyxie, et il n’a pas bien envie d’être encore là lorsque les frères Aubenacre vivants retrouveront suffisamment de couilles pour leur faire la fête. Les couloirs de la demeure sont cela dit tellement enfumés que lorsqu’il se retourne, il ne distingue pratiquement rien. Bien. Très bien. Un contact, au niveau de son flanc, le fait sursauter. Géralt, uniquement, qui l’encourage et l’entraîne à sa suite jusqu’à l’extérieur de la demeure, se faisant guide jusqu’à la fin du dédale de pièces et de couloirs. Toute la maison fume et même hors de ses murs, ils sont encore dans un nuage gris et noir. Il aperçoit la mer à travers les lourdes volutes de fumée, plus calme depuis que les boulets ont cessé d’y atterrir, les bottes d’y courir et les Aubenacre d’y plonger, et dans le ciel, un éclat de rubis qui se rapproche peu à peu.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Mar 8 Aoû - 23:43

« Je ne sais pas. »
Tu le fixes, interdit, et tu accuses le coup difficilement.

Tu réalises que la question n'est pas facile, qu'elle pose un certain nombre de problèmes. Pourtant, tu as presque l'impression d'entendre : « Je ne sais pas si tu en vaux la peine ». Cela t'affecte et te peine bien plus que tu n'oserais te l'avouer.
Tu as appris à ne plus te laisser contrôler par les mots des autres, par les pensées parasites. A force de chuter et de te relever, tu as compris qu'il fallait leur faire face et les terrasser avant qu'eux ne le fassent. Ne jamais les laisser gagner, sous peine qu'ils te remettent à terre – peut-être définitivement. Les invectives, les reproches infondés, les rumeurs cinglantes, les grossièretés, les mots acerbes, les angoisses : tu as passé ta vie à les combattre.
Pourtant, quatre petits mots de Lionel et ils remettent tout en question. Une vague de détresse te percute de plein fouet et déferle, maîtresse en ta demeure. Tu ne comprends pas d'où elle vient et pourquoi elle est si puissante. Tu sais simplement que tu n'es pas en mesure de la contenir et qu'elle te bouscule, comme une barque perdue au milieu d'un océan déchaîné. Ta confusion ne fait que s'accroître et impossible pour toi de répondre quoi que ce soit. Alors, il continue, Lionel. Il apaise légèrement ton trouble, le chaos en toi, et tu espères durant une fraction que le verdict te sera favorable.

Seulement, au final, Il n'y en a pas, de verdict. Il ne sait pas et toi tu mens par facilité. C'est tout blanc ou tout noir. Oui ou non. Voilà ce qu'il te dit, te fait comprendre, par ses mots, ses gestes. Cependant, le monde ne fonctionne pas comme ça. Tu le sais autant que les autres. Autant que Lionel. Sauf que lui refuse de l'accepter. Il refuse de te donner un verdict parce qu'il faut choisir une autre nuance que le blanc ou le noir. Il faut tourner son regard vers le gris, aux gradations infinies, effrayantes. Il faut ouvrir les yeux sur son existence et le fixer avec attention. Il faut lui donner une légère part de soi-même pour mieux le comprendre et mieux l'accepter. Il faut lui donner le droit d'exister et de remplacer le blanc et le noir.
Tu l'as fait. Tu as ouvert les yeux.
Lionel, lui, détourne les yeux de ton visage, le malaise lisible sur ses traits. Et tu réalises pleinement : Lionel n'ose même pas jeter un regard à ce gris aux mille nuance. Ton cœur se serre et tu as peur l'espace d'un instant. Peur de la finalité de toute cette histoire. De votre histoire, qui n'aura semble-t-il pas même l'occasion d'en former ses bases. Peur pour lui, aussi, pour la suite.

Pourtant, tu dois balayer ces considérations de ton esprit momentanément. Il est pris d'une quinte de toux et tu prends conscience que ta gorge est dans un sale état. Tu étais si pris par votre discussion, par sa personne, que tu n'avais pas réalisé que tu déglutissais et te raclais la gorge à intervalles très rapprochés. Instinctivement, ta main va se poser sur son bras, dans un geste apaisant, et tu te maudis pour ça. Alors que tu tentes de tousser doucement pour ne pas aggraver la démangeaison, tu forces ta main à revenir vers toi.

Tu acquiesces d'un hochement de tête à sa déclaration, sans un mot. Tu soupires, avant de tousser à nouveau. Tu attrapes immédiatement le pan de ton haut et le portes à ton nez. Tu t'écartes du mur d'une impulsion de ton derrière et trouves Lionel, l'air perdu, qui fixe le couloir enfumé. Un pincement te traverse la poitrine, au milieu, de haut en bas. Tu soupires par le nez et attrapes le tissu de son haut du bout de tous tes doigts, au niveau de son flanc. Tu le dépasses et l'entraînes à ta suite sans attendre. Vous avez bien trop tardé et, même si tu aurais voulu que votre conversation ne soit pas interrompue, il vous faut être raisonnable.

Tu le guides donc à travers les quelques couloirs qui vous ont menés dans les entrailles de cette maison maudite. Tu devines plus que tu ne vois les pièces sur votre passage et les nœuds dans ton ventre s'en retrouvent plus grands, plus amers qu'ils ne le sont déjà. Tu sais qu'à droite, à ce croisement, il y avait ta chambre d'enfant, puis le salon aménagé où ta mère te parlait parfois de la Vivenef qu'elle avait connue, avant tout ça, avant Aubenacre. Ces moments étaient rares, mais ils t'ont particulièrement marqué. Tu sais qu'à gauche, juste avant l'entrée, il y a les cuisines, là où tu adorais aller chaparder ce qui traînait sur le plan de travail, avec Quitterie parfois, Gédéon d'autres.
Tu sais que c'est la dernière fois que tu mettras les pieds ici.

Vous arrivez enfin dehors et tu te forces à lâcher Lionel. Une quinte de toux te prend et tu t'écartes du nuage de fumée dans lequel vous vous trouvez encore. Tu te penches en avant, les mains en appui sur tes genoux, et tu expulses tout ce que e tu peux de ce qui encombre tes poumons.
Quelques secondes suffisent à ce que tu te redresses. Ton regard tombe sur Gontrand et tu n'éprouves que mépris pour le tas de chair morte malmenée. Instinctivement, tes yeux retrouvent Géraud et ta haine enfle à l'intérieur, dangereuse, pernicieuse. Tu le fixes une seconde, deux, et tu réalises que tout a changé, que tout est chamboulé. Tout va être différent. Ta vie ne sera jamais plus la même à partir de ce soir. Pour tellement de raisons. Et tu dois l'accepter, il ne peut en être autrement. Ne pas le faire serait s'emmurer dans le déni.

Une pensée te traverse l'esprit : c'est ce que Lionel fait. Lionel refuse de voir que les choses doivent changer. Qu'il le faut. Qu'elles le doivent. C'est l'ordre des choses. Il n'a pas le droit de faire comme si les choses ne pouvaient pas changer. Il ne peut pas venir te demander des comptes, attendre des choses de toi, te faire attendre plus de choses de lui, te donner une importance dans sa vie, pour ensuite te faire comprendre que tu n'en as peut être pas tant que ça, que tu vas en être exclu si, d'aventure, il le décidait. Il ne peut pas croire qu'il peut disposer de toi selon ses humeurs, selon son code moral bien sous tout rapport et bien rangé. Parfait pour les autres, pour ce qu'on attend de lui. Pour ce qu'il pense être le droit chemin, la chose à faire.

Une bouffée de colère, de frustration remonte le long de ta colonne vertébrale et va embraser ton cœur en quelques secondes tout au plus. Ton torse se soulève plus rapidement et des petites étoiles apparaissent en périphérie de ta vision, si bien que tu dois fermer les yeux pour tenter de les faire disparaître. Tu sens cet éclat sauvage refaire surface, mais tu ne peux rien y faire. « Tu es tellement égoïste. » Tu détailles le visage figé dans la mort de ton père, ses yeux grands ouverts et tu ressens l'envie de lui cracher dessus. Les événements de cette nuit se mélangent dans ta tête et créent un maelström où tout ce que tu as intériorisé depuis tant de temps ressort.
Tu as tué ton père, ce père si égoïste, si brutal, si dérangé, qui vous a fait traverser tant de choses innommables. Tu culpabilises et tu ressens de la satisfaction à l'idée d'avoir été celui qui l'a achevé. Tu as tué par volonté. Tu es devenu un assassin. Tout est différent et tu refuses de laisser les choses se faire sans rien faire. Tu te raccroches à ce qu'il te reste et à ce qui fait encore sens, en cet instant, sur ces landes maudites.
Tes pensées se tournent instantanément vers Lionel. Lionel qui, d'une manière qui ne fait sûrement sens que pour toi, créé un fossé entre vous et remet l'impossibilité de votre lien sur ton dos et uniquement le tien.

« Égoïste, oui. Comme si tu étais l'unique concerné. » Tu tournes la tête vers lui, en espérant que cela attire sa sacro-sainte attention. « C'est toi qui décides de ce qui est bien ou mal, de ce qu'on doit faire ? Toi ? Ou les autres peut-être ? Tous ces bien-pensants ? » Tu penches légèrement la tête sur le côté, une certaine curiosité féroce émanant de toi. « C'est ce qu'on attend de toi ? Que tu fasses tout comme il faut, comme ils l'attendent ? L'entendent ? » Tu prends une voix différente de la tienne, tendant ver l'ironie. « Ouh, un pirate, mon dieu, il n'a pas dit qui il était, il m'a menti, ça ne peut pas être quelqu'un de fiable. Vite, éloignons-nous de lui, qu'est-ce que pourraient dire les gens ? Qu'est-ce que pourraient penser les gens de moi ? Qu'est-ce que ça indiquerait sur le type de personne que je suis ? » Tu secoues la tête doucement, le sarcasme évanoui. « Parce qu'au final, ce n'est pas qu'une question de confiance, Lionel, soyons honnêtes. On ne se connaît pas vraiment. La preuve ce soir. » Tu repousses le pincement au cœur qui te submerge. « Non, tu t'es imaginé que j'étais ce gentil gueux qui n'avait rien à voir avec la piraterie, un honnête homme bien sous tout rapport qui lui était digne de toi, de tes attentes. Parce que c'est tellement plus facile d'imaginer ça hein ? Plus facile que de devoir affronter les difficultés que le Destin met sur ton chemin, que de tenter de les vaincre. » La tristesse est tellement audible dans ta voix que tu te sens atrocement vulnérable.

Tu croises les bras sur ta poitrine, puis hausses les épaules, impuissant. « Désolé, Lionel. Désolé, vraiment, de ne pas être celui que tu imaginais, celui dans tes fantasmes où le monde n'est que noir ou blanc, où il n'y a de place ni pour les erreurs, ni pour les nuances, où tout est censé être parfait pour avoir le droit d'exister. » Un sourire désabusé traverse tes lèvres et tu continues. Tu vas toujours plus loin, même si tu t'égares un peu en chemin. « Désolé aussi de ne pas être faë, hein, ça aurait tellement parfait le tableau idyllique que tu sembles te faire de moi. Oh, puis tant qu'on y est, pardonne-moi de ne pas être une femme, sait-on jamais ! Et le mieux, attends, le mieux, pardon d'avoir tant voulu conserver le lien qui nous unissait, aussi ténu soit-il. Pardon d'avoir cru que c'était plus important qu'un « mensonge par facilité », vu ce qu'on a vécu. » La douleur pulse plus fort dans ton cœur et la colère la rend mauvaise. Le ton de ta voix est monté au fur et à mesure en même temps que tu t'es approché de lui sans le réaliser.

Le ton définitivement haussé, la voix rendue rauque par la fumée, tu continues, déversant inlassablement tout ce que tu as sur le cœur : « DÉSOLÉ DE NE PAS ÊTRE ASSEZ BIEN POUR TOI. » Ton doigt s'enfonce dans son torse et y reste. « DÉSOLÉ DE NE PAS AVOIR ASSEZ DE VALEUR À TES YEUX POUR MÉRITER UNE RÉELLE CHANCE. » Ta respiration est plus rapide et ton cœur bat à la chamade. Vos visages trop proches, tu le fixes de ce regard chaotique, celui du début, mais il n'y a plus que ça. La fatigue, la tristesse la peur, la panique, la peine, celle encore à venir, la déception, la crainte du rejet imminent, la colère, l'incompréhension, le sentiment d'injustice, tout cela s'entremêle et te fait presque perdre pied. Il y a bien trop à gérer pour le simple homme que tu es. « Désolé, Lionel, de ne pas être parfait comme tu semblais l'espérer. » Un murmure fébrile et trop fragile à ton goût.
Tu réalises seulement que tes yeux sont humides, que ta gorge est serrée, mais tu ne fais rien pour y remédier. Tu n'as pas honte de toi, de ce que tu ressens. Si tu dois te mettre à pleurer après, soit, tu n'es plus à ça près ce soir. Tu as juste tellement peur qu'il t'efface de sa vie d'un claquement de doigt, parce que tu n'es pas celui qu'il aurait imaginé ou voulu, que le contrôle de tes sentiments, de tes gestes t'échappe.

Tu prends la mesure de cette crainte, de ce que tu es en train de faire, de dire, et tu ne te reconnais plus.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Jeu 10 Aoû - 1:23

Vous en avez mis, du temps. Quelques détails à éclaircir. Il sent le scepticisme de Braise jusque dans son silence, mais le dragon ne commente pas davantage ce qui a pu se passer dans la maison Aubenacre, seulement satisfait que son Chevaucheur en soit ressorti. Les pirates doivent bien se demander ce qu’il peut bien leur prendre tant de temps. Lionel masse distraitement son épaule blessée, tentant d’en endormir la douleur. Il faudra te soigner avant de repartir. Un coup d’oeil par-dessus son épaule, hésitant, à Géralt qui, plié en deux, fixe le corps mort de son père, au loin. Se faire soigner. Par Géralt, forcément ; hors de question de quémander un quelconque soin de la part de la Chevaucheuse Aubenacre, encore traumatisée. Et Marianne d’Orsang, Voltigeuse ennemie et alliée selon les circonstances… il n’en sait rien, par Callia. Non, ça va. Je vais m’en sortir. « Tu es tellement égoïste. » Son attention revient au chirurgien. Parle-t-il à son père décédé ? Parle-t-il à cet homme dont les actes si terribles lui ont mérité cette mort, aujourd’hui ? Il le croit, pendant un instant, jusqu’à ce que Géralt tourne la tête vers lui.

« Égoïste, oui. Comme si tu étais l'unique concerné.C'est toi qui décides de ce qui est bien ou mal, de ce qu'on doit faire ? Toi ? Ou les autres peut-être ? Tous ces bien-pensants ? C'est ce qu'on attend de toi ? Que tu fasses tout comme il faut, comme ils l'attendent ? L'entendent ? » Il ouvre la bouche pour protester, mais la referme aussitôt en entendant la suite de son monologue, piqué au vif par cette imitation qui n’a certainement rien de réaliste, s’il essaie de le singer lui. La voix est ratée, mais le contenu plutôt fidèle. Le rouge revient à ses joues, alors que la voix pleine de morgue d’Harald résonne dans sa tête, le ramenant à sa précédente hypocrisie, à ces mensonges que lui-même distille sans pour autant les tolérer venant des autres. Il sait bien que ce n’est pas vrai. Il sait bien que ce n’est pas aussi simple, aussi ridicule et patenté que le prétend le Belliférien, dont le discours s’emporte, l’empêche de placer une damnée broque afin qu’il cesse. Qu’il se taise. Rien à faire, cela dit, et tout empire. Un flot de haine et de dégoût, marée impossible à contenir et qui se fait non plus de sel, mais d’acide, alors qu’elle se déverse tout entier sur le Chevaucheur, cette fois proprement tétanisé. Il ne pense même plus à tarir ces vagues de paroles, tellement il reste sans voix, entièrement offert à la hargne de Géralt. À des propos qui s’emmêlent, dans son esprit, qui perdent tout sens commun et qui s’empêtrent dans des questionnements auxquels il ne peut absolument pas répondre.

« DÉSOLÉ DE NE PAS ÊTRE ASSEZ BIEN POUR TOI. » Un doigt enfoncé dans son torse, accusateur, comme un clou planté profondément. À l’immobilisme quasi effrayé se substitue une colère renouvelée. « DÉSOLÉ DE NE PAS AVOIR ASSEZ DE VALEUR À TES YEUX POUR MÉRITER UNE RÉELLE CHANCE. » Une colère qui remue, qui l’agite, qui le tend et le fait trembler, alors qu’on lui crie littéralement au visage. « Désolé, Lionel, de ne pas être parfait comme tu semblais l'espérer. »

La gifle part. Résonne, plus qu’elle blesse, sur la joue du pirate, la marbrant de rouge, de la marque de ses doigts et de sa paume sur pratiquement la moitié de son visage. Ses réflexes lui permettent de parer un geste identique, de briser l’élan de Géralt alors qu’au coup, il veut rendre la pareille. « Tu te calmes. Tout de suite. » Sa voix cassée se fait autoritaire, la même qu’il emploie avec ses Chevaucheurs, ceux qu’il mène depuis des années. Ne permet ni réplique, ni réponse, à peine ce regard défiant et humide que l’autre lui renvoie. Le coup a fait reculer son vis-à-vis d’un pas, permettant à une nouvelle distance de s’installer entre eux. Une distance saine, à son sens, tant cette proximité le met doucement mal à l’aise. Se rapproche bien trop d’une intimité qu’il n’a qu’avec très peu de personnes. « Qu’importe qui tu es, Géralt de Rives, ou Aubenacre, qu’importe de quel monde tu viens, qu’importe le lien que tu désires avoir avec moi, je n’accepterai pas que tu me parles sur ce ton. Surtout si ce que tu veux est mon amitié. » Il s’engueule parfois (souvent) avec Liam, sur tout et rien, et même dans ces moments où leurs opinions divergent, ils ne s’insultent pas. Il n’oserait pas. Que tout soit clair entre eux.

Livien, inspire-moi un peu de ta diplomatie et de ta sagesse, d’où tu es, pense l’Outreventois, prenant une longue inspiration. Les mots ne sont pas son domaine. Ni le pardon. Intransigeant, exigeant, il se fait trop facilement inflexible. Seulement, il a grandi, il a mûri - qu’il espère - et il est peut-être en mesure de réagir de façon plus… mesurée, justement. « Je ne peux pas comprendre d‘où tu viens, et tu ne peux pas non plus. Il a dit presque la même chose, déjà, mais cette fois, il nuance. Il nuance pour cet homme qui lui parle de ce qu’on attend de lui, de ce qu’on exige, et qui ne peut pas savoir. Je ne sais pas, Géralt, si je peux faire confiance à des pirates. Ou serait-ce à un seul d’entre eux. Alors que ceux-ci, et plus particulièrement l’Audacia, ne cessent de piller les côtes de mon duché, d’attaquer mon domaine et de mettre à mal ma famille, mes gens, mes camarades, mes Chevaucheurs. Peut-être est-ce plus facile pour un homme comme Rackham, qui a grandi entouré de ceux-ci, mais ce ne l’est pas pour moi. Je mets mon insigne en jeu, la confiance de mon duc et de ceux que je mène, et ma vie. Il écarte les bras, y englobe toute la Lande aux Perles, le paysage dévasté par le feu des dragons. Et pourtant, ne suis-je pas ici ? N’ai-je pas, par amitié, combattu aux côtés de pirates et d’une Voltigeuse ? N’ai-je pas bravé la raison et risqué une amplification des conflits guerriers de par ma seule présence, fait fi de mes inimitiés avec l’Audacia ? Pour un ami ? » Il n’est pas égoïste, Lionel. Il est sincère et vrai. Entier, dans chacune de ses décisions, dans chacun de ses sentiments. Pétri des valeurs qu’on lui a inculqué toute sa vie, au service des nombreuses responsabilités qu’il a endossé, par choix autant que par devoir. Il risque son grade, son dragon, sa tête, et pourtant, il est là. Mauvaise foi ou pas, il est là. Car parfois, les gens et les choses changent.

Ses bras s’abaissent. Il est épuisé. Derrière lui, Braise se pose, avec le plus de douceur qu’il est possible pour une créature de ce gabarit. « Laisse-moi du temps. » C’est tout ce qu’il peut dire. Tout ce qu’il peut lui demander. Il ne peut rien promettre, dans cet absolu étrange que lui demande Géralt, mais il peut lui dire cela. Il a besoin de temps. Tout simplement. « Ils nous attendent. » Il refuse de poursuivre cette discussion, surtout avec un homme aussi incapable de gérer ses émotions, secoué par toutes celles vécues au cours de cette seule soirée, et même de ces derniers jours. Ils ont besoin de repos, tous les deux.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Lun 21 Aoû - 4:34

La gifle part. Le réflexe est immédiat et ton bras se met en action. Fort heureusement – parce que tu t'en serais voulu de réussir –, Lionel pare ton retour et bloque ton poignet avec efficacité. Ton torse se soulève sous ta respiration erratique alors que tes pensées tourbillonnent. Il t'a giflé. Il t'a giflé. Tu lui as hurlé dessus. Tu lui as hurlé dessus et il t'a giflé. La colère bouillonne dans ton coeur, dans ton ventre, dans ta tête et tu ne réalises pas que l'adrénaline est toujours bien présente en toi. Elle chamboule ton fil de raisonnement et t'aveugle. Elle n'est plus qu'instrument de la Violence. Cette entité que tu as toujours combattue et qui a gagné un terrain considérable sur ta volonté ce soir, lorsque tu as assassiné Géraud. Tu as l'impression que toute ta haine et ton dégoût pour le monde, pour ton duché, pour ton père, pour tes frères, pour tout ce que tu considères injuste, ignoble, impensable dans cette vie, s'est déversé en toi d'un coup, a fait exploser tes barrères, ton bon sens et a trouvé en Lionel le réceptacle fortuitement parfait de cette masse vicieuse et laide.

Tu ne prends pourtant conscience de tout cela que lorsque les paroles de l'Outreventois claquent dans l'air, impitoyables. « Tu te calmes. Tout de suite. » Tu n'envisages pas d'ouvrir la bouche. Tu restes là, pantois, confus quant à ce qu'il vient réellement de se passer. Tu ne comprends pas comment tu en es arriver là. Comment tu as forcé Lionel à user de ce type de geste, de ce type de ton. Tu sais par contre pleinement une chose : tu l'as poussé à bout autant que tu as perdu le contrôle.
« Qu’importe qui tu es, Géralt de Rives, ou Aubenacre, qu’importe de quel monde tu viens, qu’importe le lien que tu désires avoir avec moi... » Ton ventre s'active étrangement à ça, même si tu ne comprends pas réellement de quoi il retourne, compte tenu de la situation surréelle dans laquelle vous vous trouvez. En réalité, tu ne sais même pas quel lien tu souhaiterais entretenir avec lui. Tu ne sais déjà pas quelle relation vous unit actuellement. Tu as réagi si vivement quand Lionel t'a annoncé ne pas savoir s'il voulait avoir affaire à toi… Alors qu'en réalité, tu ne sais pas toi-même ce que tu attends de lui. Tu veux quelque chose, un lien, tu le sais, tu le sens, là, dans le creux de ton coeur, c'est tout ce que tu as pour l'instant. « …je n’accepterai pas que tu me parles sur ce ton. Surtout si ce que tu veux est mon amitié. » Une étincelle de culpabilité surgit en même temps que tu réalises "qu'amitié" est le mot qui aurait dû te venir instinctivement à l'esprit sans que tu n'aies besoin de l'entendre prononcer.
Tu déglutis.

Lionel inspire longuement et tu tentes de faire la même chose pour remettre un peu d'ordre dans ton esprit. Seulement, tu n'y arrives pas, tu inspires chaotiquement et tu paniques un peu à l'idée de ne même plus maîtriser ton corps. Encore. Tu réalises qu'il ne tient déjà plus ton poignet. Tu n'avais pas fait attention car tu sens encore la chaleur de ses doigts l'enserrant avec force. Respire, Géralt, respire. Tu te concentres sur la bouche de Lionel, dans un premier temps. Tu regardes ses lèvres se mouvoir, tu laisses les mots qu'elles prononcent t'envelopper et leur sens s'imprimer dans ton esprit. Tu sais que ses paroles mettent à mal ton précédent éclat et ce que tu lui as reproché, du moins en partie. Pourtant, tu t'accroches à eux pour rester ancrer dans votre réalité. Dans la réalité qu'ils énoncent, aussi vraie et valable que celle que tu jetée à la face de Lionel. Deux réalités qui s'entremêlent et se complètent aussi sûrement qu'elles se contredisent. A l'image de ce lien que vous avez créé, sans queue ni tête.

Une fois que tu penses avoir une meilleure prise sur la réalité, ton regard retrouve celui de Lionel, ombrageux. Les traits de son visage, contrariés et durs, te sont adressés dans toute leur splendeur. Ses mots continuent de pleuvoir et tu n'envisages toujours pas de l'interrompre. Tu l'écoutes. Tu te retrouves en même temps qu'il s'ouvre à toi, sous la contrainte que tu lui as fourrée sous le nez. Il s'explique, il se justifie et il te reproche, comme tu l'as fait précédemment. Sans le réaliser, il ouvre une brèche entre vous deux et laisse sa façade inébranlable tomber en partie. Il te laisse entrepercevoir tout le poids qui pèse sur lui, sur ses gestes, sur ce qu'il doit penser, dire, faire. Sur ces fameuses attentes qui le freinent dans sa décision te concernant. Et tu le comprends. Tu le comprenais déjà, mais tu refusais que tout ce qui n'était pas tes entraves ose s'insinuer dans ton monde et dicter sa loi. Seulement…. Seulement, tu réalises que tes propres entraves sont bel et bien là, même si tu préfères nier leur existence. La somme des tiennes et de celles de Lionel renvoient une image complexe, difficile, insurmontable. Et pourtant…

Pourtant, vous êtes là, tous les deux, cette nuit, à la rescousse d'une Chevaucheuse. D'une partenaire. D'une amie. D'une soeur. De celle qui représente quelque chose pour chacun d'entre vous. Vous êtes venus la délivrer, elle, mais aussi ton aînée et ton frère, de ces chaînes qui vous ont tous les cinq emprisonnés d'une manière ou d'une autre. Tu ne l'avais pas anticipé, mais tu te retrouves toi aussi lesté de ce poids étouffant et abject, de ce père tyrannique et de ces frères couards et suiveurs. Tu as participé activement à leur chute. Comme l'Audacia, comme Rackham.
Comme Lionel.

« Ne suis-je pas ici ? » Si.

Les pensées fusent toujours, mais tu commences à y voir plus clair. Tu sens que la Violence bat en retraite. Elle grogne, elle se débat. Elle te balance au visage l'image de Désirée dénudée, sur la couche, Géraud au-dessus d'elle. Elle hurle de rage. Elle fait apparaître devant tes yeux Gédéon, battu, gémissant et ne comprenant pas forcément ce qu'il a fait de mal. Elle tente de griffer et de te cracher au visage. Elle force à ton souvenir Eponine, souriante, qui saute dans tes bras lors d'un de tes retours, un oeil noirci et une lèvre fendue. Elle veut t'insuffler haine et furie. Elle te montre Louise et Quitterie, qui ont dû fuir pour survivre, pour ne pas laisser Aubenacre les détruire. Sauf que… Sauf que les mots de Lionel tapent là où ça fait mal et vrai. Ils sonnent juste et sont porteurs d'un espoir qu'il ne doit sûrement pas soupçonner. Sauf qu'un seul regard à son visage et à ses yeux permettent de t'ancrer dans l'instant présent, de t'éloigner de ce "je" que tu refuses de devenir. Sauf qu'un seul regard aux alentours, en même temps que Lionel, aux flammes, au désastre qu'est la lande de ton enfance, et tu sais qu'il ne peut y avoir que du mieux.

Vous êtes libres.
Vous êtes libres et tu n'es plus forcé de la craindre.
Vous êtes libres et la Violence ne peut plus prétendre à ce droit qu'elle estime avoir sur toi.
Tu réalises que tu as vécu tant et tant de choses que ce qui te semblait insurmontable au point de crier sur Lionel ne l'est en définitive pas vraiment.
Il y a toujours un choix. Pour toi. Le Destin t'a fait quitter Bellifère et tu es revenu y récolter la justice.
Il y a toujours un choix. Pour Lionel. Le Destin l'a mis sur ta route, sur celle de Rackham, sur celle de L'Audacia. Il a ouvert ses horizons, même s'il ne s'en rend pour l'instant pas compte.

Le dragon de Lionel se pose plus loin, silencieux malgré sa carrure, interrompant l'instant. « Laisse-moi du temps. » Vous aurez toujours le choix. Alors tu acquiesces sans hésitation. Un hochement, bref, simple. Et tu le suis sans rien ajouter de plus. Tu t'approches de cet être si majestueux. Rouge comme le feu, comme les braises qui rougeoient. Pas comme le sang. Trop de sang pour ce soir. Pour longtemps. Rouge comme les flammes qui font danser leurs ombres sur vous et sur le sol, qui engloutissent le domaine d'Aubenacre, auquel tu n'adresses aucun dernier regard. Tu suis simplement le Chevaucheur, ton regard fixé sur son dos, pour rejoindre le navire que tu considères comme ta nouvelle maison. Comme ta deuxième famille, déjà, même si tu ne les as rejoints que depuis peu. Tu le suis vers le début d'une nouvelle ère : celle où tu seras libre, malgré les obstacles à venir, et où il sera bien temps de voir venir.
Le Destin est là pour veiller sur vous, tu le sais.

Alors que vous arrivez près du dragon, une voix envahit soudain tes pensées et te fait sursauter : Braise du Rubis, enchanté de rencontrer le fameux Géralt de Rives. Le ton solennel ne laisse rien filtrer. De ton côté, il faut un instant à ton cerveau pour traiter l'information ; c'est la première fois qu'un dragon s'adresse à toi. C'est étrange et très perturbant ; tu te sens mis à nu – par refléxe, l'une de tes mains va se poser sur ton ventre. Brièvement, tu te demandes dans quelle mesure il ne peut pas lire dans tes pensées. Le peut-il vraiment ? Pourquoi « fameux. » ? A-t-il entendu la scène précédente ? Va-t-il se mettre en tête de virer brutalement à gauche pour te faire tomber à l'eau ? Est-ce que tu vas y laisser quelques plumes ? Tu as offensé Lionel, il s'agit de son dragon, c'est une possibilité. Tu commences à paniquer et à te sentir bien petit, face à Braise.
Tu stoppes cette escalade de pensées idiotes, au cas où. Ce serait bête de lui donner des idées.

Un reniflement un peu moqueur résonne dans ta tête ; tu te demandes si tu ne l'as pas imaginé.

Tu tentes de reprendre contenance et prends la parole pour répondre : « De même… ? » Tu n'avais pas spécialement l'intention de répondre par une question, mais tu ne sais pas vraiment sur quel pied danser, vu la situation. Tu décides donc de te concentrer sur Lionel, un harnais à la main, qui commence déjà à t'aider à l'enfiler correctement. Tu gardes résolumment ton regard sur lui. Pas sur les yeux perçants qui te fixent un instant avant de se détourner avec une majesté que tu n'imaginais pas possible dans un tel geste. Tu déglutis.

Par la suite, tu suis sagement les indications de Lionel pour t'installer sur le dos de Braise, absolument pas rassuré, tendu au possible. Tu n'oses pas réellement toucher l'Outreventois pour t'appuyer ou t'aider, sur la réserve, ne sachant pas s'il ne s'agirait pas d'une intrusion. Ce qui complique possiblement les choses. Tu acquiesces par petits bruits mais ne te risques pas à ouvrir la bouche : tu sens la panique monter doucement en toi alors que le dragon n'a même pas encore bougé. Tu commences à avoir du mal à te concentrer sur autre chose. Tu sens que le voyage ne va pas être de tout repos.

Puisse Valda veiller sur vous. Sur toi. Jusqu'à l'Audacia. Sur Lionel et Braise aussi, par la suite, mais une attention accrue durant les prochains instants est absolument la bienvenue.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Ven 25 Aoû - 3:38

Géralt ne lui répond pas. Ils en ont assez dit, et Lionel lui-même a la gorge douloureuse de la fumée et des paroles, du feu et du sang. Assommés par l’adrénaline qui redescend, par les douleurs qui se réveillent, par un tourbillon emmêlé d’émotions. Il se détourne pour se diriger vers son dragon, l’accueille d’un léger coup de museau attentionné. Le contact est rassurant et il reste quelques secondes appuyé contre la tête du saurien, sans noter que son regard n’est en aucun cas fixé sur lui, mais sur son camarade. Il ne sait rien de ses pensées, de ses moqueries, de ce qu’il perçoit chez le pirate angoissé, pour la première fois confronté à cette voix profonde qui résonne dans son esprit : il a seulement besoin de le sentir là. Présent. Tout ce temps sans lui, dans ce monde qui n’était pas le sien, a été difficile. Ils ont chevauché longtemps, pour venir jusqu’ici, mais il lui semble encore que des jours entiers leur ont été volés.

Puis, il va pêcher un harnais dans la sacoche accrochée au flanc de son dragon, ainsi qu’un ensemble complexe de sangles. Il a un passager et même si c’est pour un court vol, uniquement pour le déposer sur le pont de l’Audacia - et toi pour prendre du repos, je te surveille, Chevaucheur - il ne va pas le laisser voler sans aucune attache. Il est prudent. C’est bien pour cela qu’il est toujours prêt à devoir transporter une autre personne, que ce soit dans le cadre de ses fonctions ou non. « De même… ? » La voix incertaine de Géralt le fait sourire, sans qu’il le remarque, encore dos à lui. Que lui as-tu dit ? Aucune réponse ne vient, que cette étrange impression d’amusement qui persiste.

Soit.

« Il s’est donc déjà présenté », conclut le Chevaucheur avec ce même amusement, tout en revenant aux côtés du chirurgien pirate. Celui-ci est raide comme un balai et ne détache pas une seconde ses yeux bleus de lui, au point où il se sent gêné, de ce regard insistant, et que le rouge de ses joues ne soit plus attribuable à la colère, mais uniquement à cette gêne. « As-tu déjà été sur le dos d’un dragon ? Léger hochement de tête négatif, à peine esquissé. Il doit être nerveux, tout simplement. Il le comprend. Il l’était tellement, la première fois, lui aussi ! Doux souvenir qui lui revient, soudainement, et Lionel en vient presque à envier Géralt d’expérimenter un premier vol. Le vol sera court, mais tu seras tout de même solidement attaché. Je vais te mettre ce harnais, qui sera ensuite relié à la selle par ces sangles. Ce sont les mêmes que les cadets portent, dans leurs années de formation, puis au début de leur carrière de Chevaucheur, lorsqu’ils n’ont pas l’habitude de voler sans celles-ci. Je mettrai également mon harnais, afin que nous soyons au possible en sécurité. » Géralt semble comprendre ses explications, qu’il détaille d’une voix pédagogue, professeur qui se permet de lui apprendre l’utilité des sangles en question et comment elles permettront de le retenir. Comme s’il parlait à l’un de ses nouveaux Chevaucheurs. Ou à Aymeric, qui n’a jamais manqué de l’assaillir de questions à propos de la chevauche. Chaque boucle est soigneusement serrée, autour de la taille, des hanches et des cuisses du Belliférien, qui garde encore un silence parfait.
Peut-être lui a-t-il fait avaler sa langue, avec sa gifle.
Peut-être devrait-il s’excuser.
Non. Il l’a mérité.

Une fois Géralt bien engoncé dans son harnais, il effectue la même opération pour lui-même, tout en poursuivant ses explications tranquilles : « Tu seras assis derrière moi. Pour te tenir, tu peux t’accrocher à la selle, ou à mes épaules. Contracte bien tes abdominaux, afin de rester droit. » Ça ne devrait pas être un problème, qu’il évalue d’un coup d’oeil rapide sur la silhouette du pirate, sans même vraiment réaliser son geste. Sans même, pour une fois, une remarque moqueuse de Braise, ou d’Harald, susceptible de lui faire prendre conscience de ses regards baladeurs de plus en plus fréquents. Il entreprend ensuite de faire grimper Géralt sur le dragon, mais le pirate est… peu coopératif. Il ose à peine toucher les écailles rubis, et encore moins la main, ou l’épaule, que lui propose Lionel. Qui en est satisfait, un peu, tout de même. Il se rappelle ce Géralt intrusif, tactile, de la réalité alternée, et il apprécie qu’il ne se permette pas la même chose dans un accord clair. Un semblant de savoir-vivre, chez cet homme, qui n’est pas pour lui déplaire. « Appuie-toi sur moi », lui permet-il donc, et c’est seulement là que l’homme accepte de s’appuyer sur ses épaules pour finir de monter sur le dos du dragon, où Lionel termine de l’attacher à même la selle. « Voilà. Tu ne risques rien. » Ce serait dommage de tomber, n’est-ce pas ? Cette voix moqueuse, il ne l’entend pas, le Chevaucheur, car c’est uniquement dans l’esprit du pirate qu’elle résonne. Lui est bien trop occupé à grimper à son tour sur le dragon et à s’attacher à l’identique, afin qu’ils puissent décoller. « Prêt ? » Un accident est si vite arrivé.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Dim 24 Sep - 21:37

Tu écoutes avec autant d'attention que possible les consignes et explications du Chevaucheur, tentant de relayer au second plan tes angoisses. Tu exécutes et facilites chaque mouvement pour permettre à Lionel de te préparer au mieux. Comprendre ce qu'il fait et savoir qu'il prend le temps de te sangler malgré la courte distance te rassurent. C'est indéniable. Pourtant, ce n'est pas suffisant. La peur est irrationnelle, tu l'identifies sans mal, mais elle grésille sous ta peau aussi sûrement que la haine le faisait tout à l'heure, durant ton combat contre Géraud.

Tu te demandes l'espace d'un instant si tu ne préférerais pas faire passer un message à l'Audacia pour que l'un des matelots revienne te chercher avec une barque. Tu es à deux doigts de le décider, mais tu te tempères : ce serait une perte de temps au vu de la situation. Puis, tu t'es connu largement plus courageux. Que diraient tes camarades une fois à bord ? Tu en entendrais parler pendant des semaines. Géralt la main tendue deviendrait Géralt le couard avéré et c'est hors de question. Alors tu serres les dents et fais fi de ce sentiment dérangeant qui te frôle à intervalles réguliers quand le dragon tourne son regard perçant vers toi. A la place, tu fixes d'autant plus fort ce pauvre Lionel qui n'a rien demandé et continue de te guider avec calme malgré votre différent précédent – tu le remercies intérieurement de ne pas avoir décidé de te laisser sur la rive d'Aubenacre avec pour punching-ball le cadavre tiède de ton géniteur.

Tu n'oses cependant pas t'appuyer sur lui pour monter sur Braise et te retrouves comme un idiot, à ne plus trop savoir quoi faire de ta carcasse. L'Outreventois vient à ton secours en t'autorisant verbalement à prendre appui sur lui et le soulagement t'envahit. Tu lui souffles un merci alors que ta main enserre son épaule et que tu pousses suffisamment sur tes jambes pour obtenir l'élan nécessaire pour t'installer sur le dragon.
Une fois ceci fait, Lionel s'affaire à nouveau à sécuriser ton vol et tu sursautes presque lorsque sa main te frôle par inadvertance, occasionnant un sursaut d'un tu ne sais quoi dans ton ventre. Tu n'es pourtant pas à même de comprendre, ton esprit trop focalisé sur le vol imminent.

« Voilà. Tu ne risques rien. » Tu hoches la tête, mais ne trouves pas les mots pour le remercier à nouveau, la peur prenant le dessus maintenant que tu es sur le dos de Braise. Ce serait dommage de tomber, n’est-ce pas ? Tu déglutis audiblement alors que Lionel prend place devant toi avec habilité. « Prêt ? » Un accident est si vite arrivé. Tu blanchis. Lionel ne le voit pas, mais il entend ton hésitation, pour sûr.
Délibérément, tu ne réponds pas à Braise, mais souffle un « prêt » au Chevaucheur, qui pourrait tout autant vouloir dire « au secours, je suis trop jeune pour mourir ». Il n'est cependant pas temps de s'attarder sur tes états d'âme, vous ne devez pas trop traîner sur la lande, au cas où l'un des frères ou l'un de leurs fils aurait l'idée saugrenue de contre-attaquer. Le dragon décolle donc finalement et tu pourrais jurer que tu entends un ricanement.

Braise bat des ailes, prenant de la hauteur, de la vitesse… et de l'instabilité. Tes jointures sont blanches, là où tes mains enserrent la selle. Tu te tiens droit, comme Lionel te l'a conseillé, tu contractes tes abdominaux comme si ta vie en dépendait – tu n'aurais de toute façon pas pu te détendre, même si tu l'avais voulu. Cependant, ta maîtrise de toi-même s'étiole avec les mouvements constants du dragon qui te semblent secs, saccadés, suspects. Braise tiendrait-il sa parole ? Aurait-il dans l'idée de mettre ses menaces à exécution ? Tu es à deux doigts de la panique totale. Tu te répètes que ça va aller, qu'il ne ferait pas ça. Lionel s'est assuré que tu étais bien attaché, il est là, devant toi, seule chose qui te permet encore de ne pas paniquer franchement. L'une de tes mains va d'ailleurs agripper son épaule, avec désespoir – il t'a autorisé à le faire, il ne fallait pas te le dire deux fois.

Braise braque soudainement à droite ; tu écarquilles les yeux alors que tu perds tes appuis et que ton corps se soulève dangereusement de la selle. « Par… ! » Le dragon enchaîne en montant soudainement, t'empêchant même de tenter de retrouver un appui. « Bon sang, bon sang, bon sang… » En cet instant, malgré le harnais, malgré les sangles, malgré Lionel, tu te demandes si tu ne vas pas mourir tant l'adrénaline pulse à tes tempes, tant la peur t'étouffe de sa poigne. Inutile de préciser que tu perds tout contrôle : tes mains vont s'accrocher d'un seul homme à la taille de Lionel, l'une empoignant son haut, l'autre la taille-même. Il n'a rien demandé, rien autorisé, tu n'es cependant pas en état de réfléchir avec cohérence. La preuve : son large dos te fait face et tu ne trouves pas meilleure idée que d'y caler ton front, dans une dernière tentative de te raccrocher à quelque chose, quelqu'un de solide, de sûr. L'expérience de Chevaucheur devenue seconde nature pour l'homme est ta seule bouée de secours dans ce voyage qui finira assurément par ta mort, si Braise continue de s'amuser. A moins qu'il n'y ait vraiment eu un souci en vol ? Tu paniques encore plus et t'agrippe plus sûrement à l'Outreventois. Tu lui cries un : « Désolé, je- Désolé, un instant. Pardon, tu- Par Trelor... », en espérant qu'il t'entende par-dessus le vent, par-dessus son dos qui couvre peut-être ta voix.

Tu le sais, tu as l'air ridicule, accroché à lui comme si ta vie en dépendait. Seulement, ta peur est incontrôlable, comme tu as rarement connu dans ta vie. Tu ne te connaissais pas cette angoisse de l'altitude. A moins qu'il ne s'agisse que de la peur de monter sur un dragon ? Tu ne sais pas et tu es trop occupé à hurler intérieurement pour analyser la chose. Tu inspires et expires difficilement, tentant de retrouver la maîtrise de ton corps. Tu fais une attentive pour desserrer la poigne de tes mains sur Lionel, en vain. Ton corps est raidi par la tension, tu as l'impression qu'il est fait d'acier tant il te paraît lourd.

Tu tentes de te raisonner : Braise a repris sa course normale, Lionel est toujours là, bien assis sur la selle, il ne t'a pas encore fait exploser par magie. Il y a de quoi positiver, non ? Tu retentes tes doigts, mais non… Tu inspires, tu expires. Tu dois donner le change, même si tu ne tromperas personne, pas même toi. Toujours fort, de façon à ce que le Chevaucheur t'entende, tu t'adresses à lui d'une voix que tu veux calme, tentant de masquer du mieux que tu peux la fébrilité qui t'habite : « Je t'informe que je suis en train de faire une crise de tétanie. » Le savoir ne changera rien pour Lionel, mais tu trouves ça courtois de lui expliquer la raison pour laquelle tu t'accroches à lui comme une moule s'accrocherait à son rocher. « Ça devrait passer une fois à bord. Je- Désolé, Lionel. »

Un coup de vent vous décale sur la droite et tu serres les dents plus fort. Tes mains, elles, ont glissé par réflexe plus avant sur la taille de Lionel. Oh, elles sont loin d'avoir attendre l'avant, le Destin soit loué. Tu peux encore prétendre à un semblant de dignité – peut-être. Seulement, en temps normal, jamais tu n'aurais osé provoqué une telle proximité, trop intime, même pour toi. Tu vas t'excuser platement une fois que vous aurez atterri sur la vivenef. Tu vas te sentir atrocement gêné, peut-être même que tu ne pourras pas le regarder dans les yeux. Tu as probablement aggravé les choses entre vous et tu te maudiras tout à l'heure pour ça.

Pour l'instant, tu tentes de survivre et tu t'accroches à ton seul espoir de survie : Lionel.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Mer 4 Oct - 5:20

Un temps d’hésitation, de silence, suit sa question, et Lionel voit le Belliérien blanchir à vue d’oeil. « Prêt » est sa réponse, soufflée d’une voix tout aussi blanche que son visage, chuintement incertain qui trahit toute sa nervosité. Une peur étrange, même, qu’il ne comprend pas tout à fait. Les pirates ne sont-ils pas habitués à grimper au mât de misaine, afin de pouvoir repérer les honnêtes gens à détrousser depuis le lointain ? Il est chirurgien, ce n’est pas à lui de faire ça. Depuis quand es-tu expert en piraterie, toi ? J’en ai brûlé mon lot, de pirates et de bateaux, petit. J’ai tout de même cinq cent ans. Mais bien sûr. La fanfaronnade du vénérable dragon l’amuse et d’une seule caresse de leurs esprits, silence entendu, Chevaucheur et dragon décollent de la grève d’Aubenacre.

Leur envol est gracieux, mais tout le reste… Dès que le dragon est suffisamment haut au-dessus de l’océan, son vol se fait étrangement saccadé, même erratique, loin de son habituelle maîtrise paisible. Ils ont bravé les éléments, volé dans la pluie, les orages, les tempêtes, même celle de sable d’Erebor, et tout ce qui a réussi à les mettre à terre est de foncer dans un autre dragon. Ce n’est tout de même pas la brise marine de Bellifère qui le déstabilise ! Une main se dépose sur son épaule, et Lionel n’a pas besoin de mots pour comprendre que son passager a également compris que quelque chose clochait. Mais qu’est-ce que tu fais ? Aucune réponse ne vient à son questionnement inquiet. Rien, si ce n’est ce virage en épingle vers la droite, puis cette remontée en chandelle inattendue.
« BRAISE ! », s’époumone le Chevaucheur outré, solidement cramponné à sa selle et aux écailles, bien penché vers l’avant afin de ne pas lui-même décoller de la selle. Et la main sur son épaule s’est muée en deux bras solidement accrochés autour de sa taille, assortis de glapissement effrayés qu’il entend à peine. Au loin, deux dragons d’Améthyste observent le manège de leur aîné du Rubis, avec une curiosité malicieuse et complice. « Désolé, je- Désolé, un instant. Pardon, tu- Par Trelor... » Toute la peur du Belliférien s’entend, dans ses mots criés. Si ça continue, Géralt va leur faire une crise de coeur - et il n’a certainement pas le temps de gérer tout cela ! Pas le temps de se prendre la tête avec une bande de pirates furieux que son dragon ait tué leur chirurgien, en se prenant subitement pour un dragonneau imprévisible ! « BRAISE DU RUBIS ! » Le deuxième cri semble être entendu et le dragon se stabilise enfin, dans une position qui permet à Lionel de retomber cette fois entièrement sur ses fesses, et à son coeur de se calmer. Il l’a surpris, cet imbécile de dragon, avec ses pirouettes non annoncées. Qu’est-ce qui te prend, par Valda ? Un vent m’a déstabilisé, qu’il prétend avec innocence. Sans succès. Je te rappelle que je suis là, Braise. Il n'y a aucun vent. Et rien ne vient éclaircir quoi que ce soit, l’embêtant davantage.

Et ce damné pirate qui semble avoir décidé de se souder à lui !

Déjà rouge de frustration, Lionel se pare d’un rouge de gêne fort seyant. Il pouvait comprendre, alors qu’ils étaient dans une position de vol aucunement idéale pour plus d’un passager, surtout un homme non Chevaucheur, mais là ! « Je t'informe que je suis en train de faire une crise de tétanie. » Une quoi ? Son peu de savoir médical ne lui indique pas du tout ce que ça peut être exactement, mais il devine que ça a certainement à voir avec ses doigts furieusement crispés sur ses vêtements. Et apparemment incapables d’être retirés de là. Son irritation croissante à l’égard du pirate se calme aussitôt. Un peu. « Ça devrait passer une fois à bord. Je- Désolé, Lionel. Y’a pas de mal. Désolé pour ça », qu’il lui répond d’une voix qu’il veut aussi neutre que possible, les dents serrées pour ne pas chasser ses doigts, ses mains, ses bras, tout, de son corps. Il se sent… mal à l’aise.
Très, très mal à l’aise.
Et ce pour tout le reste de leur vol.

L’Audacia enfin est à leur portée et Braise redescend jusqu’à presque survoler la vivenef. Lionel détache ses sangles et sans sembler un seul instant incommodé par le fait d’être dans les airs, sans rien pour se retenir, il se retourne vers le pirate. Ses mains sont encore sur sa taille et c’est patiemment qu’il attend que celles-ci se retirent, retournent sagement à leur propriétaire. « Braise descendra suffisamment près de l’Audacia pour que tu puisses atteindre le nid-de-pie, en te laissant glisser le long de son flanc. Préviens le capitaine que je prendrai un peu de repos, sur le pont, avant de repartir. Je ne serai d’aucun danger pour les hommes et les femmes à son service, il a ma parole. » Ce sont des ordres, plus que des demandes, mais Lionel ne craint pas que ceux-ci seront écoutés. Il a besoin de repos, en vérité. Juste le temps de s’éclaircir la tête, avant de repartir, et de nettoyer sa blessure. Dans l’idéal. Il… demandera à la dame d’Orsang, il suppose. Pourquoi pas à lui ? Il est chirurgien. Merci, j’avais crû comprendre. Pourquoi pas à lui, oui ? Le malaise remonte, à la pensée de laisser Géralt le soigner. Géralt, blanc comme la mort, les membres encore raides du vol cahoteux, les yeux fuyants. Il revoit encore la marque de sa main sur sa joue, maintenant disparue. Il ne voudrait pas, de toute façon. Ses mains habituées défont les lanières et sangles qui sécurisent le pirate, alors que Braise entame une descente contrôlée jusqu’au niveau du nid-de-pie, où un cartographe grognon est prêt à recevoir son camarade de bord. Il n’est pas trop tard pour faire le grand plongeon. De nouveaux mots, glissés à l'esprit de Géralt, tout à fait à l'insu de son Chevaucheur - bien concentré sur sa tâche. À peine taquins, se défendrait probablement le saurien de Rubis, s’il était dénoncé. Il paraît qu’elle est plutôt froide, en Bellifère. De définitive mauvaise foi.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Mer 11 Oct - 16:05

« Y’a pas de mal. Désolé pour ça » Tu ne sens aucune colère dans sa voix et inutile de mentir : cela te soulage. Tu t'en voudrais d'installer à nouveau un malaise entre vous, après la discussion houleuse de tout à l'heure. C'est sûrement cette idée qui t'aide à souffler un peu, à te détendre rien qu'un peu et à retirer la tête de son dos. Ça et certainement le fait que Braise ait cessé de se prendre pour un acrobate. Tu fais de ton mieux pour inspirer, expirer lentement, malgré la fébrilité qui transparaît dans ton souffle. « Ce n'est pas de ta faute. » Tu le sais. La réaction de Lionel te l'a prouvé. Tu n'es pas un expert, mais le vent ne semblait pas si fort pour un dragon qui doit peser des tonnes et… il y a eu les menaces. Braise s'est sans doute bien amusé à te terroriser, le fourbe.
Un léger sourire apparaît au coin de tes lèvres.

Quand l'Audacia arrive en vue, tu pousses un soupir de soulagement immense. Cela t'aide à te calmer un peu plus et à ce que la tension quitte au moins tes épaules. Tu réalises qu'il s'agit là moins d'une crise de tétanie que d'une espèce de crise de panique paralysante. Lionel semble s'activer, mais toi, tu choisis de te concentrer sur ta respiration, sur les mouvements de ses hanches contre tes mains encore crispées. Des vagues d'apaisement dévalent tes bras, ton torse, tes jambes et se faufilent doucement dans tous tes membres, qui se délient peu à peu. Tu inspires, tu expires. Tu sens que le Chevaucheur se tourne vers toi, mais tu gardes les yeux fermés, préférant ne pas troubler l’accalmie qui s'abat progressivement sur toi.

Finalement, doucement, tu détaches un doigt, un autre, une main. Tes jambes relâchent leur emprise sur Braise et ta deuxième main achève son détachement. Tu expires longuement et tu es reconnaissant à l'Outreventois de te laisser le temps de le faire. Tu rouvres les yeux seulement lorsqu'il prend la parole. « Braise descendra suffisamment près de l’Audacia pour que tu puisses atteindre le nid-de-pie, en te laissant glisser le long de son flanc. Préviens le capitaine que je prendrai un peu de repos, sur le pont, avant de repartir. Je ne serai d’aucun danger pour les hommes et les femmes à son service, il a ma parole. » Tu clignes des yeux, encore un peu chamboulé par ce qui vient de se passer. L'espace d'un instant, tu te retrouves à la caserne de Riven, ton supérieur t'ordonnant de faire telle ou telle choses, de suivre la garnison parce qu'il y a eu du grabuge « et que ça saute, Aubenacre ! » Tu te contentes de hocher la tête, incapable de communiquer le fond de ta pensée avec la cohérence que tu souhaiterais.

Tu inspires. Vos regards se croisent brièvement et tu estimes préférable – plus sûr – de suivre attentivement des yeux l'habilité avec laquelle ses mains dénouent les sangles qui te maintiennent. Tu te concentres sur ses longs doigts, qui connaissent par cœur les mouvements. Tu te concentres sur les gouttes de sang séchées qui parsèment sa peau par endroits. Tu remontes jusqu'à ses poignets, légèrement dénudés, où la peau bleuit légèrement. Tu te fais la réflexion qu'il y manque quelque chose et tu fronces les sourcils. Peut-être que t-

Tu écarquilles les yeux brusquement, par peur et réflexe, car Braise a commencé sa descente. Pourtant, cette fois, tu réalises que tu n'as pas besoin de t'accrocher. Tu pousses un soupir de soulagement, mais… sursautes quand : Il n’est pas trop tard pour faire le grand plongeon. L'éclat de panique se ravive, mais tu sens, cette fois, qu'il y a moins de conviction derrière les mots. Braise est moins piquant, même s'il semble toujours sérieux. Il paraît qu’elle est plutôt froide, en Bellifère. Tu inspires, expires, tu souffles doucement et, instinctivement, poses ta main à plat sur Braise, derrière toi.
Maintenant que ton esprit y voit plus clair, tu réalises pourquoi il s'est comporté comme un dragonnet apprenant à voler ou un dragon sortant tout juste de sa tournée des tavernes lorgoises. C'est tout à son honneur et puéril à la fois. C'est autant de circonstance que mesquin. C'est surtout son lien si intime avec Lionel qui a parlé, protecteur. Tu n'en saisis qu'une infime partie, toi qui ne possède pas la magie, mais tu penses à ta famille et tu sais que tu aurais pu agir similairement à sa place.

Tu tapotes sa peau, un léger sourire sur ses lèvres. « Message compris, M'sieur du Rubis. » Puis, à Lionel, alors que tu te forces à le fixer malgré ton embarras. « Lionel, je te prie sincèrement de m'excuser, pour tout à l'heure, pour… là. Et merci, tout aussi sincèrement. » Pour tout. Il le comprendra sans doute. Tu ne peux cependant pas expliciter : Sicq est là, en bas, au cas où pour ta réception, mais il pourrait entendre ce que vous vous dites. Et tu ne veux ni avoir d'ennuis, ni en créer à Lionel.
Tu hésites un instant à tendre ta main à Lionel, comme geste d'apaisement, mais tu te ravises : vous avez eu largement assez de contacts pour ce soir et ils ont déjà été suffisamment perturbants. Tu souffles donc pour te donner du courage, tentant d'évacuer une partie de la tension qui t'habite, pour te préparer à la descente que tu vas devoir faire.

***

Une fois la descente effectuée – non sans agitation, avouons-le –, tu prends conscience d'à quel point tes pieds touchant le sol, même de la vivenef, est une sensation merveilleuse, prodigieuse même. Tu marques un arrêt juste en bas du nid-de-pie pour profiter de cette euphorie passagère avant que Sicq ne se foute de ta gueule. Tu le charries en retour et vous quittez finalement le pont.

Avant toute chose, tu vas prévenir le capitaine des demandes de Lionel, en prenant bien soin de l'appeler « le Chevaucheur de Rivepierre » et de lui transmettre sa promesse de ne pas faire de vagues. Tu l'informes aussi du fait que vous étiez les derniers sur la rive de l'expédition. Après l'avoir remercié une énième fois pour son aide, celle de Rhéa et celle de l'équipage, tu files retrouver ta famille en bonne et due formes, les serrant chacun leur tour dans tes bras comme si ta vie en dépendait – et si tes yeux s'humidifient légèrement durant ce laps, il n'y a qu'eux trois pour te juger.

Tu finis par laisser tes sœurs dans ta cabine après avoir récupéré tout ce qui pouvait t'être nécessaire. Gédéon te suit et, après une toilette rapide, tu l'installes sur la couche de l'infirmerie pour qu'il récupère un peu d'énergie après cette nuit agitée. Il n'arrive pas de suite à s'endormir alors vous discutez un peu. Il trouve finalement les bras de Niobé alors que tu lui chantes doucement la berceuse dont Désirée usait et abusait pour vous endormir, enfants. Par la suite, discrètement, tu te soignes au mieux, nettoies le sang qui a séché sur ta peau et te démange par endroits.

Ton matériel en main, avec une idée bien en tête, tu quittes l'infirmerie et tombes sur des camarades qui t'apprennent que Ilse et Louis ont accouché et qu'ils sont les heureux parents d'une petite Ariane. Née en plein canonnade. Tu ris à l'idée et te promets d'aller les féliciter dès demain, dès qu'ils se seront un peu reposés. Tu fais ensuite un détour par les cuisines où tu grignotes quelque fruits et bouts de fromage. Tu y es seul et tu prends seulement conscience de la fatigue qui t'étreint à ce moment-là, l'adrénaline redescendue. Pourtant, tu n'as pas fini. Tu ne peux pas encore aller te coucher sur le sol de l'infirmerie, près de Gédéon. L'aube commence à poindre à l'horizon et tu as une dernière chose à faire.

Tu emballes de la nourriture et une flasque dans un linge presque propre et remontes sur le pont, ta sacoche accrochée à ton épaule. Tes mouvements sont rendus lents par la fatigue, par toutes les émotions vécues depuis hier, mais tu y parviens tout de même et tu repères celui que tu cherches déjà en train de s'activer. Tu fronces les sourcils.
Un instant plus tard, tu arrives à sa hauteur. « Est-ce que tu as mangé avant de partir ? Est-ce que tu t'es fait soigner ? » Tu émets de forts doutes quant à la deuxième question. Il n'a pas l'air plus propre, pas l'air beaucoup plus reposé. Son bras possède toujours ce maintien étrange qui te crie « blessure en mauvais état ». Tu fronces définitivement les sourcils.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Ven 20 Oct - 5:41

Le silence du Belliférien l’inquiète un peu et il craint même que celui-ci ait une nouvelle crise de tétanie, ou de qu’importe comment il a appelé son précédent état rigide. Heureusement, ils sont juste au-dessus de l’Audacia, et il sera facile de réclamer l’aide de Marianne afin de descendre et soigner le chirurgien malmené par le vol. Celui-ci sort de sa réflexion avec un commentaire qui le surprend : « Message compris, M'sieur du Rubis. » Stélé me vienne en aide, que lui as-tu dit ? Rien ne lui vient, si ce n’est cette vague étrange de satisfaction que Braise n’explique pas. Ça et le regard de Géralt, qui remonte enfin au sien. « Lionel, je te prie sincèrement de m'excuser, pour tout à l'heure, pour… là. Et merci, tout aussi sincèrement. » Il hoche la tête. Sans tout à fait tout comprendre.
Il n’a pas envie de poser plus de questions.

***

Il s’éveille au son de la mer et de la fête. Ça festoie, plus bas dans le ventre de la vivenef, loin des yeux et des oreilles du Chevaucheur toléré, mais pas spécialement invité. Les étoiles, elles, sont silencieuses, et c’est le nez bien haut qu’il les regarde, jusqu’à ce que le sommeil se dissipe et que le ciel commence doucement à s’éclaircir. Il a dormi peut-être deux, trois heures, au plus, mais cela est assez pour le chemin qu’il entreprend faire. Son esprit s’étire jusqu’à celui de Braise, qui s’est refugié sur le littoral inhabité le temps d’une bienvenue sieste. Autant que la sienne. Es-tu suffisamment reposé ? Je ferai le chemin jusqu’à Lorgol sans encombres. C’est ce qui importe. Il ne faut pas surmener son fier dragon, qui serait bien du genre à ignorer sa potentielle fatigue par simple ego (un peu comme lui, dites donc, quel hasard fabuleux).

C’est sans se presser, qu’il se prépare à repartir. Qu’il rattache ses cuirs de chevauche, qu’il s’étire, qu’il retient des grimaces en sentant ses membres endoloris hurler à chacun de ses mouvements et la blessure à son épaule brûler. Il n’a pas osé demander l’aide de quiconque, l’ennemi des pirates, et préfère endurer la douleur plutôt que d’avouer sa faiblesse devant ceux qu’il devra recommencer à chasser dès qu’il sera de retour dans son duché. Plutôt que d’exiger quoi que ce soit de la pauvre Louison épuisée. De demander un service à la dame d’Orsang, ennemie de circonstance. De voir Géralt. Tout simplement.
Il a dormi, c’est bien suffisant.
Des bruits de pas l’alertent – c’est Géralt, justement, car lorsqu’on parle du loup, on en voit la queue. À croire qu’il peut lire dans ses pensées. Idée un tantinet anxiogène, qu’il se force à repousser aussi loin que possible. Le comte se force à ne pas s’arrêter, à poursuivre sa sommaire préparation avant de reprendre le vol, jusqu’à ce que le pirate vienne se camper devant lui. « Est-ce que tu as mangé avant de partir ? Est-ce que tu t'es fait soigner ? » Lionel laisse passer quelques longues et malaisantes secondes de silence avant de répondre : « Non, et non. Ça ne sert à rien de mentir : Géralt peut voir qu’il n’a pas été soigné, et peut bien déduire tout le reste. Comme un enfant pris en faute, aussi il se défend. J’ai dormi, et suffisamment tardé. Je ne souhaite pas m’éterniser plus longtemps. » Sa dernière aventure sur la vivenef pirate, cette même vivenef, a été plutôt mauvaise. C’était certes dans une autre réalité, dans un autre monde, un autre temps, mais il n’a pas empêcher ces souvenirs trop frais de lui revenir à l’esprit. De repenser à (Liam, mort) son éveil sur le pont de l’Audacia, à (Liam, mort) cette cabine de canonnier, à (Liam, mort) Harald, mouton, et toute sa vie, chamboulée. Il désire autant fuir les pirates que fuir ce monde irréel. Fuir tout ce que lui rappelle également Géralt, de par sa seule présence attentive. Son regard bleu, inquisiteur, et sa moue déplûe. « Je me rends à Lorgol. Je me ferai soigner là-bas, je t’assure, et je prendrai le temps de me reposer convenablement. » Peut-être. Il n’a pas besoin de le savoir. Bon sang, ce n’est pas son duc, qui ici le questionne, c’est un gueux de pirate dissimulateur qu’il ne compte pas revoir de sitôt ! Il ne lui doit aucune justification, aucune explication, et rien du tout, pendant que nous y sommes. Tu lui dois la vie. Et ce n’est pas une raison pour accéder à tous ses désirs !

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Ven 20 Oct - 20:49

Le silence te répond dans un premier temps, le regard de l'homme fixé sur ce qu'il est en train de faire. Tu te demandes l'espace d'un instant s'il va vraiment s'obstiner dans le mutisme et t'ignorer, purement et simplement. Alors tu le fixes encore plus intensément. Cela a semblé affecter Lionel, par le passé, tu ne te priveras pas d'un moyen de pression, quel qu'il soit, dans pareille situation.
Tu as beau être un enfant de Kern, tu n'en reste pas moins adopté par Callia.

La réponse vient enfin, à ton grand soulagement : « Non, et non. » Tu hausses un sourcil, dans l'attente d'une suite – car, clairement, tu ne te contenteras pas de ça. « J’ai dormi, et suffisamment tardé. Je ne souhaite pas m’éterniser plus longtemps. » Ta mâchoire se contracte légèrement sous la désapprobation que tu ressens soudainement. « Je me rends à Lorgol. Je me ferai soigner là-bas, je t’assure, et je prendrai le temps de me reposer convenablement. » Il t'assure, c'est très bien tout ça, mais... Ton regard se pose automatiquement sur la blessure, légèrement visible à travers le tissu tranché et tu n'aimes déjà pas ce que tu vois. Tu n'aimes pas non plus l'idée que Lionel voyage dans cet état. S'il lui arrivait quoique ce soit… L'inquiétude t'étreint bien malgré toi. Tu imagines que d'ici son arrivée à Lorgol, la blessure aura eu le temps de s'enflammer avec un enthousiasme non feint. Sûrement que, là-bas, un mage le soignera, mais le voyage va être particulièrement douloureux pour lui, vu la prise constante qu'il devra maintenir et la position.
 
Tes yeux retournent instantanément sur Lionel. Tu peux être quelqu'un de raisonnable. Tu reconnais qu'un sort effacera plus vite la blessure et ne laissera sans doute pas de cicatrice. Cependant, tu peux lui offrir une alternative, autre chose qu'un soin et des sutures qui s’avéreront inutiles au final. « Le voyage sera compliqué en l'état : tu vas tirer sur ta blessure constamment. » Tu n'as pas besoin de détailler : il est Chevaucheur, il sait la souffrance qu'il va endurer.
Tu t'accroupis et poses la nourriture emballée sur le pont. Tu te mets à farfouiller dans ta sacoche chirurgicale tout en reprenant : « Les sutures seront inutiles. Par contre, je peux te proposer de nettoyer la plaie et d'y appliquer un onguent qui anesthésiera et permettra de limiter l'inflammation de ta plaie. » De là où tu es, tu relèves le visage vers lui, lui adressant ton visage sérieux et l'inquiétude dans tes yeux. « Tu chevaucheras bien plus facilement. » Puis, par bonne mesure, tu tentes d'envoyer à Braise tes pensées, même si ça ne marchera sûrement pas : Convainc ton Chevaucheur, c'est dans son intérêt.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Ven 20 Oct - 21:25

S’il semble brièvement convaincu par ses explications, Lionel voit bien que ça ne dure pas. Que les sourcils du chirurgien se froncent à nouveau et qu’il détaille sa blessure à l’épaule, visible à travers ce qui a été tranché de ses vêtements. Il ne pensait jamais espérer qu’un des suivants de Callia trahisse son serment et préfère le laisser partir blessé, plutôt que de tenter de faire quelque chose. Ta mauvaise foi est à toute épreuve. « Le voyage sera compliqué en l'état : tu vas tirer sur ta blessure constamment. » Oui. Mais. Ce n’est pas à lui de décider. Ou de le lui rappeler. Il le sait. Il a fait pire, en janvier dernier, et tout a… tout a fini par se régler.

Le linge déposé sur le pont laisse échapper un quignon de pain, qui tire du ventre de Lionel un gargouillis discret, mais bien présent. Il n’a pas mangé, il l’a également avoué, mais il n’est pas chaud à rompre le pain avec des pirates. Ils ont probablement croûté ce même pain impie avec le miel de son domaine, pour ce qu’il en sait ! « Les sutures seront inutiles. Par contre, je peux te proposer de nettoyer la plaie et d'y appliquer un onguent qui anesthésiera et permettra de limiter l'inflammation de ta plaie. Le regard bleu de Géralt le fixe, par en-dessous. Plus hypnotisant encore que ce pauvre morceau de pain. Tu chevaucheras bien plus facilement. » Qu’est-ce qu’il connaît de la chevauche, hm, celui-là ? Assez pour savoir que tu auras mal. Prends donc mon côté, un peu. Le commentaire de Braise l’a interrompu dans la pique qu’il voulait offrir à Géralt en réponse. Et maintenant, il ne trouve plus rien à répondre. Ce serait de la mauvaise foi pure et dure, que de protester contre son propre bien. Plus que son confort à voler, à un certain point. Les heures qui suivront seront longues, surtout en solitaire, sans Rackham, et s’il doit en plus être blessé et pas soigné, ce sera encore plus pénible.

« Si j’avais su, je n’aurais pas remis tout ça », bougonne-t-il en délaçant les lacets fraîchement lacés et les boucles récemment bouclées de chacun de ses cuirs de chevauche. Une façon d’abdiquer comme une autre, n’est-ce pas ? Il se rapproche d’un premier tonneau, sur lequel il s’appuie à peine, afin de permettre à Géralt d’atteindre son épaule. Car debout, soyons honnêtes, le Belliférien ne pourra pas soigner quoi que ce soit à ce niveau. Il laisse le chirurgien s’amener un autre tonneau et un peu d’eau, se concentre plutôt à son déshabillage grognon. Cuirs, protections, gants, pourpoint, veste, col. Il termine en chemise tachée de sang, qu’il finit par retirer et tenir en boule entre ses mains nerveuses. Torse nu dans la brise chaude de l’aube belliférienne. Les joues rouges, autant que le soleil qui rougeoie dans son dos. Ce ne sont que des soins, une affaire de rien, qu’un travail exemplaire et professionnel. Se dénuder devant des inconnus, même si on parle de guérisseurs, d’infirmiers et de médecins, n’a jamais été sa force. Il n’ose même plus regarder Géralt dans les yeux, tant sa gêne est palpable.

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Ven 20 Oct - 22:35

Il semble hésiter, le Lionel, et tu te demandes s'il envisage réellement de faire preuve de mauvaise foi – tout de même… ! Mais non. Heureusement, il accepte. A sa manière. « Si j’avais su, je n’aurais pas remis tout ça » Bien. Et le voilà qui commence à défaire tout ce qu'il vient de placer sur lui. Le commentaire t'arrache un sourire discret, caché par ta tête à nouveau baissée. « Je sais déjà comment me faire pardonner. » Sourire léger alors que tu montres du doigts le linge qui contient la nourriture et l'eau.
Tu tombes sur l'onguent que tu cherchais. Parfait. Tu te redresses en récupérant tes deux charges ; le Chevaucheur s'approche déjà d'un tonneau. Judicieuse idée quand on voit la différence de taille qui vous sépare, ahem. Tu le suis et fais rouler un tonneau près de lui, sur lequel tu déposes tes affaires. Tu sors ton matériel et la gourde, qui te permet d'imbiber un linge propre.

Ton regard vagabonde machinalement vers Lionel et… tu rougis quand tu constates qu'il est en train de passer la chemise par-dessus sa tête. Tu détournes le regard prestement. Juste après que tes yeux, traîtres, ait dessiné les courbes de son torse. Tu déglutis. Tu ne peux nier le fait que l'homme est sculpté de manière plaisante. Très plaisante. Et tu fais barrage à ces pensées une fois que tu réalises leur nature. Parce que les choses sont déjà trop étranges entre lui et toi pour que tu ne te permettes de le reluquer. Enfin, tu ne t'es jamais privé avant, avec quiconque, mais c'est différent.
Différent... ?
Tu te traites d'abruti alors que tu réalises que tu as ouvert le mauvais onguent.
Bon sang. 

Tu te recentres définitivement et te tournes vers Lionel en évitant de regarder ailleurs que sur la plaie. Qui te fait grimacer doucement. Ton frère ne l'a pas loupé. Tu ressens, soit dit en passant, une certaine satisfaction malsaine à l'idée qu'il ait été largement puni en retour.

Un regard au visage de Lionel et tu comprends qu'il est embarrassé au possible. Pudique, l'Outreventois, sans grand étonnement. Tu notes la rougeur à ses joues, la lumière de l'astre levant dans son dos, et cette vision t'émeut étrangement. Tu relègues tout ça en arrière plan, pourtant, et te mets au travail.
« Je commence. » Tu passes délicatement le linge sur la peau entourant la plaie. Tu enlèves le sang qui a séché du mieux que tu peux. Tu t'attaques ensuite à la plaie, que tu tapotes doucement, mais qui doit envoyer des pics de douleur dans toute l'épaule du Chevaucheur. Puis tu t'écartes, changes de linge et y déverses du désinfectant. Tu précises, en te rapprochant : « Nettoyage de la plaie. » Et tu t'affaires à nettoyer et la douleur grandit, assurément, mais elle se calmera tout à l'heure.

Une fois que tu es satisfait de la désinfection, tu t'écartes encore et récupères l'onguent. « Anesthésiant. » Une première dose généreuse que tu étales depuis son cou. Ton autre main repose tranquillement le long de ton flanc, obéissante dans son immobilité. Tu sais qu'un contact de plus serait la goutte d'eau pour l'Outreventois. Cela se voit à la tension qui émane de lui.
Tu récupères plus d'onguent et retournes l'appliquer sur la deuxième partie de la blessure. Tu vérifies que la pose est bien homogène. Dans un hochement de tête inconscient, tu t'écartes pour récupérer de quoi bander sa plaie. Quelque chose de long.
 
Tu reviens ensuite vers lui, plus près cette fois. Trop près à ton goût. Beaucoup trop près au sien, sans aucun doute. Pourtant : bandages. « Écarte légèrement les bras, s'il te plaît. » Tu attends qu'il se soit exécuté avant de commencer à caler l'extrémité du tissu contre son torse, au centre, à l'aide de ta main. Une légère rougeur monte à tes joues mais tu l'ignores. Tu continues ton travail, très professionnellement. Tu passes le bandage sur sa plaie délicatement et… tu réalises. Ton palpitant s'affole un peu, probablement sous la panique. Tu repenses au bandage de Red, qui ne t'a posé aucun souci et, là, tu te sens comme un manche à balai. Malhabile.
Tu inspires brusquement. Allez. Tu fais glisser le tissu enroulé dans son dos tout en forçant Lionel à rabattre son bras par contact avec le tien. Ton corps se rapproche du sien, à cause du mouvement, et ton regard se fait fuyant. Tu lâches l'extrémité du tissu pour récupérer la continuité dans son dos. Tu l'enroules autour de son torse, deux fois, avant de réitérer l'opération sur l'épaule, de manière tout aussi à l'aise. Ainsi de suite.
Par tous les dieux.

Tu t'écartes aussitôt l'opération finie, le bandage calé ; tu te sens très agité. « Le bandage n'est pas parfait, mais sera suffisant pour les heures de vol qui t'attendent. Il sera bloqué par tes…. » Tu imagines la couche de vêtements qui va revenir couvrir le haut de son corps. Que tu as devant toi, étalé à ta vue Tu clignes des yeux en te reprenant. « … par ta tenue. »

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Ven 20 Oct - 23:22

Il n’a pas tout perdu.
Il a à manger.
Il regarde le pain et décide finalement de ne pas le toucher (son miel ! sur la croûte de ce pain de brigands !), pour plutôt s’intéresser aux fruits disposés tout juste à côté. Probablement achetés avec la contrebande honteuse de ses précieux plaids, mais s’il ne doit rien manger du tout, ce n’est pas de douleur, qu’il tombera en vol, mais bien d’inanition. Compromis le moins terrible. Collation frugale qui réussit toutefois à calmer les récriminations de son estomac affamé et lui donne quelque chose sur quoi se concentrer, alors que Géralt commence ses soins – et le lui annonce, en homme un tant soit peu civilisé.
Pour un pirate.

Dès le moment où il pose le coin du linge sur son épaule, il sent toute une vague de frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Réaction épidermique, littéralement, qui le fait encore plus détourner le regard et se concentrer sur ses fruits. Le chirurgien agit avec douceur et néanmoins fermeté, et Lionel sent la plaie élancer un peu plus à chaque passage du morceau de tissu. « Nettoyage de la plaie. » Il hoche la tête. Comme si faire semblant d’approuver ce qui suit avait vraiment une influence sur son contrôle de la situation (il aime le croire). Cette fois, le liquide appliqué sur la blessure est définitivement plus piquant, et le Chevaucheur sursaute brusquement. Une fois, une seule. Il a mal, mais il se force à ne pas émettre un seul son de douleur. Pas un couinement, pas un geignement. Rien. Du. Tout. Il n’a pas mal. Pas mal ! Presque rien. Une égratignure. « Anesthésiant. » Bienvenue vague de fraîcheur qui le détend à peine. Ses yeux sombres sont discrètement revenus aux gestes du chirurgien, observant ceux-ci avec curiosité. Aucune hésitation, dans le toucher habile et expert. Il semble être un, bon. Chirurgien. Peut-être. Il espère pour ses patients.
Ou, il n’espère pas.
Qu’il soit terrible.

Il pense naïvement que les soins sont terminés, lorsque le Belliférien se recule, mais ce n’est que l’espace de quelques secondes. Un bandage. Forcément. Où avait-il la tête ? À croire qu’il n’a jamais reçu de soins, auparavant, et qu’il a absolument tout oublié. « Écarte légèrement les bras, s'il te plaît. » Obéissant, le Chevaucheur s’exécute, puis réalise le ridicule de la situation. Le corps de Géralt, si proche du sien. Son visage, plus encore (il sent son souffle). Parfaitement ridicules, tous les deux, à ne pas se regarder, comme si d’un regard, ils pouvaient se tuer. Ou pire : comme si Géralt pouvait lire dans son esprit, d’un simple et seul regard. Lionel repense à leur fuite sur les canaux de Lorgol. A l’abnégation exemplaire du pirate, dans un instant critique où il pensait connaître le même triste sort que son meilleur ami. Et amant. Son visage semble avoir pris feu, à cette pensée aussi fugace qu’elle est déplacée et indécente, et il trouve presque rassurant de pouvoir regarder la mer afin d’y trouver une distraction. Qui ne vient pas. Les mains de Géralt, posées sur son torse, ses bras, prudentes, patientes, n’aident pas (les mains de Liam sur lui), et il lui faut toute la force du monde pour ne pas le repousser. C’est presque fini. « Le bandage n'est pas parfait, mais sera suffisant pour les heures de vol qui t'attendent. Il sera bloqué par tes….… par ta tenue. » L’arrêt marqué par l’homme, il ne le remarque même pas.

Trop occupé à ne pas laisser paraître davantage son terrible malaise.

« C’est très bien. Merci. » Il n’était pas obligé. Il n’a pas envie de lui souligner ça à nouveau. Il le sait bien trop. C’est gauchement qu’il remet sa chemise. Devant derrière, sans s’en rendre compte, sans y porter attention, dans l’empressement qui le fait se rhabiller comme s’il y avait le feu au navire. Dans le désordre, comme s’il ne s’était jamais habillé, non plus, et il finit par devoir tout recommencer depuis sa chemise, qu’il retourne avec une expression excédée. Il est fatigué. « Salue Rackham de ma part, Géralt. Tout ceci a été… comment qualifier tout cela ? Les derniers jours, en pagaille, en rage, en peur, en haine, en hauts et en bas. Regrette-t-il ? Pas une seconde, pas une seule miette, malgré tout. Malgré tout cela. Il le referait n’importe quand, d’une seule demande de cet ami devenu si cher, dans les mois qui ont précédés. Il s'adoucit, à peine. Une grande aventure. »

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Message Sujet: Re: Entre quatre yeux, pas de mensonge   Ven 20 Oct - 23:55

« C’est très bien. Merci. » Tu hoches la tête en réponse, perturbé que tu es.
 
Quand il commence à se rhabiller, tu t'affaires de ton côté à remballer ton matériel avec soin. Et fébrilité. Mais soin. En même temps, tu te fais la réflexion qu'il a au moins mangé quelque chose avant son départ – tu n'étais même pas sûr qu'il prenne quoi que ce soit, vu que la nourriture provient de vous, de pirates qu'il déteste tant. Cependant, une fois de plus ce soir, Lionel a su mettre de côté ses différents et prendre ce qui lui était offert, provenance douteuse ou non.
Tu apprécies fortement ce fait.
 
Tu ne te tournes à nouveau vers lui que lorsqu'il s'adresse à toi. « Salue Rackham de ma part, Géralt. Tout ceci a été… » Tu remarques dans un coin de ta tête qu'il n'en est qu'à sa chemise. Étrange. « Une grande aventure. » Tu le fixes, absolument pas certain que ce soit le mot adéquat. Tu revois Désirée, ton père, tes frères, Quitterie : tu as connu aventures plus aventureuses. Tu restes pourtant neutre dans ta réponse : « Je n'y manquerai pas. », le tout accompagné d'un hochement de tête bref, mais cordial. Tu t'attends à une suite, mais elle ne vient pas. Tu serais presque déçu.
Mais vraiment presque.
Tu te racles la gorge, confus, en retournant à ton matériel. Tu laisses de côté le linge sale, tu refermes l'onguent, tu ranges le tout. Tu ne penses absolument pas au Chevaucheur qui se rhabille à tes côtés.
Non.
 
Quand vous êtes tous les deux prêts, tu ne sais absolument pas quoi dire. Il n'est ni ton ami, ni ton ennemi, ni une connaissance. Alors tu te contentes d'un « Que Valda veille sur vous deux, Lionel. », la voix un peu éraillée.
Tu récupères tes affaires et tu t'éloignes, sentant un sentiment désagréable agiter tes entrailles. Tu n'arrives pas à mettre le doigt dessus, pourtant. Tu soupires, frustré, et te retournes une dernière fois avant de passer la porte qui mènera, plus bas, à l'infirmerie.
 
Tu saisis une image qui te serre le cœur pour des raisons obscures : Lionel et Braise, chevauchant dans le soleil levant, déjà bien loin. A tous les niveaux.
 
Ô Destin, j'espère que tu sais ce que tu fais.

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Entre quatre yeux, pas de mensonge
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