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 Père Sylvain, raconte moi une histoire

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Message Sujet: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Sam 19 Aoû - 11:51


Livre II, Chapitre 5 • La Mort dans les Veines
Sylvain Belle-Histoire &  Mélodie Douxvelours

Père Sylvain, raconte moi une histoire

La voleuse et le conteur



• Date : 03 Aout 1002
• Météo (optionnel) : Grand soleil
• Statut du RP : En cours
• Résumé :

Sylvain est de retour à Lorgol pour y fêter son anniversaire qui arrive dans quelques jours. A cette occasion, il en profite pour se faire de l'argent facile en allant conter dans la Ville Basse où ses histoires sont très attendues notamment par les enfants. Lors d'un spectacle il tombe sur une vieille connaissance aux charmes indéniables : Mélodie Douxvelours

• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici : 03 Aout 1002[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2560-pere-sylvain-raconte-moi-une-histoire]Père Sylvain, raconte moi une histoire[/url] - [i]Sylvain Belle-Histoire & Mélodie Douxvelours[/i]
Sylvain est de retour à Lorgol pour y fêter son anniversaire qui arrive dans quelques jours. A cette occasion, il en profite pour se faire de l'argent facile en allant conter dans la Ville Basse où ses histoires sont très attendues notamment par les enfants. Lors d'un spectacle il tombe sur une vieille connaissance aux charmes indéniables : Mélodie Douxvelours



Dernière édition par Sylvain Belle-Histoire le Sam 19 Aoû - 12:34, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Sam 19 Aoû - 11:53

La petite tête brune courait à travers les rues de la Ville Basse, se dépêchant de suivre la rumeur. Ses cheveux, mi-longs, tressautaient sur ses maigres épaules alors qu’il se faufilait au milieu des passants, se joignant au reste des enfants qui courraient dans la même direction. Certains affirmaient qu’il était de retour après de longs mois d’absence, ramenant avec lui un tourbillon d’histoires et de chansons. « Peut-être nous racontera-t-il une histoire avec des combats et du sang. » espérait en son for intérieur le petit bagarreur à la peau tannée par le soleil. Lui, il voulait devenir un soldat, comme son père, parce que le sang ça ne lui faisait pas peur. Pas comme aux filles qui piaillaient dès qu’elles en voyaient un peu.
Il bifurqua à l’angle d’un canal, s’enfonça dans une rue, et soudain son visage s’éclaira lorsqu’il l’entendit. La voix était un étrange mélange, mêlant grave et aigu en une mélodie hypnotisante et si les mots ne lui parvenaient pas encore distinctement il ne faisait aucun doute que le timbre de voix annonçait une histoire.

Il déboucha sur une petite impasse, planquée sous de hauts bâtiments qui formaient comme un toit, et devant lui, s’amassant autour du conteur, des enfants se chamaillaient, s’exhortaient de se taire, alors qu’un homme aux allures plus que respectable élevait la voix pour couvrir le brouhahaha.

« Et c’est alors, messieurs, dames et enfants de tout poil, que le griffon se retourna pour me toiser de toutes ses plumes ! » Annonçait fièrement le conteur, ses habits couleur prune chatoyant dans les rares rayons de soleil qui arrivaient à frapper l’endroit. « Son Voltigeur gisait toujours, inconscient, à ses pieds alors que la monstrueuse bête qui l’avait désarçonné volait lentement vers moi, étendant ses doigts griffus, avide, assoiffée de mon sang… ».

Le silence se faisait, tous écoutaient le conteur, impatient de savoir si lui et le cavalier allaient s’en sortir. « C’est stupide. » Pensa un instant la petite tête brune « S’il est là aujourd’hui, c’est que la bête est morte. ». Pourtant, il poussa vigoureusement un de ses camarades pour s’installer au plus près du conteur, ne le quittant pas des yeux, ouvrant grand les oreilles.

« Comme vous le savez tous ici, car vous êtes des petits malins, les griffons, après avoir choisi leur Voltigeur, ne laisse personne d’autres approcher leur dos, où alors faut-il s’en montrer digne ! La situation se montrait désespérée, je n’avais à ma disposition qu’une pauvre épée rouillée, mon luth et mon courage alors que la bête s’approchait sans que je ne puisse l’atteindre, ses ailes monstrueuses masquant jusqu’à la lumière du soleil. »

La foule retenait son souffle. A côté du garçon, une jeune femme prit place, mais il ne lui préta pas une once d’attention. Il tenait ses genoux serraient contre sa poitrine, observant de ses grands yeux bleus emplis d’étoiles, la bouche ouverte, le conteur reprendre, se penchant vers l’assistance.

« Et l’impensable se produit… Alors que tout espoir m’avait quitté, que j’embrassais la mort avec un soupçon de regret, le griffon vint se placer devant moi et, effectuant la plus belle des révérences, à faire pâlir les nobles dames, il m’invita à le chevaucher et à reprendre ensemble le combat. »

Il effectua à son tour un salut, mimant le griffon, balayant de la plume d’aigrette qui trônait sur son chapeau le sol poussiéreux de la Ville Basse.

Sylvain savait qu’il avait capté son auditoire. Les enfants comme les adultes ne le quittaient pas des yeux. Lorsqu’ainsi, il se trouvait au centre de l’attention, imposant le silence par la simple force de ses paroles, le conteur ressentait un sentiment de puissance qui n’avait pas d’égal. Il avait l’impression d’imposer une volonté muette alors que l’air vibrait d’attente, attente qu’il était le seul à pouvoir combler. Se relevant de sa révérence qu’il avait travaillé mainte et mainte fois, il reprit, baissant volontairement la voix et, des yeux, il balaya l’auditoire. Son regard s’accrocha à une jeune femme qui s’était assise au premier rang, à côté d’un jeune pouilleux… pardon, d’un spectateur, qui buvait ses paroles comme le lait de sa mère. Un sourire se dessina sous sa moustache et il reprit, sans plus quitter la belle du regard :

« Je montais sur le dos de mon nouveau compagnon, enserrant l’épée dans ma main droite. Moi qui ne suis pas homme d’armes mais homme de lettres, j’étais prêt. S’il fallait mourir, je mourrai en combattant ! Et nous nous élançâmes, moi, m’agrippant aux plumes du griffon, lui, poussant un cri sauvage comme seul les puissantes bêtes savent le faire. Dans la bataille qui suivit, mon destrier ne fut pas en reste, griffant, mordant de son bec l’infâme créature, alors que je tailladais sa chair hurlant comme un damné pour me donner du courage. »

Tout en parlant, il s’était emparé d’un bâton et, effectuant des passes simples qu’on lui avait un jour enseigné pour impressionner les donzelles, il illustrait son combat.

« La monstruosité s’effondra sous nos assauts combinés, hurlant de rage. Et quand elle s’écrasa au sol, ses ailes tordues, le corps maculé de sang, elle poussa un long soupir, proche d’une plainte. Mais je le savais moi, je le savais… cette plainte n’était autre qu’une malédiction. »

Il ponctua sa phrase en pointant son bâton vers la jeune femme qu’il avait repéré dans la foule, qui lui souriait désormais. Un clin d’œil charmeur plus tard, il s’était retourné, la plèbe contemplant désormais son dos. Et d’une voix basse, chargée de gravité, il conclut son récit.

« Sur moi pesait désormais l’outrage de la création, la promesse d’une mort bien plus douloureuse que celle que je lui avais fait subir… Mais cela est une autre histoire ! »

L’assemblée ne sembla pas comprendre tout de suite que le récit était fini. Ils restèrent, un moment, à l’observer alors qu’il les gratifiait de sa plus belle face énigmatique : sourire en coin, sourcil relevé. Les enfants furent les plus rapides, s’agglutinant autour de lui, lui réclamant la suite : comment avait-il levé la malédiction, comment allait le chevaucheur, le cavalier allait-il pouvoir retrouver sa dame, allaient-ils se marier ? Il leur promit de raconter la suite le lendemain, s’extirpant de leurs petits doigts avides, heureux d’être le centre de l’attention comme il le méritait. Mais pour l’heure, il y avait bien plus important que les petits chenapans qui réclamaient une histoire, car maintenant, adossée contre un mur, se trouvait :
« Mélodie Douxvelours… lança-t-il à la cantonnade, s’approchant de la beauté. »

Il posa une main contre le mur, sincèrement heureux de la voir, de pouvoir la croiser.
« Tu n’as pas changé d’un pouce, ho ma douce voleuse, toujours aussi belle, toujours aussi mystérieuse. »

Farouche, comme toujours, sachant qu’il allait surement se faire taper sur les doigts, il s’empara d’une des mèches de la demoiselle pour lui replacer derrière l’oreille.

Ha, comme il était bon de revenir à Lorgol, la ville recelait vraiment de nombreux trésors.
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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Lun 21 Aoû - 11:58

Les rayons de soleil se déposent avec délice sur ma peau, je déambule dans les rues de la Ville Basse. Goutant à cette petite victoire que de ne plus en avoir peur, que de ne plus paniquer au moindre mouvement dans un recoin sombre où dès que mon regard croise celui d’un enfant des Miracles. J’avais eu du mal à le surmonter, cela ne s’était pas fait en un jour et même aujourd’hui encore, il me restait des filaments visqueux d’horreur qui s‘accrochaient à mon esprit et finissaient par avoir raison de moi. Bien moins souvent qu’il y avait quelques semaines et j’étais satisfaite de cet état de fait. C’est donc purement par hasard que j’étais tombée sur lui. Attirée par une cohue de bambins se chamaillant joyeusement et courant à toutes jambes vers un recoin isolé du dédale labyrinthique de la ville. Sous l’arche qu’ils passaient en courant les bruits se réverbèraient et ainsi une voix mélodieuse, déformée par l’écho et la pierre est soufflée à mes oreilles. Une voix, un rythme, un chant que je connaissais. Remuant le nez, oublieuse de mes déboires et de mes victoires, la curiosité prend le dessus et mes pas me mènent vers l’impasse cachée derrière cette arche, magnifique certainement fut un temps, mais désormais fissuré et craquelé par endroits que la mousse envahissait avec minutie.

Un petit attroupement était d’ors et déjà présent, bercé par la voix, par l’histoire. Des acclamations faisaient suite aux exploits narrés, un silence de plomb s’abattait lorsque le conteur retenait son souffle. Je ne peux que sourire devant ce spectacle et me laisser emporter par le flot de paroles qui m’emmène loin de cette ville, loin des souvenirs et de l’horreur.
Sans aucune mal, je me faufile entre les gens pour venir m’assoir au plus près. Je sais qu’il m’a vu, son regard papillonne d’une tête à l’autre, mais il s’est arrêté un bref instant lorsqu’il m’a reconnu, une seconde tout au plus, assez pour échanger un regard.
J’aimais bien Sylvain, tout simplement parce qu’il savait raconter des histoires à merveille. Son tempérament orgueilleux aurait pu être un problème, mais ses talents compensaient, me forçant à la tempérance, ce qui était assez rare me concernant pour le noter.

L’ironie flamboie dans mes yeux lorsque je comprends que le héros n’est autre que lui-même. Lui, le tueur de monstre, chevaucheur de griffon et pourtant sans attache, seul, pauvre petit chou, sans nul doute que des demoiselles se sentiront le devoir de panser ce cœur meurtri par l’absence d’amour.
Ce n’est qu’une fois le récit terminé et la foule dispersée qu’il vient à moi, l’œil pétillant comme toujours, plein d’entrain et de couleur, jurant avec la misère et le gris qui ternit les visages du bas peuple.

-Bonjour à toi, je ne m’attendais pas vraiment à te voir ici. Je pensais que tu étais en vadrouille et que tu ne reviendrais surement pas avant l’hiver.


Je prends un air offusqué quand il me traite de voleuse, le regardant d’un air courroucé, voulant y laisser transparaitre toute l’innocence du monde.
Je pouvais feindre beaucoup de choses, mais je n’excellais clairement pas en prenant le rôle d’une ingénue, qu’importe.

-Voyons, je t’ai déjà dit que cet homme avait fait tomber sa bourse. Ca ne fait pas de moi une voleuse. Une profiteuse à la rigueur, mais pas une voleuse, je suis une travailleuse honnête moi.

Sous-entendait clairement que lui ne l’était pas, charmeur et trompeur, j’étais persuadée qu’il s’était plus d’une fois fait grassement payer, plus qu’il n’aurait dû pour ses services, à cause de son charme et du service optionnel pour peu qu’il s’agisse d’une patronne et qu’elle fut un tant soit peu attirante. Mais, en réalité, je ne le jugeais pas pour cela, qu’il s’agisse ou non de la vérité, j’étais bien mal placée pour le condamner, et il n’avait jamais contraint personne, ça j’en étais aussi persuadée.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Mer 23 Aoû - 21:56

Son petit visage affichait une expression qui se voulait innocente, mais derrière ses yeux flamboyaient une malice et une ardeur qui ne laissaient personne dupe. Ce minois n’avait jamais laissé Sylvain indifférent mais Mélodie était loin d’être de ces oiseaux à se laisser caresser le plumage facilement. Elle aimait ses mots, les écoutait, s’enroulait dedans et s’y prélassait comme un chat, mais, contrairement aux autres, elle ne s’y laissait pas emprisonner. Et contrairement aux autres aussi, Mélodie était secrète, peu encline à se confier, à bavarder, à se laisser découvrir… Autant de caractéristiques qui fascinaient Sylvain. La voleuse qui n’en était pas une, était comme de l’eau, coulante, chatoyante, mais tentez simplement de la saisir et la voilà qui vous échappe, qui jaillit hors de votre poigne. Elle venait à vous, jamais l’inverse.
 
Lorsque la parole jaillit, piquante comme le sel sur un plaie, Sylvain esquissa un sourire avant de prendre un air offusqué. Si Mélodie ne savait pas feindre l’innocence, le conteur excellait dans l’art de paraître courroucé. Aussi posa-t-il, esquissant dans l’air un large cercle de son bras, une main sur son cœur, secouant la tête de droite à gauche, son beau visage feignant d’être choqué.
 
« Oserais-tu seulement sous-entendre que moi, Sylvain Belle-Histoire, celui que l’on nomme dans certaines villes, Sylvain le Sincère, Sylvain dont la Parole est d’Or, je puisse ne pas être un honnête homme ?! »
 
Il avait haussé le ton, s’éloignant de la demoiselle pour avoir la place de mouvoir. Sa voix reprenait des accents d’Histoire et de Légendes alors qu’il continuait sa mascarade. Après tout, n’était-ce pas cela que Mélodie attendait de Sylvain Belle-Histoire ? Qu’il l’emporte loin de son monde, loin de tout, où elle pourrait être l’espace d’un instant quelqu’un d’autre… C’était d'ailleurs là ce que tous attendaient de ses contes, une porte de sortie, une échappatoire éphémère.
 
« Je me souviens… Continua-t-il, vérifiant du coin de l’œil que les têtes alentours se retournaient de nouveau vers lui, je me souviens de ce jour-là, ho douce demoiselle, ce jour où nous nous sommes rencontrés. »
 
Sans lui demander son avis, Sylvain empoigna la main de la jeune femme pour l’attirer à lui. Il ne la connaissait pas assez pour savoir si elle allait ou non entrer dans son jeu, si elle allait ou non se laisser griser par cette sensation si particulière de se savoir au centre des regards. Situation cocasse pour une fille qui, à ne pas en douter, devait en général chercher à disparaitre, à devenir celle qu’on ne devait pas voir. Mais si Sylvain n’était pas un honnête homme, il n’était pas question de respecter ce que la belle désirait.
 
« Cet homme avait donc fait tomber sa bourse ! Continua-t-il, poussant encore un peu sa voix, rappelant à lui la foule qui hésitait maintenant à s’éloigner. Mais heureusement voilà que notre héroïne s’avance et la ramasse. Ho, je vous vois venir vils canailles ! Voleuse ! C’est là le mot qui vous brûle les lèvres. Mais que nenni ! Car notre belle n’a qu’une idée en tête ! Retrouvez cet homme et lui rendre son bien, car à l’intérieur, voyez-vous… tout au fond… bien caché dans un écrin… se trouve une bague de fiançailles ! 
 
Il lâcha Mélodie, s’éloignant, chatoyant de violet dans le soleil de l’après-midi. Déjà dans sa tête se formait une histoire, mais pourquoi conter seul lorsque l’on pouvait conter à deux.
 
« Mais alors qu’elle s’apprête à rejoindre l’homme, une voix l’interpelle, la faisant se retourner ! »
 
Sylvain appuya ses mots, faisant tournoyer Mélodie sur elle-même, l’obligeant à lui faire face après l’avoir contourné. Il modifia sa voix, sa posture et voilà que devant la voleuse c’est comme si un autre homme lui adressait la parole.
 
« Hé bien alors vile malandrine ! Tu pensais pouvoir voler en toute impunité ? Moi, garde de la ville, je ne te laisserais pas me filer sous le nez ! Tu peux me croire, j’en ais peut-être un gros, de nez, à force de boire, à force de picoler, ce n’est pas pour autant que tu pourras me berner ! »
 
De nouveau le conteur sembla se transformer, accordant, l’espace d’un instant seulement, un clin d’œil à sa comparse forcée. Il redevient Sylvain, théâtral, tout en beauté et ajouta :
 

« Mais notre héroïne n’est pas prête à se laisser pincer pour un acte qu’elle n’a pas commis et la voilà qui déclare : »
 

Les yeux, la tête, le corps tout entier du conteur se tournèrent soudain vers Mélodie. Allait-elle lui donner la réplique ? L’assistance vibrait désormais dans l’attente de la suite de l’histoire de la belle jeune fille injustement condamnée. Il aurait été vraiment dommage de ne pas leur donner ce pourquoi ils étaient restés.


Dernière édition par Sylvain Belle-Histoire le Ven 22 Sep - 10:40, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Lun 28 Aoû - 19:19

Ho, c’est qu’il semble avoir pris la mouche le beau conteur. Je hausse simplement les épaules, le regardant d’un air neutre, laissant son charme –indéniable, il fallait l’admettre- glisser sur moi. Ho, plus d’une fois ses paroles caressantes m’avaient fait frissonner d’indécente façon… Mais ses approches, l’intimité qu’il installait m’avait toujours dissuadé de céder à ses avances. Je ne cherchais dans le sexe que le plaisir brute et rien d’autre, je n’avais que faire des compliments, des aveux énamourés et faux, l’amour n’était qu’une illusion bien cruelle de mon point de vue et je la fuyais autant que possible. Qu’il le simule me dérangeait au plus haut point.

-Tu parles trop bien pour l’être, d’honnête, et en plus tu es Lagran.

Le dernier argument était, à mon sens, imparable. Tout comme il ne fallait jamais croire aux mots volages d’un cielsombrois soit disant épris de votre beauté, il ne fallait accorder sa confiance à un Lagran, du moins tant que vous n’étiez pas sûr que votre collaboration lui était plus bénéfique que le contraire. Sylvain, lui, était un hybride. Je n’irais jamais le lui avouer, mais je le trouvais sympathique et il avait, à sa manière, ma confiance, du moins une partie.

Et le voila avec les prunelles pétillantes qui se rapproche outrageusement de moi, presque trop, presque pas assez. Je le laisse faire, laissant éclore le sourire que ses mots qui s’élèvent avec fougue dans l’air font apparaitre. Je le vois de là où je suis, ses coups d’œil discrets pour s’assurer d’avoir l’attention, l’orgueil qui gonfle son égo, qui gonfle, gonfle, jusqu'à lui en faire bomber le torse.
C’est drôle, ça chasse les cauchemars, alors je danse avec lui, je me cambre contre lui pour attiser son désir, celui là même qu’il ne satisfera jamais avec moi.
C’est un jeu muet qui se lance entre nous, un défi étrange que je relève, car telle est ma nature.

Je retiens avec difficulté un rire, alors qu’il dépeint cette rencontre étrange qui fut la notre, jour fatidique où un jeune plein de curiosité s’était glissé dans les rues de la Ville Basse. La réalité était bien différente de ce qu’il dépeignait, lui, pauvre conteur que j’avais projeté contre ledit malheureux ayant perdu sa bague. Je les avais aidés à se relever, tout les deux, calmant les ardeurs d’un homme rouge de colère. Une couleur qui était certainement revenue lorsqu’il s’était rendu compte qu’il lui manquait quelque bijou et sa bourse. On ne se balade pas aussi impunément dans la Ville Basse. Sylvain, pour sa peine avait eu droit à un verre pour me faire pardonner. Je ne sais s’il avait compris ma manigance, si maintenant s’il la voit avec le recul, mais il n’y avait rien de glorieux pour lui. Moi j’avais bien ris, et c’est celui-là même que je tente de contenir.

Dieux que c’était bon, de laissait simplement la joie envahir la plus petite parcelle de mon être et en chasser les ténèbres, se gorger d’insouciance jusqu'à ce que Sithis nous sépare.

-C’est à force de tomber sous le coup de l’alcool, mon bon monsieur, que ce nez est si gros. Votre vue semble aussi défaillante, car ce n’est pas un vol que vous me voyez emporter cette bourse, mais bien un service alors que j’accoure pour la rendre.

Je me colle contre le beau conteur, pour venir lui susurrer joyeusement au creux de son oreille.

-Qu’aucun garde ne se risque dans la Ville Basse restera entre nous, bien entendu.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Dim 10 Sep - 19:22

Elle danse, virevolte, se meut avec sensualité et grâce. Lorsque son dos se cambre, offrant à ses yeux des courbes divines, Sylvain sent son désir exploser, s’embraser. S’enflammer dans ses tripes et son bas ventre alors qu’elle se colle à lui, réussissant pourtant toujours à échapper à ses caresses, et son étreinte. Ho Mélodie, Mélodie, comme il est vilain de se jouer ainsi d’un homme. Autour d’eux, les passants sont revenus, écoutent, ne semblent pas remarquer le ballet qui se déroule sous leurs yeux entre deux corps qui se cherchent, qui se chamaillent, qui s’attisent et se charment alors que les mains de Sylvain effleurent une cuisse, caresse le ventre.
 
Soudain elle se colle à lui et son odeur l’envoute alors qu’elle lui murmure à l’oreille une banalité qui aurait pu être affligeante si elle n’avait pas été enrobée de sucre et de désir. D’une main, Sylvain resserre leur étreinte, rapproche un peu plus leurs deux corps et, laissant glisser ses lèvres contre le cou de la jeune femme, murmure :
 

« Le vrai, le faux, la réalité et le mensonge, jouons ensemble avec cela… Douce Mélodie à nos oreilles… Charmante aubade, ritournelle si… sucrée »


 
Il mord, juste un instant, goûtant la peau de la jeune femme et la serre plus fort. Puis la repousse, l’abandonne, pour la laisser revenir. Pas question de lui donner l’avantage. De plus le public attend, il veut connaitre la suite de l’histoire de la jeune fille, de la bague de fiançailles. Elle attendra qu’il ait étanché leur soif de mots.
 


« Et voilà notre héroïne, reprend le conteur, retirant son chapeau, passant une main dans ses cheveux, qui, filoute, s’échappe, s’esquive aux yeux de la milice. Comme un chat, elle se faufile, elle se glisse et disparaît dans la foule. Elle n’a qu’une idée en tête, retrouver l’homme, qu’un seul but. Car l’amour, ho l’amour, voilà bien une chose qui fait battre son cœur. »
 

Il se tourne vers la belle, lui sourit. Un sourire narquois, plein de charme mais aussi d’ironie. Ho, on ne lui fait pas au conteur. Il n’est pas né de la dernière pluie. Il le voit dans sa façon de glisser entre ses doigts, il le sent dans sa manière de se jouer de lui, de blaguer quand il se penche vers elle, quand il l’attire. Elle tremble, elle fuit, elle refuse de regarder en face les sentiments, pour lui, pour les autres. Ho non l’amour, ce n’est pas pour Mélodie.
 

Ho, mais le vrai, le faux, la réalité et le mensonge, ils jouent ensemble avec cela…
 

« Et alors qu’elle s’élance dans la foule, à quelques pas seulement de notre homme, presque capable de le toucher, elle trébuche, titube et s’affale. Un homme se courrouce et se hérisse. Qui ose ainsi le bousculer ? »


De nouveau, c’est comme si le conteur change pour devenir autre. Il se voûte, s’affaisse et une bosse semble pousser de nulle part sur une de ses épaules. Son visage se crispe en un rictus mauvais, en une grimace courroucée et, c’est d’une voix tonnante de colère qu’il s’exclame.


« Qui êtes-vous donc pour oser ainsi me toucher, simplement m’effleurer ? Savez-vous seulement avec qui vous tentez de jouer ? Est-ce ma vieillesse qui vous fait ainsi m’ignorer ? Ho vous êtes belle, vous êtes jeune, mais vous êtes mal élevée ! Je suis un duc, un roi, un mage, celui qui dirige ce voisinage ! Votre affront ne saurait être pardonné ! Ployez le genou, le dos courbé, et offrez-moi sur le champ le plus beau des présents… Par exemple… ho par exemple… ! »
 

Il marque une pause, laisse son regard planer et murmure… « Un baiser … ? »

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Ven 22 Sep - 19:07

Ho le goujat, je me courrouce, je me consume et ses mains palpent, survolent et effleurent. Quel bel enfoiré que de tenter de s’attirer mes faveurs ainsi. Il savait qu’il ne les avait pas, ne les aurait jamais, et il profitait éhontément de la situation. J’aurais bien pu le planter là, une gifle rougissant son joli minois en guise de représailles, mais, je n’en avais pas tant envie en fin de compte. A vrai dire il remplissait parfaitement son office, c'est-à-dire, me changer les idées.
Mais le désir qui gonflait en moi était autrement dérangeant, j’aurais aimé, me serais certainement, abandonné s’il s’était agi d’un autre, d’un inconnu, mais ce n’était pas le cas et tandis qu’il se joue de moi, que ses dents électrisent un peu plus ma peau, j’en profite pour lui pincer méchamment le torse à l’abri des regards et lui répond d’un sourire mauvais dont il serait le seul interprète.

Il voulait jouer, très bien, le pari était tenu, mais il allait amèrement le regretter.

Sylvain, parfaitement dans son personnage, sans doute ravie que les têtes se retournent, que la foule se masse de nouveau, continue son récit, comme s’il ne m’avait rien dit au creux de l’oreille, comme s’il ne s’était pas amusé à aiguiser mes sens.

La pourriture.

J’étais persuadée qu’avoir un public l’excitait encore plus que dans l’intimité d’une chambre. Les lagrans étaient retors après tout, leurs penchants pouvaient être aussi étranges que ceux d’un cielsombrois s’ils s’y mettaient.
La danse continue et nos pieds s’entremêlent sans jamais que l’un ou l’autre ne se déséquilibre, nos yeux se croisent et papillonnent, se lâchent et se retrouvent, puis s’abandonnent de nouveau le temps d’une tirade déclamée. L’instant d’après, c’est moi qui le fusille, mécontente.
L’amour ? Sérieusement, j’avais failli m’étouffer, puis rire, puis m’exclamer d’exaspération, puis tout ça à la fois. Il n’y avait bien qu’un conteur pour ne jurer que par l’amour et son pouvoir soi-disant tout-puissant. Un jour, il faudrait que ça soit moi qui lui raconte une histoire, dix, cent, voir mille, car mon cas n’était pas unique, surtout dans cette ville où richesse côtoyait misère au quotidien.

Et en plus il me disait amoureux d’un vieux bossu… Aurait-il eu vent de cette insupportable rumeur concernant Césaire ? Non….si ? Se moquait-il ? hooo l’enfoiré.

-Je vous rapporte déjà vos affaires oubliés messire, un baiser ne serait-il pas une demande excessive alors que j’ai bravé la foule, voleur et mécontent pour vous rapporter votre dû ?

Je me fais d’un coup plus petite, le regardant d’un air d’enfant perdu. Qu’il tente le diable et ses bijoux de famille allaient s’en souvenir longtemps. J’avais presque envie qu’il tombe dans le panneau, qu’il ne se méfie point et vienne chercher son dû. Ho oui, il l’aurait son baiser, mais au détriment d’une autre partie de son anatomie. Ce pourrait être bien drôle.

-Vous avez beau être un duc, un roi, un mage, n’avez-vous pas peur de vous proclamer seigneur de cette ville quand la Cour des Miracles guette et veille sur ses agneaux ? Êtes-vous le Fils des Ombres pour parler ainsi ?

Celui là même qui…non, non, non et non. Je n’avais pas envie d’y penser, alors je me jette dans les bras d’un Sylvain au visage tordu.

-Emportez-moi dans votre cour si telle et le cas, car des gardes m’ont pris en chasse et je crains qu’il ne tarde à me retrouver. Je n’ai nul endroit où aller à cause d’une vulgaire méprise, si ce n’est la volonté de vous ramener votre dû.

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