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 Père Sylvain, raconte moi une histoire

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Message Sujet: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Sam 19 Aoû - 2:51


Livre II, Chapitre 5 • La Mort dans les Veines
Sylvain Belle-Histoire &  Mélodie Douxvelours

Père Sylvain, raconte moi une histoire

La voleuse et le conteur



• Date : 03 Aout 1002
• Météo (optionnel) : Grand soleil
• Statut du RP : En cours
• Résumé :

Sylvain est de retour à Lorgol pour y fêter son anniversaire qui arrive dans quelques jours. A cette occasion, il en profite pour se faire de l'argent facile en allant conter dans la Ville Basse où ses histoires sont très attendues notamment par les enfants. Lors d'un spectacle il tombe sur une vieille connaissance aux charmes indéniables : Mélodie Douxvelours

• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici : 03 Aout 1002[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2560-pere-sylvain-raconte-moi-une-histoire]Père Sylvain, raconte moi une histoire[/url] - [i]Sylvain Belle-Histoire & Mélodie Douxvelours[/i]
Sylvain est de retour à Lorgol pour y fêter son anniversaire qui arrive dans quelques jours. A cette occasion, il en profite pour se faire de l'argent facile en allant conter dans la Ville Basse où ses histoires sont très attendues notamment par les enfants. Lors d'un spectacle il tombe sur une vieille connaissance aux charmes indéniables : Mélodie Douxvelours



Dernière édition par Sylvain Belle-Histoire le Sam 19 Aoû - 3:34, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Sam 19 Aoû - 2:53

La petite tête brune courait à travers les rues de la Ville Basse, se dépêchant de suivre la rumeur. Ses cheveux, mi-longs, tressautaient sur ses maigres épaules alors qu’il se faufilait au milieu des passants, se joignant au reste des enfants qui courraient dans la même direction. Certains affirmaient qu’il était de retour après de longs mois d’absence, ramenant avec lui un tourbillon d’histoires et de chansons. « Peut-être nous racontera-t-il une histoire avec des combats et du sang. » espérait en son for intérieur le petit bagarreur à la peau tannée par le soleil. Lui, il voulait devenir un soldat, comme son père, parce que le sang ça ne lui faisait pas peur. Pas comme aux filles qui piaillaient dès qu’elles en voyaient un peu.
Il bifurqua à l’angle d’un canal, s’enfonça dans une rue, et soudain son visage s’éclaira lorsqu’il l’entendit. La voix était un étrange mélange, mêlant grave et aigu en une mélodie hypnotisante et si les mots ne lui parvenaient pas encore distinctement il ne faisait aucun doute que le timbre de voix annonçait une histoire.

Il déboucha sur une petite impasse, planquée sous de hauts bâtiments qui formaient comme un toit, et devant lui, s’amassant autour du conteur, des enfants se chamaillaient, s’exhortaient de se taire, alors qu’un homme aux allures plus que respectable élevait la voix pour couvrir le brouhahaha.

« Et c’est alors, messieurs, dames et enfants de tout poil, que le griffon se retourna pour me toiser de toutes ses plumes ! » Annonçait fièrement le conteur, ses habits couleur prune chatoyant dans les rares rayons de soleil qui arrivaient à frapper l’endroit. « Son Voltigeur gisait toujours, inconscient, à ses pieds alors que la monstrueuse bête qui l’avait désarçonné volait lentement vers moi, étendant ses doigts griffus, avide, assoiffée de mon sang… ».

Le silence se faisait, tous écoutaient le conteur, impatient de savoir si lui et le cavalier allaient s’en sortir. « C’est stupide. » Pensa un instant la petite tête brune « S’il est là aujourd’hui, c’est que la bête est morte. ». Pourtant, il poussa vigoureusement un de ses camarades pour s’installer au plus près du conteur, ne le quittant pas des yeux, ouvrant grand les oreilles.

« Comme vous le savez tous ici, car vous êtes des petits malins, les griffons, après avoir choisi leur Voltigeur, ne laisse personne d’autres approcher leur dos, où alors faut-il s’en montrer digne ! La situation se montrait désespérée, je n’avais à ma disposition qu’une pauvre épée rouillée, mon luth et mon courage alors que la bête s’approchait sans que je ne puisse l’atteindre, ses ailes monstrueuses masquant jusqu’à la lumière du soleil. »

La foule retenait son souffle. A côté du garçon, une jeune femme prit place, mais il ne lui préta pas une once d’attention. Il tenait ses genoux serraient contre sa poitrine, observant de ses grands yeux bleus emplis d’étoiles, la bouche ouverte, le conteur reprendre, se penchant vers l’assistance.

« Et l’impensable se produit… Alors que tout espoir m’avait quitté, que j’embrassais la mort avec un soupçon de regret, le griffon vint se placer devant moi et, effectuant la plus belle des révérences, à faire pâlir les nobles dames, il m’invita à le chevaucher et à reprendre ensemble le combat. »

Il effectua à son tour un salut, mimant le griffon, balayant de la plume d’aigrette qui trônait sur son chapeau le sol poussiéreux de la Ville Basse.

Sylvain savait qu’il avait capté son auditoire. Les enfants comme les adultes ne le quittaient pas des yeux. Lorsqu’ainsi, il se trouvait au centre de l’attention, imposant le silence par la simple force de ses paroles, le conteur ressentait un sentiment de puissance qui n’avait pas d’égal. Il avait l’impression d’imposer une volonté muette alors que l’air vibrait d’attente, attente qu’il était le seul à pouvoir combler. Se relevant de sa révérence qu’il avait travaillé mainte et mainte fois, il reprit, baissant volontairement la voix et, des yeux, il balaya l’auditoire. Son regard s’accrocha à une jeune femme qui s’était assise au premier rang, à côté d’un jeune pouilleux… pardon, d’un spectateur, qui buvait ses paroles comme le lait de sa mère. Un sourire se dessina sous sa moustache et il reprit, sans plus quitter la belle du regard :

« Je montais sur le dos de mon nouveau compagnon, enserrant l’épée dans ma main droite. Moi qui ne suis pas homme d’armes mais homme de lettres, j’étais prêt. S’il fallait mourir, je mourrai en combattant ! Et nous nous élançâmes, moi, m’agrippant aux plumes du griffon, lui, poussant un cri sauvage comme seul les puissantes bêtes savent le faire. Dans la bataille qui suivit, mon destrier ne fut pas en reste, griffant, mordant de son bec l’infâme créature, alors que je tailladais sa chair hurlant comme un damné pour me donner du courage. »

Tout en parlant, il s’était emparé d’un bâton et, effectuant des passes simples qu’on lui avait un jour enseigné pour impressionner les donzelles, il illustrait son combat.

« La monstruosité s’effondra sous nos assauts combinés, hurlant de rage. Et quand elle s’écrasa au sol, ses ailes tordues, le corps maculé de sang, elle poussa un long soupir, proche d’une plainte. Mais je le savais moi, je le savais… cette plainte n’était autre qu’une malédiction. »

Il ponctua sa phrase en pointant son bâton vers la jeune femme qu’il avait repéré dans la foule, qui lui souriait désormais. Un clin d’œil charmeur plus tard, il s’était retourné, la plèbe contemplant désormais son dos. Et d’une voix basse, chargée de gravité, il conclut son récit.

« Sur moi pesait désormais l’outrage de la création, la promesse d’une mort bien plus douloureuse que celle que je lui avais fait subir… Mais cela est une autre histoire ! »

L’assemblée ne sembla pas comprendre tout de suite que le récit était fini. Ils restèrent, un moment, à l’observer alors qu’il les gratifiait de sa plus belle face énigmatique : sourire en coin, sourcil relevé. Les enfants furent les plus rapides, s’agglutinant autour de lui, lui réclamant la suite : comment avait-il levé la malédiction, comment allait le chevaucheur, le cavalier allait-il pouvoir retrouver sa dame, allaient-ils se marier ? Il leur promit de raconter la suite le lendemain, s’extirpant de leurs petits doigts avides, heureux d’être le centre de l’attention comme il le méritait. Mais pour l’heure, il y avait bien plus important que les petits chenapans qui réclamaient une histoire, car maintenant, adossée contre un mur, se trouvait :
« Mélodie Douxvelours… lança-t-il à la cantonnade, s’approchant de la beauté. »

Il posa une main contre le mur, sincèrement heureux de la voir, de pouvoir la croiser.
« Tu n’as pas changé d’un pouce, ho ma douce voleuse, toujours aussi belle, toujours aussi mystérieuse. »

Farouche, comme toujours, sachant qu’il allait surement se faire taper sur les doigts, il s’empara d’une des mèches de la demoiselle pour lui replacer derrière l’oreille.

Ha, comme il était bon de revenir à Lorgol, la ville recelait vraiment de nombreux trésors.
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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Lun 21 Aoû - 2:58

Les rayons de soleil se déposent avec délice sur ma peau, je déambule dans les rues de la Ville Basse. Goutant à cette petite victoire que de ne plus en avoir peur, que de ne plus paniquer au moindre mouvement dans un recoin sombre où dès que mon regard croise celui d’un enfant des Miracles. J’avais eu du mal à le surmonter, cela ne s’était pas fait en un jour et même aujourd’hui encore, il me restait des filaments visqueux d’horreur qui s‘accrochaient à mon esprit et finissaient par avoir raison de moi. Bien moins souvent qu’il y avait quelques semaines et j’étais satisfaite de cet état de fait. C’est donc purement par hasard que j’étais tombée sur lui. Attirée par une cohue de bambins se chamaillant joyeusement et courant à toutes jambes vers un recoin isolé du dédale labyrinthique de la ville. Sous l’arche qu’ils passaient en courant les bruits se réverbèraient et ainsi une voix mélodieuse, déformée par l’écho et la pierre est soufflée à mes oreilles. Une voix, un rythme, un chant que je connaissais. Remuant le nez, oublieuse de mes déboires et de mes victoires, la curiosité prend le dessus et mes pas me mènent vers l’impasse cachée derrière cette arche, magnifique certainement fut un temps, mais désormais fissuré et craquelé par endroits que la mousse envahissait avec minutie.

Un petit attroupement était d’ors et déjà présent, bercé par la voix, par l’histoire. Des acclamations faisaient suite aux exploits narrés, un silence de plomb s’abattait lorsque le conteur retenait son souffle. Je ne peux que sourire devant ce spectacle et me laisser emporter par le flot de paroles qui m’emmène loin de cette ville, loin des souvenirs et de l’horreur.
Sans aucune mal, je me faufile entre les gens pour venir m’assoir au plus près. Je sais qu’il m’a vu, son regard papillonne d’une tête à l’autre, mais il s’est arrêté un bref instant lorsqu’il m’a reconnu, une seconde tout au plus, assez pour échanger un regard.
J’aimais bien Sylvain, tout simplement parce qu’il savait raconter des histoires à merveille. Son tempérament orgueilleux aurait pu être un problème, mais ses talents compensaient, me forçant à la tempérance, ce qui était assez rare me concernant pour le noter.

L’ironie flamboie dans mes yeux lorsque je comprends que le héros n’est autre que lui-même. Lui, le tueur de monstre, chevaucheur de griffon et pourtant sans attache, seul, pauvre petit chou, sans nul doute que des demoiselles se sentiront le devoir de panser ce cœur meurtri par l’absence d’amour.
Ce n’est qu’une fois le récit terminé et la foule dispersée qu’il vient à moi, l’œil pétillant comme toujours, plein d’entrain et de couleur, jurant avec la misère et le gris qui ternit les visages du bas peuple.

-Bonjour à toi, je ne m’attendais pas vraiment à te voir ici. Je pensais que tu étais en vadrouille et que tu ne reviendrais surement pas avant l’hiver.


Je prends un air offusqué quand il me traite de voleuse, le regardant d’un air courroucé, voulant y laisser transparaitre toute l’innocence du monde.
Je pouvais feindre beaucoup de choses, mais je n’excellais clairement pas en prenant le rôle d’une ingénue, qu’importe.

-Voyons, je t’ai déjà dit que cet homme avait fait tomber sa bourse. Ca ne fait pas de moi une voleuse. Une profiteuse à la rigueur, mais pas une voleuse, je suis une travailleuse honnête moi.

Sous-entendait clairement que lui ne l’était pas, charmeur et trompeur, j’étais persuadée qu’il s’était plus d’une fois fait grassement payer, plus qu’il n’aurait dû pour ses services, à cause de son charme et du service optionnel pour peu qu’il s’agisse d’une patronne et qu’elle fut un tant soit peu attirante. Mais, en réalité, je ne le jugeais pas pour cela, qu’il s’agisse ou non de la vérité, j’étais bien mal placée pour le condamner, et il n’avait jamais contraint personne, ça j’en étais aussi persuadée.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Mer 23 Aoû - 12:56

Son petit visage affichait une expression qui se voulait innocente, mais derrière ses yeux flamboyaient une malice et une ardeur qui ne laissaient personne dupe. Ce minois n’avait jamais laissé Sylvain indifférent mais Mélodie était loin d’être de ces oiseaux à se laisser caresser le plumage facilement. Elle aimait ses mots, les écoutait, s’enroulait dedans et s’y prélassait comme un chat, mais, contrairement aux autres, elle ne s’y laissait pas emprisonner. Et contrairement aux autres aussi, Mélodie était secrète, peu encline à se confier, à bavarder, à se laisser découvrir… Autant de caractéristiques qui fascinaient Sylvain. La voleuse qui n’en était pas une, était comme de l’eau, coulante, chatoyante, mais tentez simplement de la saisir et la voilà qui vous échappe, qui jaillit hors de votre poigne. Elle venait à vous, jamais l’inverse.
 
Lorsque la parole jaillit, piquante comme le sel sur un plaie, Sylvain esquissa un sourire avant de prendre un air offusqué. Si Mélodie ne savait pas feindre l’innocence, le conteur excellait dans l’art de paraître courroucé. Aussi posa-t-il, esquissant dans l’air un large cercle de son bras, une main sur son cœur, secouant la tête de droite à gauche, son beau visage feignant d’être choqué.
 
« Oserais-tu seulement sous-entendre que moi, Sylvain Belle-Histoire, celui que l’on nomme dans certaines villes, Sylvain le Sincère, Sylvain dont la Parole est d’Or, je puisse ne pas être un honnête homme ?! »
 
Il avait haussé le ton, s’éloignant de la demoiselle pour avoir la place de mouvoir. Sa voix reprenait des accents d’Histoire et de Légendes alors qu’il continuait sa mascarade. Après tout, n’était-ce pas cela que Mélodie attendait de Sylvain Belle-Histoire ? Qu’il l’emporte loin de son monde, loin de tout, où elle pourrait être l’espace d’un instant quelqu’un d’autre… C’était d'ailleurs là ce que tous attendaient de ses contes, une porte de sortie, une échappatoire éphémère.
 
« Je me souviens… Continua-t-il, vérifiant du coin de l’œil que les têtes alentours se retournaient de nouveau vers lui, je me souviens de ce jour-là, ho douce demoiselle, ce jour où nous nous sommes rencontrés. »
 
Sans lui demander son avis, Sylvain empoigna la main de la jeune femme pour l’attirer à lui. Il ne la connaissait pas assez pour savoir si elle allait ou non entrer dans son jeu, si elle allait ou non se laisser griser par cette sensation si particulière de se savoir au centre des regards. Situation cocasse pour une fille qui, à ne pas en douter, devait en général chercher à disparaitre, à devenir celle qu’on ne devait pas voir. Mais si Sylvain n’était pas un honnête homme, il n’était pas question de respecter ce que la belle désirait.
 
« Cet homme avait donc fait tomber sa bourse ! Continua-t-il, poussant encore un peu sa voix, rappelant à lui la foule qui hésitait maintenant à s’éloigner. Mais heureusement voilà que notre héroïne s’avance et la ramasse. Ho, je vous vois venir vils canailles ! Voleuse ! C’est là le mot qui vous brûle les lèvres. Mais que nenni ! Car notre belle n’a qu’une idée en tête ! Retrouvez cet homme et lui rendre son bien, car à l’intérieur, voyez-vous… tout au fond… bien caché dans un écrin… se trouve une bague de fiançailles ! 
 
Il lâcha Mélodie, s’éloignant, chatoyant de violet dans le soleil de l’après-midi. Déjà dans sa tête se formait une histoire, mais pourquoi conter seul lorsque l’on pouvait conter à deux.
 
« Mais alors qu’elle s’apprête à rejoindre l’homme, une voix l’interpelle, la faisant se retourner ! »
 
Sylvain appuya ses mots, faisant tournoyer Mélodie sur elle-même, l’obligeant à lui faire face après l’avoir contourné. Il modifia sa voix, sa posture et voilà que devant la voleuse c’est comme si un autre homme lui adressait la parole.
 
« Hé bien alors vile malandrine ! Tu pensais pouvoir voler en toute impunité ? Moi, garde de la ville, je ne te laisserais pas me filer sous le nez ! Tu peux me croire, j’en ais peut-être un gros, de nez, à force de boire, à force de picoler, ce n’est pas pour autant que tu pourras me berner ! »
 
De nouveau le conteur sembla se transformer, accordant, l’espace d’un instant seulement, un clin d’œil à sa comparse forcée. Il redevient Sylvain, théâtral, tout en beauté et ajouta :
 

« Mais notre héroïne n’est pas prête à se laisser pincer pour un acte qu’elle n’a pas commis et la voilà qui déclare : »
 

Les yeux, la tête, le corps tout entier du conteur se tournèrent soudain vers Mélodie. Allait-elle lui donner la réplique ? L’assistance vibrait désormais dans l’attente de la suite de l’histoire de la belle jeune fille injustement condamnée. Il aurait été vraiment dommage de ne pas leur donner ce pourquoi ils étaient restés.


Dernière édition par Sylvain Belle-Histoire le Ven 22 Sep - 1:40, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Lun 28 Aoû - 10:19

Ho, c’est qu’il semble avoir pris la mouche le beau conteur. Je hausse simplement les épaules, le regardant d’un air neutre, laissant son charme –indéniable, il fallait l’admettre- glisser sur moi. Ho, plus d’une fois ses paroles caressantes m’avaient fait frissonner d’indécente façon… Mais ses approches, l’intimité qu’il installait m’avait toujours dissuadé de céder à ses avances. Je ne cherchais dans le sexe que le plaisir brute et rien d’autre, je n’avais que faire des compliments, des aveux énamourés et faux, l’amour n’était qu’une illusion bien cruelle de mon point de vue et je la fuyais autant que possible. Qu’il le simule me dérangeait au plus haut point.

-Tu parles trop bien pour l’être, d’honnête, et en plus tu es Lagran.

Le dernier argument était, à mon sens, imparable. Tout comme il ne fallait jamais croire aux mots volages d’un cielsombrois soit disant épris de votre beauté, il ne fallait accorder sa confiance à un Lagran, du moins tant que vous n’étiez pas sûr que votre collaboration lui était plus bénéfique que le contraire. Sylvain, lui, était un hybride. Je n’irais jamais le lui avouer, mais je le trouvais sympathique et il avait, à sa manière, ma confiance, du moins une partie.

Et le voila avec les prunelles pétillantes qui se rapproche outrageusement de moi, presque trop, presque pas assez. Je le laisse faire, laissant éclore le sourire que ses mots qui s’élèvent avec fougue dans l’air font apparaitre. Je le vois de là où je suis, ses coups d’œil discrets pour s’assurer d’avoir l’attention, l’orgueil qui gonfle son égo, qui gonfle, gonfle, jusqu'à lui en faire bomber le torse.
C’est drôle, ça chasse les cauchemars, alors je danse avec lui, je me cambre contre lui pour attiser son désir, celui là même qu’il ne satisfera jamais avec moi.
C’est un jeu muet qui se lance entre nous, un défi étrange que je relève, car telle est ma nature.

Je retiens avec difficulté un rire, alors qu’il dépeint cette rencontre étrange qui fut la notre, jour fatidique où un jeune plein de curiosité s’était glissé dans les rues de la Ville Basse. La réalité était bien différente de ce qu’il dépeignait, lui, pauvre conteur que j’avais projeté contre ledit malheureux ayant perdu sa bague. Je les avais aidés à se relever, tout les deux, calmant les ardeurs d’un homme rouge de colère. Une couleur qui était certainement revenue lorsqu’il s’était rendu compte qu’il lui manquait quelque bijou et sa bourse. On ne se balade pas aussi impunément dans la Ville Basse. Sylvain, pour sa peine avait eu droit à un verre pour me faire pardonner. Je ne sais s’il avait compris ma manigance, si maintenant s’il la voit avec le recul, mais il n’y avait rien de glorieux pour lui. Moi j’avais bien ris, et c’est celui-là même que je tente de contenir.

Dieux que c’était bon, de laissait simplement la joie envahir la plus petite parcelle de mon être et en chasser les ténèbres, se gorger d’insouciance jusqu'à ce que Sithis nous sépare.

-C’est à force de tomber sous le coup de l’alcool, mon bon monsieur, que ce nez est si gros. Votre vue semble aussi défaillante, car ce n’est pas un vol que vous me voyez emporter cette bourse, mais bien un service alors que j’accoure pour la rendre.

Je me colle contre le beau conteur, pour venir lui susurrer joyeusement au creux de son oreille.

-Qu’aucun garde ne se risque dans la Ville Basse restera entre nous, bien entendu.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Dim 10 Sep - 10:22

Elle danse, virevolte, se meut avec sensualité et grâce. Lorsque son dos se cambre, offrant à ses yeux des courbes divines, Sylvain sent son désir exploser, s’embraser. S’enflammer dans ses tripes et son bas ventre alors qu’elle se colle à lui, réussissant pourtant toujours à échapper à ses caresses, et son étreinte. Ho Mélodie, Mélodie, comme il est vilain de se jouer ainsi d’un homme. Autour d’eux, les passants sont revenus, écoutent, ne semblent pas remarquer le ballet qui se déroule sous leurs yeux entre deux corps qui se cherchent, qui se chamaillent, qui s’attisent et se charment alors que les mains de Sylvain effleurent une cuisse, caresse le ventre.
 
Soudain elle se colle à lui et son odeur l’envoute alors qu’elle lui murmure à l’oreille une banalité qui aurait pu être affligeante si elle n’avait pas été enrobée de sucre et de désir. D’une main, Sylvain resserre leur étreinte, rapproche un peu plus leurs deux corps et, laissant glisser ses lèvres contre le cou de la jeune femme, murmure :
 

« Le vrai, le faux, la réalité et le mensonge, jouons ensemble avec cela… Douce Mélodie à nos oreilles… Charmante aubade, ritournelle si… sucrée »


 
Il mord, juste un instant, goûtant la peau de la jeune femme et la serre plus fort. Puis la repousse, l’abandonne, pour la laisser revenir. Pas question de lui donner l’avantage. De plus le public attend, il veut connaitre la suite de l’histoire de la jeune fille, de la bague de fiançailles. Elle attendra qu’il ait étanché leur soif de mots.
 


« Et voilà notre héroïne, reprend le conteur, retirant son chapeau, passant une main dans ses cheveux, qui, filoute, s’échappe, s’esquive aux yeux de la milice. Comme un chat, elle se faufile, elle se glisse et disparaît dans la foule. Elle n’a qu’une idée en tête, retrouver l’homme, qu’un seul but. Car l’amour, ho l’amour, voilà bien une chose qui fait battre son cœur. »
 

Il se tourne vers la belle, lui sourit. Un sourire narquois, plein de charme mais aussi d’ironie. Ho, on ne lui fait pas au conteur. Il n’est pas né de la dernière pluie. Il le voit dans sa façon de glisser entre ses doigts, il le sent dans sa manière de se jouer de lui, de blaguer quand il se penche vers elle, quand il l’attire. Elle tremble, elle fuit, elle refuse de regarder en face les sentiments, pour lui, pour les autres. Ho non l’amour, ce n’est pas pour Mélodie.
 

Ho, mais le vrai, le faux, la réalité et le mensonge, ils jouent ensemble avec cela…
 

« Et alors qu’elle s’élance dans la foule, à quelques pas seulement de notre homme, presque capable de le toucher, elle trébuche, titube et s’affale. Un homme se courrouce et se hérisse. Qui ose ainsi le bousculer ? »


De nouveau, c’est comme si le conteur change pour devenir autre. Il se voûte, s’affaisse et une bosse semble pousser de nulle part sur une de ses épaules. Son visage se crispe en un rictus mauvais, en une grimace courroucée et, c’est d’une voix tonnante de colère qu’il s’exclame.


« Qui êtes-vous donc pour oser ainsi me toucher, simplement m’effleurer ? Savez-vous seulement avec qui vous tentez de jouer ? Est-ce ma vieillesse qui vous fait ainsi m’ignorer ? Ho vous êtes belle, vous êtes jeune, mais vous êtes mal élevée ! Je suis un duc, un roi, un mage, celui qui dirige ce voisinage ! Votre affront ne saurait être pardonné ! Ployez le genou, le dos courbé, et offrez-moi sur le champ le plus beau des présents… Par exemple… ho par exemple… ! »
 

Il marque une pause, laisse son regard planer et murmure… « Un baiser … ? »

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Ven 22 Sep - 10:07

Ho le goujat, je me courrouce, je me consume et ses mains palpent, survolent et effleurent. Quel bel enfoiré que de tenter de s’attirer mes faveurs ainsi. Il savait qu’il ne les avait pas, ne les aurait jamais, et il profitait éhontément de la situation. J’aurais bien pu le planter là, une gifle rougissant son joli minois en guise de représailles, mais, je n’en avais pas tant envie en fin de compte. A vrai dire il remplissait parfaitement son office, c'est-à-dire, me changer les idées.
Mais le désir qui gonflait en moi était autrement dérangeant, j’aurais aimé, me serais certainement, abandonné s’il s’était agi d’un autre, d’un inconnu, mais ce n’était pas le cas et tandis qu’il se joue de moi, que ses dents électrisent un peu plus ma peau, j’en profite pour lui pincer méchamment le torse à l’abri des regards et lui répond d’un sourire mauvais dont il serait le seul interprète.

Il voulait jouer, très bien, le pari était tenu, mais il allait amèrement le regretter.

Sylvain, parfaitement dans son personnage, sans doute ravie que les têtes se retournent, que la foule se masse de nouveau, continue son récit, comme s’il ne m’avait rien dit au creux de l’oreille, comme s’il ne s’était pas amusé à aiguiser mes sens.

La pourriture.

J’étais persuadée qu’avoir un public l’excitait encore plus que dans l’intimité d’une chambre. Les lagrans étaient retors après tout, leurs penchants pouvaient être aussi étranges que ceux d’un cielsombrois s’ils s’y mettaient.
La danse continue et nos pieds s’entremêlent sans jamais que l’un ou l’autre ne se déséquilibre, nos yeux se croisent et papillonnent, se lâchent et se retrouvent, puis s’abandonnent de nouveau le temps d’une tirade déclamée. L’instant d’après, c’est moi qui le fusille, mécontente.
L’amour ? Sérieusement, j’avais failli m’étouffer, puis rire, puis m’exclamer d’exaspération, puis tout ça à la fois. Il n’y avait bien qu’un conteur pour ne jurer que par l’amour et son pouvoir soi-disant tout-puissant. Un jour, il faudrait que ça soit moi qui lui raconte une histoire, dix, cent, voir mille, car mon cas n’était pas unique, surtout dans cette ville où richesse côtoyait misère au quotidien.

Et en plus il me disait amoureux d’un vieux bossu… Aurait-il eu vent de cette insupportable rumeur concernant Césaire ? Non….si ? Se moquait-il ? hooo l’enfoiré.

-Je vous rapporte déjà vos affaires oubliés messire, un baiser ne serait-il pas une demande excessive alors que j’ai bravé la foule, voleur et mécontent pour vous rapporter votre dû ?

Je me fais d’un coup plus petite, le regardant d’un air d’enfant perdu. Qu’il tente le diable et ses bijoux de famille allaient s’en souvenir longtemps. J’avais presque envie qu’il tombe dans le panneau, qu’il ne se méfie point et vienne chercher son dû. Ho oui, il l’aurait son baiser, mais au détriment d’une autre partie de son anatomie. Ce pourrait être bien drôle.

-Vous avez beau être un duc, un roi, un mage, n’avez-vous pas peur de vous proclamer seigneur de cette ville quand la Cour des Miracles guette et veille sur ses agneaux ? Êtes-vous le Fils des Ombres pour parler ainsi ?

Celui là même qui…non, non, non et non. Je n’avais pas envie d’y penser, alors je me jette dans les bras d’un Sylvain au visage tordu.

-Emportez-moi dans votre cour si telle et le cas, car des gardes m’ont pris en chasse et je crains qu’il ne tarde à me retrouver. Je n’ai nul endroit où aller à cause d’une vulgaire méprise, si ce n’est la volonté de vous ramener votre dû.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Dim 8 Oct - 8:41

La danse semble s’être arrêtée alors qu’il attend la réponse de la belle. Est-il allé trop loin ? Il se souvient de ce petit plissement de nez, de ce regard assassin lorsque l’amour avait franchi ses lèvres. Est-elle vexée ? Enervée ? Ho, l’idée est délicieuse. Rien de mieux que faire ressortir la furie qui se cache dans toutes femmes. Cette identité qui allume dans leurs yeux une flamme que certaines asseyent à tout prix d’éteindre. A ne pas en douter, derrière le regard de Mélodie se cache un vrai feu, un brasier qu’il semble impossible de dompter.
 
Sa réponse indique clairement que le baiser ne fait pas partie de ses plans. Bien, il en faut plus pour refroidir le conteur, pour lui faire renoncer à ses idées. Il n’ira pas non plus le chercher ce baiser. Elle lui donnera, elle lui offrira, il s’en fait la promesse. Voilà un challenge à sa hauteur. Même si cela doit prendre un jour, un mois, un an, mille ans. Ce sera la belle qui scellera leurs lèvres, pas l’inverse.
 
Elle continue et il l’écoute, attentif, cherchant dans ses mots de quoi faire avancer l’histoire, de quoi satisfaire l’auditoire. Quand soudain, alors que le conteur ne s’y attend pas, voilà que la voleuse se jette dans ses bras. Elle l’étreint, l’enserre et décolle de terre. Dans sa surprise, Sylvain manque un instant de finir au sol, emporté par le poids de la demoiselle, mais il reprend son équilibre, tentant d’ignorer le rouge qui lui monte aux joues. Ho, s’il avait trébuché ! S’il s’était étalé de tout son long sur la chaussé ! Il chasse de son esprit ces considérations, se voute et se rapetisse alors qu’il sent, contre sa joue, celle de la voleuse se frottant à son visage, comme un chat trop affectueux.

Quelques minutes auparavant, aucun doute qu’il l’aurait étreinte, faisant fi des promesses qu’il s’était faites à lui-même quelque seconde plus tôt. Aucun doute que son corps aurait répondu à cette étreinte, mais par chance l’entrain de la demoiselle lui a remis les idées en place, refroidissant ses ardeurs et lui permettant de se contrôler.
 
« Mon dû ? S’étonne-t-il, de cette voix nasillarde, pleine de suffisance et de méchanceté. »
 
Il la repousse, fait mine de s’emparer d’une bourse imaginaire qu’il ouvre et fouille. Ses mains farfouinent, tournant le dos à la belle, l’ignorant ostensiblement. Puis soudain, il lève au-dessus de lui une bague imaginaire, l’observe, la détaille.
 
« Comme elle est belle la bague, marmonne-t-il, comme elle chatoie dans la lumière du jour déclinant. D’argent et de diamant, d’or et de rubis, les métaux s’entremêlent, s’épousent et s’enlacent. Les pierres s’embrassent, se complètent. Comme des amants amoureux, comme le feu et la glace, les diamants et les rubis s’unissent en cœur de couleur et de lumière dans le couchant. »
 
Il se tourne, ses yeux couvant le bijou n’existant pas, semblant presque oublier l’auditoire qui, captif, observe le vide entre ses doigts. Et les yeux de Sylvain quittent l’objet pour trouver ceux de la voleuse, s’y accrochant, cherchant à les faire sien, pour qu’elle y voit les nuances, capte là où il tente de la mener.

« Oui, murmure-t-il, comme si une idée lumineuse venait de traverser son esprit. Oui, bien sûr. Car la bague t’a choisie, ho, ma promise. De toute la foule, de toutes les femmes, c’est toi qui l’a acquise. Accepte ma protection et accepte ma main. Ma protection va à celle qui accompagnera mes lendemains. Enfile cette bague, accepte de m’épouser... »
 
Un clin d’œil, rapide, subtil. Un hochement de tête et des mots se formant sur ses lèvres « fais-moi confiance. ». Ho, qu’elle accepte, qu’ils se fiancent là maintenant devant les passants. Qu’ils leur offrent une fin rêve où les apparences finiraient par se lever.
 

Mais tout reposait dans les mains d’une voleuse qui ne voulait pas s’attacher.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Mar 10 Oct - 6:34

Et le cirque continu, tourbillonnant, se cherchant et se repoussant nous sommes là à jouer devant des spectateurs qui guettent le moindre fait et gestes. Une erreur et le charme est rompu, cela ne me dérangerait pas particulièrement, mais Sylvain, ho lui c’était une toute autre histoire, il en allait de sa réputation. Il invente et déblatère, l’image d’un homme répugnant se superposant à ses traits enjôleurs de Lagran.
Il n’a pas peur des représailles, il s’entête dans sa lancée, me mettant devant un choix que je ne voulais jamais avoir à faire, même dans l’imaginaire. Il veut que je lui fasse confiance il me le fait comprendre en quittant, l’espace d’un instant fugace, son habit repoussant pour redevenir le conteur que je connaissais. Ses lèvres s’étirent, ses iris pétillent et les mots inaudibles me parviennent tout de même.

J’ai envie de lui arracher les yeux.

Il voulait jouer ? Très bien, j’étais faible dès qu’il s’agissait de rejeter un défi. La tentation étant ce qu’elle était – trop forte - je ne pouvais que m’y plier. Mais j’espérais qu’il se rendrait compte qu’après cela, il souffrirait. Car je me vengerai, ce n’était qu’un juste retour des choses surtout pour celui qui gagnait les paris n’est-il pas ?
Mes pas claquent sur le pavé, et je m’éloigne, apposant mes mains sur ma poitrine, la bouche ouverte en un rond de surprise. Mes yeux ne suivent guère l’état d’esprit, je n’étais pas comédienne et j’ai trop envie de lui faire avaler ses bijoux de famille.
Qu’importe cela suffirait, mon compagnon n’était pas du genre à vouloir partager la vedette et je ne doutais pas un seul instant qu’il récupérerait l’attention de l’auditoire dès que faire se peut. Il fallait admirer les paons et ses belles couleurs aux risques qu’elles ne finissent par se faner et délaver les plumes de l’oiseau.

-Puisque c’est ainsi, j’accepte votre offre.

Comme ça, l’histoire prendrait fin et cette mascarade aussi. J’aurais alors tout le loisir de lui faire entendre ma façon de penser.
Il le savait, que je n’aimais pas l’engagement, que je fuyais l’amour et ses illusions comme la peste et ce conteur de pacotille s’en amusait, me l’imposait. On disait de lui qu’il était attentionné, un homme charmant sachant satisfaire de cœur et de chairs ses conquêtes. Je commençais à me demander si ces louanges n’étaient pas plutôt de son fait, les soufflants au grè des ruelles pour faire gonfler sa réputation, s’il faut, il ne savait même pas se servir de ses dix doigts et n’avait jamais réussi à contenter personne hormis son égo démesuré.

Il n’avait pas intérêt à tarder, s’il ne voulait pas que son histoire ne tombe à l’eau. Je pense que tout mon corps criait haut et fort que j’allais l’éviscérer d’un instant à l’autre s’il continuait dans ce sens.

-Partons loin d’ici et tachons d’être heureux !

Oui partons et fuyons cet auditoire gênant qui le verrait s’effondrer sous peu, acculé par la colère qui gonflait dans ma poitrine.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Ven 20 Oct - 12:35

-Puisque c’est ainsi, j’accepte votre offre.
 
Voilà ce que disait la bouche, mais les yeux, le corps entier de la voleuse lui indiquait qu’elle allait l’éventrer, l’éviscérer, lui faire regretter amèrement son petit jeu. Il en fallait plus pour intimider le conteur. Il était bien trop fier, bien trop heureux d’avoir ainsi dompté celle qui refusait l’amour. La jeune femme avait tout d’un fauve, acculé, pris au piège, prête à se jeter sur lui s’il osait encore faire un pas. Et c’est ce qu’il fit.

Un pas. Puis un autre. Dans cette posture grotesque qu’il avait attribué à son personnage. La bosse de son épaule se balançait en rythme avec le reste de son corps alors qu’il claudiquait vers la belle. Il tendit la main, prenant celle de la brunette entre ses doigts, aussi délicatement qu’il aurait pris un oisillon. Un être délicat, pouvant être brisé par le moindre mouvement brusque. Ho, elle allait surement prendre cela comme un nouvel affront, comme s’il soulignait aux yeux de tous qu’elle pouvait être fragile. Mais c’était ce moment qui l’était, pas elle. Elle n’avait rien de fragile. Ce félin qui l’observait, attendant le moment parfait pour lui faire payer son humiliation.
 
Oui, c’était ce moment qu’il voulait préserver. Ce moment qu’il savait unique car il était le premier, le premier et le seul à avoir fait ployer, même fictivement, la volonté de la belle Mélodie. Et même s’il savait que ces mots raisonnés au cœur d’un récit, d’une histoire qui ne serait à jamais qu’un jeu, il les garderait précieusement au fond de son cœur. Comme une marque de fierté pour lui… mais de confiance aussi.
 
Il tenait cette main douce dans la serre qu’il avait formé à cet homme vieux, laid et ridé qu’il incarnait. Il sentait dans son autre main le poids de la bague, pouvait presque en saisir les contours, en discerner l’éclat. Et doucement, délicatement, il glissa l’anneau invisible au doigt de la voleuse pour sceller leurs fiançailles imaginaires.
 
Et l’espace d’un instant, juste l’espace d’une seconde peut-être, il se demanda ce que cela ferait de passer ainsi une vraie bague au doigt d’une femme. (Gabrielle.) De quelqu’un. (Mélodie.) Qu’importe le nom. (Marjolaine.) De la faire sienne pour l’éternité.
 
Mais la pensée fut si fugace, si ténue qu’elle ne s’accrocha même pas aux bribes de sa mémoire et elle s’étiola, lambeau d’une question à jamais perdus dans les méandres de son esprit.
 
Mais déjà il reprenait le fil de son histoire et sous les yeux de son auditoire, silencieux, tendus, étonnés de l’union d’une belle jeune femme au cœur d’or et d’un vieillard difforme, il se mit à changer, à se métamorphoser. Combien de fois, ho, combien de fois avait-il travaillé ses postures, ses passes et ses changements d’attitudes. Cela confinait presque à la magie mieux encore ! A la danse, une maitrise de son corps, de ses muscles, de ses mouvements qui lui permettait de se muer en ce qu’il voulait, aussi souplement que l’eau pouvait couler.
 
La bosse disparue, le dos se fit droit, le visage gracieux, angélique et ce ne fut plus Sylvain, ce ne fut plus le vieil homme qui domina la cour. C’était un tout autre jeune homme aux traits fins, heureux, gentil, ruisselant de bonté et d’amour qui coula un regard vers une fiancée qu’il couvait d’affection.
 
« Ho ma douce, ho ma belle, ho ma reine, mon héroïne. Oui fuyons, partons, tous deux amoureux ! Que je vous offre bien plus que vous ne m’avez offert. Ho, comment vous remercier d’avoir ainsi brisé le sort qui m’avait transformé ? »
 
Et le jeune homme disparu, Sylvain redevant le conteur, le baratineur, le Lagran joueur. Il fallait clore ce récit. Il le savait. Et essuyer ensuite les foudres de la beauté.
 
« Ho oui mesdames et messieurs ! La bague l’avait choisie elle, une fille au cœur pure, maligne et habile ! Toutes avaient jusqu’alors refusé, repoussées par son visage, par sa bosse et par sa méchanceté, malgré l’or de l’homme, malgré sa renommée. Mais pas elle, non, car lorsque le cœur est aux abois, lorsque le cœur sait, qu’importe le visage de l’homme, qu’importe son animosité, il faut parfois simplement fermer les yeux et savoir plonger. Et alors peut-être que de la bête se révèlera la bonté. »
 
Il termina son récit de son habituel révérence, la plume de son chapeau balayant le sol. Et si la morale avait tout d’une vaste blague, vue, revue et si souvent rabâchée, cela n’empêcha pas la foule d’exploser, de l’acclamer et de l’applaudir comme si jusqu’alors il n’avait jamais rien entendu de tel. Sylvain se redressa, sourit. Car en réalité il se trouvait dans les vieilles formules un réconfort, une chaleur qui émouvait toujours la foule. Un carillon nostalgique qui faisait vibrer les cordes sensibles.
 
Il se retourna vers Mélodie, croisant dans son dos ses mains, se demandant s’il ne valait pas mieux les mettre en coupe devant une autre partie de son anatomie.
 
« Hé bien ma belle, merci pour ce récit. Comme nous avons dansé toi et moi…  Oserais-je un jour me vanter d’avoir osé demander Mélodie Douxvelours en mariage ? Et plus encore flagorner de ton acceptation ? Tu devrais penser à te lancer dans la comédie, tu as un talent certain. J’ai vraiment cru, l’espace d’un instant, que tu voulais me tuer. »
 
Il sourit, espiègle, plantant ses yeux couleurs écorces dans ceux de la jeune femme. Ho oui, elle se vengerait. Maintenant, demain ou dans 10 ans.
 

Car l'amour passe, paraît-il, mais la vengeance ! Ah ! Le temps la rend plus belle et plus terrible !

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Jeu 26 Oct - 9:08

« J’ai vraiment cru, l’espace d’un instant, que tu voulais me tuer. »

C’est un sourire angélique qui lui répond, le visage légèrement penché, offrant toute la douceur dont je pouvais faire preuve.

-Moi ? Te tuer ? hoo non, voyons.

Il aurait dû se méfier, avoir peur, courir, cette expression dénudée de toute la colère qui m’avait jusqu’alors assailli aurait dû le faire tiquer, c’était un signe manifeste que la tempête venait d’éclater. Ma phrase à peine finit, mon pied vient rencontrer son entre-jambe avec la plus pure des délicatesses. Mes yeux se posent sur lui révélant mes réelles intentions et devenant d’un coup d’une mesquinerie à faire peur.

-Ho noon mon cher Sylvain, elle serait bien trop douce pour ce que tu viens de me faire subir.


J’avais supporté les derniers instants qui s’étaient étirés sans jamais prendre fin. Les secondes s’étaient figées pour passer au ralentit. Ca avait été un véritable enfer. Iseult minaude que j’exagérais, sans doute, mais là n’était pas la question et je n’étais pas prête à l’entendre.
J’aurais presque pu y croire à ses jérémiades, si je ne connaissais pas sa réputation, si certaine des filles avec qui il avait couché n’étaient pas des amies. Un amant parfait, mais sans attache, des promesses éphémères qui devenaient d’une obsolescence évidente au matin.
Aucunes ne semblaient lui en tenir rancune, pas trop, mais il n’était pas fiable, il n’avait pas la loyauté de l’homme qu’il avait mimé dans son simulacre ridicule. Personne ne l’aurait jamais.

Ce bel enfoiré savait pourtant que je n’aimais guère ce genre de sujets et il avait continué, ouvert une plaie, remis le couteau pour le tourner et faire couler le sang.
La mort ?
Quelle blague, la vengeance ne pouvait être assouvie que dans la douleur et le désespoir de ses adversaires, et Sylvain était devenu l’un d’eux.
Avec tout mon amour bien entendu.

-Tu sais que je n’aime pas ça espèce de raclure et pourtant, tu as continué jusqu’à ne plus savoir qu’en faire. Vas y flagorne, tente et je t’assure que plus aucune fille ne voudra de toi car une rumeur te collera à la peau comme quoi les morpions grouillent sous tes dessous et que la vérole mange tes organes dans une odeur pestilentielle.

Je l’observe, satisfaite d’y voir les stigmates de la douleur occasionnée par mon coup. S’il pensait que j’en avais finis avec lui, il se trompait lourdement. Qui aime bien châtie bien, il allait ressentir tout l’étendu de cet amour qu’il avait tant voulu posséder le temps d’une histoire.

D’autan que ce n’était vraiment pas, mais alors vraiment pas le moment pour me contrarier, traumatisée que j’étais, lui ne se rappelait peut-être pas, sans doute se disait-il qu’il s’était agit d’un rêve excitant et palpitant, mais j’avais encore le gout de la lame qui avait déchiré ma langue dans ma bouche. D’habitude, ces souvenirs m’occasionnaient des crises de paniques, mais force était de constater que je subissais une crise d’un autre genre et que Sylvain en essuierai les frais.

-Ca t’amuse de jouer sur ce qui dégoute les autres ? Je te pensais moins mesquin Belle-Histoire et plus intelligent que ça.

Dire que j’étais en colère était un euphémisme et il se voyait essuyer toute la rancœur et le malaise qui débordaient de mon être depuis cette histoire de vie alternée.

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Message Sujet: Re: Père Sylvain, raconte moi une histoire   Dim 12 Nov - 3:11

Ce fut comme une explosion de douleur. Il le savait, le regard de la voleuse ne l’avait pas trompé, il aurait vraiment dû protéger ses parties intimes. Dans un premier temps ce fut comme si ses testicules avaient tenté de retourner à l’intérieur de lui, puis, la déflagration de souffrance qui enflamma ses parties le fit tomber à genoux. Instinctivement, il porta ses mains à son paquet, des larmes de douleur perlant au coin de ses yeux.
 
Très honnêtement, il ne perçu par les premiers mots de la demoiselle, l’ensemble de son être s’étant l’espace d’un instant tourné vers la douleur qui envahissait son corps. Mais une fois que cette première onde de choc fut passée, les mots lui parvinrent, presque plus assassins que le coup de pied.
 
-Ca t’amuse de jouer sur ce qui dégoute les autres ? Je te pensais moins mesquin Belle-Histoire et plus intelligent que ça.
 
Les paroles comme la douleur le firent grimacer. Que la voleuse puisse penser cela le blessait. Non. Sylvain n’était pas quelqu’un de mesquin ou de mauvais. Au contraire. Il était toujours là pour les autres, ne supportait pas leur détresse ou leur malheur. S’il contait c’était, en partie, parce qu’il savait que ses mots, savamment tissés, étaient comme un baume sur les âmes tourmentées. Chacun était capable de se reconnaitre dans un conte ou une légende, se dire « mais oui, c’est moi ! C’est là la situation qui me tourmente, l’émotion qui me meurtri. » et alors on se sentait moins seul, moins abandonné, car des mots étaient posés sur ces sensations gluantes qui alourdissaient nos âmes.
 
Non Sylvain n’oserait jamais se jouer de ce qui dégoutaient les autres, au contraire. S’il en parlait, s’il le décrivait, c’était pour permettre à ceux qui souffraient en silence de mieux comprendre leurs douleurs.
 
Recroquevillé sur lui-même, tenant toujours entre ses mains son attirail douloureux, il prit la parole d’une voix altérée.
 
« Me moquer de toi, Mélodie, reviendrait à me moquer de ma personne. Crois-tu être la seule à fuir l’amour, à éviter comme la peste la douleur qu’il pourrait engendrer ? »
 
Il releva la tête, sachant pertinemment que sur ses joues coulaient encore les quelques larmes que la douleur avait engendrée.
 
« Cesse donc de te croire unique, de te penser centre du monde. Lorsqu’un homme ne s’attache pas, préfère un lit pour un soir plutôt que pour une vie, c’est qu’il a lui aussi ses raisons. Fait courir les bruits que tu veux, qu’importe. Si tu penses que je partage les couches pour les corps, alors tu es comme les autres, stupide, aveuglée par les « on dit ». Les femmes, je les aime pour leurs histoires, pour ces bribes de vie qu’elles me révèlent sur l’oreiller. Vous êtes plus riches d’histoire que n’importe quel homme. Les morpions, voilà qui ne les empêchera pas de me parler. »
 
Il se redressa autant qu’il le pouvait, tentant comme il pouvait de garder sa superbe alors qu’il parlait, les mains sur les parties, trainant dans la terre, le visage mouillé de larmes, la morve au nez. Mais même ainsi, Sylvain Belle-Histoire savait se rendre plus imposant qu’il ne l’était.
 
« Je te pensais toi aussi plus intelligente Mélodie Douxvelours, capable de passer au-delà des apparences. Les hommes aussi peuvent avoir le cœur brisé. Je ne ris pas de toi, bougre d’imbécile, mais avec toi ! Deux personnes terrifiées oui, mais aujourd’hui fiancées ! »
 

Il planta ses yeux bruns dans ceux de la jeune femme en un défi muet. Maintenant que la douleur se dissipait, il se sentait outré, blessé au fond de lui par ces paroles. L’idée d’avoir pu faire souffrir une personne qu’il considérait comme une amie le dégoutait, profondément. Non, on ne dira jamais de Belle-Histoire qu’il était un homme blessant. Car ce n’était pas lui.

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