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 Walk slow and low on this tightrope [Lionel]

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Message Sujet: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Mer 25 Oct - 21:49


Livre II, Chapitre 6 • La Chasse Sauvage
Lionel de Rivepierre & Géralt de Rives

Walk slow and low on this tightrope

L'équilibre est l'apanage des funambules



• Date : 06 septembre 1002
• Météo (optionnel) : Il pleut des cordes, on m'a dit.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Géralt a reçu un courrier de Lionel. Courrier fort étrange qui dénote bien d'à quel point l'Outreventois est atteint par la maladie. L'inquiétude prend le dessus et il décide d'aller lui rendre visite. A la tour de Rivepierre. Pour proposer ses services. Oui, voilà.
• Recensement :
Code:
• [b]06 septembre 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2843-walk-slow-and-low-on-this-tightrope-lionel]Walk slow and low on this tightrope[/url] - [i]Lionel de Rivepierre & Géralt de Rives[/i]
Géralt a reçu un courrier de Lionel. Courrier fort étrange qui dénote bien d'à quel point l'Outreventois est atteint par la maladie. L'inquiétude prend le dessus et il décide d'aller lui rendre visite. A la tour de Rivepierre. Pour proposer ses services. Oui, voilà.


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#1870AB

















Dernière édition par Géralt de Rives le Dim 29 Avr - 14:49, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Mer 25 Oct - 21:51

Dans une grande exhalation, tu t'assois sur ton lit, les jambes et le cœur lourds. L'état des patients s'est dégradé, il y a quelques jours de cela. En moins de quelques heures, les nausées, les fièvres ont empiré, les traits se sont marqués. Tu n'es pas atteint toi-même, mais tu as l'impression que ta peau s'est imprégnée de cette odeur de maladie. Maladie que rien ne semble arrêter. Aucun soin ibéen ne semble à la hauteur de ce fléau qui court dans les veines de vos mages. Rien. Tu es impuissant, jusque-là, et tu dois voir tes sœurs et nièce souffrir sans pouvoir lever le petit doigt. Tu dois voir tes compagnons de l'Audacia et leurs Familiers s'affaiblir sans que tes efforts ne paient. Tu dois voir Rhéa s'éteindre toujours plus sans que vous n'en compreniez la raison.

Quand tu es enfin revenu de Valkyrion, après l'annonce accablante faite par Solveig – tu as une pensée plein d'affection pour elle –, tu es passé sur le navire et tu as toi aussi commencé à sentir des symptômes. Heureusement, ils se sont estompés. rapidement Les autres t'ont expliqué que c'était l'influence de votre compagne de vie, qu'elle était affectée, même si différemment. Depuis, tu t'affaires à faire de ton mieux, à prodiguer des soins qui ne semblent pas faire effet et à accommoder au mieux les patients, entassés à la Taverne. Tu essaies de rendre la situation moins désagréable pour les patients que tu supervises et tu bénis Marianne de ses nombreux conseils et apprentissages. Il faudra d'ailleurs que tu lui écrives bientôt. Tu imagines combien la chasse aux mages doit l'affecter ; elle voudra forcément des nouvelles et mieux vaut que vous soyez plusieurs à lui en donner, au pire.

C'est un chaos sans nom, ce drame. Le stade de la maladie, bien qu'avançant, ne semble pas encore basculer dans l'irréparable, Callia soit louée, mais tu crains que cela n'arrive. Il y a des rumeurs, la Rose Écarlate a fait passé le message. Une quête est lancée pour le remède, mais peut-être n'est-ce qu'illusion. Peut-être qu'il ne s'agit là que d'un moyen d'éviter une panique générale encore plus vaste ? Tu ne sais pas et cela te tue. Tu es passé deux fois à la tour de la Rose, pour savoir s'il y avait des nouvelles. Il y a toujours plus de malades qui semblent rejoindre Lorgol, mais toujours pas de bonne nouvelle. C'est désespérant.

Tu t'allonges dans un soupir en te frottant les yeux. Tu as fait le tour des malades, c'est la fin de l’après-midi et tu as l'impression que tu n'as pas dormi depuis des jours. C'est techniquement le cas, puisque tu n'as pu grappiller que quelques heures par-ci, par-là. Tu ses la fatigue alourdir tes membres et tu détestes ça. Il reste malgré tout tant de choses à faire, plus tard, demain. Même si ça n'aura que peu d'effets.
Tu te sens tellement impuissant.

Ta gorge se serre et tu déglutis.

Tu reposes ton bras sans y penser et il atterrit sur ton oreiller. Tu glisses ta main en-dessous, simplement pour la poser là, au chaud, manie que tu as depuis l'enfance. Tes doigts touchent quelque chose de rugueux. Tu fronces les sourcils et récupères le parchemin que tu as placé là quelque temps plus tôt. Quand était-ce ? Tu as beau réfléchir, tu ne sais plus. Le temps défile à un rythme étrange et tu as du mal à savoir parfois quel moment de la journée c'est. Tu te souviens simplement l'avoir reçu, mais ne pas avoir eu le temps de le lire, un malade nécessitant urgemment ton attention.
Tu le portes à tes yeux, toujours allongé, mais aucun sceau ou mot n'est présent. Tu ouvres donc la lettre et ton cœur marques un battement plus fort avant de repartir de plus belle. Une réponse de Lionel. Cela ne fait aucun sens. Pourquoi t'écrirait-il ? Tu n'as d'ailleurs toujours pas compris pourquoi il t'avait répondu la première fois...

Tes yeux s'en vont donc à la chasse aux mots.
Et tu te figes.

Lionel de Rivepierre. Se préoccuper de ta personne, de la santé de ta famille ? De ce que tu peux vivre en ces temps si troublés ? Tu essaies de comprendre, tu cherches le sarcasme, le sous-entendu, mais tu n'en trouves pas. La lettre semble sincère, du début à la fin. Et c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Tu te redresses rapidement alors que des larmes se mettent à couler sur tes joues et que ta gorge se serre douloureusement. Tu fais de ton mieux pour les retenir, bien entendu – elles n'ont aucun sens non plus – mais tu es impuissant, là encore.

Tu te mets à pleurer franchement alors que toute l'angoisse, la pression, la peur, l'impuissance et la colère qui se sont emmagasinées ces dernières semaines, compagnes bien trop invasives et corrosives, s'échappent de toi d'un seul homme. Cette lettre, cette marque d'attention de sa part, c'est la pointe de chaos et de non sens de trop qui font que tu craques, tout simplement.
Tu enfouis tes yeux dans ta main, le parchemin pendant dans ton autre main, entre tes jambes. Tu t'accordes 30 secondes, pas plus. Trente seconde pour déverser ce capharnaüm qui a élu domicile dans ton cœur et tu devras reprendre le contrôle de ces sensibleries. Tu dois être fort pour elles, tu ne dois pas plier face au monde et à ce qu'il t'envoie à la figure. Tu dois te reprendre, arrêter de chouiner sur ton sort et te remettre à penser, à échanger avec tes confrères. Tu dois trouver quelque chose.
Tu. Dois. Faire. Mieux.

Une fois le temps imparti compté, tu t'y tiens. Tu te redresses brusquement et la lettre tombe lentement au sol. Tu essuies rageusement les larmes à tes yeux, sur tes joues et te diriges vers le meuble où se trouve la vasque. Tu te passes un coup d'eau sur le visage ; une fois, deux fois, trois fois. Tu ravales tes pleurs, tu inspires fort, tu déglutis en fermant les yeux et en te concentrant sur tes objectifs, sur les visages des femmes que tu aimes tant, toutes les trois atteintes par ce mal détestable. Tu vois Ilse, Olivier, vos autres mages. Tu vois la Taverne remplie de malades.
Tu vois Lionel et ta détermination se renforce.

***

A vrai dire, tu n'es plus sûr de savoir comment tu t'es retrouvé là, à rejoindre la Ville Haute, en direction de la tour de Rivepierre, sous la pluie – avec une cape sans capuche, forcément. Tu fronces les sourcils alors que tu montes les chemins y menant, ta sacoche sur toi, ton pas rapide et décidé. Un instant, tu étais en train de relire la lettre de Lionel, mille questions en tête, l'instant d'après, tu étais en train de faire une toilette, de tailler rapidement ta barbe et ta moustache, de t'attacher les cheveux et de choisir des vêtements moins bellifériens, plus propres sur toi que ceux que tu mets en mer. Tu as profité de la fin d'après-midi pour aller embrasser ta famille et les prévenir que tu sortais quelques heures, que tu serais vite de retour.
 
Te voilà sous peu à la tour de Rivepierre et tu ne comprends toujours pas comment l'Outreventois peut agir ainsi sur ton esprit pourtant plus rationnel, d'ordinaire. Enfin, tu mens, là. Tu sais pourquoi. Tu t'inquiètes. Tu t'inquiètes alors que tu n'en as assurément pas le droit, mais c'est là, au creux des tripes et ça vrille et ça t'agite et ça demande des actions, rien de moins. Alors, tu suis tes instincts. Tu les suis jusqu'à Lionel et advienne que pourra. Dans le pire des cas, ce ne serait pas la première fois que tu agirais de manière illogique quand il est concerné. Et puis, la voix de Marianne continue de te hanter, deux mois après : « Si tu as quelqu’un en vue, fonce petit ! Tente ta chance ! C’est dommage de passer à côté de ce genre d’expérience, crois-moi. » Tu secoues doucement la tête.
Tu fais n'importe quoi.
 
La fébrilité au ventre, la tour entre dans ton champs de vision et tu es pris d'une panique sans nom. Peut-être devrais-tu faire demi-tour, au final ? Tu fais peut-être la pire erreur de ta vie ? Tu déglutis difficilement et la lettre te revient en mémoire. La réponse datant de juillet aussi. Un regain de détermination t'envahit et tu le saisis au vol pour accélérer le pas : tu as appris à être courageux, montre le encore une fois.
Kern te guidera dans cette bataille.
 
En approchant, tu vois qu'il y a une cloche à l'entrée. Tu ralentis et finis par t'arrêter devant, perplexe, la pluie déversant son courroux sur toi. Tu la fixes et tentes de savoir si tu dois l'actionner. Le bruit sera-t-il suffisamment pour alerter la domesticité de la tour ? Tu plisses les lèvres, te sentant ridicule d'hésiter pour un tel détail. Tu offres donc toute ton indifférence à l'objet, décidé à frapper au poing, directement sur le bois. Cependant, tu as à peine tourné les talons que tu le doute t'assaille à nouveau.
… Tu souffles, t'avouant vaincu.
Tu actionnes la cloche, un regard vers la rue, où des gens pressés de se mettre à l'abri passent, et le tintement résonne, clair et aigu, malgré le bruit de l'averse. Tu t'empresses ensuite d'aller taper sur la porte, ce qui fait bien plus de bruit.

Tu attends une petite minute – chien mouillé pour chien mouillé, hein – avant que la porte ne s'ouvre et ne coulisse sur ses gonds. Un homme aux cheveux grisonnants entre dans ton champ de vision, son air avenant mais réservé t'accueillant. Tu n'es pas sûr de comment il faut t'adresser à lui, alors tu improvises. « Bien le bonjour à vous, Monsieur. Je vous- Je souhaiterais m'entretenir avec le sire de Rivepierre, si cela est possible. » Il incline légèrement la tête pour te saluer. « C'est à quel propos, monsieur… ? » Tu déglutis.
Tu as préparé une raison, mais tu ne sais pas si cela sera suffisant. Et tu ne sais pas comment tu dois te présenter. Par tous les dieux. Tu paniques. « De Rives. Géralt. Je suis le beau-frère du Chevaucheur des Deux-Ancres. Le frère de sa femme, donc. » Précision pertinente. Tu te racles la gorge. « Je viens voir comment se porte monsieur le Comte. » L'homme te jauge un instant avant de répliquer : « La santé de Monsieur le Comte n'est pas au très beau fixe. Il serait préférable que vous repassiez un autre jour. Vous le comprendrez, Monsieur. » La réponse fait sursauter un muscle dans ta mâchoire, tant tu la redoutais. « Je le comprends tout à fait. Oui, je le comprends. » Tu prends appui sur ton autre jambe, nerveusement, tout en continuant : « Cependant, je me permets d'insister. Je suis l'un des enfants de Callia. Je souhaite offrir mon assistance, quelle qu'elle soit. Ma sœur et mon beau-frère m'ont dit qu'il se trouvait lui aussi au plus mal. » Après tout, Lionel doit vraiment être mal en point pour t'avoir envoyé cette lettre, avec tous ces mots. « J'ai pensé que cela ne pouvait faire plus de mal que la maladie n'en fait déjà. Un autre avis, une autre méthode. » L'homme te fixe, méfiant, alors tu ajoutes : « J'aimerais vraiment aider, si possible ? »

Tu espères que cela suffira ; tu n'as pas d'autres cartes dans ta manche. Du moins pas aussi utiles.
Tu vas être honnête : tu mises aussi sur la compassion de l'homme à te voir là, ruisselant, détrempé.
Sait-on jamais.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Jeu 26 Oct - 0:37

Il a d’abord pensé, Owen Fièrelande, que le son clair de la cloche placée à l’entrée de la tour était seulement imputable à celui de quelques galopins des rues. Pas inhabituel, à Lorgol, après tout. Ce sont les coups à la porte qui l’ont informé que quelqu’un était bel et bien présent, et d’un coup d’œil méfiant à travers l’une des fenêtres, qu’il a constaté que ce quelqu’un était un homme. Inconnu. De toute évidence pas noble. Des cheveux propres et une barbe bien taillée ne sauront certainement pas abuser son œil expert.
Il laisse passer une minute, dans l’espoir que l’inconnu quitte, mais il reste, et c’est un peu excédé qu’il vient enfin à sa rencontre. Il cache parfaitement son agacement, mais pas sa méfiance, alors que l’homme lui demande de voir le sire de Rivepierre. Et le fait est qu’Owen Fièrelande a depuis longtemps juré allégeance à Lionel de Rivepierre – et toute sa famille aux tenants de la noble lande où il est né, il y a plus de cinquante ans.  Et ce n’est pas maintenant qu’il se laissera attendrir par un manant de soi-disant médecin, infirmier, guérisseur, charlatan de bas-étages, qui prétend connaître le Chevaucheur. Même avec cet air de chaton mouillé, qui ne prend pas une seule seconde. « J'aimerais vraiment aider, si possible ? » Ses yeux verts se plissent encore davantage.

Le laisser là serait la pire des impolitesses. D’une inhospitalité tout sauf outreventoise.
« Rentrez. Il ne faudrait pas que ceux dévoués à Callia soient en aussi mauvaise posture que ceux nés sous Aura », dit-il d’une voix neutre, laissant passer le soi-disant médecin. Pour ensuite le laisser sous la surveillance du garde de service, à dégoutter peu à peu sur le riche tapis du rez-de-chaussée de la tour. Est-ce l’ennemi ibéen qu’il a fait entrer au sein même de la demeure de son maître ? Il espère ne pas s’être trompé.
Le sang est bien difficile à détacher des tapis.

***

Un feu ronronne dans la cheminée du salon où Lionel s’est réfugié, refusant de rester au lit plus longtemps. C’est qu’il s’entête à ne pas se reposer, avec uniquement les mots d’Harald, maintenant, pour le réconforter et le gronder. Ceux de Braise ont disparu peu à peu, jusqu’à s’éteindre tout à fait. Il a paniqué, le fier Chevaucheur, et c’est uniquement avec une visite à son dragon qu’il a pu s’assurer que celui-ci était bien encore là. Encore vivant. Seulement… absent. De lui. De son esprit. Leur lien suspendu, effacé, comme si toutes ces années n’avaient jamais compté.
Et Liam au front. Liam si loin. Liam qu’il ne peut protéger, comme il l’a juré. À la vie, à la mort, et au-delà du royaume de Sithis, qu’il lui a promis, encore enfant, plein de cette confiance indéfectible en la vie et en leur amitié.

Alors il s’obstine.
Assis à son bureau, il essaie de travailler. De lire les courriers qui proviennent depuis Rivepierre, rares, au compte-goutte. Nouvelles de ses parents, plus malades que lui encore. De se tenir informé de ce qui se passe, au front et à Souffleciel. Un plaid – celui aux motifs bleu pétrole, résident permanent de sa tour – enroulé autour des épaules, car même avec le feu, il est gelé jusqu’aux os. Les mots dansent devant ses yeux et sa sueur goutte parfois de son front jusqu’au papier, qu’importe la fréquence à laquelle il l’éponge.
Il n’est pas habitué à l’inactivité.
S’il arrête, il est certain qu’il mourra.

On toque à la porte du salon. « Entrez. » Sa voix est faible, mais la personne de l’autre côté du battant l’entend sans problèmes. Son intendant, qui s’incline respectueusement dès qu’il a mis le pied dans la pièce. « Sire. Un certain Géralt, qui s’affirme beau-frère du Capitaine Des Deux-Ancres, désire vous voir. » Il ne répond pas, d’abord. Un Géralt, beau-frère de Rackham, ça peut seulement être Géralt de Rives. Auquel il a envoyé une lettre… la veille, croit-il. Ou l’avant-veille. Ou le jour même, pour ce qu’il en sait – la fièvre lui fait perdre le sens du temps, le sens des jours. Missive envoyée sans savoir pris par quelle impulsion étrange. Marque de sympathie envers la maladie qui met en danger les membres de sa famille, auxquels l’homme est totalement dévoué, qu’il se convainc. Il ne se soucie pas du sort de ses camarades pirates, qu’ils pourrissent jusqu’à la moelle et meurent tous, du premier au dernier (même Iseabail ?), mais la gentille Louison, ou la petite nièce dont il ne se souvient pas du nom… à elles, il ne souhaite aucun mal.
Une simple marque de sympathie. Un mot de courtoisie, rien de plus. Il est un gentilhomme. Il sait vivre. Ils ont vécu quelque chose de grand, tous les deux, dans cette vie et dans une autre. Il peut bien être poli.

Son visage fatigué se tourne vers l’étroite fenêtre. Même à travers le vitrail épais et coloré, il ne peut que remarquer qu’il pleut. Des cordes. « Est-il encore à l’extérieur ?, qu’il répond enfin, sans cesser de regarder par la fenêtre. Non, sire, il est en bas. J’attends vos ordres, à son sujet, mais je répugnais à le laisser sous la pluie. Vous a-t-il dit pourquoi il voulait me rencontrer ? Une histoire de soins. Il prétend avoir une autre méthode que celle déjà éprouvée par les précédents médecins. » Un petit reniflement sceptique, de la part d’Owen. Il ne voit certainement pas en quoi ce gueux quelconque aurait une méthode meilleure que celle des médecins déjà rencontrés. Les meilleurs. Deux longues minutes de réflexion passent, avant que le Chevaucheur reporte son attention sur son intendant, qui n’a pas bougé d’un poil. La voix de Lionel est calme, malgré l’épuisement qui y perce : « Donnez-lui quelque chose de sec pour se changer, afin qu’il ne répande pas d’eau partout dans la tour. Apportez-nous du thé au miel et au whisky, et vérifiez si Géralt a mangé. Sinon, apportez-nous des charcuteries et du pain. » Ordres simples auxquels l’intendant se plie sans discuter – et Lionel se demande, une seconde, s’il n’aurait pas préféré qu’il s’oppose. Pourquoi voir Géralt ? C’est un chirurgien, il n’a certainement pas des tours nouveaux, dans ses manches. Ce n’est même pas son ami, et être le beau-frère de Rackham est un lien presque trop éloigné, pour prétendre à quelque chose. Peut-être a-t-il simplement besoin de voir quelqu’un ? Le Chevaucheur soupire, se lève de son bureau et s’écrase dans le canapé devant le foyer, laissant la douce chaleur du feu le bercer. L’estomac serré, le cœur tout autant. Sans doute la fièvre, sans doute les nausées. Certainement pas Géralt.

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One side stone, one side fire.

Dialogues de Lionel en whitesmoke ◊ Dialogues de Braise en firebrick ◊ Dialogues de Harald en maroon




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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 28 Oct - 1:43

« Rentrez. Il ne faudrait pas que ceux dévoués à Callia soient en aussi mauvaise posture que ceux nés sous Aura. » Tu soupires de soulagement, intérieurement, tandis que tu mets un pied dans la demeure tant convoitée. « Je vous remercie. » L'homme ne fait pas signe de t'avoir entendu et, déjà, il s'éclipse vers les étages, te laissant en la compagnie charmante du garde situé à l'entrée. Vos regards se croisent, d'ailleurs, et tu tentes de lui offrir un sourire faible, auquel il te répond par un visage impassible.
Bien.
Tu hoches la tête par réflexe et décides qu'il est préférable de regarder ailleurs, le temps que Lionel décide s'il accepte de te recevoir ou non. Tu imagines un instant qu'il dise non et ton cœur se serre idiotement. Tu te raisonnes en te disant que tu feras gentiment demi-tour et que le Chevaucheur n'entendra plus parler de toi. Du moins, jusqu'à la prochaine fois où le Destin fera se croiser vos routes. Pas plus. 

Quelques minutes passent dans un silence qui te gêne de moins en moins, tes yeux détaillant ce qui se trouve dans ce hall et dans le couloir plus loin. Le luxe est présent, à n'en pas douter, mais il se manifeste de manière sobre, majoritairement. Le mélange est déconcertant, mais pas moins plaisant. Apaisant, dans un sens.

Des pas te ramènent à la situation présente et tu lèves les yeux pour voir l'intendant arriver. « Le Comte pourra vous recevoir d'ici quelques instants. » Ton cœur s'affole et tu hoches la tête machinalement. « Veuillez me suivre, avant. Monsieur a demandé à ce qu'un change vous soit fourni. » Tu fronces les sourcils. Certes, tu dégoulines sur ce beau tapis qui doit sûrement valoir plus cher que l'intégralité des revenus que tu as accumulés au cours ta vie. Cependant, l'idée de mettre des vêtements ne t'appartenant pas te met à mal à l'aise. Tu ne dis rien, cependant. Tu suis sagement l'homme jusqu'à une pièce qui semble destinée à recevoir des invités. Tu te sens de moins en moins à l'aise. Vraiment.

L'intendant pose un tas de linges sur le lit et se retourne vers toi, le dos droit et le visage neutre. « Voilà de quoi vous sécher et vous changer. Nous nous chargerons de vos vêtements, monsieur. » Tu hoches la tête et souffles un merci. « Monsieur a-t-il mangé ? » Tu fronces légèrement les sourcils avant de secouer la tête. « Très bien. » L'homme s'éclipse en silence. Tu déglutis et embrasses la pièce de ton regard. Là encore, la richesse point son nez, mais de manière peu agressive. Étrange, vraiment étrange.
Tu oses un pas dans la pièce silencieuse et entreprends de te déshabiller en prenant bien soin de ne pas te trouver au-dessus d'un tapis, cette fois-ci. Cape, tunique et chemise tombent au sol puis tu vas regarder ce qui a été laissé à attention : de quoi te sécher, une chemise et un bas qui a l'air bien chaud. Tu écarquilles légèrement les yeux. Tu dois aussi délaisser ton pantalon ? Tu restes interdit un instant.
 
Tu te reprends difficilement avant de commencer à te sécher du mieux que tu peux, insistant sur tes cheveux qui n'ont plus rien de coiffé. Tu finis par retirer le bas et, fort heureusement, tes braies semblent peu humides. Tu enfiles le bas de rechange : les pans sont trop longs mais il tient sans souci à ta taille. Tu te demandes si tu dois remettre tes bottes, avant de remettre la décision à plus tard. Tu enroules tes cheveux dans un chignon non attaché, pour qu'ils ne te gênent pas pendant ton habillage. Tu enfiles la chemise qui est trop grande pour toi. Alors tu la boutonnes jusqu'au col – c'est ta limite, tu refuses de t'enserrer le cou –, mais, même là, le tissu est assez ample. Qu'à cela ne tienne, tu inspires courageusement, remontes tes manches pour qu'elles ne te gênent pas et replaces la chemise pour qu'elle te couvre au maximum. Tu vas te voir dans le miroir et tu ne peux empêcher un sourire d'apparaître sur tes lèvres. A qui ont-ils emprunté ces vêtements ? Ils font bien 30 centimètres de trop, si ce n'est plus. Tu baisses les yeux sur le tissu et le testes entre tes doigts. La facture est fine. Tu fronces les sourcils. Trop fine. La qualité est bien supérieure à ce que tu as l'habitude de porter. C'est agréable, mais tu n'es pas spécialement à l'aise.
Heureusement, tu n'envisages pas un seul instant que ces vêtements puissent appartenir au maître de lieux.
 
Tu lâches le tissu d'un coup quand quelqu'un frappe à la porte. « Entrez. » Tu es fier, le ton de ta voix est presque normal. Presque. L'intendant entre et te jauge de bas en haut avant d'aviser le tas de vêtements au sol. Tu suis son regard et l'embarras t'envahit. « Je- » Tu te précipites sur tes habits et les ramasses. « Je ne voulais pas salir le mobilier. » Tu grimaces et l'homme hoche la tête. Tu espères qu'il s'agit d'un signe de compréhension. Vraiment. « Avez-vous terminé, monsieur ? » Tu n'as pas recoiffé tes cheveux. La bandelette de cuir qui les retient habituellement trône sur le tas et tu la récupères à la hâte. « Oui, merci. » Tu l'attacheras rapidement sur ton poignet quand vous serez en route pour Lionel. Tant pis si tes cheveux tombent sur tes épaules.
 
Un jeune homme entre dans la pièce muni d'un panier et fait mine de vouloir récupérer tes vêtements. Par réflexe, tu les places toi-même dans le contenant, refusant qu'on ne fasse les choses à ta place. Le jeune homme t'offre d'ailleurs un petit sourire, qui disparaît aussi vite qu'il est apparu, alors qu'il tourne les talons. Tu n'as pas le réflexe de le remercier qu'il a déjà passé la porte et que l'intendant s'approche. Il montre du doigt les pans trop longs du pantalon. « Monsieur a-t-il besoin d'aide pour cela ? » Tu fronces les sourcils, avant de comprendre et de t'agenouiller pour remonter en pli chacun des pans, comme un grand. « Ça ira, je vous remercie. » L'homme hoche la tête brièvement. « Veuillez me suivre, à présent. » Toujours aussi peu à l'aise, tu hoches la tête et t'engages à sa suite après avoir récupéré ton sac.
Être dans un environnement de nobles est stressant, bons dieux. Tu appréhenderais presque ce qui t'attend avec Marianne.
 
Vous commencez à peine à monter les escaliers quand tu réalises le contraste entre la chaleur de tes pieds et la froideur des pierres. « Je- » Tu t'arrêtes et l'homme se retourne. « J'ai oublié mes bottes, je dois- » Tu montres la direction de la pièce, mais l'homme te devances « Nous nous en occuperons. Vous les retrouverez en même temps que le reste. A votre départ. » Tu rougis à cette idée. Ils ne vont tout de même pas décrotter tes bottes ? Par tous les dieux. Quelle est cette vie où l'on prend en charge le moindre des petits détails ? Tu sais, que... noblesse, bien sûr, mais tu n'as jamais pu le constater d'aussi près, de tes propres yeux.
Bons dieux.
 
Tu reprend ton chemin, l'intendant déjà reparti, et tu commences à croire que tu as fait une grosse erreur en venant ici. Très grosse. Vous passez des couloirs, des tapisseries somptueuses, des meubles à la confection magnifique, des portraits de gens que tu ne connais pas. Même les fenêtres sont beaucoup trop petites. Tu ne pourrais même pas sauter par l'une d'entre elles si tu en venais à vouloir prendre tes jambes à ton cou. Tu déglutis.
Le point positif : des tapis recouvrent l'étage où vous vous trouvez, tu as chaud aux pieds, maintenant.
 
L'intendant marque finalement un arrêt devant une porte, qu'il ouvre délicatement. Tu inspires longuement alors qu'il t'annonce et tu as presque l'impression que tu vas rencontrer l'empereur d'Ibélène, c'est atroce. Tellement angoissant. Tu essaies de te reprendre, mais rien n'y fait. L'intendant s'écarte et le moment fatidique est là. Tu entres dans une pièce où la luminosité est moins forte qu'ailleurs. Tu vois d'abord le feu, puis un bureau puis… Lionel. Ton cœur bat un peu plus fort et tu sais que tu ne peux rendre ton agitation responsable. La seule présence du Chevaucheur te fait cet effet-là.
 
Il est installé dans un canapé, tout près du feu, et il a l'air mal. Vraiment. Ton cœur se serre en même temps que tes instincts dignes de Callia se réveillent. Tu ne t'attendais pas à autre chose, mais le voir atteint par le fléau si détesté est cruel. Pour lui, mais aussi pour ces sentiments sur lesquels tu n'as aucun contrôle, ni droit. Tu te fais la réflexion que, même dans cet état, sa beauté, cette fameuse beauté qui a été le point de départ de tant de réflexions et de doutes, reste intouchée.
Fichue beauté.
 
Tu entends le bruit d'une porte qui se referme et tu y jettes un coup d'œil, par réflexe : vous êtes définitivement seuls dans ce salon. Tu reportes ton attention sur Lionel et prends enfin la parole : « Bonsoir, Lionel. » Tu agrippes la bandoulière de ta sacoche, comme pour te rassurer. « Je te remercie d'avoir accepté de me recevoir. Je me doute que le moment n'est pas des plus propices. » Tu en profites pour le détailler discrètement et réalises qu'il est pieds nus, habillé simplement. C'est la première fois que tu le vois dans un contexte si décontracté. C'est étrange et quelque chose se tort dans ton ventre.
Fichu ventre.
 
Puis tu réalises ce qui couvre ses épaules : le plaid que tu lui as offert, deux mois plus tôt. Il l'utilise. Réellement. Il n'a pas fini au feu, comme tu l'imaginais. Il couvre son corps affaibli par la fièvre. Et ton cœur bat encore un plus vite.
Fichu cœur.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 28 Oct - 7:32

La chaleur du feu l’engourdit et le brun se pelotonne davantage dans le canapé, le plaid dûment enroulé de ses épaules. Les yeux fermés. Son esprit divague, à chaque craquement du bois lentement consumé par le feu. Jamais la cheminée n’a été allumée si tôt dans l’année, mais le froid qui le consume est plus redoutable encore que tous les hivers des terres du Nord, que tous les vents de Levor et toutes les tempêtes de Valda. Plus encore que l’eau glacée du lac souterrain (sortez de l’eau, Rackham, Maelys, sortez tout de suite). La fièvre demande à ce qu’il soit au frais, demande un peu d’air pur, mais son corps réclame de la chaleur. Réclame un cocon dans lequel se lover, s’envelopper, pour ne plus jamais en sortir ensuite. Il pense à ceux qui partent de Lagrance, afin de rejoindre Roc-Épine, et pendant quelques secondes, il les envie. Erebor et ses sables brûlants, son soleil meurtrier. Chaleur terrible. Les caravanes étaient déjà en route, lorsqu’il a rejoint Lorgol, sous ordre de son duc ; de toute façon, il aurait fait le choix de ne pas effectuer le périple. Il a confié tous ses bons vœux à la princesse Gabrielle et aux Chevaucheurs accompagnant le convoi, et s’est depuis reclus dans sa tour.
Si bien installé, il somnole pratiquement, jusqu’à perdre une nouvelle fois la notion du temps. Bénédiction ou malédiction du Destin, le Chevaucheur n’en sait rien. Il a l’impression que cela fait déjà si longtemps, qu’il est malade…

La porte du salon se rouvre sur Owen. Lionel rouvre brusquement les yeux, à temps pour l’annonce grave de l’intendant : « Monsieur le comte. Monsieur Géralt, de Rives. » Géralt ? Il est un instant désorienté, puis se souvient qu’il a bel et bien accepté de recevoir le pirate dans sa tour. Envoyé de Callia elle-même. Il se redresse un peu dans son canapé et machinalement, replace ses boucles humides et le col de sa chemise. C’est tristement bien tout ce qu’il peut faire pour se donner un air plus digne et plus noble. Il est jusque pieds nus, doux Levor ! Le chirurgien a vu des patients dans un état bien plus lamentable que le sien, il le sait, mais ça n’empêche pas que lui veut être présentable.
Le Belliférien fait son entrée et Lionel reste choqué. De le voir si, si, si peu vêtu ! Avant de se souvenir que c’est entièrement de son fait, en réalité – peut-être aurait-il dû choisir d’avoir ses tapis et ses fauteuils trempés ? Si peu vêtu, de ses vêtements, les cheveux dénoués. Mouillés. Propres. Tu parles d’un détail. Si choqué qu’il ne pense même pas à le saluer, fixant uniquement son regard sombre et surpris sur son invité surprise. Même la porte qui se referme ne le sort pas de sa fixité gênée. Gênante.

C’est heureusement le chirurgien qui rompt le silence, d’une salutation polie, alors que lui a de toute évidence oublié toute notion de civilité (probablement qu’elle a la fièvre, la politesse) : « Bonsoir Lionel. Je te remercie d'avoir accepté de me recevoir. Je me doute que le moment n'est pas des plus propices. Sa voix bourrue claque, en réponse, sans qu’il réfléchisse trop (fiévreuse, la réflexion) : Si je n’avais pas voulu te recevoir, tu ne serais pas ici. »
C’est une façon de présenter les choses, oui.
Un signe de la main pour l’inviter à prendre place dans le fauteuil, situé à une distance raisonnable du canapé où il s’est posé. « Excuse-moi de ne pas me lever pour t’accueillir comme il se doit, ainsi que de ma tenue fort peu… convenable. Un geste, vague, pour désigner l’ensemble de sa personne. Pas grand chose d’aucun de ses titres et grades. Nous sommes toutefois à égalité. On pourrait croire que mes vêtements t’auraient été moins seyants », remarque-t-il tout de même avec un peu d’amusement dans ce regard qui, brièvement, le détaille de haut en bas. Il avait oublié (fiévreuse, la mémoire) que Géralt n’a pas la stature des hommes de Rivepierre et que dans ses habits, il flotte allègrement. Même boutonnée jusqu’au col, la chemise révèle beaucoup de son cou et jusque la naissance de ses épaules, et le bas roulé du bas du pantalon cache tout de même ses pieds aussi nus que les siens, bien enfoncés dans le doux tapis.
Il a plutôt la stature de Liam.
La pensée le met doucement mal à l’aise et il se refuse à imaginer Géralt vêtu des chemises de Liam, ou de ses pourpoints soigneusement brodés, du blanc si caractéristique d’Outrevent. La stature, ce n’est pas la noblesse, et surtout, ce n’est rien de son meilleur ami. Rien.

Le Fièrelande rouvre la porte et vient déposer sur le guéridon un plateau généreusement garni de pain frais, de charcuteries et d’une théière fumante de thé, dont le parfum puissant de whisky mêlé de miel lui monte aux narines. Le sursaut de ses nausées est bref, mais présent. Il ne mangera pas. « Merci Owen », glisse-t-il, reconnaissant, alors que l’intendant leur remplit deux tasses du chaud liquide. Il attend que l’homme soit sorti et que Géralt et lui soient à nouveau seuls pour l’interroger : « Comment vont ta sœur et ta nièce ? » Lionel garde la voix basse et calme, au-dessus de la tasse qu’il serre entre ses larges mains. Il ne sait pas s’il sera capable de boire quoi que ce soit, même, sans tout rendre, mais il essayera. Il n’est pas si malade, tout de même.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Dim 29 Oct - 4:40

« Si je n’avais pas voulu te recevoir, tu ne serais pas ici. » Le ton n'est pas des plus agréables, mais il n'a rien de sec ou de cassant. Cette constatation pique ta curiosité. Tu mets pourtant bien vite ça sur le compte de la maladie. Lionel ne s'est plus adressé à toi de cette manière depuis cette autre réalité, celle où vous avez partagé des choses sans qu'aucun a priori n'en entrave le cours. Ça te déstabilise plus que tu ne voudrais l'avouer. Tu relègues pourtant ses pensées en arrière-plan quand il t'invite à aller t'asseoir sur le fauteuil à droite du canapé, sans un mot. Peu sûr de toi, tu t'avances tout de même jusque-là, le bruit de tes pas étouffé par le tapis au sol.

Tu te détends un tant soit peu, maintenant que le feu de la cheminée t'envoie par vagues sa chaleur. Tu poses ton sac à tes pieds en même temps que Lionel reprend la parole : « Excuse-moi de ne pas me lever pour t’accueillir comme il se doit, ainsi que de ma tenue fort peu… convenable. » Il montre son corps d'un geste large de sa main et tu ravales ce que tu allais répondre. A la place, tu te retrouves à détailler ce fameux corps qu'il te désigne : ses épaules, carrées sous le plaid – ton plaid –, les lignes élancées de ses membres et ses jambes qui semblent interminables jusqu'à ce que deux pieds nus entrent dans ton champs de vision. Tu bénis le feu de se trouver davantage dans ton dos que de biais, évitant ainsi de mettre en valeur le rougissement qui apparaît sur tes pommettes. Lionel dans toute sa splendeur et tu déglutis avec difficulté.
Tu es un homme faible ; tu le découvres pleinement aujourd'hui.

Tu hoches la tête machinalement pour donner signe de vie et lâches un « Ce n'est rien » poli, mais tu meurs un peu, à l'intérieur. Rien qu'un peu. « Nous sommes toutefois à égalité. On pourrait croire que mes vêtements t’auraient été moins seyants. » Tu écarquilles subrepticement les yeux à cette phrase, au sens qu'elle a ; tes pupilles se dilatent sous le choc. Tu portes ses vêtements, par, par, par tu ne sais plus. Tu en perds tes dieux. Tu choisis délibérément de ne pas analyser ce qui se passe en toi, corps et esprit, en cet instant. C'est bien trop. Trop intime. Trop perturbant. Trop submergeant. Trop… Lionel, pour que tu sois capable de gérer.
La cerise sur le gâteau est peut-être ce regard qu'il porte sur toi. Pas d'animosité, pas de neutralité, pas de gêne. Une certaine chaleur, que tu dois imaginer à cause des flammes répandant leurs ombres par endroits, voilà. Et ses yeux te parcourent, comme les tiens viennent de naviguer sur son corps. Et ces mots, que mes vêtements t'auraient été moins seyants, qui, provenant de sa bouche, ne sont qu'innocents, mais qui remue quelque chose en toi.

Tu as chaud, bon sang. Tu te demandes si tu ne fais pas le début d'un malaise. Impossible d'ouvrir la fenêtre, vu l'état de Lionel. Et, de toute façon, quel air pourrait bien apporter des fenêtres aussi minuscules, ridicules ? Quelle idée. Quel architecte s'est dit un jour qu'en Outrevent, ou à Rivepierre, ou tu ne sais foutrement où, les fenêtres format réduit était l'idée du siècle ? Le summum du bon goût architectural ? Mais quelle idée !
Fichus architectes.

Tout ça, c'est bien trop pour toi et tu réalises que tu es en train de rougir comme tu n'as jamais rougi de ta vie. Lionel, lui n'a absolument pas conscience de ce qu'il provoque en toi. Cette réalisation accentue ton malaise. Par réflexe, tu veux tirer sur ton col, mais tu constates que tu n'as même pas de col qui t'obstrue le cou. Tu n'as aucune excuse et tu te forces à ne pas t'agiter dans tous les sens.
 
Tu penses, au dernier moment, à répondre, par automatisme plus que par politesse : « C'était très prévenant de ta part. » Un sourire un peu crispé et c'est tout ce que tu peux lui offrir. Le terme « attentionné » ne conviendrait pas car tu as certainement dû te changer pour éviter de dégoutter sur tous les tapis des lieux, rien de plus. Tu ne dis rien de ce qui te passe par la tête : ce ne serait pas approprié à la relation qui est dorénavant la vôtre : formelle, polie par souci d'apparence, avec cette touche d'incompréhension qui ne fera peut-être jamais sens.
En réalité, tu pensais être plus sûr de ton positionnement dans tout ça, mais rencontrer Lionel dans son lieu te fait réaliser tout un tas de choses que tu aurais préféré ignorer. Peut-être as-tu tort ? Tu l'espères. Tu penses. Tu ne sais plus. Tu n'arrives plus vraiment à penser. Tout n'est que confusion, par Isil.
 
Heureusement, c'est l'intendant de la tour qui te sauve – te sauve, par Bramir. Cela te permet de te concentrer sur l'homme, qui vient déposer un plateau duquel s'échappent des senteurs qui font s'éveiller tes sens – diversion fortuite mais bienvenue. Tu discernes une odeur d'alcool fort. Par Erelf, oui. Tu espères que tu vas pouvoir te servir un grand verre et le siroter assez vite. Pour te remettre les idées en place. Pour t'aider à calmer ton agitation bien malvenue et handicapante. Tu as vraiment l'impression d'être ce puceau de l'époque, découvrant les joies de telle ou telle chose, incapable de concentrer ses pensées sur un but ou de réfléchir avec recul. Tu détestes ça. Enfin. Pas réellement, mais c'est nouveau, dans un sens, et ça pompe ton énergie et ta capacité à réfléchir.
Bon sang. A boire, et vite.
 
Vous restez silencieux tandis que l'homme, Owen, donc, vous sert deux tasses de thé. Du thé. Fort heureusement, tu as repéré plus loin, du coin de l'œil, dans un coin de la pièce, des bouteilles qui pourraient mieux convenir – tu le placeras de manière subtile dans la conversation à la première occasion venue. Tu remercies l'intendant quand il te tend l'un des contenants et inspires discrètement l'odeur forte et sucrée qui s'en échappe. C'est une surprise.
Tu t'installes un peu plus confortablement dans ton fauteuil pour tenter de te détendre.
 
Lionel ne reprend la parole qu'une fois l'homme parti. « Comment vont ta sœur et ta nièce ? » Là, ton corps se détend réellement : enfin un terrain sur lequel tu ne peux ressentir aucune confusion. Tu décides qu'à partir de maintenant, tu te contenteras de sujet sûrs. Au moins le temps que tu te calmes. Voilà, oui. Tu te racles la gorge. « Aussi en forme que toi. » Un petit sourire apparaît sur tes lèvres, faible et empli de l'impuissance que tu ressens à cause de cette situation. « Leur fièvre ne descend pas, les nausées sont fréquentes et je fais de mon mieux pour trouver un remède, quoique ce soit, avec d'autres enfants de Callia, mais la tâche s'avère… compliquée. Ça me tue un peu, pour être honnête avec toi. » A cette confidence, ton sourire disparaît. Tu n'en as parlé à personne et tu ne comprends même pas pourquoi Lionel se retrouve réceptacle de cette angoisse.
Tu fixes ton thé, encore trop chaud pour être consommé. Rien qu'évoquer tes actions inutiles fait se former une boule dans ta gorge. « J'ai peur de la suite, à vrai dire. Nous avons pu apaiser momentanément certains des maux, mais vous ne semblez pas guérir. » Tu ne précises pas que tu as l'impression qu'Aura les a abandonnés, ses enfants doués de magie. Tu le penses fortement, mais tu n'oses formuler cette pensée à haute voix.

Tu relèves soudainement les yeux vers lui, chose que tu n'as pas osée faire depuis l'entrée d'Owen. Ta respiration s'altère un bref instant, quand vos yeux se croisent, mais tu forces ton agitation au calme. Tu tentes du moins. Tu détournes rapidement le regard. Le feu. C'est bien le feu. « Toi, comment te sens-tu ? » Tu ne résistes pas longtemps pourtant, faible que tu es. Tes yeux retrouvent sa silhouette calée dans le canapé, posture si peu associable à Lionel, pourtant. Tes tripes se manifestent, mais tu les réduis au silence. « Quels sont tes symptômes exactement ? » Le chirurgien apprenti médecin en toi reprend légèrement le dessus, même si toi, la simple personne, tu veux également savoir ce qu'il en est : après tout, c'est l'une des raisons principales qui t'ont poussé à rallier la tour de Rivepierre sans même y avoir été invité.
Tu ne demandes même pas dans quel état se trouvent ses proches. Tu sais la réponse qu'il te donnera. Ils sont forcément malades, comme tous les autres mages. A quoi bon remuer le couteau dans la plaie ?

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Dernière édition par Géralt de Rives le Mer 29 Nov - 22:15, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Mar 14 Nov - 23:08

Il est trop épuisé pour percevoir tout le malaise de Géralt, ou même la tension de son corps. Le regard trop flou, également. L’homme se détend, pourtant, à sa question. La maladie, les trucs physiques à réparer et à soigner, c’est un terrain connu, pour lui, et pour cette visite inattendue dans la tour de Rivepierre, il vaut mieux rester sur un terrain connu, justement. Quelque chose de simple et de prudent. « Aussi en forme que toi. » Un sourire en coin, un peu faible. À quoi s’attendait-il ? Qu’elles soient épargnées, ou mieux portantes ? Toutes les magies, toutes les Saisons, sont touchées, l’Hiver ne fait pas mystérieusement exception. « Leur fièvre ne descend pas, les nausées sont fréquentes et je fais de mon mieux pour trouver un remède, quoique ce soit, avec d'autres enfants de Callia, mais la tâche s'avère… compliquée. Ça me tue un peu, pour être honnête avec toi. » Lionel détourne le regard, sans oser plus le regarder. Le thé est trop chaud, mais la tasse réchauffe ses mains désespérément glacée malgré la fièvre, malgré le feu, et l’odeur du whisky, à défaut de lui donner vraiment envie de boire le breuvage, débloque ses sinus et améliore sa respiration. « J'ai peur de la suite, à vrai dire. Nous avons pu apaiser momentanément certains des maux, mais vous ne semblez pas guérir. » C’est si déprimant. Si désespérant.

Il se risque à une gorgée du thé. Brûlant. Tant pis. Le bout de sa langue s’engourdit de la brûlure et il continue de boire malgré tout, méditant sur les tristes dernières paroles de son impromptu invité. C’est presque à la dérobée qu’il le regarde, jusqu’à croiser son regard bleu, qui rapidement se détourne. « Toi, comment te sens-tu ? » Son expression se fait un instant dubitative et c’est de justesse que Lionel se retient de répondre, aigre, que c’est une question idiote. Comme si Géralt ne pouvait pas voir de lui-même comment il va ! C’est seulement le sentiment réprobateur d’Harald qui l’en empêche et le fait momentanément se renfrogner, juste avant que l’homme ne précise sa question davantage : « Quels sont tes symptômes exactement ? » Le Chevaucheur se remonte et se replace un peu dans le canapé, passe sa main dans ses cheveux humides. Trop longs. Pas assez longs. Ils prennent un temps fou à repousser. Pourquoi pense-t-il à ça ? Il énumère ses symptômes d’une voix aussi neutre que possible : « Maux de tête, étourdissements, fièvre, vision trouble. Des nausées, parfois. Je ne mange pas beaucoup. Coup d’oeil mauvais au pain et aux charcuteries, comme si les victuailles pourtant toutes simples étaient le mal incarné. Rien d’inhabituel. J’ai… beaucoup de difficulté à me concentrer, je perds facilement le fil, et je dors… mal. Beaucoup, mais mal. » Qu’importe les heures qu’il passe au lit, ou à somnoler, le sommeil ne se fait jamais réparateur, et toutes ses prières à Niobé n’ont aucun effet non plus. Chaque nuit est peuplée de cauchemars. Il rêve du Kraken et des crocodiles. Il rêve de Livien et des eaux glaciales d’Erebor, de celles saumâtres de Lorgol. Il s’entend crier à s’en casser les oreilles et il se réveille en hurlant.

Il y a autre chose, mais il ne veut pas en parler. Ne veut pas rendre cela réel. Tu dois lui dire. Sa soeur est Chevaucheuse, il doit déjà le savoir. Ne reste pas seul, Lionel. Il ne veut pas le dire. Pas à voix haute. Il inspire, expire, et aussi calmement que possible, débute une phrase qui s’interrompt rapidement : « Et… Braise… » Sa voix casse sur le nom de son dragon et il détourne le visage tout à fait, cette fois, alors que sa poitrine se soulève pour un sanglot silencieux, sans larmes. Le coeur écrasé dans une angoisse affreuse, qui lui rappelle ce temps impossible où ils se sont connus. Un monde où Braise n’avait jamais été sien. Jamais présent. Le vide, obsédant. Il toussote, inspire longuement, toujours sans le regarder. Les yeux encore fixés sur une des tapisseries. « Je suis désolé, tu… tu dois déjà le savoir, avec, avec Louison et, et Serment. » Il ne doit pas pleurer. Ne dois pas y penser. Tout s’arrangera.

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Dernière édition par Lionel de Rivepierre le Jeu 30 Nov - 19:36, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Jeu 30 Nov - 2:18

Lionel se redresse légèrement, s'installe plus dignement dans la canapé. Tu n'es même pas étonné. Mesure, dignité, honneur. Tu n'as pas besoin de le connaître depuis longtemps pour le lire sur lui. Malade comme un chien n'y change a priori pas grand-chose. Sa simple voix est dénuée de faiblesse lorsqu'il t'énumère des symptômes que tu as constatés chez les malades de la taverne. Tu hoches la tête faiblement et réfléchis. Tu pourrais toujours lui proposer ce que vous avez utilisé là-bas. Cela n'arrêtera pas la maladie, comme tu lui as précisé, mais cela permettra d'atténuer le mal-être qui le ronge au quotidien. Pour combien de temps ? Tu ne sais pas, mais tu imagines qu'il ne rechignerait pas à l'idée d'une telle accommodation. Du moins, tu l'espères.

Le silence, qui vous a permis de vous perdre dans vos pensées durant quelques instants, est brisé par l'inspiration qu'il prend. Tu relèves les yeux de ta tasse et te décomposes légèrement quand tu constates le changement qui s'est opéré sur ses traits. Tu fronces automatiquement les sourcils sous l'inquiétude. « Et… Braise… » Il ne semble pas pouvoir continuer. Tu l'entends aussi, l'émotion dans sa voix et tu fais rapidement le lien alors qu'il tourne la tête, comme pour cacher ce qu'il fait, vit, ressent, en cet instant.

Son lien avec Braise, brisé.
Tu as appris que la magie isolait les Chevaucheurs de leurs dragons. Tu ne sais pas ce qu'est ce lien, mais tu imagines sans mal le vide béant qui doit habiter le cœur de Lionel. Quittou t'a raconté. Elle a tenté de mettre des mots, somme toute pâles en comparaison de la réalité, sur sa relation avec Serment, il y a de nombreuses semaines. Ce qu'elle t'a dit t'a ému, t'a fait vibrer. Cela t'a donné envie de connaître une telle osmose avec un être, mais surtout tu as été heureux d'apprendre à quel point elle avait été soutenue pendant ces années loin de vous.  
Alors, en cet instant, alors que tu constates la tension dans les membres de Lionel, le chagrin sur ses traits, le malheur dans son cœur, tu sens ton propre cœur se serrer pour lui, pour cet homme qui vient de perdre un bout de lui-même. Oubliée ton angoisse précédente. Oubliées tes petites peurs ridicules concernant ce lieu qui n'est, au final, qu'une demeure un peu plus richement décorée que les autres. Oubliés tes doutes concernant le comte qui n'est, au final, qu'un homme parmi tant d'autres face au malheur et aux épreuves. Tu l'as connu simple, sans fioriture, juste lui, pendant un mois. Tu retrouves cet homme-là. Tu vois même au-delà de ce qu'il t'a permis de voir jusqu'à présent.

Il est secoué d'un soubresaut et tu réalises ce que cela peut signifier. Ton cœur refuse cette idée et se serre encore plus. Pourtant, tu restes figé là, conscient que tu n'as pas le droit de t'approcher de lui. Tu n'es rien. Vous n'êtes rien, dans cette existence. Plus tard, peut-être, voudra-t-il de ton amitié. Peut-être cette soirée aidera-t-elle, peut-être pas. Les voies du Destin sont impénétrables. En attendant, tu n'es toujours qu'un électron libre sans place attribuée et tu ne peux que l'observer tousser, inspirer, son regard toujours fuyant. Rien d'autre.
C'est étrange comme, il y a une minute, tu aurais tout donné pour qu'il détourne son regard alors qu'à présent, tu ne souhaiterais rien de plus qu'ancrer tes yeux dans les siens.
 
« Je suis désolé, tu… tu dois déjà le savoir, avec, avec Louison et, et Serment. » Tu hoches doucement la tête, avant de réaliser qu'il ne te voit pas. « Je suis au courant. » Tu scelles à nouveau tes lèvres, cherchant tes mots. « Je ne peux qu'imaginer… » Ta phrase s'étiole car, non, décidément, aucun mot ne semble juste. Comment réconforter quelqu'un qui a perdu un bout de son âme ? Sérieusement ? Tu sens une étincelle de colère naître en toi. A l'égard de la maladie, de l'éventuel responsable, de la Rose qui promet des choses, du temps qu'il faut pour trouver une solution, d'Aura, du Destin, du monde en général.
Et Lionel qui ne te regarde pas, comme si être affecté par la perte du lien avec son dragon était quelque chose de honteux...
Non, bon sang.

Tu te redresses, t'asseyant ainsi sur le bord du fauteuil qui t'a été désigné. Tu poses délicatement ta tasse de thé sur le plateau, ton esprit loin de l'idée de goûter à la délicieuse nourriture qui y trône. Ton regard se pose sur Lionel, déterminé, un peu embué par la colère, mais somme toute calme. Ta voix, elle, est maîtrisée quand tu prends la parole : « Lionel ». Tu veux son attention. C'est risqué et tu viens à peine de te promettre de ne pas réellement t'impliquer. Cependant, le voir souffrir ainsi, de cette manière-là, fait naître des légers fourmillements dans tes doigts, dans ton ventre. Tu veux pouvoir faire quelque chose. Tu dois. Quoi que ce soit. Il ne mérite pas de vivre la situation ainsi. « Lionel, s'il te plaît. » Plus fort, mais la neutralité y perce toujours. Tu retentes encore : « Lionel, regarde-moi, s'il te plaît ». Ta voix prend des airs de fermeté quand tu prononces son prénom, mais se fond en douceur immédiatement après.

Enfin, la connexion entre vos regards se fait, tu t'assures de ne pas le lâcher des yeux. Tu te penches légèrement vers l'avant alors que tu reprends la parole : « Ne sois pas désolé. Surtout pas pour ça ». Tes sourcils se froncent sous la peine que tu ressens, mais la détermination dans tes yeux ne faillit pas. « C'est moi qui suis désolé qu'on ne soit pas foutu de trouver un remède. » Une étincelle s'anime en toi, peu à peu. Tu penses chaque mot que tu dis. « Alors, laisse-toi ressentir, laisse-toi parler, si tu en as besoin. » Tu le fixes intensément, toujours, avec cette envie de le serrer contre toi au creux du cœur. « Personne ne te jugera. Pas ici. Pas ce soir. » Tu insistes une dernière fois : « Personne. » Non, surtout pas toi.

Maintenant, libre à lui de te rire au visage, de te rabrouer ou de te prendre au mot.
Lionel de Rivepierre est seul maître de son destin.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Jeu 30 Nov - 19:59

« Je suis au courant. » Il hoche distraitement de la tête, alors que Géralt lui apporte la confirmation qu’il sait déjà ce qu’il en est. Il aurait très bien pu garder ça pour lui, mais Harald a raison. C’est un symptôme. Non le moindre. « Je ne peux qu'imaginer… Oui. » Un grognement pour lui-même, loin des oreilles du pirate - et c’est tant mieux. Oui, il peut seulement imaginer. Rien de ce qu’il dira pour atténuer la douleur, ou lui rendre le lien avec Braise. Il ne peut pas comprendre. Il appuie sa tête dans sa main, le visage toujours détourné de son invité. Une réelle douleur est lisible sur ses traits et les vagues de réconfort que lui envoie Harald calment à peine le flot d’émotions qui menace de l’engloutir. Ne pas pleurer. Rester fort. Ne pas être faible. Rester digne. Tu as besoin d’aide. Il a besoin de Liam. Il a besoin de son frère. Son frère déjà mort. Son frère qui n’a pas à souffrir de cette épidémie. Tout a été si vite. Son frère auquel il n’a jamais pu faire aucun adieu. Spirale abrutissante de dépréciation et de flagellation, de regrets ravalés par-devers lui, de tristesse contenue et investie dans son travail, afin de ne pas y tomber. Les braises qui couvent et qui, d’un souffle, flambent à nouveau, aussi fortes et brûlantes que le premier feu.

Le Chevaucheur peut sentir le regard de Géralt sur lui. Poids supplémentaire, brûlure intense sur le côté de son corps qui lui est exposé. « Lionel. » Impassible. Il peut très bien lui parler sans qu’il le regarde. Il n’a pas besoin de le regarder pour l’écouter. « Lionel, s'il te plaît. » Et si ça ne lui plaît pas ? S’il n’a pas envie de regarder Géralt ?  De croiser ses grands yeux bleus ? Il s’entête, peut-être uniquement par principe, par refus de céder à cette demande. « Lionel, regarde-moi, s'il te plaît. » La dernière demande a presque quelque chose d’un ordre, malgré la douceur qui se glisse dans les mots. C’est peut-être ce qui le convainc enfin de tourner la tête et de regarder le chirurgien à nouveau, soutenant son regard. « Ne sois pas désolé. Surtout pas pour ça. C'est moi qui suis désolé qu'on ne soit pas foutu de trouver un remède. Alors, laisse-toi ressentir, laisse-toi parler, si tu en as besoin. » Pas besoin. Pas envie. Incapable de te mentir à toi-même, sur cela. Tu sais que c’est faux. il veut s’obstiner. Refuser. Il garde le silence, n’interrompt pas la tirade convaincue et enflammée de Géralt : « Personne ne te jugera. Pas ici. Pas ce soir. Personne. »

Parler.
Géralt l’a vu suffisamment vulnérable, pour toute une vie. Il n’a pas envie de lui dévoiler plus de ses faiblesses, alors qu’il tente tant et tellement de les cacher derrière une muraille. Muraille qui s’effrite de plus en plus. Juste à soutenir ces yeux dont le bleu lui rappelle tant celui des yeux de Liam. Tout ce qu’il voudrait lui dire, à Liam. « C’est comme… une porte. » Ses premiers mots sont rauques et bien trop hésitants. Il prend une autre gorgée du thé pour se donner plus de courage, le whisky et le miel adoucissant sa gorgée malmenée par la toux et les nausées, tout en réchauffant son ventre. Parler. Ne reste pas seul. « Lorsque Braise m’a choisi, j’ai eu l’impression qu’une, une porte… s’ouvrait, et que de l’autre côté, il y avait lui. Comme s’il avait toujours été là, et qu’il pouvait seulement, seulement, y avoir lui. » Il est difficile pour Lionel de décrire ses sentiments à propos de son dragon et de cette relation privilégiée qu’ils entretiennent depuis plus de dix ans. Pratiquement la moitié de sa vie, maintenant. Il serait bien en mal de lui raconter leurs premières années maladroites, parfois fâchées, ce temps d’apprivoisement si nécessaire. L’étrangeté qui devient ensuite coutumière d’avoir toujours un partenaire, un support, à même son âme et son esprit - quelqu’un qui te connaît autant que toi-même. Le contact ne ressemble en rien à celui qui unit Voltigeur et griffon, il s’en doute. Moins étrange, moins subtil, peut-être, et pourtant pas moins fort. Perpétuel. Lionel n’est pas poète, n’est pas conteur, n’est pas écrivain, il n’a que ses mots maladroits pour parler de son dragon et de ce qui les unit. « Quand on… on s’est rencontré, dans le… l’autre… c’était… comme si la porte était encore fermée. Jamais, jamais ouverte. » L’autre monde. L’autre temps. L’autre printemps. Il répugne à parler de ce temps passé, parallèle, où il a trop vécu. Un mois de trop. Son expression concentrée se tord de contrariété, d’une raideur qui le crispe tout entier. Les souvenirs remontent trop rapidement. Ceux du temps passé, mais aussi ses derniers instants avec Liam, où il lui a avoué sa mort dans cette même trame temporelle alternée. Ceux qui le font s’inquiéter de la santé et de la sécurité de son meilleur ami, qui ajoutent à ses perpétuelles angoisses et à ses cauchemars. « Là, la porte est ouverte, mais… il n’y a plus rien. » Comme si on lui avait arraché un bras. Pire. Quelque chose qui ne peut pas être comblé. Un vide, un gouffre, à rendre fou. Les Chevaucheurs et Voltigeurs qui perdent leur partenaire ne sont plus jamais les mêmes. Il repense au Tournoi des Trois Opales et au champion de la Ville Haute de Lorgol. Un guerrier ombrageux et vaillant, qu’il a vu être si vulnérable face à un griffon doré qu’ils ont tous pressenti être le sien, sans oser poser la question. Jamais il ne le fera, car la peur de vivre quelque chose de semblable est trop vive. Trop vraie.

L’Outreventois se sent à bout de souffle. Il en a dit si peu. C’est déjà trop. Besoin de faire quelque chose pour dissiper sa gêne. Il dépose sa tasse sur la table et se lève du canapé, et marche jusqu’au guéridon plus loin. Il y attrape une bouteille de whisky, ainsi que deux verres, qu’il revient déposer sur la table basse. « Quelque chose de plus fort, ça te dit ? », glisse-t-il avec un semblant d’humour. Il a aussi bien de cette liqueur aux herbes, à quelque part, celle qu’il a bu avec Rackham, mais… ça, il risque vraiment de la vomir, s’il fait juste sentir son fumet, et il préfère ne pas tenter le diable.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 2 Déc - 3:45

Il hésite, le Rivepierre. Il te fixe sans ciller, fier, jaugeant peut-être s'il peut confier ses mots à un pirate. La réponse semble être positive puisqu'il finit par ouvrir la bouche. Quelques mots hésitants résonnent et tu refuses de donner un nom au sentiment qui t'envahit à cette constatation. A la place, tu l'écoutes attentivement. Tu remarques l'inflexion de sa voix, ses mimiques alors qu'il parle, discrètes mais néanmoins présentes. Tu reconnais la souffrance sur son visage, manque et souvenirs se mêlant, sûrement bien plus douloureux qu'un instant plus tôt.

Tu ne sais pas si cela aidera, mais tu es là pour l'écouter. Ton corps est tourné vers lui, immobile, à l'affût. Ton regard ne le quitte pas, franc et attentif. Tu entends ses mots et tu essaies d'imaginer ce qu'il te décrit. Les images se forment devant tes yeux et tes émotions tentent de reconstituer ce que Lionel a vécu, est en train de vivre. Ton esprit tente de faire le rapprochement en imaginant la perte de Désirée ou des autres membres de ta famille. La douleur, fictive, t'envahit tout de même et fait monter des émotions dans ta gorge. Pourtant, tu sais que ce n'est qu'une fraction de ce que Lionel doit ressentir en cet instant. « Là, la porte est ouverte, mais… il n’y a plus rien. »
Comment imaginer un bout d'âme arraché, après tout ?

Ton cœur se serre plus fort pour cet homme pour lequel tu ne peux rien.
Tu ne sais pas réellement quoi lui répondre. Comment trouver les mots pour apaiser ce mal ? A vrai dire, tu n'es pas certain qu'il en existe. Tu cherches, tu cherches, tu cherches, mais aucune des phrases qui te viennent ne semble à la hauteur. Lionel mérite mieux que des phrases prémâchées et insipides. Tu n'es pas venu pour lui servir des banalités dans pareille situation ; tu as beau être inutile, tu lui dois plus que ça.
Ton silence ne doit absolument pas aider le malaise que tu peux lire en Lionel .

Tu te racles la gorge juste avant qu'il ne se lève sans un mot. Tu te demandes l'espace d'un instant s'il va te demander de quitter ses lieux sans autre préambule. Cela ne t'étonnerait guère, malgré l'hospitalité bien connue des Outreventois, au vu de la situation bien étrange dans laquelle vous vous trouvez. Cependant, il n'en fait rien. A la place, il se dirige vers le guéridon où sont posés les alcools forts et… par Erelf, tu bénis Lionel de Rivepierre mille fois. Un léger sourire aux lèvres, tu l'observes récupérer le nécessaire et revenir à sa place. Le whisky te fait un œil monstre et tu as grand hâte de le sentir brûler ton intérieur.
Tant d'émotions, tant de nouveautés, tant d'inconnu.
 
« Quelque chose de plus fort, ça te dit ? » Tu hoches vivement la tête ; ton sourire s'agrandit un peu au ton de la voix du Chevaucheur. « Avec grand plaisir. Je sais même plus quand est la dernière fois que j'ai bu de l'alcool fort… Peut-être Lughnasadh… » Les souvenirs apparaissent soudain devant tes yeux et tu les repousses durement. Ton visage se ferme. Tu n'as pas besoin de ça. Encore la mort, le sang, la douleur. Tu n'as pas besoin de ça. Pas le moment. Pas ta personne.
Lionel, ici et maintenant.
 
Tu te reprends bien vite et : « Merci », lorsqu'il te tend ton verre. Tu patientes que le sien soit servi avant de t'aventurer à siroter le tien. Désirée t'a appris la politesse, tout de même. Tu ne t'arrêtes cependant pas pour trinquer. Tu ne vois pas ce qu'il y a à célébrer. Pas quand le monde magique se meurt et que tu risques de perdre des êtres bien trop chers à ton cœur.
Tes yeux se lèvent sur Lionel, qui a son verre en main, et tu changes soudainement et inexplicablement d'avis. Tu n'as pas su trouver les mots tout à l'heure ; tu trouveras par contre de quoi trinquer, il le faut. Tu lèves donc ton verre, juste un peu, tes yeux rivés sur lui. « A ton courage. A votre courage à tous. A Callia et à Aura qui ont intérêt à se manier les mi- » Tu t'interromps. Tu n'es pas à la Taverne, tu n'es pas sur l'Audacia. Tu es quand même chez un comte qui t'a accepté sous son toit. « Les… Le séant. » Tu te racles la gorge, peu à l'aise. Tu termines faiblement sur un « A nous », avant de boire une longue gorgée du liquide ambré et fort.
 
Tu le sens dévaler à l'intérieur et tu accueilles sa chaleur extrême avec enthousiasme. Tu en fermes les yeux de soulagement. Juste un instant, oublier le malheur qu'est ton monde, son monde, votre monde. Juste un instant lui, toi, ce feu, cette pièce. Rien d'autre. Puis tu rouvres les yeux, un peu plus apaisé, bien plus que tu ne l'as été depuis ton arrivée à la tour de Rivepierre. Tu les ancres dans ceux de Lionel, silencieux. Tu prends à nouveau la mesure de ses traits tirés, de la tension dans son corps. Tu saisis le moment pour proposer l'une des raisons de ta venue.

« Je n'ai peut-être pas la solution, mais j'ai apporté de quoi te soulager un peu. C'est l'une des raisons pour lesquelles je suis venu. » Acceptera-t-il ? Dans tous les cas, rien ne t'empêche d'offrir ton aide malgré les dissensions entre vous. « Il y a une décoction qui aide à faire baisser la fièvre. Ça n'enlève pas les symptômes, mais ça t'apaisera un peu. » Tu bois rapidement une gorgée revigorante de whisky. « Je peux aussi aider un peu pour les nausées. » Un mince sourire et tes yeux tombent dans l'ambre du liquide. « C'est contre la gueule-bois, à la base – la recette de Marianne –, mais ça a aidé certains patients. »
Tu le fixes à nouveau, l'anxiété lisible sur ton visage pour des yeux acérés. « Si tu le souhaites, bien sûr. » Tu lui annonces tout ça avec un ton que tu veux détaché, mais, là encore, un regard attentif saura lire en toi. Ou peut-être juste Lionel. Parce que vous êtes dans cette situation précise ? Peu importe. Tu es bien moins maître de toi-même, ce soir.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 2 Déc - 7:04

Le chirurgien : tant mieux ! Les Bellifériens, sous leurs airs si sévères, sont de forts bons compagnons de fête, et si Lionel n’est pas en état de tenir la distance pour une fois, il n’est pas non plus là pour empêcher son invité de goûter aux délices d’Outrevent. Pas alors qu’il lui en offre l’opportunité, en tous cas. Hôte de ces lieux, il s’octroie la tâche de leur verser chacun un verre. Le premier, pour le chirurgien. Il tente autant que possible de se faire la main sûre, mais le tremblement ne peut peut tout à fait être gommé. « Avec grand plaisir. Je sais même plus quand est la dernière fois que j'ai bu de l'alcool fort… Peut-être Lughnasadh… » Le visage de Géralt se ferme, subitement, et son esprit embrumé navigue à peine quelques secondes avant de comprendre le mot qu’il vient de prononcer. De le replacer. Et que son visage se ferme à l’identique et pâlit davantage. Le sentiment est étrange. Malaisant. Penser que Géralt était là. Probablement bien d’autres qu’il connaît et auxquels il a refusé de penser, lorsque la nouvelle tragique du trépas de l’impératrice Catarine est arrivée en Faërie, avec celle du coma de l’empereur Augustus. Les forces armées de l’empire de la Magie se sont réjouies, bien sombrement. Tout juste avant que se déchaîne cette épidémie qui terrasse leurs troupes de Chevaucheurs et de mages de bataille. Lionel, lui, n’a tiré de ces nouvelles qu’un écoeurement supplémentaire. Depuis le début, la guerre lui laisse un goût amer en bouche, et il n’a toujours pas succombé à sa monotonie, à sa haine, à ce qui ronge les soldats au front et les change à jamais. Pas encore. Pas lui. Il est plus fort que cela, n’est-ce pas ?

Premier verre servi. Il ne porte pas d’attention au remerciement, mais il est satisfait de l’entendre. Il sait bien vivre, à l’occasion, ce pirate. Il a toujours été exemplaire avec toi. Sauf quand il m’a crié dessus. Tu t’es suffisamment vengé. Peut-être. Il ressent pratiquement la désapprobation de son Familier, et un sourire vague étire ses lèvres, alors qu’il termine de remplir son verre. Il a tremblé un peu plus. Il veut proposer de trinquer. Le Rivepierre ne sait pas à quoi, mais c’est par simple principe. Ne jamais boire un verre, surtout accompagné, sans trinquer. Ça porte malheur, à soi comme à son compagnon. Géralt est le premier à lever son verre, visiblement pris d’une idée. Plus rapide que lui. Son verre levé en retour. En attente. « A ton courage. A votre courage à tous. A Callia et à Aura qui ont intérêt à se manier les mi- Lionel hausse un sourcil interrogateur et il se retient, si mal, de ne pas sourire. Les commissures de ses lèvres tremblent, même, mais il ne dit rien, et attend que Géralt complète son mi que lui, intérieurement, a déjà complété. Les… Le séant. » Un sursaut à ses épaules, un ch amusé qui passe à peine ses dents. Il apprécierait presque cette politesse de justesse. « A nous. À nous. »
Ça aussi, c’est étrange, et malaisant.

Lionel ne snobe pas le toast et vaillant, boit une gorgée de son verre. Il manque de la recracher, de la vomir carrément, mais se force plutôt à l’avaler, profitant des yeux clos du pirate. Il avait mal calculé à quel point son intendant doit adoucir le thé de miel pour qu’il soit capable de le boire… Son ventre émet un gargouillement mauvais. Il attrape une tranche de pain, qu’il dépose dans une assiette et entreprend d’émietter avec un air suprêmement concentré. Tout pour ne pas penser au haut-le-coeur. Tout pour ne pas penser à ce nous qu’il ne comprend pas tout à fait. Le brun tourne la tête - le nous revient, à peine le regard de Géralt croisé. Le mal de tête aussi. « Je n'ai peut-être pas la solution, mais j'ai apporté de quoi te soulager un peu. C'est l'une des raisons pour lesquelles je suis venu. » Ah. Le fameux remède qui mettrait Callia au placard, si on en croit les mots de son intendant. Son expression concentrée se change en curiosité. « Il y a une décoction qui aide à faire baisser la fièvre. Ça n'enlève pas les symptômes, mais ça t'apaisera un peu. » Mm. Il suppose que ce n’est rien à refuser, ou à cracher dedans. Miettes de pain supplémentaires. Quelques coups de marteau de plus contre ses tempes. « Je peux aussi aider un peu pour les nausées. C'est contre la gueule-bois, à la base – la recette de Marianne –, mais ça a aidé certains patients. » Il devine qu’il parle de Marianne d’Orsang, la Voltigeuse. Amie de l’Audacia. Ses yeux se plissent un peu, comme s’il tentait de lire entre les lignes et de deviner la nature de leur lien. Des conseils d’une médecin à un autre, tout simplement. Rien de plus à chercher. « Si tu le souhaites, bien sûr. »
Refuser ne l’avancerait pas. Le chirurgien est déjà dans sa tour. Il a un remède donné par une médecin, une vraie, honorable et tout, malgré ses fréquentations douteuses. Il boit son whisky. Il porte ses vêtements. Sa tête cogne et le malaise revient à toute allure.
« Je risque peut-être d’en avoir besoin pour son usage original », commente sobrement le Chevaucheur, en désignant du menton son verre, où l’infime gorgée bue a si peu fait descendre le niveau de son contenu. L’alcool n’est pas spécialement recommandé par aucun spécialiste de la santé qu’il ait rencontré, mais il ne croit pas que cela aggrave vraiment son cas. Qu’on ne vienne pas priver un homme malade, peut-être un jour mourant, d’un simple verre non plus. Il y a Marianne, qui ne quitte pas son esprit. Marianne et son griffon doré, sa bonne humeur et ses voeux de protection et de soins plus qu’étranges, dans un corps armé comme celui des Voltigeurs. « La dame d’Orsang doit être une précieuse amie, pour ainsi te partager ses recettes médicales depuis Sombreciel, sans se soucier de ceux guéris par ses remèdes. Ceux guéris par ses remèdes étant des Chevaucheurs, ennemis de l’empire ibéen, et des pirates, ennemis de tous. Même des Kyréens : ils en sont rendus à assister à Lughnasadh, après tout. Elle a le coeur bien noble. Et moi… d’accord. Je ne perds… pas grand chose. »

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 9 Déc - 3:02

« Je risque peut-être d’en avoir besoin pour son usage original. » Il montre son verre du menton et tu laisses échapper un léger rire à cette marque d'humour. Tu te fais la réflexion que ce moment est plaisant, puis bois une nouvelle gorgée d'alcool. « La dame d’Orsang doit être une précieuse amie, pour ainsi te partager ses recettes médicales depuis Sombreciel, sans se soucier de ceux guéris par ses remèdes. » Tu es surpris par sa réflexion et hausses les sourcils sous l'étonnement. Pour la simple et bonne raison que Marianne ne fait pas de distinction entre ses patients. Une enfant de Callia pure et dure, qui ne porte même pas d'arme lorsqu'elle est en service. Le fait que tu aies appris à la connaître joue peut-être là-dedans, mais ça ne te viendrait même pas à l'esprit qu'elle fasse une différenciation. « Elle a le coeur bien noble. » Tu hoches la tête avec sincérité. « Et moi… d’accord. Je ne perds… pas grand chose. » Un sourire naît doucement sur tes lèvres. « Je suis heureux que tu acceptes. » Sincérité là aussi. Tu n'étais clairement pas certain qu'il accepte, avec votre passif. Peut-être que la mention du prénom de Marianne a aidé ? Tu ne sais pas, mais l'important est que tu puisses aider à soulager un tant soit peu Lionel.

Tu poses ton verre et te penches vers ton sac, à tes pieds. La chemise s'éloigne de ta peau et tu frissonnes quand l'air s'infiltre malgré le feu non loin. Décidément. Les vêtements de… de Lionel sont vraiment trop grands. Tu ne perds cependant pas ton objectif de vue et reprends en même temps que tes mains continuent de farfouiller : « Pour te répondre, Marianne est quelqu'un d'unique, en effet. Elle ne fait pas de discrimination. Elle a partagé une quantité astronomique de ses connaissances et recettes avec moi, quand j'ai repris le poste de chirurgien à bord de… » Tu te figes soudainement quand tu réalises ce que tu es en train de dire. Tu relèves les yeux vers Lionel. Ton cœur bat un peu plus fort. Tu refuses cependant de donner l'impression que tu as honte de qui tu es, de tes camarades, de Rhéa. « … à bord de l'Audacia, en début d'année. » Ta posture, ton regard, tes traits le mettent au défi d'ajouter un commentaire désobligeant au vu de la situation. Surtout quand toi tu acceptes son statut de Chevaucheur sans sourciller, quand tu viens proposer ton aide malgré tout ça. Alors que l'équipage n'approuverait pas. Ton regard se fait finalement un peu fuyant, tes traits se tirent et tu reprends où tu en étais, comme si tu n'avais pas mentionné le Pavillon Noir devant Lionel. « Marianne m'a été d'une grande aide dans cette autre réalité… où on s'est rencontrés, toi et moi. » Tu frissonnes un peu aux souvenirs qui défilent devant tes yeux.

Tu trouves la deuxième bouteille à ce moment-là et les sors toutes les deux de ton sac. Tu les gardes dans tes mains pour l'instant, tes yeux rivés sur elles. « Tout était tellement différent. Quitterie, elle... » Tu déglutis mais ne parviens pas à terminer ta phrase. « Heureusement que Marianne était là, disons. » Un léger sourire apparaît sur tes lèvres, puis tu relèves les yeux vers ton hôte. Ton sourire faiblit et tes tripes se manifestent joyeusement. « Heureusement que tu étais là aussi, Lionel. » Tu le fixes avec intensité et il sentira la sincérité dans tes mots. Tu sais que le sujet est plus que délicat, mais tu ressens le besoin de dire tout ça. « Je sais que c'était pas une période facile, mais… » Tu repenses aux mots dans le carnet : la mort de Liam d'Outrevent, le chagrin de Lionel, l'é-l'étreinte que cet autre toi a donné au vrai Lionel, celui qui se trouve face à toi. Tu sais combien Lionel a souffert ; tu l'as vu aussi. Tu continues, cependant. « Oui, heureusement que tu étais là aussi. » Ta gorge se noue un peu. C'est compliqué de parler de tout ça, de parler de… sentiments. Tu n'as pas pour habitude d'entrer dans les profondeurs de l'âme ou des souvenirs. Que tu dises à ta famille que tu les aimes est déjà un grand pas pour toi. « Je ne sais pas trop où je me serais retrouvé s'il n'y avait pas eu vot- notre tente… et toi là-bas, à mon retour. » Tu ne trouves pas non plus les mots pour élaborer, mais tu espères qu'il comprendra.

Tu attrapes ton verre et boit lentement une gorgée, pour reprendre un peu contenance.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Mer 13 Déc - 4:09

Lionel se demande bien ce qui pousse Géralt à vouloir lui apporter des soins. S’il considère avoir une dette, envers lui. S’il est envoyé par le biais de sa soeur, ou de Rackham, ou de la dame d’Orsang, mentionnée précédemment. Il se demande bien ce qui motive le pirate, non seulement à lui envoyer un cadeau, mais à se présenter à sa tour, sans craindre d’être vendu aux autorités hautoises. Il ne sait pas, et à force de penser, le mal de crâne se fait plus perçant, presque blanc, et il doit se forcer à ne plus le faire. L’important est qu’il est là, et qu’il a dit oui à ses soins, et qu’il est encore et toujours trop tard pour véritablement reculer, désormais.

Ses yeux sombres suivent les mouvements de Géralt et s’immobilisent, sans qu’il s’en rende vraiment compte, à la base de son cou. Où il a vue plongeante, même trop, sur ses clavicules, ses pectoraux et même tout son torse, alors qu’il est penché pour fouiller dans son sac. Il entend à peine le pirate lui parler, la tête enfermée dans un bocal qui étouffe ses paroles. Il relève soudainement le regard, lorsque l’autre fait de même, et donne à son visage une expression aussi attentive que possible. Qui semble surtout aussi coincée que possible, aussi mal à l’aise que possible, avec les joues aussi rouges que possibles. « … à bord de l'Audacia, en début d'année. » Lionel voudrait lui dire de se taire, de ne pas mentionner le nom de ce bateau dans sa tour, comme si le fait fait de penser à l’Audacia pouvait faire venir les autorités hautoises ici, afin de tous deux les emprisonner. Il ne dit pourtant rien, le visage aussi dur que celui de Géralt, affrontant son regard bleu sans baisser le sien. Il ne dit rien, résiste au défi, et c’est finalement l’autre qui finit par retourner à ses recherches dans son sac. « Marianne m'a été d'une grande aide dans cette autre réalité… où on s'est rencontrés, toi et moi. »
Peu importe ce qu’il a dit plus tôt. Il peut seulement comprendre, le Chevaucheur, qui a fait de Géralt son roc, dans les semaines qui ont suivi la mort de Liam, et son éveil sur le pont de la vivenef pirate. Il peut que comprendre qu’il ait fait de même avec Marianne d’Orsang, au coeur si grand et si bon.

Les deux bouteilles sont trouvées, mais le chirurgien, lui, ne se lève pas de son siège. « Tout était tellement différent. Quitterie, elle... » Sa bouche s’assèche. Son coeur bat plus vite, trop vite. Quitterie, mademoiselle Louison, morte. Liam, mort. « Heureusement que Marianne était là, disons. » Le sourire de Géralt est affreusement faible, et Lionel est incapable de le lui rendre. Il est même incapable de le regarder, vraiment, de croiser à nouveau son regard, qui subitement, il le sait, lui rappellera trop le bleu des yeux de son meilleur ami, et trop la morsure douloureuse de la peur qu’il meure au combat. Qu’il meure une nouvelle fois, et qu’il n’y ait pas de seconde chance. Il n’a pas besoin de cela pour entendre la sincérité de ses paroles. « Heureusement que tu étais là aussi, Lionel. Je sais que c'était pas une période facile, mais… » Il serre et desserre les poings, gratte le tissu riche du canapé. Les souvenirs sont d’autant plus douloureux, alors qu’il est diminué et à fleur de peau. Sa pomme d’Adam tressaute dans sa gorge et les vagues de réconfort envoyées par Harald lui semblent si faibles, alors qu’il le sait partagé de la même douleur. « Oui, heureusement que tu étais là aussi. Je ne sais pas trop où je me serais retrouvé s'il n'y avait pas eu vot- notre tente… et toi là-bas, à mon retour. Tu n’es pas obligé de parler de ça. C’était difficile. Et c’est terminé. » Le Chevaucheur dit cela avec tant de décision, dans sa voix cassée de fatigue, que c’est à croire qu’en effet, tout est vraiment terminé. Que cet autre monde n’a eu aucune répercussion sur celui-ci, aussi faux cela soit-il. Il n’empêche qu’en majorité, il dit vrai. C’était difficile. Et c’est fini.

Lionel se rend compte que lui, peut-être, veut en parler. Ce qu’il a dit à Liam n’était pas assez. Ce qui macère dans son coeur et sa mémoire menace de moisir, de pourrir, et de l’empoisonner encore plus. Peut-être, oui, doit-il dire quelque chose, à cet homme qui ne se souvient de rien, mais se souvient de tout. Il a pleuré dans ses bras, comme il n’a pas pleuré depuis des années. « Si tu me sauves une nouvelle fois la vie, j’aurai deux dettes envers toi, Géralt de Rives. Pour un seul homme, c’est considérable. Il lève légèrement son verre, à sa santé, avant d’en prendre une autre infime gorgée qui fait remuer ses tripes désagréablement. Je n’ai pas… je ne parle pas vraiment de ce qui s’est passé, là-bas, avec quiconque. J’en ai parlé un peu avec, avec Liam, et… et toi. C’est tout. Trop de choses ne peuvent pas être confiées et avouées, à propos de ce temps alterné. Je me dis que je te dois bien ça et que ce n’est pas… pas si mal. Que tu sois ici, malgré tout. Même si je t’ai foutu… une sacrée gifle, à Aubenacre. » L’image lui revient, et sa paume semble lui chauffer, comme au moment M. Gifle méritée, récolte sensée à ce qu’avait hurlé le pirate, générant sa colère. Il lui a dit de ne plus jamais lui parler ainsi. Il lui a dit qu’il avait besoin de temps. Et que ça avait été une grande aventure, sans préciser de ce qu’il parlait. Ces derniers mots lui reviennent, confus, avec la sensation étrange des mains du chirurgien sur son torse nu, alors qu’il le soignait - se superposent à l’image des clavicules dénudées de Géralt, et de la peau hâlée de son cou jusqu’à ce qu’il ne voit pas plus loin. Association bizarre qui accélère son pouls, une fois de trop, et transforme la chaleur en frissons gluants et effrayés. « Je, je ne me sens pas très bien. »

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 30 Déc - 4:02

« Tu n’es pas obligé de parler de ça. C’était difficile. Et c’est terminé. » Ta tête a un mouvement de recul imperceptible sous l'inflexion définitive de sa voix. Tu te demandes si tu n'aurais pas mieux fait de garder ces confidences pour toi. Sa première phrase atténue l'effet produit par l'ensemble de ses paroles, c'est vrai. Cependant, la gêne colore tes joues car tu as l'impression d'être éconduit, en quelque sorte, au vu de la nature de ton aveu. Pour toi, qui te confies difficilement, prononcer ces mots a une signification. Lui ? Il les balaie d'un revers de main, comme s'il n'y prêtait pas réellement attention. Ca t'attriste, mais c'est sans doute le cas. Il paraît qu'une situation a autant de vérités que le nombre de personnes qui la vivent : Lionel et toi n'avez simplement pas dû vivre la situation de la même manière. Oui, voilà. Puis, tu es un homme adulte, tu ne geins plus à propos de broutilles depuis longtemps. Même s'il n'a simplement pas envie d'en parler, tu n'as rien à y redire. Alors, tu déglutis, tu ravales ta… fierté ? Oui, sûrement ta fierté, quoi d'autre ? Et tu bois une nouvelle gorgée pour t'empêcher de répondre quoique ce soit de compromettant.

« Si tu me sauves une nouvelle fois la vie, j’aurai deux dettes envers toi, Géralt de Rives. Pour un seul homme, c’est considérable. » Tu inclines légèrement la tête sur le côté, confus. Il lève son verre vers toi et tu lui réponds de la même manière avec ton verre, distraitement. Lionel pense toujours avoir une dette envers toi après l'aide qu'il a apportée à Aubenacre, en juin… Tu sais qu'il n'est pas venu pour toi, mais il a participé au sauvetage de Quitterie, ainsi que de Désirée et Gédéon. C'est simplement… gigantesque. Que veut-il faire de plus ? Il y a de quoi effacer au centuple cette dette de vie, honnêtement, et il ne le réalise pas. Tu t'apprêtes à le lui signaler quand il reprend la parole, te prenant de court.

« Je n’ai pas… je ne parle pas vraiment de ce qui s’est passé, là-bas, avec quiconque. » La confusion est lisible sans peine sur tes traits alors qu'il revient sur ce sujet et sa réaction précédente est toute aussi piquante dans ta poitrine. Pourtant, tu réussis à prendre suffisamment de recul pour comprendre qu'au moins en partie, son comportement s'explique à présent. Il s'est protégé comme il semble se protéger de beaucoup de choses, cet homme. Ton agitation ne disparaît pas, mais elle s'apaise quelque peu car tu comprends la difficulté qu'il évoque. Une part de ton esprit te souffle que, peut-être, l'Outreventois a agi de la sorte pour te protéger, en même temps. Pour t'éviter la peine de trouver des mots difficiles à extirper, comme les siens, à l'instant. L'idée te laisse perplexe ; tu décides de l'étouffer pour de nombreuses raisons, principalement parce que rien ne la prouve.

« J’en ai parlé un peu avec, avec Liam, et… et toi. C’est tout. » A cette confidence, ton cœur se serre un peu et ta peine précédente s'atténue, bien malgré toi. Tu n'es pas de ceux qui peuvent garder contrariété ou rancune si la situation exige que tu les laisses de côté. C'est peut-être idiot, mais tu ressens une étrange satisfaction à l'idée d'être l'un des rares réceptacles de ses mots. Tu n'oses cependant toujours rien dire. Non seulement le Chevaucheur est l'une des rares personnes à te couper autant le sifflet, mais, surtout, tu n'es pas sûr qu'il continue si tu l'interromps. « Je me dis que je te dois bien ça et que ce n’est pas… pas si mal. Que tu sois ici, malgré tout. Même si je t’ai foutu… une sacrée gifle, à Aubenacre. »

Là. Juste là.
Tu inspires et retiens brièvement ton souffle.
Peut-on s'arrêter un instant et constater les montées et descentes émotionnelles que Lionel est entrain de te faire vivre ?

Ce n'est pas si mal que tu sois ici. Pas si mal. Que tu sois ici. Dans la tour de Rivepierre. Face à lui. Sur son fauteuil. Face à lui… ! Une partie de toi se demande si quelqu'un n'aurait pas enlevé Lionel de Rivepierre pour le remplacer par un autre ? Quelqu'un qui se censure bien moins. Ou bien s'agit-il d'une trop forte poussée de fièvre ? Tu penches pour ça car tu n'imagines pas que cela puisse en être autrement. Tu ne sais plus trop.
Tu sais par contre que ton cœur bat fort, trop fort, et tu commences vraiment à croire qu'à l'avenir, quelque chose sera possible, compte tenu des paroles de l'Outreventois. Une amitié, bien entendu. Une légère amitié. Ce serait bien. Et tu ignores sciemment la petite voix qui te souffle autre chose, quelque chose de plus grand, de bien trop ambitieux, de tellement cruel pour ton cœur.
Une amitié, c'est raisonnable, c'est à ta portée. Au final, ça correspond bien.

Tu remarques également l'utilisation d'un mot : foutu. Ce terme, dans la bouche de Lionel de Rivepierre, t'émerveille. Il te laisse entrevoir bien des choses, malgré son apparente dérision. Cependant, tu n'en diras rien, cela va de soi. La simple idée que son flegme noble en prenne un coup te fait secrètement sourire.

Quant à cette claque… Tu ne commenteras pas. Tu préfères oublier les raisons de son existence entre vous. Tu sais que tu as dépassé les bornes et poussé Lionel à bout, mais tu sais aussi que la violence physique en réponse n'était pas des plus adaptées. Tu considères maintenant que vous êtes à égalité sur ce point, d'autant plus que tu t'es excusé et que vous vous êtes expliqués, Braise et toi.
Tu te contentes donc de rougir légèrement à la position de faiblesse dans laquelle tu t'es trouvé cette nuit-là. Tu reportes ton attention sur la porte, ô combien intéressante, puis, peut-être même que tu te racles la gorge et que tu glisses un « Je ne vois pas de quoi tu parles... », un sourire aux coins des lèvres, gêné, mais le dos pas moins droit.
Oui, toi aussi, tu sais embrasser le déni et ses allures alléchantes. Il paraît que c'est une spécialité dans certains duchés. Et tu es pour adopter de nouvelles coutumes. Tu es pour la mixité. Vive les mélanges ! Voilà ce que tu dis de cette claque.
Rien de plus, rien de moins.
Plus besoin d'en parler.
Quelle claque ?

Tu es forcé de reporter ton attention malgré tout sur Lionel quand celui-ci souffle : « Je, je ne me sens pas très bien. » Tu fronces instantanément les sourcils et tes jambes vont bien plus vite que tes pensées : tu es debout avant même d'avoir pris le temps de réfléchir. Tu jures intérieurement et te traites d'idiot. Lionel n'est pas comme beaucoup d'autres personnes que tu as connues. Il est… farouche, en un sens, et le moindre mouvement ou faux pas pourrait l'effrayer. Là, tu es bien parti pour. Pourtant, une autre partie de toi ne peut s'empêcher d'envoyer valser ces considérations. C'est possiblement la maladie des enfants d'Aura qui empire ou fait des siennes et tu as de quoi éventuellement atténuer ces symptômes. Quelle personne serais-tu si tu restais les bras croisés à lui demander bêtement si ça va sans lever le petit doigt ?
Maudites soient les convenances et la pudeur.

Tout en t'agenouillant près de lui à une distance raisonnable, tu souffles : « Les symptômes de la maladie empirent ? » Tes yeux cherchent déjà des signes autres que ceux que tu connais déjà. Tu ne perds pas de temps avant de retirer le verre qu'il a dans les mains avec délicatesse, pour éviter tout accident. Tu le poses sur la table en même temps que tes fioles. Par un réflexe tout à fait inconscient, tu replaces correctement le pan de son plaid qui a glissé de sa main pour qu'il soit bien couvert – chassez le naturel... Tu ramènes ensuite directement tes mains à toi. « Décris-moi ce qu'il se passe, Lionel, s'il te plaît. » Tu es inquiet, il l'entendra. Sûrement trop inquiet compte tenu de votre relation officielle actuelle. Seulement, il y a eu l'autre réalité. Là où Marianne t'a aidé, beaucoup, mais où Lionel t'a été tout aussi indispensable, si ce n'est plus. Tout a commencé avec lui, là-bas. C'est également avec lui que tout s'est terminé. Tu n'oublies rien.

Tu espères sincèrement qu'il s'agit juste d'une violente poussée de fièvre, aggravée par la fatigue ou autre chose, et non d'un passage à un stade supérieur. Tu as vu ça parmi les malades, l'avancée de la maladie : en quelques heures, ils ont atteint un stade plus grave sans que vous ne puissiez rien y faire. Impuissance totale. Si c'est le cas pour Lionel, d'une, ça voudra dire que tes patients ne tarderont pas à suivre et que tu devras quitter la tour de Rivepierre plus tôt que prévu. De deux, ça signifiera peut-être que les flacons ne seront plus efficaces. Tu serres les dents en priant pour que ça ne soit pas le cas.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Lun 8 Jan - 5:31

Trop rapidement, Géralt est debout et à ses côtés, et Lionel a un mouvement instinctif de recul, comme un animal effrayé, pour fuir cette présence qui si vite s’impose près de lui. Même pas si près, en vérité, mais avec tant de vélocité ! Comme si, pendant un instant, Lionel avait sincèrement pensé que le chirurgien n’allait pas s’inquiéter de sa complainte. Comme s’il allait ne pas se soucier de ses voeux à Callia, les oublier le temps de cet entretien justement motivé par la profondeur de ses voeux à la déesse. L’homme s’agenouille et l’Outreventois se calme, se rapproche un peu. De toute façon, il n’a pas pu fuir bien loin, dans son canapé… « Les symptômes de la maladie empirent ? Euh », énonce-t-il avec une légendaire éloquence, sans savoir quoi ajouter, ses yeux sombres suivant le ballet des mains de Géralt. Une qui retire le verre entre ses propres doigts, l’autre qui vient réajuster le plaid tartan dans lequel il est drapé, sans même sembler réfléchir à son geste. Leur peau se frôle, à peine, et le contact presque fantômatique est suffisant pour ramener de nouveaux frissons. Pour ramener la nausée, quasi insupportable, au bord de réellement vomir. Là où il était rouge, Lionel est devenu pâle comme la mort. « Décris-moi ce qu'il se passe, Lionel, s'il te plaît. » Que peut-il lui dire ?
Il ne peut pas lui parler de ce qu’il a associé, dans son esprit. Il ne peut pas lui parler du bleu de ses yeux qui lui rappelle tant Liam, du souvenir de ses mains, et de cette chemise, trop grande, et du V de ses clavicules, dessinant des salières sur ses épaules. Il ne peut pas, car tout ceci est issu d’un délire, de la fièvre, de son esprit confus qui ne sait pas ce qu’il pense réellement. Ce qu’il continue de penser, par Asil ! Lionel enfouit son visage dans ses mains, les yeux fermés avec tant de force qu’il en a davantage mal au crâne. Fermés suffisamment fort pour qu’il ne voit plus rien, que le noir et des fleurs grises s’épanouir derrière ses paupières closes. Là, seulement, il se sent mieux, et il se sent capable de parler.

« Ce n’est rien, rien, je t’assure, juste… juste un peu chaud, et un peu de, de frissons. Il faudrait… ouvrir la trappe d’air. Juste, juste à droite du canapé, à côté de la fenêtre. » Un signe de tête vers une trappe de métal dont le loquet lui semble affreusement loin, pour ses jambes molles comme deux chiffons. Dès qu’elle sera ouverte, l’air frais de l’extérieur filtrera à travers son grillage, et si Lionel craint que l’odeur humide de Lorgol ne contribue à ses nausées, il sait qu’il a besoin d’air frais. D’autre chose que la chaleur de la pièce, qui n’a fait que s’accentuer depuis l’arrivée de Géralt, en une curieuse coïncidence. Mais bien sûr. L’architecture outreventoise n’est pas celle qui fournit les plus hautes et grandes fenêtres, mais ils ont tout de même quelques moyens afin d’aérer leurs habitations. « Vraiment… juste la fièvre, rien de, rien de plus », continue de balbutier le Chevaucheur, qui laisse enfin retomber ses mains. Il ne rouvre pas ses yeux, cela dit, et sa tête s’appuie contre le dossier du canapé quasi avec défaite. Sa posture digne et droite est de travers, désormais, tout enfoncé qu’il est dans les coussins et son plaid, et autant il aimerait être capable de garder un peu de façade, de carapace, devant Géralt, autant l’exercice se révèle scandaleusement difficile. Il aurait dû refuser de le voir. Couver sa maladie en privé, comme prévu. Tu aurais regretté, si tu avais refusé. Sans doute. Il a besoin de voir du monde, il suppose. « La fièvre, et le whisky. Je vais… je devrais me rafraîchir. » Il a bien trop chaud, il a bien trop sué. Il doit sentir le bouc. Je t’entends encore, moi. Pour autant, Lionel n’a pas envie de chasser Géralt. Pas envie de revenir ici et de se retrouver seul. Lui qui a toujours été un solitaire, appréciant réellement la compagnie de quelques personnes à peine pour ensuite mieux retrouver la quiétude de la solitude, est assoiffé. De contacts. De vivants.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Mer 10 Jan - 14:51

Durant un instant, Lionel est silencieux. Tu ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête. Il a l'air confus et cela t'agite. Ton  inquiétude grandit quand il enfouit son visage dans ses mains. Automatiquement, tu te demandes si le mal de crâne est devenu intolérable, ce qui irait dans le sens de l'aggravation des symptômes de la maladie. Tu en es à lister les remèdes forts que tu as qui pourraient apaiser exclusivement le mal de tête et à te demander si tu ne devrais pas aller chercher un domestique quand Lionel prend la parole, sa voix légèrement étouffée par ses bras.

« Ce n’est rien, rien, je t’assure, juste… juste un peu chaud, et un peu de, de frissons. Il faudrait… ouvrir la trappe d’air. Juste, juste à droite du canapé, à côté de la fenêtre. » Il t'indique la direction et tu tournes la tête pour, en effet, y trouver l'objet mentionné. « Vraiment… juste la fièvre, rien de, rien de plus » Le mouvement de ses bras qui s'abaissent accapare de nouveau ton attention. Pourtant, Lionel ne rouvre pas les yeux et va appuyer son dos contre le dossier. Cet état de faiblesse dans lequel il se trouve, il te donne envie de prendre soin de lui, d'avoir des attentions qu'il n'accueillerait qu'avec un regard méprisant, sans doute. Comme ta main, qui va pour apposer une brève pression sur son genou. Geste pour rassurer, geste pour montrer que tu es là, geste instinctif. Geste que tu arrêtes pourtant juste avant que tes doigts ne frôlent le tissu. Une seconde, deux, alors que tu fixes ta main, comme effrayé par toi-même, puis tu la retires. « Je m'en charge. » Un souffle alors que tu te relèves, ta main se serrant en un poing pour lui faire comprendre ses droits et ses limites.

La trappe ouverte, tu te rediriges vers Lionel. « La fièvre, et le whisky. Je vais… je devrais me rafraîchir » Tu fronces les sourcils, avant de constater qu'il n'a rien pour une toilette, ici. Alors, sans un mot, par réflexe, tu dévies ta trajectoire et va ouvrir doucement la porte. Tu fais signe au domestique de s'approcher. « Excusez-moi. Monsieur le comte souhaiterait se rafraîchir. » Tu t'écartes ensuite alors que l'homme pénètre dans la pièce, peu sûr de ce que tu dois faire à présent, n'ayant plus à te mêler de l'affaire. Ton inquiétude demeure, pourtant, et tu n'as pas le réflexe d'offrir ton départ de la tour pour l'instant.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 27 Jan - 2:31

Lionel est affreusement embarrassé. Incapable de cacher sa faiblesse, sa maladie, il se retrouve en mauvaise position auprès d’un homme qui ne devrait pas avoir à le voir ainsi. Géralt de Rives en a suffisamment vu à son sujet, en termes de faiblesse, et le spectacle de son inutilité patente n’a certainement rien de plaisant. Ou peut-être s’en gargarise-t-il, en son for intérieur, prêt à rapporter l’heureuse nouvelle de sa santé moribonde auprès de ses camarades pirates ? Peut-être même est-il en expédition, envoyé sous couvert fallacieux de capacités médicales afin de l’empoisonner et d’accélérer son trépas ? Tu me donnes mal au crâne. « Excusez-moi. Monsieur le comte souhaiterait se rafraîchir », résonne la voix de son invité, en direction de la porte qu’il vient d’ouvrir, et il se force à rouvrir les yeux. Sa vision est un tantinet floue, juste le temps qu’Owen entre et vienne se placer juste à côté de son fauteuil. Son expression digne affiche juste ce qu’il faut d’inquiétude, sans verser dans la pitié, et sa voix calme n’affiche aucun signe de commisération miséreuse à son égard : « Avez-vous besoin d’aide, sire ? Non. »

Évidemment.

Owen se place toutefois stratégiquement, offrant son bras sans avoir l’air, de façon à soutenir Lionel lorsque celui-ci lève une main jusqu’à lui, afin de bel et bien s’aider à sortir sa longue silhouette du canapé. Quitter le confort des coussins et leur chaleur étouffante est déjà bénéfique, même si debout, tout tourne encore davantage. Cette idée d’être si grand… Son intendant aussitôt, d’une seule main, replace sommairement les coussins du canapé, ainsi que le plaid aux teintes bleu pétrole, qui a glissé des épaules de son seigneur. « Voulez-vous que je tienne compagnie à sire de Rives, en attente de votre retour ? Non. » Vocabulaire monosyllabique, en lieu et place d’un quelconque discours soigneusement travaillé. Il se retourne vers le sire de Rives en question. Il le toise, de haut, dans un flottement d’incertitude quant à son avenir au coeur de cette tour. Ne sait que dire, vraiment, et se force à ne pas égarer son regard de son visage, afin de ne pas penser à… à tout le reste. La sentence tombe, en un seul mot :
« Reste. »
Il n’a pas oublié le s’il te plaît.
C’est réellement un ordre, qu’il adresse à Géralt, sans se soucier qu’il se pourrait bien que celui-ci ne le suive pas. Quoique partir sans annoncer son départ serait de la plus grande impolitesse et il ne pense pas que le pirate oserait ainsi procéder, faisant fi du savoir-vivre (quoique c’est un pirate)… surtout sans ses effets personnels.

L’intendant mène l’Outreventois jusqu’à la salle d’eau, à l’étage du dessous, puis lui apporte de quoi se changer, ainsi qu’un baquet d’eau fraîche. « Préféreriez-vous de l'eau chaude, sire ? » Cette fois, il ne se donne même pas la peine de parler, refusant l’offre d’un geste de la tête. Une fois seul, la porte refermée et verrouillée, Lionel retire sa chemise. Observe son reflet, pendant une minute, peut-être deux, dans l’eau calme du baquet. Puis, y trempe pratiquement toute sa tête dans le baquet d’eau fraîche, retenant son souffle pendant de longues secondes avant d’émerger. Cheveux et visages mouillés, la sueur lavée dans un seul geste. Il souffle, il crachote, et recommence, comme si c’était la seule façon de ravoir un peu la tête froide. Quelques secondes de plus, avant qu’il ressorte la tête de l’eau et s’affale sur le banc de bois. C’est maladroitement qu’il s’essuie le visage et les cheveux, sans se soucier de l’eau qui continue de dégringoler en rigoles jusqu’à venir tremper son pantalon. L’immersion lui a éclairci l’esprit et l’air frais de la pièce chasse, au moins superficiellement, l’intensité de sa fièvre et de ses nausées. Il n’aurait pas dû boire. Il n’aurait pas dû faire autant chauffer la cheminée. Il n’aurait pas dû tant se tenir au chaud. Il n’aurait pas dû accepter de voir Géralt. La pensée, brève, infime, du chirurgien, rallume une certaine chaleur sur ses joues et son front, et Lionel se retient à peine de plonger à nouveau sa tête dans l’eau. Son poing cogne contre le banc, de fureur ridicule. Damné Belliférien ! Pirate maudit ! La fièvre me rend fou. Harald ne répond rien, qu’un sentiment étrange qu’il ne sait pas analyser, à quelque part entre le scepticisme et… et il ne sait quoi. La fièvre le rend fou, et l’épuise.

Ses ablutions prennent de longues minutes, mais suffisent à lui redonner figure un tant soit peu saine, toutes circonstances gardées. « Désirez-vous poursuivre votre entretien avec sire de Rives ? Oui. » Ce serait facile. De prétendre être malade et de laisser le Fièrelande l’escorter à l’extérieur, et oublier cet entretien dans la fièvre. Prétendre ne se souvenir de rien. Être dans un long délire. Mais il n’est pas lâche. Alors il remonte, d’un pas prudent, à l’étage du salon où le pirate l’attend toujours. Owen l’y précède, ouvrant les trappes d’air supplémentaires cachées par les riches tapisseries. Il laisse ensuite les deux hommes seuls, à nouveau. Lionel sagement s’installe sur la chaise de son bureau, trouvant dans l’austérité du meuble un réconfort nouveau. Raide. Bien. Aucune chance de s’affaler. D’être moins droit. Parfait pour lui. « Pardonne-moi, je ne désirais pas te fausser compagnie. » C’est bien lui. S’excuser de sa maladie. Sur le bureau, une carafe d’eau bien judicieusement posée là par les bons soins de son intendant, dont Lionel se sert une coupe. Idées claires. Nettes. « Puis-je te poser une question, Géralt ? » C’est rhétorique : il la posera tout de même. Il n’y a pas d’animosité, sur son visage fatigué. Qu’une honnête sincérité : « Pourquoi n’officies-tu pas comme chirurgien… ailleurs ? » Hors de question de mentionner le lieu d’activité de l’homme, au cas où quelqu’un puisse l’entendre. Ailleurs, c’est suffisamment vague. Ailleurs, ça peut être Lorgol, ou Port-Liberté, ou n’importe où. Ailleurs, c’est un endroit moins litigieux, à ses yeux. Moins scabreux. Plus acceptable. Comme si cela pouvait changer quoi que ce soit. Comme si ça avait une quelconque importance.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Ven 16 Fév - 19:33

Tu observes le manège qui se trame entre les deux hommes. Lionel qui refuse, l'homme qui se place tout de même à ses côtés, l'air de rien, Lionel qui s'appuie finalement sur lui car la fièvre est trop importante sur l'instant. Une conversation silencieuse qui se déroule entre eux et qui te déroute. Le domestique n'a même pas l'air inquiet ; il reste tout aussi stoïque que lorsque tu l'as rencontré.
Tu es intrigué, certes, mais tu analyses, tu essaies de comprendre. Il faut dire que tu n'as pas tant eu l'opportunité d'être confronté à la culture outreventoise si ce n'est auprès d'Ilse, qui s'est largement imprégnée de la culture du Pavillon Noir.
Alors, au sein de cette maisonnée outreventoise, tu apprends et tu réalises certaines choses sur Lionel, sur son fonctionnement. Tu appliques, même. Tu restes là où tu es durant leur échange, tu remballes ton air inquiet, tu ne dis rien. Tu patientes simplement en attendant de voir ce que le Destin te réserve en ce jour, en ces lieux inconnus, en ces présences. Tu détournes les yeux quand Lionel se redresse, ce tableau, là, dans le coin, devenu soudainement très intéressant.

« Voulez-vous que je tienne compagnie à sire de Rives, en attente de votre retour ? Non. »

Instinctivement, tes yeux retournent sur le duo et tu réalises que tu aurais déjà dû offrir de partir. Une légère inquiétude t'envahit. Tu cherches comment formuler tout cela alors que ton regard accroche celui de Lionel. Ce qui entraîne une certaine difficulté à former des pensées cohérentes, d'un coup. Tu notes cependant son menton légèrement relevé. En réaction, tu penches légèrement la tête sur le côté. Tu ne sais pas ce qu'il se dit en cet instant, mais tu n'es pas sûr d'en apprécier le déroulement. « Reste. » Le ton est trop ferme à ton goût. Tu hausses un sourcil sans pouvoir te retenir, mais tu plisses les lèvres pour t'empêcher de rétorquer que tu n'es pas l'un de ses domestiques qu'il peut ordonner à sa guise. Tu n'es pas vraiment en territoire ami. Puis, tu es venu pour une raison : tu ne repartiras pas sans avoir donné les décoctions. Tu te contentes donc de le fixer puis de le suivre des yeux alors qu'il quitte la pièce. Tu hésites à lâcher au dernier moment un A vos ordres, mon capitaine !, mais ton instinct de préservation reprend le dessus.

Une fois seul, tu fais quelques pas dans la pièce en observant ce qui t'entoure. Tu t'attardes un peu plus sur le tableau précédent alors que tu grignotes un peu de charcuterie. Tu laisses échapper un grognement de plaisir quand les saveurs éclatent dans ta bouche. Tu te sers à nouveau ; cette viande est vraiment délicieuse. Tu arroses le tout d'une longue gorgée d'alcool, avant de remplir à nouveau ton verre pour continuer ton tour.

La scène précédente te revient en mémoire et tu ne peux t'empêcher de te demander : pourquoi ces grands airs, pourquoi cet ordre ? Si Lionel souhaite que tu restes, pourquoi le présenter ainsi ? C'est contradictoire et presque futile. Pourquoi ne pas être plus direct ? Tu le comprends en partie, mais quel besoin de tout ce froufrou autour, honnêtement ? Puis tu revois le domestique, son aide refusée, avant que Lionel ne s'appuie tout de même sur lui, l'air de rien. Comportement également contradictoire : un merci aurait fait l'affaire et le sujet était clos. Seulement, on parle de Lionel, ici. On parle de la dignité constante qui l'entoure, des convenances, de son duché, probablement même de sa fierté. Un mélange qui rend ses réactions fort intrigantes. Et qui te permet de peut-être mieux saisir ce manège qu'il t'a servi avant de s'éclipser de la pièce. Un sourire entendu traverse alors brièvement tes lèvres.
Pour quoi serait-il passé s'il t'avait directement demandé de rester, hein ? Grands dieux… Que Levor l'en préserve !

Tu passes devant l'âtre, puis bifurques derrière le canapé, où tes doigts vont glisser sur le plaid un court instant alors que tu bois une nouvelle gorgée. Tu fais ensuite face au bureau où trône un portrait de… Lionel ? Tu t'approches et te penches en avant en prenant bien soin de pas renverser ton verre. Tes yeux t'assurent qu'il s'agit de Lionel, mais ton esprit te souffle que quelque chose diffère. Ton regard descend sur les vêtements et tu sembles y reconnaître des vêtements vraiment très très officiels. Tu n'as pas l'impression d'y reconnaître le Lionel que tu connais – ce qui, certes, n'est pas d'une fiabilité à toute épreuve. Cependant, ta réflexion est déviée quand tu captes des mots sur un parchemin ouvert. Liam. Tu hausses les sourcils, mais détournes immédiatement le regard ; ce ne sont pas tes affaires.

Une nouvelle gorgée car il te faut au moins ça pour que l'anxiété ne reprenne pas le dessus – et que tu t'occupes l'esprit en… Oh. Tiens, tiens. Géralt. Tu te penches et inclines la tête pour suivre les lettres inscrites sur le parchemin. Tu y reconnais un début de lettre similaire à celui que tu as reçu. Sans hésitation, tu tends la main et récupères le brouillon froissé. Juste à côté de la corbeille de Lionel. Sans plus de cérémonie. Tu ne ressens aucun scrupule, à vrai dire : ton prénom est marqué noir sur blanc, tu estimes que tu es dans ton bon droit.

Dans ce brouillon, Lionel cite Braise et Levor. Il espère que tu te portes bien. Ton cœur se met à battre un plus vite, mais tu ne lui prêtes aucune attention. Tu te demandes un instant comment tu dois réagir et tu en arrives sûrement à la pire des conclusions possibles vu la situation : tu te dis que c'est une très bonne idée de répondre à cette trouvaille. Tu vas poser ton verre sur le guéridon, récupérer l'un de tes fusains, puis tu retournes au bureau. Tu commences à écrire quelques mots et tu oublies momentanément ce qui t'entoure. Tu laisses libre cours à ton amusement et à tes pensées. Sûrement un peu trop ? A vrai dire, tu n'as pas fait de repas depuis la fin de la matinée et tu es tellement fatigué que l'alcool pourrait bien déjà commencé à taper. Oublieux de tout ça, tu rajoutes quelques phrases. Tu sais ce que tu fais, même si tu n'en réalises pas forcément toute la portée. Tu agis, en quelque sorte. Tu suis les conseils de ta chère Marianne.

Je crois que je préfère cette version-là. Braise y est mentionné et tu t'y inquiètes de ma santé.
Tu sais que ton whisky tape fort ? Enfin, surtout quand on n'a pas vraiment eu l'occasion de manger depuis ce matin.
Quand tu liras ces mots, j'espère que :
1) J'aurai quitté ces lieux : j'aurais trop peur que tu me poursuives pour me demander des comptes – choses que je ne pourrai faire, crois-moi. Ce ne serait pas faute de tenter.
2) Que cette foutue maladie aura pris fin, qu'un antidote aura été trouvé (si l'on voit plus loin).
Cela dit, l'apparence relâchée que tu as arborée aujourd'hui m'a fait étrange. Un étrange positif, si l'on enlève l'aspect dramatique de la situation. Je sais que ce n'était pas de ton choix et je t'imagine déjà parler de déshonneur, tout ça, mais, crois-moi, cet aspect te sied à merveille. J'espère que tu le cultives dans ta vie privée. Auprès de chanceuses. D'une future chanceuse.
Bref, tu comprends ce que je veux dire.
Je m'égare, pardonne-moi ! Je n'ai pas le temps de peser mes mots, tu risques de revenir sous peu.
Au cas où on finisse par s'engueuler joyeusement avant mon départ, sait-on jamais, merci pour cette entrevue et pour les accompagnements. J'aurais préféré que tu sois en parfaite santé, mais ça reste toujours un plaisir, Lionel.

Tu plies le parchemin et tu le fixes un instant en te demandant si tu ne ferais pas mieux de remettre cette lettre à la place qui lui revient de droit : dans la corbeille, cette fois. Tes yeux parcourent un instant tes mots et tu estimes que c'est sûrement préférable. C'est ce que tu aimerais lui dire, mais en as-tu le droit ? Sûrement que non. Puis, si tu dois un jour être plus franc, plus honnête avec Lionel, à travers une lettre écrite à la vite alors que l'alcool bourdonne légèrement dans tes veines n'est clairement pas le plus approprié.
Tu hésites un instant de plus avant de lâcher le parchemin au-dessus de la poubelle.

Alors que des bruits de pas se font entendre dans le couloir, tu retournes calmement jusqu'au fauteuil qui t'a été assigné. Tu commences à ranger le fusain quand le domestique précédent ouvre la porte. Tu lèves les yeux vers lui, tes mains achevant de fermer ton sac tandis qu'il va ouvrir d'autres trappes, cachées, elles, par des tapisseries. Oh. L'air sera clairement le bienvenu. Ton regard se repose ensuite sur Lionel, qui va s'installer au fameux bureau, et ton cœur fait un léger raté devant l'apparence qu'il arbore. Tu notes cependant qu'il a meilleure mine et c'est un soulagement. Tu jettes inconsciemment un coup d'œil vers l'endroit où se trouve la corbeille, mais tu ne la vois qu'à moitié. Tu repousses ces pensées alors que Lionel s'excuse. « Il n'y a pas de mal, rassure-toi. » Tu saisis à nouveau ton verre, en bois une gorgée avant de croquer dans un bout de pain frais. Un délice, là aussi. Seulement, cette fois, tu retiens tout bruit et tu t'extasies dans les recoins de ton esprit.

« Puis-je te poser une question, Géralt ? » Tu hoches naturellement la tête, ton regard retournant sur ton hôte. « Pourquoi n’officies-tu pas comme chirurgien… ailleurs ? » Tu cesses tout mouvement ; tu ne t'attendais pas à ce que Lionel aborde ce genre de sujet. Tu avales ce que tu as en bouche et tu te redresses, le verre toujours en main.
« Je... » Tu hésites un instant à esquiver la réponse, vu le sujet sensible. Cependant, Lionel lui-même a demandé : si la réponse s'avère ne pas lui plaire, tu n'y seras pour rien. Et puis, tu préfères autant être honnête avec lui. Alors, tu prends le temps de réfléchir, tes yeux se détournant pour s'arrêter sur le feu.

« La version courte serait que c'est la première occasion qui s'est présentée à moi quand je suis arrivé à Lorgol. Mais j'ai dans l'idée que la réponse te paraîtra facile. » Un léger rire dérisoire t'échappe alors que tes yeux retombent sur ton verre. Des doigts, tu suis les motifs qui y sont imprimés. « Il y a un peu de ça, à vrai dire, mais pas que. » Ton regard va s'ancrer dans le sien alors que tu entames réellement ta réponse, des nœuds se formant légèrement dans ton ventre. « Pour comprendre pleinement mes motivations, il faut remonter loin. Au moment où ma mère s'est enfuie, quand j'étais enfant. Elle est partie seule. C'est Désirée qui nous a élevés, majoritairement. On a eu une belle-mère pendant un temps, mais elle n'a pas survécu au traitement de Géraud. » Tu passes machinalement tes doigts sur ton menton avant de reprendre : « Désirée a été répudiée à cause de ses yeux ; elle est revenue et a endossé le rôle de mère. Elle a tout fait pour nous. Sans jamais rien demandé en contre partie. Malgré tout, malgré les… » Tu fais un geste vague de la main parce que tu ne peux te résoudre à mentionner ce que Géraud lui a fait subir pendant tant d'années. « En retour, j'ai toujours essayé d'être là pour elle, pour Quitterie et Gédéon, puis pour Eponine. Je suis resté là-bas, même quand on a aidé Quitterie à fuir Aubenacre. J'ai été refusé à l'Académie et, pour être honnête, j'étais soulagé de pouvoir rester auprès d'eux. Parce qu'il n'y avait personne dans cette famille de dégénérés pour les protéger. Et je voulais être là dès que possible, même si ça n'a jamais été suffisant. » Tes yeux retournent sur le feu. « Je ne regrette aucun de mes choix, mais, si on fait les comptes, je n'ai jamais connu que ce foutu duché. Et ma famille a toujours été malsaine. »

Tu reportes ton attention sur Lionel alors que l'appréhension se fait plus grande en toi. Tu veux lui dire tout cela, mais tu n'en as jamais parlé qu'avec ta famille – et encore. Tu inspires. « Imagine qu'un jour, tu rentres du front, tu apprends que ta nièce est une mage et qu'elle risque la mort si quelqu'un l'apprend. Imagine que tu n'as pas d'autres choix que de la conduire en sécurité et que tu dois laisser ta sœur et ton frère face à ces monstres. Imagine que tu es considéré comme déserteur, forcément, et que tu ne peux pas faire marche-arrière. Alors tu restes à Lorgol, parce que tu n'as nulle part où aller. Tu restes auprès de ta nièce et de ta sœur, que tu n'as pas vue depuis près de dix ans. Et, pour la première fois de ta vie, tu goûtes à un peu de liberté et tu n'as pas peur qu'un de tes proches soit passé à tabac à chaque seconde qui passe. Puis tu rencontres ces gens, à la taverne où loge ta sœur, ces gens qui l'ont aidée quand elle était seule et désemparée, qui l'ont accueillie comme l'une des leurs. Tu leur en es tellement reconnaissant parce qu'ils ont pu faire ce que tu n'as jamais pu pour elle. Ces gens t'accueillent à bras ouverts et tu sais que ta nièce sera bien traitée ici, qu'elle est entre de bonnes mains, qu'elle ne risque pas de mourir. Et ton soulagement est immense. Et ton euphorie atteint des sommets. Tout est plus grand à Lorgol, plus ouvert, plus lumineux. Plus libre. Plus libre que tu ne l'as jamais été. Et pour la première fois de ta vie, tu goûtes à cette liberté. Sauf que dans un coin de ta tête, tu penses à ceux que tu as laissés derrière et qui continuent de subir la violence de ton père et de tes frères ; pire même. Alors tu veux trouver un moyen de les aider, de les sortir de là. Mais tu n'as rien, si ce n'est quelques fleurons en poche. Alors, tu veux gagner de l'argent au plus vite pour pouvoir sortir ta sœur et ton frère de la misère. Et on te parle d'un poste vacant sur une vivenef. Qui paie bien mieux que la moyenne, qui part bientôt en mer et qui t'offre en même temps une liberté presque infinie. Tu n'as jamais connu ça. Le seul luxe que tu t'es offert dans ta vie est celui de choisir qui inviter à partager ta couche. L'unique et c'est quand même risible. Alors oui, tu vois l'argent, tu vois les possibilités que cela t'ouvrirait. Tu vois l'aventure et la diversité et des gens généreux qui n'ont pas tous eu le luxe de naître où il fallait, mais qui se sont créés leur propre famille. Et tu leur envies ça. Profondément. Et tu te prends à croire que les choses peuvent changer et que, pour une fois dans ta vie, tu vas agir et réellement aider les gens que tu aimes, pas simplement regarder le Destin détruire leur vie. »

Ton regard, intense et hanté par moments, qui était resté braqué sur celui de Lionel, se détourne finalement. Tu sens ton corps se crisper davantage. « Au final, tu n'hésites pas, tu fonces et tu saisis la chance qui t'est offerte. Et tu ne le regrettes pas, parce que tu as l'impression de vivre pour la première fois de ta vie, à 26 ans. Et tu te dis que c'est un comble, mais que c'est ta réalité, celle des membres de ta famille restés derrière. Et tu veux être un peu égoïste, pour une fois. Tu sais ce pour quoi tu t'engages. Pleinement. Tu sais que tu rejoins un camp largement… controversé, mais tu as envie d'envoyer le monde se faire foutre, pour une fois, parce que tu penses à eux et tu ne souhaites qu'une chose : les savoir en vie, en sécurité et aimés. Alors tu fais ce qu'il faut et, si tu peux vivre un peu au passage, tu accueilles le tout à bras ouverts. »

Tu le réalises seulement, mais tes mains tremblent un peu. Tu te sens fébrile et la colère s'est invitée à la conversation sans que tu ne le réalises. Une colère sourde, discrète, qui vit en toi depuis bien trop longtemps. Et c'est la première fois que tu l'étales comme ça, devant quelqu'un, dans son intégralité. Tu as du mal à y croire ; tu ne sais même pas si tu ne devrais pas t'excuser de t'être laissé emporter devant Lionel. Tu es bouleversé et tout ce que tu trouves à faire, c'est de fixer Lionel, comme pour le mettre au défi de réfuter ta propre réalité. Celle qui a fait de toi l'homme que tu es aujourd'hui, celui qu'il a en face de lui.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Ven 2 Mar - 3:17

Inutile de nier que la question déstabilise le pirate. C’est bien le but. Lionel veut savoir pourquoi, veut comprendre pourquoi un homme à prime abord capable de tant de vertu corrompt son bon caractère et ses capacités dans une profession si peu honorable. La chirurgie est moins appréciée en Faërie que tout acte magique, mais alors qu’une mystérieuse épidémie fait rage et met à mal tous les enfants d’Aura, ses services pourraient être grandement appréciés. Au front, par exemple, où un chirurgien capable d’oeuvrer sans un quelconque apport des arcanes serait des plus adéquats. Tant d’options qui se posent, dans l’esprit logique et privilégié de Lionel, qui a pourtant eu un bref aperçu de la vie passée de Géralt et qui sait que sa vie, à lui, n’a rien de la sienne. Le Chevaucheur ne presse pas de réponse, même s’il est curieux de connaître le chemin des réflexions silencieuses de Géralt. Il profite que celui-ci détourne le regard pour l’observer. Les cheveux propres, légèrement ondulés par la pluie, les traits réguliers, presque élégants dans leur finesse inattendue. Il est satisfait de constater qu’il a consommé un peu des vivres mis à sa disposition. Il espère que tout est à son goût. Que même affaibli, il est un bon hôte, qui ne fait pas fuir ses invités.

« La version courte serait que c'est la première occasion qui s'est présentée à moi quand je suis arrivé à Lorgol. Mais j'ai dans l'idée que la réponse te paraîtra facile. » Il a lui-même un soupir amusé. Presque coupable. Facile. Il lui a dit cela, en juin. Un mensonge facile. Fait-il référence à ses propres mots ? Il craint de le demander. Leurs yeux se retrouvent, toujours bleu contre noir. « Il y a un peu de ça, à vrai dire, mais pas que. »

Lionel ne s’attend pas à ce qui arrive.
Il pressent une histoire, mais il ne pressent pas l’ampleur de celle-ci. Sa profondeur, son émotivité, son drame. Il ne pressent pas tout ce que Géralt lui raconte, depuis le moment où sa mère s’est enfuie. Les abus répétés, évoqués à demi-mot, sur une soeur tant aimée. L’entrée refusée à l’Académie, que d’autres auraient pris comme une insulte, et le Belliférien, plutôt, comme un soulagement. Un fait qui touche l’Outreventois, peut-être un peu trop, et adouci encore davantage le regard qu’il pose sur l’homme devant lui. Un homme qu’il découvre d’une bonté inédite, motivé par un coeur loyal et véritable, empli d’une abnégation qu’il est incapable de ne pas admirer, pour lui-même épouser ce principe si important chez les gens de l’Honneur. Son récit se fait aussi captivant et articulé que celui du meilleur des conteurs, véritable épopée où il espère contre toutes attentes un dénouement heureux pour ce personnage, pour ce Géralt qu’il découvre comme nul autre. Il ne se doute pas, le fier Rivepierre, qu’il est bien le seul à en apprendre autant sur l’histoire du pirate, sur les tourments endurés au sein de sa famille, sur ce qui a motivé ses décisions. Il ne se doute pas qu’il est privilégié, une nouvelle fois, de recueillir cette confession fleuve, ce récit où les monstres prennent des visages qui auraient dû être ceux de l’amour, et où les sauveurs se vêtissent des habits des criminels. Lionel écoute, fasciné, absorbé, pendu aux lèvres de l’homme, en l’attente de la suite de ce récit dont l’impossible trace la réalité. Il cille, une fois, alors que Géralt mentionne cette liberté de choisir qui partage sa couche, mais il choisit de ne pas s’attarder à ces paroles sibyllines qui peuvent signifier bien trop de choses.

Il voit, enfin, et il comprend un peu plus, toujours plus, cet homme auquel il doit la vie. Cet homme se fond dans celui de la trame alternée, là où leur coeur se fait unique.

Il lui a demandé de lui laisser du temps. Du temps pour assimiler la nature de sa profession, du temps pour comprendre, également. Du temps, car tout ne peut pas être changé si aisément. Même si pour un Outreventois, Lionel est probablement considéré comme progressiste (quelque chose qui ferait bien rire ses détracteurs les plus mesquins), il n’en reste pas moins buté dans un traditionalisme hérité de toute une vie d’apprentissage. Un traditionalisme qui le fait cracher sur le moindre soupçon de piraterie et honnir tout penchant, même léger, vers un quelconque crime.

Puis, il y a eu Iseabail, au Tournoi des Trois Opales.
Il y a eu la trame alternée, qui le laisse encore songeur, bien souvent.
Il y a eu Rackham et son aveu, sur le chemin vers Aubenacre de Riven.
Il y a, encore et toujours, Géralt.

Une constante étrange et inconfortable, qui pourtant apporte une nouvelle lumière sur ces êtres qu’il exècre avec tant d’application. Il ne pourra jamais les accepter, jamais cautionner leurs oeuvres et leurs malheurs, et il souhaitera toujours la fin de la piraterie. Lionel ne peut se ranger à autre chose, pour l’ensemble de cette nation sauvage et indomptable qui met à mal tant des siens. Il peut pourtant comprendre ce pirate. Il peut le comprendre, car comme il le dira à une femme, dans quelques mois, il a le coeur tendre.

Le Belliférien tremble, à la fin de son récit, à la fin d’un aveu plus grand que lui-même. D'où il est, Lionel le voit parfaitement, et dans un geste hautement énergique pour l'homme malade qu'il est, il se lève pour rejoindre le pirate à son siège. Juste à côté de lui, tout près. Il tend la main et attrape celle de Géralt, la serrant avec autant de force qu’il en est capable. Comme il le ferait avec Liam, afin de le rassurer, de le ramener sur terre - comme son meilleur ami le ferait avec lui, afin de calmer la tempête qui bien trop vite se lève dans ses veines. Il ne le lâche pas, que les tremblements cessent ou non, que la situation soit incongrue ou non. il y a un seul mot, en accueil de tous ceux qui lui ont été déversé, comme la marée vient ravager les côtes : « Merci. » Un mot dérisoire. Si simple. Si honnête, dans cette voix rauque. Merci pour ces confidences. Merci pour ta confiance. Merci pour tout ce que tu viens de dire. Merci pour ces explications. Merci, tout simplement. Le Chevaucheur poursuit son intervention, afin de ne pas laisser l’homme sur un seul mot qui lui semblera hautement ridicule, maigre conclusion face au torrent de sa vie : « Tu n’as pas vécu des choses faciles et tes choix reflètent ces difficultés. N’en regrette aucun, n’en aies pas honte. Si je ne peux pas les comprendre, je ne peux pas non plus tout à fait les condamner. Je puis seulement espérer que les tiens soient en sécurité et que tu aies un peu de cette liberté qui t’a été si longtemps refusée. » Dans un autre monde, il a été pirate. Il a fait ces mêmes choix. Il a refusé ce qui est sien, aujourd’hui, afin de rejoindre les flots et les vents, afin de vivre autrement. Peut-il tout à fait condamner, désormais, ce qui l’horripile tant ? La main de Géralt brûle dans la sienne et il se prend à se concentrer sur ce toucher. La peau sèche, un peu abîmée, de la paume. Les cals des doigts, les lignes creuses. Une cicatrice, dont il perçoit le début, ou la fin, il ne sait pas. Multitude de détails inédits, insignifiants, qui embrouille son esprit parcouru de brumes, et qui font revenir les frissons sur sa nuque et ses bras, qui font à nouveau rougir ses joues, sans qu’il sache pourquoi. Le vent pourtant souffle et rafraîchit la pièce, par les différentes ouvertures cachées, et il va mieux. « Tu aurais quand même pu dire que c’était la première occasion qui s’est présentée à toi à Lorgol. » Et c’est qu’en plus, il se permet de l’humour, avec ce petit sourire en coin.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 3 Mar - 5:13

Le Chevaucheur agit d'une manière que tu n'aurais jamais envisagée : il quitte son siège, la sécurité de l'autre côté de la pièce, et te rejoint en quelques pas. Tu le fixes alors qu'il s'approche et tu es incapable de lire quoi que ce soit sur son visage. Tu n'es pas en état ; tu es complètement chamboulé. C'est également une situation inédite. Tu n'as jamais connu Lionel qu'à travers cette réserve qui lui est si caractéristique ou en colère. Tu ne nies pas le lien étrange qui vous lie, teinté de trop de choses pour que tu les analyses. Cependant, jamais tu n'as lu tant d'ouverture sur les traits de son visage, alors qu'il s'installe près de toi, qu'il attrape ta main et la serre avec force. Pour te montrer qu'il est là, qu'il te soutient. Toi, tu serres instinctivement la sienne en retour ; tu te raccroches à ce qu'il t'offre avec soulagement, pour expulser un peu de la détresse qui t'habite. Tes yeux passent de vos mains jointes à son visage, alors que tu trembles sous l'émotion incontrôlable de ta révélation. Tu déglutis. Tu détournes le regard, complètement perdu, mais pourtant si reconnaissant de son geste, de sa présence à tes côtés.

« Merci. » Un simple mot, soufflé avec une sincérité qui fait grandir la boule dans ta gorge, qui accentue ton tremblement et tu fermes les yeux. Tu hoches simplement la tête, incapable de plus de cohérence. Tu ne t'attendais pas à cette réaction. Peut-être à un soupçon de mépris dissimulé dans un plissement de lèvres, pour ne pas se montrer irrespectueux envers son invité. Mais non, rien de cela. Non pas pour la première fois, Lionel te surprend et démonte, sans même le savoir, les idées préconçues que tu peux entretenir à son encontre. L'homme ne s'arrête d'ailleurs pas là. Il t'offre bien plus que ça. Malgré ses dires, il t'offre sa compréhension, même partielle. Suffisante pour ne plus te jeter la pierre. Suffisante pour que tu pressentes un début de quelque chose, même si tu ne sais pas quoi. Suffisante pour qu'il te souhaite les deux seules choses que tu as toujours souhaitées, jusque-là : la sécurité des gens que tu aimes et la liberté. Largement suffisante pour que le poids sur tes épaules s'allège.
N’en regrette aucun, n’en aies pas honte. Ces mots, prononcés devant les dieux, sonnent comme une sentence ; ils recèlent une solennité intimidante. Ils ancrent ton histoire, tes erreurs, tes choix, tes réussites, tes regrets dans la réalité. Ils rassemblent tes propres mots, répandus dans les airs, imposés à Lionel, et les sécurisent dans un endroit à l'abri, où ils sont entendus, reconnus et gravés. Ils sont ce moment clef que personne ne parvient à pointer du doigt. Ils sont les racines d'un confiance sincère naissant chez toi, qui ne demandera qu'à être honorée et grandie avec le temps.

« Tu aurais quand même pu dire que c’était la première occasion qui s’est présentée à toi à Lorgol. » Tes yeux retournent immédiatement aux siens et tu réalises qu'il sourit. Qu'il plaisante. Et il n'en faut pas plus pour qu'un rire fébrile, bref, ne t'échappe, évacuant une bonne partie de la tension qui régnait en toi. Tu détournes le visage, reviens sur ses traits immédiatement, un deuxième rire, plus léger, mais plus long, alors que ta main exerce une pression plus forte sur la sienne. Tu secoues la tête, perdu dans tous ces sentiments qui tourbillonnent en toi. Gratitude, amusement, soulagement, une certaine euphorie due à la tension te quittant peu à peu. Tu oublies tout le reste, momentanément, et tu profites juste de l'espèce de bien-être qui pointe le bout de son nez.

Tu n'es clairement pas apte à le réaliser pour l'instant, mais, plus tard, tu comprendras combien ce moment précis aura chamboulé ton existence par sa simplicité désarmante.

« Hé, j'ai eu droit à un sourire de ta part. Je dirais que ça valait la peine de te noyer sous mes mots rien que pour ça. » Tu as adopté le ton de la plaisanterie, mais ta voix est encore un peu fébrile, encore empreinte de cette émotion brute que tu n'offres que rarement. Ton sourire se fane et tes yeux, trop honnêtes, trouvent les siens. « Merci à toi, Lionel. » Nouvelle pression sur sa main, que tu ne peux te résoudre à lâcher, tant elle est synonyme de soutien en cet instant. Tu espères que par ce geste, par ces mots, par ce regard, il comprendra combien sa réaction et sa présence ont été vitales pour toi. Tu ne sais pas vraiment comment formuler ce qui te passe par la tête, ce que tu aimerais lui dire. Trop d'émotions en peu de temps. Trop peu doué pour les mots, parfois. Trop peu sûr de comment ils seraient accueillis. « Sincèrement. » Cela devra suffire pour le moment.

Ton regard descend sans ton accord sur ses lèvres et tu réalises soudain votre proximité, la tension, différente, qui accompagne votre échange. Du moins, de ton côté. Terrain dangereux. Ce n'est clairement pas le moment pour que ces pensées se manifestent. Alors, tu détournes les yeux et tu te racles discrètement la gorge. Tu exerces une dernière pression sur sa main, pour lui communiquer ce que tu ressens, et tu la lui rends délicatement, pour bien lui faire comprendre que tu ne le repousses pas réellement. La pensée, brève et gênante, que tu ne serais pas contre garder sa main plus longtemps te fait légèrement rougir. Tu masques cependant ton embarras de manière efficace : ta main libre a commencé à saisir l'un des flacons que tu es venu offrir. Celle que tu viens de libérer semble picoter de manière inhabituelle, comme parcourue d'une légère vibration maintenant que celle de Lionel, plus grande, ne la recouvre plus. Tu pourrais presque sentir des résidus de sa chaleur contre ta peau. Et cette pensée n'aide pas à décolorer tes joues.

Alors tu l'occupes, cette main.
Tu t'avances légèrement sur le fauteuil et elle va servir une tasse de thé. « A ton tour, maintenant. » Tu tournes la tête brièvement vers lui et lui offres un sourire encourageant. Tu reposes la théière et t'appliques à verser une dose de l'anti-gueule de bois dans le liquide. « Pour les nausées. » Tu refermes et reposes ce flacon avant de te saisir de l'autre. « Pour la fièvre. » Tu le mets de côté avant de lui tendre prudemment la tasse. Tu récupères ton verre et te recules pour reprendre ta place. « L'idéal est de les prendre sans rien, mais je ne suis pas sûr que ton estomac tienne le choc. » Une partie de tes patients, à la taverne, sont incapables de boire les décoctions seules. Tu bois une gorgée d'alcool avant d'ajouter : « Si ça aide un tant soit peu, n'hésite pas à m'écrire ; je pourrai toujours t'en fournir davantage. »

Tu réalises que tu ne trembles plus et tu bénis les dieux d'avoir placé Lionel sur ton chemin.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 10 Mar - 4:48

Il rit.

Il rit !

Il rit, et il rit bien. Un rire qui le touche, ce Chevaucheur épuisé et à fleur de peau, qui ne peut s’empêcher de partager ce rire inattendu, qui semble évacuer une part immense de la tension qui règne entre le pirate et lui. « Hé, j'ai eu droit à un sourire de ta part. Je dirais que ça valait la peine de te noyer sous mes mots rien que pour ça. » Crétin de pirate, souffle son esprit, sans qu’il ne dise rien. Pour la première fois, ces trois mots n’ont rien d’agressif, ni d’haineux. N’ont rien de tout ce qu’il sous-entend, habituellement, dans le mot pirate. Il ne les dit pas, ces trois mots, mais il les pense, et lorsque Géralt fait pression sur sa main, il se rappelle brusquement qu’en effet, leurs mains sont encore liées. Il avait oublié. « Merci à toi, Lionel. Sincèrement. » Un nouveau silence, un peu gêné, alors qu’il se demande s’il doit retirer sa main, maintenant. Le contact, intime, lui semble à cet instant encore plus intense, et toute sa paume, ses doigts, lui semblent démangent, fourmiller depuis son poignet jusqu’au bout de ses ongles. Le soulagement vient de Géralt, qui lui rend possession de sa main après une dernière délicate pression exercée sur celle-ci, afin de mieux s’atteler aux remèdes qu’il est venu lui administrer.
Ça aussi, il avait oublié. Pourquoi, depuis tout ce temps, cet homme est présent dans sa tour. Il a oublié, avec la fièvre, les étourdissements, les discussions, le whisky.
Heureusement, cette fois, il aura du thé.

Ses yeux sombres surveillent la tasse de thé, comme ils le feraient d’un ennemi prêt à attaquer. Ou semblant endormi, sans pourtant être moins dangereux. Un liquide pour la nausée, un autre pour la fièvre, et le tout lui est tendu avec prudence. Ce n’est pas du poison. Vraisemblablement pas. L’empoisonner au coeur même de sa tour serait bien trop risqué. Il a déclaré son nom. Facile à retrouver. Ce n’est pas ça. Lionel prend volontiers la tasse, après quelques secondes de réflexions paranoïaques bien rapidement repoussées, et en hume le fumet, avant d’y tremper les lèvres. Même diluées dans le thé, les décoctions médicinales ont un goût méchant qui fait grimacer le Chevaucheur, mais il s’astreint tout de même à boire le liquide. Il n’est pas le médecin, lui. Ni même un chirurgien, ou quoi que ce soit proche de cela.

Les hommes par la suite discutent, le temps que les potions fassent effet - que ce soit positivement ou négativement. De tout, de rien, si simplement. De tous les sujets qui ne fâchent pas, qui ne concernent pas Aubenacre, les pirates, les dragons. Lionel lui demande de lui parler de Gédéon et de Désirée, de ses années à apprendre la chirurgie, de Louison. Il lui parle de Rackham, de cette amitié qu’il a le privilège d’entretenir avec le capitaine d’Ansemer, et chaque sujet en apporte un nouveau. « Voudrais-tu me parler de Rivepierre. » Rivepierre ? Les terres vallonnées de son domaine lui viennent immédiatement en tête, image des plus apaisantes, et il est déjà prêt à répondre avec enthousiasme à la question de son interlocuteur, mais il se dérobe. Il se dérobe, que pour mieux demander, avec politesse (et une pointe de cet humour cynique qui est le sien) : « Est-ce afin de venir y voler d’autres chèvres ? » Le pirate éclate d’un rire bref et joyeux, et le Chevaucheur est fier de cette réaction. L’oeil brillant de satisfaction. Il ne s’attend pas à ce que l’homme lui réponde, d’un haussement des épaules, un air si faussement détaché au visage, avec pourtant toute la malice du monde dans les yeux et sur les lèvres : « Quelques-unes. L’hiver approche. À lui de rire, cette fois, et de répliquer du tac au tac : Tu prends des risques, Géralt, à mentionner ceci en ma présence. » Ils ne se rendent pas compte. Du moins, Lionel ne se rend pas compte. De ses yeux doux, de son sourire taquin, de cette façon qu’il a de pencher le haut de son corps vers Géralt, les bras détendus, le torse ouvert. Il ne se rend pas compte de l’amusement dans sa voix, celle-ci une note plus basse, charmeuse. Il ne se rend pas compte, et pourtant, tout est là.

Il se rend uniquement compte que depuis quelques minutes, il n’a plus trop chaud, que le monde ne tourne plus, qu’il ne perd pas la mémoire au fur et à mesure que les secondes s’écoulent. Un brin de surprise, dans son visage, alors qu’il baisse le nez sur sa tasse de thé vide : « Je me sens mieux. » Ces remèdes ne seront pas éternellement efficaces, mais il est suffisamment apaisé pour le moment, et il remercie Callia d’avoir mis un de ses fervents sur sa route.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 7 Avr - 23:35

Un sourire en coin apparaît sur tes lèvres lorsqu'il grimace, mais tu le caches en buvant une nouvelle gorgée d'alcool. Tu te rappelles que tu dois manger davantage sous peine de finir par perdre le contrôle. Au vu de la trêve qui semble s'être instaurée en Lionel et toi, tu n'es clairement pas prêt à prendre le risque de la mettre en danger. Alors tu te penches, tu attrapes un bout de fromage et tu croques dedans. Tes papilles sont conquises, à nouveau, et tu offres un sourire à Lionel alors qu'il boit une nouvelle gorgée.

Vous vous mettez ensuite à discuter. Si, au début, tu ressens une certaine gêne au vu de la situation presque irréelle, tu finis par te relaxer et par suivre le flot naturel des choses. Vous abordez, à ta grande surprise, une variété de sujets large. Tu réponds à ses questions sans trop de mal ; tu réussis à t'ouvrir – sans l'aspect dramatique précédent, ce que tu préfères largement – et tu parles de ta famille, Gédéon, Quitterie, Quintille. Tu parles du pourquoi et du comment de la chirurgie, du Vieux et de la caserne. En retour, tu le questionnes sur son amitié avec Rackham, qui t'intrigue au plus haut point ; tu lui demandes ce qui l'a motivé à devenir Chevaucheur, comment se sont passées ses années à l'Académie. Et il te répond sans trop de réserve et tu es heureux. Heureux que les choses se déroulent enfin ainsi. Et tu sais que, à moins d'un événement majeur et perturbateur, vous allez vous entendre. Tu le sens au vu de vos échanges actuels, malgré vos différences et vos désaccords. Et cela fait naître une sensation de chaleur dans ton ventre que tu savoures sans te poser de questions.

Après quelques hésitations intérieures, tu laisses la curiosité avoir le dessus : tu lui demandes s'il voudrait bien te parler de Rivepierre. Tu retiens presque ton souffle et tu penses durant un instant qu'il va te répondre, mais quelque chose change dans son regard, sur ses traits. A la place, il fait allusion aux rapines faites chez lui et tu es soufflé l'espace d'un instant. Avant de comprendre qu'il fait un trait d'humour et tu laisses échapper un rire, un peu nerveux, mais principalement amusé. Tu hausses les épaules d'un air nonchalant alors que tu débats brièvement de comment tu peux réagir à ça. Tu n'étais peut-être pas encore à bord de l'Audacia lors du dernier arrêt à Rivepierre, mais tu l'es à présent et tu sais qu'au prochain, tu seras à bord, prêt à recevoir les blessés, voire à terre si tu y es demandé exceptionnellement. Tu estimes pourtant bien vite que tu peux prendre ce risque. Après tout, Lionel t'a montré qu'il savait faire preuve de dérision. « Quelques-unes. L’hiver approche. » Tu es récompensé par un rire qui te réchauffe le cœur et te donne envie de sourire. « Tu prends des risques, Géralt, à mentionner ceci en ma présence. » Tu es tout prêt à lui rétorquer qu'il y a quelques rares risques qui valent la peine d'être pris. Quelques situations, quelques personnes qui le méritent et pour lesquelles tu le ferais sans hésiter. Tu es tout prêt à lui rétorquer « Ah oui ? Des risques ? Quel type de risques ? », mais tu t'en empêches au dernier moment. Parce que tu te connais. Tu sais comment tu l'aurais dit, encouragé inconsciemment par l'ouverture sur les traits de Lionel, sa pose détendue, sa présence proche et son sourire bien trop charmeur malgré lui. Tu sais, mais le Chevaucheur n'est pas quelqu'un que tu tentes de charmer. Consciemment. C'est Lionel. Dans quel monde pourrais-tu décemment le charmer ? L'envie est là, au creux de ton corps, mais tu sais reconnaître un risque impossible à prendre quand tu le vois. Et Lionel est ça, purement et simplement. Alors, à la place, tu ris doucement en secouant la tête et tu bois une gorgée pour t'empêcher de dire une connerie. Ou d'en faire une.
Lionel est définitivement bien trop attirant, à tous les niveaux, pour ton propre bien.

Lionel fait finalement remarquer qu'il se sent mieux ; tu autorises une vague de soulagement à déferler en toi. « Très bonne nouvelle. » Instinctivement, tu poses ton verre sur la table et te tournes à nouveau vers Lionel. Tu sais qu'il n'aime pas réellement les contacts physiques, mais tes instincts de chirurgien sont plus forts : tu places le revers de ta main sur son front, sans un mot, et tu constates qu'il n'est plus brûlant. Il reste chaud, de même que les patients de la Taverne après avoir pris les médicaments, mais il y a du mieux. Tu décales légèrement ta main pour achever de te rassurer. Un sourire sincère aux lèvres, tu la récupères. « Tu m'écriras si les stocks viennent à manquer. » Ce n'est ni ordre, ni une demande. Une simple suite logique du traitement. Tu espères surtout que les médicaments feront effet suffisamment longtemps pour qu'il ait besoin de commencer d'autres flacons. « Je reviendrai. » Un autre sourire, un peu assombri par la réalité qui revient peu à peu dans tes pensées, dans ce salon, mais là tout de même.

Avant de prendre congé, tu récupères ton journal, l'ouvres et arraches habilement une feuille vierge. Tu le refermes et prends appui dessus. Un fusain en main, tu écris les dosages et la fréquence des décoctions, avant de lui tendre. « Il est possible que ce soit moins efficace à certains moments ; tu pourras en reprendre davantage une heure après, mais pas plus que ce que je t'ai indiqué en-dessous. Ca peut aussi vouloir dire que la maladie passe à un stade supérieur et… et là, il faudra… » Tu fais un geste vague de la main tout en détournant ton visage, parce que cette perspective t'emplit d'avance de désespoir. « Trouver autre chose. De plus fort. » Si ça existe et tu en doutes. Bordel. Tu te frottes rapidement les yeux à l'aide de ton pouce et de ton index, avant de forcer un sourire sur tes lèvres en reportant ton attention sur lui. « Chaque chose en son temps. » Et tu entreprends de ranger ton carnet et ton fusain.

Quelques instants passent et il est définitivement temps que tu sois sur le départ. Tu t'es déjà suffisamment absenté de la Taverne. Alors tu te lèves, tu saisis ton sac, que tu passes par-dessus ta tête et tu te tournes vers l'Outreventois. « Je ne vais pas te déranger plus longtemps. Merci pour ton hospitalité et ta compagnie, Lionel, toutes les deux délicieuses. » Un sourire, sincère, un peu en coin et ta main qui se tend. Tu te fais la réflexion qu'il restera sûrement là, qu'un de ses domestiques te ramènera à la chambre, à tes vêtements, puis à la porte. Même s'il va mieux, ce serait plus raisonnable qu'il ne s'embête pas à te raccompagner. Tu te dis également qu'il a sûrement autre chose à faire, qu'il doit s'agir de la tâche des domestiques.
Dans tous les cas, le moment est venu de partir.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 28 Avr - 3:14

Bien sûr qu’il était sceptique, lorsque le chirurgien lui a proposé son remède anti-gueule de bois. Pourtant, là, il se retrouve bel et bien bluffé, surpris de l’efficacité de potions si… si simples. Comme quoi, les savants… ont définitivement quelques tours dans leurs manches. Aussi mage soit-il, et aussi de mauvaise foi peut-il être à l’occasion, il ne peut pas nier que les enfants du Savoir savent l’impressionner. « Très bonne nouvelle. » Géralt est trop proche, et lui aussi, pour réagir lorsque ce premier tend la main et l’appuie contre son front. Geste médical que Lionel se force à endurer, pour les quelques secondes qu’il dure, mais il ne se tend pas moins sous le contact inattendu. Que pour mieux redevenir détendu lorsque l’autre cesse de le toucher. « Tu m'écriras si les stocks viennent à manquer. Je reviendrai. Si tu insistes », répond-il laconiquement. Ça ne servira à rien de refuser, sous prétexte qu’il en a déjà beaucoup fait. Il n’aura qu’à ne pas lui écrire, s’il ne veut pas le voir. S’il juge qu’il a suffisamment honoré son serment à Callia, en s’attardant à son chevet d’ennemi. Il ne doit pas oublier que chaque moment en sa présence, chaque seconde, est un danger. L’un et l’autre pourrait être accusé de haute trahison. L’un et l’autre avec des conséquences terribles.

Le Chevaucheur remarque le carnet auquel Géralt arrache une feuille, sans plus de cérémonie. Il se rappelle l’avoir vu écrire dans un objet du même style, pendant leur temps dans la trame alternée, et il est étonné de voir que cette habitude en est apparemment une qui a transcendé le temps et l’espace. La chose l’amuse doucement et sans le savoir, sans y penser, l’information s’inscrit dans sa mémoire. C’est alors à peine s’il écoute l’homme, prenant machinalement la feuille de sa main lorsqu’il la lui tend. Des instructions. Ça lui plaît. Il aime les choses claires, ordonnées. « Chaque chose en son temps. » Oui. Chaque chose en son temps. La maladie, comme les soins.

Il se lève à nouveau, un air noble malgré ta tenue détendue, malgré l’entretien hors du commun qui s’achève tout juste. Son estomac se tord, à la pensée imminente que Géralt doit quitter, mais il n’en pipe pas mot. C’est sans doute uniquement la fin. Inutile de s’inquiéter et d’inquiéter son invité. Il le voit gros comme Obédience, qu’il s’obstinera à rester, sinon ! « Je ne vais pas te déranger plus longtemps. Merci pour ton hospitalité et ta compagnie, Lionel, toutes les deux délicieuses. Le commentaire est… douteux, mais il ne doit pas s’attendre à mieux d’un pirate. Sa main se tend en réponse, dans une poignée solide et chaleureuse. Comme s’ils étaient amis. Merci d’être venu, Géralt. Je ne t’attendais pas. »
C’est peu dire.
Lionel le raccompagne jusqu’à la porte de la pièce, mais ne l’ouvre pas immédiatement. « Owen te reconduira jusqu’à la sortie. Pardonne-moi de ne pas te raccompagner. Sa main se pose sur son épaule, dans une dernière salutation. Un dernier contact physique. Écris-moi, s’il y a quelque chose. » Il ouvre ensuite la porte sur la silhouette de son intendant, qui s’incline devant eux. « Owen, je vous laisse prendre soin de monsieur de Rives, il doit nous quitter. Bien, sire. Suivez-moi. » Pas plus de questions, pas plus de commentaires. L’homme lui rendra ses vêtements secs, encore tièdes du feu devant lequel ils ont été étendus, portant le parfum du bois brûlé. Il le raccompagnera jusqu’à la porte, ensuite, sans jamais verbaliser les quelconques questionnements qui peuvent bien être nés dans son esprit.

Et Lionel, lui, fera comme si toute cette rencontre ne l’avait pas troublée.

Incapable, malgré tout, de ne pas penser à Géralt de Rives.

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Message Sujet: Re: Walk slow and low on this tightrope [Lionel]   Sam 28 Avr - 23:34

Votre poignée de main n'a rien de rigide, au contraire. Tu en es surpris et satisfait à la fois. Tu te contentes de faire pression sur sa poigne et vos mains précédemment jointes te reviennent en mémoire. Une rougeur apparaît sur tes joues et passe heureusement inaperçue.
Tu hoches la tête à ses mots. A vrai dire, tu ne t'attendais pas non plus. A être là, dans le salon de Lionel. A ce que tu prennes cette décision délicate. A ce que tu fasses ces efforts pour un homme supposé être ton ennemi. Oh, il l'est, tu en as conscience, mais tout autant qu'il ne l'est pas. Tu ne peux t'empêcher de ne voir que Lionel, cet homme qui est entré dans ta vie d'une manière stupéfiante et y resté depuis, contre toute attente.

Tu le suis ensuite, t'attendant presque à ce que votre conversation s'arrête là et que tu quittes immédatement la chaleur du salon pour l'air plus frais des couloirs en silence. Vous avez chacun échangé vos remerciements, après tout. Pourtant, Lionel marque un arrêt avant d'ouvrir la porte. Tu relèves la tête et porte un regard curieux sur lui. Il te prie de l'excuser de ne pas te raccompagner. Tu es tout prêt à balayer ses excuses d'un C'est normal, tranquillise-toi et d'un geste de la main pour bien signifier que tu en fais peu cas. Seulement, le Chevaucheur choisit ce moment-là pour poser sa main sur ton épaule – et ses longs doigts descendent légèrement sur ta clavicule, son pouce frôle ta peau nue, et tu… Tu clignes des yeux devant la chaleur qui s'installe sous ta peau. Là où vos corps sont en contact. Tu en oublies ce que voulais dire ou faire.

Tu te rattrapes à ses mots suivants, ton regard ancré dans le sien – Lionel te noie autant qu'il te tient hors de l'eau, c'est bien trop pour ton esprit surchauffé. Tu lui assures que tu n'hésiteras pas dans un souffle que tu espères naturel (ô stupéfaction : il ne l'est pas du tout). Et tu t'assures que ta main reste fermement accrochée à la bandoulière de ton sac pour l'empêcher de réaliser cette idée saugrenue qu'elle doit aller se poser sur celle de Lionel pour y exercer une pression. Oui, oui.

Heureusement, Lionel récupère bien vite sa main ; tu déglutis. La porte s'ouvre sur Owen qui ne t'adresse pas un regard et se contente d'acquiescer aux mots de son employeur. Le moment du départ est là et tu sens un nœud se former dans ton ventre. Parce que, si les Destin, Callia, Trelor, Sithis et tous les autres dieux décident que vous ne pourrez pas arrêter l'épidémie ou la contrôler, c'est peut-être la dernière fois que tu vois Lionel. Et la pensée est étrangement douloureuse. Tu l'enfermes aussi vite qu'elle est arrivée dans une cage au fond de tes pensées et tu te mets en marche.

En passant devant lui, tu lui dis tout bas de prendre soin de lui dans un dernier regard échangé alors que tes doigts vont tirer aussi délicatement que brièvement sur le tissu de sa chemise, à portée de ta main, pour appuyer tes dires. Il a intérêt à prendre soin de lui, même si personne encore ne sait ce que le Destin vous réserve. Puis tu rattrapes le majordome qui s'est mis en marche. Tu te laisses guider jusqu'à la chambre que tu as occupée précédemment. Tu troques les vêtements trop grands de Lionel contre les tiens, à présent secs et réchauffés par l'âtre devant lequel ils ont séché. Tu déposes ceux utilisés sur le siège, délicatement, et quittes la pièce rapidement. Le domestique te mène à la porte, qu'il ouvre, et, avant de rejoindre la jour déclinant, tu souhaites une bonne soirée à l'homme.

Ce n'est qu'une fois que tu as mis une bonne distance entre la tour et toi que tu autorises tes pensées à déferler sur toi, dans une confusion qui te fait froncer les sourcils. Tu as encore du mal intégrer ce qui vient de se passer, mais une chose est sûre : les choses ont changé ce soir. Tu sens la différence dans l'air, même si tu es assurément le seul à t'en rendre compte.

Un léger sourire apparaît sur tes lèvres alors que tu te diriges vers la Ville Basse pour y acheter les services d'un gondolier.

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