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 Ne jamais dire : Fontaine...

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La Cour des Miracles
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Message Sujet: Ne jamais dire : Fontaine...   Jeu 4 Jan - 16:08


Livre III, Chapitre 1 • D'Accord et de Chaos
Agathe de Vigdir & Lancelot l'Adroit

Ne jamais dire : Fontaine...

Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai




• Date : 19 octobre 1002
• Météo (optionnel) : Frais et ensoleillé
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Après avoir reçu une lettre particulièrement indécente de Lancelot l'Adroit, Agathe suit les bons conseils de Mélusine afin d'affronter le Cielsombrois. Si elle manque de courage pour franchir la porte de sa boutique et compte s'enfuir, Lancelot, lui, la voit et désire lui parler.
• Recensement :
Code:
• [b]19 octobre 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3199-ne-jamais-dire-fontaine#118136]Ne jamais dire : Fontaine...[/url] - [i]Agathe de Vigdir & Lancelot l'Adroit[/i]
Après avoir reçu une lettre particulièrement indécente de Lancelot l'Adroit, Agathe suit les bons conseils de Mélusine afin d'affronter le Cielsombrois. Si elle manque de courage pour franchir la porte de sa boutique et compte s'enfuir, Lancelot, lui, la voit et désire lui parler.


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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Jeu 4 Jan - 16:21

En recevant la lettre pour le moins passionnée de Lancelot l’Adroit, Agathe n’avait pas su comment réagir. Sous la puissance de son verbe, elle était à nouveau dans cet atelier, aux Merveilles Adroites, sa main sur la sienne, à ressentir l’épaisseur du grain de sa peau. Si près, l’un de l’autre, qu’elle respirait son odeur si particulièrement d’homme-fleur. Agathe avait eu chaud, si chaud, et les papillons dans le creux de son ventre lui avait fait lâcher la lettre. Le papier fin tourbillonnait jusqu’au sol, et la toute blonde, impuissante, suivant cette chute interminable du regard. Elle n’était pas prête pour une émotion si violente. Car soudainement, l’image de Mélodie lui revenait et la peine lui semblait encore plus vive, alors qu’elle la croyait oubliée depuis longtemps.

Oh! Elle comptait bien le charmer, tôt ou tard, et elle en avait même glissé un mot à sa tutrice, une fois, sans toutefois avoir le courage de nommer ce mystérieux élu. Mais maintenant qu’il semblait enfin se rendre compte de son existence, Agathe avait cette impression vague qu’il n‘était peut-être pas sincère ni galant, et que ses mots enfiévrés qui la faisaient rougir avec autant de délice ne lui étaient pas exclusivement destinés. Une fois de plus, elle ne serait ni première, ni unique, ni importante. Éternelle deuxième dans le coeur de tous ses semblables.

Alors elle s’était cloîtrée dans sa chambre, lovée contre Enguerrand la complice peluche, et avait lu et relu la lettre. Il avait fallu l’arrivée de Mélusine pour la faire se confier. La tête sur ses genoux à se faire brosser son interminable chevelure dorée, Agathe avait enfin avoué qui était le mystérieux Cielsombrois. Elle lui avait bien avoué, à Mélusine, qu’elle ne lui avait accordé qu’un mépris froid et une indifférence calculée, et qu’elle comprenait qu’il lui préfère Mélodie. La passionnée Mélusine de Sylvamir lui avait offert un conseil à l’instar d’une fée-marraine : Si elle désirait réellement lui parler, alors il fallait aller chez-lui, s’imposer, défoncer la porte à l’aide d’un bélier s’il le fallait! L’adolescente avait étreint sa tutrice sous un sourire timide, parfaitement consciente qu’elle n’était ni brave ni courageuse, et qu’elle n’oserait sans doute jamais s’imposer de la sorte.

Les errances non loin de la boutique de Lancelot avait repris. Depuis août, Agathe avait soigneusement évité cette rue, mettant fin jusqu’à ses visites régulières à la pâtisserie si fabuleuse qu’elle avait dénichée, de crainte de le croiser. De crainte de revivre sa rencontre épouvantable avec Mélodie, aussi. Mais elle était là, depuis quelques jours, à observer de loin, la lettre soigneusement pliée dans l’un des pans de sa robe comme une preuve pouvant l’incriminer à tout moment.

Le Destin moqueur, c’était lorsqu’une jouvencelle qui se voulait discrète passait devant une certaine boutique, et que le commerçant malmenant son coeur ouvrait la porte à un client précisément sur son passage.

- Oh!

Biche effarouchée. Agathe allait fuir. Elle ressentait cette peur irrationnelle, cette appréhension d’une confrontation à venir. Un pas, puis un autre, le souffle soudainement emballé et le coeur en tempête. Elle allait fuir, mais Lancelot l’appela par son nom.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Ven 5 Jan - 7:27

Les jours avaient passé et les dernières traces de la maladie commençaient à s'effacer doucement.  Je n'étais plus aussi faible, mais il arrivait parfois que mes tremblassent encore et il m'était difficile de travailler aussi rapidement qu'à l'habitude.  J'avais néanmoins réouvert la boutique quelques jours auparavant, alors que je ramenais Ygraine à la maison après le décès de maman.  Je l'avais prise comme vendeuse dans la boutique et la vie reprenait un train plutôt régulier, malgré la peine qui entachait nos cœurs.  Mon entrain face au travail n'avait plus la même vivacité qu'autrefois et cela se ressentait dans les automates que je fabriquais.  Ils n'avaient pas la magie habituelle, cette féérie qui m'enchantait, qui rendait mon travail amusant, passionnant.  Dans le reflet du métal, je ne cessais de voir son visage.  C'était une sensation étrange, curieuse que je ne m'expliquais pas.  Elle me rendait monotone avec les gens venus faire l'acquisition de l'une de mes créations, je ne défendais plus avec autant de véhémence à certaines personnes indignes d'entrer en leur possession.  Peut-être était-ce un peu la faute de ma sœur qui ne comprenait pas vraiment pourquoi j'accordais autant de valeur à la personne qui repartirait avec l'un des petits orphelins de mes tablettes.

La journée était fraîche, l'automne avait habillé de ses atours la ville.  Les clients étaient un peu plus nombreux ce jour-là et me tenaient occupés dans la boutique, m'évitant de me pencher sans succès sur la pile de travail qui m'attendait dans l'atelier.  Je raccompagnais à la porte une femme qui avait déjà par le passé acheté plusieurs de mes automates, quand je la vis.  Elle était là, dans ma rue, mais elle fuyait sans que je ne comprenne pourquoi.  Ce fut plus fort que moi, saluant distraitement l'autre femme, je criai son nom.

« Agathe! »

Et comme si je craignais qu'elle ne s'enfuie sans que je ne puisse la rattraper, je courus pour la rejoindre.  Quelques mètres qui me rendirent essoufflé et me couvrir de honte.  Voilà qu'elle me prendrait de nouveau pour un homme faible.  Voir tout simplement pas du tout un homme.  Ça ne changerait pas sa piètre opinion de moi-même.  Je songeai en rougissant aux lettres que je lui avais écrites, enfermées dans un tiroir de bureau.  Heureusement qu'elle n'avait rien vu de tout cela.

« Je… Voudriez-vous venir à l'intérieur?  Vos joues sont rouges, avez-vous froid? » proposai-je, le cœur en émoi.  Accepterait-elle d'entrer ou prétexterait-elle quelque chose pour fuir.  Je n'en savais rien et j'avais la tête emplie d'appréhension.  Je ne désirais pas qu'elle parte.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Mar 9 Jan - 3:52

Lancelot n’allait pas bien. Agathe savait bien combien forte avait été la maladie pour les mages et elle s’était inquiétée pour ses amis, que ce soit la belle Aurore, spectaculaire Chevaucheuse, ou ses frères et soeurs des miracles. En ce qui concernait Lancelot, la Belliférienne n’avait pas encore assimilé qu’il était habité par le don de la magie, lui aussi, malgré ses origines cielsombroises. Elle l’avait su malade, très certainement, à l’instar des autres, mais il s’agissait là d’un concept encore bien abstrait. Le voir essoufflé par quelques enjambées était soudainement bien concret.

- Je… Voudriez-vous venir à l'intérieur?  Vos joues sont rouges, avez-vous froid?
- Non!

Elle s’était retournée pour lui faire face, le visage défait par la colère refoulée et la blessure de Mélodie encore à vif à son esprit. Son petit nez relevé, elle se faisait dédaigneuse et cruelle. Elle était là, la somptueuse voleuse, environ où ils se trouvaient présentement, à scander qu’elle passait la nuit à ses côtés avec sa dégaine décomplexée. Puis, de quelques battements de cils, Agathe remarquait le teint pâle de Lancelot. Son petit air hautain fondait comme neige au soleil, laissant bientôt place à de la compassion mais aussi de la tristesse de le savoir malade, faible et blessé par un Ordre chaotique qu’elle détestait tant. Encore plus maintenant.

Il aurait pu mourir.

L’idée la secouait fortement, alors qu’elle y songeait seulement. Et s’il était mort? Si Lancelot l’Adroit n’était jamais revenu de cette expédition folle? Si elle n’avait jamais pu s’expliquer? Et si leur lien, aussi étrange et indéfinissable puisse-t-il être, s’était terminé dans la rancoeur et le silence? Cette possibilité lui mouillait légèrement les yeux, et la mignonne papillona les cils en accusant la brise et le froid.

- Si… Il fait froid. Je… Je vous attends. Allez vous couvrir, nous discuterons… Ailleurs. Je ne préfère pas y retourner.

Décidée, elle croisa sagement les bras pour démontrer que son avis ne changerait pas. Il ne lui restait qu’à savoir où ils iraient. Depuis toujours, il lui semblait que c’était elle, la petite souris, qui devait se rendre jusqu’à lui pour obtenir des miettes d’attention tout en le dénigrant de son mieux. Le voir là, hors de sa boutique, à surveiller son passage ou sa venue, était surréaliste. Il ne s’agissait que le fruit du hasard. La Belliférienne s’efforçait de se le remémorer. Elle n’avait pas prévu qu’il la voit; elle n’avait pas prévu qu’ils discuteraient.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Mer 17 Jan - 16:32

La vitesse et la froideur avec laquelle elle refuse mon invitation me fouetta comme le jet d'un sceau d'eau glacé.  Je ne comprenais pas pourquoi elle semblait autant… en colère?  Était-ce vraiment cela?  Curieusement, je n'arrivais pas à lire aussi bien sur son visage que je pouvais le faire sur celui des autres, j'y voyais des émotions mêlées, mais je ne savais si j'y voyais ce que je craignais ou désirais y voir.  Était-ce la même Agathe que j'avais laissé partir avec Melbren ce jour-là?  Elle n'était plus la même.  Si elle éprouvait quelques bons sentiments à mon égard en ce jour-là, elle ne les entretenait plus.  Elle ne désirait pas me voir.  Elle n'était pas revenue pas parce qu'elle ne savait pas que j'étais de retour, mais tout simplement parce qu'elle n'en éprouvait aucune envie.  Toute couleur abandonna mon visage tandis que je songeais honteusement à ces lettres que je lui avais écrites.  Heureusement, Alior avait arrêté mon bras quand j'avais songé en envoyer une.  Elle me haïrait.

Sa requête toutefois me surprit et me redonna un peu d'espoir.  Avant que je ne l'anéantisse tout de suite.  N'était-ce pas qu'un simple moyen de se débarrasser de moi?  La cruauté de son regard quand je l'avais rejointe continuait de se coller au fond de ma rétine et me transperçait le cœur d'une douleur indéfinissable.  Ce que je ne m'expliquais pas.  Du moins pas complètement, il s'agissait plutôt que je m'étais interdit de penser à elle de celle façon.

« Je n'ai pas froid, » répondis-je précipitamment bien que je tremblais et que je grelottais.  Le feu qui brûlait dans la boutique me manquait déjà, mais je craignais qu'elle ne disparaisse si je la gardais loin de ma vue.  Qu'elle profiterait de mon absence pour me fuir.  Je savais qu'elle m'avait vue plus tôt.  Elle m'avais vue et elle était partie sans me saluer.  Elle ne se serait pas arrêtée si je ne l'avais pas arrêtée plutôt en l'appelant.

Mais c'était stupide.  Si elle ne voulait pas rester avec moi, elle trouverait le moyen de me fausser compagnie malgré tout.  Je poussai un long soupir.

« Vous ne vous en irez pas, vous promettez? » demandai-je, anxieux d'entendre sa réponse.  J'avais envie de prendre sa main et de la supplier de ne pas s'évanouir au loin dans la ville.  Loin de moi.  Mais je ne le fis pas parce que cela lui aurait déplu, j'en étais certain.  La dernière fois que je l'avais touchée, c'était lorsque je l'avais prise dans mes bras dans ma boutique.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Mer 17 Jan - 18:18

Il lui mentait, Lancelot l’Adroit, et étrangement, Agathe ne s’en offusquait pas. Il désirait lui montrer qu’il n’avait pas froid, qu’il n’était pas aussi faible et ridicule qu’elle l’avait longtemps cru, et même si le voir trembler et grelotter lui brisait le coeur, elle admirait au moins un peu son courage et son aplomb. Il hésitait, ça se voyait, à rejoindre son atelier pour la chaleur ou un manteau. Qu’est-ce qui le retenait ainsi? Ça ne pouvait pas être elle. Pas après Mélodie. Et même si sa lettre promettait plein de jolis sentiments, et même si ses mots l’avaient fait trembler, Agathe n’y voyait qu’un tissu de lagraneries. La colère, toujours présente, et le chagrin se mêlaient encore dans son coeur, en dépit de la fébrilité que Lancelot faisait naître, chez elle.

- Vous ne vous en irez pas, vous promettez?

Dire qu’elle n’y avait pas songé aurait été mentir. L’envie de déguerpir, sitôt la porte refermée sur Lancelot, était forte, mais Agathe ne pensait pas avoir autant de cruauté en elle pour l’abandonner ainsi. Ou peut-être sa peur de la confrontation lui aurait insufflé suffisamment de courage pour fuir? Dans tous les cas, Lancelot avait devancé tout départ précipité, et Agathe, embarrassée, se contentait de quelques hochements de tête.

- Je ne suis ni cruelle, ni menteuse. Je vais vous attendre.

Elle avait déjà menti, bien sûr. Elle lui avait dit qu’Anthelme la ferait danser. De mémoire, il s’agissait de son unique mensonge. Mais lui… Oh..! Il lui avait menti sur tant de sujets, il s’était fait cruel dans ses duperies, depuis leur dernière rencontre. La blondinette avait relevé le museau, le minois fermé mais songeur. Si l’idée de déguerpir la tenaillait toujours, Agathe se montrait ferme et loyale à sa promesse. Elle valait mieux que lui. Elle comptait bien le lui prouver. Alors qu’il retournait vers sa boutique, à moitié convaincu, elle songeait surtout à un endroit où l’entraîner. Quel endroit serait assez spacieux pour dissimuler tous les secrets qu’ils risqueraient de se dire, toutes les méchancetés qu’ils allaient peut-être s’offrir?

Elle ne désirait pas gâter son souvenir de la boutique de beignets par celui d’un Lancelot chargé de duperies. Ce fut bref, car déjà le Cielsombrois revenait, ajustant distraitement les ganses de cuir de son manteau. Il était élégant, et la couleur sombre de son vêtement lui offrait une prestance nouvelle. Il n’avait pas prononcé le moindre mot qu’Agathe avait cette envie irrépressible de verser une larme. Lancelot était fin, svelte, et ses cheveux allongés étaient une invitation narquoise à y glisser les doigts.

- Il y a une fontaine, non loin… Une amie m’avait montrée.

Tout en faisant très attention à ne pas laisser une main libre trop près de celle de Lancelot, Agathe menait le pas dans les petites rues de la Ville Haute, jusqu’à cet espace magnifique entre les tours les plus prestigieuses. Une fontaine de bonne taille les attendait. Ainsi qu’un banc libre qui, visiblement, leur était destiné.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Jeu 18 Jan - 15:44

Pourquoi, pourquoi douce Agathe de mots aussi dénués de chaleur avaient-ils franchi le seuil de vos lèvres vermeilles?  Ne saviez-vous pas, fleur au parfum délicat et enivrant combien ils me percèrent le cœur.  Qu'avais-je fais, ô tendre amie pour mériter un tel manque de chaleur?  Votre dédain m'était familier, je savais que je n'avais pas les qualités requises pour que vous me considériez avec respect, mais pas… vous disiez ne pas être cruelle, mais ce jour-là, ces mots-là étaient d'une cruauté qui ne vous ressemblaient guère.  La mort dans l'âme, je retournai avec précipitation vers ma boutique pour prendre mon par-dessus beaucoup plus élégant que mes habits de travail, prenant à peine le temps d'annoncer à Ygraine que je sortais.  Je quittai ma demeure en la laissant complètement stupéfaite et loin de comprendre ce qui pouvait m'arracher à mon précieux travail si subitement.  J'espérai qu'elle ne tente pas de voir où j'allais pas les fenêtres de la boutique.  Curieuse et fouineuse comme elle l'était, je ne doutais pas de voir son nez retroussé se pointer à la fenêtre.  Cependant, je ne jetai pas un seul regard derrière moi, tant j'étais pressé de me retrouver auprès d'Agathe.  Elle était encore là, debout dans le froid à m'attendre et je me sentis extrêmement soulagé de savoir qu'elle n'était pas partie.  Elle était restée… pour moi?

J'avais couru pour faire vite et j'étais de nouveau essoufflé une fois à ses côtés.  Comme elle proposait d'aller ailleurs, je voulus lu proposer mon bras, mais elle faisait attention à se tenir suffisamment éloignée de moi, comme si elle évitait justement que je puisse la toucher ne serait-ce qu'un peu.  Je croisai donc les mains derrière mon dos et me contenter de jeter discrètement des regards de côté pour contempler son profil princier.

Nos pas nous portèrent vers une jolie fontaine comme elle l'avait annoncé.  C'était une splendeur et mes errances m'avaient déjà emmené par-là.  Je pouvais alors rester debout pendant des heures à contempler l'eau qui coulait en un spectacle magnifique, un spectacle presque aussi magnifique que cette demoiselle qui m'accompagnait.

« Pardonnez-moi, Agathe, pourrions nous prendre place sur ce banc?  J'ai honte à l'avouer, mais je me sens quelque peu tremblant, » demandai-je en brisant alors le silence qui avait accompagné notre chemin.  J'avais honte de me montrer aussi faible devant elle, elle qui admirait tant les hommes forts.  Je devais lui paraître fort pitoyable, à peine capable de tenir debout sur mes jambes, essoufflé après seulement quelques pas de course.  Elle me méprisait.  Elle me méprisait sûrement alors que je réalisais… alors que je réalisais combien ses sourires, son air indigné m'avaient manqué.  Combien Elle m'avait manqué.

« Je… il y a fort longtemps depuis la dernière fois.  Vous êtes-vous bien portée depuis? » demandai-je, tentant d'ignorer la fatigue dans mes jambes.  Tentant de me montrer fort, plus fort que je ne l'étais réellement.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Dim 4 Fév - 15:01

Il fatiguait, le pauvre Lancelot. Agathe le voyait bien. Il était pâle et un peu tremblant, même. À moins que ce ne soit le froid? La maladie l’affectait encore et Agathe s’en désolait, bien malgré elle. À sa demande qu’il disait honteuse, la blondinette avait acquiescé le plus simplement du monde sans sourire espiègle ou regard moqueur. Elle avait pris soin de se poser à l'extrémité du banc ouvragé, le plus loin possible du Cielsombrois. La mignonne avait extirpé du pan de sa jupe un papier froissé d’être lu et relu, d'avoir reçu quelques larmes chagrines ou rageuses et un lot d'inquiétude. Elle le retenait plié entre ses doigts fins alors que son malaise grandissait. La nausée. Nerveuse.

- La dernière fois…

Il y avait eu ses mains blessantes sur ses épaules, les images d’une Bellifère qu’elle croyait disparue de son esprit. Il y avait eu une étreinte volée, un coeur folâtre et l’envie entêtante que le temps s’arrête et se fige. Elle sentait ses joues se réchauffer malgré l’air frais, en songeant à nouveau à leur conversation dans l’atelier. Comment avait-elle réussi à rassembler autant de courage pour l’affronter? Puis les yeux sombres et doux de Mélodie lui revenaient, ainsi que ses allusions à peine voilées.

- Vous… Vous dites que je ne suis pas revenue. Mais j’étais là.. J’étais là, Lancelot. Dès le lendemain. J’étais là…

Sa voix s’était brisée quelque part, entre deux ébauches d’explication. La mignonne inspira profondément en se répétant qu’elle avait bravé les Sentinelles, qu’elle avait aidé la Rose millénaire, qu’elle était Épine. Qu’était-ce de confronter Lancelot l’Adroit sur ce détail, sur l’esquisse d’une relation qu’elle s’était imaginée, elle seule? Elle allait pleurer. Elle le sentait. Alors elle soupira en fixant bien longuement l’eau tomber, encore et encore, jusqu’à retrouver un semblant de calme.

- Il y avait… J’ai vu. Je sais, Lancelot… Je sais tout. Mélodie m’a expliqué pour vos.. longues nuits, et tout le repos que cela exigeait. Je ne lui en veux pas, je suis la seule fautive. J’ai cru… Non, non. J’avais cru que…

Elle secoua la tête, les sourcils froncés de détermination, puis déplia la lettre qu’il reconnaîtrait sans doute sans difficulté. Une écriture légèrement arrondie qui laissait croire quelques tremblements. Agathe la déplia entre eux, comme preuve ultime de son malaise et de son chagrin. Enfin, elle leva ses yeux vers lui, s’efforçant de trouver un soupçon de regret sur son visage.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Lun 5 Fév - 14:54

Agathe n’était pas revenue le lendemain, pas dans ma boutique, pas dans mon atelier où dans un instant fugace j’avais pu la prendre dans mes bras, juste une fois.  L'unique fois.  Je ne comprenais pas et je ne cherchais pas à m'en cacher.  Parfois il pesait si lourd de toujours porter ce masque de Lancelot l'Adroit, le fabricant d’automates, l’espion de la Cour des miracles.  Quelquefois j’aspirais à n'être que moi, simplement moi, comme je l’avais été en ce début d’août passé.  Visiblement Agathe, la belle Agathe, me reprochait quelque chose, mais quoi?  Si elle était revenue comme elle le disait - et je m’en devais de le croire - pouvais-je espérer quelque peu?  Me persuader que cette étreinte volée ne l'avait point révulsée?  Quels tourments causiez-vous chez moi ma tendre Agathe!  Que ne pouvais-je donc lire les pensées qui tournaient dans sa délicieuse petite tête blonde!  La perplexité peinte sur mon visage était teintée d’une souffrance intérieure, mais peut-être ne devinerait-elle rien des douloureuses pensées qui agitaient de leur vague houleuse mon coeur jusque dans les tréfonds de mon âme, peut-être ne verrait-elle que la fatigue due à la maladie.  Je l’espérais.  Comment aurais-je pu alors l'accabler de l’expression de mes sentiments plus que sincères, mais qui la répugneraient, l'éloigneraient plus encore de moi, me retirant jusqu’au dernier plaisir qu’il me restait de contempler son si doux visage.  Je tentais autant que possible de dissimuler l’angoisse de mon regard et de n’en rien laisser paraître du supplice que j’étais en train de subir.

Et le nom vint. Tranchant.  Mélodie.  L’évocation de mon amie me fit trembler.  Dans sa maladresse démesurée avait-elle anéanti tout espoir pour moi?  Je sentais les fleurs en pâturage de mon âme se flétrir encore plus.  Elle croyait que la sombre voleuse était mon amante.  Fut un temps j’aurais désespérément voulu que ce soit le cas.  À ce jour, il n’y avait pas de plus vive douleur à mon âme.  Je voulais lui expliquer, la détromper.  Lui dire que je n’avais jamais rien éprouvé pour Mélodie, que nous étions simplement amis et que si j’avais besoin de repos c’était simplement parce que je devais tout faire pour la chasser de chez moi.  Mais cela aurait été lui mentir.  J’avais aimé, ou du moins j’avais cru aimé, Mélodie.  Ce n'était plus le cas depuis longtemps, mais cela avait été.  J'ouvris la bouche dans l’envie de la détromper lorsqu'elle déplia un parchemin entre nous.  Une lettre.  Ma lettre.

La stupeur l'emporta sur tous les autres sentiments et s'empara de moi m’empêchant de réagir ou même d’en voir et entendre.  Comment cette lettre était-elle arrivée entre ses mains?  Aucune des nombreuses lettres que je lui avais écrites n’étaient sorties du tiroir où je les avais cachées.  Agathe ne pouvait accepter une telle missive de ma part...

« Comment... où avez-vous eu cela? » demandai-je alors que la réponse m’apparaissait désormais comme une évidence.  Ygraine.  Elle avait sûrement fouillé dans mes affaires, mue par sa curiosité maladive et poussée par ses idées romanesques l'avait envoyée à ma place.  Je poussai un long soupir en me retenant de me couvrir le visage que j'avais désormais d’une pâleur cadavérique.

« Mélodie n'est pas...  Je ne sais ce qu’elle vous a raconté, mais elle crochète les serrures en maîtresse et son sport favori est de s'introduire chez moi et tout détruire sur son passage.  Je n’ai jamais... »

Je ne terminai pas ma phrase.  Je me sentais honteux d'avoir été découvert à mon insu dans mes sentiments les plus intimes.  À quoi bon lui expliquer?  N’était-elle pas dégoûtée de moi en raison de la lettre?  Je comprenais maintenant pourquoi elle ne désirait plus entrer dans ma boutique.

« Je suis navré qu'il vous connu d'avoir pour soupirant quelqu'un tel que moi qui n'ai rien de ce que vous croyez être un homme... Soyez sans craintes.  Je ne renouvèlerai pas l'aveu de ces sentiments qui vous ont offensée, ils auraient dû rester secrets, » ajoutai-je avec un calme résigné.  Il me brûlait de reprendre cette lettre honteuse dont je n'avais pas besoin d'en voir les traits pour la lui lire.  Cette encre, c'était mon sang.  Cette eau, c'était mes larmes.  Que n'eus-je jamais couché les mots que criaient mon cœur!

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Mar 6 Fév - 3:20

Ce n’était pas satisfaisant. L’explication la désolait terriblement. Qu’aurait donc fait sa tutrice, à sa place ? Qu’aurait fait Mélusine, sa presque mère, en entendant un soupirant se défiler avec autant de lassitude et si peu de fougue ? Aurait-elle rejeté la faute sur la maladie qui l’affectait encore ? Elle en doutait, Agathe. La flamboyante Cielsombroise aurait tapé du pieds, elle aurait levé les yeux, la voix, les bras. Elle aurait exigé. Elle aurait fait valoir ses droits, son nom, son rang, son titre, ses sentiments. Elle aurait invoqué tous les dieux, s’il le fallait, elle l’aurait frappé, même. Mélusine de Sylvamir ne serait pas restée là, muette, sur son bout de banc, à fixer une fontaine aussi triste qu’elle pouvait l’être.

Et la désolation dans la voix de Lancelot… Une désolation qui l’insultait autant qu’elle la chagrinait. Devait-elle le rassurer sur sa virilité…? Était-ce ce qu’il attendait d’elle ? Ou alors devait-elle se confondre en excuse ? Ou lui avouer qu’il habitait ses pensées, lui aussi ? Elle l’ignorait, et la peur de mal agir et de briser cette conversation difficile la taraudait de plus en plus.

- C’est Mélodie, que vous attendiez, au mariage de Mélusine. Je m’en souviens.

Une voix blanche sur un minois tout aussi blanc. Elle se doutait bien que Lancelot n’avait pas évoqué la jolie voleuse par simple volonté de la rendre jalouse. Agathe avait réellement été deuxième pour l’espion, lors de la fête. Il s’était occupée d’elle par dépit, en patientant l’arrivée de Mélodie. Peut-être disait-il vrai en spécifiant que ce soir-là, elle n’avait que crocheté sa serrure, mais Agathe demeurait méfiante. Ce fut si douloureux, de les imaginer ensemble… Plus jamais. Plus jamais, cette douleur.

- Vous vous êtes montré digne d’un Belliférien, ce jour-là, Lancelot... Il y avait une nuance d’hésitation, dans ses mots, alors qu’elle reprenait d’une voix petite, tout juste audible. Et ça ne m’a pas plu. Pas vraiment… Plus maintenant.

Elle avait replié la lettre sans répondre à la question de son destinateur. S’il ne l’avait pas envoyée, c’était qu’il ne désirait pas lui avouer tout cela. Ou du moins, pas ainsi… Il était toutefois hors de question qu’elle lui laisse ses mots. Ils étaient trop précieux, d’une certaine manière.

- Alors … Alors c’est tout? Vous êtes prompt à me malmener, à me serrer si fort que j’en souffre, tant votre inquiétude est grande, mais… C’est tout. Vous êtes navré. Ce qui m’offense, Lancelot l’Adroit.. Ce qui m’offense, c’est que vous laissiez une… Une ..Une femme investir votre atelier, l’atelier que j’ai visitée, l’atelier où vous m’avez étreinte!

Agathe s’était redressée, sentant peu à peu une colère montrer le bout de son nez, dans sa poitrine et dans sa tête. S’il ne reniait pas cette lettre, s’il était un soupirant, réellement, pourquoi était-il si résigné…? Si… Faible? Ridiculement faible.

- Ce qui m’offense, c’est que vous... Vous ne vous battez même pas pour ce que vous ressentez. Même lorsqu’il n’y a pas d’adversaire! Mais c’est tout… C’est tout, parce que le moindre obstacle fait peur au Cielsombrois que vous êtes.

Elle avait croisé les bras sous sa poitrine en le dévisageant, froissée. Le rouge fardait ses joues et son souffle court trahissait son état douloureux, entre l'angoisse de provoquer un scandale, l'émerveillement de le savoir soupirant et... Et tellement d'autres choses, aussi! Agathe Martel faisait une crise publiquement : elle avait la meilleure tutrice qui soit.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Jeu 8 Fév - 15:04

Je regrettais amèrement cette taquinerie.  Il est vrai que lorsque j'avais prétendu attendre Mélodie pour danser, je pensais à elle tendrement, mais si j'avais parlé d'elle alors ce n'était pas par affection, mais bien pour causer cette rougeur sur ses joues de blonde princesse.  À l'époque je n'aurais jamais envisagé m'éprendre de cette douce enfant en qui je voyais une protégée, elle qui était si timide à force d'avoir dù s'effacer toute sa vie.  Elle n'était alors pour moi que peu de choses, une petite fille qui apprenait le monde, une tendre jouvencelle qui s'amusait à me montrer combien elle serait toujours teop bien pour moi et moi trop indigne d'elle.  Et je m'étais au final trop bien prêté au jeu, au point d'en développer cet irraisonnable sentiment qu'est l'amour.  Oui, j'osais le formuler ainsi au plus profond de mon coeur, là où nul n'en saurait jamais rien et surtout pas elle.  Elle qui ne m'aimait point, je le savais bien.  Elle qui imaginait seule ma relation avec Mélodie me présentait un complexe casse-tête dont je ne comprenais d'ailleurs point l'origine, dont je ne comprenais pas l'importance qu'elle semblait y attacher puisque mes tendres sentiments n'étaient pas réciproques.  En vérité, je ne comprenais même plus pourquoi elle était là devant moi.  Plus ses mots s'enfonçaient tels des lames acérées de couteau dans mon coeur, moins j'arrivais à faire le jour sur toute cette situation.  Je levai les bras au ciel dans un geste qui exprimait mon désespoir profond.

« Mais qu'attendez-vous donc de moi Agathe?  Vous qui veniez vous pavaner avec vos jolies robes devant moi pour me montrer à quel point je suis indigne de vous!  Je ne puis vous forcer à vous aimer alors que vous ne me réservez point un regard, à moi et mes mains d'artistes.  Vous attendiez un certain Anthelme ce jour-là vous aussi.  Ne me reprochez pas d'avoir voulu paraître demandé moi aussi. Car vous ne voyez pas.  Vous ne voyez pas que je vous aime trop pour me dévoiler à vous et que vous ne me fuyez à jamais, dégoûtée. »

Je me sentais faiblir, secoué par les émotions violentes qui s'agitaient en moi.  Qu'attendait-elle?  Qu'espérait-elle?  J'aurais tout fait pour lui complaire en cet instant même, mais elle se montrait si pleine de contradictions et d'exigences que je n'arrivais pas à décoder, perdu dans ce labyrinthe qu'elle avait érigé autour de moi.  Une quinte de toux monta, mais je la contins : ce n’était pas le moment de me montrer faible.

« Je n'ai jamais agi envers vous comme un Belliférien, pas même cette fois où dans mon inquiétude je vous ai serrée jusqu'à vous faire mal.  Non, celui qui vous étreignait, c'était un homme, un homme comme tous les autres.  Pas un Cielsombrois, pas un Belliférien, mais simplement un homme éperdument amoureux de vous.  Vous Agathe et seulement vous.  Pas Mélodie, pas n'importe laquelle de toutes les autres.  Vous êtes ma fleur empoisonnée, au parfum si doux et maintenant que vous savez, je me meurs d'amour pour vous.  Vous qui ne m'aimez pas, vous avec votre jeunesse et votre beauté, alors qe moi je suis vieux déjà. »

Je ne la regardais plus.  Elle était trop dangereuse, son doux parfum capiteux trop entêtant.  Je ne pouvais plus m'éloigner d'elle, plus maintenant, il était trop tard.  Elle avait complètement chamboulé mon univers avec quelques mots et une lettre.  La mienne.  Il était désormais impossible de faire marche arrière de retourner le temps et de m’empêcher de rédiger cette lettre.  Ce bout de parchemin qui détruirait tout.

« Je vous aime parce que vous êtes la petite souris que j’ai sauvée des visages qui la poursuivaient, celle qui a troqué ses tristes atours pour devenir la radieuse princesse qu'elle aurait toujours dû être.  Je vous aime parce que vous êtes enfantine par moment, pour vos gamineries, pour la rougeur de vos pomettes, pour le bleu de vos yeux encore capables de s'émerveiller.  Je vous aime pour tout cela et plus encore.  Pouvez-vous me reprochez d'avoir succombé aux charmes de vos coquetteries juvéniles tout en sachant que c'était une cause perdue d'avance?  Ces mots ne sont pas que des mots, ils sont porteurs de sens et j'étais prêt à les taire à jamais simplement pour ne pas vous perdre.  Croyez-vous qu'il ne me soit venu aucune idée une fois seul avec vous dans mon atelier?  Que j’étais incapable de vous faire quoi que ce soit?  C'était dangereux pour vous de venir avec moi ce jour-là, j'aurais pu vous déshonorer pour toujours et si je ne l'ai pas fait c'est parce que je vous respecte.  Vous qui me reprochez d'accueillir des femmes chez moi, vous qui pourtant ne me consentez pas même un regard, auriez-vous me pardonner une telle goujaterie?  Regardez-moi Agathe, regardez-moi rien qu'une fois, serait-ce l'unique fois que vous le ferez.  Dites-moi si la souffrance que j'éprouve à vous taire mes sentiments n'est-elle pas un combat, tout cela pour l'unique plaisir de continuer à vous voir. »

J'avais pris son bransen parlant pour la forcer à me regarder.  J'étais trop affaibli pour cacher complètement la peine que j'éprouvais, trop fatigué d'être Lancelot l'Adroit le fameux fabricant d'automates, ce masque si rigide.  Mon discours était exalté par le torrent fougueux de mes émotions.  Je sentais mon coeur battre à la chamade et lentement mais sûrement, le sang me montait à la tête.  Je tenais toujours entre mes longs doigts fins son poignet si délicat, mais je me sentais vaciller et ma prise se désserrer.  Ma vue se troubla et ma tête s'affaissa brusquement vers l'avant.

Vers elle.

Masquant mon moment de faiblesse, je ne redressai pas ma tête.  Je ne tentai pas de tenir droit.  Alors que je levais ma main libre en cherchant sa taille je posai mes lèvres sur sa bouche pulpeuse en forme de coeur.  J'aurai toute l’éternité dans le royaume de Sithis pour me rappeler le goût de vanille de ce baiser volé.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Mar 13 Fév - 20:22

Elle ne savait plus à partir de quel moment, précisément, mais les larmes étaient venues inonder ses yeux clairs. Il l’aimait. Depuis longtemps, il l’aimait, il espérait, il se croyait invisible, alors qu’elle-même se croyait imperceptible et désespérait son attention plutôt que son amusement. Elle l’avait fait souffrir, Agathe en avait enfin conscience, et alors que Lancelot réagissait à sa bouderie et sortait de son marasme, la colère et l’indignation habitaient ses paroles de plus en plus déliées. Il était conscient de ses coquetteries qui lui étaient destinées, de ses ruses maladroites, de son désir de lui paraître inaccessible. Éperdument amoureux d’elle.

Son souffle coupé, soufflée par la révélation, elle lui avait concédé son bras sans la moindre résistance. Agathe n’avait même pas cherché à s’éloigner. Immobile, les larmes rares sur ses joues, elle le regardait sans ciller déferler sa tempête intérieure sur elle. La petite pousse de chêne avait vieilli ; elle gardait la tête haute malgré sa crainte et ses tourments. Avec raison, car ce fut la déclaration d’amour la plus prenante qui soit, selon Agathe. Lancelot lui témoignait son courage. Non pas un courage viril et sanglant, mais un courage plus discret, plus mature, aussi. Celui des sentiments, celui du quotidien. Il lui parlait de respect, d’amour, de retenu, de vertu, et Agathe entendait de la force. Si un Belliférien pouvait lui assurer une protection, par la force de son bras, Lancelot lui promettait plutôt de ne jamais devoir se protéger de lui. Elle pleurait. Elle tremblait. Elle l’aimait.

Ses lèvres, sur les siennes, furent accueillies avec surprise et curiosité. Délicieuse curiosité. Et sa main à sa taille, et son souffle contre le sien… Agathe avait fermé les yeux très fort pour profiter de ce baiser qu’il lui avait volé et qu’elle lui rendait déjà avec une légère maladresse et une langueur pleine de sensibilité. Un siècle avait dû s’écouler, au moins, avant qu’elle ne papillonne des cils et détache ses lèvres des siennes. Il y avait sa main, sur son épaule, qu’Agathe n’osait plus réellement retirer. Son manteau était bien agréable, soudainement, sous ses doigts. Elle n’avait plus froid. Le moment était parfait.

- Je n’ai pas toujours été agréable, Lancelot… Mais je le serai, à présent.

Son murmure s’était éteint sous un sourire timide et très frais.

- Je vous aime parce que… Parce que vous êtes différent de tout ce que j’ai connu, en Bellifère, de tous les autres. Parce que la beauté de vos créations m’habitent et me rassurent, même au coeur de Valkyrion, même entourée de malheurs. J’aime que vous veillez sur moi, même lorsque… Même lorsque je ne vois pas le danger, depuis votre atelier.

Elle s’était détachée de lui, enfin, la mine apaisée malgré ses yeux rougies par les larmes et ses pommettes rosées par les confidences échangées. Agathe glissa la revers de sa main sur une joue, puis une autre, chassant sa tristesse par petits gestes discrets.

- Vous êtes… Vous êtes l’enfant le moins perspicace de la famille, sur ce sujet. Anthelme… Anthelme Martel. Mon aîné. Celui qui avait cherché à me ravir, au Tournois des Trois Opales. Il n’était pas là, heureusement. J’espérais… Je ne sais pas. J’aurais aimé vous faire croire que j’étais… Que j’avais l’admiration de tous, moi aussi. Que j’étais pleinement intégrée au sein de la famille, à danser avec eux. Parce que vous, vous l’êtes si bien. Tout le monde vous respecte, vous admire, vous envie. Ce n’était pas aimable, ce n’était pas délicat, je le sais… Mais je voulais vous voir m’envier, me regarder comme j’aurais aimé vous regarder, si je n’étais pas si… Si détestable. Je ne savais pas, je ne comprenais pas. Alors que maintenant... Pardonnez-moi. Pardonnez-moi, Lancelot. C’était un tourbillon, c’était plus fort que moi, je désespérais l’un de vos regards, mais il n’y avait que l’amusement. Je ne suis plus une enfant. J’aurai dix-huit ans. Oh… Lancelot. J’ai l’impression qu’il n’y avait rien de clair, auparavant, mais qu’à présent, le brouillard s’est levé.

À plusieurs reprises, encore, la mignonne lui avait demandé pardon. Pardon de lui avoir fait autant de peine sans même le savoir. Pardon de l’avoir tenté, lors de dernière visite à son atelier. Pardon de lui avoir menti pour Anthelme. Pardon de lui en avoir voulu de s’intéresser à une autre, alors qu’elle ne lui accordait qu’une façade de mépris. Pardon. Pardon.

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Message Sujet: Re: Ne jamais dire : Fontaine...   Mer 28 Fév - 19:40

Ce baisé que je croyais volé prenait des douceurs auxquelles je ne m'attendais pas et ce n'est qu'à regrets que je laissai s'évanouir ce moment magique, retombant enfin les pieds sur terre.  Ce court instant de bonheur prenait donc fin et il ne me resterait plus qu'à me laisser mourir sur les pavés de cette fontaine.  Peut-être les Lorgois en honneur à mon talent et à la douleur amoureuse qui me terrasseraient auraient pu ériger en mon honneur une statue à mon effigie avec plaque commémorative « ci-gît l'amour de Lancelot l'Adroit ».  Préparé à recevoir une gifle, je fermai les  yeux : je ne voulais pas avoir la vision de ma tendre aimée lever la main sur moi, outrée de mon comportement indécent.  Je savais que je n'aurais pas dû l'embrasser.  Mais ça n'avait plus aucune importance.  Je mourrais le cœur brisé et en miettes, mais au moins j'aurais vécu.  Je laisserais le monde sans aucun regret.

Mais peut-être ma mort pourrait-elle attendre encore un peu.  Peut-être n'étais-je pas encore destiné à m'éteindre tandis que les mots d'Agathe s'enfonçaient en moi sans avoir la dureté que je croyais qu'ils auraient.  En vérité, ils avaient plutôt la douceur d'un plumage d'oiseau, de ce fin duvet caché sous leurs grandes plumes.  Il y avait la chaleur d'une caresse, la patience d'une tendresse.

Incapable d'y croire réellement jusqu'à ce qu'elle ne me demande pardon, pardon encore, je ne commençais qu'à réaliser l'immense bonheur qu'elle me faisait.  L'honneur même.  Ses sentiments n'avaient pas la même passion vibrante que les miens.  Ou du moins elle ne pouvait pas l'exprimer avec la même force, la même violence peut-être.  Elle avait une certaine retenue.  Elle disait ne plus être une enfant, mais à dix-huit ans, ne l'était-elle pas encore un peu?  Elle m'apparaissait encore si jeune, j'avais dix ans de plus qu'elle n'en avait.  Peut-être était-ce égoïste de vouloir la garder pour moi tout seul, mais trop submergé par le bonheur que me causait l'aveu de ses sentiments, je ne pouvais m'attarder sur de telles considérations.  Ma si délicate Agathe, je saurais la protéger et la rendre heureuse.

Délicatement, je pris son menton entre mes doigts, elle qui avait ce minois si fin et je me perdis un instant dans l'immensité de ses yeux.  Au point que j'en oubliai tout.  Ce qu'il y avait autour de nous, mais aussi ce que je voulais lui dire.  Puis, je me ressaisis et lui adresser un magnifique sourire.  Peut-être me trouverait-elle niais d'être aussi heureux, mais après les nuages précédents que j'avais chassé, tout n'était que soleil brillant.

« Agathe, ma douce, ma tendre Agathe, il n'y a rien à pardonner, mais plutôt tout à aimer, » soufflai-je doucement avant de l'attirai à moi.  Il n'était plus question de jamais la laisser repartir.

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