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 Je veux voir des étoiles dans tes yeux...

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Les Chevaucheurs
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Message Sujet: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 20 Jan - 2:59


Livre III, Chapitre 1 • D'Accord et de Chaos
Jehanne et Bertin d’Ansemer

Je veux voir des étoiles dans tes yeux…

Vacances à Vivécume



• Date : 3 au 9 janvier 1003
• Météo (optionnel) :
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Jehanne, Bertin et Bertille quittent Port-Liberté pour quelques jours. De quoi offrir des vacances bienvenues à Jehanne, permettre à Bertille de découvrir un peu Vivécume, et à Bertin de se mettre à jour sur les nouvelles de son comté. Sans parler de retrouvailles tant attendues…
• Recensement :
Code:
• [b] 3 au 9 janvier 1003[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3260-je-veux-voir-des-etoiles-dans-tes-yeux#121033]Je veux voir des étoiles dans tes yeux…[/url] - [i]Jehanne et Bertin d’Ansemer[/i]
Jehanne, Bertin et Bertille quittent Port-Liberté pour quelques jours. De quoi offrir des vacances bienvenues à Jehanne, permettre à Bertille de découvrir un peu Vivécume, et à Bertin de se mettre à jour sur les nouvelles de son comté. Sans parler de retrouvailles tant attendues…


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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 20 Jan - 3:04

Un coup d’œil par la fenêtre aux rideaux grands ouverts de son bureau et il sourit à demi. Baissant la tête, il plie la missive qu’il tient entre ses doigts après avoir vérifié que l’encre y ait séchée et la scelle. Son sourire s’élargit, et il baisse la tête avant d’inspirer un coup et se ressaisir. Il ne faudrait pas se montrer trop heureux à cette nouvelle.  Ça attirera les soupçons et il a pour le moment double raison de ne rien dire. Personne ne peut savoir la vraie raison de ce projet. Et Jehanne ne peut tout simplement pas être au courant. Il n’y a qu’à espérer que Bartholomé maintienne son silence envers son épouse pour que la surprise tienne.

Cette lettre qu’il a devant lui, c’est celle qui indiquera aux quelques personnes à son service dans sa demeure de Vivécume. Il leur annonce qu’il viendra passer quelques jours, et que la duchesse Jehanne et sa petite fille, Bertille, l’accompagneront. Il leur demande donc de préparer leurs chambres et ce qu’il faudra pour recevoir convenablement la duchesse sans toutefois chercher à l’impressionner. La duchesse vient en vacances, on n’attend pas l’impératrice, quand même, donc il vise un séjour simple mais agréable. Il sait que cela plaira à Jehanne et c’est réellement tout ce qui compte.

Le tout fixé, il retourne vaquer à ses occupations, laissant les jours passer. Ce n’est que la veille de leur départ qu’il rédigera une note qu’il lui fera parvenir.

« Ma Dame,
Avec la permission du Duc votre mari j’aimerais vous inviter, vous et Bertille, à venir séjourner brièvement à Vivécume. Il est temps que la princesse commence à découvrir Ansemer, et votre présence à ses côtés sera rassurante.
J’ai prévenu une de vos dames qui vous aidera à préparer le nécessaire pour le voyage. Je partirai demain, 3 janvier en matinée, et j’espère que vous pourrez vous permettre de voyager avec moi toutes les deux.
Sincèrement,
Bertin »

La missive a un ton officiel, formel même. Jehanne comprendra pourquoi. Et elle saura aussi la véritable raison de son invitation. Vivécume loin de la vie de cour, Vivécume avec son personnel réduit, car Bertin n’y va que rarement… Voilà un endroit parfait pour se retrouver un peu après les derniers mois éprouvants. Il meurt d’envie d’aller la voir, mais se retient un peu encore. Elle doit être en compagnie de sa dame à préparer son bagage, ou celui de Bertille qu’il aura également ordonné qu’on prépare bien sûr.

C’est donc assez tard qu’il se présente à sa porte. L’heure est presque indécente, mais il compte justifier sa présence aisément. Il doit bien confirmer si elle vient ou pas le lendemain pour savoir s’il doit les attendre, elle et Bertille, non ? Ce sera une courte visite, certes, mais justifiable. Il toque légèrement à la porte, n’osant entrer de peur d’être observé. Peut-être avait-elle déjà pris sa potion du soir. Il l’ignore. Il espère que non, en tout cas, rien que pour la voir un bref instant. Autrement, il devra attendre au matin pour voir sa réaction…

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Mar 23 Jan - 13:03

Les jours s'étaient presque améliorés, depuis le retour du prince à Port-Liberté : la duchesse était globalement de meilleure humeur, se risquant même à de légers sourires quand le contentement la prenait. Même aux côtés de son époux, elle paraissait plus sereine, apparaissant à son bras quand il le fallait. Elle avait toujours pour lui cette colère mêlée d'indifférence, mais elle savait tellement bien la dissimuler, désormais ! Bien mieux que lorsqu'elle s'inquiétait pour son amant parti au front.
La fin d'année s'était coulée, doucement, jusqu'à eux. Les célébrations s'étaient achevées et avaient laissé Jehanne un peu plus libre de ses mouvements, libre de reprendre ses oeuvres pour les plus nécessiteux qui, dans les rues, l'hiver, affluaient. Qu'on ne dise pas qu'elle n'était pas à l'écoute d'un peuple qui, lui, l'ignorait. Libre, aussi, de s'éclipser quelques minutes, une heure! alors que le palais s'endormait. De retrouver un confort tendre dans une conversation anodine pour les oreilles de ceux qui pourraient traîner. Une conversation.. Ou un monologue.
 
Ces rencontres étaient, à ses yeux, bien peu nombreuses pour son plus grand malheur. Bertin allait mieux de jour en jour, elle avait pu le constater, et même si elle continuait de s'inquiéter des conséquences de sa chute, la blonde duchesse aurait adoré pouvoir rester avec lui plus que quelques dizaines de minutes à l'écouter parler. Elle qui aurait pu rester des heures, autrefois, qui pouvait, toujours, s'abreuver de ses paroles, devait se contenter de minuscules entrevues.
Même la plus patiente des femmes, après tant d'inquiétudes, avait du mal à se satisfaire de leur ancienne routine.
 
Quelle ne fut pas sa surprise quand, peu après midi, le deux janvier de l'an mil trois, alors qu'elle avait prévu de passer son temps dans les rues de la capitale comme à son habitude, une missive lui parvint. Cachetée, avec tous les airs d'une annonce officielle. Et, bien qu'elle soit formelle en tout point, le coeur de Jehanne s'emballa. C'était une échappatoire, qu'il leur offrait. Un morceau de vie, à eux deux, plus que tout ce qu'ils pourraient jamais vivre.
Et si elle ne laissa rien apparaître, hormis une joie légère, peut-être un peu tendre, à la lecture, avant de la déposer sur son secrétaire. Dans un coin, sa suivante, et maîtresse de garde-robe, et beaucoup d'autres choses, s'affairait avec un petit sourire à déjà empiler quelques tenues qu'elle jugerait appropriées.
Jehanne, elle, n'avait rien à redire à propos de ses choix : il y avait longtemps qu'elle avait appris à se plier à la mode ansemarienne, et bien qu'elle regrettât les robes de sa prime jeunesse celles-ci étaient depuis longtemps abandonnées.
 
Faire sa malle, guidant juste quelque peu la suivante, lui prit bien le reste de la journée. Majoritairement car elle eut à aller calmer la jeune Bertille qui était arrivée en courant à la nouvelle, toute heureuse. Mais désormais, la nuit était tombée, le repas du soir était passé et la malle attendait le départ du lendemain matin. Jehanne se préparait à aller passer la nuit, sur son bureau, une fiole attendait. Le sommeil la prendrait, ce soir, comme tous les autres soirs. Et puis les mages étaient forcément compétents, pour fabriquer ce genre de potion, pas vrai ?
Un coup retentit à sa porte, et elle leva la tête. L'heure était tardive, en ces temps troublés. Elle se redressa lentement, inquiète de qui pouvait venir la trouver en cette soirée. Son mari ? Ce ne serait pas la première fois qu'il frapperait à sa porte. Mais cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas visitée, et encore plus longtemps qu'il se dispensait de frapper lors de visites nocturnes.
 
Elle ouvrit la porte, lentement, la surprise se lisant sur ses traits quand elle découvrit le visage de Bertin. Inclinant légèrement la tête, elle s'effaça pour le laisser entrer dans la chambre : elle avait toutes les raisons de l'accepter, juste pour une courte entrevue. Le remercier.
La duchesse attendit que la porte se soit refermée pour lui sourire, d'un sourire heureux et tendre. Merci. Tu n'as pas la moindre idée de ce que c'est pour nous. Pour elle, et pour moi. Pour un peu, elle aurait enlacé le grand homme qui la dépassait d'une bonne tête, l'aurait supplié de rester un peu plus. Mais l'heure n'était pas aux retrouvailles : ils auraient tout le temps d'enfin revivre ensemble quelque peu. Elle se contenta de prendre sa main, doucement, la gardant dans la sienne.

Les murs avaient des oreilles, surtout autour de la chambre de la duchesse. La joie fit place, rapidement, à l'inquiétude. Tu devrais dormir. C'est dangereux.  

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 27 Jan - 22:58

Lorsque la porte ouvre, il incline légèrement la tête, souriant.

- Je vous demande pardon pour cette visite si tardive, ma dame. Je rentre à peine de la caserne et j’espérais que vous pourriez m’accorder un instant.

Il entre à son invitation, l’ouverture n’étant qu’un spectacle pour les yeux curieux bien sûr. Il attendra que Jehanne referme derrière lui pour laisser son sourire prendre la chaleur de ses sentiments pour elle, la partager… Il serre sa délicate main dans la sienne, la portant à ses lèvres pour un doux baiser. Il sait qu’on les écoutera peut-être, si bien qu’il sera bref.

- Je voulais m’assurer que ma note vous est bel et bien parvenue, et savoir si vous comptiez voyager avec moi demain ?

Il connait la réponse, bien sûr. Mais c’est une danse qu’ils ont l’habitude de jouer pour parvenir à voler quelques moments ensemble.

- J’ai demandé les services d’un mage pour nous y envoyer. Ce sera plus rapide et confortable pour vous et la jeune princesse. Je comptais quitter Port-Liberté vers 10h30, cela vous convient-il ?

Le silence accueille sans doute sa question, l’habituel et éternel silence de Jehanne, mais il lira tout dans ses yeux, il en est certain. Avant de la quitter, il viendra passer un bras autour d’elle pour une brève étreinte, posant un baiser sur son front.

- Je ne vous importunerai pas davantage. Je vois que vous vous apprêtiez à dormir et je suis moi-même épuisé. Je vous retrouverai donc demain matin, ma dame.

Un sourire, un baiser volé du bout des lèvres peut-être si elle ose lui offrir, puis il s’éloigne, quittant la chambre aussitôt pour retrouver la sienne. Pour une fois, la première depuis son retour, il aura une nuit de sommeil à peu près calme.  Au réveil, il se préparera pour le voyage, finissant de préparer ses affaires. Ce que son sac lui semble énorme ! Et pourtant il ne contient que quelques habits ! Deux ou trois à peine de plus que ce qu’il a traîné avec lui au front pendant deux mois, mais cela double certainement le volume de ses bagages. Cela lui fait étrange, d’autant plus qu’il voyage vêtu comme un noble et non comme un soldat.

Un petit déjeuner avalé, peut-être avec Bartholomé qui sait, puis il se dirige vers le hall. Il y attendra la duchesse et la petite princesse. Son sac est posé contre un mur, et il marche lentement d’un bout à l’autre de la pièce, s’arrêtant parfois pour faire jouer ses muscles un peu, les éveiller. Il ressent encore les tensions, conséquences de sa chute. Mais il sait fort bien qu’il a été somme toute chanceux. Ça s’estompera avec le temps. Jusqu’à présent il semblerait qu’il ait évité les complications à long terme.

Il attendra dans le hall, donc, que Bertille et Jehanne arrive. Il s’inclinera légèrement pour elles deux parce qu’il se sait observé, d’autant plus que des serviteurs doivent présentement se charger des malles à transporter. Les femmes ont toujours besoin de davantage d’affaires que les hommes. Surtout ceux comme Bertin qui aiment la simplicité.

- Prêtes ? Il ne faut plus trop tarder si vous voulez pouvoir vous installer à Vivécume avant le repas. J’ai demandé à ce qu’on dresse la table pour le déjeuner afin de vous faire bon accueil.

Après tout, il est peut-être officiellement beau-frère et oncle, mais il les accueille mine de rien dans son comté !

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Dim 28 Jan - 15:16

La patiente Jehanne avait hâte que le jour enfin se lève, pour rencontrer enfin une liberté qu'elle attendait plus que tout. Elle ne serait que partielle. Mais ça serait suffisant. Loin de ce palais, loin de Bartholomé qui regagnait, ces jours, une sorte d'affection pour elle. Comprendre que ses yeux s'égaraient plus qu'une poignée de secondes sur elle, et qu'une fois même il lui avait offert un sourire presque sincère. Loin de Geneviève qui, elle, de plus en plus lui coulait des regards fielleux avant de murmurer à sa propre cour quelque pique sur la duchesse silencieuse.
Oh, Jehanne savait la puissance des mots... Tout comme elle savait en user à son avantage, en ne les prononçant pas. Et comme elle savait faire de leur absence une force inépuisable.  
Ce silence, elle se força à le garder alors que la porte se refermait sur eux. Les murs avaient des oreilles. Une légère rougeur, signe d'embarras, monta rapidement sur sa peau pâle à son baiser. La nuit, heureusement, malgré le faible globe lumineux non-loin, camouflait aisément ce rougissement impromptu.
L'entrevue fut brève, mais pas un instant le regard perçant de Jehanne, empli d'affection et de tendresse, ne se fit  négatif. Lorsqu'il l'attira dans ses bras, les siens se nouèrent automatiquement autour de lui. Bientôt, semblait lui promettre la douleur mordante dans son coeur. Bientôt, sans peur.
Bientôt, elle serait libre de ne plus se contenter des ces baisers à peine déposés sur les lèvres qui sonnaient comme des promesses.

Une fois la porte refermée, le rendez-vous confirmé pour le lendemain, elle attrapa la fiole sur le rebord de sa console. Dormir. Comme pour arriver plus vite au lendemain et à sa libération. Peupler son sommeil de rêves agréables, qui amenaient sur son visage endormi un sourire que bien peu avaient l'opportunité d'admirer. Au petit matin, une fois réveillée et préparée, une robe d'un bleu pâle faisant ressortir la blondeur de ses cheveux et l'éclat de son regard, aux longues manches amples dont l'ondulation pourrait rappeler les vagues à chacun de ses pas, elle avait été voir sa fille. Celle-ci, toute excitée, tourbillonnait dans tous les sens à vouloir partir tout de suite.
Il fallut à Jehanne quelque minutes et un câlin pour réussir à la calmer, et à ramener son débit de paroles à quelque chose de compréhensible. Vive et enjouée, enfant encore, Bertille aimait les mots.

Prêtes, enfin, et après être allées remercier Bartholomé et lui dire au revoir pour les quelques jours loin de lui - avec une tristesse presque navrante dans le regard de Jehanne, excellente comédienne -, la mère et la fille s'étaient rendues au point de rendez-vous.
"Et vous pensez que l'on m'aimera ? " chuchota la petite à sa mère. Une pression de sa main sur la sienne. C'était une de ses premières sorties loin de Port-Liberté. Et si c'était la seule cité à aimer la princesse qu'elle était ? Jehanne comprenait sa peur : depuis son mariage, on ne pouvait pas dire que le peuple ansemarien était derrière elle.
Mais Bertille était leur princesse légitime. Plus digne d'être aimée que ne le serait jamais Jehanne.
Une légère révérence, offerte au prince qui les accueillerait bientôt sur ses terres - et le coeur de Jehanne battait plus fort dans sa poitrine. Si fort qu'elle avait peur qu'on l'entendit.  Elle hocha la tête en se plaçant à ses côtés, Bertille lui offrant un grand sourire. La princesse anticipait tout autant qu'elle attendait avec la plus grande des impatiences.

L'arrivée, tout comme le voyage, se fit sans heurt. Quitter les couloirs du palais ducal pour, d'un instant, se retrouver dans une salle inconnue, devant quelques personnes inconnues, avait de quoi secouer un peu. Pour autant... Pour autant, Jehanne était habituée. Son port était droit, sa tenue impeccable et son regard interrogateur mais innocent. A sa main, celle de sa fille s'accrochait et au coin de son oeil, Bertin était là. En un seul morceau - heureusement.
La réalisation lui libéra un poids de la poitrine, alors qu'elle souriait en regardant juste un peu autour. Ici, ils seraient libres.
Pour quelques jours, rien de plus. Mais c'était déjà énormément. Merci.
Le mot, criant de vérité, qui ne passa pas ses lèvres, se lisait dans ses yeux. Pour lui, d'abord. Pour ceux qui les accueilleraient, ensuite.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Jeu 1 Fév - 5:28

Les voir heureuses ainsi avant même le départ ne peut qu’étirer son propre sourire. Heureusement qu’il peut se cacher derrière les formalités pour en cacher la véritable cause aux serviteurs qui se trouvent dans le hall à Port-Liberté. Il aura réglé les derniers détails avec le mage, à voix basse, avant que tout soit finalement mis en place pour leur passage dans le portail. Plus que quelques instants et le voilà chez lui. Généralement il trouve le voyage ennuyant. Ça l’éloigne de tout ce qu’il aime, et de la raison principale pour laquelle il a demandé à être transféré à la caserne de la capitale – même si bien sûr personne ne peut savoir la véritable raison. Cette fois cependant, c’est différent. Il a hâte d’y être, et il sait que le séjour, déjà plus long que ce qu’il se permet d’ordinaire, lui paraîtra beaucoup trop court.

Heureusement, le voyage ne prend qu’un instant à peine et voilà qu’ils se rassemblent dans le hall du manoir de Vivécume. La demeure n’a rien du palais qu’ils viennent de quitter. Petite – pour un manoir à tout le moins –, décorée simplement aux goûts de Bertin. Presque épurée, considérant que Bertin ne s’intéresse que peu aux arts et n’est guère intéressé à en encombrer son manoir. Un jour peut-être, s’il devait venir s’y installer. Pour le moment, il ne passe que quelques jours ici et là. C’est un refuge loin de la vie de cour. Tant pour lui que pour Jehanne à présent.

Il sourit aux domestiques qui les attendent, leur lançant un salut amical qui laisse à songer qu’il ne se soucie d’ordinaire pas outre mesure du protocole quand il est en visite. D’ordinaire. Parce que bien sûr cette visite n’a rien d’habituel. D’ailleurs, les serviteurs semblent tout de même un peu nerveux devant Jehanne et Bertille. Oh, ils s’inclinent bien sûr, ils savent quoi faire, mais ça ne semble pas aussi naturel chez eux que chez les servants de Port-Liberté pour qui c’est devenu depuis longtemps une seconde nature.

- Bienvenue à Vivécume, votre grâce. Princesse Bertille. Prince Bertin.

L’homme qui s’adresse à eux doit avoir le début quarantaine et vu comme il est le seul à s’être avancé vers eux à leur arrivée, il est fort à parier que son rôle s’apparente à celui d’un majordome, même si dans une maison si peu occupée que celle-ci il y a fort peu à faire, évidemment, sauf quand Bertin vient passer quelques jours.

- Merci, Matt. J’espère que tout est prêt pour accueillir nos invitées ?
- Oui, mon prince.
- Bien. Faites monter les affaires de ces dames à leur chambre, voulez-vous ?

Et Bertin de se tourner vers Jehanne et Bertille.

- Puis-je vous proposer de faire un tour rapide de la demeure pendant qu’on s’occupe de monter vos affaires, ma dame ?

Un sourire invitant, un regard pour Bertille vers qui il se penche.

- Et si tu nous accompagnes, je t’indiquerai où tu pourras jouer tranquillement sans déranger les gens qui doivent travailler pendant tes vacances.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Dim 4 Fév - 1:49

Le voyage fut plutôt court. Comment ne pas l'être ? s'ils avaient voyagés par voie de terre, ils en auraient eu pour bien plus de temps. Sans compter qu'il était loin d'être sûr, le chemin entre Port-Liberté et Vivécume ! Surtout pour une duchesse honnie et sa fille infiniment plus précieuse. Et même si Bertin avait pu les protéger - ce dont personne ne doutait -, même si il y avait eu des gardes.
Non, définitivement, leur solution était meilleure. Et puis Bertille n'avait eu que très peu l'occasion de voyager par portail : une expérience enrichissante, plus qu'incongrue pour qui n'avait pas l'habitude.
A voir la manière, presque désinvolte - si caractéristique que Jehanne en sourirait presque si elle ne se savait observée - dont il saluait son personnel, alors qu'elle-même rendait avec grâce et en silence un salut, elle sentit déjà que l'ambiance de ces prochains jours n'auraient rien à voir.
Plus que des vacances, c'était la liberté qui s'offrait à eux. Belle, dangereuse et tentatrice liberté. Mère de toutes les folies. Heureusement que Jehanne, la mesurée, la patiente et prudente, n'était pas du genre à faire des faux pas. Ou alors, trop petits pour être remarqués par d'autres.

La petite princesse acquiesça en même temps que sa mère, peut-être plus énergiquement que le doux mouvement de la trentenaire. "Je vais pas laisser maman toute seule... Et je veux bien voir où jouer. " Elle réclamait à peine, avec un sourire innocent. Elle prit d'autorité la main de Bertin, pour l'accompagner, pendant que la duchesse laissait échapper un soupir amusé. Elle posa sur elle un regard tendre et énigmatique, un je t'aime qu'elle était bien la seule à comprendre.  Cette sortie, c'était aussi pour elle. Pour qu'elle puisse découvrir ce monde. Qu'elle apprenne à l'appréhender sans crainte aucune.

Ils partirent, pour la courte visite... Au rythme de Bertille. Energique, mais avec de courtes jambes, il fallait faire attention à ne pas la distancer, ou se laisser distancer suivant le cas. Jehanne, de son côté, appréciait le peu de décoration et les murs. Bien que tout soit construit dans le plus pur style ansemarien, elle ne ressentait pas le moindre malaise : les murs étaient épais, et semblaient tous pleins. Peu de chance qu'on cherchât à les écouter, lorsque viendrait le moment où elle laisserait enfin sa voix résonner, même si ce n'était qu'un souffle confiné à sa chambre. Peut-être était-ce mieux, par ailleurs, que Bertille les aient accompagnés.
"C'est quoi, cette porte ? Je peux jouer là ? " les questions fusaient, alors que Bertille regardait de partout, pointant alternativement des portes et des coins. "Et sinon là ? C'est mieux là ? "

Avec amusement, sans jamais rien dire, et toujours en notant le calme dénuement des murs - une décoration qui était tellement associée à Bertin qu'elle ne la questionnait pas -, la duchesse songeait à l'Ancre-Fleurie. Demeure de comte également, bien que leur résidence n'appartînt pas à la famille ducale comme c'était le cas ici, elle était si différente ! Pas uniquement parce qu'il s'agissait d'une demeure lagrane - son père se targuait bien assez d'être à moitié Ansemarien -, mais bien parce qu'il y avait toujours un tableau, une sculpture là où on ne l'y aurait pas attendu. Le manoir de son enfance était quelque chose d'infiniment différent.
Un jour, peut-être, pourraient-ils le voir, eux trois.
Egarement. Alors qu'ils marchaient, que la visite s'approchait de la fin, la main de Jehanne vint pour effleurer celle de Bertin. La surprise se lut sur son visage, mais pas dans ses yeux.
Personne derrière eux. Bertille était occupée à tenter de deviner ce qu'il y avait derrière la porte.
Juste pour me prouver que tu es vraiment là.
Et pas un mirage.
"Je sais pas. Une salle pour jouer ! Votre chambre ! Celle de maman ! Une chambre où y a plein de vivenefs miniatures ! "

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Ven 9 Fév - 7:15

Faire preuve de patience. Voilà qui lui semblait à présent une terrible épreuve. Nécessaire, certes, pour maintenir l’illusion mise en place par plus de dix ans de mensonges et cachoteries, seconde nature à présent, et donc lui venant aisément… Cela ne l’empêcher pas de trouver la distance entre eux particulièrement difficile. Il faut dire que là où Jehanne n’a eu qu’un jour pour se laisser aller à imaginer leurs vacances inattendues, Bertin a eu plusieurs longues journées. Et on ne peut pas dire qu’il soit réputé pour sa patience qui a déjà été mise à rude épreuve depuis son retour. Ils sont séparés depuis si longtemps que la présence de quiconque d’autre que Bertille aurait été une terrible torture !

Cette présence enfantine, cette joie de vivre, cette innocence qu’est sa fille – enfin, sa nièce, doit-il se rappeler – comment pourrait-il lui en vouloir d’être là, avec eux ? D’autant plus que son offre de lui faire découvrir Vivécume était des plus sincères. Il a envie de passer du deux avec elle. Puis voilà qui est une occasion parfaite de passer du temps en famille, loin des yeux indiscrets des nobles qui fréquentent la cour de Bartholomé. Les moments seuls avec Jehanne viendront, il le sait. Il y veillera, même. Ça, Jehanne n’en doute sans doute pas, le connaissant. Elle partage probablement son opinion, d’ailleurs.

Pour le moment, l’enthousiasme de la petite chasse le fort désir qu’il éprouve de se retrouver seul avec sa dame. Enfin, sans parvenir à le chasser réellement, elle le pousse plutôt dans un coin de l’esprit de son père en l’entraînant déjà dans son désir de découvrir cette demeure qui lui est encore inconnue. Peut-être un jour lui appartiendra-t-elle ? C’est une pensée pour un autre jour, un autre moment moins heureux que celui qu’ils partagent, sans doute. Pour une fois en visitant cette maison, Bertin ne songera pas qu’il doit trouver une épouse. Un sentiment plus que bienvenu.

- Elle n’est pas seule si elle m’accompagne, va ! lance-t-il en riant légèrement suite à la réaction de Bertille.

C’est Bertille qui se serait retrouvée « seule » si elle avait refusé, bien que Bertin ne l’aurait évidemment pas laissée à elle-même dans une maison inconnue. Une des domestiques aurait pu lui montrer sa chambre si elle l’avait désiré. Il lui sourit quand elle prend sa main, la serrant avec une certaine tendresse qu’il prend garde de ne pas laisser déborder, s’aidant d’un discours qui n’est pas nécessaire, mais qui convient à cacher l’intensité des émotions qui l’habitent. C’est un grand moment pour lui, de pouvoir enfin partager son domaine avec elles, même de façon camouflée.

- La demeure n’est pas grande, la visite ne prendra guerre de temps, mais cela permettra aux domestiques de monter vos affaires. Permettez-vous que je vous offre mon bras, ma dame ?

Ce sera donc entouré d’elles deux, le bras de l’aînée sur le sien, l amain de la plus jeune dans la sienne, qu’il se dirigera vers la porte la plus près d’eux. Du hall, donc, il les guidera vers un salon où il aurait pu faire bon e poser pour se détendre et discuter, si Jehanne avait été un peu plus bavarde, à tout le moins. Bertin n’a pas besoin du confort du salon pour monologuer avec elle. Il préfère de loin l’intimité des bras de Jehanne et les conversations échangées à mi-voix ! Ils se dirigent vers l’escalier qui mènera à l’étage et aux chambres, donc, lorsque, curieuse, Bertille s’approche d’une porte de l’autre côté du hall où leurs pas les ont ramenés. Presque aussitôt, le couloir résonne de l’écho de ceux de Matt qui s’approche légèrement, faisant signe à Bertin qu’il aurait à lui parler. Bertin s’éloigne donc quelque peu pour rejoindre son majordome avec qui il échange quelques mots à voix basse. Puis l’homme disparaît par la porte de service et Bertin rejoint de nouveau les siennes.

-Vos bagages ont été montés dans vos chambres respectives et votre dame s’occupe de les défaire, dit-il dans un sourire.

Seuls, enfin. Les serviteurs sont occupés, ou encore se sont retirés. Occasion parfaite pour ce contact inattendu, bref, mais pourtant délicieux de Jehanne qui le force à réprimer un doux frisson. Il pose sur elle un regard dans lequel elle seule, peut-être, pourrait saisir la profondeur, l’ampleur de son amour pour elle. Il ne s’attarde pas, cependant, de crainte que la petite parvienne à déchiffrer les expressions de ses parents et leur conversation muette. Tournant de nouveau le regard vers Bertille, donc, il reprend avec amusement :

- Derrière cette porte se trouve quelque chose de merveilleux qui fait en sorte qu’on ne s’ennuie jamais quand on s’y trouve.

Il y a une légère touche d’ironie dans son ton, tout de même. Jehanne connait si bien Bertin qu’elle l’entendra sans doute. Bertille, en pleine enfance, toute innocente, sans doute moins. Le prince se veut joueur, après tout. Il plonge la main dans sa poche, la regardant avec de grands yeux presque émerveillés, et en sort une clé qu’il montre à la jeune fille.

- C’est si précieux qu’il nous faudra utiliser cette clé pour y accéder. Il n’y a que quelques personnes qui peuvent se vanter de pouvoir y entrer…

Il semble un brin amusé à présent. Il sait très bien qu’il la fait marcher au moins un peu. Elle s’en rendra bientôt compte quand il viendra déverrouiller la porte et l’invite à l’ouvrir et à entrer.  La pièce est plongée dans la pénombre et il y fait frais, comme si on ne s’attendait pas à ce que Bertin la visite à son premier jour à Vivécume. Ça ne lui ressemble pas du tout, d’ailleurs. Pourtant il connait bien l’endroit qu’il travers de quelques-unes de ses longues enjambées pour ouvrir les tentures et laisser la lumière du jour embrasser… son bureau.

- Source d’infinis divertissements, si tant soit peu qu’on s’intéresse à la gestion du domaine et à ses habitants, dit-il en retenant un soupir. Je devrai travailler pendant votre séjour, alors profites de ce moment pour bien admirer le tout, tu ne pourras pas l’explorer à nouveau !

Ce bureau ressemble à Bertin. Enfin, pas la table de travail elle-même qui est bien torp rangée pour lui, mais la bibliothèque où se trouve un mélange incongru de livres sur divers sujets – politique, histoire, magie, littérature… – de souvenirs en tout genre et, empilés ici et là, des parchemins de sa plume, tantôt brèves idées notées puis plus qu’à demi oubliées, ailleurs des esquisses, ou peut-être même quelques exercices du temps de sa jeunesse qui auraient échappés aux flammes qui les menace chaque fois qu’il s’ennuie dans ce bureau où il doit passer trop de temps à son goût. Sans compter les projets abandonnés et les recettes qu’il serait parvenu à noter à force d’embêter sa cuisinière. Ça n’a rien du désordre de son bureau à Port-Liberté, cependant. Là-bas, il a déjà réussi à mettre suffisamment la pagaille pour qu’on ignore que, pendant son absence, tout avait été méticuleusement rangé par son intendant. Non. Ici, le désordre vient davantage d’un regroupement hétéroclite que de la paresse de Bertin à organiser ses affaires dès qu’il est question de tâches administratives, qu’elles soient liées aux Chavaucheurs ou à Vivécume. Il sourit en mettant la main sur un volume mis en évidence sur la table dénudée. Il l’ouvre et feuillette brièvement avant de le tendre à Bertille.

- J’ai demandé à Matt s’il pouvait me retrouver ce livre. Il contient quelques contes que j’aimais bien lire quand je venais en vacances ici à ton âge. Je me suis dit qu’il t’intéresserait peut-être.

Il profite du fait que l’attention de Bertille soit momentanément captée pour poser un regard tendre, aimant sur Jehanne. « Bientôt », songe-t-il. Il les fera bientôt monter pour leur faire découvrir leur chambre. Peut-être pourra-t-il même voler un peu de temps seul avec elle avant le repas. Il voudrait tant échanger plus que quelques regards discrets avec elle. Elle lui manque terriblement, sa Jehanne. Celle qui s’ouvre en sa présence, qui se risque à laisser entendre sa voix… il espère pouvoir la retrouver pendant leurs vacances.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 10 Fév - 0:59

La proximité avec Bertin rendait tout plus difficile, ici. Jehanne, en bonne personne bien trop discrète, ne pouvait que s'en rendre compte : elle qui d'ordinaire réussissait à repousser le besoin d'être auprès de lui au plus profond de son être, ici, le laissait ressurgir et affleurer dans ses gestes. Elle était loin d'être stupide, et jamais elle ne se dévoilerait complètement, grands dieux, non ! Mais il lui était possible, fortement, de plus laisser cours à son tempérament naturellement tourné vers l'affection et vers la recherche de complémentarité.  Elle voulait être avec Bertin. Elle voulait qu'il restât avec elle, et Bertille. Que ce moment où elle déambulait, à son bras et leur fille lui tenant la main, ne soit pas juste une scène touchante, une image qu'elle graverait dans ses rêves.
Ca devait être la réalité. C'aurait du être la réalité.  Et à cause des ambitions stupides de son père, des années auparavant, ce n'était rien de plus qu'une image fugace à garder au fond de son esprit.

Bertille, devant la porte, continuait de s'interroger avec excitation. Elle avait, au moins, la chance de pouvoir encore s'émerveiller de plus d'une chose et ce même si ce n'était rien de bien important. Son esprit était toujours en constante évolution, et recherchait dans le moment présent plus d'une raison de ne pas partir en totale vrille d'inspiration, de voir des arabesques se dessiner sans raison d'où jailliraient des dragons. Et son père, il fallait le dire, ne faisait rien pour la calmer dans cette ardeur créative : tant mieux, en un sens. L'attente n'en serait que plus insupportable, pour elle. Et plus attentive pour Jehanne, qui suivait avec intérêt les mouvements. Elle aussi avait une forme de curiosité dans l'esprit, qu'elle ne saurait pas satisfaire entièrement.
Oh, elle entend la nuance dans sa voix, et le regard amusé qu'elle lui lance trahissait bien sa compréhension. Bertille, cependant, trépignait littéralement d'impatience - action bien peu princière, mais personne n'irait voir sous sa jupe de fillette si ses petits pieds tapotaient le sol.
" Je peux voir ? s'il vous plaît ! "

La demande faisait sourire, surtout quand on savait, enfin, ce qu'il se trouvait derrière. Pourtant, cela ne sembla pas déranger Bertille. Celle-ci fonça presqu'à l'intérieur, même avec les explications de son géniteur: elle avait une soif de découverte qu'elle ne pourrait, pendant de longues années, sans doute pas retenir et encore moins épancher. Une envie de connaître, de découvrir quoi qu'il puisse lui tomber sous la main. Si elle tenait son pas presqu'aérien de sa mère, son caractère, définitivement, tendait à copier celui de son oncle... Et de son père. L'un comme l'autre, ou l'un se croyant l'autre, ils participaient à l'éducation de la princesse.
Lorsque la lumière pénétra par les fenêtres, la lueur d'intérêt dans les yeux de la petite ne faiblit pas. Au contraire, elle continua de briller. Différente, certes. Mais elle brillait. "J'aime bien." décréta-t-elle tout doucement. Elle n'osait pas explorer au pas de course l'endroit, de peur d'en perturber la quiétude presque solennelle des lieux que l'on ne visite que peu ; peur que son souffle ne ternisse l'atmosphère encore endormie de cette pièce ; peur qu'en fermant les yeux, elle les réouvre sur un autre univers, tellement différent.  
Non. Il était toujours là, le bureau. Elle commença à l'arpenter un peu, les yeux grands ouverts comme s'il regorgeait de merveilles à découvrir. Jehanne, entrée avec eux, la regardait faire avec une forme d'adoration dans le regard qu'elle ne gardait que pour elle. Et pour lui. Que pour ces gens de sa famille, chers à son coeur.

Lorsque la jeune princesse s'empara du volume, elle fit un grand sourire à Bertin. "Le lira-t-on ensemble ? Je vous montrerai... Je sais bien lire maintenant ! " Avec force de hochements de tête pour tenter de donner du poids à ses mots, elle souriait, elle souriait tellement ! Elle en aurait mal aux joues, quand ils repartiraient. La joie et la nouveauté faisaient cet effet-là.
Immédiatement après sa demande, elle retourna à l'exploration du bureau, en serrant précieusement le livre contre sa poitrine. Elle s'intéressait surtout aux choses anodines : les titres des ouvrages sur les étagères, ou les papiers qui pouvaient attirer son attention.
Jehanne, elle, gardait un oeil sur elle... Oeil qui fut bien vite attiré par leur hôte. Par ce regard, qu'elle lui rendit. Par ses mains, sagement repliées sur sa robe, qui agrippèrent le tissu un instant pour ne pas se tendre vers lui. Il était une chose de vivre à ses côtés pendant des années, de ne pouvoir le côtoyer que sporadiquement... Et une toute autre que de se retrouver si proches, loin de toute menace - ou presque, car dans la nuit toujours les sombres Cavaliers s'élanceraient à la recherche d'une nouvelle proie.
La duchesse finit par détourner le regard, cherchant dans l'étude de la prétendue épaisseur des murs et dans les babillages de sa fille une raison pour calmer son esprit.
"... Il y a marqué dragons, là."
"Celui-ci, je ne le comprends pas."
"Ca doit être de l'histoire. "

Et autres joyeuses remarques.

Enfin, Bertille sembla décider qu'elle avait percé les secrets du bureau de son oncle, et revint pour lui prendre la main à nouveau, le livre étroitement serré sous son autre bras. " J'ai tout vu ! " déclara-t-elle avec ce petit sourire qu'elle tenait, assurément, de lui. Sujet de lourdes inquiétudes : ici, sur ces terres où Bertin vivait en maître et où tous le connaissaient, seraient-ils plus enclins à voir la ressemblance entre la fille reconnue de son frère et lui-même ?
Jehanne prierait, ce soir encore, Bramir. Que sa fille, fille du secret, ne voit jamais sa vie brisée par sa naissance et par l'amour impossible que les deux menaient en secret.

"C'était bien, mais je promets de vous laisser y travailler en paix. Je ne viendrai pas jouer ici. De toute manière, les bureaux sont faits pour travailler, et des fois pour gronder les gens. Mais travailler." La petite fille jeta un regard vers sa mère, qui souriait énigmatiquement. "Et puis je passerai du temps avec maman. "
Leur marche reprit, dans les couloirs. La blonde duchesse faisait de son mieux pour suivre sans que son regard ne s'égare trop longtemps sur lui, sans qu'elle, inconsciemment, ne tente de se rapprocher. C'était comme un irritant feu qui démangerait et rongerait la peau tendue, là, sous ses doigts.
Si proche.
Mais elle se contentait de marcher, observant la décoration presque sommaire du manoir.
Tellement proche.
Elle connaissait la morsure, depuis le temps, et jamais celle-ci n'avait été si violente.  Elle se contentait de suivre et d'endurer.

Ils arrivèrent devant des portes, et, avant que Bertin n'ait le temps de parler, l'une d'entre elle s'ouvrit sur la servante ... La quelque chose, qui avait été désignée pour les accompagner, laissant entrevoir par la porte une malle vide. Se fendant d'une profonde révérence, elle disparut dans une autre direction - pour aller rejoindre la chambre de Bertille, où la malle n'avait pas terminé d'être défaite, sans doute.
"C'est ma chambre ? " interrogea la petite, en tendant la tête vers l'endroit où elle venait de disparaître. Curiosité, à suivre l'une des suivantes de sa mère qu'elle connaissait et appréciait. "Je peux ? " Et, après le mouvement de tête affirmatif de sa mère, elle les laissa à nouveau, pour disparaître dans la pièce.

Seuls. Pour peu de temps, sans doute quelques minutes. Mais seuls. Son coeur battait la chamade dans sa poitrine, mais elle n'osait pas se tourner vers lui, combler l'espace : le couloir restait un lieu de circulation.
Je ne sais même pas par où commencer. Mais il n'y avait vraiment personne, autour d'eux. Son regard trouva le sien, fermement décidé à y rester, faute pouvoir parler.
Elle se glissa dans la chambre qu'elle avait supposé sienne - avec raison -, pour pencher la tête légèrement. Et que toute idée mal placée sorte de la tête de celui qui pouvait y voir une invitation : il y avait un temps pour tout. Et pour l'heure, elle voulait le remercier, voler un instant... Ou le construire. Ce n'était pas volé, ici.
Merci. Elle l'attira dans ses bras, à l'abri des regards qui auraient pu arriver. L'oreille alerte au moindre pas. Retrouvant sa chaleur, sa présence, tout son être qu'elle avait cru perdre lors de la guerre et qu'elle n'avait, encore, pas pu retrouver dans son entièreté à Port-Liberté.
Merci.
"Merci."
Souffle qui glisse au creux de l'oreille, tel un mirage, rien de plus.


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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Lun 19 Fév - 5:58

Qu’il aurait aimé que ce moment leur soit donné tous les jours, comme à une vraie famille. Il y aspire en silence depuis tant d’années déjà. Que leurs moments ensemble soient vrais, et non teintés des mensonges qu’ils doivent inventer pour justifier leurs rencontres. Comme dans cette réalité dont Jehanne ne garde aucun souvenir… peut-être était-ce mieux ainsi pour le cœur de la duchesse, et Bertin n’a pas le courage de le lui raconter. Cela est déjà assez difficile à vivre pour eux deux. Ce moment volé est aussi vrai que ce qu’ils peuvent se permettre, et un étranger verrait sans doute en eux une famille en ce moment. En ces lieux éloignés des regards indiscrets, leur proximité relative est acceptable. Il est leur hôte, après tout. Et même s’ils étaient mariés, en fait, ils ne seraient pas libres de faire ce qu’ils voulaient dans les couloirs du palais. Il y a une limite à ne pas outrepasser sous les yeux curieux des sujets… Y penser rend l’attente une tout petit peu moins pénible. Il peut s’imaginer, brièvement afin d’éviter un écart de conduite trop révélateur, marié à nouveau avec elle. Un joli rêve… mais ce n’est qu’un rêve, justement.

Heureusement qu’il y a Bertille pour les distraire avec son impatience mignonne comme tout. Bertin a du mal à ne pas rire de bon cœur en la voyant. Cet abandon simple à leur bonheur serait trop révélateur, juge-t-il, si bien qu’il se retient, se contentant de sourire avec tendresse. Comment ne le pourrait-il pas devant elle ? Il lui tend la clé, la laissant ouvrir le bureau dans lequel il s’enfonce. Un moment plus tard les tentures sont écartées et il peut se tourner pour observer sa fille, le même sourire tendre aux lèvres. Bertille et sa curiosité débordée qui fouine avec douceur dans cette pièce ordinairement ennuyeusement calme. De quoi ajouter une touche de chaleur à la pièce, même si l’idée d’y travailler seul les jours prochains ne le réjouit pas.

- Le lira-t-on ensemble ? Je vous montrerai… Je sais bien lire maintenant !
- Ce sera avec plaisir. Je t’écouterai après dîner, si tu veux. Au salon s’il n’est pas trop tard, sinon dans ta chambre, comme histoire avant de dormir.

Il se doute que Jehanne n’aura rien contre la présence de leur fille pour un moment – court – qui permette à Bertin de se lier à elle. Cela les privera l’un de l’autre un peu plus longtemps, certes, mais ils ne peuvent tout de même pas envoyer Bertille dans sa chambre sans raison. Et ces vacances sont une occasion parfaite de passer du temps avec la jeune fille qu’il voit bien trop peu à son goût. Il est dur de trouver des excuses valables pour la voir à Port-Liberté.

Ici, par contre, il a toutes les raisons du monde. Et avec la permission de Bartholomé qui plus est ! Si bien qu’il lui fait plaisir de laisser la petite explorer le bureau à sa guise, l’observer, voir à quel point elle devient une jeune fille éveillée. Le bureau n’a guère d’ouvrages intéressants pour une enfant de cet âge – outre celui qu’il lui a déjà remis –, mais cela ne l’empêche pas de s’émerveiller devant le tout. À travers elle, il se revoit à son âge en train d’explorer la demeure lorsque, en vacances comme elle, il pouvait enfin vivre sa vie sans avoir de précepteurs sur le dos. C’était trop rares, et il espérait qu’elle apprécierait la petite pause dans ses leçons régulières.

- D’où tiens-tu que les bureaux servent à gronder les gens toi ?

Cette fois, il ne peut s’empêcher de rire de bon cœur. Cela lui semble être une approche particulière tout de même. Ce n’est certainement pas une utilité fréquente pour lui, mais peut-être est-ce une pratique plus courante chez Bartholomé. Il ne pourrait pas le savoir, du peu qu’il a fréquenté le bureau de son frère dernièrement.

- Mais c’est bien que tu veuilles me laisser travailler. J’apprécie. Je veillerai à ce que quelqu’un soit à votre disposition afin que vous puissiez vous balader, mais j’avoue que j’espère réussir à boucler mon travail assez rapidement pour vous servir de guide et de protecteur moi-même !

Il lui sourit ensuite, l’entraînant vers l’étage avec sa mère puisque sa curiosité est – temporairement à tout le moins – rassasiée. Il tarde à Bertin de retrouver les bras de Jehanne, il n’a certainement pas besoin de le lui dire pour qu’elle le sache. C’est quelque chose d’intense qu’ils partagent en silence. La main de Bertille dans la sienne, et l’arrivée de la servante devant eux lui rappellent qu’il doit tenir. Encore un peu. Il s’écarte légèrement pour laisser passer la servante dans le couloir avec un sourire qui s’élargit à la question de Bertille.

- Elle vient d’entrer dans ta chambre, oui. Et ça, c’est celle de ta mère.

Elle ne lui demande rien à lui, mais il hoche la tête tout de même quand elle s'enquiet pour savoir si elle peut y aller. Il n’y voit aucun inconvénient, bien au contraire. Jehanne et lui se retrouvent ainsi enfin seuls. Péniblement seuls d’abord, parce que dans le couloir, lieu fort sensible aux regards indiscrets, aux rencontres inattendues... Non, ce n’est pas encore le moment de se laisser aller. Mais ce qu’il en a envie ! Elle le verra dans son regard. Il se retient quand elle recule, jetant un bref regard de chaque côté afin de s’assurer que personne ne le verrait entrer chez elle. Son geste n’avait peut-être rien de l’invitation, aux yeux d’étrangers, mais ils se comprennent…

Dans cette chambre, il est sur ses gardes, comme elle. Pourtant, ses oreilles lui confirment qu’ils sont encore seuls, pour un instant, d’autant plus qu’il entend son merci, à peine audible et pourtant si cher à ses yeux et qu'elle n'aurait prononcé si elle avait senti le moindre danger. Il lui sourit, tournant la tête tout juste assez pour poser un baiser tendre sur ses lèvres. Un seul baiser, déjà folie immense dans la situation actuelle, mais dont il n’a pas su se priver plus longtemps. Un baiser et un regard qui en révéleront davantage sur les sentiments de Bertin que cent mots.

- Il me tarde d’être avec toi ce soir… Tu me manques terriblement…

Il peut entendre l’écho de la voix de Bertille dans le couloir, sans doute provenant de sa chambre, et il n’ose rien dire de plus, rien faire de plus que serrer Jehanne contre lui, les oreilles aux aguets, le regard plongé dans le sien. Partage muet d'un moment volé. Ou construit. Ou les deux...

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Ven 23 Fév - 13:20

Sûrement Bertille aurait-elle aimé en apprendre plus sur les ouvrages prétendument fabuleux qui peuplaient la bibliothèque de Bertin, dans son bureau. La jeune, à son tendre âge, avait en elle cette soif de connaissances qui ne souffrait aucune limite. Jehanne, douce et prompte secrètement à la nostalgie, se laissa aller à se revoir plus jeune. Des années auparavant, à l’Ancre-Fleurie. Là où, de son enfance elle se souvenait des vagues qui frappaient le littoral presque sous sa fenêtre – le manoir du comte était construit bien près de l’eau, sur une vaste étendue herbeuse qui se poursuivait en jardins et vergers à l’arrière, et en une plage douce à l’avant –, elle avait également de bons souvenirs de ses apprentissages. Les leçons ne l’avaient jamais rebutées, même si la désormais duchesse se devait d’avouer avoir plus d’une fois déposé une broderie de dépit. Même de nos jours, lorsqu’elle s’ennuyait profondément auprès de la seule dame qui lui restait – et qui, elle, excellait dans l’art de la broderie – elle préférait mille fois s’occuper l’esprit que les mains avec ce genre de création artistique.
Mais la connaissance, elle, était une chose qu’elle avait toujours recherché. Les lourds volumes de la bibliothèque familiale, couplées à des connaissances qui grandissaient au contact des plantes, lui auraient assurés selon son professeur un avenir à l’Académie. Bien sûr, ses rêves, comme vous pouviez le constater, avaient été réduits en cendres depuis longtemps – sinon, que ferait-elle ici ? –, mais il n’empêchait.
Au moins, Bartholomé ne lui restreignait pas l’accès aux livres, et elle était relativement libre de se cultiver sur ce sujet qui la passionnait. Les plantes marines, majoritairement – sur quel autre type de végétation, à part celle du littoral, les intellectuels respectés et décédés pour la plupart du duché des océans pouvaient-ils écrire ?
Non, Jehanne était relativement libre dans ses lectures et apprentissages. Et elle était heureuse de voir que la curiosité presque ansemarienne de sa fille faisait ressortir son envie d’apprendre.

Tout en marchant, Bertille, très sérieusement, avait expliqué sa vision du bureau à Bertin. La tête légèrement penchée sur le côté. « Quand papa n’est pas content de quelqu’un, il le fait venir dans son bureau. Donc les bureaux ça sert aussi à gronder. » Raisonnement logique. Au moins, sa remarque avait pu faire rire le prince. En ces temps troublés, on n’entendait que les échos des lamentations et des chuchotis de peur. Seuls les enfants et les fous se permettaient de rire. Ca faisait du bien, d’échapper à la tristesse et à l’angoisse pour quelques temps.

Bertille était une formidable petite fille, songea Jehanne en la regardant converser avec son père – le cœur serré, un instant, à cette idée. Un jour elle se devrait de lui dire. S’il n’y avait pas sa fille, depuis longtemps Jehanne se serait enfuie. Cachée quelque part, sous une autre identité. Elle n’aurait manqué à personne, de toute manière, et ceux qui l’auraient cherchée par passion ou par amitié auraient eu sans problème accès à sa cache. Mais il y avait Bertille. Bertille, que le duc chérissait. Et enlever la princesse héritière du trône d’Ansemer, en plus de fuir son rôle de duchesse, demanderait de la blonde Lagrane une force qu’elle ne trouvait pas encore.

C’était à cela qu’elle songeait, également, alors qu’ils profitaient d’un calme interdit dans la chambre vide qui serait la sienne. C’était cela qu’elle glissait dans son merci, certaine qu’on ne l’entendrait pas. Merci de nous permettre cette fuite qui ne se réaliserait sans doute jamais.  
Sa main remonta doucement pour aller glisser sur sa joue, tracer la forme de son visage juste du bout des doigts. Sur la pointe des pieds, juste assez haute pour atteindre ses lèvres sans avoir besoin de le solliciter, elle l’embrassa en retour, laissant les mots prononcés se glisser dans le silence ponctué par des exclamations joyeuses de leur fille, loin encore. Elle mettait toute son impatience retenue, dans ce baiser – maîtresse qu’elle était à la contrôler ! Et tout son amour, d’une force et d’une douceur qu’elle n’avait jamais connu avant lui. Bientôt, c’était encore si loin, et le ciel était beaucoup trop éclairé à son goût. L’attente, dans les derniers instants, les dernières heures, était toujours la plus douloureuse.
Elle ne prononça pas d’autre mot, sachant que, quoi qu’il arrivât, ses gestes toujours seraient plus équivoques pour lui. Les paroles étaient précieuses, mais depuis longtemps elle savait nuancer les mots. Mais ses gestes, ses regards… Avec lui, elle n’était que vérité.  

Se retrouver, enfin. Vraiment. Pouvoir sans peur se parler, se toucher, s’assurer enfin qu’ils étaient vivants tout deux. Ses doigts, sur sa joue, la caressaient lentement. Plus de dix ans, et elle arrivait encore à s’émerveiller de le découvrir, secrètement. Dans ses yeux bleus, couleur d’océan, il y avait toute l’attente et l’espérance qu’elle pouvait retrouver dans le regard de Bertin. Un écho douloureux, qui feraient d’autant plus s’allonger les heures jusqu’au soir.

Ce ne fut que lorsqu’elle entendit le pas léger de Bertille dans le couloir qu’elle se détacha de lui, retournant à une posture plus digne.
« Maman… Vous venez voir ma chambre ? Elle est toute belle. » C’était un enthousiasme sincère qui se lisait sur les traits de la petite, et Jehanne lui tendit la main pour qu’elle la guidât, penchant la tête.
Et, effectivement, sa chambre était magnifique. Détail plus ou moins utile, mais, puisqu’il rendait heureux Bertille…

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 3 Mar - 22:30

Il est agréablement surpris par le sens d’observation de Bertille. La réflexion de sa fille lui tire d’ailleurs un sourire, et il hoche la tête à son intention. « Tu as raison. Ton père va devoir se méfier, tu as un excellent sens de l’observation ! » Il dit ça à la blague, légèrement, en fait qu’elle observe Bartholomé dans sa vie de duc n’est pas forcément une mauvaise chose. Il y a des comportements qu’il vaudrait mieux ne pas lui enseigner, certes, mais… Enfin, la pensée lui apparait d’autant plus vrai qu’il réalise que s’ils ne sont pas prudents, Jehanne et lui, elle pourrait se rendre compte de ce qui se passe entre eux. Cela les mettrait tous les trois en danger. Comment expliquer à une jeune fille qu’elle ne doit jamais en parler ? Et surtout comment être certain qu’elle ne s’échapperait pas sans le vouloir, auprès de Bartholomé, par exemple ?

Heureusement qu’il a la présence de Jehanne contre lui quelques instants plus tard pour empêcher son esprit de s’éloigner sur ce chemin périlleux. Se concentrer sur ces peurs ne servirait qu’à rompre le charme de ce moment qu’il a travailler dur pour leur gagner. Maintenant qu’ils sont ici, presque libres, il compte profiter pleinement de leurs moments ensemble. Profiter de cette éteinte beaucoup trop brèves, de ses lèvres contre les siennes, de cette main, ces doigts qui caressent son visage avec une douceur enivrante !

Quand Bertille approche, il affiche un sourire calme alors qu’il s’éloigne de quelques pas en faisant mine d’observer la chambre. Elle lui rappelle des souvenirs, Ça avait été celle de sa mère en vacances, un été, pendant que sa suite préférée – qui donnait sur la mer –  était rénovée. Il ne se souvient guère des détails à présent, si ce n’est qu’il avait été disputé par sa mère pour une bêtise qu’il avait commis et dont il a tout oublié. Cela le fait sourire légèrement. Il se retourne tout juste à temps pour suivre Jehanne et Bertille jusque dans la chambre de cette dernière. Il lui fait plaisir de voir que la jeune fille apprécie l’endroit, cette maison de vacances – la famille ducale ne l’utilise pour rien d’autre à l’heure actuelle – qu’il ne lui avait encore jamais été donné de découvrir. Qu’il est beau de la voir s’émerveiller de si peu, surtout en ces temps troublés !

Il aurait pu rester auprès d’elle, l’écouter détailler ce qui lui plait dans la chambre, ou même davantage, mais la fatigue le guette et il soupire légèrement, cachant le léger inconfort qui se pointe. La chute est encore toute récente, et même s’il travaille dur pour se remettre, il court sur ses pieds depuis plusieurs heures pour tout préparer. Il a besoin d’une pause. Et il ne sert à rien d’inquiéter la petite.

- Je vais vous laisser vous installer à votre aise, mes dames. Il faut que j’aille défaire mes propres affaires. Après le front, la présence d’un valet m’a semblée superflue pour quelques jours.

Elle sait sans doute qu’il vient passer à Vivécume quelques jours plusieurs fois par année. Chaque fois, il refuse d’être accompagné d’un serviteur, affirmant qu’il ne s’y rend que pour le « travail », dont il fait bien sûr aussi peu que possible une fois sur place. Vivécume est un lieu de vacances, de repos, loin de la vie de cour et des exigences de son rôle de chevaucheur. Elle imagine sans doute que ce sera le cas encore cette fois-ci, elle le connait trop bien pour douter du contraire, quoi qu’il affirme. Se rend-t-elle compte, cependant, que s’ils se sont si peu croisés ces derniers jours, ce n’est pas uniquement à cause de ses traitements et de la fatigue, mais aussi parce qu’il a mis les bouchées double pour faire autant de travail que son état le lui a permis ? Ainsi ils pourront passer plus de temps ensemble, du moins l’espère-t-il…

- Permettez-vous que je me retire, ma dame ? Je n’en aurai pas pour longtemps. Je viendrai vous offrir mon bras pour descendre au déjeuner. Que personne ne dise que je manque à mes devoirs d’hôte !

Il a un petit rire, léger, charmant. Il s’incline légèrement avant de quitter la pièce, leur lançant à toutes les deux un discret sourire avant de retrouver sa propre chambre à l’autre bout du couloir. Il devrait défaire son sac, mais l’énergie lui manque, et il s’affaisse plutôt dans un fauteuil près de la cheminée. La chaleur le détend, et être assis lui fait du bien. La balade à travers la demeure a été courte, mais tous les préparatifs avant le voyage, les gens à rencontrer, les affaires à empaqueter… Il se rend compte que la route vers la pleine rémission après sa chute sera longue. Il le savait, certes, depuis le premier jour, mais il s’en rend compte de lui-même, ce qui contribue à lui faire réaliser l’ampleur de la chance qu’il a eu.

Il a dû s’endormir là, bercé par la chaleur et le crépitement du feu. C’est la voix de Matt venant du couloir qui l’éveille. « Prince Bertin ? » Les pas franchissent le mètre qui les séparent de sa chambre et il se redresse. « Je suis là, entrez. » Sa voix est endormie. « Le repas est presque prêt. Désirez-vous toujours manger avec la duchesse et la jeune princesse ? » « Oui, merci Matt. Nous descendrons bientôt. » Et le majordome de repartir aussi discrètement qu’il est venu, laissant à Bertin un moment pour s’éveiller et s’étirer avant qu’il ne mette de l’ordre dans sa tignasse. Il ne l’a pas fait retoucher depuis son départ pour le front. Il serait sans doute temps que quelqu’un y voit. Ça et la barbe dont il n’a pas pris aussi soin qu’en temps normal ces derniers temps. Il y a curieusement mieux à faire au front que d’être coquet ! Maintenant n’est pas le moment non plus, si bien qu’après quelques coups de doigts pour replacer les mèches rebelles, il se dirige vers les chambres de ses invitées. Il tentera de les repérer à l’oreille, venant toquer à la porte de cette où elles semblent se trouver s’il les entend, sinon à celle de Jehanne.

- Ma dame, le déjeuner sera servi sous peu. Puis-je vous accompagner jusqu’à la salle à dîner ?

Bertin a pris soin, dans sa lettre, d’inclure les plats préférés de Bertille et de Jehanne. Peut-être aura-t-on préparé les crêpes que la petite adore tant pour l’accueillir ? Après le repas, il y aura certainement du temps pour une balade autour de la demeure. Peut-être même sur la plage qu’on peut apercevoir en contrebas et à laquelle on accède par un sentier. Si le temps ne se maintient pas et que les grisaille s’installe, il y aura certainement des jeux, ou même de la lecture à faire pour passer le temps. Bertin ne compte pas travailler à sa première journée ici. Il profite pleinement, attendant avec une impatience de plus en plus difficile à contrôler que le soir arrive enfin pour eux…

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Ven 9 Mar - 22:51

Elle aurait voulu rester avec lui pour une petite éternité. Se complaire, à jamais, dans ses bras. Arrêter le temps, les yeux fermés, se complaire dans ses baisers et dans sa présence. Pourquoi ne s’était-elle pas mariée avec lui ? Pourquoi n’avait-elle pas été piégée par le prince, et non le duc ? Son père, sûrement, s’en serait tout autant contenté. Elle aurait tout fait, Jehanne, pour être agréable à son époux si celui-ci avait été Bertin, dès le début ! Parce qu’il n’était pas son frère.
Parce que, le connaissant, il ne lui aurait jamais reproché d’exister, lui, a contrario de ceux qui peuplaient le palais dont ils s’étaient échappés. Parce que Bertin, si elle l’avait épousé, elle aurait su se plaire avec lui. Bien sûr, un doute la traversa un instant : Bartholomé, et même si ça la peinait de l’avouer, n’était pas un monstre horrifique. Il avait été d’une gentillesse et d’une vivacité d’esprit un peu moqueuse et attachante lorsqu’ils étaient jeunes, avant que le drame n’arrivât. Mais le mariage forcé, là où il avait eu l’impression d’être floué, avait à jamais empêché Jehanne de connaître cette vie à ces côtés à nouveau. De juste partager avec lui, en dix ans, un nouveau moment d’amitié. La plus petite des félicités, de se savoir au moins plus qu’une étrangère indésirable, c’était tout ce qu’elle lui avait demandé dans ce mariage où ils s’étaient enfoncés.

Tout ce qu’on lui avait refusé. Déjà, il s’éloignait de ses bras, et déjà ils devaient se séparer. Jehanne avait appris, comme pour bien d’autres choses à ne pas faire de remarques sur cette douleur mordante qui la prenait. On ne faisait pas ce que l’on voulait, lorsque l’on était noble. Et plus les secrets nous alourdissaient l’existence, les complots et les manigances, et plus le champ d’action se réduisait. On était en fonction des autres.
« J’aime bien la votre aussi. Mais venez voir la mienne. » continua Bertille, avec un petit air autoritaire et satisfait. Elle était un peu la voix que sa mère n’avait pas… Avec plus de répondant. Au moins, son tempérament promettait de ne pas être aussi doux que celui de Jehanne… Bien que celle-ci s’estimât avec bien peu de défauts (et curieusement, la modestie ne faisait pas non plus partie de ses qualités), moralement. Elle s’estimait autrement plus lésée sur le plan physique, mais il s’agissait d’un travail mental de longue haleine mené par Bartholomé.

D’un léger sourire, suivi d’une légère inclinaison de tête de la part de Jehanne – je te comprends. Va te reposer. –, la duchesse lui signifiait qu’il pouvait se retirer sans souci. Bertille eut l’air autrement plus triste… Mais estima, de toute sa sagesse enfantine : « Je pense que vous avez déjà vu ma chambre, c’est un peu moins grave que si maman ne la voyait pas. Et puis sinon vos affaires vont rester toutes pliées. » Ce qui était fortement logique. « Et on ne peut pas porter des robes pliées. » Non, en effet. Après un petit geste de la main, la jeune princesse revint à son explication première, dont le titre était le suivant : La couleur du ciel de lit de la chambre de maman est assortie à celle des tentures de ma chambre, et voilà pourquoi.
Explication ponctuée de gestes, de preuves, et d’une triple visite du tour de la pièce, tout ça pendant que la domestique s’occupait de déplier les robes de la petite – car il avait déjà été établi plus tôt qu’il était impossible de porter des robes pliées. Jehanne, silencieuse – comment pourrait-il en être autrement ? – la regardait, dirigeant silencieusement du regard le rangement. Elle acquiescait aux mots de sa fille, bien sûr… Mais elle voulait savoir, curieuse, où tout se rangeait. Détails inutiles.
Le reste du temps, après un changement de chambre, fut occupé par la mère et sa fille par une discussion – monologue – et un intérêt subit pour le temps dehors… Et des interrogations. Tellement d’interrogations, sur ce qu’il y aurait après, si la chambre de Bertin était aussi confortable et jolie que la leur…
Et puis, assises sur le lit de Jehanne, tout en regardant leur domestique s’occuper des tenues de la duchesse – autant de tenues pour peu de jours. A croire qu’elle aurait voulu sembler belle –, elles avaient attendu, Bertille toujours aussi fébrile, peinant à se calmer.
Elles avaient attendu, avant d’entendre un coup à la porte, et la voix de leur hôte. Jehanne s’était levée, avec un petit sourire, pour aller l’ouvrir… Et la petite fille s’était retenue de ne pas lui sauter dans les bras à nouveau. Pleine d’affections et d’envies adorables, il n’empêchait qu’elle savait se tenir tout de même un peu.


Une fois tous les trois en route, le regard de Jehanne prit bien soin de ne pas s’attarder trop longtemps sur Bertin, pendant que Bertille l’assaillait de questions innocentes à propos de l’endroit et de si son père – son oncle… Bartholomé, en somme – aimait venir ici.  
Les ordres – recommandations, plutôt – avaient été passés et suivis à la lettre. Durant le repas, la jeune princesse aux yeux émerveillés et admiratifs se chargea d’entretenir la conversation, appuyée par des regards ou des mouvements des mains et de la tête de Jehanne. Jamais auparavant les mots ne lui avaient autant brûlé les lèvres. En tout cas, la nourriture avait été parfaite, le service des plus agréables. C’était toujours mieux, songeait la blonde, quand les gens n’avaient pas l’air de vouloir son départ immédiat.
Une fois restaurés, et malgré le ciel qui virait au gris sur les bords, en ce début d’année, la princesse insista pour aller à l’extérieur. « Juste voir un peu. S’il vous plaît. On reviendra s’il fait trop gris. »
Comment lui refuser ? Ils avaient pris la direction de la plage, menés par Bertin et sa fille, qui cavalait presque juste derrière lui. Malgré l’air frais du large, et le ciel d’un bleu glacé au dessus d’eux, le temps était propice à cette ballade… Ou à l’explosion d’énergie sans cesse renouvelée qui habitait Bertille.
« Vous savez, quand je serai grande, je ferai comme papa : je partirai loin, loin ! Sur un bateau. Et je reviendrai que pour me marier avec quelqu’un de très bien que j’aime. »
Les mains de Jehanne se crispèrent sur sa robe, serrant le tissu bleu pâle. Ne rien dire. Comme d’habitude. Les souvenirs étaient encore vivaces, encore douloureux au fond de son esprit.
Bertille, en tout cas, n’avait pas l’air d’avoir envie de quitter de si tôt la plage. Elle semblait attirée par l’endroit, autant par l’eau qui roulait au loin que par l’air iodé qui les entourait.


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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 17 Mar - 19:32

Il aurait aimé rester avec elles. Transformer le monologue de Bertille en riche conversation. Il aurait ainsi pu observer directement – et surtout sans crainte de questions indiscrètes à la suite sur son implication auprès d’elle – à quel point elle grandit et gagne en maturité. Mais il avait résolu à s’éloigner pour se reposer un peu. Il a réussi à convaincre Quitterie que ces vacances lui feraient du bien, qu’il se reposerait et qu’il reviendrait prêt à reprendre toute la rééducation qu’il devra faire pour reprendre la chevauche. Pour une fois, il ne fera pas l’entêté. Il paye déjà suffisamment le prix d’un entêtement qu’il regrette à présent, même s’il peine encore à voir quelle autre solution il aurait pu privilégier sans risquer tout autant. La précipitation de Bertille à l’accueillir une nouvelle fois lui réchauffe le cœur, et il lui sourit avec tendresse, posant une main sur son épaule avec douceur. Il est prêt à les accompagner à la salle à dîner qui a été joliment préparée.

- Bartholomé appréciait cette demeure lorsqu’il avait ton âge, oui. Il ne vient plus très souvent à présent, par contre, je crois qu’il est trop occupé.

Ou encore il y a de meilleurs manoirs pour profiter de la présence de ses amantes et compagnes, quand il ne le fait pas directement sous le nez de Jehanne… Heureusement, pour quelques jours, la duchesse n’aura pas à songer aux abus – silencieux et indifférents – de son époux.

Les plats sont délicieux, comme toujours, et Bertin est heureux de constater que tant la mère que la fille semblent apprécier le repas. Il participe à la conversation de Bertille à table, rattrapant un peu de son temps perdu près d’elle alors qu’il était au front, et se laisse émerveiller par la vivacité d’esprit de cette fille qu’il ne pourra jamais reconnaître.

Il accepte ensuite volontiers une excursion sur la plage. Pour lui, la pluie qui semble vouloir se frayer un chemin jusqu’à eux est une menace négligeable. Il a d’ailleurs affirmé à Jehanne que, dans le pire des cas, il pourra la protéger de l’averse, le tout dans un murmure et un sourire tout à fait charmant. Elle mérite le plus galant des hommes, Jehanne, et il compte lui offrir un séjour mémorable – dans la limite de l’acceptable vu qu’ils pourraient toujours êtres observés.

La plage sur laquelle donne le domaine est jonchée ça et là de branches, parfois même de troncs d’arbres et d’autres objets rejetés par la mer lors des récentes tempêtes. Il recommandera à Bertille de faire preuve de prudence tout en l’incitant à se laisser aller à l’exploration.

- Tu trouveras peut-être un trésor pour décorer ta chambre !

Il rit en la voyant tout observer, s’enivrer de la présence de la mer et de son parfum salé. La chasse au trésor. Il se souvient à quel point il adorait déambuler sur la plage à la recherche de quelque chose qui lui semblait alors merveilleux mais qui n’aurait, une fois rentré, de valeur qu’à ses propres yeux. Il souhaitait la même expérience pour Bertille. Elle n’avait pas de frère ou de sœur pour partager l’expérience avec elle, mais elle avait ses parents, ou plutôt sa mère et son oncle, devait-il se rappeler, qui sauront sans doute jouer le jeu pour lui donner un peu de joie innocente.

C’est des côtés de Jehanne qu’il garde un œil sur leur fille. Un sourire aux lèvres, il lui parle un peu de ses souvenirs sur cette plage. Un en particulier. Il avait trouvé, enfant, un petit coffre poli par le roulement des vagues et dont les détails s’étaient effacés avec le temps. Il avait poussé la curiosité en l’ouvrant. Les papiers que contenait le coffre avaient depuis longtemps été endommagés par l’océan et étaient illisibles, mais il y avait également trouvé un petit bijou en bois. Les détails étaient grossiers, le bracelet n’avait pas grande valeur selon Bartholomé, mais Bertin avait décidé de l’offrir à une des jeunes filles du domaine voisin lorsque les deux familles s’étaient réunies pour un repas. C’était il y a des années, il ne devait guère être plus vieux que Bertille, et la jeune fille avait accepté le tout avec courtoisie, sans plus. Rien n’en avait découlé, bien sûr, mais l’histoire le fait toujours sourire.

Soudain il se penche, dénichant dans le sable un coquillage encore en état qu’il nettoie du bout des doigts. C’est à ce moment qu’il entend Bertille affirmer qu’elle sera matelot plus tard, comme son père, et qu’elle voyagera en mer. Il ne peut s’empêcher de sourire, amusé devant sa petite girouette de fille.

- Oh ? Je croyais que tu voulais devenir chevaucheuse ? Tu crois que tu auras le temps de faire les deux ?

Lui sait très bien que non, évidemment, mais il est curieux de connaître l’avis de sa fille.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Ven 23 Mar - 23:36

Il était compliqué de décrire l’état dans lequel était plongé Jehanne. Un peu plus tôt, il aurait été possible de la décrire comme légèrement angoissée, toujours sur le qui-vive, à espérer que ses pas où ses sourires discrets ne la trahissent pas. Il aurait été encore plus simple de la voir comme une présence silencieuse, cherchant à s’effacer, une femme juste ici pour accompagner sa fille qui elle était bien vivante. Et puis, les minutes s’étaient égrenées, et la petite avait su un peu apaiser ses craintes, par son sourire, sa joie, son existence. Jehanne avait juste un peu baissé sa garde, perdant de cette tension qui la maintenait debout. Son pas était plus léger encore, mais loin de résonner de peurs et d’angoisses. La présence de sa fille et de son amant suffisait, dans cette demeure où rien ne semblait la repousser, à calmer les battements fous de son cœur. Il restait bien sûr une angoisse, mais elle supposait que celle-ci s’éloignerait, petit à petit.
Bertille, elle, semblait s’acclimater parfaitement. Elle adorait l’endroit, aussi bien l’ambiance que les gens, que la présence de son père – son oncle – à ses côtés. Comme si elle était à sa place, ici – presque plus qu’à Port-Liberté, si l’on voulait être mesquin. Tout au long du repas, la petite fille parla avec animation et joie. Elle ne cessa pas, un seul instant, de s’enquérir sur les lieux. La nouvelle que son oncle – son père – aimât à passer son temps ici plus jeune, sembla être un autre facteur de joie. Parce qu’elle l’aimait, comme seul un enfant pouvait aimer celui qu’elle prenait pour son père. Aveugle aux douleurs qu’il infligeait à sa femme : Jehanne ne tenait pas à transformer sa petite en instrument de vengeance contre Bartholomé. Bertille était une preuve d’amour. Pas un vecteur de sa haine et de sa peine.

Le voyage jusqu’à la plage, si l’on pouvait parler de voyage, suscita une nouvelle vague d’interrogations et de remarques chez la petite. Ah, heureusement qu’elle n’avait pas hérité du mutisme de sa mère, c’aurait pu être fâcheux. La réflexion prit la duchesse, alors qu’elle écoutait distraitement. Bertille ne cherchait-elle pas, inconsciemment, à combler le silence laissé par sa génitrice ? Ne voulait-elle pas lui offrir une voix ? La peine enserra son cœur.
Un jour, peut-être. Peut-être pas.
« Un trésor ? Un vrai de vrai ? » Les yeux étincelants, ils étaient à peine arrivés que déjà la princesse cherchait du regard un coffre à peine enterré. Comme s’il était si facile de trouver la plus belle des merveilles…

Et la voilà partie, hardie aventurière, sous le regard attentif de ses parents. La blonde, sur cette plage, reconnaissait une certaine beauté au paysage : il y avait de la noblesse et de l’impétuosité, le doux rire des vagues qui cajolaient le rivage, le vent qui jouait dans ses cheveux, le sable comme une poudre d’or terni sous ses yeux. Elle reconnaissait que, d’Ansemer, elle ne pouvait tout haïr. Mais tout de même, elle se languissait de la verdure, des couleurs chatoyantes des jardins, de la beauté si différente qu’elle pouvait se manifester d’une centaine de manières juste entre deux haies. Ici, elle était plus impétueuse. Il fallait accepter cette forme de magnificence.
Et Jehanne y était imperméable. La tête penchée sur le côté, elle jetait à Bertin de petits coups d’œil et des sourires amusés. Elle l’écoutait, tout en gardant un œil sur la petite qui fouillait avec détermination les alentours.

Un grand sourire, à la fois moqueur et tendre, s’accrocha à ses lèvres alors qu’elle se tournait vers lui. Juste un instant. Qu’il comprenne. Il la comprenait toujours, de toute manière.
C’est adorable. Et depuis, tu restes le charmeur célibataire que nous connaissons et qu’on aime. Et si elle avait accepté ? Une peur, stupide. Elle la refoula, le regardant attraper un coquillage à ses pieds.

« Je mettrai le dragon sur le bateau ! » décida Bertille, les bras remplis de ses trouvailles – dans l’ordre : six caillous polis de jolie couleur, trois coquillages et une roche creusée par l’eau semblable à une éponge, mais tout en étant une roche – « Ou le bateau sur le dragon. Oh ! Un bateau-dragon, qui naviguerait dans les airs ! »
Elle sourit, serrant ses trouvailles. « Mais je sais pas. Vous avez du mal à être prince, un peu, non ? Et vous avez pas le temps d’aller sur des bateaux. Alors… »
Longue réflexion. Le choix de toute une vie, dans l’air qui se rafraichissait un peu.
« Je voudrais bien être Chevaucheuse si je suis mage. » La princesse sourit, en se rapprochant de sa mère instinctivement. « C’est comment d’être mage ? De faire de la magie ? Ca fait se sentir bien ? C’est difficile ? »
Les questions se bousculaient, et le regard de Bertille ne semblait pas vouloir donner une fin à ses questions. « Et quand vous êtes près de la mer, vous vous sentez mieux ? Ca marche comme ça ? »
Tout en réfléchissant, la princesse avait glissé sa main libre dans celle de sa mère, qui la serrait doucement. Contact dont elles avaient besoin, autant l’une que l’autre. Autant que Jehanne, proche de Bertin, pouvait presque sentir la chaleur qui émanait de lui, dans ce temps qui déclinait.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Mar 3 Avr - 6:18

La conversation est légère. C’est une simple balade en bord de mer sur une plage heureusement déserte alors que leurs pieds la foulent en cet après-midi. Il sourit, lui, son naturel charmeur laissé libre de courir dans sa voix, ses paroles, même s’il se garde de dire quoi que ce soit de choquant, tant pour les oreilles de Bertille que celles, indiscrètes, de potentiels intrus dans leur moment d’intimité. Rien de ce qu’il dit pourra lui être reproché, s’ils sont suivis.

Puis Bertille revient près d’eux et les questions pleuvent, soudain. Toutes légitimes – il se souvient s’être posées les mêmes enfant – et pourtant aucune aisée à répondre. Il sourit à sa fille – sa nièce – avant de lever les yeux au ciel pour observer les nuages.

-     Mettons-nous en route pour rentrer, et je répondrai à tes questions. Nous ne voudrions pas être trempés et attraper froid en vacances !

Il leur sourit à tous les deux, les invitant à se mettre en route pour retrouver le manoir d’un geste de la main. À nouveau marcher près de Jehanne. Pouvoir même lui offrir son bras en toute galanterie. Il est heureux, tant de sa proximité que du sourire qu’il voit apparaître sur son visage et dont il espère pouvoir profiter lorsque Bertille sera couchée et qu’ils seront enfin seuls. Son sourire, et peut-être même sa voix aussi, deux choses qui lui ont incroyablement manquées… Pour le moment, cependant, c’est Bertille qui demande son attention, et il penche donc la tête pour s’adresser à la jeune fille.

-     Il y a plus d’une façon de servir Ansemer. Je ne suis pas le genre de prince à se cacher derrière son bureau, à entendre des rapports et à gérer les terres, c’est vrai. Je ne vais pas à toutes les réceptions mondaines et parfois même j’y travaille plutôt que d’y assister comme invité. Mais comme ça je peux défendre nos gens et les protéger contre ce qui nous menace. C’est important aussi, tu ne trouves pas ?

Puis un petit sourire, une petite fierté de voir que Bertille voudrait suivre sa trace, même s’il ignore si cela lui sera possible puisqu’elle doit hériter d’Ansemer, un jour.

-     Être mage, c’est être, simplement. Quand je suis allé à l’Académie, j’ai simplement appris à être qui je suis et à contrôler ce que je peux faire avec ma propre magie.

Il lui sourit légèrement, se doutant que ses explications sont sans doute un peu trop abstraites pour la petite.

-     Il y a des domaines plus difficiles que d’autres. Mais quand on réussit à bien maîtrise sa magie, c’est agréable. Un peu comme de réussir une leçon difficile avec un maître, sauf que c’est mieux encore.

Petit sourire, puis il nie de la tête.

-     Être près de la mer ne change ni en bien ni en mal comment je me sens. Pour moi, c’est le ciel qui me fait bien me sentir. Si je peux le voir, je suis heureux. Surtout quand je suis en d’aussi bonne compagnie !

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 7 Avr - 22:01


Le temps se couvrait un peu. Les nuages, sans se faire menaçants au-dessus de leurs têtes, dansaient de plus en plus denses leur folle ronde. Une magnifique histoire que Jehanne, faute de pouvoir la raconter à sa fille, imaginait. Elle appréciait le ciel, la blonde. Certes, elle n’y avait jamais grimpé – cet honneur était réservé à leur hôte, beau-frère, amant, âme sœur – mais elle avait pour l’azur et son immensité à imaginer des tendresses toutes particulières. Ce n’était pas l’océan tumultueux, imprévisible, infini qui lui faisait peur et la rendait malade. Jamais on ne lui avait imposé le ciel, à la duchesse. Alors elle l’aimait un peu plus. Elle avait appris à apprécier ses couleurs. A imaginer combien on devait être libre, là-haut, bien plus que sur terre. Elle aimait les récits que Bertin lui faisait, de ces bavardages libres qu’ils partageaient en amis, ces mots qui montraient combien ils étaient proches sans même avoir à se le prouver d’une quelconque autre manière.
La course des nuages était fascinante, pour la duchesse, alors que sa fille sautait d’un sujet à un autre avec une aisance qui démontrait son talent. Elle aurait de sa mère cette justesse des mots, sans doute, et de ce père qui l’élevait le tempérament fougueux et les mots filant. Bertille, à n’en pas douter, serait quelqu’un que personne n’oublierait. Elle ne s’effacerait devant personne.
La main de Jehanne trouva naturellement le bras du prince, tandis que la main de Bertille serrait celle de sa mère. Elle ne l’avait pas lâché, pas à un seul instant. Un sourire.  Elle ne cessait pas de sourire, discrète, depuis que le poids sur ses épaules semblait s’être allégé.
Bertille écoutait, buvait même les paroles de son oncle, de son père. Les yeux tournés vers lui tout en marchant, regardant juste devant elle pour ne pas trébucher quand elle se sentait peu en confiance, la petite répondait dès qu’elle le pouvait.
« Je pense que c’est aussi important que de travailler, de se battre. Parce que j’ai regardé la carte dans le bureau de Papa, et Ansemer c’est grand ! Ca va loin. Et je pense que y a des gens tout partout, et que même si y en a plein qui partent en mer… Il faut aussi défendre ceux qui sont au milieu ou loin de la mer. Ils sont Ansemariens aussi ! Et ça, c’est pas derrière le bureau qu’on devine si ils vont bien ou pas. C’est mieux d’aller les voir avec un dragon. » En hochant doucement la tête, elle se tourna vers sa mère.
Juste quelques mots, et le regard qui scrutait la moindre de ses expressions. « Un jour j’accompagnerai Maman chez elle, et on marchera jusque là-bas et on rencontrera tous les gens d’Ansemer en passant. »

Sourire de la blonde. Haussement d’épaules. Déjà, la petite retournait sur son nouveau sujet, la magie. Comme tout enfant, elle rêvait de celle-ci. Enfin, Jehanne supposait que bon nombre d’enfants s’amusaient à s’imaginer mages. « D’accord, je comprends… »
Une goutte s’écrasa sur le front de la fillette, alors que la demeure était en vue. Elle eut un éclat de rire, sans presser le pas le moins du monde. « On doit manquer à la plage, elle fait pleurer les nuages. »
Heureusement pour elles, et leurs robes propres, ils atteignirent un endroit en sûreté avant que l’averse ne se fasse trop importante. Les cheveux de Jehanne, légèrement trempés et auparavant savamment coiffés, se mirent à onduler sous l’effet de l’eau. Avec une moue, elle repassa une mèche derrière son oreille : c’était sans doute plus d’expression que bien des gens l’avaient vu arborer, au bout de douze ans.

La princesse, elle, ne sembla pas le moins du monde ébranlée par la pluie. Une fois à l’intérieur, elle lâcha la main de sa mère pour aller prendre celle de Bertin. « On peut lire ? Et parler, encore ? Ou il faut que vous travailliez ? Vous savez, le travail, c’est pas le mieux quand il pleut. Ca rend triste. » Avec un air grave, elle hocha la tête. Elle cherchait comment le convaincre de rester avec elles, au moins jusqu’à la fin de la journée.
Elle ne tiendrait pas longtemps, après le repas du soir, on le sentait déjà. Elle mettait de l’énergie dans tout ce qu’elle faisait, s’y investissant autant que son corps le permettait.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Dim 8 Avr - 19:47

Aaah, l’inocence de sa fille – nièce ! Elle lui semble adorable aujourd’hui, plus encore qu’à l’habitude. Petit sourire. Il hoche ensuite la tête, mais il a un petit rire avant de corriger un peu le tir sur la vision de la petite.

- Ansemer est très grand, mais une bonne partie du territoire n’est pas habité. Ça fait qu’il faut des gens capables de patrouiller là-bas, au-dessus des routes dans la forêt. Il faut protéger les gens qui ne peuvent pas se permettre de payer la téléportation par mage ! Tout comme il faut protéger nos côtes des pirates !

Il ne commentera pas sur l’idée de marcher jusqu’au domaine de sa mère. Cela lui passera sans doute un jour quand elle réalisera à quel point les routes ne sont pas sécuritaires. Les chevaucheurs ne peuvent pas tout faire, dans un duché aussi grand, même s’ils le voudraient bien. La pluie se met à tomber, et il accélère en laissant entendre un rire léger. L’averse menace de s’intensifier alors qu’ils arrivent à proximité de l’abri du manoir et il les entraîne vers l’entrée des domestiques qui leur offrira un meilleur abri contre l’averse. Sans se soucier des qu’en dira-t-on, et encore moins des convenances, il pousse la porte et invite les deux femmes à entrer. Il se glisse ensuite lui-même dans l’entrée, se mettant à rire en se sentant bousculé par la bourrasque qui a fermé la porte derrière eux. Il a un grand sourire, et sans doute l’air d’un gamin. La petite moue de Jehanne lui allège le cœur, et il aurait pu oublier, aisément, qu’ils se trouvaient en public s’il n’avait pas entendu les serviteurs s’activer nerveusement. Il l’embrassera de son regard, s’assurant ensuite que la porte soit bien fermée, et se tournant vers Bertille.

- Allez, viens, je te montre ma partie préférée de la maison ! Et après bien sûr qu’on pourra lire ensemble, dès que nous serons changés !

Il a un regard entendu vers Jehanne avant d’entraîner Bertille vers… la cuisine. Il salut sa cuisinière, lui affirmant aussitôt qu’ils ne sont que de passage.

- La pluie nous a surpris, et l’entrée arrière était plus près du sentier. Je voulais en profiter pour montrer la cuisine à Bertille. Elle est en vacances, aussi bien en profiter ! Demain on fera peut-être même un gâteau ensemble, pour ta maman, si tu veux ! Et si ça n’embête pas Joanne, bien sûr.

Il a un grand sourire heureux. Cuisiner, pourquoi pas. C’est reposant pour lui, et Bertille n’aura pas beaucoup d’occasions de le faire au palais.

- Allez, montons nous changer, nous ne voulons pas être dans les jambes de ceux qui nous préparent de délicieux repas !

Et le voilà qui s’éloigne, se dirigeant vers l’escalier qui les fera rejoindre l’étage et leurs chambres. Il propose de se retrouver après s’être changés histoire de profiter un peu de temps ensemble avant le repas. Mais d’abord se sécher, avant qu’ils attrapent froid.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Ven 13 Avr - 23:44


Elle absorbait ses paroles, la tête penchée, un sourire aux lèvres et la forte impression que Bertin pouvait tout faire. Qu’il avait, comme son père, une vérité absolue et pourtant relative. Une vérité enfantine, en un sens. Ce genre de choses auxquelles l’on croyait aveuglément, à son âge, et que l’on s’empressait de répéter jusqu’à ce que l’on nous dise que l’on avait tort.
« Les pirates avec leurs bateaux ils sont méchants. » Sous la pluie qui menaçait, la petite réfléchissait. « Je veux protéger touuuuut Ansemer. » elle écarta les bras, en marchant, pour signifier l’ampleur du territoire… Et de la tâche.
Elle continuerait d’y penser, sans doute, sur le chemin du retour, alors que l’averse trempait leurs tenues et leurs cheveux. La petite ne s’en formalisait pas trop, et, bien que son oncle ait décidé qu’il faille rentrer, elle aurait bien voulu rester sous l’eau qui se faisait de plus en plus dense à l’extérieur. Ca devait être agréable, de tournicoter sous la pluie.

Jehanne, au cœur libéré de toute crainte – presque – sentit son cœur se serrer légèrement en croisant le regard de Bertin. Un sourire ravalé. Un regard fuyant, pour ne pas attirer celui des autres pendant que Bertille s’accrochait à lui, le suppliant de ne pas se mettre au travail. Autour d’eux, quelques domestiques s’affairaient.
« Oh oui je veux voir ! »
Suivie de près par sa mère, la petite sautilla dans sa robe légèrement humide jusqu’à la pièce, marchant dans les pas de son oncle avec joie. La blonde duchesse, cependant, si elle avait aux lèvres un sourire attendri, fit bien attention en rentrant dans la pièce de se mettre dans un coin afin de ne pas gêner la cuisinière. Observatrice passive. Présence bienveillante, qui surveillait avec tendresse  sa famille, dans un lieu qui leur était cher.
« Un gâteau ? Qu’on aurait fait nous deux ? Si on peut… Maman elle le mangera. » Une affirmation, sans même regarder celle qui maintenant souriait franchement, à la limite de rire. Son visage s’animait réellement, quand elle n’était pas accablée par les incessantes harpies qui tourbillonnaient autour d’elle à Port-Liberté. Quand elle n’était pas la cible de menteries, de hargneuses répliques et de complots pour prendre cette place de duchesse qu’elle occupait depuis des années maintenant.

Le chemin jusqu’à l’étage fut rapide, entre Bertille qui ne lâchait pas leur hôte d’une semelle, convaincue qu’il allait disparaître si elle le laissait, et Jehanne qui suivait au même rythme. Elle tremblait un peu, les cheveux en piteux état, et le froid s’insinuant quelque peu par les vêtements alourdis par l’eau. Loin d’elle l’idée de se plaindre, mais le changement était le bienvenu.
« Bon.. Mais après, promis, on lit. » lui fit remarquer Bertille, une petite moue sur les lèvres. Les vêtements froids n’avaient pas l’air de la gêner, pas plus que ça, du moins. Elle était peut-être encore trop pleine d’énergie pour se rendre compte de la froideur du tissu sur sa peau. Mais ça viendrait.

Un dernier regard. Merci. Et tellement d’autres choses, dans cet échange bref, avant que Jehanne et sa fille ne se retirent ! Un regard bleu océan, qui aurait voulu attirer Bertin. Juste lui demander de rester. Le remercier. Ne plus le laisser partir.
Tant de choses.
Seule dans sa chambre, le tissu se coula sur sa peau nue, cherchant à la réchauffer. Déjà, il lui fallait changer. Enfiler autre chose. Quelque chose de plus sobre, de plus simple. Bleu pâle sur sa peau blanche, couleur qui faisait ressortir ses yeux. Quelque chose de plus léger, plus clair à retirer, pour quand elle irait se coucher… Elle aimait prendre relativement peu de temps à se dévêtir. Peut-être parce que, secrètement, elle appréciait la sensation même de la nudité : être dévêtue, c’était être pareil à une fleur. La beauté naturelle ne souffrait pas d’artifices. Nue, Jehanne aurait pu se trouver belle, s’était trouvée belle même. Autrefois.
Désormais, c’était plus compliqué.

La duchesse retrouva sa fille dans le couloir, une fois vêtue correctement. La petite en avait fait de même. Câline, celle-ci se glissa contre sa mère, l’entourant de ses bras pendant quelques instants. « On reste là pour tout le temps. »
Si seulement. Sourire. Une main qui passe doucement dans ses cheveux, avant d’aller toquer à la porte de Bertin. Peut-être par envie, aussi, de découvrir l’endroit où il dormait.

En tout cas, Bertille, un livre sous le bras, avait prévu de lire avec lui. De lui montrer combien son talent de lectrice était juste parfait – avec quelques améliorations à venir –. Sans doute passeraient-ils la soirée jusqu’au repas comme ça, l’enthousiasme de Bertille intact mais son agitation se muant en calme petit à petit… Et la patience de Jehanne, pourtant modèle dans cette catégorie-là, doucement partant en lambeaux. Ils étaient si proches.
Jamais encore de mots ne lui avaient tant brûlé les lèvres.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Sam 21 Avr - 16:25

« Oui, un gâteau. Si nous venons assez tôt demain après le petit déjeuner, je suis certain qu’on peut emprunter un petit coin de la cuisine. » Il lève la tête vers la cuisinière et lui sourit. « Vous n’y verrez pas d’inconvénient, n’est-ce pas ? » Et la cuisinière et sourire en niant de la tête. « Bien sûr que non, … Prince Bertin. » Et voilà qui était réglé, aussi simplement. Bertin passe du temps dans la cuisine ici à apprendre les spécialités ansemarienne. Ici, au moins, il sait que ses excursions ne seront pas relatées en détail au duc et qu’il aura donc la paix sans déranger la préparation pour telle ou telle réception.

Bertin n’a pas pu s’empêcher de rire à la réaction de Bertille plus tôt lorsqu’elle décrivait son désir de protéger « tout » Ansemer. C’est vrai qu’Ansemer est plutôt grand. Vrai aussi qu’il faut bien protéger son duché, surtout si elle se retrouver mariée à un marin qui s’intéresse davantage à ses voyages qu’à la terre, comme beaucoup d’Ansemariens. Il faut bien que les terriens soient dans les pensées d’un membre du couple dirigeant. Oh, certes, ses pensées sont un peu clichées, il le reconnaîtrait sans doute. Mais il lui suffit de se souvenir des appels si forts ressentis par Bartholomé son frère avant la naissance de sa fille pour se douter que l’homme qui aura la chance d’épouser sa fille n’en sera peut-être pas exempt. Enfin, rien ne dit qu’elle épousera un Ansemarian non plus, cela dit. Il y a de longues années devant soit avant de devoir finaliser les épousailles. De longues années au cours desquelles le paysage politique de Faërie – et même d’Arven – pourrait fortement changer. Voilà plus ou moins son train de pensées alors qu’il se change dans sa chambre, troquant ses vêtements de la cour pour quelque chose de plus confortable – et plus pratique surtout – fidèle à sa nature de Chevaucheur.

« Un instant », lance-t-il lorsqu’on cogne à la porte. Quelques secondes suffisent avant qu’il ne vienne ouvrir, sans doute nécessaire à lutter contre l’ordre de ses cheveux qui sont à peu près peignés – après le vent de la plage l’effort était nécessaire en présence d’une duchesse. Il leur sourit à toutes les deux, semblant heureux et cent fois plus reposés déjà qu’il ne l’état à Port-Liberté, comme elle. Il lui tarde de la retrouver, sa Jehanne, et la voir ainsi à la porte de sa chambre enflamme sont envie qu’il tente tant bien que mal de tarir. Ne pas la prendre dans ses bras, là, comme ça. Il faut attendre. Attendre que la petite soit au lit. Et se concentrer sur elle pour ne pas trop penser à ce qui les attend ensuite. Tenter de ne pas se consumer sur place…

- C’est ce livre que tu veux lire Bertille ?

Il lui montre le livre de la main en lui souriant. Une très brève évaluation de sa tenue, et soudain un hochement de tête.

- Descendons au salon, nous y seront plus confortable.

Une question de nombre de fauteuils, officiellement, pour Bertille. Même si pour Bertin et Jehanne, c’est aussi une question de décence apparente. Que rien ne semble déplacé afin de ne pas attirer l’attention sur eux. Puis le salon est chaleureux, éclairé par sa grande cheminé, avec ses fauteuils confortables et quelques peintures que Bertin a toujours affectionnées et préféré garder sur les murs. Tout juste de quoi mettre un peu de couleur dans cette pièce prévue pour la détente. Il va laisser ses dames prendre place d’abord pas galanterie avant de s’installer non loin de Bertille, tout sourire.

- Allez, montre-moi ! Je ne t’ai pas entendue lire depuis bien trop longtemps !

Et il l’écoutera avec un intérêt non feint, la guidant parfois si elle trébuche sur les sons, les mots, le tout au son de la tempête qui se déchaîne à présent contre les fenêtres de la pièce. Les gouttes s’écrasent avec violence sur les carreaux dans une martellement constant qui rythme la lecture de la fillette et la discussion qui suivra sans doute parce que lire c’est bien, mais comprendre ce qu’on lit et y réfléchir c’est mieux encore.

Puis bientôt le repas est annoncé, et c’est avec un sourire qu’il se lève, tendant la main à ses dames pour les aider à se relever avec galance. Un geste superflu, mais oh combien nécessaire pour Bertin avec elles. Elle, surtout. Une autre occasion de la toucher, même du bout des doigts, pour l’accompagner jusqu’au repas dont les parfums chatouillent déjà l’estomac de Bertin. Gourmand toujours Et courtois. Il animera la conversation de sujets agréables tant pour la petite que pour Jehanne sans doute aidé par Bertille et toutes ses questions. Il y a sans doute une mention que la tempête aura peut-être déposé de nouveaux trésors, et que demain ils pourront retourner à la plage, si la tempête s’est calmée.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Dim 22 Avr - 18:48

A la porte de la chambre de Bertin, Jehanne se demanda brièvement si c’était une bonne idée, de s’y présenter ainsi. Peut-être auraient-elles dû attendre qu’il vienne les chercher, dans l’une ou l’autre de leurs chambres ? Mais dans ce cas, combien de temps auraient-elles dû attendre, à se questionner ? Ironiquement, attendre dans une pièce qu’une personne daigne s’intéresser à elle, à l’instant, lui semblait être un sentiment insurmontable. Encore plus quand il s’agissait de Bertin, et d’elle et sa fille. Au fond d’elle, rien que de devoir seulement passer quelques dizaines de minutes loin de lui, alors qu’ici ils étaient à l’abri, lui fendait le cœur…. Mais cela lui permettait également d’avoir un point de vue clair sur la situation .De laisser respirer, se reposer, son esprit enfiévré. En douze ans, elle n’avait que peu mis les pieds en dehors de la capitale sans son mari, et jamais uniquement accompagnée de Lui. C’était sans doute cela qui accentuait son trouble et son impatience si peu commune.
Elle voulait vivre, reprendre goût quelque peu à une existence qui s’était achevée abruptement, douze ans plus tôt. Elle voulait être libre de respirer, d’avancer sans sentir les regards réprobateurs sur elle. Elle le voulait, tellement ! Et la présence de Bertin, à ses côtés, était enivrante. Lui aussi, elle le voulait, et la torture de l’avoir si proche sans pouvoir seulement l’effleurer était bien plus prenante et horrible qu’à Port-Liberté. Elle savait se contenir, devant les yeux des autres. Mais quand elle croiserait son regard, la duchesse savait qu’il pourrait y lire cette impatience à laquelle elle n’était que bien peu accoutumée.

Attendre. Lui sourire, le suivre en silence – même ses pas ne faisaient plus de bruit – alors qu’ils se dirigeaient vers le salon et s’installaient confortablement. La Lagrane était fière de sa fille, et de ses talents de lecture. Si son écriture encore hésitante laissait à désirer, il n’en allait pas de même pour la lecture. « Ce livre est bien. Maman me l’a dit ! » La jeune princesse hocha la tête, en semblant relativement contente de voir que son oncle se plaçait à portée de voix.
« Enfin… Elle me l’a montré, et elle a écrit. Elle me l’a pas vraiment dit. » Dans l’esprit de Bertille, on pouvait dire sans parler. Il y avait dire à la manière de Jehanne, et dire comme le reste du monde.
Quelquefois, elle préférait la manière de sa mère. Mais elle ne pouvait pas, elle, se sacrifier au silence.  Parce qu’il fallait bien que quelqu’un parle. Parce qu’elle avait l’envie de parler, tout le temps, de tout et de rien, pour tout dire et pour aider Jehanne.
Avec un sourire, et la voix trébuchant un peu sur certains mots, aux sonorités complexes, elle s’appliqua. Sous le regard de sa mère et de son père – secret que la petite ignorerait sans doute toute sa vie –, l’histoire prenait lentement tout son sens. Et en plus, il y avait des dragons dedans.
La duchesse silencieuse, en la regardant lire, se remémora doucement toutes ces années en Lagrance, lorsqu’elle grandissait encore. Enfant unique, comme Bertille, elle avait su trouver dans la bibliothèque familiale un réconfort non-feint. Elle aimait la lecture autant qu’elle semblait l’adorer. Et si les sujets en étaient radicalement différents, et qu’elle doutait fortement que Bertille un jour se passionne pour les plantes comme elle l’avait été, la passion de cette lecture semblait avoir, au moins, été transmise à Bertille.
Comme l’amour des mots. Elle espérait juste que sa fille ne connaîtrait pas un destin tout aussi tragique que le sien. Elle ne le permettrait pas.

Malgré son impatience, les heures passèrent plutôt rapidement, entre le ton enthousiaste et appliqué de Bertille et le martèlement constant de la pluie contre la bâtisse. Lorsque vint l’heure du repas, cependant, la jeune héritière était de loin la plus impatiente : comme leur hôte, il y avait une part de gourmandise qui grandissait au fur et à mesure que l’heure avançait. « Vous pensez que demain il y aura de nouvelles choses de partout à découvrir ? Des trésors ? »
Elle ne se taisait décidément jamais, avide de connaissances, de choses à apprendre, la petite. Elle n’hésita pas, non plus, à complimenter le repas, approuvée par sa mère de quelques notes discrètes, et de sourires.
« Et votre dragon, quand il pleut, il aime bien ou ça mouille trop ? Est-ce que ça lui abîme les écailles ? Et le tonnerre, ça lui fait peur ? Et les éclairs ? »
« Quand il pleut, vous croyez que les trésors, ça pousse ? Ou ils tombent peut-être du ciel ! Vous croyez que les étoiles peuvent tomber ? On trouvera peut-être des étoiles demain ! »

Au final, on ne savait pas vraiment ce que la jeune avait le plus fait, au cours de ce repas : mangé ou parlé.

Et puis l’heure continua d’avancer, intransigeante, amenant avec elle le danger et l’inquiétude dans le cœur de Jehanne. Un regard vers Bertin, alors qu’ils sortaient de table. L’impatience et la peur mêlée.
Ils ne prirent que peu de temps, après le repas, où Bertille se perdit en câlins et remerciements. Merci de m’avoir invitée, et on est très bien ici, et demain on ira chercher des trésors. Et bonne nuit.
Il était tôt, mais la nuit tombait vite, et avec son ciel d’encre éclairci par les éclairs, délavé par la pluie, venait l’inquiétude de la Chasse.
Bertille s’endormit peu de temps après avoir rejoint son lit, sa mère à son côté, veillant à ce qu’elle rejoigne sans souci le royaume de Niobé. Elle savait que jusqu’au lendemain matin, elle ne se relèverait pas.
Impatience et peur mêlées. Avec l’aide des domestiques, pour la seconde fois, elle changea de tenue, laissant derrière elle coiffure arrangée et robe presque trop. Pour la première fois de sa vie depuis de longues années, l’impatience la rongeait, sentiment gelé au niveau de son cœur.
Elle se coucha dans son lit. Les chandelles de cire furent soufflées. Les portes se refermèrent. Le souffle calme, elle attendit.

La duchesse passa près de vingt minutes, allongée dans son lit, tentant de calmer son cœur et son esprit. C’était le temps qu’elle estimait suffisant pour que tous les domestiques s’endorment… Ou ne cherchent pas à les réveiller. Alors, seulement là, elle se redressa et repoussa ses draps en silence. Dehors, la tempête ne se calmait pas : les éclairs allumaient la pièce, rendant l’usage d’une chandelle peu utile.
Le cœur battant, elle se dirigea vers la porte, qu’elle entrouvrit sans souci et referma en silence. La main sur le mur, elle se dirigea jusqu’à la chambre de Bertin. Heureusement qu’elle avait le sens de l’orientation.
Ses doigts hésitèrent, frappant délicatement, avant que la porte ne s’ouvre. Elle se glissa à l’intérieur, sa silhouette blanche dans sa tenue de nuit faisant presque penser à un fantôme. Même si elle était à peu près sûre que les fantômes ne souriaient pas autant, et avec autant d’amour dans leurs yeux.
« Bertin. »
Le prénom murmuré, alors qu’elle trouvait ses bras, qu’elle se réfugiait contre lui. Qu’elle le trouvait, lui. Qu’après des mois de guerre et de peur, enfin ils réussissaient à se retrouver, faisant fi du monde alentour pour ne plus être qu’eux... Et que la nuit devenait leur, comme elle aurait dû l’être, puisque jamais ils ne pourraient s’aimer en plein jour.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Ven 27 Avr - 7:33

« Vous pensez que demain il y aura de nouvelles choses de partout à découvrir ? Des trésors ? … Et votre dragon, quand il pleut, il aime bien ou ça mouille trop ? Est-ce que ça lui abîme les écailles ? Et le tonnerre, ça lui fait peur ? Et les éclairs ? … Quand il pleut, vous croyez que les trésors, ça pousse ? Ou ils tombent peut-être du ciel ! Vous croyez que les étoiles peuvent tomber ? On trouvera peut-être des étoiles demain ! » Comment ne pas rire de bon cœur devant tant d’entrain, devant tant de joie de vivre ? Et cette curiosité, cette intelligence naissante qui l’émerveillait ! Sa fille ! Oh qu’il avait l’impression de la découvrir ainsi seuls avec elle, là où la nourrice ne la rappelle pas à l’ordre, là où son père – son oncle vraiment – ne vient pas noircir le portrait par sa seule présence… Sa fille. Ici, il pouvait oser la considérer comme telle. Pour quelques jours. Et c’était bon.

« Oui, sans doute. Les tempêtes font souvent s’échouer de petites merveilles, mais il faut savoir être patient et attendre que ça se calme dehors ! … Elle s’appelle Ambroisie, et c’est une demoiselle ! Il vaut mieux qu’elle l’apprenne avant de rencontrer la dragonne. Non, elle n’a pas peur des tempêtes, mais elle préfère rester au sol quand même. Surtout si je suis avec elle. Ce n’est pas le plus agréable, de voler en pleine tempête ! Puis un rire, un autre. Les trésors ne poussent pas. Ils vivent dans l’eau jusqu’à ce qu’ils choisissent de s’échouer sur la plage ! » Et ainsi continua le repas, et même un peu l’après tandis que Bertin profite un peu de sa fille. Un peu, un « dernier » câlin – cinq de suite, des derniers câlins – et même une série de questions, de quoi remplir les rêves de Bertille de toutes les bonnes choses qu’ils pourront faire pendant les vacances avant de laisser sa mère la border.

Puis un sourire à Jehanne alors qu’ils se retrouvent dans le couloir. Un regard tout aussi brûlant de désir que celui de sa douce, sa bien-aimée, sa parfaite. Qu’il aurait aimé pouvoir la prendre dans ses bras et simplement l’enlever jusqu’à leur chambre pour profiter de sa présence ! Mais ça n’était pas possible, il fallait se séparer, ne serait-ce qu’un moment, éternel à ses yeux amoureux. Mais il fallait. Il est, comme elle, résigné à se soumettre à ce que la bienséance exige d’eux… en apparence. Il l’étreint de son regard alors qu’il s’incline légèrement, prenant congé pour la nuit. D’un pas léger, heureux, le sourire aux lèvres malgré l’attente interminable à venir, il se dirige vers sa chambre, s’y enferme. S’y occupe. Son sac est toujours à défaire, résultat malencontreux de sa sieste de l’après-midi. Il s’y attarde sans s’y appliquer vraiment, fébrile qu’il est. Presque comme un adolescent, pense-t-il. Mais il sait qu’avec Elle c’est bien plus qu’une amourette de vacances. Et ce désir, cette envie qu’il éprouve si fortement de la retrouver, c’est de l’Amour, avec un grand A comme diraient certains.

Puis il les entend, ces coups à la porte, si légers alors que son cœur tambourine à ses oreilles de façon assourdissante. Il lève les yeux vers elle, de la cheminée dont il ravive la flambée pour leur offrir la chaleur qui permet de profiter des étreintes… Il lève les yeux et l’observe, lui souriant, se relevant en oubliant ce qu’il faisait pour venir la retrouver lui aussi, l’étreindre, libre et amoureux comme il n’a pas pu l’être depuis le retour du front. Léger comme l’air, et oh combien heureux ! Même la peur d’être surpris au matin ne l’étreint plus. Pas avant l’aube, à tout le moins. Cette nuit est la leur. À part entière. L’aube viendra bien assez tôt. Et avec elle le besoin de se quitter pour mieux se retrouver avec Bertille. Mais plus tard. L’Aimer. Sous toutes les formes possibles. Lui faire comprendre qu’à ses yeux à lui, elle est femme et parfaite. Et qu’elle est sienne, dans son cœur, quoi qu’il arrive.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Dim 29 Avr - 17:12

L’orage dura toute la nuit, tempête digne des pires histoires, avalant le temps et les heures, noyant Ansemer sous des litres d’eau et distillant la peur dans les cœurs de ceux qui ne dormaient pas. Il ne rythma pas la nuit des deux amants, se contentant d’éclairer de temps à autre des silhouettes entremêlées, de noyer de tonnerre leurs soupirs. C’était dans le tumulte de l’orage qu’ils se retrouvaient ensemble, que la vie pouvait jaillir – et, bien plus tard, après bien d’autres nuits, peut-être apprendraient-ils qu’elle grandissait quelque part –. C’était dans la fureur du vent et de l’océan qui rugissait non loin que, bien éveillés, Jehanne et Bertin se redécouvraient, vivaient, existaient et respiraient à nouveau de pouvoir être.
C’était même plus, constaterait la duchesse en silence alors que le sommeil menaçait de l’emporter, confortablement installée entre les bras de son amant. C’était même bien plus. C’était leur première nuit ensemble, loin du palais. Et pour un peu, elle aurait pu prétendre être sa femme, devenir pour la nuit l’épouse légitime du maître des lieux. Ce fut avec cette pensée, et le corps fourbu, que son esprit l’emporta vers quelques heures de sommeil.

Elle n’eut pas le courage de quitter le réconfort de ses bras avant qu’une lueur timide ne vienne poindre à l’horizon. Alors seulement, éveillée, elle se pencha sur lui pour déposer un baiser sur sa joue. Il dormait encore, sans doute. Au moins pouvait-elle espérer que ses rêves soient doux. « Je t’aime. » souffla-t-elle avant de se lever, et de se glisser en silence loin du lit qui les avaient abrités toute la nuit. Le couloir était vide, et glacial. Heureusement son chemin jusqu’à son propre lit fut rapide. Se rendormir, pour une heure ou deux, donner l’illusion que sa chambre avait été occupée toute la nuit.
Puis ce fut à nouveau l’heure de se lever, officiellement cette fois. De faire une toilette sommaire mais agréable avant d’enfiler une robe d’un ton vert pâle des plus appréciables. La forme et la coupe se rapprochaient plus des tenues lagranes que d’ordinaire, et elle eut un sourire en l’enfilant. Elle aurait presque oublié qu’elle la possédait.

A peine eut-elle fini de se vêtir que la porte s’ouvrit, laissant passer une petite princesse déjà habillée et, comme toujours, énergique. Elle se jeta dans ses jambes pour l’enlacer, arrachant à la duchesse un rire contenu.
Tant d’énergie, dans le matin. Et le pire était sans doute la joie qu’elle ressentait, juste à la voir. Juste à vivre. Toutes ses peurs attendraient bien d’être de retour au palais, et ce fut avec le sourire et la mine réjouie qu’elles rejoignirent la salle à manger, où on leur avait indiqué que Bertin les rejoindrait.
« Vous croyez que je pourrais lui demander à aller voir Ambroisie ? Parce que j’aime très beaucoup les dragons. Et je me demande si on a le droit de leur faire des câlins, les écailles, elles doivent faire mal. Sinon, cette nuit j’ai rêvé de gros gros chiens qui couraient entre les nuages pour jouer à la balle avec des poupées d’éclair. »

La petite avait quelquefois de drôles de rêves. Sa main dans la sienne, en attendant Bertin, Jehanne l’écoutait avec toujours ce même sourire au coin des lèvres. « Oh il faut aussi qu’on vous fasse un gâteau ! Plein, même. Peut-être que je peux devenir Chevaucheuse protectrice d’Ansemer Duchesse Cuisinière ? »

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Mer 2 Mai - 7:56

C’est avec le plus grand des sourires, le plus amoureux des regards qu’il la serre contre lui lorsque, épuisé, il se laisse aller au sommeil en sa douce compagnie. Et doucement le parfum de Jehanne l’entraîne vers de doux rêves, et il dort enfin, paisiblement, amoureusement. Il s’éveille à ses premiers mouvements, ses yeux s’ouvrent soudain, mais le moment d’inquiétude est vite dissipé en la voyant, là, qui se lève. Il roule sur le lit pour venir l’enlacer par la taille, lui offrir une dernière étreinte, lui voler un dernier baiser. « Je t’aime… » Et dans cette phrase à la fois tous les mercis pour la nuit qu’ils viennent de vivre, et tout l’espoir que, ce soir, ils reprendront, se laisseront bercer de nouveau par l’illusion d’être ensemble. Mais ce soir, car il faut partir, et il la libère, posant la tête sur l’oreiller pour la regarder à la faible lumière de l’aurore, lui sourire…

Il n’aura que somnolé après ce réveil, pourtant lorsque vient enfin l’heure de se lever, il se sent plus reposé qu’après toutes ses longues nuits de sommeil agité. Ses muscles tressaillissent lorsqu’il se sort du lit et qu’un frisson le parcourt au contact de ses pieds sur le sol. Et pourtant il sourit, malgré la douleur, malgré la fatigue. C’est avec un certain regret qu’il chasse les souvenirs de leur nuit pour se préparer à rejoindre les deux femmes de sa vie. Il serait bien peu courtois de les faire attendre ! Et ce temps, ces deux heures, trois peut-être, il serait bien incapable de dire à quelle heure exactement Jehanne a quitté la chambre, privé de sa présence lui semblent déjà pénibles. Oh comme la liberté lui montait à la tête !

Il est bien vêtu, peigné et rafraichi lorsqu’il descend pour les rejoindre toutes les deux. Il ralentit en entendant la voix de sa fille, sa petite Bertille. Il aime l’écouter tout en composant son visage pour tenter de ne pas trop montrer la joie que leur nuit lui a apporté. Jehanne le saura, mais en montrer trop de signe ne ferait qu’éveiller les soupçons des domestiques qui leur serviront le repas ! Même ici, il faut faire un peu attention. Il les rejoint bien vite, souriant à Jehanne puis ensuite à Bertille, les saluant toutes les deux d’une voix vive et enjouée.

- Que dirais-tu de commencer ta journée par une balade sur la plage avant que les trésors ne disparaissent tous, Bertille ? Puis nous pourrons rentrer et faire un gâteau pour ta maman pour nous réchauffer.

Il ajoute ensuite pour Jehanne :

- La tempête est passée, il fera bon sur la plage. Je dois travailler cet après-midi, mais je ne crois pas en avoir pour plus que quelques heures, je commencerai après le déjeuner, et je me joindrai à vous pour entendre le récit de vos aventures de l’après-midi et un peu de lecture avant le repas.

La fin valait surtout pour Bertille qu’il regard d’un œil complice. Le récit des aventures il viendra certainement d’elle plus que de Jehanne, quoi qu’elle lui en murmurera peut-être des anecdotes avant que le sommeil les prenne ce soir. Comme dans une autre époque, alors qu’elle était sa femme… Quant au travail, ma foi, il aurait préféré ne pas avoir à le faire, mais il lui semble préférable de commencer tôt afin de pouvoir consacrer les dernières journées du séjour entièrement à ses invitées, comme elles le méritent.

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Message Sujet: Re: Je veux voir des étoiles dans tes yeux...   Ven 4 Mai - 23:48

La nuit avait sans doute été l’une des plus reposantes pour Jehanne. Elle s’était endormie avec la certitude de ne pas se faire réveiller par une domestique de passage, judicieusement placée là par son mari et duc. Heureusement, il y avait Océane, la jeune qui s’occupait admirablement d’elle depuis quelques années. Non, cette nuit avait été la meilleure depuis bien des années, bien qu’elle ait du se réveiller à l’aube pour ne pas être surprise dans les bras de son amant par ses gens, bras dont elle avait eu du mal à s’extraire à temps. C’était un véritable piège, et une torture, de devoir le quitter. Et encore, il était heureux de penser que Bertin ne possédait que le strict minimum de domestiques. Ainsi, moins de chance de rencontrer un matinal dans les couloirs. Mais tout de même…

Elle aurait voulu savoir ce que ça faisait, de se réveiller pour de bon à ses côtés. De ne pas être obligée de changer de couche le matin venu. De juste se blottir contre lui et de se rendormir, bercée par sa chaleur et son souffle.
Un jour, peut-être. Quand elle se serait débarrassée de la chaîne maritale qui l’entravait à Bartholomé, et qu’elle aurait réussi à ne pas lui laisser Bertille. Un jour. Si son lit à lui lui était toujours ouvert, s’il était toujours seul : elle n’était pas sans savoir, la duchesse, que bon nombre de partis cherchaient à s’attirer discrètement ses faveurs. Même son frère poussait pour… Enfin. Mieux valait ne pas y songer. Elle en ressortirait de for méchante humeur.

Bertille, de son côté, avait très bien dormi. Sa mère avait cru le comprendre, parce qu’elle lui avait aussi décrit en détails combien le lit était confortable, ou que la potion légère qu’on lui avait administré avant de s’endormir – sa mère craignait trop pour la laisser simplement plonger au royaume de Niobé seule – avait le goût de ‘fraise mais un peu aussi d’autre chose mais je sais pas trop’.

L’idée d’un gâteau l’emballait visiblement beaucoup. Et celle des trésors aussi, car après avoir salué son oncle, elle semblait décidée à aller voir. Déjà. Malgré l’impression de froideur qui semblait envelopper l’extérieur. Le froid humide et pénétrant d’Ansemer après l’orage, sensation qui donnait à Jehanne des cauchemars.  
Mais ça ne semblait pas gêner la princesse, qui était Ansemarienne avant tout. Un jour Jehanne lui ferait découvrir son duché d’origine, mais si elle était comme Bartholomé… Elle ne trouverait que peu d’intérêt dans la beauté verdoyante de Lagrance.
« Les trésors c’est la meilleure idée. Encore mieux que le gâteau. Même si je veux bien cuisiner aussi ! Mais chercher des trésors, c’est trop amusant. » Elle semblait déjà partante, et il fallut à sa mère toute la gamme de ses regards pour la calmer. « Pardon. »

Il n’y a pas de problème. Je me doute bien que tu as des responsabilités à assumer. Je m’occuperai de retenir Bertille pour l’empêcher de venir te déranger toutes les demi-heures avec un livre entre les doigts.
Le sourire aux lèvres, alors qu’elle lui tendait son carnet pour qu’il puisse lire. Elle avait envie de sourire, ce matin.

Bertille aussi. La petite avait, une fois le repas avalé, presque sauté de sa chaise dans sa précipitation et sa joie. « On peut y aller ? Chercher des trésors ? S’il vous plaît ? » Elle suppliait presque autant Bertin que sa mère, impatiente.
Et, tout le long du chemin, elle ne cessa de se demander, emmitouflée correctement, ce qu’elle pourrait bien trouver. Des étoiles ? Un bateau rien qu'à elle, échoué ? Des milliers de coffres ? Oh mieux ! Un bébé dragon !

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