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 Le temps qui court comme un fou

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Message Sujet: Le temps qui court comme un fou   Lun 22 Jan - 21:53




Livre III, Chapitre 1 • D'Accord et de Chaos
Ljöta d'Evalkyr & Tyr Parle-d'Or

Le temps qui court comme un fou

Aujourd'hui voilà qu'il s'arrête sur nous




• Date : 10 janvier 1003, soirée (:argh: La Chasse :argh:)
• Météo (optionnel) : Obscure. :geu:
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Appâté par le profit, Tyr s'invite dans une fête de la haute noblesse organisée à la Tour des Échevins, où il recroise le chemin de Ljöta.
• Recensement :
Code:
• [b]10 janvier 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3271-le-temps-qui-court-comme-un-fou#121459]Le temps qui court comme un fou[/url] - [i]Ljöta d'Evalkyr & Tyr Parle-d'Or[/i]
Appâté par le profit, Tyr s'invite dans une fête de la haute noblesse organisée à la Tour des Échevins, où il recroise le chemin de Ljöta.


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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Lun 22 Jan - 21:59

Sourire.
S’incliner, se redresser, virevolter, s’arrêter, saluer. Sourire.
Et recommencer.
Indéfiniment.

Ce soir, Ljöta a l’affreuse sensation d’être l’une de ces ballerines sans âme enfermées dans les boîtes à musique ; à tourner, tourner et tourner encore, un éternel sourire figé aux lèvres. Pourtant, n’importe quelle fille de la noblesse apprécierait le faste et le luxe d’un bal de cour, pour célébrer la nouvelle année et tenter d’apposer un vernis de factice gaieté sur ce mois de janvier bien plus solennel que les années passées… N’importe quelle fille, oui, mais pas la princesse de Valkyrion : pas lorsqu’elle est également l’Écoutante de la Confrérie Noire, et qu’elle pourrait utiliser cette nuit pour travailler au lieu de paresser parmi la noblesse dorée. Et quelle mouche a piqué les échevins du Conseil, d’organiser ainsi les festivités de nuit dans leur belle Tour rutilante, alors que la Chasse Sauvage arpente les cieux du continent ? L’assistance est plus restreinte que d’ordinaire en tout cas – la crainte a sûrement tenu prudemment reclus chez eux certains des convives.

Et Ljöta fait bonne mesure, dans sa robe noire moirée des broderies d’argent de Valkyrion, sa blondeur pâle coiffée en une multitude de tresses sophistiquées qui ont tenu occupées trois coiffeuses pendant plusieurs heures d’affilée. Le dîner a traîné en longueur – sans ses frères et sa belle-sœur, la princesse est seule représentante de son duché, et n’a pu s’éclipser aussi rapidement qu’elle l’aurait souhaité. L’annonce de ses fiançailles avec Matvei aurait dû avoir lieu à Lughnasadh, mais les événements l’ont repoussée – puis à l’occasion de la traditionnelle Fête des Flocons début décembre, mais qui fut annulée après la libération de la Chasse Sauvage. La nouvelle année a trouvé Ljöta loin du palais ducal – c’est donc vraisemblablement en février que Hjalden aura l’opportunité d’annoncer ce mariage qui l’a plongé dans une véritable transe d’allégresse.

Ou bien en mars.
En attendant, Ljöta est environnée de toutes parts par les fils de bonne famille de tout Ibélène, empressés de saisir au vol la chance de parler avec l’une des deux seules princesses encore à marier de l’empire. Et elle sourit mécaniquement, la femme-objet convoitée, aux compliments plus ou moins bien tournés qui se succèdent à son oreille, hochant gracieusement la tête d’un air absent, le regard vide fixé loin des danseurs sans visage qui défilent devant elle. Sous ses doigts, une multitude de paumes : des tremblantes, des fermes, des velues, des moites, des envahissantes ; dans ses narines, tout un ensemble de parfums artificiels et sophistiqués, certains si capiteux qu’elle pourrait jurer que ses cavaliers ont imbibé leurs mouchoirs et revers d’eau de toilette avant de se présenter à elle. Que des effluves chimiques qui oppressent ses tempes – aucune de ces odeurs plus authentiques qu’elle a appris à associer à la Ville Basse et parmi lesquelles elle se sent bien plus chez elle. Alors elle tourne, Ljöta, sourire figé et regard vide, répondant par monosyllabes aux tentatives de lui faire la conversation, l’esprit évadé bien loin de là.

Jusqu’à ce que, soudain, un nouveau danseur ne remplace le précédent, saisissant sa main avec tout autant de fermeté que de douceur. Après un baisemain impeccable, voilà que l’inconnu l’entraîne pour la mener d’un pas plus vigoureux, la tirant abruptement de ses rêveries distraites. Pourquoi donc ses effluves de cuir et d’encre lui semblent-t-ils aussi familiers que l’impertinence de son approche… ?


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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Jeu 8 Fév - 10:42

Je ne vais pas m’empêcher de vivre.
C’est une résolution ferme, prise malgré la Chasse Sauvage qui rôde chaque nuit. Ils sont nombreux, les voleurs, à craindre de la croiser durant la nuit la plus noire… Et c’est comme si les ombres qui nous accueillent depuis toujours en leur sein paraissaient subitement si effrayantes aux miens. Non, je ne vais pas m’empêcher de vivre, pas seulement pour moi mais aussi pour eux. Si leur Second des Ombres ne craint pas de s’engager dans la nuit, pourquoi le feraient-ils ? Et puis… La Chasse Sauvage aura sans doute bien d’autres cibles en tête que quelques voleurs. L’on dit qu’elle frappe au hasard… Je n’en suis pas si certain. Nous connaissons si peu sur elle, sur ses motivations. Son existence même n'était pas connue des services de la Cour des Miracles, alors que peu nous échappe en temps normal. Voilà une nouvelle preuve que l’Ordre continue de prendre de l’avance sur nous, ce qui me chagrine beaucoup. S’ils ne craignent pas de sacrifier les masses pour parvenir à leurs fins, j’apprécie bien moins quand nos ombres sont aussi prises dans la tourmente. Et comment prévoir l’imprévisible maintenant ? J’essaie, pourtant.

Mais pas cette nuit. J’ai besoin de sortir un peu de ma tour, de profiter d’autres opportunités qui se présentent à nous, et de renouer avec ce que je suis et ai toujours été : Un voleur qui ne rate pas une belle occasion quand elle se présente. Alors, que le Destin l’entende, ce soir… Laissons la Chasse Sauvage de côté. J’ai une autre cible en tête, qui a bien plus de charmes. Je délaisse mes cuirs de voleur pour une tenue de circonstance, habillé de pied en cape comme un gentilhomme. Je privilégie des couleurs sombres, d’un bleu-gris, pour ne pas attirer l’œil par un noir profond, tout en passant relativement inaperçu en évitant les couleurs trop criardes. Le tout sera de se mêler à la foule, sous les bons conseils d’une de nos espionnes. Dalhia a l’habitude d’emmener quelques voleurs à sa suite, mais pas plus d’un à la fois, pour ne pas risquer sa propre couverture. Elle est souvent jugée insignifiante et inoffensive par les autres nobles qui ne voient qu’en elle une petite noble d’une quelconque campagne reculée qui essaie de se trouver un parti avantageux. Pendant qu’elle sera occupée à glaner des informations auprès de ces nobles gens avares de potins, mes mains les délesteront de quelques bijoux qui valent leur pendant en or.

Alors nous nous prêtons tous les deux au jeu, quand nous franchissons le seuil de cette belle tour rutilante, pour nous mêler à ces festivités nocturnes. Ah, les nobles ! Ils se croient si peu concernés par la plupart de nos préoccupations, défiant la Chasse Sauvage de leur faste… Mais Dalhia note rapidement l’absence d’un bon tiers d’entre eux, et nous devrons œuvrer en comité réduit. Ce n’est pas pour me déplaire, car la seule que j’escomptais retrouver à ce bal est bien présente. Je retiens un sourire, à la voir si radieuse, dans sa robe noire et argentée qui ne fait que mieux ressortir sa peau pâle et sa chevelure dorée. C’est étrange de voir Lia sertie d’une couronne, dans ses plus beaux atours, avec cette aura de noblesse et de grandeur. Elle paraît étrangement bien plus inaccessible que dans ses tenues souples d’assassine, le masque de la Confrérie Noire couvrant ses traits. Car ce n’est qu’un autre masque qu’elle revête à cette occasion, le sourire figé et la posture droite, à danser encore et encore, statue de cire présente uniquement pour faire bonne figure.

Je sursaute malgré moi quand Dalhia me pince les côtes avec un regard courroucé. Je lui rends un sourire d’excuse, à m’être fait surprendre à fixer Ljöta d’Evalkyr suffisamment longtemps pour que ce soit inconvenant. Je lui glisse quelques mots à l’oreille et, après m’être débarrassé d’une première coupe vide, la laisse vaquer à ses occupations pour me fondre parmi les danseurs. L’envie me prend de jouer, ce soir, comme peut-être à chaque fois que je croise son regard. Un jeu, oui, mais un jeu dangereux. Elle est splendide et mortelle, et si pas de lames ce soir pour me trancher proprement la gorge, elle pourrait aisément me dénoncer et rendre ma fuite bien difficile. Ce n’est pourtant pas ce qui me freine, alors que j’évolue parmi les danseurs et danseuses, saisissant des mains, faisant tournoyer ses dames, et changeant de partenaires pour mieux me rapprocher de ma cible. La danse est un art subtil qui m’a fallu un moment pour assimiler au sein de la Cour… Mais j’ai avec moi l’expérience du terrain, une bonne quinzaine d’années à fréquenter Hiémain et savoir autant revêtir l’apparence du mendiant que du noble gentilhomme. Et puis… Il est plus facile d’attirer quelques nobles dames dans ses filets, quand on sait se faire charmant. Alors c’est presque sans y penser, que ces mains qui passent dans les miennes sont délaissées de quelques bagues et bracelets, dont le brillant disparaît rapidement à la vue des autres.

Jusqu’à ce que je m’empare enfin de la sienne, si convoitée. Mon sourire s’accentue, et je me plie volontiers à l’étiquette, à me comporter de manière exemplaire, avant de l’entraîner à ma suite parmi les danseurs, sans lui laisser le temps de réaliser. J’ai toujours cette bague au doigt, de cette même pierre qui m’a lié si étroitement à elle durant une autre soirée. J’aurais peut-être mieux fait de la retirer, de peur que nous valsions indéfiniment si elle a songé à conserver ce même bracelet. L’idée me fait surtout sourire, maintenant que nous connaissons le mot pour le désolidariser. Ce même mot qui m’a mis sur la voie, pour remonter jusqu’à sa véritable identité… « Je suis heureux de vous revoir, princesse. » Ce dernier mot est prononcé sur un ton bas et moqueur, sans me départir de mon sourire. Je croise enfin son regard, alors qu’elle n’a visiblement pas encore réalisé qui se trouvait devant elle. Bien cinq mois séparent notre dernière escapade nocturne, après tout. « Je n’ai pas oublié. Ne vous avais-je pas dit que je provoquerais le destin pour vous retrouver ? » Mon sourire se fait amusé. Je la fais tournoyer, avant de mieux la ramener contre moi, une main à sa taille et l’autre ne lâchant pas la sienne. « Vous êtes magnifique, ce soir, mais… Je vous préfère avec vos cuirs, à arpenter les rues sombres à mes côtés, je crois bien. »  

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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Jeu 8 Fév - 21:07

Plus que l’attitude de nouveau venu surgi à l’improviste, c’est la bague à son doigt qui renseigne Ljöta sur son identité. La bague. Cet infâme instrument de torture souillé de magie qui l’a retenue captive d’un vulgaire Voleur pendant des heures, la forçant à supporter sa plébéienne normalité, son babillage incessant, ses sous-entendus scandaleux – et qui l’a obligée à compromettre à la fois le secret de sa couronne et la confidentialité de son rôle d’Écoutante auprès de la Confrérie Noire. Et c’est avec grande détermination qu’elle s’emploie à convoquer tout l’agacement dont elle est capable à sa vue, tentant de convaincre son esprit rebelle que la bouffée spontanée de joie qu’elle a ressentie à le découvrir à ses côtés n’est provoquée que par la perspective de lui infliger quelques sévices ô combien mérités.

Son factice courroux dure une quinzaine de secondes – le temps de reprendre sa respiration, d’emplir ses poumons pour se préparer à protester avec véhémence contre l’infiltration inacceptable d’un roturier parmi la bonne société, puis Tyr la fait tournoyer avec grande prestance, achevant définitivement de lui couper le souffle. Tant d’émotions contradictoires tourbillonnent dans les veines de la fille des glaces ! La princesse est offusquée des libertés qu’un enfant de rien se permet en sa présence ; tandis que l’Assassin est emplie d’une joie sincère qui la déstabilise par son intensité. Il a hanté ses nuits depuis cinq mois, ce Voleur farceur aux abords de pipelette invétérée, avec ses regards en coin cachant les mille rouages redoutables d’un esprit affûté, et ses doigts prestes dont elle s’est promis d’évaluer l’agilité sur autre chose qu’une serrure.

Une roseur suspecte avive la pâleur de ses joues, et Ljöta se mord les lèvres un instant, retenant tout autant une répartie cinglante qu'un rire ravi. Gardant le silence quelques secondes, elle resserre sa prise sur le Voleur, accompagnant ses pas au lieu de les subir, se demandant distraitement où donc il a bien pu apprendre les danses de cour prisées dans les hauts cercles de Lorgol. Quelques secondes de réflexion suffisent ; et après quelques arabesques gracieuses, c’est un sourire mi-exaspéré et mi-résigné qui répond aux salutations de l’impertinent, visiblement très fier de son audace. Il n’hésite pas à l’enlacer pour la mener d’un pas allègre, avec bien plus de détermination que ses danseurs précédents craignant de gâcher leurs chances en se montrant trop entreprenants, et Ljöta ne peut résister à la perspective d’un plus agréable moment.

« Je n’irai pas jusqu’à prétendre que vous êtes le bienvenu, Tyr, » chuchote-t-elle en palpant négligemment les revers de son veston qui lui semblent curieusement rebondis, « mais je dois avouer que votre compagnie sera certainement plus intéressante que celle de tous ces faquins endimanchés. » conclut-elle en coulant un regard équivoque sous ses cils, avant de lui désigner d’un imperceptible mouvement de tête un groupe de danseurs fébriles qui ne les quittent pas des yeux. Un sourire malicieux éclaire brièvement son visage, et c’est d’un geste délibéré qu’elle piétine de sa bottine aux talons haut perchés l’extrémité des orteils de son partenaire. « Considérez que votre insolence a été dûment châtiée, mon cher – et tâchez donc de nous mener vers une de ces alcôves, là-bas. Je n’en peux plus de passer de bras en bras comme un trophée en prétendant jouer les proies fragiles. » Son sourire se fait carnassier – Tyr devine sûrement la lame dissimulée au creux de son corset, avec laquelle elle rêve d’égorger sommairement ces hommes désagréables. « Et par pitié, si jamais vos doigts devaient visiter les parties exposées de mon anatomie, veillez à y laisser les joyaux qu’ils y rencontreront. J’y suis fort attachée. » conclut-elle, sourcil levé en guise d’avertissement.

Il sera bien temps de parler des parties non-exposées plus tard.


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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Dim 18 Fév - 21:01

Un jeu, mais un jeu dangereux.
Il lui suffirait de s’offusquer, de crier à l’assistance mon identité, pour qu’elle me mette une cible dans le dos. Je la vois, courroucée, rien qu’à ma vue, le souffle court. Je ne suis pas certain que la surprise lui fasse réellement plaisir, même si j’ai bien envie de m’en convaincre, et surtout, de l’en convaincre. Je sens sa poitrine se soulever et se bloquer. Je n’aurais pas la main assez rapide pour la plaquer sur sa bouche. Ce serait sans doute retarder l’inévitable, car les regards de la plupart de ses prétendants sont braqués sur nous, et ils doivent seulement attendre un faux pas pour profiter de l’occasion de me chasser de ses bras.

Je donne bien le change, à la faire tournoyer, désirant ardemment lui faire perdre tous ses moyens, autant pour ma sécurité que pour… Davantage. Je ne devrais pas flirter avec une princesse si convoitée, doublée d’une Ecoutante qui saurait si bien se débarrasser d’une épine dans son pied mais… Pourquoi serais-je à la Cour des Miracles, si ce n’était pour ce frisson, cette adrénaline, à l’idée de subtiliser ce que l’on convoite tellement ? N’est-ce pas un magnifique défi ? Et l’idée de surprendre Ljöta d’Evalkyr, en plein bal, n’est plus que grisante. Je n’ai tout simplement pas pu résister à la tentation.

Je lis tant de contradictions dans son regard d’un bleu profond, à tel point qu’il me devient compliqué d’en suivre le cheminement. Ah, les femmes ! Elles sont un mélange agréablement subtil, et celle-ci est une perle de complexité dont il me serait bien difficile de capturer les traits. J’ai pourtant longuement essayé, des mois durant. Deux visages, deux masques. Cette même teinte rosée qui vient délicieusement colorée ses joues m’arrache un sourire ravi. Elle se reprend bien vite, à accompagner mes pas dans cette danse volée. Ce n’est qu’un maigre compliment qu’elle estime ma compagnie meilleure que celle de tous ses prétendants. « Ils paraissent d’un ennui mortel… A se demander pourquoi vous vous infligez cette soirée, par obligation peut-être ? » A peine le temps de leur lancer un regard, qu’elle en profite pour se venger cruellement. Je me fige, retenant une expression douloureuse, alors que mon sourire se fait plus crispé pour elle. « Je vous espérais meilleure danseuse… C’était mon pied. » Bien sûr que ça l’était. Je ne doutais pas un seul instant qu’elle en avait fait exprès, comme une piqure de rappel douloureuse, seulement elle méritait bien une petite pique en représailles sur son ego, indéniablement son point faible.

Je parais sûr de moi, mais poursuivre cette danse me demande rapidement toute ma concentration. Je suis un peu plus rouillé que je ne voudrais bien l’admettre, même si, à l’image de mes mains habiles sur une serrure, les pas gracieux et bien dosés sont comme une seconde nature. Alors j’accueille sa proposition presque avec soulagement, lançant un regard furtif aux alcôves qu’elle me désigne. Bien, si nous sommes quittes pour un pied écrasé… Je ne devrais pas craindre de lames sorties du corset pour abréger mes souffrances. Je lâche dans un souffle un rire, à son constat agacé. « Le paraître, ma chère… Nous savons tous deux que vous êtes le prédateur, et eux les proies. Je leur épargne une mort lente et douloureuse, je présume. » Je lui rends un clin d’œil, avant d’obtempérer, l’entraînant à ma suite vers l’alcôve désigné. Je rompe la danse pour enlacer ses doigts avec les miens, dans un geste qui ne devrait pas paraître si familier avec la princesse, mais qui l’est déjà avec l’assassine. Je devrais faire attention aux rumeurs qui risquent de naître… Je croise déjà le regard désapprobateur de Dalhia, qui fait parfaitement semblant de ne pas me connaître, à détourner l’attention de quelques nobles qui cherchaient déjà la princesse du regard. C’est une bonne amie, mais elle n’en fera pas davantage.

Je relâche ma prise pour attraper deux verres sur un plateau et lui en tendre un avec un sourire de circonstance. Je me comporte en parfait gentilhomme, les mains de nouveau à leur place. Je suis prudent avec elle, surtout après avoir senti sa main baladeuse qui palpait mes quelques précédentes trouvailles. Chaque chose en son temps… Elle a de magnifiques atours, et certainement bien d’autres dans ses quartiers pour la nuit. « Mes doigts préféreraient s’égarer sur les parties non exposées de votre anatomie, chère princesse. » Je lui adresse un sourire charmeur, avant d’avaler une gorgée de mon verre. Le sous-entendu était facile et assez peu subtile. « Vous vous promenez toujours avec un poignard sur vous ? » J’en ai senti la texture, rien qu’à effleurer son corset. « Ce ne doit pas être tout repos, cette double existence… Ca vous arrive de vous accorder un peu de temps à vous ? C’est que ça devenait compliqué de trouver un moment, alors j’ai préféré soigner mon entrée. »

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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Dim 4 Mar - 1:00

Prédateur.
Nombreuses seraient celles à s’offusquer d’être ainsi décrites, mais l’orgueil de Ljöta apprécie ce qualificatif. Oui, elle aime s’imaginer prédatrice, investie d’une toute-puissante autorité sur les faibles, elle qui est forte, redoutable, et puissante. N’est-elle pas l’un des cinq piliers de la Confrérie Noire, fille bien-aimée de Lida, bénie par Sithis ? La mort ne marche-t-elle pas dans son sillage, la justice ne couronne-t-elle pas son front de son implacable solennité ? Oui, Ljöta est une prédatrice, et elle goûte fort peu de devoir jouer les proies pour le seul bénéfice de quelques idiots incapables de savoir par quelle extrémité tenir une épée. Mort lente. Et douloureuse. Si seulement, ami Voleur, si seulement… !

L’alcôve apparaît à la princesse comme la lumière au bout du tunnel, et c’est avec un infini soulagement qu’elle saisit la flûte de cristal tendue par Tyr. Elle y trempe les lèvres avec curiosité, émettant un petit couinement satisfait de reconnaître sur sa langue le goût fruité d’un vin lagran raffiné. Elle n’aurait pas dit non à un de ces alcools forts distillés en Valkyrion ; mais elle tient le Second des Ombres à sa portée et se doit de conserver l’esprit affûté, tant il s’est déjà montré fortement talentueux pour la déstabiliser. Et bien sûr, cela ne rate pas : avalant sa gorgée de travers, Ljöta s’étouffe et tousse un instant, lorsqu’il évoque les parties cachées de sa personne. Quel toupet ! Quelle prétention ! Quelle insolence ! Quelle, quelle… quelle intéressante…  perspective… ? Secouant tout à la fois ses pensées qui s’égarent et sa tête pour s’éclaircir les idées, la princesse essuie du revers de la main le vin qui a coulé sur son menton, pestant mentalement : assurément, il ne manquera pas de lui rappeler cet instant singulièrement inélégant, juste pour la contrarier. Insupportable Voleur à la langue trop pendue… !

Ses questions sont pertinentes, en tout cas, et l’assassin toussote légèrement pour terminer de dégager ses voies respiratoires. « Un poignard ? Il y en a trois sur moi, actuellement, mais vous n’avez pas eu l’occasion de risquer vos doigts près des deux autres. Pour le moment, du moins. », précise-t-elle en arquant délicatement un sourcil plein de sous-entendus. Le premier est fixé à l’intérieur de son élégante bottine de daim ; le second est retenu sur sa cuisse par un étui spécialement conçu pour elle. Tyr aura peut-être le loisir de le constater – plus tard, hypothétiquement. D’un regard vif, elle s’assure que l’attention des personnes les plus proches est fixée ailleurs – et dénoue d’un geste prompt le lien qui retenait la lourde tenture. Le rideau bascule devant l’alcôve, empêchant tout regard indiscret, et la princesse se perche sur la banquette douillette qui borde la fenêtre, savourant cet instant de tranquillité. « Je mène deux vies conjointement, j’ai peu de temps réservé à ma seule personne, comme vous vous en doutez. Mes obligations de princesse devraient prendre fin dans quelques temps, je l’espère – je pourrai ainsi me consacrer pleinement à l’autre facette de mon existence. » Elle a baissé la voix, dans un chuchotement inaudible pour quiconque se trouverait de l’autre côté du rideau. De la main qui ne tient pas son verre, elle tapote le rembourrage du coussin, invitant le Voleur à la rejoindre.

« Sire Second, si vous vouliez me rencontrer, sachez qu’il suffit de demander Lia, à la Taverne de la Rose, juste après l’aube, ou juste avant le crépuscule. Je m’y trouve plusieurs fois la semaine ; comme vos multiples yeux et oreilles ont déjà dû vous le préciser, n’est-ce pas ? » Ce n’est une question que pour la forme : la princesse se doute bien que le rembourrage suspect des poches du Voleur est pour beaucoup dans son intrusion à la fête de ce soir. Inclinant la tête vers lui, baissant encore le volume de sa voix, elle poursuit d’un murmure. « Quoi qu’il en soit, je suis heureuse de vous trouver là. L’équilibre des forces change en Arven, depuis que la Chasse Sauvage arpente les cieux, et de nouvelles opportunités se créent, notamment à Lorgol à présent que l’Académie est affaiblie. Je pense que les enfants de Sithis et Lida auraient tout à gagner en coopérant avec ceux d’Isil ; et réciproquement. Qu’en dites-vous ? »


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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Dim 4 Mar - 21:35

Elle a un bon goût, Ljöta. Lia. Ou peu importe le nom qu’elle se donne. « Vous aimez les grands crus lagrans, à ce que je constate… » Le ton est équivoque. Je dissimule mal un sourire, en buvant à ma propre coupe. Je retiens un rire moqueur, à la voir avaler de travers. Bien ! Je lui fais de l’effet, c’est indéniable. Le bon ? Je ne sais pas. J’aime à penser que si.

Je perds un peu mon sourire, quand elle me confirme avoir rien que trois poignards sur elle. Je ne peux m’empêcher de la détailler de bas en haut, appréciateur. Je n’ai effectivement pas eu l’occasion pour le moment de risquer mes doigts sur du métal couché sur la peau. Le sous-entendu ne m’a pas vraiment échappé. « Je parie que le second est dans votre botte. Et le troisième… Vous me mettez au défi de le trouver ? » Ou elle espère peut-être me couper la langue avec, ce n’est pas non plus une possibilité à exclure. Je n’ai pas la moindre idée d’où elle a pu le dissimuler. Je constate, sans doute pour la première fois, à quel point les robes de bal doivent receler de cachettes. C’est très intéressant, ça.  

Je suis absorbé par ma contemplation, quand Ljöta se sent d’humeur plus cachottière, à nous dissimuler de ces nombreux prétendants par une épaisse tenture qui s’abat derrière nous. Je me tends imperceptiblement. La foule a quelque chose de rassurant pour un voleur, tout autant que les ombres. Rien ne l’empêcherait de me poignarder maintenant, pour avoir percé son secret le plus inavouable, et rattraper son erreur précédente en Valkyrion. J’aurais moins de fierté que je me serais précipité au dehors de cette alcôve… Je ne compte pas vraiment sur mes compétences martiales, peut-être plus haute que la moyenne des voleurs par ma formation, mais certainement pas au niveau d’une Ecoutante de la Lame. Il faut savoir admettre quand ses chances sont faibles, voir extrêmement faibles, de triompher. C’est là tout l’intérêt de ficeler correctement ses stratégies. Mais les stratégies audacieuses ne sont-elles pas les plus excitantes ?

Ljöta s’installe, si détendue, et m’invite à en faire de même à côté d’elle. J’obtempère, dans une attitude faussement nonchalante… Mais ce n’est pas après avoir fait preuve d’autant d’hardiesse que je serais prêt à me rétracter. Et sa compagnie a quelque chose de grisant. C’est une charmante femme, belle et infiniment complexe, mais surtout dangereuse. Et cet aspect-là, qui devrait plus sûrement me faire fuir, m’attire comme un beau papillon de nuit prêt à se brûler les ailes. Ce trésor-là, si inestimable, me donne une envie déraisonnable de le voler à la couronne de Valkyrion. « Vos obligations… Prendre fin ? Est-ce seulement possible ? » Ce n’est pas pour me déplaire. Ce masque de princesse paraît bien moins naturel sur son visage que celui de la Confrérie Noire.

Mon sourire s’étire, amusé. « Vous auriez préféré que je me contente de vous trouver à la taverne de la Rose ? Avouez que la danse vous a plu. Je viens de vous extirper d’un bal qui vous ennuyait affreusement. » Ah ! Bien entendu, que les voleurs, mendiants et espions murmurent à mes oreilles… Je préfère seulement surprendre, et même choquer. Je suis certain de lui avoir laissé deux souvenirs mémorables. Je penche la tête vers elle, avec un sourire de circonstance. Cette question n’en est pas vraiment une, car elle connait déjà la réponse. Je suis faussement déçu de l’entendre me murmurer, bien plus proche, à quel point elle est heureuse de… D’avoir le Second des Ombres sous la main. Dommage. Je songerais à une entrée encore plus fracassante la prochaine fois, que dirait-elle d’un petit vol perpétré contre sa propre personne ? De quoi la faire sortir de sa réserve, non ? J’omets un détail, cela dit. Elle risque encore de sortir ses poignards…

Je reprends une gorgée de mon vin, le temps de réunir mes pensées. Je me laisse facilement déconcentré, avec elle. « Une coopération entre nos deux ordres ? Quelle excellente idée ! N’était-ce pas la mienne, d’ailleurs ? Il me semble bien vous en avoir déjà parlé. » Je lâche un léger rire qui ponctue mes propos, avant de retrouver mon sérieux. « Il va sans dire que l’équilibre est menacé, et que l’instant est propice à… » J’agite la main, désinvolte. « Et bien rééquilibrer les forces, dirons-nous. Vous aimez châtier ceux qui le méritent… Nous avons certainement des informations qui devraient vous intéresser et vous permettre d’œuvrer au mieux. La Cour des Miracles a toujours profité des opportunités qui se dessinaient à elle, et le chaos est propice à nos affaires. » Mon sourire revient, enjoué. « J’appuierais volontiers une entente en ce sens, surtout si vous êtes mon interlocutrice privilégiée. »

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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Dim 8 Avr - 16:50

On y est bien, derrière cette tenture épaisse. L’air est tranquille, la musique un peu étouffée – et surtout, Ljöta est délivrée du poids des mille regards qui la suivaient à chacun de ses pas dans la salle de bal. Vivement que tout cela s’arrête ! Que ses noces soient annoncées, menées, et consacrées. Qu’elle puisse, enfin, se consacrer pleinement au plein engagement qu’est la voie du sang. Chemin impitoyable que celui qu’elle a choisi ; mais il y a au bout la reconnaissance de Sithis et l’amour de Lida, alors cela en vaut largement la peine. Elle acquiesce doucement lorsque Tyr émet quelques doutes au sujet de ses obligations princières – oui, c’est possible, et c’est pour bientôt, semble répondre son sourire silencieux. L’envie la démange de répondre à ses sous-entendus, avec ce langage dénué de scrupules qu’elle a appris dans la Ville Basse ; mais elle ne peut se le permettre, pas ici, pas maintenant, alors que n’importe qui peut écarter ce rideau salvateur à tout moment. Oui, la danse lui a plu ; oui, elle a fondamentalement apprécié son irruption totalement inattendue dans cette soirée proprement barbante. Oui, elle est heureuse de le voir – et pas uniquement pour la distraction qu’il représente, mais pour ce qu’il est, tout simplement : un vent de liberté qui s’affranchit de toute limite, avec une insolence éhontée qui l’irrite tout autant qu’elle la séduit. Elle a trop l’habitude que l’on s’incline devant elle, elle qui est autant princesse qu’Écoutante – alors, les approches scandaleuses de ce Voleur insupportable sont… bienvenues.

Mais de cela, elle ne peut rien dire – déjà, parce qu’il s’en rengorgerait bien trop, et ensuite parce qu’il en profiterait sans scrupules. Enfin – encore plus qu’actuellement. Il le sait, bien sûr, l’effet insidieux qu’il produit chez elle, la Kyréenne en est fermement convaincue ; et qu’il en joue autant l’agace tout autant que cela lui plaît. Homme infernal. Comment peut-il autant jouer avec le feu, en sachant pertinemment ce qu’il risque ? Il y a un terme pour ça, dans les légendes de son duché : embrasser la glace. Au risque de se faire entièrement dévorer par le froid. Homme insensé. Homme inconscient ? Peut-être. Il n’est pas le premier venu, toutefois, il est le Second des Ombres – il sait, forcément, de quoi les Lames de Lida sont capables. C’est peut-être ça qui titille sa curiosité, au fond : l’idée d’apprivoiser le fauve tapi sous la surface ? Intéressant. La conclusion de sa proposition tire un rire de gorge amusé à Ljöta ; et soudain, la prudence semble superflue.

Posant une main sur le genou de Tyr, elle lève l’autre jusqu’au col de sa chemise, jouant négligemment avec le tissu brodé. « Je ne peux pas m’exprimer pour les autres Écoutants, mais… je serai ravie de m’entretenir avec vous de toutes sortes de sujets. De, voyons… de coopération, d’entraide… de commerce, de négociations aussi. Et de châtiment, bien évidemment. Vous m’avez vue, au Tournoi des Trois Opales de 1001, n’est-ce pas… ? » murmure-t-elle suavement, évoquant tout à la fois son combat impitoyable au sein de l’arène et les cadavres laissés derrière elle, avec au fond des yeux une flamme reflétant mille et unes promesses – pas toutes agréables, comme le veut la nature même de la Main de la Nuit. Et tant pis pour la réserve, et la retenue, et la prudence : parfois, le jeu en vaut nettement la chandelle.


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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Ven 27 Avr - 23:32

L’ambiance se fit plus feutrée. La rumeur des discussions et de la musique était étouffée par la tapisserie, qui nous voilait l’espace d’un instant aux yeux des convives rassemblés ce soir. Me ferais-je des idées où Ljöta – Lia – se détendrait enfin un peu en ma présence ? L’ombre d’un sourire me vint naturellement, devant son silence prolongé, lâchant d’un ton équivoque à son oreille : « Qui ne dit mot consent. » Elle n’avouera sans doute jamais à quel point elle appréciait ma présence, suffisamment pour ne pas m’avoir déjà tué… Ou coupé un doigt, toujours serti de cette maudite bague. Contrairement à ce qu’elle pourrait croire, je ne le portais pas en ce jour pour la narguer. Cet anneau n’avait simplement pas quitté ma main depuis, comme un souvenir devenu amusant avec le temps. J’avais voulu le conserver sur moi pour me rappeler de cette excursion nocturne qui s’était terminée dans de bien étranges circonstances, aux côtés d’une assassine au regard de glace.

Ce même regard qu’elle m’opposait, avec cette expression qui laissait à peine entrevoir l’agacement qu’elle pouvait ressentir à mon égard. Ces yeux froids, qui promettaient mille morts. Ils m’attitraient. Ils me mettaient en garde. J’étais sérieux dans mes propositions, même la dernière. Elle laissait sous-entendre tant de choses, comme ce rire qui passa la barrière de ses lèvres. Elle ne répondit rien, encore une fois, mais son geste me surprit. Sa main chaude, contre mon genou. L’autre vint jouer négligemment avec le col de ma chemise. Une certaine tension naissait dans le creux de mon ventre, l’atmosphère rendue subitement plus intime. Ma raison me soufflait de fuir ces belles promesses, qui ne seraient que des promesses de mort. Mais je ne l’écoutais déjà plus depuis longtemps.

Je m’étais penché en avant, dans l’expectative, avant qu’un seul mot ne me rappelle à l’ordre… Châtiment. Je me figeai, alors qu’il sonnait désagréablement à mes oreilles. Le Tournoi des Trois Opales ? « Hum. » Je fronçai les sourcils, avec une expression plus songeuse, tandis que mon esprit repartait à toute vitesse. Le souvenir de ce Tournoi me revenait, nettement. « Vous avez été redoutablement efficace, en effet. N’aviez-vous pas réussi à décrocher une Opale de Feu, celle qui salue persévérance et volonté, suite à… Ah oui. Après avoir coupé la gorge délicate d’une de vos connaissances – amie ? – et celle de votre… » Pourquoi voulait-elle réellement en parler, là, maintenant ? Quel intérêt avait-elle à le mentionner ? « Votre sœur défunte, si je ne m’abuse, à de multiples reprises. Elle vous ressemblait tellement. Ce n’était qu’une illusion, bien sûr. »  Je me souvenais aussi très nettement l’avoir vu découper tous les doigts de la main de la championne lagrane. Si son objectif caché était de refroidir mes ardeurs, elle venait de le faire avec une rare efficacité. En temps normal, un rire nerveux aurait conclu mes paroles, mais mon visage était fermé, ma voix emplie d’une gravité inhabituelle. Je me reculai lentement, avec une sensation étrange en bouche. J’emprisonnai une de ses mèches blondes dans mon mouvement, la laissant coulisser entre mes doigts toujours indemnes. Belle et farouche Lia. « C’était une mise en garde ? Je vous ai vu, oui. J’ai vu une farouche guerrière sur le sable de l’arène. Je vous ai même entendu chanter, pour les vivants… Et pour les morts. J’ai vu une femme blessé, éprouvée, qui a affronté ses peurs sans faillir, avec grande détermination.  Ce n’est certainement pas ce dont vous vouliez parler, je suppose… » Son visage m’avait paru familier, une fois le masque ôté… Pas sans raison. Les tableaux, mais pas seulement. Elle marquait les esprits, et le mien, même si elle ne se doutait certainement pas de quelle façon. Pas celle qu’elle escomptait du moins, comme le couperet qu’elle incarnait au-dessus de la tête de ses ennemis. « J’ai eu une sœur aussi. Belle et délicate, vive d’esprit, avec également une chevelure d’or. » Inutile d’en dire davantage. Elle comprendrait de quoi il était question. J’en avais déjà trop dit.

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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Mer 6 Juin - 20:23

Châtiment.
Le mot résonne, entre eux, et Ljöta le perçoit retentir dans l’esprit de Tyr, en mille échos prometteurs. Tous les châtiments ne sont pas nécessairement douloureux, et parfois même la douleur en elle-même n’est pas forcément déplaisante ; mais c’est une conversation qu’il convient de tenir en d’autres lieux, et en d’autres temps.

Châtiment.
Le mot fait son chemin, et dans le regard du Voleur il y a désormais tout un univers extrêmement sérieux, que l’Écoutante est rassurée de voir se dessiner. Il y a quelqu’un d’intéressant, sous les abords frivoles et insolents ; et cet homme aux multiples facettes dissimule décidément de fort intéressants aspects qu’elle aimerait bien découvrir. Éventuellement. Si Le Destin lui en laisse l’opportunité. Si le monde lui ménage le temps de s’y consacrer, parfois, en passant. Si Lorgol permet à leurs chemins de se croiser à nouveau, sur les pavés de la Ville Basse, près des canaux. Peut-être.

Une émotion qu’elle n’identifie pas traverse le regard songeur du Voleur, l’espace d’un instant – comme une plaie mal cicatrisée qui se rouvrirait, juste une seconde, avant d’être cachée à nouveau, comme un réflexe de survie. Il mentionne une sœur – au passé. Dans le cœur tourmenté de Ljöta, le souvenir de Ljära se dessine plus nettement, en réponse à ces mots qu’elle n’attendait pas – une vague d’amertume, l’écho d’une ancienne colère que le temps n’a pas apaisée et qui couve encore sous les armures successives que la princesse a superposées sur d’elle. Les mots se bousculent sur les lèvres de la Kyréenne, mais elle prend le temps de les choisir soigneusement, laissant le silence les envelopper quelques secondes. Exprimer des regrets, de la compassion ? Non. L’instinct lui souffle qu’il accepterait mal de telles paroles, et elle n’est pas à l’aise avec ce genre de joliesses sociales, de toute manière. Non, ce qu’il attend d’elle, sûrement, c’est de la franchise. « C’est le trépas de la mienne qui a fait de moi une fille de Lida. Je connais les tréfonds dans lesquels l’âme des hommes consent à s’aventurer lorsqu’il est question de venger un être aimé, et je connais la torture de l’absence. » Elle comprend, voilà ce qu’elle peut lui offrir : cette simple reconnaissance, de la douleur qu’il doit ressentir à cet amer souvenir. Pas de jugement, pas de conseil – juste la tranquille certitude qu’elle connaît bien ce chemin-là, pour l’avoir elle-même arpenté.

Elle a la sensation qu’il ne tient pas spécialement à s’étendre sur le sujet, elle en revient donc à leur sujet de conversation précédent, toujours suspendu dans l’air entre eux, attendant patiemment d’être abordé à nouveau, frissonnant doucement dans le silence chargé de non-dits et de sous-entendus. « Ce n’était pas une mise en garde – je ne pense pas que vous ayez besoin d’être mis en garde, de toute manière. C’était… une explication, Tyr. » Il joue avec la mèche blonde qu'il a saisie au vol, un peu plus tôt, et l'attention de la princesse lutte pour se recentrer. « Le monde connaît de moi la princesse de Valkyrion, mais au cœur de mon être, je suis – je suis la femme qui a tranché la gorge d’une alliée sans ciller, celle qui moissonne au nom d’une déesse sombre et de son consort sans merci. Je suis la skjaldmö qui chante sa rage de guerre sur le champ de bataille. Il y a plusieurs facettes qui constituent mon être, et elles sont indissociables. Je ne m’inquiète pas pour les négociations entre nos deux ordres, les enfants de la Nuit et ceux des Miracles sauront toujours s’entendre ; mais en ce qui concerne cet autre jeu que nous pourrions mener à deux, si tant est que je ne me fasse pas d'idées… Je préfère m’assurer que vous avez bien conscience de ma nature. »

Elle a achevé son explication à peine plus haut qu'un murmure, sans le quitter des yeux un seul instant ; cherchant à lire le moindre signe de ses pensées sur son visage.

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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Dim 1 Juil - 19:18

Notre conversation prenait une tournure bien étrange, dans cette alcôve, à l’abri des regards. Le masque se fissurait. Il n’était jamais bon d’évoquer les vieilles blessures, les vieux fantômes. Ce n’était que leur donner davantage d’emprise sur nous. Et ce silence prolongé en attestait. Mais une part de moi était curieuse de savoir ce qu’elle pourrait répondre, à cet écho lointain, de deux sœurs arrachées trop tôt. Et elle ne me décevait pas.

Mon sourire se fit songeur en retour, la voix toujours basse, de celle qui confie le secret. « J’aurais peut-être été fils de Lida également, si seulement j’avais pu accomplir ma vengeance… Mais le meurtrier m’échappe toujours. Je n’ai pas vos talents. » Je me rejetai en arrière contre la pierre froide. « Je me demande même si certains n’essaient pas de le dissimuler à mon regard… Ca fait vingt ans déjà. Vingt longues années de traque, en vain. » Je soupirai. « J’ai bien songé à demander vos services, mais c’est à moi de porter le coup fatal. » Une lueur en fond de mon regard, comme un brasier qui s’éveille sous l’impulsion d’une haine farouche. Je pouvais oublier un tant ma rancœur, mes envies de vengeance… Mais elles finissaient toujours par s’éveiller dès que mon esprit s’égarait. Je reportai mon regard sur elle, cherchant à satisfaire une curiosité malsaine. « Ca vous a fait du bien, de pouvoir lui rendre justice ? »

Je ne devrais pas être soulagé, ni même reconnaissant. J’avais appris à connaître Lia, et c’était cette femme si dangereuse, cette froide justicière, qui avait retenu mon regard. Je découvrais à peine Ljöta, la princesse de Valkyrion, tout aussi inatteignable pour le voleur que j’étais et pourtant… J’étais devant elle, à l’arracher à cette foule de prétendants, à lui voler une danse. Elle était parée de ses plus beaux atours, avec une beauté tout aussi unique que dans ses cuirs d’assassine. Il y avait quelque chose en elle qui m’avait irrémédiablement attiré. Elle avait tellement de facettes cachées. La guerrière skjaldmö, l’assassine, la princesse… Un être d’une grande complexité, une énigme à mes yeux qui retenait toute mon attention.

Il n’était subitement plus question de nos deux ordres, des bénéfices que nous pourrions tirés d’une telle alliance. Ce n’était pas très prudent de fréquenter une telle femme, qui agissait comme un poison mortel dans mes veines. Et pourtant… Je m’étais rarement senti aussi vivant qu’après d’elle. Non, elle ne faisait pas vraiment des idées. J’aurais eu bien du mal à lui dissimuler l’intérêt que je lui portais, et dans quel intérêt ? Je voulais précisément qu’elle sache tout le mal que je me donnais pour lui voler quelques précieux instants, pour la surprendre… Et la séduire. « J’en ai bien conscience, Lia… Ljöta. Et je me fiche complètement de tous ces titres, tous ces masques. Parce que moi, je te vois… Toi. Juste toi. » Le bleu dans le bleu. En fond, l’air de musique entamait ses dernières notes. Et, sans crier gare, je me penchai vers elle et déposai mes lèvres sur les siennes. Je lui volai quelque chose de bien plus précieux que tous ces bijoux dont elle se parait : Un baiser. Rien d’autres qu’un baiser.

Je me reculai déjà, un sourire mutin aux lèvres. Je ne lui laissai pas le temps de me vilipender ou de me retenir, voleur déjà en fuite, qui déjà passait la barrière des tapisseries pour s’évader dans la foule, se soustrayant à son regard. Peut-être se dirait-elle que j’en resterais là, mais c’était bien mal me connaître. On ne devenait pas Second des Ombres sans aucune ambition, et il me fallait lui rappeler que notre jeu ne prenait pas fin maintenant. C’était précisément quand elle ne serait plus sur ses gardes qu’il serait intéressant de la surprendre à nouveau. Je quittai la foule plus tôt que la plupart des convives, pour me mettre en quête des quartiers des nobles. Mes rapines continuaient, au cœur de la nuit. Je n’avais pas terminé mon œuvre, pas encore… Je saurais exactement où la trouver.

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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Mar 24 Juil - 15:11

Il est rafraîchissant de ne pas se trouver jugée hâtivement, et Ljöta approuve le soin apporté par Tyr à peser ses propos. Bien trop souvent les assassins sont-ils dépeints comme des bêtes sans esprit, comme des monstres sans âme, comme des pantins animés simplement par la soif du sang – bien peu se questionnent sur les réalités de leur engagement, sur la profondeur de leur dévotion, sur les implications de leur serment. Ont-ils conscience, ces bienheureux ignorants, du travail accompli par la Confrérie pour maintenant une certaine rigueur sur le marché conflictuel de l’assassinat ? Savent-ils combien les rues seraient dangereuses, si la Main de la Nuit n’avait pas reçu la mission sacrée de veiller à ce que seules les vies des coupables soient fauchées ? Bien peu se posent ces questions-là, et Ljöta doute que cela change un jour : il est bien plus simple de désigner les fautes d’autrui, que de remettre en question la pertinence du regard que l’on pose sur lui.

Et le regard que Tyr pose sur elle est sans vraiment d’équivoque – elle a pris le soin de s’en assurer, toute aussi méthodique que lui, ne tenant pas à s’aveugler sur un malentendu. C’est qu’il l’agace tout autant qu’il l’intrigue, ce Voleur insolent, avec sa crânerie bravache et la profondeur de ses réflexions ; et qu’elle a bien peu l’occasion de faire la connaissance de personnes aussi… intéressantes. Il n’est pas de ces nobles vaniteux qui tentent de gagner l’attention de la sœur du duc de Valkyrion en rivalisant de prétention ; il n’est pas non plus de ces fils de Lida cherchant à conquérir la faveur de l’Écoutante pour gagner en statut et grimper les échelons de la hiérarchie des assassins, ni même de ces fanatiques entièrement dévoués à Sithis et pour lesquels seule compte la mission. Il est quelque chose de différent – il connaît le secret de ses deux visages, et il commence à discerner la femme déchirée de conflits qui se cache entre eux.

Cela fait bien longtemps qu’elle ne s’est pas sentie simple femme dans le regard d’un homme.
C’est un sentiment puissant.

Sûrement aussi intense que l’émotion qui la bouleverse lorsque Tyr lui vole un baiser, avant de s’esquiver dans le même mouvement, la laissant pantoise dans son alcôve. Elle n’a même pas eu le temps de réagir – la surprise se dissipe rapidement, mais il est déjà trop tard : le Voleur a disparu dans la foule. Bien peu ont jamais eu cette audace – et tous l’ont regretté. Pour l’instant, toutefois, elle est disposée à faire preuve de mansuétude envers le fils d’Isil qui s’est enhardi à cette privauté, car elle aurait certainement tenté elle-même cette approche s’il ne l’avait pas coiffée au poteau avec une superbe impertinence.

La soirée qui s’en suit est affreusement morne en comparaison de ces quelques instants où la proximité de Tyr a fouetté son sang et rosi ses joues – des heures, à enchaîner lieux communs et platitudes, avant de pouvoir finalement mettre un terme à la mascarade et réintégrer ses appartements de princesse où elle réside fort peu. Deux suivantes ont tôt fait de la débarrasser de sa lourde robe de cérémonie, et Ljöta se glisse dans un bain chaud avec un soupir de soulagement pour ses pieds fatigués, malmenés par des lourdauds sans grâce toute la soirée. Les domestiques ont laissé une lampe allumée avant de s’éclipser, et la lueur de la veilleuse ne suffit pas à empêcher la princesse de s’assoupir quelques minutes, rêvant distraitement aux lèvres d'un Voleur un peu trop téméraire.

C’est en sursaut qu’elle s’éveille de sa torpeur un peu plus tard – l’eau est encore tiède, mais un bruit l’a tirée du sommeil. Est-ce un mouvement, dans la pénombre ? « Qui est là ? Montrez-vous ! »exige-t-elle, impérieuse, tentant de percer l'obscurité, se redressant dans la vasque dans un clapotis alarmé, sa main filant attraper le sabre posé contre le marchepied.


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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Mer 22 Aoû - 18:10

La trappe se referma dans un léger cliquetis métallique, momentanément réquisitionnée pour servir de coffre à trésors. La soirée avait été très fructueuse et une part de moi était hautement satisfaite. Je n’avais pas perdu la main, malgré toutes ces années, sachant toujours me montrer discret et efficace, même quand il s’agissait de simple vol en solitaire. Ce n’était pas simplement un métier, mais une véritable passion que j’affectionnais tout particulièrement. Que ce soit de me glisser dans des appartements scrupuleusement gardés ou de commettre un simple vol à la tire sur un marché bondé, chaque situation avait une stratégie adaptée. Une diversion sournoise ? Des pièges et des serrures à déjouer ? Rien d’autres que des défis supplémentaires pour pimenter le vol, promettant à la clef des trésors toujours plus convoités !

Alors, tel un écureuil, je prenais le temps de dissimuler mes rapines où je pourrais aisément les retrouver, mais là où les nobles – ou leurs gardes – ne songeraient pas une seule seconde à regarder. Enfin, il était temps d’être raisonnable et de veiller à ne pas franchir les limites… Que le Second des Ombres se fasse attraper et finisse aux fers ferait quelque peu désordre. Dalhia n’avait eu de cesse de me le rappeler avec cette mine désapprobatrice, parce que j’en faisais toujours trop, en faisant fi des conséquences (selon elle). Allons ! C’était faux, bien sûr. Ou pas totalement vrai… Parfois, j’avais l’impression que l’espionne s’entendrait à merveille avec Merle sur certains points me concernant. Mais peu importait. Il se faisait tard, et l’espionne rentrait. Pour ma part… J’avais d’autres plans, et l’envie de passer une nuit plus agréable. Ou peut-être que ce serait la dernière, comme elle le soulignait si bien.

Je n’avais pas eu de mal à trouver les quartiers de Ljöta d’Evalkyr pour la soirée mais, comme pour tous les nobles de haut rang, le plus dur n’était pas de les retrouver, plutôt de passer la vigilance des gardes et serviteurs. Franchement, si elle se doutait à un seul instant tout le mal que je devais me donner pour elle… Elle rirait, sans doute. Quoique, elle n’avait pas beaucoup d’humour parfois. Je souris malgré moi, dans la pénombre, sans même y songer. Ah, je me désespérais presque moi-même…

Je passais par la fenêtre en désespoir de cause, m’infligeant un long et fastidieux détour. Grimper aux tours, c’était là une occupation des voleurs spécialisés dans l’escalade… Et je comprenais rapidement pourquoi les fenêtres étaient rarement gardées. J’avais craint de me rompre le cou rien qu’à deux reprises avant d’atteindre mon objectif. Et impossible de l’ouvrir en toute discrétion, bien sûr… Je fus dans l’obligation de la fracturer, me laissant retomber comme un chat à l’intérieur, dans l’ombre.

Un sursaut dans l’eau. L’éclat d’un sabre.

Je me figeai aussitôt, comme pris la main dans le sac, alors que Ljöta me faisait face dans le plus simple des appareils. Elle s’était subitement redressée dans son bain, ne laissant subitement plus beaucoup de place à l’imagination. Et elle allait me trancher en deux si je ne répondais pas rapidement à ses questions. « Oh, hum… » Pitoyable. Depuis quand étais-je intimidé par une femme nue ? Oui, peut-être, mais pas n’importe quelle femme.

Je m’éclaircis la gorge et me redressai avec lenteur, sans encore sortir de l’ombre. « Ne me dites pas que vous m’avez déjà oublié ? » J’aurais pu faire mieux. Je m’avançai de quelques pas prudents, dans la lumière, avec cet indéfectible sourire au visage. « J’aurais espéré être plus discret, mais ces fenêtres sont quelque peu réticentes voyez-vous… Vous pourriez y faire quelque chose, la prochaine fois ? La laisser ouverte, par exemple, à moins que vous craigniez d’attraper froid ? » Je l’observai de haut en bas, appréciateur, et également envers ce sabre qui me tenait en respect. Ses cuirs d’assassine m’avaient déjà laissé imaginer sa silhouette, ses formes généreuses, que j’avais plusieurs fois tenté de dessiner, je m’en confessais volontiers. Là, je n’en manquais pas une miette, et pourtant ! Je ne saurais sans doute pas les reproduire avec une telle perfection une fois au calme. Je lui confiai, d’un ton plus sincère, comme une confidence : « Vous êtes magnifique, Lia. »

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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Mar 2 Oct - 21:00

La chaleur de l’eau est réconfortante, même pour une Kyréenne habituée tout autant aux glaciers de Valkyrion qu’aux frimas brumeux de Lorgol. La journée a été longue, et le travail qu’elle n’a pas pu accomplir cette nuit à cause de la réception à l’ambassade devra être rattrapé demain – enfin, la partie que la très diligente Victorine n’aura pas pris sur elle de traiter, pour épargner à son Écoutante débordée un surcroît d’activité. Chère Victorine… C’est sur cette pensée pleine d’affection qu’une torpeur béate finit par emporter la princesse, qui s’assoupit dans sa baignoire douillette – avant de se réveiller en sursaut, sur une pensée nettement moins affectueuse, et considérablement plus agressive. Les réflexes ont la vie dure, et les assassins se savent perpétuellement menacés – c’est uniquement le sabre dans la main, une fois redressée hors de l’eau dans le plus simple appareil, que l’occupante des lieux finit par reconnaître son visiteur du soir.

Satané Voleur insolent.
N’y-a-t-il donc aucune limite à son impertinence ?
Il ne l’a pas fait attendre pendant des semaines.

La pointe de contentement à cette dernière pensée permet à Ljöta de dévier légèrement son lancer – le pain de savon projeté à forte vélocité en direction du Voleur passe donc en sifflant à quelques doigts de son oreille, suivi par l’éponge de bain. « Ne vous a-t-on donc rien appris ? Le bain d’une dame est un moment sacré, vous ne manquez pas de témérité ! » Le sourcil haussé se veut indigné, mais le sourire amusé qui étire la commissure de ses lèvres dément le reproche. Et la roseur, qui réchauffe ses joues, là sur ses pommettes – c’est la température de l’eau, sans nul doute, et pas le compliment simple mais qu’elle pressent profondément sincère. C’est sûrement la chaleur de l’air dans la pièce, à cause de l’âtre qui ronronne, et ça n’a sûrement rien à voir avec le regard masculin qui parcourt chaque parcelle de son corps. Elle ne rougit pas, d’habitude, lorsqu’un homme la dévore des yeux. La pointe du sabre tremble imperceptiblement, et d’un grand mouvement résolu, l’Écoutante sort de son bain, déposant l’arme à son emplacement contre la vasque, et saisissant de l’autre un drap tiède posé juste à côté, dont elle a tôt fait de s’envelopper pour absorber les gouttes d’eau restées sur sa peau. De quelques pas rapides, elle s’approche de la fenêtre fracturée, jette un œil dubitatif à l’extérieur, puis observe le loquet avant de reporter son attention sur l’intrus. « Je ne sais si votre hardiesse est courage ou folie, en vérité – vous aviez tout autant de chances de vous rompre le cou que de parvenir jusqu’à moi ! Votre détermination m’impressionne. » Aveu concédé, à mi-voix, tant elle assume peu cette sensation flatteuse d’avoir été pourchassée jusqu’ici. Qu’est donc cet homme surgi de nulle part, ce serviteur des Miracles, pour que son intérêt la bouleverse autant ? C’est peut-être l’admiration qu’elle éprouve devant son obstination à atteindre l’inaccessible, ou tout simplement la première fois qu’elle est désirée pour la femme qu’elle est vraiment, sans l’ombre de Lida sur ses épaules, sans l’or de la couronne sur sa tête.

Un homme remarquable.
À bien des égards.

D’un air faussement navré, elle tapote le bois de la fenêtre, avant de secouer doctement la tête. « J’ai bien peur que nous ne puissions plus rien pour cette malheureuse fenêtre – vous êtes une brute, vraiment, la prochaine fois, toquez simplement au carreau ! Je vous ouvrirai. » La prochaine fois. Elle lui ouvrira. La situation lui échappe certainement un peu – qui a parlé d’une prochaine fois ? Pourquoi coopérait-elle à une invasion de ses quartiers ? Allons, trêve de déni, fille de Sithis. « En attendant, et puisque cette fenêtre ne ferme plus, passons à côté, le froid de la nuit serait mauvais… pour votre santé, et pour mon caractère. » C’est d’une main ferme qu’elle attrape la sienne, l’entraînant d’un pas déterminé vers la chambre, et le lit moelleux bien trop grand pour deux êtres curieux de comparer la tangible réalité avec le fantasme de rêveries inavouées.

Le drap mouillé, lui, restera abandonné sur le seuil d’une porte close, dans la tiédeur envolée d’une pièce vide, son feu abandonné mourant solitaire dans le froid de la nuit.


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Message Sujet: Re: Le temps qui court comme un fou   Dim 18 Nov - 23:15

Elle est terrible, la belle assassine, même dans le plus simple appareil. Ses armes, cependant, sont bien différentes de celles dont elle m’a habitué. J’écarquillai les yeux, quand un projectile m’arriva à toute vitesse en direction du visage… Un pain de savon ! Je n’esquivai pas à temps, bien trop déconcentré par sa seule vision. Le projectile me manqua de peu et tomba derrière moi avec un bruit mat contre le mur. J’évitais de me retourner pour vérifier où il avait atterri, car je ne doutais pas un seul instant que Lia comptait me balancer à la tête tout ce qui pourrait bien lui passer sous la main… Ah, les femmes, si terrifiantes des fois ! Surtout celle-ci, à vrai dire. Je levai les mains, en signe de reddition autant que d’apaisement, devant sa colère éclatante. « Je dirais bien que je n’ai pas choisi mon moment, mais… Ce serait un peu mentir. Vous voulez bien poser ce sabre ? » Impossible de me départir de mon sourire goguenard, même si elle pouvait décider à tout moment d’empaler mon impertinence du fer de sa lame.

Sauf que Ljöta n’était pas aussi crédible qu’elle l’aurait voulu dans son indignation. Ce petit sourire qui étira ses lèvres ne m’échappa pas, ni la rougeur qui colorait adorablement ses joues, même si mon regard avait tendance à s’échapper ailleurs… Elle était plus sensible à mes charmes qu’elle n’aurait bien voulu l’avouer elle-même. Je cherchais un peu moins qu’elle à cacher l’effet qu’elle me suscitait.

Dommage qu’elle me dissimule bien vite ses formes généreuses sous le renfort du tissu… Mais je n’allais pas me plaindre. Elle s’était décidée finalement à poser ce sabre, ne me menaçant plus du bout de sa lame. Puis, elle s’était rapprochée si rapidement que je craignais une autre forme de vengeance mais… Non. La belle princesse jeta un œil à la fenêtre fracturée, s’étonnant de ma performance. Je lâchai un rire un peu jaune en réponse. « Courage ou folie ? C’est généralement un savant mélange des deux, ma chère. » Mon sourire s’étira, enjoué et charmeur, tandis qu’elle vantait ma détermination, lâchant à son oreille. « J’avais très envie de vous voir. »

Il était vrai que j’avais manqué un peu de finesse dans ma précipitation, mais sa proposition me laissait rêveur. La prochaine fois ? Ça ne m’avait pas échappé. Elle venait bien de sous-entendre que sa porte resterait ouverte, pour une prochaine fois. La farouche princesse-guerrière rendait finalement les armes, m’entraînant à sa suite dans ses quartiers. Sa main était ferme, exigeante. J’observai nos doigts entrelacés avec un sentiment agréable de déjà-vu, cette bague toujours à mon doigt. Un souvenir, une promesse.

Je refermai mes doigts sur les siens, l’attirant à moi, avide de la découvrir.
Pour une nuit, une seule nuit volée… Les masques tomberaient.

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