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 De la détresse d'une demoiselle

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Message Sujet: De la détresse d'une demoiselle   Ven 16 Fév - 3:01



   

   
Livre III, Chapitre 2 • De Plume et de Serre
Chasteté Mille-Saveurs & Gauthier Cœurbois

   
De la détresse d'une demoiselle

   
Le péril rôde sur les pavés

   

   


• Date : 10 février 1003
• Météo (optionnel) : Il fait nuit. Et froid. :sisi:
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Chasteté est molestée près des canaux de la Ville Basse par des malandrins prêts à tout pour quelques fleurons, en ces temps difficiles. C'est à Gauthier que revient la tâche de voler au secours de la Compagne en difficulté.
• Recensement :
   
Code:
• [b]10 février 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3391-de-la-detresse-d-une-demoiselle#125580]De la détresse d'une demoiselle[/url] - [i]Chasteté Mille-Saveurs & Gauthier Cœurbois[/i]
    Chasteté est molestée près des canaux de la Ville Basse par des malandrins prêts à tout pour quelques fleurons, en ces temps difficiles. C'est à Gauthier que revient la tâche de voler au secours de la Compagne en difficulté.

   

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Ven 16 Fév - 3:02

Morts. Ils sont morts, ou gravement blessés, les deux Guerriers engagés pour l’escorter, Chasteté en est convaincue. D’ordinaire, la présence de deux armoires patibulaires à ses côtés suffit à dissuader les malandrins cherchant à la dépouiller, ou même les idiots songeant qu’une jolie Compagne ferait potentiellement une épouse idéale à la richesse confortable. La toute récente Madame de Bellifère n’a eu affaire qu’à peu de tentatives d’enlèvement, à la Maison des Compagnes – la profession exercée par sa corporation rendant tout de même ses ouailles peu éligibles au mariage en Bellifère, mais elle reste tout de même vigilante. De même lorsqu’elle se rend à Lorgol : la Ville Haute est surveillée par la milice, mais la Ville Basse est nettement moins sûre, et les deux combattants taciturnes qu’elle paie pour sa protection sont un atout non négligeable.

Étaient.

L’un d’eux gît sur les pavés du quai, la tête renversée et son cou formant un angle peu naturel – déséquilibré par plusieurs assaillants, il a réussi à en occire une poignée avant de basculer en arrière, l’arrière de son crâne percutant avec un craquement sinistre une borne du quai. Le second, lui, a mis en fuite une partie des agresseurs ; avant qu’un gargouillement étranglé n’indique un égorgement de nature très définitive – son corps a basculé dans l’eau du canal, et Chasteté se trouve maintenant seule face aux deux attaquants rescapés du petit groupe déterminé qui les a agressés. L’un d’eux claudique légèrement, une main crispée sur la hanche là où la lame d’un des deux Guerriers a mordu la chair ; mais le second semble à peu près indemne, et fermement résolu à obtenir ce pour quoi il est venu. Qui sont-ils, ces hommes aux abois ? Ils n’ont pas l’adresse élégante caractéristique de la Cour des Miracles qui protège les Compagnes – des mercenaires alors ? Des hommes que la guerre et les conflits ont rabaissés au rang de bêtes, mus par l’instinct et la cupidité.

Un instant, la Compagne envisage de leur céder la bourse contenant quelques pièces qu’elle transporte – mais elle sait, au fond d’elle-même, qu’elle n’en sortira pas vivante. Résolue à défendre chèrement sa vie, elle tire de son fourreau la dague élégante suspendue à sa ceinture. Acculée au mur, plaquée contre la paroi glacée dans la nuit de février, Chasteté brandit l’arme devant elle, sans vraiment d’assurance, mais avec le courage du désespoir. Elle a trop sacrifié, elle a travaillé trop dur, pour que sa vie rêvée s’arrête là pour quelques fleurons ! Il y a peu de lumière alentour, les lunes jumelles sont voilées par la brume ; mais il fait suffisamment clair sous les étoiles diffuses pour que la Belliférienne devine l’approche des deux truands. Rapidement, son regard va et vient entre les deux silhouettes, et elle lève plus haut son poignard. « Je ne me rendrai pas sans combattre. » prévient-elle d’une voix ferme, surprise de s’entendre résonner aussi calmement sur le quai désert à cette heure avancée, les genoux tremblants malgré tout devant le danger qu’elle sait considérable.

Kern, étends le bras sur ta fille en danger, prie-t-elle ardemment. Envoie-moi du secours.

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Ven 16 Fév - 20:25

Les nuits étaient longues, lorsqu'on n'osait plus trouver le sommeil. Froides et inhospitalières, elles étaient devenues, rapidement, le repère de ceux qui ne craignaient plus la mort. De ces meurtriers sans foi ni loi, désabusés, gouvernés par leurs plus vils instincts qui rôdaient, d'ordinaire, dans la Ville Basse. La mort appelait la mort, et les pires d'entre eux, les plus bestiaux, vivaient bien assez près de la Tour des assassins. Ils connaissaient leurs carrures, et jamais ne leur auraient causé des noises, si d'aventure ils les croisaient au sortir du cylindre noir.
Plus loin de cette tour, en revanche, c'était autre chose. Dans ces ruelles, ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Et prier pour que ceux qui tentaient de les détrousser, voire pire, sachent s'arrêter avant de perdre eux-mêmes la vie ; jamais un assassin n'ôterait une vie sans la demande expresse de la Sombre Mère... sauf en cas de légitime défense. Et même à ce moment-là, les filles et fils de Lida se répugnaient à donner la mort. Sans justice, elle n'avait pas de sens.

Gauthier ne dormait pas, cette nuit de février. Il revenait d'une ballade nocturne dans les ruelles glacées de la Ville Basse, luttant contre des insomnies de plus en plus tenaces. La Chasse était encore loin, en ces temps troublés : il avait été dit qu'elle se trouvait près d'un duché à l'opposé de leur position, la nuit dernière, aucune chance donc qu'elle ne prenne en chasse l'assassin. Alors il était parti, enfilant une cape aux multiples caches dans le tissu épais, portant à sa ceinture une longue dague, presque courte épée, pour dissuader les gens d'approcher. Sa carrure, alors qu'il se confondait avec la nuit, finissait l'ensemble.
Sa promenade avait été relativement tranquille, dans les lumières frémissantes des bougies et globes lumineux déclinants des auberges. Jusqu'à ce qu'il entende des pas lourds sur des pavés mouillés, en provenance de la rue à sa droite, suivi d'une voix, féminine sans aucun doute.

Son sang ne fit qu'un tour. Au vu du ton, des mots, il était impossible qu'il s'agisse de quelque chose d'innocent. Silencieux comme une ombre qui glisserait sur le sol inégal, flirtant avec les zones sèches et les rebords, le quadragénaire déboucha à l'arrière de la scène.
Les corps, sur le sol, décor simplement. Sa vision se focalisa sur les deux hommes qui avançaient. L'un était blessé, et semblait à sa portée.
Ils ne le virent pas arriver. Dégainant son arme, le pommeau frappa furtivement - mais lourdement - la tempe de l'homme le plus proche. Violence.
Il s'effondra.

Sans un bruit, sans un souffle plus prononcé que l'autre alors que l'assaillant restant se retournait, Gauthier fondit sur lui. Le combat fit rage, au milieu des corps déjà étendus de leurs alliés et des ennemis tombés sans distinction. Définitivement, le style de l'assassin était un mélange de techniques glanées au fil des années : son genou rencontrait volontiers l'entrejambe de l'autre dans une violence inouïe, ses poings son visage. Sa lame contrait la sienne, jusqu'à l'envoyer au loin.
Et si, au final, l'Adepte récoltait une profonde entaille sur l'avant-bras gauche - dont il ne sentait pas la douleur -, il tenait acculé contre le mur d'une tour inoccupée, loin de la femme en détresse, son agresseur. Encore conscient.
Juste assez conscient pour voir le pâle éclat des lunes se refléter dans le regard inhumain qu'il posa sur lui, sa main enserrant sa gorge.
Il ne pouvait pas le tuer.
Il ne serra pas.
"Si je te recroise, ne serait-ce qu'une seule fois, dans cette situation, je ne serai pas aussi clément. " murmura-t-il. "Si je te retrouve à agresser des dames dans la nuit, des enfants... n'importe qui, tu auras affaire à moi."
Le ton était glacial.
Il le ferait. Il n'y avait aucun doute.
"Pourquoi tu n'me tues pas de suite ? T'as pas la force ? "
Le sourire qu'il lui répondit, calme, presque serein, n'appelait pas d'autre réponse.

Il relâcha la pression sur sa gorge, et l'homme s'enfuit sans demander son reste.
Immédiatement, Gauthier se tourna vers la dame qu'il venait de sauver, se rapprochant en rengainant la lame. La nuit était de nouveau silencieuse.
"Vous a-t-il blessée quelque part ? Pris quelque chose ? " s'enquit-il rapidement. Il commençait à sentir la morsure de la plaie ouverte dans son vêtement, le sang qui teintait le tissu de sa chemise, le froid de l'atmosphère qui s'infiltrait dans sa blessure.

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Mer 21 Fév - 18:47

Le cœur battant à tout rompre, Chasteté observe les deux malandrins, son regard allant et venant de l’un à l’autre, guettant tout geste suspect, prête à défendre chèrement sa vie. Décidément, si elle en réchappe, elle déposera une protestation formelle auprès de la Cour des Miracles censée protéger les Compagnes, et visiblement incapable de les préserver d’une mauvaise aventure en plein cœur de son territoire ! Elle sait bien comment tout cela va finir : son corps sans vie sera délesté de ses bijoux et des quelques fleurons qu’elle transporte, puis jeté dans les canaux où les crocodiles la mâchonneront. On en retrouve régulièrement, des cadavres mutilés, dans les eaux des deux ports de la cité, et la Compagne ne tient absolument pas à les rejoindre – mais comment pourrait-elle se défendre ?

C’est à cet instant que l’un des deux assaillants s’effondre, et la rouquine cligne des yeux un instant, interdite. Que se passe-t-il ? Kern aurait-il entendu sa prière et dépêché un auxiliaire porteur de sa volonté pour lui porter assistance ? Le malandrin est-il simplement maladroit et a simplement trébuché sur les pavés inégaux des canaux de la Ville Basse ? Ou bien a-t-elle simplement halluciné la présence du deuxième assaillant, qui ne peut pas avoir été abattu par un simple nuage de fumée, selon toute logique ? La réponse lui vient lorsque le second agresseur se retourne. Une autre silhouette est sortie des ombres – sauveur inespéré, ou nouvel ennemi à affronter ? Il combat le voleur restant, en tout cas, avec une dextérité qui trahit l’habitude, sous la pauvre lueur timide des deux lunes voilées par la brume du soir. La confrontation se termine, l’assaillant est coincé, menacé par cet homme surgi de nulle part qui le menace avec un calme proprement terrifiant. Dans les veines de Chasteté où le sang s’est glacé, le soulagement le dispute à l’inquiétude lorsque l’agresseur rescapé prend la fuite, et que le vainqueur du combat se dirige vers elle en rengainant sa lame.

Le silence est retombé, et dans les tympans de la Compagne c’est le battement effréné de son cœur qu’elle entend, tambour déchaîné qui traduit bien l’intensité de la frayeur qu’elle vient de subir. Elle est courageuse, pourtant, la fille de Bellifère à l’âme bien accrochée ; mais ce soir elle a vu son trépas en face et l’a regardé dans les yeux, alors… Alors, Kern lui pardonnera sûrement son souffle haletant et ses genoux tremblants. Elle ne rengaine pas son poignard – d’un geste un peu tremblant, lui aussi, mais néanmoins décidé, elle le dirige face à l’homme qui s’approche, pour qu’il s’arrête à distance respectable. « Je vous remercie, monsieur, de votre assistance ; mais je n’ai pas l’heur de vous connaître. Vous comprendrez ma prudence, après – après ce qui vient de se passer. Je vous en prie, si vous avez quelque – mauvaise intention – à mon égard, dites-le moi dès à présent. Je n’ai aucune envie de mourir. » Sa voix achoppe légèrement, sur les dernières syllabes ; le tremblement de ses genoux s’accentue, et elle se retient au mur de sa main libre, pour ne pas tomber. Elle n’a aucune illusion, la Compagne mal aventurée : si l’homme décide de lui faire du mal, elle ne pourra rien faire pour l’en empêcher.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Ven 23 Fév - 15:01

Il était drôle, presque, de savoir que l’endroit où ils se trouvaient présentement était de jour un endroit des plus fréquentés … Et fréquentables. Les hommes de la Ville Basse y passaient, et ne faisaient qu’y passer, toute la journée. Il y avait eu bien plus d’incidents similaires à celui qui venait de se produire à la lumière du jour. Non, c’était bien la nuit que Lorgol changeait. Qu’elle se paraît de luxes indécents pour camoufler le vice, de parfums capiteux pour étouffer l’odeur de pourriture morale, de couleurs chatoyantes pour faire briller de marbre des peaux cireuses. Les gens bien nés et les nantis aussi, quand venait la couverture de la nuit, laissaient leurs travers s’exprimer de manière détournée, sublimant ceux-ci alors qu’ils s’efforçaient de les cacher. A l’inverse, sa consoeur ne cachait rien : à la nuit tombée, des endroits déjà malfamés se transformaient en véritables coupe-gorges. Gare à celui qui tenterait de s’y aventurer, car il était sûr de n’y rencontrer que la mort.

Sauf si, bien sûr, un assassin sortait de l’ombre pour vous sauver la mise. Un promeneur égaré dans la nuit, un sauveur inattendu au regard clair et inhumain, épris de justice plus que de la vie.

Il ne pensait pas à mal, en se rapprochant. Il venait de secourir une demoiselle, tout ce qu’il demandait, c’était de s’assurer que celle-ci était en sécurité… Même si, apparemment, bien que cette dernière soit encore secouée par ce qu’il venait de se passer, elle n’allait pas baisser sa garde aussi facilement. Lorsque sa voix résonna, immédiatement le brun s’arrêta. Malgré la sensation inconfortable de son bras – il regarderait plus tard – il réussissait à se concentrer sur ses mots. D’un regard bleu, où au fond brillait encore une étincelle de ce qu’il n’expliquait pas – ce que la justice le poussait à faire –, il la regarda rapidement.
A première vue, elle ne semblait pas blessée ou mal en point. Apeurée, oui, mais fièrement pourtant elle brandissait encore son arme ! Elle était courageuse, nota Gauthier, mais peut-être pensait-elle pouvoir le tuer si d’aventure il lui faisait du mal. Il était seul après tout, et déjà amoché.

 
« Je viens sans aucune intention meurtrière, rassurez-vous. Je ne sortirai pas d’arme face à vous. Voyez. »
Il ouvrit les paumes, levant les mains afin de les éloigner de la sienne. Ce faisant, son bras se mit à le lancer. Gauthier sentait la plaie, désormais, qui y courait. La douleur arrivait, lancinante, profonde, stimulée par le froid qui courait dans les rues ce soir-là. Ses yeux se tournèrent un court instant vers la source de son désagrément pour y découvrir la plaie avec plus de curiosité qu’autre chose. Sur le moment, il n’avait rien senti. Le sang continuait de s’écouler, lourd, teintant la chemise.
 
« Je comprends votre prudence, et tiens à vous rassurer. Mon intention était simplement charitable. Ces rues sont de vrais pièges quand tombent la nuit. »
Son regard se reporta sur elle, baissant lentement ses bras. Il devrait voir pour un garrot, quelque chose. La blessure ne mettait pas en danger ses jours, sinon il serait déjà à suffoquer sur le sol… Et le sang serait bien plus rouge.  
« Je vous ai entendue alors que je sortais de chez moi, quelques rues plus loin. Je pouvais pas… »
Il eut un vague geste.  
« Vous étiez en danger. J’aurais eu votre décès sur la conscience. J’exècre les morts inutiles et la violence dont font preuve certains dans cette partie de la ville. »

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Dim 11 Mar - 15:46

Il s’arrête.
Elle demande, il s’arrête – et un timide soulagement pointe le nez dans l’esprit affolé de Chasteté. S’il obéit à sa demande, c’est qu’il n’est pas mal intentionné, n’est-ce pas ? Qu’il n’a rien de ces malandrins qui ne voulaient que la dépouiller, ou pire. Cela veut dire qu’elle en sécurité, peut-être ? Qu’elle n’a pas à craindre quelque fâcheuse mésaventure débouchant sur son trépas et la disparition de son cadavre dans les eaux troubles des canaux, croquée par les crocodiles que la rumeur prétend occuper les lieux. Que faire, à présent ? Il est encore à quelques mètres, et lève bien haut les mains largement ouvertes, exposant ses paumes pour prouver qu’il est désarmé. Quelques secondes passent ; puis Chasteté rengaine prudemment son poignard, sachant pertinemment qu’il n’a pas besoin d’arme pour lui faire du mal, si l’envie lui en prenait. L’inconnu parle des ruelles de la Ville Basse comme s’il avait l’habitude de les parcourir, et la part de son esprit qui n’est pas obnubilée par le danger note soigneusement cette information, échafaudant mille hypothèses sur ce bien curieux individu. Il habiterait donc à proximité ? Dans ce quartier surplombé par la Tour de la Confrérie Noire, il y a moult habitations et boutiques, identifier celle où il réside peut s’avérer compliqué.

Plus tard.
Pour le moment, il faut qu’elle se concentre sur la situation présente, plutôt que de tenter de distraire ses pensées agitées par l’angoisse ! D’un pas prudent, puis de deux, Chasteté se rapproche un peu de l’étranger, pas assez pour pouvoir le voir nettement, mais suffisamment pour distinguer les traits de son visage. Une barbe élégante en couvre le bas ; mais un reflet de lune fait étinceler la clarté d’un regard lumineux, empreint d’honnêteté, et la Compagne baisse un peu la garde. « Pardonnez-moi ma méfiance, je n’ai pas l’habitude d’être molestée dans la Ville Basse : d’ordinaire, mon escorte suffit, et la Cour des Miracles veille sur les Compagnes… » C’est cela, au fond, qu’elle ne comprend pas : quels troubles agitent les enfants d’Isil pour qu’ils se détournent des filles de Mirta ? Il y a toujours des Voleurs pour guetter ses déplacements, habituellement, et écarter le danger ; que se passe-t-il ce soir pour que nul secours ne soit venu ? Cet homme-là n’est pas des Miracles, elle en est convaincue, sinon il l’aurait directement précisé pour écarter ses doutes. Il faudra certainement qu’elle en discute avec son homologue, la Dame de Lorgol, pour tâcher de savoir si la Cour a retiré officiellement sa protection ; et si ce n’est pas le cas, faire remonter tout cela jusqu’à la toute-puissante Maîtresse de la Guilde, qu’elle en touche deux mots au Conseil des Ombres.

Plus tard.
Toussotant un instant, la Compagne s’éclaircit un peu les idées. « J’en oublie la bienséance, je ne me suis pas présentée. Je suis Chasteté Mille-Saveurs, Dame de la Maison des Compagnes de Hacheclair. Je vous présente mes excuses de m’être montrée si ingrate, alors que vous êtes venu à mon secours quand rien ne vous y obligeait. Êtes-vous blessé, messire… ? » ajoute-t-elle, en remarquant qu’il regarde régulièrement son bras, avançant d’un pas supplémentaire pour tâcher de mieux y voir dans la timide lueur des lunes jumelles, masquées par la brume nocturne.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Ven 16 Mar - 13:17

Il avait vu la peur, un instant, dans le regard de l’inconnue en face de lui. Au milieu du courage et de la défiance, entre méfiance et bravoure, il avait vu cette peur scintiller. Ce n’était pas la peur de la mort, étincelle verdâtre de celui qui se savait condamné à mourir – combien de fois s’était-il délecté de cette teinte d’étang trouble dans les yeux de celui qui dérivait, le corps lentement lui faisant défaut ? –, c’était une autre peur. Quelque chose d’humain, terriblement humain face à l’absolu et au destin. Gauthier n’aurait pas pu la blesser, même s’il l’avait voulu : si on l’avait placée sur son chemin en situation de faiblesse, il lui était impossible de chercher à lui faire du mal. Ce n’était pas juste. Et s’en prendre à la cible d’un autre, c’était tellement petit… Surtout quand les attaquants n’étaient que de pauvres hommes, eux aussi loin de la vérité de ce monde.

Elle se rapprocha, et l’homme se rasséréna. Il avait pu la convaincre, qui qu’elle fut, qu’il n’était pas pour elle un danger. Du moins pas dans ces conditions, pas aujourd’hui. Pas tant qu’on ne le demanderait pas. Il accueillit un examen rapide, regard clair glissant sur lui, avant de baisser le sien sur les cadavres presque à leurs pieds. L’un d’eux était manifestement de ladite ‘escorte’… Probablement pas celui qu’il avait assommé. Ou alors, c’était une mauvaise farce.
Son front se plissa quelque peu, alors qu’il commençait à réfléchir. Les rues alentour étaient vides, il en était plus que sûr. Vides d’ennemis ou d’alliés, autrement, d’autres que lui auraient accouru pour sauver une Compagne dans un si grand embarras. Du moins le supposait-il, il y avait quelques mois que ses relations avec le peu de membres de la Cour qu’il contactait – on avait les informations que là on l’on pouvait les trouver, et les relations que l’on avait – se réduisaient au strict minimum. Voire à l’inexistant.
Il ne fit aucun commentaire. La Cour des Miracles était puissante, respectée ici-bas, véritable maîtresse des lieux… Et il avait pour cet immense organisme un respect qui n’était pas feint. Mais il ne leur appartenait pas, pas plus qu’à leur juridiction. Aussi n’émettrait-il aucune hypothèse sur l’absence de Voleurs aux alentours. Nul besoin de l’inquiéter ou de la lancer sur une piste qui pourrait s’avérer fausse.
Pas une Compagne. Une Dame.

Evidemment, quand Gauthier sauvait quelqu’un, il fallait qu’il voie grand, pas vrai ? La Dame de Bellifère. Dans son esprit, des souvenirs de la capitale du duché de la Guerre se formèrent. Non, décidément, aussi surprenante cette femme puisse-t-elle sembler – cheveux roux aux teintes d’or ocre, flammes dans la nuit gelée –, elle n’était sûrement pas porteuse du statut le plus glorieux qu’il puisse exister aux yeux des rustres de son duché. Et c’était, assurément, une erreur.
« Enchanté. Votre méfiance est naturelle, dame. » Il inclina la tête, une de ses mèches de cheveux dégringolant de son refuge derrière son oreille. Libre à nouveau. « Il est normal qu’après une telle rencontre, la prudence soit de mise. »

Blessé. Etait-il blessé ? La question lui sembla presque incongrue. Elle n’avait aucune obligation de s’inquiéter pour lui, pas vrai ? « Coeurbois. Gauthier Coeurbois.  Quand on joue avec des lames, il est normal d’avoir quelques accidents. Ne vous inquiétez pas pour moi. » Il replia son bras en souriant quelque peu. Douleur. Le sourire qui se transforme en une légère grimace. Foutue pour foutue… Elle était déjà déchirée. Abîmant le tissu encore plus, au niveau de la fente, il arracha une large bande révélant la large, peu profonde, entaille sur sa peau. Il ne flancha pas, utilisant le morceau pour le nouer autour. Il verrait quoi mettre sur la plaie en rentrant…  Et pour la soigner, si besoin. Les chances d’être un apothicaire.
« Vous avez des occupations bien étranges, à fréquenter ces rues en pleine nuit. Si vous l’acceptez, permettez que je vous offre au moins ma protection jusqu’à ce que vous soyez en lieu sûr. »  
Il n’était pas guerrier. Mais, au cœur de la nuit, quoi de mieux qu’un de ceux qui l’arpentaient pour répandre la mort comme protecteur ?

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Sam 24 Mar - 23:07

Chasteté scrute attentivement le visage de l’inconnu, étudiant soigneusement ses traits avec l’attention qu’elle met d’ordinaire à évaluer les intentions et la fiabilité d’un nouveau client se présentant sans être muni de références. C’est qu’il fait se méfier de tout le monde, de nos jours ; et une Madame sérieuse ne remettra jamais une de ses Compagnes entre les mains d’un individu susceptible de la blesser ! La sécurité de ses ouailles est la première obligation de Chasteté, aussi a-t-elle appris depuis longtemps à interpréter les physionomies en se fiant à son instinct. Bien sûr, il fait actuellement nuit et la brume dérobe l’essentiel de l’éclat de Macha et Nemain, mais la lueur diffuse qui baigne les alentours suffit tout de même à se faire une idée sommaire, maintenant qu’elle s’est assez approchée pour distinguer son regard.

Un regard honnête.
L’impression de danger qui émane de sa silhouette rend l’homme impressionnant, et un frisson court le long du dos de la Compagne, à se trouver baignée dans cette aura tranquille de force sereine. Elle ne se sent pas menacée pour autant – il est simplement évident que l’homme a conscience de ses capacités de combattant, et n’hésite pas à s’en servir si la nécessité l’y oblige. Un homme auquel il ne doit pas falloir s’opposer sans être adéquatement armé – un homme dont la présence lui assure à nouveau une relative sécurité, tant qu’il demeure en vue. Elle a presque envie de s’accrocher à son bras, pour ne pas qu’il s’en aille – la peur étreint toujours son cœur, et elle redoute le moment où il s’en retournera à ses occupations. Arrivera-t-elle en vie jusqu’à la Maison des Compagnes ? Excellente question – en attendant, l’inconnu n’en est plus vraiment un, car il répond à sa question avec un nom. Cœurbois. Lagrance ? Lagrance, oui, certainement. Elle le lui demandera, peut-être ; quand elle aura moins peur. Quand il aura moins… mal ? C’est de la douleur, qu’elle capte dans son regard, dans la légère crispation de son sourire ; et elle s’approche tout à fait pour mieux voir la plaie qu’il bande sommairement. Il commente paisiblement ses occupations nocturnes, et un petit rire étranglé échappe à la Compagne.

« Je suis Compagne, l’on avait requis mes services pour un dîner, rien de plus – alors, quand le dîner a pris fin, je suis partie. Je ne pensais pas que l’on s’en prendrait à moi sur les pavés de la Ville Basse, je n’ai jamais été en danger ici auparavant… Je dois vous avouer que… Si vous vous en sentez l’envie, et que votre blessure ne vous fait pas trop souffrir, j’apprécierai votre compagnie jusqu’à mon retour en mon logis, dans la Ville Haute ? » Elle tremble encore, la Compagne un peu peureuse, plus habituée aux crises domestiques qu’à risquer sa vie, et même la présence dissuasive et rassurante de l’homme à ses côtés ne la tranquillise pas tout à fait. Elle continue à guetter les alentours avec angoisse pendant tout le parcours en gondole vers la Ville Haute, puis pendant le trajet en calèche jusqu’à la Maison des Compagnes de Lorgol. Une fois sur le perron du massif bâtiment, elle s’apprête à prendre congé, à contrecœur, avant de se raviser. « Sire Cœurbois, je vous remercie de m’avoir escortée jusqu’ici. Cela vous a sûrement écarté grandement de votre route, et vous êtes blessé, je… Je tremble à vous imaginer rebrousser chemin pour un si long retour dans la Ville Basse. Acceptez l’hospitalité des Compagnes jusqu’au matin, voulez-vous ? Nous ne manquons pas de place pour nos invités, et je serai plus rassurée que cette vilaine plaie soit convenablement panse avant que vous ne repartiez. » Elle assortit sa plaidoirie d’un sourire encore un peu tremblant. « S’il vous plaît. Je vais devoir opérer une descente dans nos réserves d’alcools pour me remettre de mes émotions, et je déteste boire seule. Dites oui, messire. »


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Dim 25 Mar - 0:53

Il aurait pu regretter sa chemise, l’assassin : en temps de guerre – ou de trêve, mais la vie n’était-elle pas une bataille constante dans les rues de sa ville ? – il était assez compliqué, pour un simple apothicaire, de se procurer des vêtements solides et résistants au froid mordant d’une nuit telle que celle-ci. Il aurait pu la regretter, maintenant déchirée, si elle n’avait pas été déjà bien entamée par l’usure et les quelques substances qui avaient, ici et là, décoloré le tissu épais. Elle était confortable, et il la prenait pour ça. La sacrifier était donc négligeable, si ça lui évitait de se vider de son sang.

Il s’était soumis sans broncher au regard de la dame en face, maintenant que la brume, par intermittence, laissait les lunes se refléter sur eux. Il sentait sur lui son regard, alors qu’il terminait son bandage grossier. Loin d’être médecin, et il était à peu près sûr qu’une formation médicale n’entrait pas dans la liste des enseignements et des nombreux talents des Compagnes. Il n’en avait jamais fréquenté une personnellement. Enfin… Si.
Quelle idée, aussi, de se farder autant pour plaire. On ne savait jamais qui pouvait s’introduire chez vous, mandé par quelque jaloux, pour vous voir vous effondrer sur le sol dallé. Il repoussa le souvenir, écoutant le son de sa voix : l’heure n’était pas venue de se laisser aller à des rêveries de cette manière. Et puis il venait tout juste de la sauver, cette Compagne-là ! La tuer serait malvenu.
On ne lui avait pas demandé, après tout. Il ne fit aucun commentaire, tentant mentalement de réfléchir à qui, dans la Ville Basse, pourrait requérir les services d’une Compagne. Quelque bourgeois trop pauvre pour s’implanter durablement dans la Ville Haute, sans doute.
La question le surprit, amenant sur ses lèvres un sourire. La blessure ? Elle le lançait, bien sûr. Mais une fois traitée, celle-ci ne serait rien de plus qu’une balafre à rajouter sur son corps. « Bien entendu, dame. » Il inclina la tête, légèrement. « Encore une fois, n’ayez aucune crainte concernant ma blessure. J’en ai vues et connues de bien pires. En aucun cas celle-ci ne m’empêche de vous escorter en sécurité. »

Gauthier ne connaissait que bien peu la Ville Haute par les voies normales. Néanmoins, il était moins préoccupé par cela que par l’état dans lequel sa protégée d’une soirée se trouvait : l’inquiétude ne semblait pas se dissiper. Il lui parla, pendant le trajet. Des phrases qui n’avaient que peu d’intérêt, juste pour qu’elle ne cède pas à la pression de sa peur. Pour qu’elle n’ait pas l’impression de voyager avec un simple mur, aussi.
Il s’apprêtait à la saluer, à rebrousser chemin pour se renfoncer dans les rues à pied dont il connaissait par cœur le chemin jusqu’à la Ville Basse, puis jusqu’à sa tour, quand elle émit une demande des plus particulières.

L’assassin avait envie de rire, en l’entendant, et un petit sourire se nicha sur ses lèvres. Néanmoins, il avait assez de tact pour ne rien dire. « Votre inquiétude me touche grandement. » Lui qui commençait à être craint, donc le surnom traversait les rues, comme une traînée de poudre mortelle ? Elle avait peur pour un être qui, par dévotion, sacrifiait sans sourciller des êtres. C’en était drôle. Adorable et drôle.
Il soupesa la proposition. C’était vrai que le chemin serait long, jusque dans les méandres de sa Ville. Et que l’idée de refuser ne lui semblait pas être si valable que cela. A la tour, personne ne s’inquiéterait de ne pas le voir rentrer : tant qu’il assurait ses fonctions, le lendemain, il était libre d’aller et venir comme bon lui semblait. « Si cela vous permet de trouver la quiétude après votre épreuve, je ne peux vous dire non… Et vous remercie grandement de votre invitation. Il assortit sa réponse d’un sourire, avant de la suivre à l’intérieur, respectueux des lieux.
Ca se saurait. Tout se savait. Ah, ça allait jaser, quand il rentrerait ! Et on ne manquerait pas de le relancer sur le sujet, pour connaître tous les détails de l’intérieur de ce bâtiment et ce qu’il y avait fait… Pour des raisons, bien évidemment, uniquement professionnelles.

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Dim 15 Avr - 21:38

Le léger sourire qu’elle croit deviner au coin des lèvres de l’homme est porteur de tout un univers de possibles significations, mais Chasteté aura le temps d’y songer plus tard, lorsqu’elle sera retranchée à l’abri des épais murs de la Maison des Compagnes. Elle qui d’ordinaire apprécie plutôt ses visites à Lorgol, la voilà bien choquée de cette affreuse mésaventure ! La capitale des peuples libres a décidément bien changé, depuis le début de la guerre, et fréquemment la Compagne se demande quelques changements majeurs seront la conséquence du conflit ; et si les péripéties de ce soir en sont un avant-goût, elle n’est pas vraiment certaine de vouloir vivre dans ce monde-là.

Gauthier accepte son invitation, toutefois – et la Belliférienne ne peut retenir un soupir de soulagement, de savoir à la fois qu’il ne risquera pas sa vie en repartant tout seul vers la Ville Basse et qu’elle ne sera pas seule pour entreprendre une expédition avancée dans les tréfonds d’un tonneau d’hydromel. « Merveilleux ! Par ici, entrez, je vous prie. » Elle a tôt fait de se faire ouvrir, indiquant au majordome qui la contemple d’un air endormi mais l’accueille avec la plus extrême politesse que « Messire Cœurbois » est son invité, et qu’ils vont occuper le petit salon violet, « veillez à ce que personne ne nous dérange, et faites apporter à boire… oh, et à manger, aussi, je vous prie. » C’est qu’elle a faim, Chasteté – le dîner auquel elle a assisté était surtout une occasion pour son client petit bourgeois de briller en société parmi les riches marchands conviés à sa table, et elle passé la totalité de la soirée à faire la conversation à ces hommes cupides, sans avoir guère le loisir de toucher au contenu de son assiette.

Le majordome s’en doute certainement, car la collation qu’il fait apporter avec la plus grande célérité a des allures de dîner froid. Il connaît également les préférences culinaires de la Dame de Hacheclair, comme l’excellent serviteur qu’il est, et c’est donc un assortiment complet de fromages de toute sorte et de charcuterie alléchante qui fait son entrée, avec quelques pâtisseries dégoulinantes de miel et une poignée de douceurs sucrées. Avec grande hâte, les gestes encore un peu tremblants, elle se débarrasse de sa lourde cape, invitant son invité à prendre ses aises. « Je vous en prie, prenez place – si vous avez faim, servez-vous. » Elle n’a pas le temps d’en dore plus ; le majordome réapparaît, accompagnant cette fois plusieurs carafes et une série de verres de cristal étincelants. Vin fruité de Lagrance, liqueur costaude de Sombreciel, et… oui ! Une bouteille d’hydromel sur laquelle elle s’empresse de faire main basse. « Je vous remercie, vous pouvez disposer. » congédie-t-elle l’homme, avec un sourire plein de fossettes, avant de se servir abondamment et d’avaler son verre d’une traite. Un peu gênée, elle essuie ses lèvres d’un délicat revers du poignet, rosissant d’avoir ainsi oublié ses bonnes manières. « Je suis navrée ! Je n’ai pas vraiment les idées en place. Je vous en prie, pardonnez-moi ce grave manquement aux règles de l’hospitalité, et laissez-moi vous servir… hm… un verre de ce vin lagran, peut-être… ? » Interrogative, elle indique la carafe d’un geste élégant, tentant d’évaluer les penchants de son invité.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Sam 21 Avr - 0:07

En fait, maintenant qu’il y réfléchissait, il n’avait jamais mis les pieds dans cette partie de la Ville Haute. Les tours qui s’étendaient au-dessus d’eux lui semblaient dangereusement presque peu familières. Il n’en avait pas visité énormément, de ce côté-ci de la Ville. Mais tout était tellement si grand ! Lorgol était une ville immense, qui occupait son cœur et remplaçait Cibella sans hésitation. Il était peut-être né enfant du duché de la Magie, homme dans un monde de femmes, mais depuis son engagement à la Confrérie, Lorgol était l’endroit qu’il appelait son foyer. Bien sûr, la tour au cœur de la Ville Basse, plus particulièrement, mais les rues et les canaux, les tours luxueuses ou décrépies lui avaient offert sa renaissance. Lorgol, c’était chez lui.

Même perdu par ici. Il restait chez lui, amoureux de la Ville Libre. Sans faire d’histoire, ses pas presque aériens sur le sol, il la suivit jusqu’à l’entrée de la tour. Il faisait attention, son regard bleu pur glissant sur elle, à ce qu’elle ne s’effondrât pas d’un coup : qui savait ce que la frayeur pouvait provoquer comme contrecoup chez elle ! Bien sûr, il la rattraperait d’un bras sans aucune hésitation : il l’avait déjà sauvée de ces violents personnages, qui maniaient le meurtre comme un enfant agiterait un bâton, il pouvait bien la sauver d’un évanouissement intempestif.

Heureusement, l’évanouissement ne vint pas, et il put la suivre sans problème jusqu’au salon dans lequel elle avait décidé de se poser. L’atmosphère dans la tour était loin d’être aussi glacée que l’extérieur, et il y régnait le calme de la nuit : on sentait que les gens y dormaient. Le silence n’était pas le même que celui d’un lieu abandonné. Il était plus fragile, plus simple à briser. Enfin, ce n’était qu’une des remarques infimes que Gauthier se faisait. Déformation professionnelle, sans doute.

A la suite de la Compagne, il ôta sa propre cape, révélant la chemise déchirée à hauteur de son coude. Dans d’autres circonstances, et devant une aussi belle dame, il se serait excusé de son état : il n’aimait pas paraître négligé devant qui que ce soit. D’autant plus quand elle-même était habillée de la plus belle des façons. Sauf que cette fois, il n’avait pas le temps de se changer… Il s’excuserait une prochaine fois. Il paraitrait bien mieux vêtu. Sobre, certes, loin d’être aussi richement habillé que certains nobles, mais au moins n’aurait-il pas l’air dépenaillé qu’il arborait actuellement.
Il s’assit doucement, un sourire glissant sur ses lèvres. La douleurs qui piquait son bras ne l’empêchait pas de songer, ou de trouver la situation amusante. Un Cibellan et une Belliférienne se rencontrent. On aurait dit le début d’une mauvaise blague que les gardes se racontaient, quelquefois. Oh, bien sûr, la condition masculine cibellane était tout de même plus avancée sur certains points que celle des femmes bellifériennes… Sauf dans quelques villages reculés où les hommes restaient presque cantonnés à leur foyer. Mais globalement… C’était mieux.
«  Ne vous excusez pas. Vous venez de vivre quelque chose d’effrayant, en manquant d’y laisser la vie. Vous avez toutes les raisons du monde de déroger aux règles. » Il leva sa main, comme pour effacer d’un geste l’idée stupide d’un mouvement doux des doigts. « Cela me convient parfaitement. Merci beaucoup. »

Il se rapprocha, pour prendre son verre. L’instinct lui fit discrètement, lorsqu’elle ne regardait pas, humer l’effluve qui s’en dégageait. On n’était jamais trop prudent. Heureusement, les poisons gâtaient l’odeur du vin, ce qui pouvait les rendre plus identifiables si l’on était au courant.
Il ne mourrait pas ce soir. « Vous êtes bien courageuse, vous savez. Même si la peur s’est emparée de vous, vous n’avez pas fui ou ne vous êtes pas évanouie.  Vous ne seriez pas rendue, vous cherchiez à vous défendre... C’est admirable. Sachez que si jamais il vous prenait l’envie de vous balader à nouveau dans la Ville Basse… Mes soirées libres seront vôtres. »

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Dim 24 Juin - 18:10

« Sachez que si jamais il vous prenait l’envie de vous balader à nouveau dans la Ville Basse… Mes soirées libres seront vôtres », a-t-il dit. Ses soirées, à elle. Il l’a dit – l’avant-veille, autour d’un de ces petits vins lagrans qui montent insidieusement à la tête, il l’a dit. Avec un sourire chaleureux, et quelques compliments, qui ont fait joliment rosir la Compagne – peu habituée aux alcools fleuris et à la sincérité. Ils ont discuté, brièvement, de lieux communs en remarques passe-partout, la jeune femme tentant de faire passer sa frayeur à grandes lampées éthyliques. La fin de la soirée est un brouillard confus – elle se souvient que l’assassin a pris congé très poliment, la confiant aux bons soins de l’intendante… qui l’a mise au lit comme une enfant. La journée du lendemain a été occupée à gérer l’affreuse migraine qui lui a vrillé les tempes ; et aujourd’hui, le jour suivant, elle a traité sa paperasse en retard, avant de prévenir qu’elle rentrerait tard. C’est au crépuscule qu’elle a pris le chemin de la Ville Basse, dûment escortée cette fois, joliment apprêtée et quelque peu anxieuse.

Elle ne peut empêcher son regard de raser les murs pendant sa progression sur les pavés, une fois descendue de la calèche qui l’a amenée à la lisière de la zone fréquentable. Elle n’a pas un grand trajet à effectuer, l’endroit est connu dans la cité des canaux : la Taverne de la Rose, repaire de pirates, de voleurs… d’assassins. Un endroit où les Compagnes sont en relative sécurité, au cœur du territoire de la Cour des Miracles ; Chasteté y met donc les pieds sans trop de crainte. Elle s’y est déjà rendue, il y a des années, lors de quelques séjours passés à Lorgol ; d’ordinaire cependant, ses visites se font dans les domiciles privés, pas dans les lieux publics. C’est particulier, ce soir : elle n’est pas venue proposer ses services de Compagne, mais exprimer sa gratitude – et, également, présenter quelques excuses pour s’être donnée en spectacle l’avant-veille. Dire qu’elle n’a pas proposé de faire panser sa plaie ! Quelle honte. Mais oui, des remerciements avant tout ! Un homme remarquable, vraiment, qui n’a pas profité des avances de plus en plus explicites d’une rouquine éméchée et fort peu farouche. « Venez m’en reparler quand vous serez sobre, madame. » avait-il murmuré, avec ce petit sourire indulgent qui rend Chasteté cramoisie de honte, en y repensant.

Bien. Sobre, elle l’est, maintenant.
Un regard à la ronde lui laisse croire un instant qu’il n’est pas là – il l’avait dit, pourtant, en partant, qu’il était facile de le trouver en s’adressant à la Taverne de la Rose. D’un geste machinal, Chasteté rejette en arrière le capuchon de sa mante, libérant ses boucles rousses, n’osant pas scruter les clients attablés pour ne pas s’attirer d’hostilité malvenue. Harponnant au vol une serveuse qui se fraie un chemin avec plusieurs chopes en main, elle s’apprête à s’enquérir de Gauthier.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Mer 27 Juin - 15:47

La soirée s’était achevée bien différemment de la manière dont Gauthier aurait pensé. Il n’était que parti pour essayer de trouver un sommeil qui le fuyait, rien de plus, après tout. Depuis les révélations de Victorine, à peine quelques jours plus tôt, il avait pu constater que son esprit lui-même l’avait empêché de dormir. Inquiet. Alors il était sorti, et il avait sauvé la belle dame, l’avait raccompagnée presque courtoisement jusqu’à sa tour – garde du corps improvisé. Il s’était laissé tenter, dans la promesse d’une compagnie nocturne presqu’innocente. Tout du moins, l’assassin n’avait pas envisagé quoi que ce soit. La soirée s’était poursuivie dans un salon, à discuter de choses légères dont il n’avait pas grand souvenir : la vie, quelques souvenirs joyeux, Lorgol et ses mystères. L’alcool avait aidé, doucement, à ce que la dame à ses côtés pense à autre chose qu’au possible funeste destin qu’elle aurait pu rencontrer… Et lui libérant quelque peu la parole et les idées. Sans vraiment embarrasser le Cibellan, les propositions de moins en moins voilées l’avaient fait sourire mais tout de même refuser – ou au moins, lui proposer d’en reparler de manière sobre. Il avait quand même quelques manières, et profiter de mieux tenir l’alcool qu’une femme, aussi attirante et visiblement intéressée par lui soit-elle, n’était pas dans ses principes. Il aurait eu l’impression d’abuser d’elle, de ne l’avoir sauvée que pour obtenir ensuite quelque gratification. Ironiquement, son sens de la morale l’en empêchait – sens de la morale qui ne l’empêchait pas de tuer des gens pour vivre, et d’aimer ça. La vie était parfois étrange.

Gauthier l’avait quittée quand l’alcool et la nuit avançant avaient eu raison de son énergie, oubliant presque la douleur de son avant-bras dans les brumes de leur consommation bien peu raisonnable. Presque signifiant ici qu’au matin, alors qu’il était de retour à l’apothicairerie de la garde civile, il avait discrètement emprunté de quoi se soigner et arrêter la désagréable sensation que l’estafilade provoquait. Rien de bien méchant. Juste une cicatrice de plus.
Il ne pensait pas la revoir de sitôt : les Compagnes étaient fort occupées, il n’y avait qu’à voir comment il parvenait à peine à reprendre contact avec Rhapsodie. Alors, pour la Dame d’Hacheclair, pensez-vous… Un jour, peut-être, leurs chemins se recroiseraient, sous de plus heureuses raisons. Un jour. Ou un soir.

Assis à une table à laquelle il avait l’habitude de se poser quand Gisèle logeait encore à la Taverne de la Rose, il songeait. Un peu à tout, un peu à rien. A sa prochaine mission à planifier, là-bas, à la frontière ansemarienne de Cibella, dans un comté qu’il connaissait bien : les hommes y racontaient d’étranges contes sur Aldis, liant les rivières et les larmes de la déesse à de curieuses histoires. Il y avait séjourné plusieurs semaines, il y avait presque vingt ans.
Il pensait également à Gisèle, presque comme toujours. A ses dessins, qu’elle faisait là en espérant pouvoir aussi réconforter les malades à l’époque – sombre période. A son ignorance de la guerre, désormais interrompue.
Son attention fut captée alors qu’il en était à l’élaboration extrêmement complexe d’une nouvelle histoire pour justifier de son futur déplacement : une chevelure rousse, l’impression de connaître le profil. S’était-elle perdue, encore une fois, au cœur de la Ville Basse ? Il se redressa, à peine : la serveuse semblait déjà l’avoir désigné, et ce fut avec un franc sourire qu’il accueillit la rousse. « Dame Mille-Saveurs. Quelle agréable surprise. »

Au moins, cette fois, n’était-il pas dans une tenue déplorable. Fier – un peu trop – il avait été quelque peu mal à l’aise de se présenter à elle suite à l’altercation avec sa chemise déchirée. Les habitudes restaient. « Je ne pensais pas vous revoir vous aventurer dans la Ville Basse de sitôt. » Il l’invita à s’installer à ses côtés, naturellement, ne pouvant s’empêcher de la détailler un peu, par pure curiosité. En deux jours, elle ne pouvait avoir changé – si ce n’était que, cette fois, il n’y avait ni contrecoup de s’être approchée près de la mort, ni état d’ébriété.

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Sam 7 Juil - 18:42

Un sourire sincère fleurit sur les lèvres de Chasteté lorsque la haute silhouette de Gauthier se redresse légèrement à sa vue, avant que la cordialité de l’homme se mette à pétiller dans son regard. Elle l’a vu abattre un homme, sur les quais lugubres des canaux de la Ville Basse – mais lorsqu’il se penche pour l’accueillir, c’est en toute confiance qu’elle s’approche de sa table, d’une démarche presque sautillante tant elle est guillerette. La franchise de son sourire est presque une invitation à elle seule, et c’est avec plaisir que la Compagne y répond, prenant place avec enthousiasme. Elle aime ses passages à Lorgol, la jolie Chasteté – habituée à se faire discrète dans les rues de Hacheclair, à demeurer modeste pour ne pas choquer, elle apprécie fondamentalement la liberté que la capitale des peuples libres lui permet de savourer. Point de regards faussement soumis ni d’humilité factice ; ici, la Dame de Hacheclair s’autorise une impertinence et une légèreté qu’elle réserve d’ordinaire au sanctuaire de la Maison des Compagnes, seul endroit de la capitale belliférienne où les femmes peuvent se montrer gaies et insouciantes sans risquer les foudres d’un mâle à l’ego trop développé.

Gauthier en tout cas ne semble pas souffrir de cette hypertrophie de vanité, et Chasteté pose une main légère sur son poignet, se penchant vers lui pour le saluer. « Sire Cœurbois, je suis ravie de vous trouver ici ! Je craignais que vous n’y soyez pas. » Elle s’installe, ajustant plus confortablement ses jupes autour d’elle, dégrafant la lourde cape qui l’enveloppait. La tenue qu’elle porte aujourd’hui est nettement moins sophistiquée que ses atours raffinés de l’avant-veille – pour ce soir, elle a préféré miser sur une simplicité élégante lui permettant, le cas échéant, de prendre ses jambes à son cou plus aisément. Elle est joliment apprêtée toutefois : quelques discrets bijoux rehaussent les broderies toutes simples de son corsage, et sa rousseur extravagante a été consciencieusement disciplinée en une longue tresse ramenée sur son épaule. L’instinct lui dit qu’elle a bien fait : elle sent le regard de l’homme sur elle, et une pointe d’orgueil lui fait dresser le menton, avant de lui adresser un clin d’œil rapide.

« Voyez-vous, je ne me serais pas aventurée dans les canaux si je n’avais pas eu en tête l’idée de vous y retrouver », confie-t-elle d’un sourire plein de fossettes. Un peu gênée, elle poursuit, une pointe de roseur venant colorer ses pommettes. « Je vous dois des excuses pour mon comportement impardonnable, avant-hier. J’ai abusé des liqueurs pour me remettre de ma frayeur, et j’ai bien peur d’avoir été une hôtesse déplorable. Je n’ai même pas songé à faire panser votre plaie… J’espère que vous vous voudrez bien excuser ces manquements ? J’ai bien l’intention de me faire pardonner, croyez-moi. » Et s’il ne la croit pas, l’éclat mutin de ses prunelles saura, certainement, parler pour elle.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Sam 7 Juil - 23:11

C’était réellement une surprise, de la retrouver là, elle qui semblait si désireuse de quitter les pavés de cette Ville Basse où Gauthier vivait quotidiennement. Il ne s’y attendait pas le moins du monde : aussi brève et intense qu’ait pu être leur entrevue après, Gauthier ne s’estimait pas forcément assez important pour que la dame vienne jusqu’à lui le chercher. Il lui avait plus donné cette adresse au cas où elle chercherait à le joindre. Il ne pouvait décemment pas lui demander de s’aventurer dans des ruelles où même certains hommes peu scrupuleux n’osaient poser les pieds. Mais maintenant qu’elle était ici, c’était, l’étonnement passé, sans doute la meilleure manière de terminer une journée qui avait été somme toute décevante. Il n’en dirait pas plus : les affres d’une vie double où l’exaltation de la mort et du devoir sacré se heurtaient à devoir apprendre à un balourd quelques règles décentes d’hygiène parce que sa plaie commençait à s’infecter n’étaient pas forcément compréhensibles par tous. Il y avait de la joie dans sa démarche, plus libérée : quand on y repensait, il la découvrait réellement à cet instant. Il découvrait celle qu’elle était sûrement plus qu’auparavant, une arme à la main et tremblant de tous ses membres. Et il restait encore à découvrir, assumait-il. Elle l’intriguait.

Il surprit son clin d’œil, son sourire franc se transformant quelque peu en quelque chose de plus joueur – à peine un instant – avant de remettre en place une de ses mèches de cheveux. Il faudrait qu’il pense un jour à se les attacher, la manière dont ceux-ci entravaient ses mouvements les plus basiques de tête pouvait finir par l’agacer.  

Les mains jointes sur la table, il l’écouta. Brièvement, le remords le traversa : si elle s’était faite attaquer comme la dernière fois sur le chemin, il ne l’aurait sans doute pas très bien vécu. Mais sûrement, le problème de protection de la dernière fois serait rapidement réparé… Il espérait. Ce n’était pas comme si les Compagnes avaient toutes avec elle la force et le courage de se défendre, ou les instruments appropriés.
Avec un soupir amusé, le Cibellan secoua la tête. « Vous étiez loin d’être une  hôtesse déplorable, croyez-moi. Vos souvenirs sont peut-être quelque peu confus encore. » Ses doigts tapotèrent la table, alors qu’il continuait. « Non, vraiment. Même si vos propos en vinrent à manquer de clarté vers la fin, vous n’avez aucune inquiétude à avoir. La nuit était déjà bien avancée, et vous vous remettiez d’une grande frayeur. »

Le regard bleu vif de l’assassin vint attraper le sien, plus amusé et interrogatif qu’autre chose, prêt à voir ce qu’elle a derrière la tête. Oh, il y avait de l’intérêt, aussi, dans la manière dont il s’était tourné vers elle légèrement pour lui répondre. Il y avait définitivement des souvenirs assez vivaces de paroles échangées, d’invitations à peine voilées qu’il avait déclinées de peur de l’abuser. Juste assez de souvenirs pour qu’il puisse, sans trop de problème, envisager une suite plutôt logique. « Néanmoins, pour votre conscience… Et la mienne, je ne peux vous laisser sans une chance de vous faire pardonner. » Dans un geste qui lui sembla naturel, une de ses mains vint trouver la sienne. Innocent, encore. Le toucher ne dura pas. Des fois qu’il se trompe. Il s'excuserait d'être trop tactile, si jamais...
« Je dois réitérer, cependant, ce que je vous ai dit ce soir-là. » Il avait été poli et courtois, malgré l’envie de céder à un feu qui s’était allumé et qu’il étouffait à l’époque. Il s’était retenu de glisser dans ses propositions et de s’y perdre, par respect pour elle. « Que vous êtes d’une compagnie très agréable et charmante. »

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Dim 8 Juil - 21:46

Gauthier fait preuve d’une politesse remarquable, mais Chasteté doute fort que ses paroles aient pu manquer de clarté au point qu’il se méprenne sur la nature de ses avances, de moins en moins voilées au fur et à mesure qu’elle vidait son verre. Ses intentions en tout cas devaient être fort claires – le regard amusé qu’il lui adresse ne laisse place à nul doute sur ce point, et la roseur de la Compagne s’intensifie quelque peu. Elle en a vu, pourtant, des situations gênantes, dans toute sa carrière ; mais a toujours veillé à ne pas être celle donnant prise au ridicule. Elles sont discrètes et humbles, les filles de Bellifère ; mais elles ont le sens des convenances et une solide fierté chevillée au corps, tâchant toujours de respecter les coutumes et les usages.

Peut-être le temps des bonnes manières est-il révolu – après tout, cet homme a tué pour elle, et il a eu l’extrême courtoisie de ne pas abuser de son état de faiblesse, alors… Alors, un peu plus de franchise est de mise. Elle savoure un instant le contact de sa main sur la sienne, ravie au fond de ne pas être traitée comme un objet fragile et pathétiquement faible après cette funeste soirée – ravie aussi, qu’il ne répugne pas à sa compagnie. Les Compagnes sont de jolis ornements, en Bellifère, et l’excellence de leurs services leur offre un certain prestige, mais aucun homme n’aurait idée d’entretenir telle compagnie en dehors du cadre strict d’un contrat. Rien que pour cette enrichissante nouveauté, Lorgol lui semble toujours désirable et merveilleuse – rien que pour cette fugace sensation de liberté, s’évadant en-dehors du carcan austère des femmes de Bellifère pour laisser libre cours à la gourmande fantaisie qui incarne le sel de sa vie.

Une compagnie très agréable et charmante, dit-il, et le sourire de Chasteté s’emplit de mille sous-entendus malicieux qu’elle ne prononcera pas. « Celles de ma corporation n’ont que peu de biens, et fort peu de possibilités lorsqu’il s’agit de montrer notre reconnaissance – toutefois, ce que nous faisons, nous le faisons bien. » La réputation d’excellence des Compagnes n’est plus à faire, dans tous les domaines où leurs services sont susceptibles d’être requis ; et la mine soudain sérieuse de Chasteté est celle de la Dame de Hacheclair, maîtresse des Compagnes de Bellifère, et tout à fait compétente dans ces différents domaines. « Je ne vous insulterai pas en vous offrant quelque chose qu’il vous répugnerait d’accepter, messire ;  mais si vos refus antérieurs ne tenaient qu’à l’état d’ébriété qui affectait alors mon jugement… Sachez que mon offre était sincère, et que je vous la renouvelle sans hésitation. Je suis curieuse, voyez-vous, de découvrir ce que ces grandes mains sont capables de faire ; et d’évaluer à la même aune le reste de votre remarquable personne. Si toutefois vous préfériez quelque autre symbole de ma gratitude, je vous en prie, messire, nommez-le en toute franchise ; je saurai contenir ma susceptibilité ! » achève-t-elle d’un sourire en coin.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Jeu 12 Juil - 15:13

Si Gauthier avait eu quelques doutes quant aux volontés de Chasteté à son égard, il était désormais sûr de pouvoir affirmer sans se tromper que les propositions entendues entre les verres étaient tout ce qu’il y avait de plus sincères. Enfin, il aurait aussi pu être stupide et douter, ou pire encore. Heureusement, Gauthier était loin d’être méfiant à ce point… Sur ce sujet, tout du moins. Et peut-être se laissait-il tromper, mais ce n’était pas comme s’il y avait à la clé quelque chose de dangereux. Tout au plus aurait-il son égo de blessé – chose qu’il préférait ignorer. Quoi que, vu sa fierté, on ne savait jamais.

En bref, Chasteté était claire dans ses demandes, pour qui avait été présent lors de leur rencontre de la dernière fois. Fugacement, des mots égarés vinrent traverser l’esprit de l’assassin – fourmillement familier d’idées qui suivirent, se calquant sans aucun souci sur ceux-ci.
Peut-être était-il trop poli, étrangement, ou trop respectueux de la gent féminine : son éducation, assurément à l’opposé de celle qu’elle avait du recevoir, le poussait tout de même à chercher son approbation plus qu’à s’imposer lui-même.
Ses yeux eurent quelque peu de mal à ne pas trahir les pensées qui occupaient son crâne, alors qu’il se forçait à garder le regard sur son visage. Un peu de décence, encore, il aurait tout le loisir de la contempler dans l’intimité relative qu’ils semblaient prêts à partager.  En revanche, il ne manqua pas de déceler un brin d’amusement dans son sourire – avant que les mots ne se parent d’une sorte de fierté, propre à celles qui toujours sont fières de leur existence. Son sérieux et son attachement à sa guilde étaient tout à son honneur, et Gauthier ne pouvait que l’apprécier : peut-être que ça tenait à ça, son sentiment incompréhensible qu’elle était faite pour ceci et qu’elle ne trahirait pas. Qu’elle s’était vouée à une profession qu’elle honorait. Oh, bien sûr, elle ne saurait jamais la vérité pour l’homme en face d’elle, mais la similitude qu’il croit ressentir entre eux ne faisait que le rassurer.

« Croyez-moi sincèrement désolé de vous faire tant douter sur vous, et mes intentions, s’excusa le Cibellan, secouant sa tête. Le fait est que seul un rustre aurait profité de vous dans cet état, sous couvert d’être votre sauveur. Ce ne sont que le respect et la décence qui m’ont poussé à refuser. » Il réfléchit quelque peu, avant d’ajouter – et son sourire veut tout dire : « Ce n’était d’ailleurs pas un réel refus. Disons plus que la proposition est infiniment plus intéressante lorsque vous êtes en pleine possession de vos esprits. »

Un seul léger souci, temporaire, allait se poser. Définitivement, il ne pouvait pas l’emmener dans sa véritable chambre, où les draps n’avaient que peu connu de formes féminines – quelques-unes de ses consoeurs, au fil des ans, surtout à son arrivée –. Et il doutait franchement qu’elle cherchât à le faire remonter avec lui dans la Ville Haute. Heureusement pour eux, au vu de l’endroit, le problème serait réglé sans trop d’attente. L’assassin déposa à nouveau sa main sur la sienne, jetant un coup d’œil averti aux alentours. « Donnez-moi quelques minutes, et je vous promets que vous pourrez découvrir autant que vous le voudrez à mon propos. »
Quelques minutes, c’était suffisant pour se débrouiller et leur demander une chambre. C’était amplement suffisant pour l’y attirer, les yeux et les gestes pleins d’un millier de promesses sur le point de se réaliser, une fois la porte close.

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Mer 25 Juil - 21:31

Gauthier s’excuse.
Il s’excuse – et l’incrédulité de Chasteté lui tire un petit rire nerveux. Il s’excuse, par Javaï, de quoi ? De s’être montré décent et respectueux, d’avoir préféré s’assurer de son plein consentement, de s’être conduit en homme honorable ? S’il savait combien un tel comportement est utopique, dans la bonne société belliférienne… C’est l’une des premières règles que l’on inculque aux apprenties de la corporation, pendant leur longue formation : encaisser la rudesse et l’abrupte approche de la majorité des clients, supporter parfois d’être bousculée, d’être malmenée – ne pas se sentir rabaissée à être traitée comme un objet, car parfois il est des clients qui apprécient de trouver un esprit bien tourné dans le corps qui réchauffe leurs draps, et que cela vaut la peine de tolérer les autres, tant que les limites de l’acceptable ne sont pas dépassées. L’avant-veille, si elle avait présenté de telles avances à l’un des Bellifériens que la clientèle de la Maison de Hacheclair compte habituellement, elle n’aurait pas eu besoin de les réitérer pour se retrouver les jupes troussées jusqu’à la taille, à même la table du salon. Ce Gauthier est décidément un personnage bien étonnant ; et une part d’elle envie secrètement ses consœurs de Lorgol, qui ont sûrement la chance d’en compter d’autres comme lui parmi leur clientèle.

Mais celui-là, aujourd’hui, sera pour elle ; et lorsqu’il l’abandonne un instant pour aller régler quelque formalité que Chasteté imagine très bien, elle ne peut s’empêcher de tordre machinalement entre ses doigts le tissu de sa robe, prise d’une hâte curieuse dont elle est bien peu coutumière. Décidément, cette rencontre fortuite sur les quais mal famés de la Ville Basse porte de bien intéressants résultats, et la Compagne se trouve impatiente. Elle-même ne traite que bien peu de demandes depuis qu’elle est devenue Dame de Hacheclair, et même si elle n’a jamais réellement été de ces femmes assujetties entièrement à l’appel de Mirta, elle n’en reste pas moins sensible à l’alchimie des corps, et désireuse de trouver quelque contrepartie au plaisir qu’elle s’efforcera de procurer à cette homme bien plus méritant que d’autres.

Gauthier ne tarde pas à revenir, et c’est d’un pas guilleret que Chasteté le suit vers la chambre un peu à l’écart qu’une servante leur désigne, à l’étage – avec un regard entendu qui confirme les habitudes de l’endroit. Ils ne sont vraisemblablement pas les seuls à profiter des installations de la Taverne de la Rose pour voler quelques moments privés ; et la chambre est propre, note la Compagne avec satisfaction. Elle avait bien quelques doutes sur la tenue d’un établissement de pirates, mais à en juger par ce qu’elle voit et l’impeccable blancheur des draps, les tenanciers sont plus rigoureux que certaines domesticités des nobles maisons qu’elle a pu être amenée à fréquenter… Elle profite que son compagnon d’un soir soit occupé à barrer la porte pour dégrafer sa cape et la laisser choir sur le dossier d’une chaise, avant de lui adresser une œillade pétillante d’impertinence lorsqu’il se tourne vers elle. Debout au milieu de la petite pièce, dans la lueur de la cheminée, elle effleure du bout des doigts le tissu raffiné de son corsage avant de camper les mains sur ses hanches, tournant lentement sur elle-même, ne le quittant du regard que l’instant nécessaire à terminer sa rotation.

« Voilà ce que je puis offrir en remerciement, messire. Vous avez le droit de toucher – et j’espère que vous en abuserez », achève-t-elle dans un murmure plein d’invite.

Ô Mirta, qu'il ose.
Rapidement.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Jeu 26 Juil - 1:00

Gauthier se doutait légèrement que Chasteté n’avait eu que peu affaire à des hommes qui, comme lui, se souciaient juste un peu du bien-être de la personne avant de s’intéresser à si celle-ci était assez attirante pour réveiller le besoin dans son corps. Il avait été élevé comme ça, le Cibellan : dans le respect  de la gent féminine. Ca allait même plus loin, si l’on s’y intéressait. Lorsque venait l’acte, que ça soit de séduction ou même d’amour, c’était elle que l’on devait satisfaire. Elle qui était au centre de toutes les attentions.
Elle à qui l’on se donnait, et pour qui tous les efforts étaient faits.
Il avait conscience que de là où la Compagne venait, ce genre de comportement était sans doute aussi rare qu’un fleuriste le serait en Erebor : les Bellifériens étaient aussi sourds au bonheur des femmes, au lit comme dans la vie courante, qu’on se demandait sérieusement comment ils pouvaient encore survivre.
La soirée promettait d’être des plus intéressantes, réellement.
Ils furent menés à l’étage, après un regard de la servante en direction de l’homme. Il la connaît, elle le connaît. Du temps où Gisèle logeait ici, ils ont eu quelques conversations. Une brave jeune fille, qui, de plus, a eu la décence de ne pas leur laisser la chambre où sa sœur avait logé pendant quelques mois. La chose aurait été compliquée et embarrassante à expliquer, alors que la Dame d’Hacheclair ne sait encore rien de la jeune Gisèle – et maintenant n’est certainement pas le temps de la mentionner.

La porte se referma. Gauthier prit le temps de faire en sorte de la verrouiller convenablement : il ne s’agirait pas que de petits plaisantins, ou des clients indiscrets, en viennent à venir l’entrouvrir. Si certains pouvaient trouver un certain intérêt ou une excitation à se faire voir en plein acte, l’assassin, lui… Pas vraiment.
Il se retourna vers elle, juste à temps pour capter son regard, y répondre par un sourire aussi joueur – et chargé de promesses qu’il avait hâte de respecter. Doucement, presque religieusement, ses pas le menèrent jusqu’à elle alors qu’elle terminait son tour. En chemin, il s’était débarrassé de sa propre cape rapidement, doutant sérieusement d’en avoir le moindre besoin, tout comme l’arme à sa ceinture, exposée sans crainte.
Ce fut presque délicatement qu’il posa ses mains sur les siennes, les remplaçant sur ses hanches. Son sourire ne l’avait pas quitté.
Et elle s’offrit.
Et quelque chose en Gauthier tiqua un peu. Elle méritait mieux. Elle méritait d’être adorée, d’être celle à qui l’on s’offrait. Pas que l’on use d’elle comme d’un objet.
Il comptait bien le lui faire comprendre, malgré le désir qui lentement venait se glisser dans son esprit.  Il prit le temps d’entrouvrir un peu sa propre chemise, lui laissant le choix de la retirer ou non. Il se savait plus à l’aise sans – et savait que la vue des quelques cicatrices sur son torse amenaient nombre d’interrogations après l’acte – ou même avant. Et il valait mieux que les yeux de Chasteté s’attardent sur les blessures que plus tard sur la marque noire et fière de sa cuisse droite.

« Assurément, c’est une récompense des plus magnifiques. » murmura-t-il en l’attirant doucement à lui. Ses doigts glissèrent jusqu’aux lacets de son corsage, s’appliquant à les dénouer avec une lenteur toute relative. La tête baissée vers elle, surveillant l’opération, il gardait cet air de calme feint sur le visage. Encore un peu.
Juste assez longtemps pour la débarrasser du tissu encombrant. Sentir sa peau sous ses doigts, enfin, l’attirer encore au plus près de lui. Lui faire comprendre, par la manière dont il s’amusait à effleurer le peu de son corps qu’il découvrait, qu’il cherchait dans chacun de ses gestes à l’honorer et à lui plaire, à faire grandir en elle un plaisir à l'égal de l'attirance qu'elle suscitait chez lui.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Mer 1 Aoû - 19:49

L’on peut lire bien des choses, dans le regard d’un homme, à l’instant où l’on s’offre à lui ; et les Compagnes, plus que leurs consœurs, savent lire ce qu’elles y perçoivent. C’est une connaissance précieuse pour remplir leur mission à l’entière satisfaction de leur clientèle ; c’est également un outil de survie qui leur permet de déceler les dangers potentiels de leur activité. Et elle en a vu, Chasteté, des Compagnes molestées, depuis qu’elle a endossé les charges et les devoirs de la Dame de Hacheclair ; elle sait les histoires qui se murmurent dans les couloirs de leur Maison, l’horreur chuchotée à demi-mots, les avertissements transmis à voix basse. Les yeux sont la fenêtre de l’âme, disent les anciennes aux apprenties ; il est primordial d’apprendre à y déceler tout ce qui s’y terre, caché en pleine vue dans le secret d’un premier regard. Il est éloquent, ce regard que Gauthier pose sur Chasteté tandis que ses mains viennent, elles, se poser sur ses hanches. Elle y trouve le désir et l’attirance, un calme un peu turbulent qu’elle devine feint ; et toujours, ce respect profond et serein auquel elle est si peu habituée. Il y a dans les gestes de cet homme une discipline de fer – dans chaque caresse qu’il esquisse le long de la peau qu’il a dénudée, dans le patient délestage de ses vêtements, elle ressent sa retenue et l’impertinente provocation de l’attente.

Levant les mains, elle les pose sur les épaules de Gauthier, pour les faire glisser le long de ses bras en entraînant la chemise, découvrant du bout des doigts une musculature qui n’a rien à envier aux grands guerriers bellifériens qu’elle a pu fréquenter par le passé. Un instant, elle revoit avec quelle promptitude il a triomphé de ses agresseurs, deux jours plus tôt, se débarrassant des importuns avec une efficacité détachée qui trahit bien à quel point il connaît sa force et ses aptitudes. Ce n’est que lorsqu’elle détourne le regard du sien qu’elle découvre les cicatrices qui parsèment son torse. Un instant, elle suspend ses gestes de découverte, surprise de le voir ainsi marqué ; mais guère étonnée, au final : sa tranquille assurance est celle d’un homme qui a connu son nombre de batailles, et elle suit les reliefs de sa peau du bout des doigts, curieuse d’imaginer à quelles occasions il a pu les accumuler. Peut-être lui en parlera-t-il – après. Ils auront bien le temps de faire plus ample connaissance lorsque certaines faims auront été assouvies.

Quelques minutes, voilà le temps accordé à s’effeuiller mutuellement, et bientôt le sol de la pièce est parsemé d’accessoires vestimentaires en tout genre : ici, une botte à moitié renversée ; là, des chausses un peu usées ; au montant de lit, la ceinture de soie qui retenait les jupes foulées sans pitié. Leur glissement sensuel le long de ses bas de soie lui a tiré un frémissement d’anticipation, elle a eu tôt fait de les enjamber lorsqu’il l’a attirée plus près de lui ; et c’est avec un émerveillement diffus qu’elle écarte quelques-unes des longues mèches de Gauthier. Elle a toujours eu un faible pour les chevelures longues, chez les hommes, mais Bellifère en est affreusement peu friand ; rien qu’à l’idée d’y passer les mains, son cœur bat un peu plus vite, impatient à l’idée de tout ce qu’il reste encore à faire, à découvrir, à échanger, à recevoir et à offrir, nouant un peu plus le ressort lové au creux de son ventre. Elle est fille de Mirta, jusqu’aux tréfonds de son être, vouée à être flamme et braise, calice et offrande, torture et plaisir ; et elle aime à jouer avec l’éventail des sensations, tout autant à les provoquer qu’à les ressentir. Au poème de délicatesse que Gauthier joue sur sa peau nue, tout de soif et de désir poliment retenus, elle compose en réponse une ode à l’invite, faite de caresses et de murmures, l’encourageant tout autant de la voix que du geste, modelant chacun de ses mouvements en fonction du plus infime des siens. C’est une danse qui se mène à deux, le plus ancien instinct de l’humanité et, sûrement, son don le plus précieux. C’est le cadeau de Joseï aux hommes, c’est le miracle de Mirta qui récompense ceux qui savent l’honorer ; et elle est bien déterminée à s’acquitter honorablement de ce devoir sacré.

La pénombre a avalé le reste du monde, et Chasteté obéit finalement à cette envie qui lui brûle le bout des doigts : levant haut les bras, elle passe les mains dans la crinière abondante de Gauthier, agrippant fermement une poignée de mèches éparses pour mieux attirer son visage vers elle, plongeant les yeux dans les siens, bleu d’azur contre bleu de glace, leurs souffles s’effleurant dans les quelques pouces infimes qui les séparent encore. « Faites-moi la grâce de considérer dorénavant toute politesse comme superflue. » chuchote-t-elle contre ses lèvres, d’un sourire complice à la sérénité scandaleusement factice, le sang battant à ses tempes tout autant que le cœur dans sa poitrine, le brasier couvant au centre de son être illuminant son regard d’un éclat d’allégresse insolente, tout aussi pleine de gourmandise que de sensualité.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Ven 3 Aoû - 0:11

Gauthier se retenait admirablement bien, pour quelqu’un d’aussi impatient que lui. Il savait se maîtriser, ou plutôt se retenir, dans un cas tel que celui-là, car si l’acte était un jeu de passions effrénées, succomber à celles-ci aurait tôt fait de le faire passer pour un rustre ; du moins, dans son esprit, c’était à cela qu’il ressemblerait. Même là, même alors qu’il savait que sous ses doigts elle s’abandonnait aisément, qu’elle se donnait, son instinct lui soufflait de d’abord lui plaire et la contenter elle, avant de s’abandonner à sa part de l’acte. Il avait grandi comme ça. Il avait eu ses premières relations, et nombre d’autres, ainsi. Que l’on ne se leurre pas, cependant : cela ne démontrait pas d’une certaine tendance à vouloir être soumis, face aux dames. Juste d’une éducation qui avait façonné sa vie jusque dans les moments les plus intimes.
Il sentit son regard glisser, ses doigts s’arrêter à peine le temps d’une respiration, sur les cicatrices parsemant son corps. Ici, une fine ligne plus claire courait en dessous de sa cage thoracique, légère diagonale presque effacée – un entraînement, bien plus jeune. Là, une autre, plus large et visiblement vestige d’une suture admirablement nette, près de sa hanche gauche : il avait beaucoup saigné, mais la plaie en elle-même n’avait été que bénigne. Et elles sont encore si nombreuses, sur sa peau ! Elle pourraient raconter une histoire.
Plus tard…

Même lorsqu’il finit à nu, il conserva son apparente tranquillité, sa retenue calme. Oh, pourtant, la rousse avait vu ses yeux ! Elle avait senti la manière dont ses mains, sages encore, cherchaient à la sublimer et à lui plaire, dans un besoin à peine contenu. Et il observa, doucement, les flammes jouer avec les reflets de sa chevelure : la seule lumière provenait de leur cheminée, jetant des ombres bienvenues sur l’étreinte à venir. La semi-obscurité sublimait les corps, et, alors qu’elle l’attire vers lui, il ne peut s’empêcher de raffermir sa prise sur elle : des mains innocentes, bien basses sur ses hanches, qui la maintenait près de lui alors que leurs regards s’affrontaient. A son sourire, il opposa l’un des siens, sans oser se pencher d’avantage.
Ses lèvres effleurèrent le coin de sa bouche, joueuses, laissant une promesse après leur passage. Ce n’était qu’un commencement, après tout.
Sans doute ne laissa-t-il pas totalement libre cours à son désir, mais il l’attira jusqu’au lit dans un savant mouvement : sans la pousser, il l’y guida, la forçant sans le dire cependant à lâcher l’emprise légère qu’elle avait sur ses cheveux – pour un temps, du moins.

Jamais, vraiment, leurs corps ne se séparèrent. Dans la pénombre orangée teintée d’or de la chambre, les ombres se mirent à danser sur leurs corps et sur les murs, dans des mouvements presque languissants. C’était découvrir son corps du bout assuré de ses doigts, les suivre de ses lèvres ; c’était sentir le désir grimper et les consumer tout deux, de ce feu si particulier qu’il réclamait que leurs corps se rejoignent pour l’apaiser quelque peu !
Puis ce furent les petits détails, les souffles amusés, qui ajoutaient de l’unique. La manière dont le rideau de cheveux tombe lorsqu’il baisse la tête, la sensation élastique du grain de la peau de la Compagne sous ses doigts, de plus en plus douce alors que l’on glissait vers l’intime. La manière dont il lui offrait son plaisir, à elle, dont ses yeux brillaient de la combler.
C’était sa manière qu’il avait de la rapprocher de lui dans une délicatesse emprunte de désir, de lire dans ses yeux l’inavouable plaisir, de chercher à aller au plus naturel pour eux.

C’était la vouloir elle, maintenant, et lui offrir tout son être ; la vouloir comblée, en extase ou du moins satisfaite, de ces baisers qui se perdent sur sa peau, de cette chaleur mordante qui incitait à replonger, et les prénoms murmurés qui se perdent et les soupirs.
C’était vouloir qu’encore elle se rapproche, vouloir que sur le mur les ombres se confondent dans une masse unique.

C’était attendre que les corps ne le supportent plus pour s’éloigner, hors d’haleine, dans les draps chiffonnés et entremêlés, l’esprit vide encore pour quelques instants, la tête appuyée sur un oreiller bienvenu, le regard embrumé.
La voix semblait superflue. Les mots aussi. Ce fut d'une pensée embrumée qu’il se dit quand même que sauver les damoiselles en détresse pouvait avoir du bon.
Surtout quand celles-ci se révélaient être d’aussi agréable compagnie. Il en redouterait presque le moment où il faudrait qu’elle se relève. Apaisés pour l’heure, et le corps fourbu – du moins Gauthier – ils n’allaient pas bouger de suite.
Enfin il faudrait, sinon ils allaient se retrouver dans le noir total, à un moment.

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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Mer 15 Aoû - 18:42

Le temps s’est enfui, comme un voleur honteux d’avoir osé dérober un instant de tranquillité à ceux qui l’ont amplement mérité, comme un rêve esquissé dans les brumes du sommeil et qui ne subsisterait qu’un instant au moment fatidique du réveil. Le temps a filé, comme le vent un soir de tempête, comme un navire virevoltant follement sur l’infini de l’océan, comme ces étoiles qui parfois traversent le firmament à l’apogée d’une course effrénée. Le temps a filé, et Chasteté ne s’en est pas préoccupée un seul instant : totalement concentrée sur Gauthier et les remerciements muets qu’elle était venue lui présenter, et auxquels il a répondu par quelques remerciements de son cru… la nuit s’est avancée sans vraiment qu’elle n’en garde trace, toute absorbée par cet échange de reconnaissance profondément gratifiant.

La communion des corps n’a plus vraiment de secrets pour la Compagne, depuis des années, mais chaque nouvelle rencontre est différente, enrichissante, tant elle lui enseigne à mieux comprendre la nature humaine de ses semblables, dans ce qu’ils ont de plus vulnérables. Cette rencontre-ci est inhabituelle – Chasteté a l’habitude d’être appréciée, lorsqu’elle remplit sa mission auprès de ses clients bellifériens, auréolée de l’aura de prestige qui accompagne celles de son ordre, elle est fréquemment perçue comme un signe de richesse, comme un symbole d’une prouesse, comme le vivant témoignage d’une supériorité sociale exacerbée par un sentiment typiquement humain d’orgueil, et de propriété. Mais ce n’est pas ce qu’elle a ressenti dans l’étreinte de Gauthier – il y a dans chacun de ses gestes, chaque baiser, chaque caresse, une profonde sincérité pleine d’humilité à laquelle elle n’est pas habituée. D’ordinaire, elle se plie instinctivement aux envies que ses clients expriment, verbalement ou non, car c’est ce pour quoi on la paie. La vigilance soigneuse dont Gauthier a fait preuve, attentif à ses réactions, à ses demandes, au plaisir qu’il lui a donné, est une surprise.

Le feu a baissé, dans la chambre maintenant silencieuse, et l’obscurité a avalé les ombres qu’ils ont fait danser sur les murs, dans leur ballet entrecoupé de murmures et de chuchotements. Il est regrettable, assurément, qu’une soirée aussi agréable doive toucher à sa fin ; mais il reste encore un peu de temps, et Chasteté n’est pas pressée de franchir le seuil pour retrouver le monde dont ils se sont coupés. Dehors, il y a la préoccupante situation politique du continent, il y a la Maison des Compagnes de Hacheclair à gérer, il y a Virginie à former pour prendre sa suite, il y a les clients à gérer, il y a ce nouveau duc à apprivoiser, il y a les Épines à tenter de retrouver, il y a la Chasse Sauvage qui fauche et qui ravage, il y a… bien trop à penser, et elle n’est après tout qu’une simple femme, inquiète et fatiguée. Mirta, quelques instants encore – juste un peu plus de paix à savourer, avant de s’en retourner à ses devoirs. Roulant sur le flanc, elle tend le bras – attrapant une des longues mèches de cette chevelure improbable qu’elle a senti glisser sur elle, caressant sa peau et agaçant ses sens. La dernière fois qu’elle a senti les cheveux d’un autre sur elle, c’était… c’était… sûrement ceux de la duchesse Séverine, et l’expérience n’avait rien à voir. Un rire étouffé lui échappe, et elle rompt le silence pour livrer à son amant du soir le fruit de ses réflexions. « En vérité, mon ami, je pense pouvoir affirmer sans me tromper que ce qui manque aux femmes de Bellifère, c’est la prévenance des hommes de Cibella. Je pourrais y prendre goût. Vous n’envisagez pas de vous établir prochainement dans les environs de Hacheclair, à tout hasard… ? » demande-t-elle sur le ton d’une complice légèreté, entortillant la mèche qu’elle n’a pas lâchée autour de ses doigts.


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Message Sujet: Re: De la détresse d'une demoiselle   Mer 15 Aoû - 22:50

Il était si simple de se perdre soi-même quand les limites de son propre corps devenaient floues. Si simple de le redécouvrir en découvrant l’autre, de se donner sans savoir réellement où l’on s’arrêterait. Il était si simple, pendant un temps, de se rendre compte combien tout le reste importait peu. Parce que l’instant était à eux, qu’il ne durait qu’une petite éternité bientôt consumée ; l’instant était à eux, l’instant était eux, encore et encore dans des souffles saccadés et des murmures qui le délitait. Des mains qui se perdaient, sur la peau de l’autre, dans des cheveux ; des regards qu’on maintenait, comme pour graver l’image dans sa mémoire.

Il avait surpris, Gauthier. Il l’avait bien senti. Et malgré son esprit embrumé encore, lourd d’un plaisir satisfait, il avait pu noter combien, si elle s’abandonnait, elle ne semblait pas s’attendre à ce qu’il réponde pour exacerber son désir plus que le sien. Sans doute les hommes, ailleurs, ne prenaient-ils pas leur jouissance en rendant leur partenaire entièrement satisfaite – ou du moins du mieux qu’ils le pouvaient – ; c’était là une triste constatation de la manière dont elle avait pu être traitée. Et maintenant qu’il avait pu la découvrir, juste un peu, juste à peine – on ne perçait pas les mystères féminins comme ça – il regrettait sincèrement qu’elle n’ait pas été auparavant aimée de cette manière.

La chambre avait doucement changé de ton : le feu durerait peut-être encore une bonne heure, mais guère plus. Là où il jetait auparavant des flammes orangées fières, il caressait maintenant les murs  dans des tons de sombre coucher de soleil, jetant des ombres chaudes sur leurs corps encore si proches. Même ses yeux, d’ordinaire glacés, semblaient prendre une teinte plus chaleureuse dans la pénombre. Un bras replié sur son ventre, celui où courait la nouvelle cicatrice, souvenir de leur rencontre quelques jours plus tôt, il tourna la tête quelque peu, juste pour rencontrer son regard. Les draps, sur eux, ne cachaient pas grand-chose. Il n’était pas, pour l’heure, plus préoccupé que cela par la marque qui se dévoilait presque entièrement, entre deux pans.

Un rire lui échappa, clair. Ce qui manquait aux femmes de Bellifère, c’était sûrement plus que des hommes à leur écoute, c’était des hommes tout court. Il n’avait jamais caché combien leur culture lui était impossible à accepter : il l’appréhendait très bien, en revanche. « Malheureusement, je doute que Bellifère accepte aisément un Cibellan. D’autant plus si celui-ci vient pour servir d’apothicaire. » Le sourire sur son visage légèrement ombré par son début de barbe ne disparut pas. « Certains hommes pourraient apprendre le respect de leur partenaire. » Ca, ou simplement apprendre à se servir correctement de ce que les dieux leur avait donné comme corps.

« Mais je vous l’ai dit, lors de notre première rencontre. Mes soirées libres sont vôtres, lorsque vous êtes sur Lorgol. » Joueur, il se tourna vers elle, les draps glissant un peu sur eux. Comme s’ils avaient encore des choses à se cacher. Sa main se posa sur sa hanche, feignant presque une possessivité dans la manière dont il la retenait contre lui. Il se pencha vers elle. « Et il se pourrait que je prenne goût à vous satisfaire... Si toutefois vous m’autorisiez à vous revoir. » murmura-t-il au creux de son oreille. La décision ne dépendait pas de lui. Uniquement d’elle.

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