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 Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés

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La Noblesse
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Je suis : Ex-duchesse d'Ansemer ; Fille de l'Ancre-Fleurie ;

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La Noblesse
Message Sujet: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Dim 25 Fév - 0:08


Livre III, Chapitre 2 • De Plume et de Serre
Rhapsodie Épi-d'Or  & Jehanne d'Ansemer

Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés

Où le palais vibre de la plus intense des conversations ! Ou pas.



• Date : 17 février 1001
• Météo (optionnel) : Plutôt doux. Il fait nuit, c'est le soir.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Rhapsodie a été engagée, un soir, par le duc d'Ansemer, pour lui tenir compagnie lors d'une réception. C'était la compagne de trop, pour Jehanne, qui se retire très rapidement et s'isole en prétextant une grande lassitude. Rhapsodie, sentant le malaise de la duchesse, va chercher à aller s'excuser.
• Recensement :
Code:
• [b]17 février 1001 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3431-entendre-les-mots-qui-ne-seront-jamais-prononces]Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés[/url] - [i]Rhapsodie Épi-d'Or  & Jehanne d'Ansemer[/i]
 Rhapsodie a été engagée, un soir, par le duc d'Ansemer, pour lui tenir compagnie lors d'une réception. C'était la compagne de trop, pour Jehanne, qui se retire très rapidement et s'isole en prétextant une grande lassitude. Rhapsodie, sentant le malaise de la duchesse, va chercher à aller s'excuser.


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Dernière édition par Jehanne d'Ansemer le Dim 25 Fév - 0:12, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Dim 25 Fév - 0:11

Il en avait fait venir une autre. Il avait osé en faire venir une autre, pour piétiner encore un peu plus sur la fierté et la dignité brisée d’une duchesse qui ne demandait rien de plus que d’être oubliée, de connaître à nouveau les joies du duché où elle avait vu le jour. Oui, onze ans après son mariage infortuné avec Bartholomé d’Ansemer, Jehanne rêvait toujours de Lagrance. Elle rêvait d’herbes et de fleurs, des rues des petits villages de son comté et de la splendeur du palais ducal d’Edenia. Des arbres qui s’élançaient et ombrageaient délicatement de splendides jardins, où leur ombre était un ornement.
Tout ça, Bartholomé lui avait pris en même temps que sa virginité, par la faute de son père. Au moins n’aurait-elle pas le déplaisir de porter son nom.
Et depuis, le duc du duché des océans dont le pas se languissait chaque jour un peu plus du roulis des vagues n’avait eu de cesse de lui imposer de nouvelles humiliations. Oh, ce n’était rien de verbal, pas plus que ce n’était physique. C’était une humiliation publique et mentale qu’il lui imposait, un spectacle pour tous auquel elle devait assister alors qu’elle était condamnée à être le centre de la farce, quoi qu’il arrivât.

Il en avait fait venir une autre, au palais. Celle-ci arrivait directement de Cibella, et il n’avait pas manqué de parader avec elle, fier comme un coq et plein d’attentions touchantes pour la jeune à son bras, pendant que sa femme sans un bruit gardait la tête haute. Une autre qui avait du être recommandée par Geneviève, chaudement, à voir l’état empressé dans lequel le duc se mettait pour lui être agréable.

Et Jehanne, très vite, avait compris en ce mois de février glaçial où le duc avait organisé une réception – prétexte parfait pour introduire une nouvelle Compagne, même juste un soir. Elle avait compris pourquoi son ancienne amie, au lieu de se pavaner quasiment collée au duc, avait fait mander celle-ci.
Quoi de plus douloureux que de voir son époux, qui lui reprochait son mutisme, se laisser aller à afficher une compagne dépourvue de parole à son bras ? Depuis longtemps en Ansemer, la blonde Jehanne avait appris à endurer, à se voir ravir son rôle et sa place quotidienne près du duc par d’autres. Mais là, lorsque le détail lui était parvenu, elle n’avait pu manquer le regard de son ancienne amie, marchant à ses côtés avec indifférence.
Je ferai tout pour que tu tombes plus bas que terre, Jehanne. Cette place était la mienne. Tu me la rendras. Regarde ton époux. N’est-il pas heureux, avec elle ? Et pourtant elle ne dit pas un mot. Elle est tout ce que tu ne seras jamais pour lui : un rêve, un fantasme sans doute. Une femme dont il peut être fier et qui sait qui il est. Qui le respecte.

Suite à cela, elle s’était excusée de la salle où la petite réception se tenait, prétextant une lassitude qui aurait manqué de la faire s’effondrer, pour s’enfuir dans les couloirs, la tête haute. Il y avait un seuil, à l’humiliation qu’elle pouvait supporter. Il y avait une limite, à l’indifférence et à la cruauté qu’on pouvait lui faire endurer. Et Bartholomé comme Geneviève les avaient dépassés.

Elle ne l’aimait pas, le duc d’Ansemer. Si elle l’avait pu, elle l’aurait haï de toutes ses forces – et peut-être y avait-il au fond une forme de haine dans sa tristesse. Mais non, ce qu’elle ressentait pour lui était un mélange d’indifférence et de mélancolie, associées à une frustration.
Elle ne l’aimait pas, mais elle avait tout de même un peu de respect pour lui. Ce que, manifestement, il n’avait pas à son égard.

La duchesse s’était retirée dans la bibliothèque, encore calme et silencieuse, à l’écart des autres pièces du château. Elle avait spécifié à sa dame de la laisser seule, son écriture fine et serrée la congédiant comme dans un accès de rage. Seule, au milieu des livres qui parlaient la langue écrite tout comme elle, deux gardes pots-de-fleur devant la porte, elle tentait de se concentrer sur un ouvrage quelconque dont elle ne retenait même pas le but ou le sens.
Peut-être pleurait-elle aussi un peu. Qui l’en blâmerait ? Personne n’était là pour la voir. Beaucoup savaient où la trouver : les gardes à l'entrée étaient un signe de l'occupation. Mais personne ne viendrait lui parler, ou la trouver.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Ven 2 Mar - 22:11

Elle ne pensait pas, en venant en Ansemer, que les choses se passeraient ainsi.

Tout partait bien pour elle. Elle a appris, de la bouche de Madame de Cibella, quelle serait sa prochaine mission : sa compagnie sera réquisitionnée, pour un soir, par le duc d’Ansemer. Et apparemment, elle n’a pas été choisie par hasard, mais bien pour son profil si particulier. Et elle a été un peu étonnée, mais absolument ravie que sa réputation dépasse ainsi les frontières de son duché pour arriver jusqu’aux oreilles des plus grands noms de Faërie. Elle a accepté bien sûr. On ne refuse pas un rendez-vous à  un duc. Et puis, elle était fière d’avoir réussi à attirer l’attention d’un duc, et ce n’étaient pas toutes les Compagnes qui pouvaient se vanter d’avoir noté dans son agenda un rendez-vous avec une tête couronnée.

Elle a été chaleureusement accueillie par Geneviève des Armoises, Madame d’Ansemer, lorsqu’elle est arrivée un peu perdue, un peu tendue, à la Maison de Port-Liberté. Et la brune Compagne l’a rapidement mise en confiance et rassurée : tout se passera bien. Bartholomé est un homme charmant et galant, tout ira pour le mieux. Il lui aura prévu des appartements rien que pour elle au palais, et si la Cibellane le souhaite, elle aura le droit de rester plusieurs jours en Ansemer avant de rentrer chez elle. Et puis, elle lui a donné de nombreux conseils et indications sur la soirée à venir, en lui parlant de ses goûts, de ses envies, et de comment se déroulera probablement leur rencontre. Et Rhapsodie s’est détendue, prête à rencontrer son nouveau client, fière et heureuse d’avoir été si bien accueillie, certaine que ce rendez-vous sera inoubliable.

Elle a rapidement été présentée à lui ; et si elle a d’abord été particulièrement intimidée par sa noblesse et sa prestance, il a tout naturellement engagé la conversation ; elle craignait qu’il ne relève sa façon de communiquer par écrit, mais il n’en a rien dit. Ils ont ainsi discuté de sujets divers et variés, allant de sa magie de prédiction jusqu’à la réception qui se tiendrait dans la soirée, en passant par les voyages qu’il a pu faire et la musique qu’elle a pu jouer. Ils ont parlé de tout, pendant des heures ; de tout, excepté de Jehanne d’Ansemer, duchesse et épouse de Bartholomé.

Elle ne s’en est rendu compte que lorsque leurs regards se sont croisés, dans la petite salle où se tenait la réception. La réalité l’a frappée d’un coup. Rhapsodie a réalisé que, ce soir, tout ne serait pas si rose, et que son client, l’homme qui l’accompagne, avait demandé ses services juste sous le nez de sa femme. Et que, possiblement, il allait la tromper avec elle, et que Jehanne serait au courant. Elle avait entendu, bien sûr, toutes les rumeurs sur Bartholomé d’Ansemer et sur ce qui se racontait sur sa relation avec Geneviève ; mais jamais elle n’aurait pensé qu’il l’inviterait alors qu’elle est juste là, à quelques mètres d’eux, et qu’elle, simple Compagne de Cibella, prendrait la place qui devrait être sienne.

Son sourire joyeux se fige quand elle discerne l’expression de la blonde duchesse, et qu’elle la voit quitter la salle rapidement. Elle ne devrait pas s’en préoccuper ; elle n’est pas là pour elle, mais pour son mari, qui lui parle d’un ton joyeux d’un sujet qui lui échappe. Mais elle ne peut s’empêcher de la ressentir, cette horrible pointe de culpabilité, et ce sentiment de malaise et d’injustice qui grandit en elle. Elle sait que c’est de sa faute, si elle est partie aussi vite. Et elle s’en veut, Rhapsodie, et de plus en plus, de détourner de sa femme l’intérêt du duc. Elle sait pertinemment qu’elle n’est pas la première, et qu’elle ne sera probablement pas la dernière ; mais elle ne peut pas ne rien faire pour essayer d’arranger les choses. Et rapidement, sa décision est prise. Hochant la tête pour signifier à Bartholomé qu’elle est d’accord avec lui – même si elle n’a pas réellement écouté ce qu’il était en train de raconter -, elle pince les lèvres avant de saisir vivement son carnet pour y écrire quelques mots, lui signifiant qu’elle a oublié son châle dans ses appartements et qu’elle retourne le chercher car elle craint d’avoir froid. Il lui demande si elle a besoin qu’on l’accompagne, mais elle rétorque en riant qu’elle ne se perdra pas en chemin, et qu’elle reviendra vite. Elle lâche son bras, en apparence à regret, avant de se diriger rapidement vers la sortie.

Elle se dirige vers ses appartements, un brin pensive. Elle est en route pour retrouver la duchesse, bien. Mais pour lui dire quoi, exactement ? Elle improvisera des excuses. Mais encore faut-il qu’elle la retrouve. Le palais est grand ; et elle ne craint pas de se perdre, mais seulement de ne pas avoir réussi à arranger les choses. Heureusement, elle repère rapidement deux gardes postés devant une porte, témoignant de l’occupation de la pièce. Et certainement de la présence de Jehanne à l’intérieur. Le cœur battant, elle se rapproche rapidement, offre un grand sourire aux gardes, qui la laissent passer sans difficulté.

Elle ne met pas longtemps à repérer la blonde jeune femme, au fond de la bibliothèque, en apparence concentrée sur un ouvrage. Mais Rhapsodie peut imaginer sans mal ce qu’il se passe en réalité à l’intérieur de son esprit. Elle n’a jamais été mariée, mais a déjà été trompée, il y a une petite dizaine d’année. Elle n’était encore qu’une enfant, mais la blessure était vive et profondément douloureuse. Et peut-être que sa blessure à elle est similaire à la sienne.

Elle s’approche doucement d’elle, sans chercher à se cacher, mais s’immobilise quand leurs regards se croisent à nouveau. Humblement, elle baisse les yeux en esquissant une révérence respectueuse, avant de sortir son petit carnet et d’y inscrire rapidement quelques mots, avant de s’approcher davantage pour le lui tendre.

Votre Grâce, je souhaitais vous parler… Accepteriez-vous ma compagnie, pour quelques instants seulement ?

Si elle ne le souhaite pas, si elle préfère rester seule, elle ne l’obligera pas de sa présence. Elle est duchesse, et elle-même pas noble. Elle ne peut imposer quoi que ce soir à une duchesse. Simplement essayer de lui faire comprendre qu’elle ne pensait pas à mal du tout, en venant en Ansemer. Peut-être est-ce son tort, et elle s’en désole. Mais elle refuse que sa probable maladresse ne blesse quelqu’un, en particulier une duchesse.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Sam 3 Mar - 22:56


Etait-ce de la colère, que ressentait la duchesse, ou bien du désarroi ? Qu’attendait-elle, vraiment, cette jeune femme ? Que Bartholomé arrive, chevaleresque, et s’excuse de s’être égaré, que depuis toujours il l’aimait et qu’elle ne restait, dans son cœur, que la seule à laquelle il pensait ? Mais elle ne l’aimait pas, lui ! Elle ne l’aimait pas. Et puis ils n’étaient pas dans un récit d’amour où à la fin la belle s’enfuit romantiquement avec l’élu de son cœur. Sinon, par ces portes passerait déjà un Chevaucheur bien connu du palais, là pour l’enlever en toute discrétion et faire d’elle une femme heureuse enfin.
Mais elle n’était pas dans un roman. Autour d’elle, il y en avait certes des centaines, récits abracadabrantesques ou épopées réelles, mais elle n’en faisait pas partie. Les seules Jehanne qu’elle pouvait croiser dans les lignes étaient bien plus courageuses et battantes qu’elle. Elles bougeaient, pour faire changer les choses – et à cette pensée, une larme roula sur sa joue. La page sous elle vit les mots tracés se brouiller. Une déception de plus.
Ce n’était pas de la colère, qu’elle ressentait alors qu’elle battait des cils et se mordait les lèvres pour ne pas laisser les larmes s’échapper, mais de la peine. Une lourde peine qui engluait son cœur et ses pensées et lui donnait envie de vomir. Une peine immense, un fardeau à porter qu’elle ne traduisait que par cette sensation et son silence. Bramir, ta fidèle servante aux lourds secrets avait la langue pâteuse de ce mutisme par lequel elle t’honorait était entrain de s’y étouffer. La chape de peines et de ressentis dont elle se voilait la faisait sombrer.

Une déception de plus. Elle n’était pas capable de changer les choses et donc, à petit feu, Jehanne d’Ansemer se noyait. Parce que la duchesse aurait pu changer. Elle aurait pu prendre cette place qui était la sienne et mettre à la porte Geneviève et sa cohorte de Compagnes aux dents longues et à la langue bien pendue – ainsi, qu’apparemment, aux charmes féminins plus qu’agréables vu que Bartholomé devait y trouver satisfaction –. Elle aurait pu se révolter, ne pas se laisser insulter de la sorte !
Une autre larme. Elle n’y faisait rien. Elle restait là, à souffrir. Victime qui attendait. Patiente.
Elle se concentra sur le texte, mais les mots n’avaient plus aucun sens. Ils étaient secs – sans doute les larmes étaient-elles mortes sur ses joues –, mais ils ne voulaient rien dire. Son carnet et un petit crayon sombre déposé à côté d’elle au cas où elle aurait besoin de communiquer, Jehanne peinait à comprendre le livre. Un mouvement devant elle lui fit relever la tête.
Froncement de sourcils, ses yeux éclaircis par les larmes se chargeant d’orage. Que venait faire ici la Compagne de la soirée, l’ornement de la tenue – et du lit – de Bartholomé ?
Devrait-elle ici aussi subir les remarques et les comparaisons à cette jeune femme, somme toute plutôt agréable de physique – Jehanne n’était pas aveugle – ?

Contre toute attente, aucune autre personne ne sembla apparaître, même cachée dans l’ombre. Elles étaient seules. Refermant le livre et le poussant à sa droite du bout de ses doigts fins, elle hocha la tête. Elle l’écouterait. Ses doigts se refermèrent sur son propre carnet, pour répondre. Une correspondance instantanée.
Ni l’une ni l’autre ne pouvait parler de toute manière, alors…
Allez-y, jeune fille. Mais faites vite. Votre présence n’est pas auprès de la femme de celui qui a payé votre soirée.  Les mots étaient déliés, lisibles. Froids, dans la courbe des f et dans les boucles des l. Une forme de supériorité, chez la duchesse.
Elle était tellement loin de la posséder, cette supériorité… Les mains jointes, le crayon restant avec elle – une plume et de l’encre auraient été de trop, pour des mots qu’en théorie elle aurait à peine pu chuchoter. – elle contemplait l’envoyée de la guilde des Compagnes de Cibella, dernière trouvaille de Geneviève.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Sam 17 Mar - 23:13

Rhapsodie l’a vue, la colère, dans les yeux de la duchesse. Et elle la conçoit et la comprend parfaitement. Pour elle, la Compagne doit sûrement être une rivale, à être préférée par son époux, même le temps d’une soirée. Non, même pas exactement. Elle a l’impression que c’est plus profond que cela, comme blessure. Elle a entendu, après tout, toutes les rumeurs sur Bartholomé d’Ansemer, depuis des années, et elle se doute qu’elle ne doit pas être la première, ni la dernière, à réquisitionner l’attention du duc à la place de sa femme. Et la Cibellane se doute que Jehanne doit ressentir autre chose, même si elle est bien en peine de deviner quoi.

Néanmoins, alors qu’elle aurait pu se contenter de lui jeter un regard froid et de lui faire comprendre qu’elle ferait mieux de quitter immédiatement la pièce si elle craint pour son intégrité physique, elle accepte de lire les quelques mots écrits sur son carnet, et même de lui répondre de la même façon. C’est vrai. Muette contre muette. Comment avait-elle pu évincer ce détail de son esprit, pour une fois que quelqu’un présente la même particularité qu’elle ? Et doucement, l’idée vicieuse, celle qu’elle n’aurait pas été choisie par hasard ni totalement pour sa magie de prédiction se glisse dans son esprit ; mais elle la refuse totalement. Personne ne voudrait vraiment blesser quelqu’un de cette manière, si ? Ce serait tellement… Tellement bas et vicieux. Beaucoup trop pour elle et son âme sensible. En tout cas, leur discussion sera totalement silencieuse, si l’on omet le bruit du grattement du crayon sur le papier.

Par contre, en lisant les mots de la duchesse, le cœur et les dents de Rhapsodie se serrent un peu. Elle sent la froideur voulue, tant dans le choix des mots que dans la façon de les écrire. Mais peut-elle l’en blâmer ? Elle a été blessée par elle, ce soir, et Rhapsodie lui doit des excuses. Alors, elle esquisse une petite moue désolée, et baisse les yeux dans le vide, cherchant rapidement ses mots, avant de les coucher à son tour sur le papier.

Je souhaitais m’excuser auprès de vous, duchesse. J’imagine, je sais que ma présence ici vous indispose, et j’en comprends les raisons. Mais je voulais… Je voulais que vous sachiez que je suis venue ici sans mauvaise intention aucune, et que je ne cherchais pas à vous nuire, d’aucune façon.

Elle marque une légère pause, et se mord la lèvre. Et pourtant, elle se décide, et continue, revenant à la ligne.

Je suis ici pour le duc, c’est vrai. Mais si je peux essayer de réparer mon tort, d’une quelconque manière… Indiquez-la-moi, duchesse, et je m’exécuterai.

Alors seulement, elle lui tend son carnet à nouveau. Elle est sincère, Rhapsodie, et elle est prête à faire ce qu’exigera Jehanne – à la seule condition toutefois de ne pas compromettre totalement sa soirée avec son client. Elle n’oublie pas son métier, Rhapsodie, mais elle aime autant faire en sorte qu’il ne contraste pas avec son caractère et ses manières de voir le monde.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Sam 24 Mar - 21:55

La bibliothèque n’était plus sûre. C’était une sorte de constatation triste que lui arrachait la présence de la Compagne, bien silencieuse, juste quand ses pas. La bibliothèque n’était plus un lieu où la duchesse pouvait se réfugier, désormais : il était corrompu par une autre présence. Une autre présence qui l’avait peut-être vue pleurer, qui, peut-être, se réjouissait de la savoir dans une telle position de faiblesse. Jehanne ne savait pas vraiment depuis quand la muette, véritable cette fois, était là. Elle savait juste qu’elle était là, qu’on l’avait mandée pour, encore une fois, tenir compagnie à ce duc qui ne semblait pas se rassasier de la présence d’une femme et une seule.
Peut-être la jeune avait-elle été la Compagne de trop. Celle qui faisait tout s’effondrer pour Jehanne. Peut-être était-elle celle qui la pousserait à bout, qui lui ferait briser son vœu, qui la mènerait à s’énerver de vive voix. Oh, l’éclat d’une colère réelle, de l’énervement et de l’excitation ! Quelque chose de bien rare chez la blonde. Et la Compagne, en face, ne le méritait pas. Parce qu’elle n’en était qu’une de plus et que demain, Bartholomé comme sa femme oublieraient jusqu’à son nom et son visage.

Le bruit de la pointe qui griffait le papier fit tressaillir légèrement Jehanne. Perdue dans des pensées somme toutes très sombres, blessées et blessantes, elle n’avait pas bien remarqué qu’en face, on lui répondait. Conversation qu’aucun ne pourrait épier … Sur le moment. Elles étaient seules, dans cette pièce, mais mis à part leurs respirations et le bruit, régulier, de leurs pensées sur le papier, il n’y avait rien.

Est-ce qu’une muette pouvait devenir Outreparleuse ? La question lui traversa l’esprit, un court instant, ayant le mérite de la distraire de la rage et de la froideur qu’elle s’efforçait de conserver en son cœur.
Et puis il y eut sa réponse. Son visage se tendit, en en lisant les lignes. Elle n’était pas honnête. Aucune Compagne, jamais, ne l’était. Et pourtant… pourtant, Jehanne voulait y croire. Elle voulait croire qu’en face d’elle, une sorte d’enfant pure et fragile était venue s’égarer.
Si, au début, son visage avait trahi sa réticence, désormais il n’affichait qu’une profonde perplexité… Et du regret. Juste assez pour sembler convaincante. Elle voulait voir si cette fille-là, aussi, la trahirait, comme toutes les autres de sa profession. Si ce n’étaient que des paroles en l’air.
Elle ne tenait pas à Bartholomé. Elle tenait juste à elle-même, quelque peu. Les humiliations constantes la brisaient, et, petit à petit, Jehanne s’en voulait d’exister.
Vous n’êtes sans doute pas venue ici pour faire le mal. Elle l’admettait bien volontiers. Elle lui offrit un regard interrogateur. Votre tort ne peut être réparé. Je me doute bien que vous n’êtes pour rien en votre présence ici. C’est uniquement de sa faute. Vous ne pouviez pas être au courant de ça. Oh, pourtant, tous le savaient, pas vrai ? Son mutisme. Sa stupidité, peut-être. Sans doute. Il n’y a rien que vous puissiez faire, quant à votre présence.
Elle essuya discrètement une larme ayant coulé le long de sa joue claire. Trop émotive, pour une situation presque ordinaire.
Vous n’êtes pas comme Elle. Vous n’avez pas à mon égard cette pitié féroce dans le regard. Pourquoi ?
La blonde était curieuse. Curieuse de savoir pourquoi la jeune Compagne, maintenant qu’elle était près, ne lui semblait pas menaçante. Enfin…
Elle lui glissa ses mots, son regard intransigeant se parant d’intérêt, derrière les larmes qui peinaient encore à s’effacer.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Lun 2 Avr - 12:24

De toute sa courte carrière de Compagne, Rhapsodie n’a jamais été confrontée à une pareille situation. Il faut dire qu’elle est entrée dans la Guilde en tant qu’apprentie il y a moins de cinq ans à peine, et elle a reçu le titre officiel de Compagne il y a un peu plus d’un an. Jamais encore elle n’avait imaginé devoir, un jour, être réellement confrontée à l’épouse d’un de ses clients. Oh, elle sait bien qu'ils ne sont pas tous célibataires, mais généralement ils font preuve de plus de… discrétion, à l’égard de leur femme. Une part d’elle n’approuve pas ; mais une autre la pousse à ne juger personne pour ses actes ou des on-dit, à moins d’avoir pu juger par elle-même de quoi il retourne. Et jamais elle n'a évoqué le sujet, se disant que chacun a ses raisons d'agir; elle n'est personne pour dire si elles sont bonnes ou mauvaises. Mais aujourd’hui, en voyant face à elle une femme blessée par sa faute, elle se dit que Bartholomé n’est peut-être pas que l’homme avenant et charmant avec qui elle prend plaisir à discuter. Peut-être, sûrement qu’il y a une autre facette de lui qu’elle a l’impression de deviner, et qu’elle ne pourra sûrement pas apprécier. Et peut-être que cette soirée ne lui laissera pas le souvenir qu’elle espérait.

Les expressions qui passent les unes après les autres sur le visage de la duchesse n’échappent pas à Rhapsodie, observant discrètement, autant que la politesse le permet, son interlocutrice et ses réactions. Elle ne sait pas exactement quel comportement adopter. Doit-elle garder une certaine distance avec elle, comme toute personne respectueuse qui se respecte ? Jehanne est duchesse, et elle une roturière étrangère à son duché. Ou bien peut-elle se montrer un peu plus naturelle et directe ? Elles sont toutes deux muettes, et pas bien loin l’une de l’autre, leur conversation écrite imposant naturellement une proximité physique. Elle ignore ce que Jehanne pourrait tolérer – ou non, et elle ne veut pas chercher à s’en faire une ennemie. Alors, elle se contente de ramener son carnet vers elle en attendant que la blonde lui réponde.

Le calepin ne tarde pas à revenir sous ses yeux, cela dit – et ses traits se détendent imperceptiblement en lisant les premiers mots, mais une légère moue revient tordre ses lèvres. Elle ne peut rien faire, ou la duchesse ne le veut pas ? Dans tout les cas, cela ne dépend pas d’elle. Néanmoins, elle ne parvient pas à faire taire cette pointe de culpabilité, et ce malgré les quelques phrases écrites par la duchesse. Elle n’y est pour rien. Mais par sa faute, par sa seule présence muette, elle contribue à rendre une femme malheureuse. Cependant, elle fronce légèrement les sourcils, en lisant que ne pouvait pas être au courant. Elle n’est pas certaine de saisir exactement ce que « ça » désigne, mais est presque sûre qu’elle aurait pu l’être, au courant. Elle aurait dû se rappeler du mutisme de Jehanne. Elle aurait dû ne pas négliger son existence. Ou peut-être qu’elle ne pouvait vraiment rien y faire, et que « ça » est en réalité une histoire bien plus profonde et cruelle qu’elle ne pouvait deviner.

Toute à sa réflexion, elle oublie presque de terminer sa lecture, et manque de laisse sa question de côté. Elle n’a pas l’habitude de ce genre d’exercice, puisque c’est toujours elle qui écrit et écoute, alors que les autres lisent et parlent. Néanmoins, c’est la majuscule au « Elle » qui accroche son regard, et qui l’incite à se reprendre et à lire jusqu’au bout, pour finalement relever les yeux vers le visage de la duchesse, l’air sincèrement surpris. Elle ? Qui donc ? Une ennemie, sûrement. Une maîtresse du duc, sans doute. Geneviève. Son visage retrouve une expression plus douce, et Rhapsodie répond presque instantanément, sans prendre le temps de trop réfléchir. Sa réponse n’en sera que plus spontanée et sincère.

Je n’ai aucune raison de le faire, Votre Grâce. Et j’ai trop longtemps subi la pitié et le regard des autres pour ce que je suis, comment pourrais-je l’infliger à d’autres ?
A vrai dire, je crois seulement me sentir coupable d’avoir participé à… tout cela, et d’avoir pu vous blesser, sans y penser ni le vouloir.
Je ne suis pas Elle, Votre Grâce. Je ne suis pas votre ennemie, c’est une promesse.


Les phrases ne s’enchaînent pas particulièrement bien, mais elles reflètent ses pensées un peu emmêlées. Sa culpabilité se mêle à la peine qu’elle ressent envers Jehanne, et sa volonté de bien faire se confond avec son envie de montrer à Jehanne qu’elle n’est pas mauvaise, et que son cœur lui dicte de se ranger de son côté, dans l’espèce de bataille qui semble opposer le duc et la duchesse.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Sam 7 Avr - 20:22

Jehanne n’avait aucune pitié pour la jeune femme qui se tenait en face d’elle. Strictement rien, rien qui n’aurait pu la convaincre de sa gentillesse ou d’une quelconque sympathie. Elle était sans doute comme les autres, car les femmes de ce monde et de cette profession n’étaient pas de celles qui s’embarassaient des épouses d’autres. Les Compagnes, Jehanne le sentait, n’avait jamais aucun scrupule à s’inviter à des réceptions où elle-même ne devait arriver que quelques heures plus tard, car n’ayant pas été formellement conviée. Elle s’en souvenait encore : l’arrivée, la tête haute, juste pour voir Bartholomé parader avec une autre, l’exhibant aux yeux de tous comme la duchesse. Et Jehanne, la blonde Jehanne, savait que si elle ne souhaitait pas l’amour de son mari, elle souhaitait tout de même être respectée. Comme un être humain.

Et l’on s’étonnait que jamais leur mariage ne fut fertile – secret que seules quelques personnes sur cette terre connaissaient –. Secrètement, Jehanne se demandait si ce mariage lui-même n’offensait pas les dieux. S’il n’aurait pas fallu le briser, déjà. Il ne lui serait jamais venu à l’esprit, en revanche, que ce soit Bartholomé qui soit frappé par le courroux divin pour ce qu’il lui faisait subir : elle se lamentait, mais en soi se pensait responsable en partie de ce qui était arrivé. 
 
Et la jeune en face de la duchesse, qui déchiffrait ses mots alors qu’elle tentait piteusement de ne pas sembler terriblement pitoyable, n’était pas non plus responsable. Après tout, c’était loin d’être entièrement sa faute : elle n’était qu’une parmi tant d’autres. Demain, Bartholomé et le reste des vipères qui sifflaient autour de lui pour se glisser avec joie dans son lit l’auraient oubliée. Comme ils oubliaient qu’une duchesse devait être présente quand nécessaire, ou qu’une favorite ne demeurait que temporaire.
Les mots sur la page devinrent vrais. Rapides, d’une écriture fine mais pourtant élégante. Au moins la muette compagne pouvait-elle se faire comprendre. Un éclair de tristesse, bien vite dissimulé par sa propre volonté, traversa le regard clair de Jehanne.
Oui. Elle n’avait pas choisi, elle, de renoncer à l’usage des mots. Jamais ceux-ci n’avaient franchi ses lèvres. Elle ne s’était pas, d’elle-même, vouée à Bramir pour s’enfermer dans un mutisme obstiné qui témoignait de son mécontentement (chose qui n’avait servi à rien, jusqu’à maintenant). Non, la petite avait du le subir.
Le cœur plein d’une pitié, la duchesse aurait voulu y faire quelque chose. Elle aurait voulu croire les mots qui s’étalaient devant elle. Repoussant son livre avec délicatesse, fermé, elle se redressa. 
Avec la force de l’habitude, elle pouvait désormais écrire même dans cette position. Même avec le contour des yeux qui commençait à la picoter, en séchant. Ils gonflaient, elle le savait. Au moins attirerait-elle les regards, même si ce n’était pas ceux qu’elle voulait.
Il n’y a rien, vraiment, que vous ne puissiez faire. Méfiante Jehanne ! Comment ne pas l’être, après ce que son père lui avait fait ? Je compatis à votre condition, à ce que vous avez pu traverser. Comprenez que votre silence est sans doute la principale raison qui vous a amenée ici, en dehors de vos talents dans votre secteur. Métier. Caste. Vaste horreur. 

Je conçois que vous ne souhaitiez pas me blesser : vous n’êtes que l’instrument, pas le tortionnaire. L’on vous a utilisée, dans l’unique but de détourner le duc de moi.
Elle eut une hésitation, Jehanne. Les portes étaient closes. Les papiers disparaissaient, si le besoin était.
Laissez-moi vous accaparer quelques instants. Je veux juste vous connaître. Essayer de comprendre. Pourquoi vous et pourquoi pas moi ?

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Sam 21 Avr - 18:23

Aucune des expressions fugaces passant sur le visage de la duchesse, bien que rapidement dissimulées, n’échappe à l’observation silencieuse de Rhapsodie. Elle est bien trop entraînée à ce petit jeu, à essayer de deviner ce que l’autre pense sans avoir besoin de sortir son carnet pour le lui demander, ce qui est particulièrement contraignant, même en y étant habituée. Et puis, depuis petite elle a appris à manipuler ces expressions, à les imiter et les nuancer afin de se faire comprendre encore une fois sans rien écrire. Un temps, elle était passée experte en manipulation, rien qu’avec les expressions de son visage, et elle parvenait à obtenir ce qu’elle désirait en quelques secondes. Ce n’est jamais allé plus loin que quelques friandises, un câlin ou une mélodie de sa mère pour la bercer le soir. En tout cas, aujourd’hui, elle est à peu près certaine de pouvoir déchiffrer une majorité de visages, et y associer un sentiment.

C’est ce qu’elle s’efforce de faire avec tout nouvel interlocuteur, et particulièrement avec Jehanne. Elle est duchesse, et elle est malheureuse indirectement par sa faute. Elle ne veut faire aucun faux pas. Néanmoins, au fil de leurs plumes, la Compagne se détend doucement. Jehanne n’a plus l’air aussi réfractaire à une conversation, et la Cibellane se prend même à imaginer qu’elles puissent devenir, peut-être, amies – si l’on met de côté le problème Bartholomé. Ce dénouement heureux lui plaît. Néanmoins, elle se refuse à utiliser sa magie de prédiction pour tenter de deviner le futur. Même si ce ne sont que des hypothèses plus ou moins probables, elle a bien peur d’être déçue par le résultat.

Elle sent ses épaules se détendre davantage quand elle voir Jehanne fermer son livre et le repousser pour de bon sur la table, loin d’elle, avant qu’elle ne se relève et ne lui réponde, face à Rhapsodie, de la même manière qu’elle. La Compagne baisse légèrement le menton et ramène son propre carnet vers elle, en attendant. Elle imagine que la duchesse va maintenant la congédier, maintenant qu’elle a pu s’excuser et échanger quelques mots avec elle. Et même si l’envie de rejoindre la salle de réception l’a à peu près quittée, elle est prête à refermer cette parenthèse dans sa soirée de travail, finalement contente du déroulé de leur entrevue.

Quand les mots reviennent sous ses yeux, elle les déchiffre rapidement, esquissant une moue légère pour accueillir la compassion de la blonde duchesse, soupirant et fermant quelques fractions de secondes les yeux en lisant les possibles raisons de sa venue en Ansemer. Elle aurait envie de lui répondre que non, que personne ne cherchait à blesser Jehanne et que seule sa magie de prédiction a pu retenir l’attention de Bartholomé et de la Dame de Port-Liberté. Mais au fond, elle n’en sait rien, Rhapsodie, des histoires qui se jouent ici, en Ansemer, et elle-même ne croit pas vraiment à la possibilité d’une erreur accidentelle. Elle aimerait, pourtant. Tout serait peut-être plus simple, ainsi.

Par contre, elle ne peut s’empêcher de se montrer surprise en lisant les dernières phrases de Jehanne. Elle veut lui parler, encore un peu ? Ne veut-elle plus chasser loin d’elle les demoiselles qui rôdent autour de son duc de mari ? Visiblement pas  - du moins, pas elle. Jehanne ne la considère plus comme une menace, et cela rassure la Compagne. Elle a réussi à produire l’effet escompté. Son visage s’orne d’un petit sourire, un brin timide, mais sincère, alors qu’elle hoche la tête.

Bien entendu, Votre Grâce. Je suis à vous, le temps qu’il vous plaira.

Le duc risque de se poser quelques questions, en ne la voyant pas revenir, mais qu’importe. Elle a promis, plus tôt, de tout faire pour réparer son tort. Et même si elle est censée travaillée, tant pis. Dans le pire des cas, ils rattraperont le temps perdu plus tard.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Ven 27 Avr - 22:29

La duchesse ressentait toujours de la rage, en elle, même après toutes ces années. Elle ne savait guère comment s’y prendre pour s’en détacher totalement. Comment faire abstraction des violences verbales qui se chuchotaient sur son passage – et pourtant, question chuchotis, on ne pouvait pas dire que la Lagrane n’y connaissait rien, elle aurait du être préparée et immunisée depuis le temps –, faire abstraction des maîtresses qui défilaient sous son nez. Ce n’était pas qu’elle aurait voulu reprendre sa place dans le lit de Bartholomé, par tous les Dieux, non ! Jamais ! Si elle avait eu pour lui quelque peu d’affection, alors peut-être qu’elle aurait souhaité le réintégrer, tenter de se faire bien voir, peut-être devenir son amie plus que son amante. Mais la hargne et la colère qui depuis leur mariage sur le pont de ce navire n’avait cessé de transparaître dans les yeux de son époux lui avait réduit à néant tous ses espoirs.

Face à la Compagne muette, elle revoyait en un éclair toutes celles qui l’avaient précédée : cette blonde énergique aux boucles comme des ressorts, qui avait une voix haut perchée et qui était restée quelques mois avant qu’il ne s’en lasse. La rousse Cibellane au corps tout en forme, modelé pour le désir et les mains possessives du duc. L’autre blonde, aux cheveux presque argentés, cette Louise qui avait su le ravir avant que Geneviève ne s’imposât dans son cœur. Et fallait-il parler de ses propres dames de compagnie, qui, toutes, tombaient sous son charme et sous ses mots ? Qu’il venait jusqu’à séduire ces femmes, là, sous son nez ? Plus l’humiliation était grande, et plus il semblait en retirer une satisfaction malsaine. Bien sûr que sa femme ne le contenterait jamais. Personne ne se faisait d’illusion.
Elle était belle, celle-ci. Pas bien différente des autres, mais à la fin, toutes finissaient par se ressembler à ses yeux. Son sourire était sincère cependant, et la Lagrane exilée appréciait cette vue. Un peu de sincérité dans ce monde, ça ne faisait jamais de mal. Et il y avait quelque chose de singulièrement appréciable et reposant dans le grattement de leurs crayons respectifs sur des pages vierges. Comme si elles partageaient la même voix.
Racontez-moi. Avez-vous toujours été comme cela ? Ou vous êtes-vous retrouvée victime d’un fâcheux accident ? D’où venez-vous ? Je n’ai que peu l’occasion de converser avec des personnes de l’extérieur, hormis mes amis. Ils sont bien peu à avoir la patience de déchiffrer mes mots.


Avec un léger soupir, la duchesse aux yeux d’océan lui tendit son propre carnet. Ils se comptaient sur les doigts d’une main, les ambassadeurs et autres nobles prêts à patienter pour attendre qu’elle leur réponde : hormis ses amis proches, deux, tout au plus quatre avaient eu la patience de rester. C’était sûr que faire la conversation à une femme telle que Geneviève, vive, douce et même plus que cela, c’était mieux que d’attendre que la duchesse finisse les mots sur sa feuille.
Heureusement, les correspondances nombreuses et régulières qu’elle entretenait avec ceux qui comptaient le plus pour elle permettaient à Jehanne de garder un semblant de vie sociale.
Elle leva une main, doucement, pour remettre derrière son oreille une de ses mèches de cheveux qui s’était échappée.
Je vous promets de ne pas vous accaparer longtemps. Il est juste rare que je sois capable de converser avec l’une d’entre vous sans moquerie ni brimade.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Dim 29 Avr - 19:34

L’atmosphère se détend, petit à petit. Rhapsodie sait que tout n’est pas terminé, pourtant. Que si Jehanne souffre et est en colère, tout n’a pas pu disparaître en un claquement de doigts. Mais au moins, cette colère n’est pas dirigée contre elle. C’est égoïste de le penser, mais elle en est rassurée. Et maintenant, la duchesse veut discuter avec elle, un peu.

Rhapsodie parcourt rapidement les phrases des yeux. Les premières questions lui tirent un mince sourire, imaginant déjà la longueur de sa réponse. En lisant les mots suivants, elle réalise à quel point la solitude de Jehanne doit être grande. A la lire, peu de personnes ont la patience nécessaire à une conversation à demi-silencieuse. C’est profondément injuste. La Compagne sent qu’elle a de la chance, elle, d’avoir de nombreux amis, habitués depuis son enfance à son mutisme et sa façon d’écrire. Bien sûr, certains refusent toute discussion avec elle, mais ils sont loin d’être une majorité. Les gens sont-ils donc à ce point moins ouverts d’esprit en Ansemer qu’en Cibella ? Ou est-ce simplement parce qu’elles ne sont pas du même milieu social ? Si Rhapsodie était née noble, peut-être que tout aurait été différent.

Terminant de lire, elle hoche d’abord doucement la tête, pensive, comme pour chercher ses mots, avant de se lancer dans sa rédaction – en commençant par se présenter, parce qu’elle ne l’a toujours pas fait.

Je me nomme Rhapsodie Epi-d’Or, je suis née et je vis à La Volte.
Je muette de naissance, et seul le Destin sait pourquoi. Les guérisseurs n’ont rien pu y faire, et n’ont jamais compris pourquoi j’avais été privée de ma voix. C’était comme ça.
Je n’ai jamais souffert d’autre chose que du regard des autres. Finalement, c’est peut-être pour ma mère que cela a été le plus difficile. Elle est chanteuse, je suis son unique enfant, et elle aurait aimé que je suive ses traces.

Un léger sourire se trace sur son visage. Et une idée lui traverse l’esprit. Peut-être pourrait-elle essayer de faire en sorte que Jehanne et Isaëlle se rencontrent un jour ? Après tout, sa mère a l’habitude de lire les lignes de mots tracées par sa fille, depuis des années, et elle serait ravie de chanter dans un palais ducal. De l’autre côté, Jehanne pourrait avoir un peu plus de compagnie… Enfin, elle ignore comment amener la chose, ni si elle est réalisable. Alors pour l’instant, elle enchaîne.

Ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai tout mon temps.
Je suis navrée si mes collègues ont pu vous dire ou faire des choses blessantes… Vous ne le méritez pas. Personne ne le mérite.

Comme elle-même ne méritait pas les brimades qu’elle subissait, enfant… Au moins, maintenant, elle est respectée dans son travail, et même appréciée pour cette particularité là. Elle ne peut même plus l’appeler défaut, dans son cas, tant son mutisme sert sa réputation. Ce n’est visiblement pas le cas de Jehanne.

Et vous, si ce n’est pas indiscret ? Avez-vous déjà entendu le son de votre voix ?

Elle n’aurait peut-être pas dû poser cette question, peut-être est-elle même censée connaître la réponse. La bienséance aurait dû l’en empêcher, mais sa curiosité est forte. Et puis, elle ne peut plus effacer ce qu’elle vient d’écrire. Tant pis. Elle tend son carnet à la blonde duchesse, sans trop hésiter.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Lun 30 Avr - 22:35

Le silence était leur allié, à toutes les deux. Leur confident, leur souffle et leur cœur. Il était une part d’elles, volontairement ou non. Autour de la duchesse et de la Compagne, il s’étirait, embellissait le temps et l’instant pour les emprisonner dans une éternité où la seule chose qui comptait encore étaient les mots sur le papier. Pour un peu, elle en aurait presque oublié la raison de la venue de la jeune femme ici. Presque. Chaque Compagne qui défilait dans ces lieux, dans le palais, était un affront à sa propre personne. Pas qu’elle s’estimât insultée d’être préférée à d’autres, non. Elle était insultée, en revanche, de l’être publiquement, et d’être rejetée au rôle de simple sujette de la cour. Pire ! Car il était notoire que Bartholomé attirait dans ses draps mêmes de simples intrigantes. Elle n’était déjà plus rien. 
Rien qu’un nom haï, qu’un souvenir haineux et vaguement angoissant dans la mémoire collective.
Personne ne se souviendrait de la triste Jehanne, silencieuse porteuse d’enfants haïe par tous autrement que par les histoires et les mauvais murmures, les racontars et les chansons. Elle n’aurait pas marqué son temps. Peut-être serait-elle connue comme celle qui enfantât Bertille d’Ansemer, Chevaucheuse Duchesse Astronome et j’en passe.

Ce n’était pas grave. Elle s’y était habituée depuis bien longtemps. Le regard doux, presque maternel pour la jeune qui ne semblait guère plus jeune qu’elle – mais peut-être se trompait-elle –, elle entreprit de déchiffrer l’histoire qu’elle lui offrait.  Une histoire bien triste, en vérité, même si Rhapsodie semblait s’en sortir admirablement bien. Un sourire fit écho au sien. Ce n’était pas de la pitié, pour elle. C’était quelque chose qui disait, pauvrement ‘je suis fière de vous’.
Voilà une histoire bien touchante. Vous en avez, du courage, pour avoir vécu et être arrivée à ce point-là, aujourd’hui.


Elle ne la connaissait pas, c’était vrai. Mis à part les mots sur le papier – et elle pouvait mentir ! – elle ne savait rien d’elle, la blonde Lagrane. Elle voulait y croire, pourtant. Le doute subsisterait dans son esprit. Mentait-elle ? Peut-être. Mais tout mensonge était juste une vérité à savoir bien prendre.

Vos mots me touchent, Rhapsodie. Mais quoi que vos collègues ait fait, je ne peux m’en souvenir tant leurs actions étaient enfantines et inutiles, les visages oubliables. Elles sont trop nombreuses, à venir ici. Je pense que votre Guilde survit partiellement grâce aux généreux dons du duc d’Ansemer. Leur comportement à mon égard ne devrait pas vous faire vous excuser. Vous êtes innocente dans cette affaire.
Elle n’avait pas complètement baissé la garde – le faisait-elle vraiment jamais ? Mais elle était plus confiante qu’au début.
Son visage se fit plus sombre, et une ombre de tristesse passa au fond de ses yeux clairs.

Je suis née en Lagrance, où ma voix a résonné pendant de nombreuses années. Elle s’est tue le jour où j’ai été victime d’une odieuse manipulation. Je pensais que mon silence empêcherait ce mariage avec le duc. J’ai juré à Bramir de ne jamais prononcer un mot en sa présence, de me taire jusqu’à ce que mon mariage soit annulé. Ces épousailles m’ont ravies ma voix. J’ose espérer qu’un jour, je pourrais la faire entendre à nouveau. C’est un serment que je fis aux Dieux. Aujourd’hui, il me ronge mais je n’oserai le briser pour rien au monde.
 

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Mar 1 Mai - 17:14

Il y a quelque chose de reposant, dans leur conversation, sans que Rhapsodie ne sache exactement pourquoi. Peut-être le grattement permanent de leurs crayons sur le papier, entrecoupé seulement par des silences le temps de déchiffrer les mots de l’autre, lui donne cette impression. Ou la sensation de ne plus être la seule, d’avoir trouvé quelqu’un de semblable qui partage sa manière de communiquer. Elle ne sait pas. Mais au moins, elle apprécie ce moment de calme, où toute tension ou presque semble retombée, avant qu’elle ne retourne à la vie mondaine et à ses occupations de Compagne pour lesquelles elle est payée – elle ne l’oublie pas.
 
Le sourire de Jehanne, en écho au sien, déclenche en elle quelque chose. Un sentiment de joie, peut-être, d’avoir réussi à éclairer un peu le visage de la pauvre duchesse. Pour elle-même, la Cibellane songe que son sourire lui sied bien mieux que ses larmes. Et elle baisse les yeux humblement, en attendant le retour du carnet sous ses prunelles d’azur. Et de répondre, presque immédiatement.
 
Vous savez, j’ai surtout eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Ses parents. Un apothicaire passant par là au bon moment. Une îlienne au grand cœur. Une rouquine toujours présente pour elle. Une Dame bienveillante. Autant de sauveurs, de personnes merveilleuses qui l’ont aidée à avancer et à se tracer son propre chemin. Son sourire s’attendrit, et elle ajoute. Toute seule, je n’aurais sûrement rien pu faire. Elle en est persuadée.
 
Son sourire se fane légèrement. Combien de Compagnes, exactement, Jehanne a-t-elle vu défiler entre les murs de son palais ? Beaucoup trop pour être dénombrées, sans doute. Elle aurait aimé y faire quelque chose, pour Jehanne. Mais elle n’est qu’une simple Compagne venue de Cibella, que peut-elle faire ? Et pour quelle raison ? Car il est certain que le duc paye bien et fait sûrement prospérer la branche ansemarienne de sa guilde… Que peut-elle avancer, comme argument ? Qu’une femme en est blessée ? Toute duchesse qu’elle soit, Rhapsodie sait que cela ne fera pas le poids, et de loin.
 
Ce n’est pas de ma faute sans doute, mais ce sont mes sœurs. Et nous n’avons pas à agir ainsi.
 
Elle sent un début de colère poindre au fond d’elle, envers ses sœurs. Elles sont filles de Mirta, par tous les Dieux, pas reines des garces ! Mais elle ne pourra rien faire, elle le sait bien. Elle peut juste… Se désoler de la situation, et compatir au sort de Jehanne.
 
Ses yeux parcourent les mots suivants, rapidement, et son visage se décompose un peu. Alors, elle est muette, par choix ? La contestation d’un mariage arrangé, une union malheureuse et non désirée… Et pourtant, la voilà toujours mariée au duc, qui ne semble pas plus qu’elle vouloir de cette union. Rhapsodie ne peut que respecter ce choix, elle qui prône la non-violence, même s’il ne semble pas avoir porté ses fruits. Et peut-être que maintenant, des années plus tard, elle le regrette. Et pour autant, elle ne veut plus revenir en arrière. La Cibellane se mord la lèvre, avant de dérouler le cours de ses pensées sur le papier.
 
Je comprends.
Ne pas briser le silence alors que vous le pourriez à chaque instant, vous taire alors que vous avez déjà même entendu le son de votre voix… Vous êtes courageuse, d’affronter sans cesse le silence. Bien plus que moi. Je n’ai pas eu le choix, après tout ; vous l’avez à chaque instant, et à chaque instant vous préférez le silence.
 
J’espère pour vous que le jour où vous pourrez le briser sans rompre votre promesse aux Dieux arrivera.
Et si vous le désirez… je peux même vous apprendre si ce jour aura lieu.

Elle relève les yeux vers elle, la mine sérieuse. Rhapsodie lui offre sa magie, quelques instants de prédiction. Elle ne lui demande rien en retour ; elle veut juste essayer de s’acquitter de la dette qu’elle pense avoir envers la duchesse.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Ven 4 Mai - 23:22

Il n’y avait plus rien à dire, en un sens. Il n’y avait jamais eu quelque chose, si l’on y pensait bien. La duchesse était tout de même un peu surprise que la dame en face d’elle ne sache rien de cette condition dans laquelle elle s’était volontairement plongée. Ainsi donc, elle n’était pas le sujet de moquerie de tout Arven ? Elle n’était pas la source d’une expression populaire dans les autres duchés ? C’en était presque étonnant ! Elle aurait presque pensé que, de partout, tous étaient au courant de son refus de prononcer un mot depuis douze ans ! Peut-être, oh, était-ce orgueilleux de sa part, mais c’était bien là la seule forme d’orgueil qu’elle se permettait. Le reste avait été méthodiquement détruit par Bartholomé, à coup de rancœur et de remarques, de regards des plus glacés et de Compagnes défilant sans arrêt. Comment vouliez-vous encore vous sentir belle, encore vous sentir femme, encore vous sentir humaine quand l’homme qui aurait du vous épouser ne faisait que vous rabaisser et préférer d’autres qui n’étaient pas vous à votre compagnie ? Quand il semblait si heureux avec les autres que votre propre existence semblait le gêner dans la sienne ? Que chacun de vos mots, griffonnés sur un bout de papier d’une écriture élégante, ne suscitait chez lui que des roulements d’yeux sans même daigner répondre ?

S’il n’y avait eu Bertin, la douce Jehanne aurait fait tout ce qui était en son pouvoir pour se rapprocher de lui, peut-être. Ou peut-être, reine de l’inactivité et de la passivité, aurait-elle laissé les autres la dévorer et la langueur l’emporter sans donner d’héritier au trône. Peut-être aurait-elle accepté plus. Personne ne pouvait savoir. Personne ne saurait jamais. Aurait-elle pu aimer Bartholomé, comme elle l’avait aimé jeune en arrivant à la cour d’Ansemer ? Seuls les Dieux pouvaient répondre.
 
Vos paroles sont sages, Rhapsodie, et elles vous honorent. Je ne sais si l’on peut me trouver courageuse pour cela. Je choisis la fuite au lieu de la confrontation. Les mots sont une arme à laquelle j’ai renoncé, mais ils me manquent. Même si ma volonté est forte, même si Bramir reçoit mes plus ferventes prières, ce que vous avez été et que vous ne serez jamais plus vous manquera toujours.

La jeune fille vive aux mots acérés, joueurs et câlins, lui manquaient. Son sourire était vrai, teinté de tristesse tout autant que d’une légère amertume. Nous vivrons sans doute dans le silence jusqu’à la fin de nos jours. Il ne s’agit pas d’un fardeau, il nous faut en faire une distinction. Quelque chose dont elle pouvait être fière. Sinon… Sinon elle sombrait.
Le regard sérieux de la Compagne l’interpella, et c’est les sourcils haussés qu’elle ajouta quelques mots en bas de sa page, songeant qu’il lui faudrait bientôt le changer. Elle ne comprenait pas, la duchesse, ce qu’elle entendait par là.
Que voulez-vous dire ?
Une hésitation.
La dernière phrase. J’accepte. Si cela ne vous met pas trop en retard, bien évidemment. Je ne peux monopoliser votre compagnie, sous peine de vous causer du tort, et je ne le voudrais pas.  

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Dim 20 Mai - 14:41

En y réfléchissant un peu, après coup, la Compagne se dit qu’elle savait peut-être déjà les grandes lignes de l’histoire. Enfin, savait est un bien grand mot. Quelques unes de ses collègues aiment à jouer à colporter des potins sur la noblesse et les gens importants de ce monde qu’elles sont amenées à fréquenter. Et peut-être, sûrement lui a-t-on déjà parlé de la duchesse d’Ansemer, muette, elle aussi. Mais Rhapsodie n’aime pas ce genre de choses, et elle n’écoute jamais les racontars et les on-dit, sachant parfaitement que bien souvent, la part de vérité y est infime. Enfin, elle ne s’en blâme pas. Et puis, elle apprécie de pouvoir découvrir les personnes par elle-même. Rhapsodie part du principe que ce n’est pas parce qu’une personne est importante aux yeux du monde que sa vie doit être sue de tous ; ils ont droit à leur vie privée, eux aussi, au même titre que tous les anonymes.

Elle pose les yeux sur les quelques lignes tracées et esquisse une petite moue. Elle suppose qu’elle y a réfléchi longtemps, la blonde duchesse, et qu’elle regrette sûrement un peu de s’être emmurée dans le silence. Forcément. Elle a parlé un jour, elle. Mais elle a promis.  Finalement, la Compagne reprend son crayon.

Certes. Mais le silence aussi est une arme, croyez-moi.

Avec le temps, elle a appris à en faire une force, Rhapsodie, et elle a compris que parfois, le silence était bien plus efficace que n’importe quelle parole. Elle hoche la tête aux mots suivants. Leur sillence est leur particularité, ce qui les rend unique. C’est ce qui permet à la Compagne de compter une clientèle aussi nombreuse, et à Jehanne de mener son combat de son côté.

L’air surpris de la duchesse ne l’étonne pas. Sa proposition était plus qu’inattendue, surtout envers un femme qui doit tout ignorer de sa magie de prédiction. Elle sourit légèrement en voyant qu’elle accepte tout de même, précisant encore qu’elle ne veut pas la mettre en retard.

Je suis mage de prédiction, Votre Grâce. J’ai appris à lire le futur, du moins à essayer de deviner ce que réserve le Destin à chacun.
Cela ne prendra que quelques instants, normalement.
Il vous faut savoir cependant que ce n’est pas une science exacte, et chaque seconde qui passe a la possibilité de modifier totalement ou en partie la prédiction que j’aurai faite. Aussi, ce que je vais voir est seulement la situation qui a le plus de chances d’arriver, selon le chemin que le Destin a tracé pour vous, pour le moment. Et peut-être que… Vous pourriez être déçue par le résultat.

Prévenir, toujours, avant la désillusion. C’est une des leçons les plus importantes qu’elle aura apprise, durant sa carrière.

Je comprendrais si vous vouliez refuser, finalement.
Mais si vous acceptez et que vous me faites confiance… Pourrais-je vous prendre la main ? Cela m’aide à me concentrer.

Pour prédire plus vrai, plus précisément. Elle a besoin de ce contact avec les personnes qu’elle ne connaît pas bien afin de pouvoir concentrer sa magie et avoir un meilleur aperçu du possible avenir qui leur est réservé.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Lun 28 Mai - 21:40

Son silence la pesait en même temps qu’il la libérait. A cet instant précis, elle s’en rendait compte. Combien de fois avait-elle maudit son choix, s’était-elle presque résignée face à Bartholomé, prête à l’implorer de lui jeter un regard ? Combien de fois avait-elle voulu ouvrir la bouche, prendre la parole, alors qu’un dignitaire là encore l’ignorait superbement ? Elle se savait discrète, Jehanne. Elle se savait effacée. Elle se savait presque invisible aux yeux des hommes, jeune femme qui n’avait été désirée que par un seul homme, et dont le désir du regard était devenu de la haine. Partiellement à cause de cela que ses tenues, que tout son corps avait pâli graduellement, s’était terni. On s’étonnait qu’en Bellifère les femmes soumises ne se révoltent pas, là-bas, dans ce duché où chacune partageait presque sa triste condition. Qu’on ne s’étonne plus : on perdait rapidement toute volonté d’exister, quand, soumise aux désirs d’un autre, on n’était pas grand-chose dans son regard. On perdait de la force dans l’indifférence bien plus que dans les coups, et pour peu que ceci arrive dès le berceau, il n’y avait rien de surprenant à ce que leurs femmes n’aient pour la plupart aucune envie d’amélioration de leurs conditions.

Son silence, à elle, était le seul moyen de se révéler et de se battre encore. Même si elle pleurait, même si elle faiblissait quelques instants, sa bouche restait fermée. Il n’y avait qu’avec ceux qu’elle aimait le plus – et encore … – que la duchesse se permettait de glisser quelques mots entourés de son plus fidèle allié.
La remarque, juste, de la jeune Compagne ne fit que conforter sa théorie. Son propre silence, elle l’usait comme d’un bouclier plus que d’une épée. Pouvait-on cependant l’en blâmer ? De ne pas transpercer les hommes de celle-ci, mais de se protéger ? Elle ne fustigeait pas, la blonde. Elle repoussait. Repoussait les attaques et les horreurs. Repoussait la peine, même si elle se glissait bien trop vers elle, semblait-il.

Lorsqu’elle lut l’explication de son énigmatique phrase, tout prit son sens dans l’esprit de la blonde trentenaire. Une mage. Evidemment. Aurait-elle été méchante, et n’aurait-elle pas eu pour la petite un semblant d’appréciation qu’elle aurait sûrement pensé que Bartholomé venait, en bon marin superstitieux, se faire lire son futur. Des fois qu’il lui demandât quand est-ce qu’elle allait se trahir, quand est-ce qu’elle allait sombrer… Il n’y avait qu’un pas à franchir. Elle ne le franchit pas.
Peut-être parce qu’elle était entièrement fascinée, sans le montrer, par ce qu’elle lisait sur le papier. Elle s’en fichait, à cet instant. La duchesse n’avait encore jamais rencontré de mage de l’Eté qui se fut spécialisé dans cette branche bien particulière et, si l’on en croyait les dires de la jeune, ô combien instable.
Jehanne eut le temps d’hocher la tête, glissant quelques derniers mots sur son carnet.


Je ne serai pas déçue. Je vis ici depuis longtemps. J’ai appris à mes dépends que la moindre chose peut tout changer, même sans s’en rendre compte. Que tout peut changer. Je ne m’attends pas à grand-chose, mais j’ai une grande curiosité pour ce que vous me proposez. Et j’ai confiance en vous.
Ceci dit, et le carnet restant en vue, elle lui tendit la main pour qu’elle puisse la prendre, restant totalement silencieuse – presque plus qu’à l’accoutumée, si c’était possible, et immobile.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Jeu 14 Juin - 22:45

La prédiction est réellement une magie particulière, occupant une place à part au sein des domaines de l’Eté. Certains la rapprochent, à tort, de la divination, pour la capacité à lire des faits dans le temps. Mais leur ressemblance s’arrête là, Rhapsodie le sait bien. La divination s’appuie sur des faits passés ou en cours. La prédiction, bien plus instable, bien plus aléatoire, tente de tracer les contours d’un futur pas encore défini. Une magie fragile en somme, un art aléatoire, quasiment impossible à maîtriser tout à fait. C’est peut-être ce qui a poussé Rhapsodie à suivre ce cursus. La curiosité, la fascination, déjà. L’envie de reconnaissance, aussi. La jeune adolescente qu’elle était s’imaginait que, peut-être, les gens verraient moins son mutisme si elle se démarquait par sa magie de prédiction. Elle n’a compris que bien plus tard que c’était inutile, tout cela. Que ses amis réels voyaient de toute façon plus loin que son absence de paroles.

En tout cas, elle ne pensait pas, en choisissant la prédiction, que cela servirait si bien sa carrière de Compagne, atout majeur qui lui a ouvert les portes du palais ducal d’Ansemer. Et ce n’est que le début, lui a glissé la Dame de La Volte, avec un petit sourire, visiblement fière de sa jeune protégée. Et maintenant, elle la met au service, non pas du duc ayant réclamé ses services, mais à son épouse, femme malheureuse et mise à l’écart. Elle ne sait même pas si elle en a le droit, dans le cadre de son travail. Possiblement pas, mais tant pis. Elle ne se sentira pas en paix avec elle-même, sinon.

Patiemment, elle attend que la blonde duchesse ait terminé de déchiffrer son écriture, attentive à chacune de ses réactions. Elle rapatrie bien sagement son carnet contre elle, posant instantanément les yeux sur les dernières phrases tracées. Elle acquiesce en lisant qu’elle accepte quand même, malgré le risque de la déception. Tristement, Rhapsodie songe qu’elle n’est peut-être pas à cela près. Elle imagine que s’obliger à vivre dans le silence et de subir un mariage forcé n’a rien de simple, et Jehanne d’Ansemer n’est peut-être plus à ce détail près.

Par contre, la Compagne ne peut cacher sa légère surprise, à ses derniers mots. Elle lui fait confiance ? Vraiment ? Alors qu’elle ne la connaît pas, que Rhapsodie a été suspendue au bras de son époux toute la soirée, qu’elle va possiblement passer la nuit près de lui… Elle lui fait confiance. Alors, Rhapsodie sait qu’elle a eu raison de venir la trouver dans la bibliothèque, ce soir. Un sourire léger, et le carnet est rapidement posé non loin, alors que ses doigts viennent délicatement serrer la main tendue, sans plus d’hésitation. Une inspiration, et la Cibellane déploie sa magie.

Elle a le sentiment de tâtonner un peu, au début, peu habituée à chercher une information aussi précise chez une personne dont elle ne sait que peu de choses. Mais elle se recentre vite, et soudainement, elle sait. Elle en a la certitude. Une étreinte, entre un homme et une femme, un soir. Des paroles échangées. Les yeux brillants, elle lâche la main de la duchesse, s’empressant de reprendre son carnet pour le rouvrir à la bonne page.

Vous reparlerez un jour. Je ne sais pas bien quand exactement, mais… Un jour, vous lui reparlerez. Votre voix résonnera à nouveau dans le palais.

Un jour, le bonheur sera retrouvé. Le sourire aux lèvres, elle lui tend le carnet. Oh, elle aurait dû regarder plus précisément. Elle aurait dû se concentrer davantage sur l’attitude de Jehanne, celle de Bartholomé. Elle aurait dû savoir les larmes et la douleur. Mais elle n’en a rien vu. Et elle est sincère, Rhapsodie, naïve jeune femme au grand cœur, qui ignore encore à quel point le Destin peut se montrer cruel.

Elle jette un œil à la porte. Il va peut-être falloir qu’elle y retourne, ou bien tous se poseront des questions, Bartholomé le premier. Il faudra aussi, peut-être, qu’elle jette au feu ces quelques bribes de conversation pour ne pas se trahir, ni trahir la duchesse.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Ven 22 Juin - 22:23

La duchesse silencieuse ne saurait dire, exactement, pourquoi elle faisait confiance à la jeune Compagne. Des années, plus que des décennies, lui avaient appris à ne jamais confier sa confiance à quelqu’un : son père, Geneviève, même Bartholomé – à qui elle avait inconsciemment remis son premier amour, qu’il avait écrasé avec ce qu’il lui restait de confiance en elle, une fois le mariage acté. Elle ne saurait dire pourquoi Rhapsodie, aujourd’hui, ici et là, lui inspirait plus confiance que les nobles dames qui défilaient devant elle tous les jours et qui, pour certaines, restaient. Oh, on ne demandait pas d’où elles venaient, mais plutôt où elles allaient : si c’était directement la chambre du duc, ou ailleurs, une réception, un salon privé, déguisé. A elles, ces intrigantes-là, Jehanne n’aurait pas confié la moindre chose, le moindre mot sur un carnet.
Avec Rhapsodie, la blonde mage cibellane, en revanche, une forme indistincte de confiance s’était imposée. Sans rien dire – les deux aussi silencieuses que des mortes, la vie en plus – la Compagne avait su s’attirer, si ce n’était de la sympathie, c’était au moins la tolérance de la duchesse d’Ansemer. Elle repoussa le carnet avec délicatesse, une fois les mots lus, et laissa la jeune s’emparer totalement de sa main.

Au début, elle se sentit un peu stupide : jamais encore elle n’avait eu affaire avec des mages de prédiction, et elle n’avait, il était vrai, pas la moindre idée de comment cela marchait. Et si la jeune fille en qui elle avait tellement confiance lui mentait ? Et si ce n’était qu’une grossière plaisanterie, créée par Bartholomé, pour ridiculiser sa femme encore une fois ? Il en aurait été bien capable, le duc sanguin au tempérament d’océan. Pour la punir d’exister encore à ses côtés, comme si lui-même était irréprochable, pas vrai.

Mais elle ne dit rien. La surprise s’était peinte sur ses traits, alorsqu’elle doutait de plus en plus, et que Rhapsodie venait de lâcher sa main. Elle semblait sourire, la blonde en face d’elle. Elle semblait presque heureuse. Qu’avait-elle vu ? Que s’était-il passé ? Un coin, tout petit coin de son cerveau, lui soufflait qu’elle avait du voir la mort de Bartholomé et le triste discours que sa veuve prononcerait devant le peuple d’Ansemer – vue macabre mais réjouissante, pour l’opprimée. Un autre bout de son esprit, plus angoissé, parlait d’une rencontre de vérité entre Bertin et Bartholomé, l’une où elle s’interposerait pour défendre son amour – mais non ! Rhapsodie souriait : la chose n’avait, donc, pas dû être si horrible que ça. Joyeuse, et non triste.

Au moins reparlerait-elle. Un sourire, léger, se dessina sur ses lèvres là où la tristesse avait imprimé tellement de fois des rictus causés par ses larmes. Elle rattrapa son carnet à nouveau, écrivant alors que le regard de l’autre personne présente dans la pièce dérivait vers la porte.
Merci.
Vous n’imaginez pas combien ceci peut me réjouir, et me faire aussi quelque peu peur. Mais merci, Rhapsodie.
Vous devriez y retourner, avant que les gardes ne se mettent à votre recherche sur ordre de mon mari.
Si elle aussi se mettait à fréquenter des Compagnes… Allons bon. Ce n’était pas son genre. Je vous suis très reconnaissante. Merci pour tout. Pour être venue me chercher, pour cette conversation. Sachez que je n’oublierai pas.
Qu’elle n’oublierait pas que la Compagne était bonne, dans son cœur. Qu’elle était lumière là où tant d’autres étaient encore sombres et perverties.

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Message Sujet: Re: Entendre les mots qui ne seront jamais prononcés   Jeu 5 Juil - 12:48

Elle sent le doute, Rhapsodie, dans les yeux de la duchesse. Elle sent la surprise, mais elle voit le sourire léger, venu faire écho au sien. Elle est contente, Rhapsodie, de ce qu’elle a deviné du futur. Et elle espère de tout cœur que ce que le Destin a bien voulu lui montrer se réalisera, un jour. Pas pour se vanter d’avoir réussi une prédiction aussi particulière, parce qu’elle n’en a pas grand-chose à faire. Mais parce qu’elle veut que Jehanne soit heureuse. La Compagne ne souhaite le malheur à personne, pas même aux gens qui l’ont blessée. Comment peut-elle penser autre chose pour des individus qu’elle apprécie ? Car, assurément, la duchesse rentre dans cette catégorie. Elles ne sont pas amies, et ne le deviendront peut-être pas, mais Rhapsodie l’estime. Parce qu’elle est courageuse et qu’elle se bat, à sa manière.

Le regard de la Cibellane glisse vers la porte, mais revient aussitôt vers la blonde duchesse alors qu’elle écrit quelques mots. Déchiffrant sans peine les remerciements, elle sourit davantage. Elle relève ses yeux clairs vers elle en lisant son conseil et hoche la tête, reconnaissante. Elle comprend, et ne l’empêche pas d’y retourner. Une autre l’aurait fait, peut-être. L’aurait menacée, et priée de quitter immédiatement le palais. Mais elle doit être habituée, sûrement, à la valse des Compagnes entre les bras de Bartholomé. Triste chose, en y pensant. Rhapsodie, au moins, ne sera sans doute jamais confrontée à ce genre de problème, tant qu’elle restera Compagne du moins.

Ses derniers remerciements lui vont droit au cœur. Elle a bien fait. Elle a bien fait de quitter le bras de Bartholomé pour quelques minutes pour aller retrouver sa femme. Elle a bien fait d’aller lui parler, de lui proposer de prédire. Elle a bien fait d’oublier son châle à sa chambre plus tôt, aussi. Fière d’elle-même, mais surtout contente que la duchesse ait pu retrouver le sourire. Le bonheur des autres est peut-être la plus belle chose à faire en ce monde, et c’est une mission qu’elle s’est fixée.

Que les dieux vous gardent, Votre Grâce.

Elle laisse le soin à Jehanne de lire sa dernière ligne, avant de ramener son carnet contre elle. Elle hésite quelques secondes, puis entreprend de déchirer proprement la page sur laquelle elle vient d’écrire, avant de la froisser d’une main. La Compagne parcourt rapidement la pièce du regard, avant d’aviser la cheminée dans laquelle brûle un petit feu. Sans attendre, elle s’y dirige et y jette le morceau de papier. Rhapsodie l’observe se consumer quelques secondes, avant de se retourner vers la duchesse. Un sourire, et la Cibellane esquisse une profonde révérence, avant de sortir de la pièce pour se diriger enfin vers ses appartements.

Elle sait exactement où se trouve son châle. Elle n’aura qu’à le récupérer et revenir à la salle de réception. Bartholomé l’attendra sans doute. Il lui demandera peut-être si tout va bien et pourquoi elle a été si longue. Elle lui répondra qu’elle l’avait égaré, mais qu’elle a fini par le retrouver, qu’il avait glissé sous un meuble. Un mensonge, certes. Mais il est sans importance, et ne cause de tort à personne. Enfin, elle passera la soirée avec lui, puis retournera en Cibella, l’âme tranquille.

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