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 Tout ce qui est exquis mûrit lentement

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La Noblesse
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Antonin de Faërie

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Je suis : Prince héritier de Faërie ; mage de l'Automne (diseur de vérité)

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Message Sujet: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyVen 16 Mar - 20:51


Livre III, Chapitre 2 • De Plume et de Serre
Gabrielle de la Volte & Antonin de Faërie

Tout ce qui est exquis mûrit lentement

Un joyeux non-anniversaire!



• Date : 10 mars 1003
• Météo (optionnel) : Il fait beau, ça sent le printemps
• Statut du RP : Privé
• Résumé : C'est bientôt l'anniversaire de Gabrielle et bien que débordé par ses devoirs, Antonin rend visite à sa fiancée trop négligée au Ru-d'Argent.
• Recensement :
Code:
• [b]10 mars 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3513-tout-ce-qui-est-exquis-murit-lentement#130248]Tout ce qui est exquis mûrit lentement[/url] - [i]Gabrielle de la Volte & Antonin de Faërie[/i]
C'est bientôt l'anniversaire de Gabrielle et bien que débordé par ses devoirs, Antonin rend visite à sa fiancée trop négligée au Ru-d'Argent.



Dernière édition par Antonin de Faërie le Ven 16 Mar - 20:52, édité 1 fois
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Antonin de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyVen 16 Mar - 20:52

Les annonces des fiançailles avaient été annoncées le 10 janvier de l'an 1003 à travers tout l'empire de Faërie. Les rencontres se sont espacées tranquillement, désormais assuré de sa main, obligé de me tourner de nouveau vers mes devoirs. La trêve signée pour respecter le deuil de l'empereur d'Ibélène arrivait déjà bientôt à sa fin, beaucoup trop vite et le temps de décider si l'offensive reprendrait approchait. La situation m'appelait beaucoup à me retrouver auprès de mon père afin d'apprendre le métier d'empereur auprès de lui, mais aussi d'imposer ma place en tant que prince. Et les heures qui n'étaient pas passées à le suivre dans ses réunions avec nos différents alliés et conseillers étaient toutes consacrées à l'étude et à l'apprentissage. Les semaines passées avaient été particulièrement occupées et depuis le séjour de Gabrielle au palais pour la réception organisée par mère, nous ne nous étions plus revus. Mes obligations me tenaient loin de la cour que je lui faisais. Il en serait probablement ainsi tout au cours de notre vie d'homme et femme mariés en vérité, mais j'aurais aimé lui offrir au moins quelques temps pour apprendre à mieux se connaître, à s'apprivoiser, à entretenir les bases d'une affection qui jouerait sur notre bonheur futur. À défaut de lui offrir un amour passionné, j'aurais voulu lui offrir du temps, mais même mon temps je n'en avais pas le contrôle. Je ne pouvais lui offrir même si peu. J'éprouvais quelque inconfort à cette idée, mais il en était ainsi et en s'engageant à passer sa vie à mes côtés, la princesse savait, elle devait savoir, que mon devoir envers Faërie m'appellerait souvent à être éloigné d'elle.

Dans ces temps occupés, une source de réconfort, en-dehors des percées d'Agonie qui était revenue dans mon esprit, venait des lettres qu'elle m'envoyait régulièrement. Enfermé dans mes appartements, je les lisais avec plaisir et je tâchai d'y répondre rapidement. Les parchemins couverts de ses mots qu'elle m'avait envoyés dormaient tous dans un coffre posé sur ma table de travail. Elle me rappelait que les efforts que je mettais en place était aussi pour elle. Faërie serait grand et elle règnerait sur un empire fort et resplendissant à mes côtés. J'aurais alors tou fait pour aider mon père en cette période troublée pour lui offrir un règne bien différent de celui qu'aurait connu ma mère. Gabrielle n'aurait pas à se faire durement sa place à mes côtés, je me promettais de lui rendre la vie douce et agréable.

Et si je n'avais pas cherché sa présence pendant tous ces jours, c'était parce que j'avais une idée bien précise en tête dont je ne voulais pas démordre. J'avais un devoir à accomplir envers Faërie, il était si important qu'il m'imposait de négliger ma promise, mais j'avais des obligations envers celle-ci et je ne devais pas la laisser se sentir délaissée. Nos escapades entourées de gardes à Alfaë étaient désormais bien loin et un jour spécial approchait. Celui de son anniversaire.

Si je n'avais été qu'un homme normal, qu'elle une jeune femme parmi les autres, je me serais simplement présenté à la porte de sa demeure pour l'emmener faire une promenade. Je l'aurais ramenée à ses parents avant que la noirceur ne tombe et tout cela aurait été une surprise pour elle. Néanmoins, nous n'étions pas de simples gens. Dans une lettre précédente, je lui avais donc demandé l'autorisation de la visiter dans sa baronnie du Ru-d'Argent à l'occasion de son anniversaire. Gabrielle était particulièrement jolie quand elle parlait de ses terres, ses joues prenaient la teinte de boutons de rose alors que ses yeux brillaient de mille éclats. Je craignais qu'elle ne me refuse ce droit, et je n'eus de cesse de me tourner dans mon lit le soir en y songeant, attendant sa réponse sous les railleries d'Agonie qui trouvait très amusants mes tourments.

La réponse était tombée et j'avais eu l'autorisation de me présenter le 12 mars 1003 sur ses terres. De mon père, j'avais la permission de m'absenter quelques jours, trop peu, mais la situation m'empêchait de faire mieux.

Le matin, après avoir vérifié une dernière fois que j'avais rempli tous mes devoirs avant de partir, je pris un portail accompagné d'une escorte de gardes plus ou moins réduite en direction de ma belle. Avais-je le droit de l'appeler ainsi? Elle méritait ce titre néanmoins. J'étais nerveux, j'avais préparé quelques présents pour elle. Il n'était plus nécessaire d'en offrir pour lui démontrer que j'étais un bon parti, mais je voulais me faire pardonner du peu d'attention que j'avais pu lui accorder jusqu'à présent. Avec un peu de chance, elle m'accorderait sa clémence.
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyDim 18 Mar - 17:29

- Vous devriez choisir la merveille bleu gris, vous savez, celle avec les broderies, à l’intérieur des manches?
- ...Celle au dos échancré? Je doute qu’Antonin apprécie cette audace.
- Mais il visite le Ru-d’Argent, vos terres, votre demeure, pour votre anniversaire. Son Altesse doit très certainement s’attendre à épouser une Cibellane. En Outrevent, faites comme les Outreventois, mais en Cibella…
- … Croyez-vous qu’une coiffure haute serait trop osée, pour cette robe?

Anaïs avait ce petit sourire pincé, celui-là même qu’elle esquissait lorsque la situation tournait à son avantage - ou à celui de sa princesse. Il y avait bien une décade, sinon plus, que Gabrielle sentait l’angoisse grimper en elle, à l’approche de la venue de son fiancé. Elle méritait sans doute cette petite douceur, celle d’arborer les parures de la princesse qu’elle était, de se sentir désirable et de percevoir une pointe d’intérêt chez son prétendant. Aidée d’une domestique aux doigts de fée, la demoiselle de compagnie avait supervisé la préparation de sa princesse. Coiffure, robe, ornements, parfum, escarpins. C’était bien la moindre des choses qu’elle puisse faire pour la soutenir.

L’arrivée du prince Antonin de Faërie eut l’effet d’une vague, à la demeure de la baronne. Si tout était prêt depuis l’aube, cela n’empêchait pas les domestiques de s’activer une dernière fois afin de s’assurer de la perfection des décorations. Là, un bouquet de fleurs fut centré plus encore sur la table basse. Ici, on s’assurait que le feu soit douillet lorsque la princesse recevrait son prétendant. Là-bas, on replaçait les boucles soyeuses de Gabrielle à son épaule afin de libérer son dos et son décolleté à la rondeur appétissante. Tout était prêt. Parfaitement prêt. Et lorsque le jeune prince fit son entrée, entouré d’une délégation plutôt modeste, un groupuscule s’inclina devant lui en lui souhaitant la bienvenue au Ru-d’Argent. Gabrielle s’inclina légèrement elle aussi, lui témoignant son respect de sa révérence fort courtoise mais plus discrète, désormais qu’ils étaient promis.

- Soyez le bienvenu au Ru-d’Argent, Antonin.

Son sourire ne démentait pas : ravie, elle l’était, de le recevoir enfin chez-elle, au coeur de son nid, malgré le froid de mars. Quelques uns de ses protecteurs furent invités à investiguer les lieux alors que deux autres, semblables à des ombres indiscrètes, se faufilaient à leur suite. La princesse se garda de tous commentaires, bien trop habituée à la présence menaçante perpétuelle de Manaël. La menace semblait être partout, pour eux, même dans un refuge aussi douillet que son Ru-d’Argent. Peut-être Antonin était-il confiné, lui aussi, à ce rôle qui ne lui convenait que très peu, et subissait la présence de tous ces protecteurs comme une intrusion à sa propre vie..?

Le salon dans lequel Gabrielle entraîna Antonin était charmant et la chaleur du foyer rendait la pièce d’autant plus douillette et invitante. Un canapé couvert de coussins rembourrés patientait leur venue, et une bouteille de ce qui semblait être du vin onéreux ornait la table centrale. Par fantaisie, elle avait même su faire venir quelques pivoines des serres lagranes afin de souligner la première venue de son fiancé. Les petites attentions se multipliaient, et Gabrielle, désireuse d’obtenir enfin de ses nouvelles, lui fit face armée d’un sourire entier. Les fenêtres hautes, sur sa gauche, promettaient des terres vastes qui s’éveillaient à peine d’un hiver trop long. Elle désigna le paysage champêtre, d’un mouvement léger de la main.

- Il me fera plaisir de vous montrer les charmes de mes terres, Antonin, mais permettez-moi de m’inquiéter de votre état. Malgré la correspondance que nous souhaitions soutenue, il me tardait de vous revoir, de vous entendre… Comment vous portez-vous? Et votre famille?

Son regard pétillant posé sur lui, sa fossette creusée pour souligner son sourire avenant, la princesse l’écoutait, attentive, tout en lui offrant une coupe de ce vin liquoreux. Un produit cibellan, à n’en point douter.






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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyVen 23 Mar - 23:29

Elle m'apparut avec la grâce d'un cygne, entourée de ses serviteurs, Gabrielle, belle princesse dans sa jolie robe bleu gris qui donnait lui donnait un teint de perle.  Ai-je rougis à la vue de ce charmant spectacle?  C'était possible.  Elle n'avait rien des Outreventoises avec qui j'avais grandi et bien que j'avais passé presque toute mon adolescence à l'Académie de la Magie et du Savoir, je ne m'habituais pas encore tout à fait aux différences en matière d'habillement des femmes dans les autres duchés.  Je ne désapprouvais pas.  Cela lui allait bien et elle était resplendissante parmi les siens, mais lorsqu'elle s'était inclinée pour me saluer, j'avais deviné l'échancrure de sa tenue dans son dos et j'avais été surpris.  Et bien malgré moi, tandis que je la suivais une fois que la garde fut déployée pour prévenir tout incident malheureux, je ne pus détacher mes yeux de sa peau blanche.  Avait-on remarqué?  Du moins, je pouvais garantir que personne n'avait raté mon sourire niais et timide à la vue de ma fiancée.  Le mot semblait encore un peu étrange à mes oreilles et à mes pensées.  Mon père n'était empereur que depuis peu et si je me faisais tranquillement à l'idée d'hériter un jour de ce trône qu'il avait réclamé comme le sien, il était difficile tout de même parfois d'imaginer que j'avais été assez bien pour que la princesse me choisisse moi, alors qu'elle aurait pu…  Enfin, bien que je sois convaincu de son peu d'intérêt pour les dames, il restait que Lionel de Rivepierre était plus âgé, c'était un Chevaucheur fait et il avait su offrir à Gabrielle des présents dignes d'intérêt.  Et j'étais bien conscient que s'il n'était que question de ceux-ci, il aurait dû remporter la course à la main de la Cibellane.  Et pourtant, j'étais bien là, dans sa baronnie du Ru-d'Argent, accueilli dans son salon, non pas comme son prince, ni même comme un ami, mais bien comme son prétendant.  Son seul prétendant désormais, puisqu'elle m'avait, pour une raison qui m'apparaissait encore plutôt obscure, elle m'avait choisi moi, le prince sans accomplissement.

Mon regard suivit la direction qu'elle m'indiquait et une vue très agréable se déroula sous mes yeux à travers de grandes fenêtres.  J'allais fait quelque commentaire sur les arrangements floraux, ce qui aurait été déplacé en vérité car avec le froid de mars, on ne pouvait parler de beaucoup de fleurs.  Cependant, je n'en eus pas le temps puisqu'elle prenait déjà les devants de la conversations en prenant de mes nouvelles, ce que j'aurais dû faire moi-même si je ne m'étais pas laissé ébahir par sa jolie tenue.

« Ma mère et mon père se portent tous deux fort bien, je vous remercie, et ma sœur Armandine vous envoie ses salutations affectueuses.  Je crois que vous pouvez constater de mon état par vous-même.  Laissez-moi plutôt prendre de vos nouvelles.  Parlez-moi encore de ce que vous avez fait depuis notre dernière entrevue à Alfaë.  J'ai lu vos lettres, mais je serais ravi de vous entendre. »

Je souris timidement, mais avec chaleur.  Les lettres que m'avaient envoyées Gabrielle étaient toute bien rangées et triées par date d'envoi dans leur petit coffre.  J'avais pris grand plaisir à les lire et je les relisais parfois, entre deux devoirs, en attendant la suivante.  Pour cacher ma nervosité, je portai la coupe qu'elle m'avait offerte à mon nez, humant son parfum sans toutefois y tremper encore mes lèvres.  Je craignais quelque incident.

« Gabrielle, je suis terriblement navré de vous négliger autant.  Vous méritez tous les égards et pourtant mes journées sont beaucoup trop souvent occupées loin de vous.  Comment puis-je obtenir grâce à vos yeux? »

J'étais sincère, bien que j'essayais bien maladroitement aussi de l'amadouer.  Je ne savais pas quels étaient les mots qui plaisaient aux femmes, ni de quelle façon s'y prendre pour causer la rougeur à leurs joues.

Tu devrais plutôt réfléchir à comment obtiendras-tu grâce à mes yeux.

La présence de la dragonne avait été fugace, je n'avais même pas eu le temps de lui répondre.  Agonie avait été une figure importante du déroulement de mon avenir, elle avait – à sa manière – été une amie, bien que je ne croyais pas qu'elle considérait notre relation sur un pied d'égalité.  Elle me manquait et je savais que cet abandon de ma part l'avait mise en colère.  J'espérais encore, j'espérais pouvoir reprendre la chevauche, ressentir à nouveau la puissance de braver les cieux, mais je le savais qu'en choisissant ma famille, de la soutenir, j'avais anéanti tout espoir de jamais voler.  Je secouai ces pensées négatives loin de moi.  Je ne pouvais pas me soucier de la dragonne, pas maintenant.  C'était bientôt l'anniversaire de ma promise et si je lui ne lui étais pas assez assidu, elle pourrait bien annuler notre engagement.

« Vos lettres m'ont fait beaucoup de plaisir.  Suis-je fou de garder espoir que vous continuerez à me les écrire avec autant de diligence tout au long de nos fiançailles. »

Le mot était encore si étranger.  L'avait-elle remarqué?
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptySam 24 Mar - 1:41

Au-delà des jardins de la baronnie, la vue qui s’étendait jusqu’à l’horizon était recouverte d’un léger voile de tristesse. Entre l’hiver et le printemps, il semblait qu’une peau de chagrin recouvrait les landes jusqu’à perte de vue. Aucune feuille. Aucune verdure. Il semblait que la nature, soumise à la volonté de l’homme, partageait également son humeur et son souffle. Tous deux le retenaient jusqu’à l’arrivée des beaux jours. Triste paysage pour un prince qu’elle cherchait à séduire, ne serait-ce que par la beauté pourtant riche et luxuriante du Ru-d’Argent. La princesse se fit la promesse que lorsque Antonin foulera à nouveau ces terres, ce serait pour profiter du charme champêtre de l’endroit, pour réclamer la chaleur de l’immense saule pleureur et pour s’enthousiasmer devant les jardins parfaitement entretenus de la demeure.

Lorsqu’il entendit sa question, Gabrielle eut l’impression de le surprendre par sa curiosité. Doucement amusée, elle l’écouta la rassurer de l’état de ses parents avec une certaine légèreté. Il semblait encore irréaliste d’entendre parler aussi légèrement de l’empereur et de son épouse. Antonin ne semblait pas avoir tout à fait conscience de la grandeur de sa position, et le voilà qui lui présentait les affections de sa cadette. Le sourire de la Cibellane se fut plus tendre, alors. Malgré les civilités qu’Antonin lui offrait, il y avait certainement un peu de vrai dans ces salutations affectueuses. Du moins, elle l’espérait.

Il s’inquiétait pour elle. Il désirait comprendre son quotidien. Puis, enfin, alors qu’elle s’apprêtait à répondre, l’Outreventois se confondait en excuses, annonçant sa désolation de s’occuper si peu d’elle. Il désirait obtenir grâce. Sourcils haussés, elle abandonna sa coupelle sur la table et approcha plutôt Antonin de quelques pas, amenuisant la distance entre eux sans toutefois le brusquer d’une proximité soudaine.

- Je sais combien vos journées sont occupées, Antonin. Je sais le poids de vos obligations. Je crains la fin de la Trêve, et je crois qu’il s’agit d’un moment lourd de conséquences et de risques pour les nôtres. Elle leva la main avec délicatesse, cherchant à l'apaiser. Votre place est actuellement auprès de votre père. Je saurais profiter de nos rencontres, même des plus fugaces. Je ne désire pas être celle vous éloignant de votre devoir… Au contraire. J’espère vous appuyer.

Son minois bien levé vers le sien, Gabrielle lui offrait un sourire de miel. Comprendrait-il que le temps était aux réjouissances et non pas dans la crainte d’un lendemain? D’un petit pas, elle avait déjà repris sa coupe qu’elle levait à son endroit avant d’en prendre une gorgée fin, du bout des lèvres. Il était tôt, encore, mais il lui semblait que le temps était à la fête, désormais qu’Antonin et elle pouvaient profiter d’un soupçon d’intimité.

- Quant à notre correspondance, ce serait avec joie, Antonin. Je vous écrirais avec plus d’assiduité, désormais que je sais mes mots attendus avec tant de fébrilité.

Oh.. Il y avait bien une lueur d’espièglerie, dans son regard, dans la fossette, à sa joue. Mais elle inclinait la tête, néanmoins touchée de l’intérêt du jeune homme pour sa littérature. Si leurs rencontres venaient à s’espacer plus encore, peut-être se risquerait-elle même à lui envoyer un tableau ou une broderie afin qu’il ne l’oublie pas tout à fait. L’idée de demander conseil à Lauriane lui avait traversé l’esprit, mais il lui semblait bien improbable de demander conseil à la mère afin de se montrer séduisante pour le fils. Même pour une famille outreventoise.

- Les miens sont très heureux, et très fiers, aussi, de vous recevoir ici. Je partage leurs sentiments, je vous l’assure. J’ai également pris soin de rendre encore plus confortables les appartements les plus spacieux, pour votre séjour.

Silence. Petit. Elle sentait ses pommettes rougir alors qu’elle abordait le sujet de sa chambre à coucher. En faisait-elle trop ou alors trop peu? Il lui semblait que les affabilités et politesses se multipliaient sans que ni l’un, ni l’autre ne soit pourtant à l’aise. Alors Gabrielle l’invita à la suivre, à prendre place, lui aussi, sur le canapé fort douillet. Jusqu’à présent, les rencontres sur canapés lui avaient réussi, entre Lionel et les confidences, les conseils de Marjolaine et les connaissances d’Agnès. Peut-être la magie du confort cibellan parviendrait-il à leur insuffler suffisamment de courage, pour cette première rencontre?

- Pardonnez-moi, je m’avoue un peu fébrile de vous voir enfin avec une certaine intimité. Depuis la rencontre mondaine que votre mère ait organisé en mon honneur, une idée se fait persistante. Avant de vous la confier j’aimerais vous mettre en confiance qu’un refus ou qu’une réserve ne me fâcherait aucunement.

Il y avait dans sa voix et sur son minois quelque chose de plus léger, encore, quelque chose de semblable à une fébrilité contenue. Quoi qu’en dise la sagesse de ses paroles, il semblait pourtant que son coeur ne partage pas tout à fait ce sentiment.






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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptySam 24 Mar - 2:33

Elle était douce Gabrielle et ses mots étaient tout juste ceux que je désirais entendre et je savais au fond de moi que j'avais choisi une bonne impératrice pour siéger sur le trône de Faërie en ma compagnie.  Ma résolution de travailler pour un empire meilleur se raffermit en moi.  Elle saurait le construire avec moi, par-dessus les erreurs passées.  Et c'était avec une ferveur toute timide que je recevais sa promesse de m'écrire avec encore plus de régularité et je me promis intérieurement de m'appliquer à lui envoyer également quelques longues missives aussi, dans laquelle je lui parlerais de ce que j'apprenais au fil des jours.  Elle avait reçu une éducation de princesse dès l'enfance, en réalité peut-être en savait-elle plus que moi.  Il m'arrivait de me sentir petit près d'elle, quand je me rappelais notre différence d'âge, tout ce qu'elle avait vécu et que je ne connaissais pas encore.  C'était également une mage reconnue pour ses talents alors qu'on n'avait jamais entendu parler d'Antonin de la Rive avant que mon père ne tente de reprendre la place d'empereur dont on l'avait bafoué dès l'enfance.  Je me sentais faire bien pâle figure en comparaison.  Je n'arrivais pas encore tout à fait à me sentir à la hauteur.  Elle m'avait choisi, peut-être avais-je suffisamment fait mes preuves à son égard, mais je devais encore me prouver beaucoup de choses à moi-même.  Trop même pour ne pas m'empêcher de ressentir toutes ces attentions avec beaucoup de violence.  Pas une mauvaise violence, mais c'était si… Pendant très longtemps, je n'avais été que le fils d'un baron Outreventois de petite conséquence.  Tant d'égards me noyaient rapidement dans l'incompréhension, mais encore plus dans ma crainte de ne pas être à la hauteur.

« Je suis tout à fait certain que même vos plus petits appartements sauraient me convenir, » répondis-je avec une petite voix devant tant de générosité.  Je vivais comme un prince depuis si peu de temps, j'avais été un cadet à la Caserne de Flamme, l'opulence ne m'était point indispensable.

J'hésitai un peu avant de m'installer sur le canapé à ses côtés, avant de songer que si elle m'invitait si gracieusement à la rejoindre, il serait malpoli de ne pas accepter.  Je m'installai alors à quelque distance de la princesse, pour rester décent et je serrai mes mains autour de la coupe au parfum délicieux.  Pour me donner un peu de contenance, j'en bus une petite gorgée, imitant mon hôte.  Je ne savais pas comment me comporter avec une femme sans chaperon.  En vérité, je ne savais pas du tout comment me comporter en tête à tête avec elle tout simplement parce qu'il n'était pas que question d'être charmant quelques instants, mais bien d'avenir.  Et j'en avais un peu peur.

« Une idée? »

Je déglutis avec quelque peine et songeai à prendre une gorgée de plus avant d'opter d'attendre.  Je n'arrivais pas encore tout à fait à me détendre et je brûlais de jalousie en songeant que quelqu'un d'autre aurait certainement su s'y prendre mieux que je ne le faisais sur le moment.

« Parlez en confiance de savoir ma juste opinion.  J'ai fait pour serment de ne jamais dire que la vérité et je ne saurais peut-être éviter de vous vexer en tout temps par mes propos, bien que je ferai de mon mieux pour éviter ce genre de désagréments, » répondis-je avec tout le sérieux du monde.

Je ne savais trop à quel genre d'idée pouvait-elle songer et j'étais plutôt curieux à l'idée de la découvrir.  Toutefois, sa mise en garde me laissait à croire qu'elle croyait que celle-ci pourrait me déplaire et je craignais cette alternative.  Car si elle me déplaisait réellement, je serais incapable de dire le contraire.  Je tiendrais ma parole, mais je préférerais lui plaire dans ma réponse.  Autant que faire se peut.
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyVen 30 Mar - 19:52

Alors qu’il lui assurait que mêmes les appartements les plus modestes au Ru-d’Argent conviendraient à son confort, Gabrielle se permit un rire fin. Était-il à ce point humble ou était-ce par jeu de séduction qu’il lui faisait ce commentaire? Sa voix, faible et petite, n’avait plus rien à voir avec le jeune homme qui lui confiait les rumeurs sur le comte de Rivepierre avec assurance. Peut-être était-il intimidé, désormais que l’engagement était réel et qu’il faisait face à ses choix, à ses obligations, également? La princesse le considérait un moment, songeuse, avant d’introduire son idée plus encore. Elle s’inclina un tantinet vers lui, pour les baigner dans la confidence, laissant ses boucles soyeuses dégringoler plus encore sur son épaule. Il lui faisait le serment, si solennel, de ne lui offrir que la vérité. Alors Gabrielle retrouvait un sourire, espiègle, afin de lui narrer son envie qui ne la quittait plus vraiment, depuis quelques semaines.

- Je sais que votre soeur doit être particulièrement affairée, avec les préparatifs liés à son mariage. Bientôt, il en sera de même pour moi, et votre famille devra organiser également notre union. Celle du fils aîné. De plus, les affaires de la guerre vous tiennent fort occupé, à notre plus grand regret.

Elle avait fait une moue légère tout en lui parlant. La situation n’était pas aisée pour Antonin : elle s’en doutait. Il fallait également avouer qu’il lui semblait problématique de se sentir si loin, presque étrangère, de l’homme qui partagerait bientôt sa vie, ses envies, ses moments de bonheur et de chagrin. Les paroles de sagesse de ses amies lui revenaient, toujours : Gabrielle se mariait. Elle ne cherchait pas l’âme soeur, ni l’amour. Tout au plus, elle atteindrait le bonheur si les dieux l’écoutaient.

- Peut-être serait-il bienvenu que je vous visite de manière plus assidue en me présentant auprès de vous, et non l’inverse? Le Ru-d’Argent est prospère et demande une gestion soutenue, mais mon intendante est une femme d’expérience qui a su mener la baronnie lors de mon absence, lorsque l’épidémie a frappé Faërie. Je lui fais confiance pour que tout soit mené rondement, s’il advenait que je multiplie mes visites auprès de vous.

Il lui semblait mille fois plus agréable et intime de le recevoir auprès d’elle, dans sa demeure toute en hauteur où le soleil nimbait chacune des pièces. Ainsi perchés, au-dessus des landes du Ru-d’Argent, dans le confort d’un salon chaleureux, ils pouvaient partager plus encore qu’un séjour prolongé au palais impérial d’Alfaë où leurs moindres gestes semblaient épiés. Mais Antonin désirait faire ses preuves et avait beaucoup à apprendre, élève assidu, et Gabrielle ne se sentait pas de taille à le réclamer à ses côtés. Son coeur n’était également pas très enclin à détourner le prince de ses obligations. Elle le laissa méditer la possibilité de cette solution un instant, le regard timide posé sur sa coupelle, comme par crainte de lire l’hésitation dans celui d’Antonin.

- Je pourrais soutenir Armandine, lors de mes passages, et me libérer lorsque vous le souhaiterez afin de profiter un peu plus de votre présence.

Et surtout, ne pas le déranger. Se faire petite, à l’instar de Silvère, épier les rares moments de liberté afin d’en profiter, avec lui. Si son nid lui manquait déjà, Gabrielle espérait néanmoins qu’il accepte de l’avoir à ses côtés plus régulièrement, depuis Alfaë. La ville était somptueuse, le palais était immense. L’idée d’en découvrir ses secrets, tout comme elle l’avait fait pour le palais de La Volte, l’enthousiasmait déjà. Et puis, quel meilleur moyen de faire sa place dans cette famille que de se lier d’amitié avec la cadette? Armandine semblait adorable, encore plus en la sachant si précieuse pour Antonin.






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Antonin de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptySam 31 Mar - 5:24

J'écoutais son discours avec la plus vive attention, pas seulement par galanterie et respect, mais tout aussi car il était doux d'écouter Gabrielle parler avec sa voix posée.  J'évaluais en même temps l'impératrice qu'elle ferait un jour à mes côtés et je me sentais plutôt en sécurité.  Elle saurait composer avec les duchesses de Faërie.  Elle était consciente de mes obligations, de celles de ma famille et elle y accordait beaucoup de considération à travers ses aimables propos et j'étais plutôt satisfait de mon choix.  Je n'étais pas encore à la hauteur d'une telle femme, mais il me restait encore près d'un an pour grandir, pour devenir meilleur encore et comprendre.  De tout cela, j'étais content.  De sa petite moue contrariée, j'étais amusé.  Elle était charmante, mais elle aussi avait ses petites exigences et je pouvais concevoir que d'être aussi négligée pouvait heurter ses sentiments.  De simples excuses et une rencontre pour son anniversaire ne saurait combler le manque que je devais causer.  Néanmoins, il fallait admettre que je ne savais pas exactement où elle désirait en venir.  Désirait-elle commencer déjà à parler des préparatifs de nos épousailles?  Pour lui faire plaisir, j'étais bien disposé à aborder le sujet si elle désirait, mais je ne savais trop quoi dire sur la question.  Me demanderait-elle des conseils sur des dentelles et des rideaux?  Sur les couverts d'argent pour les convives?  Il fallait bien admettre que cela n'était pas exactement de mon ressort je n'étais pas né dans la même opulence qu'elle et n'était-ce pas là des sujets plutôt féminins?  Je forçai un léger sourire, pour l'encourager à parler.

Je n'avais pas cru me tromper autant toutefois dans mes prédictions.  Je la regardai un instant, incertain de savoir si j'avais pleinement compris ce qu'elle me disait.  Je me sentais un peu étrange.  L'idée ne me déplaisait pas vraiment, c'était très… cibellan, néanmoins je jugeais un peu…  Enfin de nous deux j'étais l'homme, il me semblait plus raisonnable que je sois celui qui aménage du temps pour prendre soin d'elle.  Pas l'inverse.  L'espace d'un moment, je me sentis légèrement petit dans mes souliers, songeant qu'elle me considérait peut-être un peu de haut.  Incapable de répondre à ses attentes.  Néanmoins, j'éprouvais un certain réconfort quand elle parlait de se rapprocher d'Armandine, de la soutenir.  J'espérais que ma future épouse et ma sœur puissent bien s'entendre et Gabrielle semblait disposée à répondre à mes vœux.

« Je dois vous avouer que votre proposition me surprend beaucoup et de plusieurs façons, » répondis-je d'abord avec mesure, cherchant à gagner du temps pour mieux comprendre mon ressenti face à telle suggestion.  Je devais peser mes mots pour plaire, mais rester franc.  La vérité était une valeur primordiale dans ma vie de tous les jours, mais encore plus avec celle qui devrait partager son existence avec moi.  Nous devions réussir à établir une base de confiance entre nous si nous désirions être heureux ensemble.

« Il me semble que c'est une bonne idée, d'autant que je serais ravi de vous voir passer plus de temps en compagnie d'Armandine.  Je crois savoir que vous êtes bonne amie avec la duchesse de Lagrance et j'ose espérer que le temps passer en compagnie de ma sœur vous soit agréable et justifie que vous la recommandiez à sa grâce Marjolaine.  Il m'importe beaucoup qu'elle soit bien installée et que vous deveniez bonnes amies, » commençai-je, ignorant d'abord le motif premier et m'étalant sur des banalités de grand frère au cœur tendre.

Toutefois, j'avais quelques réserves quant à ce projet.  Je comprenais que Gabrielle avait été élevée dans un duché où les femmes avaient une place prédominante, mais ce n'était pas mon cas.  Si je ne tenais en aucun cas à brimer sa liberté, il m'était impossible d'envisager parfaitement serein une telle éventualité.  C'était mon devoir de la visiter et de continuer à la courtiser pour cette année de fiançailles.  Pourtant, elle n'avait pas complètement tort : il m'était difficile de m'absenter autant que je ne l'aurais désiré.

« Je ne suis pas contre votre idée, car je souhaite également passer plus de temps avec vous, pour apprendre à vous connaître encore mieux.  Néanmoins… je me sens mal à l'aise d'accepter pareil arrangement.  Il me semble plus adéquat que je vous visite plus souvent.  Il m'apparaît comme très discourtois de vous faire venir à moi, bien que vous soyez mage d'un domaine plutôt commode pour vous déplacer.  Je ne dis pas non, mais je garde certaines réserves en attendant que nous trouvions un arrangement qui soit moins déplaisant pour vous.  Je crains qu'on ne dise d'ailleurs du mal d'une telle conduite.  Il ne vous revient pas de rechercher ma compagnie, cela devrait plutôt m'être attribué. »

Je fronçai les sourcils, l'air sérieux.  J'étais soucieux d'éviter les ragots qui diraient de ma fiancée qu'elle me courait après.  Cela serait dégradant pour elle et il me revenait de tout faire pour lui plaire.
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyMar 3 Avr - 16:44

L’idée ne le charmait pas. Antonin n’avait prononcé encore aucun mot, mais son visage soucieux parlait pour lui. Elle avait poursuivi ses explications malgré tout, et il n’y avait pourtant aucune lueur d’envie dans les yeux de cet homme. Antonin de Faërie ne désirait pas la voir au palais, et même dans son silence, il malmenait son coeur trop sensible. Mais elle lui avait dit qu’un refus était possible, qu’il était dans son plein droit, alors, les lèvres scellées et son chagrin emmuré, Gabrielle écoutait ses doutes et ses incertitudes jusqu’au bout. Malgré ses vingt-deux années, Antonin semblait n’être encore qu’un grand enfant, ceux-là même qu’elle protégeait avec tant affection, à leur sortie de l’Académie.

- Il me semble que c'est une bonne idée, d'autant que je serais ravi de vous voir passer plus de temps en compagnie d'Armandine.  Je crois savoir que vous êtes bonne amie avec la duchesse de Lagrance et j'ose espérer que le temps passé en compagnie de ma sœur vous soit agréable et justifie que vous la recommandiez à sa grâce Marjolaine.  Il m'importe beaucoup qu'elle soit bien installée et que vous deveniez bonnes amies.
- Il m’est important de me lier d’amitié avec votre soeur, tout comme vous avec mon frère.

Il s’agissait d’une tradition cibellane pour les futurs époux, que de se lier avec les hommes de la famille de la femme convoitée. Elle avait douté qu’Antonin soit volontaire face à cette coutume, mais il avait donné sa parole et Gabin lui avait confirmé les tentatives de rapprochement. Son cadet était particulièrement charmant et d’instinct, Gabrielle savait que la courtoisie et la droiture de Gabin saurait plaire à Antonin.  La princesse avait été en joie de savoir son fiancé sincère, même si plusieurs rencontres étaient encore à prévoir.

- Je ne suis pas contre votre idée, car je souhaite également passer plus de temps avec vous, pour apprendre à vous connaître encore mieux.  Néanmoins… je me sens mal à l'aise d'accepter pareil arrangement.  Il me semble plus adéquat que je vous visite plus souvent.  Il m'apparaît comme très discourtois de vous faire venir à moi, bien que vous soyez mage d'un domaine plutôt commode pour vous déplacer.  Je ne dis pas non, mais je garde certaines réserves en attendant que nous trouvions un arrangement qui soit moins déplaisant pour vous.  Je crains qu'on ne dise d'ailleurs du mal d'une telle conduite.  Il ne vous revient pas de rechercher ma compagnie, cela devrait plutôt m'être attribué.
- ...Mais la recherchez-vous, Antonin?

La question aurait pu être acide ou teintée de reproche, mais Gabrielle n’avait qu’incertitude et tiède désolation à lui offrir. Elle comprenait les tâches lourdes qu’il devait mener, les enseignements pointus et fastidieux qu’il devait apprendre, les matins trop tôt, les journées trop courtes. Précisément, avec autant d’occupation, cherchait-il sincèrement sa compagnie ou devenait-elle plutôt une contrainte diplomatique? Comme pour le rassurer, elle déposa sa coupe non loin et pressa avec douceur sa main, de la sienne.

- Où est donc Antonin de Faërie ayant demandé ma main sous les étoiles de Valda, armé de son seul courage, alors que la Chasse Sauvage fait toujours trembler Arven dès le crépuscule?

Un sourire léger ornait ses lèvres comme ultime preuve qu’elle ne lui en voulait pas, bien au contraire. C’était un homme plus confiant qui avait demandé sa main, qui l’avait mise dans la confidence, pour Lionel de Rivepierre, qui croyait qu’une complicité, peut-être même qu’un amour, pouvait fleurir entre eux. C’était cet homme qu’elle désirait retrouver, derrière les élans timorés qui se dressaient désormais entre eux.

- Nous sommes fiancés. J’ai accepté d’épouser cet homme désireux de m’offrir une vie de bonheur, soucieux d’accorder une chance aux sentiments. Les rumeurs ne s’abattront pas sur nous, tout comme elle ne m’ont jamais touchée lors de mes rencontres avec mes prétendants. Si vous y tenez, si tel est votre désir, je puis comprendre la présence d’un chaperon, dans un premier temps… Mais je vous assure, Antonin, qu’il n’y a aucun mal à vous retrouver et chercher votre compagnie. Encore moins en Cibella qu’ailleurs.

Délicate, elle avait resserré ses doigts sur les siens et s’était même rapprochée un peu de lui, sur le canapé soudainement bien vaste. Sensible, la Cibellane demeurait attentive à la réaction de son invité, déjà prête à s'éloigner si ce rapprochement déplaisait.






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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptySam 7 Avr - 0:50

Je me le reprochais, de passer si peu de temps auprès d'elles.  Au point où elle doutait même de mon désir de chercher à mieux la connaître, à voir à quel point nos caractères respectifs pourraient se correspondre et s'accorder.  J'éprouvais beaucoup de remords à l'idée d'être un si piètre fiancé.  Je savais où était mon devoir et pourtant, je ne m'en occupais pas, pas assez.  Je préférais me plonger dans mes études et laisser le moment où elle me trouverait tel que je suis, simple homme, probablement en deçà de ses attentes.  J'avais envie de dire que je la recherchais, de me récrier qu'il était impossible qu'il en soit autrement, mais force était constaté qu'il manquait certainement d'agissements en ce sens de ma part.  J'étais désolé à son égard.  Alors que je la courtisais encore dans l'espoir de trouver une bonne entente entre nous et espérer obtenir sa main, je m'étais montré plus empressé auprès d'elle, mais une fois cela terminé, la distance s'était installée, j'étais retourné à mes obligations.  Quelles tristesses cela devait-il imposer à son pauvre cœur?  Tandis que mon esprit était empli de toutes ces réflexions, le contact de sa main me surprit et j'osai enfin croiser son regard.  Bien que je ne désirais pas l'utiliser, ma magie me confirmait la sincérité des propos de ma fiancée, bien qu'ils me firent sentir petits dans mes souliers.  J'étais encore si jeune, si naïf et je manquais de confiance.  Ce n'était jamais assez, toujours pas assez bien.  Je m'étais présenté à elle sous mes dehors d'Antonin de Faërie, portant mes habits de prince comme un gant.  C'était une partie de moi, mais ce moi qui manquait d'assurance l'était tout autant et peut-être ma jeunesse me nuisait-elle, mais dans ce jeu d'alliance, j'espérais qu'elle en vienne à apprécier également Antonin de la Rive, ou même Antonin le Chevaucheur qui n'avait pas d'espérance d'un futur grandiose.

M'armant d'un courage que ses propos m'avait donné, ne voulant pas la décevoir si tôt dans notre relation, je lui offris un timide sourire et je lui rendis la pression qu'elle exerçait sur mains et posai celle qui était libre encore sur les deux nôtres jointes, preuve supplémentaire de mes bons sentiments.

« Je me range à votre avis, néanmoins mon cœur m'oblige à vous promettre de tenter de vous accorder plus de mon temps sans que vous n'ayez à toujours faire les premiers pas.  Je suis Outreventois, ce n'est pas… enfin il manque de délicatesse qu'une femme doive toujours accommoder son fiancé.  C'est discourtois de ma part. »

Je contemplai un instant son aimable visage, cherchant un peu d'encouragement et me ressaisis : je ne pouvais pas toujours dépendre d'elle.  J'étais un homme désormais et je devais agir en tant que tel.  Je levai une main pour repousser une mèche de cheveux qui avait glissé sur son front.  Peut-être mes joues avaient-elles pris une teinte rosée, je n'aurais su l'affirmer.

« Je ne voudrais pas être source de déception pour vous.  C'est sous le couvert de prince de Faërie que je vous ai courtisée jusqu'à présent et c'est celle qui siègera en tant qu'impératrice auprès de moi que j'ai cherché à connaître.  Je n'ai pas le loisir, ni vous, de choisir par simple inclinaison, néanmoins maintenant que nos fiançailles sont décidées, j'espère que vous apprendrez à connaître mes autres facettes et moi les vôtres. »

Mes mains se pressèrent contre la sienne.  Être charmant était une chose parfois difficile quand on s'était juré de toujours être honnête.  J'espérais que mes sentiments arriveraient jusqu'à elle.  Peut-être était-ce mal de ma part de me cacher derrière mon statut alors que je la courtisais pour simplement lui montrer maintenant ma vraie personne, mais je n'avais pas su faire autrement.

« C'est la galanterie qui parle lorsque j'exprime mes réserves.  Vous êtes également bien occupée et je ne voudrais pas vous tenir éloignée trop longtemps de vos terres pendant que vous pouvez encore en profiter.  Dans un an, lorsque nous serons mariés, j'aurai besoin de votre présence à Alfaë, à mes côtés.  Vous serez libre de revenir, je vous ai promis de ne pas vous tenir enchaîné à moi, mais je puis voir avec quel amour vous parlez du Ru-d'Argent et vous passerez bien suffisamment tôt beaucoup de temps à Alfaë.  Je me libèrerai autant que faire se peut… et le reste du temps… j'espère oui que vous viendrez au palais me voir. »
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyDim 8 Avr - 1:19

Sa main, sur la sienne, se refermait avec une certaine douceur. Qu’il était étrange, de sentir ces doigts étrangers s’entrelacer au sien, de ressentir une tiédeur agréable, de leurs mains liées. Il n’y avait eu que bien peu d’occasion, depuis les fiançailles, et Gabrielle se savait néanmoins chanceuse de pouvoir partager ces moment avec lui, le prince de Faërie. S’il n’y avait encore aucun sentiment qui gonflait son coeur et faisait chanter ses rêveries, il y avait un désir irrépressible de le connaître plus encore et un respect profond pour ce qu’il était, en tant que jeune Chevaucheur, en tant que prince héritier. En tant que mage de vérité. Le sourire timide d’Antonin faisait écho au sien : deux grands enfants en manque d’assurance, drapés de timidité, à oser enfin se prendre la main sans crainte une brimade ou un refus.

- Je me range à votre avis, néanmoins mon cœur m'oblige à vous promettre de tenter de vous accorder plus de mon temps sans que vous n'ayez à toujours faire les premiers pas.  Je suis Outreventois, ce n'est pas… enfin il manque de délicatesse qu'une femme doive toujours accommoder son fiancé.  C'est discourtois de ma part.
- Je peux comprendre votre malaise… Je ne désirais pas vous bousculer, ni vous heurter, Antonin.

Un bref silence s’installa entre eux alors qu’il étudiait son visage et Gabrielle se sentit quelque peu embarrassée d’une pareille attention. Elle ne put réprimer un sourire en le voyant oser la toucher, elle, et ses cheveux. Une mèche s’était aventurée bien loin de sa coiffure, sans qu’elle ne s’en aperçoive, au fil de leur échange. Elle sentit ses propres pommettes se réchauffer, si peu, et une oeillade vers le visage de son fiancé la fit rougir tout à fait en constatant l’embarras partagé. Il brisa ce moment de flottement en précisant ne pas vouloir la décevoir en étant qui il était réellement. Déjà, la Cibellane acquiesçait. Elle comprenait trop bien la situation, ce que cela faisait de n’être considérée que pour un rôle, et non pas pour elle-même.

- C'est la galanterie qui parle lorsque j'exprime mes réserves.  Vous êtes également bien occupée et je ne voudrais pas vous tenir éloignée trop longtemps de vos terres pendant que vous pouvez encore en profiter.  Dans un an, lorsque nous serons mariés, j'aurai besoin de votre présence à Alfaë, à mes côtés.  Vous serez libre de revenir, je vous ai promis de ne pas vous tenir enchaîné à moi, mais je puis voir avec quel amour vous parlez du Ru-d'Argent et vous passerez bien suffisamment tôt beaucoup de temps à Alfaë.  Je me libèrerai autant que faire se peut… et le reste du temps… j'espère oui que vous viendrez au palais me voir.
- N’avez-vous point compris mes sombres desseins en vous invitant au Ru-d’Argent, Antonin? Bientôt, vous serez ensorcelé par la beauté champêtre de l’endroit et vous serez éperdu d’affection pour les gens qui l’habitent.

Sourire espiègle sous ses manières de princesse sage et réfléchie, Gabrielle se risqua à lui offrir un petit air amusé, fossette à l’appui. Même si ses propos se voulaient légers afin de détendre l’atmosphère un peu trop dramatique, elle espérait sincèrement qu’il perçoive le Ru-d’Argent de la même façon qu’elle, qu’il lui accorde, tôt ou tard, le même amour et le même dévouement. Il ne s’agissait que d’une baronnie, très certainement, mais l’endroit prospère lui évoquait tant de souvenirs, tant de joliesses, un peu de répit et un temps qui passait plus doucement qu’ailleurs. Elle l’étudia un instant, ce fiancé, le sourire de plus en plus confiant. Il semblait sensible, ou du moins timide, et le Ru-d’Argent était un refuge parfait pour les âmes délicates.

- Je comprends la position dans laquelle vous vous trouvez, et je m’incline devant votre délicatesse. Il est vrai que j’affectionne ces terres, pour diverses raisons, et qu’il me sera difficile de m’appuyer bientôt sur une intendance. Peut-être ces visites seront-elles le premier pas vers un détachement, pour moi, en visitant Alfaë?

Son regard rêveur se posa vers les fenêtres immenses. D’ici, aussi hautement perchée, elle avait l’impression tenace que le paysage défilait jusqu’à l’horizon. Isolés, loin des regards, loin des rumeurs et des jugements.

- Ce sera éprouvant, certes, mais je me réjouie de vous savoir aussi attentif à mes besoins et mes sentiments, Antonin. Vivre à vos côtés et vous appuyez de mon mieu m’enchantent, sincèrement. Ne croyez pas que ma crainte de quitter cet endroit soit synonyme de méfiance pour notre avenir.

Tout au long de leur échange, de leurs sourires timides et gorgées prises du bout des lèvres, sa main n’avait pas quitté la sienne. Pas encore. Il lui semblait que ce lien, même si simple, soit la preuve que quelque chose de joli, de tendre et d’harmonieux puisse sortir de leurs fiançailles.






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Antonin de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyVen 13 Avr - 3:44

Je ne pus m'empêcher de sourire et de rougir sous ses taquineries.  Ce n'était pas désagréable, mais bien inhabituel, du moins encore un peu surprenant.  J'avais déjà eu quelques aperçus du caractère de la jeune femme, mais avant elle personne ne s'était réellement prêté à ce genre petites plaisanterie avec moi.  Cette touche de familiarité commença à faire craquer la glace qui s'élevait entre nous, après près d'un mois sans s'être rencontrés.  Son sourire était charmant, du genre à réchauffer les hivers et je le voyais comme un encouragement à cesser de me montrer aussi timide et renfrogné.  Je ne réussis qu'à balbutier vaguement que je n'avais de plus grand désir que d'apprendre à aimer ces terres qui étaient les siennes, avec tout mon cœur et mon honneur.  Elle était subitement un peu trop éblouissante et il me fallait pourtant cesser de me sentir aussi petit devant elle.  N'étais-je pas un homme après tout?  La légère pression de mes mains sur les siennes se raffermit encore un peu.  J'y mettais un peu de force, mais aussi l'affection que j'éprouvais à son égard.  Devant une jeune femme dont les grâces et les perfections étaient si notables, il était impossible de ne pas éprouver tendresse et respect.  Si je ne pouvais lui faire la profession d'un amour passionné et brûlant, elle se méritait déjà mon attachement honnête et inébranlable.  Je me savais heureux homme qu'elle m'aie choisi moi plutôt que les autres, moi qui m'étais joint à sa liste de prétendant si tard, moi qui ne pouvais pas la choyer autant qu'elle en était digne.

Mon regard, timide devant cette intimité sans que mon cœur ne désire l'interrompre non plus, se tourna vers les fenêtres qui offraient une vue sur les jardins.  Comme ils devaient être beaux une fois en été, orné de ses fleurs et d'une verdure éclatante, les bourgeons n'étant encore que dans leur teinte verte de naissance.  Peut-être n'avait-elle pas besoin d'user d'artifices autres que celui d'être la propriétaire de cet endroit et de ses charmes naturels.

« J'ai foi en vous Gabrielle et vos mots vous rendent déjà très chère à mon cœur.  Je souhaite avec ardeur que le Ru-d'Argent devienne ce lieu où nous pourrons être nous-mêmes, l'endroit où nous apprendrons à mieux nous connaître encore et peut-être celui où vous charmes finiront de me séduire. »

Je n'osai la regarder pendant un instant, tant mes mots manquaient de pudeur à mon avis.  Mes prunelles se perdaient dans l'horizon lointain, gêné d'un épanchement aussi ouvert bien qu'il n'y aie personne pour nous entendre.  Et pourtant, moi qui m'étais assis avec quelque distance, laissant la hardiesse de mes aveux s'étendre jusqu'à mes gestes je me rapprochai d'elle encore un peu, laissant ses mains de l'une des miennes pour passer un bras autour de sa taille fine.

« Racontez-moi votre domaine.  Ses beautés, sa nature, ses habitants.  Sa baronne. »

J'insistai un peu plus sur ce dernier mot, bien que je ne la regardais toujours pas, seulement du coin de l'oeil, comme un enfant qui réalisait enfin la différence entre un homme et une femme.  Mes doigts avaient frôlé dans mon geste son dos dénudé et la rougeur qui s'était emparée de mes joues témoignait de mon méfait.  J'attendais qu'elle fut passée pour tourner de nouveau mon visage vers, en espérant qu'elle ne remarquerait rien de ces manières gauches qui étaient les miennes.
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyMar 24 Avr - 21:08

La demeure était paisible, et Gabrielle n’entendait pas un bruit. Que le silence calme du Ru-d’Argent et quelques chants des moineaux les plus téméraires. Elle ignorait encore si Antonin se sentait à l’aise, si elle avait réussi à faire fondre la glace des civilités dans lesquelles il s’entourait étroitement, mais elle, princesse de Cibella, dame des lieux, reprenait enfin son souffle. Elle avait eu si peur de commettre une erreur dès son entrée, ou encore de lui déplaire, désormais que la magie de la fête de Yula et ses étoiles à l’infini, que faire un trait fin d’humour prenait des nuances de printemps à la suite d’un long hiver. Aux paroles d’Antonin, tout aussi méditatif du paysage qu’elle, Gabrielle haussa les sourcils. Surprise. Il était prêt à laisser cette place intime et secrète, bienvenue et nécessaire pour eux, à la baronnie du Ru-d’Argent. En l’entendant espérer avec une certaine pudeur se faire séduire par ses charmes, la princesse sentit, elle aussi, le sang affluer à ses pommettes.

- Tant que votre coeur y sera enclin, ces terres seront votre refuge, en plus du mieux. Oh…

Des doigts, légers, la frôlaient d’une bien agréable manière, à son dos. Puis l’Outreventois abandonna sa pudeur pour oser une main à sa taille avec une délicatesse surprenante. Déjà, Gabrielle imaginait le sourire narquois d’Anaïs en entendant l’anecdote, ainsi que son regard qui hurlerait victoire. Un dos nu pour un Outreventois, en voilà, des idées. Mais des idées ingénieuses, dignes des Cibellanes qu’elles étaient. Pendant un instant, Gabrielle se fit la promesse de taire ce geste audacieux pour qu’il demeure à tout jamais secret, entre son fiancé et elle.

- Racontez-moi votre domaine.  Ses beautés, sa nature, ses habitants.  Sa baronne.
- Le Ru-d’Argent est l’éclat de mon âme, la voix de mon silence. Ces terres sont, en quelque sorte, mon refuge. C’est un honneur que vous m’accordez, Antonin, en désirant visiter plus souvent l’endroit, en vous y intéressant ainsi. Avant tout, il faut comprendre, je le crains, ma famille et ma position, afin de reconnaître toutes les nuances de mon affection… J’ai une réelle affection pour mon aînée, mais je ne crois pas être la soeur qu’elle espérait.

Gabrielle l’avait regardé, alors qu’elle parlait. Alors qu’Antonin hésitait à la regarder franchement, dardant quelques regards furtifs en sa direction, la princesse l’étudiait avec attention. La droiture de son nez. Sa mâchoire découpée. La tristesse de son regard. Elle lui raconta longuement cette relation difficile, entre une aînée prodige, adulée des siens, et une cadette plongée dans l’incertitude, depuis son ombre. Les années n’avaient rien changé, au contraire, et l’indifférence de Gaëtane a son endroit la blessait encore aujourd’hui. D’une voix moins certaine, plus songeuse, la Cibellane raconta même la déception de sa duchesse lorsque Denys de Lierre-Réal lui préféra Marjolaine - sa tendre Marjolaine ! Le drame de Livien fut à peine évoqué ; seulement pour expliquer sa retraite nécessaire au Ru-d’Argent, loin des regards calculateurs, loin des apparats, loin de ces masques de princesse, d’outremarcheuse, de baronne qui l’éloignait toujours de ce qu’elle était, au fond d’elle-même. Le Ru-d’Argent était sa Providence, cet endroit incroyable qui l’avait sauvée, lorsqu’à une époque la tristesse était trop lourde.

- Il ne s’agit que d’une baronnie, j’en suis consciente. Ce n’est ni un comté, ni un marquisat, mais la noblesse de coeur de ses gens me font un bien immense, Antonin. C’est également ici qu’est brassée l’une des meilleures bières du duché. Vous le saviez, n’est-ce pas..? Je ne suis pas une grande amatrice de ce breuvage, mais je me fais un devoir de visiter les artisans lors de Lughnasadh.

Sourire mutin sur le bout de ses lèvres, Gabrielle questionna le prochain Empereur et son éducation. Il lui semblait évident qu’un homme aussi consciencieux que lui ait déjà étudié tous les détails des terres de sa promise. Mais elle s’en amusait bien doucement sans déroger de sa posture, blottie sous son bras. Sous son sourire, un doute petit : l’envie de lui parler de la volonté de Gaëtane d’obtenir ses enfants. L’envie de lui offrir la première raison de leurs fiançailles.






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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyJeu 3 Mai - 23:59

Il me peinait de voir dans le regard de Gabrielle briller cette lueur terne.  Celle de la déception et plus que cela n'était jamais arrivé, je sentis que nous étions peut-être similaires sous certains aspects.  J'étais l'aîné de ma fratrie et il n'y avait jamais eu entre Armandine et moi de favori, ainsi je ne pouvais comprendre ce sentiment d'être toujours comparé, de n'être là que pour rehausser encore mieux l'autre.  Cependant, cette impression de ne jamais être assez, de toujours être en-deçà des attentes, ô combien m'était-elle familière.  Dans ce moment où elle était la première, où pour une fois elle était le centre de l'univers, je l'écoutai avec une attention particulière, tendant une oreille sincère aux mots qui jaillissaient de son cœur.  Silencieux, je buvais ses paroles, les gravant dans ma mémoire pour un jour être le soutien dont elle avait besoin.  Je ne prenais pas femme que pour ma convenance, que pour assurer la lignée impériale, c'était aussi mon devoir la supporter envers et contre tous, ce qu'une bonne connaissance de sa personnalité, de sa vie me permettrait d'accomplir.  C'était un mariage de convenances peut-être, mais nous avions la responsabilité de contribuer au bonheur de l'autre et non pas à son malheur.  Je regrettais de ne pas être un simple homme parmi les autres en songeant qu'elle eut été plus heureuse si elle n'avait jamais porté les titres de princesse ducale.  Cependant, si elle n'avait été que simple baronne, peut-être nos routes ne se seraient-elles jamais croisées comme elles le faisaient désormais et de cela j'étais reconnaissant.  Bien que sous certains aspects ma fiancée m'intimidait quelque peu, j'éprouvais beaucoup d'admiration pour ses nombreuses qualités : sa bonté, sa générosité et sa raison.  Ce n'était pas une de ces jeunes femmes frivoles sur qui on ne pouvait pas compter, elle me l'avait bien prouvé.  Peut-être n'était-ce que mon rang qui l'avait fait se décider à accepter ma demande en mariage plutôt que ma personnalité, mais mon instinct me disait que ce n'était pas que cela.  Et si je devais réaliser que je me trompais, je ne lui en tiendrais pas rigueur, car elle était toute prête à assumer les tâches qui lui incomberaient dans le futur.

Une légère pointe de jalousie brûla quand elle aborda le duc de Lagrance.  J'eus préféré qu'elle n'en parle pas, tout comme j'évitais le sujet du comte de Rivepierre.  C'était armé de bonnes intentions que je lui avais révélé ce que je savais, bien que j'y gagnais mon compte personnel comme il avait échoué à faire pencher son propre duc dans des fiançailles avec ma sœur.  De ce point, j'étais honteux et dans ma honte je préférais ne pas aborder le sujet pour ne pas avoir à révéler la vérité.  Pas maintenant, un jour, je lui dirai.  Les mensonges nourrissent les obscurités du cœur et je ne désirais n'y m'y perdre, ni la s'y laisser aller.  Elle ne mentionnait pas de réjouissance de sa sœur par rapport à nos fiançailles et pourtant n'étais-je pas un meilleur parti en fin de compte?  D'autant que les infidélités de Denys du Lierre-Réal n'étaient pas cachées à travers le continent : cela se savait.  Quel bonheur aurait-elle trouvé auprès d'un homme volage?  Mes principes outreventois s'insurgeaient devant pareil comportement envers sa femme.  Peu importait la direction que prendraient nos sentiments, jamais Gabrielle n'aurait la mortification cruelle de savoir que je lui préférais n'importe qu'elle autre femme, quand bien même celle-ci existerait.  L'inconstance des ducs en Faërie était sidérante et mes derniers espoirs de droiture à ce sujet reposait entière sur celui qui fut autrefois mon duc.  Certainement, Liam d'Outrevent serait fidèle à ma tante Chimène s'il refusait de briser les fiançailles passées pour épouser Armandine.

« Vous oubliez que j'ai été élevé également sur une baronnie.  Elles n'ont pas la richesse monétaire peut-être d'un comté ou d'un marquisat, mais dans leurs valeurs et leurs habitants on trouve beaucoup plus qu'on ne trouvera jamais dans un fleuron, » affirmai-je  avec conviction.  La réserve existant entre les Outreventois ne permettait pas de parler de relation très proche entre les seigneurs et les habitants, mais cela n'empêchait pas de reconnaître leur bonté et leur vaillance.  « On m'avait dit que la bière du Ru-d'Argent était savoureuse, j'ignorais toutefois qu'on y brassait l'une des meilleures de Cibella.  Je ne suis pas grand buveur, mais j'espère que vous m'accorderez le plaisir de vous accompagner lors des prochaines célébrations de Lughnasadh.  On m'en a dit qu'il s'agissait de l'or en bouche, » répondis-je avec chaleur.  C'était un moyen pour moi de montrer que je m'intéressais à elle et à ses domaines.  Ce n'était d'ailleurs pas feint, l'idée de participer à cette fête à ses côtés me remplissait d'une certaine anticipation joyeuse.  J'espérais qu'elle m'en donnerait l'autorisation, bien que je n'en doutais point : ne venait-elle pas de se réjouir de mon intérêt pour ses terres et ses gens?
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyVen 11 Mai - 17:03

L’actuelle famille impériale retrouvait à peine une certaine stabilité sur Faërie et il était aisé, Antonin avait raison, d’oublier la modeste baronnie de la Rive où il avait grandi. De mémoire, Gabrielle se souvenait qu’on la disait néanmoins prospère, en raison de ses routes commerciales qui attiraient plusieurs caravanes maritimes. Lorsque le prince lui rappela ses origines en précisant les valeurs de ses gens plutôt que de la superbe de ses ressources, elle sut qu’il serait possible pour elle d’être heureuse en le côtoyant jour après jour. Antonin avait été maladroit, par le passé, ne serait-ce qu’avec le comte de Rivepierre, mais il était inconcevable de lui prêter la moindre intention mauvaise.

- Vous oubliez que j'ai été élevé également sur une baronnie.  Elles n'ont pas la richesse monétaire peut-être d'un comté ou d'un marquisat, mais dans leurs valeurs et leurs habitants on trouve beaucoup plus qu'on ne trouvera jamais dans un fleuron.
- Oh.. J’aimerais visiter les terres de la Rive.

Non sans un sourire doux et un air attentif, Gabrielle avait écouté la volonté de son fiancé de savourer la bière du Ru-d’Argent, lors des prochaines célébrations de Lughnasadh. L’idée était agréable… Présenter Antonin de Faërie à ses gens, leur démontrer que le futur baron - et empereur - s’intéressait sincèrement à ces terres avait de quoi plaire. De quoi lui plaire, également. Si leur union en était une de convenance, Antonin s’efforçait malgré tout de se montrer présent et intéressé. Une toute petite pointe d’espièglerie dans la voix, elle lui répondit :

- Ne vous a-t-on jamais appris à vous méfier des paroles d’une Cibellane, lorsque celle-ci vante la supériorité de ses propres terres..? Je sais que cette bière est appréciée sur les terres de la magie, mais il faudrait effectivement qu’un Outreventois se propose de se faire juge afin de légitimer mes paroles. Ce rôle vous siérait parfaitement, Antonin...

Puis elle s’était inclinée petitement afin de reprendre son vin liquoreux aux nuances d’ambre. Et de lui suggérer, une fois de plus, l’échancrure agréable de cette robe soigneusement choisie pour lui. Elle eut une pensée pleine d’affection pour Anaïs et sa clairvoyance et se fit la promesse de négocier avec Lauriane la délégation qui l’accompagnerait au palais, l’hiver prochain. Anaïs serait du nombre, évidemment, ainsi que plusieurs autres suivantes et dames de compagnie, si l’impératrice le voulait bien. Mais avant même de voir si loin, il lui faudrait affronter Gaëtane dès le bal qu’elle organisait en l'honneur de son anniversaire. La mine un peu plus sérieuse, Gabrielle chercha le regard d’Antonin, si discret et furtif, afin de s’assurer de son attention entière.

- Vous avez déjà fraternisé avec Gabin, mais vous rencontrerez prochainement ma soeur plus intimement.

Son silence fut comme un flottement, alors que la princesse cherchait les mots justes pour adoucir la situation et ne pas teinter de jugement le coeur d’Antonin. Elle lui avait déjà expliqué les relations difficiles, entre son aînée et elle, et il semblait déjà prêt à la conforter. Son regard s’était fait tendre, il ne trompait pas. Son but n’était pas de noircir l’image de la duchesse de Cibella, mais seulement de se montrer honnête envers l’Outreventois. La situation le toucherait, tôt ou tard…

- Ma soeur est une duchesse incroyable, forte et en lien étroit avec le présent d’Aura. Elle entretient des amitiés avec de grandes et belles personnes, comme votre mère, par exemple. Et le comte de Rivepierre également. Je crois qu’il est important que vous sachiez que… Je crois que Gaëtane aurait préféré me voir au bras de Lionel de Rivepierre.

Déjà, Gabrielle relevait la main pour rassurer les doutes qu’elle craignait de voir naître dans le regard d’Antonin.

- Il ne s’agit pas de vous, loin de là, Antonin. Vous êtes parfait. Vous serez parfait, et je me vois déjà heureuse à vos côtés. Vous êtes délicat, avec moi, et je vois votre intérêt à faire de notre union quelque chose de beau, de solide et d’agréable. Seulement, Lionel lui avait promis, à sa demande, de lui offrir mes enfants.

Elle sentait les mots étrangers, entre ses lèvres, alors qu’elle les écoutait résonner dans la pièce. Que dire de plus? Il comprendrait aisément qu’avec lui, sa famille demeurerait intacte. Que grâce à lui, elle ne vivrait jamais cette perte incroyable qui la blessait déjà. Princesse de sagesse, elle aurait accepté l’inacceptable pour rendre Cibella plus forte. Évidemment. Seulement, il s’était présenté à elle au bon moment. Soucieuse de sa révélation, Gabrielle étudiait Antonin avec attention, déjà prête à expliquer plus encore la situation si son fiancé se sentait floué.






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Antonin de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyLun 14 Mai - 5:33

Je ne pus empêcher quelque rougeur de gagner mes joues lorsqu'elle me taquina, du moins je crus que c'était ce qu'elle était en train de faire.  Elle avait dans ses manières quelque chose d'un peu mutin, et loin d'être désagréable, c'était rafraîchissant.  Jamais je n'avais l'impression qu'elle ne se moquait de moi, pas de façon méchante.  Elle savait user des mots et de ses manières pour se montrer malgré tout fort plaisante.  Je profitai du fait qu'elle se penchait, dévoilant ainsi son dos, pour détourner mon regard et ainsi masquer ma rougeur accrue par un coup d'oeil bien marqué.  N'était-ce point pour moi qu'elle s'était ainsi parée?  Jamais en Outrevent une dame ne se serait ainsi vêtue et s'il y avait là quelque chose de choquant, cette vue était irrésistible.  Et l'espace d'un instant, un court instant, j'eus l'impression que la princesse jouait avec moi un jeu dont je ne comprenais pas vraiment les règles.  Je balbutiai simplement pour toute réponse que si tel était son désir, je m'y soumettrais avec complaisance, incertain de savoir si elle parlait sérieusement ou non.  Me plaisantait-elle sur mes propos en sous-entendant que mon opinion sur la question comptait peu?  Une multitude d'interrogations se déroulait dans ma tête et je tentais tant bien que mal de les chasser.  Je commençais à peine à me sentir un peu plus à l'aise malgré ce bras passé autour de ses épaules maladroitement.

Une fois persuadé d'avoir perdu de ma couleur pivoine, je posai à nouveau mes prunelles sur cette fiancée que j'apprenais encore tranquillement à apprivoiser et nos regards se croisèrent.  L'ambiance n'était visiblement plus aux taquineries et un air sérieux était passé sur son visage, ce qui avait nature à m'inquiéter un peu.  Je connaissais encore trop peu Gabrielle pour pouvoir juger de la sévérité de ce qu'elle songeait et à quel point j'en étais la raison.

Penser à son cadet, le prince Gabin n'était pas une chose désagréable.  J'avais eu l'occasion de me rapprocher un peu du jeune homme depuis l'annonce de nos fiançailles et la Chevauche, entre autres, avait été un dénominateur commun plutôt utile pour les premiers contacts.  Suivant la tradition cibellane, les fiancés devaient se rapprocher de la famille de leur promise et je m'y prêtais avec bonne volonté, d'autant plus que le frère de celle-ci était une fréquentation souhaitable qui me plaisait.  Je n'avais néanmoins pas encore réellement eu l'occasion d'apprendre à connaître cette sœur aînée si réputée à travers Faërie.  On vantait beaucoup les mérites de Gaëtane de la Volte et ses talents en tant que mage avaient une renommée certaine.  Je pouvais aisément concevoir la pression de se retrouver dans l'ombre d'une telle personne : après tout, n'étais-je pas dans l'ombre de mon père, plus charismatique que je ne l'étais?

Les révélations de Gabrielle sur sa sœur me causèrent un pincement au cœur.  En toute vérité, je n'étais pas tout à fait surpris.  Les présents qu'avaient offerts le comte de Rivepierre à la princesse cibellane surpassaient nettement les miens, j'en étais conscient.  L'idée qu'elle m'épousât pour mon rang plus élevé avait maintes fois traversé mon esprit sans trop me blesser.  En lui proposant de la courtiser, j'y gagnais aussi et nous savions tout deux que si affection entre nous il y aurait peut-être un jour, ce ne serait pas avant le mariage, ni par un coup de foudre.  Je n'attendais pas de passion enflammée entre nous, je ne croyais pas qu'il me fût possible de me marier simplement par amour et même si cela eut été possible, personne n'avait jamais fait tressaillir mon cœur.  Toutefois, j'estimais être un bon parti pour la Cibellane et savoir qu'il existait peut-être quelque déception dans le cœur de sa sœur à la voir me choisir plutôt qu'un autre était pénible.  Certes ma cour n'avait pas été aussi longue que celle de mon pair outreventois, néanmoins elle avait été assidue, aussi assidue que possible et emplie d'attentions particulières.  Mais jamais je n'aurais pu deviner quelles étaient réellement les raisons qui avaient poussé cette femme à accepter ma demande en mariage.

La vérité me choqua.

Je savais que le mariage de la duchesse de Cibella n'avait pas eu de descendance, mais il y avait quelque chose d'horrible de songer qu'on aurait pu retirer à une mère ses propres enfants.  Le choc de cette annonce me cloua et je m'enfermai dans un silence qui s'étira, le temps que je ne remette en ordre mes idées.

« Pardonnez-moi ce silence, cette nouvelle me sidère.  Je vous ai parlé d'un contentieux avec le comte de Rivepierre par le passé, mais malgré celui-ci j'ai tout de même toujours éprouvé du respect pour celui qui est capitaine de vol de mon duché d'origine.  J'ai peine à croire qu'en bonne conscience il aie pu accepter une pareille demande de la part de votre sœur.  Peine à croire que votre sœur puis exiger ce genre de conditions pour vos épousailles. »

J'avais un peu de mal à mettre de l'ordre dans mes idées.  Mon cœur souffrait sincèrement pour elle, de savoir que pour l'épouser on dût se soumettre à de telles promesses.  C'était quant à moi malhonnête.  Je pouvais comprendre aisément les intentions de l'aînée des de la Volte, mais n'était-ce pas trop de cruauté à l'égard de sa propre sœur.

« J'ose croire que vous vous doutez bien qu'il ne sera jamais question pour qui que ce soit d'obtenir quelque droit que ce fût sur nos enfants.  Ce ne sont pas des biens dispensables et même si l'avenir de Faërie ne devait pas reposer sur leurs épaules, il en serait ainsi.  Il me peine de savoir que l'on puisse envisager de vous retirer un être qui aurait grandi en vous pendant de longs mois, pour lequel vous aurez souffert. »

Ma main libre se glissa vers la sienne, la prenant avec tendresse entre mes doigts.  On ne pouvait point encore parler d'amour, mais en tant que ma future femme, j'avais déjà de l'affection pour elle, une affection que ses manières d'être faisaient croître.  Je croyais en mes chances d'une félicité conjugale à ses côtés.  Elle me donnait espoir d'avoir fait le meilleur choix que je puis faire en la circonstance.

« Si notre union peut vous assurer d'avoir les plein droits sur vos enfants et que vous ne l'avez choisie que pour cette raison, je suis heureux de vous donner cette protection.  La duchesse Gaëtane ne tiendra auprès d'eux que le rôle de tante et si son bon plaisir est de les voir, elle pourra venir loger au palais d'Alfaë aussi fréquemment qu'elle le désirera.  Néanmoins, leur éducation sera sous notre charge commune.  Les mœurs de nos duchés d'orgine varient, mais j'ose espérer que nous saurons leur inculquer les meilleures valeurs des deux endroits.  Ensemble. »

Je baissai les yeux avant d'inspirer profondément.  Il était difficile de s'exprimer sur des sujets qui pouvaient s'avérer aussi douloureux.  « Il m'importe peu que vous m'ayez choisi parce que vous m'aimiez ou parce que je puis vous apportez quelque chose que vous désirez.  Tout ce qui compte pour moi, c'est que désormais que vous avez fait ce choix, vous comptez vous joindre à moi dans ce que j'entreprendrai, comme je vous soutiendrai dans vos projets.  J'ai espoir qu'avec le temps, nos efforts conjoints fassent naître entre nous une complicité et une affection qu'on ne retrouve qu'enre un homme et une femme bien assorti. »

Je cherchai son regard du mien, tentant d'y lire ce qu'elle pensait, un exercice difficile.  Je désirais que nous soyons heureux ensemble.  Je pouvais entrevoir tout ce que nous pourrions bâtir à deux et j'espérais que ses désirs tendaient vers ce genre de vie elle aussi.
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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyJeu 24 Mai - 2:12

Il semblait choqué, il semblait soucieux, aussi. Gabrielle s’en voulait déjà de faire naître des sentiments si peu agréables chez son fiancé. Les sourcils froncés, la mine accablée, elle soutenait le silence sans l’interrompre, laissant au jeune prince le temps nécessaire pour encaisser la nouvelle et l’assimiler. Si la famille impériale s’était montrée tout à fait charmante envers elle, en l’invitant à plusieurs réceptions et en organisant une fête en son honneur, la fratrie de la Volte était plus laborieuse à comprendre dans ses subtilités. Gaëtane était un oiseau rare et difficile d’approche, même pour sa propre soeur. La princesse patientait, légèrement anxieuse, et craignait qu’il se fasse aussi glacial que Lionel lorsqu’elle s’était confiée à la Tour du Ru-d’Argent.

Les premiers mots suivants son silence furent des mots d’excuse. Gabrielle sentit son regard s’humidifier quelque peu, happée par un sentiment de reconnaissance. Il se méprenait, Antonin, au sujet du comte de Rivepierre, et l’envie de l’arrêter déjà afin de justifier sa décision la tiraillait. Elle avait promis de le défendre s’il était à nouveau calomnié. Mais… Était-ce une calomnie de dire l’évidence? Qu’il avait accepté bien des sacrifices afin de prétendre à sa main? La décision de ces contraintes ne lui appartenait pas. Dans un silence, elle le laissait poursuivre, toute attentive à ses paroles qui étaient comme un baume sur son coeur écorché. Antonin parlait de leurs enfants, et elle lui trouvait même un petit quelque chose de farouche, de protecteur, à l’endroit de cette famille qui n’existait pas encore.

Tout en lui prenant la main avec mille délicatesses, il poursuivait son discours en annonçant déjà le rôle que tiendrait la duchesse de la Volte auprès des petits, l’éducation qu’ils auront, sa volonté de mettre en scène autant les valeurs cibellanes qu’outreventoises. Les yeux brillants, conquise, Gabrielle ne pouvait qu’acquiescer, comme pour ponctuer ses paroles. Comment ne pas vouloir de ce portrait parfait que lui peignait Antonin?

- Il m'importe peu que vous m'ayez choisi parce que vous m'aimiez ou parce que je puis vous apportez quelque chose que vous désirez.  Tout ce qui compte pour moi, c'est que désormais que vous avez fait ce choix, vous comptez vous joindre à moi dans ce que j'entreprendrai, comme je vous soutiendrai dans vos projets.  J'ai espoir qu'avec le temps, nos efforts conjoints fassent naître entre nous une complicité et une affection qu'on ne retrouve qu'entre un homme et une femme bien assorti.

Il avait plongé son regard dans le sien et, pour avoir vu les rougeurs sur ses joues depuis son arrivée, Gabrielle comprenait qu’il faisait preuve de courage et d’audace. Elle-même intimidée par de pareilles paroles, belles, mais intimes, sentait le sang gorger ses pommettes. Mais elle ne détournait pas son regard, bien trop consciente de l’importance du moment.

- Vous avez toujours fait preuve de franchise avec moi, Antonin. Vous m’avez déjà dit m’avoir approchée pour ma réputation afin de vous épauler dans votre volonté d’ouvrir Faërie à de nouveaux horizons, et ce, malgré mes allégeances qui pourraient être trompeuses.

D’un geste délicat mais distrait, la Cibellane reposa sa coupelle sur la table, non loin, afin de cueillir de ses deux mains celle d’Antonin. Son regard ne le quittait pas mais le détaillait maintenant avec plus d’insistance, alors que sa mine se faisait plus grave. Il était important qu’il la croit, qu’il soit confiant de chacun des mots qu’elle lui offrait.

- Je vous ai choisi parce que vous m’offrez la chance d’avoir une famille, ma famille, Antonin. Je vous ai choisi parce que vous êtes venu à moi en me désignant un rôle à vos côtés, et non pas dans votre ombre, en me permettant de vous appuyer dans votre projet. Je vous ai choisi parce que vous m’offrez une protection contre ma propre soeur, que j’aime, que j’aime, mais qui est trop différente de moi. Je vous ai choisi pour votre titre, votre lignée, évidemment, mais aussi pour Agonie et ce rêve que vous avez de défendre Faërie à ses côtés. Je vous ai choisi pour votre franchise, même maladroite, parfois, et votre volonté de fer à m’épargner une triste vie. Je vous ai choisi, Antonin, parce que vous me ressemblez tout en m’étant si différent… Vous dites qu’il vous importe peu de le savoir, mais il m’importe, à moi, que vous sachiez. J’ai espoir, moi aussi, d’être votre égale dans notre vie, dans nos projets, dans nos décisions.






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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyLun 28 Mai - 2:57

En réaction à son doux geste, cette main qu'elle prenait entre les siennes, je les serrai à mon tour d'une légère pression pour l'encourager à parler et à dire le fond de sa pensée.  Ma vie entière avait toujours été dédiée à éviter le mensonge, même si parfois la vérité pouvait être blessante.  Dure à accepter aussi.  Aussi, j'avais également des buts que je cherchais à attendre en m'alliant à cette princesse influente, ainsi j'acceptais, je comprenais et je n'étais pas surpris, que ses raisons de m'accorder sa main étaient plus complexes que celle d'entre un homme et une femme ordinaire.  Nous n'avions pas le loisir du choix.  Il fallait un partenaire non seulement avec qui la vie serait au moins agréable, mais qui nous apporterait plus que le confort du foyer, qui nous donnait des avantages à gagner sans eux.  Néanmoins, il est impossible de cacher mon plaisir de savoir qu'elle ne m'avait pas simplement choisi parce que je lui permettrais de garder ses enfants.  Je ne lui avais peut-être pas volé son cœur, certes, mais je pouvais deviner le respect que je lui inspirais et à mes yeux, c'était indispensable.  Sans ce sentiment, nous n'avions aucune chance de jamais nous comprendre et de nous compléter.  Le respect était la valeur fondamentale qui nous permettrait d'être heureux et d'avancer ensemble vers nos buts.  Les miens deviendraient les siens et les siens les miens.  J'étais reconnaissant de sa franchise, reconnaissant de son désir de me faire savoir sous quels aspects elle avait trouvé en moi le parti satisfaisant ses besoins et ses attentes.

Le seul qui deviendrait peut-être un jour prochain était mon lien avec Agonie.  Je savais que tôt ou tard, il me faudrait le rompre ou alors laisser en plan ma famille et leurs espérances quant au rôle que je pourrais tenir sur le trône de Faërie.  Je n'arrivais pas à lâcher prise.  La reine de Vol a été la première à me donner confiance en moi, à me faire valoir que je n'étais pas aussi insignifiant que je ne le croyais et que tous ces efforts mis à toujours devenir le meilleur de moi-même étaient bien fournis, qu'ils n'étaient pas vains.  Toutefois, j'avais laissé derrière moi ma dragonne, depuis plus d'un an déjà.  Pouvais-je encore prétendre devenir Chevaucheur?  Le rêve de mon enfance brillait encore quand je fermais les yeux, mais sa lueur était de plus en plus faible.  Il n'était plus question pour moi de poursuivre mes rêves, je m'en doutais bien, il m'en faudrait construire de nouveaux.  Et dans ceux-ci, je désirais inclure ma future épouse, la faire devenir une partie intégrante de mon existence, de mon quotidien.

« Je vous remercie.  Je suis heureux de l'opinion que vous avez de moi, mais aussi de votre franchise à mon égard.  Cela m'importe beaucoup, le mensonge inspire mon mépris et il me chagrinerait de vous savoir dissimulatrice et capable des pires lagraneries.  Votre cœur est pur Gabrielle, et cela me plaît.  Vos titres certes avantageront ma famille et son emprise sur le pouvoir, mais sans votre bonté, votre générosité et votre volonté de faire le bien, rien ne m'aurait fait considérer prétendre à votre main.  Je vous crois capable de comprendre mes idéaux et de les partager, mais aussi d'en faire naître de nouveaux en moi, et c'est pour cela que vous serez non seulement un soutien indispensable dans la réalisation de ceux-ci, mais également ma plus importante conseillère. »

Mon regard était sérieux posé sur elle.  Ce n'était plus le prétendant qui parlait, mais celui qui aspirait à suivre les traces de son père.  Ce qu'il avait commencé, je le finirai.  D'autres n'auraient pas souffert en vain pour que les miens reprennent cette place qui leur était due.  Ma tante n'aurait pas vécu cette tourmente pour que Faërie ne se perde dans la décadence.  J'étais fort de ces convictions et de leur justesse.

Un voile de tristesse passa toutefois sur mon visage en tournant de nouveau mes pensées vers Agonie.  Timidement je cherchai sa conscience.  Elle était là, mais un mur nous séparait.  Elle n'était pas disposée à me parler et je poussai un soupir.

« Toutefois, je me dois d'être franc avec vous et de briser ce portrait que vous avez de moi.  Je repousse ce jour depuis longtemps, mais il faudra un jour que j'abandonne toute prétention à devenir Chevaucheur.  Je ne peux pas suivre la voie de mon père et continuer à voler auprès d'Agonie.  Je ne peux pas concilier les deux. »

Je détournai le regard.  Je ne voulais pas lui laisser voir ma faiblesse en songeant à ce dur choix que m'imposait le Destin.  Toute ma vie, j'avais aspiré à devenir Chevaucheur et alors que le rêve était presque devenu réalité, il m'avait fallu tout laisser derrière moi.  Il était difficile d'abandonner un rêve d'enfant ainsi.

« J'aurais aimé que ma famille ne soit pas ce qu'elle est, pouvoir être un homme ordinaire, prêt à se sacrifier pour son empire.  Néanmoins, c'est un autre sacrifice que l'on exige de moi et je ne le fais pas à contrecœur.  Je suis fier de porter cette responsabilité.  Et si ce n'était d'elle, je ne vous aurais pas rencontrée. »

Je la regardai de nouveau, une lueur de détermination infaillible dans les yeux.
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyLun 28 Mai - 14:55

Ils avaient sans doute l’air d’un couple amoureux, épris, pour un regard extérieur. Posés côte à côte, mains liées, absorbés par leurs confidences respectives, le temps ne semblait plus avoir la moindre emprise, désormais. Antonin de Faërie attendait beaucoup d’elle : conseillère avisée, habitée de franchise, porteuse de titres, appréciée de plusieurs têtes couronnées de Faërie, généreuse… Elle souriait, bien sûr, car ses paroles empruntaient la délicatesse des compliments, mais la princesse inconfiante qu’elle était craignait de ne pas se montrer à la hauteur de ses attentes. Future impératrice de Faërie. Elle qui avait tant espéré la liberté, voilà qu’elle acceptait une charge immense. Ou peut-être, aussi, une liberté plus douce que ce que Rivepierre lui aurait permis.

Gabrielle écouta sans un mot ses confidences sur Agonie, sur sa crainte perceptible de la perdre, sur sa famille, également. Il détournait le visage, les sourcils froncés par une ombre bien réelle, et la princesse eut envie de l’enserrer contre elle si elle ne craignait pas tant de brusquer leur relation naissante. Lorsque Antonin posa son regard sur elle à nouveau, c’était lui pour annoncer une finalité plus douce à ses craintes et ses rêves déchirés. Une finalité qui commençait avec leur rencontre. Prince charmant. Gabrielle rougissait alors que son petit coeur réagissait bien étrangement.

- Antonin… Vos mots sont mes mots, votre peine est ma peine. J’ai si longtemps songé à ce qu’aurait pu être ma vie dans une lignée plus modeste. Je n’aurais eu que mes propres rêves à porter, j’aurais pu embrasser le Destin, Gardien de la Liberté, exercer ma magie avec toute la passion qu’elle m’inspire, fuir ces rencontres mondaines qui m’intimident tant. C’est un sacrifice, oui, mais un honneur également. Il nous incombe d’être à la hauteur, et vous semblez déjà prêt à beaucoup d’abnégation pour y arriver.

Pour Agonie, reine du Vol de Jade, Gabrielle eut une pensée chagrine. Le lien unissant un Chevaucheur à un dragon était profond et si la Cibellane n’y connaissant qu’une description purement théorique, elle pouvait s’imaginer sans difficulté la douleur que lui infligerait l’abandon de Silvère. Plusieurs membres de la haute noblesse parvenait à être Chevaucheur, voire Capitaine de Vol, tout en ayant des terres prospères et parfaitement administrées. Un prince ou un Comte n’était toutefois pas Empereur. Antonin semblait conscient de ce fait, dévoué à être un successeur digne de son père.

- Je ne peux qu’imaginer la peine qui sera vôtre lorsque ce lien sera rompu. J’ai cru comprendre que le lien entre Agonie et vous sera plus fort au fil du temps, Antonin… Peut-être pourriez-vous en discuter avec Gabin? Lorsque nous nous marierons, il sera l’héritier du duché de la Magie à son tour et devra certainement confronter une situation similaire, pour un temps du moins.

Jusqu’à ce qu’il se marie à son tour, et Gabrielle se doutait que cela ne tarderait aucunement. Son adorable et parfait petit frère, charmeur et enjoué, se briserait à abandonner les cieux pour retrouver la terre. Elle nota brièvement de s’efforcer de lui trouver un parti intéressant très prochainement, en digne soeur aînée qu’elle était. Tout, pour le protéger de Gaëtane.

- Votre moment sera le bon, Antonin, et si vous désirerez le silence, le calme et la solitude, je comprendrais votre besoin. Si vous ne désirez pas être seul, je serai là, sans jugement.

Elle soupirait avec une pointe de douleur tout en comprenant et partageant la peine à venir de son fiancé. Le regard légèrement embué, Gabrielle aurait souhaité que ce deuil ne survienne jamais, que cette peine ne forge pas la jeunesse d’Antonin. Mais que pouvait-elle y faire? Le soutenir, tout au plus, faire en sorte d’être une alliée dans ses bonheurs comme dans ses malheurs et s’efforcer de rendre sa vie douce et agréable, malgré le départ d’Agonie.






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Antonin de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyMer 30 Mai - 5:11

Les mots de Gabrielle savaient trouver mon cœur et m'apporter du réconfort.  Son soutien m'était précieux et me rendait un peu plus courage face à l'avènement de ce jour funeste et prochain.  Elle comprenait pourquoi je songeais ainsi, pourquoi j'étais prêt à faire des sacrifices pour un monde meilleur.  Parfois, pour faire le bien, il fallait passer par d'autres moyens que ceux qu'on avait espéré.  Être Chevaucheur ou suivre les traces de mon père me permettaient tous les deux de devenir ce que je désirais, d'agir pour le bien commun.  J'avais le souhait de voir Faërie devenir une nation puissante, de voir l'empire où j'avais grandi briller et resplendir de tout feux.  Ma magie me serait utile, serait utile à tout le peuple faë.  Malgré les regrets et les rêves brisés, je savais, elle me le confirmait aussi, que je prenais la bonne voie.  Que ce dur choix que je faisais sans regarder derrière moi, les yeux braqués vers l'avenir, était le meilleur.  Je perdrais beaucoup, pour gagner encore plus.  C'est que du moins j'osais croire.  Je n'avais pas le loisir de toute façon de revenir sur ma décision, il était déjà trop tard et je n'allais pas prendre la fuite comme un poltron.  Même si j'avais peur.  Parfois, l'angoisse était si forte, si forte que je n'avais d'autre choix que l'évasion temporaire.  Pourtant, je savais que cette voie que j'empruntais devenait de plus en plus dangereuse et périlleuse.  Un jour, je me ferai avaler tout rond par ces substances qui pour le moment me permettaient de me détendre, d'oublier quelques instants les devoirs d'un prince impérial.  Quand mes pensées s'éloignaient vers ce cousin de l'empire ennemi, lui qui monterait sur le trône désormais que son père était mort, j'avais le cœur dans la gorge tellement j'étais effrayé.  Mes doigts serrèrent légèrement ceux de Gabrielle.

J'étais terrorisé par la possibilité de beaucoup de choses.  Perdre Agonie serait déjà l'une des tempêtes les plus difficiles à braver.  D'autres mages que moi avaient déjà croisé leur Familier et partageaient donc leur pensée avec eux.  Néanmoins, il n'y avait que la puissante dragonne pour lire dans mon cœur, pour me dire les mots qu'il fallait entendre.  J'avais de la difficulté à déterminer si la reine des cieux avait de l'affection ou non pour moi, ses sentiments étaient plus complexes pour moi à démêler.  Cinq siècles d'existence doivent compliquer un cœur, en comparaison de mes vingt-deux ans de vie.  La présence de la princesse, de ma fiancée, près de moi me rappelait à la raison, m'empêchait de m'égarer sur les chemins de la peur et de croire que je ne valais rien.  Elle m'avait fait un portrait flatteur de ma personne.  Je ne pouvais pas reposer sur ces quelques mots, elle avait encore tant à apprendre de moi, mais n'était-ce pas une bonne indication que j'étais une personne bonne et capable.

« Votre frère est un homme que j'admire et respecte.  Je lui souhaite de tout cœur de pouvoir continuer la Chevauche et que les questions d'héritage du duché de Cibella puisse être réglées en douceur.  Si toutefois il devait se retrouver dans la même situation…  vous avez ma parole que je lui parlerai. »

J'avais déjà songé aux répercussions qu'auraient mon mariage avec la princesse cibellane.  N'importe quel homme qu'elle eut choisi d'épouser aurait emmené de pareilles conséquences, néanmoins… la liberté de Gabin aurait été garantie si Gabrielle avait accepté la main de Lionel de Rivepierre et donné ses enfants à Gaëtane afin qu'ils héritent du trône cibellan et que la lignée ne s'éteigne pas.  Sans avoir à lui demander, je savais que si je ne m'étais pas présenté comme parti, elle l'eut fait avec abnégation par amour pour son duché, mais aussi pour son frère.  Je n'en doutais pas un seul instant.

« Vous avoir à mes côtés quand le moment fatidique arrivera sera d'un grand réconfort.  Vous êtes sensée et votre cœur est bon.  Je ne regrette pas avoir décidé d'apprendre à vous connaître.  Je gagne beaucoup à avoir une femme telle que vous à mes côtés. »

Je repris en main la coupe et vidai ce qui en restait d'une traite.  Cela me remettrait un peu d'aplomb et chasserait ces sombres pensées auxquelles je ne désirais pas m'attarder plus que nécessaire.  Je devais d'abord songer à tout ce que je gagnais, plutôt qu'à ce que je perdais.

« La belle saison n'est pas encore venue, mais je serais honoré si vous m'accordiez le plaisir de vous présenter mon bras pour vous accompagner lors d'une promenade dans vos jardins.  Le temps est splendide dehors et j'aimerais me familiariser peu à peu avec vos terres, comme un prélude au bonheur que j'espère nous y voir bâtir. »

Bien que j'eus encore le cœur triste de notre conversation précédente, je lui offris un sourire courageux et empli d'une affection respectueuse.  Le Ru-d'Argent deviendrait un jour notre retraite favorite, je l'espérais bien et désormais que j'étais là, je voulais aller à sa rencontre.
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Gabrielle de Faërie

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Message Sujet: Re: Tout ce qui est exquis mûrit lentement   Tout ce qui est exquis mûrit lentement EmptyMer 30 Mai - 15:01

Quel agréable séjour! Gabrielle soupçonnait déjà de jolies qualités, chez son fiancé. C’était l’une des nombreuses raisons qui l’avait fait le préférer aux autres prétendants. Un homme honnête, droit, loyal et particulièrement charmant, en dépit de sa jeunesse. Peut-être le sérieux d’Antonin jouait-il, ou sa maturité, mais la princesse ne ressentait pas les six années les séparant comme elle l’avait craint. Leur manque de confiance et leurs doutes quant aux tâches et responsabilités qui bientôt les incomberaient semblaient non seulement les unir, mais également les placer à égalité dans cette vie nouvelle qui s’ouvrait à eux. Son choix n’avait pas été simple, et la lenteur de sa décision avait très certainement été critiqué, mais Gabrielle savourait enfin les retombées de cette course aux prétendants. Elle avait fait le meilleur choix, elle le ressentait à chacun des moments partagés avec Antonin, depuis janvier.

Ils avaient enfilé cape et gants avant d’oser s’approprier les jardins encore endormis du Ru-d’Argent. Au bras d’Antonin, elle se faisait légère et charmante en lui désignant les détails de ses terres et en lui détaillant combien l’été réchauffait les champs. Là, dans ce petit jardin, le pavillon s’éclairait la nuit venue lors des longues journées d’été. Ici, la rivière qui traversait les terres était à l’origine du nom de cette baronnie. Non sans un sourire dans la voix, Gabrielle lui expliquait combien proche était Outrevent puisque les terres étaient à cette frontière commune. Elle lui racontait sans honte son affection pour ce cousin désormais duc, Liam, et cette façon qu’il avait, depuis qu’ils étaient petits, de la protéger. Avec délicatesse, la baronne prit soin d’éviter de souligner le chantage possible fait à l’endroit de Lionel quant au mariage d’Armandine et du duc d’Outrevent. N’avaient-ils pas suffisamment de problèmes, entre Agonie qu’il devrait quitter et Gaëtane qu’elle devrait confronter, pour éviter de ramener des erreurs vieilles et passées à leur présent?

Des repas fins, dans la plus pure tradition cibellane, furent servis lors de ces journées de visite. Elle s’était arrêtée à quelques reprises, la princesse, pour regarder son prétendant inspecter des cuisses de grenouilles en persillade ou encore savourer avec discrétion son canard au vin miellé. Ils mangeaient bien. Ils buvaient bien. Quand venait le soir, les conversations sur Agonie, sur Gabin, sur l’épidémie, aussi, s’animaient de quelques anecdotes parfois amusantes, parfois sérieuses. Le dernier soir, un musicien fut même invité à divertir les deux jeunes gens de quelques balades, en toute intimité. Un séjour agréable, un séjour sans fausse note. Gabrielle s’inclina devant lui une dernière fois avant qu’il ne quitte la baronnie, avec, dans le coeur, l’espoir de rencontres plus fréquentes.






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