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 Comme une brise mélodieuse

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Message Sujet: Comme une brise mélodieuse   Mar 20 Mar - 2:57


Livre III, Chapitre 2 • De Plume et de Serre
Isabeau Ventdoré & Marjolaine du Lierre-Réal

Comme une brise mélodieuse

Tous les instruments se valent



• Date : 7 février 1003
• Météo (optionnel) : Il pleut, mais le vent n'est pas trop fort
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Tandis que Denys est occupé ailleurs, Marjolaine a fait appel aux talents des Compagnes de Souffleciel dans un désir d'entendre un peu de musique.
• Recensement :
Code:
• [b]7 février 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3522-comme-une-brise-melodieuse#130707]Comme une brise mélodieuse[/url] - [i]Isabeau Ventdoré & Marjolaine du Lierre-Réal[/i]
Tandis que Denys est occupé ailleurs, Marjolaine a fait appel aux talents des Compagnes de Souffleciel dans un désir d'entendre un peu de musique.


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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Mar 20 Mar - 3:00

Marjolaine avait rarement l'occasion de se déplacer hors de Lagrance.  Elle ne s'en plaignait pas, elle qui aimait d'un amour profond son duché de naissance.  Toutefois, avoir l'occasion de mettre le nez ailleurs en Faërie avait quelque chose d'excitant pour la jolie duchesse.  Même si ce n'était qu'une visite de courtoisie, la perspective de ce court séjour en Outrevent la réjouissait, bien que cela signifiait de laisser la petite Raiponce derrière.  Elle avait redoublé de recommandations avant de partir, inquiète de la sécurité et du bien être de sa fille cadette et elle ne s'était réellement rassurée que le soir de son arrivée, alors que Denys la rassurait quant au fait que rien n'arriverait à leur précieuse enfant et que tout irait pour le mieux.  Elle pouvait avoir confiance en lui pour ce genre de chose.  Tout comme les deux petites filles l'étaient pour elle-même, elles étaient tout autant la prunelle de ses yeux à lui aussi.  Il ne fallait pas que l'absence du poupon ne l'inquiète, puis ils seraient bientôt de retour à Edenia, leur voyage ne s'étalant que sur quelques jours.  Elle pourrait profiter des merveilles d'Outrevent, de ses paysages qui devaient être magnifique.  Et c'était le duché où était née Faustine.  C'était là où les mages du sang recevait l'accueil le plus froid.  Elle en profiterait pour en apprendre plus.  Peut-être arriverait-elle à travailler auprès de l'impératrice si elle tentait de comprendre à son tour de quel milieu elle-même venait.  Ce ne serait pas qu'une expédition de plaisirs, elle en profiterait aussi pour faire son devoir.  Et si possible même, s'entretenir avec la princesse Chimène, fiancée du duc d'Outrevent.  Il ne serait pas mal qu'elle cherche à se rapprocher de la future duchesse.  Peut-être pourraient-elles parler d'oeuvres caritatives ensemble.

Ce matin-là, le soleil s'était levé derrière de lourds nuages gris qui pleuraient sur les terres outreventoises.  Libérée de tout engagement pour la matinée, Marjolaine avait mandé les services d'une Compagne pour qu'on lui joue un peu de musique.  Elle regrettait la présence de Faustine qui lui aurait certainement sorti sa vielle à roue pour lui jouer un air.  Ou elle aurait peut-être pu demandé à sa sœur de faire courir ses doigts sur sa harpe si l'aînée se sentait trop indisposée pour jouer.  Faustine.  Le cœur de Marjolaine se serra en songeant à sa tendre amie.  Que de souffrances avait-elle endurées et la Lagran au grand cœur ne pouvait jamais se sentir complètement soulagée des arrangements actuels pour sa dame de compagnie.  Comment pourrait-elle se séparer jamais d'elle?  Et si loin de Lagrance où elle avait pu refaire sa vie, elle n'était plus heureuse?  Pourrait-elle encore l'aider?

C'est abandonnée à ces réflexions, vêtue d'une tenue élégante mais simple, qu'elle attendait dans un petit salon mis à sa disposition pour occuper sa matinée.  Elle s'occupait tranquillement à la lecture d'un recueil de poèmes saluant la beauté des jardins et des fleurs, une tasse de thé pour se réchauffer de la température fraîche malgré ses habits, quand on annonça l'arrivée de la Compagne.  Marjolaine replia doucement le petit livre qu'elle posa sur ses genoux avant d'y reposer ses mains croisées pour le maintenir en place entre les plis voluptueux de sa tenue.

« Faites-la entrer, je vous prie, » répondit-elle de sa voix douce et calme.

Elle était curieuse de rencontrer une autre Compagne outreventoise en-dehors de Maelenn.  Celle-ci était à Edenia depuis suffisamment longtemps pour perdre les charmes de l'inconnu.  Jouerait-elle elle aussi de la harpe?  Cela avait un son délicieux.  Elle éprouvait toujours une légère pointe de culpabilité d'éprouver du plaisir à écouter ce son, sachant que c'était l'instrument dont Faustine ne pourrait plus jamais jouer en raison de ses doigts.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Lun 26 Mar - 19:57

Isabeau aurait dû comprendre que quelque chose clochait lorsque sa maitresse était venue personnellement la trouver ce matin-là. Une mission apportée par la Madame ne pouvait qu’être de la plus haute importance. Elle ne se serait jamais dérangée pour quelque chose de trivial. Marjolaine du Lierre-Réal. La raison de cette frénésie, c’était elle, cette charmante duchesse venue tout droit de Lagrance. Le couple ducal était en visite officielle en Outrevent. La demoiselle était au courant, bien entendu, pourtant la requête de cette délicieuse fleur était venue comme une surprise. La réputation des Compagnes en Outrevent faisait que les clientes se comptaient sur le bout des doigts. Surprenant, mais agréable, Isabeau pouvait en convenir sans aucun problème. Le vrai problème, lui, était tout autre. L’échec n’était pas une issue acceptable pour cette rencontre. Isabeau devait satisfaire sans la moindre faute tous les désirs de cette illustre dame. Offenser une telle personne porterait l’opprobre sur la Guilde des Compagnes. La mission était risquée, dure, pourtant la Compagne semblait la mieux placée pour l’accomplir. Expérimentée comme peu d’autres personnes à Souffleciel, il lui incombait de satisfaire cette demande. Musique ce serait. Il était rare que l’on fasse appel à ses talents de cantatrice, mais quand cela advenait, Isabeau pouvait difficilement contenir son excitation.

Alors qu’elle se préparait, une sombre pensée surgit soudainement des tréfonds de son âme. Il était si évident que Marjolaine était l’épouse du célébrissime Denys du Lierre-Réal que cela n’était même pas venu à l’esprit de la jeune femme. Denys. Un client qu’elle avait eu le plaisir de divertir en de nombreuses occasions. Non pas qu’elle était l’une de ses favorites, loin de là. Le duc était tout simplement si friand de Compagnes qu’ils s’étaient inévitablement rencontrés. La situation s’avérait encore plus compliquée que ce qu’elle s’était imaginée dans un premier temps. Si ce sujet arrivait malencontreusement dans leur discussion, Isabeau ne savait trop comment réagir. Elle n’aimait pas mentir, mais c’était parfois la seule arme pour protéger le cœur fragile de certaines personnes. Le vrai problème au fond, c’est qu’elle ne connaissait absolument pas Marjolaine, et qu’elle n’avait aucune idée de sur quel pied danser. C’était toujours le risque, en se présentant à un nouveau client. La mission de la Compagne, en cette matinée, était éminemment politique, et elle savait. Puisque montrer les vraies valeurs de la Guilde des Compagnes chez les plus grands était d’une importance cruciale. Ne pas les froisser, il ne fallait pas l’importuner.

Tergiverser ne servait à rien quoi qu’il en soit. Isabeau était prête et ce n’était pas en restant dans ses appartements qu’elle découvrirait de quelle manière jouer avec l’étrange duchesse. Ce qui était peut-être le mieux, dans tout ça, c’était l’idée se retrouver à nouveau dans le palais de ce cher Liam. Cet ami perdu qu’elle espérait ne jamais croiser au détour d’un de ces somptueux couloirs. La majesté du palais ravissait l’esprit d’esthète d’Isabeau. Chaque fois qu’elle s’y était rendue, elle avait découvert les plus fabuleuses des merveilles. Un vrai dédale à l’image d’un paradis, voilà ce qu’était le palais à ces yeux. S’annonçant avec politesse auprès des gardes défendant l’entrée de la citadelle, Isabeau n’eut pas à attendre longtemps avant qu’un serviteur ne vienne lui servir de guide. Comme elle l’avait imaginé, ce fût au travers de pièces encore inexplorées qu’elle rejoint cette délicieuse duchesse. Isabeau aurait pu se recroqueviller de peur alors qu’elle était sur le point de franchir la porte. Mais la peur, Isabeau ne la serrait pas dans ses bras, elle la laissait traverser son esprit, sortie aussi vite qu’elle n’était entrée. Rien ne pouvait venir entraver l’esprit libre et calculateur de la jeune femme.

Et alors qu’on annonçait son nom haut et fort, Isabeau fit enfin sa grande entrée. Le salon était petit, mais fort agréable. Marjolaine avait du se sentir en paix parmi ce décor chaleureux. Le mobilier n’était toutefois pas la cible de son attention. Au milieu de la pièce trônait la duchesse, et qu’est-ce qu’elle était belle. Sa crinière brune, ses yeux bleus, son air doux et innocent. Elle aurait fait une redoutable collègue, aucun doute là-dessus. Isabeau se serait satisfaite de l’admirer pendant de longs instants, mais il était hors de question de manquer de respect à sa cliente. S’inclinant avec grâce et habileté, signe de son habitude à valser parmi les nobles personnes, la Compagne prit la parole, assurée.

-Je vous salue, Votre Grâce.

C’était simple, efficace, ce que le protocole exigeait tout simplement. Elle espérait que cette démonstration de respect lui suffirait. Les coutumes lagranes étaient possiblement différentes après tout. Isabeau obtiendrait sa réponse sous peu, quoi qu’il en soit. Les dés étaient jetés et elle ne pouvait plus y faire grand-chose. Relevant son buste avec cette élégance toujours aussi calculée, Isabeau fit quelques pas vers son interlocutrice, cherchant d’ores et déjà à installer un cadre un peu moins rigide et froid.

-Joyeux, triste, amusant, déroutant, je vous offre mes chants en toute sincérité, votre Grâce. Dites-moi, de quoi votre cœur a besoin ? Je tâcherais d’exaucer vos souhaits.

En faisait-elle trop ? C’était fort probable oui. Pourtant la poésie ne pouvait qu’être omniprésente lors d’une telle rencontre. Isabeau se tenait droite, fixant poliment Marjolaine, attendant avec impatience de voir sa réponse.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Lun 2 Avr - 22:11

Marjolaine était vivement excitée à l'idée de recevoir son invitée.  La musique outreventoise était bien différente de ce qu'on pouvait entendre en Lagrance sur bien des égards, mais Faustine avait su séduire le cœur de la duchesse avec sa vielle, bien que les premières notes lui semblèrent discordantes.  C'était un son qu'il fallait apprendre à apprivoiser et la Lagrane l'avait fait avec le temps.  Elle était donc passablement curieuse à l'égard de l'instrument que lui apporterait la Compagne et de la façon dont elle en jouerait.  Musicalement, la duchesse était ouverte à beaucoup de choses bien qu'elle avait une présence pour les sons doux, harmonieux, et faire de nouvelles découvertes étaient toujours un plaisir.  Elle espérait que la musicienne se sentirait libre de lui parler entre les morceaux musicaux, car elle avait beaucoup à demander au sujet d'Outrevent, là d'où venait sa tendre avec qui elle n'osait que peu aborder le sujet pour ne pas rouvrir de vieilles blessures inutilement.  Également, elle était là pour féliciter les noces prochaines du duc Liam avec Chimène, l'ancienne impératrice, et il était tout autant de son devoir d'apprendre à connaître la future duchesse, ce qu'elle n'avait pas eu l'occasion de faire lors de son court règne sur le trône de l'empire Faë.  Outrevent n'avait pas de frontières communes avec Lagrance, mais il n'empêchait de tenter les relations diplomatiques entre elles.  En interrogeant les Outreventois avec délicatesse, peut-être en apprendrait-elle un peu pour mieux plaire à sa future homologue.  Elle n'en était pas tout à fait certaine, mais elle espérait y tirer quelque usage.

Sa surprise fut plutôt grande quand une superbe jeune femme entra et la salua.  La beauté de celle-ci était ravissante certes, mais ce qui choqua tant la duchesse fut qu'elle ne portait nul instrument.  Marjolaine jeta un regard sur la porte, supposant que peut-être l'instrument de la dame devait être transporter par une paire de bras forts, mais la porte se referma sur les domestiques du palais qui avaient emmené la Compagne jusqu'à elle.  Tâchant de masquer sa surprise, elle décerna un sourire gracieux à son invitée et serra ses mains contre sa jupe quelques instants, le temps de reprendre contenance, ce qui laissa le temps à la femme de présenter son art.

Le chant.

Eh bien, ce n'était pas exactement ce qu'elle attendait, mais n'avait-elle pas invité un guerrier à venir chanter pour elle en juillet dernier?  Elle s'en contenterait très bien.  Elle sourit avec plus d'assurance.

« Je croyais qu'on m'enverrait une musicienne, mais il semblerait que j'avais oublié un instant que la voix était aussi un précieux instrument.  Veuillez me pardonner de ma surprise à votre arrivée, » déclara-t-elle tout d'abord.  Elle aurait invitée la jeune femme à prendre place sur un siège, mais elle croyait savoir que pour chanter mieux, il était préférable d'être debout.

Elle prit toutefois le temps de réfléchir à ce qu'elle désirait entendre.  Elle ne s'était pas préparée à répondre à cette question.  Quelques instants, elle ferma les yeux, le temps de formuler son idée clairement en elle-même avant de l'affirmer à voix haute.

« Je ne saurai être vraiment claire, mais j'aimerais que vous me chantiez Outrevent.  Les chants lagrans sont probablement bien différents et j'aimerais profiter de mon séjour ici pour apprivoiser la musique outreventoise.  Chantez-moi ce que votre cœur indique, c'est cela que je désire entendre, » formula-t-elle d'abord avec quelques hésitations, renforçant son ton peu à peu.  Encore peu confiante en elle et timide, particulièrement en milieu étranger, elle se défiait un peu de ses propres envies et craignait de faire un pas de travers.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Dim 15 Avr - 12:10

Une délicieuse surprise vint déformer un instant seulement le visage quasiment parfait de la duchesse. Elle était douée, plus que douée même, mais Isabeau étant passée maitresse dans l’art de lire dans le cœur des gens, le moindre changement lui sautait aux yeux. Au final, Marjolaine s’était ressaisie en un battement de cil et puis, de toute façon, cette surprise n’était pas du dégoût, ni même du déplaisir. Elle ne connaissait pas encore le passif qui existait entre elles. La Compagne ne pouvait que remercier les dieux en cet instant. Perdre sa matinée à se crêper le chignon avec une noble dame n’était pas la plus belle des perspectives. Tout ce qu’elle espérait, c’était que l’affaire Denys ne viendrait pas entacher un moment qui se devait d’être dédié au plaisir et à la musique. Un rire sonore se fit la malle, s’échappant des douces lèvres d’Isabeau. La Compagne semblait amusée, bien plus amusée que sa cliente. Ce n’était toutefois pas une moquerie, c’était un rire sincère. Qu’on se trompe sur la nature de ses talents était devenue une réponse si habituelle pour la demoiselle qu’elle ne pouvait plus le prendre au sérieux. Quand son éclat de rire se tût enfin, Isabeau adressa un sourire radieux à son interlocutrice.

-Non, c’est vous qui devez m’excuser, Votre Grâce. Il m’est arrivé tant de fois d’être ainsi mécomprise qu’une sourde hilarité germe presque chaque fois dans ma gorge. J’imagine que je n’aurais plus besoin de m’échauffer maintenant.

Isabeau pencha doucement sa tête vers Marjolaine aussitôt que ses lèvres se refermèrent. Elle espérait sincèrement que sa cliente ne prendrait pas trop à cœur le « moment de faiblesse » de la Compagne. Faible, Isabeau ne l’était pas, elle savait après tout se contrôler, mais dans une telle situation, il lui avait semblé convenable d’ainsi rire. Malheureusement, elle n’était pas à l’abri d’un mauvais jugement. La demoiselle pensait pouvoir ainsi amuser la duchesse, mais peut-être s’était-elle trompée. L’art des Compagnes révélait toute sa complexité en de tel moment. Quand on rencontrait un nouveau client, on ne savait jamais trop sur quel pied danser. Le moindre déplaisir, la moindre erreur et toute la réputation d’une jeune courtisane pouvait disparaitre. Surtout quand on devait s’occuper d’une illustre personne comme la duchesse de Lagrance. C’était précisément pour cela que la Madame de Souffleciel avait envoyé pour cette mission Isabeau et personne d’autre. Pourtant, notre délicieuse fleur était faillible, comme tout être plus ou moins humain sur Arven. Marjolaine semblait si délicate, mais l’apparence ne faisait rien, la jeune femme le savait mieux que quiconque.

-Votre idée me semble parfaite, Votre Grâce. Entendre les douces mélodies de Lagrance ne doit être à vos yeux qu’un jour comme les autres. Laissez moi un instant, que je puisse trouver le chant qui vous siéra au mieux.

Cela faisait si longtemps qu’Isabeau n’avait pas dû chanter pour un de ses clients qu’il lui fallut bien plus qu’un instant pour trouver le morceau idéal. Et alors qu’elle réfléchissait, silencieuse, une voix vint à son esprit. Grave, fausse mais tout de même belle. La voix de sa mère resonnait dans tout son être. La Vierge d’Outrevent. Un chant vieux comme le monde, qu’elle avait pu entendre toute son enfance. C’était une jolie chanson, et une mise en garde tout à la fois. La Vierge, éprise d’un jeune homme, ne se sentait pas capable d’offrir sa fleur à quelqu’un qu’elle ne pourrait jamais épouser. Déchirée par le chagrin, elle s’était jetée d’une falaise, mettant fin à ses tourments. Romantique mais triste, la leçon qui s’y cachait était plus qu’évidente pour les jeunes Outreventoises. L’amour était compliqué, le sexe encore plus. Le mariage était l’unique issue pour une histoire d’amour tendre et respectueuse. Venant d’un duché bien plus libéré, Marjolaine ne serait peut-être pas capable de comprendre les sous-entendus parsemés au travers de la chanson. Le vrai intérêt de cet rencontre était là. La duchesse se montrerait-elle aussi brillante que sa grandiose apparence ?

-La Vierge d’Outrevent. Un chant que ma mère me chantait fût un temps, alors que j’étais encore un enfant. Vous apprécierez ce chant, je n’en doute aucunement.


Le spectacle commençait, enfin. Les premiers mots quittaient ses lèvres, sa voix aigue mais charmante jouant avec les mots sans aucune difficulté. La première partie du chant racontait la rencontre entre une jeune femme et l’homme dont elle tomberait amoureuse. Une certaine mélancolie se ressentait déjà dans chaque mot, chaque phrase, mais il était encore trop tôt pour comprendre, bien trop tôt. Alors qu’elle chantait, Isabeau ne pouvait s’empêcher de fixer de temps à autre sa cliente. Réceptive aux réactions de la duchesse, elle se tenait prêt à faire n’importe quoi.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Jeu 19 Avr - 1:46

Si l'éclat de rire de la Compagne surprit quelque peu Marjolaine, elle ne s'en offusqua point.  Sa modestie et sa timidité naturelles lui interdisait d'y voir malice à son égard et elle y voyait la propre réaction de surprise de la jeune femme, qui elle-même devait l'être tout autant qu'elle que la duchesse ne soit pas au courant qu'on lui avait envoyée une chanteuse pour la distraire.  Elle connaissait plus les Outreventoises par les préjugés qui circulent librement à leur sujet à travers tout le continent, les deux exceptions étant Faustine et sa sœur.  Les malheurs de la première expliquait sensiblement à Marjolaine sa rigidité de caractère, l'exil et la profession de la seconde sa flexibilité.  Elle ne savait pas à quoi s'attendre d'une Compagne outreventoise qui aurait continué d'y faire son séjour, sachant qu'il ne s'agissait pas là du métier le plus apprécié par la société locale.  De voir qu'elle pouvait rire aussi facilement était en quelque sorte un soulagement pour la duchesse qui ne voyait pas l'entretien en privé se poursuivre dans une raideur inconfortable.  Sans être dame à toujours se mettre à l'avant et parler pour tout le monde, gardée par une réserve cultivée au cours des années, elle avait tout de même une aisance auprès des autres, son caractère aimable et généreux inspirant rapidement l'affection de ceux qui croisaient sa route, si ce n'était les jalousies.  Alors oui, c'était une joie de savoir qu'elle avait cette joie de vivre et cette bonne humeur qu'elle n'enfouissait pas en elle.

« Je vous en prie, » répondit-elle quand elle lui demanda un peu de temps pour réfléchir à ce qu'elle lui chanterait.  Rien ne pressait et elle savait sa demande un peu particulière.  Ce n'était pas comme si elle lui rendait la tâche aussi simple qu'elle ne pouvait l'être et si elle avait le but de se divertir, elle espérait en apprendre un peu plus sur ce duché qui voulait tant dire pour sa tendre amie.

Une fois le chant proposé, elle acquiesça d'un simple hochement de tête, déjà toute subjuguée par le titre de la mélodie.  Il y avait sûrement là quelque histoire cachée, quelque poésie romantique, elle n'en doutait pas.  D'autre part, les vierges étaient respectées en Lagrance, notamment celle du printemps qui étaient sacrifiées lors des festivités d'Ostara. Laissant le temps à la jeune femme de se préparer, elle croisa ses mains sur ses genoux, se délectant de ce sentiment qu'est l'attente d'une joie.  Elle était certaine qu'elle apprécierait ce morceau et elle souriait d'un air paisible tandis que les premières notes, les premiers mots, jaillissaient du fond de la gorge de la cantatrice.

L'histoire toucha terriblement Marjolaine et la beauté de la voix qui s'élevait à ses oreilles contribua à faire perler quelques larmes au coin de ses yeux.  Peut-être cette histoire servait-elle surtout d'avertissement aux jeunes filles, mais pour Marjolaine sa beauté et le tragique de l'histoire avait beaucoup plus de valeur.  Notamment parce qu'elle était probablement plus âgée que celles à qui était destinée la mise en garde, mais aussi parce qu'elle était déjà mariée et qu'elle ne désirait s'offrir à personne d'autre que son époux.

Ses mains se joignirent sur son cœur, une expression d'appréciation se peignant sur son visage sans restriction.  « C'était magnifique.  Votre voix est ravissante, je suis charmée, » s'extasia la duchesse, une fois ses émotions refoulées quelque peu.  Ses yeux étaient toujours brillants de l'humidité des larmes, mais un ravissement certain envahissait tout son visage.  Les paroles résonnaient encore à ses oreilles et elle en évaluait encore le sens et la beauté.  Qu'elle tragédie!

« C'est une chanson qui porte plus de sens qu'il n'en semble à première écoute, l'air est également différent de ce qu'on peut entendre en Lagrance, » souffla-t-elle, complètement subjuguée par la performance.  Comme toute bonne Lagrane, Marjolaine aimait les arts, la musique et le beau.  Et si le chant Outreventois différent certainement de celui de sa patrie, elle y trouvait les mêmes plaisirs à en être l'auditrice.  Charmée, elle l'était complètement et ne demandait pas mieux que d'entendre à nouveau ce talent que ce ne soit pour répéter cette même balade ou pour en interpréter une autre.  « Je vous prie, chanter encore.  Celle-là même suffira, j'aimerais en discuter ensuite avec vous, si cela ne vous gêne pas, » demanda-t-elle avec de grandes espérances.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Jeu 26 Avr - 22:30

Touchée. Isabeau s’était lancée dans un pari dangereux, espérant de tout cœur que son petit tour de magie allait plaire à son interlocutrice. La chanson eut l’effet voulu et peut-être même bien plus. Les larmes venant illuminer le visage de la duchesse ne pouvaient tromper personne. La Compagne avait visé juste, c’était un véritable soulagement. Si elle ne connaissait pas sa cliente quelques minutes auparavant, la demoiselle était désormais capable de sentir sa personnalité. Agréable, voilà ce qu’était la délicieuse Marjolaine. Sensible, esthète et belle en plus de cela. Il était un vrai plaisir pour Isabeau que de se trouver en ces lieux, avec cette femme d’exception. Les nombreux compliments qui s’élancèrent à la poursuite de la musicienne lui réchauffèrent le cœur. Qu’il était bon de se sentir ainsi appréciée. Voir au-delà de la mauvaise réputation des Compagnes était admirable, quand bien même la duchesse venait d’un endroit bien plus ouvert que notre triste Outrevent. Alors qu’elle achevait sa complainte, la jeune femme adressa un sourire radieux à son audience. Unies désormais par leur amour pour la musique, la situation ne ferait que de s’améliorer. C’était une certitude.

-Je suis ravie que ma prestation vous ait plu, Votre Grâce. Quand bien même ma voix a œuvré au succès de tout cela, ce merveilleux conte adapté en chant est déjà en lui-même un chef d’œuvre.


La remarque de Marjolaine interpella la cantatrice, mais elle ne releva rien, préférant garder ses commentaires dans l’enceinte protégée de son propre esprit. Comprenait-elle vraiment le sens caché derrière ce chant ? L’horreur par lequel des générations de jeunes outreventoises avaient dû passer ? Lagrance était un endroit si différent, la duchesse était-elle donc capable de comprendre cette souffrance, cette douleur ? Jugée sa cliente n’était en tout cas pas l’objectif d’Isabeau. Le monde était peuplé de gens aux us et coutumes différents, et il était plus que stupide de juger les autres pour cela. Et puis au fond, qu’en savait-elle ? Ne connaissant aucunement son interlocutrice, tout était possible. Alors que la musicienne s’apprêtait à s’approcher de la noble demoiselle, cette dernière vint lui proposer une nouvelle idée. Le client était roi et Isabeau n’avait rien à redire là-dessus. Un autre chant ?

-Avec plaisir, Votre Grâce. Si discuter de ces chansons vous intéresse, il me semble plus pertinent de vous offrir une autre perspective. Un autre chant. J’espère que celui-ci vous plaira tout autant que le dernier.

La Compagne dut replonger dans ses souvenirs pour trouver le chant qui s’accorderait parfaitement à sa proposition. Si Isabeau doutait que son interlocutrice ait compris l’entièreté du message qui se cachait derrière la première chanson, elle pensa plus judicieux d’offrir quelque chose de joyeux à la douce Marjolaine. Lorsque le mot gaieté se dressa plus haut que toutes les autres idées dans sa tête, la jeune femme sut exactement quoi faire. Une fois encore, ce fût dans les souvenirs de sa mère qu’Isabeau trouva le morceau parfait. Un morceau que madame Maindorée ne lui chantait pas directement, mais qu’elle fredonnait si souvent autour du feu que même aujourd’hui, les paroles étaient inscrites au plus profond de son âme, comme la marque indélébile d’un fer rougi par le feu. Noble, ce chant là ne l’était d’aucune manière. Un peu plus populaire, un peu plus grivois, il sonnait toutefois merveilleusement bien sous l’intonation délicate de la cantatrice.

Inspiré par le quotidien des femmes outreventoises, ce chant représentait la voix intérieure de toutes les mères, femmes, filles, rouspétant contre les hommes de leurs vies. Malgré l’agacement de ces héroïnes sans aucun nom, l’amour reste le fil conducteur de toute cette chanson. Car ces hommes du peuple, parfois méchant, d’autrefois bête, sont des êtres aimés. Des êtres qui en dépit de tout, suscitent l’amour, l’admiration des femmes de leurs vies. Bien qu’Isabeau n’approuvait aucunement les paroles de cette chanson, offrir cette autre perspective à Marjolaine lui semblait inévitable. Comment discuter de ce que ces chansons représentaient sans que son interlocutrice ne détienne la voix des deux camps s’opposant farouchement sur la question ?   Se sacrifier pour l’amour d’un homme était une bêtise aux yeux de la Compagne, mais elle respectait le choix de ces femmes. Ces femmes fortes qui restaient auprès des leurs en tout temps. Ces femmes qui avaient eu le courage qu’Isabeau elle-même n'avait pas su avoir autrefois. Ces mêmes femmes qui ne comprenaient pas l’honneur dans la mission sacrée de la jeune femme. Ce débat allait-il tirer sur une corde sensible ?

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Mer 16 Mai - 18:51

Le Beau était quelque chose qui rejoignait le cœur de Marjolaine, amatrice d'art depuis toujours.  Ayant passée une enfance plutôt isolée, les fleurs et les œuvres d'art qui parsemaient Blanc-Lys étaient ses seuls amis, jusqu'à l'arrivée de Faustine.  Comme toute Lagrane, elle appréciait déjà la musique bien qu'elle n'aie pas eu l'occasion d'assister aux concerts de personnes de grand talent, ses parents vivant dans la réclusion en raison de leur magie proscrite.  C'était sa nouvelle compagne qui avait développé son goût, bien qu'il lui fallut un certain temps pour s'habituer au son grinçant de la vielle qui avait remplacé la harpe dont elle ne pouvait plus jouer en raison de ses doigts brisés.  Être musicienne n'avait jamais été la vocation de Marjolaine et elle n'avait donc jamais appris.  En-dehors de la broderie, la duchesse ne s'était consacrée à aucun autre domaine plus ou moins artistique autrement que pour en apprécier les charmes.  Si pour certains il était étrange qu'elle puisse faire appel aux services d'une Compagne, cela était tout à fait normal à ses yeux.  Elle reconnaissait qu'elle approuvait un peu moins certains des services offerts par celles-ci, notamment auprès d'hommes mariés parfois, mais elle savait qu'elles étaient plus que cela.  Il s'agissait de jeunes femmes accomplies, bourrées de talent et qui vivaient comme d'autres artistes de celui-ci.  La prestation de la Compagne outreventoise le prouvait d'ailleurs une fois de plus.  Ses chants étaient beaux, agréables à entendre et répondaient clairement aux demandes de la Lagrane.  Elle avait un soucis de satisfaire la duchesse et cette dernière pouvait sentir que ce n'était pas seulement en raison de son titre.

Elle n'était pas déçue de ce second chant.  Il était différent, mais elle appréciait qu'elle suivent une thématique de l'un à l'autre.  Il existait une certaine logique dans la trame que suivait l'Outreventoise.  Que les femmes se retrouvent au cœur de ces histoires chantées plaisait beaucoup à Marjolaine.  La réalité des hommes en Outrevent intéressait beaucoup moins la femme que celle de leur contrepartie féminine.  C'était dans ce duché qu'était née sa précieuse amie et c'était dans celui-ci qu'elle vivrait un jour prochain, loin d'elle.  Elle voulait s'assurer qu'elle aurait toutes ses chances de bonheur, elle voulait  comprendre un peu mieux cet endroit où elle vivrait.  Et pourtant, elle posait bien peu de questions à ce sujet à son amie, par crainte de réveiller en elle d'affreux souvenir.  N'était-ce pas la fermeture d'esprit de ces gens qui l'avait obligée à fuir, à tout laisser derrière elle et prétendre être morte?  La vie de Marjolaine avait peut-être été privée pendant longtemps de toute mondanité en raison de la magie du sang qui coulait dans les veines de sa famille, mais jamais pareille situation ne serait arrivée.  Son père n'était-il toujours pas comte?  Et ce second chant, qui lui rappelait tellement sa propre situation par moment, elle qui par amour faisait preuve de résiliation devant les infidélités de son mari, toujours là derrière lui à le soutenir malgré son cœur meurtri.  Ce n'était pas vraiment le sens de ce chant, elle le savait, mais la beauté même de la musique et des histoires, c'était qu'à partir des propres expériences qu'on la ressent.

Les yeux fermés, les mains jointes sur son cœur, Marjolaine s'était laissée bercée par la mélodie avec un certain extase.  Elle regretta les dernières notes, désirant prolonger le plaisir un peu plus longuement.  Mais il fallait que les bonnes choses prennent fin pour qu'on en apprécie encore plus les bienfaits. D'un geste élégant, elle désigna un siège près d'elle.  « Venez-vous asseoir, vous méritez bien un peu de repos et la justesse du choix de vos chants nous donnent amplement à discuter pour passer un moment fort intéressant, » l'invita-t-elle à s'asseoir.  Elle lui adressa un de ses meilleurs sourires bienveillants et se cala plus confortablement dans sa propre chaise.

« Il est possible que j'interprète mal certains passages, mais soyez indulgente envers moi, Lagrance et Outrevent sont peut-être tous deux duchés du même empire, mais je les crois suffisamment différent.  Je vous invite à me corriger si jamais je suis dans l'erreur.  Si je vous ai demandé de me chanter Outrevent, c'est pour apprendre à mieux le connaître. »

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Lun 11 Juin - 14:18

Et enfin, le silence reprit sa juste place. Isabeau était satisfaite de sa prestation. S’il lui était arrivé de faire quelques erreurs, ce qui n’était pas anormal pour une cantatrice, la demoiselle avait tout de même produit quelque chose de très agréable. Il lui suffit d’observer un instant sa cliente pour s’assurer que sa prestation avait été appréciée. Marjolaine semblait avoir été transportée par le chant de la Compagne. Puisque du sang noble coulait dans ses veines, Isabeau avait craint que son interlocutrice n’apprécie pas un chant à l’origine si basse. Elle s’était trompée. Lourdement. La jeune femme ne pouvait qu’adorer une telle personne. Une personne humble, douce. Quelqu’un qui méritait sa véritable attention, pas simplement celle qu’elle était obligée de feindre puisqu’elle était payée. Le plaisir qui illuminait le visage de la duchesse faisait chaud au cœur de la musicienne. C’était un véritable honneur que de côtoyer une grande Dame comme elle, une Dame qui appréciait le Beau à sa juste valeur. Plus une once de culpabilité ne rongeait le cœur de la Compagne. Elle ne pensait même plus à ce cher Denys. Elle était tout simplement hypnotisée par la douce Marjolaine. Quelle adorable créature.

La duchesse lui fit finalement signe de s’approcher et Isabeau s’exécuta, se laissant emporter par la tentation. Elle s’installa confortablement sur le siège que son interlocutrice lui avait désigné d’un élégant signe de la main. La Compagne eut l’impression de s’asseoir sur un nuage. Le fauteuil était déjà en lui-même une merveille, moelleux et de très bonne facture. Mais plus que ça, Isabeau se sentait enfin détendue en présence de Marjolaine. Elle avait une intuition. Elle pouvait faire confiance à la duchesse, c’était quelqu’un de bien. Elle pouvait sentir sa bienveillance vibrer dans chacun de ses mots, chacun de ses mouvements. Comme il était agréable de se retrouver en compagnie d’une aussi charmante créature. Si Isabeau rêvait de s’avachir au fond du siège, la politesse l’obligeait à se comporter d’une toute autre manière. Alors elle garda le dos droit, les jambes closes. Elle vint offrir un sourire radieux à sa cliente, un sourire qui semblait pour la première fois enfin totalement sincère. La demoiselle adressa enfin un signe poli de la tête à Marjolaine, la remerciant de l’avoir invité à s’asseoir à ses côtés. Se sentir en confiance ne voulait pas dire qu’on pouvait oublier les règles de courtoisie, surtout lorsqu’on se trouvait en présence d’une duchesse.

Marjolaine voulait discuter du sens des chants qu’Isabeau venait de réciter. La Compagne savait que ce moment viendrait inévitablement mais elle avait espéré pouvoir l’éviter le plus longtemps possible. La demoiselle adorait discuter, surtout lorsqu’il était question de la place des femmes en Arven. Malheureusement, ce genre de discussion pouvait très vite dégénérer lorsqu’on ne parvenait pas à se mettre d’accord. Si Isabeau s’en tenait aux diverses remarques que la duchesse avait pu faire jusqu’à présent, elle doutait grandement qu’elles partagent la même vision du monde. Ce n’était pas anormal, après tout elles venaient de deux endroits si différents. Comment auraient-elles pu penser exactement la même chose ? Le problème n’était de toute façon pas là, pas vraiment. Isabeau respectait les divergences d’opinion. Considérer qu’on était la seule personne à disposer de la vraie réponse était d’un égocentrisme débectant. Après tout, une discussion devenait vraiment intéressante quand deux idées s’opposaient, pas l’inverse. Mais le vrai problème, ici, c’était qu’Isabeau était là pour servir Marjolaine, pour la distraire et lui offrir du réconfort. Certains clients appréciaient grandement les joutes verbales, mais serait-ce son cas ? La duchesse ne lui avait donné aucune indication et la Compagne ne savait pas sur quel pied danser. La situation était épineuse.

-Je vous en prie, Votre Grâce. Dites moi ce que vous avez pensé de ces deux chants. Sincèrement. Votre vérité m’intéresse. Ne l’endormez pas par de délicieux mensonges pour me faire plaisir. Je suis là pour vous écouter vous et seulement vous, dans le secret de cette pièce.

Oui. C’était la meilleure marche suivre. Elle laisserait d’abord à Marjolaine l’opportunité de présenter ses idées puis Isabeau aviserait. Elle hésitait encore alors elle espérait de tout cœur que son interlocutrice lui offrirait malencontreusement une illumination en déclamant ses idées. Isabeau voulait être honnête avec Marjolaine mais ce qu’elle voulait n’était pas important, pas lorsqu’elle était en mission ainsi. Entre désir d’être entière et obligation de satisfaire les besoins de son client, la Compagne ne savait pas quelle voie suivre. Tout ce qu’elle espérait, c’était que Marjolaine l’oblige à être entière. Ce serait la meilleure des solutions.

-Je viendrais alors vous offrir mes propres réponses. Si c’est ce que vous souhaitez, bien sûr.

Et alors qu’elle déclamait candidement ces quelques mots, Isabeau prit une longue inspiration, se préparant mentalement à ce qui était sur le point d’advenir. Tout pouvait arriver.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Mer 27 Juin - 2:49

Elle était intéressée Marjolaine, de comprendre un peu mieux la réalité outreventoise.  Sa meilleure amie était née dans ce duché venteux, pourtant elle avait l'impression de le connaître si peu.  C'était là qu'elle vivrait désormais sa Faustine, fiancée à Lionel de Rivepierre, l'ancien prétendant de son amie Gabrielle.  Si elle éprouvait du malaise face certaines parties de cette union, elle n'arrivait pas à les verbaliser dans la crainte de blesser l'une ou l'autre de ses amies, elles qui étaient toutes deux si chères à son cœur.  Ce doux interlude musical était un repos bienvenu qui lui permettait de s'intéresser à des sujets qui lui tenait un peu plus à cœur que les torts de l'une ou l'autre de ses précieuses compagnes, elle qui peinait déjà à leur trouver le moindre défaut.  Elle soupira doucement, chassant les nuages de son cœur pour ne penser qu'à cette conversation plus qu'intéressante qui s'annonçait.  Elle avait bien réfléchi aux paroles des chansons, elle s'était intéressée à leur signification, à ces messages qu'elles portaient.  Peut-être son interprétation était-elle erronée, la modestie et la timidité de la duchesse l'incitait à le croire plutôt que de faire confiance en son propre jugement.  Ainsi, elle se sentait fort intimidée d'être invitée à partager ses impressions la première.  Une légère rougeur teinta ses joues et elle baissa les yeux en contemplant ses mains.

Un silence passa durant lequel elle rassemblait ses idées.  Il était angoissant pour elle de s'exprimer devant une inconnue, même dans l'intimité d'une pièce habitée seulement d'elles deux et de quelques protecteurs.  Elle déglutit et releva légèrement la tête, prête à s'exprimer.

« Il se dégage de forts sentiments de ces deux chants, l'un comme l'autre, bien que leur histoire soient différentes.  J'aime beaucoup que la femme soit le sujet central et commun de l'un comme de l'autre, mais pas en tant qu'objet de convoitise, un pot de fleurs décoratif à ajouter aux trophées d'un homme en particulier.  Ces souffrances et cette résignation sont si fortes. »

Marjolaine pouvait facilement se reconnaître dans cette seconde ballade, d'une certaine manière.  Denys n'était pas un mauvais époux, comme tous les hommes il avait des travers et l'un de ceux-ci était particulièrement difficile à supporter pour la duchesse.  Cela aurait pu être un autre, mais il lui semblait que c'était le pire de tous, cette infidélité qu'elle supportait avec patience et silence.  Cette envie d'aller chercher ailleurs ce qu'il pouvait trouver avec elle.  Cette impression de ne pas être assez bien pour mériter les attentions de son propre époux.  Pendant combien d'années avait-elle attendu d'être enfin la seule dans le monde du père de ses filles?  Les choses changeaient.  Il y avait toujours de l'espoir.

« En vous entendant, j'avais l'impression de percevoir cet amour des femmes pour ces hommes uniques qu'elles aiment, malgré tout.  Cela montre leur fragilité, je crois, mais aussi leur force.  La crainte de perdre l'être aimé est souvent plus grande et importante que n'importe quel sentiment, toutefois elles savent supporter en silence leurs peines, toujours là derrière, fidèles à elle-même. »

Elle rougit.  Ce qu'elle disait lui ressemblait trop et elle ne désirait pas que la Compagne ne sache qu'elle se reconnaissait bien trop dans ses propres propos au sujet de chants qu'elle interprétait certainement plus que nécessaire.  Elle secoua la tête.  « Il doit vous sembler que je dis beaucoup d'inepties.  Je ne connais que très peu la réalité des femmes du peuple, encore moins celle des Outreventoises. »  C'était vrai.  Marjolaine avait été plutôt choyée par le destin.  Elle était née fille de comte.  Elle avait grandi isolée certes, la magie du sang imposant de se terrer, mais confortablement, puis il y avait déjà plusieurs années qu'elle était mariée à Denys et vivait dans un luxe que tous ne pouvaient s'offrir.  Elle n'avait pas eu le temps de connaître les passions adolescentes, pas eu le temps de goûter autrement à l'amour que dans le mariage.  Elle avait eu de la chance, d'une certaine manière.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Dim 29 Juil - 13:00

Qu’allait donc répondre la délicieuse Marjolaine ? Si Isabeau était habituellement patiente, elle ne pouvait vraiment contenir son empressement en cet instant. Un mot de travers et tout pouvait sinistrement dégénéré. La duchesse était quelqu’un de respectable alors elle doutait sincèrement qu’une telle chose puisse advenir et pourtant, on était jamais complètement à l’abri d’un fâcheux dénouement. Presque une minute passa alors que la belle lagrane rassemblait ses pensées. Elle était réfléchie, c’était déjà ça de pris et Isabeau ne put que sourire avec bienveillance alors qu’elle l’admirait torturer son petit cerveau pour trouver les justes mots à déclamer. Au fond, peu importe ce Marjolaine s’apprêtait à dire, elles s’étaient mutuellement promises d’être honnête. Et c’était peut-être ça, le plus inquiétant. Si Isabeau se trouvait farouchement opposée aux idées de son interlocutrice, elle se sentirait presque obligée de lui faire savoir. Mais offenser une cliente aussi importante n’était pas la plus intelligente des actions. Pourquoi diantre avait-elle du dire cela ? Honnêteté ? C’était l’antithèse même de son emploi. La jeune femme n’avait malheureusement qu’une seule parole. En ce sens, elle était plus outreventoise que jamais. Il était hors de question de trahir la confiance d’une illustre dame.

Bon. Le début n’était pas trop mal. Même plutôt intéressant. Marjolaine comprenait au moins une des idées principales des deux chants. Elle avait su comprendre sans trop de difficulté que les femmes qui y apparaissaient n’étaient pas de simples potiches, qu’elles agissaient, ressentaient. Qu’elles étaient créatures pensantes, qu’elles ne se laissaient pas porter bêtement par le courant. Qu’au fond, un feu brûlant sommeillait au fond du cœur de chacune d’entre elles. Isabeau ne put qu’hocher avec douceur sa tête, satisfaite de la réponse que la duchesse venait de lui offrir, ou du moins l’esquisse de réponse. Puisque oui, Marjolaine était loin d’avoir terminé. Ses arguments pouvaient désormais emprunter deux voies différentes et la Compagne avait le pressentiment que son interlocutrice n’emprunterait pas celui qu’elle apprécie. Les femmes outreventoises étaient fortes. Isabeau pouvait lui concéder cela sans trop de problème. Mais la critique sous-jacente n’était peut-être pas assez apparente pour qu’une femme lagrane, de la noblesse en plus, puisse la comprendre. Isabeau aurait pu utiliser des morceaux bien plus directs mais cela ne l’intéressait pas. Car l’art était mystérieux, distant, presque incompréhensible. Déclamer ouvertement ce que l’on pensait par la musique était si horripilant.

Bingo. Marjolaine était passée parfaitement à côté de l’idée générale qu’Isabeau avait souhaité faire passer. Et malheureusement, Isabeau en était la seule responsable. La duchesse était d’une bienveillance foudroyante, voilà qu’elle s’excusait déjà alors que l’érudite n’avait même pas initié sa réponse. L’avait-elle senti, le désespoir de la Compagne qui se cachait derrière son sourire ? Le sujet était délicat, et Isabeau était bien plus sensible qu’elle n’avait pu l’imaginer. Toute sa vie avait été défini par cela après tout. La fuite de chez ses parents, son aventure avec ce fichu professeur de poésie, la honte, la rejet, puis les Compagnes. Ses sœurs. Des femmes, les seules qui comprenaient vraiment ses tourments. Si un sourire restait plaqué sur le visage de la jeune femme, une éternelle tristesse pouvait subitement se sentir dans le fond de ses yeux. Il serait difficile de répondre, de lui faire comprendre mais Isabeau se devait de répondre à ses engagements. De lui dire sa vérité sans non plus offenser l’esprit de son interlocutrice. Ce jeu serait extrêmement difficile mais elle s’était jetée corps et âme dedans et elle n’avait plus du tout le choix. Qu’importe, elle se jouerait des mots au possible pour que ses idées soient, elle l’espérait, comprises enfin.

-Ne dites pas cela. Chacun a le droit de penser ce qu’il souhaite, et ne pas être d’accord ne signifie pas que l’un est bête et l’autre un génie. La place des femmes dans les sociétés n’est pas un débat avec une réponse unique, simple, évidente sur laquelle tout le monde devrait se mettre d’accord. De région en région, de classe en classe, de personne en personne, tout le monde pense différemment.

Son entrée en matière était assez caricaturale mais elle voulait rassurer sa cliente avant de s’attaquer au cœur même du problème. C’était si important pour Isabeau. Les femmes. Se battre pour ses sœurs.

-Vous comprenez extrêmement bien les idées générales développées dans ces deux chants, mais nous en tirons des conclusions bien différentes. Votre réponse tourne autour des hommes, s’attache et dépend d’eux. Pourtant, ce que je pense, c’est que ces chansons dévoilent la vérité cruelle qui sévit en Outrevent. Les femmes sont soumises aux hommes. On leur apprend que le seul moyen d’être heureuse dans la vie, c’est de servir son père, son frère puis son époux. Aucun choix. Aucune créativité. Rien. Sortez du moule, sortez des modèles que les hommes ont définis et vous êtes attaqué, moqué.


Isabeau restait calme au possible en disant ces arguments plus que virulents. Il était hors de question de se laisser emporter par la colère et l’excitation alors qu’elle déclamait tout cela. Passer pour une sombre idiote alors qu’elle disait des choses aussi importantes la desservirait. Alors qu’elle gardait sa contenance, son sourire, sa grâce.

-Le premier chant met en avant l’incohérence du système outreventois. L’amour devrait être la valeur supérieure et pourtant, une enfant est poussée au suicide puisqu’en raison de préjugés et d’idées moralisatrices, elle ne pourra jamais vivre sa vie auprès de celui qu’elle aime. Cela explique tout simplement qu’en Outrevent, le mariage est l’unique solution au désir d’amour et de chair. Le reste.. Les flirts... Les liaisons… Les Compagnes… Tout cela est rejeté.

Le regard d’Isabeau vint retrouver celui de la duchesse alors qu’elle continuait ses explications. Elle espérait de pas l’offenser mais c’était déjà trop tard de toute façon. Elle ne pouvait qu’aller jusqu’au bout de ces explications, et qu’importe si Marjolaine prenait la mouche. Peu probable que cela arrive mais la Compagne se préparait à toute éventualité.

-Pour ce qui est du deuxième chant, je voulais vous offrir une autre perspective. Je ne la comprends personnellement pas. L’amour est beau. C’était même tout l’argument derrière la première chanson. Mais l’amour ne devrait pas être bête. Se sacrifier d’une telle manière pour satisfaire tous les besoins d’un homme sans même s’occuper de sa propre personne est abominable. Qu’une femme doive s’effacer pour honorer l’homme qu’elle aime est profondément injuste.


Et voilà. C’était terminé. Terminé pour le moment. Tout ce qu’elle espérait, désormais, c’était que la noble dame comprenne tous les éléments qu’elle avait essayé d’expliquer au mieux. Isabeau pensait avoir fait du bon travail mais on était jamais vraiment à l’abri de l’échec lorsqu’on débattait sur un sujet sensible. Plus impatiente que jamais, la demoiselle dévisageait sa cliente, prête à entendre tout et n’importe quoi.

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Message Sujet: Re: Comme une brise mélodieuse   Hier à 16:34

Marjolaine esquissa un simple sourire, pour toute première réponse. La modestie l'empêchait de se montrer plus hardie, surtout qu'elle n'était pas particulièrement très volontaire de nature, préférant plutôt se tenir en retrait.  Humble et avec peu de prétention, elle préférait plutôt savoir ce que la Compagne aurait à en dire.  Car visiblement, elle en savait plus qu'elle et avoir tort ne l'effrayait pas.  C'était en se trompant  que l'on apprenait et la duchesse ne se hérissait pas plus qu'une autre lui dise qu'elle était dans l'erreur.  Elle écoutait en silence, pensive.  Cette jeune femme devant elle avait un parlé remplit de passion, elle s'exprimait avec éloquence et ouvrait les yeux de Marjolaine qui avait toujours plus ou moins vécu dans l'optique d'attacher son époux à elle, de le rendre fidèle et de lui montrer qu'elle serait pour toujours sa meilleure partenaire dans tout ce qu'il entreprendrait.  Subséquemment, elle avait dévoué le reste de son temps à leurs enfants, à leur famille et finalement au peuple lagran.  Jamais elle n'avait cherché à voir sa vie autrement, ni à en modifier les tenants et aboutissants.  Elle était satisfaite de son existence, peut-être pas parfaite, mais au moins heureuse.  Se marier à Denys, devenir duchesse avait été son choix, encouragé par Campanule, mais elle ne l'avait pas fait de mauvaise grâce et elle ne le regrettait pas.  Que d'autres puissent se retrouver dans une telle situation ne lui était toutefois pas incompréhensible.  Après tout, sans sa détermination, peut-être parfois se serait-elle sentie fatiguée de toujours être en quête de l'affection de Denys et d'être toujours blessée par ses aventures extra-maritales.  Cependant, elle ne pouvait comprendre les moules et modèles d'Outrevent.  La place des femmes en Lagrance n'était pas aussi déplorable.  Elles avaient des droits, des aspirations et les vivaient.  Peut-être pas aussi librement que les hommes, certes, mais elles étaient libres de décider d'une part de leur vie.

Elle avait beaucoup parlé, elle avait beaucoup défendu son point et Marjolaine avait senti son cœur être touché d'avoir vu des opinions si nettes exprimées avec autant de ferveur.  Elle ne pouvait être complètement d'accord, elle ne pouvait parfaitement comprendre, mais leur vie à toutes les deux n'était-elle pas tout à faire différente en raison des choix qu'elles avaient fait toutes les deux?  Elle admettait l'esprit parfois un peu étriqué des Outreventois, mais la duchesse croyait sincèrement que le bonheur de la femme pouvait se trouver aussi dans l'amour et le mariage, même si parfois celui-ci nous éloignait de celui qu'on aime.

« Vous apportez une explication beaucoup approfondie de ces chants et je l'apprécie.  Je n'avais pas envisagé la chose sous tous ces angles, » répondit-elle d'abord sur un ton calme.  Elle n'était pas irritée des propos de la Compagne, elle était même contente qu'on lui ait parlé avec autant de sincérité plutôt que de chercher à ménager ses sentiments en raison de son rang.

« De tout cœur, je suis d'accord avec vous pour vos idées, néanmoins ma raison m'oblige à en contredire certaines, peut-être est-ce également dû à mon éducation, peut-être une femme née avec peu ne m'approuverait pas.  Mourir par amour est tragique et ne considérer les relations entre hommes et femmes qu'à travers le mariage est dommage.  Je ne crois pas que l'on doive encourager les jeunes filles à connaître un amour charnel avant le mariage, car une seule fois suffirait à lui causer des dommages irréparables dont elle pourrait se retrouver seule à porter la charge. »

Marjolaine songeait aux enfants.  Elle-même n'aurait jamais cette crainte, incapable d'enfanter sans la magie du sang, mais elle ne représentait pas la majorité des cas, elle n'était qu'une parmi tant d'autres.  Elle songeait à Denys, à cette période où l'on racontait qu'il aurait un bâtard.  Et si elle vivait difficilement avec l'idée que d'autres femmes puissent être les mères quelque part d'enfants semés par son propre époux, elle était prise d'une compassion cruellement douloureuse pour ces jeunes femmes.  Elle avait été soulagée quand il lui avait promis de ne jamais reconnaître que leurs enfants à eux deux, néanmoins cela ne mettait-il pas en situation désespérée d'autres femmes?  Elle éprouvait de la pitié pour elles et leur difficulté.

« Je crois que les interdits ne sont pas là pour les bonnes raisons, mais une part de moi ne peut s'empêcher d'en être soulagée en attendant que les choses ne puissent réellement changer.  Quant à ce qu'une femme puisse s'effacer complètement pour un homme, contrairement à vous, je peux concevoir qu'on veuille le faire.  On ne devrait pas obliger la femme à agir en ce sens, néanmoins je crois que l'abnégation issue de l'amour d'une femme montre combien elle est forte et en vérité il s'agit à mes yeux d'une forme d'indépendance. »

Il était difficile pour elle de parler autant et d'aligner autant de phrase devant une inconnue, bien qu'elle se sentait relativement à l'aise.  Elle esquissa un sourire timide.  « Je crois qu'il n'y a pas de bonne réponse à cette question.  Néanmoins, nous pouvons nous réjouir d'avoir des femmes telles que vous prêtes à braver le regard des gens.  C'est par vous que le changement opérera. »  Elle le croyait Marjolaine.  Elle n'était pas malheureuse de la situation actuelle de la femme, parce qu'elle y avait trouvé son compte, parce qu'elle avait cru être privée de la félicité d'être mère, d'être aimée, toute sa vie durant.  Mais elle savait bien pourtant que ce n'était pas le cas pour toutes les autres, de celles qui avaient des ambitions plus grandes que de devenir mère ou épouse.

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