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 Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?

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Message Sujet: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 8 Mai - 6:09


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Jehanne et Bertin d’Ansemer

Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?

Ou cette douce-amère marque-t-elle le début de notre fin ?




• Date : 9 mai 1003
• Météo (optionnel) : Ensoleillé, mais personne ne le remarquera
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Une lettre du duc d’Ansemer pousse Bertin à rentrer au palais pour aller voir Jehanne. Leurs retrouvailles seront douces amères. Tant de choses à se dire, et si peu de temps pour le faire…
• Recensement :
Code:
• [b]9 mai 1003[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3674-vivrons-nous-ma-jehanne-pour-voir-la-fleur-naitre-du-fruit#137619]Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?[/url] - [i]Jehanne et Bertin d’Ansemer[/i]
Une lettre du duc d’Ansemer pousse Bertin à rentrer au palais pour aller voir Jehanne. Leurs retrouvailles seront douces amères. Tant de choses à se dire, et si peu de temps pour le faire…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 8 Mai - 6:11

Les derniers jours n’ont été qu’un flou consécutif d’heures indéfinies. Interminable enchaînement de minutes où tu as l’impression que ton monde s’écroule. Tu l’entends, le soir, lorsque tu t’étends après ta longue journée, comme un mur de pierres dont le mortier s’effrite. Dans tes rêves, elles tombent, d’ailleurs, les pierres. Tes rêves. Ceux qui ont recommencé, et qui ont fait en sorte que tu abandonnes ton sommeil aux potions parce que tu n’en peux plus d’y réfléchir toute la nuit, la peur au ventre que la Chasse te trouve avant que tu ne trouves une solution à cette situation dans laquelle tu as réussi à t’empêtrer.

Certains diraient que c’est un problème, mais tu ne peux t’y résoudre. Tu as espoir, du moins tu tentes, que ton frère ne voit rien, comme la première fois. Mais une part de toi sait très bien que tu n’auras pas cette chance, cette fois. Bartholomé était hors de lui à votre dernière rencontre. Et toi tu étais trop sous le choc pour arriver à bien jouer le rôle que tu t’es donné il y a douze ans lorsque tu as enfin osé, que vous avez scellé vos sentiments et votre silence de ce tendre baiser. Douze années qui sont passées plus vite, te semble-t-il, que les douze jours qui ont séparé ton départ du palais de cette missive que tu as laissée intacte sur ta table, dans ta chambre, te promettant de la lire plus tard. Elle t’est adressée de la main de ton frère, l’homme même que tu peines à apprécier depuis qu’il t’a appris la nouvelle avec une telle colère que tu ne t’en es pas remis.

Tu n’étais pas sans savoir que vous courriez un risque chaque fois que vous vous retrouviez. Tu te rappelles vos retrouvailles en janvier, la douceur des nuits que vous avez partagées, ses baisers sur tes lèvres, le goût de sa peau, et toute la tendresse que vous avez partagée. Tu te rappelles ses sourires, son regard brillant de bonheur tel que jamais cet homme n’avait réussi à les faire briller. Tu te rappelles que c’est toi, qu’elle aime. C’est toi, le père de votre enfant. Mais c’est lui qu’elle a épousé, de force. C’est lui qui la déteste. C’est lui qui fera tout pour la punir d’un geste qu’il aurait pu prévenir, si seulement il avait été plus tendre et plus aimant avec sa femme. Jamais tu n’aurais osé te laisser séduire par elle si Bartholomé avait agit en époux. Tu ne cesses de te le répéter, comme pour t’assurer que c’était toujours vrai. Le temps a filé, depuis, et tu ignores parfois si tu confonds tes émotions d’alors à ce que tu ressens aujourd’hui, à ce que tu es prêt à faire pour protéger ta merveilleuse fleur.

Deux jours. Cette lettre t’attend deux jours sur le coin de ta table, ignorée, évitée. Puis tu tends la main un soir, tu l’effleures du bout des doigts alors que ceux de l’autre main serrent un verre de rhum. Tu sens que l’alcool t’aidera à affronter les mots hargneux que ton frère t’aura certainement écrit. Tu trembles déjà de douleur, de colère alors que tu brises le sceau que tu connais trop bien et que tu déplies enfin le parchemin. L’écriture est hâtée, et les premiers mots t’inquiètent. Le cœur au bord des lèvres, tu lis la suite avant de soupirer si fort qu’on t’aura certainement entendu du couloir. Un soupire, et un sourire teinté des larmes qui te montent aux yeux bien malgré toi. Tu fais un effort pour te ressaisir, pour relire les mots. Bartholomé devait être furieux pour t’écrire ainsi, tu le sens dans les mots choisis, dans la façon de les confier au papier qu’il t’a fait parvenir. Ton frère demande ton aide, mais dans l’immédiat tu n’arrives même pas à y songer. Tu ne vois que l’invitation à aller voir Jehanne, et tu te promets d’y aller demain… demain c’est ton jour de repos, l’heureux hasard. Tu bois ta potion ce soir-là et tu t’abandonnes dans les bras de Niobé le cœur un peu plus léger qu’à l’habitude.


Attendre qu’il soit une heure raisonnable pour lui rendre visite est une véritable torture. Tu dois embêter tes collègues à faire les cent pas dans la salle commune, si bien que tu finis par choisir de te promener en ville, de prendre des détours pour tenter de calmer ton cœur qui s’emballe déjà à l’idée de la revoir. Malgré la douleur. Malgré la colère. Parce que ces sentiments là non plus ne t’ont pas quitté. Tu ne comprends pas elle ne t’en a pas parlé, à toi, son amant, son âme sœur ! Tu lui en veux un peu. Parfois beaucoup, selon ton humeur.

Les pavés de la ville défilent, et tu t’approches peu à peu du palais. Les rues te manqueront bientôt pour imposer encore un peu d’attente, et c’est en inspirant lentement que tu approches de l’entrée du palais. Tu as revêtu ton masque de « l’autre » pour l’occasion, tu as chassé tes troubles comme le bon diplomate que tu devrais être. Tu es prince, après tout. Tu entres comme si rien n’était, et tu parcours les couloirs qui n’ont depuis longtemps plus de secrets pour toi. Tu hésites un moment avant de t’avancer dans le dernier couloir, celui qui mène à sa porte, et où tu peux entendre deux hommes discuter à voix basse. Ton cœur se serre en pensant à Jehanne ainsi enfermée, fleur sauvage privée du soleil et de l’air frais pourtant si nécessaires à sa survie…

Puis tu t’avances, enfin, l’expression de ton visage composée avec soin. Tu n’adresses qu’un bref regard aux gardes à qui tu annonces :

- Sa Grâce Bartholomé d’Ansemer désire que je m’entretienne avec son épouse. Annoncez-lui mon arrivée.

Il y eut un moment d’hésitation avant que l’un deux obtempère enfin en se glissant dans la chambre.

- Votre Grâce, le prince Bertin désire...

Fâché qu’on t’ait presque refermé la porte au nez, tu la pousses de la main et entre avant qu’il n’ait terminé de t’introduire. Tu n’en peux plus d’attendre. Tu t’inclines devant elle comme le demanderais vos positions respectives à la cour d’Ansemer, attendant que le garde quitte enfin la pièce pour que tu puisses t’approcher d’elle, enfin, poser les yeux sur elle, et t’imprégner de ce qu’elle devient. Tu espères seulement qu’elle tient bon, car tu sais que la colère de Bartholomé est dirigée vers elle et que c’est elle qui souffrira le plus. Elle est forte, tu le sais très bien, plus forte que ne le croirait ton frère, mais tu t’inquiètes pour elle. Et pour votre enfant. Tu les aimes si fort…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 8 Mai - 22:00

Les jours s’étiolent. C’est plus dur de les compter quand on ne sait que faire le tour des trois pièces en enfilade qui composent ses appartements. On commence avec l’espoir qu’avec la course du soleil dans le ciel, on saura se repérer. Alors on ouvre les fenêtres, on laisse l’air s’engouffrer dans la pièce et on attend. Le premier jour, on arrive encore à en compter les heures : encore secouée par la rage et le désespoir, doucement, on note tout ce qui nous passe par la tête sur le carnet caché sous l’oreiller.

Je n’aurais jamais du faire ça.
Je ne pouvais pas m’en débarrasser.
Je l’ai su trop tard. Je n’ai pas pu le deviner avant. J’ai espéré que tout se passe mal. Maari m’en voudra sans doute, mais je me répugne à attenter ainsi à la vie de notre enfant. Une fois. C’était arrivé une fois, et je me suis promis de ne plus jamais en perdre.
C’était de Sa faute, il y a huit ans. Quand elle était encore pleine de ressources pour me faire du mal. Une chute inconvenante dans les escaliers. La robe trop longue, quelqu’un qui marche dessus alors que personne ne suivait l’intruse. Personne n’avait été vu. Puis après tout, je n’ai pas appelé à l’aide. Lèvres closes dans la douleur.
La duchesse sonnée, gardée pendant quelques semaines, surveillée par des mages guérisseurs qui avaient eu le tact de ne pas l’informer de la perte. Ils avaient menti. Ca s’entendait dans leur voix.
Je ne l’ai su qu’après.  
L’ont-ils dit à Bartholomé ? C’était sans doute son enfant.
Je pense qu’il n’en avait rien à faire.
C’est loin, maintenant.
Puis un brouillon, raturé, griffonné, presque illisible d’une lettre, où les suppliques s’entrelacent à des excuses. A des idées, folles et rocambolesques.
Le premier jour, pendant quelques heures qui passent dans la lumière qui décline, après les larmes qui sèchent, les mots noircissent les pages. Ce n’est que lorsque le ciel rougit qu’ils arrêtent. Les portes s’ouvrent, laissant entrer dans l’éternité qui va devenir le quotidien trois gardes.
« Tout le papier sur lequel elle peut écrire. Ordre du duc. »
Le carnet disparaît. L’encre également. Crayons, feuillets, lettres à moitié rédigées : sa vie privée, la preuve de sa parole, tout disparaît. Oh, elle tente de s’y accrocher, d’en garder quelques-uns – c’est sa voix dont on la prive cette fois –, mais toute duchesse qu’elle soit, on la retient fermement.

Les jours s’étiolent. Il n’y a plus rien pour les compter. Elle voit le ciel s’obscurcir et la pluie tomber, l’orage gronder. Elle voit les lunes se lever, sans réussir à savoir exactement combien de fois. Les jours ne sont plus qu’une masse informe.
La fenêtre est toujours ouverte. L’air circule en permanence, lui apportant l’impression qu’elle peut encore être à l’extérieur. Autrefois, c’était les jardins qui lui manquaient. Maintenant, même l’océan qu’elle devine par  sa fenêtre l’appelle, tentateur. Juste quitter ces murs, ces trois pièces qu’elle arpente sans cesse !

Dehors, la guerre pourrait recommencer, Ibélène mettre à feu et à sang leur empire, détruire Faërie tout entier qu’elle ne le saurait pas. Sa dame de compagnie tente de la convaincre, période par période. De lui parler, de manger, de dormir.
« Ne blessez pas la vie en vous. »
Alors elle obéit, dans cette lente succession d’instants. Parce que l’enfant est sans doute plus important qu’elle, à ses yeux. On ne sait plus vraiment. On se perd, enfermé dans une cage qui n’a rien de doré. On se perd, on meurt sans doute un peu. Les prisonniers ne vivent jamais bien leur captivité. Petit à petit, ils en viennent à être indifférents à tout. Aux gardes qui fouillent la pièce, de temps à autre, sur ordre de celui qui prétendument règne sur elle. A ce duc qui vient, une fois, peut-être plus. Il n’y a même pas un regard d’offert. Donner l’impression que personne n’est là.
Peut-être, au fond de soi, n’est-on déjà plus là.
A trop rechercher la liberté, on se détruit quand celle-ci nous est ainsi arrachée.

Les jours s’étiolent et se ressemblent. Parce que demain il faudra vivre encore, mais il n’y a pas de demain s’il n’y a pas d’aujourd’hui. Il y a l’enfant qui grandit dans son ventre, et c’est bien assez.
Juste assez pour survivre.

Pourtant, il arrive que la porte s’ouvre. Il arrive que, de l’extérieur, quelque chose arrive. Souvent, Jehanne n’y prête pas attention. Les gardes lui parlent, mais elle ne répond pas. Elle ne regarde pas. C’est différent, pourtant, cette fois. Le nom la fait tiquer, relever la tête et tourner son regard terne et gris bleuté vers la porte. Il fallait au moins ça.

Elle considère sans émotion apparente – menteuse jusqu’à la fin, dissimulatrice finie dans l’éternité de sa cage – l’homme incliné, avant de fixer le garde.
On ne lui a jamais dit de rester, quand le duc s’entretient avec elle. Peut-être que dans sa petite tête de stupide Ansemarien apte à suivre les ordres d’un gamin de quarante ans colérique, le lien entre les deux frères se fait. Il quitte la pièce.
Océane, au côté de la duchesse, incline la tête. « Je suppose que… »
Hochement du côté de celle-ci. La jeune disparaît également. Ils sont seuls, même si les portes et les issues secrètes – il  y en a sûrement – sont gardées.

Jehanne a mauvaise mine. Pâle, plus qu’à l’accoutumée, et enfoncée presque dans un fauteuil bleu plus grand qu’elle, ses cheveux épars sur ses épaules semblent rêches, lisses et plats. Leur couleur est terne, tout comme celle de ses yeux. Sa robe, lâche, cache dans d’amples plis blancs la forme de son corps.
Le silence se fait plus lourd. Glacial. Les regrets se tendent entre eux, alors que ses doigts se crispent sur le tissu. Si elle parle, ils entendront, dehors. Elle le regarde, les yeux s’allumant presque de vie. Elle le regarde intervenir dans l’éternité où elle est coincée, silencieuse, et elle n’ose même pas y croire, avant de tendre doucement sa main vers lui, quémandant qu’il s’approche.


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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 9 Mai - 7:24

Heureusement qu’il quitte, ce garde, car tu lui aurais ordonné de sortir. Même chose pour cette dame Océane, bien gentille, mais tout simplement de trop. Tu peines à rester calme en entendant leurs pas s’éloigner, la porte se refermer. Un coup d’œil derrière toi te permet de confirmer qu’ils ont quitté et tu te tournes enfin vers Jehanne, ta merveilleuse, pour la regarder. Ton cœur se serre immédiatement alors que tu la détailles et, l’espace d’un instant, toute ta colère et ta douleur s’envolent en voyant son état. Elle te reviendra sans doute, ta petite rancœur, elle n’est pas partie bien loin, mais ton Amour l’emporte et te fait avancer vers elle d’un pas plus calme que tu ne l’es vraiment. Il faut te contrôler, vous contrôler, car qui sait ce qui est observé, qui sait ce qui est écouté… Tu te méfies encore plus que d’ordinaire… Mais tu t’approches, tu viens lui prendre la main avec douceur, tendresse, et y poser un baiser. Tu fermes les yeux en sentant la chaleur de sa peau sur tes lèvres.

Tu libères sa main à contrecœur pour tirer une chaise près de son grand fauteuil. Tu t’y assois aussitôt, et tu tends la main pour reprendre la sienne, la regarder de nouveau. Son état t’attriste et tu n’arrives même pas à le cacher. Que parviendrais-tu à lui cacher, à ta Jehanne, de toute façon ? C’est sans doute celle qui te connait le mieux, dans tes moments humains, tes moments de faiblesses, tes moments d’Amour. De nouveau, tu portes sa main à tes lèvres pour y poser un second baiser avant de t’adresser à elle d’une voix si basse qu’elle pourrait peiner à t’entendre. Tu ne te fais pas confiance pour contrôler ni ta voix ni tes mots, mieux vaut un échange presque silencieux dont les curieux de l’autre côté des cloisons ne pourront pas distinguer les paroles spécifiques.

- Si tu savais comme tu m’as manqué…

Tu as tellement de phrases qui se bousculent dans ta tête que tu peines à t’exprimer. Tu comptais faire attention, mais la phrase t’a échappé, murmurée du bout des lèvres à l’intention seule de Jehanne. Elle t’a manqué, c’est vrai, mais il y a tellement plus à dire, tellement… Tu cherches son regard, tu y plonges le tiens, vous avez depuis longtemps perdu ce besoin qu’ont certains des mots pour se faire comprendre. Puis, soudain, les paroles se déchaînent pétrie par cette rancœur momentanément oubliée et qui refait surface alors que tu voudrais la faire taire, mais tu en es incapable, tout t’échappe, tout ce que tu gardes enfermé depuis deux semaines, depuis que tu as appris…

- J’aurais aimé l’apprendre de toi, Jehanne… Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Tu aurais dû m’en parler…

Tu es blessé, c’est vrai. Elle le verra sans doute. Ce silence dans lequel elle t’a muré, ce secret qu’elle a gardé, n’était-ce pas le tiens également à garder ? N’as-tu donc pas ton mot à dire ?

- Comment veux-tu que je t’aide si tu ne m’en donnes aucune chance ?

Tu la fixes toujours, ému, tendu, meurtri. Ton cœur comme le sien, tu t’en doutes bien. Il n’y a qu’à la regarder pour savoir qu’elle ne se porte guère mieux que toi. Pire même sans doute. C’est elle qui écope de vos escapades, de sa conséquence. Ce n’était pas ton intention, de tout lui balancer dès le départ, et tu le regretteras sans doute en regardant se mouvoir ses traits, en y lisant sa réponse silencieuse.

- Comment vas-tu ? Comment tiens-tu ?

Les questions viennent tard, mais ton inquiétude est présent depuis des jours. Tu n’as certainement pas besoin de le lui dire pour qu’elle le sache.

- Je serais venu plus tôt, mais Bartholomé me l’a interdit…

Et contrer son interdit dans la situation serait beaucoup trop risqué. Mieux vaut être prudent…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 9 Mai - 23:32

Enfoncée dans son fauteuil, elle est même prisonnière du tissu. Lourd, rigide, presque trop confortable, la couleur sombre qui atténue celle de ses traits et de son regard au lieu de le renforcer la fait paraître plus petite et frêle, l’emprisonne. C’est une couleur mer sombre, profondeurs inatteignables que l’on devinait sous la surface qui l’attire et pourrait l’étouffer. Le siège, pourtant, n’est pas si grand ou si imposant que ça : mais la couleur riche, presque plus vivante qu’elle malgré la vie qu’elle porte, l’annihilerait presque. C’est tout l’océan qui lui en veut sûrement. C’est le monde qui ne veut plus d’elle que ce fauteuil, c’est l’oubli, même.
Il n’y a que sa main, tendue, suppliante presque, vers Bertin. Qu’il la sauve de l’infini qui tente de l’englober jusqu’à la rendre insignifiante, écrasée comme elle l’est par la présence du fauteuil dans lequel elle se trouve. C’est le seul de la pièce, hormis une chaise sur laquelle elle a l’habitude de s’assoir à son bureau. Mais à quoi cela sert-il, de se poser devant la table de travail si elle ne peut plus écrire ? Plus aucun courrier ne lui vient – Bartholomé le garde sans doute enfermé dans son bureau. Elle ne reçoit que des félicitations, qu’il lui apporte. Elle voudrait toutes les brûler.

Un éclat de tristesse se forme dans ses yeux, alors qu’il embrasse sa main et tire la chaise à lui pour se rapprocher. Elle ne dit pas un mot, Jehanne. Elle n’a rien à lui dire. Son regard le quitte alors qu’elle laisse ses yeux courir sur la pièce, cherchant ce qu’on lui on a ravi. Quelque chose pour communiquer. N’importe quoi. Comme si c’était possible. Comme si elle avait une alternative à sa voix que, elle le sait, les gardes ne manqueront pas de rapporter à son époux si jamais celle-ci venait à être entendue.
Et puis le reproche. Il la touche en plein cœur, et les larmes montent. Ses lèvres s’entrouvrent, son souffle est mesuré pour combattre l’afflux d’émotions qui la saisissent. Sa voix n’est pas plus haute que la sienne, mais elle sait qu’il l’entendra.

« Pour te dire quoi, Bertin ? Te dire ma grossesse, sans que tu ne puisses y faire la moindre chose ? Je ne pouvais pas… Je l’ai appris trop tard. J’ai nié sa présence. Ce n’était pas la première fois que.. J'avais du retard. Je ne voulais pas t’affoler inutilement. Et quand j’ai compris… Je… »Elle se tait un instant, son regard fatigué et terne, douloureux – encore combatif, peu, mais encore juste assez pour vivre – rencontre le sien et elle y voit un écho de sa propre peine. Sauf qu’elle n’a pas été trahie par lui. C’est elle qui n’a rien dit.

« Tu n’aurais rien pu y faire. Tu aurais juste angoissé, tu aurais perdu le sommeil, incapable de trouver une solution. J’ai peur. J’ai peur pour lui, pour toi, pour Bertille. Je… Je ne veux pas vous perdre. »
Elle combat ses larmes sans vraiment le vouloir. Un peu de force. Juste assez pour ne pas sombrer définitivement dans un abîme d’où elle ne saurait se sortir.
Doucement, elle se penche en avant quelque peu, pour prendre de sa main l’autre de Bertin. Elle a besoin de lui. Besoin qu’il ne la lâche pas. Et si elle n’avait pas peur d’être surprise, elle se serait déjà réfugiée dans ses bras. Comme ça… Comme ça, ils ont encore l’air de deux amis, sincèrement inquiets l’un pour l’autre.

« Il m’a tout pris. Je n’ai plus rien. Mes carnets, et même toi, il m’a tout ravi. J’ai mes livres et Océane, des tenues d’apparat qui ne servent pas et de la nourriture pour notre enfant. » la sonorité de la chose attire sur ses lèvres un pâle sourire. « Ce n’est rien, tu sais. Je n’arrive plus à vraiment compter les jours. Tous se ressemblent, sans toi. Le ciel change, les oiseaux volent. Quelquefois, la pluie tombe. » Les larmes s’écrasent sur sa robe, alors elle baisse la tête. « Je n’existe plus. Je ne peux plus écrire ou sortir. Je ne sais même pas à quoi il joue. J’ai l’impression de disparaître, Bertin. » Ses mains serrent les siennes, et elle ravale un sanglot. « Il serait capable de me faire assassiner et prétendre que je suis morte en couches, je sais. » Elle n’ose pas le regarder, mais elle en tremble, la duchesse.

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Dernière édition par Jehanne d'Ansemer le Ven 11 Mai - 21:50, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Jeu 10 Mai - 6:42

Tu n’as pas remarqué à ton entrée, tu n’as pas porté attention à l’absence de sa voix silencieuse. C’est devenu une telle seconde nature qu’il ne t’est même pas venu à l’esprit que ton frère ait pu tout lui enlever. Le regard autour d’elle fait naître quelques soupçons, mais tu serre sa main avec un peu plus de force comme pour l’inviter à rester là, près de toi, à tout de dire, vraiment dire, à voix basse… rompre le silence vaut mieux que de laisser de quelconques traces écrites de cet échange. Ce serait bien trop risqué… et un parchemin à la flamme attirerait l’attention. Non, même si cela portait ses risques, parler restait la meilleure chose que Jehanne puisse faire pour vous. Sa voix hachée par ses émotions fait accélérer le rythme des battements de ton cœur, comme chaque fois que tu l’entends, ce cadeau qu’elle te fait… et pourtant les mots sont presque durs malgré les larmes. Douloureux…

- Mais j’aurais su, Jehanne… Il y a des potions pour le sommeil… mais pas pour les cœurs meurtris… J’aurais toléré de l’apprendre de ta dame, de n’importe qui… mais pas de lui…

Ta colère s’est envolée dès que tu as vu les larmes perles dans ses yeux. Tu n’as jamais su la voir pleurer. Chaque fois ton cœur se serre à l’idée qu’elle souffre. Chaque fois, ses larmes nourrissent ton ressentiment. Pour Bartholomé, pour Geneviève, pour tous ces gens qui n’ont même pas pour elle un rien du respect qu’elle mérite. Tu sais qu’elle ne pleure pas toujours devant toi. Tu te doutes qu’il lui est arrivé, ces douze dernières années, de craquer alors qu’elle n’avait pas l’étreinte protectrice de tes bras. Non, tu ne doutes pas, tu sais. Tu sais trop bien que tu n’as que trop peu été là pour elle. Et tu t’en veux, soudain. Ton cœur se serre, ta gorge aussi, toutes ces émotions tues qui cherchent à s’enfuir d’un coup, que tu retiens, à peine, et qui trouvent le chemin jusqu’à tes yeux qui s’embuent à leur tour.

- Je ne veux pas te perdre non plus…

Tu soupires, posant le front sur vos mains relevées, tente de te contrôler, de chasses ses larmes. Il est évident que Bartholomé te questionnera si on lui rapporte que tu as pleuré en voyant Jehanne… Ce n’est pas un risque que vous pouvez vous permettre de courir. Mais c’est plus fort que toi. À l’écouter, à la voir faire ainsi pleuvoir ses larmes sur la mer de tissu qui s’étale sur ses cuisses, tu sens tes propres larmes ruisseler. Le silence s’installe, l’orage s’est éloigné, ne laissant que les larmes et la douleur ressentie. Tu pose un nouveau baiser sur ses mains, relevant enfin la tête vers elle. Ton regard est troublé, et tu n’aimes pas ce que tu t’apprêtes à dire, mais il le faut, pourtant, sinon que diras-tu à Bartholomé ?

- Tu n’aimeras pas ça… mais je crois qu’il compte devenir l’époux qu’il aurait du être… ou plutôt te faire l’épouse que tu aurais du être.

Tu te tais, ta colère pour Bartholomé s’enflammant un peu en toi, faisant apparaître un éclat dans tes yeux. C’était ton idée, tu le sais trop bien. La première idée qui t’est venue par la tête. La seule que tu parvenais à formuler en compagnie de ton frère, ce jour-là. Et elle fait mal, l’idée.

- Ce serait à son avantage politique de se faire bien voir en se rapprochant publiquement de toi… Il n’y avait pas songé, mais c’est la meilleure suggestion que j’ai pu trouver pour te protéger… Pardonnes-moi… Je crois que tu risques moins en participant à la mascarade qui protèges son pouvoir et sa réputation qu’en luttant contre lui…

Tu tentes de calmer ses tremblements, de la rassurer. Tu voudrais la serrer contre toi, l’étreindre pour chasser, même pour un petit temps, ses angoisses. C’est ton instinct, même celui d’Arthes qui ne cesse de te répéter depuis deux semaines que tu dois protéger ta femme. Et encore là, maintenant, tu partages ses pensées, et la colère, la peine t’étouffent. Tu tentes de t’arrêter, mais tu en es incapable. Tu te penches un peu plus vers elle et vient l’attirer contre toi, dans une courte étreinte. Tu prétextes vouloir lui parler à l’oreille, en apparences, mais vous savez tous les deux que ça n’était pas là ta motivation principale.

- Je suis désolé… je n’ai eu que quelques minutes pour songer à ce qu’il devrait faire. Il était hors de lui, j’avais peur de le mettre encore plus en colère contre toi…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Sam 12 Mai - 0:01

Elle n’aurait pas du lui mentir. Ca la traverse part en part, ça la détruit un peu. Mais quel autre choix a-t-elle eu, au final ? Le faire souffrir depuis la découverte, aux environs de mars ? Lui annoncer pour son anniversaire que quelques mois plus tard elle allait enfanter encore une fois ? Elle n’aurait jamais pu lui faire autant de mal. Ca a été choisir entre ne jamais lui dire, prier que Bramir garde son secret et lui faire connaître une douleur qu’elle imagine très clairement. Celle que l’on ressent lorsque l’on ne peut connaître le sommeil, que l’on tourne et retourne dans son lit, à chercher vainement une solution pour que l’enfant vive. Celle qui vous prend au cœur, engourdit vos lèvres et vos mots déjà faibles et vous colle le visage contre l’oreiller pour étouffer un sanglot. La douleur que l’on porte en soi, chaque matin, chaque jour, heure après heure parce que personne ne doit savoir. La douleur que l’on garde en soi, bien au chaud, et qui chez certaines mères sans cœur glisse pour aller empoisonner l’enfant.  

Elle a choisi ce mensonge pour qu’il ne connaisse pas les mêmes tourments qu’elle. Ses lèvres tremblent. Elle voudrait le dire, lui expliquer. Mais il sera sourd à ça, lui dira qu’il aurait pu y surmonter. Mensonge. Peut-être en apparence, oui. Tout deux étaient devenus des maîtres lorsqu’il s’agissait de camoufler sentiments et ressentis. Mais au fond, Jehanne le connait. Elle le connait, et elle l’aime de tout son cœur. Jamais elle n’acceptera sa souffrance.
Beaucoup de silence pour qu’au final elle le blesse de la même manière.

Ses larmes se mêlent aux siennes, et pendant un instant, il n’y a plus qu’eux, unis dans la douleur et ce silence qui a toujours su les cacher et les conforter. Il n’y a que les mains de Jehanne, presque minuscules, qui tentent de serrer les siennes parce que les mots n’ont plus d’importance à cet instant. C’est cette peine qu’elle voulait lui épargner. Celle-ci, plus que la trahison qu’il doit sûrement ressentir. Cette peine qu’elle voudrait effacer.
Ca viendra. La douleur s’atténuera. Il faut juste attendre un peu, dans cette éternité où il a plongé.
La duchesse attend patiemment que les larmes se soient calmées, de son côté. Les siennes ne cesseront pas immédiatement, et elles sont toujours bien trop près quand il reprend la parole. Les mots qui sortent de sa bouche, explication du comportement singulier de son époux, apportent à ses lèvres une forte envie de vomir et un goût de bile.

Ca doit être une mauvaise plaisanterie. La panique la prend, comme une envie de rire et de fuir en même temps. Elle secoue la tête, incapable de parler, réellement rendue muette par la nouvelle. Si elle ouvre la bouche, ce sont des sanglots qui vont en sortir, elle  en est sûre. Être son épouse ? Devoir être à ses côtés, prétendre l’apprécier, le toucher, prétendre que sa présence ne suscite pas la peur et la rage à chaque fois que leurs yeux se rencontrent ?
Elle ne lui a jamais tout dit, à Bertin. Elle ne lui a pas confié jusqu’où ses mots avaient pu la mener. Même avec son aide et son amour, elle ne lui a jamais montré l’étendue des dégâts. La peur des miroirs, des choses du quotidien, des gestes non-mesurés. La peur d’outrepasser son rôle, de finir enfermée, moquée encore et toujours pour elle-même.
Les larmes reviennent, alors qu’il la serre contre lui. Et elle s’en fiche tellement, à cet instant, qu’elle s’accroche à lui pathétiquement. Le corps secoué de sanglots qui meurent sur ses lèvres, elle secoue la tête. « Je ne peux pas. »

Les mots sont hachés, les larmes trempent sûrement les vêtements du prince – ils sécheront avant qu’il ne soit sorti – mais elle refuse de le laisser reprendre sa place avant une longue poignée de secondes.
« Je ne peux pas. Il ne peut pas prétendre m’aimer, il en est incapable ! Tu l’as bien vu, enfin ! Tout ce qu’il va faire, c’est monter une sombre comédie à laquelle personne ne croira. C’est au-dessus de mes forces. »

Doucement, elle lui retire ses mains, qu’elle passe sur son propre visage pour en chasser les larmes. Peine perdue. Elles coulent toujours, plus abondantes que jamais. « Il sera incapable de ce jeu. Et si je m’y prête, je sais ce qui m’attend. »
Ses yeux rencontrent les siens. Il y aurait tant à dire. Mais ça ferait trop mal. Parce que tu crois que je n’ai pas voulu l’aimer ? Parce que tu crois, avant que tu n’entres dans ma vie, qu’il n’était rien pour moi ? Parce que tu penses qu’il n’a eu autant d’emprise sur moi que parce qu’il était violent et rageur ?

Aucun mot ne sort. Certaines choses doivent rester tues.


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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Dim 13 Mai - 20:42

Elle n’aurait peut-être pas du te mentir, mais le mal est fait. Une nouvelle qui aurait pu autrement te réjouir – ne serait-ce qu’un bref moment avant que l’inquiétude te happe avec violence – te fait mal. Très mal. Parce que ce petit moment de bonheur partagé t’a été refusé. Tu as appris la nouvelle de la pire façon qui aurait pu… Par la colère, la haine de ton frère. Cette douleur, comme un poignard en pleine poitrine, tu ne peux l’ignorer. La souffrance de Jehanne ne peut que faire écho à la tienne, et ensemble vous pleurez, en silence. Les sanglots, les soupirs, la colère, la douleur. Tout est étouffé, à défaut de pouvoir être ravalé.

Tu t’en veux tellement, d’avoir eu cette idée. Une idée folle, une idée coup de tête. Ne jamais se fier aux premières idées… mais tu n’avais pas le choix. Il fallait vous protéger, et tu n’avais pas pu trouver mieux. Tu sais très bien que tu as fait au mieux ce matin-là, il y a deux semaines. Mais tu t’en veux. La détresse de ta merveilleuse Jehanne, cette peur, soudain, cet aveu… Tu te mets toi-même à trembler, incapable que tu es de contrôler tes émotions. L’image ne t’étais jamais venu auparavant, mais tu as soudain la vague impression d’être un volcan donc l’irruption est imminente. Ta colère pour Bartholomé soudain si forte, ta rage contre ce frère que tu adores pourtant, mais dont les actions te révoltent. Et pour elle, ta douce, ta tendre… une douleur telle que tu ne croyais pas pouvoir ressentir. La peur partagée, le désir de la protéger, mais d’échouer, encore et encore. « Je suis désolé… » Tu ne parviens qu’à lui murmurer tes excuses à nouveau avant que la voix te lâche, que tu resserres ton étreinte sur elle, comme si tes bras, ta force, pourraient la protéger du pouvoir qu’a ton frère… Une illusion de laquelle vous ne serez victime ni l’un ni l’autre, évidemment. Vous le connaissez trop bien, tous les deux, chacun à votre façon, pour douter de la cruauté du duc envers sa femme.

Dans ce silence qui s’étire, tu ne peux t’empêcher de penser que tu as échoué. Ton amour n’a fait qu’apporter la souffrance à celle que tu cherches par tous les moyens à protéger. Que faire, à présent ? Tu cherches depuis ton départ. Dès ton réveil, à chaque moment, à chaque instant, jusqu’à ce que le soir ta potion d’emmène vers Niobé. Tu en peines parfois à te concentrer sur tes tâches… Et malgré tout, tu n’as pas de solution. Rien qui t’apparaisse viable, rien que les protège, tous les trois. Jehanne, Bertille, et l’enfant à naître. Les trois êtres qui tu chéris le plus, et pour qui tu ferais tout. Même te sacrifier, si tu pouvais avoir la certitude qu’elles ne risqueraient rien ensuite. Mais tu ne l’as pas. Personne ne l’a. Et la situation semble sans issue, perdu comme tu l’es dans le méandres des émotions, des douleurs…

« Je n’arrive pas à trouver de meilleure solution… T’attirer ses faveurs te permettrait peut-être de vous mettre à l’abri d’au moins une part de sa colère… J’ai peur pour vous, si tu savais… » Pour lui aussi, pour eux, surtout, eux deux, les amoureux dont l’idylle prendra vraisemblablement fin. « Il veut que je rentre… Je… » Tu inspires soudain, de peur, te tourne vers la porte à travers laquelle tu entends l’écho de pas dans le couloir. Ton teint devient blême, mais peut-être n’était-ce que le changement de garde, car personne n’ouvre la porte. Un long soupire de soulagement t’échappes. Tu as craint le pire, soudain. Tu tournes de nouveau la tête vers ta douce, caressant son visage d’une main pour en essuyer quelques larmes tandis que de l’autre tu viens prendre sa main, la serrer avec douceur. Ces pas, ces quelques secondes de terreur intérieure, t’ont rappelé où tu es. Non pas que tu l’avais oublié, évidemment, comment le pourrais-tu ? Mais votre position est déjà bien assez délicate sans risque davantage en vous laissant surprendre comme des débutants par l’entrée à demi inattendue d’un garde… Ou pire, de Bartholomé…

« J’ignore si je saurai garder mon calme devant lui, Jehanne… Son attitude me révolte… » Tu soupires légèrement, t’essuyant les joues pour sécher les dernières traces des larmes que tu as réussi à faire cesser par tu ne sais quelle force, car tu n’en sens plus, de la force, autre que celle d’aimer Jehanne, et de détester ton frère… « Mais je lui rappellerai que tu es sa femme. Et que s’il veut une chance d’avoir une once de ta sympathie, il faut qu’il te traite comme telle. Pas comme une prisonnière. Et s’il refuse, je t’apporterai de quoi écrire moi-même… » Tu lui souris sans force, lui serrant la main. « Tu n’es pas seule, Jehanne. » Tu te penche vers elle pour lui murmurer à l’oreille, avec prudence : « Je t’aime… » Parce que votre amour est tout ce que vous avez toujours eu, et tout ce qu’il vous reste tandis que votre monde s’écroule…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 16 Mai - 22:22

Rien que l’idée la fait frissonner, fait se tordre de douleur son esprit. Elle reste bloquée dessus, incapable d’avancer, de réfléchir d’une manière sensée. Elle ne peut pas, plus qu’elle ne veut pas. D’aucuns pourraient la taxer d’une révolte stupide, de ne pas vouloir abandonner son confort, de ne rien vouloir lui céder de son corps, à cet homme qu’elle a épousé et qui a sur elle bien des droits, si ce n’est tous. On pourrait lui dire de se taire et de le faire, pour assurer à sa fille une vie paisible. On pourrait lui dire que ce n’est rien, qu’avec le temps tout ira mieux. Mais tout ça, elle l’a déjà fait.

Elle a déjà passé des nuits à attendre, dans le noir, au début de leur mariage. Des nuits où il devait être là mais où jamais il n’est venu. Des nuits où elle apprenait, par des chuchottis moqueurs, qu’il avait préféré honoré la couche d’une autre. Elle a déjà donné son corps, sans retenue, en priant juste pour que le peu de sentiments qui s’accrochaient encore au fond de son cœur ne disparaissent pas ; qu’ils lui permettent d’endurer.
Douze ans à endurer de se faire détruire, quand même, c’est long, il fallait s’en rendre compte.  Douze ans à prétendre ne pas le haïr complètement, à vouloir cependant l’éloigner. Bientôt treize, à la fin de l’année. Un sanglot s’échappe, un peu plus fort que les autres, alors qu’elle tente vainement de rester contre lui. Oui, il est désolé. Et elle, elle est tellement désolée de ne rien lui avoir dit avant. Tellement désolée que, même s’il sait de nombreuses choses, il ne sait pas et ne saura jamais tout de sa relation avec son frère. Il y a bien des informations qu’elle ne lui révélera jamais.

« Tu ne comprends pas, Bertin. C’est  – »
Elle se fige, elle aussi, aux bruits de pas. Heureusement, elle a le réflexe de se séparer de lui juste assez pour que leur pose semble anodine. A la limite des amis, ou des confidents, mais pas ce qu’ils sont depuis de nombreuses années. Son souffle se bloque, la peur la gèle dans le fond de son siège où elle s’est renfermée à nouveau. Une inspiration. Son corps tremble un peu.
Les pas s’éloignent.
Elle est fatiguée, de tout ça. Elle voudrait en pleurer, ne plus avoir à le vivre. Si seulement elle pouvait avouer ! Mais elle sait que Bertin aime son frère, malgré toute la rancœur qu’il garde en lui. Elle sait que c’est de sa faute, si elle l’a détourné d’une vie parfaite, si elle s’y est immiscée. Elle sait, la Lagrane, qu’elle a ruiné sa vie juste en acceptant sa compagnie et en apparaissant si pitoyable le jour de son mariage.

Elle n’avait pas le droit de faire ça. Pas à lui. Et pourtant elle l’a fait, semant un bordel monstre dans ce monde parfait du palais d’Ansemer, cassant les cœurs des deux frères. L’un pour juste le piétiner, l’autre pour s’y glisser et mieux le blesser. C’est de sa faute. Ca non plus, la duchesse ne le dira pas. Ce sont des considérations qu’il n’accepterait sans doute même pas d’entendre.
C’est juste un pauvre sourire qu’elle lui offre, ses mains soigneusement repliées sur sa robe. « J’ai confiance en toi. Bien sûr que tu peux garder ton calme. Ce n’est pas… Au moins il ne s’en prend pas à Bertille. » Les larmes ne sont pas loin. Et si, dans sa folie, il s’en prenait à sa fille ? Il ne pouvait pas savoir, non. Il aimait Bertille plus que tout. Il ne lui ferait jamais de mal.
L’idée s’en va. Les larmes restent, prêtes à poindre. De nouveau, Jehanne glisse ses mains dans les siennes pour les serrer. Elle n’ira pas se réfugier dans ses bras. « Je t’aime. » un écho à ses propres mots. Sa tête se baisse, son souffle lui échappe.

« Reviens au palais. Je t’en prie. Si… Si je fais ce que tu me dis, alors peut-être qu’il me laissera sortir. Te voir, aussi. » Ses mains tremblent entre les siennes, alors qu’elle combat son envie de juste abandonner, là aussi. « Je ne pourrais pas passer le reste de mon temps enfermée ici si je n’ai pas de tes nouvelles. Si tu n’es pas là. J’ai besoin de toi. » Elle croise son regard, sans oser le quitter ou l’éviter un instant. « C’est ton enfant, tu sais. C’est… Un peu tard pour te l’annoncer. Mais il faut te le dire. » Sa voix n’a été qu’un murmure, pour lui apprendre ce qu’il sait déjà, mais que les autres derrières les portes closes ne savent pas.

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Lun 4 Juin - 5:55

Tu ne comprends pas… des paroles qui blessent autant qu’elles te font craindre le pire. Ne comprends-tu pas la douleur dans laquelle vous êtes plongés ? Ne comprends-tu pas les enjeux politiques de votre situation précaire ? Peut-être a-t-elle raison. Ou peut-être pas. Les pensées se bousculent tellement rapidement que tu n’arrives pas à les ordonner, d’autant plus que les battements de ton cœur résonnent encore à tes oreilles, que leur écho t’assourdie presque encore. Tout ça pour quelques pas. Jamais tu ne les as craints à ce point…  Et jamais tu n’as craint de perdre ta jolie Jehanne. Jamais autant. Ton cœur se serre rien qu’à y penser. Et tu as mal pour elle tant que pour toi, pour vous… vous quatre, même si deux êtres ignoreront sans doute toujours leur lien avec toi. Leur véritable lien.

Son je t’aime te fait frissonner, te donne envie de l’embrasser, pour calmer ses larmes, pour apaiser sa tristesse, action volée à celui qu’il te faudra t’efforcer de calmer… une fois de plus… sans perdre la face, sans rien laisser voir. Tu n’as pas en tes capacités la confiance qu’elle semble avoir, qu’elle t’affirme à mi-voix avant que ses mots se brisent quand ils effleurent le sujet de Bertille. Tu as peur pour votre fille, toi aussi. Plus encore que pour toi-même. Bartholomé l’adore, mais qui sait comment il pourrait réagir s’il venait à l’apprendre ? Cela te fait presque regretter de ne pas être plus proche de ton frère. De ne pas pouvoir mieux cerner ses réactions. Presque. Parce que tu sais que tu n’aurais pas la force d’endurer ses idioties, ses sorties si grotesques, de si mauvais goût avec toute la gente féminine d’Ansemer sauf sa propre femme. Une petite voix te dis que tu exagères, mais tu n’y portes pas attention. Ton ressentiment est si fort envers ton frère que tu refuses même d’entendre. Rien n’apaisera ta colère contre lui.

Rien… sauf les supplications de Jehanne, ton âme sœur. Elle te supplie de revenir au palais, de rendre supportable le supplice qu’elle doit vivre, un peu par ta faute, puisque sans toi, cet enfant ne serait pas là. Le regrettes-tu ? Un peu, sans cet enfant, votre histoire aurait pu continuer. Vous auriez pu continuer à vous fréquenter à l’insu de tous. C’est quelque chose qui sera plus difficile à présent. Voire impossible. Tu le sais trop bien. Tu aurais fait pareil, songes-tu, à la place de Bartholomé. Enfin, tu aurais installé ta femme à l’écart et fait contrôler qui elle voit. Tu ne l’aurais pas réduit à l’état dans lequel tu as retrouvé Jehanne. Mais tu n’as pas de femme, et c’est les mains de Jehanne que tu serres quand elle lutte contre les larmes, qu’elle te supplie… et qu’elle t’apprend, enfin, de vive voix, que cet enfant est le tien. Tu te figes, tes propres larmes remontant à tes yeux, tes mains tremblant légèrement en entendant cette révélation. Tu t’en doutais, tu le savais même. Mais l’entendre… l’entendre, quelle magie !

« Merci… » Ta voix trahi ton émotion, le bonheur que tu ressens, cruel et doux à la fois. Tu portes ses mains à tes lèvres et les embrasse une fois de plus. « L’entendre de ta voix vaut mieux que tout… » Elle qui est d’ordinaire si avare de mots, c’est un magnifique cadeau qu’elle te fait. Tu n’es pas sans réaliser que c’est un cadeau empoisonné, non par elle mais par Bartholomé, par leur situation, mais un cadeau tout de même. Tu inspires lentement, laissant le silence s’installer, cherchant à retrouver contrôle de ta voix qui trahi fortement ton émotion. Tu réfléchis aussi. Puis tu prends ta décision, tu hoches la tête. « Je reviendrai… Et j’insisterai pour qu’il te traite bien. Je ne sais pas comment, mais je trouverai une façon de le convaincre… Il ne peut pas te garder enfermée ici, seule, à ne communiquer avec personne éternellement… » Tu soupires en ravalant tes larmes. « Et je veillerai sur Bertille pour toi. Il ne lui arrivera rien, c’est promis. » Bien faible promesse songes-tu. Oh tu la fais du plus profond de ton cœur, et tu veilleras sur votre fille de ta vie s’il le faut. Mais si Bartholomé s’en prend à votre fille, alors, c’est qu’il aurait appris…

« Tu dois rester forte… Je reviendrai dès que je le pourrai. Avec du papier. Probablement pas beaucoup, mais assez pou que tu puisses écrire à quelqu’un. Je m’occuperai de faire sortir tes lettres d’ici. Et de t’amener les réponses. Je ne supporte pas de te voir ainsi isolée ! »

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Ven 8 Juin - 10:29

Peut-être ne l’écoutera-t-il pas. Peut-être estime-t-il qu’elle l’a bien assez fait souffrir, lui, si bon, si parfait, tellement que sa vue faisait du mal à Jehanne dans ses mauvais jours. Comment un être tel que lui pouvait-il sans souci tolérer sa présence ? Comment pouvait-elle, ainsi qu’on la décrivait et qu’elle avait fini par se croire, rester à ses côtés ? Assurément, elle lui faisait du mal et lui causait du tort de manière indirecte. Le mal était fait, mais il pouvait toujours se répandre encore plus.
Elle n’est pas grand-chose, entre ces murs qui la retiennent, mais elle est bien assez dangereuse. Pour lui. Pour Bartholomé. Pour Bertille, l’enfant à naître également. Elle est un poison au cœur de la cour d’Ansemer, la pourrissant de l’intérieur. Oh, elle voudrait pouvoir affirmer le contraire, elle voudrait être capable de se revendiquer comme une réelle personne plus que comme un mal, mais que pouvait-elle y faire ? Même la plus forte des femmes, sans cesse rabrouée et ignorée, finissait par perdre son identité si elle n’y prenait pas garde.

Au moins a-t-elle Bertin, qu’elle tente de réparer à chaque fois qu’elle le fait souffrir par sa présence. Bertin, avec qui les regards échangés aux réceptions ne durent à peine qu’une seconde, si ce n’est moins. Lorsqu’elle y est invitée, ou qu’elle y était plutôt au vu de sa situation actuelle, il était son soutien, tout comme Bertille dans la longueur des jours sans visite d’une seule personne. Et maintenant… Maintenant, elle se raccrochait désespérément à lui, pour ne pas sombrer.
Elle laisse un pauvre sourire glisser sur ses lèvres alors qu’elle sent ses mains trembler autour des siennes. Elle peut lire le soulagement, entendre la joie dans ses mots. Elle ne dit rien, la duchesse captive. Elle regarde le père de son enfant se remettre de la nouvelle, apprise bien par hasard dans des circonstances bien plus noires.

« J’ai confiance, pour Bertille. Elle lui est autant précieuse qu’à nous, tu le sais. Il l’adore, il n’osera jamais l’utiliser pour me faire souffrir. » Qui oserait ? « Mais si tu pouvais… Revenir, dès que tu peux. Même si du temps passe entre tes visites. Je pense devenir folle, quand il n’y a personne. »
Il la fait sourire, Bertin, alors qu’elle s’empêche de pleurer. Son mari ne fera rien pour simplement améliorer sa condition. Pourquoi le ferait-il ? Ici, il peut la contrôler, disposer d’elle. Il peut, s’il en a envie, l’oublier, faire en sorte que d’autres viennent, que l’enfant, au final, soit perdu sans même avoir à l’ordonner. La pensée la fait serrer un peu plus les mains de son amant. Les gardes sont trop près, ils pourraient rentrer d’une minute à l’autre dans la pièce. Elle ne peut plus se jeter à son cou, et pourtant, elle en aurait tellement envie ! « Tu n’as pas à faire ça. » soufle-t-elle. « Tu as des obligations, aussi. Si la guerre reprend… Je préfère te voir tant que j’en ai l’occasion. Et si une lettre tombait ? Si quelqu’un se rendait compte de ça ? Tu serais le premier incriminé, et je ne peux pas le supporter. »

Elle se lève, doucement, en secouant la tête. Ses mains quittent les siennes. Tout son corps lui fait mal, quand elle tente de bouger, mais ça va passer. Ca doit passer. Elle veut que ça passe. Mais elle ne tourne même plus en rond, ces derniers jours. Elle attend juste que le temps s’écoule. « Et s’il se mettait à lire la correspondance que tu reçois, également ? Si les lettres venaient à arriver à mon nom, alors que je suis privée de tout moyen de communication ? Trop de dangers. Trop de chance de t’atteindre. »  Parce que déjà, à ses yeux, elle ne comptait plus vraiment.

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Dim 17 Juin - 5:17

Le doute apparaît sur tes traits. Toi qui pourtant aime ton frère, tu ne sembles pas parvenir à être aussi serein qu’elle lorsqu’il est question de Bertille. Tu soupires, niant de la tête avant de serrer ses mains, reniflant légèrement alors que quelques larmes glissent sur ta joue. « Tu me surprendras toujours… Je lui fais confiance avec beaucoup de choses… mais pas Bertille… J’ai peur pour vous deux… » Tu viens glisser une main sur sa joue, essuyer ses larmes avec douceur avant d’attirer son visage vers toi. Tu ne devrais pas, ce désir que tu ressens, auquel tu devrais résister, mais tu ne peux pas. Pas complètement… Tu aurais voulu l’embrasser comme un amant, lui montrer ton amour, ta présence, ton soutien. Tu en brûles d’envie, même maintenant, dans un moment aussi grave. Mais c’est sur son front, dans un geste presque amical, que tu poses tes lèvres en fermant les yeux. Tendresse. Qu’on pourrait tenter de dire amicale, même si en voyant vos regards à tous les deux, peu de témoins y croiraient vraiment.

« Tes vrais amis comprendront et répondront en les envoyant à la caserne. Je suis certain que je peux convaincre Rackham de me faire cette faveur parce que mon frère est trop prudent de crainte de perdre l’enfant. Personne n’aurait à en savoir quoi que ce soit. Et il ne sait pas lire, Quitterie est aveugle… tes lettres y seraient en sécurité… » Tu lui souris, cherchant à la rassurer. Ce plan pourrait marcher, tu en es convaincu, et tu te fais presque suppliant lorsque tu ajoutes : « Laisses-moi faire quelque chose pour t’aider… Tu es dans cette situation à cause de moi, Jehanne… Je ne peux pas rester les bras croisés ! Nous savons tous les deux qu’il mérite ce qui lui arrive ! Mais toi, tu ne mérites pas ça ! Alors laisses-moi t’aider comme je peux ! »

Des murmures qui résonnent si bas dans ta gorge nouée que ta Jehanne aura du mal à t’entendre sans se pencher légèrement vers toi. Tu prends des risques inconsidérés, pourrait-on te reprocher. Tu le sais, un peu, mais surtout tu refuses d’y songer. Tu l’aimes. Tu la vois souffrir à cause de toi, de l’audace que tu as eu à la charmant à une époque où, pourtant, tu étais encore proche de Bartholomé… Et à présent, elle souffre à cause de toi. La colère que tu ressentais en entrant dans la pièce s’est dissipée pour laisser place à la tristesse.

« Laisses-moi au moins écrire en ton nom à tes amis proches. Qu’ils comprennent pourquoi tu ne leur réponds pas. Dis-moi seulement qui. Je veillerai à ce que ça ne se retourne pas contre nous… » Fais moi confiance, as-tu envie de lui dire. Peut-être le lira-t-elle dans ton regard ? Tu ne demandes qu’à être digne d’elle, à alléger la souffrance que vous vous êtes causés. Et si tu es surpris, ma foi… Peut-être vraiment te reprocher de communiquer des nouvelles à ses êtres chers ? Tu peux certainement trouver une façon de l’annoncer qui n’attire pas l’attention. Tu imagines déjà quelques stratagèmes, tous farfelus sans doute, mais qui rendraient possibles, peut-être, de prévenir ceux dont elle est le plus proche. Si seulement elle osait…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Ven 22 Juin - 22:26

Les larmes vont couler. Elles couleront encore, et encore, pendant si longtemps. Jehanne n’en a juste pas la moindre idée. Qu’elle profite, sans savoir ! Cet enfant sera, à tous les deux, leur perte. La pensée lui traverse l’esprit alors qu’elle tente d’en trouver une joyeuse à laquelle se raccrocher. Cet enfant qui va grandir, si petit encore, au creux de son ventre ; cet enfant, qui aura été conçu lors de la seule semaine de sa vie où la duchesse aura été libre pendant plus de quelques heures ; cet enfant qui sera de la lignée régnante, qui aura du sang d’Ansemer, frère ou sœur de Bertille ! Cet enfant qui ne trompera pas, jamais, Bartholomé.
Les lèvres se serrent, et elle voudrait tant se nicher contre lui, pleurer de tout son soûl encore, l’embrasser, l’embrasser à perdre haleine et oublier juste quelques instants sa triste condition ! Il faudrait qu’elle se batte pour lui, Jehanne, autant qu’il doit se battre pour elle, se faire violence devant son frère. Il faudrait se battre !
Mais elle n’y arrive pas.
C’est détachée de lui, presque calmée, qu’elle lui répond. Sa voix ne tremble pas. Elle est presque maîtresse d’elle-même, en extérieur – mais quelle tempête, douloureuse, glaciale, rugit à l’intérieur !

« Ce n’est pas à cause de toi, Bertin. Si j’avais voulu, j’aurais fait quelque chose contre cet enfant. » Le regard fixé sur le mur, elle n’ose pas le regarder. Les mots qui sortent de ses lèvres sont durs, elle en a conscience, mais il faut qu’il la comprenne.
« Tu ne mérites pas de risquer ta place si ton courrier était intercepté, tu ne mérites pas de perdre la confiance et l’amour de ton frère. Tu ne mérites pas plus ça que tu ne mérites les tourments que cette grossesse t’inflige. » sa voix trébuche, se rattrape. Elle n’a pas bougé, elle, les mains croisées devant elle, lui tournant le dos. Elle ne veut pas le voir, elle ne veut pas flancher.

« J’aurais pu m’en débarrasser quand j’en ai eu la certitude. Mais… C’était si beau, Bertin. » murmure-t-elle. « Je n’ai pas pu, et c’est ça qui nous plonge dans cette situation. »
Elle finit par le regarder, à nouveau. Ses yeux dérivent ensuite vers la porte, y restent fixés, alors qu’elle parle – et on peut jurer que sa voix est plus basse qu’avant. Juste un peu. Mais juste assez.
« Non, Bertin. Ils le comprendront d’eux-mêmes. La nouvelle a du leur parvenir déjà. Ils doivent se douter que je suis alitée, incapable de me sortir de mes appartements.
Jalouse, oui. Jalouse, sans vraiment de fondement, mais elle ne supporte pas l’idée que Bertin puisse écrire à ses amis en son nom. Qu’il leur parle, même d’elle, et qu’ils lui répondent à son sujet. Stupide, un peu : mais les lettres et l’écriture étaient son domaine. S’il se les appropriaient, même pour faire en sorte de répondre, il n’était pas mieux que son frère.

« Bertin… » elle baissa les yeux vers lui. Son ton était hésitant, et elle se tut pendant un instant. «  J’ai peur. »


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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 27 Juin - 4:37

Sa réaction, tu aurais dû l’attendre mais elle te faire rager un peu, intérieurement. Tu la fixes, tu la regardes éviter de re regarder toi. Et tu serres ses mains quand tu affirmes à voix basse : « Un enfant ne se fait pas tout seul, Jehanne. Si j’avais été plus prudent, nous n’en serions pas là. » Combien d’années avez-vous vues ensemble sans que ce genre souci ne s’impose? Tu refuses de la laisser prendre tout le poids sur ses épaules. Non. Vous vous êtes tous les deux laissé emporter par vos désirs, vos envies dans vos retrouvailles endiablées. Elle n’est pas la seule qui ait causé son état. Elle avait peut-être davantage de contrôler sur les conséquences qui ont suivi l’acte, certes, mais de là à… Non. Tu refuses.

Tu te lèvres, tu viens prendre une main, caresser sa joue du bout des doigts, non sans un regard, une oreille vers la porte. Tu supportes déjà difficilement de ne pouvoir la prendre contre toi, alors si elle doit te tourner le dos en plus ! « Suis-je fou si je t’avoue être heureux que tu n’en aies rien fait ? » Oui, assurément, tu connais déjà la réponse. C’est si risqué ! Et pourtant, le bonheur de savoir que c’est ton enfant qui grandit en elle… Mais toujours, elle refuse. Il ne peut déjà que l’aider si peu, et elle refuse tout ! Il peut en comprendre une part, mais il trouve cela difficile. « Je ne peux pas accepter que tu vives ainsi, prisonnière. Je t’en prie, laisses-moi faire quelque chose… » Ta voix s’essouffle. Tu te sens si impuissant !

Puis elle avoue. Elle avoue qu’elle a peur. Ton cœur se serre et tu dois à nouveau lutter contre tes larmes, contre tout ton corps qui voudrait tellement la serrer contre toi, la rassurer, lui promettre que tout ira bien ! Tu te contentes de poser ta main sur son épaule, l’approcher de toi sans pour tant la prendre dans tes bras – ce que c’est dur ! – et pencher la tête légèrement vers elle. « Nous nous en sortirons. Nous lutterons ensemble, et nous nous en sortirons. Je parlerai à Bartholomé, je le raisonnerai… Et je serai là. » Tu lui souris légèrement, te penchant pour venir poser un baiser sur son front, n’osant pas te laisser aller contre ses lèvres. Trop risqué. « Tu n’es pas seule, ne l’oublies pas… »

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Jeu 5 Juil - 17:20

C’est dur, de se dire qu’un si petit être pour lequel on se battra sans aucun souci, en y croyant de toutes nos forces, peut amener sur leur amour horreur et destruction. Sans le savoir, c’est la fin d’une époque pour les deux amants qui se profile : reste à savoir ce qu’ils en feront, bienheureux dans l’ignorance et malgré le malheur de la chose. Qu’ils profitent, sans savoir la perte à venir, car personne ne peut savoir ce qui se profile à l’horizon, dans ces nuages noirs qui s’amoncellent dans leur futur. Jehanne reste froide, presque détachée, quand il lui répond. Elle ne flanche pas, pas un seul instant.

Ses doigts se referment pourtant sur les siens, s’y raccrochant comme s’il s’agissait là de la seule réalité tangible. Quelque chose de vrai, auquel se rattacher. Le seul être en qui elle pourrait avoir confiance, si seulement elle ne doutait pas de tous et de tout ! Elle serre ses doigts. Il est là. La vie peut continuer. La vie doit continuer. Ne pas se morfondre, Jehanne. Surtout pas toi, qui t’es dressée il y a peu face à cet époux apprenant son cocufiage.

« Tu es complètement fou, oui. » reconnaît-elle dans un souffle, les yeux fermés. « Ca n’aurait pas du arriver, pas maintenant, alors qu’il… J’aurais du prévoir, avoir quelque chose pour empêcher ça avec moi. Mais Océane, à mes côtés, a supervisé mes bagages, je ne pouvais pas demander à prendre avec moi des potions qui, de toute manière, ne devraient être en ma possession… » Perdue, exaltée dans la peur, elle se rend compte de son faux-pas, de son erreur.
C’est la sienne, et non celle de Bertin. Il n’a fait qu’entretenir quelque chose en elle, il n’est pas le créateur. Ou plutôt si, mais elle l’a forcé à créer. Elle a offert l’environnement, les conditions bien trop favorables : elle l’a poussé à fauter.
Elle est seule responsable de cette grossesse. De leur relation. De ce bonheur qui s’effondre. La duchesse voudrait se blottir dans ses bras, s’y réfugier, mais de ce qu’elle a entendu, les gardes sont bien trop près pour s’y risquer.

« Je ne sais pas si tu pourras le raisonner,  cette fois. » avoue-t-elle à mi-voix, les yeux levés vers lui. Elle absorbe en entier tous les traits de son visage, les grave dans sa mémoire comme si c’était la dernière fois qu’elle pouvait ne profiter. Sans doute, d’ailleurs. Bartholomé ne permettra pas d’incessantes visites. Et si lui n’ose pas, elle, cachée par sa stature, sachant la vue obstruée depuis la serrure, se laisse aller à déposer un léger baiser sur ses lèvres. Comme pour sceller leur destin, la fin d’une époque presque joyeuse.

« Je sais que je ne suis pas seule. » souffle-t-elle. « Mais ça ne veut pas dire que tu dois te mettre dans de grands dangers juste pour nous préserver. » Elle attend un instant, les yeux baissés. « Si ça se trouve, tout se passera comme mes premières grossesses. Avant Bertille. »
Les fausses couches. Le sang, toujours le sang. Les chutes ‘accidentelles’. Elle ne prévoit rien, constate juste de ce qui, par déjà deux fois, est arrivé.

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 24 Juil - 15:33

Tu as beau insister, supplier, rien ne va. Jehanne, oh, Jehanne ! Pourquoi doit-elle insister pour te repousser aussi loin que possible ? Ta raison comprend, c’est l’heure de la discrétion, du silence, des silences… Parce que tu sens déjà le silence s’étaler sur vos vies et y prendre toute la place. Le secret si longtemps gardé, à demi dévoilé à présent… si vous voulez survivre, il faut ne point en parler, n’en rien montrer. Mais cela veut dire que tu ne pourras pas aller la voir aussi souvent que tu l’aurais voulu. Et que tant chez elle que chez toi, le silence prendre la place de l’autre. Vous êtes habitués à être séparés, mais cette fois-ci, l’idée même te fend le cœur. La frustration monte en toi et tes yeux déjà luisants de larmes brillent à présent d’une lumière mouvante. « Jehanne… »

Que dire, que faire ? Sinon te préparer à voir ton frère, à tenter de le raisonner. Mais même Jehanne doute que tu saches le faire. Jamais, de tes souvenirs, n’a-t-elle exprimer ses doutes aussi clairement. Sur toi, sur Bartholomé. Ces quelques mots réussissent à ébranler ta confiance. Tu laisses ton regard se perdre dans le sien, tu laisses tes lèvres retrouver les siennes, et avec tendresse tu goûtes ses larmes perdues, votre amour caché… Il n’en faut pas davantage pour qu’une larme se mette à ruisseler sur ta joue, se perdre dans ta barbe, poussée là par la peur de ce qui arrivera ensuite. Par le doute, la crainte de ne même pas parvenir à revenir la voir sans attirer l’attention de Bartholomé…

« Non… »  Cette dernière phrase. Cette réalité à laquelle tu refusais de penser jusqu’alors et qu’elle t’impose aussi soudainement qu’est venue la colère de Bartholomé. L’idée même te chagrine, alors de songer que, peut-être, cet enfant ne survivra pas… Tu n’as pas pu empêcher cette faible exclamation de désespoir. « Je t’en prie, ne dis pas ça… Ne songe pas déjà qu’il pourrait ne pas naître… ne pas vivre… » Tu n’as plus de souffle, plus de voix. Juste la douleur éveillée à l’idée que vous pourriez perdre votre enfant. Que c’est, réalistiquement, fort possible. Le regard toujours plongé dans le sien, tu cherches, tu cherches ses véritables sentiments, tu cherches à savoir si elle a déjà perdu espoir pour cet enfant que tu viens à peine d’officieusement découvrir tiens.

Les mots te manquent. Tu n’arrives pas à trouve de quoi la rassurer. Tu ne peux pas l’aider, ou plutôt elle ne veut pas de ton aide, qu’importe les raisons, elles mènent toutes vers ton impuissance. Et tu n’en peux plus. Tu l’attires vers toi dans une étreinte un peu tremblante. Tu veux tellement la sentir contre toi, même un bref instant. Parce que dans cette étreinte, elle pourra découvrir les 1000 mots que je tu ne sais pas dire, qui se coincent dans ta gorge, qui lient sa langue et t’empêchent de t’exprimer alors que les pensées s’enchaînent à une vitesse folle dans ta tête.

Était-ce donc cela, le début du désespoir ? Le sentiment que tout s’envole, s’éclipse malgré tous tes efforts ? Le sentiment que ta vie perd son sens. En regarderas-tu bientôt l’éboulement sans pouvoir rien y changer ? Oh, si seulement tu pouvais prédire l’avenir et faire en sorte que les choses se passent différemment ! Mais tu ne sais pas. Il n’y a en toi que le doute, la peur. Peur de ce frère que tu connais sans connaître, peut-être, et de la force de son courroux sur vous, sur Jehanne, sur toi. La peur de perdre cet enfant. De perdre Jehanne – l’idée même te fait trembler depuis si longtemps ! Et pourtant pire, bien pire encore, de perdre ton frère s’il venait à apprendre de qui est ce petit être qui grandit…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Lun 30 Juil - 12:56

Il faut le repousser. Il faut lui imposer une certaine distance, ne pas se laisser distraire ou attraper par la fausse joie de se savoir enceinte. Il faut garder, même dans leur intimité, le respect et l’éloignement qu’auraient deux amis, une femme et son beau-frère, mais certainement pas celle que leurs corps épuisés leur dicte. Elle voit bien combien ça le blesse, combien ses mots sont là à le faire souffrir ! Mais elle n’y peut rien, la duchesse. Elle doit le faire.
Parce que si elle ne le fait pas, si elle ne lui parle pas de la vérité, si elle ne lui ouvre pas les yeux sur le fait qu’elle a été celle qui depuis le début a fait des erreurs,  alors jamais il ne comprendra. Un jour, il craquera, face à son frère, persuadé d’une faute qu’il n’a pas commise alors que c’est uniquement la sienne, à elle ! Et elle voudrait tellement le lui faire comprendre et lui faire entendre raison. Celle qui a eu l’air, le jour de son mariage, dévastée, c’est elle. Celle qui l’a supplié de rester, alors qu’il n’était là que par politesse, c’est elle. Celle qui a forcé, sans doute, de faux sentiments dans son coeur parce qu’elle ne voulait plus être seule et qu’elle ne voulait plus souffrir de l’indifférence d’un être qui ne fait que la haïr !
Alors si elle se tait, qu’elle n’essaye pas de le détacher, malgré ce sentiment si fort qui brûle pour lui dans son coeur, elle ne sait pas comment elle va pouvoir y arriver.

Elle voudrait s’accrocher à lui, pourtant. Répondre à son baiser. Essuyer une larme qu’elle voit couler, rapidement. Elle voudrait qu’il ne pleure pas. Elle voudrait bien trop de choses pour qu’il ne puisse toutes les savoir, et que simplement l’une puisse se réaliser. Il faudrait que son coeur, déjà, s’arrête de battre si fort dans sa poitrine et lui donne envie de l’en arracher. Il faudrait qu’elle puisse reprendre ses esprits. Mais les mots se bloquent dans sa gorge quand elle entend sa peine, si profonde, qui fait écho à ces peurs sourdes au fond d’elle-même. Parce qu’elle veut y croire, à cet enfant, autant qu’elle veut croire que Bartholomé retournera à son état d’indifférence bientôt. De doux rêves, n’est-ce pas ? Alors qu’il l’attire dans une étreinte, elle s’accroche. Elle s’accroche pour ne pas sombrer, elle se rattache à lui pour ne pas dériver, ne pas laisser son esprit déjà brisé l’avaler dans son entièreté.

« Bertin. » souffle-t-elle, sans se dégager. « Je ne veux pas y croire, je te jure. Je ne veux pas qu’il meure. » Sa voix tremble. Ses doigts s’agrippent à lui, désespérément. « Mais comment ne pas y penser ? Tu sais que mon corps ne supporte pas l’enfantement. Qu’il supporte encore moins de me garder enfermée. j’ai besoin de l’extérieur, plus que ce que je peux voir d’ici. » Sa voix en vient à trembler, elle aussi. « Et comment se méfier de tout, tout le temps ? Il aura tôt fait de faire glisser dans ma nourriture quelque chose pour me débarrasser de lui, de me faire regretter cette faute. »
Elle ne craque pas. Pas encore. Ca viendra après, plus tard, bien plus tard. Elle se détache de lui à regret, essuie ses larmes avant de faire la même chose pour les siennes. « Je ne veux pas que tu y penses, toi. Ce n’est pas à toi de t’en inquiéter. D’accord ? 
Un bruit, vers la porte. Elle fait immédiatement deux pas en arrière, rajuste sa robe inutilement. La scène est étrange, mais loin d’être surprenante ou suspicieuse.

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Lun 27 Aoû - 0:42

Le silence s’étire, te consume. Ta voix flanche quand tu entends ce bruit dehors, ce bruit qui la force à s’éloigner, à quitter tes bras qui retombent sans force le long de ton corps. Tu as baissé les yeux, tu tends l’oreille, pour voir si on ouvre la porte. Si on te forcera à quitter la pièce. Mais il n’en est rien. Tu es toujours là, si loin d’elle te semble-t-il. Trop loin. Et pourtant beaucoup trop proche, tu le sais. Tu baisses la tête en le réalisant, et tu recules d’un pas qui résonne sur le dallage de la pièce. Tu te retournes ensuite, tu te mets à marcher. Non pas vers la porte, tu ne veux pas la laisser, pas si tôt… Mais tu ne veux pas non plus qu’elle voit la souffrance que ses paroles font naître en toi.

Alors tu détournes la tête, lui cachant ton visage, et tu marches, lentement, déambules presque en tentant de retrouver un peu de l’air qui t’échappe sous le poids du chagrin qui te pèse sur la poitrine. « Te rends-tu compte de ce que tu me demandes ? » Tu as brisé le silence d’une voix faible alors que tu lui fais dos. Tu ignores même si elle pourra t’entendre, si ta voix portera suffisamment pour traverser l’espace entre elle et toi.  Tu baisses la tête, tente de ravaler le sanglot qui menace de te submerger. Une tâche de plus en plus ardue. Peut-être rester près d’elle n’est-il, après tout, pas la plus sage des décisions malgré les cris de ton cœur meurtri. Lentement, tu te retournes vers elle pour lui faire face sans pour autant oser t’approcher.

« Je… » tentes-tu avant de nier de la tête. « Je ne peux pas ne pas m’inquiéter pour toi, pour vous. Comment peux-tu même songer que j’en sois capable ? » Tu inspires lentement, très lentement, reprenant un peu contrôle sur ta voix. « Après toutes ces années, tu devrais savoir que je m’inquiéterai toujours pour toi. Que c’est plus fort que moi. » Tu soupires, niant de la tête une autre fois, et t’éloignes à nouveau, reprenant tes cent pas dans la pièce. Tu réfléchis, mais tu n’arrives nulle part. N’y a-t-il donc pas d’issue à cette situation ?

C’est en arrivant à cette constatation que tu te laisses lourdement tomber dans un des fauteuils. Tu as à peu près retrouvé tes esprits – autant que tu le peux dans la situation – et tu évites de poser sur elle de trop longs regards de peur que tes émotions ne cherchent de nouveau à exploser en toi. « Es-tu certaine de ta décision, Jehanne ? Désires-tu réellement affronter cette épreuve toute seule ? » Tu poses la question parce que c’est l’impression qu’elle te donne. Rien que d’énoncer l’idée te fait mal, mais tu refuses de trop le lui montrer. Elle a déjà un lourd fardeau sur ses frêles épaules et son corps est déjà bien trop affaibli pour que tu oses. Mais tu ne peux pas quitter la pièce sans t’assurer une dernière fois qu’elle refuse vraiment ton aide. Tu lui tais la culpabilité qui te ronge, qui te rongera encore davantage alors que tu la laisseras seule affronter Bartholomé rien que pour tenter de te sauver. Coupable. Quoi qu’elle en pense, quoi qu’elle dise, tu l’es, toi aussi. Et tu te rends compte que tu le vis très mal, à présent…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 28 Aoû - 23:38

Elle ne veut pas qu’il parte, mais bientôt, il le faudra. Elle ne veut pas qu’il sache qu’elle se détruit, petit à petit, dans cette prison, mais bientôt il le saura. Elle ne veut pas qu’il s’attache à l’enfant, qu’elle sent déjà maudit au creux de son ventre (et qu’elle aime tellement déjà), mais elle sait qu’il est trop tard. Elle ne veut pas que Bertin soit avec elle, elle veut la solitude, elle veut se perdre à jamais et en même temps elle voudrait qu’il reste.
Les enjeux sont trop grands. S’il reste, les gens sauront. Devineront. Bartholomé devinera, le pire arrivera, Bertille…
Ses pensées s’emmêlent, alors qu’elle le suit du regard, qu’elle tente de rester forte dans sa décision. Son coeur bat à tout rompre, mais elle tient. Elle est déterminée, quand elle le veut, Jehanne. Elle aurait pu faire de grandes choses, si elle n’était pas une ombre passant dans la vie de ceux qui l’ont connue.
Même lorsqu’il s’éloigne, qu’elle a peur qu’il la plante là, seule, sans dire au revoir, sans la moindre confirmation qu’il reviendra un jour, elle tient bon. Cet enfant, elle l’assumera jusqu’au bout.
Seule.

Elle en prendra la charge et la responsabilité, elle le porte, et quoi qu’il advienne, elle le protègera. Bertin a beau en être le père, et il serait si simple de se glisser dans ses bras et d’implorer qu’il l’aide, de se sentir en sécurité – illusoire sentiment, dans leur cas –, les enjeux sont trop grands.
C’est de sa faute, à la blonde, si la situation est aussi compliquée. S’il se torture aujourd’hui l’esprit, en face d’elle, si son coeur à elle se serre et se brise de le voir dans cet état et de, pourtant, toujours ne pas flancher. C’est de sa faute, elle ne le répétera jamais assez.

« Je suis certaine. » Un hochement de tête de sa part, ses lèvres mordues, presque jusqu’au sang. « S’il devait arriver quoi que ce soit, Bertin, ça sera de ma faute. Que tu ne te blâmes pas. » Elle ne l’a jamais dit, seulement sous-entendu.
Personne ne sait l’ampleur de la cavité en elle, d cette haine qui la pousse à penser qu’elle mène Ansemer à sa perte. Elle ne bouge pas, et, dans ses yeux, la flamme gelée de la volonté ne vacille pas. « Que tu ne te sentes pas coupable si l’enfant ne naît pas. Que tu ne te sentes pas plus coupable, s’il naît et qu’il ne survit pas. » Elle a les mains qui tremblent, un peu. « Que tu ne te sentes pas coupable, si c’est moi qui ne m’en sort pas. »

La dernière option. Elle peut l’affronter sereinement. La duchesse a l’air presque sereine, en le disant, mais c’est une apparence.
Elle ne flanche pas. Même en parlant de sa mort, possible, probable, prochaine, elle ne flanche pas. « J’ai beau… me sentir comme je me sens, cette épreuve ne te concerne pas. »
Elle a peur qu’on les entende.
Elle n’a pas osé lui dire qu’elle l’aime.

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 29 Aoû - 7:46

Un jour tu sauras tout, oui. Tu apprendras tout. Mais plutôt que de le vivre à ses côtés, ce sera à travers la bouche d’autrui. Peut-être même à travers leur plume, dans de brèves missives porteuses des plus terribles nouvelles que tu aies pu imaginer. Mais ce sera un jour. Un jour auquel tu refuses de songer, beaucoup plus optimiste que Jehanne parvient à l’être. Beaucoup plus alors que ton cœur se serre devant ce qui te semble à présent inévitable. C’est pour dire le peu d’espoir qu’il vous reste.

Tu en avais encore un peu, de l’espoir. Tu avais espoir qu’elle se ravise. Qu’elle ne te repousse pas. « Je suis certaine. » Ton cœur se serre. L’espoir s’envole et c’est un regard éteint que tu poses sur elle alors qu’elle continue. « S’il devait arriver quoi que ce soit, Bertin, ça sera de ma faute. Que tu ne te blâmes pas. » Tu ne dis rien. Le silence envahi brièvement la pièce, un silence que tu n’oses même pas briser en respirant tellement tu te sens tendu. « Que tu ne te sentes pas coupable si l’enfant ne naît pas. Que tu ne te sentes pas plus coupable, s’il naît et qu’il ne survit pas. » Tes mains se referment en poings sur tes genoux, signe de l’effort que tu fais pour te maîtriser. Tu n’es pas d’une nature violente, loin de là. Tu as toujours été doux avec elle. Mais réalise-t-elle seulement à quel point ses paroles, son attitude te blessent ? Réalise-t-elle qu’elle a réussi, en quelques mots, à te rendre nauséeux ? « Que tu ne te sentes pas coupable, si c’est moi qui ne m’en sort pas. » Tu meurs, un peu, soudain. Mais pas assez pour t’éviter la douleur qu’elle fait naître en toi.

Ce ne sont que des mots. Pourtant, tu as l’impression que c’est une lame qu’elle vient de t’enfoncer dans le cœur. Tu n’arrives plus à respirer, tes pensées qui avaient regagné un ordre tout relatif se chamboulent à nouveau, s’emmêlent. Tu fermes les yeux, tu repousses la nausée qui menace, si forte soudain. Tu inspires, tremblant. Tu cherches à te recomposer. Mais tu n’y arrives pas. Alors tu te lèves, tu viens la rejoindre, une fois de plus. Tu t’arrêtes tout juste devant elle, tu laisses ton regard se verser dans le sien. Tu cherches à retenir ta souffrance, mais elle te connaît trop bien. Elle la verra. La culpabilité qui te ronge déjà, qui te rongeait déjà il y a douze ans, après votre premier baiser, après votre première nuit. Elle le sait. Et pourtant…

« Tu es cruelle… » Tu parviens à peine à lui souffler ta douleur en tâchant de retenir tes larmes. Elle t’a achevé et tu peines à ne pas le lui montrer. Tu as ta fierté toi aussi. « Cette situation est autant ma faute que la tienne. Je ne peux pas… » Tu te tais, tu inspires lentement, très lentement. « Me priveras-tu également de venir te voir ? Est-ce ta façon de mettre fin à nos années de bonheur ? Ne t’ai-je pas prouvé encore et encore que je serais là pour toi ? Que tu n’es plus seule à présent ? » Le désespoir se meut en colère en toi. Cela te surprend lorsque tu l’entends pointer dans ta voix. Tu lui en veux. Tu lui en veux de te rejeter. De te chasser hors de sa vie et de t’imposer le spectacle de sa déchéance. « Devrais-je te faire mes adieux ? »

Comment deux êtres qui s’aiment peuvent-ils se détruire autant alors qu’ils ne cherchent, vraiment, qu’à se protéger ?

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Ven 31 Aoû - 12:33

Comme ça fait mal, là, à droite du coeur, entre les poumons ! Oh, comme la douleur est forte, quand on est pleinement consciente de ce que l’on inflige ! Comme elle vous brûle, glacée, dangereuse, haineuse, directe, et promet de ne jamais s’arrêter, cette douleur. Mais on l’accepte. On l’accepte, on continue de parler, parce qu’elle purifie, qu’elle nettoie les choses. Elle précipite les larmes et la rage, elle incite les autres à se tourner contre vous, elle fait le ménage. Elle repousse au loin ceux qui pourraient aider, qui pourraient rendre la chose plus supportable. Elle repousse Bertin, en le blessant sans doute trop pour qu’il ne revienne jamais vraiment à elle.
Jehanne ne veut pas ça. Mais il vaut mieux que Bertin ne regrette pas. Qu’il soit protégé, même si c’est maladroit de sa part, à elle, de le faire de cette manière. Elle sent que la fin peut arriver à tout moment, que le monde sur eux peut s’effondrer – déjà le plafond se fissure, et le ciel vite leur tombera sur la tête.

Elle continue de mordre ses lèvres, se bat contre ses larmes. Elle qui a la tristesse et l’épanchement si facile, elle dont les pleurs silencieux sont facilités par la grossesse, elle qui pourrait avoir été placée sous la protection d’Aldis tant elle laisse ses émotions fuir par ses yeux ! Elle ne veut plus pleurer, face à lui.
Il ne le mérite pas, de la voir défaite et détruite, ça, il l’a bien trop vu. Il se rapproche d’elle, mais le rapport a changé.
Là, une fissure, dans leur complicité parfaite. Juste une. Ca devrait suffire. Son regard croise le sien, sa détermination vacille.
Quel monstre es-tu, Jehanne, pour avoir ainsi brisé un homme ? Certaines se jouent d’eux et sans états d’âme les laissent en morceaux, toi, tu as fait encore pire. Tu l’as fait culpabiliser, depuis le début, depuis cette romance dans laquelle tu l’as embarqué sans doute de force – aux yeux de la duchesse déchue c’est ce qu’il lui semble du moins – et ça le ronge.
Ca le bouffe.
Elle le sait, et elle n’est plus capable de l’arrêter, comme elle essaye vainement de le faire. Ses mains tremblent. Ses lèvres s’entrouvrent, mais il n’y a aucun son qui en sort. Elle connaît sa colère, si différente de celle de son frère. Là où Bartholomé la noie, Bertin… Est plus aérien. Diffus. Violent, mais à lui couper le souffle au lieu de lui retirer par la force.

Elle ne veut pas qu’il parte.
« Je suis cruelle parce qu’il le faut, Bertin. » Elle serre les lèvres affrontant son regard, ne trouvant pas la force de reculer. « Ce n’est pas contre toi. C’est pour toi. C’est pour toi que je fais ça. » Les mots tremblent dans sa voix. Il doit la penser bien faible, et si stupide. « S’il venait à savoir, si tu étais touché parce que j’ai été suffisamment sotte, il y a treize ans, pour t’attacher à moi de force... » elle secoue la tête, son souffle bloqué. Le détacher. Violemment, s’il le faut. Le protéger.

Elle scelle leur destin, piétinant sans merci ce qu’ils ont été, pensant pouvoir le protéger.
La douleur irradie dans tout son être.
« Je pense qu’il vaut mieux que tu évites de revenir. »

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Lun 10 Sep - 6:23

« Je suis cruelle parce qu’il le faut, Bertin. Ce n’est pas contre toi. C’est pour toi. C’est pour toi que je fais ça. S’il venait à savoir, si tu étais touché parce que j’ai été suffisamment sotte, il y a treize ans, pour t’attacher à moi de force... » Tu la fixes, et ta colère brûle dans ton regard. Tu t’en laisse envahir parce que c’est la seule chose qui t’empêche de t’effondrer au sol. Mais ta colère ne ressemble en rien à celle de Bartholomé. Celle de Bartholomé est une flamme destructrice. La tienne est froideur, distance, rigidité. Un mur de glace pour protéger ce qu’il peut bien rester de ton cœur.  « Je pense qu’il vaut mieux que tu évites de revenir. »

C’est ta pure volonté qui te permet d’empêcher tes jambes de flancher. Tu la fixes toujours, mais une part de toi ne la voit plus. Comme si ta colère naissante t’aveuglait. « C’est moi qui ait été sot. Quelle idée saugrenue que celle que tu pourrais avoir de quelconques sentiments pour moi… » Oh que tu regretteras ces paroles plus tard ! Mais dans ta colère, dans ta douleur, elles s’échappent toutes seules, la happent sans merci sans même que tu aies la force de les retenir. Tu voudrais continuer à lui parler, mais ta gorge se noue. Tu ne veux pas l’injurier, tu ne veux pas crier. Tu voudrais juste la prendre dans tes bras, lui promettre d’être là…

« Je ne reviendrai pas. Je préviendrai Bartholomé que tu ne veux rien entendre, et qu’il fasse de toi ce qu’il veut. Puisque c’est ce que tu veux. » Ton regard se perd sur ses traits. Puis tu n’en peux plus. Tu recules d’un pas presque tremblant. Un seul pas. Tu te fais justice. Tu résistes. Un autre pas. La tentation de la prendre dans tes bras se fait moins forte. Tu recules encore. Deux secondes à peine se sont écoulées, mais tu as l’impression que cela fait bien plus longtemps que tu la fixes. « Au revoir, Jehanne… » Ta voix tremble. Tes mains aussi alors que tu sors ton mouchoir, que tu t’éponges les yeux pour essuyer les larmes qui y perlent et que les gardes ne peuvent pas voir lorsque tu quitteras la pièce.

Lentement, tu te retournes, tu lui fais dos, tu t’éloignes en asséchant tes yeux. Ton pas est tremblant et tu dois t’arrêter non loin de la porte pour inspirer profondément, reprendre contrôle avant d’affronter le monde. Le monde qui ne doit rien savoir. Auquel tu dois mentir. Auquel tu devras toujours mentir. Tu réalises soudain à quel point ce mensonge te coûte. Tu oses un dernier regard vers elle, presque d’espoir qu’elle t’arrête, te supplies de rester, de revenir, de ne pas l’abandonner. Presque parce qu’elle a été claire. Ce dernier regard, c’est pour toi, pour ton cœur meurtri. Un dernier aperçu de celle que tu aimes parce qu’au fond de toi, tu doutes de pouvoir jamais la revoir, à présent.

Si elle ne t’arrête pas, tu n’auras qu’à rejoindre la porte, l’ouvrir et en franchir le seuil. L’abandonner derrière toi. De l’autre côté t’attend ta vie. Celle que tu aurais dû mener. Celle que tu as toujours refusé d’accepter et qui, pourtant, t’attend patiemment. Sans saveur, sans couleur. Sans Jehanne. Et pourtant une vie à vivre si tu veux éviter les soupçons…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Ven 14 Sep - 22:34

Alors voilà. Ca se termine donc comme ça. Jehanne, la boule au coeur et au ventre, qui rejette au loin son amant. Voilà, c’est cette scène, là, juste là, qui scelle la fin de leur histoire. Elle clôt un chapitre, tout du moins. Dans la peine, la rage et la douleur, dans le pire des scénarios possible, elle finit abruptement une histoire que tous auraient pensé plus forte que ça. Enfin, tous, si des gens l’avaient su.
Il n’y avait qu’eux. Et ça fait suffisamment mal comme ça.
Le regard de Jehanne sur Bertin est empli de remords, ses lèvres tremblent, ses mots tremblent, elle voudrait le retenir. Elle voudrait se jeter à son cou, s’accrocher à lui, qu’il l’emmène loin, qu’ils vivent ensemble, à jamais, qu’ils oublient ce qu’il vient de se passer, qu’enfin ensemble ils soient en paix. Les mots font le chemin jusqu’à son coeur, elle se mord les lèvres pour retenir les siens. Pour lui ddire combien elle l’aime. C’est de sa faute, si maintenant il doit partir. Uniquement la sienne, à Jehanne.
Elle fait tout ça pour le protéger. Qu’il souffre, qu’il ait mal, la douleur ne durera pas. S’il venait  à les perdre, maintenant, il ne les pleurerait pas… Vraiment ?
Elle ne sait pas.

Etrangement silencieuse, tremblante en voyant les larmes et sa faiblesse – il tremble autant qu’elle. Il ne peut pas trembler. Il n’a jamais tremblé, il est son roc, son sol, son chêne, la seule chose de réelle dans sa vie à laquelle elle peut se raccrocher. Elle voudrait lui parler. Elle voudrait qu’il reste.
« Au revoir. »
Elle lui rend la salutation, d’une voix brisée. Pourquoi ? Ce n’est pas comme si elle ne s’y attendait pas ! Elle a tout détruit, elle s’attendait à se sentir comment ? Bien ? Heureuse ? Surprise, duchesse – encore pour un temps –, la vie te fera toujours mal quand c’est la meilleure chose à faire. C’est du moins ce qu’elle croit.
Un sanglot lui échappe, en silence, qu’elle camoufle tant qu’elle peut quand il tourne son regard vers elle. Forte. Elle doit être forte.

« Va, Bertin. Je t’en supplie. Pars. »
Ils guériront, l’un et l’autre. Elle ne bouge pas, doucement, se laisse aller dans un fauteuil qui l’a déjà accueillie. Elle attend que la porte se referme, le regardant partir avec dans ses yeux la supplique qu’il reste. L’espoir fou qu’il reste.
Quand elle se referme, elle se met à réellement pleurer. Les larmes sont amères, alors qu’elle laisse le silence les avaler. Personne ne doit savoir ou deviner. Personne.
Personne ne peut plus rien deviner. Pas maintenant qu’ils ne se verront plus. Ils n’ont jamais conservé de l’autre la moindre chose qui aurait pu les incriminer.

Alors maintenant, Jehanne n’a plus rien.
Plus de liberté. Plus d’amour. Plus rien. Juste un enfant qui grandit, qui ne connaîtra jamais son père.
Elle passera le reste de son temps à pleurer, jusqu’à ce que l’épuisement l’emporte. Personne ne se soucie de la duchesse silencieuse, de toute manière.
Elle ne reverra pas Bertin jusqu’à son départ, d’abord à lui, puis à elle, d’Ansemer.

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   

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Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?
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