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 Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?

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Les Chevaucheurs
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Message Sujet: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 8 Mai - 6:09


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Jehanne et Bertin d’Ansemer

Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?

Ou cette douce-amère marque-t-elle le début de notre fin ?




• Date : 9 mai 1003
• Météo (optionnel) : Ensoleillé, mais personne ne le remarquera
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Une lettre du duc d’Ansemer pousse Bertin à rentrer au palais pour aller voir Jehanne. Leurs retrouvailles seront douces amères. Tant de choses à se dire, et si peu de temps pour le faire…
• Recensement :
Code:
• [b]9 mai 1003[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3674-vivrons-nous-ma-jehanne-pour-voir-la-fleur-naitre-du-fruit#137619]Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?[/url] - [i]Jehanne et Bertin d’Ansemer[/i]
Une lettre du duc d’Ansemer pousse Bertin à rentrer au palais pour aller voir Jehanne. Leurs retrouvailles seront douces amères. Tant de choses à se dire, et si peu de temps pour le faire…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 8 Mai - 6:11

Les derniers jours n’ont été qu’un flou consécutif d’heures indéfinies. Interminable enchaînement de minutes où tu as l’impression que ton monde s’écroule. Tu l’entends, le soir, lorsque tu t’étends après ta longue journée, comme un mur de pierres dont le mortier s’effrite. Dans tes rêves, elles tombent, d’ailleurs, les pierres. Tes rêves. Ceux qui ont recommencé, et qui ont fait en sorte que tu abandonnes ton sommeil aux potions parce que tu n’en peux plus d’y réfléchir toute la nuit, la peur au ventre que la Chasse te trouve avant que tu ne trouves une solution à cette situation dans laquelle tu as réussi à t’empêtrer.

Certains diraient que c’est un problème, mais tu ne peux t’y résoudre. Tu as espoir, du moins tu tentes, que ton frère ne voit rien, comme la première fois. Mais une part de toi sait très bien que tu n’auras pas cette chance, cette fois. Bartholomé était hors de lui à votre dernière rencontre. Et toi tu étais trop sous le choc pour arriver à bien jouer le rôle que tu t’es donné il y a douze ans lorsque tu as enfin osé, que vous avez scellé vos sentiments et votre silence de ce tendre baiser. Douze années qui sont passées plus vite, te semble-t-il, que les douze jours qui ont séparé ton départ du palais de cette missive que tu as laissée intacte sur ta table, dans ta chambre, te promettant de la lire plus tard. Elle t’est adressée de la main de ton frère, l’homme même que tu peines à apprécier depuis qu’il t’a appris la nouvelle avec une telle colère que tu ne t’en es pas remis.

Tu n’étais pas sans savoir que vous courriez un risque chaque fois que vous vous retrouviez. Tu te rappelles vos retrouvailles en janvier, la douceur des nuits que vous avez partagées, ses baisers sur tes lèvres, le goût de sa peau, et toute la tendresse que vous avez partagée. Tu te rappelles ses sourires, son regard brillant de bonheur tel que jamais cet homme n’avait réussi à les faire briller. Tu te rappelles que c’est toi, qu’elle aime. C’est toi, le père de votre enfant. Mais c’est lui qu’elle a épousé, de force. C’est lui qui la déteste. C’est lui qui fera tout pour la punir d’un geste qu’il aurait pu prévenir, si seulement il avait été plus tendre et plus aimant avec sa femme. Jamais tu n’aurais osé te laisser séduire par elle si Bartholomé avait agit en époux. Tu ne cesses de te le répéter, comme pour t’assurer que c’était toujours vrai. Le temps a filé, depuis, et tu ignores parfois si tu confonds tes émotions d’alors à ce que tu ressens aujourd’hui, à ce que tu es prêt à faire pour protéger ta merveilleuse fleur.

Deux jours. Cette lettre t’attend deux jours sur le coin de ta table, ignorée, évitée. Puis tu tends la main un soir, tu l’effleures du bout des doigts alors que ceux de l’autre main serrent un verre de rhum. Tu sens que l’alcool t’aidera à affronter les mots hargneux que ton frère t’aura certainement écrit. Tu trembles déjà de douleur, de colère alors que tu brises le sceau que tu connais trop bien et que tu déplies enfin le parchemin. L’écriture est hâtée, et les premiers mots t’inquiètent. Le cœur au bord des lèvres, tu lis la suite avant de soupirer si fort qu’on t’aura certainement entendu du couloir. Un soupire, et un sourire teinté des larmes qui te montent aux yeux bien malgré toi. Tu fais un effort pour te ressaisir, pour relire les mots. Bartholomé devait être furieux pour t’écrire ainsi, tu le sens dans les mots choisis, dans la façon de les confier au papier qu’il t’a fait parvenir. Ton frère demande ton aide, mais dans l’immédiat tu n’arrives même pas à y songer. Tu ne vois que l’invitation à aller voir Jehanne, et tu te promets d’y aller demain… demain c’est ton jour de repos, l’heureux hasard. Tu bois ta potion ce soir-là et tu t’abandonnes dans les bras de Niobé le cœur un peu plus léger qu’à l’habitude.


Attendre qu’il soit une heure raisonnable pour lui rendre visite est une véritable torture. Tu dois embêter tes collègues à faire les cent pas dans la salle commune, si bien que tu finis par choisir de te promener en ville, de prendre des détours pour tenter de calmer ton cœur qui s’emballe déjà à l’idée de la revoir. Malgré la douleur. Malgré la colère. Parce que ces sentiments là non plus ne t’ont pas quitté. Tu ne comprends pas elle ne t’en a pas parlé, à toi, son amant, son âme sœur ! Tu lui en veux un peu. Parfois beaucoup, selon ton humeur.

Les pavés de la ville défilent, et tu t’approches peu à peu du palais. Les rues te manqueront bientôt pour imposer encore un peu d’attente, et c’est en inspirant lentement que tu approches de l’entrée du palais. Tu as revêtu ton masque de « l’autre » pour l’occasion, tu as chassé tes troubles comme le bon diplomate que tu devrais être. Tu es prince, après tout. Tu entres comme si rien n’était, et tu parcours les couloirs qui n’ont depuis longtemps plus de secrets pour toi. Tu hésites un moment avant de t’avancer dans le dernier couloir, celui qui mène à sa porte, et où tu peux entendre deux hommes discuter à voix basse. Ton cœur se serre en pensant à Jehanne ainsi enfermée, fleur sauvage privée du soleil et de l’air frais pourtant si nécessaires à sa survie…

Puis tu t’avances, enfin, l’expression de ton visage composée avec soin. Tu n’adresses qu’un bref regard aux gardes à qui tu annonces :

- Sa Grâce Bartholomé d’Ansemer désire que je m’entretienne avec son épouse. Annoncez-lui mon arrivée.

Il y eut un moment d’hésitation avant que l’un deux obtempère enfin en se glissant dans la chambre.

- Votre Grâce, le prince Bertin désire...

Fâché qu’on t’ait presque refermé la porte au nez, tu la pousses de la main et entre avant qu’il n’ait terminé de t’introduire. Tu n’en peux plus d’attendre. Tu t’inclines devant elle comme le demanderais vos positions respectives à la cour d’Ansemer, attendant que le garde quitte enfin la pièce pour que tu puisses t’approcher d’elle, enfin, poser les yeux sur elle, et t’imprégner de ce qu’elle devient. Tu espères seulement qu’elle tient bon, car tu sais que la colère de Bartholomé est dirigée vers elle et que c’est elle qui souffrira le plus. Elle est forte, tu le sais très bien, plus forte que ne le croirait ton frère, mais tu t’inquiètes pour elle. Et pour votre enfant. Tu les aimes si fort…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mar 8 Mai - 22:00

Les jours s’étiolent. C’est plus dur de les compter quand on ne sait que faire le tour des trois pièces en enfilade qui composent ses appartements. On commence avec l’espoir qu’avec la course du soleil dans le ciel, on saura se repérer. Alors on ouvre les fenêtres, on laisse l’air s’engouffrer dans la pièce et on attend. Le premier jour, on arrive encore à en compter les heures : encore secouée par la rage et le désespoir, doucement, on note tout ce qui nous passe par la tête sur le carnet caché sous l’oreiller.

Je n’aurais jamais du faire ça.
Je ne pouvais pas m’en débarrasser.
Je l’ai su trop tard. Je n’ai pas pu le deviner avant. J’ai espéré que tout se passe mal. Maari m’en voudra sans doute, mais je me répugne à attenter ainsi à la vie de notre enfant. Une fois. C’était arrivé une fois, et je me suis promis de ne plus jamais en perdre.
C’était de Sa faute, il y a huit ans. Quand elle était encore pleine de ressources pour me faire du mal. Une chute inconvenante dans les escaliers. La robe trop longue, quelqu’un qui marche dessus alors que personne ne suivait l’intruse. Personne n’avait été vu. Puis après tout, je n’ai pas appelé à l’aide. Lèvres closes dans la douleur.
La duchesse sonnée, gardée pendant quelques semaines, surveillée par des mages guérisseurs qui avaient eu le tact de ne pas l’informer de la perte. Ils avaient menti. Ca s’entendait dans leur voix.
Je ne l’ai su qu’après.  
L’ont-ils dit à Bartholomé ? C’était sans doute son enfant.
Je pense qu’il n’en avait rien à faire.
C’est loin, maintenant.
Puis un brouillon, raturé, griffonné, presque illisible d’une lettre, où les suppliques s’entrelacent à des excuses. A des idées, folles et rocambolesques.
Le premier jour, pendant quelques heures qui passent dans la lumière qui décline, après les larmes qui sèchent, les mots noircissent les pages. Ce n’est que lorsque le ciel rougit qu’ils arrêtent. Les portes s’ouvrent, laissant entrer dans l’éternité qui va devenir le quotidien trois gardes.
« Tout le papier sur lequel elle peut écrire. Ordre du duc. »
Le carnet disparaît. L’encre également. Crayons, feuillets, lettres à moitié rédigées : sa vie privée, la preuve de sa parole, tout disparaît. Oh, elle tente de s’y accrocher, d’en garder quelques-uns – c’est sa voix dont on la prive cette fois –, mais toute duchesse qu’elle soit, on la retient fermement.

Les jours s’étiolent. Il n’y a plus rien pour les compter. Elle voit le ciel s’obscurcir et la pluie tomber, l’orage gronder. Elle voit les lunes se lever, sans réussir à savoir exactement combien de fois. Les jours ne sont plus qu’une masse informe.
La fenêtre est toujours ouverte. L’air circule en permanence, lui apportant l’impression qu’elle peut encore être à l’extérieur. Autrefois, c’était les jardins qui lui manquaient. Maintenant, même l’océan qu’elle devine par  sa fenêtre l’appelle, tentateur. Juste quitter ces murs, ces trois pièces qu’elle arpente sans cesse !

Dehors, la guerre pourrait recommencer, Ibélène mettre à feu et à sang leur empire, détruire Faërie tout entier qu’elle ne le saurait pas. Sa dame de compagnie tente de la convaincre, période par période. De lui parler, de manger, de dormir.
« Ne blessez pas la vie en vous. »
Alors elle obéit, dans cette lente succession d’instants. Parce que l’enfant est sans doute plus important qu’elle, à ses yeux. On ne sait plus vraiment. On se perd, enfermé dans une cage qui n’a rien de doré. On se perd, on meurt sans doute un peu. Les prisonniers ne vivent jamais bien leur captivité. Petit à petit, ils en viennent à être indifférents à tout. Aux gardes qui fouillent la pièce, de temps à autre, sur ordre de celui qui prétendument règne sur elle. A ce duc qui vient, une fois, peut-être plus. Il n’y a même pas un regard d’offert. Donner l’impression que personne n’est là.
Peut-être, au fond de soi, n’est-on déjà plus là.
A trop rechercher la liberté, on se détruit quand celle-ci nous est ainsi arrachée.

Les jours s’étiolent et se ressemblent. Parce que demain il faudra vivre encore, mais il n’y a pas de demain s’il n’y a pas d’aujourd’hui. Il y a l’enfant qui grandit dans son ventre, et c’est bien assez.
Juste assez pour survivre.

Pourtant, il arrive que la porte s’ouvre. Il arrive que, de l’extérieur, quelque chose arrive. Souvent, Jehanne n’y prête pas attention. Les gardes lui parlent, mais elle ne répond pas. Elle ne regarde pas. C’est différent, pourtant, cette fois. Le nom la fait tiquer, relever la tête et tourner son regard terne et gris bleuté vers la porte. Il fallait au moins ça.

Elle considère sans émotion apparente – menteuse jusqu’à la fin, dissimulatrice finie dans l’éternité de sa cage – l’homme incliné, avant de fixer le garde.
On ne lui a jamais dit de rester, quand le duc s’entretient avec elle. Peut-être que dans sa petite tête de stupide Ansemarien apte à suivre les ordres d’un gamin de quarante ans colérique, le lien entre les deux frères se fait. Il quitte la pièce.
Océane, au côté de la duchesse, incline la tête. « Je suppose que… »
Hochement du côté de celle-ci. La jeune disparaît également. Ils sont seuls, même si les portes et les issues secrètes – il  y en a sûrement – sont gardées.

Jehanne a mauvaise mine. Pâle, plus qu’à l’accoutumée, et enfoncée presque dans un fauteuil bleu plus grand qu’elle, ses cheveux épars sur ses épaules semblent rêches, lisses et plats. Leur couleur est terne, tout comme celle de ses yeux. Sa robe, lâche, cache dans d’amples plis blancs la forme de son corps.
Le silence se fait plus lourd. Glacial. Les regrets se tendent entre eux, alors que ses doigts se crispent sur le tissu. Si elle parle, ils entendront, dehors. Elle le regarde, les yeux s’allumant presque de vie. Elle le regarde intervenir dans l’éternité où elle est coincée, silencieuse, et elle n’ose même pas y croire, avant de tendre doucement sa main vers lui, quémandant qu’il s’approche.


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A pleurer que c’est à cause de toi tout ça, laisse-moi croire que tu pardonneras, laisse-moi tomber à tes pas.



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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 9 Mai - 7:24

Heureusement qu’il quitte, ce garde, car tu lui aurais ordonné de sortir. Même chose pour cette dame Océane, bien gentille, mais tout simplement de trop. Tu peines à rester calme en entendant leurs pas s’éloigner, la porte se refermer. Un coup d’œil derrière toi te permet de confirmer qu’ils ont quitté et tu te tournes enfin vers Jehanne, ta merveilleuse, pour la regarder. Ton cœur se serre immédiatement alors que tu la détailles et, l’espace d’un instant, toute ta colère et ta douleur s’envolent en voyant son état. Elle te reviendra sans doute, ta petite rancœur, elle n’est pas partie bien loin, mais ton Amour l’emporte et te fait avancer vers elle d’un pas plus calme que tu ne l’es vraiment. Il faut te contrôler, vous contrôler, car qui sait ce qui est observé, qui sait ce qui est écouté… Tu te méfies encore plus que d’ordinaire… Mais tu t’approches, tu viens lui prendre la main avec douceur, tendresse, et y poser un baiser. Tu fermes les yeux en sentant la chaleur de sa peau sur tes lèvres.

Tu libères sa main à contrecœur pour tirer une chaise près de son grand fauteuil. Tu t’y assois aussitôt, et tu tends la main pour reprendre la sienne, la regarder de nouveau. Son état t’attriste et tu n’arrives même pas à le cacher. Que parviendrais-tu à lui cacher, à ta Jehanne, de toute façon ? C’est sans doute celle qui te connait le mieux, dans tes moments humains, tes moments de faiblesses, tes moments d’Amour. De nouveau, tu portes sa main à tes lèvres pour y poser un second baiser avant de t’adresser à elle d’une voix si basse qu’elle pourrait peiner à t’entendre. Tu ne te fais pas confiance pour contrôler ni ta voix ni tes mots, mieux vaut un échange presque silencieux dont les curieux de l’autre côté des cloisons ne pourront pas distinguer les paroles spécifiques.

- Si tu savais comme tu m’as manqué…

Tu as tellement de phrases qui se bousculent dans ta tête que tu peines à t’exprimer. Tu comptais faire attention, mais la phrase t’a échappé, murmurée du bout des lèvres à l’intention seule de Jehanne. Elle t’a manqué, c’est vrai, mais il y a tellement plus à dire, tellement… Tu cherches son regard, tu y plonges le tiens, vous avez depuis longtemps perdu ce besoin qu’ont certains des mots pour se faire comprendre. Puis, soudain, les paroles se déchaînent pétrie par cette rancœur momentanément oubliée et qui refait surface alors que tu voudrais la faire taire, mais tu en es incapable, tout t’échappe, tout ce que tu gardes enfermé depuis deux semaines, depuis que tu as appris…

- J’aurais aimé l’apprendre de toi, Jehanne… Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Tu aurais dû m’en parler…

Tu es blessé, c’est vrai. Elle le verra sans doute. Ce silence dans lequel elle t’a muré, ce secret qu’elle a gardé, n’était-ce pas le tiens également à garder ? N’as-tu donc pas ton mot à dire ?

- Comment veux-tu que je t’aide si tu ne m’en donnes aucune chance ?

Tu la fixes toujours, ému, tendu, meurtri. Ton cœur comme le sien, tu t’en doutes bien. Il n’y a qu’à la regarder pour savoir qu’elle ne se porte guère mieux que toi. Pire même sans doute. C’est elle qui écope de vos escapades, de sa conséquence. Ce n’était pas ton intention, de tout lui balancer dès le départ, et tu le regretteras sans doute en regardant se mouvoir ses traits, en y lisant sa réponse silencieuse.

- Comment vas-tu ? Comment tiens-tu ?

Les questions viennent tard, mais ton inquiétude est présent depuis des jours. Tu n’as certainement pas besoin de le lui dire pour qu’elle le sache.

- Je serais venu plus tôt, mais Bartholomé me l’a interdit…

Et contrer son interdit dans la situation serait beaucoup trop risqué. Mieux vaut être prudent…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 9 Mai - 23:32

Enfoncée dans son fauteuil, elle est même prisonnière du tissu. Lourd, rigide, presque trop confortable, la couleur sombre qui atténue celle de ses traits et de son regard au lieu de le renforcer la fait paraître plus petite et frêle, l’emprisonne. C’est une couleur mer sombre, profondeurs inatteignables que l’on devinait sous la surface qui l’attire et pourrait l’étouffer. Le siège, pourtant, n’est pas si grand ou si imposant que ça : mais la couleur riche, presque plus vivante qu’elle malgré la vie qu’elle porte, l’annihilerait presque. C’est tout l’océan qui lui en veut sûrement. C’est le monde qui ne veut plus d’elle que ce fauteuil, c’est l’oubli, même.
Il n’y a que sa main, tendue, suppliante presque, vers Bertin. Qu’il la sauve de l’infini qui tente de l’englober jusqu’à la rendre insignifiante, écrasée comme elle l’est par la présence du fauteuil dans lequel elle se trouve. C’est le seul de la pièce, hormis une chaise sur laquelle elle a l’habitude de s’assoir à son bureau. Mais à quoi cela sert-il, de se poser devant la table de travail si elle ne peut plus écrire ? Plus aucun courrier ne lui vient – Bartholomé le garde sans doute enfermé dans son bureau. Elle ne reçoit que des félicitations, qu’il lui apporte. Elle voudrait toutes les brûler.

Un éclat de tristesse se forme dans ses yeux, alors qu’il embrasse sa main et tire la chaise à lui pour se rapprocher. Elle ne dit pas un mot, Jehanne. Elle n’a rien à lui dire. Son regard le quitte alors qu’elle laisse ses yeux courir sur la pièce, cherchant ce qu’on lui on a ravi. Quelque chose pour communiquer. N’importe quoi. Comme si c’était possible. Comme si elle avait une alternative à sa voix que, elle le sait, les gardes ne manqueront pas de rapporter à son époux si jamais celle-ci venait à être entendue.
Et puis le reproche. Il la touche en plein cœur, et les larmes montent. Ses lèvres s’entrouvrent, son souffle est mesuré pour combattre l’afflux d’émotions qui la saisissent. Sa voix n’est pas plus haute que la sienne, mais elle sait qu’il l’entendra.

« Pour te dire quoi, Bertin ? Te dire ma grossesse, sans que tu ne puisses y faire la moindre chose ? Je ne pouvais pas… Je l’ai appris trop tard. J’ai nié sa présence. Ce n’était pas la première fois que.. J'avais du retard. Je ne voulais pas t’affoler inutilement. Et quand j’ai compris… Je… »Elle se tait un instant, son regard fatigué et terne, douloureux – encore combatif, peu, mais encore juste assez pour vivre – rencontre le sien et elle y voit un écho de sa propre peine. Sauf qu’elle n’a pas été trahie par lui. C’est elle qui n’a rien dit.

« Tu n’aurais rien pu y faire. Tu aurais juste angoissé, tu aurais perdu le sommeil, incapable de trouver une solution. J’ai peur. J’ai peur pour lui, pour toi, pour Bertille. Je… Je ne veux pas vous perdre. »
Elle combat ses larmes sans vraiment le vouloir. Un peu de force. Juste assez pour ne pas sombrer définitivement dans un abîme d’où elle ne saurait se sortir.
Doucement, elle se penche en avant quelque peu, pour prendre de sa main l’autre de Bertin. Elle a besoin de lui. Besoin qu’il ne la lâche pas. Et si elle n’avait pas peur d’être surprise, elle se serait déjà réfugiée dans ses bras. Comme ça… Comme ça, ils ont encore l’air de deux amis, sincèrement inquiets l’un pour l’autre.

« Il m’a tout pris. Je n’ai plus rien. Mes carnets, et même toi, il m’a tout ravi. J’ai mes livres et Océane, des tenues d’apparat qui ne servent pas et de la nourriture pour notre enfant. » la sonorité de la chose attire sur ses lèvres un pâle sourire. « Ce n’est rien, tu sais. Je n’arrive plus à vraiment compter les jours. Tous se ressemblent, sans toi. Le ciel change, les oiseaux volent. Quelquefois, la pluie tombe. » Les larmes s’écrasent sur sa robe, alors elle baisse la tête. « Je n’existe plus. Je ne peux plus écrire ou sortir. Je ne sais même pas à quoi il joue. J’ai l’impression de disparaître, Bertin. » Ses mains serrent les siennes, et elle ravale un sanglot. « Il serait capable de me faire assassiner et prétendre que je suis morte en couches, je sais. » Elle n’ose pas le regarder, mais elle en tremble, la duchesse.

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Dernière édition par Jehanne d'Ansemer le Ven 11 Mai - 21:50, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Jeu 10 Mai - 6:42

Tu n’as pas remarqué à ton entrée, tu n’as pas porté attention à l’absence de sa voix silencieuse. C’est devenu une telle seconde nature qu’il ne t’est même pas venu à l’esprit que ton frère ait pu tout lui enlever. Le regard autour d’elle fait naître quelques soupçons, mais tu serre sa main avec un peu plus de force comme pour l’inviter à rester là, près de toi, à tout de dire, vraiment dire, à voix basse… rompre le silence vaut mieux que de laisser de quelconques traces écrites de cet échange. Ce serait bien trop risqué… et un parchemin à la flamme attirerait l’attention. Non, même si cela portait ses risques, parler restait la meilleure chose que Jehanne puisse faire pour vous. Sa voix hachée par ses émotions fait accélérer le rythme des battements de ton cœur, comme chaque fois que tu l’entends, ce cadeau qu’elle te fait… et pourtant les mots sont presque durs malgré les larmes. Douloureux…

- Mais j’aurais su, Jehanne… Il y a des potions pour le sommeil… mais pas pour les cœurs meurtris… J’aurais toléré de l’apprendre de ta dame, de n’importe qui… mais pas de lui…

Ta colère s’est envolée dès que tu as vu les larmes perles dans ses yeux. Tu n’as jamais su la voir pleurer. Chaque fois ton cœur se serre à l’idée qu’elle souffre. Chaque fois, ses larmes nourrissent ton ressentiment. Pour Bartholomé, pour Geneviève, pour tous ces gens qui n’ont même pas pour elle un rien du respect qu’elle mérite. Tu sais qu’elle ne pleure pas toujours devant toi. Tu te doutes qu’il lui est arrivé, ces douze dernières années, de craquer alors qu’elle n’avait pas l’étreinte protectrice de tes bras. Non, tu ne doutes pas, tu sais. Tu sais trop bien que tu n’as que trop peu été là pour elle. Et tu t’en veux, soudain. Ton cœur se serre, ta gorge aussi, toutes ces émotions tues qui cherchent à s’enfuir d’un coup, que tu retiens, à peine, et qui trouvent le chemin jusqu’à tes yeux qui s’embuent à leur tour.

- Je ne veux pas te perdre non plus…

Tu soupires, posant le front sur vos mains relevées, tente de te contrôler, de chasses ses larmes. Il est évident que Bartholomé te questionnera si on lui rapporte que tu as pleuré en voyant Jehanne… Ce n’est pas un risque que vous pouvez vous permettre de courir. Mais c’est plus fort que toi. À l’écouter, à la voir faire ainsi pleuvoir ses larmes sur la mer de tissu qui s’étale sur ses cuisses, tu sens tes propres larmes ruisseler. Le silence s’installe, l’orage s’est éloigné, ne laissant que les larmes et la douleur ressentie. Tu pose un nouveau baiser sur ses mains, relevant enfin la tête vers elle. Ton regard est troublé, et tu n’aimes pas ce que tu t’apprêtes à dire, mais il le faut, pourtant, sinon que diras-tu à Bartholomé ?

- Tu n’aimeras pas ça… mais je crois qu’il compte devenir l’époux qu’il aurait du être… ou plutôt te faire l’épouse que tu aurais du être.

Tu te tais, ta colère pour Bartholomé s’enflammant un peu en toi, faisant apparaître un éclat dans tes yeux. C’était ton idée, tu le sais trop bien. La première idée qui t’est venue par la tête. La seule que tu parvenais à formuler en compagnie de ton frère, ce jour-là. Et elle fait mal, l’idée.

- Ce serait à son avantage politique de se faire bien voir en se rapprochant publiquement de toi… Il n’y avait pas songé, mais c’est la meilleure suggestion que j’ai pu trouver pour te protéger… Pardonnes-moi… Je crois que tu risques moins en participant à la mascarade qui protèges son pouvoir et sa réputation qu’en luttant contre lui…

Tu tentes de calmer ses tremblements, de la rassurer. Tu voudrais la serrer contre toi, l’étreindre pour chasser, même pour un petit temps, ses angoisses. C’est ton instinct, même celui d’Arthes qui ne cesse de te répéter depuis deux semaines que tu dois protéger ta femme. Et encore là, maintenant, tu partages ses pensées, et la colère, la peine t’étouffent. Tu tentes de t’arrêter, mais tu en es incapable. Tu te penches un peu plus vers elle et vient l’attirer contre toi, dans une courte étreinte. Tu prétextes vouloir lui parler à l’oreille, en apparences, mais vous savez tous les deux que ça n’était pas là ta motivation principale.

- Je suis désolé… je n’ai eu que quelques minutes pour songer à ce qu’il devrait faire. Il était hors de lui, j’avais peur de le mettre encore plus en colère contre toi…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Sam 12 Mai - 0:01

Elle n’aurait pas du lui mentir. Ca la traverse part en part, ça la détruit un peu. Mais quel autre choix a-t-elle eu, au final ? Le faire souffrir depuis la découverte, aux environs de mars ? Lui annoncer pour son anniversaire que quelques mois plus tard elle allait enfanter encore une fois ? Elle n’aurait jamais pu lui faire autant de mal. Ca a été choisir entre ne jamais lui dire, prier que Bramir garde son secret et lui faire connaître une douleur qu’elle imagine très clairement. Celle que l’on ressent lorsque l’on ne peut connaître le sommeil, que l’on tourne et retourne dans son lit, à chercher vainement une solution pour que l’enfant vive. Celle qui vous prend au cœur, engourdit vos lèvres et vos mots déjà faibles et vous colle le visage contre l’oreiller pour étouffer un sanglot. La douleur que l’on porte en soi, chaque matin, chaque jour, heure après heure parce que personne ne doit savoir. La douleur que l’on garde en soi, bien au chaud, et qui chez certaines mères sans cœur glisse pour aller empoisonner l’enfant.  

Elle a choisi ce mensonge pour qu’il ne connaisse pas les mêmes tourments qu’elle. Ses lèvres tremblent. Elle voudrait le dire, lui expliquer. Mais il sera sourd à ça, lui dira qu’il aurait pu y surmonter. Mensonge. Peut-être en apparence, oui. Tout deux étaient devenus des maîtres lorsqu’il s’agissait de camoufler sentiments et ressentis. Mais au fond, Jehanne le connait. Elle le connait, et elle l’aime de tout son cœur. Jamais elle n’acceptera sa souffrance.
Beaucoup de silence pour qu’au final elle le blesse de la même manière.

Ses larmes se mêlent aux siennes, et pendant un instant, il n’y a plus qu’eux, unis dans la douleur et ce silence qui a toujours su les cacher et les conforter. Il n’y a que les mains de Jehanne, presque minuscules, qui tentent de serrer les siennes parce que les mots n’ont plus d’importance à cet instant. C’est cette peine qu’elle voulait lui épargner. Celle-ci, plus que la trahison qu’il doit sûrement ressentir. Cette peine qu’elle voudrait effacer.
Ca viendra. La douleur s’atténuera. Il faut juste attendre un peu, dans cette éternité où il a plongé.
La duchesse attend patiemment que les larmes se soient calmées, de son côté. Les siennes ne cesseront pas immédiatement, et elles sont toujours bien trop près quand il reprend la parole. Les mots qui sortent de sa bouche, explication du comportement singulier de son époux, apportent à ses lèvres une forte envie de vomir et un goût de bile.

Ca doit être une mauvaise plaisanterie. La panique la prend, comme une envie de rire et de fuir en même temps. Elle secoue la tête, incapable de parler, réellement rendue muette par la nouvelle. Si elle ouvre la bouche, ce sont des sanglots qui vont en sortir, elle  en est sûre. Être son épouse ? Devoir être à ses côtés, prétendre l’apprécier, le toucher, prétendre que sa présence ne suscite pas la peur et la rage à chaque fois que leurs yeux se rencontrent ?
Elle ne lui a jamais tout dit, à Bertin. Elle ne lui a pas confié jusqu’où ses mots avaient pu la mener. Même avec son aide et son amour, elle ne lui a jamais montré l’étendue des dégâts. La peur des miroirs, des choses du quotidien, des gestes non-mesurés. La peur d’outrepasser son rôle, de finir enfermée, moquée encore et toujours pour elle-même.
Les larmes reviennent, alors qu’il la serre contre lui. Et elle s’en fiche tellement, à cet instant, qu’elle s’accroche à lui pathétiquement. Le corps secoué de sanglots qui meurent sur ses lèvres, elle secoue la tête. « Je ne peux pas. »

Les mots sont hachés, les larmes trempent sûrement les vêtements du prince – ils sécheront avant qu’il ne soit sorti – mais elle refuse de le laisser reprendre sa place avant une longue poignée de secondes.
« Je ne peux pas. Il ne peut pas prétendre m’aimer, il en est incapable ! Tu l’as bien vu, enfin ! Tout ce qu’il va faire, c’est monter une sombre comédie à laquelle personne ne croira. C’est au-dessus de mes forces. »

Doucement, elle lui retire ses mains, qu’elle passe sur son propre visage pour en chasser les larmes. Peine perdue. Elles coulent toujours, plus abondantes que jamais. « Il sera incapable de ce jeu. Et si je m’y prête, je sais ce qui m’attend. »
Ses yeux rencontrent les siens. Il y aurait tant à dire. Mais ça ferait trop mal. Parce que tu crois que je n’ai pas voulu l’aimer ? Parce que tu crois, avant que tu n’entres dans ma vie, qu’il n’était rien pour moi ? Parce que tu penses qu’il n’a eu autant d’emprise sur moi que parce qu’il était violent et rageur ?

Aucun mot ne sort. Certaines choses doivent rester tues.


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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Dim 13 Mai - 20:42

Elle n’aurait peut-être pas du te mentir, mais le mal est fait. Une nouvelle qui aurait pu autrement te réjouir – ne serait-ce qu’un bref moment avant que l’inquiétude te happe avec violence – te fait mal. Très mal. Parce que ce petit moment de bonheur partagé t’a été refusé. Tu as appris la nouvelle de la pire façon qui aurait pu… Par la colère, la haine de ton frère. Cette douleur, comme un poignard en pleine poitrine, tu ne peux l’ignorer. La souffrance de Jehanne ne peut que faire écho à la tienne, et ensemble vous pleurez, en silence. Les sanglots, les soupirs, la colère, la douleur. Tout est étouffé, à défaut de pouvoir être ravalé.

Tu t’en veux tellement, d’avoir eu cette idée. Une idée folle, une idée coup de tête. Ne jamais se fier aux premières idées… mais tu n’avais pas le choix. Il fallait vous protéger, et tu n’avais pas pu trouver mieux. Tu sais très bien que tu as fait au mieux ce matin-là, il y a deux semaines. Mais tu t’en veux. La détresse de ta merveilleuse Jehanne, cette peur, soudain, cet aveu… Tu te mets toi-même à trembler, incapable que tu es de contrôler tes émotions. L’image ne t’étais jamais venu auparavant, mais tu as soudain la vague impression d’être un volcan donc l’irruption est imminente. Ta colère pour Bartholomé soudain si forte, ta rage contre ce frère que tu adores pourtant, mais dont les actions te révoltent. Et pour elle, ta douce, ta tendre… une douleur telle que tu ne croyais pas pouvoir ressentir. La peur partagée, le désir de la protéger, mais d’échouer, encore et encore. « Je suis désolé… » Tu ne parviens qu’à lui murmurer tes excuses à nouveau avant que la voix te lâche, que tu resserres ton étreinte sur elle, comme si tes bras, ta force, pourraient la protéger du pouvoir qu’a ton frère… Une illusion de laquelle vous ne serez victime ni l’un ni l’autre, évidemment. Vous le connaissez trop bien, tous les deux, chacun à votre façon, pour douter de la cruauté du duc envers sa femme.

Dans ce silence qui s’étire, tu ne peux t’empêcher de penser que tu as échoué. Ton amour n’a fait qu’apporter la souffrance à celle que tu cherches par tous les moyens à protéger. Que faire, à présent ? Tu cherches depuis ton départ. Dès ton réveil, à chaque moment, à chaque instant, jusqu’à ce que le soir ta potion d’emmène vers Niobé. Tu en peines parfois à te concentrer sur tes tâches… Et malgré tout, tu n’as pas de solution. Rien qui t’apparaisse viable, rien que les protège, tous les trois. Jehanne, Bertille, et l’enfant à naître. Les trois êtres qui tu chéris le plus, et pour qui tu ferais tout. Même te sacrifier, si tu pouvais avoir la certitude qu’elles ne risqueraient rien ensuite. Mais tu ne l’as pas. Personne ne l’a. Et la situation semble sans issue, perdu comme tu l’es dans le méandres des émotions, des douleurs…

« Je n’arrive pas à trouver de meilleure solution… T’attirer ses faveurs te permettrait peut-être de vous mettre à l’abri d’au moins une part de sa colère… J’ai peur pour vous, si tu savais… » Pour lui aussi, pour eux, surtout, eux deux, les amoureux dont l’idylle prendra vraisemblablement fin. « Il veut que je rentre… Je… » Tu inspires soudain, de peur, te tourne vers la porte à travers laquelle tu entends l’écho de pas dans le couloir. Ton teint devient blême, mais peut-être n’était-ce que le changement de garde, car personne n’ouvre la porte. Un long soupire de soulagement t’échappes. Tu as craint le pire, soudain. Tu tournes de nouveau la tête vers ta douce, caressant son visage d’une main pour en essuyer quelques larmes tandis que de l’autre tu viens prendre sa main, la serrer avec douceur. Ces pas, ces quelques secondes de terreur intérieure, t’ont rappelé où tu es. Non pas que tu l’avais oublié, évidemment, comment le pourrais-tu ? Mais votre position est déjà bien assez délicate sans risque davantage en vous laissant surprendre comme des débutants par l’entrée à demi inattendue d’un garde… Ou pire, de Bartholomé…

« J’ignore si je saurai garder mon calme devant lui, Jehanne… Son attitude me révolte… » Tu soupires légèrement, t’essuyant les joues pour sécher les dernières traces des larmes que tu as réussi à faire cesser par tu ne sais quelle force, car tu n’en sens plus, de la force, autre que celle d’aimer Jehanne, et de détester ton frère… « Mais je lui rappellerai que tu es sa femme. Et que s’il veut une chance d’avoir une once de ta sympathie, il faut qu’il te traite comme telle. Pas comme une prisonnière. Et s’il refuse, je t’apporterai de quoi écrire moi-même… » Tu lui souris sans force, lui serrant la main. « Tu n’es pas seule, Jehanne. » Tu te penche vers elle pour lui murmurer à l’oreille, avec prudence : « Je t’aime… » Parce que votre amour est tout ce que vous avez toujours eu, et tout ce qu’il vous reste tandis que votre monde s’écroule…

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Message Sujet: Re: Vivrons nous, ma Jehanne, pour voir le fruit naître de la fleur ?   Mer 16 Mai - 22:22

Rien que l’idée la fait frissonner, fait se tordre de douleur son esprit. Elle reste bloquée dessus, incapable d’avancer, de réfléchir d’une manière sensée. Elle ne peut pas, plus qu’elle ne veut pas. D’aucuns pourraient la taxer d’une révolte stupide, de ne pas vouloir abandonner son confort, de ne rien vouloir lui céder de son corps, à cet homme qu’elle a épousé et qui a sur elle bien des droits, si ce n’est tous. On pourrait lui dire de se taire et de le faire, pour assurer à sa fille une vie paisible. On pourrait lui dire que ce n’est rien, qu’avec le temps tout ira mieux. Mais tout ça, elle l’a déjà fait.

Elle a déjà passé des nuits à attendre, dans le noir, au début de leur mariage. Des nuits où il devait être là mais où jamais il n’est venu. Des nuits où elle apprenait, par des chuchottis moqueurs, qu’il avait préféré honoré la couche d’une autre. Elle a déjà donné son corps, sans retenue, en priant juste pour que le peu de sentiments qui s’accrochaient encore au fond de son cœur ne disparaissent pas ; qu’ils lui permettent d’endurer.
Douze ans à endurer de se faire détruire, quand même, c’est long, il fallait s’en rendre compte.  Douze ans à prétendre ne pas le haïr complètement, à vouloir cependant l’éloigner. Bientôt treize, à la fin de l’année. Un sanglot s’échappe, un peu plus fort que les autres, alors qu’elle tente vainement de rester contre lui. Oui, il est désolé. Et elle, elle est tellement désolée de ne rien lui avoir dit avant. Tellement désolée que, même s’il sait de nombreuses choses, il ne sait pas et ne saura jamais tout de sa relation avec son frère. Il y a bien des informations qu’elle ne lui révélera jamais.

« Tu ne comprends pas, Bertin. C’est  – »
Elle se fige, elle aussi, aux bruits de pas. Heureusement, elle a le réflexe de se séparer de lui juste assez pour que leur pose semble anodine. A la limite des amis, ou des confidents, mais pas ce qu’ils sont depuis de nombreuses années. Son souffle se bloque, la peur la gèle dans le fond de son siège où elle s’est renfermée à nouveau. Une inspiration. Son corps tremble un peu.
Les pas s’éloignent.
Elle est fatiguée, de tout ça. Elle voudrait en pleurer, ne plus avoir à le vivre. Si seulement elle pouvait avouer ! Mais elle sait que Bertin aime son frère, malgré toute la rancœur qu’il garde en lui. Elle sait que c’est de sa faute, si elle l’a détourné d’une vie parfaite, si elle s’y est immiscée. Elle sait, la Lagrane, qu’elle a ruiné sa vie juste en acceptant sa compagnie et en apparaissant si pitoyable le jour de son mariage.

Elle n’avait pas le droit de faire ça. Pas à lui. Et pourtant elle l’a fait, semant un bordel monstre dans ce monde parfait du palais d’Ansemer, cassant les cœurs des deux frères. L’un pour juste le piétiner, l’autre pour s’y glisser et mieux le blesser. C’est de sa faute. Ca non plus, la duchesse ne le dira pas. Ce sont des considérations qu’il n’accepterait sans doute même pas d’entendre.
C’est juste un pauvre sourire qu’elle lui offre, ses mains soigneusement repliées sur sa robe. « J’ai confiance en toi. Bien sûr que tu peux garder ton calme. Ce n’est pas… Au moins il ne s’en prend pas à Bertille. » Les larmes ne sont pas loin. Et si, dans sa folie, il s’en prenait à sa fille ? Il ne pouvait pas savoir, non. Il aimait Bertille plus que tout. Il ne lui ferait jamais de mal.
L’idée s’en va. Les larmes restent, prêtes à poindre. De nouveau, Jehanne glisse ses mains dans les siennes pour les serrer. Elle n’ira pas se réfugier dans ses bras. « Je t’aime. » un écho à ses propres mots. Sa tête se baisse, son souffle lui échappe.

« Reviens au palais. Je t’en prie. Si… Si je fais ce que tu me dis, alors peut-être qu’il me laissera sortir. Te voir, aussi. » Ses mains tremblent entre les siennes, alors qu’elle combat son envie de juste abandonner, là aussi. « Je ne pourrais pas passer le reste de mon temps enfermée ici si je n’ai pas de tes nouvelles. Si tu n’es pas là. J’ai besoin de toi. » Elle croise son regard, sans oser le quitter ou l’éviter un instant. « C’est ton enfant, tu sais. C’est… Un peu tard pour te l’annoncer. Mais il faut te le dire. » Sa voix n’a été qu’un murmure, pour lui apprendre ce qu’il sait déjà, mais que les autres derrières les portes closes ne savent pas.

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