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 La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît

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Message Sujet: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Jeu 17 Mai - 16:12


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Tara Mille-Visages & Tyr Parle-d’Or

La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît




• Date : 16/02/1003
• Météo (optionnel) :
• Statut du RP : Fermé.
• Résumé : Tyr se pose mille questions, suite à sa rencontre avec la Tara d’aujourd’hui, dans la trame alternée. Après avoir relié les points, incapable de nier l’évidence même, Tara décide de briser le silence et de se révéler enfin à lui sous sa véritable identité.
• Recensement :
Code:
• [b]16/02/1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3693-la-plus-evidente-des-verites-un-mensonge-qui-nous-plait] La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît[/url] - [i]Tara Mille-Visages & Tyr Parle-d’Or[/i]
Tyr se pose mille questions, suite à sa rencontre avec la Tara d’aujourd’hui, dans la trame alternée. Après avoir relié les points, incapable de nier l’évidence même, Tara décide de briser le silence et de se révéler enfin à lui sous sa véritable identité.

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Dernière édition par Tyr Parle-d'Or le Sam 19 Mai - 23:23, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Jeu 17 Mai - 16:13

J’arrachai une nouvelle feuille à mon carnet, qui virevolta jusqu’à rejoindre les autres. Les dizaines d’autres dessins et croquis griffonnés, d’une main acharnée, d’une obsession grandissante. Elle était là, comme si elle reprenait vie. Tara souriante. Tara frondeuse. Tara enjouée. Tara en colère. Tara… Si triste. Une dizaine de portraits recouvraient le sol du bureau, capturant chacune des mimiques que je lui connaissais dans son adolescence, retranscrite sur un modèle plus âgé, celle aperçue dans cette trame chamboulée.

Une autre feuille chuta. Tara, hurlant à l’injustice.
Je me sentais si vide de l’intérieur, et pourtant, ce dernier trait de crayon frénétique représentait avec magnificence ce cri muet, d’un esprit dans la tourmente, meurtri. Je ne savais même pas si je désirais réellement la revoir, si elle n’aurait pas mieux fait d’être morte pour de bon. Tout se serait achevé. Tout était mieux, plutôt que cette longue et atroce déchirure qu’elle avait exercée sur mon âme. Mais au fond de moi, je le savais, depuis toujours. Comment expliquer sinon, que je ne sois pas parvenu à faire mon deuil en vingt longues années, que je n’ai pas tout simplement abandonné cette idée de vengeance ? La douleur était encore vive, bien présente. Elle était ravivée, pour être exact, par ce spectre du passé qui me hantait.

Et ce regard… Ce n’était pas la première fois que je l’avais entraperçu. L’évidence s’était offerte à moi avec force, un choc qui avait menacé de me faire perdre l’équilibre. Tara était Tara. Le mensonge était si gros, qu’il était presque passé inaperçu. En vérité, elle m’avait menti pendant vingt ans, mais je m’étais également menti à moi-même. J’avais recoupé les éléments, les témoignages, avec toujours ce mot sur les lèvres : Impossible. La description collait parfaitement au visage que les enfants des miracles avaient pu apercevoir, à Roc-Epine. Cruelle ironie que sa magie défaille, que la vérité soit révélée au grand jour, dans cet endroit même qui l’avait condamné. Tara était Tara, tout simplement. Et mon refus de la nommer par ce prénom, comme une plaie déchirante en mon cœur, n’était qu’un aveu constant de mon désir de continuer de la croire morte.

Je la haïssais. Je me haïssais.
Le temps était passé, mais Tara se donnait beaucoup de mal pour m’éviter depuis les événements tragiques de cette trame alternée. J’aurais sans doute voulu la confronter, mais j’avais gardé la bride serrée à mon esprit qui s’emballait à chaque nouvelle théorie, dans sa recherche constante de vérités. J’étais bien trop en colère contre elle, et contre moi, pour briser ce reflet. Je ne savais même pas si je serais un jour capable de lui pardonner vingt années de mensonge. Vingt années de ma vie à vivre avec son fantôme. N’aurait-elle pas pu tout simplement venir me trouver, souriante et enjouée comme souvent, à m’écrier : « Hey, Tyr ! C’était une blague. Je ne suis pas vraiment morte, tu sais ? » Alors pourquoi ? Pourquoi ?!

Je m’étais enfoncé dans mon siège, éprouvé. Je fixai les flammes, en silence, comme mort de l’intérieur, laissant les croquis lui faire prendre vie autour de moi. Le sommeil m’avait pris en traître et l’âtre s’était réduit à quelques brises timides en ce début de soirée. Je réprimai un sursaut à entendre quelqu’un toquer à la porte de mon bureau, avant que la porte ne s’entrouvre. Je ne la regardai pas immédiatement, craignant que cette colère sourde ne me prenne à la gorge à sa simple vue. Je reconnaissais sans peine sa démarche maintenant que je savais qui se présentait devant moi. Je restai l’expression fermée, froide et distante. « Je me demandais combien de temps tu prendrais à franchir cette porte, Tara. »

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Sam 19 Mai - 18:57

Je souffle doucement sur la fenêtre, regardant le givre qui s’est déposé sur les carreaux fondre un peu, suffisamment pour que je m’amuse à dessine dessus. Un bonhomme bâton. L’image devrait me faire sourire. Après tout, je n’ai jamais été douée pour le dessin, c’était Tyr qui savait y faire. Qui sait toujours d’ailleurs. Mais mes lèvres ne frémissent qu’à peine alors que je laisse filer un profond soupir qui semble se répercuter dans le silence de la pièce. Je sais que je ne fais que retarder l’inévitable une nouvelle fois, mais, depuis que je suis revenue, j’ai encore plus de mal à me décider.

J’effleure mon ventre, encore plat, essayant de ne pas songer que j’ai perdu l’esprit même si, au final, cela rendrait les choses plus faciles. Après tout, si je n’ai plus toute ma tête, ce n’est pas si grave si je perds Tyr pour de bon non ?

Sauf que je l’ai déjà perdu. Depuis près de vingt ans.

Je pourrais le retrouver. Peut-être. Même si je ne sais pas comment. Si j’ai vu dans son regard lorsque notre réalité est revenue nous heurter de plein fouet qu’il n’avait pas la moindre idée de qui j’étais vraiment, le temps a passé. Et il a compris. Je ne saurais pas dire quand ou de quelle façon, même si, au fond, cela n’a guère d’importance. Peut-être est-ce devenu plus flagrant lorsque je suis revenue il y a quelques jours, parée d’une illusion si ténue qu’il n’était pas si difficile de me reconnaître. Et de toute façon, je ne suis même pas sûre d’arriver à la maintenir bien longtemps au vu de la façon dont elle semble réagir à la moindre de mes sautes d’humeur. Peut-être avait-il toujours su, sans l’accepter.

Mais maintenant, le mur s’est fissuré. L’illusion est tombée et, s’il me reconnaît maintenant, s’il sait qui je suis, je suis persuadée d’y lire une colère, une haine même, à mon encontre. Et j’ai peur de l’affronter. Les années n’ont en rien adouci la douleur d’avoir perdu celle que j’étais, de m’être perdue dans les méandres des illusions que j’ai créées. Le voir si proche et pourtant si loin de moi n’a été qu’une douleur supplémentaire que j’ai portée avec moi pendant des années.

Je finis par inspirer longuement, serrant les poings alors qu’Archimède me regarde, la tête penchée sur le côté. Et je murmure, d’un ton à peine audible. « … et s’il refuse de me voir ? De me parler ? » Il m’assène un petit coup de tête affectueux au niveau de la main et j’ai un sourire un peu triste. Je n’ai plus le choix de toute façon, je ne peux pas reculer plus longtemps. Je ferme les yeux quelques instants avant de finir par quitter ma chambre, me faufilant dans l’ombre pour aller retrouver mon frère dans son bureau.

Je réprime un frisson alors que je passe la porte, alors que je ne cesse de me répéter de ne pas faire demi-tour, de ne pas m’enfuir une nouvelle fois. Ce serait tellement plus simple après tout, cela m’éviterait d’avoir à l’affronter, de voir à quel point il me déteste, à quel point je me déteste d’avoir agi de la sorte. Mais Archimède se faufile sous mon bras pour se poser sur le bureau de Tyr et hululer à son attention. Je déglutis, incapable de savoir par où commencer et je me contente de souffler, à mi-voix. « J’ai failli ne pas venir. Me bercer de l’illusion que tu ne saurais jamais qui je suis vraiment était plus… facile. Et colle parfaitement avec l’image de lâche que tu as me concernant. Et qui n’est probablement pas si erronée que j’aimerais bien le croire. » Je soupire, m’installant devant lui sans lui demander l’autorisation. Je me tort nerveusement les doigts avant de reprendre, me morigénant intérieurement du ton peu assuré que j’ai. « … je ne sais même pas par où commencer Tyr. Vraiment… je suis tellement désolée. Je ne voulais pas que les choses se passent comme ça ... » Je soupire longuement, incapable de trouver les mots. Pourtant, j’ai imaginé ce face à face tellement souvent depuis que nous nous sommes croisés dans cette autre vie. Mais jamais il ne m’avait regardée comme ça, jamais je n’avais eu l’impression que c’était déjà trop tard. Beaucoup trop tard. Et il va falloir que j’accepte que je l’ai perdu pour de bon.

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Dim 27 Mai - 22:02

Son hibou vint me trouver le premier. Je posai un regard revêche sur lui, qui ne me répondit que par un hululement. Je me demandais subitement si son Familier avait toujours été aussi muet avec elle, et son silence était comme un aveu des mensonges de Tara. Un animal sage, mais énigmatique.

Je reportai mon regard à sa mage, qui prenait place devant moi pour me faire face. Je l’avais déjà giflé, dans cette autre réalité, et une part de moi mourrait d’envie de recommencer. C’était difficile de maintenir son regard, celui-là même, si bleu, que j’avais maintes et maintes fois croisés. Il était exactement le même que celui de Mille-Visages, et celui aussi de ce temps bouleversé. Avec un pincement au cœur, je me rendis compte que je n’aurais su dire s’il s’était agi de celui de Tara. Il était du même bleu, certainement. Le souvenir s’étiolait à une rapidité… Il paraîtrait qu’on oubliait le son de la voix en premier. Etait-ce la sienne ? Elle était plus mature, plus posée certainement. Comment aurais-je pu dire ? Je l’observai avec un regard brillant, comme si je voyais ma sœur pour la première fois. Elle ressemblait en tout point à ces croquis éparpillés au sol, que j’avais dessiné d’un trait acharné, comme pour me rappeler son souvenir. Mais ce visage-là, elle ne me l’avait jamais présenté auparavant. Il n’y avait bien qu’Archimède, et ce regard pénétrant, pour attester de la vérité qui se dissimulait tout ce temps sous un mensonge si évident. « Toutes ces années… Pourquoi tu as voulu me fuir ? » Je ne parvenais pas à contrôler ce tremblement dans ma voix, qui traduisait ce déchirement violent qu’elle m’avait infligé.

Lâche. C’était bien ainsi que je l’avais qualifié, dans cet autre temps. Elle n’avait rien oublié, bien au contraire : Ces mots l’avaient marqués. Je ne reviendrais pas dessus, car je les pensais vraiment, même sous le coup de la colère. « J’avais déjà relié les indices qui me mèneraient à toi, Tara. J’avais seulement encore du mal à réaliser que tu étais dans mes traces, tout ce temps, invisible. » De l’amertume autant que de l’incrédulité transpiraient de ma voix. Je m’étais senti profondément idiot, mais encore davantage trahi, de par la confiance que j’avais témoigné à Mille-Visages toutes ces années. « J’avais confiance en toi, Tara… Mille-Visages. » Les deux. J’avais été trahi doublement.

Je frottai les yeux d’une main, éprouvé. Elle tentait une approche, à laquelle je mis fin en frappant violemment du poing sur la table avant de me relever subitement, le regard flamboyant. Je me penchai vers elle, laissant exploser ma colère. « Et comment voulais-tu que les choses se passent, Tara ?! Tu aurais peut-être voulu me garder dans l’ignorance jusqu’à ma mort. Tu me l’aurais dit, sur ma tombe, que tu étais encore en vie ? Sur cette tombe, à côté de la tienne ! »

Mes mains tremblaient. Je m’écartais du bureau, plutôt soulagé qu’il nous ait séparés jusqu’à présent. Je n’arrivais pas à soutenir ce regard, celui-là même qui m’avait menti pendant des années avec aplomb, et qui pourtant toujours avait dû trahir cette même réalité, peut-être même à me supplier inconsciemment de la reconnaître en elle. Je ne savais pas… Je ne savais plus rien. Je doutais subitement de tout. Je me rapprochais de la fenêtre, pour éviter de croiser son regard. Me pencher à cette même fenêtre m’avait toujours permis de réfléchir, de réunir mes idées. Et j’en avais grand besoin dans l’immédiat également. Comment pourrais-je trouver les mots, pour lui dire à quel point elle m’avait manqué, toutes ces années ?

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Mer 6 Juin - 15:23

Je regarde Archimède, les sourcils légèrement froncés. C’est plus simple de focaliser mon attention sur lui que de lever les yeux vers Tyr. Et pourtant, combien de fois mon Familier m’a reproché de ne pas aller lui parler ? Combien de fois, depuis vingt ans déjà, m’a-t-il fait comprendre qu’il faudrait que j’arrête de fuir, de me mentir à moi-même ? Aucune idée. Je sais juste que cela fait beaucoup trop. Et que j’aurais dû l’écouter. Malheureusement, je ne peux pas revenir en arrière. Le pire ? C’est que je ne suis pas sure que je ne répèterais pas les mêmes erreurs si j’avais une nouvelle chance. Parce que j’ai du mal à imaginer que d’autres options auraient pu être possible sans gâcher leur vie à tous.

Et pourtant, à voir le regard de Tyr, à me rappeler sa réaction dans cette autre réalité, j’ai déjà gâché leur existence. La sienne surtout. J’ai peur de lui demander si nos parents sont morts et si oui, depuis quand. A cette pensée, j’ai une boule qui se noue dans mon estomac et je prends une inspiration quand j’entends le tremblement de sa voix. C’est encore pire que les mots qu’il prononce. Qui eux sont déjà d’une rare violence. Je me mordille la lèvre supérieure avant de souffler, dans un murmure. « Ce n’est pas toi que j’ai fui. C’est moi. Ce que j’ai été. Ce que je n’avais plus le droit d’être. » Difficile d’être moins claire en vérité. Et pourtant, c’est exactement ça. Je n’ai jamais voulu le perdre, ce n’est qu’une des nombreuses conséquences horribles du choix que j’ai fait il y a bien longtemps. Mais est-ce qu’il pourra le comprendre ? Ou plutôt, est-ce qu’il en a envie ?

Je fronce de nouveau les sourcils quand il reprend, avant de lever les yeux sur lui cette fois, un rien incrédule. « … des indices ? Après qu’on se soit vus dans cette… autre vie ? Ou tu cherchais autre chose ? » Je ne suis même pas sûre de la pertinence de mes questions. Ou s’il va prendre le temps d’y répondre. En vérité, je suis même étonnée qu’il accepte de me parler, surtout quand je sens l’amertume dans ses propos. Quand il évoque ce nom que je porte depuis mon arrivée à la Cour des Miracles, je me fige brusquement, sentant les larmes me monter aux yeux, sans bien savoir à quel point mon état peut jouer dans ma réaction. « Elle… enfin je n’ai jamais trahi ta confiance. Tu n’as pas le droit de dire cela. Tu as toujours pu compter sur moi, durant toutes ces années. Et jamais je n’ai failli. Tu savais que j’avais un secret, que je voulais cacher. Mais je n’ai jamais menti sur le reste. » Je me sens blessée en vérité, qu’il puisse penser cela. Qu’il ne dissocie pas les deux.

Et je ne peux m’empêcher de sursauter lorsqu’il frappe du poing sur la table. Archimède s’envole avec un hululement indigné avant de se percher sur un des rayonnages de la bibliothèque en nous regardant tour à tour avec une rare sévérité. Je sens de nouveau les larmes me monter aux yeux et je serre les poings alors que, de son côté, la colère de mon frère finit enfin par exploser de nouveau. Le pire ? Je ne peux pas vraiment le lui reprocher alors qu’il s’éloigne de moi, comme pour préserver une distance entre nous que j’ai moi-même créée de par mon attitude. Et je finis par souffler, d’une voix de plus en plus tremblante. « Je ne sais PAS comment je voulais que les choses se passent. Enfin si, au début, j’espérais que tu t’en rendrais compte, que tu me mettrais au pied du mur et que la mascarade s’arrêterait. Et les mois ont passé. Et puis les années. Et tu ne voyais RIEN. Rien du tout ! Tu ne voulais pas savoir qui j’étais, tu n’as jamais reconnu mon regard malgré toutes les fois où tes yeux ont sondé les miens ! Tu n’imagines même pas ce que ça a été. J’ai payé mon choix pendant vingt ans. VINGT ANS TYR ! Vingt ans à t’observer me regarder sans jamais me voir, à me rendre compte, jour après jour, qu’il était trop tard pour te parler. Vingt ans à pleurer un frère que je ne pouvais même pas approcher. Parce que je n’avais plus le droit de le faire. Pas après tout ça. »

J’essaie de reprendre mon souffle alors que les sanglots m’étranglent mais je reprends, essuyant les larmes qui ont fini par couler. « J’ai commis une erreur quand j’avais dix-sept ans Tyr. Une erreur que je paie chaque jour depuis que c’est arrivé. Parce que j’étais seule ce jour-là, à tenter d’affronter le mal que j’avais commis… et je l’ai été toute ma vie à cause de ça. Et toi aussi, sauf que je ne pensais pas que ce serait le cas. Et rien de ce que je pourrais dire ou faire ne changera cela. » Alors que j’aimerais tellement le retrouver. J’aimerais tellement que cette colère qui émane de lui se transforme en autre chose, qu’il me serre de nouveau dans ses bras, comme lorsque nous étions enfants. Que ces années disparaissent enfin et nous laissent en paix.

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Dim 1 Juil - 18:17

Un rire amer passa mes lèvres, dans un souffle. Un peu plus, et je croirais qu’elle aurait honte d’être ma sœur, que notre famille, loin de l’avoir couvert d’un amour sans limite, l’avait étouffée à tel point qu’elle ne se pensait pas capable d’affronter nos regards. « Alors tu auras passé ta vie à fuir des fantômes, et tout ça pour quelles raisons, Tara ? Par crainte d’être rejetée ? Tu n’as pas osé venir nous trouver... Parce que tu avais honte ? Mais quelle famille étions-nous pour toi, quel genre de frère serais-je, si nous n’avions pas été là quand tu en avais le plus besoin ? » Je ne comprenais pas son choix qui m’apparaissait comme profondément égoïste. Je ne pouvais pas concevoir qu’elle ait choisie la pire alternative possible, à fuir toujours. Comment avait-elle pu en arriver là ? Comment avait-elle pu croire que ce serait une solution viable ?

Je secouai lentement la tête. Je n’avais pas envie de lui exposer mes théories, mes recherches… « Quelle importance ? C’est trop tard. » Oui, je m’étais réveillé bien trop tard. Le mal était déjà fait. J’aurais dû enquêter davantage sur le passé de Tara, comme j’avais pris l’habitude de le faire pour découvrir les secrets de mes petits camarades de la Cour des Miracles. J’aurais dû redoubler de vigilance même, sachant qu’elle avait rapidement pris en grade, sans jamais trahir sa véritable identité. Depuis quand me montrais-je aussi respectueux des secrets des autres ? Peut-être qu’inconsciemment, j’avais toujours craint ce que je pouvais deviner sous le masque. Ou alors… J’avais simplement attendu qu’elle se décide par elle-même à m’en parler. Nous étions amis, non ? Tout du moins, je le croyais.

Mais Mille-Visages m’avait trahi. Tara m’avait trahi.
Elle m’avait dupé, pendant vingt ans. Je n’avais pas la moindre compassion envers elle, devant ce regard brillant et choqué qu’elle me renvoyait. J’agitai à nouveau la tête, négativement, alors qu’elle faisait une différence nette entre Tara et Mille-Visages. « Tu as fini par croire à ton propre mensonge, jusqu’à te noyer dedans. Tu es pitoyable. » Je serrai les poings jusqu’à ce que mes phalanges blanchissent, le regard haineux. « Je savais que tu avais un secret, oui. Je ne pensais pas que c’était à moi, et moi seul, que tu te cachais depuis tout ce temps ! Comment peux-tu encore me parler de confiance ?! » Elle voudrait certainement que je fasse comme elle, à me bercer d’illusions, à dissocier ses deux personnalités parce que c’était plus pratique, plus facile. Elle aurait bien mérité que je la gifle à nouveau pour lui remettre les idées claires.

Je cédai à la colère, comme jamais auparavant. Elle pouvait se satisfaire de me mettre dans tous mes états, de me forcer à abandonner tous mes faux-semblants au profit d’une vérité cruelle. Pas de masque. Plus de masques entre nous.

Je me retournai vivement, alors qu’elle m’accusait, lui lançant un regard effaré en réponse. « Comment oses-tu… » Ma voix était basse et grondante, alors que je marchai sur elle. « Comment oses-tu me faire porter la responsabilité de tes propres actes ! Je te croyais MORTE ! Tu t’es assurée que ce soit le cas ! Combien d’années, avant que tu ne réapparaisses ? Tu crois que c’était facile de faire mon deuil, de me reconstruire ? Ce choix, tu l’avais, Tara. Tu aurais pu rompre avec cette mascarade. Tu aurais même pu ne pas y céder. Mais de quoi avais-tu peur, par tous les Dieux ?! De mon jugement ?! Tu es ma sœur ! MA SŒUR ! » Je ne me souvenais pas avoir hurlé. Je ne me souvenais pas non plus l’avoir serré contre moi, d’une étreinte tremblante et forte à la fois. Je ne me souvenais pas plus de ce sanglot muet qui m’avait pris par surprise, les dents serrés, incapable de dire quoi que ce soit d’autres.

Je ne parvenais pas à la haïr, bien qu’elle m’ait blessé comme nul autre, qu’elle m’ait trahie comme personne avant elle.
Parce qu’au-delà de la colère, si puissante fût-elle… Il y avait ce soulagement incrédule face à un tel miracle.

Parce qu’elle était là, devant moi. Tara.
Ma sœur était en vie.

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Dernière édition par Tyr Parle-d'Or le Mar 21 Aoû - 15:47, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Mar 3 Juil - 21:32

Ce rire amer me fait mal. Tellement mal. Comme s’il jetait du sel sur ces plaies béantes que j’ai soigneusement pris la peine d’ignorer durant toutes ces années. Comme s’il les pointait du doigt pour me rappeler à quel point j’ai fauté, à quel point je n’ai pas été à la hauteur. Et tout cela en un seul son. Bref. Qui résonne dans le silence. Je baisse les yeux, honteuse, quand il reprend. Aucun des mots que je pourrais prononcer ne saurait effacer ce que j’ai fait, j’en ai parfaitement conscience. Et pourtant, n’ai-je pas assez payé le prix durant toutes ces années ? Dois-je encore me fustiger toute une décennie ou plus encore ? Je laisse alors échapper, dans un murmure, me demandant s’il m’entendra, tant il doit être empêtré dans sa propre colère. « J’avais honte oui. J’ai toujours honte de ce que j’ai fait, même vingt ans plus tard. Et j’avais peur. Que vous m’acceptiez, que vous me rejetiez. Que vous soyez prêts à subir la pire des infamies juste pour moi. Que vous refusiez même de m’adresser la parole. Que vous soyez malheureux, déçus, que… j’étais seule oui, pour faire ce choix. Mais j’ai provoqué cela, j’en suis parfaitement consciente. » Un constat amer que j’ai dressé il y a quelques mois… quelques années même pour être parfaitement honnête. Je n’aurais pas été capable de supporter leur regard empli de pitié ou de haine, sans savoir lequel aurait été le moins difficile à supporter.

« C’est trop tard... » Quel sens donner à ces quelques mots ? Dois-je vraiment m’y attarder et comprendre que je n’ai plus rien à faire là ? Qu’il ne veut plus me voir ? Suis-je vraiment venue trop tard pour lui parler ? Et mon coeur se serre un peu plus à mesure que passent les secondes, à mesure que je sens son regard peser sur moi. J’ai le sentiment d’être de nouveau une enfant qui a besoin de protection, d’être consolée et qui est incapable de veiller sur elle-même. Je l’ai peut-être toujours été en vérité. Même après tout ce temps.

Et le pire ? C’est qu’il arrive, en plus des autres sentiments qui s’entremêlent, à réveiller une colère en moi que je ne pensais même pas exister. J’inspire, les poings brusquement fermés, soutenant autant que possible ce regard haineux et me sentant gagnée par de l’amertume et quelque chose de plus insidieux. Avant de murmurer, avec un sourire sans joie. « Alors, voilà ce que tu m’aurais probablement dit il y a vingt ans. Que je suis pitoyable. Je ne l’aurais pas supporté. Pas venant de toi. J’ai bien fait de ne pas chercher à te parler. » Ne pas recommencer à pleurer. Je dois être forte. Parce que je dois supporter ce rejet définitif qui ne va pas manquer d’arriver. Il va falloir que j’apprenne à vivre avec cette haine qui brille dans les yeux de la personne qui a toujours eu toute ma confiance, d’aussi loin que je me souvienne, que je sois Tara ou Mille-Visages. Je vais devoir composer avec cette erreur jusqu’à la fin. Sauf si je pars. Si je fuis la Cour, Lorgol et j’en passe. Si je disparais. Je n’aurais plus à supporter ce mélange de haine, de tristesse alors que j’ai pu apercevoir ce qu’il aurait pu être. Si je n’avais pas tout gâché. Et à ce regard, je ne peux que lui opposer ma tristesse, mêlée d’une certitude encore plus douloureuse que le reste. « Parce que je t’ai toujours fait confiance. Que ce soit mon frère ou mon compagnon de la Cour. Que ce secret n’était pas que pour toi. Il l’était pour… tout le monde… moi y compris. »

Mais, à quoi bon ? Il ne m’écoute pas. Et en vérité, je commence aussi à ne plus rien contrôler, si tant est que j’ai contrôlé quoi que ce soit depuis le début de cette discussion. J’écarquille les yeux quand il se rapproche de moi, me figeant alors que je m’apprête à affronter la dernière des tempêtes, celle qui me fera perdre mon frère pour de bon sans même avoir eu le sentiment de le retrouver. Et quand, il se met à hurler, je fonds de nouveau en larmes avant de crier à mon tour, incapable de m’en empêcher. « J’avais PEUR Tyr ! De tout ! Que tu me détestes ! Que tu m’en veuilles ! Que tu te détournes de moi ! Que tu gâches ta vie pour m’aider ! Et j’ai toujours peur ! Encore plus maintenant qu’avant ! Que tu... »

Et puis là… plus rien.

Rien d’autre que ses bras autour de moi. Cette étreinte que j’avais cru rêver lors de cette autre réalité. Ces bras qui avaient toujours veillé sur moi lorsque j’étais enfant. Tout est réel maintenant. Que ce soit cette douleur, ce soulagement. Cette étincelle d’espoir un peu fou que, peut-être, il saura me pardonner ou, au moins, m’accepter. Je reste figée quelques instants avant de passer mes bras autour de sa taille et d’enfouir mon visage contre lui, n’essayant même plus de retenir mes larmes. Et je murmure, sans discontinuer. « Pardon… pardon... » C’est alors qu’une voix s’insinue dans mon esprit. Une voix totalement inconnue et pourtant si familière. « Ne la relâche plus jamais Tyr… ne nous laisse pas partir. Elle ne le supporterait pas. Et toi non plus. » Archimède. Qui parle à mon frère.

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Mer 22 Aoû - 18:02

La peur. La honte. Des sentiments puissants, qui empêchaient bien souvent d’avancer. Je connaissais ma sœur, à ses dix-huit ans. Elle n’était pas timide, mais plutôt bravache au contraire. Elle n’avait pas peur de bousculer les convenances, dotées d’une intelligence acérée. Et pourtant… L’avais-je surestimé, à l’époque ? Peut-être n’était-elle pas aussi prête à affronter le monde que je ne l’avais cru. J’étais parti pour Lorgol l’esprit tranquille, pour suivre ma propre voie, toute tracée. Je m’intéressais déjà la stratégie à l’époque, mais plutôt d’ordre militaire alors. Je ne me voyais pas quitter Lagrance, ni laisser de côté ma famille. Ils étaient une part intégrante de moi. A cette époque déjà si lointaine, je savais que je finirais par revenir sur mes terres, et mes seules préoccupations étaient de les rendre fiers, d’utiliser ma vivacité d’esprit à protéger ce duché qui m’était cher, et de continuer de la protéger, elle.

Tout avait volé en éclat. Il avait suffi de si peu, au fond… De la peur. De la honte. J’avais envie de hurler. Pourquoi ? Pourquoi n’avait-elle jamais cherché à me retrouver ? Pourquoi s’était-elle dissimulée, toutes ces années durant, derrière ces illusions insensées ? Elle avait eu peur de mon jugement. Elle ne s’était pas cachée à la Cour des Miracles, mais uniquement à mes yeux, braqués sur elle, comme des milliers d’autres au travers des frères et sœurs des Miracles. Elle avait cherché ma présence, petite sœur qui suivait toujours mes pas, qui restait dans l’ombre. Elle avait seulement voulu que tout redevienne comme avant, en sachant que c’était impossible.

Je la confortai dans son choix, par ce sentiment puissant de rancœur et de trahison qu’elle m’inspirait. Attendre si longtemps n’avait pas permis d’atténuer sa perte, bien au contraire. Je ne savais même pas si j’étais encore capable de l’aimer, tellement cette plaie était profonde, gangrénée. Mais m’abandonner à la rage, à la colère… Ce n’était pas non plus moi. J’avais toujours eu à cœur de la protéger, et quand elle n’était plus là, ce désir de protection s’était reporté sur la Cour des Miracles dans son entièreté. Chaque voleur qui avait péri, avait été mutilé ou avait fini aux fers… Je l’avais ressenti comme une attaque personnelle, comme si on m’arrachait à nouveau un membre de ma famille. Mais ça, personne ne le savait. Parce que je ne pouvais pas me permettre de montrer une seule faille.

Mais Tara s’en moquait bien. Elle les balayait, non d’un revers de main, mais avec ce regard triste, avec ses larmes. Je ne savais pas quoi penser, plus quoi penser. Peut-être qu’il valait simplement mieux que j’arrête de le faire. Le tourbillon de mes pensées s’était finalement tu, dans une étreinte sincère, dans un sanglot tremblant.

J’avais mal. J’étais heureux.

Ses larmes tièdes coulaient dans mon cou, les siennes, tandis qu’elle ne cessait de me murmurer, de me supplier de lui pardonner. Je ne me sentais pas encore prêt à le faire, mais j’avais cessé de trembler. Ma respiration était plus calme, plus profonde. Cette voix inconnue me figea tout à fait, mon regard s’orientant aussitôt vers la porte close de mon bureau puis… Vers ce hibou perché sur une étagère, qui me dardait un regard sévère. Ce hibou muet, étrange Familier, celui de Mille-Visages… Non, de Tara également. « Tu sais parler, finalement. » Je pris une longue inspiration, avant de prendre Tara par les épaules pour m’en détacher. Je pris son visage à deux mains, passant un pouce léger sous ses yeux pour en essuyer le sillage de ses larmes. Elle était à la fois la même que dans mes souvenirs, et pourtant si différente. Elle était toujours aussi radieuse. Les années avaient renforcées et aiguisées les traits de son visage, la rendant plus femme que jamais. Mais son regard, lui, n’avait pas changé. C’était le même depuis toutes ces années, celui de Mille-Visages autant que de Tara. Comment avais-je pu ne pas m’en rendre compte plus tôt ? Comment avais-je pu être aussi aveugle ? « Tu es un miracle. » Je posai mon front contre le sien dans un soupir las. « Et une fille des Miracles. Ta place est ici, à mes côtés, et nulle part ailleurs. » Je laissai retomber mes mains contre ses épaules, avant de les presser et de me détourner.

Je me sentais affreusement las, vidé de mon énergie comme si j’avais eu à subir une course-poursuite en pleine place du marché après un vol raté. Je me laissais retomber dans un des deux fauteuils, passant deux mains sur mon visage, comme pour me remettre les idées en place. « Mais je suis navré, Tara. Je ne suis pas encore prêt… Il me faudra du temps pour effacer toutes ces années de mensonge, pour réussir à te pardonner. » Je me devais d’être sincère avec elle. Cette rancœur ne pouvait pas s’envoler aux premières larmes de sa part, comme si ces vingt années n’avaient pas été gâchées. Je la fixai intensément, sans mot dire, avant de lâcher dans un souffle : « Tu n’avais pas autre chose à me dire ? » Je l’avais senti, alors que je la pressais contre moi avec force. C’était difficile à ignorer.

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Sam 25 Aoû - 22:06

Comment ai-je pu croire, même l’espace d’un instant, aussi infime soit-il, que je pourrais construire mon existence sans lui ? Que ma vie pourrait avoir un sens, que je pourrais grandir sans pouvoir sentir son regard sur moi, parfois trop sérieux, souvent bienveillant. J’aurais dû savoir que mes pas me mèneraient dans son ombre, que jamais je ne pourrais être loin de lui, que je ne l’aurais pas supporté, quand bien même j’avais réussi à me persuader que j’étais morte pour lui, que je ne pourrais plus jamais dire que j’avais un frère. Et pourtant, j’ai réussi à le retrouver. Oh, pas comme je voudrais et j’ai passé les vingt dernières années à devoir supporter cette sensation qu’il me regardait sans me voir, à m’habituer à l’avoir perdu tout en ayant réussi à connaître un homme dont je suis fière de suivre les traces. Et, même si je le voyais tous les jours, je ne pensais pas possible qu’il puisse me manquer autant.

Etre aussi proches et aussi éloignés. Lui faire confiance comme à personne d’autre sans être à même de lui dire le plus important. Vingt ans de mensonges, de non-dits qui volent d’un coup en éclat. Je devrais être soulagée que tout soit enfin terminé, de pouvoir le regarder en face sans avoir enfin à cacher qui je suis. Et pourtant, tout ce que je ressens en cet instant c’est de la peur et de la honte.

Avant que ses bras ne finissent par tout balayer. Comment ai-je pu vivre pendant plus de vingt sans ce contact chaud et rassurant ? Sans cette impression d’être, même l’espace d’un instant, protégée du monde entier parce que mon grand frère est là et qu’il veille sur moi. Comme il l’a toujours fait, sans même le savoir. Est-ce qu’il s’en rend compte au moins ? Est-ce qu’il réalise à quel point il a toujours été important ? A quel point son existence a continué d’influer sur la mienne, quand bien même je n’étais plus celle qui l’avait connue ? Peut-être. Sûrement même. Et c’est probablement pour cela que la joie et la douleur s’entremêlent alors que les larmes continuent de couler.

Je ne peux pas m’empêcher de sursauter en entendant la voix d’Archimède, tournant la tête vers mon Familier et lui adressant un sourire à travers mes larmes. « Il y a des choses qui ne peuvent être dites. Des secrets qui méritent toute l’attention et beaucoup d’énergie. Maintenant, je peux parler oui. » Parce qu’il est enfin libéré d’un secret qu’il a été le seul à porter pendant des dizaines d’années. Je ne sais même pas comment je pourrais le remercier, que ce soit pour son silence comme pour ses paroles. Je cille quand Tyr attrape mon visage, sentant ma lèvre inférieure trembler alors qu’il semble comme chercher à sonder ce qui se cache derrière ce regard que je n’ai jamais camouflé à qui que ce soit. Et à ses paroles, je murmure, dans un souffle. « Oh Tyr... » Je ferme les yeux, inspirant longuement. « Je n’ai jamais voulu être ailleurs. Je n’aurais jamais pu être ailleurs. » Et je reste immobile alors qu’il s’éloigne, hésitant à le rejoindre alors qu’il reprend la parole.

Ses paroles me font mal et pourtant, c’est bien plus que je n’aurais jamais pu espérer. Alors, je souris à travers ces larmes qui continuent de rouler sur mes joues et je souffle, d’une voix plus assurée que je ne l’aurais cru possible. « J’attendrai vingt ans s’il le faut Tyr. Je passerai de nouveau vingt à tes côtés, dans ton ombre, jusqu’à ce que tu sois prêt à me pardonner. Je ne pensais même pas mériter ça. Je ne pensais que tu pourrais de nouveau me regarder et me voir moi. Alors je ne peux pas trop en demander tu ne crois pas ? » Au reste de ses propos, j’inspire longuement et je hoche la tête avant de reprendre, à mi-voix. « Quand j’ai perdu cet enfant, il y a vingt ans, j’ai cru que je ne pourrais plus jamais être mère. C’était une punition que j’ai acceptée, que je considérais comme juste après tout ce que j’avais fait. J’avais pris une vie, deux même d’une certaine façon. Il était normal que je n’ai plus le droit d’enfanter... » Je pose les deux mains à plat sur ce ventre qui commence à peine à s’arrondir, mais qui a réussi à tout bouleverser en moi ces derniers temps. « Ce n’est pas moi le miracle, c’est cet enfant. J’ai... » J’ai un rire nerveux alors que je sens de nouveau les larmes affluer. Mais je secoue la tête, comme pour les chasser. « J’ai l’impression de perdre la tête Tyr. Que tout ça n’est qu’une autre illusion. Et que je vais me réveiller. Te perdre pour de bon. Perdre cet enfant. Et probablement le peu d’esprit qui me reste. Je sais que je n’ai pas le droit de te demander ça, mais j’ai besoin de toi. » De Tyr Parle-d’Or, de mon frère, du protecteur de la Cour, de celui qui m’a tenu la main quand j’essayais d’avancer, de celui dont j’ai suivi les pas quand je suis devenue Maitre à mon tour. De lui, entièrement.

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Dim 9 Sep - 20:49

Le Familier muet, pareil à une identité tue depuis vingt années. Le secret enfin révélé, sa voix résonnait dans nos esprits, comme un chant d’espoir. A quel point avait-elle espéré cette délivrance, sans jamais se l’accorder ? Je n’arrivais pas à comprendre, et encore moins à lui pardonner. Je pressai mes mains l’une contre l’autre pour en contenir les tremblements, le regard perdu dans l’âtre crépitant. La colère m’avait laissée chancelant, dépourvu d’énergie. J’avais réagi si vivement… J’aurais pu en rire, en d’autres circonstances. Tout me passait au-dessus habituellement, rien ne m’atteignait vraiment, ou tout du moins je le laissais croire. Mais Tara avait lacéré mon cœur comme personne d’autres n’en était capable. Ce tournant dans mon existence avait été rythmé par cette seule perte, et c’était comme si tout avait été subitement vain. Non. La Cour des Miracles ne l’était pas. Je ne pouvais pas penser des choses pareilles. J’avais ma vie bien rangée, à l’époque, et quantité de projets en vue. Je ne pensais qu’à apprendre, étudier, et potentiellement me trouver un poste de gradé de l’armée lagrane qui saurait me faire briller en tant que stratège. J’avais aimé mon duché, ma famille, de toute mon âme. Je leur avais tourné le dos avec une telle facilité, quand Tara avait décidé de mettre fin à ses jours… Tout s’était ébranlé, toutes les fondations de cette existence. Et une autre était née de ses cendres.

J’avais cessé de m’imposer des limites. Je n’avais plus peur de rien, même plus de la mort elle-même. J’étais parti à Lorgol avec la conviction que je n’avais plus rien à perdre. J’osais comme personne. J’avais enchaîné les stratégies audacieuses, et ça avait toujours payé. J’avais appris à aimer ça, à aimer la Cour des Miracles et ceux qui la peuplaient. Ils étaient tous ma nouvelle famille, celle que je me devais de protéger et de chérir, en tant que Maître-Voleur puis Second des Ombres. Et Tara… Elle en faisait partie. Je m’étais reposé sur elle, toutes ces années, sans savoir. Non, tout ce temps n’avait pas été gâché. J’avais appris à la connaître autrement. J’avais brisé mes chaînes, et sans doute avait-elle cru que je me portais mieux sans elle à me voir ainsi briller. Foutaises…

Je n’avais jamais voulu être ailleurs.
Je n’aurais jamais pu être ailleurs.

Vingt ans de mensonge. Vingt ans de pardon. Elle était prête à attendre encore le temps qu’il faudrait. Je secouai vivement la tête. « Non, Tara. Non. Tu dois apprendre à vivre par toi-même. Cesse de te cacher sans arrêt dans mon ombre. » Elle n’était pas un fantôme, ni une ombre. Elle n’était pas une illusion, mais bien réelle. Tara avait passé son temps avec ses remords, seule sans l’être, et comptait poursuivre son œuvre. Ca, je ne pouvais pas l’accepter.

Mais quelque chose avait déjà commencé à changer, alors même que nous nous croisions dans cette trame alternée. Un chant d’espoir, oui. Une nouvelle naissance. J’écarquillai les yeux, sous le coup de la surprise, alors même que je savais déjà les paroles qu’elle allait prononcer. Je l’avais senti, en la serrant contre moi, mais sans vraiment y croire. Puis une crainte vint aussitôt balayer les pensées qui s’entrechoquaient en moi. « Qui est le père ? » Et elle perdait pied. Elle riait et pleurait, tout à la fois. Je me rendis compte à quel point son personnage était fragile, factice. Tous l’étaient. La vraie Tara avait échappé de peu à la mort et ne savait plus à quoi se raccrocher, encore vingt ans plus tard. Elle ne m’avait pas oublié, non. Elle avait cherché à s’oublier elle-même. « Tara, as-tu vraiment sauté, il y a vingt ans ? Tu as vraiment cherché à te donner la mort, n’est-ce pas ? » Ma voix se brisait, incertaine, sans que je ne puisse l’en empêcher. « Parce que ta vie, et cette vie que tu portes, c’est comme si tu craignais de lui laisser une chance. »

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Message Sujet: Re: La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît   Jeu 27 Sep - 12:00

Et maintenant ?

Voilà une question qui commence à germer dans mon esprit, qui s’insinue entre la douleur, la honte, la joie, l’espoir… tant de sentiments contradictoires que je ne pensais guère être à même de ressentir au même moment mais qui, pourtant, ne font que se bousculer dans tous les sens, sans me laisser un instant de répit.

Comment se relever après une telle confession ? Comment avancer sans avoir peur ? Je ne sais pas faire. Je n’ai jamais su faire. Durant vingt ans, j’ai vécu avec ce poids qui pesait sur mes épaules, ce secret dont je me servais comme bouclier face au monde entier ou presque. Sauf que maintenant, tout a volé en éclat. Parce que j’ai voulu retrouver cette lueur que j’avais entraperçu dans les yeux de Tyr, dans cette autre réalité. Parce que j’ai voulu qu’il puisse être heureux, enfin débarrassé de mon fantôme.

L’homme qu’il est devenu force l’admiration. J’ai autant appris à l’aimer que j’aimais mon frère et j’ai plus confiance en lui que je n’aurais pu avoir en mon aîné. Mais dois-je le lui dire ? Dois-je lui avouer à quel point il a toujours été important pour moi ? Ses propos me laissent figée, l’espace d’un instant, alors que je ne prête même plus attention aux larmes qui cessent avant de reprendre de plus belle. Tant que j’arrive encore à parler, à m’exprimer, peu importe la mine que je peux bien avoir. « Je ne me suis pas cachée dans ton ombre Tyr. Elle m’a protégée. Tu as continué à veiller sur moi toutes ces années et c’est toi qui m’as aidé à trouver ma place parmi les enfants des Miracles. » Je ne saurais dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose de lui dire cela. Comme si Parle-d’Or avait mieux su me protéger que mon frère. Mais je dois cesser de les différencier. C’est mon frère, quand bien même il a fort changé au court des années. Tout comme moi.

Je finis par lui avouer le reste également. Ce miracle, auquel je ne crois guère, quand bien même cette petite pointe de vie commence à se manifester de bien des façons. Cette peur, que je croyais voir disparaitre en lui avouant qui j’étais, revient de plus belle, s’enroulant autour de moi et manquant de m’étouffer. Il n’y a que sa voix qui me permet de ne pas perdre pied, de ne pas laisser les digues céder les unes après les autres et risquer de me noyer. A sa question, j’ai pourtant un silence avant de souffler, dans un murmure. « C’est … Merle. Mais cela n’a guère d’importance. C’est mon enfant, il le sait. » Quand bien même il a été heureux d’apprendre la nouvelle, en vérité, cela n’aurait pas changé grand-chose. Mais je gagne que Tyr ne va guère apprécier, quand bien même ma proximité avec Merle n’est pas un secret.

Et sa voix se brise. Je baisse les yeux un instant, me tordant nerveusement les doigts avant de finir par relever la tête et par accrocher son regard. J’ai les yeux un peu écarquillés mais je finis par hocher la tête doucement. « J’ai voulu mourir oui. J’avais peur de ce qui pourrait se passer si je ne sautais pas. Alors qu’en finir m’offrait la certitude que je ne poserais plus de problème à personne. » Je déglutis, incapable de dire quoi que ce soit de plus l’espace d’un instant. Et c’est Archimède qui reprend, de cette voix si apaisante que je me demande comment j’ai pu vivre sans elle. « Je l’ai trouvée gisant au sol. Je ne sais pas comment elle a survécu. Les dragons ? Le destin ? Difficile à dire. Mais je savais que je devais être là. Pour la trouver. Et l’aider. »

J’essuie nerveusement les larmes qui continuent de rouler sur mes joues et je finis par reprendre, d’une voix tremblante. « Je ne sais pas Tyr… je ne sais pas si j’ai le droit de lui donner une chance ou si je ne suis pas en train de perdre définitivement la tête. J’en suis même venue à me demander si cette discussion était réelle. Si tu étais bien là ou si je n’étais pas en train de monologuer toute seule. Je … je ne mérite pas d’être mère. J’ai mis fin à ma vie. A celle de mon enfant. Pourquoi les dieux me donneraient-ils une deuxième chance ? »

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