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 Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.

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La Noblesse
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Message Sujet: Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.   Mar 22 Mai - 15:08


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Bartholomé d'Ansemer et Denys du Lierre-Réal

Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.

Si lointaine et si proche à la fois



• Date : 26 mai 1003
• Météo (optionnel) : Il fait très beau, peu de nuage dans le ciel et le vent qui souffle sur le littoral éloigne un peu la chaleur de ce mois de mai.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Profitant de la venu de Denys en Ansemer pour quelques jours, Bartholomé l'invite à visiter le port et discuter un peu.
• Recensement :
Code:
• [b]26 mai 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3707-il-est-des-portes-sur-la-mer-que-l-on-ouvre-avec-des-mots#139201]Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer et Denys du Lierre-Réal[/i]
Profitant de la venu de Denys en Ansemer pour quelques jours, Bartholomé l'invite à visiter le port et discuter un peu.


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Message Sujet: Re: Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.   Mar 22 Mai - 15:49

Il y avait dans la contemplation de la mer et ses reflets d’argents une sérénité que Denys, bien que peu familier des embruns de l’océan, parvenait à toucher du bout des doigts. Le son des vagues et de l’écume glissant sur la plage ou se fracassant sur les rochers apaisait bien des esprits, même celui d’un homme comme le duc de Lagrance, si rarement au repos. Plus encore en ce jour… Celui-ci lui rappelait cruellement des événements survenus un an plus tôt très exactement. Ce jour où, dans cette réalité alternée, il avait trouvé la mort. Si son cœur s’était depuis longtemps remis de ces émotions, l’esprit n’oubliait pas. Et plus que d’ordinaire, Denys était songeur, peut-être même moins enjoué. Le masque qui habituellement ornait ses traits était peut-être plus sombre, terne, même si son regard ne pu qu’admirer la beauté de cette étendue bleue. Oui elle avait ce quelque chose d’apaisant. Moins que ses jardins embaumant le parfum des fleurs et les chants des insectes, mais tout de même. Cette balade sur le port avait quelque chose de positif et améliorait quelque peu l’humeur du duc, qui se serait peut-être passé en ce jour de quelques rencontres politiques. Comme s’il pouvait réellement y échapper, au cœur d’un duché qui n’était pas le sien. Non pas qu’il n’avait pas envie de voir Bartholomé – au contraire, il était celui de ses homologues Faës qu’il appréciait le plus – mais il n’aurait pas dit non à un peu de repos. Ce jour principalement ternissait bien ses pensées.

Néanmoins, il avait pris avec beaucoup de plaisir la proposition de Bartholomé, moins formel que ce à quoi il était habitué. Cette rencontre se faisait au cœur de la cité ducale d’Ansemer, balade paisible pour quelques mots anecdotiques – pour l’instant. Loin des communes discussions dans l’intimité d’un bureau, où chaque mot pouvait être potentiellement espionné. Peut-être était-il trop habitué à ça, en vérité. A ces rencontres porteuses de conséquences. Oh bien entendu, Denys ne se faisait pas d’illusion sur un tête à tête entre lui et le duc d’Ansemer, mais il reconnaissait que la balade sur le port était bien jouée. Tout ce qu’il fallait pour détendre l’atmosphère, en cette période propice aux bonnes nouvelles. Lui et Marjolaine ne venaient-ils pas après tout pour féliciter Bartholomé et son épouse de l’heureux événement qui les touchait, à savoir une prochaine naissance ? Outre donc son humeur quelque peu terne en ce jour, l’ambiance, dès leur arrivée, était des plus joyeuses, et l’accueil réservé aux invités des plus remarquables. Tout du moins, en sa qualité de duc parfois pointilleux sur ce genre de détails, il n’avait point à se plaindre.

« Je dois reconnaître que la vue sur la mer est très agréable. Même si elle a inspirée beaucoup d’artistes par chez nous, difficile de rendre grâce à une si vaste et changeante étendue. »


Le compliment, quoique calculé lorsqu’il était adressé à un Ansemarien, était néanmoins sincère. Denys était de ces hommes esthètes qui aimaient la beauté, quelque soit la forme qu’elle prenait. Et s’il n’y avait personne à remercier ou féliciter pour avoir créé une si belle chose, le reconnaître était suffisant. Même s’il préférait sans aucun doute les chatoyantes couleurs et la finesse des jardins de Lagrance. Le sujet était des plus banals, comme ce qu’ils avaient échangés depuis le début de cette balade sur le port. Autour d’eux, les habitants de la cité s’étaient retourné ou avaient observé avec curiosité la venue de deux ducs, hors des murs protecteurs du palais. Il y avait certes des gardes devant pour ouvrir la voie, et derrière pour s’assurer qu’il n’y avait pas de danger, mais tout était relativement calme, comme l’était la mer actuellement.

« Quelle est le nom de cette vivenef que vous souhaitiez me montrer déjà ? »

Bartholomé n’avait donné que peu de détails, notamment ce nom qu’il avait sans doute omis de lui mentionner. Le duc de Lagrance savait juste qu’il s’agissait d’une charmante vivenef. Une curiosité qui intéressait, il est vrai, grandement Denys. Après tout, il avait accueilli en Lagrance énormément de Mage du Sang qui étaient les créateurs de ces maitresses des eaux. Pourtant, il n’avait que rarement eu l’occasion d’en voir, à l’exception de Maari, vivenef à roulette de son état, et la belle et douce Azalée, mouillant au port de l’Ancre-Fleurie.

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Message Sujet: Re: Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.   Mar 29 Mai - 12:40

La venue du couple ducal Lagran était un événement qui aurait plus que ravi Bartholomé si son humeur avait été meilleure par les jours qui couraient. Le sourire qu’il s’efforçait de plaquer sur son visage était à demi un masque savamment travaillé pour laisser flotter l’illusion d’un réel bonheur suite à l’annonce de grossesse de sa femme. Les traits tirés et les soupirs qu’il ne pouvait retenir pouvaient à tout le moins être balayé sur le compte de l’angoisse, de l’incertitude. Après tout, l’emprisonnement de Jehanne qu’il avait mis sur le compte de sa santé pouvait bien être le soucis de ses tracas. Oh si seulement.
Les efforts de son frère ne semblaient pas changer grand chose, et la duchesse restait encore et toujours muette chaque fois qu’il venait la voir. Il ne savait peut-être pas lui-même ce qu’il cherchait vraiment en venant s'enquérir de son état comme il le faisait quelquefois semaines. Peut-être qu’il souhaitait que la solitude et l’isolement dans lesquels il la repliait finirait par réellement créer chez elle quelconque maladie. Peut-être qu’il espérait la voir se briser, qu’un jour il ouvre la porte et qu’elle soit là suppliante, implorant son pardon. Son regard ne semblant s’allumer que lorsque Bertille l’accompagnait, mais ces fois-là c’était un théâtre qu’ils jouaient tous deux, cherchant à préserver l’innocence de cet enfant placée là bien malgré elle dans la guerre que se livrait ses parents.

Aussi, il était heureux de voir revenir en Ansemer le duc de Lagrance ainsi que sa charmante épouse, mais il aurait préféré n’avoir pas besoin de sourire et les remercier chaleureusement pour les félicitations qu’ils lui apportaient quand à la grossesse de Jehanne. Et s’excuser de l’absence de sa femme pour les accueillir. Il se doutait fort bien qu’il ne pourrait refuser éternellement un entretien, mais il espérait sans grande conviction que les excuses qu’il donnait leur suffiraient.
Mais l’ambiance du palais, les murs et les domestiques, les murmures de sa cour, le pesaient depuis ce dernier mois. Ainsi, il avait invité Denys à une rencontre moins formelle, non pas dans son bureau ou un de ses salons privés comme il en aurait eu l’habitude autrement, mais le long des quais au coeur de la cité. Loin d’elle. Entouré des bateaux, des marins occupés, et de la mer, qui réussissaient toujours à lui redonner sourire, un vrai, celui de ce bonheur que l’eau saline avait sur son être.

Leur marche leur avait arraché quelques mots bien simples jusqu’à présent, rien de notoire sinon ces échanges de banalités et ces remarques anecdotiques. Le soleil était haut dans le ciel et chaud, la brise qui soufflait doucement fort bien reçue, rendant leur promenade agréable. Un sourire étire les lèvres de Bartholomé quand son homologue complimente ce paysage qui est sien. « N’est-ce pas? Sans ne rien vouloir enlever à vos merveilleux jardins et étendues fleuries, la mer a ce quelque chose d’unique justement par ses humeurs. » C’est un jeu de compliments qu’il est nécessaire de jouer. Le pense-t-il vraiment, entre les duchés ce sera toujours un peu ce concours de qui aura le plus beau, le plus merveilleux. « Vos fleurs ont d’égales la beauté des femmes, mais le charme de l’océan est dans ses tempêtes, et dans la douceur et le calme qui s'ensuit, dans la courbe langoureuse de ses vagues après la violence de ses éclats. Je ne crois pas un jour m’en lasser. » De la mer, des vagues, et des femmes. Le sous-entendu est là, caché sous ces mots et ces comparaisons, Bartholomé sait que Denys l’appréciera, parce qu’il est de ce point où ils se ressemblent, tous deux.

« L’Aquilon. »
qu’il répond au duc, lui jetant un regard, un sourire, avant que ses yeux ne retournent se porter sur la multitude de navires amarrés au quai ou faisant ancre un peu plus loin dans la baie. Il cherche des yeux un instant la vivenef, alors qu’ils continuent d’avancer. Elle est là, un peu plus loin, fière, magnifique, les marins s’occupant d’étendre les cordages lavés pour profiter du soleil et les faire sécher. « Elle est sublime, avec Apogée sa figure de proue, une vraie guerrière. » Elle venait d’arriver à Port-Liberté, tout juste quelques semaines plus tôt, et Bartholomé, grand amoureux de la mer et des navires, ne pouvait s’empêcher de porter sur elle un regard presque admiratif. Elle était bien différente de l’Hermione, fleuron de la marine marchande d’Ansemer douce et paisible. Apogée, sculptée à l’effigie de Christée d’Aubéliance, une grande guerrière de l’époque, portait cet air de puissance déterminée. « Un prêt de la marquise de Bellancre, pour la défense de Port-Liberté dans l’éventuel retour des hostilités. » Parce qu’il craignait que ce ne soit inévitable. La trêve qui se poursuivait était agréable, et permettait tant aux hommes de reprendre des forces qu’aux villes de mieux se préparer. Mais il avait encore au travers de la gorge l’attaque des pirates à Bohémont une année plus tôt, et le port qui s’était retrouvé pris au dépourvu alors que la force des troupes d’Ansemer s’était retrouvée au front. Il n’était pas question de laisser cela arriver de nouveau, et encore moins à Port-Liberté. Il avait alors profité de la trêve pour envoyer à ses marquis et autres nobles possédant terres côtières ou simplements quelconques navires quelques missives leur demandant de faire leur effort de guerre et de joindre à la flotte ansemarienne les effectifs dont ils pouvaient se passer, temporairement. Dans les derniers mois, les dernières semaines, les navires étaient ainsi arrivés en grand nombre, et le port et la baie de Port-Liberté prenait presque des airs d’hivernage avec tous ces bateaux à quai. « Il me faudra éventuellement commander la construction de nouvelles vivenefs, mais les temps s’y prêtent difficilement en ce moment. » Plus tard. Quand il serait en mesure aussi de prendre la mer, et de naviguer à son bord. « Venez. Nous allons vous présenter à Apogée. »

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Message Sujet: Re: Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.   Ven 15 Juin - 16:07

Il y avait quelque chose, dans l’attitude de Bartholomé, qui n’était pas sans rappeler celle qu’arborait Denys en ce jour. Il semblait clair, à tous deux, qu’ils n’étaient pas de la plus charmante des humeurs, et ce pour des raisons qui leur étaient propres et que le duc de Lagrance n’avait pas spécialement envie de chercher chez son hôte. Il avait noté cependant, dans les traits un peu fermés de son homologue, une fatigue et une lassitude qui ne lui étaient pas tout à fait inconnues. Et à en croire cette petite balade sur le port qui ne correspondait guère à leurs deux habitudes, il leur faisait néanmoins du bien de sortir au grand air et ne pas s’étouffer entre les murs du palais ducal. Si c’était peut-être moins propice aux confidences et accords tissés d’une poignée de main, l’air marin chargé d’iode saurait sans doute ouvrir d’autres portes et apporter autre chose. Des choses moins préoccupantes, qui sait. Et pourtant, les deux ducs avaient toujours de quoi être préoccupé, à plus forte raison par la situation actuelle d’une guerre en suspend et d’un empereur qui ne donnait aucune nouvelle à ce propos. A défaut d’en parler, au moins pouvaient-ils l’éclipser le temps de cette balade. Elle avait ce quelque chose de profitable pour Denys en tout cas. Qui plus est alors qu’il était en compagnie du duc Faë dont il était sans doute le plus proche, quand bien même n’étaient-ils pas réellement amis. Entre eux pourtant, compères de bien mauvaises habitudes, les sous entendus courraient et Denys n’était pas le dernier pour saisir les paroles cachées de Bartholomé. Cela eut le mérite de faire lever un sourire un peu plus franc au duc de Lagrance.

« Oui je m’en serais douté. »


Douté qu’il aimait les femmes autant que la mer, ce n’était assurément pas un secret. Et s’il n’avait plus accès totalement à l’une, il ne se privait pas de voir les autres, bien plus nombreuses et toutes aussi peu cachées. Même si pour Denys, on lui avait connu la réputation de coureur et d’infidèle, peu de femmes s’étaient faites remarquer et peu de noms avaient véritablement été révélé. Au contraire d’un Bartholomé qui s’était affiché sans gêne ni contrainte avec nombres de femmes à quelques événements officiels. L’idée de le juger à ce propos, cela dit, n’était clairement jamais venue à Denys, et il se souvenait encore sans mal de ces discussions autour d’un verre de rhum à comparer de charmantes conquêtes. Une chose qui n’arriverait pas de nouveau si tôt, lui qui avait depuis plus d’une année déjà cessé de tromper son épouse. Bien des événements l’avaient fait changer, il n’en était sans doute pas de même pour Bartholomé.

L’Aquilon donc était le nom de cette Vivenef qui était leur attraction du jour. Certainement d’une grande beauté, comme toutes ces reines chevauchant les vagues, même la belle Azalée qui n’était pas des plus aventureuse sur les eaux tumultueuses. Et bien qu’à son sens, il n’y avait pas à s’émerveiller des beautés de la guerre, il pouvait comprendre, Denys, les compliments derrière les paroles de Bartholomé. Quoiqu’elles représentent, les figures de proue des Vivenefs étaient toujours des merveilles de beauté et de perfection, transcendant la vie qui n’était pas seulement faite de chair. Pouvait-il le comprendre, Bartholomé, qui n’était pourtant pas un familier des mages du Sang et de leur savoir si particulier ? Denys n’était lui même pas le plus instruit à ce propos, mais il s’était longuement intéressé à leurs tâches et pouvoirs néanmoins, sans jamais les craindre ni les juger. Car il convenait sans mal que l’art de donner la vie et la sublimer par magie était quelque chose d’à la fois terrible et grandiose.

« J’ai hâte de la rencontrer. » Dit-il avec une certaine vérité dans le léger sourire qui ornait ses lèvres. Sourire bien vite crispé à la mention d’un possible retour des hostilités. Oh comme il avait raison, ce cher Bartholomé, on n’était jamais trop prudent. Denys avait lui aussi pris quelques dispositions de son côté pour éviter à son duché une possible invasion comme ce fut le cas juste avant la trêve hivernale.  « Vous avez bien raison de prendre de telles précautions. Le silence de l'empereur à ce propos devient préoccupant. » Ce n'était pas comme si les mots lui échappaient malgré lui. La vérité pourtant se distinguait bel et bien dans ses paroles et il n'espérait pas être le seul à songer ainsi. Bien vite, après avoir longé les quais, ils arrivèrent sur le ponton où le navire était. « Hé bien alors, je vous laisse faire les présentations. »

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Dernière édition par Denys du Lierre-Réal le Ven 13 Juil - 12:28, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.   Sam 23 Juin - 1:04

Le silence de l’empereur était préoccupant, oui. Denys avait posé les mots justes sur la situation actuelle. La guerre s’était enclenché dans une telle hâte, et les ripostes avaient poursuivies dans la même suite. Mais depuis la mort de l’empereur Ibéen, depuis la libération de la Chasse aussi, plus rien. Ils flottaient dans ce flou d’incertitudes et ce silence d’anticipation. La trêve avait été bien venue, au départ, alors qu’elle avait encore une date butoir. C’était alors un temps pour se reposer, pour réparer ses défenses et préparer ses armements en vue des prochaines attaques. Mais la date fatidique était passée, le nouvel empereur d’Ibélène avait été couronné et rien n’avait suivi. Ils étaient restés ainsi, prêts à répliquer, prêt à reprendre les attaques, mais aucune n’avait été lancées. Et autant il se plaisait dans cette paix relative qui faisait un peu écho de celle dans laquelle ils avaient si longtemps vécu, autant ce n’était pas la même chose. Ils ne pouvaient se permettre de se relâcher, toujours aux aguets, toujours prêts, parce que si les combats reprennent ils ne pourraient se permettre d’attendre.

Cette trêve qui se prolongeait permettait aux corps et aux coeurs de se reposer. Mais elle paralysait les échanges maritimes, entre autres. Les bateaux ne prenaient plus la chance de s’éloigner pour de longs voyages éloignées, alors que sur les eaux ils avaient maintenant plus encore que les pirates à redouter.
« Oui. Si au moins nous étions au fait de ce qui se trame. » Léger soupir. Est-ce possible que derrière ce silence se cache plus encore que de simples tactiques de guerre et de paix. Que de derrière les probables discussions entre les deux empereurs se dessinait un destin bien différent? Y en avait-il, même, de ces discussions? Et qu’en était-il d’Erebor, maintenant royaume indépendant. Serait-ce aussi un ennemi à jauger dans cette guerre qui avait commencé à détruire le continent, ou était-ce possible que ces derniers se rallient à leur cause? « Fort heureusement les doux mois d’été sont à nos portes, et le calme nous permettra de rengorger les réserves. Ansemer survivrait difficilement à un prochain hiver s’il fallait envoyer toutes nos forces combattre. » Et Denys devait être un peu au fait de cela, Lagrance étant le principal voisin d’Ansemer, et de celui qu’il s’approvisionnait le plus durant les long mois d’hivernage. Ils avaient les terres, et les bêtes qui les peuplaient, certes, mais elles n’avaient jamais été exploités et les Ansemariens étaient de piètres chasseurs. Ainsi, chaque hiver, ils dépendaient des importations en provenance du duché des fleurs, mais un jour viendrait que même celui-ci aurait tout juste assez pour nourrir son peuple.  « N’est-il que l’attente et le silence est trop peu rassurant, vous avez raison. Vous partagez vos frontières avec Sombreciel, aucune agitation particulière venant de chez eux? Et Erebor? » Le duché des océans était trop isolé pour se voir le théâtre d’alliances ou pour percevoir les agitations ennemis, si ce n’était celles des pirates qui ravageaient leurs côtes depuis toujours. Mais Lagrance semblait être placée stratégiquement, partageant ses limitations avec les deux empires, avec le royaume indépendant du sable aussi, maintenant. Denys, ou les patrouilles de ses escadrons de Voltigeurs, pouvaient avoir possiblement aperçu quelque chose.

C’est ainsi qu’ils arrivent finalement sur le ponton où l’Aquilon se trouve. Elle est belle et grande, Apogée, avec son air fier et déterminée. Il n’a jamais voyagé sur une vivenef, le duc, mais elles l’ont toujours fasciné. Plus jeune il lisait les récits de leur création en cachette, alors que sa mère cherchait à l’éloigner de tout ce qui pouvait se rattacher à la navigation, et si leur vie en soi et les pouvoirs qu’elles possédaient pouvait faire frémir, c’était une magie bannie depuis si longtemps bannie après tout qui les rendait ainsi vivante, Bartholomé avait toujours été fasciné par elles. Ces sculptures vivantes qui étaient encore plus la mer que jamais il ne pourrait l’être. « Chère Apogée, laissez-moi vous présenter le duc de Lagrance, Denys du Lierre-Réal, en visite en Ansemer. » Et au duc il présenta Apogée, qui elle-même vint réitérer ses intentions de défendre Port-Liberté au fort de sa puissance et de celle du corps de sa vivenef, poursuivant qu’elle profitait de son séjour sur les eaux de la capitale pour faire la connaissance d’Adrastée, la figure de proue de l’Hermione, gardée à port elle aussi devant l’incertitude des temps à venir.

« Fascinantes, n’est-ce pas, ces figures sculptées vivantes. » qu’il fait commentaire à son homologue après la courte discussion avec Apogée. « Vous êtes plus connaisseur que je le suis de ces magies jadis bannies, je crois. » Il n’avait jamais été contre, le duc, comment aurait-il pu, après tout, lui qui était tant fasciné par ces mages sculpteurs, mais il n’avait pas non plus montré le même intérêt que son homologue envers ces magies. « Vous devez apprécier ces merveilles d’une façon bien différente de la mienne. »

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Message Sujet: Re: Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots.   Ven 13 Juil - 13:33

Savoir ce qui se tramait, c’était bien là le minimum que souhaitait Denys de la part de Gustave sur cette situation qui avait l’air de s’éterniser. Mais force lui était de constater que l’empereur ne daignait guère tenir au courant ses ducs de ses projets à propos de cette guerre désormais stagnante. Cela étant, il savait de part ses contacts avec la Cour des Miracles que même à Alfaë, il n’y avait pas de réelles grandes décisions prises, et que l’incertitude semblait planer partout en Arven. Ce n’était pas une bonne chose, aux yeux de Denys, car ignorer ce qu’il convenait de faire et laisser les peuples dans cette attente fébrile et frustrante, c’était un premier pas vers une faiblesse qui pouvait s’avérer fatale. Même si à l’heure actuelle il était possible de ne guère trop craindre une réplique d’Ibélène qui était affaibli, le duc de Lagrance n’était pas persuadé qu’il fallait compter là dessus. Hélas, tout ce qu’ils pouvaient faire en ce moment c’était renforcer leurs armées et surveiller les frontières, et peut-être – si tout cela s’éternisait trop – en toucher un mot clair à Gustave.

« Oui. Nous même avons perdu beaucoup de nos réserves lorsque les Ibéens ont traversé la frontière et se sont emparés de terres en Lagrance. La saison chaude et l’été nous permettent aussi de refaire les stocks. Cette attente cependant n’a rien d’une paix et si cela doit trop s’éterniser, peut-être nous faudra-t-il confronter l’empereur à ce sujet. »

Telle était la volonté de Denys, et à en juger par les mots de son homologue, peut-être celui-ci serait-il d’accord à ce propos. Il n’était guère le seul à penser que le temps avait filé depuis la date butoir de cette trêve hivernale, et aucune manœuvre n’avait encore été mise en place pour gérer cela. Devaient-ils attendre que les hostilités reprennent pour entamer une discussion ? C’était absurde. Soucieux de ce sujet, Denys releva néanmoins un regard vers Bartholomé, partageant ce qu’il savait de ses observations à la frontière cielsombroise et kyréenne. Rien de bien sensationnel, mais au moins relativement rassurant.

« Nous n’avons vu aucun mouvement au niveau des frontières, non. Qu’il s’agisse d’Ibélène ou du sultanat d’Erebor, les troupes ont été retirées en même temps que les nôtres au moment de la signature de la trêve. Depuis nous n’avons rien noté de suspect. Nos voisins cielsombrois ne sont de toute façon pas les plus attachés à la guerre. » Cela, ce n’était même pas une surprise. Personne n’ignorait que le peuple de l’Esprit préférait jouir de la paix que s’embourber dans une guerre barbare. De la même manière que les lagrans n’étaient d’ailleurs pas spécialement plus combattant qu’eux. Même s’il gardait un œil sur les frontières, Denys savait que ce n’était pas les cielsombrois et Castiel qu’il avait le plus à craindre. « La situation en Ibélène doit être aussi tendue que chez nous, sinon plus. La perte d’un duché et ce qui est arrivé à l’empereur Octave a dû chambouler énormément de choses. Sans parler de la disparition de l’ancien maréchal de Serre. Même si un autre a été nommé, je pense que leur réorganisation prend du temps. Je ne comprend pas pourquoi l’empereur Gustave ne fait rien. » Qu’il s’agisse de reprendre les hostilités ou au contraire d’envoyer un message de paix au jeune Octave pour cesser cette guerre. Oui, c’était parfaitement incompréhensible que rien, depuis des mois, ne se soit passé entre les deux empires. « En ce qui concerne Erebor, leurs frontières sont pour l’instant fermées, mais ils ne nous sont pas hostiles. De ce que je sais, ils sont sortis de cette guerre. » Ce n’était certes pas une chose à prendre à la légère ni une forme de confiance que l’on pouvait accorder au sultanat, mais cela faisait toujours un adversaire de moins à craindre et surtout, peut-être, un possible nouvel allié.

Mettant fin un instant à cette conversation en arrivant sur le ponton où se trouvait l’Aquilon, le duc de Lagrance attendit les présentations avec la figure de proue qu’il pu observer avec énormément de curiosité. Sublime, comme il s’y attendait, à l’image de toutes ces souveraines des océans, filles de Messaïon. Il rendit le salut à Apogée, qu’il questionna un peu et qu’il écouta surtout. Belle dévotion que cette âme éprise de liberté et de vaillance, elle qui était faite de bois et d’une magie que tous avaient considérée comme maudite pendant des siècles. Comment penser une telle chose en admirant cette vie insufflée dans la matière ?

« Fascinante et merveilleuse, oui. » Approuva le duc en s’éloignant avec son homologue sur le bastingage de la vivenef, une fois la discussion avec Apogée terminée. « Je m’y intéresse énormément, c’est vrai. Depuis que beaucoup de Mages du Sang ont trouvé un foyer en Lagrance, je me suis intéressé à eux et à leur magie. » L’un de ses conseillers, Malion, n’était-il pas après tout lui même un de ces mages anciennement honni ? Même s’il ne cachait plus cet intérêt pour les Magies et Savoirs bannis, il cachait encore, Denys, cette allégeance qui était la sienne à l’Ordre du Jugement, hélas trop connu aujourd’hui pour son côté extrémiste. Quel dommage que les gens ignorent ainsi tout ce qu’avait fait cette organisation au fil des siècles pour conserver ces merveilles d’autrefois qui n’auraient jamais dues être détruites. « Sans doute. J’apprécie leur beauté et les talents dont peuvent faire preuve les vivenefs. Mais j’admire surtout le processus de création de ces merveilles. Un jour, je vous inviterai en Lagrance pour que vous puissiez observer la magie à l’œuvre. Si bien sûr cela vous intéresse. »

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