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 Le temps du pardon

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Message Sujet: Le temps du pardon   Jeu 24 Mai - 19:53


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Agathe de Vigdir et Raygnar d'Ysgramor

Le temps du pardon

Quand vient le moment de présenter ses excuses



• Date : 29 avril 1003
• Météo (optionnel) : Beau temps
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Raygnar a quitté ses terres et est devenu précepteur à Svaljärd. Alors qu'il se rend au palais, il croise la route d'Agathe, et décide de lui présenter ses excuses pour son comportement lors de leur dernière rencontre
• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici :29 avril 1003[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3712-le-temps-du-pardon]Le temps du pardon[/url] - [i]Agathe de Vigdir et Raygnar d'Ysgramor[/i]
Raygnar a quitté ses terres et est devenu précepteur à Svaljärd. Alors qu'il se rend au palais, il croise la route d'Agathe, et décide de lui présenter ses excuses pour son comportement lors de leur dernière rencontre



Dernière édition par Raygnar d'Ysgramor le Jeu 24 Mai - 19:54, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Jeu 24 Mai - 19:54

Par Alder, qui aurait cru qu’enseigner serait aussi éprouvant. Je gardais certes encore des souvenirs de cette autre réalité où, en plus d’être un talentueux professeur d’Histoire à l’Académie, j’étais aussi le Recteur. Mais je ne me rappelais pas que les élèves pouvaient se montrer aussi entêtés. Si Sigrid se montrait studieuse et visiblement très impliquée dans son travail, ce n’était pas le cas de son frère, Roderick. Le garçon, âgé de sept ans, préférait de loin jouer avec sa petite épée en bois contre un mannequin de paille, plutôt que d’écouter les leçons de son précepteur. Je me refusais à le corriger, tant que ses parents ne m’en avaient pas donné l’autorisation. Par conséquent, je me donnais corps et âme pour tenter de l’intéresser au passé de notre duché, et à celui d’Arven en général. Debout derrière eux, je lisais un récit de négociation quand, soudain, mes deux élèves se mirent à rire aux éclats. Je m’avançais, et remarquais par-dessus l’épaule du garçon un dessin me représentant, avec des cornes de yack sur la tête, et des mouches voletant tout autour. Si je pouvais louer le talent du gamin pour le dessin, je n’approuvais pas du tout sa moquerie. Les Inarssen étaient une famille noble qui devait sa réussite à l’architecture. Ces gens-là ne connaissaient pratiquement que la ville, et voir arriver un petit seigneur vivant de l’élevage de yack, perdu au milieu de vastes étendues enneigées, ne pouvait que faire rire les enfants. Je soupirais, regardais le dessin.

Voilà où j’en étais réduit. J’avais abandonné mes terres, mon peuple, mon titre et ma raison de vivre à mon fils, pour m’exiler en ville. J’avais presque supplié les Inarssen pour qu’ils m’embauchent, étant donné les temps qui courent. J’avais obtenu l’autorisation de loger chez eux, mais, à présent, je regrettais mon ancienne vie, et je maudissais ma bêtise. Je repensais souvent au jour de mon départ. La veille, j’avais convié tous les habitants du petit village voisinant mon manoir à une grande fête où j’officialisais le début du règne de Rolf. Mon fils s’était montré exemplaire, et avait fait un discours qui avait été largement applaudi. J’étais fier de lui, je savais qu’il ferait un excellent souverain pour Ysgramor. Depuis le scandale avec Martial, beaucoup s’étaient dit qu’il était temps que je passe la main, même au sein de la domesticité. J’en avais référé à quelques personnes hautes placées et proche des petites gens, d’après eux, Rolf avait déjà fait ses preuves, il pouvait donc me succéder sans problème. La fête s’était prolongée jusqu’à l’aube et, le lendemain, j’ai compris que le temps était venu pour moi de partir. J’avais fait mes adieux à mon manoir, m’étais longuement recueilli sur les tombes de mes parents et de celle de ma petite sœur, puis avait rassemblé mes vêtements et le peu de biens que je m’autorisais à emporter. Je laissais tout à Rolf, sauf quelques petites choses : un ou deux livres, ma plume favorite, une carte d’Ysgramor, et, enfin, l’épée que mon père m’avait fait forger quand j’étais devenu un homme.

C’était le cœur lourd que j’étais parti. J’avais serré Rolf dans mes bras, et celui-ci me conseilla de me montrer prudent. Je lui promis de lui écrire régulièrement puis, monté sur ma monture, je quittais, après un dernier long regard sur mon manoir, les terres qui m’avaient vu naitre. Le guerrier qui m’accompagnait, trop occupé à se battre avec le lacet de son gantelet, ne remarqua pas mes larmes, et j’en fus reconnaissant à Alder de l’avoir muni d’un équipement aussi défectueux. Le voyage jusqu’à Svaljärd me parut interminable, et, quand j’arrivais, je ne ressentis qu’une immense fatigue, et beaucoup de lassitude. J’avais payé le guerrier et avait toqué à la porte de la famille Inarssen, et, enfin, ma nouvelle vie commençait. Je logeais dans une petite chambre, bien éloignée du confort que j’avais connu, mais cela me convenait. Je n’y restais que pour dormir et me laver après tout. Je faisais mon travail, et puis c’était tout. Le rang de ces gens, bien supérieur au mien, m’interdisait toute familiarité. Je mangeais de mon côté, et je conservais tout de même ma liberté. Je pouvais sortir me balader en ville quand je le souhaitais, et je profitais de ces moments pour donner de mes nouvelles à mes proches, ou pour rendre visite à Elanin. Ma fille s’épanouissait dans sa nouvelle vie, et elle me parlait beaucoup d’un jeune homme qu’elle aurait rencontré et qu’elle appréciait beaucoup. Je l’écoutais sans donner mon avis, la voir heureuse me comblait suffisamment.

Ce jour-là, alors que je tenais le dessin de Roderick dans la main, je pris conscience que j’étais tombé bien bas. Je n’avais pas eu le choix, c’était le seul moyen de me faire oublier quelques temps. C’était le seul moyen de me tenir éloigné des scandales et de préserver mes enfants. Je pliais le dessin et le mit dans ma poche, avant d’ordonner aux enfants de se remettre au travail. La matinée passa très lentement, et, quand le soleil arriva à son zénith, je m’autorisais une petite promenade. Un peu d’air frais ne me ferait aucun mal, et ma jambe avait besoin d’exercice. Je sortis donc, équipé de ma canne, et m’engageais dans les rues de la ville. J’avais pour projet de me rendre au palais retrouver Elanin. Celle-ci s’inquiétait de me voir aussi las en ce moment, et tenais à me voir le plus souvent possible. Je me dirigeais donc vers le palais quand une silhouette familière attira mon attention. Une jeune femme que j’avais autrefois surpris à dérober des bijoux. Elle était vêtue de beaux atours, et je supposais alors qu’elle avait dû épouser une personne de haut rang. Je repensais à son regard apeuré, le jour de notre rencontre, et fut pris de remords. Je m’avançais vers elle, m’inclinais, et lui dit :

« - Ma dame. J’ignore si vous vous rappelez de moi, nous nous sommes rencontré peu de temps avant que les Sentinelles attaquent la ville… »
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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Jeu 31 Mai - 4:12

La capitale était belle et vivante. Ce fut la première impression qu’en avait eut Agathe, en voyant les jolies bannières colorées flotter au vent. Ici, tout était gris, épais, s’inscrivant dans le temps pour ne jamais déroger. Les hautes murailles donnaient cette impression constante de protéger les citoyens, que noblesse et roture partageaient la même défense et le même destin. Ils s’étaient remis difficilement du couronnement, dans la famille de Sylvamir. Tous avaient craint pour Melbren, pour leur Empereur et ce qu’il était devenu, pour l’apparition de la Chasse Sauvage, aussi. Les murmures qui avaient traversé l’assistance ne lui étaient pas inconnus. Les rumeurs s’étaient levées quant à la proximité des Bellifériens et cette Chasse maudite. Agathe était d’autant plus inquiète, la Chasse Sauvage friande des enfants du duché de la Guerre d’une part, de l’autre, Guillaume de Brumecor qui pouvait menacer, lui aussi, de la traquer d’une toute autre manière.

Fidèle aux mots qu’elle avait adressés à Lancelot dans sa toute dernière lettre, Agathe avait planifié une visite dans la ville. On lui avait déjà vanté la joliesse des reliures kyréenne, et même si à sa dernière visite au palais de Sombreciel on l’avait ensevelie de présents et de magnifiques carnets, Agathe désirait s’en procurer avec ses économies déjà généreuses pour une jeune femme de son âge. Mélusine, dans sa bonté exubérante, avait toujours affirmé qu’il était nécessaire qu’une jeune femme possède quelques revenus pour égayer son quotidien de petites douceurs. C’est ainsi qu’Agathe se vit offrir l'équivalent d’un salaire mensuel de Voltigeur comme argent de poche.

Agathe avait accepté sans la moindre protestation la présence de ses protecteurs, bien trop rassurée par leur savoir-faire et leur carrure. Soigneusement accompagnée, elle avait profité de cet éclat de liberté qu’elle commençait tout juste à saisir, près de deux ans après sa libération de Bellifère. Agathe de Vigdir, seule, à profiter des étals. La fraîcheur d’avril pinçait encore les joues, ici, à Svaljärd, mais la mignonne ne se plaignait pas, loin de là. Pendant quelques heures, elle passait d’un étal à un autre, osant franchir la porte de quelques boutiques, même, pour acheter un mouchoir délicat pour sa tutrice adorée et un journal somptueux à la reliure de cuir buriné, pour Lancelot. Pour son herbier, qu’elle pensait, rougissante, en retenant l’ouvrage fraîchement acquis contre son coeur.

- Ma dame. J’ignore si vous vous rappelez de moi, nous nous sommes rencontré peu de temps avant que les Sentinelles attaquent la ville…

Elle levait le minois vers qui l’appelait et son regard s’écarquilla légèrement sous la surprise. Lui. L’homme qui l’avait surprise à voler un collier délicat, lors du marché de Lughnasadh! Sitôt la surprise passée, elle s’efforça de lui offrir un sourire courtois, l’un de ceux que lui avait appris sa tutrice, en tant que voleuse du charme. S’il ne lui venait pas encore naturellement d’agir comme l’apprentie qu’elle devait être, le vieux débris d’Ysgramor lui inspirait suffisamment de peur pour qu’elle mette à profit l’entièreté de ses acquis.

- Sire d’Ysgramor, je ne vous avais pas vu. Je me souviens de vous, parfaitement, et je suis… Je suis soulagée de vous savoir bien portant.

La canne sur laquelle le vieil homme s’appuyait ne lui avait pas échappé, toute attentive qu’elle était. Agathe fronça les sourcils, à peine, tout en se questionnant s’il s’agissait là d’une séquelle des Sentinelles ou plutôt cette vieillesse qui marquait chacun de ses traits, plus encore que dans son souvenir.

- Votre famille est-elle en sécurité, également?

Car après Lughnasadh, il y avait eu bien d’autres drames, encore, jusqu’à la résurrection de leur empereur.

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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Sam 2 Juin - 19:22


La jeune femme avait beaucoup changé depuis notre dernière rencontre. Elle était plus sure d’elle, elle faisait beaucoup plus femme. Le mariage lui avait beaucoup réussi. J’avais déduit qu’elle s’était sans doute mariée à cause de la présence de ses gardes du corps, et par son regard qui trahissait un amour passionnel pour quelqu’un. Son mari devait être quelqu’un d’important, à en juger par les moyens qu’il déployait pour protéger cette jeune femme. Où alors…. Ce n’était pas son mari qui était à l’origine de la présence de ces hommes. Je les regardais, et repensais à l’intervention de Hiémain de Sylvamir, époux de la tutrice de cette fille. Ces gens là avaient beaucoup de moyens, bien plus que ce qu’Ysgramor pouvait générer en dix ans. Etre dans les bonnes grâces de cette famille semblait avoir été bénéfique pour la jeune femme. Avoir pensé à Ysgramor, l’espace de quelques secondes, me serra le cœur, mais je me refusais à me laisser aller à la mélancolie. Elanin se poserait des questions si elle me voyait ainsi, l’air sombre. Quand j’accostais cette jeune femme, son regard s’écarquilla, sous l’effet de la surprise. Il était vrai qu’elle ne devait pas s’attendre à me rencontrer à nouveau. La dernière fois, j’avais dû lui faire une peur bleue, en plus d’offenser son honneur et celui de sa tutrice.

Elle me dit qu’elle se souvenait parfaitement de moi, puis, avec un temps d’hésitation durant lequel elle me regarda de haut en bas, elle m’avoua qu’elle était soulagée de me savoir bien portant. Une simple politesse, bien évidemment. J’étais tout sauf bien portant. J’avais encore perdu du poids depuis mon départ d’Ysgramor. Mon genou me faisait encore plus mal qu’avant, et, quand mon dos ne s’y mêlait pas, c’était mon bras abîmé qui faisait des siennes. Je m’étais regardé dans une glace, et j’avais eu du mal de reconnaitre l’homme qui, il y a deux ans, parcourait Arven à la recherche d’informations pour son recueil. Je parcourais des distances très longues sans éprouver plus qu’une fatigue due à une longue chevauchée alors qu’aujourd’hui, je mettais plusieurs jours pour me remettre d’un simple trajet entre Ysgramor et Svaljärd. Je baissais les yeux. Moi qui pensais avoir encore de longues années de vie, je commençais à croire que je ne verrais pas la fin de l’année. Je me ressaisis. Ce n’était pas en déprimant et en étant pessimiste que j’arriverais à surmonter les difficultés. J’inclinais la tête et quand elle me parla de ma famille, je répondis :

« - Ma famille se porte très bien, nous n’avons que très légèrement souffert de l’attaque des Sentinelles. Je suis également soulagé que vous alliez bien. »

Je remarquais le bel ouvrage délicatement relié qu’elle serrait contre son cœur. Une adepte des livres, voilà quelqu’un qui pourrait me plaire. Je me promis d’aborder le sujet le moment venu mais, pour l’heure, je devais réparer mes erreurs. Certes, j’étais dans mon droit lorsque j’ai arrêté cette jeune fille qui était en plein flagrant délit de vol, mais je ne pouvais m’empêcher de me sentir mal à l’aise. L’intervention de Hiémain de Sylvamir m’avait remis à ma juste place, et je digérais encore mal cette humiliation publique. Mais je me devais de faire bonne figure. Le temps n’était pas à la dispute. J’avais déjà offensé suffisamment de monde pour toute une vie, je ne tenais pas à ajouter cette jeune femme à ma liste déjà bien trop longue. Je pensais alors à Rolf, et à son regard quand je lui avais transmis les rênes d’Ysgramor. On aurait dit… Du soulagement. Je me persuadais que je n’avais pas à m’inquiéter puis je revins vers la jeune femme, dont je ne connaissais toujours pas le nom. Je lui dis, sur un ton qui se voulait le plus humble possible :

« - Ma dame, je tenais à m’excuser, pour mon comportement durant le marché de Lughnasadh. J’ai compris, hélas bien plus tard, que mon œil pouvait me jouer des tours. Je suis désolé qu’un tel malentendu ait pu avoir lieu. »
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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Lun 4 Juin - 15:33

Le vieil homme lui inspirait un vague élan de pitié. Il n’avait plus rien du seigneur qui s’était imposé à elle en scandant haut et fort l’avoir vu voler, au marché de lughnasadh il y avait presque un an, déjà. Agathe se souvenait du collier, de sa joliesse, des pierres brillantes qui l’avaient attirée jusqu’au point de souhaiter l’offrir à Mélusine. Elle avait été naïve et insouciante, et désormais, elle s’assurerait d’entretenir le marchand d’un sujet ou d’un autre avant d’exercer son larcin. L’apprentie avait appris et s’était exercée durant ces deux premières années de formation. Elle avait mûri, d’une certaine façon. Raygnar d’Ysgramor se disait également soulagé de la voir bien portante et la jeune femme inclina la tête en guise de remerciement. Il n’était certainement pas obligé de jouer au jeu des civilités alors qu’une si grande différence d’âge les marquait, mais il s’y tenait. Peut-être avait-il eu vent de sa possession récente des terres de Vigdir?

- Ma dame, je tenais à m’excuser, pour mon comportement durant le marché de Lughnasadh. J’ai compris, hélas bien plus tard, que mon œil pouvait me jouer des tours. Je suis désolé qu’un tel malentendu ait pu avoir lieu.

Elle avait haussé l’un de ses sourcils en l’entendant formuler des excuses. De ce qu’Agathe avait compris, lorsqu’on lui avait dressé quelques portraits des habitants de Valkyrion - et pour en avoir côtoyer deux longs hivers -, c’était qu’un Kyréen ne se trompait jamais. Du moins, à ses propres yeux. Sa voix était humble, sa posture, brisée, et Agathe se doutait de ce qu’il devait lui coûter de présenter à une aussi jeune femme ses excuses alors qu’il devait très certainement être persuadé de ce qu’il avait vu, ce jour-là, au marché. Un malentendu. Hiémain de Sylvamir était venu défendre la pupille de son épouse, l’apprentie des Miracles, avec une ardeur certaine. La jeunette se rangea à la conclusion qu’il devait encore craindre les représailles du baron de Sylvamir.

- Hiémain de Sylvamir s’est assuré que ma réputation ne soit pas affectée par vos propos… C’était une accusation injuste et grossière, mais je vous offre mon pardon, Sire d’Ysgramor. Vous avez cru agir pour le bien, mais la situation n’était pas celle que vous croyiez.

Dans sa bonté absolue - et dans ce mensonge honteux -, Agathe avait incliné la tête, toute gracieuse, la mine solennelle, pour appuyer ses paroles. Oui, elle lui pardonnait et était prête à oublier cet affront abominable qu’il lui avait fait en dénonçant la voleuse malhabile qu’elle avait été. Il y avait une pointe d’embarras, dans son regard, et ce qui était dû à une hypocrisie difficilement assumée pouvait aisément être confondu à la timidité d’une jouvencelle devant un souvenir gênant. Elle sentait ses pommettes rougir et s’intima de poursuivre dans sa lancée. Le vieil homme semblait la croire, prêt à oublier, lui aussi, cet événement déshonorant. D’un geste de la main, la jeune femme l’invitait à marcher à ses côtés afin de libérer la devanture du commerce.

- Nous resterons en Valkyrion un moment, encore. Il me serait difficile de devoir croiser un seigneur qui me prête des intentions si malhonnêtes… Je suis soulagée que cette affaire soit finalement réglée.

Délicate et pudique, elle évitait de soutenir le regard de l’homme trop longtemps, préférant observer les bâtiments gris et massifs entassés les uns sur les autres, comme pour mieux contrer la froideur de ce duché. Son pas était lent, se calquant sur celui du vieil homme, et les protecteurs efficaces se contentaient de les suivre sans restreindre leur conversation.

- Votre famille vous accompagne-t-elle dans votre visite à la capitale?

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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Jeu 7 Juin - 17:41

Je connaissais ce regard. Le regard de la pitié. La jeune femme avait pitié de l’homme que j’étais devenu. Je retins un soupir, et posais mes deux mains, l’une par-dessus l’autre, sur le pommeau de ma canne. J’avais besoin de son soutien, terriblement besoin, aussi étrangement que cela puisse paraitre. Ma canne était la seule chose qui me permettait de tenir encore debout malgré mes blessures. J’avais honte de ce que j’étais devenu. Je me considérais comme étant encore suffisamment jeune, mais ces récents évènements avaient fait de moi un vieillard. Pas encore sénile, grâce aux dieux, mais suffisamment marqué pour inspirer la pitié aux autres. Je repensais alors à cette autre vie, celle où j’avais réussi, j’étais devenu Recteur, et jamais je n’avais offensé de duc. Je marchais sans canne, j’avais tous mes doigts… Mais dans cette existence-là, je n’avais plus ma fille… Je me dis que je préférais de loin la situation que je vivais aujourd’hui à la peine que j’avais ressenti lorsque j’avais perdu mon enfant dans cette autre réalité. Je revins vers la jeune femme, et me décidais finalement à m’excuser pour ce qui s’était passé lors de notre dernière rencontre, même si je restais persuadé d’avoir raison.

Elle semblait surprise d’entendre mes excuses. Rien d’étonnant à cela. Les Kyréens sont connus pour être des personnes particulièrement têtus, persuadés qu’ils ne se trompaient jamais. Je faisais partie de ces gens-là. Mais mon humiliation, mes récentes blessures et tous les derniers évènements m’ont persuadé de changer de comportement. Je m’inclinais donc devant elle, prononçant mes plus sincères excuses, sur un ton que je voulais le plus humble possible. La jeune femme laissa passer sa surprise et pris un air faussement hautain. Elle me regarda et me dit que Hiémain de Sylvamir s’était arrangé pour que sa réputation ne soit pas affectée par mes propos, car c’était une accusation injuste et grossière. Tel un enfant que l’on grondait, je baissais les yeux, mais les relevais aussitôt quand elle me dit qu’elle m’offrait son pardon, car j’avais cru agir pour le bien, même si la situation n’était pas celle que je croyais. Je restais cependant sur de ce que j’avais vu. J’avais beau avoir un œil en moins, je voyais encore très bien avec l’autre. Et tout dans son comportement m’avait soufflé qu’elle allait dérober ce bijou. Je gardais cependant une expression impassible et lui dit :

« - Je vous en suis reconnaissant ma Dame… »

Je relevais les yeux vers elle, et pu lire dans son regard ce que j’aurais pu considérer comme de l’hypocrisie mais, chez une fille aussi jeune, pouvait être sans doute de la timidité. Je plissais les yeux, cherchant à deviner le fond de sa pensée. Elle rougit devant mon regard et je me décidais à croire qu’elle était simplement gênée par ce qu’il s’était passé entre nous. Je soupirais. Finalement, cette jeune fille n’était peut-être pas aussi fourbe que je ne l’aurais cru. Elle semblait avoir réussi sa vie. Peut-être que mon intervention lui avait servi de leçon, qui sait ? Elle avait trouvé une bonne situation, et achetait maintenant au lieu de voler. Elle était retournée dans le monde de la raison. D’un geste de la main, la jeune femme m’invita à marcher à ses côtés. Je la suivi, et retint une grimace quand mon genou m’envoya un éclair de douleur. Je restais stoïque et marchait à ses côtés. Je remarquais qu’elle cala son pas au mien, maintenant bien plus lent depuis ma rencontre avec Anthim. J’essayais de ne pas me sentir mal devant encore tant de pitié envers l’homme que j’étais et l’écoutais quand elle me dit qu’elle était soulagée que cette histoire soit réglée. Je lui soufflais, sur un ton doux :

« - Moi aussi ma Dame. Il n’est pas bon d’avoir de mauvaises relations entre nous, habitants d’Ibelène, par les temps qui courent. »

Les hommes qui la protégeaient nous suivaient, suffisamment proche pour pouvoir intervenir en cas de problème, mais suffisamment éloignés pour ne pas gêner notre conversation. Des hommes de valeur, qui, visiblement, connaissaient leur travail. Je me retournais vers la jeune femme quand elle me demanda si ma famille m’avait suivi pour cette visite dans la capitale. Je secouais la tête, sentant l’amertume revenir, et je lui répondis :

« - Hélas non. Mon fils cadet est à l’Académie, et mon fils aîné a repris les rênes de mon domaine depuis que je me suis installé ici… Quant à ma fille, que vous connaissez peut être, elle est au service de la princesse de Valkyrion. » Je me tus, et lui demanda soudain : « Je suis désolé ma Dame, mais, si vous connaissez mon nom, j’ai bien peur de ne pas connaitre le vôtre. »
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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Lun 18 Juin - 1:44

Le vieil homme avait des paroles sages, Agathe les méditait un instant avant d’hocher la tête pour approuver leur justesse. Les gens d’Ibélène n’avaient pas besoin d’ennemis, loin de là. L’indépendance d’Erebor les affaiblissait déjà, même les petites gens, en quelque sorte. Les ennemis étaient nombreux et menaçants, depuis les frontières, et offrir des excuses à une jeune femme semblait être un moyen de s’éviter quelques animosités bien peu bienvenues. La jeunette se permit un sourire léger et frais pour prouver sa bonne volonté à ne pas lui garder rancune.

Lorsqu’il annonça la situation de ses trois enfants, Agathe haussa très légèrement les sourcils. Depuis qu’elle connaissait l'existence du seigneur d’Ysgramor, elle avait toujours cru qu’il n’y avait que deux enfants. Son aîné qui allait très certainement lui succéder et Elanin qui était plus âgée qu’elle de plusieurs années. Elanin, sur qui elle avait rejeté la faute sans état d’âme dans l’une de ses lettres à Grâce, afin de justifier les reproches de Raygnar en plein marché. Tout, plutôt que de lui avouer appartenir à la Cour des Miracles. Elle était désormais au service de la princesse de Valkyrion. S'agissait-il de la même qui avait pris Aubrée sous son aile? Agathe se promit de demander à son aînée en temps et lieux, et dirigea plutôt ses pensées sur la suite des paroles du Kyréen. Un troisième enfant était bien présent et suffisamment brillant pour évoluer à l’Académie. Oh… l’Académie! Que de prestige, que d’étudier entre ses murs incroyables. C’était impressionnant, Agathe en était consciente, au même titre qu’un riche héritage ou qu’une maîtrise parfaite de l’étiquette. Le vieil homme arrêta un moment ses explications et alors qu’Agathe ouvrait les lèvres pour lui répondre, il lui demanda son nom avec une bien gentille délicatesse.

- Oh… Il est vrai que nous ne nous sommes pas présentés. J’étais si affairée, au couronnement, et les tristes événements ne m’ont permis que bien peu de rencontres. Je suis Agathe de Vigdir, pupille de Mélusine de Sylvamir.  

S’il y avait eu un moyen élégant ou une formulation délicate pour se présenter comme étant la fille de Grâce de Sombregemme, bientôt de Séverac, il était fort à parier qu’Agathe l’aurait employé. Raygnar d’Ysgramor lui avait fait terriblement peur, cette fois-là, au marché, et l’intimidait encore par son titre de seigneur. Elle-même l’était, désormais, mais peinait à se voir à égalité, ne serait-ce que parce qu’elle était une femme, toute jeune de surcroît. Elle n’avait pas son expérience.

- Désirez-vous que nous nous posions quelque part, Sire? Il me tarde d’avoir quelques nouvelles de votre fille, demoiselle Elanin. Les dernières nouvelles à son endroit me semblaient bien terribles… Se porte-t-elle mieux, sous les bons soins de Son Altesse?

Elle avait papillonné les cils avec une délicatesse propre à la jouvencelle qu’elle était, minaudant son désarroi devant les dernières nouvelles. Mélusine avait très certainement de quoi être fière: Agathe y parvenait avec plus d’assurance, après ces années à apprendre et à s’exercer. D’un coup d’oeil, elle tentait de percevoir si le Raygnar réagissait au moins un peu, puis baissa rapidement les yeux, comme prise d’une pudeur soudaine.

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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Sam 23 Juin - 11:19

Nous nous connaissions depuis plusieurs mois, et, pourtant, je n’avais jamais pris la peine de me renseigner sur son identité. D’un autre côté, j’avais eu suffisamment de problèmes à régler pour m’occuper de cette jeune fille qui m’avait humilié lors de ma dernière visite à Svaljärd. Bien au contraire, j’avais tout fait pour me l’enlever de la tête. Je repensais à Elanin, qui lui ressemblait beaucoup. Ma fille aurait-elle était capable de faire ce que cette jeune femme là avait fait ? Ma fille aurait-elle été capable de dérober un bijou et de se l’approprier ? Non. Je l’avais élevé avec pour seul et unique but de réussir dans la vie, par la voie la plus noble possible. Voler n’avait rien de noble. Ma fille avait bien réussi. Sa nouvelle situation m’emplissait de fierté. Elle arriverait à attirer le regard des jeunes hommes nobles sans aucun problème, avec sa beauté, son charme, et son intelligence. Et ses frères n’avaient rien à lui envier. Rudolf travaillait sans relâche, dans l’espoir de devenir soigneur, et Rolf gérait mon domaine…Enfin… Notre domaine. Ysgramor était autant à lui qu’à moi à présent. Je soupirais doucement et tourna la tête vers la jeune femme qui se présenta enfin.

Agathe. Agathe de Vigdir. Je levais un sourcil. Ce nom ne m’était pas inconnu. Le domaine du seigneur de Vigdir était pourtant bien éloigné du mien, mais j’avais eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs occasions. Alors, comme ça, cette jeune femme, pourtant pupille de Mélusine de Sylvamir, ce qui n’était pas rien, avait choisi de s’unir à un simple seigneur ? Dame Mélusine aurait pu sans aucun souci la marier à un baron, un comte. Je restais sceptique. Je gardais cependant une expression impassible. C’était sans doute dans l’intérêt de ma famille Sylvamir de s’unir avec celle de Vigdir. Peut être des échanges commerciaux, ou autre chose qui devait me dépasser totalement. Je me contentais donc d’hocher la tête et répondit :

« - Je crois connaitre le seigneur de Vigdir. C’est un homme remarquable. Vous avez de la chance d’être alliée à l’une des femmes les plus puissantes de ce monde. Comment se porte la famille de Sylvamir ? »

Changer de sujet, prendre des nouvelles des personnes qu’on n’aimait pas beaucoup, voilà de quoi calmer les tensions qui régnaient jadis entre Agathe et moi. Je me fichais bien de savoir comment allait les Sylvamir, eux mêmes devaient me considérer comme un simple pion que l’on place sur un jeu, mais cela me permettait de remonter dans l’estime de la jeune femme. Celle-ci, sans doute par pitié pour moi, me demanda si je voulais m’asseoir quelque part. Je fis un petit sourire. C’était bien gentil de sa part, même si ce n’était que par pitié qu’elle disait cela, ou alors, faisait-elle comme moi : tout faire pour remonter dans l’estime de l’autre. Cependant, ce qu’elle dit ensuite manqua de me faire trébucher sur un pavé. Ma fille ? Des nouvelles bien terrible ? Comment ça ? Je fronçais les sourcils et, restant debout face à elle, je réfléchis. La dernière fois où j’avais vu Elanin remontait à une semaine, et elle allait très bien, elle se portait comme un charme. Était-elle tombée malade entretemps ? Je demandais alors à Agathe :

« - Ma fille se portait bien la dernière fois que je l’ai vu, il y a une semaine de cela. Quelles sont les nouvelles qu’on vous a appris ma Dame ? Serait-elle tombée malade sans que je le sache ? »
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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Ven 13 Juil - 0:05

C'est sous le visage de l'incompréhension qu’Agathe réceptionna les paroles de Raygnar. Il lui parlait du seigneur de Vigdir et elle douta, un moment, de la nature de la méprise. La croyait-il déjà au bras de Lancelot l’Adroit, ou croyait-il plutôt qu’elle s’était liée à un homme, un Kyréen? Tout laissait croire qu’Agathe avait uni sa vie à celle d’un seigneur du duché du Savoir. L’idée lui plaisait, sans réellement qu’elle ne sache pourquoi. Peut-être était-ce la possibilité d’être enfin rangée, d’être au bras d’un homme qui prendrait soin d’elle, qui la charmait autant. Ou plutôt l’idée qu’on la considère comme une femme, enfin, et non plus une enfant. Elle laissa le mystère planer sur ce sujet en ne précisant en rien son lien avec Vigdir-des-Sorbets.

Son commentaire plein d’innocence sur son unique fille attira l’intérêt du vieil homme, comme elle l’avait espéré. Il s’était arrêté pour lui faire face, les sourcils froncés en guise d’interrogation. Son petit coeur se serra tout de même à voir un père aussi anxieux pour sa propre fille. Elle-même n’avait jamais eu cette chance, et jouer sur cette corde sensible était cruelle, Agathe en était bien consciente. Tout comme Raygnar l’avait été, au marché. Elle s’efforça de poursuivre sa lancée d’une voix un peu moins certaine, désormais, autant pour répondre à l’assurance du Kyréen d’avoir vu sa fille bien portante que de s’abaisser à quelques bassesses. Puérile. Puérile, mais étrangement fascinée de son pouvoir, sur le vieil homme. En quelques mots, Agathe avait accaparé son entière attention. Il ne jouait plus et se dévoilait tel qu’il était : un homme inquiet pour sa progéniture.

- Peut-être y a-t-il méprise, mais j’ai entendu les Voltigeurs parler d’un nez tordu qui gâchait la joliesse de votre fille. J’ai cru à une mauvaise chute, ou un accident, en entendant cette rumeur.

Elle fit mine de réfléchir, un moment, alors qu’elle songeait qu’il serait hautement pertinent de demander à Grâce d’honorer sa proposition. Sa mère lui avait offert de faire circuler la rumeur qu’elle-même avait lancé, suite à la fête de Lughnasadh, par le réseau des Voltigeurs. Celle qu’Elanin était défigurée d’un nez tordu et n’avait pas eu sa place auprès de Mélusine pour cette raison, d’où la rancoeur du petit seigneur au coeur du marché. Il serait sans doute plus difficile pour Grâce de le faire, désormais qu’Erebor était indépendant et avait rapatrié sur ses dunes les Erebiens de sang ou d’adoption.

- Sans doute est-ce une erreur sur la personne. Je suis soulagée d’entendre que votre fille se porte à merveille. Peut-être pourriez-vous nous présenter..? Il me ferait tant plaisir d’avoir un visage amical lors de ces réceptions kyréennes.

Agathe avait reprit la marche avec une certaine lenteur, s’assurant ainsi que le vieil homme se remette en route à ses côtés. Il n’était aucunement question de le laisser derrière elle, loin de là. Elle affichait désormais un sourire fin, autant d’avoir réussi sa fourberie que de se lier, peut-être bien, avec la fille d’Ysgramor. Réellement, Agathe n’avait rien contre elle. Rien du tout. De plus, elle se sentait bien vengée de son paternel, après lui avoir causé une petite frayeur.

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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Sam 21 Juil - 16:46

Ma fille était elle malade ? Blessée ? Je sentais mon cœur battre la chamade. Rien que de penser à cette autre réalité, où j’avais perdu ma fille dans d’horribles circonstances, j’en avais la chair de poule. Je refusais de revivre ça. J’étais donc tout ouïe, attendant avec impatience la réponse de la jeune femme. L’espace d’un instant, je songeais au fait qu’elle puisse me mentir. C’était parfaitement plausible. Je l’avais humilié, il était donc normal qu’elle se venge. Mais mon cœur de père refusait de lâcher l’affaire. Je voulais savoir. Il peut s’en passer des choses, en une semaine. Elanin aurait très bien pu se blesser, tomber malade, sans que je ne le sache.

Agathe reprit la parole. Elle m’annonça qu’une rumeur tournait, auprès des Voltigeurs. Elanin aurait soi disant un nez tordu qui gâchait sa beauté. Agathe avait cru à une mauvaise chute, à un accident, et s’inquiétait pour mon enfant. Je touchais l’arrête de mon propre nez. Non, Elanin n’avait hérité que des traits de sa mère, qui était une femme magnifique. Cette histoire de nez tordu était absolument grotesque. Je fronçais les sourcils. Je doutais qu’une telle rumeur puisse tourner aussi vite au sein des Voltigeurs, surtout que ma fille n’était encore pas très connue dans les rangs de la noblesse. Je finis pas secouer la tête et par répondre

« -  Ne vous en faites pas. Cette histoire de nez tordue est un véritable mythe. Elanin est aussi belle qu’un lever de soleil sur un lac en hiver. »

Je fis un petit sourire, tout en me disant qu’Elanin aurait été gênée de m’entendre dire de pareilles paroles en public. Mais je m’en fichais. Je le pensais réellement et ce ne serait pas elle qui pourrait m’empêcher de parler librement. Je me sentais rassuré et peut être plus enclin à me montrer aimable après cette petite frayeur. Cette petite vengeance était plutôt bien trouvée, mais je ne me sentais pas rancunier envers la jeune femme. Après tout, moi aussi, je lui avais fait peur.
La jeune femme me dit qu’il y avait sans doute erreur sur la personne, et me proposa d’aller directement rencontrer Elanin. Cela me conforta dans l’idée que cette petite avait tout de même de bonnes intentions, malgré le fait que nous avions pris un très mauvais départ.

Elle commença à marcher d’un pas lent et, aussitôt, pris d’une nouvelle vigueur, je l’a suivis. Je lui dis :

« - Ce serait avec plaisir. Je suis certain que vous pourriez bien vous entendre  »

Après tout, cette femme n’était plus une voleuse. Elle avait bien réussi dans la vie, peut être qu’une amitié avec Elanin serait bénéfique, autant pour elle que pour ma fille. Je marchais donc à ses côtés, en direction du palais ducal. J’essayais tant bien que mal de s’adapter à son pas, histoire de ne pas plus passer pour un vieillard que ce qu’elle en avait déjà vu. Une fois au palais, je nous fis annoncer et, comme prévu, Elanin ne tarda pas à apparaître. Ses cheveux blonds tressés, vêtue d’une magnifique mais simple robe aussi blanche que la neige, elle s’approcha, affichant un grand sourire. Et je fus d’autant plus rassuré de voir que son nez allait parfaitement bien. Ni tordu, ni enflé. Je fis un petit sourire et embrassa son front quand elle m’enlaça. Elle me regarda un moment, et je vis à son regard que nous aurions une conversation sérieuse un peu plus tard.

Je l’emmenais vers Agathe et dis :

« -  Elanin, voici Agathe de Vigdir, que j’ai rencontré par le passé à Lughnasadh

- Je suis enchantée de vous rencontrer ma dame..."lui dit Elanin après avoir fait une belle révérence."
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Message Sujet: Re: Le temps du pardon   Mer 1 Aoû - 17:59

Elle n’en croyait pas ses yeux, la jeune Agathe, de se faire entraîner ainsi au palais ducal. Si une toute petite part de son esprit se rappelait qu’elle était désormais de la petite noblesse kyréenne de par son titre et pupille du sénéchal de par sa position, il n’en demeurait pas moins que ces visites l’impressionnaient toujours autant. Elle y avait logé, un moment, lors de la fête de Lughnasadh. Elle s’était lovée contre la tapisserie du grand escalier lorsque les sentinelles avaient déboulé dans un bruit mécanique. La mignonne éloigna d’elle ses pensées tristes et sombres, se remémorant plutôt l’apparition des pièces de la Rose et le courage qu’elle avait eu, ce soir là, d’aider de ses talents d’apprentie ces protecteurs d’une paix millénaire.

Il ne fallut pas long au seigneur d’Ysgramor pour se présenter en une cascade de titres et demander à rencontrer sa fille. Anxieuse, la blondinette n’avait de cesse de regarder autour d’eux afin de se familiariser à nouveau aux murs épais qui n’avaient pourtant pas suffit à les protéger de l’explosion. Le froid de l’hiver. La peur au ventre. Agathe serra plus étroitement le livre ouvragé contre elle, cherchant, dans ce simple geste, à retrouver un peu de courage. Une femme d’un certain âge les invita à la suivre jusqu’à un salon fort modeste, sans doute dédié à la suite de la famille ducale. Posée là, le regard perdu sur les formes hypnotiques du dallage tapissant le sol, la Kyréenne d’adoption avait patienté l’arrivée tant attendue d’Elanin d’Ysgramor. Elle n’en fut pas déçue.

Souriante et chaleureuse, la fille du vieux Raygnar d’Ysgramor réchauffait la pièce de ses manières coquettes et de sa bonne humeur. Agathe avait délaissé peu à peu ses souvenirs de Lughnasadh pour observer l’affection entre un père et sa fille, mais également pour étudier un peu plus cette jeune femme qui partageait le quotidien de la jeune princesse de Valkyrion. Elle s’était inclinée devant elle avec un respect bien étrange auquel la toute jeune dame de Vigdir n’était pas encore tout à fait habituée. D’instinct, Elanin d’Ysgramor lui paraissait sympathique, avec sa blondeur et ses manières distinguées. La conversation s’imposa peu à peu entre les deux jeunes femmes, et bientôt le père fut simple spectateur entre les impressions partagées des jeunes femmes quant aux neiges éternelles, aux lueurs boréales et aux licornes qui, Agathe s’entêtait, devaient bien exister quelque part sur les landes glacées!

Après s’être promis de se revoir à nouveau, lors des retours d’Agathe en Valkyrion, ils prirent congé de la jeune demoiselle de compagnie pour retourner à leur occupation respective. Écrire des lettres sans fin pour un fiancé. Enseigner à une jeunesse dorée des plus coriaces.

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