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 L'amour est un chant éternel

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Message Sujet: L'amour est un chant éternel   Mar 5 Juin - 21:57


Livre III, Chapitre 4 • La Légion des Oubliés
Manaël l’Ardence & Serenus Dardalion

L’amour est un chant éternel

ou juste passager



• Date : 15 avril 1002 (trame alternée)
• Météo (optionnel) :
• Statut du RP : privé
• Résumé : Serenus n’a pas encore récupéré ses souvenirs, il est toujours Capitaine de la Caserne de la Volte, et, depuis que sa femme l’a trompé, il s’est enfin décidé à tourner la page, dans les bras de Manaël.
• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici : 15 avril 1002[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3775-l-amour-est-un-chant-eternel#141178]L’amour est un chant éternel[/url] - [i] Manaël l’Ardence & Serenus Dardalion[/i]
Serenus n’a pas encore récupéré ses souvenirs, il est toujours Capitaine de la Caserne de la Volte, et, depuis que sa femme l’a trompé, il s’est enfin décidé à tourner la page, dans les bras de Manaël.


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Dernière édition par Serenus Dardalion le Jeu 7 Juin - 6:31, édité 2 fois
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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Mar 5 Juin - 21:57


Le soleil se levait lentement, baignant de sa lumière le lit du Capitaine de la Caserne de la Volte. Le chevaucheur garda encore un moment les yeux fermés, profitant de la fraicheur matinale et du calme environnant. D’ici peu, les dragons allaient s’éveiller, commencer à s’agiter, et leurs cavaliers allaient faire de même. Il n’était pas rare que le Capitaine dorme dans la Caserne. Il avait beaucoup d’obligations qui l’obligeaient à rester le soir, et, il devait l’avouer, cela lui évitait de revoir sa femme. Il avait fait installer une couchette dans une pièce adjacente à ce qui lui servait de bureau, et cela lui permettait de profiter de quelques heures de sommeil soit la nuit, soit la journée, avant de reprendre le travail. Le métier de Capitaine n’était pas de tout repos, et le chevaucheur avait su s’adapter, grâce notamment à sa capacité de faire des siestes éclairs de dix ou vingt minutes. Il gardait constamment une attitude alerte, prêt à bondir sur le dos de son dragon pour un exercice, une mission, ou juste pour un vol de routine. Le Capitaine bailla. Qu’il était agréable d’être là, dans ce lieu qu’il avait appris à aimer. Il était né et avait grandi à la Volte. C’était son foyer depuis toujours, et, pour rien au monde, il ne désirait le quitter.

« - Cocorico ! Cocorico ! Le soleil vient de se lever, et il fait un temps magnifique. Debout mon grand !

- Encore quelques minutes Obédience… C’est un jour tranquille aujourd’hui…

- C’est sûr qu’avec la nuit que tu as passé…

Serenus Dardalion sourit, percevant l’amusement de son dragon. Obédience, du vol d’Emeraude, était son compagnon depuis de nombreuses années, et ils faisaient vraiment la paire. Tous les deux adeptes de la bonne gastronomie, ils étaient toujours à la recherche du meilleur endroit où ils pourraient déguster de bons petits plats (bons gros plats, pour le cas du dragon). Pour l’heure, ils en étaient arrivés à une seule conclusion : rien ne vaut un chevreuil cuit à la flamme de dragon. A peine eut-il pensé à ça qu’il sentit la faim de son dragon, et son appétit qui allait grandissant. Il se rappela qu’il devait rester de beaux morceaux de choix dans la réserve, mais peut-être qu’Obédience pourrait aller chasser, cela lui permettrait d’aller se dégourdir les ailes. Il sentit l’amusement du dragon devenir grimace. L’exercice ne serait pas pour tout de suite. Mais, plus tard, ils profiteraient d’un bon repas, Serenus en fit la promesse au grand dragon, qui accepta sans broncher. Quand il sentit qu’Obédience était en train de se régaler, il s’étira.

Sa femme allait encore lui demander ce qui l’avait retenu une nuit de plus à la Caserne. En tant qu’épouse Cibelane, elle dirigeait la maison, mais Serenus estimait qu’il n’avait plus aucun compte à lui rendre. Depuis qu’elle l’avait trompé, depuis qu’elle avait été voir ailleurs, depuis qu’elle avait été dans les bras d’un autre homme, Serenus avait chassé tout espoir de fonder un foyer solide et fort. Elle avait accouché d’un petit garçon, que Serenus avait appris à aimer comme son propre fils. Mais il ne pouvait pardonner à Elena. Il avait alors décidé de passer à autre chose. Il vivait toujours au sein de la famille, exécutait ses devoirs de mari et de père sans broncher, mais les relations avec sa femme étaient beaucoup plus distantes. L’enfant, ayant toujours connu cette situation, ne paraissait pas en souffrir, mais Serenus veillait à ce qu’il ait toujours le sourire aux lèvres. S’il y avait bien une chose que le garçon adorait, c’était Obédience. Le grand dragon le laissait monter sur son dos, et jouait même avec lui en crachant des petites flammèches sur des ballots de paille. Elena, de son côté, devait sans doute continuer à voir son amant, mais Serenus s’en fichait bien. Ils étaient certes mari et femme jusqu’à leur trépas, mais ils étaient aussi adultes, il estimait qu’ils étaient libre de faire ce que bon leur semblait.

Serenus avait donc tourné la page avec Elena. Il la laissait vivre sa vie, et il vivait la sienne, le seul lien qui les reliaient étant l’enfant. Tout allait donc pour le mieux pour le chevaucheur. Serenus se tourna vers la nouvelle personne qui partageait sa vie depuis quelques temps. Il enlaça le corps et respira cette odeur qu’il avait appris à aimer, cette odeur forte, musquée… Il embrassa la peau à la jointure du cou de Manaël et murmura un :

« - Bonjour mon poussin… Bien dormi ? »


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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Lun 11 Juin - 20:10

Qu'il était épuisé. Mais que l'épuisement avait du bon dans la source dont il provenait. Sans compter que le réveil était pour le moins agréable et bercé de douceur. C'était une matinée qu'il appréciait autant qu'il la détestait, car elle était synonyme de fin. De bientôt trop lointain à ses yeux. Il aurait préféré rester ainsi, roulé en boule, toute la journée. Sauf que naturellement il avait choisi d'aimer et de partager sa couche (ou celle d'un autre en l'état) avec une personne hautement occupée et chargée de hautes responsabilités. Un capitaine de Chevauche, rien que ça ! Il marmonna faiblement, l'esprit partagé entre éveil et sommeil – et bien décidé à opter pour le second. Il marmonna puis frissonna en sentant une fraîcheur lécher ses pieds. Que c'était désagréable ! Particulièrement friand du confort comme de la chaleur, il chercha cette dernière des orteils chez son partenaire et fini, sous le drap, par la trouver en collant ses plantes de pieds contre celles de l'autre l'homme. Là. C'était mieux. Bien mieux. Sauf qu'il le senti remuer... soit du contact en bas qu'il avait orchestré (choisissez lequel), soit parce que son devoir l'appelait.

« .ste. » Grincha t-il en bouffant presque l'oreiller. Suppliant qu'il ne bouge plus d'un pouce. Sauf qu'il bougea. Et il bougea plutôt bien même. L'enlacement, douce caresse,  fit émerger sa conscience totalement et le tira des bras de Niobé pour le donner à ceux de Serenus. Il soupira sous son baiser en imaginant déjà pleinement la suite. Et c'est d'un sourire en coin qu'il attendit son charmant, charmeur, chatoyant, chaleureux, chatisfaisant, cha-'Poussin.'-ton. Il ne l'avait pas vu venir. Et il se demandait bien quelle partie de lui pouvait être assimilée à quelque chose d'aussi petit et mignon... ses oreilles peut-être. Regard braqué sur un pan de mur, joue toujours collée à l'oreiller et détourné de Serenus, il battit des paupières avant de doucement se tourner vers lui – tout en prenant soin de garder son drap. C'était très important le drap, ça tenait chaud et ça gardait le mystère... et ça pouvait être tentant aussi. Serenus était tentant, avec ou sans drap.

« Oui mon lapin. fit-il d'une lueur moqueuse dans les yeux et d'un sourire espiègle. Il n'était pas lapin. Enfin... sur certains points il l'était... comme cette nuit par exemple. Sûrement. Tout comme lui l'était parfois aussi. Tu as raconté dans ton sommeil... Il prit appui sur un coude, voulant se redresser sur son flan sans pour autant vouloir quitter les lieux. Puis assez sérieux et sec continua, tu as parlé de ta femme et tu as murmuré son prénom. Et il relaissa tomber son autre bras sur Serenus, plus lourd, comme pour le contraindre d'oublier cette idée folle de le quitter, pour l'emprisonner entre lui et le matelas. Et sûrement aussi  parce-qu’il était quelque peu (beaucoup) contrarié de l'avoir entendu susurrer le nom d'une femme alors qu'il était dans ses bras. Les siens uniquement. Lui même n'avait jamais dit 'Raël' ou un autre prénom d'ailleurs, cela aurait été déplacé – et sûrement Serenus aurait mit fin à leur alchimie fusionnelle s'il avait su qu'il avait été voir ailleurs (et allait encore rarement). Laisse moi être ton étalon. Parce-qu’il l'avait été avant de le rencontrer, parce-qu’il l'était encore pour d'autres également. Mais Serenus n'avait jamais désiré. Sans doute, peut-être, parce-qu’il était 'un homme monsieur' ou bien parce-qu’il ne voulait pas ce que Manaël avait offert aux autres et souhaitait ainsi se différencier d'eux. Il prenait l'exclusif. Et Manaël le lui offrait avec plaisir. En tout cas, en cet instant, c'était sans doute la jalousie qui parlait pour lui. Et ne la voit plus. » Ne les voit plus jamais, se retint-il de dire en songeant à l'enfant qu'il avait eu avec elle.

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Lun 11 Juin - 21:48

Il était jaloux. Son doux amant était jaloux. Serenus sourit, et se pressa un peu plus contre le corps chaud de son compagnon. Il glissa ses pieds sur les siens, lui offrant la chaleur que Manaël avait tenté de retrouver quelques minutes plus tôt, avant qu'Obédience se décide à jouer au coq matinal. Le Chevaucheur offrit sa chaleur à son poussin, lui cédant bien volontiers couverture et étreintes langoureuses. Il savait d'expérience que les matinées de printemps pouvaient se révéler encore très fraîches. Il avait assez passé de nuits à la belle étoile dans la forêt aux abords de la Volte pour le savoir. C'était d'ailleurs pendant une de ces nuits qu'il avait rencontré Manaël. Serenus, avide d'air frais et de liberté, avait fui la ville sur le dos d'Obédience dés qu'il avait achevé le travail qui lui restait. Il s'était réfugié dans la forêt, préférant de loin la chasse au chevreuil aux commentaires de sa femme. Celle-ci le supportait de moins en moins, et c'était réciproque. Serenus avait tué un beau sanglier, tandis qu'Obédience avait ramené un grand chevreuil. Ils avaient dépecé les animaux et mît à cuire sur un feu de bois. L'odeur était sans doute attirante car un voyageur, épuisé par le voyage, s'était présenté. Serenus, sans la moindre hésitation, lui avait offert une place au coin du feu, du vin et de la viande. Ce voyageur, c'était Manaël. Et, depuis lors, les deux hommes n'étaient guère restés longtemps séparés l'un de l'autre.

"- Surtout que vous allez très bien ensemble. Tu as vu la quantité de viande que cet homme peut avaler ?

- Pauvre de toi, c'est dur d'avoir de la concurrence.

- Un demi chevreuil ! Par les dieux, un demi chevreuil !"

Serenus sourit, amusé. Obédience était resté impressionné par cet exploit. Serenus avait certes aidé, mais Manaël allait sans doute rester longtemps dans la mémoire du grand dragon pour les capacités de son estomac. Le chevaucheur revint vers Manaël et le regarda se redresser sur ses coudes, se noyant dans ses yeux sombres. Il leva un sourcil quand celui-ci lui dit qu'il avait parlé dans son sommeil et, pire, qu'il avait marmonné le nom de sa femme. Il ne se rappelait pas avoir rêvé d'elle. Mais, si c'était le cas, c'était soit un cauchemar, soit un vieux souvenir de la période où ils étaient heureux, où ils étaient amoureux. Serenus frissonna. Quand il repensait à ses étreintes avec Elena, il était pris de nausées. Comment avait-il pu aimer une femme pareille ? Le chevaucheur se laissa coincer par le bras de Manaël et, tout en embrassant le muscle puissant, il lui dit :

"- Sans doute un cauchemar chaton. Tu sais très bien ce que je pense d'elle."

"- Une vraie ménagerie là dedans."

Le commentaire d'Obédience manqua de le faire rire mais, devant l'expression sérieuse de Manaël, il resta impassible, souriant juste de l'attention qu'il lui portait. Obédience avait terminé son repas et, sentant que son cavalier n'était pas prêt de se lever, s'envola à la recherche d'un point d'eau. Un bon bain lui ferait du bien. Rien de tel que le courant d'une rivière pour nettoyer les parasites et les feuilles. Serenus partagea pendant un instant la satisfaction de son dragon, l'encourageant à prendre son temps et à profiter de la fraîcheur de l'eau, avant de revenir sur Manaël. Son amant lui murmura de le laisser être son étalon, ce qui fit sourire de toutes ses dents le chevaucheur. Un sourire presque carnassier, prédateur. Il caressa la poitrine de Manaël, et sentit son coeur battre plus vite, plus fort quand il lui ordonna de ne plus revoir Elena. Si seulement cela pouvait être aussi facile... Le divorce n'existait pas en Cibella, et Manaël le savait très bien. Elena viendrait sans doute, tôt ou tard, réclamer de son mari que celui-ci entretienne le foyer, son salaire de Capitaine étant plus qu'alléchant. Et il y avait l'enfant.

Serenus pensa à ce garçon. Ce gamin qui ne lui ressemblait en rien, mais qu'il aimait comme son propre fils. L'enfant le considérait comme son père et souffrirait sûrement beaucoup si celui-ci venait à le quitter. Serenus, le regard dans le vide, se dit aussi qu'il était encore petit, et que la présence d'un autre homme dans le foyer pourrait l'aider à accepter une séparation progressive... Plus facile à dire qu'à faire. Sans parler du fait qu'Elena n'accepterait jamais. Le chevaucheur croisa le regard de son amant. Il devait l'avouer, il aimait Manaël. Oui, il l'aimait. Il ferait n'importe quoi pour être à ses côtés, même un tel sacrifice. Il caressa la joue piquante de la barbe matinale et se redressa lui aussi. Il lui souffla :

"- Si seulement c'était aussi facile..." Il baissa les yeux, regardant vers les couvertures, puis reprit avec un sourire : "Mais pour un étalon aussi bien équipé, je pourrais sans aucun doute faire un effort."

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Dim 17 Juin - 15:11

Le contact, leur contact, l'un pour l'autre, de pieds à pieds, de corps à corps, l'emplissait d'une joie farouche de posséder encore plus le Chevaucheur présent. Et il était certain que, si il avait été béni d'Aura, son Familier aurait été un chat. Possessif. Sauf qu'il ne l'était pas.

Il se plaisait encore à se souvenir de leur rencontre pour le moins imprévue. Il avait d'ailleurs cru mourir de bien des façons ce jour là comme d'autres avant. Espion de sa personne, sa prise d'informations sur une personnalité influente s'était relativement bien passée. Exception fait du mari qui était rentré plus tôt qu'hautement estimé. Il avait donc fuit, Manaël, fuit longtemps. La mort au trousse. Sa tête mise à prix comme un pirate de pacotille. Trop longtemps peut-être et sans doute. En mettant tout en oeuvre pour qu'on ne le reconnaisse pas jusqu'à la frontière atteinte. Ou une autre. Difficile de se rappeler et d'estimer la distance parcourue, la survie avait prit le devant sur sa logique. Et c'est Serenus qu'il avait croisé bien plus tard, agrippé à son estomac rongé par la faim. Il s'était déjà bien vu le tuer, lui arracher les os, le déguster tout rond – sauf qu'il y avait eu dragon en vue. Et que l'homme s'était avéré être un Chevaucheur. Une prise de risque dont il s'était abstenu, brodant sur l'histoire autour de sa personne tout en paraissant des plus convaincants. Un mensonge passait relativement bien quand il était camouflé sous une pointe de vérité. Il avait alors savouré le repas offert et avait plus tard octroyé une première nuit à l'homme en guise de remerciement. Sentiment qui avait changé au final depuis. Remerciement n'était plus qu'un jeu. Euphorie et amour prônaient partout où il le voyait, le couvant de ses yeux voraces dès que l'occasion se présentait. Il l’inondait de ses désirs quand ils se retrouvaient seuls. Et si Serenus s'était douté de quoique ce soit de son travail, il s'était retenu de creuser davantage chez son amant – chose que Manaël appréciait. Il désirait encore actuellement l'avaler tout cru mais pour d'autres raisons.

Quoiqu'il en soit, il était inutile de cacher qu'il n'avait pas apprécié entendre l'homme présentement nu sous draps marmonner des Elena après avoir gémit son propre prénom la veille. C'était insultant, irritant et plus que violent. Cela lui donnait des envies de faire appel à Raël... Raël et son beau tatouage en forme de main sur sa cuisse. Raël l'assassin qui l'aimait de manière tout aussi possessive que lui avec Serenus. Et Raël devait avoir d'autres amants également. Comme lui. Serenus le comblait, mais son travail et ses absences encore plus. Son cœur appartenait à l'un quand son corps appartenait à d'autres.
Il n'avait pas dit mot après avoir noyé de reproche par ses gestes son amant. Il l'avait laissé dire, parler de cauchemar, de persuasion et de surnom qu'il affectionnait – mais même s'il le croyait, il persistait la crainte de le perdre. Rien n'était jamais acquis pour de bon. Il se devait d'attiser l'étincelle, d'alimenter l'envie de Serenus face à son corps et à sa personnalité. Il fallait travailler pour le conquérir – chose qu'il estimait n'avoir fait qu'en partie, surtout en l'entendant encore rêver de sa femme. L'allumeur qu'il était n'avait su contenir la flammèche de la jalousie de devenir flamme ardente et puissante. Alors, outre le fait de proposer de devenir son étalon, il lui avait susurré de ne plus la voir – elle, cette gueuse infidèle ayant fait souffrir son cœur et le tourmentant encore.

'Si seulement c'était aussi facile.' souffla Serenus à le faire frissonner suivi d'une réponse qu'il attendait de beaucoup. Réponse qui aurait dû le satisfaire. Réponse qui aurait dû noyer sa faim et sa jalousie. Sauf que...

« Ça pourrait l'être, fit-il en se relevant doucement en position assise sur le lit. De sa droite, il prit la main du Chevaucheur, de son Chevaucheur, et la posa sur son torse à l'emplacement de son cœur. Fort tourmenté et passionné. Nous pourrions partir... tous les deux.... avec ton dragon. Ajouta t-il concernant Obédience dont il avait un jour jalousé mortellement son lien avec Serenus. Je pourrai te faire disparaître. Définitivement si tu le souhaites. Murmura t-il, telle une confession, à son oreille. Il était certain que Serenus savait le concernant. Des informations erronées, des faux corps. Tout. Il pourrait faire cela, qu’importe le prix, pour avoir Serenus rien que pour lui. Et fuir l'obsession de Raël par la même occasion. Raël et ce fichu gosse ET cette maudite femme reliée à son homme. Rien que nous. » Fit-il puissant en collant davantage la main de Serenus contre lui et en le privant de mots d'un long baiser forcé tandis que sa main gauche libre s'était emparée de la nuque de son amant pour le guider jusqu'à lui. Il ne laisserait pas glisser des mots qu'il ne voulait entendre.

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Dim 17 Juin - 20:30


Si beau, si fort, et si dangereux… Manaël était décidément plein de surprises. Si Serenus avait fermé les yeux sur ce qu’il était, sur ce qu’il faisait, et sur les véritables raisons qui les avaient poussés à se rencontrer, il n’oubliait cependant pas que son amant était un prédateur. Il vivait selon ses instincts et, quand il avait une idée en tête, rien ne pouvait l’en détourner. Et, pour l’heure, la seule chose qui obsédait Manaël, c’était bien le Chevaucheur avec qui il partageait ses nuits. Serenus, attendri par l’attention que lui portait Manaël, se pressa un peu plus contre lui, respirant à plein nez son odeur, goutant sa peau du bout des lèvres. Quand son amant lui demanda de ne plus jamais voir son épouse, il lui avait répondu que ce n’était pas aussi simple, mais qu’il pourrait bien faire un effort. Il avait alors imaginé quelques possibilités de réponse de la part de Manaël. Ou il se mettrait en colère, prétextant qu’il était sérieux, ou il allait se mettre à rire face à son commentaire. Il s’était également attendu à la réponse que lui donna finalement son amant, mais elle le laissa de glace. Partir. Partir, pour ne plus jamais revenir. C’était une idée. La main sur la poitrine de Manaël, Serenus sentit sous ses doigts que son amant était plus que sérieux. Son cœur battait la chamade. Il battait par amour, et par passion pour le Chevaucheur. Serenus savait qu’il aimait Manaël, mais il avait maintenant la confirmation que c’était réciproque.

Son chaton lui dit qu’il pourrait le faire disparaitre, définitivement s’il le souhaitait. Et ils partiraient, eux deux, et avec Obédience. Si Serenus n’avait pas été lié au grand dragon, il aurait accepté sans hésiter. Mais Obédience avait le droit d’avoir son avis sur la question. Il se garda pour le moment de le lui dire, et réfléchit à ce que Manaël envisageait par : « faire disparaitre ». Il comprit que son amant voulait le faire passer pour mort. Mais comment ? Surement avec des faux corps, mais, rien qu’à cette idée, son âme de chevaucheur empreinte de justice hurla, indignée. Il avait juré de servir la noble cause des Chevaucheurs, de servir son duché, de protéger les populations. Son cœur lui hurlait de s’enfuir avec Manaël, mais son esprit lui souffla de rester prudent. Il avait réussi sa vie, il avait une bonne situation, un poste à responsabilité. Beaucoup de monde comptait sur lui. Un duché tout entier comptait sur lui. Il avait toute une Caserne à ses ordres, et il était reconnu de tous pour son courage, sa loyauté, et ses talents de meneur. Que se passerait-il s’il laissait tout cela derrière lui ? Qui irait diriger la Caserne ? Qui veillerait à ce que paix et sécurité règnent en Cibella ?

Il allait ouvrir la bouche pour répondre mais Manaël ne lui en laissa pas le temps. Il plaqua ses lèvres contre celles du Capitaine et l’emprisonna dans un long baiser. Serenus ferma les yeux, laissa la main de son amant l’attirer contre lui. Il l’enlaça, caressa son dos et sa nuque, tout en jouissant de la chaleur de ses lèvres. Serenus sentait le cœur de Manaël s’emballer, et cela l’aida à se convaincre lui-même de s’enfuir avec lui. Alors qu’il laissa sa langue apprivoiser celle de son amant, il tourna son esprit vers son dragon :

« - Obédience ? Des vacances, ça te plairait ?

Des vacances ? Qu’est-ce que tu me chantes là ? »

Serenus lui expliqua en quelques mots le projet de Manaël, et la réaction du grand dragon ne se fit pas attendre :

« - Mais il est malade ! Il a pensé à ton travail ? Aux gens qui comptent sur toi ? Il a pensé à ce qui arriverait si on était découvert ? Tu risques ta peau Serenus ! Et ton gosse ? Tu penses à ton gosse ?

- Mais il m’aime, et je l’aime. Il me veut Obédience.

- L’amour t’a rendu con ma parole ! Il est bien gentil ton Manaël, mais il a pensé à moi ? Comment compte-t’il me « faire disparaitre ? » »

Les lèvres toujours sur celles de son amant, Serenus ouvrit les yeux. C’est vrai ça. Un homme, c’était plutôt facile à faire disparaitre, mais un dragon… Surtout un dragon du gabarit d’Obédience. Serenus se rappela l’aversion qu’avait Manaël pour le dragon, au début de leur relation. Son amant avait été terriblement jaloux du lien qui les unissait, puis il s’était fait une raison. Mais Obédience, lui, n’avait pas oublié. Serenus se souvint également du regard de Manaël, avant qu’Obédience apparaisse dans son champ de vision. Un regard de tueur, de prédateur. Le chevaucheur avait fermé les yeux, préférant se fier à l’amour que Manaël lui apportait. Leur première nuit resterait à tout jamais dans sa mémoire. Jamais Serenus n’avait ressenti de pareilles sensations. Manaël l’avait littéralement fait monter au ciel. Le Chevaucheur sentit que son dragon ruminait encore, et lui conseilla de revenir, pour qu’ils en discutent face à face. Serenus préférait avoir son dragon sous les yeux. Le Chevaucheur laissa durer encore un peu le baiser et s’écarta pour monter à califourchon sur Manaël, assis sur ses cuisses, sans pour autant y mettre son poids. Il caressa la poitrine de Manaël, déposa un nouveau baiser sur ses lèvres et lui demanda :

« - Rien que nous… C’est tentant… Mais Obédience… Comment fera t’on pour le dissimuler ? »

Il se pencha pour l’enlacer et lui murmura à l’oreille :

« - Je t’aime Manaël, tu le sais… Mais tu me demande beaucoup… Que ferons nous, si j’accepte de m’enfuir avec toi ? »

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Dim 17 Juin - 21:37

Le mettre dans l'impossibilité de lui refuser. Le mettre en position faible en le couvant d'un long baiser. C'était ainsi qu'il aurait gain de cause, ainsi qu'il affirmerait que Serenus était sien et l'inverse tout autant. Ainsi enfin qu'il aurait son oui. En lui faisant tourner la tête avec son air déterminé, sa passion et le pouls affolé de son cœur. C'était ce à quoi avait pensé Manaël en attirant les lèvres de l'homme à lui, pour le dominer, dominer ses pensées. Au ravin que sa requête et ses projets soient purement et simplement égoïstes. Au ravin les liens autres que lui qu'avaient le Chevaucheur. Au ravin son fabuleux parcours, seul l'instant présent et l'avenir à deux comptait. Et ce même si la manière d'y arriver montrait un obstacle impossible à franchir. Car c'est bien l'impossible que Serenus souleva alors qu'il quittait ses lèvres gourmandes pour se mettre à califourchon sur lui. Et il se laissa guider et dominer, Manaël. Comme si c'était à son tour de dominer dans cette pièce. Comme s'il ne l'avait pas déjà fait suffisamment la veille et la nuit.

Serenus lui disait oui, mais il y avait un mais. Un mais énorme. Un mais qu'il avait jalousé et qui à présent se mettait en travers de sa route. Manaël le regarda avec de grands yeux, comme s'il avait omit ce douloureux détail pourtant bien énorme de l'équation de son avenir avec son amant. Et il tressailli en entendant le murmure presque rassurant et pleine de bonne volonté de Serenus qui le dépossédait en un éclair de sa requête. Illusion brisée. Désillusion totale. L'espion se mit alors à élaborer des plans à la volée dans sa tête. Payer. Encore payer. Toujours payer. Pour se débarrasser d'un homme, cela pouvait être facile selon les qualités de l'assassin, mais se débarrasser d'un dragon... Serenus pourrait-il l'abandonner tout simplement, pour rendre la fuite facile et le tout envisageable ? Non. C'est plutôt lui, Manaël, qu'il quitterait même illico sans doute – déjà qu'il pensait à sa femme, alors s'il lui demandait d'abandonner son lien avec Obédience, c'était foutu, il lui claquerait la porte au nez. À lui et à sa folie des grandeurs. Est-ce qu'Obédience pourrait tuer un autre dragon ? Est-ce qu'un poison suffisamment costaud pourrait suffire à venir à bout d'un dragon – ou d'Obédience tant qu'on y était ? Mais est-ce que parmi toutes ces idées farfelues ne tenant pas la route, Serenus arriverait à lui pardonner ses caprices et ses folies ? Non. Il ne le regarderait plus pareil, plus comme à cet instant. Alors il n'avait d'autres choix que de retenir ses mots et garder ses pensées bien enfouies.

« Je trouverai bien une solution, fit-il simplement, d'un faible sourire, mais d'un regard qui pouvait déjà indiquer qu'il serait prêt à tout, à beaucoup trop. Et nous trouverions de quoi exploiter nos talents judicieusement ailleurs. Il se mit à réfléchir puis d'un sourire plus doux lança une idée toute aussi folle qu'elle était romantique. Imagine un peu. L'on pourrait trouver une île déserte et construire un chez nous. Ce ne serait pas si fou que ça maintenant que j'y pense. Une terre rien qu'à nous. Un océan pour nous. Notre propre lagon bleu. Idée séduisante, je ne te laisserai pas dire le contraire. À moins que l'idée de n'être rien qu'avec moi, humainement parlant, ne te suffise pas... ou ne te suffise déjà plus. » Et il était sérieux malgré son sourire. Il aurait presque pu redouter sa réponse. Quant à Obédience, elle trouverait bien compagnie ailleurs au pire, non ?

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Lun 18 Juin - 12:41

Visiblement, Manaël n'avait pas pensé à Obédience. Serenus leva un sourcil, surpris. Obédience était pourtant le détail qu'on n'oublie pas facilement. A califourchon sur les cuisses de son amant, Serenus lui demanda alors quels étaient ses projets. C'était bien beau de dire qu'ils allaient s'enfuir ensemble, encore fallait-il que ça soit réalisable. Obédience était également de cet avis, même s'il ne cessait de rajouter derrière que Manaël était complètement fou. Son dragon le poussait à la prudence. Serenus, avec le plus grand mal, choisi d'écouter sa tête plutôt que son coeur. Obédience avait raison. Le projet de son amant était complètement irréfléchi. Il lui posa donc la question, histoire d'évaluer le potentiel de cette prise de risque. Pendant que Manaël parlait, Serenus caressa tour à tour la poitrine, la nuque. Il tenait à ce que Manaël reste détendu. Ses gros yeux lorsque Serenus avait évoqué Obédience ne lui avait pas échappé. Il savait que son amant avait la capacité de s'énerver assez facilement, alors valait mieux qu'il croie que tout allait bien, que ce n'était là qu'une conversation banale, entre amants.

"- Conversation banale, qui a le mérite de me donner mal au crâne. J'arrive, je préfère avoir ton amant sous les yeux quand nous parlons.

- Tu te méfie trop, il n'y a rien à craindre

- C'est ce que tu crois."

Serenus leva les yeux au ciel. Son dragon n'aimait pas beaucoup Manaël, même si celui-ci l'avait impressionné en dévorant un demi chevreuil, le jour de leur rencontre. Mais ce n'était pas une raison pour s'en méfier à ce point. Il revint vers Manaël qui lui parla d'île déserte, de lagon, d'océan rien que pour eux. Un bien beau rêve, mais que Serenus trouvait beaucoup trop utopique à son gout. Obédience acquiesça à son tour, du même avis que son Chevaucheur. Manaël demanda alors à Serenus si l'idée de n'être qu'avec lui, humainement parlant, lui suffirait. Serenus sourit, embrassa le front de son amant avant de lui dire sur un ton doux :

"- Tant que je suis avec toi, je serais heureux chaton.

- Juste une question. Il va la pêcher où son île déserte à la noix ?

- Ne crains rien mon ami, j'ai une meilleure idée."

Serenus se laissa retomber sur le lit, et soupira de bonheur. C'était décidément une belle journée qui commençait. Le Chevaucheur, allongé sur le dos, bras en croix et jambe sur celles de Manaël, écouta, l'espace d'un instant, ce qu'il se passait dehors. Son dragon ne tarda pas à atterir sur le sol, juste à côté de la fenêtre de la chambre, encore fermée par le rideau. Serenus entendit le souffle puissant d'Obédience, et sourit. Le dragon s'étira comme un chat avant de s'allonger devant la fenêtre. Le Chevaucheur resta encore allongé et finit par dire à Manaël :

"- Tu sais, je connais un lac, pas très loin d'ici, à une demi journée de marche de La Volte. Un lac magnifique, perdu dans la forêt. On pourrait y construire une maison, et y vivre rien que tous les deux. Tu ne penses pas que ça serait une meilleure idée ? J'aime beaucoup la tienne, avec l'île déserte, mais Obédience a raison. Tu en connais, toi, des îles désertes dans l'océan ?"

Obédience approuva d'un grognement qui fit dresser les poils des bras de son cavalier. Serenus se redressa pour regarder son amant droit dans les yeux, attendant sa réaction. Son dragon, heureux que son cavalier ait retrouvé un semblant de raison, était tout aussi impatient. Serenus sentit son estomac gargouiller et il se leva, il attrapa un fruit dans une corbeille et, après avoir ouvert un des rideaux, il revint dans le lit se presser contre son amant. L'œil d'Obédience ne tarda pas à apparaitre à la fenêtre. Serenus le salua d'un sourire et croqua dans le fruit juteux.
Décidément, cette journée ne pouva pas commencer aussi bien.

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Dim 24 Juin - 21:23

"- Tant que je suis avec toi, je serais heureux chaton.

« Si tu l'dis. »

Rétorqua Manaël en haussant les sourcils d'un air qui pouvait se contenter de cette réponse pour l'instant. C'était clairement la réponse qu'il attendait, celle qu'il espérait, mais ça n’empêchait rien au fait qu'il y avait beaucoup d’éléments indésirables dans la vie du Chevaucheur pour qu'il soit pleinement satisfait. Ou même pleinement rassuré. Un rien pouvait faire tout s'écrouler. Et ce rien avait différents visages et non le sien. Qu'était-il au final sinon un amant partageant ses matins et ses soirées ? Qu'un homme rencontré au hasard ? Qu'un plaisir pour le détourner de sa femme infidèle ? Un homme tout aussi infidèle de corps et qui se voilait la face comme se mordait la langue de peur de perdre ce qu'il possédait. Et la possession était tant maigre qu'elle était précieuse. Entre Obédience, qui pesait lourd dans la vie Serenus, la putain dont il sortait le nom en dormant et le bâtard de la putain qui réclamait autant d'attention que lui au lit, Manaël avait juste l'impression parfois que la course était perdue d'avance à moins de ne la truquer en se débarrassant finement des concurrents en jeu.

Quant au retour face à sa proposition, il arriva après les caresses de l'homme, une fois qu'il se fut rallongé à ses côtés et une fois que le dragon se fut posé de l'autre côté de la fenêtre... Il retroussa d'ailleurs quelque peu le nez de voir son moment 'à lui' ou 'rien qu'à deux' passer de moment 'à trois'. Pour autant que la présence d'Obédience ne le mettait pas en joie de poursuivre ses caprices, il fit avec et se fit aussi muet qu'une carpe à ce sujet. Et aussi attentif qu'un lapin, les oreilles grandes ouvertes, pleinement concentré sur la réponse de Serenus. Et elle lui transperça le cœur, dans le bon sens. Ce n'était pas un gros oui, mais une alternative, une alternative envisageable et séduisante. Une alternative qu'il pouvait accepter et qui le faisait remuer sous la couette de bonheur. Qu'il mourrait d'accepter. Qu'il devrait supporter aussi – surtout avec un dragon à prendre en compte. Une alternative qui l’empêcha de relever que l'océan était des plus vastes et que donc trouver une île encore vierge des pas de l'homme ne serait pas si fou à imaginer. Une alternative qui le coupa dans son élan de jalousie à lui demander si il disait 'tout' à Obédience. Tout. Parce que dragon or not dragon, c'était pas franchement le genre de chose qu'il appréciait. Bien qu'il était prêt à l'accepter pour Serenus. L'amour ça rendait con.

Après que Serenus se fut saisi d'un fruit aussi juteux que sa proposition, il répondit enfin sans le quitter du regard afin de saisir l'opportunité de lui arracher ses si jolis yeux, avec Obédience présente ou non, si dans le feu de l'action le Chevaucheur se prenait à douter de leur relation au final – ou à lui préférer sa femme – après son 'offre' :

« Tu le penses vraiment ? Sincèrement ? Et ta femme, le mot lui écorcha autant la gorge qu'il fut craché au visage de son amant, tant pour le blesser que pour se blesser lui-même sans doute, n'y poserait pas un peton ? Il était hors de question qu'elle ne le reprenne. Il la tuerait de jalousie sinon. Il se le jurait. Quitte à demander à Raël de la saluer de sa part contre faveur de chair. Et ton fils il... Oh comme il aurait aimé dire qu'il ne souhaitait pas le voir. Qu'il souhaitait d'ailleurs oublier tout de son existence. Cela devait d'ailleurs se voir clairement dans ses yeux qu'il détourna un instant pour soupirer et reprendre le fil de ses idées. Des idées plus joyeuses. Après tout Serenus lui proposait quelque chose de magique. Il viendrait souvent te voir ? C'était un gros effort de sa part. Autant que le 'Pitié dis non' qu'il répétait en boucle dans sa tête et qu'il contenait de sortir. Un effort qui devait se lire également tout partout alors qu'il regardait Obédience en se demandant combien de temps le dragon resterait là à les reluquer ainsi. Il ne pouvait penser à le dévorer au cas où Manaël deviendrait un peu trop grincheux, n'est-ce pas ? Yeux plissés, il se détourna de l'attention portée au dragon pour la reporter pleinement sur Serenus. Serenus l'en empêcherait de toute manière, pas vrai ? Il a bien mangé rassure moi. » demanda t-il dans un souffle à son oreille.

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Dim 24 Juin - 22:21

- Tu as vu comment il me regarde ?

- Tu as vu comment tu LE regardes ?

- Oh, ça va, je vais pas le bouffer ton chaton.

- C'est ce qu'il doit penser. Tu te rends compte que t'es en train de regarder deux hommes nus comme des vers dans un lit ?

- On dirait deux petits gorets."

Serenus sourit. Obédience était décidément de bonne humeur et il ne se rendait pas compte qu'il gênait plus qu'autre chose, ou alors, s'il le savait, il s'en fichait bien. Serenus se tourna vers Manaël, qui ne cessait de lancer des regards inquiets vers son dragon. Des regards inquiets, mais aussi empreint de colère. Une colère qu'il avait appris à connaitre. Il était jaloux. Jaloux de son dragon, jaloux de leur relation, et visiblement furieux qu'Obédience se mettent ainsi entre eux deux. Serenus se blottit contre son amant, lui caressa le bras et lui prit la main, comme pour le rassurer. Obédience ne lui ferait aucun mal, sauf s'il s'en prenait à Serenus. Le Chevaucheur, bien que tenté par l'idée de l'île déserte, lui proposa une alternative très alléchante. Un lac, magnifique, perdu dans la forêt, où ils pourraient construire une maison. Ils y vivraient à deux, avec Obédience, bien entendu. Serenus avait plusieurs fois visité cet endroit, il y avait même passé une nuit, à la belle étoile. Le calme et le charme de cet endroit l'avait tout de suite saisi droit au coeur. A présent, il voulait partager ce petit coin de paradis avec l'homme qu'il aimait. Et, encore mieux, l'idée plaisait beaucoup à Obédience.

Son amant fut visiblement touché par cette proposition. Il lui demanda s'il le pensait vraiment, sincèrement. Puis il évoqua sa femme. La manière dont il prononça ce mot fit sourire à demi le Chevaucheur, qui croqua à nouveau dans son fruit. Manaël détestait Elena. Il était sur que son amant, s'il en avait le pouvoir, l'aurait foudroyé sur place. Serenus se souvenait encore de la première fois où son amant avait croisé le chemin d'Elena. Ca s'était très, très mal passé. Il y avait eu un affrontement de regards et Manaël avait saisi le bras de Serenus, comme pour signifier à Elena que, désormais, le Chevaucheur lui appartenait. Sa femme avait manqué de gifler Manaël. Si Serenus ne s'était pas interposé entre les deux, ils auraient pu en venir aux poings. Serenus serra ses doigts autour de ceux de son amant quand celui-ci voulu s'assurer que sa femme ne poserait pas un pied dans leur petit coin de paradis. Serenus tourna la tête, regarda son amant droit dans les yeux et lui dit, sur un ton sincère :

"- Elle n'y mettra jamais les pieds, tu as ma parole."

Manaël évoqua ensuite l'enfant, son enfant. Serenus savait qu'il n'appréciait pas plus le garçon qu'Elena. Il demanda à Serenus si le garçon viendrait souvent le voir. Voilà une question plus difficile. Serenus aimait le garçon, comme son propre fils. Mais, l'ennui, c'est que ce n'était pas le sien. Le garçon considérait Serenus comme son père, et était encore trop petit pour comprendre la vérité. Il allait souffrir si Serenus partait. Mais, si Elena le remplaçait pas son véritable père, peut être que cela serait plus facile à vivre pour lui. Serenus l'ignorait, il ne s'y connaissait pas beaucoup en enfants. Son travail l'empêchait de profiter pleinement de son rôle de père. Couper les ponts serait trop radical. Mais ils ne se voyaient déjà plus beaucoup, surtout depuis que Serenus s'était mis à fréquenter Manaël. Serenus ne savait pas quoi faire. Il devait prendre une décision, et vite.

"- La solution est toute trouvée. Elena ne laissera jamais son enfant se promener seul dans la forêt, encore moins avec Manaël et toi à ses côtés."

Serenus regarda Obédience, et sourit. Il avait raison, comme souvent. Le dragon releva la tête. Son oeil disparu de la fenêtre. Le Chevaucheur le remercia pour son commentaire pertinent et tourna la tête, une nouvelle fois, vers son amant. Il lui dit en souriant, et sur un ton décidé :

"- Non mon amour." Il se tut, et, après quelques secondes, il demanda : "Alors, ça te tente ?"

Quand Manaël lui demanda si Obédience avait assez mangé, il lui dit, tout en claquant des dents et avec un sourire carnassier :

"- Rassure toi, il est rassasié... Moi, par contre...."

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Sam 30 Juin - 16:34

« Donner sa parole, c'est sacré. Devant quel Dieu la donne tu ? »

Reprit-il après la réponse au sujet de la femme. Qu'il soit maudit s'il lui venait à changer d'avis ! Qu'il soit maudit s'il venait à le trahir ! Qu'il soit maudit si sa femme venait dans cette demeure qui serait autant celle de Serenus que la sienne, à Manaël. Il n’échapperait pas à la colère des Dieux même avec son dragon. Comme il n'échapperait pas au courroux de cet amant jaloux. Qu'Elena ose s'immiscer de nouveau. Qu'elle ose seulement, et sa tête se délogera d'entre ses deux épaules, pas de sa main, ni de sa lame, ni de sa corde ou par le fruit du hasard, mais par une demande bien payée à Raël. Et Raël s'exécuterait pour lui, comme lui était prêt à s'exécuter pour Serenus.

Avait suivi, logiquement, après l'homme et la mère, le fils. Le fils qui n'était surement pas de Serenus. Par les Dieux qu'il l’espérait tout du moins ! L'idiot geignard tenait plus de la gueuse et d'un croisé de chèvre que de la puissance et du charme de celui qui se tenait à ses côtés sous la couette. Celui qui avait rendu Elena infidèle devait l'avoir charmé avec son argent plutôt qu'avec sa gueule – sinon elle avait vraiment tourné le dos au bon gout des choses bien faites. Parce-que Serenus était beau. Comme lui l'était. Comme Elena l'avait surement était étant enfant. Comme elle ne l'était plus passé les 10 ans.
Il s'était fait violence, Manaël, pour ne pas imposer de ne plus revoir ce morveux merdeux imposteur en tout sens. Il avait même presque fait passer un fin sourire derrière de belles pensées aussi égoïstes qu'hypocrites. Car soyons franc un instant, il ne désirait ni voir la femme ni voir le bâtard. Et supporter Obédience était déjà un travail épuisant sur lui à exécuter perpétuellement.
Une seconde, deux, peut-être trois, après un échange avec le dragon sûrement, quand enfin la réponse tomba. Non. Par tous les Dieux, merci, il est en accord avec ce que je pense, pensa t-il en se retenant encore une nouvelle fois d'étirer un sourire large de pure satisfaction.

Alors naturellement, il était plus que tenté. Et la réponse à la question de Serenus se fit dans son regard autant que dans sa gestuelle qui caressa la peau de l'homme en divers endroits. Sur tous les points. Sur tous les fronts. Il était à présent satisfait. Et Obédience s'en était éclipsé quand il rétorqua enfin :

« Toi, tu ne l'es jamais. Mais tu le seras. C'est à mon tour de jouer. Tu m'as dis oui ne l'oublie pas. Et  je t'assure que tu ne le regretteras pas. » Aussitôt dit, aussitôt fait qu'il prit l'initiative en bloquant Serenus sous lui d'un magnifique jeu de jambes et de tout son poids surtout.
Mais avant même d'entamer la chose, d'affronter l'excercice, de croiser le fer avec la passion, alors qu'il était déjà bien parti pour dévorer ce qu'il avait sous les yeux. Plissant les yeux et plongeant son regard dans celui de Serenus, il demanda, un peu sourire, pour le faire languir et peut-être pour que son amant, bientôt laissé prendre, se détende en pensant l'ambiance cassée.

« Et ton travail dans tout ça ? »

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Sam 30 Juin - 18:08

"- Je le jure devant Levor, qu'Il en soit témoin. Ma femme ne posera pas un pied dans notre foyer. "

Voilà qui devrait plaire à Manaël. Evoquer le dieu des serments était quelque chose de sérieux, et faire une promesse en son nom l'était plus encore. Le Chevaucheur, pour prouver son sérieux, avait prononcé ces paroles les yeux rivés dans ceux de son amant. Il veillerait personnellement à ce qu'Elena ne sache rien de son projet, et, surtout, qu'elle n'empiète plus jamais dans son existence. Il irait montrer le lac à Manaël, verrait si le lieu lui convenait, puis il irait récupérer ses affaires chez son épouse. Elle allait surement se mettre en colère, le menacer, mais il s'en fichait. Elle allait devoir apprendre à se débrouiller sans la solde de son époux. Serenus, toutefois, lui laisserait juste de quoi subvenir aux besoins du petit. Il aimait le garçon, et trouvait injuste qu'il puisse souffrir par sa faute. Mais, ça, il se gardait bien de le dire à Manaël. Il savait très bien que son amant détestait le gamin au même titre que son épouse. Serenus caressa la main de Manaël, songeant à cette nouvelle vie qui l'attendait. Oui, il en était certain, tout se passerait bien cette fois ci.


"- Oui, tout se passera bien. Une forêt remplie de gibiers, un lac rempli de poissons…

- Et des cœurs remplis d'amour et d'histoires à se raconter au coin du feu.

- La recette du bonheur."


Serenus sourit. Penser à l'odeur d'un sanglier rôtissant à la broche, ou à une bonne truite cuite à la flamme de dragon lui fit monter l'eau à la bouche. Son dragon, comme toujours, avait un sens des priorités assez particulier, mais c'est ce qui faisait qu'ils s'entendaient si bien. Serenus revint à Manaël quand celui-ci se mit à parler de l'enfant. Il s'était attendu à cette question mais, étrangement, il ne parvenait pas à trouver de réponse. Il était très attaché à l'enfant, malgré le fait que ce ne soit pas le sien. Il se rappelait la première fois où le petit lui avait dit "papa". Il s'était senti heureux, malgré le fait que ce n'était pas la réalité. Elena et lui n'avaient encore rien avoué au petit. Mais ils ne tarderaient pas à le faire, étant donné que Serenus allait bientôt quitter le foyer. Obédience, sentant la confusion de son cavalier, lui avoua que, de toute manière, l'enfant n'approcherait jamais la forêt, tant qu'Elena serait là. Cela rassura le Chevaucheur qui répondit à son amant.

Cela rassura Manaël qui, visiblement, était plus que tenté. Quand Serenus lui avoua que, contrairement à Obédience, il n'était pas encore rassasié, Manaël lui répondit que, de toute manière il ne l'était jamais, mais qu'il le serait, car c'était à son tour de jouer. Serenus prit un faux air surpris et Manaël répondit à cela en lui disant qu'il avait dit oui, et qu'il ne le regretterait pas. Serenus ne protesta pas. Après tout, la veille, c'était lui qui avait pu "jouer". Chacun son tour. Sans lui laisser plus le temps de réfléchir, son amant, par un magnifique jeu de jambe, le bloqua sous lui. Serenus sourit d'un air taquin, laissa ses mains chatouiller le bas ventre de Manaël, et allait embrasser le creux de son cou quand celui-ci reprit la parole. Il lui demanda ce qu’allait devenir son travail dans tout cela. Manaël souriait à moitié, laissant un pauvre Serenus frustré se languir de son talent. Mais il avait raison. Son travail était l’une des raisons de sa proposition. Le lac était à une demi-journée de marche de la Volte, mais, à vol de dragon, ce temps de trajet était bien réduit. Le Chevaucheur pourrait continuer à servir son duché, tout en vivant avec son amant. Il lui répondit alors, avec un sourire :

« - Cela ne sera pas une gêne pour nous.   »

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Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Dim 1 Juil - 0:56

« Qu'il en soit ainsi dans ce cas ! »

Il le prenait au mot. Il ne pouvait faire que ça. Adoucir sa jalousie et lui faire confiance. Faire confiance à cet homme qu'il avait choisi. Faire confiance à l'homme qui l'avait choisi. À cette suite de hasard qui les avait mené l'un à l'autre. Au Destin qui les réunissait ici et qui se moquerait d'eux sans aucun doute, ni pitié, plus tard... quand le voile tomberait. Car il tomberait tôt ou tard dans cette trame alternée. Mais ce voile, tenace, ne tomberait pas aujourd'hui. Ni demain. Ni après-demain. Plus tard...  quand il serait trop tard pour réparer certaines choses. Plus tard quand apercevoir Elena entrer dans leur demeure aura été de trop. Plus tard quand cette même gueuse lui hurlerait en privée profitant de l'absence du Chevaucheur que ce même amant l'avait mise enceinte. Qu'elle portait son enfant, celui de Serenus. Plus tard, quand il la croirait faute de confiance en son couple et en lui-même. Plus tard, quand Elena, le gosse en devenir dont il ne pourrait accepter l'idée et l'enfant qui appelait Serenus par des tendres 'papa' seraient suivi à la trace par la mort, par Raël et derrière encore par Manaël. Plus tard... quand Serenus ne serait déjà plus l'homme qu'il aimait mais un total inconnu. Toujours plus tard.

Mais pour l'heure, il n'avait d'yeux que pour cet homme sous lui. Cet homme qu'il ferait sien. Cet homme qu'il faisait attendre amoureusement. Qu'il se plaisait à persécuter dans son plaisir. Cet homme avec qui il se voyait vivre une longue vie à chérir. Avec qui il chasserait. Avec qui il pécherait. Avec qui il logerait, s'habillerait, ferait l'amour jusqu'au petit jour, et ainsi de suite de la plus satisfaisante des façons et dans la plus grande simplicité. Vivre heureux tout simplement. À deux, humains. À trois si il comptait Obédience.

« - Cela ne sera pas une gêne pour nous.   »

« Content de te l'entendre dire. »
répondit-il simplement avant de lancer un bref et sous entendu de ce qui suivrait ; l'ardance, et à ce qui précéderait la bonne fatigue, sans demander plus de permission, sans perdre plus de temps :

« Bon appétit. »

Et il se jeta, ou plutôt se relâcha complètement, sur cet amant cloué sous lui. Sous cet amant guidé par ses mains, ses gestes, ses coups, par ses tout. Tout de lui. Se laissant guider par des instincts primitifs que seul Serenus pouvait en cet instant faire naître en lui. Se laissant vivre, passionné, adoré, cet être qu'il enlaçait tantôt avec brutalité et presque bestialité, tantôt avec douceur et chaleur. Dévoré, dévorant. Chasseur, chassé. Prédateur, gibier. Tout ensemble pour combler ces deux corps unis, par les touchers et par les cris. Ces deux corps dans cette vie tout du moins. Assoiffés, Affamés. L'un de l'autre, l'autre de l'un, pour ce temps uniquement. Pour ce temps qui se briserait plus tard. Pour ce temps qu'ils regretteraient d'avoir sans doute eu lieu, existé, alors que dans une autre vie, celle-ci, ils auraient été prêt à toutes les folies l'un pour l'autre.

Pour cet homme, le sien, l'unique à son cœur à qui il murmura douces paroles après l'acte d'une voix bien grave et pourtant suave et sensuel. Sincère. Trop. Des mots d'amour. Des mots de toujours. À l'oreille. Juste à lui. Rien qu'à lui. Dans ce monde. Dans cette trame. Des mots tels que : Nous sommes fais l'un pour l'autre. Comme le gout pour la langue. On ne pourra jamais nous séparer. Jamais. Serenus. Jamais.


Spoiler:
 

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Les Guerriers
Message Sujet: Re: L'amour est un chant éternel   Dim 1 Juil - 11:52

C'était décidé. Les deux hommes iraient s'installer dans la forêt, sur les berges de ce lac magnifique que Serenus aimait tant. Leur avenir ne pouvait pas être plus doux, plus paradisiaque. Serenus plongea son regard dans celui de son amant, et se mit à imaginer leur vie à deux. Leurs réveils, côte à côte dans le lit, enlacé. Leurs repas, avec Obédience à leurs côtés, où ils dégusteraient la viande des animaux qu'ils avaient chassés, tous les trois. Les longs vols sur le dos d'Obédience, où ils pourraient chatouiller le ventre des nuages. Les longues heures passées à pêcher, à nager, à se promener dans la forêt. Les longues heures à s'aimer, seulement éclairés par la flamme d'une petite bougie. Serenus sourit, imaginant ce que serait cette vie, et il était plutôt optimiste. Rien ne viendrait troubler leur existence, leur bonheur. Le Chevaucheur, allongé sous Manaël, ne pouvait imaginer que tout allait basculer dans les jours qui allaient suivre. En même temps, qui pourrait imaginer qu'ils vivaient dans une réalité bien différente de celle où il avait toujours vécu. Il n'aurait jamais pu imaginer que, dans cette autre vie, cette vraie vie, il était un Guerrier, servant fidèlement la Guilde des Guerriers. Il était un homme plus robuste, avec une carrure s'apparentant à celle d'un taureau. Il était un homme différent, qui ne serait jamais tombé amoureux d'un autre homme.


Comment pouvait-il imaginer que, dans une autre vie, tout était différent, alors que, dans cette vie là, tout était absolument parfait ? Ils avaient trouvé une solution à tout ce qui pourrait entraver leur projet d'installation commune. Ils n'avaient plus qu'à exécuter leur plan, et à partir. Mais, avant cela, ils avaient quelques petites choses à régler, encore. Serenus caressa la poitrine de Manaël, tentant de le ramener dans le droit chemin après que celui-ci ait délibérément choisi de le faire attendre. Attendre, c'était bien, cela conservait le suspense, mais plus c'était long, moins c'était amusant. Serenus ramena son amant à lui, écartant ses pensées de leur projet pour se concentrer sur lui, et uniquement sur lui. Quand Manaël lui souhaita un bon appétit, Serenus sentit tous ses poils se dresser. Il avait déjà entendu cette phrase, même en de pareilles situations, mais jamais elle ne lui avait fait cet effet là. Serenus sentit Obédience qui s'éloignait, sans doute à la recherche d'un coin au soleil pour s'allonger, et se coupa de lui, le temps d'une étreinte avec son amant. Le dragon ne protesta pas, bien au contraire, il pourrait profiter d'un peu de tranquillité avant que la journée commence véritablement.

Serenus revint vers son amant, et lâcha un petit cri de surprise quand celui-ci se relâcha complètement. Le jeu pouvait commencer. Serenus ferma les yeux et se laissa guider par les mains, les lèvres et les mouvements de Manaël. Manaël… Cet homme, capable de faire preuve de brutalité comme il pouvait se montrer aussi doux qu'un agneau. Cet homme, qui aurait sans doute pu le dévorer quelques mois plus tôt, avait choisi une autre manière d'apaiser sa faim, en calmant celle de Serenus par la même occasion. Le Chevaucheur remercia le Destin d'avoir croisé le chemin des deux hommes. Sans lui, Serenus aurait sans doute continué sa morne existence, pigmentée uniquement par les missions, les vols sur le dos d'Obédience, et leurs repas au coin d'un feu allumé par les bons soins du dragon. Le Chevaucheur se laissa complètement aller, ignorant tout ce qui se trouvait autour d'eux : les murs, les bruits extérieurs, le fruit à moitié mangé, pour se concentrer uniquement sur ce qu'il avait au dessus de lui. A cet instant, ne vivant que pour lui, Serenus fit corps avec celui de Manaël. Ne formant plus qu'un, ils jouissaient de cet instant passé à deux, pour, à la fin, atteindre les cieux, ensemble, bien plus vite et bien plus efficacement que ne le ferait un dragon en battant des ailes à toute vitesse.


"- Nous sommes fais l'un pour l'autre. Comme le gout pour la langue. On ne pourra jamais nous séparer. Jamais. Serenus. Jamais.

- Jamais..."


Haletant, Serenus savoura cet instant d'après l'amour, quand les cœurs achevaient de se calmer, quand les corps retrouvaient le repos, et quand les langues se déliaient pour chanter des mots d'amour. Serenus enlaça Manaël, embrassa ses lèvres, et savoura leur gout, quand Obédience revint brusquement dans son esprit :


" C'est bon ? C'est fini les galipettes ?

- Qu'est ce que tu veux Obédience ?

- Tu te rappelles de l'exercice de vol prévu pour ce matin ?

- Merde !

- Tu as encore un peu de temps, mais ne traine pas trop, les chevaucheurs commencent à arriver. "

Serenus soupira. Il avait complètement oublié cet exercice de vol, pourtant prévu depuis plus d'une semaine. Le Chevaucheur embrassa une dernière fois Manaël, comme pour clôturer leurs ébats et il se leva. Il attrapa ses vêtements et son équipement de vol qu'il prit le temps d'enfiler après avoir fait une rapide toilette. Une fois habillé, il mit la main sur sa courte épée, qu'il enfila à sa ceinture et, tout en enfilant ses bottes, il se tourna vers Manaël, toujours dans le lit, et lui dit :


"- Je dois emmener mes Chevaucheurs et leurs dragons pour un exercice. Je serais de retour avant midi. Je te laisse la chambre. Si tu veux, on ira visiter notre futur paradis cet après midi. J'suis désolé de te laisser comme ça chaton, je me ferais pardonner tout à l'heure. "

Sur ces mots, il se pencha, gratifia Manaël d'un baiser avec un petit : "J't'aime" avant de se diriger vers la porte. Une fois dehors, il courut vers Obédience. Le grand dragon le salua d'un petit coup de museau sur l'épaule et Serenus répondit en le grattant sous sa puissante mâchoire. Il alla ensuite saluer chacun des Chevaucheurs présents avant de sauter sur le dos de son dragon et de s'envoler dans les cieux de la Volte.

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