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 Les aubes sont mortes

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La Noblesse
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Je suis : Ex et futur duc de Bellifère (c'est en négociation) : ex-chasseur dans la Chasse Sauvage.

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Message Sujet: Les aubes sont mortes   Jeu 7 Juin - 21:48


Livre III, Chapitre 4 • La Légion des Oubliés
Séverine de Bellifère & Martial de Bellifère

Les aubes sont mortes

Où l'ex couple ducal se retrouve expulsé de la Chasse, et où Martial ne vit pas bien du tout les récents évènements



• Date : 20 juin 1003, juste à l'aube
• Météo (optionnel) : // Je sais pas, on vient de sortir
• Statut du RP : privé
• Résumé : La mort d'Ermengarde tire hors de la Chasse son petit-fils, et sa belle-fille suit. Ils se retrouvent donc catapultés en Outrevent sans le moindre vêtement, après des mois passés à la suite de l'Innocent. Dur, très dur retour à la réalité alors que le jour est sur le point de se lever.
• Recensement :
Code:
• [b]20 juin 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3790-les-aubes-sont-mortes]Les aubes sont mortes[/url] - [i]Séverine de Bellifère & Martial de Bellifère[/i]LLa mort d'Ermengarde tire hors de la Chasse son petit-fils, et sa belle-fille suit. Ils se retrouvent donc catapultés en Outrevent sans le moindre vêtement, après des mois passés à la suite de l'Innocent. Dur, très dur retour à la réalité alors que le jour est sur le point de se lever.


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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Jeu 7 Juin - 21:51

La première chose qu’il sentit, ce fut ce vide dans sa poitrine. Comme si un poids qui l’empêchait de respirer pleinement en avait été arraché, mais qu’il lui manquait cruellement. La sensation était familière, sans qu’il ne sache vraiment trop pourquoi. Une sensation incongrue, douloureuse, vivifiante pourtant, après des mois à n’être qu’un pantin sans volonté. Une plaie à vif, hurlante de réalité, de soleil, d’être de chair et de sang, de vie. Une plaie qui ne tolérait pas de rester ignorée, tant la brûlure en était présente.

Il n’en avait pas encore conscience. Il ne savait pas, pas encore. A la suite de la Chasse, perdu en Outrevent, soudain son être s’était rappelé à lui. Ce qu’il avait été, qui il avait été, le poids des années qui s’était soulevé sans un souci ou un regret quand il avait été ravi ; la couronne qu’il avait perdue n’avait pas su le tirer de sa léthargie. Non, bien que celui qui avait été duc aurait pu ressentir cette perte comme un deuil, ce n’était pas le coup d’état de Brumecor qui avait brisé le lourd brouillard qui empoisonnait ses pensées. C’était cette douleur, et la sensation que quelqu’un venait de lui être ravi.
Il devait la calmer. Il devait faire quelque chose. Alors que l’aube n’était pas encore là mais n’aurait su tarder, l’un des Chasseurs s’était détaché du groupe. Il ne viendrait pas. Les conditions étaient claires : si la cible était atteinte, alors, juste avant l’aurore, ils étaient libres de choisir de mettre un terme à leur chevauchée chaotique nocturne. Personne ne le voulait. Personne ne le souhaitait, car personne n’était quelqu’un au sein de la Chasse. Leurs identités n’étaient plus. Ce n’était que lorsqu’elles se rappelaient à eux qu’ils pouvaient la quitter.

La Chasse disparut, s’assoupissant à nouveau, laissant derrière elle Martial.
La douleur ne disparut pas, mais d’autres sensations revenaient, petit à petit. Respirer faisait mal, l’air était vif ; sous ses doigts, la terre était recouverte d’herbe. Le jour n’était pas encore là, mais les lunes ne l’étaient plus tout à fait. Il avait un corps, une existence, un passé et un présent. Il n’était plus un être parmi tant d’autres, indéfini.

Il était Martial de Bellifère, et sans comprendre pourquoi, la douleur en lui était restée. Il savait ce que ça signifiait sans pour autant comprendre totalement : quelque chose lui avait été pris. Quelqu’un, pardon, lui avait été ravi.

Etalé plus qu’allongé sur le sol, le visage tourné vers le ciel, sa poitrine se soulevant de manière désordonnée, sa première pensée cohérente fut pour Madeleine. C’était forcément ça. Qu’avait-elle vécu, qu’avait-elle fait ? Son esprit encore embrumé ne fonctionnait que par sursauts de lucidité. Il devait réapprendre à penser, tout était encore confus. Et si ce n’était pas Madeleine, ça ne pouvait être que…
Il voulait savoir, mais il se refusait d’y penser. La douleur était là : violente réminiscence de son enfance, il la connaissait. Son corps et son cœur s’étaient mis d’accord sur ce que son esprit feignait d’ignorer, enfoncé dans un déni bien trop profond. Plus tard viendrait la rage et le véritable deuil, quand il aurait une confirmation. Plus tard.

Pour l’heure, il tentait de calmer son souffle et son être affolé, en proie à une anxiété à la limite de la véritable panique. C’était trop. D’un coup, c’était trop. Le corps, la vie, l’existence, après des mois de privation, c’était trop. Ce qu’il niait mais que son instinct sentait, c’était trop. Ce qu’il avait vu, enchaîné à la Chasse, Bellifère ravi par son général, c’était trop. C’était trop pour lui, d’un coup.
Il se redressa en position assise, ses poings serrés pour les empêcher de trembler dans la nuit qui allait bientôt décliner. Et ce fut à ce moment-là, uniquement, qu’il remarqua qu’il était dans l’état dans lequel il avait quitté son palais. Entièrement nu.
Evidemment.
Et la douleur toujours tambourinait en lui. Il jeta un regard alentour, tentant de repérer une forme, une personne, quelque chose. Il n’avait pas la force de parler encore, ou de se redresser totalement. Et il fut presque soulagé de reconnaître un autre être. Presque.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Dim 17 Juin - 2:19

Les étoiles brillaient, la nuit était belle, parfaite pour une observation du ciel, mais Séverine ne s'en rendait pas compte.  Dans son esprit, il n'y avait rien, rien d'autre qu'une sensation froide et complaisante.  Ça et le visage d'une personne.  Elle ne savait point qui était-ce et cela n'avait que très peu d'importance.  Ce qui comptait, c'était qu'elle le mettrait en chair à pâté et rapidement.  Elle imaginait déjà la lame s'enfoncer dans les peaux, entre les os et les muscles.  La mission était là et elle suivait Guerre avec une dévotion sans faille.  Du moins, c'est ce qu'elle croyait.  Un peu avant l'aube, un cavalier s'écarta, un cavalier dévia de sa route.  Autrefois, c'était son mari.  Elle ne se souvenait plus si elle l'avait aimé ou détesté.  Tout sentiment à son égard s'était évanoui depuis longtemps.  Tout du moins, son esprit ne s'en souvenait plus.  Elle savait seulement qu'à ses côtés elle avait été duchesse.  Mais rien de plus, toutes les disputes, tous les moments un peu meilleurs peut-être, s'étaient évanouis dans le néant.  Pourtant, tandis qu'il s'éloignait, elle sentit une pulsation au niveau de sa poitrine.  Quelque chose d'un peu désagréable, quelque chose qu'elle aurait voulu oublier.  L'emprise de Guerre sur son cœur et ses pensées se raffermit et la faiblesse disparut.  Il n'y avait que la cible dans son esprit.  Mais rapidement, ce chasseur dissident revint à elle.  Plus il s'éloignait, plus elle ressentait un étrange tiraillement qu'elle ne pouvait faire taire.  Des vagues d'émotions désagréables la submergèrent.  Colère.  Haine.  Désir de vengeance.  Humiliation.  Tout lui revenaient en mémoire et avec force.  Elle n'avait pas oublié, non, mais tout avait été enfoui là où ça ne faisait plus mal.  Elle tenta de lutter, de retourner dans ce confort où toute la violence de ses émotions ne pouvaient pas lui porter atteinte, mais le mal était fait.  Le lien qui l'unissait au cavalier de la Chasse Sauvage faiblissait.

Et elle céda.  Elle s'abandonna à ces émotions sauvages qui la submergeaient.  Elle délaissa la tranquillité d'esprit qui l'avait séduite et gardée prisonnière.  Elle vivait de nouveau, elle se souvenait pourquoi elle avait été si longtemps en quête de vengeance.  Sa haine pour Castiel, lui qui l'avait vendue à Bellifère pour ses traités, lui qui l'avait traitée de façon odieuse alors qu'elle commençait seulement à oublier les torts qu'il lui avait causé.  Le pouvoir de la couronne de Martial.  Elle devait s'y raccrocher comme elle se raccrocherait à une bouée en pleine mer houleuse, car c'était elle qui lui permettrait de se venger et d'un jour devenir ce qu'elle souhaitait être.  Elle avait suivi Martial, la colère bouillonnant dans ses veines.  La douce torpeur qui l'avait bercée depuis janvier s'était évanouie.  Il ne comptait plus que la rage et son désir d'être vengée, plus violent encore qu'il ne l'avait jamais été.  Elle avait une vague conscience qu'elle et son mari avait perdu Bellifère, mais qu'à cela ne tienne.  Elle reprendrait la couronne de ses propres mains si Martial en était incapable et siégerait sur le trône qui lui permettrait d'acheter un jour sa liberté.  Quitte à devoir épouser le Brumecor qui leur avait volé leur place.  Une drôle de sensation lui pinça le cœur quand elle y songea, un sentiment de trahir une confiance gagnée et une boule se forma au creux de son estomac en songeant qu'elle devrait quitter Martial.  Elle se convainquit sans trop de peine que c'était parce qu'il lui faudrait recommencer son jeu de séduction à zéro et que les Bellifériens sont fichtrement difficile à contenter.

La première chose qu'elle rélisa lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux sur le monde, c'est qu'elle avait froid.  Couchée dans l'herbe encore baignée de rosée, le vent qui soufflait la frigorifiait.  Elle se releva lentement, sans prendre la peine de chercher ses vêtements : visiblement ils n'étaient pas revenus au palais ducal de Bellifère et elle ne reconnaissait pas du tout l'endroit où elle était assise.  L'herbe la piquait désagréablement et elle songea une fois de plus que tous les auteurs de livres érotiques dont une scène dédiée au culte de Mirta se déroulait dans un champ parmi les herbes folles était de gros imbéciles qui ne savaient pas de quoi ils parlaient.  Probablement aussi qu'ils n'avaient jamais connu de vraie relation avec quelqu'un qui savait ce qu'il faisait.  Elle songea d'ailleurs avec perplexité qu'il y avait fort longtemps qu'elle n'avait pas partagé les plaisirs de la chair avec qui que ce soit et qu'elle pourrait éventuellement se flétrir si elle ne remédiait pas à la situation.

Ses yeux se portèrent sur l'horizon et elle avisa la tête blonde de son mari.  Ce n'était pas lui qui la satisferait, en tout cas, pas tout de suite.  Elle poussa un long soupir.  Au moins, elle avait l'avantage de quitter la Chasse Sauvage et de pouvoir poser son regard sur un homme nu.  Même si c'était son belliférien d'époux, c'était déjà d'une auspice réjouissante.

« Où sommes-nous, » demanda-t-elle voyant qu'il ne semblait pas vraiment vouloir briser le silence de lui.  Séverine avait aveuglément suivi la Chasse Sauvage sans chercher à savoir où on l'emmenait.  Elle se doutait être en Faërie et non pas en Ibélène, elle avait eu la vague impression de traverser les frontières, mais pour autant qu'elle en savait, elle était peut-être même sur l'Archipel parmi les sauvages.  Elle était astronome et cartographiait le ciel, pas les terres du continent!

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 18 Juin - 15:14

Tout ne pourrait être qu’un mauvais rêve. Un autre rêve, encore. Peut-être n’a-t-il pas quitté la Chasse, peut-être n’existe-t-il pas encore en tant que personne, qu’il s’imagine seulement ? Son esprit refuse et réfute la douleur en lui. Un rêve qui se brise. Il ne peut pas être là, Martial. Il va se réveiller dans son lit, dans son château, derrière les murs de pierre sécuritaires. Il va se réveiller, et rien ne sera arrivé, ce sera février 1003 à nouveau, la vie reprendra son cours et il n’entendra jamais parler d’un obscur coup d’état ou de ce qui l’a tiré hors de la Chasse, cette douleur qui lui vrille la poitrine et qui ferait presque couler ses larmes. Mais ça fait bien dix-huit ans qu’il n’a pas pleurer, et, certainement, il ne commencera pas maintenant. Il va se réveiller à Hacheclair, avec ou sans sa femme, il va se réveiller et il n’y aura plus de panique, plus d’herbe trempée sous lui, plus cette impression d’avoir été balancé loin de ceux qui l’avaient capturés, plus de vide, plus de vie arrachée pendant presque six mois ! Il n’y aura plus, tout ça.

Sauf que c’était la réalité. Il était de retour. Il avait encore un peu de mal à s’y faire. Il était libre, Famine n’avait plus sur lui aucune emprise – vraiment ? Cela restait à déterminer. Il était libre, mais à quel prix ? Pourrait-il l’ignorer encore longtemps ? Ce n’était pas la perte de son duché qui l’avait tiré hors de sa condition de chasseur, ça, il l’avait bien compris. Mais quoi, alors ? Les Cavaliers, toute la Chasse même, ne pouvaient savoir instantanément tout chamboulement sur le continent, et le lien s’était sans doute brisé avant qu’il ne puisse comprendre entièrement pourquoi.
Pourquoi il ne pouvait pas bouger, pas encore. Pourquoi ce besoin de pleurer. Pourquoi il ne réagissait même pas, alors qu’il reconnaissait sa femme en la personne à ses côtés. Sous le vernis presqu’impénétrable de qui il était, de qui il avait été, il se morcelait un peu plus.

La question eut le mérite, au moins, de l’amener à fournir un semblant de réflexion. De le distraire de ses pensées sans queue ni tête, parce qu’il était dur de se remettre à réfléchir après ce temps à suivre aveuglément ! Il sollicita ses connaissances, ses souvenirs brumeux. L’endroit ne lui disait rien, bien sûr que non. Mais le climat, l’horizon, les formes que le monde prenait autour, eux, l’amenaient à la même conclusion. Un endroit inconnu pour un type de terrain longuement décrit, étudié pour mieux attaquer – si seulement on lui avait laissé la chance d’y faire ses preuves. Un voisin acariâtre, bien plus proche d’eux qu’ils n’auraient voulu le croire. « Outrevent. Il me semble. »
Il aurait pu se tromper, mais de vagues réminiscences de la Chasse lui confirmaient qu’ils étaient en Faërie depuis au moins deux jours.

Martial finit par trouver la volonté et la force de se tourner complètement vers elle. Avait-elle changé ? Un éclair de curiosité passa dans son regard alors qu’il l’observait. Une curiosité innocente presque, teintée d’une jalousie secrète et d’un respect qui l’était encore plus. Là où lui-même avait été aux côtés de Famine, privant les hommes, elle avait chevauché aux côtés de Guerre. Et il serait fou, tellement fou, de penser qu’elle n’en a pas été marquée comme lui. Différemment. Serait-elle, un jour, plus à même de comprendre la fureur martiale qui l’avait habité, bien avant ? Il ne savait pas encore, tout comme il n’était pas sûr de ce vide, dans sa poitrine. A ignorer.
« Comment vous sentez-vous ? » La question était presque naturelle, à moitié concerné qu’il était. Il tenta de se mettre debout, maladroitement, ses gestes incertains.


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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Ven 29 Juin - 2:59

Le verdict tomba sur Séverine comme une douche.  Évidemment, pour son retour glorieux elle se retrouvait toute nue en Outrevent, un autre duché où son expression de ce que doit être la femme n'a nul cours.  Elle poussa un long soupir découragé.  Naturellement, attendre d'être arrivé en Cibella pour sortir de la Chasse Sauvage n'aurait jamais traversé l'esprit de son époux.  Il était beaucoup trop misogyne, beaucoup trop déterminé à contrecarrer tous ses plans pour se montrer un tant soit peu accommodant.  C'était un fait auquel la duchesse de Bellifère s'habituait sans avoir son mot à dire.  Comme elle regrettait la liberté dont elle jouissait lorsqu'elle était à Lorgol.  Sa haine pour Castiel revint comme forte vague l'habiter.  Il lui paierait.  Si elle se retrouvait désormais perdue dans les landes outreventoises, c'était nécessairement sa faute et à lui seul.  Jamais la Chasse Sauvage ne l'aurait réclamée s'il ne l'avait pas mariée comme on vend un morceau de viande à Martial de Bellifère.  Elle récupérerait sa couronne.  Cette couronne dont elle n'avait pas jamais voulu jusqu'à ce qu'on ne la lui force dans les mains.  Elle saurait l'utiliser à bon escient.  C'était le point de levier de sa vengeance et si elle devait se débarrasser de Martial pour y arriver, elle le ferait.  Du moins, elle se persuadait qu'elle n'avait pas besoin de lui et qu'elle se déferait sans mal de sa présence à ses côtés le moment venu.  Elle n'envisageait pas passer sa vie aux côtés de lui, pas si elle pouvait s'en sortir, si elle avait une option de sortie.  Mais avait-elle vraiment une porte de secours?  Un drôle de lien l'attachait à Martial, plus solide qu'elle ne le croyait.

C'est sa voix qui la  tira de ses réflexions.  Elle n'avait pas encore l'esprit tout à fait éveillé, elle se réhabituait à être elle-même et non plus un simple morceau de la Chasse Sauvage, la part d'un esprit commun à un seul objectif : tuer la cible désignée par l'Innocent.  Elle mit un moment à retrouver sa superbe habituelle, craignant en parlant trop vite de se montrer faible devant lui.  Pourtant, la pensée de s'effondrer un instant effleura son esprit.  De s'appuyer contre ce torse fort, puissant et se laisser aller.  Mais elle ne pouvait s'abandonner.  C'était son mari.  Un Belliférien.

« Cela irait mieux si nous n'étions pas perdus au beau milieu de la lande outreventoise.  Nus.  Il fait froid, » fit-elle sur un ton rempli d'ironie.  Ils venaient de passer des mois à la suite des cavaliers, elle s'était tenue dans l'ombre de Guerre, elle qui voulait tant briller et elle se sentait soudainement légèrement nauséeuse.  Sûrement le froid et de la fatigue.  Elle poussa un long soupir.  « Au moins, la vue n'est pas exactement ce que j'appellerais désagréable. »

Elle n'avait pas pu s'en empêcher.  Il y avait belle lurette qu'elle n'avait pas pu admirer un corps d'homme séduisant, longtemps qu'elle n'avait pas pu honorer Mirta comme il se devait.  Elle ne comptait pas tenter de batifoler en plein milieu de nulle part, elle n'en avait même pas envie, mais il fallait qu'elle y fasse allusion.  C'était son unique moyen de détendre l'atmosphère.

« Et vous?  Qu'est-ce qui vous a fait sortir?  Ce n'est pas moi, je vous ai simplement suivi, fit-elle avant d'ajouter avec précipitation, parce que vous êtes duc et que grâce à vous, un jour je me vengerai de Castiel de Sombreflamme. »

L'avait-elle réellement suivi pour accomplir sa vengeance?  Oui, il ne pouvait y avoir d'autre explication pour justifier son geste.  Être l'un des chasseurs lui permettait d'espérer avoir l'espoir un jour de tuer Castiel par hasard, même si elle n'y pensait plus.  Peut-être qu'une fois sa mission accompli, elle serait sortie, pour reprendre une vie normale.  Peut-être avoir la chance d'aimer un jour…  S'il était possible à son cœur d'aimer.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 2 Juil - 8:35

Que c’était étrange, après des mois à ne plus ressentir, d’enfin se poser et d’exister ! Etrange et effrayant. S’il n’y prenait pas garde, l’homme déchu de son titre bientôt serait plus occupé à s’émerveiller intérieurement sur combien être pieds nus dans un champ était agréable, ou combien la sensation de respirer pleinement par soi-même était libératrice. Un enfant, né à nouveau, en somme. Plus il y pensait, plus il observait les alentours, et plus le terrain lui semblait familier : il n’était pas familier comme quelque chose à laquelle on revenait parce qu’on y avait vécue, non. Il était familier pour les heures d’études, de récits, de cartes. Familier pour avoir rêvé y mener ses troupes, prouver sa valeur en les écrasant – lui qui voulait vivre les armes à la main s’était retrouvé curieusement renfermé à cause d’une femme réticente à enfanter. Lui qui voulait rendre sa lignée fière l’avait anéantie – il repoussa la pensée. Ce n’était pas le moment. Il devenait très bon à ce jeu-là, Martial. Confronter les problèmes plus tard.
Très très bon. Il remit donc à plus tard l’idée qu’il était le premier de toute la lignée de Bellifère à avoir lamentablement échoué. Il y repenserait quand il serait aux portes de Sithis, incapable de se défendre et de se battre. Perdu à jamais.

Ses bras croisés, il la regarda, en essayant de ne pas soupirer. Elle n’avait pas changé. Mais bon, il fallait dire que lui non plus. Ou, tout du moins, refusait-il de l’admettre. « Nous sommes ressortis dans l’état dans lequel nous sommes rentrés. Donc… La nuit de mon anniversaire. » Ses yeux glissèrent sur les alentours, évitant de trop la regarder, non plus. Il ne faudrait pas qu’elle pensât que la dernière nuit dont il se souvenait – somme toute agréable, il y avait presque du plaisir dans la soirée qu’ils avaient passés avant d’être happés par le sommeil produit par une potion – avait provoqué chez lui quelque chose ! Voyons. Et puis même. Ce n’était ni le lieu ni le moment.
Et il espérait sincèrement qu’elle ne parlait que de la beauté du duché. L’ex duc se racla la gorge. « Oui, bon… » C’était pas si beau que ça, chez les coincés en kilt non plus. Trop humide, trop venteux, pas assez rouge et surtout plein d’Outreventois. Et de mages. Les ennemis de toujours, les ennemis de la frontière, ceux qu’il fallait réduire à néant, réduire au silence éternel, faire mourir. Anéantir.
La véhémence du sentiment qui le prit au cœur le surprit, remontant le long de sa gorge et glissant également au bout de ses doigts. Ce n’était pas de la colère. C’était un besoin de disparition. D’arracher à ceux qui vivaient ici leur existence, leur nom, n’importe quoi. Ca dura un instant. Même pas.

Lorsque Martial reporta ses yeux sur sa femme, sa voix se précipitait comme pour justifier sa sortie. Il se doutait bien que ce n’était pas elle qui l’avait fait sortir. Une femme n’aurait pas été suffisante pour le faire échapper à la Chasse ! Voyons ! Sauf si Madeleine était…
Ne pas y penser.
La douleur dans son cœur se rappela à lui. L’impression de vide. La poitrine oppressée, comme une planche soutenue par deux pierres sur laquelle on appuierait en son centre. Elle casserait à un moment. « Je ne sais pas. J’ai juste ressenti quelque chose de violent, et avant que je ne puisse en déterminer la cause, ou que la nouvelle n’arrive par… Famine… » le nom était prononcé presque avec crainte. Presque, car Martial ne craignait rien. « Le lien s’est rompu. Sans doute ne saurais-je jamais. »
Ne pas y penser.
Il lui tendit la main. « Nous récupérerons Bellifère, et en temps voulu, vous aurez votre vengeance. » Sans volonté, mais pas aveugles. Pantins, mais pas sans mémoire. Et ça faisait tellement naturel, de l’inclure dans la reconquête, d’utiliser ce nous ! Qu’il ne pensa même pas à se corriger. Il voulait juste l’aider à se relever. « Mais déjà, il nous faut déjà rejoindre notre empire. » Tout reconquérir.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Dim 12 Aoû - 1:05

La nuit de l'anniversaire de Martial.  Séverine l'avait presque oublié.  Célébrer la naissance de son époux n'était clairement pas l'un de ses priorités à ce jour.  Le sien avait également passé, une seconde année privée des réjouissances ayant trait à l'illustre jour où elle avait daigné illuminer le continent de son existence.  Regrettait-elle alors la naissance de Martial?  Plus ou moins.  S'il n'était jamais né, elle n'aurait jamais eu à subir l'humiliation de ce mariage, elle n'aurait peut-être pas été enlevée par la Chasse Sauvage non plus.  Néanmoins, elle était plus rassurée de se retrouver égarée dans la lande sauvage en sa compagnie à lui qu'en celle de quiconque d'autre.  Elle savait qu'il saurait la protéger et certainement qu'il avait sa part d'influence dans le fai qu'elle ait quitté sa place auprès de Guerre.  Sans sa présence, peut-être se serait-elle laisser aller à cette quiétude et ce vide d'esprit perpétuel.  Tout valait mieux que ce froid humide, elle regrettait presque la chaleur de Bellifère en comparaison.  Mais peut-être le froid serait-il propice à quelque rapprochement?  La duchesse s'indigna d'une telle pensée.  Devait-elle réellement songer à ce genre  de choses en ce moment précis?  Bah de toute façon, il y avait peu de chances que Martial ait ce genre de réflexions d'ailleurs, il osait à peine la regarder.  Éprouvait-il tant de dégoût à sa vue?  Son orgueil et son amour propre en prirent un coup et elle se mura dans le silence, peu prête d'ouvrir à nouveau la bouche, vexée.  Au moins, s'il n'éprouvait pas de désir pour elle, il lui promettait sa vengeance.

À ses mots toutefois, elle se rasséréna : il était là avec elle.  C'était l'important.  Après, il avait dit notre empire.  Pas son.  Il avait dit  nous récupérerons, pas je. Il l'incluait, peut-être inconsciemment, peut-être sans le vouloir, mais elle voyait là la preuve qu'elle avait réussi à s'immiscer dans son esprit.  Cette main tendue vers elle, qu'elle aurait autrefois dédaignée, elle la saisit et la pressa tandis qu'il l'aidait à se relever.  Elle pouvait s'appuyer un peu sur lui en situation de besoin.  Elle l'aiderait désormais de bon cœur, pas juste pour qu'il l'aide un jour à rendre la monnaie de sa pièce à Castiel de Sombreflamme.  Une vague de haine fulgurante la parcouru de la tête aux pieds.  Le feu qui coulait alors dans ses veines était brûlant, foudroyant et dangereux.  Une lueur mauvaise étincela dans son regard.

« Ce qu'on nous a volé sera repris, l'usurpateur sera puni, » scanda-t-elle presque mécaniquement, comme si elle n'était plus maître de son propre corps.  Un voile passa devant ses prunelles et la rage s'évanouit pour être relégué dans un coin de son esprit.

Elle leva les yeux vers le ciel, vers l'astre solaire.  S'il faisait encore nuit, elle aurait pu s'orienter grâce aux étoiles qu'elle connaissait si bien, mais aux premières lueurs du jour elle n'avait aucune idée de comment différencier le nord du sud.  Bien que la baronnie de Mauve n'avait jamais été des pus fortunée, elle avait vécu toute sa vie dans l'aisance et il eut été impossible de croire nécessaire de devoir apprendre à reconnaître les signes indiquant le nord à l'époque.  Puis confinée en Bellifère où elle ne pouvait jamais sortir seule, c'était devenu encore moins essentiel.  De toute façon, l'aurait-elle su, il n'y avait rien à des kilomètres à la ronde pour l'aider à retrouver sa route.

Quitte à ne pas savoir où aller… Elle se rapprocha de Martial et se blottit contre son torse bien musclé.  Était-il comme ça avant de partir?  Elle n'avait pas eu souvent l'occasion de contempler son époux dans sa tenue la plus simple et c'était même étonnant qu'ils aient été enlevés par la Chasse sans leur chemise de nuit.

« J'ai froid Martial, » fit-elle d'une voix plaintive et faible, celle d'une demoiselle en détresse.  Peut-être qu'en appelant à l'âme de guerrier de son époux saura-t-elle faire vibrer plus fort sa corde sentimentale, s'il en avait une.  Elle colla son corps aux membres fins dont la peau était glaciale contre le sien, en quête de chaleur.

« J'ai vraiment très, très froid.  Je crois que je pourrais mourir gelée… »

Comme si Levor appuyait ses dires, une bourrasque de vent balaya la plaine où ils se trouvaient.  Elle simula un violent frisson et crispa ses doigts menus contre le torse du Belliférien.  Et elle éprouva curieusement la sensation d'être enfin en sécurité.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 13 Aoû - 0:35

Les landes outreventoises laissaient Martial, tout de même, quelque peu dans le flou et perdu. Il connaissait les bases, les tracés des villages de ce duché, là où les armées pouvaient passer, anéantir, capturer, se ravitailler et faire le plus de dégâts possibles. Il connaissait, sur le papier,  la topographie approximative de cette partie du continent. Sa mémoire ne lui faisant encore que peu défaut, lui aurait-on à cet instant donné le nom d’un domaine, il aurait été capable de s’orienter.
Mais là, tout ce que le monde lui donnait, c’était un monde grisâtre, vide, plat et morne. L’impression qu’alors que le soleil peinait à se lever, ils se trouvaient plus certainement aux confins du monde que dans un réel endroit. Peut-être, même, n’étaient-ils pas sortis de la Chasse et avaient-ils seulement repris conscience ? Cela expliquerait, alors, l’impression de ne pas vraiment exister. D’être coincé dans un plan entre deux existences. Là où les sinistres Cavaliers et leur suite de prisonniers forcés d’abdiquer leur volonté se reposaient quand le soleil brillait.
En revanche, s’ils étaient vraiment sortis, et vraiment en Outrevent comme son instinct le lui soufflait… Disons simplement que cela témoignait bien de la manière déplorable dont Martial voyait le duché, au point de le comparer à des limbes. Mais c’était pas de sa faute, si ça y ressemblait !

Il aida sa femme à se redresser. Cette main tendue, secrètement, c’était pour l’inviter. Pour l’inclure, elle qui avait tout perdu une fois déjà et qui là encore perdait. C’était parce qu’inconsciemment, sinon il ne se l’avouerait jamais, il y avait un réconfort à la savoir à ses côtés. Une confiance toute relative, certes, mais il tenait à cette femme.
La surprise se peignit sur ses traits, alors qu’il relâchait sa main. Il y avait plus que de la détermination dans les paroles qu’elle venait de prononcer : il y avait la vengeance, le combat, quelque chose d’indéfini qui un instant à peine sembla résonner dans sa voix. Et la surprise de l’ex-duc se mua en quelque chose de plus sournois, de plus profond. Comme quand elle s’opposait à lui, qu’ils avaient leurs argumentations enflammées, l’opposition même de leurs libertés et des concessions qu’aucun ne voulait faire. Elle l’attirait comme le combat le faisait, comme la guerre le pressait de le rejoindre ; il se savait prisonnier d’un désir qui n’avait rien à faire là, pas maintenant, pas sur ces terres hostiles. Pourtant ses lèvres restèrent closes. Il attendit, sans oser détourner le regard, l’observant avec une fascination toute particulière tout en réfléchissant, afin que dans son esprit se calment les sentiments violents qui s’affrontaient.

On n’avait pas idée de vouloir sa femme autant que de vouloir faire le deuil d’une personne dont on ne connaissait pas encore l’identité. On n’avait pas idée de vouloir la faire sienne, en plein territoire ennemi, alors qu’on ne possédait plus ni nom ni duché.

Une respiration mesurée. Son visage qui redevint impénétrable, comme si rien ne pouvait plus l’ébranler. Il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller à ses impulsions humaines envers Séverine. Pas ici.
Sa résolution de sembler totalement intouchable tint au moins une quinzaine de secondes, avant qu’elle ne vienne se coller contre lui. Outre le fait qu’il fasse, effectivement, froid, elle choisissait bien sûr le meilleur moment : comment effacer la sensation poignante dans son coeur, qui résonnait avec la flamme manifestée plus tôt alors qu’elle se rappelait à lui incessamment ? Il baissa sur elle son regard troublé, les bras presque ballants. Il lui fallut qu’une bourrasque vienne l’ébranler pour qu’il refermât sur elle ses bras, l’enserrant autant pour la protéger que pour la tenir au plus près de lui.

Une impression de déjà-vu. Fugace. Brumeuse, comme sortie d’un rêve : et c’était flou, et c’était vieux, mais il l’avait déjà tenue contre lui, pour la protéger.
Sa peau était gelée, contre la sienne, bien plus que lui. Il ne s’en étonna pas, occupé à la garder et à tenter de chasser toute idée inopportune de son esprit. Parce qu’il serait tellement simple de la garder  de laisser descendre ses mains, de calmer les irritantes pensées qu’elle avait rallumé d’un regard et d’une poignée de mots en l’apparence éloignés de toute activité charnelle.
« Je vous promets de ne pas vous laisser mourir de froid. » souffla-t-il. Par prudence, il n’ajouta rien : il avait la vague impression qu’elle avait au fond des désirs aussi malsains que déplacés. Désirs qu’il pourrait partager. Qu’il partageait et refrénait.

Au moins, quand on tenait contre soi, fermement et de très près, une splendide jeune femme comme la sienne, on réussissait plus efficacement à repousser tout ce qui concernait la mort certaine d’un membre de sa famille. Par contre, d’autres légers soucis pouvaient arriver. Et rapidement.
Il ne voulait pas la lâcher. L’étreinte restait protectrice, ses mains demeurant légères sur sa peau dans une retenue perceptible, presque possessive, mais se teintait doucement de gêne. « Je.. »
Visiblement embarrassé, parce que, clairement, ce n’était pas le moment de penser à leurs corps si proches, il détourna le regard, légèrement agacé par sa propre hésitation : il y avait à peine quelques mois, il n’aurait pas attendu. Ce n’était pas comme si elle importait, malgré l’éclat presque martial qu’il avait vu briller en elle, cet éclat qui, peut-être, lui faisait imaginer tout ça. Probablement. Ce n’était pas comme si elle importait. Mais un peu, quand même. Ils avaient passé des mois à chasser, sans discontinuer. A exister ensemble.
Ses bras la rapprochèrent un peu plus. Sa bouche, devenue sèche,n’osa pas formuler la découverte qui venait de le transpercer, et de lui faire comprendre pourquoi sa présence apaisait la douleur qui enrayait sa cage thoracique, et réveillait des envies au moment le plus inopportun.
Elle lui avait manqué.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Jeu 30 Aoû - 22:24

Séverine éprouva presque de la surprise quand elle sentit les bras musclés et forts de son mari se refermer sur son corps frêle.  Elle s'était plutôt attendue à se faire repousser et à retomber mollement dans les herbes folles.  Pourtant il la tenait contre lui, contre toute attente.  Et quelque chose en elle se brisa.  Elle ne savait quels mots mettre sur cette étrange sensation, elle n'avait jamais ressenti quelque chose de tel par le passé, c'était puissant, déroutant, troublant.  Son cœur était douloureux comme il ne l'avait jamais été, pesant dans sa poitrine.  C'était si désagréable, elle voulait se débarrasser de cette impression, la chasser à tout jamais pour qu'elle ne revienne jamais, pour que jamais elle n'ait le besoin de comprendre ce qu'elle était, ce qu'elle voulait dire.  Elle n'en avait pas besoin. Elle ferma les yeux et l'espace d'un instant, elle se prépara à s'écarter, à reprendre le masque de l'indifférence et de la haine.  Seulement, elle n'y arrivait pas, elle n'y arrivait plus.  Il n'y avait plus de sentiments négatifs, plus d'ombres.  Pourquoi?  C'était anormal.  Et contre sa volonté, forcément c'était contre sa volonté, ses bras se serrèrent, son corps mince et découvert se blottit plus encore contre le sien, cherchant chaleur, mais aussi du réconfort.  Pourquoi sentait-elle qu'elle pouvait s'appuyer sur lui, espérer qu'il la protège contre tous les dangers?  C'était trop.  Elle appuya son visage contre sa poitrine, ses idées lubriques soudainement transformées.

Elle attendit qu'il poursuive, qu'il brise cet étrange silence qui habitait entre eux alors qu'il y avait toujours eu l'éclat de leurs voix s'affrontant dans une joute sans fin.  Elle aurait pu se moquer de son hésitation.  Le piquer dans tous les sens à sa guise.  La porte était grande ouverte.  Il était muet, complètement nu, à sa merci et pourtant elle ne pouvait s'y résoudre.  Plutôt, elle n'en avait pas envie.  Elle chercha une remarque spirituelle, mais rien ne lui venait, rien qu'elle n'aurait trouvé blessant et elle qui avait toujours eu plaisir à l'attaquer là où elle devinait que cela faisait mal, l'idée ne lui procurait même plus la moindre joie, même plus la moindre envie de triompher.  Pas même la victoire de l'humilier n'avait d'appel sur son intérêt.

Elle voulait simplement rester comme ça, plus près, toujours plus près, entre ces bras qui semblaient aussi forts, aussi solides qu'un mur inébranlable.

« Je suis soulagée.  Soulagée que tu sois là. »

Ces mots semblaient déplacés, ça ne lui ressemblait pas.  Jamais elle n'aurait parlé ainsi librement à Martial de ses émotions, de ce qu'elle ressentait.  Elle-même ne pouvait s'avouer qu'à demi-mot le bien être qu'elle éprouvait de le retrouver, de ne pas être seule, complètement désorientée et perdue.  Et si jusqu'alors, elle n'avait jamais éprouvé qu'un désir de domination, de conquête par son corps tendre et fin, elle voulait autre chose cette fois.  Elle cherchait le réconfort, elle voulait se sentir vivante, là.  Et elle savait que seul lui pourrait lui donner ce fort sentiment, celui d'être en vie et indestructible.

Ses doigts glissèrent, ses ongles coulèrent sur la poitrine musclée de Martial.  Elle rejeta la tête en arrière, étirant son cou pour le regarder.  Elle pouvait voir sa mâchoire carrée et décidée.  Sa barbe était moins bien taillée et lui donnait un air un peu sauvage, un air moins Belliférien.  Un air séduisant.  Enfin, ça n'avait jamais été un secret qu'elle avait été chanceuse de ne pas avoir épousé un laideron.  Ça aurait été le comble du malheur.

En le regardant ainsi, elle espérait, elle attendait.  Elle attendait qu'il s'incline, qu'il lui dise quelque chose, qu'il fasse quelque chose.  Qu'il lui prouve qu'elle pouvait compter sur lui, qu'il ne la laisserait pas mourir, ni par le cœur, ni par l'âme.  Elle était éveillée de la Chasse Sauvage, libérée de son emprise, mais elle ne se sentait pas en sécurité.  C'était la peur qui guidait son cœur.  Oui, c'était sûrement cela, s'ils s'étaient réveillés dans leur lit au palais ducal d'Hacheclair, elle n'aurait pas autant besoin qu'il lui prouve qu'elle était à lui, qu'il ne la laisserait pas derrière.

« Martial, on s'en sortira, on… » Elle n'arriva pas à exprimer plus loin le fil de sa pensée.  Elle songeait seulement que jamais il ne lui offrirait ce qu'elle désirait le plus au monde comme réconfort.  Parce qu'il n'était pas comme ça.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 3 Sep - 0:01

La plus longue nuit de leur existence s’achevait dans une aube qui peinait à disparaître et, dans un mélange diffus d’envie et de peine retenue, Martial se sentit pour la première fois de sa vie réellement vaciller. Il venait de se réveiller six mois après s’être endormi, il s’éveillait avec du sang sur les mains dans un duché dont il ne savait rien et le coeur meurtri par une douleur dont il ne voulait pas connaître l’origine. Il s’éveillait à peine, et était comme à vif : lui qui savait cloisonner ses sentiments, ses pensées impies, qui savait éloigner et écarter tout ce qu’un duc ne devait pas ressentir, tout ce qu’un homme ne pouvait pas penser, lui qui depuis onze ans vivait selon un modèle qui l’avait façonné, tremblait dans ses fondations.
Tout ça à cause d’une foutue femme, qui était venue s’imposer à lui. A son esprit, à son côté. Et il aurait pu la haïr, il aurait pu la détester de vouloir prendre autant de place – sûr que c’était fait exprès – mais il n’y arrivait pas.
Pour la première fois depuis onze ans, Martial vacillait dans ses convictions.
Et bien entendu, ce fut à ce moment-là, alors qu’il était faible, alors qu’il se rendait compte dans une conscience diffuse des dommages qu’elle creusait en lui, qu’elle dut lui parler.
Ca ne fit rien pour l’aider, même s’il faudrait plus pour saper le travail destructeur d’une dizaine d’années.

Il n’en laissa rien paraître, le fier Belliférien. Il ne bougea pas, alors qu’elle semblait se pelotonner un peu plus contre lui, rechercher sa chaleur et son toucher. Il se contenta de la serrer un peu plus contre lui. Pouvait-elle entendre son coeur avoir des ratés, alors qu’il se demandait où il avait tout foutu en l’air ? Pouvait-elle sentir son souffle s’accélérer, alors qu’il ne savait pas quoi lui répondre, qu’il glissait dans l’inquiétude ? Pouvait-elle seulement deviner que son tutoiement, forme presqu’innocente, tentait de la hisser à une hauteur à laquelle elle n’avait aucune prétention ?
Martial n’avait jamais tutoyé dans sa vie que deux personnes. Ermengarde et Madeleine. Répondre à Séverine, même si elle ne le savait pas, c’était la laisser prendre une place dans sa famille. C’était reconnaître que l’ancienne Cielsombroise était, pour lui, aussi importante que sa grand-mère ou que sa cousine. C’était l’accepter comme femme et comme duchesse, comme épouse, comme amante, comme aimée, comme amie, comme égale.
Une part de lui l’aurait voulu.
Mais elle n’était pas suffisamment forte pour combattre la peur de salir les souvenirs de deux femmes idéalisées, mêlée à des années de l’enseignement toxique de Bellifère – même si celui-ci perdait de l’emprise sur lui.
Le blond ne répondit rien. Il n’y avait rien à répondre. Néanmoins, il sentit sur lui son regard, et baissa doucement la tête, l’écoutant. Verrait-elle le tumulte qu’elle avait provoqué, juste par sa présence, dans ses yeux dans les siens ?

Hésitant, sa main se glissa sur la joue de Séverine. Geste incongru. Geste nouveau. Doux, d’une douceur pleine de cette peur de ne pas faire ce qu’il fallait.
« On s’en sortira. » répéta-t-il, comme une affirmation, à mi-voix. Ses doigts caressèrent doucement la peau, dans un mouvement qui lui ressemblait si peu ! Et en même temps tellement.
« Ensemble. Je ne vous ai pas abandonnée, depuis cette nuit. J’ai été ravi avec vous ; avec vous j’ai chevauché dans la Chasse, j’ai poursuivi, j’ai tué. Nous en sommes sortis ensemble. » Son bras autour d’elle la rapprocha, de peur qu’elle ne disparaisse. Que la Chasse la reprenne, juste par l’évocation de leur nom. « Mais même avant cela… C’est avec vous que j’ai vécu mon court règne. Avec vous qu’il a commencé. »
Un temps. Un souffle. Un coeur battant. « C’est ensemble que nous nous en sortirons. »
Le vent ne semblait plus si glacial, autour d’eux. La peau de sa femme, sous ses doigts, était fraîche, mais tellement douce. La douleur dans sa poitrine était sourde, pour un temps. Mais comme pour Madeleine à la mort de son père, Martial se raccrochait désespérément à quelqu’un en qui son coeur avait confiance. Par peur de sombrer.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 1 Oct - 4:44

On s'en sortira.  Ces quelques mots avaient presque la sonorité d'une incantation magique qui leur permettrait de survivre à cet étrange destin.  Séverine se raccrochait à ces mots comme elle se raccrochait au corps de Martial qui lui semblait si fort et si protecteur.  Depuis quand voyait-elle son mari comme une figure sur laquelle elle pouvait se reposer et derrière laquelle elle pouvait chercher refuge contre les tempêtes et intempéries de la vie?  Elle n'y comprenait rien et préférait ne pas trop y penser, cette découverte était douloureuse et inquiétante.  Dans la situation où ils se trouvaient, nus comme un ver en plein milieu de ce qui semblait bien être Outrevent, elle n'avait pas le loisir de songer à ce qu'était en train de devenir sa situation conjugale.  Il fallait songer à la façon dont ils se tireraient de ce mauvais pas, à la façon dont il regagnerait Bellifère, ce qui ne serait pas une mince affaire compte tenu de la mince bordure de territoire séparant leur duché d'Outrevent, compte tenu de la sécurité certainement accrue en cet endroit avec la guerre, malgré la trêve, compte tenu qu'un usurpateur avait pris leur place sur le trône du palais ducal d'Hacheclair et que celui-ci ne les accueillerait certainement pas les bras grands ouverts en leur cédant sa place bien gentiment.  Non, Séverine avait déjà l'habitude qu'on lui vole ses titres et ses droits, cette fois n'était qu'une fois de plus, mais au moins, elle n'était pas seule.  Il y avait une paire de bras, prête à s'enrouler autour de son corps, prête à la protéger et à la soutenir.  Des bras dans lesquels elle pouvait reposer, être vulnérable en elle-même.  Elle ne montrerait rien à Martial de sa terreur, de ses inquiétudes.  Elle se le jurait, mais en son fort intérieur, elle remercierait les dieux de le lui avoir laissé.  Elle n'aurait jamais cru un jour prendre pour bénédiction son mariage et c'était désormais pourtant le cas.

Une brise caressa la lande dans laquelle ils se trouvaient et Séverine se pressa plus encore contre son époux, quêtant un peu de chaleur dans la proximité.  Sa tête se posa contre l'épaule du Belliférien, tandis que ses yeux se perdaient dans l'infinité du terrain vague, incapable de déterminer dans quelle direction ils devraient s'engager pour retrouver leurs terres.  Elle craignait de s'enfoncer plus avant dans le territoire Faë : elle ne croyait pas que la trêve suffise à les protéger de toutes représailles et finir ses jours en Outrevent n'était guère un portrait qui lui plaisait.  Elle n'avait encore rien accompli de ses rêves.

« Sommes-nous vraiment éveillés?  Ne rêvons-nous pas dans un cauchemar de plus? »

Elle se rappelait vaguement.  Elle était morte.  Dévorée par les chiens de la Chasse Sauvage qui avait réussi à les poursuivre jusque dans le monde des songes.  Quand il avait été temps de se sauver, on les avait laisser mourir.  Elle frissonna.  Du sang avait couler entre ses cuisses alors qu'elle vivait les douleurs de l'accouchement.  Elle avait appelé Martial au secours.  C'était la première fois, réalisait-elle, qu'elle avait admis avoir besoin de lui sans rien calculer des intérêts que lui obtiendrait cet aveu.  Elle rougit et tenta de chasser cette pensée.

« Ou peut-être… peut-être sommes-nous déjà morts? » les mots glissèrent avec faiblesse entre ses lèvres tandis qu'elle en goûtait leur plein sens remplis d'amertume.  Elle ne pouvait pas être morte.  Pas quand elle avait froid et pouvait ressentir la chaleur d'un autre corps.  Pas quand malgré tout elle se sentait brûler de l'intérieur.

Elle était vivante.  Tout son être voulait le lui prouver.

Et si jusqu'à présent, elle n'avait jamais éprouvé la moindre gêne à exprimer ses désirs ou à aller chercher satisfaction ailleurs, Séverine n'arrivait pas à trouver la formulation exacte pour adresser cet étrange besoin à Martial.  Peut-être parce qu'elle avait honte d'avoir de telles pensées quand ils étaient perdus au milieu de nulle part, dépourvu de vêtements, d'abri et de nourriture.  Peut-être parce que pour une fois, ce besoin était plus sentimental que physique et jamais elle n'avait ressenti pareille sensation.  Honorer la déesse n'avait jamais été pour elle qu'un acte physique qui n'engageait nullement ses émotions.

Elle déglutit péniblement.  « Que devons-nous faire? »  Sa voix était toujours faible.  Elle se sentit tout à coup fatiguée.  Fatiguée d'avoir chevaucher aussi longtemps, fatiguée de devoir réfléchir quand elle n'y arrivait plus.  Fatiguée de devoir chercher des raisons à des sentiments qu'elle ne s'expliquait pas et qu'elle aurait préféré effacer complètement, nier l'existence même embryonnaire.  Pourquoi avait-elle tant besoin de son corps pour se sentir rassurée?

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Mer 3 Oct - 19:31

Il ne la laisserait pas disparaître, il ne la laisserait pas partir. Il y avait dans les gestes qu’il avait pour elle, dans la manière dont ses bras étaient refermés autour d’elle, dans l’impression d’être pour elle sur cette lande qui ressemblait à des limbes plus qu’à une véritable terre, il y avait une forme de tendresse qu’il n’expliquait pas et nierait si jamais il y était confronté. Il se plaçait en support, pour elle, instinctivement, et rien que cette position lui donnait la force de se retenir et de continuer. Il n’était pas seul. Il avait quelqu’un à protéger, quelqu’un de plus important que lui. Il avait une raison de rester debout, de ne pas s’appesantir sur son sort, une raison pour lui encore d’avancer, de tenir encore ; aurait-il eu Bellifère, ç’aurait été différent. Aurait-il eu Madeleine, là encore, la question ne se serait pas posé.
Mais il n’avait plus ni sa terre tant aimée, ni sa cousine tant chérie. Il n’avait plus que sa femme, un coeur qui battait sourdement pour pallier à un rythme lointain qui s’était arrêté – sans qu’il ne sache de qui il s’agissait.

Martial n’avait plus qu’elle, et il la garderait à lui et en vie. Ce fut naturellement qu’il resserra son emprise sur elle alors que le vent glissait sur eux, lui offrant le peu de chaleur et de protection qu’il pouvait. Le regard tourné vers elle, bien qu’elle ne semble pas le voir, il écoutait, et refusait.
« Nous sommes réveillés. » rassura-t-il. Peut-être n’était-ce pas vrai. Peut-être mentait-il. Mais elle avait besoin de ça, et lui-même ne voulait pas que des cauchemars reviennent les tourmenter. Un griffon, des nuages. Le vide, tourbillonnant autour. Les chiens au milieu des nuées, leurs gueules vont se refermer sur lui.
Une lumière. Une énergie.
Les crocs ne sont rien comparés à un éclair.

« Ayez foi. » murmura-t-il, presque calme.

"Peut-être sommes-nous déjà morts."
Les mots étaient violents et résonnèrent étrangement en lui. Et si la blessure, la douleur de son coeur n’était pas pour Madeleine ? Si elle n’était pas pour un de ses amis chers ? Si elle était pour lui ?
Si elle était pour Séverine ?

Elle revint tambouriner contre lui, creuser son être, nouer sa gorge, créer la panique et l’angoisse. Violente, aussi violente que quand on l’avait fait sortir de la chambre où son grand-père avait perdu connaissance. Aussi violente qu’une porte que l’on verrouille dans la nuit,  dont le son se répercute sur des murs de pierre millénaire. Aussi violente que la rage et la peine mêlés qu’on retient, quand on est face à ceux qui ne comprennent pas. Elle revint creuser en lui, le miner comme si elle n’était jamais partie. Il n’y avait personne pour l’en empêcher, maintenant.
Ses mains tremblantes à peine remontèrent pour trouver le visage de l’ancienne duchesse, la forçant à le regarder. Elles en caressèrent les courbes avant de l’enserrer délicatement, et l’iris bleuté croisa le regard sombre sans l’affronter. « Non. Non, non, non. » répéta Martial, à mi-voix, rapidement. « Nous sommes ici, vous êtes en vie, vous resterez en vie. Vous ne pouvez pas mourir. Pas vous. »

Sa voix tremblait.
Sa voix tremblait, bien qu’il tentât de la contenir. Elle tremblait, et il finit par relâcher son regard, par se rendre compte du ridicule de la situation pour un Belliférien.
Il laissa passer un silence, ses mains redescendant doucement pour se poser sur ses hanches. Se nouer dans son dos. La garder proche. S’assurer qu’elle était là, et éviter son regard où elle avait sans doute pu lire ce qu’il s’évertuait à cacher de la violence des peurs qui agitaient son esprit à son propos.
« Je sais ce qui m’a sorti de la Chasse. Je connais cette sensation, ce sentiment. C’est... » Il déglutit un peu. « Quelqu’un s’en est allé. Je ne sais pas comment je le sais. Je ne sais pas qui. »
Ne me dites pas que c’est un fantôme que je tiens dans mes bras, un cadavre de plus à ajouter à la pile de ceux qui ont compté dans ma vie.

Il la serra un peu plus contre lui, si c’était possible. Elle ne devait pas mourir. Elle semblait tellement vivante. Il avait besoin d’elle, besoin de s’assurer qu’elle était là. Besoin de la savoir en sécurité. Besoin d’elle, d’un millier de façons, dont certaines n’avaient rien à faire là mais qu’il réclamait tout de même, dans la manière possessive et innocente dont ses mains se joignaient dans le bas de son dos.
Reprenant un peu de contenance, la panique encore dans son regard, il secoua la tête. « Il faudrait… nous abriter. Bouger...»
Il n’en ferait rien si elle ne voulait rien. Les mots semblèrent mourir sur ses lèvres.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Sam 6 Oct - 22:41

Un long frisson parcourut Séverine lorsque ses prunelles se plongèrent dans l'eau pure de celles de Martial.  Avait-il toujours eu de pareils yeux?  Peut-être avaient-ils changé, peut-être était-ce la Chasse Sauvage qui leur avait donné cette clarté.  Ou peut-être étaient-ils comme ça depuis de toujours, seulement elle ne les avait jamais réellement regardé.  Ou même était-ce un mélange de ces deux réponses.  Elle n'aurait su dire.  Tout ce qui était désormais certain, c'était qu'il y avait quelque chose dans ce regard, quelque chose à quoi se raccrocher, tout aussi surprenant fut-il qu'elle ait jamais envie de trouver en Martial un point d'ancrage, un repère, un pilier solide de son existence.  Quand le changement s'était-il produit?  Lorsqu'il lui avait promis un observatoire et qu'ils s'étaient unis dans cette pièce qui un jour serait la sienne ou peut-être était-ce quand elle avait appelé son nom, alors qu'elle croyait mourir dans cet étrange rêve, cette fois où elle sentait les douleurs de l'enfantement ou encore l'autre quand les chiens l'avaient dévorée.  Chaque fois, elle avait ouvert les lèvres et celui qu'elle avait appelé à l'aide, c'était lui.  Pourquoi les choses avaient-elles changé?  Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement le détester comme avant?  Elle regrettait cette époque où tout était si simple, où ses sentiments étaient aussi clairs que de l'eau de roche alors que là, plus rien ne l'était plus.  Elle se demandait quelle avenir serait désormais le sien et dans quelle mesure elle voulait que cet avenir soit assuré par son époux.  Avait-elle même encore le choix de le décider ou non, alors qu'elle se noyait dans son regard sans pouvoir s'éloigner, alors que seuls ses mots savaient l'apaiser dans ses craintes nouvelles et dans l'incertitude dans laquelle ils étaient plongés.  Ensemble.  Oui, ils vivraient ensemble, elle en était convaincue, elle n'avait pas le choix d'y croire.

Mais qui alors?  Qui des leurs pouvaient donc leur avait été ravi?  À elle et lui, ou tout simplement à lui.  L'idée que la mort ne les guette ne pouvait s'effacer complètement de l'esprit de Séverine.  Elle avait perdu ses parents.  Elle n'avait plus que Martial désormais, uniquement lui pour faire partie de sa vie et elle ne savait plus comme être indépendante de lui tout en refusant de l'admettre.  Il fallait qu'elle remédie à cette situation, qu'elle arrête d'y penser.  Il fallait qu'elle redevienne elle-même.  Il fallait qu'elle s'arrache à ces yeux clairs qui la regardaient avec une émotion qu'elle ne pouvait ni identifier, ni comprendre.

« Je ne peux pas avancer, » souffla-t-elle finalement.

Elle ne mentait pas, elle se sentait incapable de lever le pied et de faire un pas vers l'avant.  Quelque chose l'empêchait d'avancer, de faire ce qu'il fallait.  Elle chercha à s'écarter, à ne pas faire partie de son tout, de retrouver sa liberté perdue.  Elle n'y arriva pas, elle avait besoin de lui pour se tenir debout.

Puis une pensée s'insinua en elle.  Le meilleur moyen de se prouver… C'était bien celui-là.  Elle se hissa sur la pointe des pieds, prenant appui sur les épaules de Martial du mieux qu'elle le pouvait pour se surélever suffisamment.  « J'ai besoin d'un peu de… de votre force. »  Sans lui laisser le temps de réagir, elle termina de s'étirer pour poser ses lèvres sur celles de son époux.  Répondrait-il à ce baiser?  Ses bras l'enlaceraient-elle de leur puissante force, comme un étau protecteur?  Elle connaissait bien son époux, il n'avait pas cet abandon qu'avaient les Cielsombrois face au désir.  Pourtant, elle savait le sien réveillé, elle savait qu'une fois celui-ci assouvi, elle se sentirait de nouveau vivante.

Avant de tenter de prolonger le baiser, geste si peu naturel entre eux, surprise même de trouver de douces lèvres sous cette barbe qui n'avait pas été rasée depuis janvier déjà, elle s'écarta.  Elle craignait sa réaction.  Ses talons se rapprochèrent légèrement du sol tandis qu'elle se plaquait contre lui malgré tout.  Peut-être qu'il sentirait son attente, peut-être qu'il comprendrait.  « Je vous prie… » Les mots glissèrent presque silencieusement entre ses lèvres.  Il n'y avait qu'eux dans la lande Outreventoise.  Ils étaient dans leur tenue de naissance à tous les deux.  Y avait-il vraiment pire comme situation?  Un lit aurait été une bonne chose, mais il faudrait s'en passer.  Ce n'était pas qu'un caprice, ce n'était pas qu'un moyen de le provoquer.  C'était tout et rien à la fois.  Et le pire dans tout ça, c'est qu'elle savait aussi que c'était une envie condamnable alors qu'il lui avouait savoir que quelqu'un venait de partir pour le royaume de Sithis.  Puisse Mirta veiller sur eux...

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Ven 12 Oct - 21:48

C’était de la panique, qui l’avait emporté, presque. Une panique sourde, enfantine, remontée à la surface par son long voyage dans la nuit où ils avaient vécu pendant cinq mois. Famine avait sur lui eu une emprise forte, avait du lui laisser une marque, quelque chose ! Plus tard… Plus tard, il le saurait. Plus tard, quand il retrouverait la civilisation et la société, peut-être aurait-il le loisir de se pencher sur ce qui avait changé en lui profondément. Pour l’heure, tout bouillonnait, tout explosait et mourait en lui trop rapidement pour qu’il sache. Pour l’heure, pour l’instant, tout ce qui comptait était de réussir à avancer, à retrouver un semblant de calme, un semblant de vie.
Plus tard, il s’interrogerait sur la violence de ces sentiments à l’égard de sa femme.

Son regard, qui l’avait quittée, se perdit sur elle à nouveau : il étudia la forme de son visage, la manière dont elle se tenait contre lui, là où sa peau blanche disparaissait sous la sienne à peine plus hâlée, l’impression diffuse qu’elle se retenait à lui. Juste ça réussit à lui faire reprendre pied. Elle avait besoin de lui, besoin de son soutien, sinon en la connaissant elle serait depuis bien longtemps éloignée de lui. Elle laissa la réponse échapper à ses lèvres, et un léger pli se creusa sur le front de son époux. Il pouvait la porter, ce n’était pas un souci. En cas d’attaque, cependant, et il y aurait des gestes hostiles à leur égard, il ne voulait pas qu’elle soit touchée.
Et si elle était dans ses bras, incapable de bouger ou de tenir debout, il ne pouvait pas la tenir et la protéger. Il faudrait trouver une autre solution. Et il la trouverait.

Il en était là dans ses réflexions, sans jamais la lâcher entièrement, quand il l’entendit à nouveau. L’ancien duc n’eut pas le temps de formuler ses pensées qu’il la sentit… Qu’il sentit quelque chose. Qu’il sentit ses lèvres sur les siennes, pression éphémère, dangereuse, inconnue, magnifique, tentatrice, brûlante, c’était trop, pas assez.
Encore une fois, son pauvre coeur déjà malmené par l’incertitude et par les récents évènements commença à rater quelques battements. Il ne savait pas quoi faire.
Il resta là, figé, le regard plein d’une forme d’inquiétude et d’incertitude. Ses mains sur elle glissèrent, alors qu’elle se serrait à nouveau contre lui. Plus tard, il s’en souviendrait, et il verrait que depuis ce moment, il était foutu.

Trop court. Trop long. Un baiser qui venait de réduire Martial presque à néant. C’était son premier, elle ne le savait pas. Il aurait pensé passer toute sa vie, sans doute, sans en partager un avec elle. Embrasser sa femme sur les lèvres relevait d’un niveau d’intimité qu’il n’avait jamais été sûr de partager avec Séverine – la tentatrice, la Cielsombroise, la dépravée. Ca relevait également de la confiance mutuelle, du respect, de l’attirance. Et il n’avait rien de tout ça, le blond. Pas pour elle.
Il avait déjà embrassé sa peau, ailleurs, en de rares occasions où il l’avait laissée le guider dans des territoires qu’il n’avait que peu d’attrait à explorer – foutue fierté, foutu but à atteindre en dénigrant l’essence même de l’acte.
De rares baisers, dans la ferveur de l’action, toujours loin de ses lèvres. Jamais autrement. Jamais comme ça.

Ils n’avaient plus rien à perdre, maintenant. Le jour, derrière les lourds nuages, ne semblait pas se lever. Le temps était figé, gris, dans la bruine et le brouillard. Le couple ducal se relevait à peine d’un long voyage dont ils ne connaissaient pas les conséquences, la mort dans un coin de leur esprit. Il leur faudrait tout reprendre.
A commencer par eux-même. Réapprendre à être, à se connaître.

Plus tard, les questions. Plus tard, les doutes, l’angoisse dans la poitrine. Plus tard, la mort, certaine, d’une personne. Ca pouvait bien attendre encore. Martial attira Séverine à lui, seule personne tangible de son univers en cet instant précis. « Je suis là. »
Et avec juste une phrase, il prouvait que déjà tout avait changé, plus profondément qu’on ne saurait l’avouer. Plus tard, pour ça. Pour l’heure, il la suivait, il s’accordait à elle pour la réconforter, pour calmer ce besoin de vie qui hurlait entre eux – en lui. Il plongea doucement sur ses lèvres, l’attirant dans un baiser à lui. Il y avait de la passion, du désir, ce qu’ils ne s’avoueraient pas vraiment ; il y avait aussi cette impression d’être seuls au monde. Les seuls encore en vie. Tellement en vie.
Plus tard, les explications. Pour l’heure, seules les actions, les mains qui soutiennent, les mots murmurés dans des souffles ravalés, juste eux.
Plus tard, les incertitudes, les peurs, le monde réel. Plus tard.
Ils finiraient à terre, entremêlés, sans se soucier encore de qui pourraient les voir. Plus tard.  
Pour l’heure, laissons-les s’aimer. Aussi longtemps qu’il le faudra, aussi longtemps qu’ils le voudront, que les brumes se dissipent, que le soleil triomphe. Laissons-les s’aimer.


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