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 Les aubes sont mortes

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La Noblesse
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Message Sujet: Les aubes sont mortes   Jeu 7 Juin 2018 - 21:48


Livre III, Chapitre 4 • La Légion des Oubliés
Séverine de Bellifère & Martial de Bellifère

Les aubes sont mortes

Où l'ex couple ducal se retrouve expulsé de la Chasse, et où Martial ne vit pas bien du tout les récents évènements



• Date : 20 juin 1003, juste à l'aube
• Météo (optionnel) : // Je sais pas, on vient de sortir
• Statut du RP : privé
• Résumé : La mort d'Ermengarde tire hors de la Chasse son petit-fils, et sa belle-fille suit. Ils se retrouvent donc catapultés en Outrevent sans le moindre vêtement, après des mois passés à la suite de l'Innocent. Dur, très dur retour à la réalité alors que le jour est sur le point de se lever.
• Recensement :
Code:
• [b]20 juin 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3790-les-aubes-sont-mortes]Les aubes sont mortes[/url] - [i]Séverine de Bellifère & Martial de Bellifère[/i]LLa mort d'Ermengarde tire hors de la Chasse son petit-fils, et sa belle-fille suit. Ils se retrouvent donc catapultés en Outrevent sans le moindre vêtement, après des mois passés à la suite de l'Innocent. Dur, très dur retour à la réalité alors que le jour est sur le point de se lever.


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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Jeu 7 Juin 2018 - 21:51

La première chose qu’il sentit, ce fut ce vide dans sa poitrine. Comme si un poids qui l’empêchait de respirer pleinement en avait été arraché, mais qu’il lui manquait cruellement. La sensation était familière, sans qu’il ne sache vraiment trop pourquoi. Une sensation incongrue, douloureuse, vivifiante pourtant, après des mois à n’être qu’un pantin sans volonté. Une plaie à vif, hurlante de réalité, de soleil, d’être de chair et de sang, de vie. Une plaie qui ne tolérait pas de rester ignorée, tant la brûlure en était présente.

Il n’en avait pas encore conscience. Il ne savait pas, pas encore. A la suite de la Chasse, perdu en Outrevent, soudain son être s’était rappelé à lui. Ce qu’il avait été, qui il avait été, le poids des années qui s’était soulevé sans un souci ou un regret quand il avait été ravi ; la couronne qu’il avait perdue n’avait pas su le tirer de sa léthargie. Non, bien que celui qui avait été duc aurait pu ressentir cette perte comme un deuil, ce n’était pas le coup d’état de Brumecor qui avait brisé le lourd brouillard qui empoisonnait ses pensées. C’était cette douleur, et la sensation que quelqu’un venait de lui être ravi.
Il devait la calmer. Il devait faire quelque chose. Alors que l’aube n’était pas encore là mais n’aurait su tarder, l’un des Chasseurs s’était détaché du groupe. Il ne viendrait pas. Les conditions étaient claires : si la cible était atteinte, alors, juste avant l’aurore, ils étaient libres de choisir de mettre un terme à leur chevauchée chaotique nocturne. Personne ne le voulait. Personne ne le souhaitait, car personne n’était quelqu’un au sein de la Chasse. Leurs identités n’étaient plus. Ce n’était que lorsqu’elles se rappelaient à eux qu’ils pouvaient la quitter.

La Chasse disparut, s’assoupissant à nouveau, laissant derrière elle Martial.
La douleur ne disparut pas, mais d’autres sensations revenaient, petit à petit. Respirer faisait mal, l’air était vif ; sous ses doigts, la terre était recouverte d’herbe. Le jour n’était pas encore là, mais les lunes ne l’étaient plus tout à fait. Il avait un corps, une existence, un passé et un présent. Il n’était plus un être parmi tant d’autres, indéfini.

Il était Martial de Bellifère, et sans comprendre pourquoi, la douleur en lui était restée. Il savait ce que ça signifiait sans pour autant comprendre totalement : quelque chose lui avait été pris. Quelqu’un, pardon, lui avait été ravi.

Etalé plus qu’allongé sur le sol, le visage tourné vers le ciel, sa poitrine se soulevant de manière désordonnée, sa première pensée cohérente fut pour Madeleine. C’était forcément ça. Qu’avait-elle vécu, qu’avait-elle fait ? Son esprit encore embrumé ne fonctionnait que par sursauts de lucidité. Il devait réapprendre à penser, tout était encore confus. Et si ce n’était pas Madeleine, ça ne pouvait être que…
Il voulait savoir, mais il se refusait d’y penser. La douleur était là : violente réminiscence de son enfance, il la connaissait. Son corps et son cœur s’étaient mis d’accord sur ce que son esprit feignait d’ignorer, enfoncé dans un déni bien trop profond. Plus tard viendrait la rage et le véritable deuil, quand il aurait une confirmation. Plus tard.

Pour l’heure, il tentait de calmer son souffle et son être affolé, en proie à une anxiété à la limite de la véritable panique. C’était trop. D’un coup, c’était trop. Le corps, la vie, l’existence, après des mois de privation, c’était trop. Ce qu’il niait mais que son instinct sentait, c’était trop. Ce qu’il avait vu, enchaîné à la Chasse, Bellifère ravi par son général, c’était trop. C’était trop pour lui, d’un coup.
Il se redressa en position assise, ses poings serrés pour les empêcher de trembler dans la nuit qui allait bientôt décliner. Et ce fut à ce moment-là, uniquement, qu’il remarqua qu’il était dans l’état dans lequel il avait quitté son palais. Entièrement nu.
Evidemment.
Et la douleur toujours tambourinait en lui. Il jeta un regard alentour, tentant de repérer une forme, une personne, quelque chose. Il n’avait pas la force de parler encore, ou de se redresser totalement. Et il fut presque soulagé de reconnaître un autre être. Presque.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Dim 17 Juin 2018 - 2:19

Les étoiles brillaient, la nuit était belle, parfaite pour une observation du ciel, mais Séverine ne s'en rendait pas compte.  Dans son esprit, il n'y avait rien, rien d'autre qu'une sensation froide et complaisante.  Ça et le visage d'une personne.  Elle ne savait point qui était-ce et cela n'avait que très peu d'importance.  Ce qui comptait, c'était qu'elle le mettrait en chair à pâté et rapidement.  Elle imaginait déjà la lame s'enfoncer dans les peaux, entre les os et les muscles.  La mission était là et elle suivait Guerre avec une dévotion sans faille.  Du moins, c'est ce qu'elle croyait.  Un peu avant l'aube, un cavalier s'écarta, un cavalier dévia de sa route.  Autrefois, c'était son mari.  Elle ne se souvenait plus si elle l'avait aimé ou détesté.  Tout sentiment à son égard s'était évanoui depuis longtemps.  Tout du moins, son esprit ne s'en souvenait plus.  Elle savait seulement qu'à ses côtés elle avait été duchesse.  Mais rien de plus, toutes les disputes, tous les moments un peu meilleurs peut-être, s'étaient évanouis dans le néant.  Pourtant, tandis qu'il s'éloignait, elle sentit une pulsation au niveau de sa poitrine.  Quelque chose d'un peu désagréable, quelque chose qu'elle aurait voulu oublier.  L'emprise de Guerre sur son cœur et ses pensées se raffermit et la faiblesse disparut.  Il n'y avait que la cible dans son esprit.  Mais rapidement, ce chasseur dissident revint à elle.  Plus il s'éloignait, plus elle ressentait un étrange tiraillement qu'elle ne pouvait faire taire.  Des vagues d'émotions désagréables la submergèrent.  Colère.  Haine.  Désir de vengeance.  Humiliation.  Tout lui revenaient en mémoire et avec force.  Elle n'avait pas oublié, non, mais tout avait été enfoui là où ça ne faisait plus mal.  Elle tenta de lutter, de retourner dans ce confort où toute la violence de ses émotions ne pouvaient pas lui porter atteinte, mais le mal était fait.  Le lien qui l'unissait au cavalier de la Chasse Sauvage faiblissait.

Et elle céda.  Elle s'abandonna à ces émotions sauvages qui la submergeaient.  Elle délaissa la tranquillité d'esprit qui l'avait séduite et gardée prisonnière.  Elle vivait de nouveau, elle se souvenait pourquoi elle avait été si longtemps en quête de vengeance.  Sa haine pour Castiel, lui qui l'avait vendue à Bellifère pour ses traités, lui qui l'avait traitée de façon odieuse alors qu'elle commençait seulement à oublier les torts qu'il lui avait causé.  Le pouvoir de la couronne de Martial.  Elle devait s'y raccrocher comme elle se raccrocherait à une bouée en pleine mer houleuse, car c'était elle qui lui permettrait de se venger et d'un jour devenir ce qu'elle souhaitait être.  Elle avait suivi Martial, la colère bouillonnant dans ses veines.  La douce torpeur qui l'avait bercée depuis janvier s'était évanouie.  Il ne comptait plus que la rage et son désir d'être vengée, plus violent encore qu'il ne l'avait jamais été.  Elle avait une vague conscience qu'elle et son mari avait perdu Bellifère, mais qu'à cela ne tienne.  Elle reprendrait la couronne de ses propres mains si Martial en était incapable et siégerait sur le trône qui lui permettrait d'acheter un jour sa liberté.  Quitte à devoir épouser le Brumecor qui leur avait volé leur place.  Une drôle de sensation lui pinça le cœur quand elle y songea, un sentiment de trahir une confiance gagnée et une boule se forma au creux de son estomac en songeant qu'elle devrait quitter Martial.  Elle se convainquit sans trop de peine que c'était parce qu'il lui faudrait recommencer son jeu de séduction à zéro et que les Bellifériens sont fichtrement difficile à contenter.

La première chose qu'elle rélisa lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux sur le monde, c'est qu'elle avait froid.  Couchée dans l'herbe encore baignée de rosée, le vent qui soufflait la frigorifiait.  Elle se releva lentement, sans prendre la peine de chercher ses vêtements : visiblement ils n'étaient pas revenus au palais ducal de Bellifère et elle ne reconnaissait pas du tout l'endroit où elle était assise.  L'herbe la piquait désagréablement et elle songea une fois de plus que tous les auteurs de livres érotiques dont une scène dédiée au culte de Mirta se déroulait dans un champ parmi les herbes folles était de gros imbéciles qui ne savaient pas de quoi ils parlaient.  Probablement aussi qu'ils n'avaient jamais connu de vraie relation avec quelqu'un qui savait ce qu'il faisait.  Elle songea d'ailleurs avec perplexité qu'il y avait fort longtemps qu'elle n'avait pas partagé les plaisirs de la chair avec qui que ce soit et qu'elle pourrait éventuellement se flétrir si elle ne remédiait pas à la situation.

Ses yeux se portèrent sur l'horizon et elle avisa la tête blonde de son mari.  Ce n'était pas lui qui la satisferait, en tout cas, pas tout de suite.  Elle poussa un long soupir.  Au moins, elle avait l'avantage de quitter la Chasse Sauvage et de pouvoir poser son regard sur un homme nu.  Même si c'était son belliférien d'époux, c'était déjà d'une auspice réjouissante.

« Où sommes-nous, » demanda-t-elle voyant qu'il ne semblait pas vraiment vouloir briser le silence de lui.  Séverine avait aveuglément suivi la Chasse Sauvage sans chercher à savoir où on l'emmenait.  Elle se doutait être en Faërie et non pas en Ibélène, elle avait eu la vague impression de traverser les frontières, mais pour autant qu'elle en savait, elle était peut-être même sur l'Archipel parmi les sauvages.  Elle était astronome et cartographiait le ciel, pas les terres du continent!

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 18 Juin 2018 - 15:14

Tout ne pourrait être qu’un mauvais rêve. Un autre rêve, encore. Peut-être n’a-t-il pas quitté la Chasse, peut-être n’existe-t-il pas encore en tant que personne, qu’il s’imagine seulement ? Son esprit refuse et réfute la douleur en lui. Un rêve qui se brise. Il ne peut pas être là, Martial. Il va se réveiller dans son lit, dans son château, derrière les murs de pierre sécuritaires. Il va se réveiller, et rien ne sera arrivé, ce sera février 1003 à nouveau, la vie reprendra son cours et il n’entendra jamais parler d’un obscur coup d’état ou de ce qui l’a tiré hors de la Chasse, cette douleur qui lui vrille la poitrine et qui ferait presque couler ses larmes. Mais ça fait bien dix-huit ans qu’il n’a pas pleurer, et, certainement, il ne commencera pas maintenant. Il va se réveiller à Hacheclair, avec ou sans sa femme, il va se réveiller et il n’y aura plus de panique, plus d’herbe trempée sous lui, plus cette impression d’avoir été balancé loin de ceux qui l’avaient capturés, plus de vide, plus de vie arrachée pendant presque six mois ! Il n’y aura plus, tout ça.

Sauf que c’était la réalité. Il était de retour. Il avait encore un peu de mal à s’y faire. Il était libre, Famine n’avait plus sur lui aucune emprise – vraiment ? Cela restait à déterminer. Il était libre, mais à quel prix ? Pourrait-il l’ignorer encore longtemps ? Ce n’était pas la perte de son duché qui l’avait tiré hors de sa condition de chasseur, ça, il l’avait bien compris. Mais quoi, alors ? Les Cavaliers, toute la Chasse même, ne pouvaient savoir instantanément tout chamboulement sur le continent, et le lien s’était sans doute brisé avant qu’il ne puisse comprendre entièrement pourquoi.
Pourquoi il ne pouvait pas bouger, pas encore. Pourquoi ce besoin de pleurer. Pourquoi il ne réagissait même pas, alors qu’il reconnaissait sa femme en la personne à ses côtés. Sous le vernis presqu’impénétrable de qui il était, de qui il avait été, il se morcelait un peu plus.

La question eut le mérite, au moins, de l’amener à fournir un semblant de réflexion. De le distraire de ses pensées sans queue ni tête, parce qu’il était dur de se remettre à réfléchir après ce temps à suivre aveuglément ! Il sollicita ses connaissances, ses souvenirs brumeux. L’endroit ne lui disait rien, bien sûr que non. Mais le climat, l’horizon, les formes que le monde prenait autour, eux, l’amenaient à la même conclusion. Un endroit inconnu pour un type de terrain longuement décrit, étudié pour mieux attaquer – si seulement on lui avait laissé la chance d’y faire ses preuves. Un voisin acariâtre, bien plus proche d’eux qu’ils n’auraient voulu le croire. « Outrevent. Il me semble. »
Il aurait pu se tromper, mais de vagues réminiscences de la Chasse lui confirmaient qu’ils étaient en Faërie depuis au moins deux jours.

Martial finit par trouver la volonté et la force de se tourner complètement vers elle. Avait-elle changé ? Un éclair de curiosité passa dans son regard alors qu’il l’observait. Une curiosité innocente presque, teintée d’une jalousie secrète et d’un respect qui l’était encore plus. Là où lui-même avait été aux côtés de Famine, privant les hommes, elle avait chevauché aux côtés de Guerre. Et il serait fou, tellement fou, de penser qu’elle n’en a pas été marquée comme lui. Différemment. Serait-elle, un jour, plus à même de comprendre la fureur martiale qui l’avait habité, bien avant ? Il ne savait pas encore, tout comme il n’était pas sûr de ce vide, dans sa poitrine. A ignorer.
« Comment vous sentez-vous ? » La question était presque naturelle, à moitié concerné qu’il était. Il tenta de se mettre debout, maladroitement, ses gestes incertains.


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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Ven 29 Juin 2018 - 2:59

Le verdict tomba sur Séverine comme une douche.  Évidemment, pour son retour glorieux elle se retrouvait toute nue en Outrevent, un autre duché où son expression de ce que doit être la femme n'a nul cours.  Elle poussa un long soupir découragé.  Naturellement, attendre d'être arrivé en Cibella pour sortir de la Chasse Sauvage n'aurait jamais traversé l'esprit de son époux.  Il était beaucoup trop misogyne, beaucoup trop déterminé à contrecarrer tous ses plans pour se montrer un tant soit peu accommodant.  C'était un fait auquel la duchesse de Bellifère s'habituait sans avoir son mot à dire.  Comme elle regrettait la liberté dont elle jouissait lorsqu'elle était à Lorgol.  Sa haine pour Castiel revint comme forte vague l'habiter.  Il lui paierait.  Si elle se retrouvait désormais perdue dans les landes outreventoises, c'était nécessairement sa faute et à lui seul.  Jamais la Chasse Sauvage ne l'aurait réclamée s'il ne l'avait pas mariée comme on vend un morceau de viande à Martial de Bellifère.  Elle récupérerait sa couronne.  Cette couronne dont elle n'avait pas jamais voulu jusqu'à ce qu'on ne la lui force dans les mains.  Elle saurait l'utiliser à bon escient.  C'était le point de levier de sa vengeance et si elle devait se débarrasser de Martial pour y arriver, elle le ferait.  Du moins, elle se persuadait qu'elle n'avait pas besoin de lui et qu'elle se déferait sans mal de sa présence à ses côtés le moment venu.  Elle n'envisageait pas passer sa vie aux côtés de lui, pas si elle pouvait s'en sortir, si elle avait une option de sortie.  Mais avait-elle vraiment une porte de secours?  Un drôle de lien l'attachait à Martial, plus solide qu'elle ne le croyait.

C'est sa voix qui la  tira de ses réflexions.  Elle n'avait pas encore l'esprit tout à fait éveillé, elle se réhabituait à être elle-même et non plus un simple morceau de la Chasse Sauvage, la part d'un esprit commun à un seul objectif : tuer la cible désignée par l'Innocent.  Elle mit un moment à retrouver sa superbe habituelle, craignant en parlant trop vite de se montrer faible devant lui.  Pourtant, la pensée de s'effondrer un instant effleura son esprit.  De s'appuyer contre ce torse fort, puissant et se laisser aller.  Mais elle ne pouvait s'abandonner.  C'était son mari.  Un Belliférien.

« Cela irait mieux si nous n'étions pas perdus au beau milieu de la lande outreventoise.  Nus.  Il fait froid, » fit-elle sur un ton rempli d'ironie.  Ils venaient de passer des mois à la suite des cavaliers, elle s'était tenue dans l'ombre de Guerre, elle qui voulait tant briller et elle se sentait soudainement légèrement nauséeuse.  Sûrement le froid et de la fatigue.  Elle poussa un long soupir.  « Au moins, la vue n'est pas exactement ce que j'appellerais désagréable. »

Elle n'avait pas pu s'en empêcher.  Il y avait belle lurette qu'elle n'avait pas pu admirer un corps d'homme séduisant, longtemps qu'elle n'avait pas pu honorer Mirta comme il se devait.  Elle ne comptait pas tenter de batifoler en plein milieu de nulle part, elle n'en avait même pas envie, mais il fallait qu'elle y fasse allusion.  C'était son unique moyen de détendre l'atmosphère.

« Et vous?  Qu'est-ce qui vous a fait sortir?  Ce n'est pas moi, je vous ai simplement suivi, fit-elle avant d'ajouter avec précipitation, parce que vous êtes duc et que grâce à vous, un jour je me vengerai de Castiel de Sombreflamme. »

L'avait-elle réellement suivi pour accomplir sa vengeance?  Oui, il ne pouvait y avoir d'autre explication pour justifier son geste.  Être l'un des chasseurs lui permettait d'espérer avoir l'espoir un jour de tuer Castiel par hasard, même si elle n'y pensait plus.  Peut-être qu'une fois sa mission accompli, elle serait sortie, pour reprendre une vie normale.  Peut-être avoir la chance d'aimer un jour…  S'il était possible à son cœur d'aimer.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 2 Juil 2018 - 8:35

Que c’était étrange, après des mois à ne plus ressentir, d’enfin se poser et d’exister ! Etrange et effrayant. S’il n’y prenait pas garde, l’homme déchu de son titre bientôt serait plus occupé à s’émerveiller intérieurement sur combien être pieds nus dans un champ était agréable, ou combien la sensation de respirer pleinement par soi-même était libératrice. Un enfant, né à nouveau, en somme. Plus il y pensait, plus il observait les alentours, et plus le terrain lui semblait familier : il n’était pas familier comme quelque chose à laquelle on revenait parce qu’on y avait vécue, non. Il était familier pour les heures d’études, de récits, de cartes. Familier pour avoir rêvé y mener ses troupes, prouver sa valeur en les écrasant – lui qui voulait vivre les armes à la main s’était retrouvé curieusement renfermé à cause d’une femme réticente à enfanter. Lui qui voulait rendre sa lignée fière l’avait anéantie – il repoussa la pensée. Ce n’était pas le moment. Il devenait très bon à ce jeu-là, Martial. Confronter les problèmes plus tard.
Très très bon. Il remit donc à plus tard l’idée qu’il était le premier de toute la lignée de Bellifère à avoir lamentablement échoué. Il y repenserait quand il serait aux portes de Sithis, incapable de se défendre et de se battre. Perdu à jamais.

Ses bras croisés, il la regarda, en essayant de ne pas soupirer. Elle n’avait pas changé. Mais bon, il fallait dire que lui non plus. Ou, tout du moins, refusait-il de l’admettre. « Nous sommes ressortis dans l’état dans lequel nous sommes rentrés. Donc… La nuit de mon anniversaire. » Ses yeux glissèrent sur les alentours, évitant de trop la regarder, non plus. Il ne faudrait pas qu’elle pensât que la dernière nuit dont il se souvenait – somme toute agréable, il y avait presque du plaisir dans la soirée qu’ils avaient passés avant d’être happés par le sommeil produit par une potion – avait provoqué chez lui quelque chose ! Voyons. Et puis même. Ce n’était ni le lieu ni le moment.
Et il espérait sincèrement qu’elle ne parlait que de la beauté du duché. L’ex duc se racla la gorge. « Oui, bon… » C’était pas si beau que ça, chez les coincés en kilt non plus. Trop humide, trop venteux, pas assez rouge et surtout plein d’Outreventois. Et de mages. Les ennemis de toujours, les ennemis de la frontière, ceux qu’il fallait réduire à néant, réduire au silence éternel, faire mourir. Anéantir.
La véhémence du sentiment qui le prit au cœur le surprit, remontant le long de sa gorge et glissant également au bout de ses doigts. Ce n’était pas de la colère. C’était un besoin de disparition. D’arracher à ceux qui vivaient ici leur existence, leur nom, n’importe quoi. Ca dura un instant. Même pas.

Lorsque Martial reporta ses yeux sur sa femme, sa voix se précipitait comme pour justifier sa sortie. Il se doutait bien que ce n’était pas elle qui l’avait fait sortir. Une femme n’aurait pas été suffisante pour le faire échapper à la Chasse ! Voyons ! Sauf si Madeleine était…
Ne pas y penser.
La douleur dans son cœur se rappela à lui. L’impression de vide. La poitrine oppressée, comme une planche soutenue par deux pierres sur laquelle on appuierait en son centre. Elle casserait à un moment. « Je ne sais pas. J’ai juste ressenti quelque chose de violent, et avant que je ne puisse en déterminer la cause, ou que la nouvelle n’arrive par… Famine… » le nom était prononcé presque avec crainte. Presque, car Martial ne craignait rien. « Le lien s’est rompu. Sans doute ne saurais-je jamais. »
Ne pas y penser.
Il lui tendit la main. « Nous récupérerons Bellifère, et en temps voulu, vous aurez votre vengeance. » Sans volonté, mais pas aveugles. Pantins, mais pas sans mémoire. Et ça faisait tellement naturel, de l’inclure dans la reconquête, d’utiliser ce nous ! Qu’il ne pensa même pas à se corriger. Il voulait juste l’aider à se relever. « Mais déjà, il nous faut déjà rejoindre notre empire. » Tout reconquérir.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Dim 12 Aoû 2018 - 1:05

La nuit de l'anniversaire de Martial.  Séverine l'avait presque oublié.  Célébrer la naissance de son époux n'était clairement pas l'un de ses priorités à ce jour.  Le sien avait également passé, une seconde année privée des réjouissances ayant trait à l'illustre jour où elle avait daigné illuminer le continent de son existence.  Regrettait-elle alors la naissance de Martial?  Plus ou moins.  S'il n'était jamais né, elle n'aurait jamais eu à subir l'humiliation de ce mariage, elle n'aurait peut-être pas été enlevée par la Chasse Sauvage non plus.  Néanmoins, elle était plus rassurée de se retrouver égarée dans la lande sauvage en sa compagnie à lui qu'en celle de quiconque d'autre.  Elle savait qu'il saurait la protéger et certainement qu'il avait sa part d'influence dans le fai qu'elle ait quitté sa place auprès de Guerre.  Sans sa présence, peut-être se serait-elle laisser aller à cette quiétude et ce vide d'esprit perpétuel.  Tout valait mieux que ce froid humide, elle regrettait presque la chaleur de Bellifère en comparaison.  Mais peut-être le froid serait-il propice à quelque rapprochement?  La duchesse s'indigna d'une telle pensée.  Devait-elle réellement songer à ce genre  de choses en ce moment précis?  Bah de toute façon, il y avait peu de chances que Martial ait ce genre de réflexions d'ailleurs, il osait à peine la regarder.  Éprouvait-il tant de dégoût à sa vue?  Son orgueil et son amour propre en prirent un coup et elle se mura dans le silence, peu prête d'ouvrir à nouveau la bouche, vexée.  Au moins, s'il n'éprouvait pas de désir pour elle, il lui promettait sa vengeance.

À ses mots toutefois, elle se rasséréna : il était là avec elle.  C'était l'important.  Après, il avait dit notre empire.  Pas son.  Il avait dit  nous récupérerons, pas je. Il l'incluait, peut-être inconsciemment, peut-être sans le vouloir, mais elle voyait là la preuve qu'elle avait réussi à s'immiscer dans son esprit.  Cette main tendue vers elle, qu'elle aurait autrefois dédaignée, elle la saisit et la pressa tandis qu'il l'aidait à se relever.  Elle pouvait s'appuyer un peu sur lui en situation de besoin.  Elle l'aiderait désormais de bon cœur, pas juste pour qu'il l'aide un jour à rendre la monnaie de sa pièce à Castiel de Sombreflamme.  Une vague de haine fulgurante la parcouru de la tête aux pieds.  Le feu qui coulait alors dans ses veines était brûlant, foudroyant et dangereux.  Une lueur mauvaise étincela dans son regard.

« Ce qu'on nous a volé sera repris, l'usurpateur sera puni, » scanda-t-elle presque mécaniquement, comme si elle n'était plus maître de son propre corps.  Un voile passa devant ses prunelles et la rage s'évanouit pour être relégué dans un coin de son esprit.

Elle leva les yeux vers le ciel, vers l'astre solaire.  S'il faisait encore nuit, elle aurait pu s'orienter grâce aux étoiles qu'elle connaissait si bien, mais aux premières lueurs du jour elle n'avait aucune idée de comment différencier le nord du sud.  Bien que la baronnie de Mauve n'avait jamais été des pus fortunée, elle avait vécu toute sa vie dans l'aisance et il eut été impossible de croire nécessaire de devoir apprendre à reconnaître les signes indiquant le nord à l'époque.  Puis confinée en Bellifère où elle ne pouvait jamais sortir seule, c'était devenu encore moins essentiel.  De toute façon, l'aurait-elle su, il n'y avait rien à des kilomètres à la ronde pour l'aider à retrouver sa route.

Quitte à ne pas savoir où aller… Elle se rapprocha de Martial et se blottit contre son torse bien musclé.  Était-il comme ça avant de partir?  Elle n'avait pas eu souvent l'occasion de contempler son époux dans sa tenue la plus simple et c'était même étonnant qu'ils aient été enlevés par la Chasse sans leur chemise de nuit.

« J'ai froid Martial, » fit-elle d'une voix plaintive et faible, celle d'une demoiselle en détresse.  Peut-être qu'en appelant à l'âme de guerrier de son époux saura-t-elle faire vibrer plus fort sa corde sentimentale, s'il en avait une.  Elle colla son corps aux membres fins dont la peau était glaciale contre le sien, en quête de chaleur.

« J'ai vraiment très, très froid.  Je crois que je pourrais mourir gelée… »

Comme si Levor appuyait ses dires, une bourrasque de vent balaya la plaine où ils se trouvaient.  Elle simula un violent frisson et crispa ses doigts menus contre le torse du Belliférien.  Et elle éprouva curieusement la sensation d'être enfin en sécurité.

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Message Sujet: Re: Les aubes sont mortes   Lun 13 Aoû 2018 - 0:35

Les landes outreventoises laissaient Martial, tout de même, quelque peu dans le flou et perdu. Il connaissait les bases, les tracés des villages de ce duché, là où les armées pouvaient passer, anéantir, capturer, se ravitailler et faire le plus de dégâts possibles. Il connaissait, sur le papier,  la topographie approximative de cette partie du continent. Sa mémoire ne lui faisant encore que peu défaut, lui aurait-on à cet instant donné le nom d’un domaine, il aurait été capable de s’orienter.
Mais là, tout ce que le monde lui donnait, c’était un monde grisâtre, vide, plat et morne. L’impression qu’alors que le soleil peinait à se lever, ils se trouvaient plus certainement aux confins du monde que dans un réel endroit. Peut-être, même, n’étaient-ils pas sortis de la Chasse et avaient-ils seulement repris conscience ? Cela expliquerait, alors, l’impression de ne pas vraiment exister. D’être coincé dans un plan entre deux existences. Là où les sinistres Cavaliers et leur suite de prisonniers forcés d’abdiquer leur volonté se reposaient quand le soleil brillait.
En revanche, s’ils étaient vraiment sortis, et vraiment en Outrevent comme son instinct le lui soufflait… Disons simplement que cela témoignait bien de la manière déplorable dont Martial voyait le duché, au point de le comparer à des limbes. Mais c’était pas de sa faute, si ça y ressemblait !

Il aida sa femme à se redresser. Cette main tendue, secrètement, c’était pour l’inviter. Pour l’inclure, elle qui avait tout perdu une fois déjà et qui là encore perdait. C’était parce qu’inconsciemment, sinon il ne se l’avouerait jamais, il y avait un réconfort à la savoir à ses côtés. Une confiance toute relative, certes, mais il tenait à cette femme.
La surprise se peignit sur ses traits, alors qu’il relâchait sa main. Il y avait plus que de la détermination dans les paroles qu’elle venait de prononcer : il y avait la vengeance, le combat, quelque chose d’indéfini qui un instant à peine sembla résonner dans sa voix. Et la surprise de l’ex-duc se mua en quelque chose de plus sournois, de plus profond. Comme quand elle s’opposait à lui, qu’ils avaient leurs argumentations enflammées, l’opposition même de leurs libertés et des concessions qu’aucun ne voulait faire. Elle l’attirait comme le combat le faisait, comme la guerre le pressait de le rejoindre ; il se savait prisonnier d’un désir qui n’avait rien à faire là, pas maintenant, pas sur ces terres hostiles. Pourtant ses lèvres restèrent closes. Il attendit, sans oser détourner le regard, l’observant avec une fascination toute particulière tout en réfléchissant, afin que dans son esprit se calment les sentiments violents qui s’affrontaient.

On n’avait pas idée de vouloir sa femme autant que de vouloir faire le deuil d’une personne dont on ne connaissait pas encore l’identité. On n’avait pas idée de vouloir la faire sienne, en plein territoire ennemi, alors qu’on ne possédait plus ni nom ni duché.

Une respiration mesurée. Son visage qui redevint impénétrable, comme si rien ne pouvait plus l’ébranler. Il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller à ses impulsions humaines envers Séverine. Pas ici.
Sa résolution de sembler totalement intouchable tint au moins une quinzaine de secondes, avant qu’elle ne vienne se coller contre lui. Outre le fait qu’il fasse, effectivement, froid, elle choisissait bien sûr le meilleur moment : comment effacer la sensation poignante dans son coeur, qui résonnait avec la flamme manifestée plus tôt alors qu’elle se rappelait à lui incessamment ? Il baissa sur elle son regard troublé, les bras presque ballants. Il lui fallut qu’une bourrasque vienne l’ébranler pour qu’il refermât sur elle ses bras, l’enserrant autant pour la protéger que pour la tenir au plus près de lui.

Une impression de déjà-vu. Fugace. Brumeuse, comme sortie d’un rêve : et c’était flou, et c’était vieux, mais il l’avait déjà tenue contre lui, pour la protéger.
Sa peau était gelée, contre la sienne, bien plus que lui. Il ne s’en étonna pas, occupé à la garder et à tenter de chasser toute idée inopportune de son esprit. Parce qu’il serait tellement simple de la garder  de laisser descendre ses mains, de calmer les irritantes pensées qu’elle avait rallumé d’un regard et d’une poignée de mots en l’apparence éloignés de toute activité charnelle.
« Je vous promets de ne pas vous laisser mourir de froid. » souffla-t-il. Par prudence, il n’ajouta rien : il avait la vague impression qu’elle avait au fond des désirs aussi malsains que déplacés. Désirs qu’il pourrait partager. Qu’il partageait et refrénait.

Au moins, quand on tenait contre soi, fermement et de très près, une splendide jeune femme comme la sienne, on réussissait plus efficacement à repousser tout ce qui concernait la mort certaine d’un membre de sa famille. Par contre, d’autres légers soucis pouvaient arriver. Et rapidement.
Il ne voulait pas la lâcher. L’étreinte restait protectrice, ses mains demeurant légères sur sa peau dans une retenue perceptible, presque possessive, mais se teintait doucement de gêne. « Je.. »
Visiblement embarrassé, parce que, clairement, ce n’était pas le moment de penser à leurs corps si proches, il détourna le regard, légèrement agacé par sa propre hésitation : il y avait à peine quelques mois, il n’aurait pas attendu. Ce n’était pas comme si elle importait, malgré l’éclat presque martial qu’il avait vu briller en elle, cet éclat qui, peut-être, lui faisait imaginer tout ça. Probablement. Ce n’était pas comme si elle importait. Mais un peu, quand même. Ils avaient passé des mois à chasser, sans discontinuer. A exister ensemble.
Ses bras la rapprochèrent un peu plus. Sa bouche, devenue sèche,n’osa pas formuler la découverte qui venait de le transpercer, et de lui faire comprendre pourquoi sa présence apaisait la douleur qui enrayait sa cage thoracique, et réveillait des envies au moment le plus inopportun.
Elle lui avait manqué.

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