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 Éclatement d'Ansemer

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La Noblesse
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Message Sujet: Éclatement d'Ansemer   Ven 22 Juin - 4:06


Livre III, Chapitre 4 • La Légion des Oubliés
Bartholomé d'Ansemer & Bertin d'Ansemer

Éclatement d'Ansemer

ou quand les liens de sang ne suffisent plus



• Date : 12 juillet 1003
• Météo (optionnel) : Il fait un soleil chaud en pleine mer
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Bartholomé confronte son frère Bertin sur les liens qu'il entretient avec Jehanne
• Recensement :
Code:
• [b]12 juillet 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3879-eclatement-d-ansemer#143797]Éclatement d'Ansemer[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer & Bertin d'Ansemer[/i]
Bartholomé confronte son frère Bertin sur les liens qu'il entretient avec Jehanne


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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Ven 22 Juin - 4:16

Il sait.

Il en est certain, à tout le moins. Les pièces sont toutes là, s’imbriquant parfaitement, pointant un seul coupable, rendant évident ce qu’il aurait tant souhaité impossible.

Mais il veut l’entendre de sa voix. Il a besoin de savoir jusqu’où il poussera le mensonge, ce qu’il continuera de nier. Il a besoin de poser son regard dans le sien pour y voir depuis combien de temps il se joue de lui aussi impunément. Il a besoin des aveux de son frère pour briser les espoirs d’une grande méprise qu’il voudrait tant croire.


Le départ du Bertin avait été prévu pour ce matin, et il avait fait prévenir son frère quelques jours d’avance d’une missive bien formelle pour que ce dernier se libère. Le bateau quitterait Port-Liberté en matinée pour s’éloigner vers le large, contourner la péninsule par le nord et poursuivre sa route jusqu’à atteindre les côtes outreventoises. Il y ferait une première escale avant de remonter un peu le long des terres sans jamais se rendre jusqu’à Souffleciel avant de retrouver la direction du sud et le cap de la capitale ansemarienne. Il avait fait enquérir les services d’un mage des portails à bord puisqu’il lui était impensable - quoi qu’il aurait fort apprécié - de laisser la gouverne de son duché, surtout dans les circonstances, pour plus d’une journée alors qu’il se serait retrouvé loin sur les flots.

Bartholomé avait attendu ce jour avec tant de hâte, mais c’était à présent une excitation bien différente qui l’habitait à l’aurore alors qu’il s’habilla sous les premiers rayons de lumière. Une excitation nauséeuse, désagréable. Déterminée. Il avait reporté cette confrontation avec son frère, avait pris soin de choisir son terrain, de s’éloigner du palais, de Jehanne, de s’isoler où seule la mer - et une poignée de marins - porterait oreille attentive à leurs secrets. Il avait tenté d’éviter son frère, ces deux semaines qui avaient suivies sa lecture du carnet de sa femme. Alors qu’il faisait valider ses soupçons, qu’il espérait les faire démentir. Les aléas de la vie avaient été de son côté, et Bertin avait été fort occupé comme lui-même l’avait été des diverses tâches ducales qu’il opérait inlassablement. Il ne s’étaient croisés que quelques fois, et Bartholomé avait toujours vite fait de ne pas s’éterniser. Il savait qu’il n’aurait pas pu prétendre bien longtemps. Et son frère avait dû le trouver contrarié, tourmenté, confus. Qu’importe.

Le Bertin avait levé l’ancre peu avant le déjeuner, ses grandes voiles gonflées de la brise et du vent créé par les mages à bord. Le pavillon qu’il avait fait faire spécialement pour son frère était dressé tout au sommet de son mât, du bleu d’Ansemer et des emblèmes de Vivécume. La coque était étincelante, les grandes lettres peintes scintillantes. Les ponts étaient occupés ; des marins qui poursuivraient le voyage, mais aussi du duc et de son frère, de quelques mages et des gardes qui étaient aussi montés à leur suite. Bartholomé était resté aux côtés du capitaine du navire alors que ce dernier s’était tranquillement éloignée des quais de Port-Liberté, avant de retrousser ses manches et de venir porter aide aux marins. Même les tâches ingrates lui auraient fait plaisir, lui qui n’avait que peu souvent l’habitude de voguer ainsi à présent, mais les hommes à bord étaient au fait des années passées en mer du duc, et le rang sur un navire ne s’oubliait pas. Au prince qui n’était là qu’en visite, ils lui expliquèrent quelques manoeuvres, avant de lui proposer de leur prêter mains.

Le duc n’avait ainsi passé que très peu de temps encore avec son frère, outre quelques mots échangés ici et là. Mais le navire avait finalement atteint une bonne vitesse de croisière et les marins prenaient tranquillement place à leurs postes respectifs. La sueur perlait sur sa peau, au travers de la chemise finement brodée qu’il avait enfilée, les manches encore relevées des efforts qu’il avait déployés pour aider les hommes. « Allons, il est temps de trinquer. » Il avait rejoint Bertin, pour l’inviter à le suivre dans les quartiers du capitaine que ce dernier lui avait volontiers prêtés pour la journée. Le bateau tanguait doucement sous les vagues qu’il brisait dans sa course, mais Bartholomé n’avait jamais perdu le pied marin et cette douce berceuse de la mer lui était imperceptible. Dans la cabine il faisait encore un peu frais, alors qu'ils étaient protégés des forts rayons du soleil. Les grandes portes arrières étaient ouvertes, dévoilant un petit balcon privé duquel il y avait une vue superbe sur la mer et le sillage laissé par le navire.

Le duc des océans était à son aise, dans cet environnement. Il y était bien, et si l’instant avait été tout autre, il aurait été réellement heureux.
Pour l’heure, il attrape une bouteille d’alcool aux fruits des îles de l’Archipel. Si le rhum l’accompagne presque quotidiennement, ces alcool typiques des îles qui s’achètent à prix d’or sont gardés pour les occasions particulières. Aujourd’hui en est une. Il sert deux copieux verres, avant d’en offrir un à son frère.

« À toi, mon frère, au Bertin ! » Et il lève son verre, une étincelle brillant au fond de ses yeux. De la colère contenue, de la haine, de la tristesse. « Aux traitres et aux mensonges qui perdurent. »

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Sam 23 Juin - 4:24

Les dernières semaines t’ont semblé longues, et pourtant tu ne t’es pas plains de la charge de travail qui s’est soudain posé sur tes épaules dès que tu as reçu l’avertissement que Vivécume était attaqué. C’est ta réalité. De chevaucheur, puis de noble. Défendre tes terres. T’occuper des blessés. Inspecter les dégâts, et veiller à la reconstruction tant des biens matériels que du moral des gens. Tes gens que tu aimes et respectes énormément, et sur lesquels tu as veillé autant que te le permettait ton horaire chargé. Tu as donc peu eu la chance de croiser ton frère, et vu l’état de son humeur dernièrement – humeur qui tu attribues à Jehanne – tu ne cherches pas à t’attarder en sa présence. Tu es allé voir Jehanne quelques fois, brièvement, pour que vous puissiez échanger quelques nouvelles, mais jamais tu ne t’attardes, malgré l’appel incessant de la paresse qui s’insurge en toi du peu d’attention que tu lui offres.

Arthes te reproche ton attitude tous les jours. Tu devrais te battre pour elle. Penses-tu donc ton frère supérieur au point de ne même pas tenter ? Mais tu sais, toi, que tu as les mains liées par les lois et les coutumes humaines. Elle le sait aussi, tu lui as expliqué, mais elle refuse d’écouter car elle connait ton cœur et la puissance de tes sentiments pour ta belle Jehanne. Vous dialoguez comme des sourds tous les jours, elle faisant écho aux désirs de ton cœur, et toi à ceux qu’imposent ton rang et ton sang. Dilemme éternel qui te déchire d’autant plus depuis que tu as surpris Bartholomé chez sa femme, chez Jehanne, que tu as compris qu’il était jaloux… Jaloux de ton affection, de ton Amour pour sa femme. Il ignore que c’est toi, crois-tu du moins – si seulement tu savais – mais cela ne t’empêche pas de te sentir mal par rapport à ton frère.

Tu en étais venu à redouter ce jour du 12 juillet, date prévue du départ du Bertin. Ton navire. Les réserves d’Ambroisie au sujet du voyage n’avaient en rien aidé ta motivation à l’aube lorsque tu t’étais éveillé pour te préparer à la journée. « Tu n’es pas obligé d’y aller tu sais. Tu pourrais profiter d’un jour de congé pour juste te reposer ! Prendre un bon repas, siesté, voir des amis. Voir Éléonore… tu la délaisses. Tu crois que c’est comme ça que tu charmeras son cœur ? » « Traitresse. » Mais dans tes pensées une certaine légèreté qui adouci la dureté du mot. « J’ai promis à Bartholomé, mais crois-moi je préfèrerais ne rien faire. » « Tu as promis avant que les pirates viennent piller jusqu’au cœur de la baie ! Il ne peut pas penser que vous serez à l’abri sur le navire ! Il est fou ! » « Ambroisie… » Tu ressens presque son grognement avant qu’elle ajoute soudain : « Très bien, faiblard. Mais tu me payeras ça. À cause de toi je vais devoir passer ma journée à voler ! » « À cause de moi ? Allons, tu n’as pas besoin de nous suivre ! » « Si ! Parce que connaissant l’idiot que tu es, tu réussiras à tomber à la mer ! »

C’est donc en sachant que tu pourrais apercevoir – et envier – ta dragonne que tu finis de t’habiller. Ta dragonne qui vient de te reprocher ton manque de paresse. Rien que ça. Il faut dire que les dernières semaines ont été exigeantes pour elle aussi. Tu as choisi ton habit pour l’occasion la veille. Un de tes habits de chevauche neuf. Tu aurais pu te parer comme un prince, mais vous partez en mer, ce serait déplacé, et tu es beaucoup plus confortable dans ces étoffes souples. Portés sans ton armure de cuir, ils te protégeront du vent et du soleil du voyage sans nuire à tes déplacements. Ce sera parfait.

Tu te sens inutile alors que le navire quitte le quai et s’éloigne pour gagner la mer. Inutile et inconfortable. Tu n’es pas dans ton élément et c’est un fait que personne à bord ignore, tu le sais très bien. Tu affiches pourtant un sourire poli, veilles à ne pas être dans le chemin des matelots, et observe l’horizon et le ciel qui se profile devant toi. Tu aperçois au loin Ambroisie qui s’élève et sa vue te tire enfin un vrai sourire, juste avant qu’on attire ton attention pour t’apprendre comment faire quelques petites tâches auxquelles tu t’appliques. S’il y a une chose que tu sais faire, c’est de suivre les directives qu’on te donne. Et les ordres, mais tu ne fais pas officiellement partie de l’équipage alors tu n’as pas trop à t’en soucier. Ta curiosité est piquée, et tu apprends un peu, poses même quelques questions sur des choses que l’ansemarien moyen connaîtrait déjà depuis belle lurette. Mais qu’y peux-tu, si ton destin était ailleurs ?

L’éclat d’Ambroisie a quitté le ciel lorsque ton frère t’invite à le suivre pour te soustraire aux tâches manuelles qu’on t’a laissées et ton cœur s’alourdit un peu. Mauvais pressentiment. Ou peut-être n’était-ce que l’angoisse de sentir le navire tanguer sous tes pieds. Ce n’est pas un sentiment que tu affectionnes beaucoup, songes-tu, alors que tu suis le duc jusqu’à la cabine. Là, tu t’assois à la table qui s’y trouve. Tu observes Bartholomé, et tu ne peux t’empêcher de trouver son attitude un peu étrange, lui qui quelques instants plus tôt semblait pleinement heureux au milieu des matelots. Tu notes tout de suite l’alcool de qualité qu’il sert et tu hausses les sourcils. « Qu’est-ce que..? » Mais tu n’as pas le temps de finir ta phrase que la sienne tombe. Ta main se fige à mi-chemin, s’arrête avant de parvenir à ce toast qu’il propose et tu le dévisages par surprise. Une surprise sincère, parce que le sujet est amené si brusquement que tu ignores même de quoi il parle, sur le coup.

« De quoi tu parles, Bartholomé ? S’est-il encore passé quelque chose avec ta femme ? »

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Sam 23 Juin - 6:41

Il fixe son frère, le duc, attendant sa réaction. Il cherche ses yeux, son regard, il veut savoir ce que ses mots éveilleront en lui. Il aimerait y voir la peur, la peur de sa colère, de sa jalousie. La peur de ce que son coeur blessé, brisé, pouvait infliger. Mais il n’y avait pas de peur. Il n’y avait qu’une surprise sincère, une incompréhension réelle, et un instant, il espère que ce sentiment n’est pas là uniquement parce qu’il l’a pris au dépourvu d’une vérité qu’il ne savait pas qu’il connaissait. Il espère encore, qu’il n’en est rien. Ou il aimerait espérer encore. Parce qu’alors qu’il regarde Bertin il s’imagine déjà son frère et sa femme enlacés. Il se les imagines échangeant des mots doux derrières des portes closes. Dans son palais.

Il ne peut empêcher un léger rire étouffé de résonner sur ses lèvres closes, alors qu’il reste un instant figé dans sa position, comme s’il attendait une suite, autre chose. Mais rien. Et il brise son immobilité en amenant son verre à ses lèvres pour prendre une gorgée, faisant quelques pas, s’éloignant un peu de son frère, sans réelle destination, pour calmer la colère qui veut monter en lui, tempérer ses mots - pour l’instant, pour garder pour plus tard l’éclat de la tempête. « Ne fait pas comme si, Bertin. Il ne peut rien se passer avec Jehanne, pas alors que je la garde enfermée, gardée jour et nuit, et que je contrôle toutes ses visites. » Il n’y avait qu’une personne, qui se permettait d’aller la voir, continuellement, semaine après semaine. Une seule personne, qui avait insisté, pour aller la visiter. Qui s’était renfrognée devant un refus, avant d’accourir à nouveau sitôt l’autorisation redonné. Et il se trouvait con, idiot, aveugle, le duc, de n’avoir jamais prêté plus attention que cela aux visite du prince chez la duchesse. Elles lui avaient semblées d’une banalité inintéressante. Mais à présent. Son esprit cherchait à s’imaginer ce qu’ils faisaient, chaque fois. Se déshabillaient-ils pour couvrir leurs corps nus de baisers et de caresses? Se lamentaient-ils, de la situation dans laquelle ils se trouvaient? Complotaient-ils, contre lui, afin de trouver un moyen de se retrouver? La nausée le reprendrait si ce n’était la colère qui le faisait vibrer à l’instant.

« Pourtant malgré tout. Parce que j’avais confiance en toi, j’oserais dire. Je t’ai laissé faire, laissé aller la voir. » Il ne le regarde pas, en parlant, sinon il sait qu’il arriverait difficilement à contrôler la puissance et la frappe de ses mots. Parce qu’il sait, que son calme relatif se fissurera. Il remonte son verre à ses lèvres à nouveau, cette fois engloutissant tout ce qu’il restait du liquide dans ce dernier, sans goûter, sans apprécier, les doux parfums sucrés des fruits tropicaux utilisés en sa fabrication.  
« J’aurais dû m’en douter, n’est-ce pas? » Il aurait dû, assurément. Avec n’importe qui d’autre, peut-être qu’il se serait questionné. Avec son frère, jamais. Jamais jusqu’à avoir l’évidence écrite sur papier devant ses yeux de la main de sa femme.

Et cette fois il se tourne à nouveau vers son frère, assis à la table. Il le regarde, en silence, un instant.

Le bateau tangue doucement, et dans le court silence qu’il laisse s’installer c’est le son de la mer que l’on entend. Le son des vagues, de la brise, des oiseaux. Le son du navire, de son équipage. La lumière dans la cabine semble se tamiser un peu, alors qu’un nuage glisse doucement devant le soleil. On peut entendre les ordres criés du capitaine présent sur le gaillard d’arrière au dessus d’eux. Rien de cela n’existe, en ce moment, pour Bartholomé. Il n’y a que son frère, ce qu’il lui dira, ce qu’il ne lui dira pas. Il vient s’asseoir, négligemment. Son corps ne peut trahir ce qu’il ressent, et s’il arrivait à s’en distraire un peu plus tôt alors qu’il s’occupait des tâches du navire, à présent il lui est impossible de s’en soustraire.

Il tend la main pour reprendre la bouteille et remplir à nouveau son verre, faisant valser le liquide dans ce dernier sans y toucher cette fois. Son regard remonte vers son frère, et il incline doucement la tête. « Dis-moi. » Dis-moi que ce n’est pas toi. Dis-moi que c’est une méprise. Dis-moi que tu l’as simplement aidée. Dis-moi que tu l’as fait exprès, pour me faire mal. Dis-moi que tu me détestes. Dis-moi que c’est toi qu’elle aime. Dis-moi que c’est le tien, cet enfant qu’elle porte. Dis-moi que tu m’as trahi.
Dis-moi.

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Sam 23 Juin - 7:27

Tu ne peux t’empêcher de soupirer à la remarque de ton frère. Ainsi à ses yeux il ne pouvait rien se passer avec Jehanne ? Rien ? Valait-elle donc si peu à ses yeux ? « Tu oublies les disputes, les silences, et les cris en pleine nuit, Bartholomé. À moins que tu n’aies pas jugé bon de visiter ta propre femme pour faire taire les rumeurs à ton sujet ? » Tu l’observes, ton frère. Tu as entendu toi-même la pointe de jugement dans ta voix. Il est trop tard pour la rappeler, elle s’est envolée incontrôlable. Ton verre a retrouvé la table sans que tu le portes à tes lèvres. Tu n’avais pas vraiment envie d’alcool lorsqu’il vous a servi. Et le sujet qu’il apport, les mots qu’il a choisis, tout… Tu l’observes, en silence, posant sur lui ton regard fatigué, mais ton visage reste, pour le moment, plutôt neutre.

« La duchesse et moi nous connaissons depuis bientôt 13 ans, Bartholomé, depuis ton mariage. N’est-ce pas normal que je lui paie mes respects et tiennent à lui montrer mon amitié ? » Tu ne cherches pas tellement à te défiler. Mais tu es prudent dans ce que tu apportes. Tu choisis tes mots avec un soin tellement habituel pour toi à présent, au bout de tant d’années, que tu n’as même pas l’impression de mentir. Et au fond, tu ne mens pas. Tu évites d’aborder la vérité. N’est-ce pas là quelque chose de fort différent ? Mais ce « dis-moi », ce regard posé sur toi… Tu sais que tu dois ajouter autre chose, mais quoi ?

« Que veux-tu savoir, Bartholomé ? Que veux-tu que je te dise ? Éclaire-moi. » Tu contrôles encore ta voix, tu y caches le défi que tu as envie lui hurler à la figure. À cet homme qui ne la mérite pas. Qui a ruiné les chances d’un bonheur que tu n’auras que trop brièvement connu dans cette autre réalité et dont la perte a encore, à tes lèvres, un goût amer. Tu aimerais lui crier tellement de choses. L’engueuler, le réduire au silence, par culpabilité. Le punir pour toute la souffrance que tu as vue en elle. Mais tu ne peux pas. Si tu entends les voix juste au-dessus de vous, alors ils entendraient tes cris aussi. C’est une mauvaise idée. Mieux vaut rester calme, autant que possible.

« À t’entendre, on te croirait jaloux de l’affection que ta femme me porte. Jehanne respecte un homme qui n’est pas toi. Et curieusement, ça n’étonne que toi… » Soudain tu lèves le verre pour le porter à tes lèvres. Le petit remontant ne sera pas de trop si la conversation doit vraiment prendre la direction vers laquelle semble vouloir la guider Bartholomé. Le verre vidé, cul-sec, tu pose ton regard sur ce frère que tu redécouvres, d’une façon, dans sa jalousie, sa colère soudaine. « Combien d’hommes as-tu interrogés jusqu’ici ? Je suis surpris qu’il t’ait fallu aussi longtemps pour que tes suspicions aboutissent sur moi. Je n’ai jamais caché mon amitié sincère pour elle… Mais que cherches-tu, si ce n’est que quelqu’un sur qui rejeter la responsabilité de tes propres actions ? Pourquoi serions-nous ici autrement ? »

Ta voix prend une certaine dureté, une froideur que tu n’arrives pas à cacher. Le ton de ta voix peut-il être justifié par une simple amitié ? Tu l’espères. Même si une part de toi sens très bien que tu ne t’en sortiras pas aussi facilement cette fois. Sa colère vibre trop. Elle embrase son regard, fait vibrer son être. Être imprévisible, tu sais très bien que ton frère pourrait exploser à tout moment devant toi… Malgré tout, tu ne parviens pas à t’empêcher d’ajouter, d’une voix aussi calme que possible, cette même phrase qu’il t’a servie un instant plus tôt. « Dis-moi. » Tu n’as rien nié, tu n’as rien avoué. Tout ton être t’appelle à la prudence, et pourtant ton cœur se tord de douleur, là, dans ta poitrine. Auras-tu la force de mentir ? De faire du tord à ton frère ? Plus de tord encore? Tu l’ignores… alors tu gagnes du temps. Dis-moi…

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Sam 23 Juin - 17:26

Il ne répond rien, Bartholomé, aux premiers reproches de son frère alors que ce dernier semble évoquer directement cette nuit de laquelle il n’a que trop peu de souvenirs. Cette nuit depuis laquelle il n’a visité que trop peu sa femme. Cette nuit depuis laquelle subsistait ce malaise, cet inconfort, alors qu’il la regardait, avant que la colère n'ait repris assises en son coeur suivant la lecture du carnet. Il se souvient vaguement que c’est Bertin qui est venue le chercher, le ramener à sa chambre. Il n’arrive pas à se souvenir ce qu’il faisait là, son frère, comment il avait été prévenu. L’avait-il seulement été? Ou l’avait-il surpris alors qu’il voulait justement profiter du couvert de la nuit pour retrouver la duchesse?
Il ne répond rien, parce qu’il n’y a rien à répondre à ces reproches qui sont, certes, justes, mais qui sont surtout une tentative de déroute d’un sujet plus délicat. Le duc n’est pas là ici pour faire son propre procès, c’est celui de son frère qu’il veut diriger.

Et il sourit, de ce grand sourire faux, alors que Bertin tente d’évoquer ses longues années d’amitié avec Jehanne pour expliquer son comportement. Ça avait fonctionné, oui. Pendant une décennie, Bartholomé y avait crû, sans comprendre les fondements de cet amitié, mais il s’était contenté de cette explication. Pourquoi aurait-il eu à douter des paroles du prince, après tout ? « Est-ce vraiment tout ce que tu lui démontrais, ton respect et ton amitié? » qu’il ne peut s’empêcher de glisser. Il n’est plus dupe, il n’y croit plus, il ne le croit plus à présent.

Alors assis, il l’écoute. Il attend voir ce qu’il va lui dire. Il ne l’a pas accusé encore, pas ouvertement. Bertin se doute-t-il de ce qu’il sait? Se doute-t-il de ce qu’il a découvert, des indices laissés par Jehanne qui l’auront trahi? Il tente de décerner dans sa voix ses émotions, mais le timbre de son frère semble calme encore, contrôlé. Des années de mensonges, certainement. Des années à éviter la vérité, à la maquiller, pour qu’il n’y voit rien. Il y est doué, Bertin, que Bartholomé soit s’avouer. Il l’écoute, et il ne répond pas tout de suite, il le laisse finir de parler. Il attend la suite, il le regarde vider son verre cul-sec, sans toucher lui-même à son deuxième, dans sa main, posé sur la table, le liquide qui danse doucement sous les mouvements du bateau.

Est-ce qu’il est jaloux de l’attention que Jehanne lui porte? Oui, assurément. Est-ce qu’il est jaloux de l’amour qu’ils partagent qui aurait dû être sien. Oui. Jaloux des regards sans reproche que sa femme doit lui couler. Jaloux des mots qu’elle lui a assurément murmuré alors qu’elle ne lui avait toujours réservé que le silence.
« Tu es surpris? L’es-tu vraiment, Bertin? N’est-ce pas ce que tu as toujours souhaité pourtant, ce que tu as toujours fait? Me mentir et me faire croire à une amitié, me faire croire que tu me respectait. » Et il était doué. Bartholomé y avait crû. Il avait eu confiance en lui. C’était possiblement ce qui était le plus douloureux. Dis-moi. Ses doigts se crispent sur son verre, alors qu’il plonge un regard noir, accusateur, dans celui de son cadet. « Viens ce soir. Il sera occupé à cette réception. Le palais sera tranquille. Depuis janvier, il y a eu bien peu de temps que nous avons partagé. » Il récite. Il récite ces passages du carnet de Jehanne qu’il a relu encore et encore, qu’il a relu jusqu’à ce qu’ils soient imprimés dans son esprit. Il les connait par coeur, il revoit avec précision les courbes des majuscules, la précision de la calligraphie. « Si jamais on te demande, réponds que depuis quelques jours je suis dans un état de mélancolie avancée, et que tu viens t’en enquérir. Personne ne l’a entendue, celle-la. » Est-ce qu’il se souvient, Bertin, se souvient-il aussi bien que lui de ces phrases qui avaient été rédigée à son intention? « Je ne veux pas repartir. Cet endroit est parfait. » Dans son regard luit aussi la blessure en lui que tout cela lui inflige. « Cesse de me prendre pour un idiot, veux-tu? Cesse tes mensonges, ne trouves-tu pas qu’ils ont assez duré? »

Il se relève, porte son verre à ses lèvres pour le vider d’un trait, avant de venir le déposer violemment sur la table. Le verre se fissure sous l’impact, se brise entre ses doigts crispés sur ce dernier. « DIS-MOI ! » Il le relâche, laissant les morceaux de vitre s’étendre un peu sur la table, refermant sa main en un poing, essayant de contenir sa colère, ignorant les coupures dans sa paume qui laissent un mince filet de sang couler entre ses doigts. « Dis-moi que ce n’est pas toi. Ose. »

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Sam 23 Juin - 22:33

Il aurait dû y répondre, à tes reproches. Tu n’es pas près de laisser retomber l’affaire. La colère de ton frère éveille la tienne, y fait écho. Elle fait vibrer l’air autour de toi , as-tu l’impression, et un malaise s’installe en toi. Et celui-ci n’a rien à voir avec le fait que tu es sur un navire qui tangue beaucoup trop à ton goût. Il y a, dans ton esprit, deux mots qui s’animent, s’imposent avec une douceur glaciale. Il sait. Tu ignores comment, mais tu en es presque certain. Il sait. Et une part de toi s’enrage, étouffe la peur que ces deux mots ont fait naître avant même qu’elle ne parvienne à s’emparer de toi. «  Qu’aurais-je pu faire d’autre, Bartholomé ? C’est ta femme, par Messaïon ! » L’idée même te semble farfelue. Ou pas. Mais tu te raccroches aux premiers souvenirs que tu as d’elle, avant que ton cœur ne s’emballe pour elle. Avant que vous ne partagiez l’Amour qui vous consumait…

« Je suis surpris, oui, Bartholomé. Surpris que tu n’aies pas vu venir une telle chose. Dis-moi, depuis combien d’années négliges-tu ta femme ? Attends, laisses-moi y réfléchir… Treize. N’est-ce pas ? Tu ne lui a jamais donné l’attention qu’on donne à une épouse. Je me trompe ? Tu l’aurais repoussée avec dédain dès votre soirée de noces si tu avais pu. Tu crois que personne ne s’en est rendu compte ? » La pensée te faire presque rire. Presque. Et jaune, surtout. La colère s’anime et délie tes lèvres pour débiter sur ton frère des années de rancœur tue. « Tu l’as ignorée. Tu as préféré toutes les compagnes d’Ansemer à ta propre femme. Tu l’as rabaissée, mise à l’écart… Tu aurais pu la tuer que tu aurais été plus humain avec elle. Alors comprend ma surprise lorsque, soudain, je te vois partir à la chasse aux rumeurs, aux oui-dires, pour trouver celui qui a osé se soucier du bonheur de ta femme. »

Tu te tais. Ta voix est froide, colérique, tes poings se serrent sur la table alors que ton regard se plonge dans celui de ton frère. Qu’il lise en toi. Qu’il lise le dégoût qu’il t’inspire avec ses actions. « Ouvre les yeux, bon sang ! Tu t’es fermé à elle et tu as tout fait pour l’éloigner de toi ! À quoi t’attendais-tu ? » Ta propre colère empli la cabine à présent, alimentée par les reproches déguisés par des paroles citées. Certaines avaient presque été oubliées alors que d’autres sont encore vivement gravées dans ta mémoire, dans ton cœur… Cette situation, tu l’as redoutée pendant de nombreuses années. Tu croyais t’y être préparé. Mais peut-on seulement jamais se préparer pour le pire ? Il te faut jouer de tellement de finesse si tu veux que vous puissiez vous en sortir…

« Crois-tu seulement qu’un autre se serait approché si tu avais daigné la traiter comme une femme ? Si tu avais osé la respecter ? Je te l’ai dit, Bartholomé. Si tu commences à la traiter comme une femme. Comme TA femme, son amant s’éloignera. Mais tu t’es muré si profondément dans ta colère au fil des ans que je commence à me demander si tu es capable de ressentir autre chose à présent. »

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Dim 24 Juin - 5:27

« OUI ! C’est MA femme, justement ! » Et cette seule phrase est pleine des reproches qu’il fait à son frère. Son frère qui a oser s’approprier sa femme, qui a oser le trahir en aimait celle qui était sienne, et peut importe ce qu’il en fasse. Ce n’était pas là la question. Ils étaient trop proches à son goût, déjà, quand il ne se doutait même pas encore de l’étendue de leur relation. Il ne comprenait pas, ce qu’il pouvait y trouver, à la Lagrane devenue muette. Il lui aurait reproché de passer du temps avec elle, s’il avait pu, s’ils avaient eux-même passés plus de temps ensemble. C’était sa femme, et Bertin n’aurait jamais dû se permettre ce qu’il avait laissé faire, ce qu’il avait entamé.

Il recommence, le prince. Il recommence à profiter de la situation pour en faire un double procès, pour essayer d’excuser ses gestes en couvrant de reproches le duc. Et il ne peut s’empêcher d’en rire, Bartholomé, parce que même si c’était vrai - ce l’était - cela ne donnait aucun droit à son frère. « Ce n’est pas mon procès Bertin. » Ses mots sont d’une froideur calme alors qu’il réfute les accusations sans réellement y donner d’attention. « Tu sais comme moi qu’on me l’a imposée, tu sais comme moi comment elle s’est évertuée à me ridiculiser en gardant le silence. Iras-tu vraiment plaindre la femme devenue duchesse qui n’a pas refusé de m’épouser? Elle n’a pas dit non, tu sais. » Parce qu’elle avait autant que lui-même accepté de l’épouser, en ne disant rien, elle avait donné son accord. Malgré tout, ils s’étaient mariés, tous les deux, parce qu’ils l’avaient voulu. « Tu crois que j’aurais mené cette chasse s’il n’y avait pas eu cet enfant? » J’étais prêt à l’accepter, s’il n’avait pas été de toi. S’il n’avait pas été le fruit de ta trahison face à moi. Il l’aurait fait. Il se serait découvert jaloux face à Jehanne - il avait retrouvé cette jalousie, ces sentiments enfouis, l’instant où elle lui avait parlé à nouveau - mais il aurait accepté cet amant, s’il avait été un quelconque bourgeois sans prétention, un domestique, un garde. Pas Bertin.

Il n’a pas avoué. Mais il n’a pas nié non plus, et c’était là une réponse qui lui suffisait. Oh, pourquoi n’as-tu pas nié mes accusations, mon frère? J’aurais peut-être pu me laisser à te croire. Dans ses yeux il n’y a plus la surprise qu’il y a lu au début, il n’y a pas non plus la peur qu’il aurait espérer y inspirer. Il y a de la colère et du dégoût, et il se demande le duc, si c’est de ce même regard qu’il l’a toujours regardé, depuis le début? A-t-il dissimulé ces sentiments comme il a dissimulé la vérité ? C’est trop tard, maintenant, de toute façon. Il n’y a plus de retour en arrière, plus jamais ils ne pourront se regarder et se croire encore proche, se croire encore frères, comme s’il n’y avait que cela, comme s’il n’y avait qu’eux deux.

« Un autre aurait eu plus de respect que mon propre frère. » Les mots sont crachés. Frère semble sonner faux sur sa langue à présent. « Tu parles comme s’il ne s’agissait pas de toi, Bertin, comme si tu étais innocent. Comme si tu n’avais rien à te reprocher. » C’est la première fois qu’il l’accuse vraiment. « Peu importe comment je la traite, peu importe ce que je ressens pour elle. C’est MA femme ! Je suis encore ton duc ! Je suis toujours ton frère ! » Et au travers la colère dans sa voix, il y a la blessure. Il y a la douleur et la tristesse.  Il vient se rasseoir. Sa main ensanglanté s’étire pour attraper le verre de son frère qu’il ramène vers lui, au travers les éclats brisés, avant de se servir une lampée d’alcool qu’il porte immédiatement à ses lèvres. « Comment as-tu pu te permettre? Me manquer de respect ainsi, me trahir de la sorte. »

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Dim 24 Juin - 6:16

« Oh, tu t’en rends compte à présent ? Une révélation, peut-être ? Où était-il ton sentiment, ces dernières années ? »

Tu es en colère et les mots t’échappent. Puis tu te tais, le regard d’abord fixé sur Bartholomé, tu suis ses mouvements dans la cabine.  À défaut de parler, d’avouer, tu écoutes. Et quand il vient enfin s’asseoir en face de toi, tu baisses les yeux. C’est plus fort que toi. Tu voudrais avoir la force de vaincre ton frère pour garder la femelle, comme te dis toujours Arthes. Mais ce n’est pas si simple, lorsque tu as en face de toi ce frère en question. Un frère que tu aimes, sincèrement, et dont tu vois la douleur à présent tout autant que la colère. Tu t’en veux… Un peu à tout le moins. Il te questionne, après avoir tout déballé, après avoir haussé le ton, et étalé devant toi sa souffrance. Une souffrance que tu accueilles dans le silence. Ta colère s’assourdit, même si ta voix en tremble encore quand tu prends enfin la parole.

« Tu n’as pas dit non non plus, que je sache. Ne mets pas l’entièreté du blâme sur elle, Bartholomé. Tu vaux mieux que ça. » Tu n’irais pas jusqu’à dire que Jehanne n’a aucun tort. Ce serait mentir. Mais de là à tout lui imposer ? Non, ça, tu ne peux pas le supporter. Tu as de nouveau levé les yeux vers lui en parlant, et c’est le regard planté dans celui de ton frère que tu poursuis. « Tu crois que c’est ainsi que je voulais les choses, Bartholomé ? Tu crois que je ne te préfèrerais pas heureux avec elle ? Me connais donc tu si peux ? » Tu ne peux pas lui en vouloir de douter, mais curieusement ce doute te fait mal, et il rompt une bonne part de ta colère, laissant ta voix tremblante de la panoplie d’émotions qui t’habitent plutôt que de colère. « Je ne voulais pas l’aimer. Je ne le voulais pas. Et c’est vrai que mes premières visites, les deux premières années au moins, n’étaient qu’amicales. J’ai cherché à prendre mes distances lorsque j’ai réalisé quel genre de sentiments elle faisait naître chez moi. Mais tu n’as pas idée à quel point elle était malheureuse de ton traitement, et des moqueries des nobles qui se pensaient justifier à cause de ton comportement. Tu n’as pas idée à quel point elle était misérable. Tu n’en voulais pas, de ta femme. Tu le lui as clairement montré, tu l’en as détruite. Elle n’était qu’une ombre dans les couloirs du château. Et son état me faisait honte. J’avais honte de contribuer à l’horrible état dans lequel Ansemer mettait sa duchesse. Je n’ai pas su… »

Tu nies de la tête en ravalant ta salive. Tu as du mal. Tu lui en veux, et il le sentira certainement à travers sa façon de s’adresser à lui. Si tu as commencé par faire son procès, c’est pour qu’il comprenne qu’il était aussi responsable de ce qui vous arrive, à tous les trois. S’il n’avait que porté un peu d’attention à sa femme… Si seulement…

« Je n’ai pas su l’ignorer, la regarder souffrir, alors que lorsque je lui rendais visite j’arrivais à lui tirer quelques sourires. As-tu déjà aimé, Bartholomé ? Aimé au point de ne vivre que pour la voir heureuse ? Avec Geneviève, peut-être ? » Tu n’attends pas qu’il te réponde. Tu as peur d’être interrompu dans ta lancée et tu juges préférables de terminer ce que tu as commencé. « Quoi qu’il en soit, au bout de quelques semaines je n’en ai plus pu. Je m’inquiétais trop pour elle pour ne pas lui rendre visite. Je m’inquiétais, alors que tu ne te souciais pas d’elle. Je veillais sur elle alors que tu la démolissais, jour après jour… Crois-tu seulement qu’elle t’aurait donné Bertille si je n’avais pas été là pour la soutenir ? »

Le silence regagne soudain ses droits sur la pièce alors que ta gorge se noue soudain à la mention de Bertille. Tu baisses les yeux, cherchant tes mots, cherchant la voix qui te manque soudain. Tu inspires lentement, profondément. Quand tu lèves de nouveau la tête vers ton frère, ton regard est embué de larmes que tu cherches tant bien que mal à refouler. « Je l’aime. Comme je t’aime. Mirta sait que j’aurais 1000 fois préféré que vous soyez heureux ensemble. Vous ne méritiez ni l’un ni l’autre le sort qui vous a été réservé. Mais tu semblais heureux… » Pas elle, aurais-tu envie d’ajouter, mais tu te tais un instant, inspirant un coup.

« Je suis prêt à quitter Port-Liberté pour de bon. Je m’installerai à Vivécume et me ferai muter dans une autre caserne. Mais je t’en prie. Cesse de la punir autant pour quelque chose qui n’était pas de son fait… Les enfants ne méritent pas cela… » Tu as hésité sur le déterminant à employer avec enfants… Tu as presque dit « mes », mais tu t’es ravisé. En espérant que ce ne soit pas trop tard…

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Dim 24 Juin - 18:12

C’est donc vrai.

Il le savait. Au travers des doutes il l’avait su dès l’instant qu’il l’avait soupçonné. Il n’avait jamais voulu le croire. Il avait naïvement espéré que malgré les preuves, malgré les confirmations, que Bertin nierait encore et encore. Qu’il le convaincra de le croire. Mais d’entendre son frère le dire est tout autre.
Il savait au fond de lui, que cette journée serait leur perte. Il s’était préparé, mais pourtant. Comment peut-on vraiment être prêt à cela?

Et il l’écoute. Il n’a pas le choix, alors que le prince d’Ansemer parle finalement, avouant, racontant, sans laisser le moindre silence qui lui permettrait de répliquer. Alors son regard planté dans le sien, son regard dur et froid, il l’écoute. Il l’écoute plaindre Jehanne, peindre ce portrait de malheur et de tristesse, il l’écoute alors qu’il lui reproche cet état dans laquelle elle s’était trouvée. Il l’écoute alors qu’il semble se penser tellement mieux. Il l’écoute les doigts fermés, la mâchoire crispée à lui en faire mal. Il l’écoute lui demander s’il a un jour aimé, mais il ne comprendra jamais.
Il l’écoute mais il ne veut pas le comprendre. Il ne veut rien savoir de ses explications. De ses histoires. Il l’écoute mais il préférerait qu’il se taise. Il se fiche bien du pourquoi et du comment. Il se fiche bien des raisons et des regrets. Tout ce qui compte c’est qu’il l’aime. Tout ce qui compte c’est qu’il s’agit bel et bien de lui. Tout ce qui compte c’est qu’il l’a trahi. Un autre jour, plus tard, il comprendra peut-être les raisons de son cadet. Un autre jour il pourra peut-être avouer qu’il aura lui-même posé ce piège qui lia son frère et sa femme. Un autre jour, loin, qui n’était ni aujourd'hui ni demain.
D’ici là, qu’il se conforte lui-même, le prince d’Ansemer, en se disant que s’il avait agi ainsi c’était par bonté, par bienveillance, par respect pour la duchesse. Avait-il pourtant oublié que sa première loyauté se devait d’être à son duc? Avait-il oublié les liens de sang qui les liaient, tous deux? N’avaient-ils jamais importés, alors?

Il parle de Bertille et le duc se retient de se relever d’un bond. Comment ose-t-il lui parler de Bertille à présent? Bertille qui… est-ce que…? Non. Son esprit se ferme, plus encore qu’elle s’était fermée d’abord aux premiers doutes sur Bertin. Son esprit se ferme pour cet enfant qu’il aime tant, désespérément, plus que tout. Son esprit refuse d’aller dans cette direction, de douter. Bertille est à lui. Elle est sienne, jamais elle ne sera à son frère.
Qu’il ne l’approche plus, d’ailleurs.

Mensonges. Encore des mensonges, qu’il lui dit, qu’il lui donne, alors qu’il prétend qu’il aurait préféré qu’il soit heureux avec sa femme. Il n’aurait pas agi ainsi, s’il avait vraiment souhaité qu’il soit heureux. Il n’aurait pas agi contre lui, en laissant son coeur aimer cette femme qui n’était pas la sienne, en entretenant cet amour interdit. Il aurait dû savoir, que s’aventurer sur les pavés de cet amour qui n’aurait jamais dû être n’aurait fait que semer la destruction. L’éclatement de la famille d’Ansemer.

« Non. » C’est tout ce qu’il finit par répondre. Son regard est sombre, de colère, de douleur, de tristesse, de rancoeur, de haine, de regrets. Il se sert à nouveau un grand verre d’alcool. Il en a vraiment besoin, cette fois. Il le porte à ses lèvre, avale un gorgée, et se lève. Il sort, sur le petit balcon. Même la mer cette fois ne pourra pas l’apaiser, même l’horizon, infini de bleus et de vagues ne saura calmer les maux de son coeur. Il ferme les yeux un instant, et projette son verre de toute ses forces loin dans le sillage du navire. Il disparaît, englouti, et Bartholomé crispe les doigts, avant de baisser le regard sur sa main pour y voir les légers filets de sang. C’est leur relation de frère qu’il vient de projeter loin, c’est l’amour fraternel qu’il vient d’abandonner au fin fond des abysses, et même s’il s’en retrouve blessé, meurtri, il ne peut se permettre de s’arrêter pour se lamenter de cette perte. Les heures de la nuit viendront chercher ses pleurs et sa souffrance, mais sur ce navire, sur ces eaux, sur les terres qui sont siennes, il est duc, souverain d’un duché qui se fiche bien de ce qu’il ressent. Il ne peut être question d’amour et de ressenti et de sentiment. Pas lorsqu’on est duc, pas lorsqu’on est prince. Il vient essuyer sa main sur sa chemise, tâchant de rouge le nacre de celle-ci, et se retourne pour retrouver l’intérieur de la cabine.

« Tu ne m’aimes pas Bertin. Tu ne peux pas dire m’aimer et me trahir. ME TRAHIR PENDANT PLUS DE DIX ANS ! Être à mes côtés alors que je t’aurais TOUT donné ! Être à mes côtés et m’avoir menti ainsi ! » Il lui en veut. Il lui en veut plus encore d’avoir brisé ce lien entre eux d’eux que d’avoir aimé Jehanne. Il lui en veut d’avoir brisé cette confiance qu’il lui portait, qu’il ne pourra plus jamais lui donner. D’avoir détruit la seule véritable famille qu’il avait. Il était seul, à présent. Leur père depuis si longtemps décédé, leur mère qui avait fini par le suivre quelques années plus tôt, Jehanne à qui il n’avait jamais pu faire confiance, et maintenant Bertin à qui il ne pourrait plus jamais faire confiance. « Tu n’avais pas le droit. TU N’AS PAS LE DROIT. » Il peine à contenir sa colère à présent, alors que les mots s’envolent et qu’il hurle sur son cadet. Ils doivent se douter, là haut, sur le pont au dessus d’eux, que les voix qui se lèvent ne sont pas celles d’une discussion passionnée. Ce sont les torrents de destruction d’une famille qui se déchire.

« Il est trop tard pour essayer de t’éloigner et de faire ce que tu aurais toujours dû faire. Agir comme un frère, comme un prince d’Ansemer. » Trop tard pour essayer de sauver Jehanne de cette vagues qui va tous les engloutir. Trop tard pour protéger Bertille qu’il tente lui-même de garder à flot du mieux qu’il peut, mais qu’il ne sait comment elle prendra la suite qui vient. Trop tard pour cet enfant, cet enfant qui n’est pas encore né, qui n’aurait jamais dû être créé même. Trop tard pour essayer de fuir. « Je ne peux pas te laisser quitter comme cela Bertin. » Sa voix est plus douce, déterminée, détachée. Il y a une fracture et dans ces mots la douleur semble moins présente que la résignation.

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Dim 24 Juin - 20:54

Tu ne bouges pas d’un poil quand Bartholomé se lève. Tu ne le suis pas du regard. À quoi bon ? Pour mieux voir sa souffrance ? Pour mieux voir le mal que tu as fait à ton frère ? À ton sang ? Non… Tu restes immobile, le regard posé sur le bord de la table dont les détails semblent presque intéressants, d’un coup. Les marques d’usure, du temps… Et pourtant la fidèle solidité… Exactement ce que vous avez perdu aujourd’hui, songes-tu. À moins que tu ne réussisses à lui faire ouvrir les yeux, mais son ton, ses cris font éclater le peu d’espoir que tu avais encore. Est-ce seulement possible de discuter alors qu’il s’est muré dans sa colère, dans sa haine ? Tu l’ignores… Mais c’est un combat que tu refuses d’abandonner. Tu as avoué, mais tu n’es pas un lâche pour autant.

« Qu’en sais-tu, de mes sentiments, Bartholomé ? Que sais-tu des sentiments humains ? Tu as poussé ta femme sur les berges de la mort et tu étais sur le point de perdre la face auprès de tous tes sujets. Ils savent tous, à travers le duché, à quel point tu la méprise. C’est d’un évident ! Aurais-je du la laisser se prendre la vie ? Alors tu m’aurais accusé de t’avoir trahi en ne prévenant pas l’imprévisible ! » La colère tend encore ta voix, ton regard est déterminé, fixé sur ce frère qui t’accuse si durement. Oh, peut-être le mérites-tu un peu – beaucoup en fait – mais tu refuses de te laisser accuser alors qu’il ignore ses propres torts.

Tu as réussi à garder ton calme jusque-là. La conversation est particulièrement désagréable, et la colère de ton frère te happe avec la force d’une tempête hivernale. Tu te sens balloté dans tous les sens, et pourtant tu t’accroches à quelques mots prononcés avec rage par ce frère que tu ne reconnais pas tellement la colère le transforme… Tes traits s’endurcissent, et ta voix devient acérée quand tu lui lances soudain : « N’oses JAMAIS dire que je n’ai pas agit comme un prince d’Ansemer ! Je t’ai trahi en tant que frère, oui, mais pas en tant que sujet, ni en tant que prince. J’ai été fidèle au duché, j’ai veillé sur tes arrières et je me suis assuré que ton dédain d’elle ne te fasses pas perdre tes alliés. Ai-je choisi les meilleures méthodes ? Non. Mais n’oses pas me dire en face que je ne suis pas fidèle au duché. Pas alors que je risque ma vie pour lui, pour TOI, depuis treize ans ! »

Ton poing frappe soudain la table et tu te lèves. La colère bout en toi et tu n’arrives plus à garder ton calme. Ta voix s’est élevée, et les derniers mots ont forcément été entendus par bon nombre de matelots. Tant pis, tu n’en as plus cure. Quand tu te retournes vers Bartholomé, tu as un sourire mauvais aux lèvres.

« Je ne peux pas me retirer, tu dis ? Que feras-tu ?  Me renvoyer ? Me juger ? Pour t’avouer, publiquement, cocu depuis plusieurs années ? Pour devenir la risée de ceux qui, dans ton dos, trouveront que c’est bien fait pour toi ? Et que feras-tu si l’enfant ressemble comme deux gouttes d’eau à Bertille ? Laisseras-tu le doute planer sur la légitimité de ton héritière ? Leur permettras-tu, aux gens, de te ridiculiser en te croyant paranoïaque ? » Tu t’approches, tu te penches soudain vers lui pour lui susurrer mauvaisement : « Je t’ai déjà sacrifié ma fille. Oseras-tu ? »

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Dim 24 Juin - 23:02

Il a envie de répondre que oui. Il a envie de dire que si Bertin avait laissé Jehanne s’enlever la vie, tout aurait peut-être été plus simple, et aujourd’hui ils n’en seraient pas là à présent. Bertin aurait peut-être dû faire le deuil de cette femme, il en aurait certainement voulu à Bartholomé, mais le temps aurait peut-être rattrapé les choses et ils s’y seraient rapprochés. Bartholomé aurait été soulagé, de se débarrasser de sa femme ainsi. Son deuil n’aurait pas été aussi fort que si elle décédait aujourd’hui. Sa voix n’aurait pas résonné à ses oreilles, elle n’aurait pas éveillé les souvenirs de ses sentiments, l’aurait-elle seulement pleuré? Probablement que non. Aurait-il accusé Bertin alors? « Nous en serions peut-être pas ici aujourd’hui si tu l’avais laissé. » Qu’auraient-ils dit, tous, son peuple, ses sujets, si leur duchesse s’était laissé mourir de l’attention qu’il ne lui avait jamais octroyé? Peut-être que Bertin avait un peu raison, peut-être qu’il y aurait eu scandale. Mais il n’avait rien évité, il avait reporté le tout, simplement. Ils ne pouvaient s’en sortir sans heurts, à présent. Ni Bertin, ni Jehanne, ni lui-même.

Il sent chez son frère aussi la colère éclater. Alors qu’il tente de défendre ses actions comme prince, alors qu’il avoue la trahison fraternelle mais refuse celle à Ansemer. « Tu oublies qu’Ansemer c’est MOI. » Ce frère qui a trop souvent voulu se soustraire de ses devoirs, qui à voulu s’éloigner des obligations. Qui ose lui dire qu’il est fidèle à Ansemer, alors que s’il l’avait vraiment été, il en aurait fait plus. « Tu oublies tout ce que tu m’as toujours refusé, par paresse. Parce que tu préférais voler. Parce que tu préférais… avoir plus de temps pour me trahir dans mon dos. »

Et il se lève, finalement, Bertin, et ils sont tous deux face à face, dans cette confrontations qui les détruit chacun. Leurs mots sont criés, leur voix trop forte, la mer trop calme pour qu’elle les enterre ; dans la cabine close il n’y a qu’eux deux, mais au delà des portes fermées les marins se sont arrêtés, alarmés de ce qui se passe là-bas. Le capitaine est descendu, et il hésite. Quelques uns de ses hommes sont à ses côtés, quelques gardes aussi, tous flanqués là, silencieux, interdis. Le navire entier est en pause autour du drame qui semble se dérouler à l’intérieur. Les gardes ne feront rien, ils ne bougeront pas sans les ordres du duc. Les marins n’oseront rien, non plus, sans celles de leur capitaine.

Qu’est-ce qu’il ferait? Il était trop tard maintenant pour garder la face. Les soupçons étaient déjà là, dans l’esprit de plusieurs. Il ne pourrait pas s’en sortir indemne, il le savait. Mais il ne pouvait surtout pas laisser impuni les gestes de son frère. Parce que peu importe qu’ils l'apprennent aujourd’hui ou dans bien longtemps, ils l’apprendraient un jour, n’est-ce pas? Il rage, Bartholomé, les poings serrés, en écoutant son frère. Il veut lui répondre qu’il n’y aura pas de doute, quand il fera certifier la paternité des enfants d’un mage des lignées. Mais Bertin se penche, et les mots suivants le fige un instant. Un court instant. Juste assez pour que son univers entier se fissure davantage, juste assez pour que son coeur se serre, et que devant ses yeux l’image de la fillette qu’il aime tant éclate en un millier de mensonges aussi. Il en aurait la nausée si ce n’était la colère et la rage qui se prend de lui. Sa main se lève, attrape son frère par le collet, ses doigts se crispent sur le tissus, serrant avec force, le gardant si près de lui. Son regard est noir, plus encore qu’il ne l’a été jusqu’à présent, sa colère est vive, et il n’y a nul doute que c’est le père - le père qu’il a toujours cru être - qui répond. « Ce ne sera JAMAIS ta fille. » Il ne veut pas accepter cela. Son coeur ne veut pas accepter cette vérité. Bertille est à lui. « Il est trop tard pour prétendre, pour toi, pour Jehanne, pour ton bâtard. » Les mots sont crachés presque à la figure de son cadet.

Il a ouvert la porte, le capitaine. Hésitant, incertain, inquiet. Il l’a ouverte sans un bruit, au travers les mots échangés entre le duc et le prince. Et il est là, dans l’embrasure de sa cabine, sans oser entrer, derrière lui quelques marins, tous interdits, témoins de cet échange. Le duc a simplement tourné le regard pour acquiescer sa présence, sans lâcher Bertin, avant de retourner son attention vers son cadet. « Qu’importe que je sois la risé aujourd’hui, Bertin. Qu’en serait-il s’il venait à se savoir que le duc d’Ansemer n’a rien fait? Aucun de mes sujet ne s’en serait sauvé sans conséquences. Tu n’es pas mieux qu’un autre, tu es toujours un sujet de ma couronne, mon frère ou non. » Il le relâche, et son regard se porte sur le capitaine, qui est resté là, sur lui et ses hommes. Un seul geste de la tête, et il n’a pas besoin d’en dire plus, ils ont entendu assez pour sembler comprendre ce qu’il insinue. Le capitaine d’un geste de la main ordonne, et deux marin bien battis entrent pour s’emparer de Bertin, tenter de le retenir, s’emparant d’un bras chacun pour restreindre ses mouvements.

Ce n’est plus que leur confrontation à présent. Elle est terminée, celle-là. C’est une sentence devant témoin qu’il s’apprête à délivrer, alors se redresse, roulant les épaules en arrière pour que ses mots soient porteur de la justice d’Ansemer, de sa justice. « Je pourrais te faire exécuter pour haute trahison. Je devrais certainement le faire. C’est une faveur que je te fait, Bertin, parce que tu es mon frère. Pour mère et pour père. Ce sera bien la seule, la dernière. Je te destitue de tous tes titres, toutes tes terres. Je t’exile d’Ansemer. » Son regard est froid, glacial. Ses mots sont durs, mais solides, décidés. Il a mal, mal de dire ces mots, mal de prononcer cette condamnation. Mal de perdre son frère, mais il est trop tard. Il l’a perdu depuis si longtemps déjà, qu’il se rend compte à présent. Les mensonges, les fausses vérités, tout ce qu’il a bien pu lui dire toutes ces années durant. Il se sent trahi, blessé, au plus profond de son âme, de son coeur, par la seule famille qu’il avait, par la seule famille qui à ses yeux comptait.

Alors il a mal de dire ces mots, mais il sait qu’il ne pourra plus jamais porter le même regard sur Bertin. Et ces souvenirs d’un temps heureux, de sourires complices, de légèreté à ses côtés, ils disparaissent tous en un instant. Brisés en mille éclats, qu’il serait certainement beaucoup trop long de réparer, impossible. « Je ne veux plus te voir. Tu n’es plus mon frère. » Et il avait encore plus mal de dire cela. Parce qu’il aurait tant aimé que ceci n’arrive pas. Il aurait tant souhaité avoir Bertin à ses côtés. Parce qu’il lui avait fait confiance, de tous, c’était à lui seul qu’il s’était confié. C’était à lui qu’il avait partagé sa colère, son désarroi, la vérité. C’était lui qu’il avait permis de voir Jehanne. Et c’était lui qui l’avait trahi. Toutes ces années.

« Emmenez-le, » il s’adresse aux deux marins qui retiennent fermement Bertin. Ils n’oseront pas désobéir, car même si aujourd’hui sur ce navire Bartholomé n’est pas leur capitaine, ils savent pertinemment que c’est leur duc qui leur ordonne. Et il ne suffit que d’un regard vers ce dernier pour comprendre qu’il pourrait les faire emprisonner à leur tour s’ils ne faisaient qu’oser questionner son autorité. « Enfermez-le. Surveillez-le. Qu’il ne quitte ce navire que lorsqu’il fasse port en dehors de mon duché. » Pas un regard de plus pour Bertin. Pas un adieu. Rien. Bartholomé se retourne, et laisse son frère se faire entraîner jusqu’à ce qui sera sa prison pour les prochaines semaines. Pas une fenêtre, non plus, dans cette petite pièce à bas de cale où il sera confiné. Qu’une lampe, ainsi que quelques rayons qui réussiront à traverser les planches. Les marins lui serviront le repas, bien plus que ce qu’il aurait eu droit comme simple prisonnier, et lui apporteront des vêtements pour se changer, mais c’est tout ce qu’ils oseront faire pour rendre la vie du prince prisonnier plus tolérable, prince qu’il n’est plus, d’ailleurs. Quelques semaines plus tard, quand le bateau fera escale au premier port d’Outrevent, Bertin se verra libéré. Il sera salué du regard désolé des marins, qui repartiront soulagés de ne plus porter à leur bord ce prisonnier qu’ils auraient préféré ne jamais avoir dû escorter. Il ne sera plus Bertin prince d’Ansemer, ni même qu’il ne sera plus Bertin de Vivécume. Simplement Bertin perdurera.

Et Bartholomé aura alors perdu son frère, sa famille.

Il n’adressera pas un mot de plus à personne sur ce navire. Il s’enfermera dans la cabine du cabine quelques heures encore, à en vomir, à en être malade, des aveux de son frère, de la perte de ce dernier, de la sentence qu’il venait de prononcer, de celle qui suivrait, de Bertille. De Bertille qu’il ne pouvait s’empêcher d’aimer malgré tout. De Bertille qu’il ne voulait pas croire qu’elle n’était pas sienne. De Bertille qu’il ne voulait pas accepter qu’elle n’était pas sienne.

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Message Sujet: Re: Éclatement d'Ansemer   Lun 25 Juin - 1:06

Tu brûles à l’intérieur. De colère. De remords aussi. Tu as mal, un mal qui s’insinue dans tout ton corps, qui rend vivre pénible, là, maintenant. Tu voudrais répliquer, tu voudrais hurler, lui crier dessus. Pire. Tu voudrais le frapper. Un bon coup droit à la mâchoire. Mais si tu serres les poings, c’est justement pour t’empêcher de t’en prendre à lui physiquement. Parce qu’il y a les marins. Les gardes. Les mages. Vous êtes observés soudain, et tu n’as plus comme arme que ton regard et sa propre fierté.

Tu te tais, parce que tu sais que la décision de ton frère… de ton duc… même pas. De ton ex-frère, de on ex-duc, est définitive. Rien de ce que tu diras ne le fera changer d’avis. Alors tu accepte ta sentence. En silence, la gorge nouée, la nausée au ventre. Avant que tu ne t’en rendes compte, tu es flanqué de deux costauds que tu regarde un instant avant de te libérer d’un vif geste, les repousse même un peu de ta magie s’il le faut. « Je ne résisterai pas. Montrez-moi ma cellule. » Tu es surpris du calme qui habite ta voix alors que ton corps tout entier tremble, que tu luttes pour retenir tes larmes, que tu poses un dernier regard empli de dégoût sur ton ex-frère. Tu accompagnes les marins sans un mot de plus, incapable de quoi que ce soit d’autre qu’un vague « merci » lorsqu’ils t’indiquent l’emplacement de ta prison. Prisonnier… une nouvelle tendance, pour Bartholomé. Ça fait presque chic, tu suis la mode. Mais la blague ne te fait pas rire.

Laissé enfin seul, tu t’effondres. Les larmes commencent à rouler sur tes joues, et la douleur qui monte en toi est telle que tu ne sens même pas l’écorchure du bois sur tes genoux alors que ton corps happe le sol, incapable de te soutenir davantage. Dans le ciel, un peu plus loin, le long cri colérique d’une dragonne se fait entendre, et tu reconnais aussitôt Ambroisie. Je vais le tuer ! Non… Il mérite de mourir ! Oui… mais pas aujourd’hui… si tu brûles le navire, tu me tues aussi. Je suis enfermé… Retourne plutôt à Port-Liberté… Préviens Obsession et Rackham… récupère ce que tu peux de nos affaires, et rejoins-moi quand je mettrai pied à terre… J’ai besoin de toi…

Tu sais qu’elle obéi à contre-cœur. Parce que tu n’as pas tort, elle te tuerait aussi dans le processus. Et parce que, plus que jamais auparavant peut-être, elle sait que tu as réellement besoin d’elle. Tu l’imagines voler au-dessus de la mer, avec l’éclat du soleil sur ses écailles citrines, tu l’imagines planer au-dessus de l’eau, frôler les vagues de ses griffes avant de remonter soudain. Tu imagines… et tu pleures, à chaude larme, tout ce que tu viens de perdre. Tu n’arrives même pas à étouffer tous tes sanglots. Tu as tout perdu… tout… sauf Ambroisie, sauf la chevauche… et c’est à elle que tu te raccroches. À elle et à Arthes qui, pour une fois, ne te dis plus de te battre pour Jehanne. Parce que tu as perdu. Elle comprend à présent que ce n’est pas une question de combat entre mâles… Qu’il y a des forces qui sont bien au-delà de tes propres actions…

Les jours suivants, tu t’endors constamment, épuisé d’avoir pleuré ta vie. Puis, un jour, tu es certain qu’il a quitté le navire, et tu n’en peux plus de resasser sans cesse tes problèmes sans solution immédiate… alors tu supplies presque qu’on te donne un travail à faire. N’importe lequel. Même le plus désagréable des boulots, tu le feras. Juste pour t’occuper l’esprit… Pour avoir quelque chose à faire. Il aura eu ce qu’il voulait, au final, Bartholomé… Tu travailles sur un navire… mais c’est trop tard pour que ça lui plaise…

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