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 Des vagues d'adieux

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La Noblesse
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Message Sujet: Des vagues d'adieux   Dim 8 Juil - 5:26


Livre III, Chapitre 4 • La Légion des Oubliés
Bartholomé d'Ansemer & Jehanne de l'Ancre-Fleurie

Des vagues d'adieux

Ou des aveux. Ou des reproches. Ou plus encore. Ou rien.



• Date : 24 juillet 1003
• Météo (optionnel) : Couvert
• Statut du RP : Privé
• Résumé : L'enfant de Jehanne est mort, et elle, toujours en vie. Il s'était promis de ne pas aller la voir, dans cette nouvelle prison qu'il lui a imposé en l'attente du procès, pourtant il y est allé tout de même, le duc d'Ansemer.
• Recensement :
Code:
• [b]24 juillet 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3920-des-vagues-d-adieux#146083]Des vagues d'adieux[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer & Jehanne de l'Ancre-Fleurie[/i]
L'enfant de Jehanne est mort, et elle, toujours en vie. Il s'était promis de ne pas aller la voir, dans cette nouvelle prison qu'il lui a imposé en l'attente du procès, pourtant il y est allé tout de même, le duc d'Ansemer.



Dernière édition par Bartholomé d'Ansemer le Dim 8 Juil - 5:40, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Dim 8 Juil - 5:32

Des coups frappés à sa porte. Un garde, alors qu’il ouvre, qui hésite un moment, avant de dire : « Elle demande un médecin. » Il n’a pas besoin qu’on lui dise qui est elle. La question ne se pose pas. Un silence qui s’installe, un moment qui s’éternise. « Mais allez lui en chercher un ! » La porte qui se referme, le garde qui est parti. Des questions. Elle n’en a jamais demandé un seul, au cours des trois mois précédents, c’était toujours lui qui les lui envoyait. Est-elle malade? Mourante? Ou s’agit-il du bébé? Il aurait pu le lui refuser, peut-être qu’elle en serait morte, tout aurait-il été plus simple? Il ne peut pas.



C’est le lendemain qu’on revient le voir. Le médecin lui-même, cette fois. « L’enfant est mort, Votre Grâce. » Il ne répond qu’un simple merci marmonné, avant de retourner s’enfermer dans son bureau. L’enfant est mort, Jehanne est en vie.



Il s’était promis qu’il n’irait pas la voir. Pourtant il était là, devant la porte de sa nouvelle prison. Il avait fait renvoyer les gardes un peu plus loin, et seul il hésite ou à frapper, ou à entrer, ou à partir. Il s’était promis qu’il ne serait pas faible, que jusqu’au procès il la laisserait seule. Que pas une seule fois il ne viendrait cogner à sa porte. Il l’avait toujours fait, pourtant. L’ignorer. Il avait tenu bien plus longtemps, à l’éviter, à la tenir loin de ses réunions, de ses soirées. Pourquoi cette fois-ci n’en avait-il pas été capable? Pourquoi était-il là à présent, à souhaiter la voir? Pour cet enfant mort? Cet enfant qu’il n’avait jamais voulu, cet enfant qu’il avait toujours sû n’être pas le sien, cet enfant qu’il avait détesté dès le premier instant ? Non. Il n’en avait que faire du bébé déjà mort. Il n’en avait que faire de l’enfant de son frère et de celle qui avait été sa femme. C’était même un soulagement, un problème en moins. Jamais il n’y aurait de questions s’il avait grandi pour ressembler à Bertille.

Pour Jehanne. C’était pour cela qu’il était là. Parce qu’un instant, la fraction d’un moment, il avait pensé qu’elle pouvait mourir. Il avait pensé qu’elle pouvait mourir et son coeur s’était serré. Quel idiot il faisait, non? S’en débarrasser, c’était ce qu’il avait toujours voulu, et pourtant, maintenant que c’était fait, ou presque, il… regrettait? Non, ce n’était pas cela. Parce qu’il ne regrettait pas les actions prises, il ne regrettait pas la répudiation, il ne regrettait pas les accusations, il ne regrettait pas le procès à venir. Il avait hâte, même, que tout cela soit fini, qu’elle soit jugée, loin. Qu’il puisse passer à autre chose, qu’il puisse l’oublier comme il l’avait toujours fait, avant. Qu’il puisse rester avec Bertille, seul. Qu’il puisse se les croire morts, tous deux, elle et Bertin. Parce que tant qu’elle serait encore ici, tant qu’il la saurait encore emmuré quelque part dans son palais, il ne pourrait totalement taire la jalousie qui avait resurgit en lui.

Sa main se lève, hésitante, et frappe deux coups. Il attend, un moment, dans le silence qui lui répond. A-t-elle entendu? Sa main descend, vers la poignée, se referme sur celle-ci, et il la tourne, ouvre la porte.

Il ne sait pas, ce qu’il est venu lui dire. Rien? De nouveaux reproches? Des excuses? Des réponses?

Il n’a plus rien à lui enlever, plus rien à lui offrir. Peut-il encore la faire souffrir davantage? Est-elle encore capable de le tourmenter de sa simple présence, de sa voix et de ses mots?

Il n’est pas enivré du rhum ou de l’alcool, cette fois. Bien sobre, bien lucide. Est-ce le duc, l’homme ou le mari qui vient la retrouver? Le père, peut-être aussi. Son visage est froid, ses expressions indéchiffrables, peut-être un peu troublé. Il ne dit rien. Il est réduit au silence, oh l’ironie !
Muet, le duc d’Ansemer, à cet instant, face à celle qui fut sa femme, sa duchesse, qui n’était maintenant plus grand chose.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Lun 9 Juil - 12:29

Jehanne n’a pas quitté son lit depuis trois jours. Depuis qu’on lui a repris sa fille, que son corps, épuisé, brisé, s’est laissé aller contre les draps, elle n’a pas quitté l’endroit. Depuis que l’enfant est parti, porté par une sage-femme au regard désolé qui a marmotté quelques mots à l’encontre de la mère désemparée. La réalisation a mis du temps à arriver.

La première chose qui l’a prise, c’est cette sensation de froid. De vide : en elle, autour d’elle, alors que le silence se réinstallait, qu’il la prenait à la gorge et venait étouffer jusqu’aux larmes qui refusaient de couler. Il n’y avait pas d’enfant dans ses bras, pas de berceau dans un coin de la pièce, pas de cri, d’autre respiration que la sienne. Pas d’autre vie que celle d’une noble répudiée par un duc qui a passé treize ans de sa vie à la haïr et continue sûrement aujourd’hui.
Les larmes sont venues, après. Les sanglots, une fois seule, alors que le palais s’éveillait. Des perles brûlantes qui s’écrasaient sur ses joues, glissaient sur sa peau, brouillaient son teint et sa vue. D’épuisée par l’effort, elle a fini par rendre les armes en pleurant. Elle a glissé dans l’inconscience d’un sommeil profond, où plus rien n’était possible.

Un repos qui est devenu son quotidien. A quoi bon se lever, quand même le corps se refuse à obtempérer, qu’on est traversé de mille douleurs, que respirer amène des larmes et des souvenirs ? A quoi bon tenter même de rester éveillé, dans une réalité où tout ce qui l’attend n’est que désespoir et horreur ? Elle n’a pas oublié, la blonde, que bientôt il lui faudra paraître à sa condamnation. Que bientôt il lui faudra se présenter devant un tribunal acheté qui aura déjà statué sur son sort, qui, au mieux, l’enverra mourir à petit feu dans une prison autrement moins confortable que celle où elle loge pour l’instant. Sur ça, la Lagrane n’a aucune illusion non plus : Bartholomé ne lui offrira pas de procès juste.

Sans doute est-ce mieux comme ça. Sa volonté glisse. Sa vie suit. Elle attend. Et quand le sommeil ne veut plus d’elle, elle a juste assez de force pour attraper de quoi lire, écouter les pages tourner – tout pour briser le silence. Plus jamais de silence. Il a fait trop de mal, causé trop de ravages – et pas seulement en elle.
Et le silence vole en éclat un jour, par deux coups à sa porte. Elle voudrait se lever, dire quelque chose, mais l’ancienne duchesse préfère attendre. De toute manière, elle n’arrivera pas à marcher jusqu’à là-bas. Le peu qu’elle puisse faire est de s’assoir, lentement, sur le bord de son lit – de s’y tenir, de peur de tomber. Sa tête se tourne vers la porte qui s’ouvre, et la surprise se peint sur ses traits. La scène fait un écho douloureux dans son esprit. Est-il encore venu déblatérer des horreurs, briser un peu plus ce qu’elle avait de haine pour lui ? Est-il encore enivré, pire encore ? Non, il se tient droit, et son visage est le même qu’à l’accoutumée.

Jehanne ne se lève pas. Elle incline la tête, légèrement, parce qu’avec lui elle ne sait jamais à quoi s’attendre. Pour la première fois, sans doute, c’est elle qui brise le silence entre eux. Elle a de l’inquiétude au fond du regard – et de la peine, tellement de peine qu’elle utilise pour retenir son cœur. « Que… » Elle hésite. Elle ne sait pas comment formuler la chose. Ses mains se nouent devant elle, sagement. Pour s’empêcher de s’énerver, sans aucun doute. « Que faites-vous ici ? »
C’est une simple question, presque douce, sans aucun reproche dans la voix- tout au plus, une pointe de peur, qu’elle entend et qu’elle maudit. Elle n’arrive plus à le regarder, et elle se détourne. Les pensées volent et frappent son esprit, lui rappellent la nuit de juin, la fissure qui s’est creusée. Faites que ça ne soit pas ça. Pas encore.  

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Mer 11 Juil - 16:08

À quel spectacle s’attendait-il en entrant dans la petite chambre de la Lagrane? La voir encore étendue, dans ces draps tâchés de sang, de cette naissance précipitée ? Non, bien sur que non. Il savait que la chambre avait été soigneusement nettoyée, et que de ce bébé déjà décédé il ne restaient dans cette prison plus que les souvenirs de la mère et possiblement encore les douleurs que son corps devait ressentir. La voir debout, digne, droite, comme elle avait accueillie les accusations qu’il lui avait balancé une dizaine de jours plus tôt? Elle n’avait plus grande dignité à conserver, ici, à présent, dépourvue de ses titres de noblesse ansemariens et affublée de celui de traîtresse. La voir en colère, peut-être? De rage et de fureur, contre lui, contre tout ce qu’il lui avait fait subir et ce qu’il lui imposait encore, de pleurs et de cris, d’accusations d’être la perte de son enfant?

Il ne savait pas réellement à quoi s’attendre, mais ses yeux se posent sur le corps frêle assis au bout du lit, sur la femme fatiguée, détruite, qui lève un regard de surprise et d'inquiétude vers lui, avant de détourner le regard. Il continue de la regarder, lui, toutefois. Il veut la détester, plus encore. Il veut se donner les armes pour cesser de penser à elle. Et si elle ne lui fait pas l’écho des souvenirs nostalgiques qui l’avaient tant troublé cette nuit de juin, il n’arrive pas totalement à la peindre dans son esprit comme cette femme qu’il lui était tant facile d’haïr toutes ces années. Pas nécessairement de la compassion, ni même des regrets. Il ne sait plus quoi ressentir, pour cette femme pour qui il doit avoir ressenti toutes les émotions, à présent.

« Je… » Je ne sais pas.  Sa voix s’étire, ses mots s'éteignent avant qu’il ne prononce une réponse. Elle le prend de court. Il n’avait pas de raison. Pas de raison réelle. Et il n’est pas habitué de s’expliquer ainsi, de chercher ses mots de la sorte. « Je venais m’assurer que vous vous portiez bien. » Mensonge. Il sait comment elle va. Il a spécifiquement demandé au médecin de venir lui faire rapport. Et puis qu’en aurait-il à faire, de comment elle se porte? Il devrait espérer qu’elle dépérisse, plutôt, il devrait lui refuser les médecins, la laisser mourir ici. Plus simple.

Il y a un malaise qui s’installe. Il se doute qu’elle aurait préféré qu’il ne vienne pas. Il se doute qu’elle préférerait sans doute ne plus jamais le revoir même. Il n’a jamais su vraiment lui parler, à la Lagrane qui a été si longtemps sa femme. Ils n’ont pas appris, alors qu’il se refusait à discuter avec elle alors qu’elle s’était murée dans son silence obstiné. Il l’avait ignorée, alors, et quand il devait la voir, c’était bien plus souvent pour lui annoncer des faits ou des décisions déjà prises, sans jamais considérer ce qu’elle en pensait. Alors il ne sait pas, comment discuter avec elle. Cela semble absurde, incongru. Il a envie de partir. Encore. Mais il entre par la porte qu’il avait gardé ouverte, referme celle-ci et vient s’asseoir sur une petite chaise qui est là, contre le mur, au plus loin du lit qu’il lui est possible d’être. Ses mains viennent se serrer ensemble, alors qu’il glisse un regard sur la pièce.

Un raclement de gorge, finalement, avant qu’il avance quelques mots. « L’enfant sera rendu à Messaïon plus tard, aujourd’hui. Souhaiteriez-vous assister à la cérémonie? Océane pourrait vous y accompagner. » Les tempêtes des derniers jours avaient rendu impossible le départ en mer des bateaux qui transportaient quotidiennement les disparus pour les rendre au Dieu des Océans. Mais le temps semblait s’être calmé, et les corps enveloppés dans des linceuls bleus pourraient finalement trouver repos au fin fond des mers. Bartholomé n’irait pas, bien évidemment. Et la présence de Jehanne n’avait pas même été initialement prévue, mais il est là, ici dans cette pièce, et dans le silence lourd et le malaise pesant c’est tout ce qu’il trouve à proposer.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Ven 13 Juil - 15:13

Peut-être est-ce une hallucination, son esprit qui déraille. Peut-être que la mort de sa fille a amené dans sa tête tout son lot d’images absurdes et qu’elle joue avec ses perceptions et sa vie. Peut-être que le deuil, c’est sa raison qui le fait, au lieu d’elle-même. Peut-être, encore, qu’elle imagine des choses qu’elle voudrait entendre – comme ces rêves à la limite de la conscience. Elle est faible, et le monde autour d’elle n’a plus l’air si réel. Il se limite à cette chambre, prison où l’air quelquefois peine à circuler. A la vue qu’elle a par les carreaux. Il n’y a rien de plus, et si elle sortait, elle n’était même pas sûre de savoir par où aller, vers qui ou quoi se tourner.
Alors quand il parle, qu’il lui annonce la raison de sa présence ici, Jehanne ne le croit pas. Comment pourrait-elle le croire ? Sa mâchoire se serre, ses dents se rencontrent et ses lèvres se pincent. Dans son visage fatigué, le tout donne l’impression qu’elle se retient de pleurer ; elle est loin des larmes, la Lagrane, pour l’heure. Elle sait reconnaître ses mensonges. Elle le connait, sur ce terrain. Elle le connaît dans ses colères, dans son refus, dans ses oublis. Elle le connaît dans tout ce qu’elle a subi, et elle ne sait rien des autres côtés, même si elle le voudrait.

Si en treize ans, même à la naissance de Bertille, même aux autres fausses couches, il n’a pas pris la peine de se déplacer pour s’enquérir de sa santé à elle, il n’y a aucune raison qu’il le fasse aujourd’hui. Elle n’en dit rien, la blonde aux mains qui s’accrochent entre elles désespérément pour qu’elle n’explose pas – un dernier silence qu’elle lui offre, qu’elle lui jette, pour essayer elle-même de s’en débarrasser comme l’on jetterait au loin quelque chose sur le point d’exploser. Là où avant elle était celle à le manier, aujourd’hui elle ne cherche qu’à l’éloigner d’elle, cette arme qui la ronge doucement.

Elle prie juste qu’il ne sache pas la retourner contre elle. Il a à sa disposition une myriade d’autres tortures à lui imposer, pourquoi alors prendrait-il celle-ci ? Tant qu’il s’imagine qu’elle la maîtrise encore, tout est bien.
Elle tourne la tête vers lui, alors qu’il reprend la parole, et contre ses lèvres la nausée combat vaillamment le fou rire nerveux. Il fait mal, mais la douleur, elle y est habituée. Elle voudrait pleurer, lui dire de se taire, qu’il n’a aucun droit de parler d’elle pas plus qu’il n’avait le droit de seulement penser à sa fille, lui dire qu’elle ne devait pas mourir. Elle voudrait tant de choses que ça ne franchit pas ses lèvres. Elle pousse un soupir, quelque peu tremblotant, et son sourire sur son visage peine à cacher toute la douleur.  « Je ne peux pas me lever, encore moins marcher. Même avec de l’aide, il me serait impossible d’y aller… Encore plus si je dois supporter de la voir encore une fois. Je lui ai déjà dit adieu. Et... Je ne veux pas de traitement de faveur. Si vous êtes là juste pour ça… » Elle cligne des yeux, les larmes glissant un peu.
Pas devant lui.

Jehanne le fixe, darde son regard sur lui, alors que les larmes se stoppent, soumise à une réalisation que son esprit fatigué lui impose. Elle ne pleurera pas plus, elle ne se l’autorisera pas. « Au fond c’est juste ça que vous vouliez. Venir contempler la victoire complète, une vengeance parfaite, un juste retour des choses. » Sa voix tremble, par moments, sans qu’elle ne sache la contrôler. « Voir ce que treize ans m’ont déjà infligé ne vous a pas suffi. Il fallait faire pire, même avant de savoir, venir en pleine nuit pour… » Les mots se perdent. Elle reprend son souffle. Derrière les reproches, il y a de la peine, une véritable tristesse qui gonfle et enfle jusqu’à emplir toute sa voix. « Alors voilà. C’est passé, de toute manière. Vous avez gagné, encore. » Les larmes sont combattues, vaillamment repoussées au fond de ses yeux, mais elle ne se fait aucune illusion. Il ne se satisfera pas de juste ça.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Lun 16 Juil - 5:27

Elle ne répond rien, quand il lui annonce la raison de sa présence ici. Raison à demi vraie. Raison qu’il ne pourrait réellement expliquer lui-même. Tant mieux, il ne veut pas s’éterniser sur ces raisons, il ne veut pas lui même se forcer à chercher ses intentions. Il préfère se laisser à croire que c’est vraiment cela, que c’est uniquement pour s’assurer qu'elle va bien, par sympathie, pour ce bébé, pour cette naissance. Pas pour le reste.
Il la regarde, parce qu’il n’a que cela à faire, dans cette toute petite pièce, face à elle. Il la regarde, son visage changer d’expression, se serrer, contenir des larmes, contenir de la colère, peut-être? Elle aurait toute les raisons de l’être, elle aurait toutes les raisons de lui hurler après. Elle n’est pas sans tort, et ils n’en seraient pas là aujourd’hui si elle ne s’était pas embarqué dans cette relation avec Bertin, si elle n’avait pas poursuivi les mensonges jusqu’à souhaiter continuer porter cet enfant, souhaiter qu’il vivre. Mais le duc n’avait certes pas rendu sa vie facile, toutes ces années durant. Et l’isolement dans lequel il l’avait de force plongée ces derniers mois, pour tenter de protéger sa réputation, d’abord, et pour se faire justice, maintenant, l’avait clairement affaiblie. Elle pouvait lui en vouloir, pour toutes ces années, pour maintenant. Elle pouvait lui crier après, mais pour l’heure c’était encore un silence qui s’était étendu. Un silence duquel il aurait dû être habitué, un silence qui a présent le rendait mal à l’aise.

Alors il l’avait lui même meublé, ce silence, d’une proposition qui n’était pas prévue, d’une proposition qu’elle refuse, parce qu’elle n’est pas en état. Il laisse ses mots s’étirer, attendant une suite, mais quand ces derniers meurent sans rien ajouté, il enchaîne simplement. « Bien. J’enverrai Océane alors. » Elle ne veut pas de traitement de faveur, mais il enverra Océane seule accompagnée de quelques gardes sur un bateau qui ne déposera à la mer de disparu que ce seul poupon. Le fera-t-il pour elle, pour son frère? Il ne saurait dire. Pour lui-même, peut-être, pour éviter la curiosité de ce qu’il n’aura en fait pas annoncé. Le murmure de la mort de cet enfant adultérin glissera de les bouches de quelques domestiques, de quelques gardes ou médecins. La rumeur que l’enfant de la duchesse était mort né quittera le palais pour atteindre quelques ruelles de la capitale. Mais bartholomé n’en fera pas d’annonce. À quoi bon? L’enfant n’était pas le sien, mais le fruit de l’amour de deux traîtres. Il était mieux ainsi, dans l’oubli.

Et elle vient fixer son regard dans le sien pour poursuivre, ensuite. Enfin, c’est des reproches qu’elle lui adresse, et il est comme soulagé de cette direction qu’elle a prise, parce qu’il est si facile de se murer dans la colère pour lui répondre. « Je n’ai pas gagné, ce n’est pas un jeu ! Rien de tout cela est un jeu, Jehanne ! » Qu’aurait-il pu avoir gagné à présent? La perte de sa femme? Oui, peut-être se retrouvait-il libéré d’elle, mais le voilà qui était à nouveau seul sur le trône, avec seule héritière cette enfant qu’il continuerait de faire croire sienne. Et s’il venait arriver quoi que ce soit à Bertille, alors il n’aurait plus de garanti. Son trône n’était plus aussi sécure. Il n’était même plus heureux, de la voir perdre ce titre qu’elle lui avait volé par un stratagème finement ficelé. « J’ai perdu treize années de vie, treize années de règne, avec une femme qui ne m’a jamais soutenu, en qui je n’ai jamais pu avoir confiance. Et maintenant nous sommes en guerre. » Il se lève, il lâche son regard, fait quelques pas à droite, quelques pas à gauche, besoin de marcher, pour calmer la violence de ses mots, calmer son esprit, qu’il sait trop facilement s’emporter ces temps-ci. « Je n’ai pas le choix. Je n’ai même plus de frère, à cause de toi. Je me dois d’être un duc fort, et j’ai trop longtemps laissé coulé cette attitude. Je t’ai trop longtemps laissé trop de liberté. » Est-ce des explications, des excuses, quelque chose du genre? Sa pensée continue, les sentiments qui se mêlents aux reproches, il la tutoie ici, pour l’atteindre plus encore, il la vouvoie là, pour l’éloigner davantage. Il mentionne Bertin, il reste vague, ce n’est pas intentionnel, mais il oublie aussi qu’elle ne sait pas, qu’elle ignore qu’il la fait bannir et qu’il est présentement lui-même captif, sur les mers, sur ce qui était son navire et qui porte encore son nom. Il n’a rien gagné, tant qu’elle sera ici, tant qu’elle continuera de le tourmenter par sa seule présence, tant qu’elle accaparera ses pensées et ses actions et tout ce qui se dira autour, il n’aura pas gagné.

Il cesse de marcher, se retourne vers elle, s’avance d’un pas, même, sans être proche il l'est tout de même un peu plus. « Je n’ai rien gagné, encore. Au procès, quand vous serez jugée, peut-être. Ça viendra. Je n’ai rien gagné pour l’heure, mais vous perdrez, assurément, je vous le promets. » Dans son regard il y a cette colère douce, mêlée à ce trouble et cette tristesse. Il y a une pointe de vengeance, oui, qui y brille somme toute. Il voudrait avoir gagné, déjà. S’il avait gagné, il ne serait pas ici, aujourd’hui, à venir la voir, encore. N'est-ce pas?

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Lun 16 Juil - 15:06

La mère en deuil n’aurait pas pu se rendre aux funérailles de sa fille. Elle ne s’en sentait, déjà, pas la force. Elle ne pourrait pas non plus chercher à profiter d’une clémence de sa part : à tous les coups, il le lui ferait payer au centuple. Comment, elle n’en savait rien. L’enfant recevrait de la part de sa génitrice un deuil profond, des prières en son nom murmurées nuit et jour dans le silence de la chambre qui l’avait vu naître. Elle ne le verrait pas disparaître : peut-être était-ce mieux, en un sens. Sans doute était-ce mieux, pour tous les deux. Un instant, ses pensées se tournèrent vers Bertin – morsure glacée dans son coeur. Le saurait-il ? L’apprendrait-il, bientôt, un jour, jamais ?

Elle ne lui souhaitait pas. Tout comme elle ne lui souhaitait pas de venir à son simulacre de procès. Tout comme elle ne lui souhaitait pas mille choses secrètes, enfermées dans son coeur.
Son regard fatigué, éclairci par les larmes retenues, ne quittait pas Bartholomé : elle pensait le toucher. En un sens, oui.
En un autre, c’est lui qui la blesse. Encore. Et encore. On a l’habitude, pas vrai. « A qui la faute, tu n’as jamais pu me faire confiance parce que tu n’as jamais cherché à voir plus loin que les erreurs initiales qui ont pu nous lier ! »

Ca, il n’a pas le droit. Il a eu treize ans à l’ignorer, mais elle n’a jamais su jusqu’à quel point il avait cherché à l’effacer de sa vie. Un goût de bile remonte dans sa gorge, âcre, son coeur se serre : littéralement, en treize ans, elle a la confirmation que les efforts qu’elle a fourni n’ont été que du vent. Qu’il n’en sait probablement rien, que tout ce qu’elle a voulu bâtir comme elle le voulait, de son âme charitable dont il ne sait rien, il n’a que faire.
Elle est si stupide d’avoir cru qu’un jour elle pourrait aider Ansemer.

« J’ai passé treize ans à tenter de me faire accepter par ton peuple ! Je suis allée aussi loin que je le pouvais sur tes terres, j’ai aidé les miséreux, les illettrés, les familles en peine, ceux qui ne peuvent pas se faire entendre. Lorsque l’épidémie a frappé, j’étais dans les rues, à aider comme je le pouvais. » Aussi droite qu’elle le peut, elle le fixe. « J’ai passé ces années où tu ne regardais pas à faire en sorte de ne pas te nuire. » De t’aider, comme je le pouvais. Par amour du prochain. Par respect pour... « Tu en penseras ce que tu veux, mais si j’avais voulu saper ton autorité, j’aurai passé treize ans à  attendre dans mes appartements que le temps passe, comme tu sembles t’être représenté ma vie. »

Son coeur se serre, un peu. Beaucoup. Elle ne sait pas si elle peut seulement mentionner son frère sans craindre ses foudres. Elle n’a rien à dire à ce propos, par ailleurs. Ou plutôt si. Elle aurait trop à dire. Que c’était de sa faute à elle, s’il l’avait perdu. Qu’elle avait retenu le Chevaucheur auprès d’elle, alors qu’ils auraient du tout arrêter après le premier baiser. Qu’elle savait combien il respectait son frère, combien tout ça pendant des années avait pu le ronger.
« Ce n’est pas la liberté qui m’a poussée à fauter, tu le sais très bien. » C’était la solitude. La douleur, dans un duché qui avait fini par la tolérer mais au départ ne voulait pas d’elle.

Un rire lui échappe. Brisé. Nerveux. Triste comme un sanglot qui le suit. « Je n’ai plus rien à perdre. De toute manière, nous savons tout deux que l’issue du procès est déjà décidée, pas vrai ? Parce que tu resteras, au final, le seul avec le véritable pouvoir de décision sur ce qu'il doit advenir. »

Elle dit ça comme si c’était une évidence. Appuyée contre le cadre du lit, dont les montants simples sont suffisamment solides pour la supporter, elle fixe un mur vide. Les remords dansent dans son esprit. Toutes ces choses qu’elle n’a jamais pu lui dire, les reproches, la haine, la rancoeur, la rage. L’admiration, respect, bien enfouis mais quand même présents. Si proches de ses lèvres maintenant qu’il les a déterrés. Elle n’a plus rien à perdre, sa fierté est en miettes.
S’il l’apprend maintenant, souffle son esprit affaibli, ça ne lui fera rien.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Jeu 19 Juil - 4:55

C’était plus simple, de lui refuser toute confiance. C’était plus simple ainsi, que de vivre dans la crainte qu’une fois parti un jour, sur les mers au loin, elle ferait organiser un coup comme son père. Il ne s’était pas arrêté à chercher plus loin que la perte des illusions de cette nuit fastidieuse, Bartholomé. Non. Elle était autant Lagrane que son paternel, et si ce dernier était capable de telle chose, sûrement la fille l’était aussi. C’était plus simple, de la croire de connivence, c’était plus simple, de refermer les portes d’une confiance qu’il aurait pu lui partager. Ainsi elle ne pouvait pas le trahir. Non?
Elle avait trouvé moyen, malgré tout. « Et j’ai bien fait. » Il ne voudra pas s’avouer que si il lui avait laissé la chance, peut-être que tout aurait été différent, peut-être que cette trahison n’aurait pas eu lieu. « Même le silence ne t’aura pas empêcher de me mentir ! » Si elle ne parlait pas et s’il ne lui laissait pas la chance de prendre ne serait une parcelle de son pouvoir ducal, il aurait dû être protégé, qu’il s’était laissé croire. Oh, à présent, qu’il serait difficile de faire confiance à nouveau.

Il s’est arrêté dans ses mouvements, et immobile la fixe alors qu’elle s’insurge, tenter de lui faire valoir les efforts qu’elle aura passé les treize dernières années à faire auprès du peuple d’Ansemer. Il les connaît, tous, ces derniers. Ces actions qu’elle prenait, jamais il ne l’a empêchée, parce qu’au travers de ces dernières c’était au peuple d’Ansemer qu’elle faisait bien, et Bartholomé aimait son duché, aimait ses gens. On le lui disait, que la duchesse avait quitté le palais pour aider, pour écouter, pour soutenir, ces familles moins bien nantis d’Ansemer. Il haussait les épaules, en guise de réponse, avant de toujours changer de sujet. Si ça pouvait l’occuper, si ça pouvait l’éloigner même. « C’était la moindre des choses. » Il ne veut pas pas croire qu’elle l’ait un tant soit peu respecté, qu’elle ait respecté son autorité. Il veut la détester. Il veut l’hair, plus encore, la tenir coupable de tout, l’éloigner de son esprit de son coeur, pour que la suite soit plus facile. « Ça n’aurait pas changé grand chose, alors que tu t’obstinais à rester muette. Ça aurait été peut-être plus simple, même. » Sûrement qu’il l’aurait répudié plus tôt, en fait, si ça avait été le cas. Possiblement que Geneviève aurait fait présence à son bras plus tôt encore, et qu’il l’aurait peut-être même épousée, elle ou une autre, pour remplacer cette duchesse fantôme. Mais justement, malgré son silence, Jehanne avait tout de même pris quelques des responsabilités de ce titre, de celles que le duc lui laissait prendre. Et malgré tout ce qu’il lui interdisait, malgré l’attitude avec laquelle il la traitait, c’était une duchesse convenable, et une bonne mère pour Bertille.

Est-ce qu’il le sait vraiment, ce qui a poussé la Lagrane à fauter? Sûrement. Impossible de ne pas se douter alors que pour lui-même l’attitude de la blonde l’a poussé à retourner dans le bras de ses Compagnes ; c’est son attitude à lui qu’il aura poussé la jeune femme à chercher le réconfort autre part. Dans le secret, parce qu’il était évident qu’il n’aurait laissé faire s’il savait. C’était une chose, pour lui, d’être au bras de toutes ces femmes en reléguant son épouse en arrière plan, s’en était une autre, à ses yeux, que cette dernière, malgré tous les traitements, fasse de même. Ce n’était pas chose pensable, pas quand c’était elle qui devait porter et mettre au monde ses héritiers ; il ne pouvait y avoir aucun doute sur la nature de ces dernier. C’était le futur d’Ansemer qui en dépendait.
Et malgré tout, il serait là à continuer de prétendre Bertille sa fille ; elle était tout de même d’Ansemer, de ce sang qui les désignait comme les élus de Messaïon. Et il l'aimait, plus que tout, mais ça c’était autre chose.

Il la toise un moment, résistant l’envie de la gifler, alors qu’une vague de sentiments tous plus contradictoires les uns que les autres frappent son coeur. Oh, si seulement elle avait fauté ainsi avec quelqu’un d’autre, n’importe qui, sauf Bertin ! Il ne répond pas, au final. Comme voulant éviter un sujet, celui de son frère. Lui aussi, il préfère l’oublier.

Elle ne le regarde pas, après ses mots suivants, qui sont sans doute autant de vérité qu’il peut en être. Parce qu’elle a raison. Ce n’était pas tant un procès pour connaître sa culpabilité ; ça il le savait déjà. Il était là pour salir la réputation de la Lagrane, pour salir celle de son Bertin par le fait même, un peu aussi ; pour lui nuire, à la blonde, par delà même les frontières. Et pour asseoir davantage son autorité, aussi. Inspirer la crainte, que même les plus hauts titres de noblesse ou les liens de sang ne pourraient protéger. « L’issu de ce procès n’est déjà décidé que puisque nous connaissons d’ores et déjà la vérité. Simplement, alors tous la sauront. » Et nul alors ne pourra prétendre que les motifs pour répudier Jehanne auraient pû n’être que simple inventions de sa part.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Jeu 19 Juil - 15:33

Elle voudrait hurler, la duchesse déchue. Elle voudrait avoir contre lui tous ces mots qu’elle a retenus, pendant des années, avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’il ne la détruise totalement, qu’il ne reste plus d’elle qu’un corps qui s’éparpillera en bas d’une falaise, d’une tour, fleur de passé et de sang qu’on aura tôt fait d’oublier. Elle voudrait lui parler, réellement, ne pas seulement s’opposer à lui mais pouvoir lui parler. Treize ans sans jamais une discussion, même silencieuse. Jamais n’a-t-il pris la peine ou le temps de lui parler. De la rage du mariage, ils étaient passés à l’indifférence et aux blessures quotidiennes. Aux oublis d’invitation, aux Compagnes assises à ses côtés, à sa place, parce qu’il a toujours su que sur ses terres il était le maître et que le monde devait se plier à sa volonté.
Elle voudrait hurler, juste lui parler, aussi. Mais elle ne sait pas. Elle ne sait pas comment s’adresser à lui pour qu’il n’explose pas. La hait-il donc tant que ça ? A-t-il pour la faible femme que le moindre souffle de vent pourrait emporter tant de colère ? C’est de ta faute, Jehanne. C’est elle qui a tout gâché.

« Personne n’aurait écouté, de toute manière. » murmure-t-elle, pour elle-même. Personne ne l’a jamais écoutée. Il n’y a eu que Bertin. Et encore, elle ne lui a jamais tout dit. Elle a passé sous silence tellement de moments, tellement de douleurs, qu’elle ne sait même plus ce qu’il sait d’elle. « Rien n’a jamais été simple. » Les phrases qui sortent d’entre ses lèvres portent sa fatigue, une tristesse qu’elle ne retient même plus. Elle ne pleure pas sa couronne tant honnie, elle ne pleure pas de revenir à un statut moindre.

Ses yeux quittent le mur, en viennent à trouver les siens, sans honte, sans regret. Presque sans regret. Elle l’a dit elle-même. Elle a fauté. Elle n’a pas utilisé le mot tromper, elle n’a pas nommé l’acte en lui-même. Elle n’a pas utilisé aimer. Elle a fauté. Sur le chemin de la rédemption qu’elle n’obtiendra jamais, elle a tout de même fait un pas.

« Tous sauront ce qui est vrai, c’est sûr. » elle secoue la tête. « Tous penseront comme toi, que je n’ai fait ça que pour te nuire, orchestrer ta mort et prendre ta couronne. Je suis ravie de voir qu’au moins tu sais mieux mentir que moi. » La remarque est amère, et la blonde serre les lèvres. « La vérité, ils ne la connaîtront pas. Ils oublieront aisément les femmes que tu m’as imposées, juste parce que tu ne voulais pas de moi. Ils oublieront tes conquêtes qui s’asseyaient à tes côtés, à ma place, lors des cérémonies officielles auxquelles j’étais reléguée dans l’ombre. Ils oublieront comme ils ont sans doute oublié que j’étais ta femme, jusqu’à ce que tu leur rappelles, que tu fasses comme si ça t’importait que j’ai pu en aimer un autre. »


« Tu n’as pas refusé de m’épouser. Alors TU ES À MOI ! »


Une nuit de juin revient frapper sa mémoire. Elle n’a rien oublié de ses mots. Ses yeux ne le quittent pas, mais ils semblent ailleurs. Perdus. Comme si elle sombrait.
« Je sais que je suis au moins coupable de ça. De l’avoir forcé à rester. » Elle serre ses mains, s’y accroche, pour ne pas totalement couler.
Elle tremble pourtant, la blonde, pâle figure appuyée contre le bois sombre du lit et les draps bleutés. Elle tremble, parce que les souvenirs reviennent la hanter, parce que de toutes les douleurs, il n’y a eu que celle de ses sentiments rencontrant la haine du duc encore et encore pour vraiment la briser, la contraignant à ce silence.
Ses yeux se ferment.

Les lunes baignent la pièce où ils se fixent, où l’alcool ramène des souvenirs pour les détruire. Leurs corps se rapprochent, les mots sont douloureux, les gestes brûlent leurs peaux et laissent des marques dans leur mémoire. Elle sent encore sa main tenir la sienne. Elle refuse le sentiment poignant qui la prend, elle refuse l’envie de se perdre dans ses bras sous le couvert de la nuit, parce qu’il ne se souviendra de rien au matin. Mais elle ne le refuse pas lui.


Et lorsqu’elle reprend la parole, curieusement calme, on ne sait pas vraiment si elle le cite ou si elle parle pour elle.
« Comment en est-on arrivé là, Bartholomé ? »
Il n’est pas ivre, cette fois, et elle n’est pas surprise au saut du lit. La question est emplie de souvenirs, autant qu’elle l’est de peine.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Sam 21 Juil - 4:55

Rien n’a jamais été simple. En effet. Bercé dans les illusions et dans l’ignorance, il s’était fait croire que tout pourrait continuer ainsi. Mais leur vie n’avait jamais été simple, et ne le serait sans doute jamais.

Mais des illusions il n’y a plus à se faire, à présent. Brisé, leur univers. Brisés, tant les espoirs que les mensonges. Les possibles que le improbables. Si bartholomé avait d’abord préféré faire croire que la grossesse de la blonde était celle de leur enfant, c’était pour tenter de sauver les apparences. Par crainte du changement, par crainte de ce qui adviendrait, par après. C’était une solution qu’il avait crû plus simple, mais qui au final ne l’avait jamais été. Aurait-il été capable, de poursuivre ce manège, une fois l’enfant au monde? À présent confronté à la réalité, à cette vérité qu’il ne pouvait plus taire, plus alors que son frère avait été impliqué, il ne savait pas ce qui serait le plus ardu.

Le procès serait assurément simple, oui. Et Jehanne voyait juste, dans ce qu’il l’attendait. Il était inévitable qu’elle en ressorte coupable. Et la vérité qu’ils apprendraient serait certes peinte pour avantager le duc. La laisseraient-ils même parler, la blonde, si elle venait à vouloir se défendre en reportant le blâme de ses actions sur Bartholomé, sur son attitude envers elle, sur ces femmes qu’il lui imposait, sur sa place qu’il avait si souvent offert à autrui? Sûrement que la Lagrane n’était pas sotte au point de tenter, toutefois. « Je n’ai pas à justifier mes actions, Jehanne. Et ils n’ont pas tâche de faire le procès de mes actes. Je suis duc d’Ansemer, et ce titre de duchesse que tu avais n’auras toujours été que celui que j’ai voulu te laisser. Nous ne sommes pas en Lagrance ici. » Il ne dit pas, que la jalousie qui s’était éveillée en lui était vraie, malgré tout. Qu’il ne l’avait pas compris, d’abord. Comment pouvait-il être jaloux de cette femme qu’il avait laissé en second plan, dans son ombre et celles de toutes ces Compagnes? C’était les souvenirs qu’elle avait éveillé, en lui parlant à nouveau. C’était cette image de cette femme qu’il avait aimé, avant, qui était revenue. Et il était jaloux qu’un autre puisse aimer celle qu’il avait jadis aimer, celle qui pour lui ne serait plus jamais cette version.
Elle n’a pas besoin de le savoir. Il ne veut pas qu’elle ne sache, qu’il regrette ce passé qui le fait encore souffrir à présent.Il veut oublier, ces sentiments. Il lui en veut, de sans cesse les lui ramener.

Ses mots suivants lui font serrer les dents, et si la colère violente et soudaine du jour où il l’a répudiée n’est plus, sa version plus contenue est toujours en lui. « Tu m’as volé mon frère Jehanne ! » Dès les premiers mots échangés, assurément. Dès les premiers sentiments, il avait perdu Bertin. Sa voix s’est brisé un peu dans ces mots, parce qu’il a encore mal. Il a encore mal, le duc, de la trahison qu’il n’aurait jamais imaginé Bertin être capable de mener, et de mener en lui mentant ainsi, pendant de longues, très longues années. Il a mal parce qu’il avait confiance en Bertin, et c’était la personne qu’il aimait certainement le plus, hormis Bertille.

Elle semble se perdre un instant la blonde, et le duc attribue cela à la faiblesse. Il a tort, toutefois, car quand elle reprend la parole finalement, calmement, il s’arrête, fronce les sourcils. Les mots font échos aux siens, ceux qu’il a prononcés cette nuit de juin, cette nuit où l’alcool lui fit rejoindre la Lagrane. Elle le prend au dépourvu, et il n’a pas envie d’aller là, d’aller dans ce monde de questionnements et de sentiments qu’il veut oublier. Des images lui reviennent en tête, des images floues que l’alcool lui a fait oublier et qu’il n’a pas cherché à se souvenir au réveil. La peur, dans les yeux de Jehanne. « Ce n’est… » Il ne finit pas la phrase commencée, ses mots s’étirent et se perdent, meurent dans un silence. Il cligne des yeux, et la fraction d’un instant il voudrait oublier tout autour, il voudrait oublier le procès à venir, et s’arrêter pour réellement discuter avec elle, tenter de comprendre ce qui entre eux d’eux n’aura jamais fonctionné. Mais il ne veut pas se le permettre.

Il rejette les sentiments, il rejette les remises en questions. Il veut la détester, il ne veut pas se laisser, encore, une nouvelle fois, à l’aimer. Plus maintenant. C’est terminé.
Il retourne alors son regard, mais le sien est encore froid, presque rigide. C’est l’habitude de ce masque d'indifférence et de mépris, et non pas une réelle absence de sentiments. « Pourquoi avoir brisé ton voeu de silence, après tout ce temps? » La question est légitime, en soi, mais c’est aussi un reproche masqué. Et une façon de ne pas répondre, même.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Dim 22 Juil - 1:33

Croit-elle pouvoir se justifier, croit-elle pouvoir trouver une faille dans le discours de son mari – ex-mari – qui puisse lui permettre de l’attaquer, à ce niveau ? Croit-elle, elle, pouvoir lui répondre impunément et seulement pouvoir le toucher ? Croit-elle qu’il va lui répondre, qu’il va lui apporter une explication sur son comportement ? Croit-elle encore, simplement ? Enfermée dans son esprit comme elle l’est dans cette chambre, toutes les options qu’elle se donne, toutes les phrases qu’elle prononce n’ont plus aucun sens. Elle n’a pas chercher à l’attaquer, avec ses phrases. Elle n’a voulu que lui donner sa vision. Son point de vue. Ce qui a justifié sa disparition, à elle.
Elle ne l’attaquera pas plus sur ce sujet. Il était dans son bon droit de s’entourer de ces femmes dont elle avait depuis longtemps appris à ne plus respecter la profession. Il était dans son bon droit de leur offrir des sourires, des mots aimables, de leur offrir tout ce qu’il lui refusait à elle. Et plus elle s’effaçait, plus il avait semblé se complaire à les multiplier. La blesser, par la multitude.
Une question la taraude, cependant. Pendant que son esprit est encore clair, qu’il parle de leurs statuts, le sien et celui qu’elle a perdu. « Pourquoi ne pas me l’avoir retiré, ce titre, alors ? Plus tôt, s’entend. Tu aurais pu me déclarer stérile, me renvoyer. Ca nous aurait évité… » Elle se tait. Ca aurait évité beaucoup de choses. Mais ça aurait aussi évité Bertille. « Je ne l’ai jamais voulu ce titre. Tu auras au moins du te rendre compte de ça. »

La couronne de duchesse, si peu coiffée, elle ne la voulait pas. Elle n’a jamais été de celles que l’ambition poussait : elle n’a même jamais été de celles qui font des choses, d’ailleurs. La douce, la passive Jehanne. Jehanne l’effacée. Jehanne qu’on ne voit pas, que l’on n’entend pas, pire qu’un fantôme dans les couloirs du palais d’Ansemer. La duchesse dont on ne se souviendra pas.
Sa remarque sur Bertin la fait sursauter, sa voix dégoulinant de la colère qu’elle lui connaît, qu’elle a appris à craindre et à redouter, contre laquelle elle ne peut rien mais se tient quand même droite, vaillante.

« Je ne te l’ai pas volé. » Le doute est là, planté. « Il t’aime toujours, jamais il n’a cessé. Jamais non plus n’avait-il de mot contre toi. Il a toujours juré que si tu regagnais de l’intérêt pour moi, il repartirait. » Comme un substitut. Tu t’es servi de lui, Jehanne. Tu doutes, maintenant, de cet amour si profond que tu as pour Bertin. Bâti sur un mensonge. « Par respect et amour et dévotion pour toi, parce que tu es son frère, il m’aurait abandonnée si tu n’avais que posé un regard sur moi, un jour. Je ne te l’ai pas volé. Tu ne sais pas qu’il a plus souffert que toi, dans cette histoire. » Elle l’aurait laissé partir, s’il l’avait voulu. « Il a toujours été à ton côté. »

Les yeux toujours fermés, elle entend une phrase mourir, en réponse à la sienne – la leur. Elle ne les rouvre pas. Elle ne veut pas le voir. Elle a peur de le voir. Elle a peur de regretter, malgré la quiétude toute relative qui l’envahit. Son souffle se calme. Il ne peut plus rien lui faire. Le bois contre sa tempe, soutien, l’aide à s’ancrer dans le présent.

La question fait sourire Jehanne, d’un sourire triste, faible. Un sourire qui montre son âme. « Je voulais t’atteindre, peut-être. Te rappeler que j’existais, plus que pour être un objet encombrant que l’on remise au fond de sa mémoire ou d’une chambre du palais. Je me suis dit que j’étais déjà condamnée, de toute manière. Que ta colère, contre mes mots ou mon silence, serait la même à endurer. » Elle secoue la tête, un soupir passant ses lèvres. « C’est stupide. Tout ça pour ton attention. »

La tête de l’ancienne duchesse est lourde, mais elle la sait encore remplie de larmes, prêtes à déferler. De mots à prononcer, des mots se brisant parce qu’elle ne veut pas y croire, qu’elle aime ailleurs, qu’elle aime un autre, qu’elle en a mal au coeur de vouloir de lui aussi avoir les faveurs. Les doutes sont grands, maintenant. Ils s’enroulent autour de toi et lentement te détruisent. « Dis-moi. Comment on a pu… » Sa gorge se noue. Elle a besoin de bouger. Ses pieds se posent sur le sol, peinent à l’élever, mais elle se tient, là, les doigts noués autour du montant.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Dim 22 Juil - 5:54

Pourquoi lui avoir laissé le titre de duchesse? Pourquoi n’avoir pas fait annuler ce mariage de sitôt, après la première année à attendre un héritier qui ne venait pas encore, peut-être? L’excuse aurait été légitime, oui, et le questionnement avait rongé son esprit, par moment. Mais ils semblaient contentés, ses conseillers, sa mère, tous, que le duc d’Ansemer soit marié, peu importe qu’il n’ait pour sa femme grand égard. « Parce que… tu convenais. Qu’ils avaient raison, qu’il me faudrait une femme, éventuellement. Tu étais déjà là, alors c’était un soucis en moins, c’était… » Peut-être aussi parce qu’il voulait la garder la Lagrane, par jalousie mais aussi par vengeance. Pour qu’aucun autre homme ne puisse l’aimer, mais pour qu’elle ne puisse elle-même jamais aimer un autre, parce qu’elle semblait se déplaire dans cette vie qu’il lui imposait et qu’il profitait de son malheur pour le faire perdurer, telle une punition. « Alors ton père semblait croire autrement, en me sommant de t’épouser. Mais qu’importe ce que tu puisses penser de cette couronne, elle ne t’a jamais appartenu, de toute façon. » Elle n’a jamais été à Jehanne, malgré le nom d’Ansemer qu’elle avait endossé après leur mariage. Bartholomé avait bien fait de le lui rappeler, en lui accordant ici le droit de s’asseoir à ses côté lors d’un événement officiel, pour ensuite offrir son siège à une autre.

Il roule des yeux, soupire presque, entre ses dents serrés, quand la Lagrane affirme de pas lui avoir volé son frère. Quand elle poursuit, en lui offrant sensiblement le même discours que Bertin lui composa quelques jours plus tôt sur le navire où il finit par le bannir. Il ne veut pas croire que Bertin l’aime, parce que ça fait mal. Ça fait mal de croire savoir ce frère aimant capable de le trahir ainsi. « Quel frère est-il alors pour me trahir de la sorte s’il ose penser m’aimer et me respecter? Quel mensonge t’as-t-il fait croire? » Mais sa gorge se serre, quand sa discussion avec son frère lui revient en tête, quand les mots prononcés se répètent dans sa tête encore bien distincts. Bertin qui lui dit exactement la même chose, Bertin qui lui répète qu’il a fait tout cela pour Ansemer, pour lui, qu’il aurait préféré les voir heureux, qu’il se serait retiré, si jamais Bartholomé avait montré quelque intérêt. Sa gorge se serre, mais il ne veut pas croire ces mots, il ne veut pas croire ces histoires. Il en veut encore trop à Bertin, il lui en veut pour Bertille, surtout. « De mon côté ? Il n’a jamais été que de son propre côté, et du tiens ! S’il est revenu s’installer au palais c’était pour toi, ce n’a jamais été pour moi. Il a toujours refusé ce que je lui ai demandé. Je lui ai proposé d’être mon conseiller, il préférait voler. J’ai voulu qu’il prenne le poste de Capitaine de vol, il a préféré rester simple cadet. J’aurais même transformé Vivécume en marquisat, pour lui. Il préférait perdre son temps avec toi. » Soupir. « Ça n’a plus d’importance, maintenant. » Il ne reviendra pas sur la sentence qu’il lui a imposé, pas même si Bertin disait vrai, pas même si Bertin l’aimait réellement encore. Peut-être plus tard, peut-être dans plusieurs années, peut-être quand Bertille serait grande. Mais la confiance qu’il lui accordait jadis était à jamais brisée. Et la confiance qu’il accordait à tous peut-être aussi.

Il évite la question suivante de la Lagrane, la questionnant plutôt lui même. Elle sourit, avant de prendre parole, et il fronce doucement les sourcils. Savait-elle seulement à quel point elle avait réussi alors, à l’atteindre, en parlant à nouveau? Savait-elle les souvenirs et les sentiments qu’elle avait renaître chez lui, en faisant résonner sa voix à nouveau après tant de temps? Se doutait-elle que depuis cette journée, les baisers de Geneviève n’avaient plus la même saveur? Qu’il les comparait à ceux qu’il avait échangé avec la Lagrane, de très longues années auparavant ?
Elle aurait dû parler plus tôt, assurément, avant que le drame qui les déchire et les détruit à présent les empêche de se retrouver. C’était impossible, maintenant, et les souvenirs ne seraient toujours que cela. Mais peut-être que si elle avait parlé avant. « C’est stupide, oui. » Non. Ce ne l’était pas. En fait si, beaucoup.

Quand la blonde se lève, de peine et de misère, s’accrochant au montant, le duc s’approche d’elle, sans réfléchir, sans laisser sa tête et sa raison l’en empêcher. Son bras vient se poser sur sa taille, pour la soutenir, et ils sont à nouveau proches. Proches comme ils ne l’ont été que cette fâcheuse nuit de juin. Son regard remonte vers le sien, et il n’est pas capable, à cet instant, de la détester. Dans ses yeux, il y a le bleu de ses souvenirs, le bleu de la mer, et il y a aussi le bleu du regard de Bertille, et s’il se laisse y perdre, il y retrouvera des sentiments enfouis qu’il ne veut pas voir ressurgir. « Tu aurais dû parler plus tôt, tu sais. » Sa voix est douce, murmurée, presque. Comme s’il aurait souhaité qu’elle n’entende pas, mais elle aura définitivement entendu. « Avant qu’il ne soit trop tard. Peut-être que… alors… »

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Lun 23 Juil - 16:47

Jehanne serre les dents. Elle les serre, les yeux grands ouverts, pour retenir les mots, pour retenir ce qu’elle ne veut pas dire. Elle en aurait, des choses à lui raconter ! Elle en aurait, des mots, pour sa propre défense. Comment son père n’a jamais voulu son bonheur, seulement pouvoir l’élever, elle. Comment tout ce qu’elle voulait, c’était d’approcher les plantes, d’apprendre encore et encore. De se marier, éventuellement, avec un noble lagran qui aurait fini par récupérer la terre de l’Ancre-Fleurie avec elle. D’avoir une vie douce et paisible, loin du faste et du tumulte d’une cour qui n’avait fait que la haïr. Loin de la couronne qui avait ceint son front à regret, loin de l’océan rageur d’Ansemer, loin de la liberté de ce peuple aussi changeant que les flots, qu’elle avait appris à apprécier.
Jehanne serre les dents. Elle a tant à dire. Mais il n’écoutera pas, car il ne veut entendre que ce qui l’intéresse, et la cause est perdue depuis de longues années. Il sait qu’elle ne voulait pas cette couronne – le sait-il vraiment ? Il sait qu’elle ne voulait pas de ce titre, mais peut-être pendant des années a-t-il pensé qu’elle ne voulait que lui empoisonner l’existence.

Son existence qui tangue, tangue, dans la colère des mots dirigés vers son frère. Dans la réfutation de tout ce que Jehanne sait vrai, parce qu’elle était là, qu’elle l’a entendu, qu’elle connaît Bertin plus qu’il ne la connaît elle. Et elle sent la rage qui aveugle son jugement, qui a brisé une relation si forte. Elle sent la colère qui suinte des mots, autant pour elle que pour l’homme qu’elle aime. Ca n’a plus d’importance.
Le temps se chargera de stopper la colère, pour que la plaie puisse être soignée. « Il a pris la route qu’il estimait la plus apte pour aider Ansemer. Peut-être que ce n’était pas celle que toi, tu avais en tête. Peut-être que tu as raison. Mais il n’aura jamais rien fait pour te blesser, ou pour te laisser. »
Elle ne sait pas s’il entendra. Peut-être que non. Il ne l’entend pas souvent, en même temps.

Une fois debout, sa tête lui tourne. La blonde tente de rester sur ses pieds, parce que son corps refuse de s’allonger, parce que son corps refuse qu’elle reste assise, refuse d’avoir l’air d’attendre une sentence, d’attendre la mort portée par son ex-époux. Oui. C’était stupide. Elle était stupide. Ce n’était pas nouveau, ça. Ses doigts sont fermement autour du montant, faible support, presqu’inutile. Elle va tomber, bientôt. Sur le lit ou sur le sol, mais elle va tomber.
C’est un choc, violent, presque douloureux, lorsque la Lagrane sent un bras autour d’elle. De surprise ses yeux s’écarquillent, affolés, perdus. Ils cherchent la source, ils refusent ce que l’esprit leur souffle. Trouve son regard. Trouve sa présence. Depuis quand n’ont-ils pas été aussi proches, sans animosité, depuis quand n’a-t-il pas posé sa main sur elle sans la blesser ? Juin passe dans ses yeux. Treize ans suivent, lente procession d’instants privés de toucher, privés de présence.

« J’aurais dû ? » Il n’y a pas de colère dans sa voix. Il n’y a qu’une constatation, triste. Brisée.Il doit comprendre, comprendre que dès le début, il n’y avait pas d’autre chemin qu’ils auraient pu prendre.
« J’aurais dû, alors que tu ne prêtais pas la moindre attention à moi ? Quand j’ai fait mon serment, pleine de colère, déjà tu étais occupé à m’ignorer. Alors je me suis effacée. Je… » Ils sont loin, les souvenirs qui résonnent dans les mots de l’ancienne duchesse. Ils sont loin. Et ils font si mal. « Quand on s’est mariés, de force certes, tu ne m’as pas regardée. Quand la nuit est venue, et que les autres nuits en ont été la copie, je n’étais pas une femme à tes yeux. » Elle tremble, là. Les nuits emplies de sang. De sanglots silencieux. De douleurs étouffées dans l’oreiller. « Et ça a continué, et je n’existais plus, Bartholomé. Dans tes yeux, dans tes mots, dans tout le duché, je n’existais plus. » Elle n’affronte pas son regard, elle lui offre le choix. Le choix de la croire. De comprendre un peu de la douleur dans son être. « Et certains soirs je me demandais à quoi cela servirait de se lever le lendemain, je me disais que la chute serait rapide si j’arrivais à atteindre la fenêtre, que de toute manière j’étais déjà morte pour tous. Que tu me haïssais, que c’était le meilleur choix. »

Elle laisse le silence s’installer juste un peu. Elle est loin, si loin. Elle n’a pas l’air de réaliser l’état dans lequel elle est, et, alors qu’elle se sent glisser dans son esprit, ses mots prennent des airs de supplique.
Elle ne plaide plus sa cause, elle en vient à le supplier, le duc, l’homme, pour qu’il l’aide à y voir clair. Qu’il la sorte de cette torture.
Elle prend une inspiration. Ses jambes flanchent, mais elle tient bon. Sa vision se noircit de milliers de papillons qui la brouillent, en portant sur leurs ailes ses souvenirs. « Les années n’ont rien fait pour prouver le contraire. Et puis il y a eu cette nuit, il y a eu juin, et.. Et depuis... » Elle secoue la tête. « S’il te plaît. » La fatigue la fauche, son corps encaisse avec mal le torrent d’émotions, et sa supplique prête à être formulée lui retire la force de se tenir droite. Elle manque de s’effondrer, s’accroche à lui par automatisme. Elle finira à genoux s’il recule. « Dis-moi que tu m’exècres depuis le début. Rassure-moi. » Les larmes coulent, coulent sans finir, et elle baisse la tête, l’ancienne duchesse brisée. « Dis-moi ton dégoût et ta haine, une bonne fois pour toutes. »
Trop tard.
Il doit savoir. Savoir qu’il a définitivement réveillé des sentiments viciés en elle, qu’il a cassé quelque chose. Qu’elle ne lui en veut pas, ou peut-être trop pour le ressentir.
« Parce que je ne supporte plus. Je ne supporte plus de te porter dans mon coeur aussi violemment qu’au premier jour, sans savoir où toi, tu te tiens. » La tête baissée, elle trébuche sur les phrases, elle les utilise sans aise. Elle est vraie. Et tellement, tellement brisée. « Dis-moi que c’est vrai. Que tu veux ma mort, me faire disparaître de l’Histoire, me faire disparaître de ta vie. Que tu le veux, que ce n'est pas pour ne pas ternir ton image. Je t’en supplie. Dis-le. »


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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Mar 24 Juil - 6:51

Il nie de la tête, quand elle le défend, quand elle défend Bertin, qu’elle lui assure qu’il a fait ce qu’il a fait pour Ansemer. Comme Bertin le lui a dit. Il nie de la tête parce qu’il ne veut pas écouter, il ne veut pas entendre, il ne veut pas comprendre et croire. Il veut continuer de garder l’image qu’il s'est forgé lui-même, il veut être fâché contre son frère, il veut le détester et croire que ce dernier a toujours fait cela pour lui nuire. Bertin est loin à présent, exilé, banni. Il ne lui reparlera pas, même si l’envie lui prend, par orgueil au moins. « Ce n’était pas la bonne route, non. » qu’il répond finalement, fermant le sujet, fermant ses réflexions, se fermant à cette vérité qu’il ne veut pas reconnaître. Peut-être que le temps, les mois et les années, lui feront réaliser. Peut-être que le temps, les mois et les années, calmeront la rage et la fureur qui brûle son sang et l’empêche de voir au delà la trahison, au delà la perte de confiance. La blessure sera toujours là, marque indélébile sur son corps et son esprit, cicatrice sur son âme, mais elle finira peut-être par guérir. Pas aujourd’hui.

Et s’il ne peut s’empêcher pour son frère de nourrir et d’entretenir cette haine et cette colère, c’est plus difficile, pour Jehanne, alors qu’elle est là, devant lui. C’est tout ce qu’il voudrait, la détester. Pouvoir la rejeter et lui crier des insultes avec autant de détermination et de froideur qu’il avait prononcé la sentence de Bertin. Il en est incapable, alors qu’il le voudrait tant, et il est là, à s’avancer et s’approcher et poser son bras sur sa taille pour la soutenir. Il n’a pas réfléchi, et il est trop tard à présent alors qu’ils sont proches. Proches comme cette nuit de juin de laquelle il n’a pas tant de souvenirs présents que de vagues sentiments ponctués d’émotions et de nostalgies. Il sait qu’il était saoul, il sait qu’il est allé la voir, il sait que Bertin est venu les séparer. Il ne sait plus ce qu’il lui a dit, sinon qu’il lui en a peut-être dit plus qu’il n’aurait aimé qu’elle sache. Il a tant essayé, de ne pas chercher à s’en souvenir. Continuer à vivre, reprendre les tâches ducales qui l’attendaient, enchaîner les rencontres, ignorer, oublier. Et ça avait fonctionné.

Mais là, alors qu’elle est ici, tout juste à côté, si proche, les émotions et les sentiments semblent vouloir refaire surface. Alors qu’elle relève les yeux et que leur regards se perdent l’un dans l’autre un instant - Il semble la découvrir, elle, maintenant, elle, le souvenir de ce qu’elle avait été, elle, celle qu’il est venu retrouver en juin. Sa voix était douce, contraste de la colère qui pouvait aussi l’animer, et la voix de la Lagrane qui lui répond est aussi douce, plus triste, plus brisée peut-être. Commence-t-il seulement à comprendre la douleur qu’il lui a infligée? La douleur qu’il est encore capable de lui infliger? En est-il seulement capable?

Et elle dit vrai. Elle aurait parlé plus tôt que certainement il ne l’aurait pas écouté. Il avait eu besoin du temps, il avait eu besoin des années, pour que la colère et la rage qui avait fait brûler son coeur devienne de l'indifférence, pour que son amour naisse, pour cette enfant qu’elle lui avait donnée. Il avait besoin de la perdre, pour que sa voix puisse faire résonner dans son esprit des souvenirs et des émotions enfouis. Le drame était inévitable, leur histoire vouée à éclater dans la douleur.
Est-ce qu’il peut réfuter ses paroles? Bien sur, c’est ce qu’il a toujours fait. Défendre sa position, donner raison à ses actions. Est-ce qu’il le veut, à cet instant. Ses lèvres s'entrouvrent, mais aucun mot ne vient. Est-ce qu’il comprend un peu, le duc d’Ansemer? Est-ce qu’il comprend jusqu’à quelle tranchée de douleur et de solitude et de rejet il a poussé sa femme? « Jehanne… je… » Que peut-il lui dire? Il ne peut lui mentir et lui dire qu’il regrette. Ce n’est pas le cas, et elle le sait. Il ne peut lui qu’il comprend, ce n’est pas le cas, pas totalement du moins, ce ne le sera jamais. Elle le sait sans doute, aussi.

Juin. « Non. » Murmure presque inaudible, alors que la blonde continue malgré tout. Qu’elle arrête, qu’elle se taise, avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’il ne soit plus capable, d’ignorer son coeur qui se déchire. Mais elle perd plutôt l’équilibre, s’accroche à lui, et son bras contre elle vient la serrer plus, son autre main s’y rajoute, se pose sur son épaule, ses doigts se mêlent un peu à ses cheveux. Elle ne le regarde pas, mais lui ne peut plus la lâcher du regard. « Je t’ai détesté depuis cette nuit-là, oui. Quand tu as mis Bertille au monde, j’aurais préféré que l’accouchement t’emportes. Mais tu t’en es remise. Lors du Tournoi des Trois Opales, quand vous vous êtes faites attaquées, j‘aurais préféré que tu succombes. Mais vous avez été sauvées. » Sa main glisse, depuis son épaule, doucement, sur son cou, remonte, jusqu’à son menton, qu’il relève, pour qu’elle le regarde. « J’ai tant envie de te détester. Tant envie de t’hair. Je ne demande que ça. » Il essaye. Il essaye de garder le masque de colère et de mépris et de haine, et il y arrive - quand elle n’est pas là. Mais alors qu’ils sont seuls… Il se perd, un moment, dans ses yeux. Dans son regard si triste, brisé, mouillé de larmes. Dans les vagues de ces émotions qui à cet instant les transpercent.

Et il s’approche, plus encore, son visage du sien, ses lèvres contre les siennes, une main toujours sur sa taille, la soutenant, la retenant contre lui. L’autre main encore sous son menton, le pressant vers le haut. Un baiser. D’adieu, peut-être? Une déclaration, en soi.
Il s’écarte, un peu, retire ses lèvres des siennes, mais garde encore un instant ses doigts sous son menton, retrouve son regard. « Je te veux loin Jehanne. Loin de moi, loin de Bertille, loin de mon duché. Je n’arrive plus à te détester, quand tu es là, alors que c’est tout ce que je voudrais. » Il relâche sa main sous son menton, ses doigts glissant sur la peau de son cou avant de s’écarter, venir prendre appui sur le montant du lit qu’elle a relâché pour s’accrocher à lui. Son regard s’éloigne du sien, se perd dans le vide, un peu plus loin. « Peut-être que j’aime encore la Jehanne de l’Ancre-Fleurie que j’ai rencontrée un soir de mai et que j’ai emmenée découvrir une mer scintillante de mille lumières. Elle n’existe plus. Mais peut-être que je l'aimerai toujours. » Son regard retrouve le sien. « Je serai incapable de signer ton exécution, s’il en venait à cela. »
A-t-il seulement déjà été aussi vrai en sa présence? Vrai, et vulnérable.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Mer 25 Juil - 15:22

Jehanne n’aurait jamais cru qu’un jour, elle trouverait la force de le lui dire. De le confronter, sans forcément chercher à lui faire du mal, de simplement se poser face à lui et le mettre devant ce que treize ans avaient accompli. Le mettre devant la douleur et la peine d’une femme qui n’avait pas su l’aimer, qui l’avait refusé, qui s’était détruite pour simplement ne plus exister. Et encore. Encore, elle n’a pas tout dit, car il y a tant à dire ! Il y a les nuits à pleurer, quand il ne venait pas, la tête dans l’oreiller et les yeux gonflés. Il y a les journées à attendre qu’il daigne la recevoir pour une demande, même officielle, pour s’entendre dire par un intendant que le duc n’était pas là pour ce genre de choses et qu’il valait mieux revenir demain.

Il y a la jalousie, froide, dégoûtante, alors qu’elle se tenait trois sièges plus loin de Bartholomé, aux repas, et que son ancienne meilleure amie dînait à sa place et partageait des rires et des regards avec lui. Il y a la jalousie, oui, de savoir qu’à elle, il lui offrait de la tendresse, des caresses, des baisers. Même faux. Même achetés. Il y a la jalousie qu’elle doive se contenter de baisser la tête et d’attendre que la chose soit faite, les dents serrées pour combattre la douleur.
Il y a tout ce qu’elle ne peut pas lui dire, parce que si elle parle, elle va se briser contre lui et le supplier, cette fois, de tout terminer. La journée. L’instant. De prendre sa vie, maintenant, car elle sait qu’il n’attend que ça.
Qu’il la laisse chuter. Qu’il la lâche, qu’elle ne sente plus son corps contre le sien, parce qu’elle n’en peut plus de le savoir si proche. C’est tenter la douleur, l’inviter à venir saccager son esprit et son coeur déjà malmené.
Et il continue. Ses mains sur elle, dans ses cheveux, douces, presque comme les mots qu’elle peut entendre.

C’est peut-être la première fois qu’il écoute sa supplique. Son regard n’ose plus glisser jusqu’à lui. Elle sent son coeur s’alléger un peu.
C’est donc vrai, il la hait. Vraiment. Et ça fait mal, si mal de l’entendre, mais la douleur est libératrice. Ca ira mieux plus tard.
Elle finit par céder, l’ancienne duchesse. Par lever le regard, pour le voir, vraiment. Elle détaille son visage comme si c’était la première fois qu’elle le voyait – et ça doit bien faire au moins dix ans qu’elle n’a pas pu l’observer, ainsi, dans la lumière naturelle. Il n’a pas changé. Ses propres yeux, à elle, s’écarquillent quand il se penche vers elle et l’embrasse.
Et une part d’elle, infime, secrète, répond à ce baiser du bout des lèvres. Il scelle la fin d’une époque qu’ils n’ont pu que gâcher.
Elle a la tête qui tourne, la blonde. S’il n’était pas là pour la soutenir, elle s’effondrerait, perdrait l’équilibre. « Je... »

Mais les mots lui manquent. Son coeur se brise et se répare, en même temps. Il la tue, encore et encore. Son souffle à elle peine à sortir.
Au moins, elle ne pleure plus. Ses mains desserrent quelque peu leur prise de ses vêtements, sans pour autant le lâcher.
« Elle t’a aimé, tu sais. » Elle ferme les yeux. Tout est plus facile, si ce n’est qu’un rêve. « Elle t’a aimé, et elle aurait voulu te rendre heureux. Te rendre fier, avoir de toi toute cette tendresse que je-- qu’elle ne connaît plus. Elle aurait voulu être ta femme. » Et toi, Jehanne ?
Toi, qui ne sait pas ?


« S’il faut que tu la signes, tu le feras. » elle souffle. « Si je dois mourir pour l’exemple… Tu devras le faire. » Elle a tenu à la vie, autrefois. Autrefois. Maintenant… C’est à peine si la volonté de vivre la maintient encore debout. Elle est frêle. Comme un fantôme attendrait pour se disloquer. « Ce n’est pas comme si j’avais encore quelque chose à perdre, maintenant que... » Sa tête se baisse. Il devinera sans mal qu’elle parle de l’enfant. « Je crois que j’aurai voulu t’en donner un autre. En treize ans, j’aurai du pouvoir. » Elle n’était au palais que pour ça, avant.
Sa prise sur lui glisse un peu. Son esprit s’embrume. « Pourquoi ? » murmure-t-elle, hésitante. Il peut la sentir trembler, de larmes contenues – et pourtant, c’est contre lui et non loin de lui qu’elle cherche le réconfort. Ca, elle n’osera pas non plus se l’avouer.
Pourquoi on n’a pas su s’apprécier, s’aimer ?
Pourquoi maintenant, maintenant que c’est trop tard ?


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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Jeu 26 Juil - 6:31

Dans les yeux de la Lagrane il y a la mer qui danse et qui reflète le ciel ; sur ses lèvres il peut y goûter les larmes et le salin de l’océan. Le baiser est court, ponctué d’une délicatesse toute nouvelle, serti d’incertitude et de retenu. Il est autant d’excuses que de souvenirs que de sentiments voilés. Il n’est pas d’ouverture, parce que devant eux la route se brise, se sépare. Il n’y aura pas de suite, pour le couple ducal ansemarien qui n’est plus. Il n’y a qu’une fin, amère et douloureuse.
Dans ce baiser il y a un adieu. À la Jehanne qu’il a rencontrée et qui est devenu sa femme trop tôt, par des moyens sournois qui détruisirent les espoirs de bonheur qu’ils auraient pu vivre. À la Jehanne qu’il aime encore et à leur histoire qui ne deviendra jamais autre chose que ce drame. Un adieu à cet amour que la blonde a su malgré elle faire renaître en lui aux instants où il aurait préféré simplement la détester.

Il resserre ses bras autour d’elle quand elle lui dit l’avoir aimé, pour la garder proche de lui encore un moment, pour sentir son corps contre le sien, pose ses lèvres sur le dessus de sa tête, sur ses cheveux, ferme les yeux à son tour. Un sourire faible vient agrémenter son visage, qu’elle le verra pas. Ils auraient pu se faire de telles promesses avant, et s’il ignore tout autour, s’il oublie ce qu’hier et que demain est, il peut presque croire qu’ils y sont encore, dans ce passé qui était alors empli de possibilités. « J’aurais certainement fini par t’épouser, je crois. Mais tout aurait été différent. » Leur mariage aurait été nourri de sourires et d’amour, de lendemain et de promesse ; pas de rancoeur et de résignation. La frustration de la situation qui les avait éloignés et avait créé ce précipice impossible à refermer n’aurait pas été là, et certainement que les nuits où il l’aurait retrouvé auraient été emplies de caresses plutôt que de violence.

Il ne servait à rien, de revenir sur un passé maintenant scellé, mais peut-être en avaient-ils besoin, pour continuer d’avancer, pour oublier. Bartholomé, du moins, trouverait soulagement dans ces mots échangés. Les sentiments enfermés au moins auraient été libérés ; il ferait le deuil de ces derniers au fil des années, en voyant Bertille grandir pour ressembler à sa mère, en aimant, peut-être, lui-même à nouveau. Rien ne pouvait à présent réparer la douleur des treize dernières années, mais peut-être que sous le voile d’exemple que porterait la fin, sous les masques de colère et de vengeance, peut-être que la fin pourrait leur être un peu plus douce. Un peu plus douce et un peu plus cruelle aussi.

Il devrait le faire, s’il en venait à cela. Pour donner l’exemple, oui, comme elle le dit. Parce qu’il s’est engagé dans cette lignée, parce que quand le procès viendra, c’est une possibilité. Mais il peut aussi l’exiler, comme il a fait pour son frère. « Non. » réponse murmurée, mais le mot tremble sur sa voix. Il ne sait pas, ce qu’il fera, et il préfère ne pas y penser, il n’y arrivera pas, là tout de suite, avec Jehanne entre ses bras. Peut-être que ce sera autre chose, quand les jours auront passés, peut-être que ce sera autre chose, si au procès elle évite son regard.

« Un autre? » Triste sourire qui étire ses lèvres, alors qu’il renouvelle l’emprise de ses bras autour d’elle qu’il avait relâché un peu. Pour ne pas qu’elle puisse voir la larme qui doucement glisse sur sa joue peut-être? « Je sais. Pour Bertille. » qu’il dit la gorge nouée, et simplement le dire lui fait mal. Il l’aime, comme un père, et même si pour l’enfant c’est ce qu’il est, la vérité est douloureuse à porter. Elle est loin, à présent, préservée des larmes et des cris et de la douleur en Lagrance, entourée de la beauté des jardins et des rires de Rose et Aymeric, veillée de la duchesse Marjolaine. Qu’elle baigne encore un moment dans l’innocence, avant de devoir revenir confronter la réalité, de se voir obligé de grandir plus vite que nécessaire. Bartholomé l’aime, comme il n’a jamais aimé personne, mais il ne sait pas comment il réagira quand il posera à nouveau son regard dans le sien. « Bertin me l’a dit. » Ça ne s’est pas passé exactement comme ça, pas aussi simplement. Ses doigts le démangent encore de la force et la rage qui l’avait pris à cet instant, il crispe le poing, éloigner ces souvenirs, mais il a possiblement resserré un peu plus que nécessaire son emprise autour de la blonde. Il cligne des yeux, rejette la vague de colère qui veut l’envahir à nouveau, et descend son regard sur la Lagrane.

Il relâche doucement ses bras autour d’elle, s’éloigne un peu, pas trop, si jamais elle venait à perdre l’équilibre à nouveau. Sa question le laisse réfléchir un instant, mais y a-t-il vraiment une réponse qu’il peut lui donner? Y a-t-il des mots qui viendront apaiser la douleur des dernières années, y en a-t-il qu’elle acceptera? « Il n’y a pas de réponse à cela, Jehanne. Aucune qui te satisferait. » Aucune qui ne ferait moins mal.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Ven 27 Juil - 17:38

On aurait pu croire qu’au fil des années, il deviendrait de plus en plus aisé à Jehanne de tout laisser. Qu’il lui semblerait simple, agréable presque ! De renoncer. Que oui, il était possible qu’elle ait eu des sentiments, des remords et des regrets, mais que depuis elle savait sans état d’âme les envoyer se perdre au fond d’un abîme éternel. On aurait pu croire plein de choses, à son propos : qu’elle n’avait jamais aimé son époux. Qu’elle s’amusait de la souffrance qu’elle lui infligeait. Que leur enfant n’était pour elle qu’une manière d’asseoir sur lui un pouvoir dérisoire. Qu’elle rêvait, en secret, de le tuer.
Des choses qui, pour n’importe qui d’autre, auraient pu être vraies. Pour des femmes avec de l’ambition, qui savaient manier la haine au lieu de s’apitoyer sur leur triste sort. Pour des femmes qui refusaient d’être bafouées, qui refusaient d’exister juste dans l’ombre d’une mascarade créée par un autre.
Pas Jehanne, en sorte.
Peut-être que c’est pour ça, parce qu’elle se laisse ballotter par les tempêtes, parce qu’elle n’a pas le courage de faire toutes ces horribles choses qu’elle ne parvient pas à formuler toute sa haine. Peut-être que c’est pour ça, qu’au fond, elle ne sait même plus comment les choses entre eux doivent se passer.
Sa tête tourne, elle a mal. Elle ne dit rien : à force de pleurer, toujours, le corps s’épuise et se prend de douleurs qui durent jusqu’au prochain sommeil. Les yeux clos, elle imagine, un instant, ce qu’ils auraient pu être. Ce qui ne sera pas, parce qu’elle ne veut pas de lui, que c’est impossible.
Mais c’est beau de rêver.

Elle ne cherche pas à se dégager de ses bras, ou à lui échapper. Ce n’est pas de la confiance, encore, mais ce n’est pas de la peur. C’est un sentiment indéfinissable, à moitié ancré dans le passé, vicié et en même temps tellement pur. Elle ne sait pas lequel des deux est le plus misérable, le plus humain, en cet instant : lui et son refus de la tuer, ou elle et son abandon total de la vie.
Pathétiques. « S’il le faut. » C’est presque un sacrifice qu’elle lui offre, vaincue. « S’ils le veulent, si c’est ce que... » elle ne peut se résoudre à parler de crime. Pas pour ça. Pas pour eux. « Ce qui doit arriver, pour laver ton offense, tu ne peux pas… » Elle semble paniquée. Elle ne veut pas survivre. La situation peut lui échapper. Au moins, avec la mort, elle sait à quoi s’attendre. Mais pas s’il se décide à autre chose.
Un souffle.
Elle ne quitte pas ses bras.

Et elle ose. Elle voit la peine et la rage dans ses yeux, elle sent l’étreinte se resserrer sur elle – soutien bienvenu, intriguant mais bienvenu – et elle ose, doucement, poser sa main sur lui. Ce n’est rien, juste sa main, minuscule en comparaison des siennes, pâle sur sa peau, sur sa joue. Les yeux levés vers lui, elle secoue la tête, lentement. « Et tu l’aimes, Bartholomé. Tu l’aimes comme ta fille, et pour elle, tu es son père. Pour tous, tu es son père. Alors peut-être que tu n’es pas celui qui l’a conçue. Mais ça ne change rien. » Elle est sincère. Sa peau, sous ses doigts, semble la brûler. Le contact est incongru. Doux. Loin de leurs violences et de leurs haines. « Elle est de ton sang. Elle t’appellera toujours papa. Tu ne peux pas lui retirer ça. Tu ne peux pas te forcer à la haïr et la rejeter alors qu’elle reste ton héritière et que tu l’aimes. »
Bertille ne le supporterait pas. Et Jehanne sait, qu’entre son père et son oncle, la petite sans hésiter choisira son oncle. Celui qui l’a élevée, qu’elle voit comme un véritable modèle – un père, parce que, pour elle, il l’est.

Elle ne laisse pas sa main retomber. Pas tout de suite. Elle a peur que le moment s’achève, que la haine revienne. Dans ce monde qui tangue et qui tremble, elle ne sait pas comment réagir. Mais ses doigts le quittent. Se recroquevillent un peu, alors qu’elle ramène sa main à elle. « Je veux ta réponse. Pas une pour me satisfaire. Je veux te comprendre, maintenant qu’il est trop tard. »

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Dim 29 Juil - 4:28

Il ne répond pas alors qu’elle insiste, alors qu’elle semble abandonner ses espoirs à la vie. Qu’elle s’en remet pleinement à sa justice, à celle du juré qu’il lui aura attribué. Qu’elle s’en remet à leur décision, d’avance, sans supplier, sans implorer. Bartholomé sait que le juré d’avance ne cherchera pas à le nuire, que la décision tombera en sa faveur, que Jehanne sera déclarée coupable. Elle ne peut que l’être, après tout, au moins d’une part des accusations qu’il lui a affublé. Coupable d’avoir aimé son frère. D’avoir cherché à le tuer, d’avoir cherché à reprendre son trône et son pouvoir, qu’ils auront plus de liberté. Mais ça ne changera rien, au final, pour la femme qui aura fauté. Ils savent, tous deux, qu’elle ne pourra ressortir que coupable de cette mascarade de tribunal qu’il lui organise. Mais pousseront-ils jusqu’à proposer l’exécution comme sentence?
Bartholomé sait, que même si c’est ce qu’il advient, même si c’est la sentence que l’on impose à Jehanne, seule sa signature pourra l’autoriser. Et il ne veut pas y penser, pas à cet instant, parce qu’il sait qu’il en serait capable, s’il ferme les yeux, s’il oublie son odeur et la chaleur de son corps contre le sien, s’il ferme les yeux, et qu’il oublie le visage en larmes de Bertille. Il en serait capable. Mais il ne veut pas.

C’est la main de la Lagrane qui vient glisser sur sa peau cette fois, se poser sur sa joue. Il la laisse faire, et il mémorise dans son esprit la douceur de ce contact. Ce contact incongru, ce contact qu’il a oublié, qu’il ne sait plus s’il a même un jour connu. Elle lui dit que ça ne change rien, pour Bertille, qu’il ne soit pas son père, son véritable père, et il aimerait tellement la croire. Mais c’est faux. Ça ne change pas rien. Ça ne change pas l’amour qu’il lui porte, mais ça changera le regard qu’il portera sur elle. Inévitablement. « Je l’aime, oui. Plus que tout. Mais… » Mais il saura à présent que le regard qu’elle posera sur lui et qu’il entretiendra ne sera que mensonge. Il saura à présent que quand elle l'appellera papa ce n’est pas ce qu’il est vraiment, son père. Il aurait préféré ne pas savoir. Et il en veut à Bertin, d’avoir brisé cela en lui, d’avoir changé son regard sur cette enfant qu’il adore. Il lui en veut, d’avoir continué un mensonge et d’avoir mis fin à un autre. Sa gorge se noue, les mots suivants tremblent sur ses lèvres un peu, et auprès de Jehanne il cherche un réconfort. « Elle va me détester. Elle me haïra, quand elle reviendra, quand je devrai le lui dire. Je… je ne sais pas même comment je ferai. » C’est cruel, de demander conseil à la mère de la meilleure façon d’annoncer à la fille qu’elle ne pourra plus jamais la revoir. C’est cruel, mais Jehanne connaît mieux Bertille qu’il ne la connaît, malgré tout l’amour qu’il porte à la princesse. Elle saura peut-être apaiser ses craintes, ou le rassurer qu’avec le temps elle comprendra.

Non, Bartholmé ne rejeta pas sa fille. La seule chose qui lui reste, la seule personne à laquelle il s’attache et qu’il garde. Mais elle, voudra-t-elle encore de lui, voudra-t-elle encore de son père quand elle apprendra qu’il a exilé son oncle et envoyé sa mère à procès pour haute trahison? Elle est trop jeune pour comprendre, trop innocente encore ; juste une enfant, qui va devoir grandir si vite prochainement.

Il s’est écarté, de la blonde, mais sa main est restée un moment de plus. Il a résisté l’envie de poser sa main sur la sienne, qu’elle prolonge ce contact encore un moment plus long. Il sait ce moment terminé pourtant, il sait que la réponse qu’il lui donnera viendra peut-être clore ces longues années d’incompréhensions entre eux d’eux. Il sait qu’ils n’ont encore que quelques mots à échanger, quelques instants à partager, avant qu’il ne quitte cette chambre et qu’il redresse l’échine à nouveau, qu’il retrouve les tempêtes de l’océan. Il sait que l’instant qu’ils viennent de partager n’aurait pas dû arriver, jeu cruel pour des coeurs et des esprits tourmentés ; il évite son regard, parce qu’il n’a jamais autant voulu d’elle qu'à cet instant. Mais que c’est terminé à présent.
« J’étais en colère, désabusé, j’avais été manipulé. Je n’avais que ma rancoeur comme arme, et dans ton silence ça ne semblait pas même t’atteindre. C’était une insulte de plus, Jehanne. Je ne rêvait encore que de la mer et on m’enchaînait au pouvoir. À ce pouvoir que j’aurais pris, bien évidemment, mais pas ainsi. Tu étais la seule sur qui ma haine pouvait venir se poser, la seule qui pouvait la nourrir. Et… c’est devenu une habitude, presque. Un voile confortable à porter. Ton silence me ramenait inlassablement à cette nuit. Cette nuit où tu n’as rien dit. C’est ta voix, qui a éveillé en moi des souvenirs plus loin, des souvenirs où tu ne portais pas le masque de mensonges et de trahisons. Des souvenirs dans lesquels je t’aimais encore. » Il se tait subitement. Un moment, un tout petit moment, mais le ton de sa voix semble changer, légèrement. « Je n’aurais pas dû venir te voir. »

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Mar 31 Juil - 22:19

Elle sent le temps s’échapper. Elle sent que bientôt il lui faudra lui dire au revoir, dire au revoir à tout. Elle sent, tout au fond d’elle, Jehanne, que Bartholomé encore se répugne à lui assigner cette sentence qu’elle demande. Qu’il la tue, enfin ! A-t-il peur de se salir les mains ? A-t-il peur d’elle, morte, qu’elle revienne le hanter pour se venger ? Parce qu’elle l’a senti, et il l’a dit : il ne l’aime pas, ne l’aime plus. Mais il aurait pu l’aimer. Il aurait pu l’aimer, et peut-être que c’est cette tendresse enfouie qui le retiendra, au dernier moment.
Jusqu’à la fin, de lui, elle n’obtiendra rien.
Oh, elle le hait. Il ne faut pas se mentir. Son corps brisé le sait, et elle aussi. Elle le hait, d’avoir craquelé si profondément son esprit, de lui avoir enseigné qu’elle n’était plus rien pour personne, de lui avoir offert la mort sans qu’elle ne puisse jamais la prendre. Elle le hait pour ce qu’ils n’ont pas été, pour la brutalité, pour les nuits sans sommeil et pour celles où elle a été forcée de dormir. Elle le hait pour tant de choses qu’elle ne sait même pas par où commencer, ni où ça se finira.
Mais elle ne le hait pas parce qu’elle aime son frère.

Elle aurait voulu, pour toujours, garder cette main sur son visage. Sentir encore sa peau sous la sienne, contact humain qu’ils n’ont jamais réellement eus. Il y a bien eu quelques soirées, treize ans auparavant – teintées de lumière lunaire, de sourires, de séduction – mais rien de plus. Alors ça les détruit un peu plus. Sans doute. Peut-être. Elle l’écoute, l’ancienne duchesse, la tête légèrement penchée. Elle sent la peur en lui – et elle devrait s’en délecter, mais elle ne sait pas faire. Parce qu’il parle de sa fille, de leur fille, et qu’elle n’a pas la moindre idée de comment elle réagirait à sa place.
« Elle ne te détestera pas. Tu es tout son univers, maintenant. » Ca la blesse, de dire ça. La douleur est horrible. Ou alors son corps commence à fatiguer. « Dis-lui... » Dis-lui que je l’aime, mais que j’ai du partir. Dis-lui de me haïr, moi, que c’est de ma faute, ça sera plus simple. Dis-lui tous ces mensonges que tu sais si bien fabriquer à mon propos, au moins, ils te serviront à quelque chose pour une fois. « Dis-lui qu’elle va rester avec toi, parce que j’ai fait une grosse erreur. Ne lui donne pas la vérité, pas tout de suite. Laisse lui le temps d’être une enfant. » Elle retient ses larmes encore un tout petit peu.
« Je veux la voir. Tu ne me laisseras pas, je le sais.» Les mots sont murmurés. «  Je crois que je ne la verrai plus jamais.»

Elle va briser. Elle va se briser. Elle tremble, de plus en plus, et ses jambes manquent de se dérober sous elle. A contrecoeur, elle se laisse aller à nouveau sur son lit, assise face à lui, le nez relevé pour l’écouter. Ecouter sa version de leur histoire. Ecouter ce qu’il a vécu, ce qu’elle n’a pas vu, qu’elle n’a pas deviné. Son sourire est triste, empreint de tous les regrets qu’elle ne saura jamais formuler.
« Je suis heureuse que tu sois venu. » murmure-t-elle. C’est la première et sans doute unique fois qu’il fait quelque chose que la rend heureuse. « Si tu préfères oublier tout cela, je… Personne n’en entendra parler de toute manière. Mais de te voir, et de te parler... » elle larmoie à  nouveau, sa voix craque et glisse. « C’était notre dernière chance de nous comprendre. On a peut-être bien fait. » Elle se mord les lèvres.Elle pourrait sentir son sang couler, si elle essayait de percer la peau délicate. Ca arrivera. Vite. « On aura eu une belle fin, Bartholomé. A défaut d’avoir eu une histoire. »

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Mer 1 Aoû - 17:49

La petite pièce gardera pour toujours la mémoire de cet instant qu’ils auront partagés. Leur esprit et leurs souvenirs seront teintés de cette petite dose de douceur au travers toute la haine et l’animosité qu’ils auront partagés. L’histoire du duc d’Ansemer et de la Lagrane qu’il épousera et qui brisera leur famille traversera les années, et plus tard, quand il ne sera plus sur cette terre, quand sa fille aussi aura rendu depuis longtemps son dernier souffle, on racontera encore cette histoire quand on s’étalera sur les gouvernes passées du duché des océans. On ne racontera pas que malgré tout, le duc et la Lagrane avaient partagé quelque chose, qu’un moment leur coeur s’étaient rapprochés, pleurer ce passé qui aurait pu être si beau mais n’avait jamais existé.
Cette partie restera seule, prisonnière de leur silence, leur histoire, qu’à eux-deux.

Jehanne a beau lui dire que Bertille ne le détestera pas, Bartholomé ne peut s’empêcher de s’imaginer que si. Sûrement que le temps donnera raison à la Lagrane et que la petite fille oubliera sa colère pour venir se blottir dans ses bras, parce qu’effectivement il ne sera que tout ce qu’il lui reste. Mais il s’imagine déjà les larmes de tristesse et d’incompréhension noyer ses yeux bleus. Peut-il seulement lui mentir encore un peu, la préserver, ne serait-ce que quelques temps? Il veut y croire, il veut tenter, au moins jusqu’à après le procès. Il sait qu’il céderait, autrement, si la petite le suppliait.
Aussi il hoche simplement la tête, à la réponse de Jehanne. « Juste un peu encore, oui. Tu as raison. » Elle aura tout le temps en grandissant de le détester mais aussi peut-être de le comprendre. Et quand à son tour elle siégera sur le pouvoir d’Ansemer et devra faire face à de lourds choix, peut-être qu’alors elle lui pardonnera d’avoir agi ainsi.

Il se mord la lèvre. Il voudrait lui dire oui, il voudrait lui donner l’espoir de serrer sa fille une dernière fois encore en ses bras, mais il ne sert à rien de mentir. Et Jehanne semble aussi très bien le savoir. Son regard est désolé, étrangement sincère. « Elle est mieux là-bas, encore un peu. » Mais surtout ce serait trop dur, pour toi, pour elle, pour moi. Jalousement aussi peut-être, il veut la garder que pour lui. La serrer fort dans ses bras, lui promettre de la protéger, qu’elle le croit, et que ses petits bras se serrent de toute leur petite force autour de lui. Elle est tout ce qu’il lui reste, alors qu’il a déjà dit adieu à Bertin, alors qu’il quitte Jehanne à présent. Il ne veut plus partager cette enfant, la sienne.

Il la laisse se rasseoir, faiblir à nouveau. Il ne cherche pas à la retenir, il est encore proche, un seul pas et il aurait pu, pourtant. Ce n’est pas l’envie qui manque, non plus. Mais il sait au fond de lui que c’est terminé, que leur temps est venu et qu’il est le moment de se dire au revoir. Un faible sourire étire ses lèvres alors qu’elle lui dit être heureuse qu’il soit venu. C’est la première fois, qu’elle lui dit quelque chose du genre, il lui semble. Il n’oubliera pas, jamais totalement, le duc d’Ansemer. Il rejettera un peu plus loin dans son esprit, parce que son là ces moments qui ne peuvent être partagés, mais le soir venu, quand il sera seul, son coeur n’enfermera plus complètement ces petits morceaux de sentiments, et il pourra y revenir, s’il le souhaite. « Une belle fin, oui. » qu’il répète faiblement, écho des mots de la blonde. Leur fin à eux deux est ici, oui, à cet instant. C’est dans cette pièce que se termine l’histoire de Bartholomé et de Jehanne, l’histoire qui n’a jamais commencé. Plus tard, au procès, c’est celle du duc d’Ansemer et de l’ex-duchesse qui prendra alors fin.

Il la regarde un instant de plus. Son regard est doux encore, et s’il voudrait éterniser ce moment il sent aussi qu’il se doit de partir. Alors il se retourne, mais la main sur la poignée il s’arrête. « J’ai exilé Bertin. Il est en mer, le navire le déposera au premier port d’Outrevent. Après, je ne sais pas. » Elle pourra sentir dans sa voix la douleur malgré tout de savoir son frère loin de lui à présent, mais s’il lui dit cela, peut-être est-ce pour qu’elle tente de le retrouver, plus tard. Parce que s’il peut lui en vouloir, d’avoir entretenu cette relation, il ne peut pas lui en vouloir d’avoir aimé Bertin. Lui-même aime encore son frère, malgré ce qu’il en dit, malgré ce qu’il en pense. « Je dirai à Bertille que tu l’aimes. »

Un dernier regard, qu’il prolonge un petit moment, avant de s’arracher à cette scène, à ce moment. Il sort. Referme la porte derrière lui, appuyant son dos contre la porte un instant alors qu’il ferme les yeux. Il reste là. Une minute. Plusieurs. La gorge nouée, la boule au ventre, les larmes qui veulent remonter ses yeux. Le temps de se calmer de reprendre ses esprits, avant de quitter, et de retrouver le masque de colère et de mépris pour Jehanne qu’il avait abandonné le temps d’un dernier entretien et de quelques sentiments dévoilées.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Sam 4 Aoû - 22:21

C’est donc comme ça que les choses doivent se finir. Comme ça que les choses doivent arriver à une fin logique, précipitée sans doute, mais logique. Serait-ce mentir, pour Jehanne, que de dire qu’elle ne le souhaitait pas ? Maintenant qu’elle est devant le fait accompli, qu’elle contemple l’impasse dans laquelle elle s’est engagée, elle se dit que tout de même, elle aurait pu faire mieux. Elle aurait pu rester silencieuse, retourner s’emparer de son carnet, le brûler, le cacher ; prendre des potions, avant Vivécume, les emmener avec elle. Elle aurait pu assurer la sécurité de l’homme qu’elle a aimé et qu’elle aime encore, l’homme qu’on vient de lui annoncer comme exilé – et la nouvelle la rassure, quelque peu. Au moins n’est-il pas mort. Elle aurait pu, dans sa passivité et son silence, se dresser contre un mari qu’elle n’a pas choisi. Elle aurait pu sauver cette famille qu’elle a construit avec Bertin, qui s’est effondrée tellement les murs en étaient fragiles. Les bases resteraient, peut-être. Mais sa famille, elle, était détruite.

Elle aurait pu défendre Bertin, bec et ongles, se dresser face à Bartholomé pour l’amour de lui, protéger l’enfant ; elle aurait pu mettre à profit cette connaissance des plantes, qui s’est émoussée au fil des années, faire ce dont il compte l’accuser devant toute la cour et tous les badauds de passage. Elle aurait pu le tuer, le duc d’Ansemer, pour protéger sa fille et son amant, une famille bancale.

Elle aurait pu prendre un tout autre chemin. Elle aurait pu lui parler, ce soir-là, tenir tête à son père. Rentrer en Lagrance, avec lui, quitte à être déshonorée. Elle aurait pu laisser Ansemer derrière elle, sans jamais se retourner, ne jamais se rapprocher d’aucun des frères. Elle aurait pu se marier à un noble lagran, peut-être. Ne jamais songer à cette nuit maudite. Peut-être que là aussi, elle aurait pu être heureuse.

Elle aurait pu prendre un dernier chemin, celui que son coeur meurtri a voulu lui faire croire qu’elle voulait : elle aurait pu aimer Bartholomé. Elle aurait pu lui parler. Refuser le mariage, mais rester à ses côtés. Lui offrir sa compagnie, sa joie, l’aimer comme elle aurait du. Devenir duchesse, cette fois, parce que lui le voulait. Lui offrir sa descendance, véritable – une autre Bertille, une autre Béatrice, siennes. L’aimer, ne plus jamais voir Geneviève dans les couloirs, vivre une vie où ils se seraient aimés, où le baiser qu’il lui avait offert n’était plus synonyme d’adieu mais de retour.
Elle aurait pu prendre ce chemin-là. Elle aurait pu en prendre tellement, si elle avait su faire le bon choix.

Et maintenant, alors qu’il la quitte, qu’elle lui offre son dernier silence comme une reddition complète, appuyée au montant du lit, elle se dit que les choses sont foutues depuis bien longtemps. Qu’elle ne reverra jamais sa fille – la pensée la brûle, lui déchire le coeur. Que celui qu’elle aime, prince déchu, ne voudra sans doute jamais d’elle : elle a détruit le peu de bonheur qu’ils ont eu.
Elle se dit, Jehanne, qu’il n’y a plus rien qui ne la retienne ici. Qu’elle a raison, depuis de nombreuses années. Et si demain, il faut vivre encore, si demain le silence est encore là, si demain ressemble à cette parade douloureuse sans espoir de fin ou de sortie…
Alors elle ne veut plus.

La porte se referme sur elle.
Le regard dans le vide, les joues striées de larmes.
Et si son coeur bat encore, si elle respire, que les gens ne s’y leurrent pas. Et si elle parle encore, si elle dort encore, si elle existe encore, que le monde ne s’y trompe pas.
La porte se referme sur elle, dans sa prison.
C’est un cadavre vivant qu’on ressortira. L’esprit affûté par la rancoeur et le deuil, déterminé à mourir dans la vérité.
Qu’Ansemer, que Faërie, qu’Arven ne se laissent pas prendre au mensonge de la vie qu’elle pourra afficher : son âme est morte.
Tout ce qu’elle souhaite, désormais, c’est s’en aller, disparaître.
Ne plus jamais exister.
Parce que c’est dur, l’existence. Et ça n’en vaut, à ses yeux, tellement plus la peine.


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