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 Des vagues d'adieux

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La Noblesse
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Message Sujet: Des vagues d'adieux   Dim 8 Juil - 5:26


Livre III, Chapitre 4 • La Légion des Oubliés
Bartholomé d'Ansemer & Jehanne de l'Ancre-Fleurie

Des vagues d'adieux

Ou des aveux. Ou des reproches. Ou plus encore. Ou rien.



• Date : 24 juillet 1003
• Météo (optionnel) : Couvert
• Statut du RP : Privé
• Résumé : L'enfant de Jehanne est mort, et elle, toujours en vie. Il s'était promis de ne pas aller la voir, dans cette nouvelle prison qu'il lui a imposé en l'attente du procès, pourtant il y est allé tout de même, le duc d'Ansemer.
• Recensement :
Code:
• [b]24 juillet 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3920-des-vagues-d-adieux#146083]Des vagues d'adieux[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer & Jehanne de l'Ancre-Fleurie[/i]
L'enfant de Jehanne est mort, et elle, toujours en vie. Il s'était promis de ne pas aller la voir, dans cette nouvelle prison qu'il lui a imposé en l'attente du procès, pourtant il y est allé tout de même, le duc d'Ansemer.



Dernière édition par Bartholomé d'Ansemer le Dim 8 Juil - 5:40, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Dim 8 Juil - 5:32

Des coups frappés à sa porte. Un garde, alors qu’il ouvre, qui hésite un moment, avant de dire : « Elle demande un médecin. » Il n’a pas besoin qu’on lui dise qui est elle. La question ne se pose pas. Un silence qui s’installe, un moment qui s’éternise. « Mais allez lui en chercher un ! » La porte qui se referme, le garde qui est parti. Des questions. Elle n’en a jamais demandé un seul, au cours des trois mois précédents, c’était toujours lui qui les lui envoyait. Est-elle malade? Mourante? Ou s’agit-il du bébé? Il aurait pu le lui refuser, peut-être qu’elle en serait morte, tout aurait-il été plus simple? Il ne peut pas.



C’est le lendemain qu’on revient le voir. Le médecin lui-même, cette fois. « L’enfant est mort, Votre Grâce. » Il ne répond qu’un simple merci marmonné, avant de retourner s’enfermer dans son bureau. L’enfant est mort, Jehanne est en vie.



Il s’était promis qu’il n’irait pas la voir. Pourtant il était là, devant la porte de sa nouvelle prison. Il avait fait renvoyer les gardes un peu plus loin, et seul il hésite ou à frapper, ou à entrer, ou à partir. Il s’était promis qu’il ne serait pas faible, que jusqu’au procès il la laisserait seule. Que pas une seule fois il ne viendrait cogner à sa porte. Il l’avait toujours fait, pourtant. L’ignorer. Il avait tenu bien plus longtemps, à l’éviter, à la tenir loin de ses réunions, de ses soirées. Pourquoi cette fois-ci n’en avait-il pas été capable? Pourquoi était-il là à présent, à souhaiter la voir? Pour cet enfant mort? Cet enfant qu’il n’avait jamais voulu, cet enfant qu’il avait toujours sû n’être pas le sien, cet enfant qu’il avait détesté dès le premier instant ? Non. Il n’en avait que faire du bébé déjà mort. Il n’en avait que faire de l’enfant de son frère et de celle qui avait été sa femme. C’était même un soulagement, un problème en moins. Jamais il n’y aurait de questions s’il avait grandi pour ressembler à Bertille.

Pour Jehanne. C’était pour cela qu’il était là. Parce qu’un instant, la fraction d’un moment, il avait pensé qu’elle pouvait mourir. Il avait pensé qu’elle pouvait mourir et son coeur s’était serré. Quel idiot il faisait, non? S’en débarrasser, c’était ce qu’il avait toujours voulu, et pourtant, maintenant que c’était fait, ou presque, il… regrettait? Non, ce n’était pas cela. Parce qu’il ne regrettait pas les actions prises, il ne regrettait pas la répudiation, il ne regrettait pas les accusations, il ne regrettait pas le procès à venir. Il avait hâte, même, que tout cela soit fini, qu’elle soit jugée, loin. Qu’il puisse passer à autre chose, qu’il puisse l’oublier comme il l’avait toujours fait, avant. Qu’il puisse rester avec Bertille, seul. Qu’il puisse se les croire morts, tous deux, elle et Bertin. Parce que tant qu’elle serait encore ici, tant qu’il la saurait encore emmuré quelque part dans son palais, il ne pourrait totalement taire la jalousie qui avait resurgit en lui.

Sa main se lève, hésitante, et frappe deux coups. Il attend, un moment, dans le silence qui lui répond. A-t-elle entendu? Sa main descend, vers la poignée, se referme sur celle-ci, et il la tourne, ouvre la porte.

Il ne sait pas, ce qu’il est venu lui dire. Rien? De nouveaux reproches? Des excuses? Des réponses?

Il n’a plus rien à lui enlever, plus rien à lui offrir. Peut-il encore la faire souffrir davantage? Est-elle encore capable de le tourmenter de sa simple présence, de sa voix et de ses mots?

Il n’est pas enivré du rhum ou de l’alcool, cette fois. Bien sobre, bien lucide. Est-ce le duc, l’homme ou le mari qui vient la retrouver? Le père, peut-être aussi. Son visage est froid, ses expressions indéchiffrables, peut-être un peu troublé. Il ne dit rien. Il est réduit au silence, oh l’ironie !
Muet, le duc d’Ansemer, à cet instant, face à celle qui fut sa femme, sa duchesse, qui n’était maintenant plus grand chose.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Lun 9 Juil - 12:29

Jehanne n’a pas quitté son lit depuis trois jours. Depuis qu’on lui a repris sa fille, que son corps, épuisé, brisé, s’est laissé aller contre les draps, elle n’a pas quitté l’endroit. Depuis que l’enfant est parti, porté par une sage-femme au regard désolé qui a marmotté quelques mots à l’encontre de la mère désemparée. La réalisation a mis du temps à arriver.

La première chose qui l’a prise, c’est cette sensation de froid. De vide : en elle, autour d’elle, alors que le silence se réinstallait, qu’il la prenait à la gorge et venait étouffer jusqu’aux larmes qui refusaient de couler. Il n’y avait pas d’enfant dans ses bras, pas de berceau dans un coin de la pièce, pas de cri, d’autre respiration que la sienne. Pas d’autre vie que celle d’une noble répudiée par un duc qui a passé treize ans de sa vie à la haïr et continue sûrement aujourd’hui.
Les larmes sont venues, après. Les sanglots, une fois seule, alors que le palais s’éveillait. Des perles brûlantes qui s’écrasaient sur ses joues, glissaient sur sa peau, brouillaient son teint et sa vue. D’épuisée par l’effort, elle a fini par rendre les armes en pleurant. Elle a glissé dans l’inconscience d’un sommeil profond, où plus rien n’était possible.

Un repos qui est devenu son quotidien. A quoi bon se lever, quand même le corps se refuse à obtempérer, qu’on est traversé de mille douleurs, que respirer amène des larmes et des souvenirs ? A quoi bon tenter même de rester éveillé, dans une réalité où tout ce qui l’attend n’est que désespoir et horreur ? Elle n’a pas oublié, la blonde, que bientôt il lui faudra paraître à sa condamnation. Que bientôt il lui faudra se présenter devant un tribunal acheté qui aura déjà statué sur son sort, qui, au mieux, l’enverra mourir à petit feu dans une prison autrement moins confortable que celle où elle loge pour l’instant. Sur ça, la Lagrane n’a aucune illusion non plus : Bartholomé ne lui offrira pas de procès juste.

Sans doute est-ce mieux comme ça. Sa volonté glisse. Sa vie suit. Elle attend. Et quand le sommeil ne veut plus d’elle, elle a juste assez de force pour attraper de quoi lire, écouter les pages tourner – tout pour briser le silence. Plus jamais de silence. Il a fait trop de mal, causé trop de ravages – et pas seulement en elle.
Et le silence vole en éclat un jour, par deux coups à sa porte. Elle voudrait se lever, dire quelque chose, mais l’ancienne duchesse préfère attendre. De toute manière, elle n’arrivera pas à marcher jusqu’à là-bas. Le peu qu’elle puisse faire est de s’assoir, lentement, sur le bord de son lit – de s’y tenir, de peur de tomber. Sa tête se tourne vers la porte qui s’ouvre, et la surprise se peint sur ses traits. La scène fait un écho douloureux dans son esprit. Est-il encore venu déblatérer des horreurs, briser un peu plus ce qu’elle avait de haine pour lui ? Est-il encore enivré, pire encore ? Non, il se tient droit, et son visage est le même qu’à l’accoutumée.

Jehanne ne se lève pas. Elle incline la tête, légèrement, parce qu’avec lui elle ne sait jamais à quoi s’attendre. Pour la première fois, sans doute, c’est elle qui brise le silence entre eux. Elle a de l’inquiétude au fond du regard – et de la peine, tellement de peine qu’elle utilise pour retenir son cœur. « Que… » Elle hésite. Elle ne sait pas comment formuler la chose. Ses mains se nouent devant elle, sagement. Pour s’empêcher de s’énerver, sans aucun doute. « Que faites-vous ici ? »
C’est une simple question, presque douce, sans aucun reproche dans la voix- tout au plus, une pointe de peur, qu’elle entend et qu’elle maudit. Elle n’arrive plus à le regarder, et elle se détourne. Les pensées volent et frappent son esprit, lui rappellent la nuit de juin, la fissure qui s’est creusée. Faites que ça ne soit pas ça. Pas encore.  

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Alors voilà, je me souviens de nous, de toi et moi, des fissures dans le ciel.




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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Mer 11 Juil - 16:08

À quel spectacle s’attendait-il en entrant dans la petite chambre de la Lagrane? La voir encore étendue, dans ces draps tâchés de sang, de cette naissance précipitée ? Non, bien sur que non. Il savait que la chambre avait été soigneusement nettoyée, et que de ce bébé déjà décédé il ne restaient dans cette prison plus que les souvenirs de la mère et possiblement encore les douleurs que son corps devait ressentir. La voir debout, digne, droite, comme elle avait accueillie les accusations qu’il lui avait balancé une dizaine de jours plus tôt? Elle n’avait plus grande dignité à conserver, ici, à présent, dépourvue de ses titres de noblesse ansemariens et affublée de celui de traîtresse. La voir en colère, peut-être? De rage et de fureur, contre lui, contre tout ce qu’il lui avait fait subir et ce qu’il lui imposait encore, de pleurs et de cris, d’accusations d’être la perte de son enfant?

Il ne savait pas réellement à quoi s’attendre, mais ses yeux se posent sur le corps frêle assis au bout du lit, sur la femme fatiguée, détruite, qui lève un regard de surprise et d'inquiétude vers lui, avant de détourner le regard. Il continue de la regarder, lui, toutefois. Il veut la détester, plus encore. Il veut se donner les armes pour cesser de penser à elle. Et si elle ne lui fait pas l’écho des souvenirs nostalgiques qui l’avaient tant troublé cette nuit de juin, il n’arrive pas totalement à la peindre dans son esprit comme cette femme qu’il lui était tant facile d’haïr toutes ces années. Pas nécessairement de la compassion, ni même des regrets. Il ne sait plus quoi ressentir, pour cette femme pour qui il doit avoir ressenti toutes les émotions, à présent.

« Je… » Je ne sais pas.  Sa voix s’étire, ses mots s'éteignent avant qu’il ne prononce une réponse. Elle le prend de court. Il n’avait pas de raison. Pas de raison réelle. Et il n’est pas habitué de s’expliquer ainsi, de chercher ses mots de la sorte. « Je venais m’assurer que vous vous portiez bien. » Mensonge. Il sait comment elle va. Il a spécifiquement demandé au médecin de venir lui faire rapport. Et puis qu’en aurait-il à faire, de comment elle se porte? Il devrait espérer qu’elle dépérisse, plutôt, il devrait lui refuser les médecins, la laisser mourir ici. Plus simple.

Il y a un malaise qui s’installe. Il se doute qu’elle aurait préféré qu’il ne vienne pas. Il se doute qu’elle préférerait sans doute ne plus jamais le revoir même. Il n’a jamais su vraiment lui parler, à la Lagrane qui a été si longtemps sa femme. Ils n’ont pas appris, alors qu’il se refusait à discuter avec elle alors qu’elle s’était murée dans son silence obstiné. Il l’avait ignorée, alors, et quand il devait la voir, c’était bien plus souvent pour lui annoncer des faits ou des décisions déjà prises, sans jamais considérer ce qu’elle en pensait. Alors il ne sait pas, comment discuter avec elle. Cela semble absurde, incongru. Il a envie de partir. Encore. Mais il entre par la porte qu’il avait gardé ouverte, referme celle-ci et vient s’asseoir sur une petite chaise qui est là, contre le mur, au plus loin du lit qu’il lui est possible d’être. Ses mains viennent se serrer ensemble, alors qu’il glisse un regard sur la pièce.

Un raclement de gorge, finalement, avant qu’il avance quelques mots. « L’enfant sera rendu à Messaïon plus tard, aujourd’hui. Souhaiteriez-vous assister à la cérémonie? Océane pourrait vous y accompagner. » Les tempêtes des derniers jours avaient rendu impossible le départ en mer des bateaux qui transportaient quotidiennement les disparus pour les rendre au Dieu des Océans. Mais le temps semblait s’être calmé, et les corps enveloppés dans des linceuls bleus pourraient finalement trouver repos au fin fond des mers. Bartholomé n’irait pas, bien évidemment. Et la présence de Jehanne n’avait pas même été initialement prévue, mais il est là, ici dans cette pièce, et dans le silence lourd et le malaise pesant c’est tout ce qu’il trouve à proposer.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Ven 13 Juil - 15:13

Peut-être est-ce une hallucination, son esprit qui déraille. Peut-être que la mort de sa fille a amené dans sa tête tout son lot d’images absurdes et qu’elle joue avec ses perceptions et sa vie. Peut-être que le deuil, c’est sa raison qui le fait, au lieu d’elle-même. Peut-être, encore, qu’elle imagine des choses qu’elle voudrait entendre – comme ces rêves à la limite de la conscience. Elle est faible, et le monde autour d’elle n’a plus l’air si réel. Il se limite à cette chambre, prison où l’air quelquefois peine à circuler. A la vue qu’elle a par les carreaux. Il n’y a rien de plus, et si elle sortait, elle n’était même pas sûre de savoir par où aller, vers qui ou quoi se tourner.
Alors quand il parle, qu’il lui annonce la raison de sa présence ici, Jehanne ne le croit pas. Comment pourrait-elle le croire ? Sa mâchoire se serre, ses dents se rencontrent et ses lèvres se pincent. Dans son visage fatigué, le tout donne l’impression qu’elle se retient de pleurer ; elle est loin des larmes, la Lagrane, pour l’heure. Elle sait reconnaître ses mensonges. Elle le connait, sur ce terrain. Elle le connaît dans ses colères, dans son refus, dans ses oublis. Elle le connaît dans tout ce qu’elle a subi, et elle ne sait rien des autres côtés, même si elle le voudrait.

Si en treize ans, même à la naissance de Bertille, même aux autres fausses couches, il n’a pas pris la peine de se déplacer pour s’enquérir de sa santé à elle, il n’y a aucune raison qu’il le fasse aujourd’hui. Elle n’en dit rien, la blonde aux mains qui s’accrochent entre elles désespérément pour qu’elle n’explose pas – un dernier silence qu’elle lui offre, qu’elle lui jette, pour essayer elle-même de s’en débarrasser comme l’on jetterait au loin quelque chose sur le point d’exploser. Là où avant elle était celle à le manier, aujourd’hui elle ne cherche qu’à l’éloigner d’elle, cette arme qui la ronge doucement.

Elle prie juste qu’il ne sache pas la retourner contre elle. Il a à sa disposition une myriade d’autres tortures à lui imposer, pourquoi alors prendrait-il celle-ci ? Tant qu’il s’imagine qu’elle la maîtrise encore, tout est bien.
Elle tourne la tête vers lui, alors qu’il reprend la parole, et contre ses lèvres la nausée combat vaillamment le fou rire nerveux. Il fait mal, mais la douleur, elle y est habituée. Elle voudrait pleurer, lui dire de se taire, qu’il n’a aucun droit de parler d’elle pas plus qu’il n’avait le droit de seulement penser à sa fille, lui dire qu’elle ne devait pas mourir. Elle voudrait tant de choses que ça ne franchit pas ses lèvres. Elle pousse un soupir, quelque peu tremblotant, et son sourire sur son visage peine à cacher toute la douleur.  « Je ne peux pas me lever, encore moins marcher. Même avec de l’aide, il me serait impossible d’y aller… Encore plus si je dois supporter de la voir encore une fois. Je lui ai déjà dit adieu. Et... Je ne veux pas de traitement de faveur. Si vous êtes là juste pour ça… » Elle cligne des yeux, les larmes glissant un peu.
Pas devant lui.

Jehanne le fixe, darde son regard sur lui, alors que les larmes se stoppent, soumise à une réalisation que son esprit fatigué lui impose. Elle ne pleurera pas plus, elle ne se l’autorisera pas. « Au fond c’est juste ça que vous vouliez. Venir contempler la victoire complète, une vengeance parfaite, un juste retour des choses. » Sa voix tremble, par moments, sans qu’elle ne sache la contrôler. « Voir ce que treize ans m’ont déjà infligé ne vous a pas suffi. Il fallait faire pire, même avant de savoir, venir en pleine nuit pour… » Les mots se perdent. Elle reprend son souffle. Derrière les reproches, il y a de la peine, une véritable tristesse qui gonfle et enfle jusqu’à emplir toute sa voix. « Alors voilà. C’est passé, de toute manière. Vous avez gagné, encore. » Les larmes sont combattues, vaillamment repoussées au fond de ses yeux, mais elle ne se fait aucune illusion. Il ne se satisfera pas de juste ça.

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Lun 16 Juil - 5:27

Elle ne répond rien, quand il lui annonce la raison de sa présence ici. Raison à demi vraie. Raison qu’il ne pourrait réellement expliquer lui-même. Tant mieux, il ne veut pas s’éterniser sur ces raisons, il ne veut pas lui même se forcer à chercher ses intentions. Il préfère se laisser à croire que c’est vraiment cela, que c’est uniquement pour s’assurer qu'elle va bien, par sympathie, pour ce bébé, pour cette naissance. Pas pour le reste.
Il la regarde, parce qu’il n’a que cela à faire, dans cette toute petite pièce, face à elle. Il la regarde, son visage changer d’expression, se serrer, contenir des larmes, contenir de la colère, peut-être? Elle aurait toute les raisons de l’être, elle aurait toutes les raisons de lui hurler après. Elle n’est pas sans tort, et ils n’en seraient pas là aujourd’hui si elle ne s’était pas embarqué dans cette relation avec Bertin, si elle n’avait pas poursuivi les mensonges jusqu’à souhaiter continuer porter cet enfant, souhaiter qu’il vivre. Mais le duc n’avait certes pas rendu sa vie facile, toutes ces années durant. Et l’isolement dans lequel il l’avait de force plongée ces derniers mois, pour tenter de protéger sa réputation, d’abord, et pour se faire justice, maintenant, l’avait clairement affaiblie. Elle pouvait lui en vouloir, pour toutes ces années, pour maintenant. Elle pouvait lui crier après, mais pour l’heure c’était encore un silence qui s’était étendu. Un silence duquel il aurait dû être habitué, un silence qui a présent le rendait mal à l’aise.

Alors il l’avait lui même meublé, ce silence, d’une proposition qui n’était pas prévue, d’une proposition qu’elle refuse, parce qu’elle n’est pas en état. Il laisse ses mots s’étirer, attendant une suite, mais quand ces derniers meurent sans rien ajouté, il enchaîne simplement. « Bien. J’enverrai Océane alors. » Elle ne veut pas de traitement de faveur, mais il enverra Océane seule accompagnée de quelques gardes sur un bateau qui ne déposera à la mer de disparu que ce seul poupon. Le fera-t-il pour elle, pour son frère? Il ne saurait dire. Pour lui-même, peut-être, pour éviter la curiosité de ce qu’il n’aura en fait pas annoncé. Le murmure de la mort de cet enfant adultérin glissera de les bouches de quelques domestiques, de quelques gardes ou médecins. La rumeur que l’enfant de la duchesse était mort né quittera le palais pour atteindre quelques ruelles de la capitale. Mais bartholomé n’en fera pas d’annonce. À quoi bon? L’enfant n’était pas le sien, mais le fruit de l’amour de deux traîtres. Il était mieux ainsi, dans l’oubli.

Et elle vient fixer son regard dans le sien pour poursuivre, ensuite. Enfin, c’est des reproches qu’elle lui adresse, et il est comme soulagé de cette direction qu’elle a prise, parce qu’il est si facile de se murer dans la colère pour lui répondre. « Je n’ai pas gagné, ce n’est pas un jeu ! Rien de tout cela est un jeu, Jehanne ! » Qu’aurait-il pu avoir gagné à présent? La perte de sa femme? Oui, peut-être se retrouvait-il libéré d’elle, mais le voilà qui était à nouveau seul sur le trône, avec seule héritière cette enfant qu’il continuerait de faire croire sienne. Et s’il venait arriver quoi que ce soit à Bertille, alors il n’aurait plus de garanti. Son trône n’était plus aussi sécure. Il n’était même plus heureux, de la voir perdre ce titre qu’elle lui avait volé par un stratagème finement ficelé. « J’ai perdu treize années de vie, treize années de règne, avec une femme qui ne m’a jamais soutenu, en qui je n’ai jamais pu avoir confiance. Et maintenant nous sommes en guerre. » Il se lève, il lâche son regard, fait quelques pas à droite, quelques pas à gauche, besoin de marcher, pour calmer la violence de ses mots, calmer son esprit, qu’il sait trop facilement s’emporter ces temps-ci. « Je n’ai pas le choix. Je n’ai même plus de frère, à cause de toi. Je me dois d’être un duc fort, et j’ai trop longtemps laissé coulé cette attitude. Je t’ai trop longtemps laissé trop de liberté. » Est-ce des explications, des excuses, quelque chose du genre? Sa pensée continue, les sentiments qui se mêlents aux reproches, il la tutoie ici, pour l’atteindre plus encore, il la vouvoie là, pour l’éloigner davantage. Il mentionne Bertin, il reste vague, ce n’est pas intentionnel, mais il oublie aussi qu’elle ne sait pas, qu’elle ignore qu’il la fait bannir et qu’il est présentement lui-même captif, sur les mers, sur ce qui était son navire et qui porte encore son nom. Il n’a rien gagné, tant qu’elle sera ici, tant qu’elle continuera de le tourmenter par sa seule présence, tant qu’elle accaparera ses pensées et ses actions et tout ce qui se dira autour, il n’aura pas gagné.

Il cesse de marcher, se retourne vers elle, s’avance d’un pas, même, sans être proche il l'est tout de même un peu plus. « Je n’ai rien gagné, encore. Au procès, quand vous serez jugée, peut-être. Ça viendra. Je n’ai rien gagné pour l’heure, mais vous perdrez, assurément, je vous le promets. » Dans son regard il y a cette colère douce, mêlée à ce trouble et cette tristesse. Il y a une pointe de vengeance, oui, qui y brille somme toute. Il voudrait avoir gagné, déjà. S’il avait gagné, il ne serait pas ici, aujourd’hui, à venir la voir, encore. N'est-ce pas?

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Message Sujet: Re: Des vagues d'adieux   Lun 16 Juil - 15:06

La mère en deuil n’aurait pas pu se rendre aux funérailles de sa fille. Elle ne s’en sentait, déjà, pas la force. Elle ne pourrait pas non plus chercher à profiter d’une clémence de sa part : à tous les coups, il le lui ferait payer au centuple. Comment, elle n’en savait rien. L’enfant recevrait de la part de sa génitrice un deuil profond, des prières en son nom murmurées nuit et jour dans le silence de la chambre qui l’avait vu naître. Elle ne le verrait pas disparaître : peut-être était-ce mieux, en un sens. Sans doute était-ce mieux, pour tous les deux. Un instant, ses pensées se tournèrent vers Bertin – morsure glacée dans son coeur. Le saurait-il ? L’apprendrait-il, bientôt, un jour, jamais ?

Elle ne lui souhaitait pas. Tout comme elle ne lui souhaitait pas de venir à son simulacre de procès. Tout comme elle ne lui souhaitait pas mille choses secrètes, enfermées dans son coeur.
Son regard fatigué, éclairci par les larmes retenues, ne quittait pas Bartholomé : elle pensait le toucher. En un sens, oui.
En un autre, c’est lui qui la blesse. Encore. Et encore. On a l’habitude, pas vrai. « A qui la faute, tu n’as jamais pu me faire confiance parce que tu n’as jamais cherché à voir plus loin que les erreurs initiales qui ont pu nous lier ! »

Ca, il n’a pas le droit. Il a eu treize ans à l’ignorer, mais elle n’a jamais su jusqu’à quel point il avait cherché à l’effacer de sa vie. Un goût de bile remonte dans sa gorge, âcre, son coeur se serre : littéralement, en treize ans, elle a la confirmation que les efforts qu’elle a fourni n’ont été que du vent. Qu’il n’en sait probablement rien, que tout ce qu’elle a voulu bâtir comme elle le voulait, de son âme charitable dont il ne sait rien, il n’a que faire.
Elle est si stupide d’avoir cru qu’un jour elle pourrait aider Ansemer.

« J’ai passé treize ans à tenter de me faire accepter par ton peuple ! Je suis allée aussi loin que je le pouvais sur tes terres, j’ai aidé les miséreux, les illettrés, les familles en peine, ceux qui ne peuvent pas se faire entendre. Lorsque l’épidémie a frappé, j’étais dans les rues, à aider comme je le pouvais. » Aussi droite qu’elle le peut, elle le fixe. « J’ai passé ces années où tu ne regardais pas à faire en sorte de ne pas te nuire. » De t’aider, comme je le pouvais. Par amour du prochain. Par respect pour... « Tu en penseras ce que tu veux, mais si j’avais voulu saper ton autorité, j’aurai passé treize ans à  attendre dans mes appartements que le temps passe, comme tu sembles t’être représenté ma vie. »

Son coeur se serre, un peu. Beaucoup. Elle ne sait pas si elle peut seulement mentionner son frère sans craindre ses foudres. Elle n’a rien à dire à ce propos, par ailleurs. Ou plutôt si. Elle aurait trop à dire. Que c’était de sa faute à elle, s’il l’avait perdu. Qu’elle avait retenu le Chevaucheur auprès d’elle, alors qu’ils auraient du tout arrêter après le premier baiser. Qu’elle savait combien il respectait son frère, combien tout ça pendant des années avait pu le ronger.
« Ce n’est pas la liberté qui m’a poussée à fauter, tu le sais très bien. » C’était la solitude. La douleur, dans un duché qui avait fini par la tolérer mais au départ ne voulait pas d’elle.

Un rire lui échappe. Brisé. Nerveux. Triste comme un sanglot qui le suit. « Je n’ai plus rien à perdre. De toute manière, nous savons tout deux que l’issue du procès est déjà décidée, pas vrai ? Parce que tu resteras, au final, le seul avec le véritable pouvoir de décision sur ce qu'il doit advenir. »

Elle dit ça comme si c’était une évidence. Appuyée contre le cadre du lit, dont les montants simples sont suffisamment solides pour la supporter, elle fixe un mur vide. Les remords dansent dans son esprit. Toutes ces choses qu’elle n’a jamais pu lui dire, les reproches, la haine, la rancoeur, la rage. L’admiration, respect, bien enfouis mais quand même présents. Si proches de ses lèvres maintenant qu’il les a déterrés. Elle n’a plus rien à perdre, sa fierté est en miettes.
S’il l’apprend maintenant, souffle son esprit affaibli, ça ne lui fera rien.

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Alors voilà, je me souviens de nous, de toi et moi, des fissures dans le ciel.




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Des vagues d'adieux
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