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 Les flots du jugement

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La Noblesse
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Message Sujet: Les flots du jugement   Mar 7 Aoû - 5:17


Livre III, Chapitre 5 • La Joueuse de Flûte
Bartholomé d'Ansemer & Jehanne d'Ansemer & Ferdinand du Garbin & Archie le Brinicle & Denys du Lierre-Réal & Édouard de Mascaret

Les flots du jugement

La conclusion d'une histoire pour mieux vivre ; ou simplement survivre



• Date : 22 aout 1003
• Météo (optionnel) : Le temps est lourd et la pluie tombe dehors
• Statut du RP : Ouvert
• Résumé : Ils se sont déjà dit adieu, mais les figures publiques doivent jouer de la mascarade jusqu'au bout. Là est le procès publique de l'ex-duchesse Jehanne d'Ansemer. Mais les dés sont déjà lancés après tout...
• Recensement :
Code:
• [b]22 aout 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4046-les-flots-du-jugement#150712]Les flots du jugement[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer & Jehanne d'Ansemer & Ferdinand du Garbin & Archie le Brinicle & Denys du Lierre-Réal & Édouard de Mascaret[/i]
Ils se sont déjà dit adieu, mais les figures publiques doivent jouer de la mascarade jusqu'au bout. Là est le procès publique de l'ex-duchesse Jehanne d'Ansemer. Mais les dés sont déjà lancés après tout...


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Dernière édition par Bartholomé d'Ansemer le Lun 15 Oct - 21:16, édité 5 fois
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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mar 7 Aoû - 5:19

« Silence. » que le législateur lance, d’une voix puissante, qui fait taire tous les murmures. Et Bartholomé entre.

La salle d’audience qui a spécialement été aménagée pour l’occasion est bondée. Par les grandes portes d’entrée on fait face à une foule qui se presse, debout, pêle-mêle dans ses genres. De petits bourgeois, de la rotures. Des curieux, surtout. Ils sont cerclés des gardes, omniprésent dans la salle, guerriers et Chevaucheurs mandés spécifiquement pour assurer la sécurité du procès. Au centre, un grand espace est gardé vide, pas même une chaise. Simplement un pilori installé un peu plus loin sur la droite. Il ne sera pas utilisé à proprement, mais il est là, symbole en lui-même. Des bancs et quelques dossiers ont toutefois été installés de chaque côté, encadrant cet espace qui accueillera plus tard l’accusée. Quelques places assises pour les nobles venus assister la déchéance de l’ancienne duchesse d’Ansemer. De la haute et moins haute noblesse d’Ansemer, mais aussi même quelques voisins, dont le duc de Lagrance que Bartholomé a invité lui-même en allant chercher sa fille au début du mois. Le grand siège qui fait office de trône ducal a été reculé un peu plus loin, sur la gauche, sur l'estrade qui termine la grande pièce. Au centre, il a été remplacé par un long bureau courbé, où sur les six chaises prennent place le juré mis en place par le duc. Aux extrémités, des Capitaines de navires. Celui d’un grand navire d’exploration, ainsi que le Capitaine de l’Hermione. À leur côté, chacun est flanqué d’un membre du conseil ducal ; Ferdinand du Garbin, noble Ansemarien armateur et Archie le Brinicle, général de la flotte navale de guerre ansemarienne. Et au centre, les deux marquis d’Ansemer, Laurent de Brunante ainsi que Pénélope de Bellance. C’est cette dernière qui, par son statut de haute noblesse - et le portant depuis plus longtemps que le tout nouveau marquis de Brunante - aura été désignée pour présider le juré. Un honneur à double tranchant, possiblement, mais n’est-ce pas aussi le cas de la place que prennent chacun des membres qui le composent?

Ils savent tous, que malgré le caractère public de ce procès, malgré ce juré sur lequel le duc d’Ansemer n’aura pas réel mot, qu’il n’y a qu’un seul verdict qui est attendu. Ils savent tous, aussi, que le duc sera là, derrière eux, à les observer et les écouter, et qu’au terme de celui-ci privilèges pourraient se gagner ou se perdre.
C’est là bien plus qu’un simple procès. C’est une démonstration de justice, une démonstration de force, de la puissance d’un duc en son duché et du statut possiblement précaire de tous ceux en dessous. Et dans l’idée de garder trace de cette démonstration de justice, le duc a même engagée une jeune peintre dont le nom se murmure de plus en plus pour rendre sur toile cette scène ; elle ornera, une fois achevée, les murs de cette même salle qui d’ordinaire accueille les doléances et les requêtes. Image souvenir de ce qu’il veut démontrer.

Et Bartholomé entre. Paré de ses plus somptueuses soies, brodées de perles et de fins coquillages, dans des teintes d’un bleu sombre qui rappelle la mer. Il entre droit, digne, le regard dur et sévère, l’expression sur son visage déterminée. Une expression savamment composée, qu’il espère pouvoir tenir quand on fera entrer Jehanne.

Il n’est pas retourné la voir, depuis cette nuit-là peu après la perte de l’enfant de son ancienne femme et de son frère. Après cette nuit d’aveux et de sentiments dévoilés. Il n’y est pas retourné, mais combien de fois y a-t-il pensé, alors que la nuit venait tomber, alors qu’il partageait ses draps avec Geneviève et que la fraction d’un moment il imaginait Jehanne à la place de la brune. Il n’a qu’envie que tout ceci soit terminé, qu’elle soit loin, qu’il puisse enfin l’oublier ; parce que c’est plus difficile, quand il la sait ici.

Pas un mot, alors qu’il traverse la pièce, qu’il contourne le grand bureau courbé, adressant un signe de tête à son juré au passage, et vient prendre place sur son siège. Le silence se poursuit un moment, jusqu’à ce que son regard croise celui du législateur, léger hochement de tête. Ce dernier se retourne pour faire face à la salle. « Qu’on fasse entrer l’accusée. » Et les grandes portes s’ouvrent à nouveau, les gardes repoussant la populace tassée debout pour créer un passage alors que tous les regards se retournent pour la voir entrer.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mar 7 Aoû - 21:59

Faërie • Peuple



Archie

le Brinicle



3.5 La Joueuse de Flûte

Présentation



Comme une journée de deuil. En pire. Se disait-il au fond de lui alors qu'il sentait Messaïon pleurer des cordes au delà de la mer, sur le palais. Comme s'il assistait à sa manière au jugement qui allait avoir lieu.

Droit sur sa chaise, l'homme à la barbe aussi noire qu'elle était dense se pencha un instant pour faire part de sa réjouissance à son voisin, pour échanger quelques mots discrets et salutations également. Mais rien de trop. Jamais trop. Surtout en cet instant. Il fallait dire qu'il était fier, Archie le Brinicle, d'assister depuis cette place. Et pourtant... Il n'était pas à son aise non plus - surtout 'à terre'. Il avait le pied marin après tout, quoi de plus normal pour un Amiral. Il s'était fait des plus soigné pour l'occasion – et avait même goûté à la plaisanterie d'un capitaine qui avait feinté avoir eu du mal à le reconnaître. Le tout pour prendre quelque assurance et aise sur ce sol froid et dur. Il était tout de frais vêtu, et pour l'heure, les heures à venir, il se sentirait autant flatté de faire partie du juré, que coincé dans ses vêtements. Ce n'était pas qu'il avait hâte que cela se termine, non, mais il avait néanmoins envie que cela ne s'éternise pas. Que le procès soit rapide et sec. Car la femme qui arriverait bientôt ne méritait pas de faire perdre davantage de temps et de souffle à l'homme qui franchirait les portes avant elle.

Quel scandale honteux qu'il fallait traiter tout de même. Scandale choquant qui avait fait frémir et sa grande barbe et sa moustache quand il en avait eu vent. Scandale qui avait entaché la grandeur de son duc et de son duché. Scandale qu'il fallait vite réglé – et qui l'était déjà officieusement de toute manière. Ah... qu'est-ce qui seulement les avait mené à ça. Réponse tant stupide qu'elle était vrai et barbante à la fois.

L'amour.

Ce sentiment. Ce n'était pas forcement quelque chose de sacré, ce n'était pas tant ce qui importait dans une famille, entre un homme et une femme, entre un époux et sa femme. Ce qui importait c'était la vie qui en découlait. C'était le respect entre partenaire. C'était le respect suffisant et nécessaire que n'avait apparemment jamais eu l'ex duchesse envers son mari, pour son duc, pour Bartholomé d'Ansemer.

Alors, bien sûr, l'on pouvait dire -certains tout du moins le faisaient déjà- pointer du doigt même, qu'il était tout aussi en tort en la remplaçant publiquement par la belle Compagne ; Geneviève des Armoises. Mais c'était faux. À ses yeux d'homme de pont, de disciple de Messaïon, de fervent serviteur du duché et de sa famille (ce qu'il en restait), d'Amiral respecté de la Flotte navale, il ne trouvait rien à reprocher à l'homme. À cet homme là.

Que pourrait-il seulement discuter de toute manière ? Bartholomé n'avait pas su garder sa femme ? Et alors, lui non plus. Mais ce n'était pas son procès à lui, la sienne de femme était déjà enterrée au fond des eaux du dieu qu'il priait – c'était du moins l'idée qu'il avait adopté au fil des années et il était loin de vouloir remonter le sujet comme la question.

Non. Ici, le reproche allait à la femme, à cette femme là dont il était question aujourd'hui, la déchue, elle ne s'était pas adaptée, n'avait pas cherché à le faire, ni su voir le privilège qui lui était donné de se tenir à ses côtés tout simplement. Pire encore... elle s'en était allée dans les bras du frère... Parjure.

Le Brinicle désapprouva une nouvelle fois de la tête silencieusement (peut-être bien la centième depuis que ce scandale avait éclaté) tandis qu'on annonçait l'arrivée (par le silence) de Bartholomé d'Ansemer. L'homme à la barbe se leva, saluant son duc et sa traversée des plus respectueusement avant de se rasseoir une fois l'homme dirigeant le duché assit. Et le calme se prolongea alors qu'on indiquait de faire entrer la traîtresse. Alors que son regard bouffi d'honneur, de fierté et de loyauté couvait l'armature de la porte. Porte qui s'ouvrit dans un souffle retenu – de son souffle en tout cas.


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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Dim 12 Aoû - 9:48

Faërie • Noblesse



Ferdinand

du Garbin



3.5 La Joueuse de Flûte

Présentation



C'est un honneur d'être présent aujourd'hui et Ferdinand le sait parfaitement. Il n'a négligé aucun détail de sa tenue, désirant clamer à chacun de ceux qui le croiserait à quel point sa santé financière est importante, de même que sa place politique dans le duché d'Ansemer. Après tout, même un tel procès permet d'être bien vu et d'engranger quelques contrats supplémentaires : avoir la faveur du duc d'Ansemer est une publicité bienvenue. Quant au procès en lui-même, Ferdinand n'a guère d'illusion sur le tour qu'il prendra, quelle que soit son opinion là-dessus.

Il est mitigé, le conseiller de Bartholomé. L'amour semble avoir occupé une place bien trop importante dans cette histoire et comme souvent, il n'en sort rien de bon pour personne. L'amour, quel choix stupide ! Une fadaise dont on remplit la tête des plus jeunes, mais qui n'a plus lieu d'être quant on est adulte ! Remplir sa maison d'enfants, bâtir sa réputation, développer ses activités… quel besoin d'un sentiment comme l'amour ? Jeanne était trop jeune, sans doute, sa tête trop farçie des stupidités ansemariennes de son duché natal. Là réside sans doute le vrai problème ! Le reste n'a été qu'une multitude d'erreurs. Et désormais ils sont là, à juger une jeune femme qui ne doit pas se faire trop d'illusions sur ce qu'il va se passer.

Son voisin se penche vers lui pour échanger quelques salutations rapides, auxquelles Ferdinand répond avec bienveillance. L'homme ne lui est pas inconnu, comme chacun de ses voisins d'ailleurs, et encourager des relations cordiales ne peut être qu'une aide pour développer le commerce. La conversation meurt vite pourtant, chacun concentré sans doute sur son rôle ici, un rôle dontles grandes lignes sont déjà écrites. Qui serait assez stupide, après tout, pour se mettre à dos le duc ? Qui aurait l'audace de sacrifier ses biens et sa maisonnée pour défendre une jeune femme qui n'a, après tout, absolument aucune excuse ?

Le silence se fait dans la salle à l'arrivée de Bartholomé d'Ansemer, chacun se levant pour faire honneur à leur duc. Ferdinand incline la tête, le dos raide et un peu emprunté, conséquence de l'âge qui avance. Il se fait vieux, Ferdinand. Raison de plus pour assurer à son duc toute sa loyauté et son soutien, histoire d'assurer à ses fils une bonne place auprès de l'homme. Le législateur prononce enfin la phrase fatidique, annonçant l'entrée de la condamnée. De l'accusée.  Ce n'est que cielsombroiseries : il n'est pas dur de deviner le statut de Jehanne, à la fin de ce procès. Puisse Mirta protéger celle qui semble avoir succomber au charme de l'Amour.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mar 14 Aoû - 23:56

Lorsque la clarté a commencé à poindre, ce matin-là, Jehanne était éveillée. Ce n’était pas de la faute de l’anxiété ou de la peur : ces deux sentiments avaient disparu à peu près en même temps que sa volonté de retrouver la liberté. Ce n’était pas non plus la faute de l’agitation, juste devant sa porte. Ce n’était que de sa faute, à elle. Comme tout ce qui allait se passer en cette journée du vingt-deux août mil trois, dans ce palais, tout ce que l’on dirait serait de sa faute.
Peut-être était-ce pour le mieux. Sans doute était-ce pour le mieux.

L’ancienne duchesse ne se faisait aucune illusion, quant à l’issue de la parodie de tribunal qui allait se dérouler ce jour. Personne n’espérait qu’elle en ressorte intacte. Personne n’était assez fou ou stupide en Ansemer pour croire que le juré aurait pour elle quelque considération : le crime était trop important, bien que fabriqué en grande partie. Mais elle acceptait, comme elle avait toujours tout accepté, Jehanne. Elle acceptait qu’on la condamne pour avoir tenté de mettre sur le trône son enfant illégitime – enfant désormais reposant en paix –, elle acceptait qu’on l’accuse d’avoir voulu tué un homme qui l’avait violentée, ignorée, qu’elle n’avait jamais refusé et qu’elle avait cru aimé. Elle acceptait, enfin et surtout, qu’on l’accusât du pire crime de tous, d’avoir aimé un autre que lui, d’avoir aimé son frère. D’avoir meurtri son égo en lui préférant son cadet.

Elle acceptait d’avoir aimé, et d’être coupable de l’avoir fait. D’avoir failli en tant qu’épouse d’un homme qui de toute manière ne l’aimait pas, elle.
Elle deviendrait un exemple pour tous, en Ansemer surtout, pour toutes ces femmes qui s’estimaient dans leur bon droit en prenant amant quand leur époux n’était plus qu’une ombre terrorisant leur vie. Qu’elles soient là, dans les rangs de ce procès. Qu’elles sachent ce qu’il en coûte, d’aimer.

Lorsque les gardes étaient venus la chercher, ils avaient du la soulever de la chaise où elle s’était assise. Elle avait mis un soin tout particulier dans sa tenue et sa coiffure, de tons bleutés qui relevaient ses yeux, mais personne ne s’y laisserait prendre. Les hommes à la haute stature qui l’encadraient, alors qu’elle marchait lui servaient autant de soutien que d’escorte. Cela faisait un mois que son enfant était mort, expulsé vivant d’elle pourtant, et comme pour son dernier accouchement, son corps l’avait misérablement faite payer. Sauf que cette fois, elle n’était plus duchesse. Cette fois, personne n’était venu la voir, s’inquiéter qu’elle récupérait : un guérisseur, de temps à autre, quelques minutes à peine.
Elle portait sur elle, sans fard et sans artifice, les douleurs de son corps, l’épuisement physique, les larmes et la mort.
Ce fut un fantôme qui pénétra dans la salle d’audience. Un fantôme de chair, certes. Mais si l’on regardait bien, dans la lueur des candélabres, on pouvait presque voir à travers elle.

Ce serait, sans doute, un véritable cadavre qui ressortirait de cette audience, ou, tout du moins, l’espérait-elle.
Les regards et les chuchotis, pour la plupart haineux, coulaient sur elle comme des gouttes d’eau : concentrée à ne pas tomber, frêle entre les gardes qui bientôt devraient la laisser, au centre, sous les yeux de tous, elle n’allait pas s’attarder sur les injures qui volaient, soufflées par un peuple bien trop fidèle à quelqu’un qui ne l’était pas.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mer 15 Aoû - 19:06

Une mascarade. C’est tout ce que seraient ce procès et le jugement qui serait rendu. Comment imaginer que les choses se finissent autrement quand la principale victime était le duc lui même et que les jurés chargés de juger l’affaire étaient tous de loyaux sujets ? Comment voir les choses différemment quand l’accusée n’était pas des plus appréciées dans un court qui faisait la part belle au maître du territoire ? Une vaste mascarade, c’est tout ce que serait cet événement auquel le duc de Lagrance avait été convié, pour observer celle qui autrefois avait été duchesse d’Ansemer et n’était aujourd’hui plus qu’une épouse en disgrâce et une traitresse à la couronne. Pas que Denys s’étonnait de pareille manœuvre de la part de Bartholomé, car en Lagrance, les procès étaient rarement honnêtes, eux aussi, et en tant que duc, il était en droit d’exiger ce qu’il voulait, sans que personne ne vienne critiquer ses actions. En l’état d’ailleurs, difficile de critiquer quoique ce soit puisque ce n’était pas lui le traitre, mais bien au contraire celui qui avait été lésé.

L’invitation de Bartholomé en personne avait été difficile à refuser, lorsqu’il était venu chercher sa fille Bertille après l’annonce d’un procès pour Jehanne. Même s’il n’en avait rien dit à la concernée lorsqu’il l’avait vu à la fin du mois de mai, Denys n’avait pas pu s’empêcher de craindre que ce secret désormais découvert finisse par aboutir à de lourdes conséquences. L’évidence était là de toute façon, et même s’il pas confié le doute à Jehanne, elle était certainement assez maligne pour le deviner. Mais quand même, si l’amant en question n’avait été qu’un simple inconnu, les choses n’auraient pas tournées ainsi. Comment imaginer l’implication du prince Bertin ? Au fond il comprenait à quelle point la trahison était amère, et quand bien même Denys avait bien de l’affection pour Jehanne qu’une part de sa raison suivait l’avis de Bartholomé. La chose ne pouvait rester impunie, même si dans un cas comme celui-ci, le procès n’était là que pour faire joli. Pas un instant le duc de Lagrance n’imaginait que les choses se passent différemment, avec une décision des juges à l’avantage de l’accusée. Etonnant d’ailleurs que Bartholomé n’ait pas simplement lui même décidé de présider l’assemblée.

Le jugement ne serait guère long en tout cas, songeait-il alors que la foule s’amassait dans la salle transformée pour l’occasion en tribunal. Les nobles s’étaient bien entendus rassemblés, mais point autant que la populace curieuse qui bavassait dans un brouhaha informe. L’attente fut presque trop longue, lorsqu’enfin Bartholomé entra, digne et silencieux, observé d’un œil attentif par son homologue bien peu enjoué d’être spectateur de pareil événement. Pouvait-il seulement dire quelque chose ? Oh il le pouvait certainement, car même s’il n’était pas chez lui, il restait un duc avec un fort appui, et Jehanne n’en était pas moins l’une de ses administrées – autrefois du moins. Mais agir en l’instant n’était pas la chose à faire, et même pour l’amitié d’une ancienne duchesse, Denys n’aurait pas pris le risque d’intervenir. Alors il était simplement venu observer, contre l’avis d’une Marjolaine dévastée par tout ce qu’elle avait apprit. Et bien heureusement, elle n'a pas été invité, car son cœur n’aurait pas tenu en voyant la pauvre accusée avancer, comme alourdit d’un poids invisible, plus pâle que les lunes et un pas déjà dans le royaume de Sithis. L’ombre d’elle même, de cette femme connue il y a si longtemps et qui avait laissé à la tempête et l’océan bien plus que sa vie, sans jamais l’avoir consenti.

Personne ne se faisait d’illusion sur l’issue du procès, et certainement pas Denys.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Dim 26 Aoû - 0:57

Il ne sait pas ce qu’il s’attend à voir, quand elle entre. Voilà presque qu’un mois qu’il ne l’a plus revu. Depuis cette dernière fois, alors qu’elle était faible encore, de son emprisonnement prolongé, de son accouchement précipité. De tout ce qu’il lui a imposé et que la vie a mis sur leur chemin. Il aurait voulu la voir forte, combattante, méprisante ; elle semblait déjà complètement brisée, un fantôme, un cadavre. Une âme qui n’avait déjà plus de vie.
Son coeur ne se serre pas, ne s’emballe pas. Son esprit ne s’égare pas dans les trépas de ces souvenirs qu’il chérira en secret pour le restant de ses jours. Ce n’est plus la Jehanne qu’il a connu qu’il voit là, au milieu de la salle, peinant à rester debout alors que les gardes qui l’avaient escortée s’étaient finalement éloignés. Mais il fuit tout de même son regard, craignant qu’il reste dans ce dernier quelque bribes de ce qu’ils ont partagé. Il ne doit pas céder. Pas ici, pas aujourd’hui. Plus jamais.
Mais alors qu’il la regard, si faible, isolée ainsi au centre de la pièce, il lance tout de même : « Apportez-lui un siège. » Un regard étonné qui se retourne vers lui, avant qu’un garde opine et qu’on apporte un siège de bois pour la Lagrane. Un simple geste de clémence pour celle qui, malgré ses offenses, est toujours une noble.

Un instant encore, la salle est un bourdonnement de murmures, d’insultes jetées, de reproches criés, de regards haineux, de quelques autres compatissants. Mais ils finissent par mourir, et la salle retourne dans un silence lourd alors que le législateur s’est avancé, parchemin à la main. Il attend, que le silence se propage jusqu’au fond de la salle, pour que sa voix porte sans peine dans cette grande salle. « Jehanne de l’Ancre-Fleurie. » C’est le seul nom qu’elle peut porter encore, pour l’instant. Répudiée, elle a perdu celui d’Ansemer acquis lors de son mariage. Mais elle peut aussi perdre celui-ci, celui de son enfance, si son paternel la renie. Aucune missive officielle n’est encore parvenue au palais en ce sens, et le duc ignore si le vil homme qui l’a forcé au mariage plusieurs années plus tôt est même ici dans cette salle à assister à la fin de ce qu’il a créé par la manipulation et la fourberie. « Les accusations portées à votre personne par la couronne ansemarienne sont les suivantes : Avoir entretenu une relation adultère avec le frère de Sa Grâce le duc alors que les liens sacrés du mariage vous unissaient toujours. Avoir comploté pour placer sur la lignée de succession les enfants adultérins fruits de votre union. Avoir souhaité la mort de Sa Grâce le duc et avoir comploté pour reprendre son trône. » Un silence calculé qu’il éternise un peu, laissant quelques murmures reprendre et s’échanger, avant de poursuivre. « Tout ceci est suffisant et justifié pour vous accuser de haute trahison envers Sa Grâce le duc ainsi qu’envers la couronne ansemarienne. » Il se tourne vers le juré, « Le juré expressément assemblé pour ce procès saura vous écouter et jugez de votre responsabilité. » De nouveau vers Jehanne, « Que souhaitez-vous plaider? » Qu’elle ose, simplement, plaider non-coupable. Mais c’est une Lagrane après tout, et le mensonge coule dans leurs veines, qu’il ne serait pas étonnant qu’elle tente de renier la moindre part de responsabilité dans les accusations qui lui sont portés.

Le regard de Bartholomé est figé sur Jehanne, cette fois, alors qu’il attend qu’elle parle. Oui, qu’elle parle devant tous. Pour la première fois, qu’elle fasse entendre sa voix à la cour ansemarienne, cette voix qu’ils n’ont jamais entendu, qu’elle s’est gardée pour elle de nombreuses années, cette voix qui à tout détruit. Que cette voix qui a détruit leur mariage, qui a éveillé des sentiments enfouis, qui a brisé une famille, que cette voix la détruise elle-même cette fois.
Ou qu’elle reste muette, même. Qu’elle reste muette et que cette mascarade de procès se termine et qu’elle quitte son regard, à tout jamais.
Mais il se doute qu’elle parlera. Il est préparé, à entendre sa voix. À nouveau, une dernière fois.

Alors qu’elle parle. Qu’elle parle et qu’ils l’écoutent. Qu’ils la questionnent s’il le faut. Qu’ils la jugent, surtout.

Qu’ils la condamnent.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mar 28 Aoû - 23:45

Elle ne s’attendait pas à la moindre compassion, alors que les portes s’ouvrent sur la salle. Ironiquement, elle n’y était que peu entrée, dans cette pièce-là du palais ; jamais on ne lui avait refusé un accès, mais jamais, non plus, ne lui a-t-on signifié que sa place était ailleurs que dans ses appartements. Oh, bien sûr. Ca aussi, ça se perdrait, avec le procès. Avec la sentence irrévocable qui tomberait, on perdrait des années de traitement ignoble, des années d’horreur vécue sans qu’elle n’en dise un mot. On perdrait les regards dédaigneux de certains nobles, qui dans leur révérence avaient tellement de suffisance et de moquerie ; on perdrait les ambassadeurs et diplomates qui l’ignoraient, et affectaient de la croire malade ou indisposée, surpris de la voir paraître quand on l’y autorisait ; on perdrait, bien sûr, car ça tout le monde voulait l’oublier, les conquêtes du duc – éclatantes beautés éphémères – qui avaient paradé dans tout Port-Liberté, dans des cérémonies officielles à sa place, à des banquets, à des inaugurations, à des mises en mer, à des déclarations de paix, des couronnements, à des naissances. On perdrait beaucoup, quand tomberait le verdict déjà connu de chacun sauf de l’intéressée.
On effacerait de l’histoire que jamais, vraiment, Jehanne n’avait été duchesse.

Les murmures et les insultes continuaient. Le fantôme au centre de la pièce, désormais seule, se tenait debout, prête à encaisser… Même si le moindre coup de vent, en cette journée orageuse, aurait pu la déliter comme un nuage au vent. Elle ne laissa pas un mot s’échapper, inclinant la tête cependant, quand on lui porta un siège. Assise, elle serait diminuée face à eux, si grands, si hauts, surélevés déjà et dont le regard la transperçait. Assise, elle aurait l’air de tout perdre, et elle était faible mais pour l’heure elle pouvait tenir.
Le silence se fit. Enfin.
Elle n’était plus rien, déjà. L’annonce de son nom ne la fit même pas ciller, n’alluma, au fond de ses yeux, aucune étincelle. A peine si elle respirait. C’était le nom d’un fantôme, qu’ils appelaient, d’une jeune fille joyeuse qui riait sous les lunes, sur un balcon du palais. Ce n’était pas la femme au corps détruit par les conséquences infortunées d’une grossesse violente, à la vie qui fuyait par tous les pores de sa peau. Les charges défilèrent.
Elle n’avait qu’un mot à dire, et tout serait fini. Ce n’était qu’un mot, ce n’était que mentir, une fois de plus.
Mais le pouvait-elle ? A la lumière de ce qu’elle avait dit, de ce qu’elle avait pu ressentir ? Elle le savait, désormais, elle ne l’aimait pas. Elle aurait pu. Mais elle ne l’aimait pas.
Elle l’avait respecté.
Et c’était apparemment ce que lui n’avait pas fait.

Son honneur, il se l’était entaché tout seul ; personne n’aurait rien su, personne n’aurait jamais deviné, s’il n’avait pas pris l’idée de le révéler de lui-même au monde. Son honneur à elle, le peu qu’il en restait, elle n’allait pas, une fois de plus, le laisser lui détruire. Il lui prenait déjà bien assez. Il l’avait piétiné pendant treize ans.
Elle dirait la vérité, alors – si des mages étaient là, ils ne cilleraient pas. Uniquement la vérité. Si elle devait être condamnée, elle ne le serait pas uniquement pour des faussetés.
« Je plaide coupable… » Il n’y a pas de retour en arrière. «...en ce qui concerne ma relation adultère. Je plaide non-coupable pour tous les autres chefs d’accusation. »
Sa voix était claire, nette, presque froide. Détachée de ce monde, mais tellement vivante, résonnant pour la première fois en Ansemer publiquement. Elle savait ce qu’elle avait fait.
Elle était curieuse, en revanche, d’une curiosité malsaine, inquiète, morbide sans doute – et tellement destructrice – de voir quelles preuves avaient été fabriquées pour prouver sa culpabilité quant aux complots, et à la mort de Bartholomé.
Vraiment.
Jusqu’où était-il allé ? Jusqu’où la haïssait-il ?


HRP:
 

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Jeu 30 Aoû - 5:23

Faërie • Noblesse



Édouard

de Mascaret



3.5 La Joueuse de Flûte

Présentation



Oh qu’il est satisfait de traîner ses vieux os jusqu’au palais ce jour-là ! Il se sent même jeune, soudain ! Il ne se dirait pas heureux, non. Personne ne devrait réellement être heureux de la situation actuelle au palais ducal. La famille qui se déchire, ce n’est jamais idéal, mais alors la famille ducale… Reste qu’il s’agit d’un événement à ne pas manquer. Un événement qui donnera forcément forme au reste du règne de Bartholomé.

Il a pris place dans la salle avant que le duc n’arrive, avant que son ancienne femme, cette… loque… humaine se présente devant eux. Il s’est installé et il a attendu. Non pas le spectacle, réalistiquement, le procès ne l’intéresse que très peu. Ce qu’aura à dire Jehanne pour sa défense sera risible dans le meilleur des cas, songe-t-il. Non. Il est ici pour supporter son duc. Même s’il n’est pas du jury, même s’il n’a pas été honoré d’une telle offre.

Il est là. Il écoute, il observe le fantôme de celle qui était autrefois leur duchesse. Le chef d’accusation tombe. Et l’énoncé du plaidoyer de Jehanne. Il s’étonne qu’elle ose plaider coupable, mais cela le fait sourire intérieurement. Ce sera plus vite conclut ainsi, certainement, non ?

On pourrait croire qu’il déteste profondément Jehanne. Il ne serait pas prêt à aller jusque-là. Mais une part de lui ne peut qu’être heureux de voir son état. De voir à quel point elle a payé, payera pour ses erreurs. Leurs erreurs. Parce que là où la blonde tentera de prendre toute la responsabilité, Édouard, lui, la mets surtout sur les épaules de Bertin qui a fait à Éléonore un affront inqualifiable. C’est presque dommage que cela tombe sur Jehanne. Tant pis. Il partage l’avis du duc, de toute façon. Ses actions à elle n’étaient pas plus tolérables. Pire encore : elle était mariée. Pas lui.

Muet, il observe la scène, curieux de voir comment se déroulera la suite.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mer 19 Sep - 22:10

Faërie • Peuple



Archie

le Brinicle



3.5 La Joueuse de Flûte

Présentation



Ton ombre décline sur le sol tout ce que tu as perdu et que ton corps supporte à peine, femme. La perte de ton enfant est comme un châtiment des dieux eux-mêmes devant la profonde entaille que ta folie honteuse a creusé au cœur de ce duché, au cœur de l'homme qui en est le guide. Tu mérites cette souffrance. Tu la mérites pleinement. Savoure là puis disparais à jamais.

Si seulement il pouvait parler ainsi, si seulement ses mots pouvaient couler de sa bouche de cette façon si poétique qui... ne lui aurait servit strictement à rien. Trop bien formulé pour lui, mais il était certain que quelques têtes fleurs bleues feraient une histoire de ce jugement en ces presque termes jolis. Oh que d'encre allait couler de cette journée. Encore de l'encre, toujours de l'encre, et pas celle en A qu'il aimait à penser hélas. Chose était certaine, Archie serait témoin de tout, voir plus encore vu la place qu'il occupait. Lui se trouvait du bon côté. Contrairement à Jehanne de l'Ancre-Fleurie qu'il détaillait de ses yeux plissés. Un coup de vent en pleine tempête l'aurait déjà soulevé et emporté loin, très loin, songea t-il devant cette silhouette si fragile qui prenait place à présent sous leurs yeux et sous les murmures semblables au vent qui siffle entre les voiles. Ses épaules, petites, semblaient porter soudain tout le poids du monde. Ou sinon cela, le manteau de la peine et de la fatigue. Elles le laissèrent, comme l'agonie de leur propriétaire, complètement indifférent alors que le procès débutait.

L'accusation claqua sec dans le froid du palais tandis que ses mains unies sur la table se serraient davantage pour garder un visage sévère mais lisse et non ridé par l'envie de la canonner au loin. On comptait sur lui, sur eux, pour jouer à cet espèce de jeu. Tout était déjà su. Tout était déjà établi. Qu'elle parle ou se taise à jamais revenait à ses yeux au même. Elle était pour lui coupable de tout. Et si ça n'avait tenu qu'à lui elle aurait déjà été vendue au moins offrant sur un marché... Juste pour elle. Juste cette fois.

« Je plaide coupable... » L'homme se redressa doucement, figé, sur sa chaise. Cela allait donc finir aussi vite ? Bien, fort bien ! «...en ce qui concerne ma relation adultère. Je plaide non-coupable pour tous les autres chefs d’accusation. »  Erreur. Elle poursuivit et nia les faits qui lui étaient reprochés. Et le léger bourdonnement reprit, des souffles retenus jusque là, des regards foudroyants, qui se calmèrent à la demande. On était à un procès non au marché.

« Pensiez-vous qu'ils n'éclateraient jamais, vos secrets ? Jusqu'où comptiez vous aller dans le dos de votre duc ? Niez-vous, aussi, avoir jamais imaginé un seul instant le frère de sa Grâce sur le trône pendant que vous vous enfonciez honteusement dans cette relation adultère ? »

Sa voix se voulait maîtrisée, supérieure, et loin d'être agressive. Comme le calme avant la tempête. Il s'était après tout si bien préparé avant. Comme l'intervention des autres qui ne tarderaient pas.



Spoiler:
 

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Sam 29 Sep - 16:57

C’est presque un soupir de soulagement qui traverse les lèvres du duc alors que Jehanne commence à parler, annonçant qu’elle plaide coupable. Mais bien entendu que c‘était trop beau pour être vrai. Il fallait qu’elle continue. Il fallait qu’elle pousse son audace et se défende sur les allégations ajoutées. N’avait-elle pas compris qu’elle ne sortirais pas d’ici libérée de toute façon? Que peu importe ce qu’elle tente de plaider, le verdict se terminerait sensiblement le même. Que tentait-elle de faire, de redorer un peu son nom par delà les frontières d’Ansemer peut-être? De défendre sa dignité?

Les murmures s’étaient levés à nouveau dans l’assemblée, quelques insultes qui fusaient ici et là par dessus les voix basses. La main levée du législateur qui fit taire tout ce monde assemblé, avant que l’un des membres du juré ne prenne la parole. Quel fidèle homme, cet Archie. Il avait toujours été un conseillé dévoué et loyal, ainsi qu’un homme d’Ansemer comme il ne s’en faisait que peu. Prêt à défendre son duché et son duc corps et âme, Bartholomé était heureux de l’avoir à ses côté, et sa présence parmi le juré avait été une évidence. L’homme se rangerait de son côté, sans même besoin de promesses et de lueurs d’avancements, il l’avait toujours su et voilà que son discours prouvait ce qu’il croyait.

Ils ne laissèrent pas le temps à l’accusée de répondre à cette question, que l’un de capitaines assis à l’extrémité du grand bureau se redressa pour poursuivre. « N’vez-vous pas prétendu à sa Grâce q’l’enfant q’vous portiez était l’sien? » Ils ne savent pas, que même si c’est ce qu’elle a fait, c’est réellement Bartholomé qui a poussé le mensonge alors qu’il savait déjà très bien que ce bébé n’était pas le sien. Ils n’ont pas besoin de le savoir, après tout, et malgré tout, elle avait tout de même tenté ; allant jusqu’à pousser l’audace jusqu’à prétendre une intervention divine ! Et si le duc fait bien ri de cela au moment où cela s’était passé, il ne se gênerait pas pour ici et maintenant devant tous lui rappeler ses paroles.

Et tenter de lui faire croire l’enfant le sien était tenter de placer ce dernier sur la lignée de succession. Qu’il ne serait jamais devenu duc ou duchesse n’importait que peu, il aurait eu un rang et des avantages qu’il n’aurait jamais mérité ; fruit infâme de la traîtrise.

Les regards s’étaient retournées vers la Lagrane, la laissant à répondre cette fois. Le silence était revenu, pesant et lourd. Elle plaidait non coupable pour les accusation subséquentes, mais tous étaient curieux de voir quel tissus de lagranerie elle sortirait pour défendre sa position.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mar 2 Oct - 13:24

La tête haute, elle accusa sans broncher les murmures qui parviennent jusqu’à elle. Traîtresse. Menteuse. Infidèle. Les mots n'étaient rien de plus que des qualificatifs, certains plus injurieux que d’autres, qui reflétaient sa situation. Et elle les reçoit en pleine face. Elle n’en avait rien à faire. Elle savait, Jehanne d’Ansemer - encore pour un moment. Encore pour une heure, sans doute, le temps que cette parodie se continue et s’achève, aussi longtemps que son ancien époux le désirerait -, elle savait si bien que les mots sont vrais. Oui, elle avait trahi, oui elle avait menti. Oui, elle était infidèle, elle s’était couchée dans un autre lit que le lit marital, à un autre que l’homme qu’elle avait dans la légalité épousé elle avait donné son corps - et son coeur, mais beaucoup l’oublieraient, cela. Qui, honnêtement, dans cette foule hostile, s’intéresserait aux sentiments de la pécheresse ?
Elle n’avait pas de procès juste, après tout. Peut-être était-ce mieux. Que tout se termine, rapidement. Si seulement.
L’amiral prit la parole : elle l’avait déjà aperçu, une fois ou deux. Elle savait qui il était, lui, sans doute, ne savait rien de plus que ce que son seigneur et maître avait pu lui glisser, et ce que les rumeurs et les accusations lui avaient porté. Vaguement, elle se dit qu’il pourrait discipliner quelque peu sa chevelure. La remarque était incongrue, certes, mais quand on n’avait plus rien à perdre, l’esprit se focalisait sur de si petites choses !  

Oh, comme elle le connaissait, ce ton qu’il employait ! Ca devait être une particularité ansemarienne : la colère allait déferler, tout emporter. Ansemer avait la colère liquide, jusque dans ses intonations. La blonde aux cheveux défaits, dont la couleur n’était plus qu’une vague réminiscence de l’or à la limite argenté qu’il avait été, se préparaiit à lui répondre. Mais, déjà, un capitaine se dresse et s’impose.
La même colère, encore contenue à grand-peine. L’agitation qui se retient avant de cascader en accentuations furieuses.

Heureusement pour elle - si l’on peut dire cela - elle savait ce qu’elle avaiy fait. Elle savait ce qu’elle avait dit. Ou ce qu’elle avait écrit. Sa tête se secoue, et elle nie. De toute manière, ils avaient les feuillets, pour l’incriminer. Ils n’auraient pas pu, autrement, pas vrai ?

“Je n’ai jamais prétendu que l’enfant était sien. ” Uniquement qu’il était du sang d’Ansemer, et qu’il n’était pas possible de prouver qu’il n’était pas le sien avec certitude, songea Jehanne. Son regard brilla de détermination : elle n’avait plus rien à perdre. “  Je n’ai jamais, non plus, imaginé sur le trône ducal un autre que le duc, connaissant l’aversion pour le pouvoir du prince. ”

Personne ne pouvait réfuter cela. Bertin, qui avait fui les responsabilités, refusé le poste de Capitaine, qui n’avait pas ce goût ni cette envie, et encore moins un besoin d’avoir du pouvoir. Bertin, à la vie presque austère pourrait-on dire. Enfin, comparez le palais ducal et Vivécume - avant l’attaque pirate - et vous comprendrez. Lui et son frère n’avaient pas le même état d’esprit. Pas les mêmes aspirations.
Et, elle ne le dirait pas - jamais - mais elle savait Bartholomé le meilleur pour assumer ce rôle. Elle avait été admirative, en secret, du duc qu’il avait été et qu’il était. C'était l’homme, qu’elle haïssait.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mar 2 Oct - 17:49

Qu’espère-t-elle, en continuant de jouer sur les mots, en niant et en repoussant l’inévitable? Elle sait très bien, pourtant, elle se doute, du moins, que rien qu’elle ne pourra dire ne pourra la sauver. Oh elle ne lui a peut-être pas dit mot pour mot que l’enfant qu’elle portait était le sien - elle ne lui aurait peut-être jamais rien dit même s’il ne l’avait pas convoqué cette journée là - mais il était bien clair que de la tournure de ses mots et des insistances de ses phrases et ses questionnements c’était ce qu’elle espérait qu’il croit.

Il savait, à présent, qu’elle n’avait pas menti et que les mots prononcés étaient aussi vrais qu’ils puissent l’être. Mais il n’aurait alors jamais soupçonné Bertin d’être cet amant et le père de ce bébé. Son frère en qui il faisait confiance et duquel il croyait qu’il l’aimait et le respectait. Bertin avait prétendu que c’était le cas, qu’il l’aimait et le respectait toujours, mais le duc ne pouvait plus le croire. Il ne pouvait comprendre comment il pouvait prétendre se soucier de lui, de son titre et de son règne, de leur relation fraternelle, et ainsi le trahir et lui mentir et jouer ce jeu si longtemps. Alors oui, elle disait vrai en se défendant de la sorte, mais ça n’avait pas d’importance ; elle savait très bien alors que le secret qu’elle partageait avec Bertin était sauf, elle connaissait l’amour du duc pour son frère ; jamais elle n’aurait osé parler ces mots s’il elle leur avait su un quelconque pouvoir de suspicion.

« Vous le lui avez laissé croire. Vous saviez qu’il ne soupçonnerait jamais son frère. Vous souhaitiez qu’il croit ce bébé le sien. Ça aurait assuré votre position, n’est-ce pas? Ça aurait couvert vos mensonges et vous auriez pu continuer vos jeux. » c’est une question sans en être une, parce que la réponse n’a pas tant d’importance à leurs yeux. Qu’importe ce qu’elle dira, ils ne sont pas disposés à la croire. Ils ne sont pas là pour cela, mais plutôt pour dépeindre une image déjà décidée, un tableau de manipulation et mensonges. Jehanne n’est qu’une actrice parmi tous les autres acteurs de ce grand théâtre ; sauf qu’on ne lui a pas donné de texte - et que la fin est déjà écrite. Qu’importe ce qu’elle dira, ils savent quelle ligne cette histoire doit rejoindre.

« Nous avons ici quelques feuillets rédigés de votre main. » Les feuillets sont levés, pour que l’assemblée puisse les voir. Quelques pages sélectionnées du carnet de Jehanne que Bartholomé lui aura arraché. Quelques segments choisis, retenus. « Pouvez-vous nous confirmer qu’il s’agit bien là de votre calligraphie? » Ce n’est que pour l’effet, parce qu’il n’ont pas vraiment besoin de confirmation de l’accusée. Celle qui a depuis si longtemps fait entendre sa voix que par écrit a laissé moult documents de sa main, amplement suffisant pour comparer l’écriture et y reconnaître la plume de celle qui a été treize longues années duchesse d’Ansemer.

Ils avaient la lettre de Bertin aussi, mais Jehanne ayant plaidé coupable quand à sa liaison avec le frère de sa Grâce, celle-ci n’était pas des plus utiles. Bertin n’y étalait principalement que les sentiments qu’il disait maintenir face à Elénore, y confirmant sa relation avec Jehanne et la perte de ses titres, sans plus. Rien qui ne pourrait servir à incriminer davantage la Lagrane sur les dernières accusations. Sur ce point elle disait vrai ; Bertin n’avait jamais eu aucun intérêt pour le pouvoir - au grand damn de Bartholomé qui aurait bien souhaité le voir s’impliquer un peu plus - et ils ne pouvaient faire prétendre que ce dernier avait eu part dans les complots au trône desquelles ils accusaient Jehanne.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mer 3 Oct - 12:57

Un instant. Rien de plus. Rien de plus qu’un simple instant, durant lequel elle avait eu l’absurde impression qu’elle pourrait être libre, qu’elle pourrait se défendre face à ceux qui l’accusaient. C’était stupide, en un sens, pas vrai ? Stupide. Elle savait que ça n’avait aucune chance d’arriver. Alors maintenant, Jehanne, qu’allait-il se passer ? Les traces, écrites bien entendu, avaient-elles mystérieusement disparu ? Non, jamais Bartholomé ne l’incriminerait sans preuve, ça n’était pas possible. Et elle avait raison.

Restait à savoir ce qu’il avait sélectionné. Là, ce serait la grande surprise. Il avait du récupérer plus d’un carnet, peut-être même avait-il mis la main sur celui où elle couchait autrefois certains de ses rêves - gribouillis insensés, histoires loufoques à peine encore logiques au fond de l’esprit embrumé du réveil. Qu’importait. Si elle savait dissimuler, il savait mentir aussi bien qu’elle, et tourner à son avantage un mot légèrement insinué.
Ils ne s’attendaient pas à sa réponse, ça se sentait. Là encore, on poussait vers elle une volonté de détruire Ansemer qui était bien éloignée de ce qu’elle avait voulu faire. Elle, elle avait juste souhaité être heureuse, quand son époux l’ignorait pour mieux la haïr, quand son époux la brisait pour mieux l’oublier, quand ses nuits devenaient des jours à attendre les lèvres closes que même ceux qui lui devaient au moins reconnaissance cessent de l’ignorer.

L’esprit étant une bien curieuse chose, e fut à ce moment précis que des bribes de cahier, comme des pages soulevées par le vent, revinrent la frapper. Des choses dont elle se souvenait, des mots qu’elle se rappelait avoir écrit. Des histoires stupides, des insultes retenues, des rancoeurs maudites et couchées là dans le simple but de se libérer.

Qu’ont-ils donc pris, pour l’incriminer ? Elle hocha la tête, sans même prendre la peine de se pencher sur les choses plus que cela.
“Il s’agit de mon écriture.”

C’était une parodie mal menée. Elle en attendait la fin avec impatience désormais. Qu’on en finisse. Que ce tourment-là, ce mariage qui n’était pas encore révoqué, que tout se termine. Dans le fracas, les cris et la haine. Dans la violence, dans la mort ! Elle attendait cette sentence avec impatience.

Le duc lui avait confié, à la mort de sa fille, dans cette intimité qui témoignait déjà qu’elle n’appartenait plus à sa vie, qu’elle n’était plus sa femme, il lui avait confié qu’il ne saurait la condamner à mourir. Si le jugement en venait à celà, cependant… Avait-il changé d’avis ? Les choses pouvaient traîner, s’étirer… Mais que ça se termine.
Que ça prenne fin.
Enfin.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Mer 3 Oct - 23:23

Les feuillets sont reposés sur le bureau une fois la confirmation de Jehanne entendue de tous. Le silence s’installe dans la salle alors que ceux pressés dans la salle pour assister à la déchéance de la duchesse sont curieux d’entendre les mots posés sur papier par cette dernière. La voix est raclée, éclaircie avant de se pencher sur les carnet pour y lire quelques extraits. « Au huitième jour de mars. Je hais ce mariage, et au fil du temps j’ai appris à le haïr lui. Je me dis qu’il mérite la mort, qu’il mérite de rester à terre pour tout ce qu’il me fait subir. » Les passages sont choisis, les mots sélectionnés, certains omis. « Au trentième jour de janvier. Je veux partir. Mais il y a Bertille. Je ne peux pas la lui laisser. » Quelques autres passages sont ainsi lus, des écrits manipulés pour donner à la Lagrane des intentions qu’elle n’avait probablement pas. Des mots écrits sûrement plus sous les impulsions des émotions, de la colère ou la déception, de la tristesse ou la solitude, retournés contre elle pour lui attribuer des desseins bien plus sombres. Rien de totalement incriminent, non plus. Mais c’était amplement suffisant. La justice était ce qu’elle était à cette époque, et il ne fallait pas de réel procès pour porter à exécution quelqu’un. C’était un affaire de pouvoir plus qu’autre chose, aussi était-il important de rester dans les bonnes grâces de ceux le détenant, ou alors de bien jouer ses cartes pour le supplanter. Ni Jehanne ni Bertin n’avaient su garder la tête hors de l’eau dans cette histoire ; ils en payaient à présent le prix.

Mais la masquerade avait assez durée, et ce simulacre de procès avait déjà démontré ce qu’il voulait. Jehanne ayant plaidé coupable à une partie des chefs d’accusations rendait le jugement encore plus expéditif.  « Nous en avons entendu assez pour rendre un jugement. » que le juré affirma après quelques instants de murmures partagés. Les discussions n’avaient pas semblée animées, mais qui s’en étonnerait? Lequel des six jurés présents aurait osé, au risque de perdre son titre ou quelconque privilège, de s’attirer les foudres du duc du moins, de défendre l’ancienne duchesse? « Le plaidoyer de culpabilité de l’accusée quant à sa relation avec le frère sa Grâce, ainsi que les réponses entendues et les preuves apportées sont suffisantes pour la déclarer coupable de haute trahison face à sa Grâce le duc d’Ansemer ainsi qu’à la couronne ansemarienne. » Il n’y avait là aucune surprise dans les mots prononcés. La surprise serait venue d’un jugement différent, mais personne n’y avait cru. « Jehanne d’Ansemer, votre mariage avec le duc est officiellement révoqué, tout comme votre titre de duchesse. Vous ne portez plus à présent le nom d’Ansemer, et serez connue comme Jehanne de l’Ancre-Fleurie, votre nom de jeune fille. Vous perdrez ainsi tous droits en lien avec la princesse et héritière Bertille d’Ansemer. » Un léger silence. Ceci était déjà chose connues, c’était la suite qui était plus attendue. « La sentence pour le jugement de haute-trahison est l’exécution par noyade. Par égard pour le rang de noblesse porté par l’accusée, nous suggérons la décapitation. » Et ils s’assoient de nouveau, alors que cette fois les têtes se tournent vers le duc.

Car si le jugement est ainsi délivré, il ne sera réellement valide qu’une fois entériné par le duc. Et c’est à la fois une vague de soulagement qui traverse Bartholomé à cet instant qu’un sentiment d’angoisse. Il a dit à Jehanne dans l’intimité de leur dernière rencontre qu’il serait incapable de signer sa mise à mort, et si elle l’avait pressé de le faire, il doutait encore être capable de la condamner à mort aujourd’hui. Il voulait qu’elle soit loin, qu’elle parte, qu’elle ne soit plus ni sa femme ni sa duchesse ; mais la condamner à mort était tuer ces souvenirs et ces instants, tuer la Jehanne qu’il avait aussi aimé.

Et il se lève, son regard vient se poser dans celui de Jehanne un moment. Il n’y transparaît pas les sentiments qui le partagent en ce moment, mais elle les devinera. « En tant que duc d’Ansemer, tête de ce duché et pouvoir suprême de sa justice, j’accepte le jugement donné. » son regard quitte Jehanne, pour retrouver ceux de son juré. « Par respect pour la princesse Bertille, je refuse la sentence d'exécution. » C’était plus facile, de se dire qu’il le faisait pour Bertille plutôt que pour lui-même, de se faire croire qu’ainsi la princesse le détesterait un peu moins. « Jehanne de l’Ancre-Fleurie sera bannie d’Ansemer. Et à moins qu’un autre duché de Faërie souhaite lui offrir asile, » son regard glisse sur Denys assis là dans les premiers rangs de l’assemblé. Il y a une lueure presque de défi, dans ce dernier. Qu’il ose, se lever ici même et offrir refuge à la Lagrane qui a commis trahison en Ansemer. Il ne lui refuserait pas, mais cela entacherait grandement les liens qu’il partageait avec le duché des fleurs. « un portail en direction de Lorgol lui sera offert afin qu’elle quitte aujourd’hui même ma demeure. » Voilà. C’était à cela qu’il la condamnait. Certains diraient que le châtiment était doux, mais peut-être que la mort aurait été plus douce pour celle qu’il renvoyait loin et séparait à jamais de sa fille.

« La session est terminée. » Et il avait quitté, sans laisser quelconques questionnements ou objections possible. Il avait laissé la salle se vider dans les murmures qui l'animait à nouveau. Il avait laissé au juré le soin de saluer la haute noblesse présente. Plus tard, il remerciait ces six membres sélectionnés qui avaient su tenir leur rôle donné. Il avait laissé aux gardes le soin de ramener Jehanne à sa prison pour qu’elle rapatrie le peu de choses qu’elle y possédait, avant de l’escorter vers son nouveau futur.

Il était parti s’enfermer dans sa chambre, avaler le rhum nécessaire qu’il lui faudrait avant de retrouver Bertille pour lui dire que sa mère était partie.

Noyer le soulagement et la tristesse qu’il éprouvait de ce chapitre tourné.

Ansemer ne serait à présent réellement que lui seul, lui seul et Bertille.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Jeu 11 Oct - 17:05

Elle n’avait plus peur. Il ne pouvait plus rien lui arriver qu’elle n'eût prévu à l’avance. Ils avaient pris des extraits choisis, sortis de contextes bien définis. Ils avaient pris des mots qu’elle aurait pu prononcer, qui auraient pu la mener à sa perte, et c’était ce qu’ils faisaient sans qu’elle n’ouvrît seulement la bouche. Ils savaient comment la faire tomber. Et elle, elle s’abandonnait. Elle avait choisi d’arrêter de lutter il y avait bien des années de cela, de lutter contre lui, contre eux, contre Ansemer, contre tout et contre rien. Elle avait choisi d’être coupable. Le seul choix qu’il lui restait, après tout.

Curieuse, cependant, elle nota que les mots étaient restés relativement calmes. Oh, elle avait écrit bien pire, dans la folie de la découverte, elle avait écrit bien pire quand on lui avait substitué des hordes de Compagnes, elle avait noirci des pages et des pages et des carnets et des livres d’horreurs insoutenables ! Et pourtant, ils s’en tenaient au minimum.
Il mourra, un jour, et je souhaite être là à le regarder souffrir, écrirait-elle en mars de l’an mil. Elle revoyait la scène, se rappelait avoir été oubliée dans ses appartements, cloîtrée, humiliée même devant une Bertille candide accrochée à la main de son père. Sur ses terres, n’ont le pouvoir que les femmes capables de se baisser pour faire croire aux hommes qu’ils sont puissants - ou qui ainsi tiennent plus facilement sous les bureaux. C’est un duché qui se gangrène de l’intérieur, l’infection primaire venant du duc lui-même. dix-sept décembre neuf-cent-quatre-vingt-treize.
Des pages et des pages.
Comment te décrire, ma fille, l’abjecte horreur de ces terres que tu aimes et dont tu vas hériter ? Oh, elles sont magnifiques à l’oeil nu, tu le verras. Tu aimeras Port-Liberté, de prime abord, car tu y auras grandi. Mais je t’emmènerai, mon enfant, je te montrerai Ansemer mieux que ne saura le faire le duc. Sans t’apprendre à le haïr, je t’en donnerai les clés pour y voir sa misère. Pour voir ceux dédaignés pour être nés dans les terres. Pour voir le fossé, pour voir tout ce que l’on ne t’apprendra pas forcément. Je sais être mal placée pour te parler de mensonges, t’enseigneras-t-on, mais je peux t’apprendre à voir au-delà des leurs, bien plus gros que mon silence. Tu verras Ansemer par mes yeux, ceux de l’observatrice silencieuse qui ne peut y influer, et tu le verras par les yeux de celui qui cause à la fois sa perte et sa grandeur. quinze janvier neuf-cent-quatre-vingt-seize.
Des livres, des carnets, des sagas, des bibliothèques de haine et de douleur envers l’homme et la terre. Les mots tournaient autour d’elle, dans le silence relatif, barré par les chuchotis haineux de tout un peuple ligué contre elle.
Qu’il meure, qu’il disparaisse, que la maladie l’emporte. Que je sois libre, libre enfin de retourner d’où je viens. Que la douleur cesse. Je n’en peux plus.
Ne le défends pas. Tu sais bien. Tu sais tout.
Je ne veux pas vous laisser, mais je n’en peux plus de ce palais, de lui.
Laisse moi partir. Couvre ma fuite et suis-moi ensuite. Lorgol, juste Lagrance même. Ailleurs, n’importe où, pourvu qu’il ne soit plus là, qu’il soit détruit, amenuisé, qu’il souffre.


Les mots s’apaisèrent. Le silence, lourd, plein d’énergie virevoltant dans l’air, coupant presque la respiration. Enfin.
Jehanne attendait presque impatiemment qu’enfin on la libère de ce fardeau, de son existence devenue bien lourde à porter. Elle attendait avec joie, avec envie presque, que le monde cesse de s’intéresser à eux et à elle. Enfin, le jugement allait tomber, sans surprise. Depuis longtemps elle s’était résignée à ce qu’il allait arriver, et elle l’attendait, l’espérait : comment expliquer autrement que son corps ait décidé de ne pas se remettre ? Elle était prête à mourir. Pour l’exemple.
Ou pour elle-même. De toute manière, elle avait disparu des esprits depuis bien longtemps. L’ancienne duchesse, désormais rien, croisa de son regard celui de l’homme qui avait été son époux. Un instant.
Tu m’as promis. Sois fort. Va jusqu’au bout, libère-la.Ne recule pas.  
Mais jusqu’à la fin, il ferait de sa vie un enfer. Comme toujours, il trahissait des promesses non-dites. Il se refusait à lui laisser la plus petite once de bonheur. Le visage fermé, les larmes perlant au coin des yeux pour la première fois depuis le début de la mascarade, elle serra les dents. Rage. Honte. Dégoût. La vie qui demandait, à cor et à cri, de la fuir, de tout terminer ! Enfin, laissez-la quitter ce monde qu’elle n’avait que trop entaché !

Ce serait Lorgol, alors. Lorgol, avec ses livres, ses affaires - pour le peu qu’elle possédait. Lorgol, dans la tour de sa famille, là où viendrait l’attendre et la punir un père qu’elle n’avait pas revu depuis son funeste mariage. Ce serait Lorgol, la liberté tant rêvée - mais rêvée, seulement. Lorgol, pour un temps. Pour s’oublier.
La rage et la douleur de Jehanne de l’Ancre-Fleurie disparurent, lentement, laissant un canevas vide et lacéré, laissant peu de chance mais lui laissant la vie et la volonté. Elles emportaient avec elles les derniers relents nauséabonds de la pâle copie d’être qu’avait été tour à tour Jehanne d’Ansemer : duchesse silencieuse. Amante volée. Mère aimante. Femme brisée.
Elle marcha la tête haute, l’air effacé, sous les murmures qui redoublaient d’intensité. Parcourant les couloirs du palais d’Ansemer une dernière fois. Elle n’y reviendrait pas. Ses yeux ne s’égarèrent pas une seule fois. Elle connaissait les dorures discrètes, elle connaissait les tentures, elle en connaissait tout. Loin, bien loin, retenue dans ses appartements se trouvait sans doute sa fille qui ne verrait pas sa mère franchir le portail. Loin, aussi, dans la partie du palais qu’elle connaissait malheureusement trop bien, le duc s’était déjà retiré - pour fêter, pour la haïr, pour l’oublier, elle n’en savait rien.
Son regard était vide. La douleur n’était plus, son âme n’était plus, mais sa vie, elle, était toujours là.
Ce serait Lorgol, pour un temps.
Ce serait Lorgol, sans doute, pour tombeau.

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Message Sujet: Re: Les flots du jugement   Dim 14 Oct - 21:23

Il n’y a pas de surprise dans ce procès orchestré d’une main de maître. Les preuves se succèdent, les contre-arguments s’opposent, et rien de ce que pourrait dire l’accusée ne changerait l’avis des jurés tous corrompus du côté de leur duc. Et en même temps, Denys ne peut s’en étonner. N’aurait-il pas fait de même face à un adversaire qu’il espérait voir couler ou ne serait-ce que pour s’en débarrasser ? Bien sûr que si. Les preuves auraient même été falsifiées en Lagrance et les témoins n’auraient eu aucun scrupule à mentir. Ce qu’il voyait à cet instant se dérouler sous ses yeux n’était en vérité qu’une mise en scène pour mieux passer à une autre page, pour ne pas froisser les populations et exprimer à tous les fautes de Jehanne. Et plus les charges qui l’accusaient étaient prononcées devant l’assemblée, plus il semblait clair que rien ne pourrait – aux yeux de Denys – sauver la lagrane du verdict et le jugement. Pas même lui, fut-il duc au même titre que Bartholomé, il n’était pas sur son domaine. Les mots des jurés tombent comme un couperet : destitution, comme il s’y attendait, et exécution, comme il l’avait craint. La décapitation serait donc la mort de Jehanne ? L’annoncer à Marjolaine serait une torture, il le savait, et Denys imaginait déjà le torrent de larmes que sa femme verserait pour la pauvre lagrane traitée bien mal dans ce duché corrompu.

Et pourtant la surprise vient en la personne de Bartholomé lui même. Bizarrement, il ne connaissait pas son homologue des penchants de pitié et de générosité. Pas jusqu’à épargner en tout cas une femme qui l’avait de toute évidence humilié, trompé et même trahi. Il y a un semblant de surprise, donc, dans le regard du duc de Lagrance alors qu’avec un calme certain, l’Ansemarien prononce son propre jugement, sa décision qui surpasserait toutes les autres, épargnant ainsi Jehanne. Epargnée mais bannie, comme l’avait été Bertin, le propre frère du duc. Epargnée mais abandonnée de tous, car Denys ne pourrait la sauver en arguant vouloir l’accueillir en Lagrance. L’affection qu’il pouvait porter à Jehanne ne valait pas une alliance solide avec Ansemer…Alors lorsque le regard de Bartholomé croise le sien avec un air de défi, il y répond vaguement, Denys, baissant des armes qu’il n’avait de toute façon pas l’intention de lever contre son homologue. Tout n’était pas définitivement perdu pour Jehanne de l’Ancre-Fleurie. Elle restait en vie, exilée à Lorgol, mais le temps calmerait peut-être l’ire de Bartholomé pour qu’un jour il accepte qu’elle revienne au moins en Lagrance. Des années peut-être passeraient, mais même Denys ne pouvait émettre de suppositions solides à ce sujet.

Quoiqu’il en soit, c’était sur les mots du duc d’Ansemer que se terminait ce triste événement. Pour beaucoup ce n’était que justice ou simple formalité. Et pour maintenir la bête illusion, Denys n’aurait pas un regard pour l’accusée aux larmes coulantes. Comme d’autres, il se lèverait pour partir de la salle, irrité en tous les cas de cette invitation de la part de son homologue qui n’avait servi qu’à lui montrer la condamnation écrite et interprétée d’une amie, d’une sujette, à qui il ne reparlerait pas de sitôt. Presque comme un message, qui se cachait derrière, il n’oublierait en tout cas pas, et garderait ce souvenir en mémoire. Repartant pour Lagrance, une inquiétude aviva cependant vite l’esprit de Denys, alors qu’il cherchait de quelle façon annoncer à Marjolaine le verdict de cette assemblée. Il lui faudrait certainement l’empêcher d’aller voir Jehanne sur le champ à Lorgol s’enquérir de son état…

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