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 Entre ciel et terre | Mélusine

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Message Sujet: Entre ciel et terre | Mélusine   Dim 15 Mai - 20:36


Livre I, Chapitre 3 • Les Amoureux du Vent
Mélusine de Séverac & Alméïde d'Erebor

Entre ciel et terre

Au sommet de la montagne, entre deux mondes que tout sépare



• Date : 5 juin 1001
• Statut du RP : Privé // terminé
• Résumé : Alméïde rend visite à son amie Mélusine, dans son domaine de Sinsarelle.


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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Dim 15 Mai - 20:37

Elle n'a avec elle que le strict nécessaire. De quoi passer quelques jours loin de chez elle, loin du palais qui l'a vue naître et des responsabilités qui l'incombent. Tout a été réglé avant son départ, les femmes du harem n'ont pas besoin d'elle à chaque instant et elles savent à qui s'adresser en cas de problème. Elles sont bien traitées de toute manière, l'ont toujours été. Et Anthim est le premier à vouloir leur bien-être alors il saura garder un œil sur ce qu'il se passe sous son toit. C'est avant tout Sitara qu'elle regrette de laisser en arrière, cette femme douce qui a eu la peur de sa vie récemment en voyant son fils disparaître juste sous son nez. Le petit Qasim s'en est bien remis mais les parents n'ont pas encore totalement baissé leur garde et c'est compréhensible. Pourtant, tout est rentré dans l'ordre désormais, c'est en tout cas ce qu'elle a cru comprendre et c'est avec un poids en moins sur ses épaules qu'elle traverse le portail avec un léger sac de voyage. En quelques secondes, elle se retrouve à des kilomètres de chez elle, dans les montagnes rocheuses qui entourent son duché bien aimé. Le vent y est plus doux et plus présent, il agite les voiles de sa robe et quelques mèches de ses cheveux noués en une longue natte le long de son dos. Alméïde s'accorde quelques instants pour admirer la vue qui s'offre à elle, charmée par le paysage incroyable qui s'étend sous ses yeux. L'endroit où elle se trouve est élevé, très élevé. Et à l'horizon, du sable à perte de vue, quelques oasis qui semblent minuscules à cette distance et pas un nuage au-dessus de sa tête. Le soleil est encore brillant dans le ciel, mais l'après-midi est déjà bien entamée et il commence lentement sa descente à l'ouest où il disparaîtra derrière la chaîne de montagnes.

« Puis-je porter vos affaires dans votre chambre, princesse ? » Surprise, Alméïde se retourne pour voir un serviteur l'accueillir. Elle lui adresse immédiatement un sourire chaleureux et acquiesce, détaillant le visage de l'homme venu à sa rencontre. « Oh euh... oui avec plaisir. Pouvez-vous me dire où se trouve Mélusine ? » Timide, elle s'avance et suit l'homme qui emporte déjà son sac avec lui. Et tandis que ses pas foulent la roche, son regard lui, se perd sur le magnifique palais qui se trouve devant elle. Plus petit que celui où elle a grandi mais une merveille d'architecture, véritablement magnifique, paré de voiles qui s'élèvent dans le vent. « Je vais vous conduire jusqu'à elle, n'ayez crainte. » Affable, son ton vogue entre courtoisie et un brin d'espièglerie. Néanmoins rassurée, elle le suit à l'intérieur de la demeure brillamment éclairée. La princesse se sent comme une enfant qui n'a qu'une hâte, visiter chaque recoin de ce nouvel endroit pour en découvrir toutes les facettes. Nul doute que son amie voudra lui en montrer tous les secrets et plus encore.

L'homme l'emmène jusqu'à un salon à la décoration riche et colorée. Il l'invite à prendre place un instant sur un fauteuil en attendant que l'hôtesse de maison n'arrive et Alméïde s'exécute sans broncher, trop occupée à observer tout ce qui l'entoure pour réellement voir les secondes passer mais également impatiente de revoir sa tendre amie.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Dim 22 Mai - 14:54


Entre ciel et terre
De merveilles en mystères
Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001

« Votre Grâce, une visite pour vous. La princesse A’meïda est arrivée, et vous attend au Salon du Lys. »

La voix d’Akim me tire de ma torpeur, j’ai reconnu sa manière de prononcer le nom de la princesse, caractéristique des tribus du sable, et j’ouvre un œil, protégeant mon front d’une main pour ne pas être aveuglée par le soleil brûlant qui réchauffe ma peau en cette fin d’après-midi paisible. Je savoure le calme de Sinsarelle ; dans cette place forte du désert où la beauté se niche comme un écrin au cœur des murailles courant le long du roc, je me sens protégée telle la perle dans sa coquille. L’on m’a porté la nouvelle du retour de Melsant, et j’ai profité d’une journée de retrouvailles en famille qui m’ont laissée épuisée par le contrecoup nerveux. J’ai eu besoin de retrouver mon océan de sable pour rebâtir ma sérénité, et le Destin a voulu que ma chère amie choisisse ce moment pour venir me rendre visite dans mon domaine, comme je l’y avais invitée à la fin de l’année précédente. Quelques mots échangés grâce à ce miroir bien commode qu’elle possède, et j’ai signalé à mes gens que nous allions recevoir la princesse pour quelques jours. Je dois bientôt rentrer à Lorgol, j’ai des affaires à régler à la Cour des Miracles et une jeune apprentie à prendre sous mon aile ; mais quelques jours en présence d’Alméïde me feront du bien.

Espérons qu’elle appréciera son séjour ici. Aucun dispositif particulier n’a été mis en place, à part le renfort de quelques guerriers pour surveiller les murs ; je sais qu’elle est écrasée par le faste ducal au quotidien, aussi ai-je tenu à lui présenter Sinsarelle dans son calme tranquille, et son quotidien serein. J’ai hâte de lui faire découvrir cet endroit ancré au cœur du roc, baigné par les dunes qui s’étalent à l’infini. D’un mouvement résolu, je bascule du léger radeau de bois où j’étais étendue – invention de mon cher Melbren – et qui continue à flotter tranquillement sur l’eau du bassin, tandis que je rejoins le bord de ma piscine personnelle de quelques mouvements souples. Voilà bien un loisir que Castiel ne comprendra jamais, lui qui a si peur de l’eau ! Ici, à Sinsarelle, réside une mage de l’Hiver spécialisée dans la maîtrise de son élément, et qui s’occupe avec diligence de tous les plans d’eau du domaine – et il y en a, éparpillés dans le palais, dans les jardins.

Au bord du bassin, Akim m’aide à sortir, et me tend un voile ample pour m’en draper. Vieux serviteur, il nous a vues naître, ma sœur et moi. Nous avons l’une et l’autre une profonde affection pour lui, qui nous a toujours gardées et protégées de son mieux pour honorer la confiance de Mère, et malgré nos propositions il refuse de cesser son service pour s’établir dans une oasis confortable. Cette fidélité est remarquable – et me passer de ses sourires cyniques et de ses traits d’esprit serait un crève-cœur. Il s’occupe bien de Sinsarelle en mon absence, et je me félicite chaque jour d'en avoir fait mon intendant. A en juger par son petit air satisfait, il a d’ores et déjà installé les bagages de la princesse dans sa suite, et je réprime un sourire à l’idée que mon amie a certainement dû le prendre pour un serviteur, lui qui fut guerrier renommé dans la Mer des Dunes, de sa prime jeunesse.

Sans prendre la peine de me vêtir – après tout, nous sommes à Sinsarelle ici, les habitants ont tous déjà connaissance de mon anatomie, et ma petite princesse a dû voir bien d’autres corps que le mien, que ce soit au harem ou sur sa table d’autopsie de médecin – je pars d’un pas pressé vers le palais en retenant mon voile à deux mains, me mettant à courir à toutes jambes tant je suis heureuse de savoir Alméïde enfin arrivée. Essoufflée, je passe sous les colonnades, longeant la terrasse jusqu’à entrer dans la large baie couverte du Salon du Lys, où je fais irruption sans la moindre dignité. Il n’y a pas de princesse ni de marquise pour le moment : juste deux amies, séparées un moment et de nouveau réunies. Avec un cri de joie, je fonds sur elle et la prends dans mes bras, la serrant contre moi en sautillant comme une enfant. « Mémé, tu es arrivée ! Je suis tellement heureuse de te voir ici ! Je ne t’ai pas fait trop attendre ? On t’a bien installée ? » Je la lâche un instant, le temps de rajuster mon voile et de claquer un chaleureux baiser sur sa joue. « Akim, assure-toi que l’on nous apporte du thé et des pâtisseries, veux-tu ? » Il s’incline sans mot dire, avec ce sourire en coin qui dit bien qu’il n’en pense pas moins, et disparaît dans les couloirs, me laissant seule avec ma tendre amie que je mène jusqu’au confortable divan garni de coussins de soie où je m’installe sans cérémonie. La table basse sera bientôt chargée de douceurs à déguster, le temps de papoter un peu ; puis, je l’emmènerai visiter mon domaine avec une féroce fierté de propriétaire comblée, acquise au fil des années. « Ma douce, as-tu fait bon voyage, dis ? Je suis tellement heureuse de te voir ici. »


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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Jeu 26 Mai - 0:29

Elle est heureuse d'être là, la princesse du désert. Elle s'impatiente même de revoir sa tendre amie après tant de temps passé loin d'elle. Bien entendu, elles échangeaient régulièrement des lettres interminables, partageant leurs joies et leurs états d'âme. À chaque missive reçue, Alméïde était folle de joie et elle laissait couler ses mots en réponse plus aisément qu'elle ne l'a jamais fait en personne. C'est qu'elle est timide, la jeune femme des sables, elle n'ose que rarement s'exprimer sur des détails intimes ou sur ce qui la touche profondément. Ces choses-là, elle les garde bien enfouies. Sauf sur ces morceaux de papier où l'encre s'écoule avec aisance depuis des années maintenant. Elle a même la possibilité d'utiliser ce fascinant miroir, trouvé à Lorgol des mois plus tôt et qui lui permet de voir son amie et de lui parler aussi aisément que si elle se trouvait à ses côtés. Ca ne remplace pas un réel contact, mais voir sa mine réjouie et son regard plein de malice l'emplit de joie à chaque fois. Elle l'utilise néanmoins avec parcimonie depuis ce fameux jour où elle a établi le contact à un moment tout à fait inopportun. Utiliser ce miroir, c'est risquer d'être un intrus dans le quotidien d'une personne et de la surprendre dans son intimité. Et elle apprécie trop son amie pour abuser de ce moyen, bien que celle-ci l'encourage à le faire.

Elle pose autour d'elle un regard curieux, se demandant vaguement pourquoi elle n'est pas venue plus tôt lui rendre visite sur ces terres, sommes toutes, assez proches de sa demeure. Il est splendide ce salon, décoré avec goût et elle est surprise dans sa contemplation par un bruit de pas précipités et un éclat de voix qu'elle reconnaît aisément. Et si la joie dessine sur ses lèvres un sourire des plus radieux, c'est la surprise qui éveille son regard quand elle voit son amie la rejoindre dans une tenue plus que légère et une aisance bien coutumière. « Mémé, tu es arrivée ! Je suis tellement heureuse de te voir ici ! Je ne t’ai pas fait trop attendre ? On t’a bien installée ? » « Je euh... non. Enfin oui, on m'a bien installée, mais je n'ai pas dû attendre très longtemps. » Elle balbutie la princesse, serrant son amie dans ses bras avec réserve, ne voulant pas la débarrasser involontairement de ce voile qui cache bien peu de choses. Elle qui pourtant a l'habitude de voir les concubines en tenues légères, elle se fait surprendre par son extravagante amie qui jamais ne s'embarrasse de ce genre de détails. Cielsombroise jusqu'au bout des ongles, pas vrai ? Et la princesse, pleine de réserves, peine à s'ajuster à des mœurs aussi libérées.

Un rajustement de voile et un baiser de bienvenue plus tard, Alméïde s'installe en compagnie de Mélusine pendant que son serviteur s'en va chercher de quoi les sustenter. « Ma douce, as-tu fait bon voyage, dis ? Je suis tellement heureuse de te voir ici. » Sourire complice et mine ravie, elle veille pourtant à garder son regard droit devant elle, sur le visage radieux de son amie. « Le voyage était plutôt rapide, mais il était agréable oui. » Quelques minutes à peine depuis le palais et quelques secondes d'un portail à l'autre. Un avantage indéniable de sa position auprès d'Anthim. « Je suis très heureuse aussi, j'ai laissé bien trop de temps s'écouler avant d'accepter ton invitation. J'ai hâte de découvrir ton domaine, du peu que j'ai aperçu, il est magnifique. » Ses yeux brillent d'une lueur sincère et ravie. Elle marque pourtant un instant d'hésitation. « Tu sais, tu n'avais pas besoin de te presser autant pour m'accueillir. J'aurais pu attendre les quelques minutes supplémentaires qu'il te fallait pour te vêtir. » Sous l'humour, un certain embarras transparaît et elle détourne rapidement le regard pour ne pas s'attarder sur le voile qui semble peu opaque par endroits.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Ven 27 Mai - 23:23


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Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001

C’est quand elle est gênée que je la préfère, ma précieuse perle de harem, mon merveilleux oiseau des dunes, ma petite princesse timide, ma tendre Alméïde. Quand elle est gênée, oui, quand un léger rose vient raviver la teinte mate de ses pommettes, quand ses yeux s’évadent et parcourent le paysage pour fuir les miens, quand elle tord inconsciemment ses jolies mains aux doigts si fins. Je sens sa réserve quand elle me rend mon étreinte, cette répugnance pas méchante mais juste terriblement prude, qui me fait sourire de toutes mes dents en imaginant Castiel dans de telles occasions. La lueur malicieuse ne quitte pas mon regard tandis qu’elle évite soigneusement de me regarder pendant la nécessaire opération de rajustement de voile. Nous prenons place dans les moelleux coussins des fauteuils, et je ris en silence de voir à quel point son regard reste braqué sur mon nez. Elle est si mignonne, Alméïde : délicate et farouche comme un petit animal sauvage qu’il faudrait apprivoiser. Je me rappelle de ce matin où elle a utilisé ce petit miroir bien commode qu’elle possède : pour le lier avec le grand miroir de ma chambre où j’étais dans le plus simple appareil. Elle est devenue si rouge cette fois-là que j’ai bien cru la voir s’embraser sous mes yeux, pauvrette.

Sa remarque me fait hausser un sourcil malicieux. « M’habiller ? Ici, à Sinsarelle, je passe le plus clair de mes journées dévêtue, ma douce, et la règle est la même pour tous mes invités, quel que soit leur rang : mes serviteurs y tous amplement accoutumés. Ne me dis pas que… j’avais oublié de te prévenir ? » L’expression sur son visage n’a pas de prix et je l’imagine déjà couiner avant de prendre ses jambes à son cou pour sauter par-dessus le mur d’enceinte qui court tout autour du domaine. Un instant, je garde cet air sérieux avec tout l’aplomb de la noble cuirassée que je suis ; puis je n’y tiens plus et j’éclate d’un rire franc, hoquetant à gorge déployée et me tenant les côtes tant l’hilarité est puissante. Fou rire que je parviens à calmer au bout de quelques instants, essuyant les larmes réjouies au coin de mes cils, et dédiant à mon amie pantoise un sourire rieur.

« Pardon, ma douce, je ne me moque pas de toi, mais tu as eu l’air si… » Adorable, en vérité. Perdue, et mignonne à croquer. « Je n’ai pas pu y résister. S’il est vrai que je ne suis guère vêtue en mon domaine, tu pourras adopter la tenue qui te sied, ma tendre amie, tu es ici chez toi comme il te plaira d’y demeurer. » Inclinant la tête sur le côté, je tends le bras pour passer avec légèreté un index taquin dans son encolure. « Tu ne devrais pas cacher ce que tu es, ma perle. Bien des femmes seraient jalouses de ce que tu es : sois-en fière, et revendique-le. Tu n’es plus un oiseau de harem, il est temps... quoi que puisse en dire ton frère. » Doctement je hoche la tête, pour affirmer mes paroles, avant d’agiter négligemment les pans de mon voile, taquine toujours, pour tenter de la faire rire un peu. « Je suis scandalisée que ma tenue ne vous plaise pas, Votre Grâce, Mon Altesse. J’ai mis tant de temps à l’ajuster… ! »



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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Mar 31 Mai - 3:45

Elle oublie parfois combien son amie est extravagante. Mélusine, douce Mélusine, si exubérante, si sauvage et démonstrative. Elle la surprend à chacune de leurs rencontres, elle la sort de sa zone de confort et ça lui fait du bien, à la princesse farouche. Elle est alors forcée de s'ouvrir un peu, de s'ajuster à un mode de vie qu'elle ne connaît pas, ou peu. Elle est curieuse pourtant, la jeune femme des sables, mais elle est si peu assurée qu'il est rare de la voir accomplir un quelconque geste audacieux. Elle a bien trop de réserve, craint peut-être trop de blesser ou de manquer de respect par une parole déplacée ou un acte incompris. Son amie, elle, ne s'encombre pas de toutes ces appréhensions et au fond, peut-être est-ce pour ça qu'elles s'entendent aussi bien. Là où Alméïde parvient parfois à tempérer son impudente amie, celle-ci arrive à la dérider un peu, l'encourageant à prendre des initiatives à un moment où elle aurait préféré se taire ou rester figée. Quelque part, elle admire Mélusine et son franc-parler à toute épreuve. Même si, sans nul doute, elle la déstabilise plus qu'elle n'aimerait l'avouer. Et encore une fois, ça ne rate pas. Quand elle mentionne les habitudes du domaine, Alméïde se contracte et se sent soudain mal à l'aise. Avoir le corps dénudé d'un autre sous les yeux est une chose, mais se dévêtir soi-même, aux yeux de tous... Alors elle ne comprend pas l'hilarité de son amie, se demande même un instant si elle se moque d'elle.

« Pardon, ma douce, je ne me moque pas de toi, mais tu as eu l’air si… Je n’ai pas pu y résister. S’il est vrai que je ne suis guère vêtue en mon domaine, tu pourras adopter la tenue qui te sied, ma tendre amie, tu es ici chez toi comme il te plaira d’y demeurer. » Soulagée, Alméïde se détend à nouveau. Elle pourrait lui en vouloir de se jouer d'elle ainsi, profitant de sa retenue, mais elle n'est pas rancunière. Elle reste encore un peu sur la réserve néanmoins. « Tu ne devrais pas cacher ce que tu es, ma perle. Bien des femmes seraient jalouses de ce que tu es : sois-en fière, et revendique-le. Tu n’es plus un oiseau de harem, il est temps... quoi que puisse en dire ton frère. » Cette soudaine proximité la surprend à nouveau, colorant ses joues d'une teinte rosée, particulièrement après les paroles prononcées à son égard. « J-je ne me cache pas... » réplique-t-elle à demi-mots. Et Anthim ne la retient en rien, elle a toujours été libre de faire ses propres choix sans avoir à craindre le jugement de son frère. Elle ne comprend pas très bien où elle veut en venir mais Mélusine doit sentir son malaise car elle semble vouloir détendre l'atmosphère.

« Je suis scandalisée que ma tenue ne vous plaise pas, Votre Grâce, Mon Altesse. J’ai mis tant de temps à l’ajuster… ! » Cette fois, c'est un sourire qui se dessine sur ses lèvres et elle retrouve un peu de cette confiance qu'elle ressent toujours en compagnie de sa tendre amie. « Je félicite grandement l'effort, ma chère. Je crains pourtant que vous ne preniez froid. » répond-elle du même ton amusé, quoique plus timide. Ce n'est pas avec un temps aussi radieux qu'elle risque d'attraper froid, au contraire, puisque le soleil semble vouloir leur tenir compagnie durant cette journée magnifique. Alméïde tourne son regard vers l'entrée de la pièce quand le dénommé Akim revient, chargé de douceurs et de quoi désaltérer leur palais. La princesse le remercie chaleureusement et tend la main vers une pâtisserie qui lui fait de l’œil. « Alors, si tu as fini de te moquer de moi, peut-être pourras-tu me raconter ce que tu deviens depuis notre dernière rencontre ? Ou peut-être préfères-tu me dire quelles surprises m'attendent durant mon séjour ? »  Connaissant son amie, bien des choses peuvent arriver en l'espace de quelques mois. De quelques jours même ! Elle qui est habituée à entendre ses aventures, elle est curieuse d'en savoir plus. À moins qu'elle ait d'autres idées en tête, ce qui ne l'étonnerait guère.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Mer 1 Juin - 19:50


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Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


Elle rougit, ma merveilleuse princesse : elle rougit tandis que je suis son décolleté d’un index taquin, et j’aime lire la confusion sur son visage. Chère, très chère Alméïde, si sage et pure ; la taquiner gentiment est un plaisir sans cesse renouvelé et je m’émerveille à chaque fois devant la candeur de ses réactions. Elle est réfléchie, pourtant, ma perle de harem, et son intelligence brille au-dessus des esprits de la majorité du continent : son érudition la rend extrêmement savante dans les choses de la science, mais curieusement novice dans les affaires de la chair. Elle est si différente de ces autres cielsombroises avec lesquelles j’ai grandi : ce qui nous semblait si naturel ne cesse de la surprendre, et je ne peux m’empêcher de la choquer délibérément, simplement pour pouvoir contempler les couleurs charmantes de la confusion sur son visage. C’est ce contraste si intense qui me fascine, lorsque je pose le regard sur ma perle des sables : un puits de savoir, et une ignorance timide, entrelacés au cœur de son être. Ô chère, très chère Alméïde.

Je ne rate pas l’occasion de récidiver, un sourire malin au coin des lèvres. « Si j’avais froid, tu me laisserais me réchauffer contre toi, n’est-ce pas, ma tendre amie ? » Je me penche vers elle dans le flottement de mon voile, lui adressant un de ces regards par-dessous chargé de sous-entendus suggestifs. Un, deux, trois… et gagné, le rose fleurit à nouveau sur ses joues mates. Un petit rire léger m’échappe et je me redresse en agitant négligemment les doigts en l’air, un sourire taquin au coin des lèvres. Je reporte mon attention sur Akim, le remerciant de quelques mots chantants dans cet erebien des dunes qu’il m’a appris quand j’étais enfant et que je parle, paraît-il, avec l’accent des oasis. Il me désigne la princesse d’un sourcil inquisiteur, et je lui réponds d’un clin d’œil rieur. Il n’ignore rien de mes frasques et de mes habitudes, ce vieux serviteur à la fidélité immuable, et quitte la pièce secoué d’un rire retenu. Lorsqu’Alméïde tourne les yeux vers moi, j’ai repris mon sérieux et verse doctement le thé sucré dans deux tasses jumelles, avant de saisir entre deux doigts une pâtisserie dégoulinante de miel.

« Il ne s’est pas passé grand-chose dans ma vie depuis que mon frère a disparu, tu sais, ma douce. Je suis restée à Lorgol guetter son retour, en espérant qu’il reviendrait – à tourner en rond dans les étages de la tour de Séverac avec ma sœur. Lorgol est lugubre quand le moral est bas… » Je laisse mon regard se perdre dans les arabesques qui décorent l’arche de la terrasse. Lorgol est lugubre, depuis bien avant cela – depuis un an déjà. Secouant la tête, je rattrape mes idées qui divergent et reporte sur Alméïde un regard d’une factice gaieté. « C’est pour ça que je suis revenue passer le printemps sur mes terres ; moitié ici, moitié à Euphoria auprès de Castiel. L’on est bien à Sinsarelle, tu sais, ma douce : l’air y est propice au repos, et le calme des montagnes est reposant. C’est un bel endroit pour trouver la paix de l’âme… et le plaisir du corps. » D’une bouchée, je termine ma pâtisserie et lèche le miel qui a coulé sur mes doigts, avant de passer la langue sur mes lèvres avec gourmandise. C’est du rose, sur ses joues, oui ? Oui. J’exhibe mes dents dans un grand sourire faussement candide, et lui adresse un clin d’œil malicieux. « Et j’ai passé le reste du temps à t’attendre, ma précieuse. Dis-moi, que faisais-tu de tes journées ? »


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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Jeu 2 Juin - 3:45

Elle est incorrigible, son extravagante amie. Comme toujours, il lui faut du temps pour s'habituer à ce franc-parler insolent, à ces manières libérées et à ces coutumes bien différentes des siennes. Un changement qui ne cessera de la surprendre, même après toutes ces années, mais qui n'est pas déplaisant. Car malgré l'embarras naissant – et visible sur ses joues – elle est amusée la princesse. Mélusine la fait rire. Chacune de leurs rencontres sont ponctuées par cette légèreté qui lui fait le plus grand bien ; un dépaysement total pour la jeune femme qui est habituée à rester en retrait, préférant ne pas se faire remarquer et faire les choses dans son coin. En compagnie de son amie, ce n'est même pas la peine d'y penser, elle est dégagée de sa zone de confort à grande renforts de taquineries, de paroles déplacées et de gestes audacieux. Qu'importe la méthode, la marquise de Sinsarelle sait toujours comment la secouer dès les premières minutes, donnant le ton de toute la durée de son séjour. Alors Alméïde tente de retrouver un semblant d'aplomb. Ce n'est certainement pas un voile à l'opacité douteuse et quelques paroles espiègles qui vont la décontenancer à ce point tout de même, si ? Eh bien peut-être que si. « Si j’avais froid, tu me laisserais me réchauffer contre toi, n’est-ce pas, ma tendre amie ? » Le sous-entendu est si clair que la princesse se voit à nouveau bien empruntée. Elle l'a cherché après tout, non ? Quelle idée d'entrer dans son jeu quand elle sait qu'elle n'est qu'une piètre novice à côté. Pourtant, elle cherche à ne pas perdre la face, dardant sur elle un regard faussement désapprobateur. « Il me semble que dans un domaine aussi grand, tu dois pouvoir trouver assez de couvertures pour palier à ce... problème. » Et elle rit son amie, un rire chantant et si communicatif. Alméïde se sent plus détendue désormais, bien qu'elle évite toujours soigneusement de trop baisser son regard.

D'un geste délicat, elle s'empare de la tasse de thé qui lui a été versée et la porte à ses lèvres, savourant le goût épicé des infusions erebiennes. Tout est décidément délicieux et elle prête une oreille attentive aux nouvelles que lui conte Mélusine. « Il ne s’est pas passé grand-chose dans ma vie depuis que mon frère a disparu, tu sais, ma douce. Je suis restée à Lorgol guetter son retour, en espérant qu’il reviendrait – à tourner en rond dans les étages de la tour de Séverac avec ma sœur. Lorgol est lugubre quand le moral est bas… » Alméïde acquiesce avec un sourire désolé. Elle a su récemment, par une de ses lettres, que son frère était enfin rentré et qu'il se portait bien. Elle n'ose néanmoins imaginer quelle serait sa réaction si on lui signalait qu'Anthim était porté disparu. Une vague d'angoisse la submerge rien que d'y songer et elle s'efforce d'écarter une telle possibilité. Bien heureusement, il est sain et sauf dans son palais en cet instant.

« C’est pour ça que je suis revenue passer le printemps sur mes terres ; moitié ici, moitié à Euphoria auprès de Castiel. L’on est bien à Sinsarelle, tu sais, ma douce : l’air y est propice au repos, et le calme des montagnes est reposant. C’est un bel endroit pour trouver la paix de l’âme… et le plaisir du corps. » Si elle hoche la tête à mesure qu'elle prononce ces paroles, Alméïde cesse soudain, à nouveau surprise par les allusions de son amie. Elle maudit sa peau qui se pare si facilement de nuances écarlates mais fait mine de ne pas avoir saisi sa dernière phrase. « C'est un très bel endroit oui, il me tarde d'en voir plus. » Le sourire qu'elle lui adresse est sincère et elle peut sans peine s'imaginer vivre dans un tel endroit. Son duché regorge de trésors splendides, dans le désert ou dans la roche, on y découvre bien des merveilles, elle ne le sait que trop bien. Mélusine a beaucoup de chance de posséder un tel domaine.

« Et j’ai passé le reste du temps à t’attendre, ma précieuse. Dis-moi, que faisais-tu de tes journées ? » En voilà une vaste question. Alméïde déroule soigneusement le fil de ses pensées, remontant à plusieurs semaines en arrière. « Je continue à gérer le harem de mon frère, comme tu le sais. Et je replonge le nez dans quelques ouvrages de médecine pour être préparée lorsque les cours reprendront. J'ai d'ailleurs passé quelques jours à Lorgol dans ce but, il y a quelques temps. » Elle croque dans une pâtisserie et un autre détail lui revient. « Oh, et je me suis également rendue en Lagrance quelques jours pour rendre visite au duc, un vieil ami. J'y ai ressorti mon carnet de croquis, ça faisait bien longtemps, tu veux voir ? Les jardins y sont splendides ! » Toute accaparée par les souvenirs de son voyage, elle ne voit pas le changement sur le visage de son amie. Et la princesse est déjà affairée à sortir un petit carnet de sa besace, enjouée à l'idée de lui montrer ses dessins.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Sam 4 Juin - 22:59


Entre ciel et terre
De merveilles en mystères
Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


Il lui tarde d’en voir plus ? Hinhin. Intéressant. Je la regarde sourire, regarder l’ameublement de cette petite pièce douillette typique des domaines du roc, prendre la mesure de Sinsarelle, de son raffinement, de son élégance, et réaliser que la barbare poésie des dunes vibre ici également, dans sa gloire sauvage. J’espère qu’elle s’y sentira bien : je vois déjà mon domaine refermer sur elle ses murs protecteurs, l’abritant comme la plus belle perle des dunes se loverait dans une coquille inviolable. Je veux qu’elle se sente bien, chez moi. En sécurité. Je vais arrêter mes taquineries pour l’instant : je n’ai pas envie qu’elle parte en courant, et je ne l’en déstabiliserai que plus quand elle se sentira à nouveau en confiance…

Je m’apprête à la questionner sur l’Académie, lorsque quelques mots dans son joyeux babil figent le sang dans mes veines. Lagrance. Duc. Vieil ami. Un étau de glace vient enserrer mon âme, et je peux sentir le sang refluer de mon visage, emmenant tout souvenir de chaleur loin, oh si loin de moi. Je me revois soudain sur les routes de ce duché que j’en suis venue à haïr, il y a une quinzaine d’années déjà ; seule dans la fraîcheur d’un petit matin, aux premières lueurs de l’aube, dans un galop frénétique sur mon étalon du désert, le cœur en miettes et l’âme ravagée par une blessure amère. J’ai grandi, ce jour-là ; devenue adulte d’un seul coup, en un seul instant, tandis que le vide dévorait tout au centre de mon être. Ô bonheur défiguré, ô confiance saccagée – mes yeux se sont dessillés si brutalement qu’une part de ma lumière a péri ce jour-là. Sur les routes de Lagrance, jetée dans l’abîme par l’égoïsme d’un duc couronné ; et elle, elle ! Elle, ma si précieuse, ma tant chérie, ma bien-aimée princesse, ma tendre amie – elle l’appelle son ami ?

Je n’ose même plus respirer – de peur que, si je n’inspire trop fort, je n’en vienne à me briser, éparpillée en une infinité de fragments. Ô coup cruel, de la main de celle en laquelle je plaçais une absolue confiance ; j’ai baissé la garde, sereine et détendue, et voilà qu’elle me porte un coup redoutable, tant sont acérés les souvenirs de souffrance que sa voix tranquille vient de raviver. Ô blessure infâme – ô, deuil de ce qui fut perdu avant d’avoir vraiment existé. Tout s’entremêle et se téléscope, tout se bouscule et s’entrechoque, dans le dédale de ma mémoire. Machinalement, mon regard tombe sur une page du carnet qu’elle tend vers moi, un sourire radieux sur son visage, inconsciente de l’ouragan qui gronde dans les tréfonds de mon être. Tout autre qu’elle aurait déjà perdu sur moi tout droit d’amitié – mais parce que c'est elle, parce qu’elle est mon amie et que je l’aime, au fond, cette petite princesse effarouchée, je retiens l’ampleur de mon rejet. Je ne me lance pas sur elle toutes griffes dehors pour lacérer ses traits de mes ongles, je n’arrache pas ses membres pour la mutiler, je ne saisis pas le couteau effilé fixé contre le dossier du canapé pour l’en égorger, je ne brise pas le pied d’une chaise pour en transpercer ses entrailles, je ne tente pas de crever ces yeux avec lesquels elle me regarde sans comprendre. Je contemple, quelques instants, la déferlante de violence qui bouillonne au fond de moi, et je reste immobile comme une statue de chair, pétrifiée.

C’est dans un murmure rauque que je parviens à parler, d’une voix blanche, le regard fixé sur cette page anodine – sur ce rosier diapré reconnaissable entre tous, qu’elle a dessiné avec un luxe de détails, et dont la simple vision me crucifie vivante. « Où… as-tu vu ça ? Qu’est-ce que tu faisais en Lagrance ? » Le sang bat à mes temps, et à la lisière de mon champ de vision, le monde se brouille. Oh Alméïde, ma douce, ma précieuse, mon incomparable – que faisais-tu dans de duché méprisable ?


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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Mar 7 Juin - 3:50

Elle ne le remarque pas tout de suite, ce changement subtil sur le visage de son amie. Le teint de sa peau délicatement halée par les nombreuses heures passées au soleil d'Erebor blêmit au fil des secondes. Son regard s'obscurcit quant à lui, avalant lentement les lueurs malicieuses qui y brillent si souvent. Même son sourire s'affaisse et la mine se fait sombre. Alméïde est restée un peu trop concentrée sur ses dessins pour s'en apercevoir, l'esprit encore empli des souvenirs tendres de sa visite en Lagrance, au cœur de ce duché fleuri, aux effluves printanières, fruitées. Si différent de son duché natal mais si agréable. Les splendeurs d'Arven peuvent prendre bien des formes ; des dunes dorées de son enfance aux champs parés de mille couleurs à perte de vue. Croquer ces visions oniriques sur quelque feuille de papier lui manquait, elle qui s'est laissée emporter par ses nombreuses responsabilités et la passion dévorante de ses études. Les seuls moments où un fusain se retrouve dans sa main, depuis des années, c'est lorsqu'elle retranscrit dans les moindres détails les entrailles d'un cadavre livré par les bons soins de la Confrérie. L'exercice est tout à fait intéressant, le résultat parfois aussi époustouflant que les traits délicats d'une fleur du désert, seule rescapée dans une marée de sable. Mais l'effet procuré par les esquisses d'un paysage idyllique tracées d'une main habile est tout à fait différent. Elle a d'ailleurs pris soin de se procurer un différent carnet, l'autre étant dissimulé au fond d'un tiroir de sa coiffeuse, jalousement gardé sous clef, de peur qu'un serviteur à la langue bien pendue ne tombe dessus. Il serait embarrassant que l'on sache que la princesse d'Erebor découpe la chair de cadavres pour satisfaire sa curiosité.

La princesse sort de ses réflexions lorsqu'elle tend le carnet ouvert à son amie et qu'elle observe le changement qui s'effectue sur ses traits. Intriguée, un peu inquiète, elle reste tout d'abord silencieuse. Eh bien quoi ? Sont-ils à ce point ratés ses dessins ? Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ? Elle songe à l'interroger sur le sujet mais Mélusine la devance. « Où… as-tu vu ça ? Qu’est-ce que tu faisais en Lagrance ? » La question la surprend et ses yeux se posent alors sur le dessin qui semble tant la perturber. Elle se rappelle alors le rosier, les quelques paroles échangées à son sujet et la sérénité du jardin tandis qu'elle en rapportait chaque détail sur le papier. Alméïde ne parvient pas à chérir ces souvenirs à leur juste valeur, tant elle est inquiétée par le comportement de sa tendre amie. « C'est... un rosier planté dans le jardin du duc. Je l'ai vu lorsqu'il m'a fait visiter son domaine, un magnifique domaine d'ailleurs. Ca ne vaudra jamais la splendeur de nos dunes ni la majesté de nos montagnes, mais c'est un changement agréable. » Elle tente un sourire, un ton plus léger, espérant peut-être la dérider quelque peu mais ça ne semble pas marcher. « Comme je te l'ai dit, j'y suis allée pour revoir un vieil ami, comme je le fais à l'instant avec toi ma douce. Ca faisait bien longtemps que je n'avais pas eu le plaisir de sa compagnie et Sitara en a profité pour se joindre à moi et pour discuter de sujets plus sérieux qui concernent nos deux duchés. » Des discussions auxquelles elle a parfois participé, car il n'est pas rare qu'elle prête une oreille attentive aux affaires d'Erebor, mais qui n'étaient pas la raison principale de sa visite. Alméïde reporte son regard sur le dessin et redessine les contours d'une rose du bout du doigt. « C'est amusant que tu te sois arrêtée sur ce dessin en particulier. Il m'a confié qu'il l'avait planté là, pour un ancien amour, et qu'il le gardait en souvenir d'elle. J'ai trouvé l'histoire touchante. » Oui, très amusant. Certainement que son amie sera de son avis, n'est-ce pas ?

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Mar 7 Juin - 4:35


Entre ciel et terre
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Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


Le sang bat à mes oreilles.
Je n’entends plus que ça.

Boum-boum-boum, boum-boum-boum, comme le martèlement rythmique, impitoyable, des tambours de guerre qui s’en vont à la bataille. Comme le frappement régulier des sabots d’un cheval fou, lancé au plein galop et qui s’emballe au rythme de mon cœur – oh, de mon cœur qui bat, si fort. Pétrifiée sur le velours luxueux de mon siège préféré, je sens un froid sépulcral se glisser dans mes veines et remonter, lentement, pouce après pouce, en direction de ma poitrine où un vide béant que j’avais barricadé vient brusquement de se rouvrir au grand jour.

Le sang bat contre mes tempes.
Le sang bat et mon cœur s’emporte, dévale, cavale comme l’oiseau qui se romprait les ailes contre les barreaux de sa cage. Ça cogne au creux de mon buste, ça tambourine frénétiquement, et la tête commence à me tourner imperceptiblement dans un vertige affolant. A la lisière de mon champ de vision, le flou qui grignote petit à petit la pièce autour de moi se nimbe d’écarlate, de ce sang qui envahit ma tête et pulse en sourdine. Je ne vois plus que le carnet dans les mains ouvertes de la princesse d’Erebor. Ce carnet, et sur les pages offertes, le rosier – mon rosier – qui étale son insolente splendeur. Et la voix d’Alméïde – sa voix si douce, oh Sombre Mère qui règne sur la plus noire des vengeances, sa voix qui me raconte qu'il l'avait planté là, pour un ancien amour, et qu'il le gardait en souvenir d'elle. Suis-je donc devenue une plaisanterie pour Denys du Lierre-Réal ? Se réjouit-il de voir fleurir sous ses fenêtres le souvenir d’un cœur de femme qu’il a brisé et piétiné sans le moindre remords ? Et Alméïde qui sourit – Alméïde, qui trouve que l’histoire est belle.

Je suis cielsombroise. Ma sœur est une lame de la Confrérie Noire, et les excès de nos tempéraments respectifs ne sont pas si différents qu’on le pourrait croire. En une fraction de seconde, un seul fragment d’éternité, l’univers bascule autour de moi et je prends en plein visage la mémoire de cette femme jeune encore, qui s’en allait par les chemins de Lagrance en charriant après elle un cœur en ruines et des rivières de larmes écarlates. C’en est trop – si j’ai pu me remettre de ce premier chagrin en rencontrant le regard de glace d’un Kyréen dix ans plus tard, le deuxième abandon a été la goutte de trop et je n’y tiendrai plus. Pas après des semaines de doutes et d’angoisse sans épaule sur laquelle me confier, pas après des mois de solitude et d’isolement. Il ne me restait guère qu’elle, ma princesse des sables, ma précieuse incomparable, mon joyau des dunes, ma perle du désert ; il ne me restait guère qu’elle, et voilà qu’il me l’a profanée, avec ses pattes grossières d’homme égoïste – voilà qu’il me l’a souillée, mon amie si pure, cette âme si belle auprès de laquelle j’appréciais de m’épancher.

Le sang bat, dans ma gorge serrée – le sang bouillonne, dans mes mains tremblantes, et j’éprouve soudain une envie irrépressible de violence tandis que toute ma vision se voile d’un torrent carmin. Je voudrais le détruire – ô Sithis, toi qui règne sur la justice, sois-en témoin, je voudrais sa mort ! Pour toutes ces femmes dont il a foulé la confiance aux pieds, moi la première – pour mon âme d’enfant enterrée, pour des années de perdition, pour des cauchemars d’abandon et la litanie de mes espoirs massacrés, je voudrais l’avoir en face de moi en cet instant précis, et l’anéantir du pouvoir de mon courroux. Blême, je me lève de mon siège, poings crispés, luttant pour ne pas défouler ma hargne sur l’innocente prise au piège de ma colère. Mais mon regard retombe sur le carnet – ce carnet qu’elle tient maintenant serré contre sa poitrine comme un bouclier, et c’en est trop. Dans un fracas d’apocalypse, ma raison plie bagage et part lécher ses plaies, mutilée, dans un obscur recoin de ma conscience. C’est l’instinct qui prend le relais – cet instinct barbare des gitanes des sables qui font ma lignée maternelle, ce sang sauvage d’Erebor au tempérament volcanique, cet orgueil de race qui ne supporte d’être bafoué, cette fierté féminine qui renie la trahison. L’instinct s’éveille, et dans un hurlement primitif, je saisis la table sur laquelle était disposée notre collation, la renversant d’une pichenette tant la rage décuple mes forces.

Le sang bat frénétiquement son chant de guerre, et je cède à l’hymne de la violence pendant les minutes qui suivent, déchargeant ma haine et ma rancœur sur l’infortuné mobilier, hurlant à m’en déchirer les poumons, dans une crise de nerfs cataclysmique qui masse les serviteurs à distance respectable et fige Alméïde dans un coin dela pièce tandis que je détruis méthodiquement tout ce qui me tombe sous la main. Je perds pied – baignant de toutes les fibres de mon être dans ce torrent déchaîné de violence qui m’emporte dans sa cavalcade effrénée, je perds la notion du temps.

C’est le cri d’Alméïde qui me tire de ma transe. Je reviens à moi, son carnet entre les mains. J’ai sûrement traversé la pièce pour me jeter sur elle et le lui arracher – je l’ai entre les mains, prête à l'anéantir, et la page criminelle où s’étalent ma peine et mon chagrin en pétales diaprés est crispée dans mes doigts serrés, violemment déchirée du reste du cahier. Choquée au-delà de tout par l’après-coup, je lâche le malheureux carnet, et tombe à genoux dans une mer de débris constituée des vestiges de ce qui meublait il y a une heure encore mon salon favori. Tremblante comme une feuille, je laisse tomber la page maudite, saignant d’une multitude de coupures et éraflures – une douleur pulse à mon épaule là où une vilaine estafilade s’est rouverte, et mon genou enflé signale sûrement un traumatisme plus profond. Secouée de tremblements nerveux, je m’effondre en petits tas au sol, épuisée soudain. La gorge rauque d’avoir tant hurlé, c’est dans un murmure cassé que j’adresse à la petite princesse d’Erebor ma supplique désespérée. « Il… m’a déjà tout pris. Saccagé, profané – il a tout détruit. Pourquoi… pourquoi faut-il encore qu’il te vole… à moi ? Pourquoi… faut-il… qu’il me prenne encore… quelque chose… de beau ? »

Puis, roulée en boule dans les vestiges du cataclysme, brisée par le souvenir cruel d'une douleur que je ne sais toujours pas accepter, meurtrie dans tous mes membres par l'ampleur de ma propre démesure, je me recroqueville sur moi-même comme l’enfant traumatisée que j’étais naguère, pleurant à chaudes larmes dans le torrent de ma détresse qui crève enfin.


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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Mer 8 Juin - 5:06

Mélusine, ô douce Mélusine. Qu'arrive-t-il a ce visage d'ordinaire si charmant, prompt à séduire tous ceux et celles qui croisent son chemin, de son sourire insolent et son regard espiègle ? Que peut-il bien se tramer dans son esprit pour que ses traits se déforment ainsi et que la colère vienne s'emparer de son être, la transformant en monstre avide de sang et de vengeance ? Son regard s'illumine d'une rage qu'elle ne lui connaissait pas. Toute la passion qu'elle insuffle d'habitude à ses gestes et ses paroles est désormais tout entière destinée à nourrir ce courroux qui la possède et anime son corps. Quand elle se lève d'un bon, la princesse esquisse un mouvement de recul sur le canapé, sursautant quand le premier cri retentit dans la pièce et qu'un objet se retrouve à terre. Le premier d'une longue liste, interminable pour ainsi dire. Un chaos indescriptible prend vie autour d'elle, dans cette pièce qu'une minute plus tôt elle admirait encore pour sa beauté, son élégance, ses couleurs chatoyantes. Désormais, chaque seconde qui passe la voit devenir la scène d'une destruction sans précédent. Le cataclysme qui s'abat devant la princesse la paralyse sur place. Elle n'ose amorcer un mouvement de peur d'attiser un peu plus l'ire de cette déesse vengeresse, totalement méconnaissable. Elle en frissonne, Alméïde, à la fois confuse et effrayée par la tempête qui a éclaté sans crier gare. Encore plus confuse qu'elle ne parvient pas à comprendre ce qui a pu la troubler à ce point. Elle cherche et cherche encore, mais ne saisit pas ce qui est capable de mettre son amie dans un tel état. Au point qu'elle détruise la totalité de son mobilier, déchire le voile qui dissimulait ses courbes, brise sa voix à force de s'époumoner ainsi. Elle l'aperçoit qui se blesse dans un mouvement brusque mais n'ose pas intervenir, figée sur le coussin moelleux, la mâchoire tombante. Elle ne se souvient pas avoir jamais vu pareille colère. Pas même chez son frère après les visites protocolaires du duc de Sombreciel. Non, pas même là.

C'est au moment où elle s'empare à nouveau de son carnet que la princesse parvient à réagir. Un 'Non !' s'échappe de ses lèvres, par réflexe, alors qu'elle tentait en vain de garder ses dessins au creux de ses doigts tremblants. Et comme la tempête, Mélusine s'apaise. Elle retombe sur le sol, s'effondre comme jamais après s'être emportée si loin. Alméïde déglutit avec difficulté, son carnet entre les mains, une page en moins que son amie a déchiré sans réfléchir. Et l'incompréhension, ô cette incompréhension qui l'accable et la trouble. C'est à peine si elle entend son murmure après le vacarme qu'elle a causé. « Il… m’a déjà tout pris. Saccagé, profané – il a tout détruit. Pourquoi… pourquoi faut-il encore qu’il te vole… à moi ? Pourquoi… faut-il… qu’il me prenne encore… quelque chose… de beau ? » Il... qui ça 'il' ? Encore choquée par la scène dont elle vient d'être témoin, Alméïde met quelques secondes à comprendre. Serait-ce... ? Mélusine, ô douce Mélusine... Femme si forte à ses yeux et soudainement si fragile. La princesse relève les yeux, voit les domestiques derrière la baie vitrée qui se dispersent au moment où elle pose son regard sur eux. La tempête est passée et ils prennent le large. À l'entrée de la pièce se tient néanmoins Akim, au visage insondable. C'est à lui qu'elle s'adresse avant tout. « P-pourriez-vous lui apporter une robe de chambre ? Et de quoi soigner ses quelques égratignures ? » Il hoche dignement la tête et la princesse reporte son attention tout entière sur son amie.

Sans plus tarder, elle se relève du canapé et s'agenouille près de Mélusine. Il importe peu désormais qu'elle soit totalement dévêtue devant elle, Alméïde fait passer son bien être avant son embarras futile, puéril. Elle se penche près d'elle et pose délicatement sa main sur son épaule tremblante. Presque immédiatement, son amie s'agrippe à ses vêtements, pleurant à chaudes larmes, marmonnant des excuses à peine audibles. « Ce n'est rien, c'est terminé... » Quelques paroles qui se veulent douces et rassurantes. Elle peine à se remettre de ce qu'il vient de se passer, cherche à apaiser les sentiments de détresse de son amie. « Il ne t'a rien volé ma douce, personne ne peut me dérober ainsi à toi, tu le sais. » Doucement, elle dégage les cheveux collés sur son visage humide de larmes, essayant de retrouver son regard ou au moins d'apercevoir ses traits marqués par le chagrin. « Parle-moi s'il te plaît, explique-moi. J-je ne comprends pas... Qu'est-ce qu'il t'a pris de t'énerver ainsi ? » Ton inquiet, ton prudent. Elle ne désire en aucun cas réveiller à nouveau sa fureur mais elle veut comprendre. N'a-t-elle pas droit à une explication ?

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Ven 10 Juin - 4:09


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Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


Le silence est assourdissant.

Agenouillée au sol dans une marée de débris dont les arêtes tranchantes s’enfoncent dans ma chair, roulée en boule et tremblant de tous mes membres dans l’épuisement nerveux résultant de mon emportement, je pleure toutes les larmes de mon corps dans le flot du chagrin qui crève enfin, succédant à la folle colère qui m’a agitée dans son tourment. J’ai mal, mal dans mon corps qui me brûle tant j’ai sollicité mes membres au-delà de leurs capacités normales, et mes muscles se plaignent en vagues d’inconfort lancinant qui m’oppresse. J’ai mal, oui – mal à l’âme, là où l’enfant défigurée de naguère pleure sa peine et se lamente sur son cœur en ruines. Je l’ai portée tant d’années, cette solitude désolée, tous ces regrets pour payer mes frissons ont sonné le glas d’espoirs qui vibraient à l’unisson. Il n’y a pas d’amour heureux, et j’ai porté le deuil de Denys pendant plus de dix ans.

Puis j’ai porté celui de Hiémain.

Et voilà maintenant que l’ombre d’Alméïde m’est arrachée aussi ; je n’y tiendrai plus, je ne saurai résister cette fois. A quoi peut me servir de me lever matin si je me trouve au soir désarmée, incertaine de ce que sera demain ? Pourquoi faut-il toujours que je ne mesure la portée de mes sentiments qu’au moment même où leur objet m’est arraché ? Suis-je donc si aveugle, si futile, si inconsciente ? Quel crime affreux ai-je pu commettre pour me trouver condamnée à aimer en vain ? Alors je reste là, agenouillée dans ce qui semble les décombres de mon univers tout entier, à me balancer d’avant en arrière, nue comme la main tout autant que mon cœur est à découvert, versant des torrents de larmes sur la cruauté du Destin.

Une main, sur mon épaule – c’est elle, et instinctivement je referme les bras sur elle, me cramponnant à sa frêle silhouette comme une noyée en pleine tempête, prisonnière du besoin impérieux de la sentir physiquement là, tout contre moi. L’odeur de ses cheveux, la douceur de sa peau – deux ancres dans la tourmente, deux piliers dans le chaos, et je m’accroche à elle comme si ma vie en dépendait, balbutiant d’une voix rauque mille excuses entrecoupées. Je peine à trouver les mots pour expliquer – goutte à goutte, je perçois mon sang dévaler la rondeur de mon épaule, couler le long de mon dos, et je suis perturbée par ce qui vient de se passer. Que lui dire, à ma princesse, à ma lumière, à ma perle des dunes ?

« J’avais dix-sept ans. Je l’aimais. Je pensais – qu’il m’aimait aussi. Il… me le disait. Puis il m’a chassée pour se marier. Mon cœur s’est… cassé. » Je resserre ma prise sur elle, bouleversée, le nez caché dans le creux de son cou, marmonnant la litanie de mon chagrin comme une prière sans lendemain. « Il m’a pris ce qui était beau, en moi. Je suis… je suis restée tordue. Brisée. Incapable d’aimer – je croyais. Je croyais, puis j’ai aimé à nouveau, et il est parti, mon Kyréen, il est parti, parti, et moi je suis restée seule encore, et mon cœur, mon cœur Alméïde, mon cœur il a… il a… » Il a succombé sous le poids de cette solitude, il a sombré. Je me suis raccrochée à toi, ma princesse, ma douce, ma tendre, ma délicate – et avant que je ne comprenne comment, je t’ai aimée toi : pour ta douceur, pour ta gentillesse, pour ta pudeur. Avalant à grand peine ma salive tant ma gorge est douloureuse, je me force à reculer un peu, pour voir le visage préoccupée de la princesse, caressant sa joue d’une main tremblante. « Mon cœur il a saigné. Et là, tu me dis – tu me dis qu’il est ton ami, tu me dis ça – et moi, et moi tu vois – je veux pas qu’il t’aie, je veux pas qu’il te fasse mal. Je te veux pour moi, parce que moi – parce que moi, je t’aime, ma princesse. » D’un geste prudent, je me penche en avant – juste pour déposer un baiser timide sur ses lèvres, profitant de son ébahissement pour l’embrasser avec toute la douceur dont je suis capable. Oui, je t’aime, ma perle des sables, ma fleur délicate, mon fragile petit oiseau de harem : je t’aime, comme en Sombreciel les femmes peuvent aimer les femmes, et je ne veux pas te le cacher.

Piteusement, je cache à nouveau le visage contre son cou et la serre contre moi, des larmes silencieuses que je ne peux retenir inondant lentement le tissu de ses vêtements.



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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Dim 12 Juin - 4:06

Qu'elle est triste cette vision de cette femme forte, effondrée sur elle-même, rendue fragile et émouvante par cette rage et cette tristesse qu'elle porte en elles et dissimule tels des secrets honteux qu'elle n'ose partager. Son corps contre le sien est frêle, tremblotant. Alméïde la serre délicatement contre elle, sans oser en faire trop, non pas à cause de ce corps dévêtu qui l'embarrasserait tant d'ordinaire, mais de peur de la briser sous un geste trop brusque. La surprise et l'inquiétude ne s'évaporent pas pourtant, la princesse reste interdite face à la réaction démesurée de son amie de toujours. Jamais elle n'avait aperçu cette facette de la marquise imprévisible et surprenante. L'exubérance de son caractère est ce qui l'a séduite et qui continue de l'amuser, des années après leur rencontre. Désormais, elle réalise que ce trait de personnalité si particulier et touchant peut être le l'instigateur d'une tempête telle qu'il vaut mieux ne pas tarder dans les parages lorsqu'elle éclate. À la fois effrayée et intimidée, Alméïde n'en reste pas moins bouleversée par cette démonstration de sentiments aussi soudaine que démesurée. Dans son esprit, Mélusine était ce pilier inébranlable, à jamais droit et solide, impossible à déloger. Elle en aperçoit désormais les fissures, discrètes mais profondes, qui ne demandent qu'à être colmatées.

« J’avais dix-sept ans. Je l’aimais. Je pensais – qu’il m’aimait aussi. Il… me le disait. Puis il m’a chassée pour se marier. Mon cœur s’est… cassé. »
Sa vient lui parvient difficilement, brisée, étouffée contre son cou sur lequel elle sent son souffle chaud. Lentement, les pièces du puzzle se mettent en place et la princesse comprend. Elle démêle peu à peu les récits contés par ses deux amis et qui, mis bout à bout, se rejoignent en un nœud indémêlable sur lequel elle a tiré sans le vouloir, ravivant ainsi des souvenirs douloureux. Elle n'avait jamais saisi, la princesse, que l'amour dont Denys lui parlait n'était autre que sa tendre amie. Elle n'avait jamais découvert l'identité de cet homme dont elle taisait le nom, tant la haine et les ressentiments étaient encore puissants à son égard. Alméïde sent une pointe de culpabilité naître en elle pour avoir ainsi fait revenir ces souvenirs à la surface. Elle aurait voulu prononcer quelques mots rassurants, faire un geste afin de l'apaiser. Mais tiraillée par la tendresse qu'elle éprouve pour chacun d'eux, elle n'ose émettre le moindre jugement, de peur d'attiser à nouveau sa colère ou de la blesser un peu plus dans un instant où elle est déjà si vulnérable. Alors elle se tait, la princesse. Elle se contente d'être cette épaule sur laquelle elle peut se reposer, cette oreille attentive à laquelle elle peut se confier. Une amie sur laquelle elle peut compter.

« Il m’a pris ce qui était beau, en moi. Je suis… je suis restée tordue. Brisée. Incapable d’aimer – je croyais. Je croyais, puis j’ai aimé à nouveau, et il est parti, mon Kyréen, il est parti, parti, et moi je suis restée seule encore, et mon cœur, mon cœur Alméïde, mon cœur il a… il a… » Le récit lui serre le cœur, elle sent le chagrin qui la prend à la gorge. Elle sait combien le départ du baron a affecté sa douce amie, elles ont échangé tant de lettres à ce sujet et déplore le silence de cet homme qu'elle aimait tant. Il semble désormais que la lumière se fait sur l'un des nombreux mystères dont se pare la marquise de Sinsarelle, comme un voile qui se lève et lui laisse entrevoir une nouvelle part de celle pour qui elle éprouve une réelle affection.

Son regard noyé de larmes retrouve le sien et Alméïde ne peut s'empêcher de se perdre dans ce bleu humide et profond. Il lui est difficile de la voir ainsi tourmentée. Même sa main sur sa joue, dans un geste qui se veut rassurant, ne parvient pas à la sortir de ce trouble qu'elle éprouve à l'instant face à se détresse. « Mon cœur il a saigné. Et là, tu me dis – tu me dis qu’il est ton ami, tu me dis ça – et moi, et moi tu vois – je veux pas qu’il t’aie, je veux pas qu’il te fasse mal. Je te veux pour moi, parce que moi – parce que moi, je t’aime, ma princesse. » Elle aimerait lui certifier qu'elle n'a rien à craindre à ce sujet, que jamais le duc de Lagrance ne la possédera ou ne lui fera de mal, que le lien qui les unit n'est qu'une amitié tout ce qu'il y a de plus platonique et honorable. Elle aimerait la rassurer, lui faire comprendre qu'elle sera toujours à ses côtés pour la soutenir, qu'elle n'a pas à avoir peur qu'elle disparaisse de sa vie. Elle aimerait lui dire combien elle compte pour elle et que jamais elle ne délaissera leur amitié qui importe tant à ses yeux. Elle aimerait lui dire tout ça, et plus encore. Mais il y a ce baiser qui la surprend sans qu'elle ne puisse amorcer le moindre geste. Son cœur semble manquer un battement, elle retient son souffle, comme paralysée – électrisée – par le geste inattendu de son amie. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle réalise la signification de ses paroles. De sa déclaration, aussi inopinée que stupéfiante. La princesse du désert n'en mène pas large, incapable de traiter toutes ces informations qui l'assaillent et qui sont si nouvelles. Et de façon tout aussi brusque – mais bienvenue – Mélusine revient se nicher contre son cou, lui laissant le temps d'assimiler ce qu'il vient de se passer. Et c'est à ce moment que son esprit décide de lui rappeler que son amie est dévêtue, tout contre elle. Alméïde ne sait plus très bien où déposer ses mains, effleurant maladroitement son dos, le rouge teintant à nouveau ses joues de manière bien plus visible. Elle n'ose pas prononcer un mot, troublée. Et elle remercie les dieux lorsqu'elle aperçoit la silhouette d'Akim qui apparaît au pas de la porte.

Alméïde fait doucement relever son amie et, d'un mouvement doux mais maladroit, essuie les larmes sous ses joues. À nouveau, son regard la fuit, mais elle parvient à lui adresser un sourire qui se veut rassurant. « Laisse-moi m'occuper de tes blessures. Ensuite, on fera ce que tu voudras ; oublions cette histoire de Lagrance, je n'en reparlerai plus, c'est promis. » Elle fait signe à Akim d'approcher et s'empare de quelques compresses et de l'alcool servant à la désinfecter. Il dépose à ses côtés la robe de chambre, somptueuse, de la soie la plus fine et s'en va dignement. Nul doute qu'il ira quérir les domestiques afin de rendre ce salon aussi présentable que possible lorsqu'elles l'auront quitté. Toujours aussi doucement, comme pour ne pas la briser sous ses doigts, Alméïde repousse les cheveux de son amie afin de libérer son épaule et de soigner la vilaine coupure qui s'y trouve. Le sang s'en écoule lentement et elle l'essuie sans plus de cérémonie du geste assuré de celui qui a déjà fait ça des centaines de fois. Et dans le silence pesant qui s'installe, la princesse décide de reprendre la parole. « Je suis désolée si je t'ai blessée Mélusine, ce n'était pas mon intention... » la voix est douce, intimidée. Elle se sent si coupable d'avoir provoqué ce déferlement de colère en elle, elle qui était si heureuse de la retrouver et de simplement passer un agréable moment en sa compagnie.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Dim 12 Juin - 4:48


Entre ciel et terre
De merveilles en mystères
Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


J’ai froid.
Tellement froid.
Comme si les miettes de mon cœur étaient en train de geler sur les pavés où elles se sont éparpillées après être tombées.
Comme si la simple idée de chaleur n’était plus qu’un souvenir oublié.

J’ai froid, tellement froid, au plus profond de moi.
Le vide dans ma poitrine pulse de l’absence de ce qui naguère s’y lovait ; et dans les ténèbres sombres qui tapissent les tréfonds de mon âme, une petite fille pleine d’espoirs et de rêves innocents expire doucement, fauchée par les fantômes d’un amour par deux fois massacré, et que la troisième vient d’achever. Je ne peux m’y tromper en effet : mon âme est en deuil, mais je reste en état de capter et d’intercepter le langage corporel que je suis éduquée à étudier soigneusement depuis mon entrée à la Cour des Miracles il y a plus de dix ans à présent. Je la sens, la réaction de recul d’Alméïde – je perçois la gêne avec laquelle elle pose la main sur moi, son soulagement lorsque Akim dépose près de moi un vêtement soigneusement brodé. Et je perçois parfaitement, même si elle ne le voit pas, trop occupée à panser ma plaie, ce regard de reproche qu’il pose sur elle avant de quitter les lieux. Ne lui en veux pas, très cher, elle ne comprend pas – il faudra que je lui dise, que je lui explique. Il a eu tellement de mal à se faire à nos mœurs cielsombroises quand il a suivi Mère dans son exil il y a déjà plus de trente ans ; comment peut-il s’étonner qu’une oiselle de harem ayant si peu visité le monde s’effarouche de ce sentiment jeté entre ses mains comme un débris importun ?

Comment s’étonner, qu’elle n’y donne pas suite.
En vérité, je n’espérais pas qu’elle le fasse. Comment l’aurait-elle pu ? Elle ne conçoit déjà même pas qu’une femme puisse en aimer une autre. Alors comment pourrait-elle réagir sans ciller en découvrant qu’une amie de plusieurs années l’aime d’une bien trop tendre affection ? Non, je comprends, Akim, je comprends son dégoût, et il est normal qu’elle décide de me rejeter. Son regard me fuit, ses paroles ont la neutralité distante de la politesse de Cour, et je me sens si lasse soudain que j’aimerais m’enterrer et m’oublier dans un coin. Elle veut bien ne plus parler de Lagrance ? Très bien, mais elle ne mentionne même pas le reste, et je comprends très bien l’ampleur de ce qu’elle ne dit pas. Sous ses mains de médecin, je suis devenue aussi froide et insensible qu’une poupée de bois, me laissant manipuler pour le soin de ma plaie sans plus réagir, immobile et sans réaction. Sa voix me parvient, de très loin. Je ne comprends pas pourquoi elle s’excuse : ce n’est pas elle qui a détruit la quasi-totalité du mobilier de la pièce à l’exception du coin où elle se tenait ; ce n’est pas elle la criminelle qui a souillé de ses désirs malsains l’amitié dont l’honorait une princesse bien plus hautement née qu’elle ne le serait jamais.

J’ai froid.
J’aimerais que ma sœur soit là.
Elle est douée, quand même, cette enfant des dunes : elle a su trouver le défaut dans ma cuirasse et y enfoncer son trait sans coup faillir, me blessant mortellement en obtenant ma capitulation sans guère se forcer. Maladroitement, je me relève tandis que les serviteurs investissent la pièce, menés par un Akim raide comme la justice dont la sévère désapprobation tombe sur moi comme une chape de plomb. Ne pouviez-vous aimer ailleurs, Mélusine ? me dirait-il. Une femme plus digne de vous, qui n’ait pas honte de votre affection ? Il faudra que je lui dise. Que je lui explique. Qu’il est normal qu’elle ait honte de… de moi. Honte de moi.

J’ai tellement froid.
Le gel a rempli le vide béant dans ma poitrine.
Comme une marionnette aux fils cassés, je laisse ma camériste passer délicatement le peignoir sur mes membres meurtris. Elle m’entraîne vers la sortie, mais je la retiens un instant, tournant la tête vers Alméïde, d’un regard absent aux yeux vides, la fixant sans vraiment la voir à travers le brouillard des larmes qui trouble ma vision. Quand je parle, c’est d’un ton monocorde, d’une voix éteinte ; sans couleur, sans sourire, sans lumière, comme ce gouffre noir, oh si noir qu’il en dévore l’espoir, au centre de mon être. « Je vous présente mes excuses pour ma conduite, Votre Grâce. J’ai bien conscience de mon crime et de mes manquements. Je reconnais avoir enfreint le respect que je dois à votre personne, et vous prie de bien vouloir pardonner l’affront que je vous ai fait. Oubliez mes paroles offensantes ; sachez que je regrette ma hardiesse et mon insolence. Akim vous conduira à vos appartements ; usez de ma demeure comme de la vôtre, Altesse. »

Pas à pas, appuyée sur Samera qui me soutient, je me laisse entraîner jusqu’à ma chambre, où l’on me baigne avec mille précautions, avant de me faire enfiler l'un de mes saris favoris, mais qui me semble bien terne aujourd’hui. Le soleil descend sur l’horizon, l’après-midi s’achève ; je sais qu’en cuisine, l’on prépare le dîner de mon invitée, et je m’enfuis en clopinant dans les couloirs de Sinsarelle en direction de mon refuge, de mon sanctuaire : la plus haute tour, au centre du palais. L’observatoire, d’où la vue sur les étoiles au-dessus du désert comble toujours mon besoin de poésie. Là-haut, je vois que des coussins et une carafe ont été déposés : Akim a certainement compris où me porteraient mes pas, et je m’étends douloureusement sur le tissu moelleux, laissant les larmes dévaler lentement mes joues tandis que je repense à ma perle des dunes, aussi inaccessible désormais que si elle se trouvait enfermée au harem dont elle a la charge.

Oublie, Mémé, c’est mieux.
J’ai perdu une amie.
Oublie que tu es venue ici.

J’ai tellement froid.
Je ne serai jamais digne de toi.
Oublie que je t’aime.

Oublie-moi.



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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Dim 12 Juin - 5:52

Qu'il est lourd ce silence. Lourd sur son esprit et sur son cœur. De ses gestes habiles et mus par l'expérience, elle effleure cette peau si délicate, couverte d'entailles diverses, sertie de ce liquide carmin qu'elle essuie avec une douceur infinie. Elle est démunie la princesse face à cette amie de toujours, cette femme à la prestance incroyable qui l'a toujours intriguée. Amusante, exubérante mais sans cesse présente et à l'écoute lorsqu'elle cherchait une oreille pour y recueillir ses doutes ou des craintes. Mais jamais, au grand jamais, Mélusine n'a été aussi silencieuse. Muette, pour ainsi dire. Et l'Erebienne sent le malaise s'insinuer peu à peu en elle. A-t-elle dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Fait un geste qui l'a blessée ? Elle ne comprend pas, n'ose pas demander, encore troublée par tout ce qu'il vient de se passer. Du simple jeu taquin, elle est passée par la colère noire, suivie d'un chagrin abyssal, devenu désormais un froid glacial digne d'un hiver kyréen. Et tout cela, c'en est un peu trop pour cette princesse timide qui peine à suivre le déroulement de pensées de son amie. Elle n'est pas comme elle, ne s'exprime que difficilement, ne montre que son affection qu'avec maladresse et discrétion. Plusieurs fois, ses lèvres s'entrouvrent pour laisser passer un mot apaisant, une parole douce. Mais à chaque fois, elles se referment, scellées avec regret, figées dans leur désir de bien faire les choses. Au moins parvient-elle à guérir les blessures physiques, c'est à peu près tout ce dont elle est capable de toute manière, dans l'atmosphère pesante qui règne dans la pièce.

Les serviteurs rentrent à pas de loup, un à un, menés par un Akim au regard sévère, réprobateur. Alméïde, encore une fois, n'en comprend pas les raisons et elle fuit ce regard inquisiteur pour se concentrer sur les quelques plaies qui recouvrent son amie. Elle songe à la questionner, à la reprendre dans ses bras peut-être, une fois son travail fini. Mais sa pudeur s'éveille, ainsi entourée de tant d'yeux indiscrets et elle se contente de fermer soigneusement la bouteille d'alcool, déposant les compresses à côté avant qu'un jeune domestique ne les emporte. Mélusine est rhabillée, les débris sont ramassés. Alméïde entortille distraitement ses doigts et le malaise grandit. Son amie se laisse entraîner, s'arrêtant juste le temps de lui adresser des paroles qui lui font mal, dans le froid soudain de ce salon pourtant ensoleillé. Comme il est glacé, ce ton d'ordinaire si chaleureux. Comme elle se sent perdue, la princesse, face à cette statue de glace qui lui tourne le dos et l'abandonne ainsi dans ce lieu inconnu. Doit-elle la rattraper ? S'indigner d'être ainsi délaissée alors que jamais telle idée ne lui aurait effleuré l'esprit, à elle ? Elle est désemparée, trop surprise pour esquisser le moindre geste, trop troublée pour parvenir à prendre une décision à temps. Mélusine s'est volatilisée et c'est Akim, le regard sombre, qui lui demande de le suivre jusqu'à ses appartements, comme la marquise l'a indiqué.

Sans un mot, toute confuse, Alméïde récupère son carnet à dessins – la cause de tout ce chambardement – et sa besace, puis le suit sans faire d'histoires. C'est à peine si elle pose sur les lieux un regard curieux, l'esprit embrouillé par les réactions disproportionnées de son amie. Elle a la gorge serrée et le cœur lourd. Elle remercie Akim, parvient même à lui adresser un sourire poli, mais le cœur n'y est pas. Et elle se retrouve seule dans ses appartements luxueux, chatoyants, lumineux. La princesse s'approche des fenêtres et y écarte doucement l'un des voiles, jetant un coup d’œil au paysage fabuleux. Elle ne parvient pourtant pas à en profiter. Comme une enfant prise en faute, elle ressasse les événements, les déroule un à un comme un fil, cherchant à comprendre ce qu'elle a fait de mal. Ne parvenant pas à les démêler, elle s'assoit sur son lit et ressort son carnet. Peut-être parviendra-t-elle à apaiser sa conscience et à chasser les doutes en esquissant quelques traits sur une feuille de papier. Peut-être que l'image du dernier regard lancé par Mélusine finira par être chassé de son esprit. Mais c'est son problème à la princesse, elle fait parfois preuve d'une trop grande candeur.

Elle a longtemps tourné en rond, Alméïde. Sans une oreille pour l'écouter, sans une épaule sur laquelle se reposer, elle se sent bien seule. Les paroles de son amie tournent en boucle dans sa tête, elle ne parvient pas à les en faire sortir. Faisant les cent pas, elle s'appuie sur le rebord de la fenêtre, les doigts sur ses lèvres, troublée et incertaine. Elle l'aime, sa tendre amie. Depuis toujours. Est-ce de cet amour dont elle lui parlait plus tôt ? Comment peut-elle le savoir, elle qui n'a jamais envisagé une telle possibilité ? Mais doit-elle réellement mettre des mots sur la tendresse qu'elle éprouve pour Mélusine ? Il y a une chose dont elle est certaine au moins, c'est qu'elle ne supportera pas cette distance et ce silence pendant plus longtemps. Le soleil est déjà en train d'entamer sa descente à l'horizon, elle n'a donc que trop perdu de temps.

S'armant de courage, Alméïde sort de ses appartements et parcourt les couloirs d'un pas timide. Elle s'approche de la première personne qu'elle rencontre, elle-même la guidant jusqu'à Akim. Comme avant, il l'accueille de ce regard foudroyant qui la paralyse et elle bafouille, oh comme elle bafouille en lui demandant de lui indiquer où se trouve Mélusine. Il n'a pas l'air de vouloir coopérer, mais la bienséance et l'étiquette l'empêche certainement de lui dire ce qu'il pense de la situation. Il est bien forcé de laisser l'invitée rejoindre son hôtesse et demande donc à l'un des domestiques de l'y conduire.

Elle s'y rend prudemment, la princesse. Elle monte le long de cette tour et parvient au sommet, sans savoir quoi dire. Elle déglutit avec difficulté, prie Aïda, qui l'a toujours guidée, de lui donner le courage nécessaire. « Mélusine... ? » Petite voix mal assurée, elle se brise dans la fraîcheur du vent qui leur parvient à cette altitude. Et Alméïde s'avance, la rejoint d'un pas lent. Son regard cherche le sien et la voilà qui entortille à nouveau ses doigts dans un geste nerveux, encore légèrement noircis du fusain qu'elle a utilisé. « Est-ce que je peux... ? » m'asseoir près de toi. Ai-je encore ce droit ? Elle tente de rester digne la princesse et elle inspire une bonne fois pour y parvenir. « Je ne sais pas si j'ai fait quelque chose qui t'a blessée, mais je m'en excuse. J'ai... Je suis venue ici afin d'être en ta compagnie, de profiter de ces quelques jours pour... se retrouver. Mais si tu ne veux déjà plus de moi, dis-le moi et je rentrerai sur le champ. » Elle est affligée, la jeune femme du désert, elle n'aurait jamais pensé que les choses se dérouleraient ainsi. Et elle donnerait tout ce qu'elle a pour retourner en arrière si on lui en laissait l'occasion. Tout sauf apercevoir encore une fois le tourment dans les yeux de Mélusine.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Dim 12 Juin - 21:19


Entre ciel et terre
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Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


Les minutes passent lentement, dans ce perchoir si haut au-dessus du sol, et je me sens comme suspendue sous la voûte des cieux, étoile parmi les étoiles, déversant mon chagrin et ma solitude au milieu de l’infini ténébreux. Le soleil a sombré sous la ligne de l’horizon, et dans la pénombre qui s’installe, les disques pleins des lunes jumelles se dévoilent dans le ciel sans nuage. J’aime le silence de la nuit ; même si le soleil a toujours été mon élément, aujourd’hui sa lumière me blesse et je me sens plus apaisée dans l’obscurité qui est pourtant plus accordé au tempérament de Mélisende. Je reste là, immobile sur ma couverture rembourrée de coussins moelleux, le regard dérivant dans l’infini de l’espace, et petit à petit ma douleur s’estompe, perdant de son tranchant pour devenir une pulsation sourde qui anesthésie mes sens. L’épuisement nerveux commence à avoir raison de moi, le sommeil petit à petit me gagne ; lorsqu’un filet de voix timide en provenance de la trappe menant sur le toit où je me trouve étendue m’alerte.

Dans la pénombre, je devine Alméïde plus que je ne la distingue, et je reste incertaine de la voir devant moi si soudainement. N’est-elle pas déjà repartie pour Vivedune ? J’étais persuadée qu’elle tournerait les talons et s’en irait le plus rapidement possible pour fuir ma présence. Etais-je donc dans l’erreur ? Prise de court, je me contente d’opiner du chef quand elle me demande si elle peut s’installer – quand elle semble me le demander, en tout cas. Elle semble un peu perdue, ma perle des dunes, et j’ai mal pour elle, pour moi, pour les plans de joie et de rire que j’avais faits pour son séjour, et qui viennent de tomber, à cause d’un dessin sur une page de carnet. Elle n’a rien fait de mal, ma princesse, et je suis triste pour elle. De la main, je repousse un coussin vers elle pour qu’elle puisse s’asseoir, et je me redresse en position assise, resserrant autour de moi les pans de mon sari pour me protéger du vent frais.

Je ne sais pas trop quoi lui dire. Je pense qu’elle ne comprend pas vraiment ce qui se joue ; comment le pourrait-elle ? Elle est erebienne ! Alors, joignant les doigts devant moi, appuyant le menton sur leur extrémité, je trie mes pensés et tente de lui expliquer. « Je suis… Je suis cielsombroise, Alméïde. La grandeur de mon duché, c’est la complexité de nos esprits, l’intensité avec laquelle nous vivons. Ce que nous éprouvons, princesse ; nous le ressentons avec une telle profondeur qu’il n’y a de place pour rien d’autre. Quand une femme de Sombreciel aime, Alméïde, elle engage son cœur, son âme, la moindre fibre de son être ; et quand tu ajoutes à cela le sang des dunes que ma mère m’a transmis, cette sauvagerie barbare dans mes émotions, tu peux comprendre la démesure de mes excès. » Je marque une pause, le temps de peser mes mots, de trouver la bonne formulation, la manière de le présenter qui lui permettra de comprendre la teneur réelle de mon affection. « Je suis excessive dans tout ce que je fais, princesse, tu le sais : je vis l’excès, je suis l’excès, c’est ainsi que mon caractère est façonné. Quand je souffre, tout l’univers perd ses couleurs, la vie n’a plus de saveur. Quand je te dis que je t’aime, Alméïde – chaque parcelle de moi vibre quand tu es là, chaque fragment de mon être respire ta présence. L’idée de te perdre, c’est comme si – comme tout le reste m’était aussi arraché. » Doucement, pour ne pas l’effaroucher, je saisis sa main pour la porter lentement à mes lèvres, y déposant le fantôme d’un baiser, un simple effleurement, l’esquisse d’une caresse. L’obscurité me la masque, je devine simplement sa silhouette à la lueur des étoiles ; rougit-elle ? Se sent-elle gênée, bafouée, insultée, a-t-elle honte de moi ? Impossible de le deviner. Son silence me tue. J’aimerais savoir ce qu’elle pense, être rassurée ou bien définitivement fixée. L’incertitude m’oppresse, et j’ai peur, terriblement peur de la perdre, ma jolie princesse effarouchée. Mais je ne peux pas lui mentir, pourtant ; je dois être honnête, absolument. « Quand je te dis que je t’aime, princesse ; c'est toute ta personne, que j'aime, tout comme ton frère aime sa femme. J'aime la hauteur de ton âme, la fierté de ton caractère ; j'aime la beauté de ton corps, l'appel de tes formes. Je voudrais te prendre dans mes bras, te serrer contre moi ; avoir ta tête sur mon épaule, mon nez dans tes cheveux, et juste te sentir là. Je voudrais t'embrasser, goûter la douceur de tes lèvres, glisser mes doigts sur ta peau, le long de ton corps, et t'avoir à moi, tout comme je serais à toi. Je te désire, parce que je t'aime, princesse : je t’aime, tout simplement. »

Le silence retombe. J'ai peur qu'elle ne fonce droit vers la rambarde pour s'enfuir en sautant par-dessus le parapet. Ai-je été trop honnête ? Peut-être. Mais je ne pouvais lui mentir.

Mon pauvre petit oiseau de harem - que je dois la perturber...



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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Mar 14 Juin - 3:31

Dans la semi-obscurité, elle s'installe sur le coussin mis à sa disposition. Ses gestes sont prudents, timides. Elle marche sur des œufs la princesse, elle craint d'en briser un au moindre faux mouvement. Au moins n'est-elle pas chassée comme une malpropre de cette tour à la vue imprenable. Difficile d'en profiter néanmoins, tant son être entier est tendu à l'idée que Mélusine lui en veut pour une raison quelconque. Si les doutes persistent dans son esprit, elle n'est pourtant toujours pas certaine d'avoir bien saisi tout ce qu'il s'était passé dans le salon aux allures de champ de bataille. Jamais elle n'a vu son amie dans un tel état. Et jamais elles n'ont eu à se disputer ou à douter de cette amitié qu'elle a toujours considérée comme solide, inébranlable. Mélusine, c'est cette béquille sur laquelle elle peut s'appuyer, c'est le port auquel elle peut s'amarrer. Depuis des années, elle est disponible quand elle a besoin d'une âme dans laquelle déverser ses états d'esprit et elle ne réalise pleinement l'importance qu'elle a pris dans sa vie que maintenant qu'elle craint de l'avoir perdue.

Elle ne parvient pas à distinguer ses traits, uniquement cette silhouette familière. Et elle appréhende Alméïde, comme elle appréhende, sans vraiment savoir pourquoi. Comme l'enfant qui attendrait sa punition pour une bêtise qu'il a commis. Ce n'est pourtant pas une sentence qui s'abat sur elle mais des explications. Elle raconte Mélusine, elle dépeint la démesure, elle expose les excès, elle déballe ses pensées et ses sentiments sans honte, sans pudeur. Et la princesse l'écoute, attentive, troublée. Soulagement, inquiétude et surprise se mêlent en un pot-pourri confus dans son esprit déjà bien ébranlé par les événements de l'après-midi. Elle ne connaît pas tout ça, elle n'a pas l'habitude d'une telle démonstration de sentiments, de la profondeur et de la spontanéité avec laquelle elle les exprime. Elle est pourtant née du désert elle aussi. Fille de gitane et du sultan, c'est l'énergie sauvage des dunes qui coule dans ses veines mais qui, contrairement à Mélusine, reste profondément enfouie en son être, enveloppée par une réserve excessive et de l'incertitude. Elle est pourtant fière, Alméïde, de ses origines sauvages, de ce peuple noble et indépendant. Elle aurait tant voulu hériter du caractère indomptable de sa défunte mère, féroce et barbare mais également aimante et généreuse. Elle faisait preuve d'un amour sans failles, d'une loyauté à toute épreuve et d'un franc-parler insolent. Peut-être possède-t-elle encore cette étincelle, au fond, quelque part. Mais la princesse l'a depuis trop longtemps recouverte d'un cocon fragile et vulnérable, à la merci de ceux qui voudraient lui faire du mal. Petite princesse timide, trop concentrée sur ses responsabilités, au point, peut-être, de s'oublier elle-même.

Malgré tout, elle la comprend oui. Elle et ses excès, elle et sa passion démesurée. Elle ne pensait simplement pas qu'elle la ressentirait... pour elle. Alméïde se rappelle les récits de son amie, les aventures partagées avec des hommes et des femmes de tout horizon, les lits qui n'ont pas survécu à son passage, des cœurs qu'elle a certainement brisés, des rares mais profonds sentiments qu'elle a ressentis. Elle est bien placée pour connaître les habitudes de la marquise, ses goûts comme ses envies. Même Anthim, son frère, a un jour partagé ses draps. Alors pourquoi elle ? Pourquoi la princesse de rien, celle qui n'ose parler de la chose sans rougir, qui ne peut échanger un baiser sans que son cœur n'explose ? Elle est confuse, touchée, perplexe, tout ça à la fois et plus encore. La force des sentiments de Mélusine est une telle surprise, elle en est toute bouleversée la princesse qui n'ose l'interrompre – elle aurait de toute manière été incapable de prononcer un mot en l'état. Elle remercie l'obscurité qui masque la rougeur de ses joues et l'agitation dans son regard au moment où elle prend sa main pour y déposer un baiser. Mais elle ne s'arrête pas en si bon chemin et ses dernières paroles terminent de l'effarer. Comment aurait-elle pu deviner de telle intentions dans les yeux de son amie de toujours ? Elle qui n'a jamais songé, ne serait-ce qu'une seconde, à ce qu'un amour plus profond et sincère puisse les étreindre un jour ? Elle est quelque peu désorientée, la princesse, et c'est pourquoi elle garde le silence. Quelques instants.

Sa main n'a pas quitté la sienne pourtant et elle ne cherche pas à s'en défaire. Ce contact est rassurant dans cette obscurité qui les enveloppe, laissant flotter le poids de ces révélation autour d'elle. Alméïde assimile doucement les paroles de son amie. Elle cherche les mots justes, les mots qui ne blesseront pas, comme elle a pu le faire plus tôt. Elle aussi, elle aimerait qu'elle comprenne. « Je ne suis pas comme toi Mélusine. Je ne suis pas cielsombroise, je ne suis ni l'excès, ni la démesure. J'aimerais... ô comme j'aimerais avoir tes certitudes et ton assurance. Mais je ne les ai pas. » Toujours dans l'ombre, la princesse, à chercher le moyen de faire plaisir à ceux qu'elle aime sans chercher à savoir ce qu'elle désire réellement. Et pourquoi chercherait-elle, elle a tout ce qu'il lui faut, pas vrai ? Elle vit dans un palais auprès de son frère, elle suit la voie de la médecine, un domaine qu'elle adore, qui la passionne. En Erebor, elle a sa place, ses responsabilités, un confort certain dans lequel elle évolue sans jamais le remettre en question. « Tout cela est très... soudain. Je n'aurais jamais cru... Tu es chère à mon cœur, tu l'as toujours été, n'en doute pas un seul instant. Mais ne m'en veux pas d'être telle que je suis, que je m'étonne de coutumes qui ne sont pas les miennes ou que j'aie besoin... de temps pour m'en accommoder. » Doucement, elle serre un peu plus sa main contre la sienne. Il lui est difficile de s'exprimer ainsi sur des sentiments étrangers, nouveaux, incompréhensibles. Cette affection qu'elle éprouve pour son amie pourrait-elle amener à quelque chose de plus intime ? La chaleur sur ses joues augmente à cette idée mais elle n'en a pas la réponse. Pas encore. Sa gorge est étrangement nouée, les émotions de la journée la rattrapent. Elle se sent si démunie. « S'il y a une chose dont je suis sûre c'est que... Je n'ai pas envie de partir. Je me suis réjouie de ce séjour encore et encore, pendant des semaines, avant d'arriver ici. Je veux en profiter, passer ces instants avec toi. Si tu le veux toujours, toi aussi. » Et elle se tait, inquiète à l'idée que Mélusine n'accepte pas les paroles prononcées, ni l'incertitude éprouvée. Alméïde ne veut pourtant pas perdre son amie, c'est inconcevable.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Mar 14 Juin - 4:58


Entre ciel et terre
De merveilles en mystères
Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


Je sens son malaise comme si c’était le mien, et quelque part au fond de moi, une petite Mélusine de seize ans hurle à la mort, parce que la Mélusine de trente-et-un vient de lui casser sa copine, sa partenaire de tatouage, son petit oiseau dessinateur, sa princesse des dunes si différente. Cassée, Mémé, détruite, complètement saccagée, comme le mobilier sur lequel j’ai déchargé la folle frustration de mes nerfs et cette terrible angoisse de la perdre, comme ces meubles que j’ai sacrifiés pour ne pas m’en prendre à elle, innocent jouet d’un bien cruel mécanisme qui m’écartèle. Chère, très chère Alméïde, si timide et si douce ; elle ne comprend pas pourquoi elle, pourquoi maintenant, et j’aimerais avoir les réponses qu’elle attend, mais je suis la première étonnée par ce qui s’est joué aujourd’hui. Pas forcément surprise, pourtant : elle m’est chère depuis longtemps maintenant, et depuis le départ de Hiémain, elle a pris la place qu’il a avait laissée vacante dans le secret de mon âme. Chère petite princesse toute chamboulée – si tu savais, ma précieuse, que c’est parce que tu es si fragile que je t’aime.

Elle n’a pas retiré sa main, et mon pouce décrit de petits cercles dans sa paume, pour la calmer un peu et la rassurer. Je ne vais pas me jeter sur toi pour t’arracher tes vêtements, ma douce ; je suis cielsombroise, mais pas égoïste à ce point. A voix basse, je réponds à sa question informulée. « Tu as toujours ta place ici, à mes côtés, princesse, si tu souhaites rester. Loin de moi l’idée de vouloir te chasser : Sinsarelle est à ta disposition, tu peux rester ici tout autant que tu le voudras. » Je serre doucement sa main entre mes doigts, pour renforcer le poids de mes paroles, et tenter de la convaincre de ma sincérité. Seuls mes êtres chers ont jamais foulé le sol de mon domaine dont je suis jalousement fière, elle est la première étrangère à ma famille que j’y invite ; ce n’est pas pour la prier d’en partir ! Quelques secondes passent, dans le silence de la nuit, et je rassemble toute la retenue dont je suis capable. Je la sens un peu effrayée, mon joyau des dunes, et je redoute d’être la source de cette peur que je devine tapie sous sa peau. « Je sais me tenir, tu sais, ma douce ? Je serai une hôtesse modèle. Je te promets qu’il ne t’arrivera rien pendant ton séjour que tu n’aies pas toi-même décidé – je t’en fais serment. » Je suis d’un sérieux adamantin, déterminée à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’elle se sente en sécurité auprès de moi. Je veux… Je veux qu’elle apprécie son séjour ici, qu’elle s’y sente bien – bienvenue, et protégée. Je ne veux pas qu’elle regarde par-dessus son épaule, je veux voir son sourire, la lumière dans ses yeux quand elle se réjouit, entendre son rire.

Je veux qu’elle soit bien.

Un soupir fataliste m’échappe. D’un mouvement fluide, je rapproche mon coussin du sien, la prenant dans mes bras tout, tout, touuut doucement, déposant un baiser rapide sur sa joue que je devine brûlante sous mes lèvres. Elle est sûrement écarlate, mais la nuit me la cache en partie, c’est sûrement plus confortable pour elle. Délicatement, j’attire sa tête sur mon épaule, caressant doucement ses cheveux pour l’apaiser, veillant bien à garder mes mains dans les limites de l’acceptable en société. Il ne manquerait plus que je l’effarouche complètement, mon oiseau sauvage – je dois l’apprivoiser, pas la braquer. C’est difficile pour la fille de Sombreciel que je suis, pour l’enfant gâtée que je reste malgré mes trente ans passés – c’est difficile, oui, pour la femme à fleur de peau qui se cache sous ma cuirasse, pour la créature écorchée vive qui a enfilé une armure provocante pour mieux cacher sa vulnérabilité. C’est difficile, parce que je me mets en danger : Alméïde est un point faible dans ma carapace, mais je refuse de me l’amputer. S’il faut me battre pour elle, si je dois affronter mes instincts et lutter contre moi-même – je le ferai. Elle le mérite.

C’est à mi-voix que je reprends la parole, pour ne pas troubler le calme de la nuit, la serrant gentiment contre moi comme un animal blessé que je chercherais à rassurer. « Ne t’inquiète pas, ma douce ; vraiment, quels que soient… tes sentiments, tu restes mon amie chère, et je ne te barrerai jamais ma porte. Prends le temps dont tu as besoin, réfléchis, profite de mon domaine comme bon te semblera. Je n’insisterai pas, je n’aborderai plus ce sujet ; mais lorsque tu voudras, toi, en reparler, tu n’auras qu’à venir me trouver. D’ici-là – considère que rien n’est changé, Mémé. » Le vent fraichit – je ramène le pan de mon sari sur ses épaules pour lui tenir chaud, et avec mille précautions, je dépose un baiser timide sur son front, la berçant doucement, silencieuse à présent, n’écoutant plus que le bruit du vent qui sculpte les dunes à l’infini sur la ligne solennelle de l’horizon.

Elle vaut pleinement toute la peine que je me donnerai pour elle.



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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Ven 17 Juin - 4:11

Il fait du bien, ce calme, enfin revenu. Il est encore nimbé de tensions, un peu embarrassant, mais il semble que la distance qui s'est creusée entre elles cet après-midi est en train de se résorber pour retrouver à peu près sa place initiale. Et c'est tout ce qu'elle souhaite Alméïde. Elle ne veut pas perdre son amie si chère à son cœur, elle ne veut pas être la cause d'un malentendu qui briserait à jamais ce lien qui les unit depuis des années. Elle ne le supporterait pas. Pas plus que ce silence pesant qu'elle parvient à peine à rompre de ses explications maladroites. Dans sa poitrine, son cœur bat à toute allure, craignant de blesser à nouveau son impétueuse amie par une parole mal choisie, par un geste involontaire. Il n'en est rien pourtant et le soulagement l'étreint quand elle lui assure qu'elle peut rester autant qu'elle le désire. Voilà, elle n'en demande pas plus. Il lui suffit de ces quelques jours pour profiter de sa compagnie, de son domaine dont elle veut découvrir les moindre détails et mystères. Elle veut avoir la chance de renouer ce lien qui semble tout à coup fragilisé par le poids d'une révélation plus grande, d'un amour plus intense, de le fortifier, comme leurs doigts qui s'entrelacent, telle une promesse tacite faite à la faveur de la nuit. Sous le regard conciliant des étoiles, à la faible lueur d'un croissant de Lune, une page se tourne et Alméïde s'accroche à cette main, seule guide dans l'obscurité.

« Je sais me tenir, tu sais, ma douce ? Je serai une hôtesse modèle. Je te promets qu’il ne t’arrivera rien pendant ton séjour que tu n’aies pas toi-même décidé – je t’en fais serment. » Ses paroles la surprennent, la princesse. Pense-t-elle... qu'elle a peur d'elle ? De ce qu'elle pourrait lui faire ? Jamais telle idée ne lui serait venue à l'esprit. Car si Alméïde se sent peu rassurée, c'est par la perspective de perdre une amie, de ne pas être capable de lui offrir ce qu'elle désire, de ne pas pouvoir démêler ses propres sentiments. Son embarras ne s'assimile en aucun cas à de la crainte, ses incertitudes ne sont nullement liées au comportement que Mélusine pourrait avoir à son égard. C'est d'ailleurs sans appréhension aucune qu'elle se laisse attirer dans ses bras, dans une étreinte d'une infinie douceur, comme jamais elle n'en a fait montre auparavant. En cette journée pleine de rebondissements, la princesse découvre de nouvelles facettes de sa mystérieuse amie, toujours imprévisible, sans cesse dans l'excès. D'un baiser sur la joue, elle scelle son serment, la serrant contre elle d'un geste tendre. Alméïde se détend peu à peu, elle lui rend son étreinte sans avoir à se forcer le moins du monde, la gorge nouée tant le soulagement l'envahit. Nichée dans le cou de Mélusine, elle hume un parfum subtil, épicé, familier. Ce simple détail l'apaise, la princesse. Elle se sent mieux désormais et les paroles prononcées à son oreille finissent de la rassurer. Considérer que rien n'a changer... Voilà qui sera difficile – pour ne pas dire impossible – mais qui lui permet au moins un instant de réflexion, un instant pour reprendre sa respiration. Un nouveau baiser, sur son front cette fois et elle frémit sous la fraîcheur du vent qui leur parvient. Alméïde s'enveloppe dans le pan du sari comme elle s'envelopperait dans un cocon protecteur et elle redresse légèrement la tête, juste assez pour pouvoir s'installer convenablement aux côtés de Mélusine, reposant délicatement la tête sur son épaule, les yeux levés vers la voûte céleste. Elle aimerait la remercier pour sa patience et sa compréhension, mais sa gorge reste nouée, ses lèvres scellées. Elle se contente de serrer sa main dans la sienne et de la garder ainsi, durant de nombreuses secondes. Peut-être des minutes. Mais ce silence-là n'est pas fait de désarroi ou de honte. Il est de ceux qu'on ne désire pas interrompre de peur de briser ce petit quelque chose de fragile qui le rend si unique.

Alméïde finit par le rompre pourtant. Emprunte de timidité, sa voix s'échappe presque en un murmure dans le temps en suspension. « Si j'avais su que ton domaine possédait une vue aussi belle, je serais venue bien plus tôt te rendre visite. » Elle tente de glisser un brin d'amusement dans ses paroles, mais son émerveillement est sincère. Elle contemple les cieux et l'horizon avec un plaisir non dissimulé, comme une enfant découvrirait un nouveau trésor merveilleux. Puis un infime embarras s'empare d'elle. « Tu sais... je me disais... Je peux peut-être te faire parvenir quelques meubles de nos artisans de Vivedune pour ton salon. Après tout, c'est un peu de ma faute si... Je veux dire, on pourrait regarder ensemble. L'un d'eux fait un merveilleux travail dans la capitale. Il nous a déjà fourni nombre de ses créations pour le palais. » Elle mordille distraitement sa lèvre, songeant à la destruction qui a eu lieu à cause de ce simple dessin qu'elle aurait plutôt dû garder pour elle.

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Message Sujet: Re: Entre ciel et terre | Mélusine   Sam 18 Juin - 18:33


Entre ciel et terre
De merveilles en mystères
Alméïde & Mélusine • 5 juin 1001


J’aime la sensation de sa tête sur mon épaule. Prudemment, pour ne pas la brusquer, je resserre un peu ma prise sur elle, l’enveloppant plus étroitement dans les pans de tissu pour ne pas qu’elle prenne froid. Elle remue un peu, se cale contre moi – et sa main attrape la mienne. Quelques minutes passent – paix miraculeuse, dans la sereine complicité des nuits du désert. Elle me parle de meubles, et nous discutons quelques minutes du mobilier que je devrais commander. Nous nous promettons de dessiner ensemble les croquis qui seront adressés à l’ébéniste qu’elle me conseille, et le silence retombe petit à petit. A mi-voix, je fredonne une berceuse du désert que les servantes erebiennes de Mère chantaient pour ma sœur et moi lorsque nous étions petites, berçant doucement Alméïde – et au bout d’un moment, lorsque Akim s’aventure sur le toit torche en main, il trouve la princesse endormie dans mes bras.

Je l’accompagne jusqu’aux appartements qui seront ceux de mon amie pendant son séjour : il la porte sans faillir malgré son âge, et la remet aux mains de mes servantes qui vont la préparer pour la nuit avec un soin attentif. J’abandonne là Alméïde qui dort du sommeil lourd des enfants et des innocents, trouvant refuge dans ma propre chambre, prête à une nuit d’insomnie, ordonnant simplement qu'on tienne un repas froid à sa disposition si d'aventure elle venait à se réveiller tenaillée par la faim d'avoir sauté le dîner.

Bonne nuit, ma douce.
Rêve de moi.



• Sujet Terminé •




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