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 Rencontre nocturne

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Dragonnet du Chapitre • Version 2.5
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Dragonnet du Chapitre • Version 2.5
Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Sam 28 Mai - 10:19

Melinda insistait, elle disait qu'il n'était pas compatible avec l'état d'esprit de ses frères d'armes, qu'il etait beaucoup trop différent comparé à eux. Il était vrai qu'il n'avait pas le caractère bourrin de ses compagnons mais il se sentait plus A l'aise au sein de la Guilde qu'à n'importe quel autre endroit. La Guilde lui avait permis de devenir un homme que tous respectaient et il lui resterait à jamais fidèle. Il répondit donc a la jeune fille avec un sourire malicieux :

- Heureusement que je ne suis pas comme eux, la Guilde a bien besoin d'un guerrier qui sait se montrer moins... Bourrin que les autres.

Ils parlèrent ensuite des qualités de Melinda et celle ci rit de bon coeur en lui disant qu'elle était beaucoup trop atypique pour etre mariée. Elle etait faite pour être libre, pas pour jouer la bonne épouse.
Serenus sourit et l'imagina avec la bague au doigt. Il plaignait l'homme qui voudrait l'épouser. Il allait se retrouver face à un veritable ouragan.
Serenus la rassura en lui disant qu'il ne serait pas renvoyé de la Guilde, que le Commandant avait autre chose à faire. Puis elle lui posa cette fameuse question.. Serenus lui avait répondu qu'il la voyait comme La soeur qu'il n'avait jamais eu. Il avait parlé de maniere sincère et espera qu'elle en face tout autant. Il s'attendait bien sûr que Melinda lui dise qu'elle le considérait un peu comme un frère.

Elle lui murmura doucement qu'elle etait déconcertée. Il pencha la tête, avide d'en savoir plus quand elle lui dit que par moment elle le voyait comme un frere et que par d'autre il n'était pour elle qu'un inconnu a qui elle n'accordera pas sa confiance. Il fit un grand sourire quand elle lui dit qu'elle adorait les contes de fée. Il se sentait bien en sa compagnie, et avoir un lien plus fort que celle de vague connaissance leur serait profitable à tous les deux.
Sa joie ne dura cependant que quelques secondes quand elle finit par lui dire qu'ils n'étaient surement Pas dans un conte de fée ni dans le meilleur des mondes. Son sourire s'effaça peu à peu quand elle reprit son vouvoiement, qu elle lui dit qu'elle ne voulait entretenir avec lui qu'une relation de vague connaissance, qu'elle avait deja un frere et que celui ci serait sans doute jaloux de la place que risquait de prendre Serenus dans le coeur de sa soeur. Elle lui demanda gentiment d'arrêter de la prendre pour une soeur de substitution à celle qu'il n'avait jamais eu.
Elle fit un petit sourire satisfait. Serenus se demanda qu'est ce qu'elle lui cachait pour le traiter d'abord comme un ami puis pour repousser son affection de cette maniere. Serenus, qui d'habitude ne le faisait jamais car il considérait cela comme un acte de faiblesse, baissa les yeux et tourna la tête. Il répondit juste sur un ton bas :

- Oui. Je comprend. Je suis désolé.

Il releva vite les yeux, ne voulant pas paraître plus fragile et garda son sang froid. Il aurait voulu lui hurler qu'elle pouvait lui dire ce qui n'allait pas chez elle, que cela lui ferait du bien d'en parler, que cela l'aiderait à se reconstruire ou a mieux entamer sa nouvelle vie. Il avait envie de la prendre par les pieds et de la secouer pour que tous ses problemes tombent et disparaissent comme on secoue un arbre fruitier. Il sentit que ses yeux commençaient à s'humidifier. Il ravala ces larmes de rage juste avant qu'elles ne se fassent voir. Il ne voulait surement Pas se mettre à chialer comme un enfant devant elle et devant la Guilde. Il n'y avait que deux femmes qui l'avaient vu pleurer : sa mere et sa femme. Il ne voulait pas que cette liste s'allonge de deux femmes supplémentaires. Il la regarda, ne sachant pas quoi dire de plus. S'il devait la voir comme une simple connaissance, devait il se montrer mefiant ? Il en serait incapable. Il dit alors, comme pour calmer les tensions, avec un petit sourire :

- Si j'avais été à la place de son frere, j'aurais certes été jaloux, mais je n'aurais voulu que ton bonheur. Je vous envie, non seulement vous avez construit un lien indestructible mais en plus votre lignée va s'agrandir, prendre de plus en plus d'espace au fur et à mesure que vous aurez des descendants. Plus il y a de monde dans une lignée, mieux c'est.

Il ne préféra pas lui dire que sa propre lignée à lui s'éteindrait à sa mort. Et cette perspective le faisait souffrir. Son père n'avait eu qu'un seul fils et donc comptait sur lui pour sauver leur famille en assurant une descendance solide et nombreuse. Il se dit qu'il avait non seulement déçu son pere en laissant mourir la boulangerie mais qu'en plus il le décevrait en laissant mourir leur lignée.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Dim 29 Mai - 0:47

Certaines conversations ne devraient jamais être menées.

Ma mère avait essayé de m’apprendre cela voilà bien longtemps, mais comme j’étais plutôt têtue, je n’avais jamais voulu entendre raison. J’aurais dû. Cela aurait changé bien des choses si je n’avais jamais abordé le sujet de ma relation avec Serenus. J’aurais pu continuer à parler avec légèreté, de tout et de rien, à tort et à travers, et ainsi dériver sur des sujets beaucoup moins dangereux. Mais j’étais obstinée, curieuse, et franche. Garder le silence, enfermer une question à double tour dans un coin de mon esprit, museler ma curiosité, étaient des concepts qui m’étaient tout à fait étrangers. J’avais été tout bonnement incapable de m’empêcher de demander à Serenus s’il me considérait vraiment comme sa sœur ou si c’était simplement une exagération comme il en passe tant dans la bouche de mes compatriotes humains.

Serenus détourna alors les yeux pour me dire qu’il comprenait, d’un ton si bas que je dus tendre l’oreille pour l’entendre au-dessus des bruits de la rue. Il me fit ses excuses comme si c’était de sa faute. J’avais envie de lui dire qu’il n’en était rien, que j’étais simplement un peu bizarre, et que peut-être qu’en d’autres circonstances j’aurais pu accepter son affection. Je voulais lui faire comprendre que, de nous deux, j’étais la fautive. Néanmoins, je ne trouvais pas les mots, ni les expressions, ni les gestes qui m’auraient permis d’exprimer cela. Coite, immobile, je le regardai, comme depuis un autre monde, relever la tête et esquisser un léger sourire. D’abord contente qu’il le prenne aussi bien, je déchantai rapidement lorsqu’il se mit à parler : de toute évidence, il était clair qu’il ne comprenait pas, et qu’il essayait de me convaincre de son point de vue.

Il prétendit qu’à la place de mon frère il n’aurait cherché que mon bonheur, et j’avais conscience que ces mots sonnaient juste. Puis il ajouta qu’il m’enviait d’avoir une famille, qu’ainsi, la lignée ne reposait pas uniquement sur mes frêles épaules. Je fronçai les sourcils. Je n’y avais jamais pensé, mais il était vrai que depuis la mort de mon frère, j’étais la seule à pouvoir transmettre notre sang à une éventuelle descendance. A vrai dire, cette idée ne m’avait même pas effleuré l’esprit. J’étais déjà à peine assez responsable pour prendre soin de moi. Je n’osais imaginer quel serait le résultat si en plus je devais m’occuper de veiller sur un être dépendant, plus vulnérable, et indubitablement moins prudent. Je ne désirais pour rien au monde transmettre ma vision des choses à qui que ce soit. Je vivais une vie que j’adorais, dangereuse, solitaire et indépendante, mais… cette même vie, parfois, au détour d’une soirée, devenait un véritable fardeau.

— Je ne voulais pas vous blesser, Serenus, murmurai-je en haussant les épaules.

Je me rendis compte que la position assise était une position beaucoup trop intime pour garder ses distances avec qui que ce soit. Je me relevai aussitôt en époussetant mes vêtements, avant de continuer à parler comme si de rien n’était. Par la même occasion, je découvris le superbe passe-temps de chasser des poussières inexistantes de mes vêtements, dans le simple but d’éviter le regard de mon interlocuteur.

— Et je ne crois pas que vous comprenez exactement ma situation. Je suis comme une bougie qui brûle. Je sais que tant que personne n’allume la flamme, j’ai froid, je suis glacée, je gèle doucement. J’attends impatiemment que quelqu’un s’approche pour illuminer et réchauffer mon monde, mais une fois que quelqu’un le fait, je prends soudain conscience que tout est court et éphémère. Ma flamme allumée, mon temps devient compté. Mes jours s’écoulent avec la cire qui dégouline le long de la bougie que je suis, et à la fin, il n’y aura plus de cire, plus même de quoi faire une nouvelle flamme. Juste le froid et le néant.

Jolie comparaison, mais je n’étais pas sûre de comprendre tout moi-même. Je pris aussitôt un air ennuyé.

— Je sais que mon frère ne veut que mon bonheur, je sais qu’il me soutiendrait entièrement dans l’idée d’accepter la protection d’un guerrier qui se montre fort sympathique avec moi, je sais qu’il essayerait de me protéger et de m’aimer au-delà de ses propres pulsions et émotions. Toutefois… vous êtes dangereux pour moi, Serenus. Vous me condamnez au froid et au néant. Et même si cela peut vous sembler être une comparaison un peu exagérée pour une première rencontre – ce à quoi je répondrais que je suis tout à fait d’accord – au plus profond de mon cœur, c’est ce que je ressens. En vérité vous ressemblez trop à mon frère.

Je haussai les épaules avec un soupir de dépit, mon regard perdu dans le vague.

— Les flammes qui nous animent, nous, pauvres bougies glacées, ne semblent jamais devoir disparaitre. Et pourtant, un jour, elles s’éteignent. Tout s’éteint toujours, Serenus. Et une fois que la flamme se consume, c’est un signe que la bougie est sur le point de mourir elle aussi. Comme mon frère, vous êtes une flamme. Pour ma propre sécurité autant que pour la vôtre, il vaut mieux que je garde mes distances.

Je hochais la tête comme si je croyais vraiment à ce ramassis de conneries incompréhensibles. Un sourire de façade étirait mes traits, et je ne parvenais pas, malgré tous mes efforts, à l’effacer pour montrer à Serenus que mon choix me rendait profondément triste.

— Ce n’est qu’une métaphore, bien entendu, et les métaphores ne ressemblent pas exactement à la réalité, mais elles rendent les choses tellement plus simples, plus aisées, plus compréhensibles. Je ne voudrais pas que vous vous mépreniez sur les raisons qui me poussent à vous empêcher de me traiter comme une sœur.

Pour la première fois depuis que je m’étais relevée, j’osai croiser son regard.

— Vous êtes quelqu’un de bien, Serenus. A vos côtés, il est vrai que je retrouve cette impression que quelqu’un veille sur mes pas pour me guider sur un chemin plus sûr. J’aime bien parler avec vous, j’aime bien débattre avec vous jusqu’à ce que vous cédiez, et j’apprécie même devoir vous sortir d’une assemblée de guerriers, disons, anxieux, pour ranimer en vous les quelques braises mourantes de votre prétendue bravoure.

Je me passai une main dans mes cheveux en soupirant.

— J’ai conscience, toutefois, que ce n’est pas simplement parce que je vous aime bien que je peux vous accorder… je ne sais pas… appelez ça comme vous voulez. Ma confiance. Le droit de me considérer comme votre sœur. Mon amitié. D’autres choses entrent en compte.

Je m’aperçus que je n’avais absolument aucune idée de ce que pouvaient être ces « autres choses ». En fait, je me cherchais juste des excuses. Je soupirai et haussai les épaules.

— Enfin… vous voyez ce que je veux dire.

Mal à l’aise, je commençai à tortiller mes doigts, agitant au passage ma main blessée qui se rappela à moi. Alors même que je ne considérais pas Serenus comme un frère, j’avais frappé sur cette table pour lui, au risque de me blesser. Peut-être qu’un part de moi, inconsciemment, le voyait déjà remplacer feu mon frère. Peut-être qu’une fraction de mon esprit s’avérait plus entreprenante et moins terrifiée que moi. Peut-être qu’un morceau inconscient et un peu trop rêveur s’imaginait qu’il était encore possible d’apprécier quelqu’un sans le perdre.

Mais moi, je savais ce qu’il en était.

Je connaissais la vérité.

Et il était hors-de-question pour moi de l’affronter en situation réelle.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Dim 29 Mai - 9:09

Serenus l'écoute parler et se retint de secouer la tête. Elle lui dit qu'elle ne voulait pas le blesser. Serenus La regarda en souriant et dit :

- Tu ne m'a pas blessé Melinda.

Elle lui dit alors sa comparaison entre elle et la bougie que l'on rallume mais qui quoi qu'il arrive est destinée à s'éteindre. Melinda lui expliqua qu'il ressemblait trop à son frère, que lui aussi etait une flamme destinée à s'éteindre et qu'ils valaient mieux qu'ils gardent leurs distances pour leur propre sécurité.
Serenus secoua la tête et mît la tete entre ses mains. Il se dit qu'elle devait vraiment avoir un probleme pour désirer s'éloigner ainsi et pour repousser son affection. Il se demanda si cela ne venait pas de son frère. Il ouvrit grand les yeux. Mais oui ! Si elle tenait tellement a le repousser c'est qu elle ne voulait pas qu'il remplace son frere. Mais pour quelle raison ? Etait il décédé ? Elle ne l'avait pas précisé mais pour lui c'était évident. Pendant qu'elle continuait à lui parler, A lui dire que même si elle l'appréciait beaucoup elle ne voulait pas le considérer comme un ami mais plutot comme une vague connaissance, il continuait à cogiter, l'écoutant à peine. Il repensa à son depart précipité la veille, lorsqu'elle a jeté sa cape à ses pieds, il pensa à sa reaction quand il y a dit qu'il la voyait comme une petite soeur de substitution.
Comme pour briser le silence qui venait de s'installer, il dit en soupirant :

- Je comprend.. Je comprend..

Il releva la tête et la regarda droit dans les yeux, il se releva et lui dit sur un ton bas et triste :

- La flamme de ton frere s'est éteinte c'est ça ? C'est pour ça que tu refuse toute aide, toute affection, tu as peur de t'attacher de nouveau.    

Il avait conscience que ces paroles risquaient de lui faire beaucoup de mal mais il était temps qu'elle voie la vérité en face, qu'elle tourne la page, qu'elle réapprenne à vivre. Il leva les mains comme pour s'excuser puis il dit :

- Écoute, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Je sais que je ne remplacerais jamais ton frere, si tu veux que je reste juste une simple connaissance pour toi je respecterais ce choix. Perdre un proche est la chose la plus horrible qui puisse nous arriver.

Il aurait voulu lui dire que son frere n'aurait jamais voulu qu'elle reste seule, qu'il aurait souhaité qu'elle soit heureuse malgré le drame. Il recula de quelques pas et passa la main dans ses cheveux. Il s'attendait désormais à ce que l'ouragan Melinda soit de retour après ce qu'il avait dit. Il vit un des guerriers le regarder par la porte. L'air grave de l'homme en armure laissait penser que le Commandant avait reçu des nouvelles à propos des enlèvements. Serenus tourna la tête, il voulait rester avec Melinda, l'aider à accepter la dure vérité même s'il doutait que cela fonctionne. Il demanda par pure curiosité :

- Si tu veux que l'on reste que de simples connaissances.. Pourquoi as tu accepté de manger avec nous ? Pourquoi continue tu de me parler comme si je n'étais qu'un enfant ? Pourquoi n'as tu pas simplement repris ta route sans un regard en arriere ? Pourquoi Melinda ?

Il resta debout, face à elle et reprit :

- Tu aurais pu partir, tu aurais pu m'ignorer, ne plus vouloir me revoir.. Je ne comprend peut être pas tout Melinda, je ne peux pas comprendre ce que tu ressent vu que je n'ai jamais eu de frere ou de soeur mais je suis sur d'une chose, tu as mal et même si c'est dur, il faut tourner la page.
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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Dim 29 Mai - 18:06

Certaines conversations ne devraient jamais être menées.

Cette idée tournait en boucle dans ma tête depuis plusieurs minutes. Elle me narguait comme un moustique agaçant dont je pourrais entendre le vrombissement des ailes, et voir la silhouette mouvante s’agiter devant mes yeux, mais que je resterai incapable d’écraser entre mes doigts. Fuir. Rester. Attaquer. Me défendre. Partir en courant. Détaler. Me taire. Pleurer. Me mettre en colère. Des centaines d’idées me passaient par l’esprit, mais aucune ne retenait mon attention et n’obtenait mon aval. Aucune ne me paraissait convaincante, idéale, appropriée. Aucune ne me semblait même un tant soit peu acceptable. J’étais balancée entre l’affection que je portais à Serenus et la peur que j’avais de m’approcher plus près encore. Il avait beau prétendre que je ne l’avais pas blessé, je savais qu’il n’en était rien.

— Vous avez détourné la tête, Serenus. Ne prétendez pas que je ne vous ai pas blessé. Faites ce que bon vous semble, mais je vous en prie, ne me mentez pas. Je ne supporte pas le mensonge.

Je lui exposai ensuite ma métaphore sur la bougie qui, inéluctablement, est condamnée à se consumer et mourir, ou à vivre l’éternité dans le froid et le désespoir. Je lui avouai que je l’aimais beaucoup, et que j’appréciais le temps passé avec lui. J’ajoutai aussi que ma décision ne pouvait pas se baser que sur les désirs inconsidérés d’impressions sans fondement, avant d’achever dans une remarque pathétique qui exprimait simplement que je n’avais plus les mots pour exposer ce que je ressentais. Serenus prétendit qu’il me comprenait, mais je me doutais qu’il n’en était rien. Même moi je ne me comprenais pas tout à fait à l’instant. Il se releva pour se mettre à mon niveau et je reculai d’un pas, espérant que la distance physique me permettrait de rester indifférente face à cette conversation bien trop tendue.

Puis il parla de mon frère. Il se permit de supposer qu’il était mort, et que son décès expliquait mon comportement. Je fronçai les sourcils troublée qu’il m’ait percée à jour, et incapable de parler tant ma gorge était nouée. Serenus leva les mains en un geste défensif et prétendit ne pas se mêler de ce qui ne le regardait pas – trop tard pour ça, à mon sens. Il affirma que perdre un proche était une chose horrible, ce avec quoi j’étais tout à fait d’accord, et qu’il me laisserait libre de mon propre choix, même s’il en parlait comme si je commettais une monstrueuse erreur. J’avais l’impression, à vrai dire, qu’il essayait de me convaincre de mieux le considérer tout en prétendant qu’il me laissait parfaitement livre. Je fronçai les sourcils de plus belle.

Après quoi, il me posa la question piège : pourquoi est-ce que j’avais agi comme je l’avais fait ? Pourquoi avais-je accepté son invitation à magner ? Pourquoi est-ce que je continuais à lui parler de la même façon ? Pourquoi est-ce que je restais là, à le regarder, à lui parler, à lui affirmer que je ne voulais plus rien avoir affaire avec lui ? Pourquoi est-ce que je ne parvenais pas à obliger mes pieds à amorcer un mouvement de fuite ? Pourquoi est-ce que je ne voulais pas vraiment l’ignorer ? Pourquoi est-ce que l’idée de ne plus le revoir me serrait le cœur ? Pourquoi est-ce même si ces paroles retournaient d’anciens couteaux dans des plaies que je croyais fermées, j’avais envie de rester ?

Je serrai les poings, hésitant à le frapper. Mon regard tomba sur la dague à sa ceinture. J’eus envie de la lui piquer pour la lui planter dans le cœur. Imaginer son cadavre allongé dans la rue, se vidant de son sang petit à petit, manqua de me faire vomir. Je serrai les dents, désireuse de le mordre. Si je mordais assez fort et assez profondément, peut-être qu’il se tairait. Peut-être qu’il cesserait d’exister. Peut-être que son souvenir quitterait la trame même du monde. Mon cœur se serra, susurrant au plus profond de moi son envie de sauter dans le vide et de faire confiance, envers et contre tout, murmurant que je n’avais rien à craindre, que la mort de mon frère était un passé lointain et que Serenus était la voie de la sûreté et du bonheur. Mon cœur avait souvent tort, en fait.

— Je déteste ! grondai-je avec un ample geste de la main. Je déteste ne pas pouvoir te dire que c’est toi que je déteste, je déteste que tu me fasses devenir comme un vaste paradoxe à moi toute seule, je déteste me sentir comme une gamine stupide quand tu me parles, je déteste que tu me laisses le choix, je déteste que tu perçoives des choses que je ne voulais pas te dire. Je déteste ça, Serenus !

Je me détournai avec un soupir exaspéré, sans m’apercevoir que j’étais repassée au tutoiement sous l’effet de la colère.

— Oui mon frère est mort, mais c’était il y a dix et j’ai largement eu le temps de tourner la page !

Que j’aie eu le temps de le faire ne signifiait pas forcément que je l’avais fait, d’ailleurs.

— Tu n’as pas à parler de ça, Serenus, parce que ça ne te concerne pas. Est-ce que je t’ai posé des questions sur ton fameux projet de guerrier ? Non ! Est-ce que je t’ai demandé ce qu’était ce fameux surnom  « la baguette » et pourquoi il t’avait autant blessé ? Non plus. Est-ce que j’ai essayé d’en savoir plus sur tes relations tendues avec ta famille ou sur ton épouse qui te traite de croque-mort ? Pas le moins du monde ! Parce que ça ne me concerne pas !

Je passai ma main dans mes cheveux, essayant de reprendre mon calme alors que mon cœur battait la chamade et qu’une envie démentielle de violence vibrait au bout de mes doigts.

— Si j’ai accepté de rester avec toi au lieu de fuir en courant, c’est simplement parce que j’avais assez de respect et d’affection pour toi pour essayer de te faire comprendre ma froideur, pour te faire comprendre que… que ce n’était pas de ta faute à toi. Je sais, c’est un peu stupide. Il faut croire que j’ai tendance à avoir une série invraisemblable d’idées plus inconsidérées les unes que les autres quand je parle avec toi.

Je serrai les poings, les dents, le cœur. A nouveau.

— Alors tais-toi ! Tais-toi, parce que j’en ai assez ! J’en ai assez que ma tête et mon cœur parlent des langages différents et s’opposent dans une lutte sans merci ! J’en ai assez d’entendre ta voix, tes commentaires faussement compatissants et ta façon de me parler comme si tu savais ce que c’était la souffrance ! Tais-toi. Plus. Un. Mot. Ou je te jure que je te tue.

Je pris une profonde inspiration, la relâchai doucement. Puis une image très claire surgit dans mon esprit, et je me permis un léger sourire.

— Le cidre était délicieux, Serenus, soufflai-je dans un murmure.

Je ne remarquai même pas le changement de sujet. Je ne m’aperçus même pas qu’habituellement le goût de la nourriture m’importait assez peu. Mes pensées, déjà, dérivaient vers d’autres contrées. Des contrées plus accessibles. Des contrées moins douloureuses. Des contrées plus motivée encore par le désir de fuir mes problèmes.

— Merci pour la nourriture gratuite, je ne sais pas vraiment quand j’aurais l’occasion d’avoir un nouveau repas sans débourser un sou. Maintenant que cette comédie a enfin pris fin, je vais pouvoir poursuivre ma route. Heureusement que vous vous êtes laissés prendre, Serenus. Vous êtes beaucoup trop naïf et crédule. Vous vous êtes laissé avoir comme un enfant. C’était pitoyable.

Mon visage, impassible, ne laissait pas transparaitre la moindre preuve que je ne disais que des conneries. Accessoirement, je n’avais pas menti : j’avais vraiment mangé un repas sans donner la moindre pièce, je venais à l’instant de m’enfoncer dans une comédie de tristesse et de colère qui était tout à fait ridicule, et je pouvais désormais repartir. Serenus s’était laissé intriguer par moi comme un enfant par un nouveau jouet, et se montrait effectivement un peu crédule, parfois. Souvent. Et toute notre conversation revêtait des aspects forts pitoyables.

— Une légère colère, quelques petites phrases gentilles, un comportement inexplicable et pouf ! vous voilà totalement intrigué par ma petite personne. Ce n’est pas réciproque.

Je n’étais pas intriguée par Serenus. J’aimais juste sa compagnie.

— Je me demandais jusqu’où je pourrais vous emmener dans cette histoire. De toute évidence, vous avez été jusqu’à supposer que mon frère était mort ! Tout ça à cause d’une simple histoire de bougie, de flamme et de cire. En vérité vous faites trop de suppositions pour votre propre bien, Serenus.

J’esquissai un large sourire, un sourire de façade, mais un sourire tout de même.

— Enfin, toute cette histoire était hilarante, ne trouvez-vous pas ? Ne soyez pas trop triste.

J’esquissai un clin d’œil moqueur.

— Il faut juste que vous appreniez à ne pas faire attention à n’importe quelle inconnue rencontrée de nuit dans la ville basse.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Dim 29 Mai - 22:06

Serenus recula d'un pas quand elle se mît à gronder qu'elle détestait être traitée de cette maniere, qu'elle le détestait lui parce qu'il la prenait pour une enfant, qu'il puisse percevoir ce qu'elle n'avait pas dit. Elle annonça que oui son frere etait mort depuis dix ans et qu'elle avait donc eu le temps de s'en remettre et de tourner la page. Serenus fronça les sourcils et garda le silence. Il tourna la tête et secoua celle ci avec dépit quand elle lui dit qu'elle cherchait juste à lui faire comprendre sa froideur.

Soudain elle lui hurla de la fermer, de ne plus parler parce que sa voix et ce qu'il disait etait pour elle plus qu'insupportable. Ce qui le fit sursauter ce fut lorsqu'elle lui dit de se taire sinon elle le tuerait. Il baissa la tête et dit en riant :

- Toi ? Me tuer ?

Il reprit son sérieux quand elle lui parla du cidre, du fait qu'il était délicieux puis elle le remercia pour la nourriture. Il allait lui dire que c'était normal, qu'elle n'avait pas besoin de le remercier quand Melinda dit avec un sourire que leur comédie avait assez duree, qu'il était tombée dans le panneau comme un enfant. Il serra les poings et les dents. Elle se mît à parler comme les méchants dans les histoires qui avouent leur méfaits juste avant de tomber. Elle commenca par dire que par de simples émotions elle l'avait intrigué puis que cela avait fini par aller jusqu'à de vaines suppositions de la part de Serenus. Celui ci se sentait désormais perdu. Il recula encore, de plus en plus pâle. Il se rendit compte qu'il avait de plus en plus envie de la secouer pour remettre ses neurones en place, elle avait surement un éclair de folie. Il secoua la tête, elle paraissait tout sauf folle. Elle était détruite à l'intérieur et refusait toute aide et toute amitié c'est tout. Il ne comprenait plus rien. Melinda lui dit que cette histoire etait hilarante et qu'il ne devrait plus faire attention aux inconnues rencontrées dans la rue. Il regarda en l'air, de plus en plus perdu, une partie de son esprit lui murmurait qu'elle avait juste besoin d'aide, une autre lui hurlait que cette fille etait tout simplement folle ! Il finit par dire sur un ton sifflant :

- C'est quoi ton probleme Melinda ? Tout cela n'était donc qu'un jeu ? Tu n'a fait que jouer avec mes émotions depuis tout ce temps ? Bravo. Félicitation. Tu as réussi. Tu as besoin de te faire aider Melinda.

Il se sentait honteux de s'être fait laissé prendre. Il lui tourna le dos et s'appuya contre le mur. Il lui cacha ainsi ses larmes de rage qui commençaient à perler au coin de ses yeux. Il serra les dents et dit sur un ton qui se voulait être le plus neutre possible :

- Je ne comprend plus rien...

Il passa la main dans ses cheveux et souffla. Il ferma les yeux et lutta pour ne pas repartir et rentrer dans la Guilde en claquant la porte.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Dim 29 Mai - 23:57

Il riait. J’étais en colère, je voulais le tuer, je me sentais capable de lever la main sur lui, et l’imbécile riait. Je parlais de sujets qui m’étaient aussi douloureux qu’un poignard en plein cœur, et il s’esclaffait. Je discourais sur des problèmes qui envahissaient ma vie de tous les jours aussi sûrement que du lierre sur un arbre, et il le prenait comme si je lui avais lancé une bonne plaisanterie. Il doutait de moi. Il doutait de ma détresse. Il doutait que sa voix m’était devenue assez insupportable pour que je devienne violente. Il ne me pensait pas capable de le tuer. En vérité, il avait prétendu que je pouvais me défendre, mais ce n’était qu’un cruel mensonge. Il m’avait menti. Déjà. Alors que je n’avais même pas encore décidé de lui faire confiance.

Pernicieuse, piquante, méchante, je lui exposai alors que mon comportement de la veille au soir et d’aujourd’hui n’était motivé que par l’intérêt d’un repas gratuit – ce qui, même à mes yeux, apparaissait comme ridicule, j’aurais eu moins de peine de voler Serenus que de le convaincre de m’offrir ce repas. Je m’impressionnais moi-même, à vrai dire, dans ma façon de le lui faire croire. Soudain, mon visage s’était transformé en un masque moqueur, tandis que la vérité, légèrement biaisée pour convenir à mon propos, servait à merveille mes projets. Il fallait que je l’éloigne. Que je l’empêche de me parler comme il le faisait d’habitude. Que je brise cette envie que j’avais de lui faire confiance en anéantissant la confiance que lui plaçait en moi.

Je réussis à merveille. Sitôt après mon petit discours, Serenus afficha un air perdu, comme s’il ne savait plus que faire et que penser. Une partie de moi se sentit coupable, eut envie de retirer mes propos, de me mettre à genoux, et de me faire pardonner. Une autre, implacable, résolument méfiante envers cet homme qui m’avait déjà menti, me poussa à poursuivre dans cette voie malgré toutes les souffrances que cela pourrait entrainer. Cette dernière partie tenait les rênes, et je n’y pouvais absolument rien. Serenus allait tout simplement passer un mauvais quart d’heures. Puis il m’oublierait. Je l’oublierais. Et la vie reprendrait son cours comme elle devait l’être. Calme. Insouciante. Joyeuse. Sans relations empoisonnantes.

Son ton était acide tandis qu’il me demandait ce qui n’allait pas avec moi. Moi aussi, j’aurais bien aimé connaitre la réponse, d’ailleurs. Ces sous-entendus sans la moindre affirmation fausse parvenaient à lui faire penser que mon comportement n’était qu’un jeu, que je jouais de ses émotions, que je le manipulais pour… un repas gratuit. Risible, sincèrement. Mais je ne me trompais absolument pas quand je disais que Serenus était crédule et naïf : il se laissait prendre au piège avec une facilité déconcertante. Oui, j’avais réussi, et une part de moi accepta ses félicitations avec grand plaisir. Une autre savait pertinemment que j’avais « besoin de me faire aider », comme il le prétendait. Je ne perdis pas le doux sourire – victorieux, moqueur, cruel – qui étirait mes lèvres. Je savais son mépris n’était qu’un symptôme. Un symptôme de ma victoire. Victoire douloureuse, peut-être, mais victoire tout de même.

Serenus, sans doute perdu et en proie à des émotions qu’il ne comprenait pas totalement – à son tour, maintenant, de trinquer ! – se détourna pour s’appuyer contre le mur. C’était bon signe. S’il se détournait de moi, c’était qu’il était déjà prêt à partir. Cet enfer prendrait bientôt fin. Je pourrais m'en aller, satisfaite à l’idée que Serenus ne serait pas en train de penser à moi avec pitié. Le dédain, la fureur, la joie, la peur, je pouvais très bien supporter. La pitié était comme un acide qui me rongeait de l’intérieur, me dévorait, me tuait à petit feu. Que ce guerrier la garde donc pour lui ! Je m’en passerais sans difficultés, tout comme je me passerais de lui.

Lorsqu’il prétendit qu’il ne comprenait plus rien et qu’il se passa une main dans les cheveux en soupirant, je sus que j’avais réussi. Il ne lutterait plus longtemps. Bientôt, il se laisserait porter par l’idée que je lui avais joué la comédie et il serait convaincu alors que tous mes actes, toutes mes paroles, tous mes gestes même inconscients avaient été guidés par l’unique désir de le voir me céder et m’offrir un repas gratuit. Un sourire satisfait étira mes lèvres. Il allait céder. Partir en courant. Ou se mettre en colère, sortir sa dague et m’égorger. Mais dans tous les cas, je ne le verrai plus. Encore quelques minutes d’effort, et tout irait pour le mieux.

— La vie est un jeu, Serenus, il suffit simplement de s’en rendre compte pour que tout devienne plus facile. Vous prenez tout trop au sérieux. C’est pour ça que vous ne comprenez rien. Il faudrait que vous voyiez le monde d’une toute autre façon si vous vouliez connaitre la vérité.

Serenus était effectivement un peu trop sérieux, et sa compréhension des choses pouvait s’en ressentir. De plus, s’il prenait ma place, il saurait exactement la vérité dans toute sa puissance. Je ne mentais pas. J’avais le mensonge en horreur. Mais il me plaisait beaucoup de tordre la vérité pour qu’elle serve mes intérêts.

— Sincèrement, Serenus, vous pouvez vous montrer aussi crédule qu’un enfant. Me croyez-vous vraiment incapable de jouer de vos émotions ? Tout le monde n’est pas aussi gentil que vous, le guerrier courageux au grand cœur. Certaines personnes peuvent se montrer – comment dire ? – beaucoup plus mesquines. Un bon conseil : ne vous étonnez jamais si vous vous retrouvez face à face avec un parfait exemple de la mesquinerie du genre humain.

Des questions toutes simples. Des généralisations. Des conseils sans la moindre référence directe à ma petite personne. Sans affirmation. Sans mensonge. Rien de plus facile. L’esprit de Serenus allait faire tout le boulot à ma place. Les pensées humaines pouvaient s’avérer être de sacrées menteuses.

— Vous prétendez ne rien comprendre, mais je suis certaine qu’en réalité vous avez une idée très ferme de ce qui est en train de se passer. Vous êtes peut-être crédule, Serenus, mais vous n’êtes pas un imbécile. Comment avez-vous pu faire confiance à une inconnue croisée dans la ville basse ? Je pourrais être n’importe qui, je pourrais être un tissu de mensonge, je pourrais être mortellement dangereuse, que vous n’en sauriez absolument rien.

Mon sourire s’élargit.

— Au moins le repas était-il nourrissant. Vos humiliations divertissantes. Et votre crédulité effarante.

Divertissante au sens premier du terme, autrement dit, qui faisait passer le temps. Oui, décidément, j’étais douée à l’art de détourner la vérité. J’osai même un clin d’œil à Serenus.

— Je suppose que je dois vous remercier pour cela, tout de même.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Lun 30 Mai - 13:22

Alors comme ça pour elle, la vie etait tout simplement un jeu. Serenus refusait de voir le monde de cette manière, il avait été élevé pour s'adapter a son environnement, pas pour "jouer avec". Il avait toujours su se faire apprecier des personnes qu'il rencontrait. Il pouvait citer Mayeul, Neve ou même Elena, il chérissait les moments passés avec ces personnes et les garderait dans sa mémoire jusqu'à sa mort. Serenus ne bougea pas, le dos tourné à Melinda, conscient que si sa folie augmentait en intensité, elle serait capable de substituer sa dague et de le poignarder. Il s'imagina, gisant face contre terre, se vidant de son sang pendant que Melinda ricanait tout en lui disant :" tu es décidément bien trop naif Serenus." Oui il l'avait toujours un peu été. Un boulanger doit savoir sourire à toute personne qui entre à son magasin, il doit considérer que chaque homme ou femme qui rentre dans sa boulangerie désire juste lui acheter du pain et non pas le détrousser. La Guilde lui avait au contraire appris à se méfier des gens. Tant qu'ils n'étaient pas des clients, ils etaient une source potentielle de danger. En rencontrant Melinda, Serenus avait su d'instinct qu'elle ne représentait pas de danger pour lui... Quelle terrible erreur. Il etait maintenant la, les larmes aux yeux se demandant s'il rêvait ou pas.

Il continuait à se dire qu'il devait continuer à vouloir l'aider, qu'elle avait besoin de lui et son comportement était en fait ni plus ni moins qu'un appel à l'aide. Mais une autre partie de lui, celle qui parlait avec la voix de son père, lui disait sur un ton severe de la laisser, qu'elle n'en valait pas la peine. Il s'était imaginé pouvoir construire une amitié solide avec Melinda, il avait eu tort et c'est tout, pas la peine de continuer à se faire du mal comme ça. Il y avait pire dans la vie que de se prendre une petite déculottée par une gamine.. Il regarda la cicatrice sur sa main. Oui il y avait pire.... Il allait s'en remettre en quelques heures, oublier ce moment et cette gamine puis continuer à vivre et a enquêter comme s'il ne s'était rien passé. Il avait d'autres priorités : retrouver les disparus, devenir capitaine, sauver son couple, fonder une famille. Il imagina le sourire de sa femme quand il rentrerait et ses levres contre les siennes. Il ferma les yeux et sourit. Il oublia pendant quelques secondes le monde qui l'entourait, écoutant à peine Melinda qui continuait à enfoncer le clou en disant qu'il était un homme crédule, qu'il devrait apprendre à plus se méfier. Il ne l écouta pas quand elle le remercia pour le repas, pour l'humiliation qu'il avait essuyé et qui s'était révélée divertissante et pour sa crédulité effarante. Il ne vit pas son clin d'œil. Lorsqu'il rouvrit les yeux, toute trace de larmes et de confusion avaient disparues, elles s'étaient évaporées grâce a la simple pensée du sourire de son épouse. Il caressa son alliance, une bague en acier ou un "D" était gravé qu'ils se transmettaient de generations en generations, de couples en couples. Il portait celle de son père tout comme Elena qui portait celle de sa mère. Le bijou etait usé par le poids des ans et par le travail a la boulangerie, mais il était pour Serenus une source inépuisable de réconfort. Il suffisait de la regarder pour que tous les bons souvenirs refassent surface. Il eut soudain une idee, au lieu de se montrer confus et perdu, il pourrait se montrer tout aussi franc joueur qu'elle, cela calmerait son esprit et les tensions.

Il releva la tête et se tourna vers Melinda. Il fit un grand sourire et dit :

- Tu m'as bien eu je dois l'avouer. Tu ferais une excellente comédienne tu sais ? Si jamais tu passes à la Volte, ma femme serait ravie de jouer a l'actrice avec toi, elle qui a toujours aimé les spectacles, le theatre et la poésie. Je pense que les mages a l'Academie vont en baver avec toi mais tu seras une excellente magicienne j'en suis certain. Être capable de jouer avec les sentiments des gens sans avoir recours à la magie, c'est presque un don.  

Serenus tendit la main et La posa sur l'épaule de Melinda avec le même sourire. Il reprit sur un ton joyeux :

- Je suis peut être crédule mais je ne suis pas rancunier. Pas envers toi en tout cas. Il faudra qu'on s'écrive, ou alors qu'on se revoie autour d'un bon verre de cidre. Mais bien sûr sans les guerriers !

Il rit. Il avait conscience qu'il avait tout simplement changé de comportement, il était passé de perdu, à deux doigts de pleurer a joyeux et hilare. Peut être est ce que cela La déstabiliserait suffisamment pour qu'elle reconnaisse qu'elle avait besoin d'aide, ou alors cela leur permettrait de se separer en bons termes. Il savait qu'il avait peu de chances de la revoir et il espera que s'ils venaient à se recroiser un jour, cela se passerait mieux.
Il dit alors :

- J'aurais pu te dire d'aller au diable, j'aurais pu simplement de faire taire en t'enfoncant ma lame dans ta gorge mais je vais faire comme toi. Je vais être un bon joueur et je te souhaite de reussir tout ce que tu entreprends Melinda.

Il lui fit un grand sourire et tendit la main comme pour dire "bon allez sans rancune !" Il se demandait comment elle allait faire pour reussir ses études à l'Academie. Il doutait que les professeurs soient aussi indulgents que lui mais il etait mal placé pour le savoir, il n'était Apres tout qu'un simple guerrier.
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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Mar 31 Mai - 22:33

Il allait céder. Bientôt. Comme durant notre première joute verbale, je sentais la tension dans l’air. Elle serait à son paroxysme d’un instant à l’autre, et alors, Serenus éclaterait en milliers de morceaux de verre. Il adopterait un comportement typique : la peur qui pousse à la fuite ou la fureur incontrôlable qui entraine la violence. J’étais préparée aux deux, aussi armée que je pouvais l’être dans un cas comme dans l’autre. Tous les muscles de mon corps étaient tendus, prêts à agir d’un instant à l’autre, quand le guerrier comprendrait enfin que je l’avais manipulé et qu’il exercerait sur moi une juste vengeance. Je pouvais supporter cette revanche, parce que je m’y attendais.

Par contre, je ne m’attendais pas du tout à le voir sourire. Son visage joyeux, autant, à vrai dire, que le masque souriant que j’affichais toujours, me surprit bien plus qu’un coup de couteau en plein ventre. Je mis quelques secondes à reprendre mon souffle, et quelques instants de plus pour suivre le fil de la conversation. Il me parlait de sa femme… de théâtre… de poésie. Qu’est-ce que cela avait avoir avec moi ? Après quoi il me fit un compliment, en affirmant que j’allais devenir une excellente magicienne, même si l’Académie aurait du fil à retordre avec moi. Enfin… un compliment qui n’en était pas un. Je n’aimais pas vraiment jouer avec les sentiments des gens. Je considérais ça plus comme une malédiction que comme un véritable don.

Serenus posa sa main sur mon épaule, et je regardai ses doigts comme s’il s’apprêtait brutalement à les refermer sur ma gorge pour m’étrangler. Mais non, il prétendit simplement qu’il n’était pas rancunier. Qu’il ne voulait pas se venger de moi. Qu’il voulait même qu’on s’écrive, qu’on se revoie. Je clignai des yeux, perplexe. Comment pouvait-il vouloir une telle chose ? Je lui avais laissée croire que je l’avais manipulé tout du long. Il devrait me haïr. Me détester. Brûler de vouloir me tuer, m’éliminer, et laisser mon corps être dévoré par les vautours. Et pourtant, non. Il plaisantait. Il riait, même. Il ajouta, en plus de tout, qu’il aurait pu me traiter de manière beaucoup moins sympathique, mais qu’il avait décidé d’être beau joueur. Pire : il me souhaita du succès dans toutes mes entreprises futures.

J’étais si stupéfaite que, lorsqu’il me tendit la main, je ne pus que la regarder sans oser bouger d’un poil durant plusieurs secondes. Je ne m’attendais pas à ça. J’avais à la fois l’impression que Serenus cédait face à ma colère, et que, pourtant, j’étais en train de perdre cette partie. Une boule amère obstrua ma gorge quelques instants, m’empêchant de parler. Espérant combler le vide, je tendis mes doigts tremblant pour lui serrer la main, comme dans un geste de réconciliation et de bonne volonté. Je m’attendais à demi, à vrai dire, à ce qu’il ait caché une arme minuscule au creux de ses doigts, mais il n’y avait rien. Rien d’autre qu’une amitié latente, qu’il n’appartenait qu’à moi d’éveiller.

— Beaucoup n’auraient pas réagi comme toi, Serenus, murmurai-je avec une grande douceur. Je ne me suis pas trompée quand j’ai dit que tu étais d’une profonde bienveillance. Je m’attendais à un accès de violence de ta part.

S’il était attentif, il remarquerait immédiatement le tutoiement que j’avais sciemment ajouté à cette phrase. Non, ce n’était pas une preuve que je désirais désormais son amitié. Simplement une envie de le quitter dans les meilleurs termes possibles. Il y avait peu de chances que nous nous retrouvions un jour, mais nous venions de nous croiser deux fois en moins de vingt-quatre heures. Qui sait ? Peut-être le Destin se montrerait-il clément à ce sujet ? Peut-être nous rencontrerions-nous de nouveau, quand ma petite bougie aurait trouvé le courage de brûler ? Peut-être, alors, mes plaies se seraient-elles enfin refermées, et me permettraient-elles de considérer Serenus comme un frère sans en souffrir pour autant ? Peut-être… J’en venais presque à l’espérer.

— Je suis contente, à vrai dire, que tu le prennes aussi bien. Tu en doutes peut-être, mais ça m’aurait été difficile de te blesser. J’espère sincèrement que tu vas réussir à accomplir ton fameux projet de guerrier. Et que tu te montreras un peu plus prudent la prochaine fois qu’une inconnue t’abordera dans la rue. Tout le monde n’est pas aussi clément que moi. Je ne t’ai coûté qu’un petit repas. D’autres auraient sans doute essayé de toucher à ta bourse, ou de briser tes vœux de mariage. Au risque de passer pour une grande sœur protectrice à ce sujet… fais attention à toi, Serenus Dardalion.

Je détournai brièvement les yeux, resserrai les bras sur ma poitrine, sur la défensive, et baissai d’un ton comme si je voulais que mes paroles se perdent dans le vent.

— Quant à t’écrire ou te revoir… à quoi bon, puisque dès demain, nous aurons tous deux oublié cette conversation ? Je ne suis qu’une inconnue d’un jour croisée dans la rue. Bientôt tu seras incapable de rappeler à tes frères d’armes quel était le prénom de cette fille qui les a tous terrifiés. Et si nous venons à nous croiser à nouveau, nous nous serons fondus dans la foule des visages au point de ressembler à tous les autres. Tu seras un inconnu à mes yeux, et moi aux tiens. Telle est l’histoire de toutes les rencontres d’une bougie qui tient à rester éteinte. Toutes les rencontres. Sans exception.

Je passai une main dans mes cheveux, consciente que je ne pouvais pas finir sur ces paroles défaitistes. J’esquissai un léger sourire.

— Je ne sais pas si ça t’aidera à faire la part des choses ou si tu en seras plus embrouillé encore, mais sache que je ne t’ai jamais dit que la vérité. Le mensonge est un ennemi que j’évite à tout prix, et même pour te manipuler, même si je voulais vraiment me voir offrir un repas gratuit, je n’aurais pas pactisé avec le mensonge.

Je sentis mes mains sur le point de trembler, et je les dissimulai rapidement dans mon dos, espérant que Serenus n’avait rien remarqué de mon trouble soudain. Je désirais sincèrement qu’il se montre assez intelligent pour comprendre que tout cela n’avait été qu’une comédie de ma part, mais si possible pour le comprendre après nos adieux. Je haussai les épaules et laissai ma langue parler pour qu’elle couvre mon trouble par des mots insensés.

— En tous cas, merci Serenus de ne pas me haïr. Venant de toi, la haine m’aurait fait mal, je crois.

Un bon conseil : ne laissez jamais votre langue parler sans surveillance. Elle commettra toujours des bêtises plus grosses encore que celles que vous faites habituellement. Sitôt que les mots furent prononcés, j’eus envie d’effacer jusqu’à mon existence elle-même de la trame du monde. Je me contentai de me mordre la langue comme si l’arracher allait tout simplement annihiler mes paroles précédentes. Malheureusement, je savais que ça resterait sans effet.

Hésitante, je lançai un regard à Serenus, résistant à l’envie de fuir, résistant à l’envie de rester. Incapable du moindre mouvement, dans un sens comme dans l’autre.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Mer 1 Juin - 16:29

Elle ne s'y attendait pas du tout. L'expression de son visage valait tout l'or du monde. Elle devait s'attendre à tout sauf a ça. Serenus garda son grand sourire lorsqu'elle lui dit d'une voix soudain très douce qu'elle ne s'était pas trompé sur sa bienveillance. Serenus ne dit rien et se contenta d'hausser les épaules, elle trembla lorsque leurs mains se touchèrent et qu'ils se firent une legere poignée de main. Il sentait sa peau moite et le léger tremblement de ses doigts. Il se dit qu'elle devait vraiment être perdue pour trembler comme ca. Cela voulait dire qu'il l'avait touché en plein coeur. "En plein dans le mile !" aurait dit son vieux professeur de tir à l'arc. Il lacha sa main et croisa les bras. Il l'écouta avec attention lorsqu'elle lui souhaita de réaliser son souhait le plus cher. Elle lui ordonna gentiment de faire plus attention la prochaine fois qu il rencontrerai une jeune fille dans la rue. Il se contenta de sourire et de dire :

- Mon souhait est irréalisable. Mais je te remercie, cela me touche beaucoup. Et ne t'inquiète pas, je flaire le danger a des kilomètres.

Il rit en disant cela car bien sûr, il n'avait pas pu sentir qu'il allait se faire humilier par cette jeune fille qui devait mesurer une bonne tête de moins que lui. Il se rendit compte qu'avec Melinda, il était passé à tous les stades d'émotions possibles : la peur, la colere, la tristesse, le rire, et d'autre encore. En deux jours cela faisait beaucoup pour une seule personne et pour une seule relation. Il serait donc incapable de definir le lien qui etait en train de se tisser lentement mais sûrement entre eux. Il se dit qu'il avait de la chance de l'avoir rencontré.
Il remarqua alors son changement de position. Elle était a présent sur la défensive, comme si elle avait peur de sa réaction. Melinda croisa effectivement ses bras, et détourna le regard. Elle lui parlait à present d'une voix plus basse, presque inaudible, si bien que Serenus dut tendre l'oreille pour bien saisir ses paroles. Il remarqua alors qu'elle avait recommencé à le tutoyer. Etait ce enfin un signe qu'une amitié venait d'apparaitre ou alors elle cherchait vraiment à clore cette conversation.

Il pencha sur la deuxième solution lorsqu'elle dit qu'à quoi bon s'écrire ou chercher à se revoir puis qu'ils auront oublié dés le lendemain cette conversation, que s'ils venaient à se recroiser, ils ne se reconnaîtraient pas, elle lui dit que c'était La le destin de toute les bougies qui tenaient à rester éteinte. Serenus secoua la tête et posa ses mains sur ses bras. Il dit en la regardant droit dans les yeux et en souriant :

- Ma bougie à moi restera allumée, elle ne t'oubliera pas crois moi. Tu m'oubliera peut être, mais pas moi. Tu ne seras pas une inconnue à mes yeux, tu seras Melinda Orlemiel, la jeune femme qui a réussi à faire plier un Guerrier pour un repas gratuit.

Il garda son sourire et la lacha. Elle était de plus en plus mal à l'aise, elle avait espéré gagner la partie mais elle ne l'avait réussie qu'à moitié. Il avait cédé sans pour autant fuir ou se montrer violent envers elle. La voir dans cet état laissa Serenus A La fois perplexe et satisfait. Il lui avait prouvé qu'en quelque sorte, il pouvait encore se montrer surprenant.

Elle lui dit, comme pour se faire pardonner, qu'elle n'avait pas menti, qu'elle avait vraiment dit la vérité et qu'elle répugnait le mensonge. Il lui répondit alors avec le même sourire :

- Tu ne mens pas mais tu détourne assez bien la vérité pour qu'elle reste à ton avantage ce qui est en soit une grande qualité.

Il remarqua alors que ses mains tremblaient, elle les dissimula dans son dos et elle lui dit d'une voix hésitante qu'elle le remerciait car il ne La haïssait pas. Serenus pencha la tête et s'avança vers elle, pret A l'enlacer. Il s'arrêta cependant à quelques centimètres d'elle et lui dit a l'oreille :

- Tu ne mérites pas qu'on te haisse Melinda, même si tu fais tout pour qu'on le fasse.

Il rit doucement et recula. Un des guerriers ouvrit la porte et gueula :

- Dardalion ! On a besoin de toi !

- J'arrive !

Il se tourna vers Melinda et n'osa pas lui dire adieu, il resta donc la, un sourire timide aux levres, attendant qu'elle réagisse.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Mer 1 Juin - 22:12

Nous allions nous quitter d’un instant à l’autre. Notre conversation, nos postures, nos regards, tout tendait à nous éloigner l’un de l’autre, comme si nous avions déjà fait nos adieux mais qu’il n’osait pas faire le premier pas pour partir, pas plus que moi, d’ailleurs. Ce qui nous unissait, Serenus et moi, quel que soit cet étrange lien entre nous, était inexplicable, déraisonnable, paradoxal, douloureux et beau tout à la fois. Cette impression persistante, tantôt de parler avec mon frère en personne, tantôt de me confier à un inconnu, me déroutait et m’épuisait. J’avais envie de partir et de fuir le chaos de mes pensées et sentiments, et en même temps, je brûlais de rester pour profiter de la bienveillance qui émanait du guerrier. Mes jambes, peu coopératives, refusaient pourtant de trouver l’occasion de me porter loin d’ici. Ma voix ne parvenait pas à prononcer un quelconque adieu. Tout mon corps semblait conspirer contre moi pour m’empêcher de suivre la voie de la raison.

Lorsque je lui souhaitai de réussir dans ce fameux projet de guerrier dont il m’avait parlé, il se contenta de le prétendre irréalisable. Je fronçai les sourcils. « Irréalisable » n’était pas un mot que j’aimais entendre. Mes parents avaient dit ça de tant de mes idées que j’avais finalement exploitées et menées jusqu’au bout, que j’avais appris à considérer ce mot comme une simple crasse, un obstacle sans importance sur le chemin d’un être assez déterminé pour atteindre le succès. Il osa ajouter que je n’avais pas à m’inquiéter de son avenir, et qu’il était doté d’un instinct particulier pour repérer le danger. Je haussai les yeux au ciel, moqueuse, tandis qu’il riait. J’étais prête à parier qu’il ne m’avait pas vue venir, moi. Je n’étais pas le genre de menaces auxquelles un guerrier s’attend. Du moins, je n’étais pas facilement associable au mot « menace ».

— Ne crois jamais que tes souhaits sont irréalisables, quand bien même leur réalisation te semblerait improbable. Si ta volonté est suffisamment forte et que tu te bats avec assez d’acharnement, alors tu peux tout faire, Serenus. Y compris les choses que d’autres estiment irréalisables.

C’était un conseil que je tenais à lui donner avant que nous nous séparions pour toujours. Les rêves n’étaient jamais irréalisables, ils étaient parfois décourageants et a priori complètement invraisemblables, mais il y avait toujours moyen, à force d’obstination, de les concrétiser. Je soupirai et expliquai en quelques mots que, de toute façon, nous étions condamnés à nous oublier l’un l’autre, alors il était inutile de chercher à se revoir ou à s’écrire. Il posa les mains sur mes bras, fixa son regard dans le mien, et me promit qu’il me garderait en mémoire comme Melinda Orlemiel, comme celle qui avait réussi à le faire plier pour un repas gratuit. Je me retins de tressaillir.

— Je ne sais pas si c’est le meilleur souvenir que tu peux garder de moi, mais merci, Serenus. Je suppose que je te suis reconnaissante de ne pas m’oublier.

Il me lâcha, un sourire toujours affiché sur les lèvres. Lorsque je lui exposai mon amour de la vérité et ma ferme opposition au mensonge, il tomba d’accord avec moi pour dire que je n’avais pas menti. Juste que je savais détourner la vérité à mon avantage. Il considérait même ça comme une grande qualité, alors qu’elle s’était retournée contre lui comme si sa propre dague s’était brutalement retrouvée animée de vie pour se plonger dans ses entrailles. J’esquissai un léger sourire, glissai une mèche de cheveux derrière mon oreille, mais ne confirmai ni n’infirmai cette remarque, laissant Serenus décider lui-même de la pertinence de son jugement.

Maintenant, il fallait qu’on se quitte. Mes mains échappèrent soudain à mon contrôle, et je voulus les cacher dans mon dos, avant de laisser ma langue commettre une énième bêtise. Elle avoua que sa haine m’aurait blessée. Serenus se pencha alors vers moi, s’approcha, assez près pour que je doive tordre le cou si j’avais voulu soutenir son regard. Peu désireuse de lire ce qu’il pensait de moi dans ses yeux, et refusant de faire des efforts pour ça, je fixai ses pieds comme s’ils étaient soudain devenus superbement intéressants. Je crus qu’il allait me prendre dans ses bras, et me raidis par avance, mais il se contenta de me murmurer à l’oreille que je ne méritais pas la haine, même si j’essayais de me l’attirer.

Troublée, je le regardai s’écarter, tandis que ses mots se frayaient un chemin dans mon esprit. Il rit doucement, et je ne le pris pas pour une moquerie, étrangement. Simplement comme un signe qu’il n’avait pas pris personnellement mon attaque à sa crédulité. Il venait de me dire qu’il ne me haïssait pas, et je le croyais. Serenus n’était pas un être fait pour haïr, ou pour être haï. Il s’était rasé pour moi. Il avait lavé sa cape pour moi. Il avait supporté nombre d’humiliations pour moi. Il m’avait offert un repas gratuit pour se faire pardonner. Il avait même décidé d’oublier que je l’avais peut-être manipulé et choisi de me souhaiter les meilleures chances possibles dans la vie. Oui, je voyais difficilement comment qui que ce soit pouvait le haïr.

Brutalement, un guerrier l’appela depuis la porte. Serenus répondit qu’il arrivait, mais il se contenta de se tourner vers moi avec un sourire idiot. Je me demandai s’il avait aussi difficile que moi de proclamer la fin de cette conversation, et peut-être risquer que nous nous perdions à jamais de vue. Je pris une profonde inspiration. Quand le plus adulte et raisonnable des interlocuteurs devenait aussi craintif qu’un gamin, il n’y avait que sa cadette pour prendre le contrôle des opérations et agir comme il s’imposait. Je pris une profonde inspiration pour me donner du courage, et me lançai.

— Je vais te laisser à tes obligations et à ta fameuse enquête sur les personnes disparues. Quand je suis dans les parages, tu ne travailles pas beaucoup, Serenus. Enfin… il est temps que je m’en aille. Au revoir, je suppose. Adieu, peut-être.

Je tendis la main comme pour une poignée de main protocolaire, sachant que ce serait ces paroles seraient sans doute les dernières que nous échangerions.

Telle était l’histoire de toutes les bougies qui tenaient à rester éteintes.

Toutes les bougies.

Sans exception.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Mer 1 Juin - 22:41

Serenus pencha la tête quand elle finit par lui dire que les souhaits sont tous réalisables. Que s'il se battait avec acharnement, il pourrait y parvenir. Serenus se contenta de sourire tristement et de secouer la tête tout en disant :

- Pour ce rêve la, j'ai beau essayer... C'est impossible. On ne peut pas lutter contre la volonté du Destin.

Il lui dit alors qu'il ne risquerait pas de l'oublier après ce qu'ils avaient vécu ensemble. Elle lui répondit que le souvenir qu’il conserverait d'elle ne serait surement Pas le plus agréable. Cela le fit rire comme un enfant. Il répondit alors :

- Peut être pas le plus agréable mais quand j'y repenserais, cela me fera bien rire.

Il fit un petit sourire. Il la voyait comme une petite bougie fragile qui avait besoin d'être rallumée.
Serenus et Melinda parlèrent encore un moment du fait qu'elle lui en etait reconnaissante de ne pas le haïr et du fait que Melinda ne devait pas être haïe, qu'elle ne méritait pas qu'on la haisse. Il l'avait senti se raidir lorsqu'il s'était approché. Il avait compris que s'il lui faisait un calin, elle l'enverrait sûrement compter les pâquerettes.

Un de ses collègues l'appela pour qu'il retourne travailler. Serenus se rendit compte qu'il avait perdu un temps fou à parler avec Melinda. Mais il ne le regrettait pas. Il ne regrettait rien. Pour rien au monde il ne retournerai en arrière.
Melinda, d'un ton bas lui dit qu'il était temps qu'ils se disent adieu. Elle lui souhaita de retrouver les personnes disparues et tendit la main. Serenus regarda celle ci puis secoua la tête. Il eut une idee pour rallumer et maintenir la flamme de la bougie de Melinda. Il lui dit en souriant :

- Attends reste ici je reviens !

Il courut et entra dans la guilde. Il revint quelques minutes plus tard avec sa cape dans les bras. Il la mît dans les bras de Melinda et dit en souriant, juste avant qu'elle ne proteste:

- Il fait parfois frisquet ici. Elle te tiendra chaud. Elle est propre, seche et sent bon.
Il passa la main dans ses cheveux et ajouta avec un petit sourire :- Et comme ca.. Tu ne m'oublieras pas.. Je ne serais pas un inconnu à tes yeux quand on se recroisera. Elle veillera à ce que ta bougie reprenne un peu de vigueur.

Il prit sa main et la serra dans une petite poignée de main afin de ne pas casser le bras frêle de Melinda et il lui dit :

- Au revoir Melinda et prends soin de toi.

Serenus fit un grand sourire et se dirigea vers la Guilde. Il ouvrit, franchit la porte, se retourna et lui fit un signe avant de fermer la porte.
Les autres guerriers le regardèrent avec curiosité. Serenus se contenta de sourire et de dire :

- La voila repartie...

Il se dirigea vers son lit, enfila son armure et se Prepara pour continuer à enquêter sur les disparitions. Il avait du travail et n'avait pas de temps à perdre. Serenus Dardalion prit son arme, fit un petit tour de bras, et se mît à rire tout seul en repensant à la déculottée qu'il avait pris après avoir bousculé cette jeune fille.

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Message Sujet: Re: Rencontre nocturne    Jeu 2 Juin - 17:45

Je n’avais jamais imaginé Serenus en pessimiste, et pourtant, je devais avouer qu’en cet instant, il était un peu défaitiste. Penser que le Destin était inébranlable ? Un doux sourire étira mes traits. Serenus était crédule pour beaucoup de choses, mais je n’aurais jamais cru qu’il remettrait sa vie entière entre les mains du Destin. Il était un guerrier après tout. A mes yeux, il avait décidé de prendre sa vie en main – de quitter la boulangerie de ses parents – pour en faire quelque chose de mieux. Comment avait-il pu tomber bas au point d’imaginer qu’il échouerait dans la réalisation d’un de ses rêves ? Je secouai la tête avec incrédulité.

— Peut-être que ça irait mieux si tu arrêtais de baisser les bras comme un gamin devant les premières difficultés de la vie et que tu te mettais un peu au boulot pour réaliser ce fameux rêve. Tu es quelqu’un qui mérite beaucoup, Serenus, et si le Destin avait un tant soit peu de sensibilité, il te le rendrait bien. Je sais que tu réaliseras ton rêve. Il ne te reste plus qu’à y croire, toi aussi.

Nous en vînmes à parler des souvenirs que nous garderons l’un de l’autre, et du fait qu’il se rappellerait de celle qui avait poussé un guerrier de la Guilde à lui offrir un repas gratuit. Après que je lui aie avoué que ce n’était pas le meilleur souvenir de moi qu’il pouvait garder, il répliqua que ce serait sans doute le plus amusant. Je souris, songeant que moi aussi je pourrais bien en rire, même si j’étais destinée à ne plus jamais revoir Serenus. Je pourrais toujours raconter à mes parents, lorsque je rentrerai de l’Académie, l’histoire du guerrier que j’avais superbement embobiné par de jolies vérités et qui m’avait offert un repas gratuit au sein même des bâtiments de la Guilde, pour me permettre de réduire au silence une petite troupe de ces hommes aguerris. Une bonne histoire, en vérité.

Nous parlâmes alors de mon amour de la vérité, et il se contenta de répondre que j’avais dans le sang l’art de détourner les vérités pour en faire des presque mensonges. Lui laissant le soin de décider s’il croyait ou non en cette hypothèse, je dérivai sur le sujet de la haine qu’il pouvait me porter, et il m’assura que je ne méritais pas d’être haïe. Puis, alors que nous hésitions tous deux entre partir ou rester, un guerrier avait appelé Serenus, et m’avait rappelé, par la même occasion, que mon interlocuteur pouvait avoir quelques obligations en-dehors de ma petite personne. Je lui fis donc mes adieux. Loin de me répondre, il m’ordonna d’attendre et courut pour s’engouffrer entre les portes de la Guilde.

— Je n’attendrai pas plus de deux minutes, guerrier, grondai-je entre mes dents dès qu’il fut hors de vue, consciente qu’il ne pourrait probablement pas m’entendre.

C’était plus une remarque pour moi que pour lui. Il était hors-de-question que je perde plus de temps et d’énergie à lui parler, et je me connaissais trop bien : j’étais capable de rester là durant des heures encore. Ce qui serait fort déraisonnable. Moins de deux minutes plus tard – à ma grande joie et mon grand désespoir – Serenus reparut, un vêtement entre les mains. J’écarquillai les yeux. J’aurais pu reconnaitre entre mille la cape qu’il avait mise sur mes épaules la veille et que je lui avais jetée en pleine figure avant de m’enfuir vers la ville haute et la solitude sécurisante.

Avant que j’aie pu émettre le moindre commentaire, il me la fourra de force dans les bras. Il affirma qu’elle me tiendrait chaud lorsque le temps se ferait trop froid, et qu’elle sentait bon. Pour vérifier ce dernier point, je pris une profonde inspiration, reniflant par la même occasion la douce odeur qui se dégageait de la cape. Je manquai de lâcher un commentaire désobligeant, lorsque Serenus ajouta qu’avec ça, je ne l’oublierais pas. Qu’il resterait dans ma mémoire. Que ma bougie ne mourrait pas de froid. Enfin, il me serra la main et me murmura des adieux. Estomaquée par la cape qui reposait toujours entre mes bras, je ne réagis pas immédiatement.

Lorsque je vis que Serenus commençait à se détourner pour toujours, je cédai à un instinct qui me titillait depuis plusieurs minutes déjà. Avant que ma raison ait pu intervenir de quelque façon que ce soit, mon impulsivité se manifesta de façon incroyablement envahissante. Je comblai la distance qui me séparait de Serenus, et le prit dans mes bras pour une étreinte aussi brève qu’irréfléchie. Durant un instant, le temps me sembla suspendu, tandis que son cœur battait à l’unisson du mien. Pourtant, mon étreinte amicale ne dura qu’une fraction de secondes. Je ne laissai pas le temps au guerrier de réagir avant de me détourner.

— Merci pour tout, Serenus ! lui lançai-je en détalant aussi vite que mes jambes me le permettaient.

C’était la seconde fois que je fuyais Serenus en moins de vingt-quatre heures.

Mais cette fois-ci, entre mes mains, se trouvait un merveilleux présent.

Une cape. Sèche. Propre. Qui dégageait une bonne odeur. Un vêtement tout simple qui, a priori, n’aurait dû avoir aucune importance. Toutefois, il appartenait à une personne particulière. Serenus Dardalion. Une personne dont je n’étais pas prête, en tous cas, d’oublier le nom. C’était un vêtement incrusté des souvenirs de cette soirée, aussi sûrement qu’il avait été, la veille au soir, incrusté de crasses. C’était, à mes yeux du moins, un trésor.

Je me retournai pour voir si Serenus ne me suivait pas. Il n’y avait personne.

Souriante, je mis la cape sur mes épaules. Serenus n’avait pas menti. Elle tenait chaud. Mais il avait oublié une chose : que le poids du vêtement sur mes épaules me donnerait l’étrange impression d’avoir le cœur plus léger.

Guillerette, je repris mon exploration des rues de Lorgol, un large sourire aux lèvres.

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