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 Ridicule générosité

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Dragonnet du Chapitre • Version 2.5
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Message Sujet: Ridicule générosité   Mer 18 Mai - 21:10


Livre I, Chapitre 3 • Les Amoureux du Vent
Melinda Orlemiel & Mayeul de Vifesprit

Ridicule générosité



• Date : le 9 mai 1001
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Melinda n’a jamais vu quelqu’un d’aussi ridicule. Animée de bonnes intentions, elle ne pense qu’à le lui dire pour lui rendre service, mais Mayeul de Vifesprit n’est pas d’avis de la remercier de sa générosité…


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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Mer 18 Mai - 21:12

Comment la vie ici pouvait-elle être à la fois si différente et si semblable à celle que je menais en Outrevent ? Je me posais la question depuis le matin même, et la réponse ne m’était pas encore apparue. J’avais bien sûr espéré qu’elle surgisse comme par miracle dans un coin de ma tête, qu’elle s’impose à moi comme une évidence, mais le débat faisait toujours rage en moi, et son intensité ne semblait pas vouloir décroître.

Un instant, je me sentais comme une petite fille perdue dans un univers qu’elle ne connaissait pas. J’avais envie de me blottir dans un coin et de pleurer toutes les larmes de mon corps en attendant que mon frère vienne me chercher et me ramener sur le chemin de la maison. Sauf que je n’étais plus une petite fille. Et que mon frère était mort depuis dix ans. Le désespoir m’envahissait alors, et l’espace d’un instant, mon pas se faisait plus chancelant, moins enthousiasme. Mon sourire s’effaçait légèrement, et mes yeux miroitaient de larmes contenues. J’étais si petite, si faible, si vulnérable, et il n’y avait plus personne pour me protéger, pour me prendre dans ses bras, pour me montrer le chemin.

L’instant d’après, un courage flamboyant embrasait mon cœur, et je me sentais capable de marcher droit devant moi des heures durant, d’explorer, telle une audacieuse aventurière, tous les recoins de Lorgol, des plus sordides aux plus extravagants. Je me voyais affronter tous les dangers. J’explorais un univers inconnu, peut-être, mais j’avais les moyens d’y survivre, de m’y imposer, et mieux, de le comprendre. Indépendante, libre et fière de l’être, je marchais alors d’un pas plus rapide, et l’ébauche d’un sourire étirait mes lèvres tandis que mes yeux s’emplissaient de fierté et de détermination.

Puis tout à coup, je remarquais un détail familier, et aussitôt, la joie me saisissait pour mieux se jouer de moi. Bonheur simple de m’apercevoir que je n’étais pas si loin de chez moi, pour que la vie ici soit si semblable à la mienne. Mélancolie de ma propre famille, de ma propre vie, de ma propre maison, de mes petites abeilles, du miel doré et des vastes étendues herbeuses de chez moi. Ennui, aussi, de revoir perpétuellement les mêmes sempiternelles scènes, reproduites où que j’aille, avec des acteurs différents, peut-être, mais dont les dialogues, approximativement, restaient les mêmes. Désintérêt, enfin, tandis que ce détail se fondait dans la masse de ce que je ne connaissais pas, de ce qu’une part de moi craignait par-dessus tout, de ce qu’un autre coin de mon esprit brûlait de découvrir.

Ballotée par cette joute étrange et sublime entre la normalité et la singularité de la ville aux Mille Tours, je me laissais porter aux travers des rues de Lorgol dans un état second. Mes pensées me paraissaient passer hors de ma portée et, une fois n’était pas coutume, j’en avais même perdu ma voix. Ça faisait bien évidemment plusieurs jours que je visitais la cité, mais jamais mes émotions ne s’étaient manifestées avec autant de force. Je me sentais… dépassée par les évènements. Ma famille me manquait. Ma maison me manquait. Outrevent me manquait. Je ne l’aurais avoué pour rien au monde, mais en cet instant je regrettais amèrement ma décision d’être partie pour Lorgol. C’était un choix si insensé, si stupide, et qui me mettait dans une situation si désastreuse que je brûlais d’envie de me frapper la tête contre un mur jusqu’à ce que je fasse rentrer une bonne fois pour toute dans mon esprit un grain de bon sens.

Le bon sens… Mes parents avaient essayé. Mon frère avait essayé. Mes amis eux-mêmes avaient tenté de me détourner de mes idées folles. Moi-même, j’avais failli me convaincre de changer de voie. Pourtant, après vingt-deux ans d’existence, alors que la plupart des adultes étaient sensés et raisonnables, je me trouvais ici, au beau milieu de Lorgol, à chercher du regard quelque chose à quoi me raccrocher, tandis que mon esprit et mon cœur partaient à vau-l’eau, conspirant pour me faire sombre dans je ne savais trop quel abîme de remords et de culpabilité. Peut-être que ce voyage allait définitivement me changer. Peut-être qu’il allait me rendre plus mesurée. Peut-être qu’il allait m’apprendre à veiller un peu plus sur mon avenir au lieu de me laisser guider par des idées farfelues pour lesquelles la plupart des gens n’auraient pas misé un fleuron, même sous la torture.

M’apercevant brusquement que mes pensées prenaient un tour vraiment noir, et surtout fort dangereux pour ma santé mentale et l’intégrité de mon caractère, je me figeai brutalement au beau milieu de la rue et, fermant les yeux, je pris une profonde inspiration. Le bruit… trop de bruit. Je mis mes mains sur mes oreilles pour étouffer le murmure incessant de la civilisation.

— Reprends-toi, Melinda, grondai-je, et ma voix vibra jusque dans ma poitrine.

Cette fille désespérée, qui abandonnait juste parce qu’elle avait un coup de mou, ce n’était pas moi. Cette fille, ça ne pouvait pas être moi. Je ne voulais pas ressembler à ça. Est-ce qu’une simple ville comme Lorgol pouvait me faire peur ? Bien sûr que non ! J’avais relevé des défis bien plus difficiles qu’affronter la ville aux Mille Tours. Un léger sourire étira de nouveau mes lèvres. Que ma maison, ma famille et mon duché me manquent, il n’y avait rien de plus normal, mais ce n’était pas une raison de refuser de profiter des merveilles qui se présentaient à moi. Rassérénée, et ayant visiblement écarté les pensées trop raisonnables de mon esprit, je rouvris les yeux et baissai les mains.

La première chose qui me marqua fut sa démarche.

En temps normal, il se serait sans doute fondu dans la foule, mais il se trouvait par hasard au beau milieu de mon champ de vision, et ce fut par lui que mon regard se laissa attirer. Il marchait bizarrement. Je pouvais difficilement l’exprimer autrement, et il m’était plus ardu encore d’expliquer ce qui était bizarre exactement dans sa façon de se déplacer. C’était quelque chose de naturel, pas comme une douleur à la jambe qui l’aurait obligé à clopiner, ou comme un boitillement exagéré pour susciter la pitié de quelque riche mécène. Il portait déjà une tenue que j’estimais ringarde et une coupe de cheveux qui ne mettait absolument pas son visage en valeur, si en plus il devait se coltiner cette démarche étrange… Je fus prise d’un soudain accès de pitié. La nature pouvait parfois se montrer bien cruelle avec le genre humain.

Puis je me demandai s’il était même un tant soit peu au courant du ridicule dont il faisait preuve. Apparemment non. Bizarrement, à cause d’une courtoisie déplacée qui m’était totalement étrangère, la plupart des gens se trouvaient gênés de faire remarquer la vérité avec la plus pure et la plus désintéressée des franchises. Ce n’était pas mon cas. Ce fut donc dans un geste de parfaite compassion et de grande générosité que je m’approchais de l’étranger pour lui tapoter l’épaule et – Lyncée soit loué ! – pour l’empêcher de faire un pas de plus.

— Personne ne vous a jamais dit que vous aviez l’air vraiment ridicule ? questionnai-je d’une voix douce.

J’étais si compatissante, à l’instant que je me sentais même prête à le laisser pleurer sur mon épaule si jamais il en ressentait le besoin. Je lui offris un large sourire, prouvant que même s’il avait l’air ridicule, je ne le laisserais pas tomber. J’avais toujours eu le cœur sur la main, et j’étais toujours prête à aider une personne dans le besoin.

Or, cet homme était visiblement en grand besoin d’amis sincères.

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Sam 21 Mai - 23:27

Marcher sans but aucun, sinon celui de laisser ses pas pas le porter où bon leur sembleraient. Marcher, plus loin, se perdre dans les ruelles, rebrousser chemin sans même le vouloir, pour finir par retrouver un détail, un infime indice indiquant qu’il n’était peut-être pas aussi perdu qu’il le lui semblait. Avancer, droit devant, le plus loin possible. Mayeul aimait Lorgol, ville fantastique et indescriptible, et s’il ne connaissait pas la Ville Basse aussi bien que ceux qui la peuplaient, il savait tirer son épingle du jeu. Et parfois, quand l’envie lui en prenait, qu’il n’avait rien d’autre à faire, il s’amusait à s’y perdre. On pouvait faire un tas de rencontres intéressantes en se remettant complètement entre les mains du hasard, et quand ce n’était pas le cas, il trouvait toujours une taverne sur la route pour y noyer sa déception, ou une quelconque arrière salle qui lui faisait profiter de douces drogues permettant d’effacer toute idée triste de son esprit. L’un dans l’autre, il y trouvait toujours son compte, en vérité.
Il n’avait pas peur de la Ville Basse. Pas au point d’y traîner la nuit sans une bonne raison, non plus, mais il n’était pas tétanisé par l’idée d’y mettre les pieds. En suivant Mathilde comme un fidèle chien de garde, du temps où elle était jeune médecin et lui un cadet à peine intronisé qui profitait de tous ses jours de repos pour suivre sa jumelle, il avait appris à en voir les merveilles, à en connaître la population, à discerner l’autre facette des rumeurs qui la clamait dangereuse. A la connaître, un minimum.

Il n’était pas de Lorgol, et sans doute serait-il toujours un étranger à cette ville, en réalité. Mathilde y avait été à sa place, comme elle avait eu sa place à la tête de Vifesprit. Parfois, Mayeul se demandait ce que cela lui laissait, à lui, si ce n’était des souvenirs de sa soeur, des vides à combler, des endroits où on ne l’attendait pas et qu’il se devait pourtant de faire acte de présence. Etre le petit frère, le petit deuxième ne l’avait jamais dérangé. Il était devenu voltigeur, le ciel comme terrain de jeu, Nuage comme seul point d’ancrage, mais sa maison était là où était Mathilde. Désormais, où était-ce?
Perdu dans ses sombres pensées, il esquiva de justesse un groupe de gamins qui jouaient à se pourchasser, avant de reporter son attention sur ses pas, sa visite, sans but, dans cette ville qu’il croyait parfois connaître, avant de s’apercevoir qu’il lui en restait beaucoup à découvrir. Mais pas aujourd’hui, visiblement, puisque quelqu’un se décida à le tirer de ses pensées, et pas de la façon la plus agréable qui soit.

Pas que son contact soit désagréable, non, ou son visage d’une laideur repoussante. Non. Mais les mots qu’elle prononça, d’une voix douce et sincère, étaient à même de courroucer n’importe qui. Pas Mayeul. Enfin, pas aujourd’hui : parfois, il lui arrivait de se mettre en colère pour bien moins que ça. Mais cette jeune fille avait quelque chose de désarmant, presque innocent, et s’il se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire devant son air visiblement sérieux. Sa voix était pleine d’une gaieté contenue quand il lui répondit d’un ton plus qu’aimable, compte tenu de ce qu’elle avait dit.
Personne ne vous a jamais dit qu’il y avait des façons bien moins insultantes d’aborder les inconnus dans la rue?
Il la détailla un bref instant, pensif, avant d’ajouter
Votre vie sociale doit être bien pauvre, jolie damoiselle, pour que vous en soyez réduite à ce genre d’approche.
Evidemment, c’était forcément elle, le problème. Pas lui. L’idée, à vrai dire, ne lui effleura même pas l’esprit. Ridicule? Lui? Allons donc! Certes, il portait des habits civils aujourd’hui, et non pas sa tenue de Voltigeur, mais tout de même... Non, cela ne venait pas de lui, mais d’elle. définitivement.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Dim 22 Mai - 19:09

La plupart des gens auraient eu tendance à prendre ma remarque comme une offense personnelle. Beaucoup se seraient mis en colère. Certains auraient même tenté de laver l’affront en m’agressant. Cet homme avait peut-être l’air ridicule, mais j’étais forcée d’admirer en lui le calme avec lequel il me répondit. Bien entendu, il se permit de me faire la leçon, retournant ma propre tournure de phrase contre moi, avant de critiquer ma vie sociale à ses yeux visiblement pitoyable. Je me serais peut-être rebiffée s’il avait paru un tant soit peu méprisant. Mais, comme moi quand je l’avais approché avec gentillesse et non condescendance, il se contentait visiblement d’énoncer des faits. Un léger sourire ourla mes lèvres.

— Je crois que le nombre de personnes qui ont tenté de me  faire comprendre la courtoisie dépasse ma capacité à compter. Aucun d’eux n’a réussi et je doute que vos capacités surpassent les leur, alors pour le bien de votre santé mentale et de votre salive, vous devriez vous contenter de cette remarque sur ma politesse désastreuse. Mais, en l’occurrence, je n’essayais pas d’être insultante. Je voulais vous éviter de vous laisser vous ridiculiser comme ça dans un lieu public, voilà tout.

A bien le regarder, il ne semblait absolument pas prêt à entendre ce que j’avais à lui dire. Je lui jetai un regard empli d’une sincère compassion. Ainsi, j’avais eu raison. Personne ne le lui avait jamais dit. Le pauvre se promenait dans les rues sans même se douter de ce que tout en chacun ne pouvait pas manquer de constater. Il allait vraiment lui être difficile d’accepter la dure réalité de sa condition. J’eus un soupir de dépit.

— Que vous le croyez ou non – et je doute, en vérité, que vous le croyez – ma remarque était un geste de pure générosité. Je suis comme ça, moi, je ne peux pas empêcher mon cœur de s’emplir d’un élan de bienveillance envers mes compatriotes humains. Enfin… si vous voulez un conseil d’ami, faites vraiment attention à la façon dont vous marchez. Le reste… je suppose que c’est plus une affaire de goûts personnels. Des détails sur lesquels il est facile de fermer les yeux. Ce genre de choses risibles, mais que le commun des mortels partage.

J’eus une moue mi-figue mi-raisin.

— Quant à ma vie sociale, elle est pour l’instant effectivement assez pauvre, puisque j’ai quitté ma famille et tous ceux que je connaissais pour venir à Lorgol. Etonnamment, chez moi, j’avais quelques bons amis, mais je suppose qu’on peut se dire qu’Outrevent est parfois un duché étrange… Toujours est-il que quel que soit l’état de ma vie sociale, ce n’est pas ça qui m’a poussé à vous aborder. Si jamais je manquais vraiment de conversation, vous savez, je peux toujours me parler à moi-même. Souvent, les échanges sont beaucoup plus constructifs, moins haineux, et bien moins émaillés de malentendus. Tout ça pour dire que je n’étais pas mue par un besoin absolu de contacts sociaux, et que – oui, je sais, je me répète – je n’étais motivée que par la noble envie d’être sincère envers un homme qui n’a visiblement rencontré dans sa vie que des fieffés menteurs.

Je me rendis compte que je venais d’insulter toutes ses connaissances en une simple phrase. Si un homme pouvait garder son calme quand on venait à toucher à son égo, généralement il le perdait dès qu’il s’agissait de toucher à ses proches. Je grimaçai et me rattrapai tant bien que mal.

— Enfin, par fieffés menteurs, je veux dire des gens probablement très bien de leur personne, mais qui préfèrent la courtoisie à la franchise. Personnellement, je représente l’exact opposé de ces gens-là. A vous de voir ce que vous préférez bien sûr. Si vous me dites qu’avoir l’air ridicule vous importe peu, je peux toujours partir et vous laissez dans votre confortable cocon de mensonges, de non-dits, et de faux-semblants.

Je plissai les yeux en me penchant vers lui, et demandai d’une voix douce :

— Alors, est-ce que vous préférez la vérité ou l’illusion ?

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Lun 23 Mai - 15:35

Mayeul avait toujours abordé les gens sans la moindre arrière-pensée. Il aimait charmer, plaire, parler. Beaucoup parler, disaient certains, mais il aurait pu le prendre pour un compliment. On disait de lui qu’il était souriant et blagueur, et c’était bien l’idée qu’il voulait laisser paraître. La peine, l’absence de Mathilde, n’appartenaient qu’à lui. Et si son esprit était souvent empli des drogues qui faisaient la fierté des Cielsombrois, on le prenait souvent comme un moyen de s’amuser davantage, et non pas une manière de fuir une douleur que personne ne soupçonnait. Non, l’un dans l’autre, il donnait le change. Il avait donné le change, du moins, jusqu’à ce que les drogues se fassent bien trop présentes, et que l’on commence à se poser des questions à son sujet. Mais même là, il avait réussi à dissimuler la douleur du manque qui le rongeait à chaque instant. Seul Nuage était au courant, et le griffon n’avait jamais dévoilé la moindre parcelle d’informations, ce dont Mayeul lui en était reconnaissant.
Quoi qu’il en soit, la petite inconnue qui l’avait abordé dans la rue n’éprouvait pas de scrupules à dire tout ce qui lui passait par la tête, au risque de vexer son interlocuteur. Elle avait de la chance, il ne se vexait pas facilement, et était même prêt à rentrer dans son jeu, tout en songeant que si lui, on le disait irréfléchi, cette jeune fille détenait pourtant la palme, et haut la main qui plus est. Elle ne sembla pas être démontée par ses paroles et, plus elle parlait, plus le voltigeur laissa son sourire s’agrandir. Elle était rafraîchissante, cette petite. Amusante, même, bien qu’elle semble l’avoir clairement pris pour cible.
Merci?
Hasarda-t-il, incertain, quand elle lui exposa qu’en réalité, c’était pour son bien qu’elle l’insultait. Ou ne l’insultait pas réellement, visiblement, lui prodiguant plutôt un avisé conseil. Avisé selon qui, ça, la question restait posée.

Elle parlait beaucoup, en tout cas, bien assez pour qu’il soit obligé de se concentrer pour ne pas perdre le fil de ses pensées. Il était bien trop sage pour essayer de l’interrompre dans son exposé sur son apparence ridicule, sa façon étrange de marcher-quelle façon étrange, d’ailleurs?- ou d’autres défauts qu’il possédait, visiblement, en quantité. Perplexité. Affection. Si Nuage trouvait aussi que rien ne clochait chez lui, c’est qu’il n’était donc pas dans le déni, comme elle semblait le penser. Voltigeur et griffon partageaient tous, et il l’aurait su. Fort de cette constatation, il croisa les bras, bien campé sur ses deux pieds, écoutant la jeune fille dérouler le reste de son discours. Attentif, ou presque : Mayeul ne put empêcher son esprit de dériver deux ou trois fois, en vérité. Elle finit par s’arrêtait de parler, attendant visiblement sa réponse, ou alors une explosion de colère et d’épithètes plus grossiers les uns que les autres. Mais la tranquille assurance de Nuage quand aux doutes qu’elle auraient pu faire germer dans son esprit empêcha le voltigeur de prendre la mouche quand à la sincérité toute relative de ses amis sur son apparence. Au lieu de ça, il éclata de rire, avant de finalement reprendre assez de souffle pour lui répondre.
Merci, vraiment, de votre générosité à mon égard. Apprendre, de la bouche d’une inconnue, que mon entourage me ment, que ma démarche est ridicule et que tout ce que je pensais savoir de ma petite personne est vraisemblablement une illusion que je me suis créé de toutes pièces... Heureusement que vous êtes là pour m’ouvrir les yeux. Je ne sais pas ce que j’aurais fais sans vous.
Il fit mine de soupirer de soulagement avant de reprendre.
Je préfère connaître la vérité, bien évidemment, et c’est chose faite grâce à vous. Je suppose qu’il ne me reste plus qu’à aller ramper dans un trou quelque part, et me couper de tous contacts avec le genre humain. Pour m’éviter le ridicule, en vérité. Que me conseilleriez-vous, Ô sage et sincère inconnue?
Il hésita un instant, avant de poser un regard interrogateur sur la jeune fille.
Vous êtes sûr que vous avez choisi de quitter volontairement vos proches? Parce qu’honnêtement, sinon, j’aurais pu penser qu’ils vous avaient exilés loin, très loin d’eux. Et j’aurais même compris pourquoi.
Affirma-t-il en se remettant à rire.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Mar 24 Mai - 0:24

Il souriait, mais je le sentais plus dubitatif qu’admiratif. Sans doute était-il amusé par ce que je disais, l’enthousiasme dont je faisais preuve, ou l’aplomb avec lequel je parlais. Peut-être les trois. A moins qu’il ne me prenne pour une folle… Beaucoup de mes connaissances souriaient à ceux qu’ils prenaient pour des demeurés comme ils souriaient à un enfant, comme si un sourire pouvait à lui seul faire étalage de toute leur bonne volonté et de leur tolérance. Quant au remerciement qu’il m’adressa, il ressemblait plus à une question qu’à une véritable affirmation. Par ailleurs, il ne semblait même pas essayer de corriger ce qui n’allait pas en lui, se dressant avec assurance comme s’il n’avait absolument rien à se reprocher. Quoi qu’il en dise, j’étais persuadée qu’il ne me croyait pas le moins du monde, et qu’il se contentait de poursuivre cette conversation par pitié, par ennui, ou simplement par surprise, un mot en entrainant un autre et ainsi de suite. Sans doute les trois.

La cerise sur le gâteau fut quand il éclata de rire. Je fus persuadée, à cet instant, qu’il n’avait pas écouté la moitié de ce que j’avais dit, et qu’il n’était certainement pas en état de croire un ami sincère. Comme beaucoup d’hommes de par le monde, il était dans la triste situation qui consistait à ignorer la vérité sur sa situation véritable. J’avais presque envie de lui donner une gentille tape compatissante sur l’épaule. Il n’était, toutefois, sans doute pas prêt à subir ça non plus, et me repousserait comme de la vermine si j’essayais. J’avais appris assez tôt qu’il valait mieux, si j'accaparais la parole, éviter de commettre un nouvel impair en envahissant en plus de l’espace personnel de mon interlocuteur. Comme quoi, je pouvais parfois me montrer fort raisonnable.

Sur un ton ironique et moqueur, il me résuma tout ce que je venais de lui dire, de telle sorte que ça paraisse moins réfléchi que quand moi j’avais prononcé ces mots. Il déclara qu’il ignorait ce qu’il aurait fait sans moi, et je me posai la même question. Sans doute aurait-il continué sa petite vie, sans même se douter de la vérité qui se dressait pourtant devant mes yeux. Personnellement, je n’aurais pas aimé que les faits me passent sous le nez sans que je les voie, tout simplement parce que mon égo m’empêchait d’y prêter attention. Et si j’avais révélé au grand jour une de ces cachotteries, j’en aurais probablement été horrifiée. Mais j’étais… particulière, à en croire mon père.

L’inconnu que j’avais voulu aider prétendit ensuite qu’il préférait la vérité, alors qu’il s’efforçait de toute évidence de la nier. Toujours sur un ton ironique, il me demanda quel conseil je lui donnerais, et insinua même que mes proches auraient pu m’abandonner en raison de mon sale caractère. D’accord, j’admettais volontiers que je pouvais être une petite peste, parfois. Même souvent. Mais de là à ce que ma propre famille m’exile ? Je compris alors une chose fondamentale : pour considérer la famille comme une notion aussi… triviale, il devait avoir de gros ennuis avec la sienne. Au lieu de me laisser emplir par un sentiment d’exaspération, je fus envahie par une compassion plus profonde encore pour cet homme.

— Ne soyez pas d’aussi mauvaise volonté, voyons ! Ce n’est pas comme si je prétendais que vous aviez raté toute votre vie ! Même si, je dois l’avouer, je ne peux pas encore me prononcer à ce sujet, étant donné que je ne connais absolument rien de vous. Et il est vrai qu’avoir l’air ridicule est peut-être un motif pour voir sa vie gâchée… Enfin, ce que je voulais dire, c’est qu’il y a sans doute pire que d’avoir l’air ridicule. Par exemple : vous pourriez venir d’Ibélène ! Ça, se serait vraiment terrible.

Je me rendis compte dans un sursaut de lucidité qu’il était tout à fait possible qu’il vienne d’Ibélène. J’eus un sourire plus large encore et poursuivis avant qu’il ait pu m’interrompre pour me préciser d’où il venait :

— Ce n’est qu’un exemple, naturellement. Inutile de se vexer pour si peu. Quant à ce que je vous conseillerais, c’est une excellente question, parce que je n’y ai pas encore vraiment réfléchi. Vous savez, je ne suis pas la science infuse. Remarquer ce qui ne va pas, c’est déjà pas mal. Je ne suis pas dans votre vie, non plus. Il ne manquerait plus que je trouve toutes les solutions à votre place ! Etes-vous à ce point incapable de prendre vos propres décisions et de trouver votre propre voie?

C’était une question rhétorique et je ne lui laissai pas le temps de répondre.

— Votre remarque sur mes proches était déplacée, parce que vous auriez pu toucher juste. Imaginez un peu ma situation : la douleur que l’exil aurait provoquée en moi, et l’envie terrible que nul n’en reparle jamais ! Vous auriez pu ouvrir une vieille blessure et me voir pleurer.

Je secouai la tête pour soutenir mes propos.

— Ce n’est pas marrant du tout de me voir pleurer, encore plus insupportable que lorsque je me mets à parler vraiment beaucoup trop. Donc… où en étais-je ? Ah oui, ma famille. Mes parents ne m’auraient jamais forcée à quitter la maison familiale, et ils étaient même tristes quand je suis partie. Oui, je sais, ça m’a étonnée un peu aussi. Enfin, j’ai donc une famille aimante qui est toujours prête à me soutenir, quoi que vous en pensiez. Comme il se doit de toutes les familles, et comme vous devriez normalement le penser.

Mon regard s’adoucit toutefois quand nous en vînmes au sujet sensible. Je n’étais pas compatissante envers tout le monde, mais cet homme avait quelque chose de particulier dans sa façon de nier l’évidence, quelque chose qui, à vrai dire, prêtait plutôt à sourire. Aussi, quand j’abordai le sujet de sa famille à lui, ce fut avec une grande douceur, comme si je devais soulever un nid d’abeilles sans qu’aucune d’entre elle ne se décide de me piquer.

— Je sais que vous n’avez probablement pas l’habitude d’aborder le sujet avec n’importe qui mais… et vos proches à vous ? A quel point vous aiment-ils ? Je veux dire… est-ce que vous êtes en froid avec votre famille ? Vous voyez, c’est parce que vous semblez nourrir tant de préjugés sur la mienne que ça ne peut que refléter l’état de la vôtre…

Je me rendis compte que, même amenée avec un soin qui m’était peu coutumier, la question restait brute et aussi tranchante qu’un couteau. Je pris une profonde inspiration.

— En fait, puisqu’il ne faut surtout pas que vous vous sentiez obligé de répondre à cette question-là, je vais vous en poser une autre, histoire que vous puissiez choisir sans en devenir mal à l’aise. Vous voyez, quand je vous dis que je suis généreuse ! Enfin, donc, une autre question… qui ne porte pas à conséquence… quel est votre fruit préféré ?

J’espérais sincèrement que cette question lui paraitrait tout à fait innocente et qu’il ne partageait pas une histoire sentimentale déchirante avec une pauvre petite pomme. Ce qui, pour le coup, porterait son niveau d’étrangeté bien plus haut que le mien.

Mais qui, sincèrement, avait une histoire sentimentale déchirante avec une pomme ?

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Mar 24 Mai - 10:26

Il ne la pensait pas folle, non, simplement un peu trop franche. Peut-être qu’elle s’ennuyait, en réalité, ou était de ses personnes qui désirent lier des connaissances mais le font de façon plutôt étrange. Car étrange, ça, elle l’était définitivement. Pour un peu, il aurait pensé qu’elle avait pris quelque chose, mais il avait assez vu les signes dans son miroir pour savoir qu’elle n’avait probablement pas goûté à la même chose que lui. C’était donc son caractère d’être aussi franche et volubile, et Mayeul devait bien s’avouer que cela ne lui posait pas de problème, malgré l’étrangeté de la conversation. D’habitude, c’était lui qui parlait trop, et le changement était agréable. Il fallait juste la suivre, et le voltigeur n’avait aucun mal à savoir que son esprit avait parfois du mal à se concentrer. On lui faisait assez la réflexion, en vérité, pour qu’il le sache. Car oui, elle parlait beaucoup, la demoiselle, embrouillant parfois un peu trop son interlocuteur. Qui, d’ailleurs, n’avait toujours pas saisi : en quoi était-il ridicule?
Mais malgré sa bizarrerie, Mayeul pouvait affirmer sans penser se tromper, elle était gentille. Compatissante, même, étant donné les regards qu’elle lui lançait. Elle n’était pas la seule à savoir lire les gens : après tout, il en avait fait son sujet d’étude à l’Académie. Il aimait décrypter ses interlocuteurs, deviner qui ils étaient, ce qu’ils attendaient. C’était bien plus facile, après, de les gérer. Qu’est-ce que cette jeune fille attendait de lui, si ce n’était une conversation amicale et, visiblement, une prise de conscience qu’il se refusait à lui offrir? Rien de plus, lui semblait-il. Et c’est bien pour ça qu’il ne la planta pas là. Un peu de simplicité, échanger quelques propos avec une inconnue qui n’était ni pilier de bar, ni amusement d’un soir, cela le changeait. Définitivement.

Il ouvrit la bouche pour répliquer, avant de la refermer sagement. Elle ne semblait pas décider à le laisser placer un mot tandis qu’elle lui dévoilait l’entièreté de son analyse quand à sa vie gâchée, et il se contenta de lever les yeux au ciel, secouant la tête d’un air amusé quand elle lui reprocha de ne faire aucun effort pour prendre une décision sur sa vie. Elle semblait persuadée, en tout cas, de lui donner des pistes pour qu’il prenne les bonnes décisions, à savoir... Il ne savait pas trop, en fait. Etre moins ridicule?
Elle enchaîna à nouveau et, pour la première fois de cette conversation, il dût s’avouer qu’elle avait peut-être raison. Arguer d’un éventuel exil n’était probablement pas une idée lumineuse, mais en même temps, Mayeul n’était pas connu pour son tact à tout épreuve. Et puis, c’était elle qui avait lancé le sujet sur sa propre famille, après tout. Tant pis pour elle. Il balaya tout sentiment de regret d’un mouvement de tête, avant de la regarder d’un air interrogateur. Il n’avait pas grand peine à voir ce qu’elle sous-entendait, et ne fut donc pas surpris qu’elle oriente le sujet sur sa propre famille. Mais avant qu’il ne puisse répondre, à nouveau, la jeune fille sembla remarquer qu’elle aussi manquait de tact, et enchaîna sur une nouvelle question. Amusé, Mayeul réfréna un nouveau rire en levant ses mains en un geste de défense et d’apaisement.
Ohoh, on se calme. Vous parlez toujours autant? Je ne sais pas si on vous a déjà fait la réflexion, mais vous êtes dure à suivre!
Son sourire démentait pourtant toute intention désagréable quand à ses paroles. Ce n’était pas exactement un compliment, mais pas un reproche non plus. Comme il lui arrivait souvent de le faire au cours d’une conversation avec Nuage, la jeune fille sautait d’un sujet à l’autre, le lien entre les deux étant parfois des plus tenu. Mais s’il avait su s’en habituer avec le griffon, il n’aurait pas de mal à le faire avec la jeune femme. C’était juste que... ouah, elle parlait vraiment beaucoup!
Il aurait pu ne pas lui répondre, effectivement. La laisser critiquer quelqu’un d’autre. Fuir, lorsqu’on le blessait, il savait faire. Un sourire, une pirouette, et il remettait la conversation sur la route qu’il souhaitait qu’elle prenne. Ses parents, en l’occurence, qui l’aimaient quand ils n’étaient pas assez drogués pour oublier qu’ils avaient un fils. Mais il n’en souffrait pas vraiment, y étant habitué. Cela lui laissait une certaine liberté qu’il n’avait pas envie de perdre, et si on en croyait la pression de son père ses derniers temps quand à ses devoirs d’héritier, il aurait même préféré que ce dernier se perde encore plus souvent dans les drogues cielsombroises.
Je n’ai pas de problème avec mes proches, vous savez. En vérité, ils sont plutôt fiers de moi. Désolé de mettre à mal votre petite théorie.
Plaisanta-t-il, visiblement pas désolé le moins du monde. Quand au reste de sa vie, il préféra laisser le sujet sous silence.Elle n’était pas gâchée, non... Peut-être bien que si, en réalité, mais pour une raison bien différente de celle qu’elle pensait. Et clairement, il n’avait pas envie d’évoquer le sujet avec elle. Avec personne, d’ailleurs.
Mais pour répondre à votre seconde question, et me montrer aussi généreux que vous sur le partage d’information, je dirais la poire. Mes parents possèdent une distillerie à Sombreciel, et les poires font une liqueur vraiment excellente.
il la laissa décider si il plaisantait ou pas, quand à son amour de la liqueur de poire avant de reprendre la parole, ses yeux pétillants de malice. Il n'était pas vexé le moins du monde, et aurait été bien bête de se fâcher pour si peu. il n'avait rien, en réalité, contre Faërie et ses habitants. Son enfance à proximité de la frontière avec Lagrance, puis ses années passées à Lorgol et à l'Académie, lui avaient appris à passer outre cette rivalité. Il était le premier à gentiment se moquer des Faës alors, ce n'était que justice qu'il se voit retourner le compliment.
Oui, imaginez-vous, je viens d’Ibélène. Mais je vais rester discret quand à mon nom et à ce que je fais, je crains que vous n’en fassiez des cauchemars, Ma Dame. Après tout, vous l’avez dit vous même : être Ibéen est déjà une terrible malédiction, inutile que j’aggrave encore mon cas. Je suis, visiblement, quelqu’un d’irrécupérable.
Ca, d’ailleurs, ne devait faire aucun doute dans l’esprit de certaines de ses connaissances. Son capitaine de vol, par exemple, qui semblait vivre dans l’attente d’une nouvelle erreur de sa part. Pas Grâce, par contre, vu la façon dont elle s’acharnait à essayer de le remettre sur le droit chemin! Il envoya une bouffée d’affection à son griffon, qui lui répondit de la même façon, faisant naître un sourire sur ses lèvres. Non, définitivement, il n’était pas si irrécupérable que ça!
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Mar 24 Mai - 22:50

A la fin de mon petit discours tantôt moralisateur, tantôt empli de compassion, et tantôt d’une redoutable futilité, mon interlocuteur était visiblement plus amusé que vexé par ce que j’avais pu dire, alors que j’avais probablement gaffé au moins une bonne dizaine de fois. Il leva les mains en un geste indubitablement défensif, comme s’il voulait se protéger de mon flot de paroles. Tandis qu’il me faisait remarquer que j’en devenais difficilement compréhensible, je répertoriai mentalement tout ce que je venais de lui dire, et avouai en mon for intérieur que j’avais peut-être un peu exagéré. Quand j’étais petite, seul mon frère avait encore la patience – et la légitimité – de me rappeler à l’ordre. Après sa mort, plus personne n’avait eu ce courage. La plupart des gens se contentaient de partir sans même un adieu quand ils commençaient à en avoir assez de la profusion et de l’incohérence de mes propos. Cet homme-là, de toute évidence, avait encore la naïveté de tenter de me corriger. Je haussais toutefois les épaules. Autant ne pas briser tout de suite ses espoirs…

— Je vais essayer de ralentir le rythme, murmurai-je avec un léger sourire.

Essayer. Le mot prêtait à rire. Essayer n’obligeait à rien. Essayer, c’était faire tout ce qui était possible. Essayer, c’était facile. Parce que je savais pertinemment que cesser de parler m’était absolument impossible. Les mots s’amasseraient, s’amasseraient, s’amasseraient encore, et finiraient par exploser, terrible catastrophe, autant pour moi que pour mon entourage. Il valait mieux, pour la survie de tous, que je relâche la pression par petites doses. « Petite dose », selon mon vocabulaire à moi, n’avait malheureusement pas le même sens que pour les autres. L’inconnu ne semblait toutefois pas en prendre ombrage, puisqu’il souriait toujours, ce qui était une grande amélioration par rapport à la plupart de mes interlocuteurs.

Il prétendit qu’il n’avait aucun problème avec ses proches, mais ce qu’il avait supposé à propos des miens ne me poussait pas à le croire sur parole. La sincérité était une vertu présente chez peu d’hommes, malheureusement. Bien sûr, il n’avait peut-être pas totalement menti. Peut-être sa famille était-elle fière de lui. Peut-être. Mais il y avait forcément autre chose. Quelque chose qu’on ne disait pas à une inconnue quelconque. Estimant que j’avais déjà assez manqué de tact comme ça, je décidai de me taire à ce sujet. Peut-être me révèlerait-il ses problèmes un autre jour. Je notai la question dans un coin de mon esprit, décidée à la conserver pour plus tard.

Je résistai de justesse à lui tapoter l’épaule avec compassion durant son joli discours que je n’écoutais que d’une oreille. Ce pauvre homme ne se rendait même pas compte du ridicule dont il faisait preuve, et avait été – quoi qu’il en dise, j’en étais persuadée – en conflit avec au moins un de ses proches. Pourtant, malgré mes critiques, il se comportait avec une rare assurance. Beaucoup auraient éprouvé le besoin de défendre leur point de vue avec fermeté, voire violence, comme s’ils essayaient de se convaincre eux-mêmes. L’homme paraissait simplement… amusé.

Il m’avoua que son fruit préféré était la poire, et je fus intérieurement satisfaite de découvrir qu’il n’avait pas une histoire sentimentale compliquée avec une pomme, ou une poire, ou le fruit de son choix. Après tout, à Lorgol, j’avais rapidement compris que je pouvais potentiellement m’attendre à tout et n’importe quoi. Y compris à un adorateur de fruits qui s’imaginait trahi par un sujet de son adoration.

Et, bien entendu, il avait fallu qu’il vienne d’Ibélène ! Pour ajouter encore à mon embarras d’avoir commis un nombre incalculable d’erreurs en quelques minutes de conversation, avoir critiqué ses origines s’ajoutait à mon palmarès. Je grimaçai, réfléchissant déjà à la façon de me rattraper. Me mettre en colère sur un détail auquel il ne comprendrait rien ? Non, il était plus intelligent que ça. Il comprendrait la manœuvre. Changer de sujet en me cassant une jambe ? La plupart des hommes réagiraient avec inquiétude, mais celui-ci était indubitablement différent, et je n’étais pas sûre de vouloir risquer la douleur d’un membre cassé. Exprimer ma compassion ? C’était déjà une meilleure idée… Il en avait bien besoin. Je devais, toutefois, agir avec subtilité, puisqu’il niait en bloc toute critique que je pouvais lui faire.

Ma raison, du moins, voulait agir avec une subtile compassion. Comme d’habitude, ma langue n’en fit qu’à sa tête.

— Je vais faire semblant d’y croire, que vos proches sont fiers de vous.

Je grimaçai.

— Pour le coup, vous n’allez pas vraiment vous y laisser prendre si je continue à travestir cette vérité-là. Donc, sachez que je ne vous crois pas. Non pas parce que je vois mal quelqu’un être fier de vous – à vrai dire, vous possédez une intelligence certaine – mais simplement parce que vous n’êtes pas crédible. Donc, disons simplement que puisque le sujet ne vous anime pas, je vais en changer et vous laissez vous dépêtrer avec vos sentiments. Ça vaut mieux. D’autant plus que je ne connais même pas votre prénom.

Ma grimace se transforma en large sourire, tandis que je me repassais son discours en tête.

— D’ailleurs, vous préférez me le dissimuler avec une touchante attention qui vise à m’éviter de faire des cauchemars. Je tiens à préciser, à ce sujet, que le fait que vous soyez ibéen ne me dérange absolument pas. Après tout, nous sommes à Lorgol, la ville où se mêlent librement Faërie et Ibélène… non ? Enfin, je voulais dire que ce n’était pas une malédiction si terrible que ça. Pas une malédiction du tout, même. On peut vivre avec.

Mon sourire s’élargit.

— Après tout, je vis bien tous les jours avec l’idée que je viens de Faërie ; ce n’est qu’un détail négligeable. Et vous n’êtes pas quelqu’un d’irrécupérable : la preuve, vous aimez bien les poires.

Je fronçai les sourcils.

— Ou la liqueur de poires, je ne me souviens plus exactement de la teneur exacte de vos propos. Quelqu’un qui aime bien les poires ne peut fondamentalement pas être méchant, c’est bien connu. Enfin… je connais bien ça.

Je m’avançai et osai une petite tape compatissante sur son épaule, celle qui me brûlait les doigts depuis le début de mon discours.

— Mais ne vous inquiétez pas, je ne vous pense pas irrécupérable. Comme je l’ai déjà dit, je vous trouve plutôt calme, par comparaison avec la plupart de mes interlocuteurs, et j’aime bien chez vous cette impressionnante capacité d’autodérision.

Je m’écartai de nouveau, et un doux sourire étira mes lèvres.

— D’ailleurs, pour vous prouver ma bonne volonté et mon estime pour, disons, certains traits de votre caractère, je vais vous donner mon nom, moi. Je me nomme Melinda.

M’apercevant que je monopolisais encore la parole, je haussai un sourcil interrogateur, en demandant, d’un air faussement innocent :

— Est-ce que j’ai encore trop parlé ?

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Mer 25 Mai - 1:22

Visiblement, elle ne prit pas la mouche quand il lui demanda de ralentir, et Mayeul eut le sentiment que ce n’était pas la première fois que quelqu’un lui faisait cette réflexion. Ce n’était pas qu’elle parlait trop -enfin, si, mais ce n’était pas ça le vrai problème-, c’était surtout qu’elle parlait sans jamais, jamais s’arrêter. Comme si les mots se bousculaient pour sortir de sa bouche, ayant leur propre vie, et leur propre volonté de s’exposer au monde. Elle lui promit d’essayer, et il ne pût s’empêcher de laisser échapper un léger rire.
Honnêtement, il la trouvait amusante. Distrayante, même. Avec son flot de paroles, les multiples sujets qu’elle abordait, sa vivacité, sa bonne humeur et son évidente volonté de l’aider, même si elle s’y prenait très mal, elle parvenait à le faire songer à rien, si ce n’était à suivre le fil de la conversation. Et, autant de pas le nier, cela lui faisait du bien. Il ne la connaissait pas, ne savait rien d’elle, pas même son prénom, mais le voltigeur se plaisait à penser que cela faisait justement le sel de la conversation. C’était, étonnamment, toujours plus facile de discuter avec des inconnus qu’avec des gens dont il recherchait l’opinion, pour une quelconque raison. Peut-être parce qu’il n’avait pas besoin d’afficher un masque quelconque, parce qu’elle ne connaissait rien de ses secrets ou de ses faiblesses. Peut-être aussi parce qu’il pouvait se permettre d’ignorer certaines de ses questions, et qu’elle ne lui chercherait pas querelle dessus. Peut-être, et surtout, parce qu’il ne craignait pas qu’elle remarque un geste, une tournure de phrase, et comprenne, voire compatisse ou même pire, lui fasse la leçon la-dessus. Il savait qu’il devait tourner la page. Il l’avait entendu un million de fois au moins. Il savait, oui. Mais il n’y arrivait pas, et n’était pas persuadé de le vouloir, en réalité.

Après une nouvelle tirade sur le fait qu’elle ne le croyait pas du tout -et, pour le coup, elle n’avait pas tort-, la jeune femme offrit généreusement de changer de sujet. Il acquiesça mentalement, songeant que cela valait mieux : qu’elle le pousse dans ses retranchements, elle n’obtiendrait rien d’autre de lui de toute façon, alors autant continuer sur une note bien plus légère. Il lui sourit plus largement lorsqu’elle le complimenta, amusé par sa façon de le dissimuler sous une tonne d’autres paroles, et retint un nouveau rire lorsqu’elle clama qu’au final, qu’il vienne d’Ibélène n’avait que peu d’importance. Mais il se garda bien de l’interrompre, affichant tout de même sa surprise lorsqu’elle s’avança pour lui tapoter l’épaule en un geste qu’il était difficile d’interpréter comme étant autre chose qu’une certaine compassion à son égard. Parce qu’il avait dit être irrécupérable? Ou parce que malgré tout, selon elle, il refusait de voir la vérité en face? Du moins, sa vérité à elle.
C’était nettement plus compréhensible, je vous rassure tout de suite.
Affirma Mayeul avec un sourire, avant de la regarder d’un air interrogateur.
Donc, Mélinda... Non seulement vous me complimentez, mais en plus, j’ai le droit à votre prénom? Qu’ai-je donc fait pour remonter dans votre estime? Et ne me dites pas que c’est parce que j’aime les poires, cela me vexerait je crois. Disons que je préfère pensait que c’est mon talent d’orateur, ou ma redoutable auto-dérision, mais pas une bête poire.
La lueur amusée qui dansait dans ses yeux, pourtant, démentait le fait qu’il se vexerait pour si peu. Il n’avait pas la moindre idée d’où allait le mener cette conversation, mais il était ravi de pouvoir la continuer.
Et je suis heureux d’apprendre qu’être natif d’Ibélène n’est pas un handicap quelconque. C’est assez rassurant.
Avoua-t-il avec un sourire moqueur. Il considéra un instant la jeune fille devant lui, se permettant pour la première fois de l’étudier un peu plus, avant de reprendre la parole.
Je vous propose un marché : vous me dites ce qu’une fille de Faërie vient faire à Lorgol et en échange, je vous éclaire un peu plus à mon sujet. J’avoue que je suis curieux. Pourquoi ici? Besoin de changer d’air? A moins que vous ne soyez là pour l’Académie, ou le commerce. Ou pour devenir pirate.
Il ne put s’empêcher d'éclater de rire à l’idée que Mélinda soit une future écumeuse des mers, tellement cela ne collait pas à son profil. Le voltigeur finit par ajouter avec bonne humeur
Et je vous l’assure, vous n’avez aucune raison de trouver matière à redire à mon prénom. Enfin, il peut vous sembler ridicule comme le reste de ma petite personne, mais je l’aime bien, moi. Je m’appelle Mayeul.
Révéla-t-il en mimant une révérence appuyée qui avait bien plus sa place dans une Cour quelconque qu’ici, au beau milieu de la Ville Basse de Lorgol. Mais qu’importe, ils n’en étaient pas à un paradoxe près, tous les deux. Ou à une moquerie près, en réalité.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Mer 25 Mai - 18:41

J’avais encore trop parlé, cela du moins je pouvais m’en rendre compte. Toutefois, mon discours devait être mieux construit, ou mon interlocuteur plus attentif à ce que je disais, ou simplement plus habitué à mon débit rapide et mes raisonnements, disons, particuliers, puisqu’il assura que je m’étais améliorée. Je me demandai s’il s’agissait d’un de ces mensonges de courtoisie que certaines personnes n’hésitaient pas une seconde à utiliser, avec n’importe qui, n’importe quand, pour n’importe quelles raisons, simplement parce qu’ils avaient été éduqués à ne pas parler de certaines choses, sous aucun prétexte. Cet Ibéen, toutefois, malgré ses origines à la qualité discutable, m’avait pourtant paru plus franc et ouvert qu’on aurait pu s’y attendre. Peut-être m’avait-il réellement comprise. Ou peut-être, de la même façon qu’il niait être ridicule, décidait-il volontairement d’ignorer son incapacité à saisir le sens de mes propos.

Pour éclaircir ce dilemme dans la lutte entre la courtoisie et la franchise, j’attendis patiemment qu’il continue à parler. Il s’étonna de ma soudaine bonne volonté à son égard, à croire qu’avoir fait remarquer avec quel ridicule il se trémoussait n’était pas un geste de pure générosité ! A mes yeux, les qualités prenaient leur place dans le cycle de la vie au même titre que les défauts, et tous deux se laissaient à merveille porter par ma franchise. Pour moi, déclarer à cet homme qu’il était intelligent avait la même valeur – et nécessitait la même reconnaissance, c’est-à-dire à peu près aucune, puisqu’il ne s’agissait ici que de l’acte naturel de souligner la vérité – que prétendre qu’il était ridicule. Mais je devais avouer, cependant, que la poire avait contribué à le remonter dans mon estime. Quant à mon prénom… je l’avais simplement donné par défi, juste parce qu’il avait refusé de donner le sien.

Et puis, bien sûr, il y avait cet amusement qui tournoyait autour de lui, tantôt dans un sourire, tantôt dans un rire tout juste, voire pas du tout, contenu, tantôt dans un regard plus éloquent que mille paroles. Ce mélange d’autodérision et de moquerie était particulièrement agréable à vivre, et pour la première fois depuis bien longtemps lors d’une conversation, je m’aperçus que je parlais avec légèreté. Je ne m’étais imposé ni le défi de lui faire comprendre qu’il était ridicule, ni celui de lui extorquer des informations, ni celui de le mettre en colère – je n’étais, d’ailleurs, pas si sûre d’y parvenir. Je n’en ressentais, à vrai dire, pas l’envie. Belle amélioration de ma part.

Il me proposa ensuite un marché, que je considérai avec suspicion. Je ne voyais aucun problème à révéler que j’allais à l’Académie – étant donné que j’en avais probablement parlé plusieurs fois toute seule, ce n’était guère un secret – mais je me demandais ce qu’il entendait par « m’éclairer un peu plus à son sujet ». Cette phrase n’impliquait absolument rien. Etant donné que ma promesse d’essayer de ralentir le rythme était de la même nature – sans compromis, sans obligation, sans véritable promesse – je n’eus aucun mal à le remarquer. Je haussai un sourcil sceptique, prête à répliquer, mais déjà, il s’était présenté, et la grimace que je m’apprêtais à lui adresser se transforma en sourire. Sa révérence était aussi déplacée qu’amusante dans un lieu comme la ville basse, à une roturière telle que moi.

— Mayeul… J’aime bien aussi, décrétai-je avec un léger rire. Votre nom est léger, doux, chantant. Je l’aurais bien décerné à un mignon petit chevreau tout juste né, une petite créature innocente et sans soucis. Et ne croyez pas que j’aie dit ça sous prétexte que vous soyez soudain remonté dans mon estime. Ça n’a rien à voir.

Je me redressai de toute ma petite taille et plaquai mes mains sur les hanches pour avoir l’air plus imposante, le menton légèrement relevé dans une position indubitablement hautaine.

— Je suis un fervent partisan de la vérité, et mes commentaires critiques, qu’ils soient favorables ou défavorables, n’ont aucun rapport avec l’estime que je vous porte, Mayeul, quoi que vous en pensiez. Si vous voulez vraiment le savoir, je vous apprécie, et oui, désolée de vous décevoir, mais c’est en grande partie parce que vous aimez les poires. D’ailleurs, je vous interdis formellement de critiquer les poires en les estimant stupides. Qui vous dit que je n’entretiens pas une histoire sentimentale compliquée avec l’une d’entre elle ?

Ce n’était pas le cas, et la lueur espiègle qui brillait dans mes yeux, ainsi que mon petit sourire, devaient être suffisants pour le faire comprendre. Je secouai la tête en soupirant, d’un air faussement désespéré.

— Vous devriez apprendre qu’il n’est jamais bon de critiquer tout et n’importe quoi sans discernement. Moi, je n’ai jamais pu comprendre cette leçon, mais peut-être n’est-il pas trop tard pour vous ? Je suis sûre que vous pouvez parfois vous montrer raisonnable… Enfin… je crois. Ne me détrompez pas, s’il vous plait. Quoiqu'à la réflexion, je préférerai la vérité.

Je laissai de nouveau mes lèvres s’étirer en un sourire amusé.

— Après cette douloureuse révélation à propos de la stupidité de mes très chères poires, je ne suis pas sûre d’être assez remise pour vous révéler la raison de ma présence ici. D’ailleurs, au fond, qu’est-ce que j’y gagne ? Que vous « m’éclairiez un peu plus à votre sujet » ? J’aimerais savoir à quoi je m’engage, exactement. Par prudence, vous voyez. Oui, je sais, surprenant de ma part, la prudence. Mon frère n’en croirait pas ses yeux ! Enfin… Revenons-en à vous. Que voulez-vous me révéler exactement ?

Puis je fronçai les sourcils.

— Tant que j’y suis, je tiens à préciser… mon prénom, c’est Melinda, pas Mélinda. Vous le prononcez comme si le « mé » était le même que dans le verbe « aimer », ce qui, vous l’avouerez, est un peu ridicule. « Me-linda » se prononce comme dans « mais », comme une contradiction, un paradoxe sans fin. Plus approprié, vous ne trouvez pas ?

Sitôt cette précision faite, j’arborai à nouveau un large sourire.

— Enfin, je tiens à vous mettre en garde. Si vous avez tout compris à mon discours, cette fois-ci, peut-être parce que vous vous commencer à penser exactement comme moi. C’est fou ce que mon caractère expansif peut parfois se montrer contagieux. Je tenais à vous avertir avant que le processus ne devienne irréversible. Faites attention à vous. Vous pourriez vous retrouver à parler autant que moi, et je ne suis pas sûre que tout le monde apprécie. Je parle d’expérience, voyez-vous.

Beaucoup de gens appréciaient s’entendre parler – et j’en faisais probablement partie. Moins étaient ceux qui avaient la patience d’écouter, surtout d’écouter quelqu’un d’aussi bavard et d’aussi empressé que moi. Mon frère, à vrai dire, était le seul véritable auditeur attentif que j’avais rencontré. Etre perpétuellement ignoré, regardé de travers, moqué… pouvait à la longue être une expérience douloureuse. Avec l’habitude, la douleur devait négligeable, puis s’éteignait et le souvenir de toute souffrance venait un jour à disparaitre.

Toutefois, mon sourire et ma joie de vivre actuelle ne m’empêchaient nullement d’épargner à d’autres le cruel destin qui avait été le mien.

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Jeu 26 Mai - 15:10

Elle lui avait offert un sourire quand il s’était incliné devant elle, amusée sans doute par l’incongruité de sa révérence dans un tel contexte. Mayeul était de bonne humeur, et lorsque c’était le cas, il s’ingéniait à en faire profiter ceux autour de lui. C’était souvent le cas, d’ailleurs, ou tout du moins, il s’efforçait de faire croire que cela l’était. Les drogues récréatives de son duché natal aidaient, incontestablement. Mais autant ne pas le nier, il appréciait la discussion rafraîchissante de la demoiselle, et même si sa capacité à parler sans cesse défiait l’imagination, ce n’était pas désagréable pour autant. Seulement difficile à suivre par moment, surtout lorsque l’on avait, comme le voltigeur, un esprit qui a tendance à ne pas être attentif très longtemps. Mais elle lui avait promis de faire un effort, ou alors, il s’habituait à son flot de paroles. Elle lui indiqua, d’ailleurs, qu’il devait faire attention à ne pas être contaminé par sa façon de penser au risque que ce soit irréversible. D’un geste de la main, Mayeul lui indiqua que cela lui importait peu.
Que voulez-vous, c’est un de mes plus gros défauts, je suis très influençable. Incapable de résister à un jupon qui passe ou, dans notre cas, à une conversation intéressante, peu importe si cela m’expose à des problèmes. Je prends le risque, Melinda.
Répondit-il en insistant bien sur son prénom, histoire de lui faire comprendre qu’il avait compris son explication, et intégré la prononciation de son mieux. Quand à dire qu'il préférait sa conversation à son physique, il ne s'y serait jamais risqué. Disons, jamais explicitement. Elle était bien jolie, la petite Melinda, mais on lui avait déjà fait la leçon sur le fait de regarder le physique de ses conquêtes avant tout autre chose, et il se faisait un plaisir de suivre ce conseil à la lettre. Pas sur que la tournure de phrase plaise à la demoiselle, ceci dit.
Et vous savez, j’ai été une créature innocente et sans soucis un jour. Et puis j’ai grandi, et je suis devenu un peu moins innocent. Ca arrive à tout le monde... Bien que j’ai peine à croire qu’il ait existé un jour où vous ne saviez pas parler.
Plaisanta-t-il, une lueur malicieuse dans les yeux. La pique n’était pas bien méchante, après tout, et il doutait qu’elle en prenne un quelconque ombrage. Elle le lui avait précisé elle-même qu’elle avait l’habitude que les gens soulignent son abondant flot de paroles, et cette taquinerie n’était sans doute pas la plus méchante qu’elle ait entendu.
Cependant, elle prit un malin plaisir à lui affirmer que si elle remontait dans son estime, comme il le lui avait si bien dit, c’était bel et bien à cause des poires. Provocation, ou alors était-ce une verité des plus brutes, comme elle n’avait fait que le clamer depuis le début de cette conversation? Il n’osait pas choisir et du coup, se contenta de hausser les épaules lorsqu’elle lui indiqua qu’elle aurait pu prendre très mal son insulte sur les poires.
Et qui vous dit, belle et sage Melinda...
Commença-t-il en reprenant sa tournure de phrase, insistant à nouveau avec amusement sur la prononciation de son prénom
... Que moi-même je n’ai pas rencontré que des poires stupides? Ma critique n’est peut-être pas aussi infondée que ça. Vous qui appréciez la vérité, dites-vous que c’est peut-être ce que j’en ai conclu de ma fréquentation de poires en tout genre.
Affirma-t-il, retenant un rire. Comment, exactement, en étaient-ils arrivés à débattre de la stupidité ou non des poires, objets inanimés et donc, par essence, dépourvu d’intelligence? Le voltigeur secoua la tête avec un sourire.
Très bien, je confesse que je vous ai posé cette question uniquement pour satisfaire ma curiosité personnelle. Mais en toute honnêteté, j’offrais un simple partage d’information : vous me dites ce que vous faites ici, je vous explique ce que moi j’y fais.
Mayeul marqua une légère pause avant de reprendre, d’un ton où ne pointait aucune incertitude. S’il avait peur qu’elle refuse en bloc sa proposition, rien dans son attitude ne semblait l’indiquer.
Mais j’aurai dû songer que ma curiosité n'était peut-être pas réciproque, ce qui ferait de ma proposition un échange assez peu profitable pour vous. Donc, Melinda, je me permets de rectifier quelque peu ma phrase : vous me dîtes ce qu’une jeune fille un peu trop bavarde comme vous vient chercher à Lorgol, et je vous offre un repas autour duquel débattre de vos raisons à la taverne la plus proche. Qu’en pensez-vous? Plus équitable?
Il ne lui devait rien, il est vrai, mais Mayeul ne pouvait s’empêcher d’être curieux. Et quel plus agréable moyen d’assouvir cette curiosité autour d’un bon repas, un verre de vin de Lagrance à portée de la main et une compagnie des plus charmante à ses côtés?
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Ven 27 Mai - 7:03

C’était étrange. Pour la première fois depuis longtemps, je rencontrais quelqu’un d’encore plus imprudent que moi. Je comprenais presque ce qu’avaient ressenti mes parents lorsque je niais sciemment leurs conseils. Mayeul venait de faire de même avec moi, à l’instant, comme s’il ne comprenait pas le danger que comportait le fait de parler à tort et à travers, de tout et de rien, sans arrêt, et généralement pour ne rien dire d’intéressant. Un sourire amusé étira donc mes lèvres lorsqu’il me fit comprendre que les conséquences lui importaient peu, d’un simple geste de la main.

Il déclara ensuite qu’un de ses plus grands défauts était d’être influençable, et je résistai à l’envie de le couper sur-le-champ pour lui faire remarquer que non, son plus gros défaut avait plutôt un rapport avec le fait d’être ridicule et celui de le nier aussi fermement. Toutefois, il poursuivit en avouant être « incapable de résister à un jupon », pour reprendre ses propres mots. Je haussai un sourcil sceptique, décidant de penser qu’il préférait ma conversation à ce que je portais. Par la même occasion, il corrigea mon prénom, ce qui me fit fort plaisir.

Quant à croire qu’il avait été une créature innocente… je retins un éclat de rire. Mayeul ressemblait à peu près à tout sauf à quelqu’un d’innocent. A vrai dire, sa remarque sur les jupons elle-même démentait cette candeur qu’il essayait de s’arroger. Quand il insinua que j’avais probablement parlé ainsi depuis ma naissance, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Le pire, c’était que je pensais réellement que sa remarque pouvait provenir d’un fond de vérité. J’avais peine, moi-même, à croire qu’un jour je n’avais pas pu utiliser ce formidable outil qu’était la parole. D’ailleurs, Mayeul n’était pas en reste non plus, puisqu’il me répondait de façon presque aussi prolifique. Peut-être n’avais-je même pas à déteindre sur lui pour le rendre bavard… Peut-être que je faisais simplement ressortir sa vraie nature au grand jour.

Après quoi, il insinua – après s’être allègrement moqué de moi en appuyant mon prénom et en me prétendant belle et sage – que, n’ayant rencontré que des poires stupides, il ne pouvait forcément qu’en conclure qu’elles étaient toutes ainsi. Mon sourire s’élargit aussitôt. Tout au long de ma vie, j’en avais rencontré bien peu qui s’avéraient capables de m’écouter jusqu’au bout, et moins encore qui ne se contentaient pas de secouer la tête avec un soupir de dépit. Mayeul était probablement un des seuls à avoir accepté de parler de poires stupides avec moi, alors même que je ne connaissais rien de lui. J’en étais presque prête à lui passer sa démarche ridicule et à l’ignorer volontairement si cela pouvait vraiment lui faire plaisir.

Quant à ma question, il avoua avoir été simplement curieux et vouloir proposer un juste échange d’informations – ce que, au passage, je trouvais ridicule, puisqu’une conversation en bonne et due forme était déjà un échange d’informations en soit. Puis, considérant soudain que l’échange n’était pas équitable, il me proposa un repas. J’y réfléchis rapidement. S’il me l’offrait, je ne voyais aucune raison de refuser, d’autant plus que c’était une des conversations les plus amusantes que j’avais jamais eues depuis longtemps. Un léger sourire étira mes traits. Peut-être allais-je toutefois laisser le suspense sur mon accord jusqu’à la fin de la conversation…

— Laissez-moi un peu de temps pour réfléchir à votre proposition. Ce n’est pas tous les jours que je dois accepter l’invitation de n’importe quel inconnu que je croise dans la rue.

Je n’allais sans doute pas faire remarquer que j’avais rencontré un guerrier en pleine ville basse, pendant la nuit, et que j’avais pourtant accepté qu’il me guide jusqu’à un endroit plus sûr. Non, c’était le genre de choses que Mayeul n’avait nul besoin de savoir.

— D’autant plus que vous venez de prétendre que vous vous intéressez à n’importe quel jupon – encore que c’est plus courtois que d’avouer que vous préférez ce qu’il y a en-dessous – alors je suppose que je ne suis qu’une pauvre demoiselle parmi tant d’autres à être votre invitée. Quoique, ma conversation est tout de même intéressante ce qui, d’après mes connaissances personnelles, est une bonne amélioration par rapport au commun des mortels, ou même au commun de ces poires stupides. D’ailleurs, à ce sujet, je suis certaine de pouvoir vous faire changer d’avis.

Je hochai la tête comme si je ne doutais pas une seconde de cette dernière affirmation.

— J’ai connu bon nombre de poires dont l’intelligence dépassait celle de certaines de mes connaissances.

J’écarquillai brutalement les yeux comme si je venais de me rendre compte d’un détail crucial.

— Enfin, peut-être que ce n’est pas vraiment une preuve d’intelligence, en réalité. Après tout, prenons votre cas, par exemple. Vous, Mayeul, je vous pensais intelligent, mais être influençable n’est pas la preuve d’un esprit très solide. D’autant plus que, vous sachant, disons, fragile face aux suggestions d’autrui, vous devriez prendre en compte mon conseil et vous éloignez de moi au plus vite. Mais, de toute évidence, vous n’écoutez rien de ce que je dis, puisque vous vous obstinez à m’inviter prendre un repas. En l’occurrence, si l’intelligence d’une poire dépassait même la vôtre, ce ne serait pas forcément un compliment pour elle.

Je fis mine de réfléchir durant un instant.

— En fait, je crois surtout que ça dépend des circonstances. Sans doute les poires n’avaient-elles pas envie de vous montrer leur incroyable intelligence. Vous n’êtes pas le genre d’hommes qui inspire une confiance immédiate et sans faille – j’ai d’ailleurs peine à croire que vous ayez pu être innocent un jour – et la plupart des poires sont très prudentes sur leurs relations avec autrui.

Je hochai la tête d’un air fort sérieux, comme si je ne venais pas de dire une imbécilité de plus. Il fallait que je voie de mes propres yeux jusqu’où pouvait aller la volonté de Mayeul à parler de simples objets comme s’il s’agissait de personnes en chair et en os.

— Personnellement, j’ai autant de peine que vous, si ce n’est plus, à croire qu’il ait existé un jour où je ne savais pas parler, alors je ne parierais pas sur votre innocence d’autrefois. Certaines choses sont inscrites si profondément dans notre sang qu’il est tout simplement impossible de s’en défaire. Moi, c’est la parole. Vous, et bien… ce n’est certainement pas l’innocence.

Un léger sourire étirait mes lèvres et mes yeux brillaient d’amusement devant cette petite pique. Je remarquai alors qu’il était probablement temps de lui donner ma réponse, à ce pauvre homme qui m’avait gentiment invitée à un repas. Il était temps de mettre fin à l’insoutenable suspense qui devait sans doute le tenir. Ou peut-être pas. S’il s’intéressait vraiment à n’importe quel jupon, je n’avais absolument aucune importance particulière à ses yeux, et il se fichait comme d’une guigne de mon acceptation, ou de mon refus.

— Quant à vos questions… je ne suis pas sûre de vouloir savoir ce qu’un natif d’Ibélène vient faire à Lorgol. Quoique, des centaines d’Ibéens vivent ou passent sans doute par ici, alors que j’en croise un dans les rues n’a rien d’étonnant. Vous n’êtes pas forcément ici pour des affaires à l’honnêteté douteuse. En vous voyant, toutefois, on développe rapidement des soupçons, savez-vous, Mayeul ? Vous avez le profil pour mener bien des activités frauduleuses. Comme je vous le disais il y a quelques instants, votre innocence apparente est un peu – comment dire ? – invraisemblable.

Mon sourire s’élargit brusquement.

— Mais il faut croire que je n’ai jamais été prudente, parce que je m’apprête à accepter votre invitation alors que je ne sais rien de vous, de vos activités, et de vos intentions. Plutôt courageux de ma part, n’est-ce pas ? Enfin, considérez cela comme un des seuls gestes de politesse que j’aurais jamais à votre égard. Allons-y, et je vous parlerai de la terrible raison de ma présence ici.

Terrible… J’étais simplement arrivée un mois et demi trop tôt pour les entretiens d’entrée à l’Académie. Ce qui n’avait rien de si terrible, en fait, puisque je visitais Lorgol à cœur joie, découvrant en cette ville un joyau aux mille facettes, et m’efforçant d’en découvrir une nouvelle facette à chaque exploration. J’affichai un large sourire en regardant Mayeul. Oui, la raison de ma présence ici était plutôt ennuyeuse, et je supposais que de nombreuses personnes tentaient d’entrer à l’Académie de façon tout à fait barbante.

Toutefois, Mayeul n’avait certainement pas besoin de le savoir avant que nous soyons devant un bon repas.

Et alors, il serait trop tard pour qu’il évite mon ennuyeuse histoire.

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Ven 27 Mai - 23:54

Il l’avait fait rire, et si on en croyait un vieil adage, cela voulait dire qu’elle ne le considérait plus aussi ridicule. Ou alors si, mais elle était parvenu à passer outre ses premières réticences et pour Mayeul, c’était déjà une victoire en soi. C’est vrai qu’il pouvait se montrer bavard parfois, pour peu que les circonstances s’y prêtent, et avec Melinda, elles s’y prêtaient particulièrement. Déjà que le voltigeur n’était pas particulièrement taciturne, surtout lorsqu’il prenait quelque chose, mais avec la jeune fille, il était tout simplement difficile de rester silencieux et de ne pas lui répondre, à moins d’être quelqu’un de déplaisant. Ce que, en vérité, Mayeul n’était absolument pas.
C’est aussi un peu pour ça qu’il lui avait proposé de continuer cette conversation autour d’un repas, parce qu’il appréciait véritablement l’échange qu’ils avaient. D’ordinaire, il ne s’attardait pas sur les propos des gens dans la rue, surtout ceux qui l’apostrophaient comme la jeune femme l’avait fait -quoique, peut-être, vu que c’était la première fois que cela lui arrivait!-, mais la jeune fille avait cette fraîcheur et cette attitude presque enfantine qui le motivait à continuer cette discussion. Elle sembla sceptique pourtant, la demoiselle, arguant qu’elle n’avait pas pour habitude d’accepter n’importe quel invitation du premier venu. Raisonnable, la petite Melinda?
Alors même que la pensée se forma dans l’esprit de Mayeul, la jeune fille enchaîna sur sa remarque précédente, estimant qu’elle n’était probablement la première. Le voltigeur eut la décence de lui adresser un haussement d’épaules amusé, ne cherchant absolument pas à la contredire. Après tout, elle voulait la vérité, n’est-ce pas? Même concernant les poires.

Il ne voyait pas du tout ce que les poires venaient faire ici. Enfin si, il comprenait, mais restait assez ébahi que Melinda cherche à tout prix à le convaincre de l’intelligence de ces fruits. Visiblement, Mayeul n’était pas le seul à posséder un esprit de contradiction bien ancré, puisqu’elle insista à nouveau, comparant son intelligence à celle du fruit... Pas pour vanter la sienne, en vérité. Mayeul lui lança un regard sceptique, démêlant le flot des paroles de la jeune fille pour comprendre si c’était une véritable critique de son intelligence ou pas. Il lui semblait que oui, mais l’idée de faire face à une poire était particulièrement perturbant.
Il allait d’ailleurs répliquer quand elle reprit la parole, débitant une nouvelle vérité qui lui attira un regard étonné. Comment ça, il n’inspirait pas une confiance immédiate? Réduit au silence, il se contenta d’attendre qu’elle s’explique : il ne la connaissait pas depuis très longtemps, mais il avait remarqué que, quelques blessantes que puissent sembler ses remarques, elle avait à coeur de les expliciter. Sans doute pour permettre, dans sa grande mansuétude, à son interlocuteur -victime- de s’améliorer. Ce qui ne l’empêchait pas d’être incisive. Sa petite pique quand à son innocence, ou plutôt son absence, lui arracha un sourire amusé. D’accord, peut-être n’était-il pas aussi pur que l’agneau qui venait de naître, il lui accordait volontiers. Après tout, il était Cielsombrois : innocence et Sombreciel semblaient être des mots qui s’opposaient, et il devait bien s’incliner quand à la pertinence de la remarque. Elle finit par arriver à l’explication qu’il attendait, à savoir qu’il n’était pas quelqu’un à qui l’on faisait confiance au premier regard, et qu’il avait typiquement le profil pour mener des affaires louches. Mayeul éclata de rire, songeant qu’au final, mieux valait ne pas lui révéler ce qu’il faisait, elle risquait de ne pas le croire. Lui, un criminel? Alors certes, il le reconnaissait, il n’était pas quelqu’un de très respectable parfois, loin de posséder l’honneur, la bravoure et la distinction de certains, mais quelqu’un de louche?
Melinda finit par lui signifiait qu’elle acceptait son invitation, et lui parlerait de la terrible raison de sa présence ici. Vu son sourire, elle ne devait pas être si terrible que ça, mais avant de lui poser la question, il se devait de clarifier un point.
Vous essayez de mesurer mon intelligence en vous basant sur le fait que je vous écoute ou pas? Ce n’est pas un peu subjectif, comme échelle de mesure? Je veux dire, peut-être que certaines poires sont plus intelligentes que moi, je ne suis pas assez présomptueux pour imaginer que ce n’est pas le cas, mais je trouve votre façon de mesurer quelque peu... Étrange. Surtout que vous dites aimez les poires, donc vous êtes forcément de parti pris.
Exposa Mayeul de la façon la plus sérieuse possible, ce qui était assez difficile lorsque l’on connaissait le sujet de cette conversation.
D’ailleurs, je suis à peu près persuadé que les poires m’aiment bien. Aucune ne s’est jamais plainte de mon apparence encore. Ni du fait que l’on ne pouvait pas me faire confiance.
Il marqua une légère pause, invitant Melinda à le suivre dans la rue. L’auberge n’était pas loin, en vérité, ils y seraient en un rien de temps. Amusé, Mayeul songea que ce n’était définitivement pas sa journée. D’abord il apprenait qu’il était ridicule, ensuite qu’il n’était probablement pas un innocent, et maintenant qu’il avait tout du profil d’un criminel en puissance! Autant pour son côté aventurier et sauveteur de damoiselles en détresse!
La prudence, croyez-moi, est une notion totalement farfelue.
Affirma le voltigeur avec un large sourire, avant de dévisager avec amusement la jeune femme.
Vous êtes bien courageuse, en effet, belle Melinda. Si j’étais totalement digne de confiance, je vous certifierais que vous êtes en sécurité avec moi, mais puisque je ne le suis pas, je ne peux que saluer votre bravoure.
Le ton était à peine ironique. Il n’empêche, il était curieux de voir la réaction de la jeune femme lorsqu’il lui révélerait qu’au contraire de ce qu’elle croyait, il était, actuellement, quelqu’un d’honnête. Enfin, honnête, peut-être pas, mais il assurait la sécurité en Ibélène, c’était déjà quelque chose non?
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Sam 28 Mai - 11:22

Est-ce que c’était un geste totalement contraire à la prudence d’accepter cette invitation ? Oui, et j’en avais conscience. Est-ce que mon frère m’aurait ramenée à la maison par la peau du cou pour m’empêcher de commettre une telle erreur ? Probablement, et j’aurais eu droit, sur le chemin du retour, à un sermon sur les hommes, les inconnus, et les dangers qu’ils trimbalaient dans leur sillage. Est-ce que je le regrettais ? Pas le moins du monde, et en quelques mots seulement, Mayeul confirma cette impression première, d’une façon si simple que peu de gens l'auraient remarquée : il continua à parler de poires, non avec moquerie, mais en revêtant un sérieux plutôt étrange compte tenu de la teneur de la conversation.

Il prétendit que mon verdict sur l’intelligence des poires et la sienne était forcément biaisé, et essaya de m’inciter à déterminer les capacités de son intellect d’une autre façon, plus normale. Je ne voyais absolument pas comment mesurer normalement l’intelligence, mais à vrai dire je doutais que Mayeul se laisse convaincre par mon jugement sur sa personne. Il avait déjà ignoré royalement le fait que je le trouve ridicule, alors que j’avais insisté, avec honnêteté, bienveillance et générosité. Il n’était certainement pas prêt à se laisser convaincre d’une remarque lancée au détour d’une conversation. Il ajouta d’ailleurs avec humour que les poires ne voyaient pas en lui tous les défauts que je lui trouvais – son apparence ridicule et son innocence aux ordures – puisqu’elles ne le lui faisaient jamais remarquer. Je secouai la tête en ricanant. Même un idiot avait conscience que ce n’est malheureusement pas parce qu’une chose n’est pas dite qu’elle n’est pas pensée. Et j’étais persuadée que Mayeul était loin d’être un idiot.

Mayeul m’invita alors à le suivre, et je lui emboitai le pas sans la moindre hésitation. L’idée de le laisser en plan et de partir en courant me passa brièvement par l’esprit, mais je l’écartai en souriant. C’aurait bien entendu était assez amusant, mais je n’étais pas sûre qu’il soit assez patient pour tenter de me rattraper. Or, j’avais rarement l’occasion de rencontrer les perles rares capables de me supporter et, mieux, de soutenir mes divagations orales avec sérieux. Je ne pouvais pas laisser cette perle-là se perdre dans la ville aux Mille Tours. Ce serait vraiment vraiment dommage. Par conséquent, je décidai pour une fois d’être raisonnable et de le suivre sans faire d’histoires.

Il affirma alors que la prudence était bonne à jeter aux orties, et je ne pus empêcher mon sourire de s’élargir. De toute évidence, je n’avais même pas besoin de déteindre sur lui : son caractère bavard, et son imprudence – qualités que je partageais – étaient déjà ancrées en lui avant même qu’il ne me rencontre. Il loua ensuite le courage que j’avais d’accepter son invitation à lui, cet homme avec qui je n’étais pas certaine d’être en sécurité. Mon sourire s’étira de plus belle. De la bravoure ? Non, ce n’était pas de la bravoure. Simplement, comme le disait toujours mon frère, une inconscience totale des risques et des dangers qui me guettaient.

— Je n’essaie pas de mesurer votre intelligence, Mayeul, je sais déjà que vous êtes relativement futé. J’estime simplement qu’il vous arrive parfois de faire preuve de stupidité – et oui, je trouve que ne pas écouter mes judicieux conseils est une preuve de stupidité, prenez ça comme un avis subjectif si vous voulez – et ce, malgré votre esprit adroit. Vous devriez laisser aux poires la chance de vous prouver qu’elles valent mieux que vous ne le pensiez au premier regard. Elles pourraient bien vous surprendre.

Je m’aperçus qu’à travers ces poires prétendument stupides et cette conversation aux premiers abords totalement futile, nous venions d’établir un parfait exemple des relations humaines et des préjugés qui les accompagnaient invariablement. J’esquissai à l’intention de Mayeul une moue mi-figue mi-raisin.

— Et puis moi non plus je ne me suis jamais plainte de votre apparence ou du fait qu’on ne pouvait pas vous faire confiance. J’ai simplement remarqué ce qui me sautait aux yeux. Je n’ai pas dit que ça me dérangeait fondamentalement. J’avais juste… besoin de vous le dire. Vous savez ? Pour rendre service. Comme je vous l’ai dit, je n’étais motivée que par la générosité, une relative objectivité, et l’envie d’énoncer les évidences. En l’occurrence, ce n’était pas une plainte. Vous faites ce que vous voulez de votre vie, après tout. Encore que si je vous voyais tous les jours, j’aurais mon mot à dire, mais comme je ne dois vous supporter que durant quelques heures…

La lueur espiègle qui brillait dans mes yeux et le léger sourire qui ourlait mes lèves démentaient la dureté de mes paroles. Sans même reprendre mon souffle, je poursuivis :

— Du moins, espérons que ce ne soit que quelques heures. Peut-être que dans mon imprudence, j’ai courageusement accepté l’invitation d’un homme qui conspire pour tenter de m’enlever. Je deviendrais alors votre prisonnière, et je serais forcée de vous voir tous les jours jusqu’à ce que vous vous lassiez de moi. Ce qui bien évidemment n’arrivera jamais. Je peux me montrer aussi énervante qu’attachante. Vous ne pourrez plus vous passer de moi avant même de vous rendre compte que vous êtes incapable de me supporter. Et quand vous voudrez vous débarrassez de moi parce que je suis une calamité, vous en serez incapable.

Mon sourire s’élargit considérablement.

— Nos rôles seront alors inversés : je serais la geôlière et vous le prisonnier. Ce qui, avouez-le, serait plutôt terrible. Tout ça pour vous prévenir que ce serait une très mauvaise idée de trahir la confiance que je place en vous et de m’emmener dans un de ces endroits louches où vous devez avoir l’habitude de trainer. C’est un simple conseil d’amis, bien sûr.

Je plissai les yeux.

— De même, je doute que vous tentiez de me voler, ou de me tuer. Enfin… j’espère. Sachez juste que pour votre propre bien, il vaut mieux que vous vous arrangiez pour que je sois en sécurité. Je peux me montrer très méchante quand on me trahit. Très très méchante.

Je lui lançai un sourire carnassier.

— Croyez-moi, vous n’aimeriez pas.

Quoique, de la part de quelqu'un qui acceptait de parler de poires, on pouvait s'attendre à absolument tout.

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Sam 28 Mai - 15:42

Visiblement, et si son expression était une moindre indication, elle ne semblait guère en accord avec sa théorie, à savoir que les poires ne lui avaient jamais manifesté une quelconque hostilité, ou même une seule critique sur son apparence, ou son intelligence. En même temps, songea Mayeul avec hilarité, ce n’était que des poires. De vulgaires poires, quoi que le terme aurait sûrement fait pousser des cris à Melinda. Et pourtant, ils étaient encore là à en parler, comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle à faire, comme si cette conversation ne comportait pas le moindre élément de folie. De lui, il comprenait, mais Melinda... Cette demoiselle était définitivement quelqu’un. Amusante et sérieuse tout à la fois, prompt à la folie et à une raison des plus étranges en même temps. Un véritable paradoxe. Et encore, il n’avait fait qu’en effleurer la surface. Ils ne se connaissaient pas, n’ayant échangé rien de plus que leurs prénoms et une poignée d’information, et pourtant la conversation était facile, comme s’ils se connaissaient depuis bien plus longtemps que ces quelques minutes. Elle répondait, il rebondissait, et elle contrait. Simple. Attrayant. Et définitivement facile.
Mais peut-être était-ce justement parce qu’ils ne se connaissaient pas. C’était bien l’un des points qui faisait le charme de Lorgol, cette ville où les pirates côtoyaient les marchands de fleurs, la pire racaille marchant de paire avec d’illustres érudits de l’Académie. Elle pouvait être elle-même, ou bien qui elle voulait, et il en était de même pour lui. Oh oui, définitivement, c’était ce qu’il aimait le plus ici : être qui il lui voulait. Pas un frère amputé d’une partie de lui-même, pas un héritier d’un titre auquel il n’avait nulle aspiration, aussi petit soit-il. Pas un voltigeur? Un sourire lui échappa : non, ça, c’était définitivement impossible. Il était voltigeur, c’était dans son sang, dans son être. La présence continue de Nuage dans son esprit, présence si brillante et rassurante, l’empêchait définitivement de ne pas être un voltigeur. Mais cela ne le dérangeait pas : actuellement, c’était sûrement la seule partie de sa vie qu’il appréciait réellement. La voix de la raison -Mathilde, définitivement- lui souffla pourtant qu’il ne faisait rien pour sauvegarder cette partie de sa vie, mais il la repoussa avec irritation. Cela marchait toujours... Pour un temps.
Perdu dans ses pensées, Mayeul mit un moment avant de se rendre compte que Melinda lui parlait, et il dût se faire violence pour se concentrer sur son discours. Le remarquerait-elle? Une brève ombre dans son regard, un sourire un brin forcé... Peut-être pas, non. Il avait perfectionné l’art de la dissimulation au fil des années, mais il y avait toujours un risque. Il se força à balayer ses pensées, s’inclinant devant le raisonnement de la jeune femme.
Non non, vous avez raison. Je vais même suivre vos conseils, et donner à ces poires une deuxième chance. Voyez? Je sais suivre les conseils. Je ne suis peut-être pas innocent, mais il m’arrive d’être raisonnable.
Plaisanta-t-il, son rire marquant bien ce qu’il pensait de sa dernière phrase, lui faisant oublier ses soucis pour un temps tandis qu’il se replongeait dans la facilité de la conversation. Qui venait de prendre une étrange tournure quand Mélinda lui expliqua qu’elle n’aurait, dans le pire des cas, que quelques heures à le supporter. Ou pas.
Mais je comprends, vous vouliez simplement m’ouvrir les yeux, un acte très noble de votre part, gente dame. Quand à passer des heures avec moi... qui vous dit que je ne serais pas ravi d’être votre prisonnier? Peut-être que votre enlèvement n’avait pour but que d’inverser les rôles, pour qu’au final vous puissiez disposez de moi à votre guise. Vous l’avez dit vous même, je suis loin d’être innocent, et assez fûté. Parfois. Peut-être même assez pour ne pas être tenté de me débarrasser de vous.
Ajouta-t-il en riant, se rapprochant un peu plus de la jeune femme. Son regard malicieux démentait la vérité de ses paroles, et il finit par se reculer, dévoilant ainsi à la jeune fille leur destination. Une taverne proprette, Le Joyeux poète, surmontée d’une enseigne sur laquelle figurait un homme déclamant visiblement quelques vers. Tenue par un Cielsombrois, sans aucun doute : après tout, loin d’Euphoria, chacun aspirait à retrouver un petit bout de sa maison. Etait-ce un endroit louche? Pas plus qu’un autre, et il en connaissait quelques uns, en vérité. On y mangeait bien, on y buvait bien aussi, sans nul doute grâce à quelques lointains amis du tenancier, et c’était là l’essentiel.
Je vous dirais bien que vous pouvez me faire confiance, charmante dame, mais nous avons déjà établi que mon innocence était loin d’être prouvée, donc je ne peux rien vous assurer. Et puis, connaissant mon goût pour la prudence, vous devez certainement vous douter que ce n’est pas quelques menaces qui me feront reculer si j’avais un quelconque désir de vous trahir. Nous sommes donc dans une impasse.
Rieur, il la considéra quelques instants, avant de prendre sa main et de s’incliner en une révérence plus que courtoise -et sans doute totalement déplacée-.
Melinda, je remets mon sort entre vos mains. Si cet endroit vous déplaît, ou que je trahis votre confiance, vous pourrez faire tout ce que vous voulez de moi.
Il releva la tête, la considérant avec amusement.
Vous en faut-il plus pour prouver ma bonne foi et l'assurance de votre sécurité, belle damoiselle?
Demanda-t-il avec un sourire charmeur. En vérité, il n’avait aucunement l’intention de lui proposer quoi que ce soit de déplacé pour occuper cette soirée, mais Mayeul étant qui il était, on ne pouvait lui reprocher de se montrer un tantinet séducteur. C'était presque une seconde nature, après tout : envolées, l’ombre légère de ses yeux, la brève hésitation dans son rire. Même si ce soir, nul doute qu’il aurait besoin de quelque chose de bien plus fort de l’alcool pour passer outre le chagrin et la douleur. Ce soir. Car pour l’instant, il goûtait avec délice à la conversation de Melinda, et s’investissait tout entier dans le moment.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Dim 29 Mai - 15:44

Mayeul, raisonnable ? Cette pensée heurta mon esprit comme une aberration, et je ne pus m’empêcher d’esquisser un léger sourire. Bien entendu, je ne le connaissais qu’à peine, mais l’individu me semblait, disons, assez prompt à la bêtise. Sans doute était-ce en grande partie parce qu’il me ressemblait sur tous les autres fronts : espiègle, capable de parler en abondance de tout et de rien, et absolument ignorant de la prudence. Bien entendu, il avait également tendance à ignorer les vérités essentielles qui le concernaient – comme son air ridicule – mais c’était un détail. L’essentiel était qu’il me ressemblait beaucoup, et tout comme moi, je le voyais bien se montrer fort déraisonnable si les circonstances le lui permettaient. Toujours était-il, toutefois, qu’il suivait mon conseil en se réconciliant avec les poires, et je ne pouvais que lui concéder quelques bons points dans l’échelle de mon estime.

— Je ne vous crois pas, raillai-je avec un léger sourire. Si la voie de la raison et la vôtre se croisent parfois, cela tient du parfait hasard, certainement pas d’un choix personnel.

Comme d’habitude, je dis ensuite exactement la chose à ne pas dire : je développai l’hypothèse de ce qu’il se passerait s’il avait des intentions bien peu innocentes à mon égard, après avoir brièvement exposé que mes remarques sur son apparence ridicule n’étaient guidées que par l’instinct de la vérité. Il prétendit comprendre mon « acte noble », mais l’ironie de ces mots ne m’échappa pas. Après quoi il fit remarquer qu’il serait peut-être ravi de devenir mon prisonnier, et il aurait alors machiné mon enlèvement simplement pour que je devienne sa geôlière. Il souligna que cette fameuse intelligence que je lui trouvais lui avait permis d’élaborer ce plan et qu’elle le poussait à ne pas se débarrasser de moi. Il finit dans un éclat de rire, en s’approchant un peu de moi. Je souris à mon tour, amusée par sa façon de retourner contre moi mon propre raisonnement.

— Qui vous dit que moi je n’aurais pas envie de me débarrasser de vous sitôt que vous serez devenue mon prisonnier ? demandai-je avec un large sourire qui apportait une réponse évidente à cette question. Votre joli plan tomberait alors à l’eau, Mayeul. Tout ne tient que sur l’affection que je pourrais vous porter. Voilà pourquoi vous vous montrez si conciliant avec moi à propos de ces pauvres poires… Pour vous attirer ma sympathie… Je savais que je devais me méfier de vous.

Mon sourire et la lueur malicieuse qui brillaient dans mes yeux démentaient mes paroles. Mayeul finit par s’écarter pour me révéler ce fameux endroit où il comptait m’emmener : « Le Joyeux poète ». J’aimais bien ce nom. Je n’avais jamais vraiment apprécié la poésie, à l’époque où, petite fille, je lisais quelques vers à l’école. Je trouvais que c’était simplement une façon plus alambiquée encore que les autres d’aborder le monde. En revanche, le terme « joyeux » me charmait indubitablement. La joie, c’était un peu ce que je ressentais aux côtés de Mayeul : une légèreté indicible, l’impression que quelqu’un me comprenait et partageait mon enthousiasme pour les choses sans intérêt, une facilité déconcertante à sourire… bref, une petite étincelle de joie. Un nom très approprié pour un endroit où il voulait m’inviter.

Mayeul déclara alors que j’avais peu de raisons de lui faire confiance, puisque mes menaces étaient totalement inefficaces devant son absence de prudence. Par conséquent, nous étions dans une impasse. Il s’empara de ma main et plongea dans une révérence qui me fit sourire, en remettant son sort entre mes mains dans une attitude cérémonieuse ridicule – un mot qui lui semblait accolé comme une moule à son rocher. Ne pouvant retenir un éclat de rire, je rejetai la tête en arrière et m’esclaffai, tandis qu’il me demandait si je me sentais plus en sécurité, à présent. Je me calmai tant bien que mal et put reprendre mon sérieux au bout de quelques instants.

— Puisque je sais désormais que vous voudriez conspirer pour devenir mon prisonnier, je ne suis pas certaine que le fait que vous remettiez votre vie entre mes mains vous rende plus rassurant. Bien au contraire…

Je haussai les épaules avec fatalisme, poussant un soupir de dépit exagéré, mais sans pouvoir me départir de mon sourire.

— Il va bien falloir que nous fassions avec, je suppose. Et puis, qui sait, peut-être que j’apprécierais autant de vous contrôler que vous de vous laisser faire ? Au moins, je n’aurais aucun mal à exercer une juste vengeance si vous veniez à me trahir. Quoique… je ne pourrais rien vous imposer de ridicule, puisque cela vous semble naturel. Il faudra que je déploie les trésors de mon imagination, je suppose.

Songeuse, je le toisai de haut en bas pour trouver ce que je pourrais bien lui infliger. Un sourire carnassier étira mes traits lorsque j’eus déniché le plan parfait.

— Si vous étiez sous ma tutelle, ce serait par ailleurs l’occasion idéale de vous obliger à avouer que vous êtes ridicule et de vous faire changer de comportement. Même si j’avoue que vous êtes d’un ridicule – comment dire ? – plaisant. En vérité vous avez beaucoup de chance, Mayeul, je crois que je vous aime bien. Vous avez bien réussi votre coup.

Sur ces mots, je lui tapotai la joue d’un geste affectueux, comme une grand-mère aimante envers ses petits-enfants. En d’autres circonstances, cet aveu m’aurait coûté beaucoup, mais il y avait quelque chose de facile entre Mayeul et moi. Quelque chose qui tenait en grande partie du fait que nos traits de caractère se rejoignaient. Souriante, je me tournai vers le Joyeux poète.

— Allons-y, je suis prête à me jeter dans la gueule du loup. Quoi qu’il m’en coûte.

Sans plus hésiter, je m’engouffrai dans la taverne. J’avais fait confiance à Mayeul. Et j’espérais de tout cœur que cette confiance ne s’avère pas mal placée.

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Dim 29 Mai - 23:13

Evidemment, elle ne le crût pas une seconde. Raisonnable, lui? Irréfléchi, imprudent, apte à foncer tête baissé vers le danger, étaient autant de qualificatifs qu’on lui donnait sans aucun souci. Mais raisonnable, absolument pas, et Melinda ne semblait pas s’y être trompée, si l’on en croyait son sourire et son commentaire narquois. Elle avait tort, ceci dit : Mayeul pouvait se montrer raisonnable. Parfois, quand l’envie lui en prenait, ou qu’il n’était pas trop enfoncé dans le brouillard de ses drogues pour y penser.
Vous savez belle Melinda, cela pourrait presque être une insulte, si seulement ce n’était pas l’exacte verité.
Annonça-t-il avec un sourire amusé, qui démontrait bien qu’il ne l’avait absolument pas mal pris. Mais du coup, il commençait à comprendre la raison qui poussait Melinda à aller vers les autres pour leur déclamer ce qu’elle pensait d’eux sans craindre leur courroux... Si après tout, elle considérait que c’était la plus stricte verité, les gens devaient l’accepter, et non pas s’en défendre. Une insulte n’en est pas une si l’on y correspond en tout point.
Et je vous interdis de me dire que c’est votre argument depuis le début. Je ne suis pas si ridicule.
Clama-t-il, ses yeux malicieux la mettant au défi de le contredire. Parce que non, sincèrement, il n’était pas ridicule. Ni sa démarche, ni ses vêtements, ni sa voix, ni rien du tout. Il n’en doutait pas une seule seconde, l’approbation de Nuage soutenant tout entière cette impression. Quoi que Melinda ait pu voir en lui, elle se trompait, sur ce point, au moins.
Car visiblement, elle savait exactement dans quoi elle s’engageait, maintenant qu’ils discutaient à bâtons rompus tous les deux. Les sourires, les allusions, la façon dont elle parait lorsqu’il l’attaquait gentiment, toute cette discussion était un véritable délice. Ils se ressemblaient trop, en vérité, pour ne pas s’entendre, et cela ne faisait que rendre Mayeul plus curieux à l’égard de la jeune femme dont, après tout, il ne connaissait que le prénom, et les origines Faës. Autant dire pas grand chose, mais qui leur suffisait pour discuter sans la moindre gène, passant avec facilité d’un sujet à l’autre, dans un échange verbal des plus distrayants.

Lorsqu’elle lui indiqua que si les rôles étaient inversés, elle n’aurait peut-être d’autre empressement que de se déarasser de lui, Mayeul porta une main à son coeur, comme si elle l’avait mortellement blessée. Elle enchaîna d’ailleurs en supposant que tout n’était qu’un vil plan de sa part, et qu’elle savait qu’il ne faisait qu’attiser sa sympathie.
Vous me blessez Melinda. Imaginer que je puisse aimer les poires uniquement pour vous rallier à ma cause... Pauvres petites poires, dans ce jeu cruel qui est le nôtre. Mais vous avez déjà avoué m’apprécier, alors, c’est un peu trop tard de toute façon.
Il lui sourit à nouveau avant de s’écarter, révelant l’auberge qui se trouvait non loin. Un bâtiment propre, d’allure respectable, qui n’était décidement pas le plus mal famé de la Ville Basse. Avant de l’y faire entrer, pourtant, le voltigeur s’inclina devant la jeune femme, l’assurant de sa sécurité et du fait qu’il remettait son destin entre ses mains. Elle éclata de rire, avant de reprendre assez de souffle pour lui répondre qu’elle n’était pas rassuré pour autant. Son raisonnement se tenait, il imaginait. Hochant la tête, comme pour lui signifier qu’au moins, il avait essayé, avant de pincer les lèvres en une moue dédaigneuse devant la nouvelle pique de la jeune femme sur le ridicule qui semblait attaché à ses pas.
Il s’apprétait à répliquer quand elle enchaîna, avant de lui tapoter la joue dans un geste d’affection qu’il n’avait pas l’habitude de recevoir. Disons qu’en général, lorsqu’on lui déclarait qu’on l’aimait bien, c’était à un baiser qu’il avait droit, pas à une petite tape sur la joue. Mais il s’en contenterait pour le moment. Suivant Melinda qui venait d’entrer dans la taverne, il s’engouffra à sa suite, ne la lâchant pas d’une semelle. Vu l’heure, l’endroit n’était pas totalement occupé, et quelque peu dépourvu de l’ambiance délurée que l’on trouvait plus tard dans la soirée, et ce n’était pas pour déplaire au voltigeur. Il n’avait pas menti, Melinda ne risquait absolument rien avec lui, mais les problèmes, dans la Ville Basse, étaient toujours proches.
Il lui fit signe de s’attabler un peu plus loin, à l’opposé d’un flûtiste qui égrenait quelques notes d’une mélodie populaire de Lorgol, et s’assit à ses côtés.
Vous n’avez guère résisté longtemps à mon charme légendaire, n’est-ce-pas?
Demanda-t-il, taquin, avant de se tourner vers une jeune serveuse qui venait prendre leur commande. Ne résistant pas à la tentation, le voltigeur commanda une assiette de porc aux épices et une bouteille de liqueur lagrane avec un sourire.
A la poire, la liqueur, et légère. Je ne voudrais que ma douce amie vomisse son repas dans le port.
Ajouta-t-il à mi-voix, pas vraiment sur de comment Melinda allait le prendre. Aussitôt la serveuse partie, en tout cas, il se tourna vers sa compagne pour la soirée, l’impatience vibrant dans sa voix.
Nous avons l’alcool, nous avons le repas, maintenant, je veux mon histoire.
Clama-t-il, avec l’air envieux d’un petit garçon qui attend une sucrerie promise depuis longtemps.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Mar 31 Mai - 17:49

Il commençait à comprendre ma relation quasi-symbiotique avec la vérité. A mon sens, mes remarques, qu’elles soient positives ou négatives, n’avaient jamais pour but d’être insultantes, simplement d’être véridiques. Qu’elles soient blessantes n’était qu’un regrettable effet secondaire. Le sourire qu’affichait pourtant Mayeul tandis qu’il m’avouait volontiers être déraisonnable prouvait sans ambages qu’il n’avait pas pris personnellement cette critique-là. En tous cas, il ne se braquait pas sur son irresponsabilité comme il l’avait fait – le faisait encore, d’ailleurs, au vu de ses propos – contre son air ridicule. Je levai les yeux au ciel, amusée par son obstination à s’estimer normal.

— Je ne vais pas tenter de vous convaincre que vous l’êtes, ridicule. J’ai compris que jamais vous n’entendriez raison à ce propos. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, je sais quand il est nécessaire de baisser les bras.

Je laissai échapper un léger rire.

— Et quand il est temps de réattaquer de plus belle.

Mon regard malicieux contredisait la menace qui planait entre deux mots et se perdait dans mon sourire carnassier. J’appréciais assez Mayeul pour éviter de me le mettre à dos en lui rappelant à quel point il était ridicule à chaque phrase que je prononçais. De plus, il était un grand garçon, s’était débrouillé sans moi jusque-là, et pouvait parfaitement choisir lui-même ce à quoi il voulait ressembler. Et même si son choix, comme dans le cas présent, pouvait s’avérer assez malheureux, je me sentais tout à fait capable de l’accepter. Toutefois, j’adorais déjà le taquiner à ce sujet, et si l’occasion se présentait, je n’hésiterais pas une seconde à recommencer, juste pour le plaisir de le voir répliquer.

Lorsque je l’accusai d’avoir minutieusement planifié les choses pour que j’en vienne à vouloir le garder comme prisonnier et, pire, d’avoir montré une affection de façade envers les poires, il fit mine d’avoir été blessé par mes paroles comme par une véritable insulte. La main au cœur, il prétendit que jamais il n’aurait malmené des pauvres poires uniquement pour s’attirer mon amitié. Puis il ajouta que, puisque j’avais déjà avoué l’apprécier, il était trop tard pour prétendre que je me débarrasserais de lui sans état d’âme. J’esquissai un sourire amusé, consciente que je trouvais cette conversation assez exceptionnelle pour que, effectivement, je n’aie aucune envie de quitter mon interlocuteur, à mes yeux aussi précieux qu’une perle rare.

— Les poires font partie de ces êtres sous-estimés qui se laissent malmener par l’ignorance et l’indifférence du genre humain, déclarai-je pourtant d’une voix faussement sérieuse. Elles sont peu nombreuses, les bonnes âmes qui ont conscience que les poires doivent être respectées pour ce qu’elles sont et non usées et lâchement rejetées comme des objets inanimés. Alors oui, je vous imagine bien, vous qui il y a peu encore méprisiez les poires, vous en servir sans vergogne pour mieux me manipuler. Vous êtes futé, Mayeul, je ne cesse de le répéter.

L’ombre d’un sourire ourla mes lèvres.

— Quant à mon appréciation, elle est encore variable. Je préfère me laisser la possibilité de changer d’avis, de façon tout à fait raisonnable, d’ailleurs. Si vous m’insupportez, vous redescendrez assurément dans mon estime. Jusqu’à ce que je vous trouve sacrifiable pour mon bien-être personnel.

J’achevai mon petit discours au moment où il s’écartait, révélant le Joyeux poète. Après avoir avoué que je l’aimais bien – pure vérité, cette conversation m’amusait et me donnait le rire facile – et décidé de lui faire confiance, je m’engouffrai dans la taverne. C’était un endroit relativement calme, pour une taverne. Il y avait juste un léger bourdonnement de conversations, souligné par le doux murmure d’une flûte. Autant à mes yeux la poésie était-elle une manière alambiquée de considérer le monde, autant la musique me semblait être un art sublime qui transcendait la parole elle-même pour toucher ses auditeurs en plein cœur. C’était une mélodie simple, mais même les choses les plus simples contenaient leurs trésors. Je tendis l’oreille pour ne pas perdre une note, gardant ainsi le silence tandis que Mayeul m’emmenait à une table où nous nous installâmes.

Lorsque nous fûmes assis, Mayeul brisa le silence. Il fit remarquer que je n’avais pas résisté longtemps à son prétendu « charme légendaire ». Je secouai la tête avec un léger rire, moqueuse. Alors ainsi, en plus de ne pas comprendre qu’il était ridicule, le pauvre se pensait charmeur ? Je résistai de justesse à l’envie de lui tapoter de nouveau l’épaule avec compassion.

— Je pourrais prétendre, effectivement, que vous êtes irrésistible, mais j’ai pris l’habitude de ne jamais mentir, affirmai-je, une lueur espiègle au fond des yeux.

Il se tourna ensuite vers une serveuse pour donner notre commande. N’ayant aucune affinité particulière avec la nourriture, je le laissai volontiers commander pour nous deux. Il demanda une assiette de porc aux épices et une bouteille de liqueur lagrane, en précisant, d’un ton si bas que je dus tendre l’oreille, qu’il voulait une liqueur légère, pour éviter que je n’en vomisse mon repas. Même si j’avais probablement l’estomac plus solide qu’il ne le pensait, je relevai l’attention comme faisant partie de ces gestes censés me mettre en sécurité. Je ne manquai pas de remarquer le clin d’œil qu’il fit à notre longue conversation sur nos amies les poires, et me retins d’éclater de rire.

Enfin, la serveuse partie, Mayeul se tourna vers moi comme un enfant affamé qui attend avec impatience d’être servi. Il voulait son histoire. Je ravalai un nouvel éclat de rire, réfléchissant à la meilleure façon d’amener mon récit pour qu’il semble bien plus intéressant qu’il ne l’était en réalité. J’étais assez peu accoutumée à cet art, en fait, puisque j’avais l’habitude de dire la vérité comme elle l’était, sans essayer de la transformer. Or, rien dans mon voyage ne pouvait s’avérer un tant soit peu héroïque, intense, ou passionnant. Un demi-sourire ourla mes lèvres.

— Tout d’abord, je tiens à vous dire que je vais décevoir tous vos plans, Mayeul. J’aime bien cet endroit, aussi, vous pouvez garder votre sort pour vous, je m’en passerais bien. Si vous êtes vraiment déçu de ne pouvoir devenir mon prisonnier, je vous autoriserai à pleurer sur mon épaule.

Je doutais que Mayeul se mette à pleurer pour si peu, mais certaines personnes pouvaient avoir des comportements surprenants. D’autant plus que nous étions à Lorgol, et qu’il était Ibéen.

— Mais d’abord, cette histoire pour laquelle vous brûlez d’impatience ! enchainai-je en souriant de plus belle.

Je me frottai les mains comme si je m’apprêtais à raconter le meilleur récit de toute ma vie.

— J’ai fait un long voyage solitaire pour arriver jusqu’ici, plus loin que je ne l’aurais jamais imaginé, et sans vouloir me vanter, assez courageusement. J’ai dû quitter ma famille, ma maison, mes amis pour arriver jusqu’à Lorgol. J’ai traversé des endroits bizarres – aucun n’était aussi étrange que la ville aux Mille Tours, je l’admets volontiers –, découvert des choses formidables et expérimenté deux concepts assez nouveaux pour moi : l’indépendance totale et cette impression tantôt triste, tantôt jubilatoire, de ne pas pouvoir se retourner vers un ami ou un parent pour demander de l’aide devant une situation a priori insurmontable.

Je secouai la tête en remarquant que je ne faisais que m’étaler sur des détails insignifiants.

— Mais commençons par le commencement ! Comme toujours lorsqu’il s’agit d’une aventure qui éloigne une personne des êtres qu’elle aime, mon histoire débute par une bêtise. Voyez-vous, Mayeul, je suis absolument incapable de briser une promesse. Quand je dis quelque chose, je le fais, quel qu’en soit le prix. Malheureusement pour moi, j’ai également hérité de la détestable habitude de parler à tort et à travers ce que, j’imagine, vous avez pu constater dès nos premières minutes de conversation. Toujours est-il que, puisque j’ai tendance à parler beaucoup, il m’arrive de faire des promesses inconsidérées, de celles que je ferais mieux d’oublier l’instant d’après, si vous voyez ce que je veux dire. Ou, sans doute, de celles que je ne devrais jamais prononcer.

Je foudroyai brutalement Mayeul du regard.

— Ne croyez pas une seconde que vous pourrez utiliser cette détestable habitude contre moi. Je vous interdis de me pousser à vous faire la moindre promesse. Et j’espère que par respect pour notre amitié commune avec les poires, vous vous en souviendrez.

Aussitôt cette interdiction prononcée, je repris le fil de mon récit comme si de rien n’était.

— J’ai donc promis à mes parents, au bout d’une longue conversation dont je me souviens à peine, que je ferai le voyage jusqu’à l’Académie de Magie et de Savoir. Ils ne m’ont pas vraiment crue, sur le moment, à croire qu’ils ne me côtoient pas tous les jours depuis vingt-deux ans ! A leur grand désarroi, je suis partie le lendemain. Et me voilà. A Lorgol. Attendant les entretiens d’entrée avec impatience. Fin de l’histoire.

Je lui offris un large sourire tandis que la serveuse revenait avec les plats commandés. Je lançai un regard au repas avant d’observer de nouveau Mayeul.

— Alors, cette histoire valait-elle bien un repas ?

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Jeu 2 Juin - 0:39

Mayeul esquissa un sourire satisfait, et sans doute quelque peu triomphant, quand la jeune fille sembla réaliser que son obstination à se savoir n’être pas ridicule ne céderait pas un pouce de terrain face à ses dires. Ne pas être ridicule, c’était bien là ce qu’il se refusait à admettre : il ne l’était pas, que cela paraisse être la vérité ou non à Melinda. Visiblement, aucun des deux ne changeraient d’avis, et elle devait bien céder la première : après tout, c’était elle qui soutenait cette allégation totalement infondée! Melinda, cependant, ajouta d’un air malicieux qu’elle ne se rétractait pas tout à fait, mais le voltigeur n’était pas dupe : ils se ressemblaient, tous les deux, assez pour qu’il puisse deviner quand elle comptait sérieusement s’accrocher ou non à un sujet. Et celui là, à ses yeux du moins, ne semblait pas assez important pour qu’ils continuent à s’y opposer. La conversation avec Melinda était aisée, et quelque chose lui disait que, comme lui, elle n’avait guère envie de rompre ce plaisant moment.
D’ailleurs, sa déclaration sur les poires n’en était qu’un nouvel indice. Le sujet les amusait visiblement tous les deux, et il ne pût qu’admettre l’éloquence de la jeune fille devant son vibrant plaidoyer contre l’utilisation des poires à ses fins personnelles, et sa menace de le faire redescendre dans l’échelle de l’estime qu’elle lui portait.

Amusée, le voltigeur choisit de ne pas défendre tout de suite son point de vue, pour mieux la persuader de sa sécurité dans cette taverne qui leur tendait les bras. De toute façon, s’il avait vraiment voulu attenter à sa vie, à son honneur ou quoi que ce soit d’autre, ça aurait quand même été plus simple de le faire dans la rue, plutôt qu’ici à la vue de potentiels témoins. Il choisit de garder pour lui sa réflexion, par contre, histoire de ne pas attirer la suspicion de la jeune femme. Ils en plaisantaient, évidemment, mais le fait été qu’ils ne se connaissaient absolument pas, et elle avait tout à fait raison : ici, à Lorgol, il aurait pu être n’importe qui.
Ils s’assirent à une table, relativement loin du musicien pour parler sans être obligé d’élever la voix, et elle répondit à sa taquinerie avec espièglerie. Ainsi donc, elle ne le trouvait pas charmant? C’en était presque vexant, si ça n’avait pas été dit sur le ton dans lequel s’était déroulée la majorité de cette conversation, à la fois léger et moqueur, taquin et amusé.
Encore un sujet, je le crains, sur lequel on ne tombera pas d’accord charmante Melinda. Car voyez-vous, j’ai pleinement conscience de mon charme. Que vous soyez d’accord ou non.
Ajouta-t-il avec un sourire moqueur, s’attendant visiblement à essuyer les critiques qui suivraient. Mais peu lui importait : Melinda avait la réplique assassine et les piques acérées, mais il en fallait davantage à Mayeul pour se sentir vexé par ce qu’elle pourrait lui dire. Il avait confiance en ce qu’il était, et si cette confiance vacillait parfois lorsqu’il était question de drogues et de volonté, ce n’était pas le genre de conversations qu’il menait avec quiconque, et encore moins une inconnue. Comme un défi, il avait adressé un sourire charmeur à la serveuse qui s’était approchée, lui faisant légèrement monter le rose aux joues avant qu’elle ne reparte avec leurs commandes. Mais il était là pour une raison, une seule : l’histoire que Melinda lui avait promis, et il la réclama sans gène aucune.

Il hocha la tête pour la remercier de son attention. En vérité, il était ravi que l’endroit lui plaise : après tout, si elle n’était pas à Lorgol depuis longtemps, il aurait été particulièrement malheureux qu’elle ne connaissent de l’endroit que des bouges minables. Il appréciait cette ville, lui, et était plus que ravi de le faire partager. Melinda débuta son histoire et il se retint de justesse de frapper dans ses mains comme un enfant trop excité. A coup sûr, cela lui aurait attiré une moquerie bien méritée.
Comme il l’avait imaginé, le récit de la jeune fille «tait loin d’être plat et banal, et elle y mit suffisamment d’emphase pour lui faire croire à un captivant récit. Il n’empêche, la remarque sur le fait qu’il pourrait utiliser à dessein sa détestable habitude de tenir coûte que coûte ses promesses arracha un éclat de rire à Mayeul, qu’il s’empressa de maîtriser. Visiblement, elle ne le connaissait pas assez pour croire à son honneur, espérant seulement qu’il ne retournerait pas cette pièce cruciale d’information. Il opta donc pour un sourire un peu trop large pour être totalement honnête, la laissant juger de ses intentions. Honnêtes, évidemment. Evidemment. Son récit s’acheva, et quand elle lui demanda si le repas était mérité, le voltigeur hocha la tête avec enthousiasme.
Vous êtes réellement quelqu’un dont on gagne à faire connaissance, Melinda. Vous êtes incroyable, vraiment.
C’était un compliment, et il espérait bien qu’elle le prendrait comme tel. Peu de jeunes filles pouvaient se vanter de posséder le courage nécessaire -car il fallait du courage- pour quitter tout ce qu’elles avaient connu et commencer à vivre d’une façon totalement différente.
J’espère que vous vous plairez à l’Académie. C’est un endroit magnifique, mais plutôt déroutant, surtout lorsqu’on n’a connu que le cocon familial. Vous êtes mage alors? Quelle saison?
Demanda-t-il avec curiosité. Il faut dire que la question ne l’avait jamais effleuré avant que Melinda ne parle de l’Académie, en réalité, mais cela faisait sens, maintenant. Il n'y connaissait pas grand chose en magie, loin de là même, mais il avait côtoyé assez de mages à Lorgol où à l'Accadémie pour avoir de vagues connaissances sur leurs capacités.
Mais vous verrez, c’est un endroit où, bizarrement, on se sent chez soi, au bout d’un moment. J’imagine que cinq années dans ces murs laissent des traces indélébiles.
Murmura-t-il d’un ton rêveur, sans même réaliser que si Melinda avait répondu à sa question et révélé sa raison de se trouver à Lorgol, lui n’en avait pas dévoilé une miette. Mais elle s’en fichait, probablement, alors il ne songea même pas à lui retourner la faveur.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Ven 3 Juin - 6:47

A ma remarque presque insultante, si elle n’avait pas été véridique, sur son charme qui laissait, selon moi, à désirer, Mayeul avoua que jamais nous ne tomberions d’accord là-dessus, et je le crus sans peine. Tout comme j’avais abandonné l’idée de le faire changer d’avis à propos de son air ridicule, je décidai d’un commun accord avec moi-même de le laisser se convaincre qu’il était charmant. Après tout, s’il voulait des conseils sincères à propos de ce qui n’allait pas chez lui, il savait désormais pouvoir venir me trouver, et l’idée de le voir se trainer à genoux devant moi pour me demander mon avis me plaisait assez. Toutefois, ce n’était sans doute pas pour tout de suite, même si je gardais espoir. Un jour, peut-être… J’agitai un doigt menaçant à l’encontre de Mayeul.

— Ne parlez pas trop vite, Mayeul, je peux me montrer très convaincante, et vous pourriez bien vous surprendre un jour à vous mettre à genoux devant moi pour obtenir quelques-unes de mes critiques. Peut-être vos certitudes commenceront-elles à vaciller d’un instant à l’autre sous le poids de mes commentaires. Ou, connaissant la fermeté avec laquelle vous défendez votre charme, peut-être pas…

J’avais endossé une mine faussement sérieuse, comme si je réfléchissais réellement au fait de le faire plier et à la façon dont j’y parviendrais. Toutefois, mon sourire, ce traitre incontrôlable, trahissait mon amusement en s’étirant en travers de mon visage sans la moindre discrétion. Comme pour me prouver qu’il avait raison à propos de son charme légendaire, Mayeul lança un sourire effronté à la serveuse, dont le visage se colora généreusement juste avant qu’elle ne parte avec nos commandes. Je haussai un sourcil sceptique, constatant que tout le monde n’était pas d’accord avec moi quant au ridicule de mon interlocuteur. Sans doute était-ce pour cette raison qu’il tenait fermement sur ses positions.

Enfin, il réclama son histoire, et je me lançai, précisant d’abord que j’appréciais l’endroit, avant de développer les raisons de ma présence ici. Lorsque j’en vins à parler de mon habitude souvent détestable de tenir toutes les promesses que je venais à faire, je le vis manquer d’éclater de rire, avant d’afficher un large sourire qui était bien peu rassurant. J’avais décidé, toutefois, d’accorder une relative confiance à Mayeul, du moins pour le temps de ce repas, et je laissai donc passer cette mimique carnassière comme si je n’avais rien vu, poursuivant mon récit d’un ton égal. Enfin, je terminai mon histoire et demandai si elle valait bien un repas.

Etrangement, Mayeul hocha la tête comme s’il n’avait jamais entendu une aussi bonne histoire de toute son existence. Sa vie ne devait probablement pas être très passionnante pour qu’il considère la mienne avec autant d’intérêt. Il poussa le vice jusqu’à dire que j’étais incroyable, et qu’il avait gagné à faire ma connaissance. Suspicieuse, je le dévisageai pour tenter de voir si c’était de l’ironie de sa part ou s’il était sincère. Décidant que c’était un dilemme bien trop complexe, je me contentai de préférer croire à la réponse qui me convenait le mieux.

— Merci, murmurai-je avec un léger sourire. Même si je pense que mon histoire apparait plus comme une succession de décisions inconséquentes que comme quelque chose d’incroyable. Heureusement, j’aime les décisions inconséquentes.

Mayeul me souhaita alors de me plaire à l’Académie. Il souligna que c’était un endroit magnifique, mais déroutant. Un léger sourire éclaira mon visage. Lorgol était un endroit magnifique et déroutant tout à la fois. J’avais probablement passé la plupart de mon temps à observer la ville avec des yeux ronds comme des soucoupes, comme s’ils pouvaient s’abreuver ainsi de plus d’informations. Je n’osais imaginer ma réaction lorsque je découvrirais l’Académie pour la première fois. Exponentielle, sans doute. Mayeul ajouta, toutefois, que c’était un lieu où on se sentait chez soi. Je me demandai s’il en savait autant parce qu’il était passé à l’Académie, lui aussi, ou s’il se contentait de faire des suppositions comme dans le cas de nos petites poires. Pour la première fois depuis le début de cette conversation, la curiosité de savoir qui était exactement cet homme se fit sentir.

— Je suis mage de l’Hiver, murmurai-je d’une voix lente. Une saison que je n’ai jamais vraiment aimée, l’hiver. Tout est trop froid, trop lent, trop endormi. Enfin, toujours est-il qu’on ne choisit pas vraiment ce genre de choses, donc je suppose que je n’ai pas à me plaindre. Etre mage, c’est une chance, et c’est déjà pas mal. Même si ç’aurait été un défi bien plus grand encore de rentrer à l’Académie sans être mage. Pour le coup, ma vie serait effectivement devenue incroyable.

Je goûtai la liqueur lagrane du bout des lèvres. N’ayant pas vraiment la fibre de fin gourmet, j’étais incapable de dire si elle était bonne ou non.

— Mais vous… vous prétendez qu’on se sent chez soi dans l’Académie, et je suppose qu’au bout d’un temps donné à s’accoutumer à cet endroit, il est effectivement possible d’y faire comme chez soi. Toutefois… vous en avez parlé comme si vous aviez déjà été à l’Académie, Mayeul. Serais-je face à un Savant ?

Je gloussai, amusée à l’idée que l’homme que j’avais justement considéré comme ridicule soit passé à l’Académie. Ce serait une coïncidence assez étonnante pour être remarquable. Je secouai la tête pour éloigner cette étrange idée et enchainai presque aussitôt.

— Je sais que vous avez proposé un échange d’informations et que je vous ai envoyé sur les roses, mais je suis curieuse, Mayeul, déclarai-je en posant les mains à plats sur la table. Moi aussi j’aime les histoires – autant les raconter que les entendre, d’ailleurs – et je me demande bien ce qui a pu vous amener ici, à Lorgol. En espérant, bien entendu, que ce ne soit pas d’enlever de pauvres jeunes filles ou de trouver un moyen infaillible de détecter le langage des poires.

Un sourire mutin étira mes traits.

— Prouvez-moi que vous êtes aussi incroyable que vous semblez le penser, Mayeul, le défiai-je, mes yeux pétillants de malice.

J’eus une moue mi-figue mi-raisin, tandis qu’une pensée soudaine me traversait l’esprit.

— A moins, bien sûr, que vous ne vous considériez lésé dans cet échange. Mon histoire en échange d’un repas… En échange de quoi voudriez-vous livrer la vôtre ?

L’idée d’être juste et équitable dans mes échanges venait de mes parents, qui avaient, contrairement à ce dont ils étaient persuadés, réussi à m’insuffler un zeste de bonnes manières. Mayeul semblait baser notre conversation sur une sorte de troc d’informations, et je ne voyais aucun problème à agir de la sorte. D’autant plus que j’étais désormais curieuse de cet homme dont je ne savais rien, et je cédais rarement tant que ma curiosité n’avait pas été assouvie. Autrement dit, j’étais prête à presque tout pour obtenir une réponse à ma question.

Comme lui quelques instants plus tôt, j’attendis mon histoire avec impatience, les yeux brillants, un léger sourire aux lèvres, prête à frapper les mains l’une contre l’autre, comme un enfant surexcité par une surprise promise, qui attend de savoir exactement ce qu’est ladite surprise.

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Ven 3 Juin - 23:01

Avec un sourire, Melinda avait tout de même réenchérit, arguant qu’il finirait par s’en mordre les doigts un jour et venir chercher la vérité, sa vérité tout du moins, en rampant devant elle. L’air supérieur de Mayeul lui indiquant qu’il n’en croyait pas un mot, et sous-entendait même qu’elle avait lâché devant sa détermination à ne pas la croire. Parce qu’honnêtement, il le savait qu’elle avait tort, il en était plus que certain même. Pas une seule fois sa détermination à ne pas la croire n’avait vacillé. C’est qu’il pouvait être tête, le voltigeur, même s’il soupçonnait que Melinda l’était sans doute aussi. Et dans ce duel de volontés, il avait remporté une bataille. Petite, certes, mais il n’en était pas peu fier.
Et elle avait beau faire mine d’y réfléchir encore, il savait qu’il avait gagné, et son sourire triomphant n’en faisait pas mystère. Il avait fait rougir la serveuse juste pour prouver la pertinence de ses certitudes, et vu la mine sceptique de Melinda, elle hésitait encore à le relancer là-dessus, où à lui accorder le bénéfice du doute. Tant pis pour elle, elle ne savait pas ce qu’elle perdait : il se savait charmeur, et en jouait de toute façon avec bien trop de liberté pour ne pas se permettre d’en être persuadé.

En récompense de ce dîner, et de cet endroit qu’elle ne trouvait décidément pas si mal, Melinda lui offrit enfin son histoire, qu’elle commenta comme n’étant pas extraordinaire. Il secoua la tête, ne revenant pas sur ses propos. Elle était extraordinaire à connaître, sincèrement, la jeune Melinda : elle ne réfléchissait pas beaucoup, elle croquait la vie comme elle s’en venait, et elle était d’une sincérité à toute épreuve. Le tout formait un cocktail explosif, mais ô combien intéressant. C’était elle qui était intéressante, bien plus que son histoire, mais le voltigeur n’éprouva pas le besoin de souligner ce détail. Au lieu de ça, il la questionna sur sa Magie, bien qu’il n’en connaisse que ce qu’il avait lu dans les livres. Sa réponse lui arracha un nouveau sourire : mage de l’Hiver? La coïncidence était amusante : la bibliothèque de la Vie Hivernale était celle qu’il fréquentait le plus lorsqu’il était étudiant, et il avait eu entre les mains quelques livres sur cette Magie dont elle se réclamait. Dans un but purement théorique, évidemment -et sans doute avec une bonne dose de curiosité-, il avait parcouru ces ouvrages avec l’esprit ouvert et un émerveillement presque enfantin, de voir que d’autres maîtrisaient ce domaine auquel il était complètement étranger. Il pencha la tête avec amusement en voyant la jeune femme goûter son verre avec circonspection, avalant le sien d’un trait pour mieux l’encourager. L’alcool lagran n’était pas réputé pour monter à la tête de ceux qui le buvaient, de toute façon. Il se resservit et considéra Melinda avec curiosité, tandis qu’après avoir supposé qu’il parlait d’expérience, elle enchaîna en lui dévoilant sa curiosité quand à ce que lui venait faire ici. Allons donc, elle se montrait curieuse, désormais? Se demandant un peu ce qui avait bien pu motiver ce changement d’avis, le voltigeur la considéra avec gravité un instant, un bref instant. Savait-elle la dangerosité de ce qu’elle venait de lui proposer, après lui avoir confié le fait qu’elle ne revenait jamais sur une promesse qu’elle avait faite?
Ce que j’exige en échange de mon histoire?
Répéta-t-il lentement, un sourire sur les lèvres. Il prit bien son temps avant d’enchaîner, en une mine sérieuse à peine démentie par ses yeux pleins de gaieté.
Je pourrais exiger n’importe quoi, savez-vous? Un baiser, peut-être. Ou une nuit entre mes draps, si tant est que je ne cherche pas à vous enlever dans ce but auparavant. Si j’étais réellement malhonnête, croyez moi, charmante Melinda, que je saurais profiter de vos paroles et de votre curiosité.
Il laissa un instant sa phrase en suspens avant de hausser les épaules.
Mais j’aime trop raconter les histoires pour vous proposer un tel marché. Alors, je me conterais de votre promesse qu’à mon prochain retour à Lorgol, vous m’offrirez l’honneur de vous offrir un nouveau repas, que vous puissiez me conter les débuts de votre aventure à l’Académie. Qu’en pensez-vous?
Cela lui paraissait équitable. Les entretiens auraient sans doute débuté le temps qu’il revienne dans la ville, et revoir Melinda, la pétillante et si charmante Melinda, le rendrait heureux. Il appréciait leur conversation, sincèrement, et l’idée qu’il puisse lui extorquer une telle promesse, après ce qu’elle lui avait confié, l’amusait plus qu’il ne saurait le dire, comme un défi qu’il était ravi de pouvoir relever.
Et si je peux influencer votre décision, sachez qu’être diplômé de l’Académie n’est pas le point le plus impressionant de mon histoire.
L’informa-t-il d’un ton savamment indifférent. Après tout, ce n’était nullement un secret, mais il se plaisait de lui faire croire que c’en était un. Et puis, pour ce qu'il en savait, elle se ficherait totalement de savoir qu'il était voltigeur. Si lui avait de nombreux souvenirs de son admiration pour les seigneurs ailés qu'il aperçevait lorsqu'il accompagnait ses parents à Euphoria, ce n'était peut-être pas la même chose pour elle.
Levant son verre en un salut amusé, Mayeul attendit sagement sa réponse avant de débuter son histoire. Qu’il raconterait probablement, même si elle refusait, à la condition qu’elle ne lui jette pas son verre à la tête et le plante là. Après tout, avec ce qu’il connaissait de Melinda, c’était une probabilité à envisager.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Sam 4 Juin - 18:15

Naturellement, il me fit lambiner. Il devait adorer ça, Mayeul, laisser le suspense sur ce qu’il allait me proposer. Ainsi, il répéta ma question à voix haute, comme s’il avait besoin de se l’entendre dire pour y réfléchir – quoique ça n’aurait rien d’étonnant, j’étais aussi incapable de songer sérieusement à quoi que ce soit sans m’enfoncer dans un de ces monologues que j’adorais. Après quoi il laissa lourdement peser le silence, comme une chape de plomb sur notre conversation. Mon impatience était à son comble, si bien que je dus me faire violence pour résister à l’envie de taper sur la table comme une gamine capricieuse attendant son repas. Prenant mon mal en patience, je m’emparai de mon verre et le vidai d’un trait.

Alors, Mayeul, avec un sérieux que je ne lui connaissais pas, me fit remarquer qu’il pourrait exiger de moi absolument n’importe quoi, d’un baiser jusqu’à une nuit à ses côtés. Une légère rougeur me monta aux joues, tandis que je m’apercevais à quel point mes paroles auraient pu être retournées contre moi – comme d’habitude, elles avaient tendance à s’émanciper de ma volonté. En fait, je n’avais tout simplement pas songé que qui que ce soit puisse profiter d’un marché honnête de cette façon. Je manquai de lâcher une remarque acerbe, lorsque je compris que ce n’était qu’une nouvelle plaisanterie de la part de mon interlocuteur un peu trop espiègle. Sa remarque sur mon possible enlèvement me le confirma. Il essaya ensuite de me convaincre que, puisqu’il n’avait pas profité de la situation, il n’était absolument pas quelqu’un de malhonnête. Comme si ça prouvait quoi que ce soit…

Je le vis hausser négligemment les épaules comme si le sujet n’avait pas d’importance. Il m’avoua alors trop aimer les histoires pour me proposer un marché que je ne pourrais que refuser. Je fronçai les sourcils, me demandant s’il aurait eu le moindre scrupule à me proposer un tel échange dans d’autres circonstances. Je mis en lumière sa remarque sur les jupons, sa façon de précéder toujours mon nom d’un charmant petit adjectif, et le sourire effronté qu’il avait lancé à la serveuse. De toute évidence, Mayeul était un séducteur invétéré, et je n’avais pas le moindre mal à l’imaginer comploter pour mettre la moindre de ses interlocutrices féminines dans son lit. Je plissai les yeux, me demandant si je devais me méfier et partir sur-le-champ. Probablement. Mais j’avais toujours été trop imprudente pour mon propre bien, et en dépit de ses défauts, Mayeul partageait avec moi une plaisante conversation.

Il me proposa alors de le laisser m’offrir un nouveau repas à son prochain passage à Lorgol, pour que je puisse lui conter mon arrivée à l’Académie. Je m’apprêtais à accepter, soulagée de ne pas avoir à me débattre avec l’obligation de devoir lui donner un baiser ou de passer une nuit entre ses draps. Une part de moi plutôt suspicieuse me fit pourtant remarquer que tel avait peut-être été le but exact de Mayeul en me montrant ce qu’il aurait pu me demander par rapport à ce qu’il me demandait effectivement. Toutefois, j’étais plutôt satisfaite à l’idée que cette conversation ne serait pas la seule que nous partagerions. Je n’aurais pas voulu qu’il se perde à jamais dans la foule des visages et que je doive me contenter de ceux qui me regardaient bizarrement du coin de l’œil. Rares étaient ceux capables de parler de poires sans ciller, avec le même sérieux que cet Ibéen.

— Ce que j’en pense ? murmurai-je finalement, les yeux plissés comme si j’étais plongée dans une intense réflexion.

En réalité, la réponse m’apparaissait clairement, mais je laissai un instant de suspense, pour que le silence paraisse aussi lourd à ses yeux qu’il l’avait été aux miens. Il en profita pour le combler aussitôt, en précisant que son diplôme à l’Académie n’était pas le point le plus intéressant de son histoire. Alors que certains auraient pu voir leur curiosité émoussée par ce zeste d’informations, la mienne en fut plus vivement piquée encore, et je sus sans doute possible que j’accepterai son marché. D’abord parce que j’avais envie de le revoir, ensuite parce que je voulais vraiment entendre son histoire.

— Mayeul, comment voulez-vous que je choisisse entre l’enfer et une bonne histoire ? Est-ce que j’ai l’air d’être capable de supporter votre présence une journée de plus ? demandai-je d’un ton plaintif, en me prenant la tête entre les mains.

J’éclatai de rire avant qu’il ait pu ajouter quoi que ce soit.

— Ne répondez pas, bien sûr que j’en ai l’air. Disons que je tiens vraiment à entendre votre histoire, Mayeul. Votre diplôme à l’Académie a piqué ma curiosité. Cette petite-là n’en fait qu’à sa tête. Elle me ressemble beaucoup. Quoique, parfois, elle se montre encore pire que moi, je trouve. Il n’y a pas pire que la curiosité pour vous pousser à faire n’importe quoi.

J’eus un sourire attendri. La curiosité et moi, c’était une longue histoire d’amour et de haine. Aussitôt, je secouai la tête et m’efforçai de reprendre un ton plus grave.

— Enfin, ne croyez pas que j’aurais accepté vos propositions indécentes, si jamais il y en avait eu. Je ne suis pas aussi dévergondée que vous semblez l’être. J’aurais simplement trouvé un autre moyen d’obtenir mon histoire. Par moment, je peux me montrer très convaincante pour obtenir ce que je désire. Je sais que vous n’en avez pas eu beaucoup de preuves, parce que j’ai abandonné l’idée de vous persuader que vous êtes ridicule, mais c’est un fait. Je sais me montrer persuasive quand je le veux.

Mon sourire s’élargit.

— Mais de toute façon, je n’aurais pas besoin de mes talents de persuasion aujourd’hui, parce que même si vous avez vos défauts, je crois que je vais prendre le risque de vous revoir, Mayeul. Et comme vous savez que je tiens toujours mes promesses, je serai bien obligée de tenir celle-là. Je vous promets donc de vous faire l’illustre honneur d’accepter d’être invitée à un nouveau repas dès votre retour à Lorgol.

Mon sourire se fit impatient, mon regard suppliant.

— Je peux avoir votre histoire, maintenant ?

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Dim 5 Juin - 11:24

Il avait laissé planer le silence, prenant son temps et distillant savamment ses informations. Melinda n’était pas la seule à savoir raconter des histoires et à ménager ses effets, après tout. Mais quand il reprit la parole, ce n’était pas pour lui raconter son histoire, plutôt pour l’avertir sans grande subtilité de ce qu’il aurait pu exiger d’elle en échange. Elle n’aurait peut-être pas accepté, mais il n’empêche, lui aurait pu tout à fait profiter de la situation, et si la rougeur sur les joues de la jeune fille était une quelconque indication, elle aussi s’en rendait compte. A moins que ce ne soit l’idée de sa proposition indécente qui lui faisait cet effet, il était bien incapable de le dire.
Mais Mayeul n’était pas forcément obsédé par l’idée de passer une nuit en charmante compagnie. S’il aimait charmer et plaire, il n’allait pas forcément pousser l’avantage jusqu’à en profiter. C’était l’art de badiner qui lui plaisait, faire naître un sourire, une rougeur, un certain embarras chez son interlocuteur. Il lui arrivait même de se montrer charmeur avec des hommes, une oeillade embrasée et certains perdaient tout potentiel de conversation. C’était le goût du défi qui l’animait, celui de plaire et de charmer, et une nuit d’amour n’en était que l’apothéose. On ne pouvait gagner à tous les coups, et il se douter que presser Melinda sur ce terrain là ne lui apporterait rien de concluant. Il se vantait de savoir lire les gens, après tout, et s’il lui arrivait parfois de se tromper, il trouvait toujours un moyen de retourner la situation. Mais Melinda, semblait-il, avait retrouvé contenance, se rendant sans doute compte qu’il n’était pas aussi malhonnête qu’elle aurait pu le soupçonner. Ou peut-être pas, vu la façon qu’elle avait de le regarder. Suspicieusement, soupesant sans doute le pour et le contre, la fuite ou la curiosité d’en savoir plus et l’idée, probablement, que s’il lui avait révélé son plan potentiel et ne l’avait pas utilisé, c’est qu’il n’était pas si malhonnête que ça. A moins qu’il ne s’agisse d’un nouveau plan, une ouverture innocente dans laquelle elle s’empresserait de plonger et qu’il refermerait, la capturant ensuite dans ses filets.
Oh oui, cela devait s’agiter dans la petite tête de Melinda. Il lui adressa un sourire narquois avant de descendre son verre de quelques gorgées, resservant ensuite le sien et celui de la jeune fille par la même occasion, la laissant réfléchir sans trop intervenir, pour qu’elle n’aille pas ensuite se plaindre qu’il essayait de l’influencer. Comme s’il avait à la pousser à faire quoi que ce soit. Il lui avait proposé un futur repas, et une future conversation, et savait qu’elle allait accepter. Enfin, disons qu’il en était presque sûr. Quasiment. Ou alors elle allait lui mettre une gifle et sortir en furie : après tout, ce ne serait pas la première fois que cela lui arrivait. Au moins Melinda, elle, n’avait pas un frère aîné tout en muscles pour défendre son honneur prétendument bafoué ou, s’il existait, il n’était sans doute pas à Lorgol. Il sourit intérieurement à l’idée de ce souvenir qui, s’il avait été douloureux, avait fini par devenir amusant après quelques années.

La jeune fille finit par lui répondre, laissant traîner sa réponse au maximum pour le faire languir autant qu’il l’avait fait, dans une vengeance puérile qu’il reconnaissait sans peine : il usait des mêmes stratagèmes. Melinda et lui se ressemblaient bien trop pour pouvoir effectivement se tromper l’un l’autre, aussi ne s’inquieta-t-il pas beaucoup quand elle lui annonça la difficulté de la décision d’un ton plaintif. Mais elle accepta, bien évidemment. Il retint de justesse un mouvement de triomphe -définitivement puéril- tandis qu’elle blamait sa curiosité, affirmant qu’elle aurait trouvé un autre moyen que de plier à sa volonté.
C’est dommage, en un sens, je suis persuadé que j’aurais pu vous apprendre à vous amuser un peu. L’immoralité de ma proposition n’est qu’un point de vue, Melinda : en Sombreciel, croyez bien que ce n’est qu’une parole ordinaire. Vous perdez quelque chose, mais je suis ravi de gagner une chance de vous revoir.
Parce qu’en vérité, aurait-il profité des charmes de la jeune fille, il n’était pas assuré de la revoir. Si Mayeul s’attachait vite, il se lassait tout aussi vite, et si celles et ceux qui captaient son attention s’assuraient de son amitié, celles qui ne faisait que partager son lit étaient rapidement oubliées. Et Melinda avait, assurément, capté son attention, donc il aurait été dommage de simplement l’oublier. Et puis, qui sait, peut-être aurait-il l’occasion, plus tard, de lui donner un aperçu de ses nombreux autres talents. Car pour l’instant, c’était celui de conteur qui l’intéressait, et il se plia à sa demande de bonne grâce.
J’avais treize ans ans quand je suis rentré à l’Académie, ou presque. J’en suis sorti à dix-huit, avec un diplôme de psychologie.
Il s’interrompit pour la regarder avec amusement.
Je sais, c’est difficile à croire, et ce n’est pas exactement l’histoire que vous m’avez demandé, mais il faut bien que j’explique les grandes lignes, sinon vous n’allez rien comprendre. Donc... Je suis sorti de l’Académie, sans savoir précisement ce que je ferais par la suite. Mathilde...
Mayeul s’interrompit à nouveau. Il parlait très rarement de Mathilde, et toujours en ayant le coeur serré et les larmes à peine contenues. Il attendit quelques instants d’avoir repris un peu plus le contrôle de sa voix avant d’enchaîner.
Ma soeur jumelle, nous avons été à l’Académie ensemble. Elle... Elle avait voulu se rendre utile, devenir médecin et aider, et moi... J’hésitais encore. Alors j’ai décidé de me présenter à la Caserne de Serre. Là où les griffons attendent les cadets qu’ils choisiront.
Il marqua une nouvelle pause, plus pour l’effet dramatique qu’autre chose, mais Melinda avait certainement deviné où il voulait en venir.
Je suis voltigeur. C’est pour ça que je suis à Lorgol en ce moment, j’ai abîmé quelques pièces de mon équipement, et j’avais besoin de parler de vive voix au forgeron de la Caserne de Serre, à l’Est de Lorgol. Du coup, j’en profite pour visiter un peu plus la ville : c’est fou comme après quelques années ici, la cité reste un mystère à peine dévoilé.
Mayeul bascula un peu sa chaise, ouvrant les bras comme s’il attendait le jugement de la demoiselle, ce qui n’était pas faux, en quelque sorte.
Alors, qu’en dites-vous? Cette histoire valait-elle un futur repas?
Leur repas, justement, venait d’être servi. Distrait par la nourriture, le voltigeur s’y attaqua de bon coeur, ses yeux revenant pourtant à Melinda avec juste assez de gaieté pour qu’elle comprenne ce qui se passait dans sa tête. Etait-il à la hauteur de ce qu’elle attendait de lui? En tout cas, désormais, entre son amour des poires, son griffon et son attitude qu’elle pensait ridicule mais qu’il ne l’était pas, la jeune fille venait de faire une bonne percée dans le mystère qu’était Mayeul.
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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Dim 5 Juin - 15:28

Je dus m’empêcher d’hausser les yeux au ciel d’un air moqueur lorsque Mayeul prétendit qu’il pouvait « m’apprendre à m’amuser un peu ». Je possédais un caractère tel que je trouvais moi-même mes sujets de distraction. Pour moi, passer une nuit entre les draps d’un presqu’inconnu n’était pas vraiment un motif d’amusement, plutôt une raison de fuir en courant. Et si en Sombreciel de telles pratiques étaient considérées comme ordinaires, alors j’étais bien contente de ne pas être cielsombroise. Par conséquent, je ne considérais absolument pas comme une perte le fait que Mayeul se soit prononcé pour un autre marché. Plutôt avec un certain soulagement. Je n’avais pas vraiment envie de lui jeter mon verre – qu’il venait de remplir à nouveau – à la figure et de partir sans autre forme de procès.

Enfin, Mayeul commença son histoire. Attentive, je me penchai légèrement vers lui, comme si je pouvais ainsi mieux capter chacun de ses mots, et comprendre jusqu’à la plus petite de ses micro-expressions. Il m’expliqua qu’il était entré à l’Académie à treize ans, qu’il avait étudié la psychologie et été diplômé cinq ans plus tard. J’eus un mal fou à m’imaginer Mayeul en bon élève. Il me ressemblait assez, à mon humble avis, pour se laisser porter de bêtise en bêtise, impénitent, toujours avec cette lueur malicieuse dans les yeux. D’un autre côté, l’intelligence que je voyais en lui lui avait sans doute permis d’obtenir son diplôme sans trop de peine. Bizarrement, le fait qu’il ait étudié la psychologie ne m’étonna pas le moins du monde. Je voyais bien Mayeul s’intéresser aux esprits de ses compatriotes humains comme il s’était laissé emporter par mon vibrant plaidoyer sur les droits des poires.

Il m’avoua qu’une fois son diplôme entre les mains, il s’était retrouvé un peu désœuvré. Il mentionna le nom de Mathilde… et se tut. J’ignorais si c’était dû au chagrin, à l’hésitation, ou au manque de mots. Mais je voyais mal Mayeul tomber à court de mots, à vrai dire. De même, je n’avais pas vraiment de lui l’image d’un homme facilement peiné, ou particulièrement hésitant, encore moins avec les femmes. Je fus donc plus attentive encore lorsqu’il expliqua qu’il s’agissait de sa sœur jumelle, et qu’ils avaient étudié ensemble, et qu’elle était devenue médecin. Mayeul, lui, sans idée précise de son avenir, s’était rendu à la Caserne de la Serre. Pour rencontrer un griffon.

Je retins mon souffle, tandis qu’il se ménageait une nouvelle pause. Un griffon. J’avais vu, habitant en Faërie, quelques dragons voler dans le ciel, comme des taches de couleur sur le firmament. Je n’avais jamais vu de griffons. La curiosité me piqua plus violemment encore, et je dus me retenir de ne pas secouer Mayeul pour qu’il me montre – ou me dessine – une de ces créatures volantes sur-le-champ. Je pris une profonde inspiration… la relâchai doucement. J’en profitai pour avaler quelques gorgées de plus. Non, je n’allais pas supplier à genoux pour aller voir ce griffon, impatiente et intenable comme une gamine qui désire voir un arc-en-ciel. J’avais acquis un peu plus de maturité que cela. Un peu.

Ainsi donc, Mayeul était voltigeur. Une de ses pièces d’équipement abîmée l’avait amené à Lorgol pour parler avec le forgeron de la Caserne de Serre. Son impression sur Lorgol, en tout cas, ne déparait pas de la mienne : lui aussi trouvait que cette ville serait un éternel mystère. Je n’y avais passé que quelques jours, mais j’avais l’impression que les rues contenaient toujours une nouvelle surprise, un nouveau carrefour inconnu, une devanture que je n’avais encore jamais vue. Lorgol était comme un dé possédant une infinité de facettes. A l’instant où un visiteur trop naïf croyait les avoir toutes aperçues, la Ville aux Mille-Tours révélait un nouvel aspect d’elle-même, sublime, incroyable et tout aussi surprenant que tous les autres. Lorgol, plus que tout autre endroit, me faisait me sentir comme une petite fille face à l’immensité du monde.

Mayeul bascula alors sa chaise en arrière et me demanda si son histoire valait la promesse que je lui avais faite. Au cours de ma vie, j’avais regretté nombre de mes serments, mais celui-là n’en faisait pas partie. Tandis que notre repas était servi, je laissai un large sourire s’épanouir sur mes traits, un sourire qui en disait bien plus que n’importe quel autre mot. Je pris une nouvelle gorgée de liqueur lagrane pour humecter mes lèvres, puis murmurai d’une voix douce :

— Il faut que vous me fassiez une promesse, Mayeul.

Je m’efforçai d’endosser une voix grave, mais je ne pouvais pas m’empêcher de sourire largement, et j’abandonnai vite l’idée de rendre la situation dramatique.

— Est-ce que… est-ce que ce serait possible, qu’un de ces jours vous m’emmeniez voir votre griffon ? questionnai-je d’une voix timide.

Je ne lui laissai même pas le temps de répondre, mon enthousiasme naturel reprenant naturellement le pas sur une timidité qui m’était bien peu coutumière. Je commençai mon discours par un large geste de la main qui manqua de renverser mon verre.

— Non, mais vous êtes voltigeur ! C’est tout simplement génial ! Voler, ça doit être… époustouflant. Vous devez adorer ça, je suppose. Quand j’étais petite, je m’imaginais qu’il me suffisait de sauter d’assez haut pour que des ailes me poussent dans le dos et que je puisse m’envoler vers les étoiles. Je rêvais d’aller en arracher une et de la ramener à terre. J’ai grimpé sur le toit de notre maison et je me suis élancée. Si mon frère n’avait pas été là ce jour-là…

S’il n’avait pas grimpé sur le toit pour me rattraper juste à temps, au risque de briser son propre cou, alors je n’aurais peut-être pas survécu jusqu’à présent. Cette idée me fit rire.

— Enfin, tout ça pour dire que voler, c’est un peu un rêve universel, comme atteindre la vie éternelle ou découvrir le bonheur dans un coin de sa maison. En plus, vous avez une sœur jumelle. J’ai eu un frère ainé, et il était comme un trésor dans ma vie. Avoir un jumeau, quelqu’un né le même jour, et qui a partagé toutes vos aventures… Vous devez être très proches.

Moi aussi j’avais été proche de mon frère. Avant qu’il ne meure. Je souris pour déchirer cette pensée bien trop triste

— En vérité vous avez beaucoup de chance et une vie merveilleuse Mayeul. J’espère que vous en avez conscience.

Un large sourire aux lèvres, je m’attaquai à mon repas, mais sitôt ma première bouchée avalée, je ne pus empêcher mes mots de se répandre de plus belle dans l’espace de la conversation.

— En tous cas, je suis parfaitement d’accord avec vous en ce qui concerne Lorgol. Cette ville semble renfermer une quantité inépuisable de surprises en tout genre. Je suppose que c’est le genre d’endroit dont on ne se lasse jamais. C’est comme découvrir un nouveau monde chaque jour, quand on se jette dans les rues sans peur de se perdre, et sans attente particulière. C’est presque aussi libérateur que l’idée que je me faisais de voler.

Je réfléchis une fraction de seconde.

— Non en fait, je crois que le vol doit être bien plus exaltant qu’une simple visite de la ville aux Mille-Tours. Si vous me permettez le qualificatif de « simple », bien sûr. C’est le problème quand on compare deux choses démesurées. Les adjectifs qu’on utilise sont toujours trop… faibles.

Est-ce que j’étais consciente de parler de sujets sans le moindre intérêt ? Absolument. Est-ce que cela m’importait ? Pas le moins du monde.

— Non, Mayeul, je ne regrette pas de vous avoir promis de vous revoir. D’ailleurs, même si votre histoire avait été ennuyante à mourir, j’aurais plutôt estimé cela comme une récompense.

Je perdis mon sourire, le couvant d’un regard menaçant.

— Pour peu, évidemment, que vous continuiez prudemment à éviter de m’inviter passer une nuit entre vos draps.

Mon sourire retrouva bien vite sa place habituelle sur mon visage, prouvant que je lui faisais, en vérité, assez confiance à ce sujet. L’esprit léger, j’avalai une nouvelle bouchée de mon repas, simplement heureuse de vivre l’instant présent.

Décidément, je ne regrettais pas d’avoir abordé un inconnu dans la rue pour le prétendre ridicule.

En récompense, j’avais reçu un repas gratuit, partagé une conversation aussi légère qu’amusante et rencontré un voltigeur, un vrai, qui chevauchait un vrai griffon.

A mes yeux, les choses ne pouvaient décidément pas se dérouler mieux.

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Message Sujet: Re: Ridicule générosité   Lun 6 Juin - 15:02

Elle avait écouté religieusement son histoire, restant silencieuse même quand il ménageait ses effets. Mayeul ne se vantait pas d’être un grand conteur, mais il lui arrivait souvent, lorsqu’il était petit, d’assister aux veillées où conteurs et troubadours régalaient une bien noble assemblée. Melinda ne sembla pas s’en plaindre, en tout cas, retenant son souffle aux moments opportuns, semblait craindre que prendre la parole le déciderait à la laisser dans l’expectative. Le voltigeur s’était contenté de tracer les grandes lignes, passant rapidement sur Mathilde, comme il le faisait si souvent. Il était incapable de s’étendre sur le sujet, de toute façon, le gardant précieusement enfermé dans son coeur et dans son esprit, comme un trésor que l’on craint de montrer de peur qu’il ne se ternisse. Mais, grandes lignes ou non, quand il s’arrêta de parler, le large sourire de Melinda en disait assez sur le fait qu’elle avait apprécié chacune de ses paroles. Elle but une gorgée, imitée par Mayeul, et quand elle l’interrogea, il la regarda avec un air surpris. Il aurait été bien incapable de jurer que Melinda, la jeune femme qui abordait les inconnus dans la rue sans la moindre considération pour leur égo, qui parlait de poires et d’enlèvement sans même paraître ébranlée par l’étrangeté de ses propos, cette Melinda là... Se pouvait-il que ce soit de la timidité, une supplique presque, qu’il entendait dans sa voix? L’incrédulité du voltigeur se diffusa jusqu’à son griffon, mais quand Mayeul lui transmit l’image de Mélinda, la volubile et enthousiaste Melinda Nuage claironna son approbation. Ils étaient bien semblables, pour cela, jamais du genre à refuser un compliment. Et c’est moi le fanfaron? Désapprouva Mayeul avec affection, retournant le sentiment qui émanait en général de Nuage lorsqu’il faisait l’imbécile sur son dos.
Il dût se faire violence, cependant, pour sortir de ce dialogue silencieux et se concentrer à nouveau sur Mélinda, ignorant de son mieux les images que Nuage lui envoyant de toutes les fois où, à l’humble avis du griffon, il avait fait le fanfaron pour les beaux yeux d’une dame. Comme si Mayeul était du genre à sortir la carte «Voltigeur» pour impressionner ses futures conquêtes. Incrédulité. Le Voltigeur soupira, admettant sa défaite. Bon, peut-être que c’était arrivé, une fois ou deux. Victoire. Ou un peu plus.

Mais depuis qu’il était voltigeur, il avait appris à jongler avec les pensées du griffon et les conversations extérieures, non sans mal parfois. Voler? Mayeul adressa un franc sourire à la jeune fille, amusée par son anecdote, se souvenant à quel point lui-même aimer grimper sur les toits et les poutres de la grande attenante à Vifesprit, sautant dans le foin qui se trouvait quelques mètres plus bas sans la moindre peur. Combien de fois ses parents avaient-ils condamné cet exercice? Et combien de fois, bravant le désaccord parental, avait-il entraîné Mathilde avec lui?
Mathilde. Le sourire de Mayeul tomba presque aussitôt, tandis qu’il entendait les propos de Melinda qui n’avait pas cessé de s’enthousiasmer. Très proches, oui, ils l’avaient été. Plus unis que des frères et soeurs, même. Plus unis que Melinda, même avec  un frère aîné dévoué à sa protection, ne pourrait probablement jamais l’appréhender. Sa gorge se serra davantage, et les dernières paroles de son invitée achevèrent de le crucifier.
Merveilleuse, oui
Approuva-t-il, d’une voix si basse que Melinda ne l’avait probablement même pas entendu. Son changement d’humeur ne passerait peut-être pas inaperçu, non plus, mais il fit de son mieux pour le dissimuler. Hélant une serveuse qui passait, il lui demanda d’une voix qu’il s’efforça de maîtriser à la perfection de ramener une nouvelle bouteille. Forte, celle-ci : une liqueur de Sombreciel, qui brûlait la gorge et évaporait vos pensées après seulement quelques verres. Il en avait besoin, un besoin impérieux.
Une fois commandée, il suivit l’exemple de Melinda et plongea le nez dans son repas, espérant que cela servirait à dissimuler son trouble. Melinda semblait suivre le fil de ses pensées, et si elle était curieuse de son attitude étrange, elle lui en toucherait un mot, il ne l’ignorait pas. Elle n’était pas du genre à taire bien longtemps la vérité, n’est-ce pas? La jeune femme s’enthousiasma à nouveau, pour Lorgol, pour le vol, pour la promesse qu’elle lui avait faite et qu’elle ne semblait en rien regretter. Le voltigeur, lui, le nez toujours penché sur son assiette, se contenta de hocher la tête, relevant les yeux seulement lorsqu’elle plaisanta sur le fait qu’il devait continuer d’éviter de lui proposer de la mettre dans son lit. C’était autant une menace qu’une plaisanterie, il le savait, et s’efforça d’en sourire, mais le coeur n’y était pas vraiment. C’est seulement quand la serveuse posa la nouvelle bouteille sur la table qu’il s’anima un peu, se servant une bonne rasade qu’il avala sans coup férir, d’une seule gorgée, accueillant avec soulagement la brûlure habituelle de l’alcool.
Je vais essayer de vous tenir loin de mon lit, alors, c’est promis.
Hasarda-t-il, et si sa voix ne montrait pas le même entrain habituel, cela y ressemblait pourtant. Presque. Melinda, après tout, ne le connaissait pas, alors, peut-être mettrait-elle ces quelques minutes d’humeur sombre sur autre chose. Il l’espérait.
Excusez-moi, je suis un peu fatigué, la journée a été longue. Donc... Vous voudriez voir un griffon? Qui vous dit que ce n’est pas une nouvelle tentative d’enlèvement de ma part?
Plaisanta-t-il, s’efforçant de donner le change. Une vague d’affection de Nuage l’encouragea dans cette voie, et son sourire se fit un peu plus sincère quand il reprit la parole.
Vous allez finir par vous fourvoyer et rechercher la compagnie d’un homme aussi ridicule que moi, si vous ne faites pas attention.
Ironisa Mayeul, avant de se resservir. Il arrêta son geste à mi-chemin, cependant, haussant les sourcils dans un geste d’invitation. Pas qu’il ne veuille la soûler, mais si elle désirait goûter quelque chose de plus fort, elle n’avait qu’à hocher la tête. C’était sa responsabilité, après tout.
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Ridicule générosité
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