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 Laisse moi t'aimer

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Message Sujet: Laisse moi t'aimer   Dim 5 Juin - 22:48




Livre I, Chapitre 4 • L'Ordalie de Diamant
Quitterie Aubenacre & Arsène Albe

Laisse moi t'aimer

Parce que tous les Familiers devraient porter un badge




• Date : 20 juin 1001
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Errant dans les rues de la Ville Haute, Arsène tombe nez-à-nez avec le plus bel animal qu'il ait jamais vu. Une cigogne, une vraie cigogne. Evidemment, l'apprivoiser semble la chose la plus judicieuse à faire! Quelle occasion, tout de même!

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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Dim 5 Juin - 22:55

Il s’était réveillé dans un lit, ce matin. Un vrai lit, avec de vrais draps qui sentaient bon les fleurs, un lit chaud et accueillant. Une très belle récompense, pour une soirée passée à servir des choppes et à aider au récurage des bols et des casseroles d’une des taverne de la ville. Il avait accroché son plus beau sourire, Arsène, avait d’aller demander s’il pouvait aider pour la soirée en échange d’un lit et de quelques piécettes, expliquant que sa mère l’avait jeté à la rue, qu’il n’avait pas mangé depuis deux jours, et s’il vous plaît, je veux vous aider, donnez moi du travail. Il avait gagné un bol de soupe, un lit douillet et même quelques pistoles pour acheter à manger. Et ce matin, quant il avait fini par se réveiller, le tavernier l’avait laissé repartir avec son argent et une bonne moitié de miche de pain frais, qu’il avait attaqué avec délice en se promenant dans les rues de Lorgol. Ce n’était pas un gros mensonge, mais il avait si bien dormi qu’il chercherait à l’élaborer, peut-être, parce qu’il était bien utile.
Arsène n’avait rien contre dormir à la belle étoile, pourtant. C’était beau, les étoiles, surtout quand il venait de pleuvoir et que le ciel était brillant, si brillant qu’on ne pouvait en détacher son regard. Cassandre lui avait appris leur nom, à toutes ces étoiles, et s’il ne se rappelait pas de la moitié, confondant les constellations sans vergogne, il aimait les regarder, et se souvenir d’elle. C’était un souvenir heureux, et de toute façon, elle n’aurait pas voulu qu’il soit triste. Il ne l’était pas : si sa maman de coeur s’en était allé, il en avait une autre, bien réelle, qu’il retrouverait un jour. Il était confiant en l’avenir, et en attendant, il ne servait à rien de s’en soucier.

Mordant avec entrain dans son pain, dévorant son petit déjeuner comme s’il n’avait rien mangé depuis des jours, ce qui était encore un mensonge, Arsène arpenta les rues et les ruelles de la Ville Haute, s’abreuvant des merveilles qui passaient sous son nez. Échoppes colorées, passants habillés avec finesse, il n’avait pas assez de ses yeux pour tout regarder, tout découvrir. Il avait beau vivre ici, il éprouvait toujours le même émerveillement, et si la Ville Basse était son terrain de jeu, la Ville Haute était une source inépuisable de merveilles. Il s’y promenait d’un pas léger, sautillant d’échoppes en étals, vibrant d’énergie et dansant presque sur place. Il était petit, presque invisible, personne ne faisait attention à lui, et c’était bien là ce qu’Arsène préférait : il y avait tant à découvrir, et à dérober, quand personne ne faisait attention à vous! Un coup de poignard, une main tendue, et une bourse pleine de fleurons venait s’ajouter à votre collection. Mais il n’était pas un voleur, ce matin, seulement un enfant émerveillé, reposé et le ventre plein, qui grignotait encore distraitement sa miche de pain frais, ne pouvant se résoudre à l’abandonner tant elle était délicieuse.
Un bond, un saut, et il s’écarta de la rue principale, dérivant dans une ruelle à laquelle il ne prêta guère attention pourtant. Car dans cette ruelle, en plein milieu de cette ruelle d’ailleurs, se tenait la chose la plus belle qu’il n’ait jamais vu. Une cigogne. Une cigogne, posée en plein milieu de la rue, et qui le regardait en hochant la tête. Distrait par cette vision, Arsène oublia totalement son entourage, gardant ses yeux bleus braqué sur l’animal. Qu’est-ce que faisait une cigogne ici? Elle était sans doute blessée, ça devait être l’explication. Sans nul doute, elle avait besoin d’aide. Et, sans nul doute encore, il était celui qui allait l’aider.

Prudent et circonspect, l’enfant s’approcha, retenant sa respiration de peur que l’animal ne décide de s’envoler. «Petit petit, n’aies pas peur, viens!» Évidemment, les cigognes ne comprenaient pas le langage humain, mais il avait déjà observé les gens s’approcher d’animaux apeurés en usant cette méthode, et ne rechignait pas à se l’approprier. «Tiens!» continua-t-il en lui lançant quelques miettes de pain, dans l’espoir un peu fou qu’elle n’ait pas peur et ne s’envole pas. En même temps, si elle était blessée, elle ne s’envolerait peut-être pas?
Il avança d’un pas, puis d’un deuxième, retenant presque sa respiration. Lui qui bruissait d’énergie était capable de se faire calme et presque immobile quand il le voulait, et il avança d’un troisième pas. La cigogne était près, si près! Il lui lança à nouveau quelques miettes, espérant l’apprivoiser. Qu’est-ce qu’il serait fier, de revenir à la Cour avec une cigogne domestique! Les autres seraient tous jaloux, mais il accepterait de leur prêter, en échange de quelques services sans doute. Il avait remarqué que l’un de ses amis avait une nouvelle chemise, et il lui échangerait volontiers contre une journée avec la cigogne. «Viens, je ne vais pas te faire de mal.» Promit-il à l’animal, avant de s’approcher encore un peu, doucement, oublieux de tout ce qui pouvait bien l’entourer, concentré uniquement sur son objectif, des rêves plein la tête. Plus personne ne comptait : ni les gens, ni la ruelle, seulement lui et le magnifique animal. Nouvelles miettes de pain, nouveau pas. Encore un ou deux, et il pourrait toucher l’animal, et l’apprivoiser peut-être. Il avait déjà décidé qu’il allait l’appeler Joli-Bec. Oui, ça lui allait bien!
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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Lun 6 Juin - 21:18


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Arsène & Quitterie • 20 juin 1001


Quittou, il y a un petit d’homme louche qui me fait des avances.

Le ton circonspect de mon Familier attire mon attention, et je suspends un instant les passes magiques que je réalise au-dessus du dos de ma patiente. Guérisseuse officielle de la division de Port-Liberté, je ne rechigne jamais à mettre mes talents naturels à disposition des vétérans Chevaucheurs de tout Faërie lorsque je suis en déplacement. La femme qui m’a fait mander directement à la Taverne de la Rose où je réside durant mon séjour à Lorgol auprès de Lucille est une ancienne du Vol d’Ansemer ; c’est donc tout naturellement qu’elle a fait appel à une guérisseuse de bataille ansemarienne. Je me suis présentée à sa Tour dans la Ville Haute : c’est une petite bâtisse un peu branlante et décrépite, qui ne paie pas vraiment de mine, mais qui représente l’investissement financier de plusieurs générations. On m’y a accueillie avec grande gentillesse ; mais la femme étant phobique des plumes, Sayam n’a pu m’accompagner. Profite, mon ami, lui ai-je dit ; promène-toi dans les ruelles, profite de juin. J’ai senti sa répugnance à me laisser : depuis mon enlèvement par la Marie Sanglante, nous rechignons à nous séparer, mais parfois il faut se résoudre et se contraindre, et ma belle cigogne a pris son parti de cette fâcheuse situation, résignée à m’attendre au-dehors.

Passant doucement les mains le long du dos douloureux de ma patiente, crépitantes de magie guérisseuse et baignées de cette aura diaprée qui est la signature de mon pouvoir, je laisse l’enchantement localiser la vertèbre fautive. Les pensées perplexes de Sayam sont une distraction que je ne peux pas vraiment me permettre : il s’agit d’une magie subtile, et délicate, je dois absolument me concentrer. Mon ami, je dois m’isoler le temps de terminer ceci – sois gentil avec l’enfant, je ne pense pas qu’il te veuille du mal. Je serai là bientôt.

La cigogne comprend la demande de sa mage, évidemment – depuis dix années, il la suit dans l’apprentissage puis l’exercice de son art, et il sait, parfaitement, à quel point le degré de concentration est important pour garantir le succès des opérations entreprises. Il n’insiste pas – il va sûrement décoller pour rejoindre Serment à la caserne de Flamme, passer le temps jusqu’à ce que leur mage ait terminé sa visite, causer des semaines écoulées à sa recherche dans la furie d’un océan déchaîné. Ou alors il va se percher sur un toit, observer les allées et venues des humains dans la Ville Basse, curieux d’évaluer l’activité sournoise dans les ruelles. Il ne restera pas là, en tout cas – pas sous le regard de ce petit d’homme qui s’approche en tapinois et qui lui lance des miettes comme s’il était une vulgaire perruche domestique. Sceptique, il observe l’enfant progresser lentement vers lui, pas après pas, émiettant sa pitance avec ce qu’il suppose être une mimique d’encouragement. Malgré lui, il s’apitoie, le fier oiseau si orgueilleux d’ordinaire, en entendant les douces paroles du petit. Il n’a pas vraiment l’habitude d’être courtisé ainsi. Bien sûr, Quitterie recherche sa compagnie, mais c’est normal, elle est sa mage après tout, une partie de lui, et il voit pour elle. Ce petit d’homme, là – c’est différent. Sayam lit l’admiration dans ses yeux, et sa nature un brin orgueilleuse s’en trouve flattée. Habituellement, aux côtés de sa mage, son statut de Familier est évident et tous le respectent ; mais là, le modèle réduit aux grands yeux clairs ne sait peut-être pas ce qu’il est, et il y a bien longtemps qu’un autre humain que sa mage n’a pas approché Sayam avec autant d’adoration dans le regard.

Curieux, il déplace le poids de son corps d’une patte sur l’autre, inclinant la tête sur son très long cou, le tendant en avant pour mieux voir son visiteur. Il hésite, le gracieux Familier aux longues pattes : doit-il s’envoler pour se mettre hors de portée de l’humain miniature, ou rester là et observer le jeune dans son habitat naturel… ? Indécis, il fait claquer son long bec effilé à plusieurs reprises. Il ne se décide pas à lui parler, pas encore : il est, au fond, bien trop curieux de savoir ce que le petit être lui veut.


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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Mer 8 Juin - 9:02

L’oiseau si majestueux sur lequel il avait jeté son dévolu ne s’était toujours pas envolé, et Arsène peinait à en croire sa chance. Peut-être était-ce un signe d’Idril pour encourager sa curiosité, ou peut-être était-ce tout simplement qu’elle était blessée, cette cigogne. Qu’est-ce qu’une cigogne bien portante ferait ici, sinon? Ou alors, peut-être qu’elle l’aimait bien? Tendant la main, retenant presque son souffle, l’enfant s’arrêta net quand l’oiseau bougea, de peur de le voir s’envoler. La déception qui se peignit sur ses traits ne dura que quelques secondes, puisque la cigogne ne sembla pas décida à étendre ses ailes. Elle était belle, si belle, il aurait tellement aimé pouvoir la caresser. Il était sur qu’elle devait être toute douillette, ses belles plumes si douces au toucher, son bec lisse caressant comme un drap de soie... Pas qu’il ait jamais dormi dans des draps de soie, évidemment, mais il imaginait que cela devait ressembler à ça.
Si quiconque l’avait surpris, la main tendue à quelques mètres de la cigogne, en train de lui parler tout doucement pour ne pas l’effaroucher, sans doute l’aurait-on regardé bizarrement. Mais Arsène était totalement oublieux du monde extérieur, uniquement concentré sur son objectif, dont il était si proche qu’il lui semblait entendre les battement de coeur de l’animal. C’était peut-être les siens, en vérité, tellement il craignait de la voir s’envoler, déployer ses ailes et l’abandonner à tout jamais. Il n’aurait probablement plus la chance d’en approcher une de si près. «Toi aussi tu es toute seule?» demanda-t-il à la cigogne, qui pencha légèrement son long cou pour le regarder. Cela voulait peut-être dire oui. Ou non. Il ne parlait pas très bien la cigogne, à vrai dire. «Tu es perdue? Je vais te ramener chez moi, tu sais? Tu ne seras plus toute seule comme ça.» Il oublia de préciser qu’il n’avait pas vraiment de chez-lui, mais après tout, il réglerait les détails plus tard. L’important, pour le moment, était de passer ses doigts dans les plumes si chatoyantes, poser sa tête contre ce long cou qui semblait inviter à un câlin.

Car il était friand de câlins, le petit Arsène. Il aimait à quémander des contacts physiques, adorant se blottir, même si ce n’était que quelques secondes. Cassandre lui manquait plus que tout, dans ces moments là : il avait ses copains, évidemment, mais ce n’était pas pareil. Il était en manque, en manque de chaleur et d’affection, et cela lui serrait le coeur, parfois, de ne pas pouvoir en profiter. Alors, caresser cette douce cigogne, ne serait-ce que l’espace de quelques secondes, il en avait très envie. Émiettant encore un peu de pain, il le garda cependant dans sa main, tendant les doigts, mais il était encore trop loin. Il avait beau être téméraire, le claquement de bec de l’animal l’avait fait reculer de quelques pas : c’est qu’il était long, son bec, et qu’un potentiel pincement ferait sans doute très mal. «Je veux juste te caresser, d’accord?» Demanda-t-il, les yeux pleins d’espoir, tandis qu’un nouveau pas le rapprochait encore un peu plus, le faisait regagner la distance perdue lors de son recul précipité. Il savait que les cigognes ne parlaient pas, mais il pensait que ce n’était pas très grave si lui parlait un peu. Après tout, sa voix n’avait pas l’air de l’effrayer, et peut-être que s’il lui disait ce qu’il allait faire, elle comprendrait qu’il n’avait pas de mauvaises intentions? Il était un peu novice en terme d’animaux : une fois, il avait recueilli un chaton abandonné par sa maman, mais l’animal trop faible n’avait pas survécu très longtemps. Il en avait été si triste que Cassandre ne l’avait plus laissé en recueillir un autre, lui expliquant que les chats étaient des animaux fiers et indépendants, et que les lier à un maître n’était pas très correct de sa part. C’était peut-être la même chose pour la cigogne, songea-t-il, mais il ne voulait pas la garder pour toujours : il voulait juste la caresser, l’amener cher lui, la faire admirer de tous et après l’aider à retrouver sa maison, si elle en avait une. En attendant, quel problème cela posait-il qu’elle reste avec lui?
«Tu es tellement belle», la complimenta-t-il en étendant sa main pleine de miettes vers le long bec, rapprochant doucement son autre main du plumage si désirable. Juste poser ses doigts dessus, quelques secondes... Il ne demandait rien d’autre. Un câlin, pour l’instant, c’était sans doute trop. «Je m’appelle Arsène, moi. Tu vois, on se connaît, alors, je peux te caresser maintenant. Je ne te ferais pas de mal, c’est promis.» assura-t-il encore, ses doigts presque à portée de l’animal. Presque, si près, il y était presque. Retenant son souffle, il allongea subitement la main pour effleurer le dos plumeux de l’oiseau, son corps tendu comme un arc dans l’anticipation d’un coup de bec, d’un hurlement, d’un soudain éclair qui le foudroierait sur place... N’importe quoi, n’importe qui, qui viendrait empêcher ce moment merveilleux où il toucherait enfin la cigogne.

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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Mar 21 Juin - 0:47


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Arsène & Quitterie • 20 juin 1001


Cruelle indécision. Irrépressible curiosité. Folle témérité. Des parts de lui que le glorieux Familier n’a guère l’opportunité de laisser voir le jour en présence de sa mage. Ils sont si semblables, Quitterie et Sayam : épris de liberté, amoureux de l’horizon, nés pour planer au-dessus des nuages en compagnie des dragons. Le handicap de la jeune femme la restreint terriblement ; aussi Sayam est-il tout ce qu’elle ne pourra jamais devenir, et cette curiosité de tout qui le taraude est née de celle qu’entretient sa mage pour le monde entier. Pour une fois qu’il peut s’éloigner de sa Quitterie et explorer un peu tout seul, il est déterminé à en profiter, quitte à commencer par ce bien curieux spécimen de petit d’homme qui lui fait des yeux suppliants.

Il est attachant, en vrai, ce garçon, quand il lui demande s’il est perdu et propose de le ramener à bon port. Sayam incline la tête sur le côté, pour mieux voir l’expression de l’humain : il a encore un peu de difficultés à interpréter le langage corporel, lorsque son esprit et celui de Quitterie ne sont pas en contact, mais la petite créature n’a pas l’air hostile. La cigogne perçoit son hésitation, se demande d’où elle provient : le petit d’homme a-t-il peur de lui ? Sayam n’a pourtant pas la sensation d’être bien menaçant. Certes, il est majestueux et magnifique quand il vole, ailes étendues en pleine lumière – et parfaitement modeste, n’est-ce pas, Serment – mais là, posé au sol et les ailes repliées, il est juste à la taille du garçon. Le petit tend la main – d’un bond de ses longues pattes agiles, l’oiseau recule, prudemment. On ne touche pas le Familier d’un mage, seule Quitterie a le droit de poser les doigts sur lui, mais il avance de nouveau lorsque l’enfant s’immobilise. Le petit tend la main sous son bec, Sayam tourne la tête pour voir de quoi il s’agit, sans se méfier – l’enfant est si jeune, quel mal pourrait-il lui faire ?  – et lorsqu’il sent la main sur son dos plumeux, il est trop tard. Un hurlement terrifié retentit dans la tour ; il perçoit vaguement une chute d’objets, une notion de mouvement, tandis que sa mage émerge du porche avec la promptitude du duc de Lagrance culbutant une vierge, complètement paniquée.

Leurs esprits s’entremêlent à nouveau ; confusément, la jeune femme perçoit que le danger vient de la silhouette debout près de son Familier, et pousse vigoureusement l’individu non identifié sur le côté, le faisant choir sur les pavés, s’interposant entre l’intrus et sa cigogne tout aussi paniquée, l’enserrant des deux bras pour la rassurer. Boum-boum-boum, font leurs deux cœurs à l’unisson, tant le choc est grand. Pour Quitterie, c’est comme si le criminel lui avait touché l’âme, l’intérieur de son esprit, de ses mains sales de bon à rien ; pour Sayam, c’est comme si un étranger s’était immiscé dans le lien privilégié qu’il entretient avec sa mage, comme un intrus qui se placerait entre eux sans y avoir été invité. « Tu vas bien ? Oh, mon ami, t’a-t-il blessé ? » La voix est tremblante, les mains malhabiles : la jeune mage est presque aveugle à présent, et s’en remet aux yeux de son Familier pour y voir clair.

Je n’ai rien, il m’a juste touché. Il n’a pas – Quittou, je crois qu’il n’avait pas compris. Il m’a pris pour une cigogne ordinaire, il ne sait pas que je suis toi. La réprobation de la guérisseuse est perceptible, tant elle vibre dans le lien entre leurs deux esprits, mais la cigogne perçoit les efforts que fait sa mage pour ne pas exploser. C’est un enfant, Quittou, il ne savait pas ; j’aurais dû lui parler. Maintenant le corps tremblant de l’animal contre elle, le réconfortant de son mieux, la Chevaucheuse tourne le regard vers l’endroit où elle a poussé l’intrus hors de son chemin, il y a quelques instants à peine. Dans l’esprit de Sayam, elle capte un écho de son visage : jeune, en effet, des yeux clairs, des cheveux bruns. Et l’admiration dans ses yeux. Mmm. Agacée, mais comprenant mieux ce qui s’est passé, elle fait signe au garçon de se relever, d’approcher.

« C’est mon Familier que tu as touché, petit. C’est interdit, pour de bonnes raisons : le toucher lui, c’est me toucher moi, et je ne le permets pas. Comment tu t’appelles ? »


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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Jeu 23 Juin - 23:07

Il l’avait touché. Durant quelques secondes qui lui parurent trop vite envolées, Arsène avait posé sa main sur le plumage magnifique de l’animal, goûtant la douceur des plumes et la chaleur de ce corps frêle et gracieux. Quelques secondes qu’il avait encore de la peine à savourer pleinement, tant le cri l’avait surprit. Le hurlement, plutôt. Il avait de la peine à comprendre et à relier les deux événements, pourtant, l’enfant. Quel mal pouvait-il y avoir à toucher une cigogne? Il n’allait pas lui faire de mal, pas la casser, il voulait juste la toucher. Elle était à quelqu’un, mais qu’importe? Vraiment, il ne lui voulait aucun malheur : elle était si belle, si attirante qu’il voulait juste la caresser. Quelques secondes.
Il n’aurait pas pu en profiter plus longtemps de toute façon. Quelqu’un s’interposa, le poussant sur les pavés qu’il rencontra sans même avoir le temps de le réaliser. C’est qu’il n’était pas bien lourd, Arsène, du haut de son jeune âge, et la rencontre avec le sol était douloureuse. Il s’égratigna le coude et la main, blessures de guerre habituelles d’un enfant remuant, mais ce n’était pas ça qui lui faisait réellement mal. C’est ce qu’il voyait devant ses yeux, sans vraiment bien comprendre en réalité. La cigogne. Cette dame. Qui étreingnait la cigogne.

Il se sentait en colère, déçu. Jaloux. Trahi, aussi, par cette cigogne qui semblait l’apprécier et n’était désormais plus qu’une boule de plumes tremblotante dans les bras de l’inconnue. Assis par terre, ses yeux qu’il aurait voulu furibonds trahissaient pourtant sa peine et son incompréhension. Il ne comprenait pas, vraiment. Ou alors, il ne voulait pas comprendre, peut-être : parfois, c’était tellement mieux de rester dans ses rêves qu’affronter la réalité. Machinalement, il frotta son coude ensanglanté, observant le couple étrange qui tremblait devant lui. Il se voulait furieux, trahi, blessé, mais pourtant, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de culpabilité. Qu’est-ce qu’il avait fait, pour que la cigogne soit aussi terrifiée? Il ne l’avait que touché, il le promettait, effleuré à peine. Et cette femme, pourquoi était-elle venu la défendre, comme s’il était le pire des criminels?
Il n’avait que peu de peine à faire le lien, en vérité. La cigogne. Le cri. La femme. Il n’était pas mage, mais il vivait à Lorgol depuis tout petit, et il savait bien reconnaître quand quelque chose le dépassait. Et c’était le cas à présent. Il les regarda, l’oiseau, la femme, et ne sût pas trop comment réagir. Il était coupable, sans doute. Et trahi, oh que oui. Et pendant que ces deux sentiments se débattaient en lui, il ne savait que trop faire, sinon les observer de ses grands yeux bleus où la colère cédait le pas à l’indécision. Puis à l’appréhension, quand la nouvelle arrivante lui fit signe de se relever.

Arsène, si espiègle et malicieux d’habitude, n’osa pas désobéir. Il n’avait pas peur, ça non, jamais! Mais tout de même, il se doutait que cette fois, sa bêtise était grande. Et pourtant, il n’était pas désolé. Un peu repentant, peut-être, de leur avoir causé une si grande détresse. Car il l’aimait bien, cette cigogne, et il s’en voulait de l’avoir tant effrayé. «Arsène», répondit-il, braquant un regard maussade sur la Mage. Puis sur son Familier. Il aurait pu lui mentir, mais à quoi bon? Il pourrait fuir, aussi, sans doute ne le rattraperait-elle pas, même s’il ne savait pas vraiment si elle pouvait l’arrêter grâce à sa magie. Peut-être, peut-être pas. Il n’avait guère envie de prendre le risque. Son coude lui faisait mal, et il avait déchiré sa cape, et... Il tenait à faire amende honorable auprès de la cigogne. Lui expliquer. «Je ne voulais pas lui faire de mal. Tu sais, ça, que je ne voulais pas?» Demanda Arsène en détournant ses yeux de Quitterie pour les poser sur la cigogne. Sans s’approcher, il avait compris la leçon.
Est-ce que c’était des excuses? En quelque sorte. Il avait du mal à s’excuser pour quelque chose qu’il ne pouvait pas vraiment deviner, et puis.... « Vous n’étiez pas obligé de me pousser.» Indiqua-t-il d’ailleurs à la jeune femme, un regain de colère teintant sa voix. «Je ne savais pas. Je ne le ferais plus.» Affirma-t-il en croisant les bras. «Je ne voulais pas te faire peur» Glissa-t-il tout de même à la cigogne, histoire d’arranger les choses. Il n’avait que peu d’estime envers la jeune femme, mais la cigogne, enfin le Familier, cela l’embêtait quelque peu qu’il soit en colère contre lui. Surtout après qu’ils aient partagé le restant de son pain.

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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Lun 4 Juil - 1:56


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Arsène & Quitterie • 20 juin 1001


Spoiler:
 

Il a l’œil furibond, le petit galopin des rues, le traîne-poussière, le moins que rien – et Sayam se sent un peu coupable d’être la cause de sa mésaventure. Il aurait dû parler, reculer ou s’envoler ; après tout, il n’y avait rien qui le distinguait d’un animal sauvage, surtout aux yeus d’un enfant des pavés qui n’a jamais vraiment dû côtoyer de mages auparavant. Machinalement, la Chevaucheuse caresse le dos de sa cigogne éperdue, qui tremble encore contre elle, tâchant de distinguer de ses yeux bien fatigués la silhouette ramassée au sol, là où elle a projeté le gamin dans une tentative bien maladroite de défendre son Familier qu’elle croyait en danger. Tournant la tête sur son long cou souple, la cigogne regarde elle aussi l’enfant soudain indécis, puis vaguement effrayé lorsque la jeune femme lui fait signe d’approcher.

Son ton maussade la fait sourire. Elle qui a grandi au milieu de sept frères, elle reconnaît l’attitude revêche de la jeunesse prise en défaut ; mais la manière dont l’enfant s’excuse auprès de Sayam lui plaît. Comme s’il avait compris, ce petit, que l’animal et sa mage étaient quand même deux esprits séparés, étroitement liés mais néanmoins indépendants. J’ai compris, petit, et je ne suis pas fâché, fait la voix télépathique de la cigogne. Ne le fais plus, c’est tout. Tu as fait très peur à ma mage. Elle s’appuie en arrière sur ses talons, la mage en question, toujours agenouillée sur les pavés, la cigogne blottie contre elle. « J’ai eu peur. C’est comme… C’est comme si tu avais touché, à l’intérieur de ma tête, à l’intérieur de mon cœur – comme si tu avais mis la main sur l’envers de mon âme, et c’est terrifiant, Arsène. Tu comprends ? »

Péniblement, la jeune femme se redresse, défroissant ses jupes des deux mains. D’un léger coup de tête contre sa cuisse, la cigogne lui indique le petit. Il est blessé, au coude, Quittou. « Oh ? » Doucement, elle se penche sur le coude écorché. « Oh. Je suis navrée, tu sais ? Je ne voulais pas te blesser, juste protéger Sayam. C’est son nom. Moi, je m’appelle Louison. Ma magie est de l’Hiver, je suis guérisseuse : laisse-moi voir tes plaies. C’est le moins que je puisse te donner pour te présenter mes excuses. » Le prenant par son coude valide, elle l’entraîne gentiment mais fermement le long de la rue, jusqu’à une allée située tout près, une intersection plus bas, où une vieille servante ridée comme une pomme bien mûre les fait entrer dans une Tour richement décorée. « Ici, c’est la Tour des Guérisseurs de Combat – les mages de bataille qui soignent les blessés pendant la guerre, et les Chevaucheurs en charge des soins dans leur division. Il y a des salles libres tout en haut ; tu as de bonnes jambes, oui ? »

Oui. Délicatement, elle s’occupe de son patient, tandis que la cigogne se perche sur l’appui de la fenêtre. Quelques passes, un sortilège murmuré d’un ton chantonnant, et la douleur s’assourdit dans le membre blessé. Un choc sourd au-dessus de leurs têtes fait lever la tête de la jeune femme, et un sourire mystérieux étire ses lèvres. « Juste à temps – j’avais presque fini. » La cigogne s’envole et disparaît, tandis que la mage termine d’envelopper le coude dans un bandage imbibé d’une potion désinfectante avec laquelle elle nettoie également les écorchures de sa main. « Pas d’autre bobo ? Bien. Attends juste un instant – j’ai une surprise, pour me faire pardonner. » Elle le lâche, se détourne, misant sur sa nature d'enfant curieux pour lui ôter l'envie de s’échapper. De l’aumônière à sa ceinture, elle sort deux gants de cuir qu’elle enfile avec l’adresse née de l’habitude, fixant leur extrémité rembourrée autour de ses coudes, avant d’ouvrir un tiroir et d’en sortir une paire plus petite qu’elle lui enfile prudemment, et qui vient enserrer ses coudes d’enfant avec fermeté. Un sourire amusé étire ses lèvres. « Allez viens, petit. On nous attend sur le toit. »

Elle donnerait n’importe quoi, la jeune mage, pour voir l’expression du gamin lorsqu’ils débouchent de l’escalier sur l’aile d’envol des dragons, et qu’ils y sont accueillis par la massive silhouette d’un dragon d’Améthyste majestueux. « Tu ne peux pas toucher Sayam, mais si tu en as envie, Serment consent à nous porter tous les deux. Ça te dit, de visiter les nuages, Arsène ? »



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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Sam 9 Juil - 9:52

Spoiler:
 

Ce n’était pas la première fois qu’il faisait une bêtise, et Arsène savait très bien que parfois, échapper à la punition était bien difficile. Et quand cette nouvelle venue l’avait appelée - cette mage, avec tout ce que pouvait bien comporter de mystère cette particularité dans son imaginaire d’enfant - il avait craint d’être sévèrement puni, alors qu’il n’y était pour rien, en réalité. Presque rien. Il aurait pu deviner, peut-être bien. La mine revêche et le ton boudeur, il n’avait pas osé désobéir et s’était approché, cherchant à cacher son appréhension sous une attitude pleine de défi. Mais s’il avait craint de lire de la colère ou de la cruauté dans les yeux de la jeune femme, il fût surpris de voir un sourire sur ses lèvres. Elle avait pourtant l’air en colère tout à l’heure, fâchée, et terrifié... Elle ne lui en voulait donc plus? La voix soudaine, dans sa tête, lui arracha un hoquet de surprise, tandis que son regard se posait sur la cigogne. Elle parlait? Dans sa tête? Surpris par cette expérience nouvelle, excité et, en même temps, empli d’appréhension, Arsène se résolut à hausser les épaules et à démontrer son indifférence. Tout, plutôt que d’avouer à quel point il se sentait coupable, et idiot. Et mal à l’aise, aussi, devant les explications de la Mage. Il ne pensait pas, vraiment pas, lui faire aussi peur. Il voulait juste toucher, lui. Pas faire de mal à quelqu’un. Il était bien jeune encore, Arsène, pour vouloir sciemment blesser quelqu’un qu’il ne connaissait pas.
Mais lui le téméraire, lui qui se vantait de n’avoir peur de rien ni de personne, n’osait pas vraiment prendre la parole devant cette mage, de peur que sa voix trahisse son appréhension, et le fait qu’il se sentait un peu démuni. Et en colère, aussi, même s’il sentait confusément qu’il n’avait pas réellement droit de l’être. Elle n’avait fait que se défendre, après tout, même s’il ne savait pas. Alors il se contenta de hocher la tête en réponse à sa question, ses yeux perdus sur les pavés, murmurant un «Je suis désolé» dans lequel il mit toute la conviction dont il était capable, mais d’une voix si basse qu’il doutait qu’elle l’entende réellement.

Mais quand la mage l’attrapa par le coude, l’entraînant avec elle en lui disait qu’elle pouvait le soigner, Arsène n’en menait vraiment pas large. Et si c’était un piège? Si elle faisait juste semblant, là, devant les témoins, et qu’elle ne veuille le punir pour son impertinence à avoir touché son Familier? Il n’osa pas se débattre pourtant, indécis sur la conduite à tenir, entraîné bien malgré lui vers une allée qu’il ne connaissait pas, dans une Tour si richement décorée qu’il ne pouvait que rêver d’y être introduit un jour. «Mais ça va, hein!» Protesta-t-il tout de même, tandis que Louison ne le lâchait pas. Ce n’était même pas faux : il avait l’habitude de s’égratigner sur les pavés de la Cour. Mais la jeune femme ne semblait pas vraiment désireuse de le lâcher aussi vite, aussi la suivit-il avec résignation, appréhendant ce qui l’attendait dans la Tour, en abordant cet air bravache qui ne laissait, il l’espérait, rien voir de ses doutes et de ses peurs. Une vielle servante, la Tour des Mages de Batailles et des Chevaucheurs blessés - alors là, du coup, il oublia même de protester tellement c’était époustouflant - et puis la question soudaine de Louison, devant les escaliers. Oubliant sa réserve et son appréhension, l’enfant secoua la tête. «C’est un peu bizarre de mettre des blessés tout en haut d’une Tour.» Affirma-t-il, perplexe, se laissant pourtant entraîner dans les escaliers, les yeux rivés sur la mage qui l’accompagnait. Il commençait à se rassurer : assurément, elle ne l’avait pas entraîné ici pour lui faire du mal. C’était se fatiguer pour pas grand chose, et il n’était pas grand chose. Son pas se fit plus traînant, tandis qu’il admirait un peu tout : les murs, les lampes, les paliers, s’abreuvant de tout ce qu’il pouvait bien observer ici.
Et il n’avait pas fini de s’émerveiller, le petit Arsène. La pièce dans lequel l’introduisit Louison attira toute son attention, et c’est à peine s’il jeta un regard à la cigogne sur le rebord de la fenêtre, perdu dans sa contemplation. Enfin, jusqu’à ce que la jeune mage le soigne, chose qu’il observa avec une admiration non feinte. Il ne ressentait plus rien! «Merci. Pour de vrai. Je veux dire, vous étiez pas obligée. C’est... C’est normal d’avoir défendu Sayam.» Avoua-t-il, un peu mal à l’aise de recevoir une telle attention. D’habitude, bien peu était ceux qui s’occupait de lui : oh, il volait quelques câlins et compliments, s’attachait aux uns et aux autres indifféremment, mais là, être seule source de toute l’attention de la mage le perturbait un peu.

Mais à nouveau, son attention fût attirée ailleurs, vers le toit. Arsène n’était guère connu pour conserver son attention très longtemps mais là, il allait de merveilles en merveilles, et rester concentrée plus de quelques minutes lui semblait impossible. Lui l’enfant des rues avait peine à croire qu’il se trouvait dans une Tour de la Ville Haute, celle des guérisseurs de combat qui plus est! Il se contenta de secouer la tête négativement quand la jeune femme lui demanda s’il avait d’autres blessures. Non, et puis, il ne s’était pas fait tant mal que ça, après tout. Il n’était plus un bébé qui pleure à la première goutte de sang. Machinalement, il se frotta le menton, là où deux cicatrices récompensaient sa temporaire inhabilité à tenir sur ses pieds, plissant les yeux à la mention d’une surprise. Une autre surprise? Il regarda la jeune femme avec des yeux ronds, avant de s’efforcer de reprendre contenance, pour ne pas passer pour un benêt. Elle n’était pas obligée de faire tout ça. Il avait envie de le lui dire, d’ailleurs, enfin, de lui répéter.
Mais l’attrait d’un autre surprise était plus forte que ses scrupules, plus forte même que son envie de fuir du début. De toute façon, se raisonna-t-il, Louison n’aurait pas perdu son temps à le guérir si elle comptait le disputer ou lui faire du mal, n’est-ce pas? Il lui adressa tout de même un regard curieux quand elle l’aida à enfiler une paire de gants, les mêmes qu’elle avait mis précédemment. Ses yeux plissés trahissaient ses questionnements intérieurs, mais il n’osait les formuler à haute voix, de peur de briser le charmer. Il avait touché la cigogne - Sayam - et elle aurait du être furieuse. Au lieu de ça, elle le conduisait de surprise en surprise. Peut-être s’était-il cogné la tête? Peut-être qu’elle utilisait sa Magie pour le punir, l’enfermant dans un monde d’illusion? Il secoua la tête à cette pensée : non, c’était stupide, ou alors, la meilleure punition qu’il n’ait jamais eu! Sa résolution vacilla l’espace de quelques secondes pourtant, quand elle lui indiqua qu’ils étaient attendus sur le toit. Le toit? Il se souvenait de la hauteur de la Tour, et c’était haut. Elle n‘allait pas le jeter de là-haut, n’est-ce pas?

Il secoua cette nouvelle inquiétude d’un haussement d’épaules, laissant sa curiosité et sa témérité prendre le pas sur toute autre considération, et s’engagea dans ce nouvel escalier avec résolution. Nouvelle volée de marche, et enfin, le palier, le ciel et... Un dragon. Rendu muet par l’émerveillement, l’enfant resta immobile, bouche ouverte, les yeux sans doute pas assez grand pour saisir pleinement tous les détails. A peine entendit-il Louison, tellement son attention toute entière était dirigée vers le dragon. Les paroles de la Chevaucheuse trouvèrent un vague écho dans son esprit, pourtant, parce qu’il s’avança doucement, bras tendu, désireux de poser sa main sur les écailles d’améthyste qui semblaient n’attendre que sa caresse.
Mais c’est une vague de culpabilité, pourtant, qui l’assaillit au dernier moment. « Sayam ne sera pas jaloux?» Demanda-t-il, sans s’adresser à personne en particulier. Il avait admiré la cigogne, vraiment, du plus profond de son coeur. Reporter cette admiration sur le dragon qu’il pouvait, cette fois, toucher sans crainte aucune lui semblait faux, quelque part. «J’ai vraiment le droit de te toucher?» S’assura-t-il néanmoins auprès du dragon. Parce qu’il était énorme, ce dragon, bien plus que lui, et sans doute ne ferait-il qu’une bouchée de lui s’il s’avérait qu’il n’avait pas le droit. Sa main gantée s’éleva, et il sembla soudain se rappeler ses bonnes manières, se tournant vers la Chevaucheuse avec un air émerveillé sur le visage. «Vous êtes super forte en surprises.» Affirma-t-il. Mû par une soudaine affection, il se précipita sur Louison, enserrant sa taille de ses bras en un geste spontané et juvénile, qui valait probablement tous les mercis du monde, effaçant sans peine tout ce qu’il avait pu penser de méchant sur elle. «Et oui, oui, oui!» Cria-t-il quand il la relâcha de ce câlin improvisé, incapable de refréner son enthousiasme plus longtemps, sautillant sur place avec impatience.

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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Ven 2 Sep - 14:35


Laisse-moi t'aimer
Même si on ne regarde qu'avec les yeux
Arsène & Quitterie • 20 juin 1001


Il semble heureux, le galopin boudeur, et la cigogne transmet les images d’une joie enfantine à sa mage. Oui, il semble ravi, et dans son regard juvénile l’on peut lire un émerveillement qui touche la jeune femme. Serment lui a fait cet effet-là, à elle aussi, ce tout premier jour dans l’amphithéâtre de la Caserne de Flamme, lorsqu’il s’est avancé pour fendre les airs et se poser devant elle pour la revendiquer comme sienne. Imposant, majestueux, terrifiant – magnifique, splendide, séduisant. Une merveille de grâce et de force combinées, une promesse d’avenir, l’esquisse d’un futur glorieux. Elle l’a aimé dès la première seconde, lorsqu’il a tendu la tête vers elle, pour poser le menton sur son épaule – depuis le premier instant, lorsqu’elle a enserré son cou de ses bras fragiles. Il ne sait rien, l’enfant, de l’amour sans bornes que la mage voue à son dragon, ni de l’affection profonde que la créature porte à sa Chevaucheuse. Peut-être le saura-t-il un jour, si la magie s’éveille en lui et que sa voie le porte vers les nuages et l’infini de l’horizon ?

Tu peux me toucher, petit d’homme, je le permets.
Je ne serai pas jaloux, petit, nous avons appris à partager.


La complicité qui lie le dragon et la cigogne réchauffe le cœur de la jeune femme, et elle sourit de percevoir l’admiration du gamin des rues. Elle sursaute, un peu, aussi, lorsqu’il la prend par la taille dans un câlin hâtif, et ébouriffe ses cheveux d’une main attendrie. Elle n’a pas l’habitude que les autres humains lui manifestent de l’affection, et l’étreinte sincère d’un gosse heureux la touche profondément. Elle n’a jamais trop bénéficié de contacts humains, Quitterie : ses frères la brimaient plus jeune, sa sœur était tenue loin d’elle, sa mère l’a abandonnée ; puis, à l’Académie, sa situation de mage ibéenne la tenait à l’écart des Faës. Même après avoir embrassé la carrière de Chevaucheuse, elle se sentait un peu à l’écart, elle qui ne venait pas de Faërie ; et plus tard, une fois intégrée en escadron, sa maladresse a tenu les autres à l’écart. Alors, elle serre le petit contre elle un instant, déversant sur lui quelques gouttes de tendresse, heureuse d’allumer la joie dans ses yeux, et d’avoir fait naître un sourire sur son visage que Sayam lui montre bien trop sérieux.

« Alors viens, petit, on va aller faire un tour ! Je vais monter la première, le harnais de selle est à ma mesure ; et ensuite, je te ferai monter devant moi, et je t’accrocherai au harnais passager. »

Joignant le geste à la parole, elle enfile un ensemble de lanières de cuir qui viennent enserrer sa taille, grimpant sur le dos du dragon d’Améthyste pour en fixer les attaches à celles de la selle qu’il porte sur son dos. Et elle explique, la Chevaucheuse, au gamin qui dévore la scène des yeux. « Je fixe les lanières de mon harnais aux boucles de celui de Serment ; comme ça, je ne tomberai pas une fois en vol. C’est une sécurité, tu comprends ? C’est important, parce que parfois le vol peut être agité. Je les enfile rarement maintenant, cela fait des années que Serment et moi volons ensemble ; mais aujourd’hui je vais avoir un passager, et nous ne voulons pas que tu tombes, Arsène, pas vrai ? » Le sourire qui étire ses lèvres s’entend dans sa voix, et le Familier se réjouit de voir sa maîtresse aussi heureuse de partager sa passion. Le dragon se penche pour qu’Arsène puisse escalader sa patte, et Quitterie aide le petit à s’asseoir devant elle. Du bec, la cigogne attrape un harnais sur un râtelier, et la Chevaucheuse l’enfile à son petit passager, resserrant méthodiquement les lanières pour l’ajuster à son gabarit. « Reste assis, ne bouge pas. Regarde : ici, j’attache tes cuisses au harnais de selle, tu ne pourras pas tomber. Les miennes ne sont pas attachées car je risque d’avoir besoin de bouger mes jambes, mais pas toi. Tu vois les boucles de cuir près de tes mains ? C’est pour que tu t’y accroches. Moi, je tiendrai les grandes, un peu plus haut. Il faudra te pencher un peu en avant, pour que je puisse les attraper, d’accord ? C’est surtout pour le décollage, après je me tiendrai simplement au pommeau de la selle juste devant toi. J’accroche le dos de ton harnais aux bretelles du mien, comme ça tu vas rester bien calé contre moi. Je vais passer mes bras autour de ta taille pour que tu sois bien stable, mais surtout ne m’attrape pas, d’accord ? J'ai besoin d'avoir mes bras libres. Tiens-toi à la selle et au harnais, et ça va bien se passer. »

Il est bien agrippé comme tu lui as dit, Quittou, je pense que vous pouvez y aller.

La jeune femme pose la main devant les yeux du petit, concentrant sa volonté. « Je viens de placer un enchantement qui va repousser l’air de tes yeux, comme ça tu verras bien ! » Elle, elle n’en a pas besoin. De sa sacoche de selle, elle tire un bandeau opaque qu’elle noue sur ses propres yeux. Voler à l’aveugle, et voir par les yeux de Serment… Cela vaut bien tout le reste.

On y va, Serment ; dès que tu es prêt.
Sagement, ou… ?
Ou passionnément. Je le tiens bien. Vole, seigneur des cieux : montrons au petit ce qu’est la liberté !


L’exaltation du dragon envahit l’esprit de la Chevaucheuse, et le monde se colore soudain tandis qu’il lui partage ses yeux. Se ramassant, il recule gauchement – puis court, s’élance, et saute abruptement du haut de la tour, accrochant l’air et s’élevant à grand renfort de battements d’aile puissants. Ils prennent de la hauteur, le gamin tapi contre la Chevaucheuse ; puis une fois à altitude raisonnable au-dessus de la ville, elle lâche les boucles du harnais de selle, se redressant en arrière et entraînant le petit en position plus verticale. Elle étend les bras dans l’air qui siffle à ses oreilles, savourant la sensation délicieuse de voler elle-même, puis noue ses mains au pommeau de selle, laissant le temps à son passager de s’habituer à la hauteur et au mouvement régulier des ailes de Serment, qui se dirige vers les courants d'air chaud au loin.

« Alors, Arsène, ça va ? Pas trop secoué ? »



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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Mar 13 Sep - 20:44

Ils avaient dit oui, tous les deux. Le dragon, et la cigogne. Ils étaient d’accord, et même si Arsène savait n’avoir pas le droit de toucher Sayam, il éprouva une brusque bouffée de gratitude pour la cigogne. Pour la Chevaucheuse, aussi, qu’il enserre de ses bras d’enfant pour un câlin improvisé. Elle le serra un instant, fort, et quand il se redressa enfin, Arsène, ses yeux brillaient d’excitation. Il en avait presque oublié, en vérité, à quel point elle l’avait terrifié quelques instants auparavant : désormais, elle représentait, la douce Louison, un énorme potentiel d’amusement et d’émerveillement.
Émerveillement, ça oui ! Sans mot dire, avec tout le respect et le recueillement dont il était capable, Arsène admira les gestes sûrement maintes fois répétés de la Chevaucheuse. Elle semblait parfaitement à son affaire, et ce n’était pas de la peur qu’il ressentait, mais de l’admiration. Et une gratitude débordante pour elle, pour Sayam, pour le dragon, pour ces êtres qui ne lui devaient rien et qui se montraient si gentils avec lui. Pour rien. Et c’était peut-être ce qui l’étonnait le plus, Arsène, vu comment il avait rencontré la Mage. Guérisseuse de bataille. Elle n’était pas assez vieille pour avoir servi dans les guerres que lui narrait Cassandre, mais elle avait sûrement vu et vécu des choses extraordinaires. Elle était Chevaucheuse. Et mage. C’était presque incroyable qu’elle se soit intéressé à un petit voleur des rues comme lui, et Arsène mesurait pleinement sa chance.

Il avait plein de questions, sur les dragons, sur les Chevaucheurs, mais il resta silencieux pourtant, de peur de briser la magie de l’instant, de rompre le charme et d’interrompre Quitterie dans ses préparatifs. Un harnais. Sécurité, pour qu’il n’ait pas peur. Il n’avait pas peur, non. Il était juste impatient. Et elle souriait, la Chevaucheuse, tandis qu’il écoutait avec une attention presque inaccoutumée chez lui ses explications. Il se contenta de secouer la tête, sachant pourtant, au fond, qu’elle ne le laisserait pas tomber. Le dragon étendit sa patte pour l’aider à monter, et le petit se faufila sans se faire prier, grimpant jusqu’à Louison avant de se laisser harnacher, hochant gravement la tête quand elle lui donnait ses instructions. A l’entendre, ça avait l’air dangereux, ou, au minimum, très périlleux. Mais il n’avait pas peur, vraiment pas. Il était pleinement concentré, ça oui, portant ses yeux sur chaque boucle, chaque lanière indiquée par la Chevaucheuse, de crainte que s’il ne se montrait pas suffisament attentif, elle décide de changer d’avis. Alors oui, il était silencieux, Arsène, s’efforçant de comprendre l’utilité de chacune des instructions données, de chacune des lanières de cuir qu’il avait sous les yeux. Il en aurait presque oublié Sayam, pour un peu, qui l’observait de son abri.

Louison mit soudain les mains sur ses yeux, et Arsène mobilisa toute sa volonté pour ne pas bouger. Elle était en train de faire quelque chose, il le savait, il le sentait, comme tout à l’heure quand elle avait refermé ses égratignures. Il ne savait pas trop ce que c’était, pourtant, et un bref soulagement se peignit sur ses traits d’enfant quand elle retira sa main, lui expliquant ce qu’elle venait de faire. C’était... Bizarre, mais d’accord : elle était Chevaucheuse après tout, elle savait sans doute bien mieux que lui ce qu’il convenait de faire. Mais quand il la vit se bander les yeux, l’enfant lui jeta un regard perplexe : elle n’avait pas besoin de voir où ils allaient ? Elle en était sûre ? Quoiqu’à la réflexion, c’était le dragon qui volait, pas elle. Il n’avait pas besoin d’être guidé, il savait sûrement ce qu’il faisait, Serment.

Arsène retint son souffle quand le grand dragon s’ébranla, la peur mélée à l’émerveillement, sans qu’il ne sache très bien discerner les deux sentiments l’un de l’autre. C’était grisant, enivrant, et... Furieusement effrayant. Blotti contre la Chevaucheuse, osant à peine respirer, il se remémora tout ce qu’elle lui avait dit de ne pas faire, bien plus concentré sur ses instructions que sur le paysage qui s’étendait sous ses yeux. Ne pas l’aggriper. Ne pas... Ne pas... Il ne savait plus. Un bref moment de panique, qu’il finit par oublier en ouvrant les yeux. Il ne se souvenait même pas de les avoir fermé !
Et là, blotti contre Louison, bousculé par le vent, Arsène prit enfin le temps de s’émerveiller, ouvrant grand les yeux dans une sensation avide. Il voulait tout voir, tout admirer, tellement c’était beau, vu de si haut ! Il sentit à peine les mouvements de la Chevaucheuse, qui écarta les bras, tandis que lui ne pouvait se résoudre à lâcher quoi que ce soit. A se détendre tout à fait, parce qu’il n’aurait jamais pensé que cela secouait autant ! Son bref voyage avec Ferveur - et Tristan - il l’avait vécu terrifié, après avoir été enlevé. Là, la sensation était tout autre, et même si ce qu’il avait sous les yeux était magnifique, sa peur et son émerveillement menaient toujours un féroce combat.

La voix de Louison, dans ses oreilles. Il lui répondit bravement, maîtrisant sa voix à la perfection, ou peu s’en faut. « Non, je n’ai même pas peur ! Enfin, juste un tout petit peu. Vous... Tu me tiens hein ?» Vérifia-t-il tout de même, oubliant toutes formule de politesse dans l’affaire, un peu anxieux de sa réponse. «C’est vraiment beau.» Ajouta-t-il dans un murmure, pas certain d’être entendu, mais le fait de le dire à haute voix effaça sa peur, quelques secondes. C’était une merveilleuse sensation, que de voler sur le dos de Serment, blotti contre Quitterie, sécurisé, à l’abri, et en même temps si exposé. Le vol régulier du dragon, son propre coeur battant dans ses oreilles, le paysage magnifique sous ses yeux. Il n’aurait voulu être ailleurs pour rien au monde, Arsène, même si son coeur se serrait à chaque fois qu’un vent plus fort le bousculait. Bien sûr, qu’il avait peur, mais il avait étrangement confiance en Louison, qui ne lui devait rien mais lui donnait tant. Et puis, il avait confiance en Serment aussi, bien plus encore. La tête pleine d’histoire de preux Chevaucheurs et de dragons majestueux et justes, comment aurait-il pu craindre quoi que ce soit, après tout ? « Tu ne veux pas voir le paysage ?» Demanda-t-il soudain à Louison, curieux. « Parce que c’est très beau.» Affirma-t-il en hochant la tête. C’était dommage, quand même, qu’elle loupe ça. Il ferma les yeux, un instant, et les rouvrit bien vite : non, décidement, c’était moins effrayant les yeux ouverts. Et tellement merveilleux ! Soudain, une pensée le frappa, et il se tourna à demi sur la selle, perplexe.« Il arrive à nous suivre, Sayam ? Un dragon, ça ne vole pas plus vite qu'une cigogne ? » Difficile question, en vérité !

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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Dim 5 Fév - 0:42


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Arsène & Quitterie • 20 juin 1001


Il s’est crispé, le petit, devant elle – elle l’a bien senti, Quitterie, mais elle a aussi remarqué qu’il ne paniquait pas. Tendu, oui certes, mais pas terrorisé. Le vent siffle dans ses cheveux, et elle ne peut s’empêcher d’exulter, fendant les airs au rythme des ailes de Serment qui plane loin, si loin au-dessus du sol. La Chevaucheuse perçoit la peur de son petit passager, mais aussi son émerveillement profond, et une pointe de nostalgie se glisse en elle au souvenir de son tout premier vol avec Serment. Elle avait eu l’impression de pénétrer dans un autre monde, la sensation grisante du vent sifflant sur son visage, le cœur en folie mais battant tellement fort, si plein de vie avec l’adrénaline courant dans ses veines. Oh, comme l’univers est différent vu d’en haut ! Comme c’est intense de remettre sa vie entre les pattes griffues d’un partenaire fiable !

A cette pensée, la chaleur de l’affection qu’elle porte à Serment s’intensifie, et elle perçoit en retour l’attachement du dragon à sa cavalière si maladroite sur terre, mais souveraine dans les airs. Les paroles du petit lui parviennent, dans le sifflement du vent, et elle laisse échapper un rire amusé tandis qu’elle referme les bras sur lui et agrippe le pommeau de la selle. « Je te tiens, Arsène, et nous sommes bien solidement accrochés à Serment par nos harnais de vol. Il ne peut rien t’arriver : profite du spectacle, ce n’est pas tous les jours que les Chevaucheurs prennent des passagers ! » Elle le laisse admirer le paysage, nostalgique soudain du temps d’avant où elle y voyait sans l’aide de son dragon ni de son Familier. Prudemment, elle sent que Serment lui ouvre ses yeux, cette partie de lui qui voit, et la tête lui tourne un peu devant les images qui en résultent. Son cerveau d’humaine ne sait pas encore bien voir par les yeux d’un dragon, mais en se concentrant, elle parvient à tirer du sens de ce qu’elle perçoit. Là, au loin, tout en bas, c’est Lorgol !

Il en a des questions, ce petit. Un peu dégrisée, elle répond d’abord à la seconde. « Sayam ne peut pas voler aussi vite si aussi haut que Serment, alors il nous attend plus bas. Il est dans la Ville Basse actuellement, il survole les toits et salue les moineaux de sa connaissance. » Une vague d’affection lui parvient de son Familier qui se promène effectivement de nid en nid. Serment a adopté sa vitesse de croisière, et ils survolent à présent le littoral – délicatement, il lui ouvre sa vision un peu plus avant, et elle se laisse couler dans les perceptions si étranges du dragon. Elle a du mal à tout comprendre, Quitterie, noyée dans un océan de sensations en provenance de membres qu’elle ne possède pas ; mais avec l’expérience, elle a pris l’habitude d’ignorer ce qui ne la concerne pas, et se focalise donc sur les images incroyablement nettes captées par le dragon. Un soupir lui échappe, et elle élève la voix pour se faire entendre du petit.

« Je ne peux pas voir le paysage, Arsène : je suis presque aveugle. Je suis malade depuis des années maintenant, et le jour arrive où je n’y verrai plus du tout. C’est Serment et Sayam qui voient pour moi, tu comprends ? Mais je n’ai pas besoin de mes yeux pour aimer voler : je sens le vent sur mon visage, dans mes cheveux, je perçois le battement des ailes de mon dragon, de mon Familier, et c’est bien assez pour me rendre heureuse. »



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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Jeu 16 Fév - 22:31

Elle essaye de le rassurer, la jolie Louison, il le sait bien. Et vraiment, cela lui permet de se détendre, un minimum. Un tout petit peu. Parce qu’il vole, quand même, dans les airs, et que c’est bien trop effrayant pour qu’il soit totalement serein. Il ne peut pas se laisser aller, même s’il a confiance dans le fait que le dragon ne le fera pas tomber, ou que Louison le tient, ou que même Sayam veille sur lui. La confiance, pour Arsène, cela n’a jamais vraiment disparu : il a beau n’être qu’un petit voleur sans famille, il aime à s’émerveiller, à chercher l’amour et la confiance dans ceux qu’il croise. Il hoche la tête aux paroles de la jeune femme, bien conscient qu’il s’agit d’une chance extraordinaire. Mais il ne peut pas profiter tout à fait, pas quand sa peur se dispute avec son émerveillement. Il résiste à l’envie de s’accrocher de toute ses forces au bras de la jeune mage, et c’est déjà un gros effort de sa part.

Et il pose des questions Arsène, cherchant à tromper son appréhension, à oublier quelques instants que sa position est précaire : en équilibre sur la selle d’un dragon en vol ! Il lui demande ce que fait Sayam - des trucs d’oiseaux, apparemment, - avant de lui demander pourquoi elle ne regarde pas, elle. Et quand elle lui répond, Arsène se mord la lèvre, embêté. Elle ne verra plus rien, bientôt, vraiment ? Mais elle est guérisseuse, elle ne peut pas faire quelque chose ? Il va pour lui poser la question, Arsène, mais se retient. Il n’ose pas se retourner pour la voir, mais il pense qu’elle doit être triste, un peu, de ne plus voir ce paysage merveilleux. Et peut-être bien u eu agacé, qu’il ne pose toutes ces questions.

Et elle le tient. Elle n’a qu’un geste à faire pour qu’il tombe, alors peut-être n’est-ce pas le bon moment pour l’agacer, la Chevaucheuse. Il tient donc sa langue, Arsène, gigotant un peu sur la selle, autant qu’il l’ose, c’est-à-dire bien peu. Peut-être qu’il devrait arrêter de commenter la beauté la paysage, également. Il ne veut pas l’énerver, mais il ne veut pas l’attrister, non plus. Elle n’a pas mérité d’être triste, pas après ce cadeau inestimable qu’elle lui offre. Il se contente donc de se taire, s’obligeant à se détende par un effort conscient, pour mieux apprécier ce qu’il peut contempler et qu’elle, elle ne peut plus. Il ferme les yeux aussi, un instant, pour expérimenter ce qu’il ressent, mais c’est trop effrayant, et il les rouvre bien vite. « Tu... vous êtes tellement courageuse ! » Souffle Arsène, ne sachant plus trop quelle formule de politesse employer, ne sachant même pas vraiment si elle l’a entendu, avec le vent qui souffle. Peut-être que le dragon l’a entendu, lui. Peut-être. Il s’en fiche, Arsène, il est sincère : il trouve qu’elle est admirable, la jeune femme.  

Et tandis que le dragon effectue un arc-de-cercle, rebroussant sans doute chemin vers Lorgol et la fin de leur promenade, Arsène ne peut s’en empêcher : il pose la main sur celle de la Chevaucheuse, la pressant fort, dans une envie de lui montrer à quel point... et bien, il est là. Même si c’est stupide et dérisoire. Même si il n’a pas une grande importance pour elle. Parce que c’est triste, quand même, ce qui lui arrive. Il priera Callia, qu’elle la guérisse. Il y croit fort, Arsène, que les prières peuvent faire quelque chose.

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Message Sujet: Re: Laisse moi t'aimer   Dim 26 Fév - 12:58


Laisse-moi t'aimer
Même si on ne regarde qu'avec les yeux
Arsène & Quitterie • 20 juin 1001


Dans une secousse maîtrisée, Serment se pose sur le toit de la tour des guérisseurs. Méthodiquement, Quitterie déboucle les multiples attaches des harnais de vol, et le dragon lui partage son amusement lorsque le petit passager dégringole le long de sa patte pour rejoindre le sol. Elle le suit plus lentement, à gestes prudents, et un bruissement d’ailes bien plus modestes que celles de l’Améthyste annoncent l’arrivée de Sayam. « J’espère que tu as aimé la balade, Arsène. Si jamais… Si jamais tu te blesses, ou que tu as besoin d’aide, viens me voir, d’accord ? Je suis rarement à Lorgol, mais quand j’y viens je suis à la Taverne de la Rose, j’y loue un logement à l’étage. » Affectueusement, elle serre le petit contre elle, ébouriffant d’un geste amical ses cheveux. Sayam prend congé également, et c’est au tour de Serment de saluer gravement l’enfant.

Le garnement file, accompagné vers la sortie par une des soigneuses présentes à leur arrivée, et Quitterie reste un instant sur son toit, à se rappeler de la personne qu’elle était à l’âge d’Arsène, les pieds dans l’eau sur les plages bellifériennes d’Aubenacre. A peine plus de dix ans, et comme les choses ont changé…

Elle ne regrette aucun des choix qu’elle a faits.




Sujet terminé


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