AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La rue maudite

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
La Cour des Miracles • Modo
avatar

Messages : 391
J'ai : 13 ans
Je suis : Un enfant élevé à la Cour des Miracles
Un voleur, un brigand, un petit menteur que personne ne peut détester.

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : la Cour des Miracles et au Fils des Ombres
Mes autres visages: Mayeul de Vifesprit - Maximilien de Séverac
La Cour des Miracles • Modo
Message Sujet: Re: La rue maudite   Dim 21 Aoû - 17:50

Elle hésita longuement à promettre, et Arsène se demanda pourquoi. Les promesses, c'était sacré, mais elle promettait de ne pas le dénoncer, alors, ça n'aurait pas dû être si compliqué, après tout. Sauf si elle n'avait fait que gagner sa confiance, dans le but de le trahir plus tard. Pour... pour gagner sa confiance. Mais c'était stupide : pourquoi gagner sa confiance, et refuser ensuite de faire une promesse le concernant ? Il ne savait pas trop, et se tenait là, méfiant et prêt à fuir. Elle ne comprenait sans doute pas, Melinda, que c'était parce qu'elle était si gentille avec lui que cela cachait forcément quelque chose. Arsène n'avait pas vraiment l'habitude de marques d'affectations gratuites, encore plus quand elle ne provenait pas d'un membre de la Cour. Alors oui, il était méfiant ? Qui aurait pu le lui reprocher ?

Mais elle finit par se décider, et il ne fallut pas très longtemps à Arsène pour lui adresser un franc sourire, quelque peu rassuré. Peut-être pas totalement, parce qu'il ne savait toujours pas pourquoi Melinda avait décidé d'être gentille avec lui, mais bien assez pour qu'il se détende à nouveau en sa présence. Et en cet endroit, aussi, qu'elle promit de ne révéler à personne. Il n'avait aucun mal à la croire, sur ce point là, se souvenant du regard complice qu'ils avaient échangé quand il l'avait amené ici, cette impression de partager un endroit rien qu'à eux. D'autres gens venaient sûrement ici mais, dans le cas présent, il semblait que c'était leur secret partagé. Leur endroit partagé, du coup. Il ne voulait pas vraiment qu'elle s'en aille, et surtout pas à cause de lui. Cela lui faisait trop l'effet d'offrir un cadeau et de le reprendre ensuite, et il n'aimait pas cette sensation. Melinda devait-être digne de confiance. Il le sentait. Et elle avait promis, c'était important, devant Levor qui plus est. Donc, la chasser lui semblait être assez inopportun dans le cas présent. Mais quand il lui débita un joli discours, si beau, l'un de ceux qu'il lisait dans les livres de Lena qui parlait de princesses et de princes et de quêtes impossibles. Et devant les paroles de Melinda, il fronça les sourcils. « Mais non ! Tu n'es pas obligée de t'en aller, tu sais.»

Il se rendit compte soudain qu'il avait parlé un peu trop fort, et de façon empressée, et reprit d'un ton plus doux. «Pour de vrai, tu n'es pas obligée de partir. C'est... C'est comme dans les histoires, tu sais ? C'est pas vrai, mais c'est joli d'y croire.» Affirma-t-il avec un sourire léger. «Sauf si tu veux partir mais sinon, tu as le droit de rester. On partage cet endroit.» Il hésita un bref instant, avant de reprendre. «Tu veux que je t'apprenne ? Pour revenir ici ?» Il la dévisagea avec un sourire innocent, celui de l'enfant qu'il était, en vérité. Et rien dans ce sourire n'indiquait une quelconque critique même si, et bien, il admettait douter du sens de l'orientation de la jeune femme. Mais elle ne le prendrait probablement pas mal, puisqu'elle avait avoué elle-même ne pas trop connaître la cité. "Promis, je ne te demande rien en échange." Assura-t-il avec malice.

_________________
Paroles: teal
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Les Gueux
avatar

Messages : 1261
J'ai : 23 ans
Je suis : Apicultrice

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : Liam d'Outrevent
Mes autres visages: /
Les Gueux
Message Sujet: Re: La rue maudite   Mer 31 Aoû - 12:29

Je ne prenais jamais une promesse à la légère, et encore moins un serment fait sur Levor, mais je sentais vaguement que ce n’était pas qu’un caprice de la part d’un enfant. Arsène avait eu l’air réellement effrayé à l’idée que je puisse le dénoncer. Heureusement, mes paroles parvinrent à l’apaiser à nouveau. Il m’offrit un grand sourire, et il m’accorda même assez de confiance pour me laisser rester ici. Toutefois, lorsqu’il me demanda d’avoir le cœur pur… je ne pus m’empêcher de réagir. C’était une jolie illusion de penser qu’un cœur pouvait être pur, mais même si ça faisait du bien d’y croire, il m’aurait semblé déplacé d’accepter de rester sans souligner que je ne répondais pas à cette condition. J’aurais eu le sentiment, d’une certaine façon, de trahir la confiance d’Arsène.

Je m’apprêtais donc à m’en aller, tout en regrettant de ne pas pouvoir passer plus de temps ici. J’aimais bien cet endroit, et puis j’aimais bien Arsène, aussi. Je n’étais pas sûre de pouvoir le recroiser un jour par hasard, aussi une part de moi avait envie de profiter de sa présence aussi longtemps que possible. Par chance, il finit par me retenir, en déclarant que je pouvais rester quand même. Un sourire soulagé étira mes lèvres. Partir m’aurait laissé un goût amer, sans doute, comme durant une excellente soirée qui se termine mal.

C’est pas vrai, mais c’est joli d’y croire. J’eus un sourire doux-amer. Moi aussi, autrefois, j’avais aimé me bercer d’illusions – peut-être, d’ailleurs, que je me berçais toujours d’illusions en cet instant même ; j’ignorais seulement qu’elles étaient illusions. La mort de mon frère avait changé bien des choses. Je retins l’envie d’ébouriffer les cheveux d’Arsène et laissai mon regard se perdre de nouveau au fil de l’eau du canal.

— Si j’avais voulu te faire une promesse juste parce que c’est joli d’y croire, alors elle n’aurait pas eu autant de valeur, ni à tes yeux ni aux miens, rétorquai-je d’une voix douce, en haussant les épaules. Je préfère la vérité aux belles illusions. Je la trouve plus précieuse.

Arsène déclara alors que nous pouvions partager cet endroit, du moins si je voulais rester. Je jetai un bref regard alentours. Qui voudrait partir d’ici s’il y était accueilli ? Pas moi, en tous cas.  

— Je resterai avec plaisir, murmurai-je avec un doux sourire. J’aime bien parler avec toi.

Je n’avais pas d’attachement particulier pour les enfants, mais il y avait quelque chose chez ce garçon, dans la touchante façon qu’il avait eu de m’accorder un semblant de confiance, de partager le miel avec moi, et même de me conduire et de m’accepter ici, dans son endroit préféré, qui m’émouvait. Bien entendu, j’adorais aussi l’endroit, et j’aurais très bien pu parler toute seule, mais la conversation, tout comme le miel ou ce lieu splendide, prenait une toute autre valeur une fois partagée. Et puis Arsène était un interlocuteur agréable, un de ceux auprès de qui je n’avais aucune envie que la discussion s’écourte.

Lorsqu’il me proposa de me montrer le chemin pour revenir ici, j’eus une brève hésitation, réfléchissant au parcours que nous avions fait pour pouvoir lui dire que je savais déjà retrouver ma route. Je grimaçai en m’apercevant que ce n’était nullement le cas. Il m’avait emmenée à travers le labyrinthe des rues de Lorgol avec un tel savoir-faire que pas une seconde je ne m’étais préoccupée d’essayer de retenir l’itinéraire que nous avions emprunté. Devant mon bref silence, il ajouta qu’il ne me demanderait rien en échange, et sa plaisanterie m’arracha un léger rire.

— Je veux bien que tu m’apprennes, oui, mais je ne suis pas sûre d’être une très bonne élève. J’ai tendance à me montrer distraite et… le chemin que tu as pris m’a semblé bien trop compliqué pour que je le retienne.

Distraite, c’était un moindre mot. Si un détail attirait mon attention, ou si un défi impliquait de ma part quelques efforts, j’étais capable d’en oublier ce que je faisais, avec qui je parlais, et pourquoi. Et puis, bien entendu, ma mémoire avait tendance à perdre quelques petits éléments au fil du temps qui s’écoulait. Je me souvenais des choses importantes, bien entendu, comme les serments, les promesses, et les visages de ceux que j’avais déjà rencontrés, mais les détails futiles ou trop complexes me passaient par-dessus la tête malgré tous mes efforts pour les retenir.

— Mais si tu t’en sens la patience et le courage, alors oui, ce serait un grand honneur pour moi d’être ton élève, murmurai-je avec un doux sourire.

Mon sourire se fit mutin comme un soupçon me venait en tête.

— Tu ne me demandes rien en échange, mais est-ce que tu ne serais pas en train d’espérer que je te rapporte un pot de miel quand je reviendrais ? questionnai-je en haussant un sourcil sceptique, une lueur taquine au fond des yeux.

Ce petit était assez intelligent, de ce que j’avais pu constater, pour avoir imaginé un tel plan. D’un autre côté, peut-être qu’il ne l’avait envisagé qu’avec humour, sans se torturer pour déterminer s’il réussirait ou non. Je jetai un coup d’œil à Arsène. Je l’aimais bien, cet enfant, et sincèrement, je lui apporterais un autre pot de miel avec grand plaisir – pas souvent, parce qu’il fallait bien que je gagne ma vie, aussi, mais de temps en temps, pourquoi pas ? Qu’il soit un voleur ne me dérangeait pas tant que ça, principalement parce que je ne me sentais pas capable de juger les choix de qui que ce soit, les miens laissant tout autant à désirer, mais aussi parce qu’il avait des valeurs, Arsène, des valeurs que j’admirais et qui le définissaient bien plus qu’un éventuel état de « voleur ». J’espérais sincèrement qu’il pourrait les conserver, ces valeurs, malgré le temps assassin et destructeur.

_________________




Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
La Cour des Miracles • Modo
avatar

Messages : 391
J'ai : 13 ans
Je suis : Un enfant élevé à la Cour des Miracles
Un voleur, un brigand, un petit menteur que personne ne peut détester.

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : la Cour des Miracles et au Fils des Ombres
Mes autres visages: Mayeul de Vifesprit - Maximilien de Séverac
La Cour des Miracles • Modo
Message Sujet: Re: La rue maudite   Ven 9 Sep - 23:15

Elle s’était faite plus grave, Melinda, même si elle semblait avoir choisi de rester pour le moment. Et les paroles de la jeune fille laissèrent l’enfant songeur. Moi aussi je préfère la vérité des fois, mais... C’est beau, de rêver, non ? » Demanda-t-il, perplexe. « Je suis pas bête, je sais bien que je ne serais jamais Chevaucheur ou prince, mais c’est rigolo de jouer à se l’imaginer. Et les princes, ils font toujours des quêtes avec des gens au coeur pur. Et des jolies princesses. » Lena était sa princesse. Pas Lou-Ann, qui jouait beaucoup moins à faire semblant, parce qu’elle était grande, elle. Melinda était une adulte, mais elle paraissait si... Il ne savait trop, bizarre ? Ouverte ? Du genre à jouer à s’imaginer de grandes aventures ? « Quand tu jouais à tourner dans la centième rue, tout à l’heure, c’était pas sérieux, si ? » Demanda-t-il, s’efforçant de ne pas paraître trop accusateur. Elle jouait à faire semblant , n’est-ce pas ? Ou alors, elle était peut-être vraiment folle.

Mais qu’importe, après tout ? Tant qu’elle ne lui voulait pas de mal et lui offrait du miel, il voulait bien s’en accommoder. Et puis là, à ce moment précis, elle ne semblait pas folle, alors peut-être que ce n’était que par période ? Le sourire de l’enfant s’élargit devant la confession de la jeune femme, et s’il avait été un peu moins turbulent et malicieux, Arsène, il aurait presque pût rougir du compliment. Au lieu de ça, il répondit avec franchise et ferveur. « Moi aussi, j’aime beaucoup. » Il n’y avait pas grand monde qui s’intéressait à lui, après tout, qui prêtait l’oreille à ses opinions et ses jeux d’enfants. « Si tu n’étais pas aussi vieille, je pourrais presque faire de toi ma princesse. Pour quand Lena n’est pas là. » ajouta-t-il, songeur, en se remémorant où était Lena. Le pincement au coeur qu’il éprouva, culpabilité familière ces derniers jours, s’estompa rapidement pourtant, quand il se fit la promesse d’aller la voir bientôt. Il n’avait même pas songé au fait que qualifier les gens de «vieux» était souvent mal perçu, enchaînant déjà avec d’autres questions, et une proposition de guider sa nouvelle amie à travers le dédale des ruelles de Lorgol.

« Oh, ça... » Avoua-t-il, pas gêné le moins du monde, « c’était un peu fait exprès pour voir ce que tu allais dire. Il se mérite, cet endroit secret. » Planté devant Melinda, il lui confia d’un air de conspirateur. « J’ai peut-être pas pris la route la plus directe. » C’était un euphémisme, car il savait bien qu’il allait complètement la perdre, la jeune femme, en la faisait ainsi déambuler dans les rues. Il y avait d’autres chemins, bien plus rapides, et surtout bien moins compliqués. Il pouvait bien lui en montrer un ou deux, après tout. Et quand elle acquiesça, plaisantant quand au fait de ramener un autre pot de miel, il ne la détrompa absolument pas. Se contentant d’aborder un air qui se voulait mystérieux, il s’empara de sa main, pour mieux la guider dans les rues, commentant de ci, de là suivant ses propres points de repères. « Et là tu vois, la maison avec des volets roses, tu tournes à gauche... » Il aimait jouer les guides, Arsène, et s’évertuait à le faire le mieux possible. « Et tout droit jusqu’à la fontaine après. »  Il sautilla sur quelques pas, gaiement, ce qu’il restait du miel offert par Melinda serré dans ses mains. « Dis, tu parlera de moi à tes abeilles ? » Demanda-t-il soudain, curieux.

_________________
Paroles: teal
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Les Gueux
avatar

Messages : 1261
J'ai : 23 ans
Je suis : Apicultrice

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : Liam d'Outrevent
Mes autres visages: /
Les Gueux
Message Sujet: Re: La rue maudite   Mer 21 Sep - 21:40

Était-ce beau, de rêver ? Sans doute l’était-ce, oui, quelques instants durant. Etre quelqu’un d’autre, avec une autre vie, d’autres valeurs, d’autres perspectives, peut-être que c’était libérateur. Après tout, être soi-même, parfois, pouvait s’apparenter à rester perpétuellement enfermé dans la même prison, limité comme nous l’étions par nos croyances, nos réactions, nos perspectives d’avenir, notre passé, notre personnalité. Et c’était beau, probablement, de pouvoir être quelqu’un d’autre pendant un temps, un quelqu’un d’autre qui n’était rien de plus qu’une énième prison de convenances et d’idées, mais c’était une prison qui avait vue sur d’autres paysages, inconnus, étrangers, palpitants.

— Je ne sais pas, rétorquai-je à Arsène en haussant les épaules. J’ai le sentiment, au plus profond de moi, que le rêve finira par être décevant. Alors que la vérité… elle est fiable, tu sais ?

J’avais l’impression que la vérité pure, simple, sublime, à sa façon, était stable, et qu’elle ne risquait pas de se dérober sous mes pieds pour révéler un gouffre béant dans lequel je ne pourrais que sombrer. Etant sincère, j’avais rarement besoin de m’excuser, parce que ce que je disais n’était que le pur produit de mon honnêteté, et ce que je faisais n’était jamais en contradiction avec mes promesses. La vérité me rendait forte, parce qu’elle me donnait l’impression que j’étais irréprochable.

— Mais je comprends, ajoutai-je avec un hochement de tête affirmatif. Je comprends qu’on puisse accorder de la valeur aux belles illusions. Elles peuvent se montrer… tellement plus agréables.

Oh oui, il m’était arrivé tellement souvent de m’imaginer que mon frère était toujours en vie, et qu’il reviendrait un jour pour me lire une histoire ou pour me surnommer tendrement Méli-Mélo, me coupant la parole pour éviter que je le noie d’un flot de mots. Mais la réalité finissait toujours par rattraper celui qui se complaisait dans l’illusion. Toujours. Et alors, elle faisait mal, la réalité. Elle devenait cruelle, comme si elle voulait se venger qu’on se soit détourné d’elle.

Arsène me demanda alors si tourner dans la centième rue avait été sérieux, et j’eus une moue désabusée. Ce n’était pas du tout pareil. C’était un jeu, pas un mensonge. Je ne m’illusionnais pas sur le fait que prendre cette rue ne m’aurait apporté rien de plus que la fierté et le divertissement. J’étais consciente que c’était ridicule, inutile, sans intérêt, et je savais que nombreux étaient ceux qui auraient vu ce petit défi ainsi. Pour moi, c’était simplement… une occasion de visiter Lorgol sans réfléchir à quelles rues je devrais emprunter pour retourner sur mes pas. Et aussi, accessoirement, un moyen simple de m’amuser.

— Qu’est-ce qui te fais croire que la vérité est toujours sérieuse ? questionnai-je avec un large sourire. Il existe nombre de vérités amusantes. Mais prendre la centième rue, c’était tout simplement un jeu, une façon de m’occuper tout en empruntant un chemin facile à retenir.

La conversation poursuivit son cours, légère, réelle, plaisante. Arsène était du même avis que moi à ce propos, au point qu’il aurait presque pu faire de moi sa princesse. Presque… si je n’étais pas aussi vieille. Le qualificatif ne me vexa pas, principalement parce qu’à mes yeux, mon âge n’avait pas grande importance. Et puis, j’appréciais ce garçon, mais comme je le lui avais dit, jouer un rôle, jouer un mensonge, ne me convenait absolument pas.

— Sans vouloir te vexer, Arsène, je suis contente que tu me trouves vieille ! m’exclamai-je avec un léger sourire. Je ne voudrais pas remplacer cette Lena à tes yeux, même – et surtout – quand elle n’est pas là !

Je le pensais vraiment. Jouer un rôle, même pour m’amuser, me répugnait déjà un peu, mais j’aurais pu le faire. En revanche, je n’avais aucune envie qu’Arsène s’approche trop de moi. Nous risquions de ne jamais nous revoir, et j’espérais que nous étions tous les deux assez intelligents pour que notre relation reste au stade de deux presqu’inconnus qui discutaient l’espace de quelques heures, avant de se séparer sans regrets. La confiance qu’il m’accordait pour l’instant était déjà bien suffisante pour moi. Et il avait assez confiance pour m’avouer qu’il avait volontairement essayé de me perdre dans les rues labyrinthiques de la ville. Je tentai, devant cette révélation, de prendre un regard dur, mais l’ombre du sourire qui ourlait mes lèvres trahissait mon amusement.

— Alors comme ça tu as tenté de me perdre dans les rues de Lorgol ? questionnai-je d’un ton sec, avant que ce zeste de sérieux ne cède sous un sourire à la fois joyeux et admiratif. C’est incroyablement rusé de ta part, ça, Arsène ! Bravo !

Ce détail prouvait qu’il pouvait parfaitement protéger ce qui lui tenait à cœur, à sa façon peut-être, mais il y parvenait plutôt bien. Personnellement, d’ailleurs, j’aurais été tout bonnement incapable de revenir ici par le chemin qu’il avait pris. J’avais même de la peine à me rappeler les deux premières rues qu’il avait prises.

Je me laissai entrainer de bon cœur, et ne mis que quelques minutes à comprendre qu’Arsène était aussi doué pour me guider qu’il l’avait été pour se diriger – et me perdre – dans les rues de Lorgol. Il m’indiquait en guise de points de repère des détails évidents auxquels je n’aurais pourtant jamais porté grande attention. Je m’aperçus dans un éclair de lucidité que cette méthode fonctionnait. Oh, bien entendu, je ne pourrais en être certaine qu’après avoir tenté par moi-même, sans l’aide de mon guide, mais déjà, j’avais le sentiment de retenir ce qu’il disait.

— Tu es un guide plutôt doué, fis-je remarquer au détour d’une rue. Je pourrais presque finir par m’y retrouver un jour.

Nous poursuivîmes notre route, Arsène me guidant joyeusement et moi tâchant tant bien que mal de retenir ses indications. Nous arrivions à proximité d’une fontaine lorsqu’il se retourna vers moi pour me demander si je parlerais de lui à mes abeilles. J’ouvris la bouche, prête à lui répondre par l’affirmative – mes pauvres petites étaient forcées d’écouter tout les détails de mon existence – quand il m’apparut que j’ignorais quand je reverrais mes abeilles, ou même si je les revoyais un jour. Mon entrée à l’Académie allait totalement bouleverser cet aspect-là de ma vie.

— Je ne sais pas quand je les reverrai, murmurai-je d’un ton un peu triste. Je ne sais pas quand je rentrerais chez moi.

Chez moi. En Outrevent. J’avais beau apprécier Lorgol, et commencer à connaitre la ville en partie, cet endroit ne deviendrait sans doute jamais mon foyer. Peut-être que cela changerait après cinq années entre les murs de l’Académie. Peut-être. Mais pour le moment, ma maison, avec mes parents, remplie des souvenirs de mon frère, bordée de mes petites abeilles, restait ma demeure, l’endroit auquel je pensais en premier quand je cherchais un refuge. Consciente que je venais de plonger dans une bien triste mélancolie, je forçai un sourire à s’inviter sur mon visage.

— Mais dès que je les reverrai, promis, je leur parlerai de toi. Après tout, c’est leur miel que je t’ai donné, il est juste qu’elles sachent ce que je fais de leur précieuse création, non ?

J’eus un doux sourire à l’intention d’Arsène, un sourire plus sincère, plus honnête.

— Je pense qu’elles t’aimeront bien.

_________________




Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
La Cour des Miracles • Modo
avatar

Messages : 391
J'ai : 13 ans
Je suis : Un enfant élevé à la Cour des Miracles
Un voleur, un brigand, un petit menteur que personne ne peut détester.

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : la Cour des Miracles et au Fils des Ombres
Mes autres visages: Mayeul de Vifesprit - Maximilien de Séverac
La Cour des Miracles • Modo
Message Sujet: Re: La rue maudite   Sam 1 Oct - 23:44

C’était presque beau, songea l’enfant, d’aimer la vérité à ce point là. De vouloir vivre dans le réel, toujours, sans mentir, sans cacher des choses. Mais lui, il était né dans le secret. Pas le mensonge, non, mais pas la vérité non plus. Il ne savait pas vraiment qui il était, alors, cette vérité qu’il s’inventait, pourquoi aurait-elle eu moins de valeur que la vérité réelle ? Et qu’est-ce qui lui disait que ce n’était pas la vérité, puisque de toute façon, il ne savait pas ? Mais il ne pouvait pas expliquer cela à Melinda, non : ça aurait été la faire rentrer dans sa vie, dans son intimité, bien trop loin pour qu’il puisse se sentir à l’aise. Elle n’avait pas à savoir. Et ne saurait donc pas à quel point Arsène ne savait pas réellement se positionner face à ce qu’elle appelait vérité. Face à la réalité. « Je ne sais pas si la vérité est fiable. » Tenta-t-il tout de même, mais sans argument pour étayer ses propos, il avait conscience de la faiblesse de ses mots. « La vérité est décevante, parfois, elle aussi. Peut-être. » Ajouta-t-il à la hâte, histoire que la jeune femme ne se mette pas à poser des questions et à le regarder d’un air soupçonneux. Questions auxquelles il ne répondrait pas, de toute façon.

C’était donc un jeu, de tourner dans les rues. C’était rassurant, en un sens : le jeu, Arsène comprenait. Et trouvait ça bien plus amusant que de rêver à la vérité. Elle faisait semblant, Mélinda : tout ça, c’était juste un choix de mots différents, après tout. Et puis, elle étai réellement amusante, Melinda, alors, il n’allait pas se fermer sur le fait qu’elle prône la vérité sans limite, et que lui était un menteur compulsif. Non, c’était bien bête de se fâcher pour si peu. « Oh tu sais, Lena, elle ne t’en aurais pas voulu. On aime bien jouer à faire semblant, tout les deux. »Il marqua une pause avant de préciser. « C’est pas vraiment une princesse, en plus. Mais elle leur ressemble, un peu. » Enfin, il n’avait jamais vraiment vu de princesse, mais ce n’était qu’un détail, donc inutile à préciser.
Mais déjà, il fallait se quitter. Melinda devait faire... Ce qu’elle devait faire et Arsène, lui avait envie de rentrer cacher son butin. Il eut la bonne grâce de rougir un peu quand elle lui adressa sa félicitation quand à sa ruse, et hocha la tête avec un brin de suffisance. Il était doué, quand il le voulait, et si elle ne s’était douté de rien, c’est qu’il avait bien joué le coup. Quoique lui connaissait Lorgol depuis longtemps, ce qui n’était pas le cas de la jeune apicultrice, et cela avait donc joué en sa faveur.

Mais il avait offert de la guider, pour de vrai cette fois, une marque de la confiance qu’il lui témoignait. Il était à peu près sur qu’elle ne mentait pas : promettre devant Levor, puis tenir un tel discours sur la vérité, elle ne pouvait pas mentir, n’est-ce pas ? Alors il voulait bien la guider pour de bon, et lui permettre de se rapeller du chemin, en lui donnant ses points de repères à lui. Il avait le sens de l’orientation, Arsène, et l’instinct de l’enfant des rues qui lui permettait d’inventer sa propre carte à travers le dédale des rues et des canaux. « Merci. » Lança-t-il en réponse au compliment de la jeune femme, la guidant à travers les rues en lui faisait remarquer les détails qui lui permettraient de se retrouver. Il lui posa une question, et le ton triste de Melinda l’incita à se retourner. Lui qui n’avait jamais quitté les pavés de Lorgol, jusqu’à présent, ne connaissait guère le manque de repère dû à l’éloignement de son chez-soi, mais il avait un air convaincu quand il la réconforta. « J’espère que tu rentreras bientôt alors. Et que tes abeilles écouteront sagement. Parce que moi aussi, je les aime bien. » affirma-t-il, son regard se posant sur le pot de miel. Oh oui, énormément, même !

Ils n’étaient plus très loin de la Ville Haute, désormais. Un dernier tour, une rue à longer, et Arsène s’arrêta, désignant la place sur laquelle ils avaient débouché d’un geste vague. « Et voilà ! Ici, tu reconnais, non ? La rue tout là-bas, c’est ta centième rue. » Il se tourna vers la jeune femme, plus sérieux soudain. « Merci. J’ai bien aimé discuter avec toi. Tu reviendras, d’accord ? Et tu me laissera un petit mot ? Je sais lire. » affirma-t-il, sans préciser que c’était à peine.[color:52f3=#cc99cc] « Ou du miel. Comme tu veux. » Ajouta-t-il, taquin, avant de lui faire un petit signe de la main. « A bientôt, Melinda. » Lança-t-il avant de se sauver, le pot de miel serré contre lui, ravi de cette rencontre et de ce cadeau inattendu.

_________________
Paroles: teal
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Les Gueux
avatar

Messages : 1261
J'ai : 23 ans
Je suis : Apicultrice

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : Liam d'Outrevent
Mes autres visages: /
Les Gueux
Message Sujet: Re: La rue maudite   Dim 2 Oct - 10:10

Il me paraissait si évident que la vérité était fiable qu’entendre Arsène dire le contraire me fit froncer les sourcils de perplexité. Je ne comprenais pas, non. La vérité n’était pas décevante, à mes yeux, puisqu’elle était stable. Elle ne pouvait pas se dérober sous nos pieds, nous trahir brutalement, ou s’échapper en ricanant. Elle était obligée, de par son statut, de rester à nos côtés, et d’une certaine façon, oui, elle pouvait tenir lieu de soutien dans les pires situations. La vérité… décevante ? J’avais dû mal à le croire. Mais il existait autant de visions de la vérité que d’étoiles dans le ciel, sans doute.

— Je suppose que chacun voit la vérité comme il le veut. A mes yeux, elle est un peu comme une sœur qui restera toujours à mes côtés, quoi qu’il arrive.

Elle, au moins, ne pourrait ni partir, ni me trahir, ni mourir. Elle était l’amie, la sœur, la compagne de vie parfaite, la vérité.  D’un autre côté, si le mensonge existait, c’était qu’il devait bien comporter un intérêt quelconque. Peut-être que certaines personnes le considéraient comme un jeu ? Je pouvais comprendre qu’on veuille s’amuser, « faire semblant », comme disait Arsène. Je trouvais dommage qu’on en arrive là, mais je pouvais en saisir les raisons. Et l’idée de ce petit garçon s’amusant à considérer cette dénommée « Lena » comme sa princesse, à vrai dire, était attendrissante. J’esquissai un léger sourire.

— C’est à moi-même que je finirais par m’en vouloir, rétorquai-je en haussant les épaules.

J’aurais déjà eu des scrupules à prendre la place de quelqu’un d’autre – même pour faire semblant, même pour quelques minutes – mais j’en avais plus encore à autoriser Arsène à s’attacher à moi de quelque façon que ce soit. Il était jeune encore, peut-être n’avait-il jamais connu la mort d’un être proche. Je ne tenais pas à l’initier à ce genre de drame. Et s’il avait déjà perdu quelqu’un, alors je ne voulais pas être la suivante. Et puis, j’appréciais beaucoup ce garçon, et je ne voulais pour rien au monde que cette affection se développe vers quelque chose de plus dangereux. J’étais prudente, oui, peut-être trop, parce qu’il était sans doute certain que nous ne nous reverrions plus jamais, mais je ne voulais plus jamais souffrir comme j’avais souffert – et souffrais encore, quand j’y pensais trop fort – la mort de mon frère.

Et c’était, à mes yeux, une façon de penser plutôt sage. Déjà l’heure de nous quitter approchait à grands pas, et Arsène m’entrainait dans les rues de Lorgol, m’apprenant le chemin avec virtuosité, désignant à mon intention des points de repère pour que je m’y retrouve. Nous marchions d’un bon pas, quand mon guide me demanda si je parlerais de lui à mes abeilles. J’aimerais, oui, j’aimerais vraiment, mais… j’ignorais quand je rentrerais chez moi, quand je reverrais mes parents, et mes petits insectes. Et, devant la tristesse passagère qui se glissa sous ma voix et au fond de mes yeux, Arsène me consola du mieux qu’il le pouvait, sans trop avoir l’air d’y toucher. A ses mots, je ne pus m’empêcher de sourire.

— J’espère aussi, que je retrouverais bientôt mon chez-moi. Et mes abeilles écouteront, ne t’inquiète pas. Lorgol est une ville trop intéressante pour qu’elles fassent la sourde oreille quand je leur raconterais les Mille Tours.

Quelques instants plus tard, nous étions sans doute arrivés à destination, puisqu’Arsène déclara que ma centième rue se tenait juste là. Je fronçai les sourcils, essayant de la reconnaitre. Oui, peut-être que c’était la bonne rue. Toutes les rues de Lorgol se ressemblaient plus ou moins, mais je faisais confiance à mon guide pour ne pas me perdre. Mais venaient l’heure des adieux, et je hochai la tête avec un large sourire aux paroles d’Arsène. Un petit mot, un pot de miel, les deux, qui sait ? Si jamais l’envie me prenait de retourner là-bas, je penserais à ce garçon.

— J’ai bien aimé parler avec toi, moi aussi alors… merci à toi. C’était un plaisir de te connaitre. Je t’avoue que je ne peux pas te promettre de revenir, mais j’essaierais de suivre scrupuleusement le chemin que tu m’as montré, oui. Et je me rappellerai de te laisser un petit mot – ou un pot de miel, si je suis d’humeur généreuse. N’hésite pas à faire de même, pour le petit mot, je veux dire !

Je me penchai vers Arsène comme pour lui faire une confidence.

— Parce que je sais lire aussi.

Puis je me relevai et m’apprêtai à partir. A bientôt ? Le mot me fit sourire. Bientôt pouvait avoir tant de significations différentes… Demain, dans trois mois, dans trois ans… Mais je ne relevai pas, et me contentai de lui faire un signe de la main en retour.

— Au revoir, Arsène !

Et je le regardai s’en aller avec amusement, avant de poursuivre ma route. J’étais heureuse de cette rencontre fortuite, et je m’apercevais que c’était là un des trésors de Lorgol : de croiser quelqu’un, un inconnu, de lui parler, de l’aborder, plus ou moins gentiment, de faire connaissance et de partager avec lui une conversation parfois agréable, parfois moins, qui se terminerait sans conséquence aucune, chacun retournant de son côté.  Et puis, aujourd’hui, j’avais fait la connaissance d’un merveilleux guide, qui était pour tout dire très doué dans ce qu’il faisait.

Tout en revenant sur mes pas – centième rue, quatre-vingt-dix-neuvième,… – je ne pus m’empêcher de prendre une profonde inspiration. Oui, j’aimais Lorgol. De plus en plus. J’aimais ses particularités, son animation, et les passants qu’on pouvait y rencontrer. Et je ne regrettais pas, pour rien au monde, le choix qui m’avait poussé à quitter Outrevent. J’eus un sourire amusé. Si mes abeilles apprenaient que j’étais contente de les avoir délaissées… Au moins pourrais-je les consoler en leur apprenant que j’avais rencontré là-bas un petit garçon prometteur qui adorait leur miel et les aimait déjà avant même de les avoir rencontrées…

_________________




Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
La rue maudite
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Garadvishu, l'épée maudite [LIBRE]
» by skinneuse maudite[tuto]
» [TEXTE] |.Maledictus A Deo.|
» Corn Flexed
» La Faux Maudite

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Arven :: Les Terres du Nord :: Lorgol aux Mille Tours :: Ville Basse-
Sauter vers: