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 Bêtises sur les quais

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Le Pavillon Noir
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Je suis : un fier pirate sur l'Audacia, un marquis qui a laissé son titre aux poubelles et un joyeux veuf père d'un bambin pris en otage par la couronne outreventoise

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Le Pavillon Noir
Message Sujet: Bêtises sur les quais   Sam 11 Juin - 15:44


Livre I, Chapitre 4 • L'Ordalie de Diamant
Louis de Brunante & Melinda Orlemiel

Bêtises sur les quais

Ou quand un chenapan sème la pagaille



• Date : 3 juin 1001
• Statut du RP : Privé
• Résumé : L'Audacia est de retour à Lorgol et en chargement pour bientôt repartir sur les mers, mais ce ne sera pas sans une nouvelle bêtise de l'héritier de Brunante, dont la méfiance envers les inconnus est encore à peaufiner.


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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Sam 11 Juin - 19:28

Aymeric n’a pas grand chose à faire de tout ce que font les pirates, à cet instant. L’activité est pourtant bien grande, autour du gamin assis à même le bois du quai : l’Audacia est revenue la veille de son voyage pour aller chercher les enfants volés, dont ses deux cousines Lou-Ann et Lena. Pas le temps de s’attarder, cela dit, et la saison des rapines est déjà bien entamée… sans eux. Alors, sous les ordres de oncle Phillipe, les pirates chargent, déchargent, réparent, remplissent, raccommodent, vernissent, clouent, scient et préparent la vivenef pour le prochain voyage. Ils n’ont pas plus de temps à perdre, pour sûr.

Il a pris plaisir à cavaler sur le pont de l’Audacia, lorsque son père l’y a déposé, a entrepris un long monologue à Rhéa à propos des vertus de la piraterie à dos de dragon, et a foncé dans un tonneau vide avec suffisamment de force pour en craquer un peu le bois et se faire une prune d’une grosseur respectable au milieu du front. « La tête dure comme la tienne, Éric ! », qu’il a entendu entre deux éclats de rire. Il s’est de toute façon relevé bien rapidement, avant même que son père ait le temps de venir vérifier s’il était encore vivant, vu la force du choc. Depuis, il a quitté la vivenef et est installé non loin de la passerelle qui débarque sur le quai, figurines de bois en main, marmonnant pour lui-même. Il sait que son père n’est pas loin et que parfois, il jette un coup d’œil dans sa direction, et ça suffit à le rassurer. À le tenir en place, par contre… Pas bien longtemps.

« Beignets bien chauds, m’sieurs dames, tout juste sortis du four, délicieux, ah ça, j’vous l’dis ! Y’a même la Délicieuse qu’en voudrait ! », tonne la voix d’un homme qui se promène sur les quais, un large plateau de beignets chauds roulant devant lui. Les yeux bleus s’ouvrent bien grands et le gamin s’empresse de se lever, abandonnant ses précieux jouets pour se précipiter jusqu’au cuisinier ambulant, déjà à quelques mètres de la vivenef pirate. Il n’est pas bien difficile à attirer. L’estomac est toujours gagnant. Aymeric se place devant l’homme, levant vers lui sa tête malicieuse, ses cheveux sombres tombant sur son front presque jusqu’à entièrement le cacher. « Je peux en avoir un monsieur ? J’peux pas te donner un beignet si t’as rien pour m’payer, mon bonhomme. Mon papa va venir te couper avec son sabre, si tu veux pas, qu’il déclare d’une traite, passant directement de la demande impolie aux menaces, qui font éclater de rire le cuisinier. Tiens donc ! Allez, prends-le, et dis-le pas à ton père. » Le beignet est donné directement à l’enfant, qui réussit à articuler un « Merci » avant de s’enfourner la moitié de la pâtisserie saupoudrée de sucre dans la bouche et de faire demi-tour pour retourner près de l’Audacia. Chose qu’il aurait fait si, en chemin, il n’avait pas vu une jeune femme regarder le plateau de beignets avec le même appétit que lui. Le sucre étalé partout sur la moue, les doigts barbouillés et pourtant l’œil frondeur, Aymeric prend le temps de s’arrêter pour déclarer à la brunette, crâneur comme pas deux : « Même que j’en ai un et pas toi, parce qu’il me l’a donné. »

Charmant gamin.

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Dernière édition par Louis de Brunante le Mer 22 Juin - 23:21, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Dim 12 Juin - 3:42

Les souvenirs pouvaient parfois s’avérer étranges.

Ils surgissaient quand on s’y attendait le moins, nous happaient sans le moindre égard pour ce que nous étions en train de faire ou de penser et nous submergeaient de vieilles émotions oubliées depuis longtemps. Je les aimais et les haïssais, ces souvenirs anciens qui apportaient avec eux tristesse, mélancolie, joie et colère. Je les accueillais comme ces vieux amis qu’on retrouve avec le sourire alors qu’en réalité on est incapable de déterminer si on est content de les voir ou s’ils pèsent d’un poids trop lourd à supporter, un poids de non-dits, d’incompréhensions et d’embarras.

Je me promenais sur les quais lorsque ce souvenir-là me submergea comme seuls peuvent le faire les souvenirs. Mon regard se laissa attirer par un marchand de beignets, qui discutait avec un petit garçon âgé d’une demi-douzaine d’années – je n’avais jamais été douée pour évaluer l’âge des enfants, en fait, donc il était fort probable que je puisse me tromper à ce sujet. Le plus important, toutefois, c'était le beignet. Je ne me rappelais pas vraiment de son goût. J’ignorais si c’était bon ou mauvais, et d’ailleurs, je n’aurais probablement pas pu le déterminer même si j’en avais eu un en bouche. Je n’étais pas très regardante sur ma nourriture. Tant que ça me remplissait l’estomac…

Le beignet, toutefois, avait une connotation particulière dans mon esprit. Quand mon frère et moi partions vendre notre miel à travers Outrevent, nous nous arrêtions toujours chez le même vendeur de beignets, et nous en achetions à chaque fois. Puis nous nous installions absolument n’importe où, et nous discutions de tout et n’importe quoi, observant la vue qui s’offrait à nous en dégustant nos beignets. C’était un des rares moments que j’avais passés avec mon frère sans essayer de le convaincre de faire une bêtise, et sans qu’il essaye de réparer ce que j’avais fait. Cela me fit prendre brutalement conscience que je n’avais plus mangé de beignets depuis mes douze ans. Depuis la mort de mon frère. Je plissai les yeux, me demandant s’il était raisonnable que je m’en achète un ou si je ferais mieux de secouer la tête pour chasser ce souvenir et de passer mon chemin.

J’étais en train d’y réfléchir fort sérieusement lorsque le gamin, qui discutait quelques instants plus tôt avec le vendeur, se vanta de s’être vu donner un beignet. Je lui lançai un regard amusé, notant au passage ses cheveux sombres ébouriffés, son visage couvert de sucre et ses grands yeux bleus moqueurs. J’eus un sourire amusé. Le seul attachement que je portais aux enfants venait du fait qu’ils avaient tendance à être sensiblement plus sincères que bien des adultes maniérés. Je ne les trouvais ni mignons, ni craquants, de même que je ne les estimais pas insupportables. Mais sans doute celui-là faisait-il partie de cette catégorie de « mignons petits chenapans. »

— En tous cas, maintenant, tu n’en as plus, petit bout, raillai-je avec un large sourire. Et ce beignet doit être plus étalé sur ta figure que dans ton estomac, si tu veux mon humble avis. Tu ne rends pas vraiment honneur au cadeau qui t’a été fait. Si ce marchand te l’as donné, la moindre des choses aurait été de reconnaitre la valeur de ce don et d’en profiter au lieu de l’engloutir aussi vite que possible. Tu ne peux même plus t’en vanter, maintenant.

Mon sourire s’élargit encore, et je me penchai vers le gamin comme pour lui faire une confidence destinée à lui seule. Une lueur malicieuse brillait dans mon regard tandis que je lui murmurai, d’un ton juste assez haut pour surmonter le brouhaha des quais :

— En plus, moi, j’ai le plus précieux des trésors.

D’un coup d’épaules, je ramenai mon sac devant moi pour en sortir… un pot de miel. Un de ceux que mes parents m’avaient obligé à emporter pour me rappeler la maison, lorsque je serais loin d’eux, au beau milieu d’une ville comme Lorgol, à me lamenter de leur absence. Sur le moment, j’avais cru qu’ils ne me manqueraient pas vraiment. J’avais découvert, toutefois, au cours du mois qui venait de s’écouler, que mon chez-moi me manquait plus que je n’aurais pu le supposer. Le miel qu’ils m’avaient donné avait été d’un grand réconfort durant certaines nuits sombres. Il m’en restait encore quelques pots, et je trouvais l’occasion parfaite pour écouler celui-ci.

— Même que moi j’ai du miel d’Outrevent, et pas toi, parce qu’on me l’a donné, me vantai-je en tirant la langue, imitant sans peine le ton crâneur du gamin.

Mon regard s’adoucit presque aussitôt. Chez moi, le miel était un objet de convivialité, et non d’égoïsme. Il n’avait jamais été question que je m’empiffre de miel toute seule dans mon coin. Mon sourire moqueur se transforma en une expression chaleureuse.

— On partage ? questionnai-je en lui tendant le pot.

Je le retirai presque aussitôt, les yeux plissés par la méfiance.

— Mais ne t’avise surtout pas d’engloutir le miel comme tu l’as fait pour ce beignet. C’est un cadeau ; profites-en à sa juste valeur.

Je laissai un nouveau sourire avenant déchirer la menace qui soulignait mon avertissement et emmenai le gamin s’asseoir un peu plus loin. Après quoi je piochai une portion de miel et lui tendis le reste du pot. J’avais toujours aimé les moments de partage du miel.

Chez moi, ils étaient importants.

Aussi précieux que les plus grands trésors de ce monde.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Jeu 21 Juil - 12:49

Elle avait raison, la jeune femme, et Aymeric s’en retrouva subitement bien embêté. D’accord, il n’avait plus de beignet, mais… elle, elle n’en avait jamais eu, d’abord ! Ses sourcils se froncèrent profondément dans son petit visage, se rejoignant presque au milieu, alors que sa moue crâneuse devenait fâchée. Il n’aimait pas être grondé. La nourrice ne le grondait presque jamais, y’a que tatie Freyja, tonton Philippe et Papa qui le faisaient et vu qu’ils étaient pas souvent là, il n’avait pas l’occasion d’être remis à sa place aussi souvent que nécessaire. La frustration monte déjà, jusqu’à colorer ses joues rondes de rouge. Non, ça ne lui plaît, qu’elle le gronde comme ça et qu’elle l’embête.

« En plus, moi, j’ai le plus précieux des trésors. Plus qu’un trésor de pirates ? » Aymeric est dubitatif, pour sûr, mais sa curiosité est plus grande que le doute et il s’approche donc un peu plus, ouvrant de grands yeux sur le pot renfermant un liquide doré comme le soleil. Du miel. Comme celui qu’ils ont parfois l'occasion de déguster sur des tartines de bon pain frais, en collation ou en dessert, et que Maman prenait grand plaisir à verser généreusement sur les crêpes que faisait Papa, quand elle était là et qu’ils vivaient où la mer. Souvenir qu’il ne sait s’il l’a inventé, ou s’Il est réel, mais il le voit dans sa tête. Il le voit sans penser que jamais Louis n’aurait cuisiné de crêpes pour Lisbeth, sans penser que jamais ils auraient passé un déjeuner harmonieux, empli de sourires et d’affection comme il l’imagine. Il n’est qu’un enfant, après tout.
« On partage ? Sa main se tend vers le pot, mais celui-ci est retiré de sa portée à peine peut-il l’effleurer. Mais ne t’avise surtout pas d’engloutir le miel comme tu l’as fait pour ce beignet. C’est un cadeau ; profites-en à sa juste valeur. D’accord. » Il a peut-être compris. Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, il suit docilement la jeune femme un peu plus loin et imite ses gestes respectueux alors qu’il déguste petit peu de miel par petit peu de miel, sans oser l’engloutir gloutonnement. Même s’il en a bien envie. « Aymeric ?, tonne une voix plus lointaine, sans que rien lui réponde et surtout pas le Aymeric en question, bien trop occupé à se délecter de miel. Mais où est encore passé c… » La voix se camoufle parmi celles des quais, parmi les cris et les rires, et jamais il ne l’entend.

« Ma maman à moi aussi elle vient du vent, dit le bambin en léchant ses doigts goulûment, prenant une pause dans sa dégustation. Il ne doit pas engloutir, c’est un cadeau, qu’elle a dit. Sinon, il n’y en aura plus et ce sera tant pis pour lui comme pour le beignet. Il ne veut pas encore se faire gronder, surtout. Tu t’appelles comment ? T’es une pirate avec Papa ? Tu fais le miel ? »

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Lun 25 Juil - 8:01

Au fil de ma réprimande, je vis le visage du garçon se transformer sous l’effet de l’exaspération. Comme pour en rajouter une couche, j’ajoutai que je possédais le plus précieux des trésors. L’irritation du gamin se volatilisa aussitôt, remplacée par une interrogation.  Le miel était-il plus précieux qu’un trésor de pirates ? Bonne question. Je supposais que tout dépendait la valeur du trésor pirate en question, qui pouvait sans aucun doute être variable. J’eus une moue songeuse, avant de hausser les épaules, dans un geste d’ignorance.

— A toi de voir, murmurai-je avec un sourire mystérieux.

Je lui révélai mon pot de miel, un léger sourire s’affichant sur mes lèvres. J’étais peut-être un peu présomptueuse sur le sujet, mais j’étais intimement persuadée que le miel de chez moi était meilleur que tous les autres. Sans doute l’était-il d’autant plus qu’il avait toujours, dans ma mémoire, été le signe d’un moment de convivialité et de rires. Satisfaite que l’enfant ait donné son accord pour ne pas faire preuve de la même gloutonnerie qui avait englouti ce pauvre beignet, je l’emmenai un peu à l’écart, où la foule se faisait moins dense. Tout en profitant de la texture onctueuse et familière du miel sur mes doigts, je remarquai avec satisfaction que l’enfant suivait mes conseils et dégustait le délice doré au lieu de le dévorer. Brave petit.

Alors qu’il mangeait avec un appétit qui, pour tout dire, faisait plaisir à voir, il prit une petite pause pour m’expliquer tant bien que mal que sa mère venait aussi d’Outrevent. J’eus un sourire attendri, devant ce petit qui était presque un compatriote. J’avais une fâcheuse tendance à apprécier tout ce qui me rappelait de près ou de loin mon duché. Sans doute était-ce parce que même si je profitais à cœur joie de ma découverte du monde, mon chez-moi restait toujours plus important à mon cœur que tout le reste.

— Je m’appelle Melinda, répondis-je avec un large sourire. Et je suis apicultrice, pas pirate, ce qui veut dire que oui, je fais le miel moi-même. Ou plus exactement, ce sont les petites abeilles sur lesquelles je veille qui s’occupent de créer le miel. Enfin… les abeilles sur lesquelles je veillais. J’ai quitté ma maison – et mes abeilles – pour entrer à l’Académie et visiter la Ville aux Mille Tours.

Sans cesser de sourire, je jetai un coup d’œil à l’enfant. Je me retins de lui ébouriffer les cheveux comme mon frère le faisait avec moi – comme je détestais qu’il fasse. Je repris la parole avant que ce pauvre petit s’aperçoive qu’il avait échappé de peu à une terrible séance de torture capillaire.

— Oh, et je suis venue aussi pour partager le miel avec un mangeur de beignets croisés sur les quais de Lorgol, ajoutai-je en me léchant les doigts, un sourire mutin affiché sur mes lèvres. Et toi, comment t’appelles-tu ? Tu es pirate avec ton papa ?

Sans attendre de réponse, je me penchai vers le garçon comme pour lui murmurer un secret. Dans le vacarme alentours, cela équivalait sans doute à parler sur un ton normal.

— Tu as déjà vu des trésors pirates ? questionnai-je, les yeux brillants de curiosité. Alors, ton verdict ? Est-ce qu’un trésor pirate est plus précieux qu’un pot de miel ?

Une idée me frappa soudain l’esprit, et j’enchainai avant même que le petit ait pu me répondre.

— Si tu es pirate, alors tu dois avoir beaucoup voyagé. Tu as dû voir un tas de merveilles.

Je n’avais jamais quitté Outrevent avant de venir à Lorgol, mais le trajet qui m’avait menée jusqu’ici m’avait donné le goût des voyages, des découvertes, et des surprises. Un léger sourire étira mes lèvres.

— De ça, tu peux te vanter devant moi, précisai-je non sans une pointe d’amusement.

Il avait paru prendre tellement de plaisir à me narguer avec son beignet, et puisque j’avais gâché ses instants de gloire, la moindre des choses était que je lui permette de jubiler encore un peu, d’autant plus qu’il s’était montré sage et raisonnable dans sa consommation du miel. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, il m’arrivait parfois de me montrer sympathique.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Ven 5 Aoû - 0:19

Aymeric écoute Melinda (c’est son nom) avec un grand sérieux, les sourcils froncés. Melinda. Qui vient du vent. Qui fait du miel. Avec les abeilles. L’Académie. Il sait que Lena y va, ou veut y aller, parce qu’elle est mage, comme un des cousins de Papa. Mais là, elle est punie, donc elle va être à la taverne avec lui juuuuuusqu’à ce que tante Freyja la dépunisse. Peut-être jamais, il ne sait pas. « Et toi, comment t’appelles-tu ? Tu es pirate avec ton papa ? Aymeric. Je suis pas pirate, papa il veut pas il dit que je suis trop petit, mais quand je serai grand, j’irai avec lui. » Petite déception, grande décision, déclamée avec fierté. C’est une décision enfantine, peut-être, mais il est décidé. Il n’aime pas être séparé de son père, surtout pas depuis que sa mère est morte, et la vie de pirate lui semble être un rêve. Tous les pirates qui viennent à la Taverne de la Rose sont gentils avec lui et lui font rêver du moment où il aura l’âge de Lou-Ann et où il pourra prendre sa place comme mousse sur l’Audacia. C’est bientôt ! Pas assez à son goût, mais c’est bientôt.

« Tu as déjà vu des trésors pirates ? Alors, ton verdict ? Est-ce qu’un trésor pirate est plus précieux qu’un pot de miel ? Si tu es pirate, alors tu dois avoir beaucoup voyagé. Tu as dû voir un tas de merveilles. De ça, tu peux te vanter devant moi. »

Mh. Ça demande réflexion.
Il n’a pas voyagé, il n’est pas un pirate, il a juste voyagé de la mer à Lorgol, mais il a vu des trésors. Et Rhéa aussi est un trésor, elle est en bois et elle parle.
Il suçote ses doigts quelques longues secondes, avant de se décider :

« C’est plus pré-cieux, mais ça se mange pas. » Le miel avait tout de même cet indéniable avantage. Il veut continuer, inventer, broder et jusqu’à mentir sur les trésors de pirate qu’il a pu voir, mais il est coupé dans son élan par un cri autoritaire : « AYMERIC ! » Cette fois, la voix est forte et il ne peut pas l’ignorer plus longtemps, ni faire la sourde oreille. Le gamin lève les yeux, à la recherche de celui qui a crié son nom, et se ratatine quasi littéralement sur place quand son père vient vers lui d’un pas vigoureux. Apparemment pas bien content. Même furieux. Le pirate s’accroupit à son niveau pour le regarder bien en face, attrapant ses épaules pour le forcer à se lever. Il sait qu’il va être grondé. Oh que ça ne lui plaît pas. « Par Atal, Aymeric. Qu’est-ce que j’t’ai dit ? De le dire quand je pars, même à Rhéa si t’es pas là, pour qu’elle te le dise et que tu sois pas inquiet, murmure-t-il d’une petite voix, se sachant pris en faute. Sinon quoi ? Sinon, sinon, sinon, mais je, mais j’étais pas loin, plaide la voix de l’enfant. J’en ai rien à foutre. Tu le dis, quand tu t’en vas. »
Louis ne supporterait pas qu’on lui enlève une nouvelle fois son fils. Il l’a déjà pensé perdu, une fois. Il ne le supporterait pas.
Il prend le garçonnet dans ses bras, dans une étreinte chaleureuse, étouffant la colère dans l’affection. Il sait comment est son fils. Trop curieux, trop peu méfiant, furieusement indépendant. Déjà si jeune. Enfin, le pirate remarque la jeune femme à côté de laquelle son garçon était assis. « Merci d’l’avoir récupéré » , qu’il siffle entre ses dents, le ton pas du tout aux remerciements. Elle aurait quand même pu chercher à savoir à qui était ce bambin perdu sur le quai, seul, sans parent ! Clairement, elle a tenté de l’amadouer. « Elle vient du vent, déclare joyeusement Aymeric en se retournant vers Melinda. Du vent, hein. Du vent comme Outrevent, ou du vent comme les Amoureux du Vent ? Parce qu’aucune des deux options ne l’enthousiasme vraiment. Et elle a du miel. Outrevent, donc. Mh. T’es avec un des autres ? » Un des autres navires, une des autres vivenefs. Outre les pirates et les évidents vendeurs de sucreries, ce n’est pas toute la plèbe qui se permet de s’aventurer sur le quai de la Ville Basse. C’est louche. Très louche.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Mar 9 Aoû - 10:42

Indignation. Ce fut la première chose qui me frappa lorsqu’Aymeric déclara que son père attendait qu’il grandisse. Je me rappelais parfaitement lorsque mes parents avaient tenté de me faire comprendre que j’étais trop petite pour accomplir certaines choses, et je me souvenais tout aussi bien d’avoir sciemment ignoré leurs conseils. J’ignorais tout de la vie de pirate, bien entendu, et peut-être que ce n’était pas une vie pour un enfant, en effet, mais une part de moi ne pouvait s’empêcher de penser que ce gamin était bridé dans ce qu’il voulait devenir et s’il n’y avait personne pour l’encourager, s’il n’y avait personne pour le soutenir, si tout le monde le considérait toujours comme « trop petit »… comment pouvait-il grandir ?

— C’est à toi de décider quand tu es assez grand, tu sais ? déclarai-je sur le ton du secret. Si tu te sens suffisamment grand pour être pirate, alors fonce. Ton père n’est pas toi. Il ne peut pas savoir qui tu es mieux que toi-même.

Je ne voulais pas l’inciter à faire des bêtises, pas vraiment. Juste lui faire comprendre qu’il pouvait prendre ses décisions tout seul s’il en avait envie. L’indépendance, c’était un précieux trésor, et je trouvais dommage qu’on doive attendre la permission de quelqu’un d’autre avant de tenter de l’acquérir. D’un autre côté, si Aymeric se sentait trop petit, ou s’il ne se sentait pas capable de tout pour devenir pirate – parce qu’il avait l’air sage ce gamin, et je n’étais pas certaine qu’il désobéisse à son père – alors il ferait mieux d’attendre encore un peu. De grandir encore un peu. De laisser croître encore un peu son envie de devenir pirate.

Curieuse, je lui demandai tout de même s’il avait vu des trésors pirates, parce qu’après tout, son père était pirate, non ? Et puis, il fallait bien que je compare ces fameux trésors à mes précieux pots de miel ! Sa réponse m’arracha un éclat de rire. A voir l’enthousiasme avec lequel ce gamin avait dévoré son beignet et léché ses doigts plein de miel, ce qui se mangeait avait une grande importance à ses yeux. Alors qu’Aymeric s’apprêtait à poursuivre, quelqu’un hurla son nom, le coupant dans son élan. Un homme s’approcha de nous, pour réprimander vivement Aymeric. Son père, sans doute ?

L’irritation me prit à la gorge. Aymeric ne faisait rien de mal ; il mangeait seulement du miel avec un enthousiasme qui faisait, à vrai dire, plaisir à voir. Il n’avait même pas fait de bêtises, et comme il le justifiait lui-même, il n’était pas loin ! Bien entendu, Lorgol était une grande ville, et je ne niais pas qu’elle pouvait avoir ses dangers, mais avertir quelqu’un chaque fois qu’il partait ? Je jetai au garçon un regard empli de compassion. A sa place, j’aurais eu envie de fuir. Loin, très, très loin. Lentement, je me relevai, comme pour donner plus de force aux paroles que je m’apprêtais à prononcer.

Je ravalai le commentaire acerbe qui me brûlait la langue, toutefois, en voyant le nouveau venu étreindre le garçon. Mon regard s’adoucit, très légèrement. Mon frère me serrait contre lui de la même façon lorsque j’avais échappé à une bêtise particulièrement désastreuse. Avec soulagement. Avec un zeste d’angoisse qui refusait de s’évanouir. Avec une affection profonde et indéfectible. Ce n’était pas à moi de critiquer la façon dont ce père élevait son fils. De toute évidence, étant donné la preuve d’amour que je venais de voir, il faisait de son mieux. A vrai dire, j’étais même prête à réviser mon jugement à propos de cet homme. Jusqu’à ce qu’il me remercie d’un ton presque hostile.

— Je ne l’ai pas exactement récupéré, rétorquai-je d’un ton sans doute un peu acerbe. A vrai dire, c’est moi qui l’ai éloigné jusqu’ici. Si quelqu’un est à blâmer, ce n’est certainement pas lui.

Ce petit aurait peut-être droit à une punition par ma faute – au vu de la colère que j’avais entraperçue chez cet homme, ça ne m’étonnerait pas –  et il était hors-de-question que je laisse cela arriver. J’avais conscience de l’avoir emmené à l’écart, et je savais combien il était difficile de résister au délicieux attrait d’un pot de miel.

En tous cas, l’arrivée impromptue de cet homme n’altéra nullement la joie de vivre d’Aymeric, qui annonça gaiement que je venais d’Outrevent. La nouvelle ne semblait guère réjouissante aux yeux de son père, mais je n’en avais cure. Je n’avais pas besoin de son approbation. Sa question, en revanche, me prit au dépourvu. Avec… un des autres ? Je jetai un coup d’œil perplexe à Aymeric comme s’il pouvait jouer le rôle de traducteur.

— Avec un des autres ? répétai-je finalement en relevant les yeux sur le père d’Aymeric, d’un ton qui trahissait clairement mon incompréhension.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Dim 28 Aoû - 1:21

La jeune femme semble d’une humeur quelque peu semblable à la sienne, à entendre le ton avec lequel elle rétorque à son remerciement qui n’en a que les mots : « Je ne l’ai pas exactement récupéré. A vrai dire, c’est moi qui l’ai éloigné jusqu’ici. Si quelqu’un est à blâmer, ce n’est certainement pas lui. Louis plisse les yeux, cherchant l’accusation derrière ses mots. Est-ce qu’elle essaie de dire qu’il aurait dû le surveiller plus étroitement ? Lui et tout le putain de bateau avec figure de proue animée ? Elle croit quoi, qu’ils se tournent les pouces et qu’ils ont que ça à faire ? Le monsieur m’a donné un beignet. » Justification timide, qui permet à tous les points de se connecter dans l’esprit du pirate.

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Un vrai pirate en devenir.

« Avec un des autres ? Pirates », traduit effectivement le gamin habitué. Il a eu sa réponse, de toute façon et le scénario des événements est plus clair, dans sa tête, et il s’adoucit déjà un peu plus. Tout part de son gamin, qui sera tout de même grondé pour ne pas l’avoir écouté (comme il fait toujours ; à croire qu’il tient ça de lui). Ça suffit de faire la sourde oreille. Aymeric a voulu un beignet, il a croisé la jeune femme, ils ont discuté et au moins, ils sont restés au même endroit suffisamment longtemps. Grâce à son miel. Elle l’a appâté par son estomac, ce qui est toujours une méthode efficace avec un garçonnet. Louis esquisse un sourire plus honnête, moins empâté de soupçons. « C’est juste… Il a été enlevé par ces merdeux d’la Marie Sanglante pendant le Carnaval pis on vient d’revenir d’aller chercher les autres. Il serre affectueusement l’épaule d’Aymeric, qui complète sa tirade sur son enlèvement d’un judicieux commentaire pour Melinda, son esprit sélectif ayant retenu de toute cette aventure l’information la plus cruciale de toutes : Tante Freyja, elle était pas contente. Non, elle n’était pas contente, et elle va être à la Rose tout l’été, alors t’as intérêt à l’écouter. » Aymeric affecte une moue prudente, sa tante est autrement plus redoutable que son père et même que la nourrice qui veille sur Lena, Lucy et lui. Louis le prend dans ses bras, avant de tendre une main à Melinda pour l’aider à se lever du sol. La chaleur est revenue, dans sa voix, et il reprend même ses excuses, les rendant définitivement plus sincères que les premières : « Merci de l’avoir gardé en place. On essaie d’le garder à l’œil, on r’part bientôt et y’a pas mal de trucs à faire, mais c’est une vraie anguille. On peut lui montrer Rhéa ? » Il y a de la supplication, dans la voix d’Aymeric. Il sourit et embrasse le bambin sur le front, entre deux mèches noires, avant de revenir à Melinda, qu’il semble évaluer du regard. Oh, pourquoi pas, hein ? Si ça peut lui faire plaisir, de présenter la figure de proue à sa nouvelle amie ! Il lui en faut bien peu pour être heureux. « T’as envie d’visiter le pont d’l’Audacia, petite ? »

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Mar 13 Sep - 17:19

Moi, pirate ? Je clignai des yeux, un instant déroutée qu’on puisse croire une seule seconde que je puisse écumer les mers. Non pas que j’aie particulièrement peur de l’eau – même si la mort de mon frère m’avait poussée à plus de suspicion envers les océans – mais je me sentais, jusqu’à peu, trop attachée à ma terre et à ma maison pour partir dans ces longs voyages en bateau qui emmenaient les marins bien loin de leur foyer. Depuis mon départ d’Outrevent, j’en étais venue à apprécier la liberté simple et sublime de voyager, mais changer un état d’esprit prenait du temps, et je n’avais jusqu’alors jamais pensé, même pour m’amuser, à jouer le rôle de pirate.

— Non, je ne suis pas avec un des autres, déclarai-je, même si cette réponse était sans doute évidente. A vrai dire, je n’ai jamais mis les pieds sur un bateau.

Si j’avais déjà aperçu le ballet des voiles blanches sur la mer, j’avais trouvé bien assez d’occupations exaltantes sur la terre ferme pour me passer d’élargir mon champ de bêtise aux océans. Ma surprise avait au moins eu le mérite de désarmer mon animosité, et même si je n’approuvais pas vraiment la façon dont cet homme se comportait envers ce garçon, je savais que je n’avais pas vraiment mon mot à dire là-dessus, et qu’il ne m’appartenait pas de juger qui que ce soit sur sa façon de vivre. D’autant plus que, selon ses dires, il paraissait avoir ses raisons. Sans doute avait-il eu peur que j’appâte son fils avec un pot de miel pour ensuite le garder pour moi – je voyais difficilement l’intérêt de séquestrer un enfant, mais peut-être certains étaient-ils d’un autre avis. En tous cas, je pouvais comprendre sa méfiance, et même la considérer, au vu des nombreux gestes d’affection qu’ils échangeaient, comme une autre forme d’amour.

J’acceptai volontiers la main qu’il me tendit, et je considérai ce simple geste comme une raison d’effacer tous les griefs que j’avais pu retenir contre lui. Je n’étais pas d’accord avec sa façon d’élever son fils, d’accord, mais Aymeric avait tout de même des qualités que j’étais forcée de reconnaitre, et son père l’avait sans doute aidé à développer ces traits de caractères admirables. Cette fois-ci, les remerciements de cet homme sonnèrent juste à mes oreilles, et je lançai un regard amusé à Aymeric lorsqu’il fut qualifié « d’anguille ». Oui, il me semblait bien capable de s’éloigner hardiment de l’endroit où il était censé rester sans même s’en apercevoir, ou d’échapper sans difficultés à la surveillance de quelques pirates plongés dans leur travail.

— Il est indépendant et il n’est pas facilement intimidé, fis-je remarquer avec un léger sourire, estimant que le terme « d'anguille » était beaucoup moins flatteur. Ce sont de grandes qualités.

Je songeai un bref instant à m’excuser de l’avoir appâté avec un pot de miel mais… non, je ne regrettais pas vraiment ce geste. J’avais parlé avec Aymeric, et partager le miel, avec qui que ce soit capable de respecter un tant soit peu cet instant, était toujours un plaisir. Oh, bien entendu, je n’avais pas voulu susciter la frayeur de cet homme, mais son inquiétude était la sienne, et il en était seul responsable. Je n’allais tout de même pas m’excuser pour ce que lui ressentait ! De toute façon, Aymeric prit bientôt la parole pour demander à me montrer Rhéa et, après une brève hésitation, son père proposa de me faire visiter… un bateau ? Un large sourire étira mes lèvres, tandis qu’un enthousiasme inébranlable s’emparait de moi.

— Vous me proposez de visiter un bateau ? m’exclamai-je, les yeux brillants. Bien sûr que j’en ai envie !

Je trépignai presque d’impatience à l’idée de mettre pour la première fois le pied sur le pont d’un bateau. Non, décidément, je ne regrettais pas d’avoir attiré Aymeric loin de son père pour quelques instants. A vrai dire, je n’avais sans doute que rarement pris des décisions aussi fructueuses que celle-là !

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Dim 9 Oct - 1:36

Elle a l’air bien heureux, la petite ! Puis, même, comme elle lui a dit, elle n’a jamais mis les pieds sur un bateau. Ces Outreventois ont vraiment des côtes désastreuses et pratiquement impossibles à accoster, alors il peut comprendre qu’elle n’a pas eu la chance de s‘approcher d’une quelconque embarcation. Outre Ilse et un peu lui-même, ils n’ont pas le pied marin, ceux-là. Et rien pour leur faciliter la tâche. Aymeric gigote dans ses bras et il le dépose au sol, pour que celui-ci empoigne la main de Melinda et la tire en direction de l’Audacia, connaissant son emplacement par cœur. « Pas juste un bateau. Le meilleur », précise le pirate avec fierté, alors qu’ils s’approchent tous les trois de la vivenef pirate. Celle dotée de la plus ancienne figure de proue, celle dont on chante les exploits et les légendes, celle qui accueille à son bord une famille bigarrée, improbable, et pourtant loyale, fière, tissée dans le sang et les serments. Pour une première fois sur un bateau, même à quai, ce n’est pas de la petite bière !

Père, fils et nouvelle amie dudit fils montent tous trois sur la passerelle, jusqu’à arriver sur le pont en pleine activité. Si quelques sourcils se lèvent à la vue de l’inconnue, qui n’a rien de pirate, aucune question ne fend l’air lorsqu’ils constatent ceux qui l’accompagnent, ainsi que le petit geste de Louis pour faire taire d’éventuelles protestations. On ne parle pas ici d’embarquer une nouvelle passagère. Juste d’une petite visite.
Puis, elle arrive juste à temps : le pont est fraîchement ciré, les voiles remontées et les tonneaux de rhum et de bière sont chargés, prêts pour la traversée qui aura lieu soit le lendemain, soit le surlendemain, selon la décision de Philippe. L’excitation du départ fourmille dans son corps, à la vue de tous ces préparatifs, et déjà il se meurt de reprendre la mer, de rattraper tous ces jours, tous ces mois, toutes ces années éloignées de son véritable amour. Avis qu’il sait ne pas être celui de son fils, dont l’humeur est cela dit au beau fixe en ce moment.
« Rhéaaaa ? J’ai une amiiiie ! », chantonne d’ailleurs le bambin en traînant Melinda jusqu’à la proue, où gracieusement, Rhéa tourne la tête pour observer l’Outreventoise. Figure de proue toute de bois faite, animée, magnifique, avec sur son visage ce sourire charmeur qui a su captiver tant de pirates depuis si longtemps. Dans son bois, coule le sang de tous ceux qui ont vécu sur ses planches, et dans ses veines, le chant de la liberté. « Alors, Aymeric, qui est ta nouvelle amie ? Elle s’appelle Melinda et elle vient du vent et elle a des abeilles et du miel, déclame-t-il d’une traite, sous le regard amusé de Rhéa, qui tourne la tête vers lui. Louis. Lui assenant, taquine : Tu vois, Éric, que tu n’avais pas besoin de t’inquiéter. Oh, Rhéa. »

C’est à lui de se plaindre, de rouler des yeux, la moue embêtée, soudainement si semblable à celle de son fils.

« Bienvenue à bord, Melinda. J’espère que ce grognon de pirate ne t’a pas trop embêtée - Quoi ? Je ne l’ai pas - - et qu’il te donnera au moins quelque chose pour te remercier. Que penses-tu d’une pinte d’hydromel ? » En a-t-il vraiment le choix, maintenant ? Clairement, elle s’est alliée contre lui, à son regard scrutateur se joint celui d’Aymeric. Les joues de Louis rougissent à vue d’œil, devant toute la pression qu’on pose subitement sur lui, et il peut seulement articuler un « Oui » timide. Oui, il peut bien… lui donner quelques fleurons de remerciement. Pour avoir gardé Aymeric et l’avoir nourri de miel. Il n’y a pas pensé. Sa gratitude ne suffit-elle pas ? « Et fais-lui bien visiter le pont, mon petit. »

Alliée. Contre lui.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Jeu 13 Oct - 16:51

Un bateau, j’allais monter sur un bateau, un vrai bateau, et pas n’importe lequel ! Le meilleur, apparemment ! Je me laissais emballer par cette histoire comme une petite fille par un conte merveilleux, me faisant violence pour ne pas trépigner de joie tandis que je me dirigeais vers le navire. Les yeux écarquillés, le cœur battant, curieuse comme une enfant qui découvrait le monde, tirée par Aymeric, je me laissai entrainer jusqu’à la vivenef. Comme lorsque j’avais fait mes premiers pas dans la Ville aux Mille Tours, je m’abreuvai de toutes les sensations qui me parvenaient. Les premières fois étaient de ces choses subtiles qui demandaient grande attention, sinon elles étaient comme gâchées, elles donnaient une image faussée de la réalité, une image qu’il devenait dès lors très difficile de changer.

Le pont de la vivenef était déroutant. J’avais le sentiment d’être passée dans un autre monde en posant le pied sur ce bateau. Je pouvais sentir le roulement de l’eau – étrange, cette sensation d’instabilité alors que le bois, sous mes pieds, me donnait l’impression que je me tenais sur un sol bien solide. Je remarquais l’agitation des marins, et mes yeux curieux les regardaient s’activer, tandis que des questions silencieuses se pressaient au bord de mes lèvres, prêtes à sortir au grand jour. J’avais peine à garder les yeux trop longtemps sur quoi que ce soit ; mon regard volait en tous sens comme pour capter le plus d’informations possibles. J’aurais voulu m’attarder pour tout voir, tout contempler, tout apprendre, mais déjà Aymeric m’entrainait à la proue. Et, malgré mon envie de m’arrêter pour profiter de l’instant, je me laissai volontiers emporter par son enthousiasme. Après tout, c’était grâce à lui que j’avais l’opportunité de monter sur ce bateau – le meilleur, rien que ça – et le suivre était une façon de le remercier, non ?

Et puis, lorsque mes yeux se posèrent sur la figure de proue, j’en oubliai même toute idée de contrariété. Vivante, magnifique, fière, elle se dressait là, Rhéa, l’air bienveillant. En un instant, je fus persuadée que ce bateau était effectivement le meilleur, mais peut-être était-ce parce que je n’avais pas de quoi faire la comparaison. Je connaissais le principe des vivenefs, bien entendu, mais entre en entendre parler et en voir une de mes propres yeux, il y avait un monde d’écart. Absorbée par ma contemplation, j’écoutai d’une oreille distraite l’échange entre la figure de proue et mes deux compagnons. Ce ne fut que lorsqu’elle prononça mon nom que je me repris, brutalement, comme si je me réveillai d’un long sommeil. Je mis un moment avant de trouver les mots.

— Merci pour ton accueil, Rhéa, murmurai-je avec un léger sourire. Je te trouve magnifique, en tous cas.

J’espérais ne pas commettre d’impair en la tutoyant, ou en l’appelant Rhéa, ou même en la complimentant. Je ne rencontrais pas des vivenefs tous les jours, après tout, et j’ignorais s’il existait un protocole particulier pour s’adresser à elles. Et puis, à vrai dire, je perdais une grande partie de mes talents d’éloquence de par la stupeur et l’admiration qui faisaient encore sentir leurs effets sur moi. Si bien que lorsque Rhéa me proposa un peu d’hydromel, je hochai la tête, sans même penser une seule seconde à refuser. Et pourtant, peut-être aurai-je dû. D’abord parce qu’il n’y avait aucun besoin de me remercier – rencontrer une vivenef, une vraie, et lui parler, c’était amplement suffisant – ensuite parce qu’étant donné la bonne volonté évidente du dénommé Eric, je pouvais très bien être surprise par le contenu du « quelque chose pour me remercier. »

J’ouvris la bouche, prête à protester, à dire que c’était bon, que je n’avais nul besoin d’être remerciée, que j’étais déjà suffisamment contente d’avoir pu monter sur un bateau, lorsque Rhéa proposa de me faire visiter. Aussitôt oubliée toute bonne intention de refuser gracieusement toute marque de remerciement ! Ma curiosité refit surface comme un monstre endormi réveillé par l’odeur alléchante de la nourriture. Et je me jetai sur ma proie sans l’ombre d’un remord. Je n'hésitai pas une seule seconde avant de poser mes questions.

— Vous êtes combien sur un bateau comme celui-là, d’habitude ? Ça ne doit pas être facile tous les jours de vivre ensemble, si ?

J’avais déjà du mal à me supporter moi-même, certains jours, je n’osais pas imaginer quelles difficultés on pouvait rencontrer à devoir vivre aux côtés d’autres personnes qui pouvaient paraitre tout aussi insupportables.

— Et vous partez longtemps en mer, généralement ? La terre ne vous manque pas trop ? Parce qu’avec ce roulis constant, la terre ferme, ça doit être un peu un soulagement, non ?

J’essayai de m’imaginer partir en mer, et je me persuadai vite que c’était à la fois beau et cruel. Beau, de pouvoir voyager, de se sentir libre, de profiter de la camaraderie de compagnons de bord. Cruel, de quitter sa famille, la terre ferme, et de perdre toute chance de pouvoir s’isoler dans un coin tranquille en cas d’envie subite de conversation avec soi-même. Perdue dans mes pensées, et prise dans un élan d’enthousiaste curiosité, je ne regardais qu’à peine où je mettais les pieds. Ce fut donc presque inévitable que je finisse par glisser. Je me rattrapai, par réflexe, au bastingage, et mon regard, l’espace d’un instant, se perdit sur l’eau.

Je n’avais jamais eu vraiment peur de l’eau à proprement parler, et j’avais eu dix ans pour digérer la mort de mon frère, mais en cet instant, tandis que mon regard se perdait entre deux vagues, je ne pus m’empêcher de penser à lui, et de me dire qu’il avait été avalé par ces mêmes flots que je contemplais à présent, ces flots desquels je n’étais protégée que par un gros morceau de bois sculpté, certes magique et magnifique, mais qui restait un simple bout de bois soumis à la force des eaux. Un mélange de tristesse et de fureur me serra le cœur, et je m’éloignai brutalement du bastingage comme si j’avais été mordue par un serpent venimeux.

— Qu’est-ce que vous faites quand quelqu’un tombe à l’eau ? questionnai-je bien malgré moi.

C’était une question stupide, et je m’en voulais de l’avoir posée. Bien sûr, ils n’allaient laisser personne ne se noyer – du moins je l’espérais. A moins, bien entendu, qu’ils considèrent que quelqu’un d’assez maladroit pour tomber à l’eau ne méritait pas de remonter sur leur pont. Que pouvais-je en savoir après tout ? Je ne connaissais rien des coutumes pirates.

— Oublie cette question, me rattrapai-je en secouant la tête, une grimace d’autodérision affichée sur les traits. Rhéa avait parlé d’une pinte d’hydromel, non?

C’était une manière comme une autre de changer de sujet, d’oublier que la mer vorace se trouvait à deux pas de moi, d’oublier qu’elle m’avait arraché mon plus précieux trésor dans la vie. Je pris une profonde inspiration, m’efforçant de garder un visage souriant. Je savais, néanmoins, que mon sourire enthousiaste s’était un peu terni, et que mes yeux s’étaient voilés d’une peine qui ne me quittait jamais vraiment. J’étais douée, d’habitude, pour faire comme si tout allait bien. Mais parfois, la peine resurgissait aux moments les plus inattendus, et elle était tout simplement trop forte. Trop forte pour que je puisse y faire quoi que ce soit.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Lun 5 Déc - 20:19

« Merci pour ton accueil, Rhéa. Je te trouve magnifique, en tous cas. » Bien. Au moins cette jeune femme sait vivre et admirer la beauté des vraies choses ! Rhéa remercie Melinda d’un sourire, avant que Louis l’entraîne à sa suite le long du pont de l’Audacia, pour qu’elle en admire le pont réparé et les cordages bien démêlés, les pirates patibulaires bavassant dans le sabir incompréhensible des Îles au pire et dans un accent chantant des mers au mieux. C’est une entrée dans son univers, qu’elle effectue aux côtés de Louis et devancée par Aymeric. Leur univers, en vérité. Le bambin n’a pas lâché la main de la femme et ponctue chaque chose et personne qu’il voit de petits commentaires à l’aise et aussi instructifs que ridiculement attendrissants, le tout avec le plus grand des sérieux face à sa tâche de faire visiter le pont : « Ça c’est Vira, elle dit des gros mots », « Ça c’est Ross, il a de beaux cheveux », « Ça c’est un canon, c’est à Il-seuh ». Un généreux bavardage qu’augmente Melinda de ses questions, dirigées à son égard : « Vous êtes combien sur un bateau comme celui-là, d’habitude ? Ça ne doit pas être facile tous les jours de vivre ensemble, si ? J’sais plus combien on est, c’est l’capitaine qui a les comptes exacts, réfléchit Louis, sa grattant la barbe. Pis pour le reste, on s’habitue. La vie privée, vrai que parfois, ça peut manquer, mais… voilà, on s’habitue. » À se laver en bande, en dormir dans des hamacs dans les quartiers réservés à son sexe, à boire, à jouer, à manger, à toujours être accompagné. À régler ses différends rapidement, avant que ce soit le fil d’un sabre qui le fasse, à ignorer les inimités pour le bien de tout l’équipage, à se considérer comme des frères et des sœurs. À force, on en finit par trouver le silence et la solitude rassurants. Et pour les moments où on désire être seul… les quarts de veille sont toujours là pour ça.

Sa main glisse sur le bastingage, pensive, caressant le bois poli par les voyages et les années, ciré par leurs bons soins pour resplendir sous le soleil des terres du Nord. « Et vous partez longtemps en mer, généralement ? La terre ne vous manque pas trop ? Parce qu’avec ce roulis constant, la terre ferme, ça doit être un peu un soulagement, non ? Cette fois, le pirate rit avec affection. On est un peuple des mers, tu sais. C’est toujours l’océan, qui nous manque. » Lui ne passerait plus jamais tant de temps sur la terre ferme pour rien au monde. L’hivernage lui suffit et il a même bien envie d’aller s’installer à l’Archipel, l’hiver, pour quand même continuer de voguer, dans les chaudes eaux du Sud, où nagent les dragons des mers. Un doux rêve à caresser pour ses vieux jours, probablement, s’il se rend jusque là.

Subitement, la jeune femme trébuche – il attrape son bras au moment où elle se retient au bastingage, contemplant l’eau sous eau. C’est brutalement qu’elle se défait de sa prise, sans pourtant cesser de regarder les flots sur lesquels ils flottent paresseusement. « Qu’est-ce que vous faites quand quelqu’un tombe à l’eau ? Louis ouvre la bouche pour répondre, mais elle le coupe aussitôt. Oublie cette question. Rhéa avait parlé d’une pinte d’hydromel, non? Euh. Ouais. On doit bien avoir ça à quelque part. »

Ils ont beaucoup de rhum, mais de l’hydromel… bien sûr, ça doit bien se trouver.

Après s’être assuré qu’Aymeric reste bien aux côtés de Melinda, Louis part fouiller la cale, en recherche d’un breuvage digne de ce nom. Il déniche une bouteille d’hydromel, dans ce qui reste du dernier voyage et qui n’a pas été malmené par les tempêtes jusqu’à l’Île des Vents, et ramène deux chopes de fer-blanc avec lui. Qu’il remplit généreusement une fois la bouteille débouchée et dont l’une des deux est tendue à Melinda. Un doux hydromel qui ne vaut peut-être pas les délices outreventois, mais qui est loin d’être mauvais. « À une première fois sur un bateau. » La boisson est bonne, dans sa gorge, mais il s’interrompt au milieu de sa gorgée lorsqu’il sent une petite main tirer sur sa chemise. Un regard en bas : son fils, évidemment, qui pointe un doigt autoritaire sur sa chope. « Je peux en avoir ? Tu crois qu’tu peux tenir ça, moussaillon ? Oui. » Mais bien sûr. Il tend la chope à son fils, qui l’agrippe à deux mains et en boit une gorgée qui semble bien trop grosse pour lui et lui tire une grimace au moins aussi grande, ainsi qu’une quinte de toux. La chope lui est rendue bien rapidement. « Beuârk. » Bien. Au moins il n’y touchera plus avant d’être mousse. Louis donne la bouteille à la jeune femme, pleine encore à la moitié. « Tiens, garde le reste. »

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Sam 10 Déc - 12:05

Visiter l’Audacia était une expérience à la fois grisante et embarrassante. J’avais le sentiment de découvrir un tout nouvel univers empli d’intéressantes possibilités, et en même temps un univers qui n’était pas le mien, un univers, à vrai dire, dans lequel je n’avais rien à faire. Oh, j’avais été bien accueillie, là n’était pas la question. Seulement, le fond sonore des bavardages des marins et les commentaires d’Aymeric – que je ponctuais à chaque fois d’un hochement de tête – me démontraient suffisamment que l’équipage formait comme une grande famille pour laquelle je n’étais rien d’autre qu’une étrangère.

Pourtant, ce détail ne suffit pas à éteindre ma curiosité. J’aimais apprendre, en fait, j’adorais apprendre, et je ne comptais certainement pas gâcher ma première visite sur une vivenef – mes premiers pas sur un bateau – par des pensées parasites. Aussi agrémentai-je allègrement la conversation de mes questions. Eric me répondait approximativement, mais peu m’importait, à vrai dire. Ses réponses, aussi approximatives soient-elles précisaient peu à peu l’idée que je me faisais de cette grande famille de marins disparates.

J’eus du mal à accepter l’idée qu’il puisse s’habituer à manquer de vie privée. Désemparée, je m’efforçai de saisir ce qu’il avait voulu dire par là, en vain. Ma solitude – et par extension ma vie privée – était un trésor que je m’efforçais de protéger. Ces moments que je passais au côté de mes abeilles, ces défis que je me lançais parfois et ces conversations que j’entretenais avec moi-même – voire ces disputes qu’il m’arrivait de mener avec moi-même – étaient tout autant de stratégies destinées, la plupart du temps, à conserver fermement mon espace personnel.

— C’est bizarre, fis-je remarquer en fronçant les sourcils. Non pas que je méprise ce qui est bizarre, mais… j’ai dû mal à m’imaginer comment il est possible de supporter d’être aussi entouré. Je veux dire, sans en venir à jeter quelqu’un d’insupportable par-dessus bord. Ou à se jeter soi-même par-dessus bord, si par malheur tout l’équipage devient insupportable.

Ce raisonnement me conduisit tout naturellement à la question suivante. Pourtant, loin de m’avouer que la terre ferme lui manquait effectivement, Eric révéla plutôt son amour des mers. Je plissai les yeux, tentant de comprendre, à nouveau. Sans doute y avait-il quelque chose d’une profonde liberté à naviguer ainsi sur les flots. Et sans doute était-ce une joie – autant qu’un possible calvaire – que de voyager avec ce qui devait s’apparenter un peu à sa famille. J’eus toutefois une moue peu convaincue. De toute évidence, l’amour des océans faisait partie de ces choses qui devaient se vivre pour se comprendre.

— Il n’y a pourtant pas grand-chose à voir, en mer. A part de l’eau, je veux dire, fis-je remarquer d’un ton sceptique. Ça doit être lassant, à la longue.

Ce fut alors que le malheur eut lieu. Je glissai, sans grandes conséquences, à vrai dire, puisque je me rattrapai aussitôt. Toutefois, mes pensées s’égarèrent comme portées par les flots, jusqu’au cadavre de mon frère. Horrifiée, j’eus soudain envie de me changer les idées, à tous prix. Qu’Eric me ramène l’hydromel proposé par Rhéa ou quoi que ce soit d’autre importait peu. Qu’il me chasse même du pont de la vivenef pour cette demande un peu brusque, je l’aurais accepté. Tout plutôt que de laisser ces sombres pensées s’approcher trop près de moi. Sitôt qu’il fut parti à la recherche de ce fameux hydromel, je m’accroupis auprès d’Aymeric pour lui parler de tout et de rien, sans cesser de jouer avec mes doigts comme si j’espérais en arracher un.

Enfin, Eric revint, armé d’une bouteille et de deux chopes. Je n’étais pas sûre d’en avoir encore envie, désormais. J’aurais probablement préféré quitter le pont de la vivenef et me réfugier dans une taverne quelconque pour y déguster un peu de miel en pensant à la famille et aux abeilles que j’avais laissées en Outrevent. Peut-être même pourrais-je me blottir à l’endroit secret qu’Arsène m’avait montré ? Cette idée m’arracha un sourire las, mais puisque le marin semblait avoir eu le courage de chercher un peu d’hydromel rien que pour moi, sans doute serait-il peu courtois de partir maintenant. Aussi acceptai-je la chope avec un hochement de tête reconnaissant.

— A une première fois sur le meilleur des bateaux, corrigeai-je avec un petit rire.

Je bus quelques gorgées, observant avec amusement la conversation entre le père et son fils. De toute évidence, je m’étais trompée sur Eric. Loin de museler son fils, il acceptait qu’Aymeric fasse ses propres découvertes… et en tire ses propres leçons. Moi-même je n’en menais pas toujours large avec l’alcool, je devais bien l’avouer, et mes premières expériences du whisky outreventois n’avaient pas toujours été belles à vivre, au grand amusement de mes parents. Plongée dans mes souvenirs, je me laissai prendre au dépourvu lorsqu’Eric me tendit le reste de la bouteille. Un peu gênée par ce cadeau inattendu, je secouai la tête.

— Merci, mais je crois que ça ira.

Or ce « ça ira », je n’étais pas certaine de le maintenir si j’en venais à boire plus que de raison. Une demi bouteille pour moi toute seule, alors que les pensées sombres liées à mon frère étaient encore proches de moi ? A mon avis, mauvaise idée. Je risquais de voir éclater les précieuses défenses que j’avais soigneusement dressées autour de moi.

— C’est déjà très gentil à vous de m’avoir fait visiter votre bateau, et de m’avoir offert à boire. Je n’en méritais sans doute pas autant.

J’eus un léger sourire.

— Vous savez, je pensais que vous étiez un peu rustre, au premier regard. Mais je constate que vous êtes quelqu’un de presque aimable, quand vous le voulez bien. Vous devriez essayer plus souvent, d’être aimable, je veux dire.

Je me tournai vers Aymeric avec un sourire encore plus chaleureux.

— Aymeric y arrive bien, lui.

A mes yeux, c’était une sorte de compliment, sans aucune mauvaise pensée. Après tout, n’étais-je pas en train d’avouer m’être trompée pour souligner les qualités du pirate ?

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Jeu 22 Déc - 0:09

Melinda ne semble pas très d’accord avec ses affirmations quant à la vie sur un bateau, ou à l’amour des mers lui-même. Après, il n’est pas vraiment surpris, et à ses questionnements sceptiques, il offre un sourire indulgent. Comme il l’a précédemment pensé, les Outreventois préfèrent nettement rester sur le plancher des vaches. Celui des chèvres, en l’occurrence. Pour les Ansemariens et les Îliens, ce n’est pas la même chose. Ils ont l’océan dans le cœur et dans les veines et à leurs oreilles, la mer est la sirène à la voix la plus envoûtante. La jeune femme n’accepte pas moins de partager l’hydromel qu’il lui propose, ce qui semble remettre un sourire sur son visage rond. Il n’est pas suffisamment sensible, ou physionomiste, pour lire la lassitude de ce sourire. « A une première fois sur le meilleur des bateaux. » Une correction adaptée à laquelle il lève une deuxième fois sa chopine, juste après avoir régalé son fils d’une gorgée d’alcool.

C’est fort poliment qu’elle refuse le reste de la bouteille. « C’est déjà très gentil à vous de m’avoir fait visiter votre bateau, et de m’avoir offert à boire. Je n’en méritais sans doute pas autant. Ça m’fait plaisir. » Il s’est fait un peu forcer la main, il faut le reconnaître, mais ce n’est pas négatif, au final. « Vous savez, je pensais que vous étiez un peu rustre, au premier regard. Mais je constate que vous êtes quelqu’un de presque aimable, quand vous le voulez bien. Vous devriez essayer plus souvent, d’être aimable, je veux dire. Il cligne quelques fois des yeux, un peu interloqué par son… compliment ? Aymeric y arrive bien, lui. » Il reste encore quelques secondes silencieux, à assimiler ce que Melinda vient de lui déclarer, et… il éclate de rire. De ce grand rire tonitruant qu’il n’a jamais perdu, même dans ces années sombres que celles de son mariage. Rustre, lui ! C’est à se demander si elle n’a pas parlé à Ilse, avant de venir sur le bateau ! Il entend déjà sa camarade ricaner, si cela venait à ses oreilles, et il se promet de ne pas lui glisser un traître mot de cette conversation. « Ça doit v’nir avec la vie d’pirate. » D’autres pourraient le reprendre. Dire qu’il a toujours été ainsi, parfois méfiant, parfois jovial, toujours sanguin, mais il sait bien que ce n’est même pas le fait de la vie de pirate. Il sait que ses années de mariage malheureux ont grugé quelque chose en lui, une part de confiance en le monde, sans qu’il puisse récupéré ce qu’il a perdu.
Il peut seulement courir, cavaler, chasser ce qu’il lui a été enlevé. Courir après ce dont on l’a privé, courir pour fuir ce qui veut tant le rattraper.

Louis s’appuie contre le mât à leurs côtés, grattant sa barbe dans un moment de réflexion. Entre leurs jambes, Aymeric finit par partir pour aller chercher ses figures de bois et revenir s’asseoir à leurs pieds, marmonnant des histoires aux figurines de pirates et de dragons. Son regard s’attarde sur le bambin, dont il ne voit que la chevelure noire. « J’m’attende pas à c’que tu comprennes. Les Outreventois… vous n’êtes pas les plus marins du lot, commente le pirate avec un sourire entendu. Sa mère en est au point d’haïr l’océan, de plus belle à chaque jour. Mais, crois-moi. Tout le monde ici préfère encore vivre neuf, huit mois par année, empilés les uns sur les autres qu’être privés de l’océan. Tout plutôt que d’être éloigné de l’océan. Et il n’y a pas que de l’eau, je t’assure. » Oh, non ! Il y a les mers, les tempêtes, les dragons qui nagent sous les eaux, l’Archipel et ses Îliens (sans parler des Îliennes) et toutes ces autres terres dont les noms se perdent dans leur aura sauvage. Il y a la liberté.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Jeu 26 Jan - 12:00

Je ne pus m’empêcher d’hausser un sourcil sceptique quand il prétendit avoir pris plaisir à cette visite. Bien entendu, je ne pouvais pas déterminer avec certitude s’il s’agissait ou non d’un mensonge, mais à première vue j’aurais eu tendance à dire qu’il n’avait pas vraiment eu le choix – quand on vivait sur un bateau durant des mois, mieux valait ne pas s’attirer l’inimité dudit bateau – et qu’il n’avait pas aimé la tâche qui lui avait été imposée. Il ne m’avait pas paru particulièrement heureux, mais sans doute était-ce dû principalement à ses réponses succinctes et abruptes. Après tout, personnellement, j’étais douée pour dissimuler à quel point je pouvais souffrir ; peut-être certaines personnes parvenaient-elles à garder leur joie pour elles ? Je n’en voyais pas vraiment l’intérêt, mais d’un autre côté, ce pirate vivait probablement une vie totalement différente de la mienne, une vie que j’étais tout bonnement incapable de comprendre complètement.

Je lui avouai donc, en toute sincérité, qu’il était surprenant de découvrir en lui un homme plutôt aimable. Durant quelques secondes, il garda le silence, et j’en viens à me demander si ce que je considérais comme un compliment n’était pas, en réalité, d’une nature plus floue. Toutefois, avant que je n’apporte plus de précisions, Eric éclata de rire. Je ne pus m’empêcher de sourire, amusée par cette joie soudaine à laquelle je ne m’attendais absolument pas, ni de sa part, ni dans ces circonstances. La vérité, après tout, n’avait pas pour premier objectif d’être drôle. Je n’eus pas le temps d’y réfléchir plus longtemps, toutefois, car Eric reporta alors la faute de son comportement sur la vie de pirate.

Mon sourire amusé s’accentua légèrement. La vie de pirate, vraiment ? Trouvait-il quelque part entre deux vagues, dans une étendue composée uniquement d’eau, un motif pour se montrer… comme ça ? Mon sourire se ternit légèrement quand je me remémorai le début de cette conversation. Ce n’était pas tout à fait juste pour Eric, mais la première vision que j’avais eue de lui était celle d’un homme accusant injustement une inconnue, ou plutôt, d’un père qui réagissait en se laissant guider par la peur qu’il éprouvait pour son fils. Pas étonnant, en ces circonstances, que mes présupposés sur son caractère aient été peu glorieux. Je portai un regard songeur vers l’océan. Peut-être y avait-il là-bas des dangers qui expliquaient d’adopter un comportement plus renfermé, moins aimable, moins jovial ? Je baissai les yeux sur Aymeric, qui jouait avec des figurines en bois, et un brin de tristesse m’étreignit le cœur. Il m’avait dit qu’il allait devenir pirate quand il serait grand. Deviendrait-il alors comme son père, un peu rustre, un peu renfermé, un peu abrupt ? Fallait-il forcément qu’il se confronte à la réalité trop brute d’un monde cruel, et qu’il se retrouve obligé de grandir ?

Eric était à des lieues des considérations pleines de compassion que je pouvais faire quant à l’avenir d’Aymeric, et à la douloureuse obligation, pour un enfant, de devoir renoncer à ses illusions pour devenir adulte. Il me fallut quelques secondes pour m’apercevoir qu’il continuait à me parler, et ce fut uniquement quand il mentionna les Outreventois que je repris mes esprits. Je pouvais difficilement lui donner tort : personnellement j’avais vécu la plus grande partie de ma vie à l’intérieur des terres, et je n’avais jamais mis les pieds sur un bateau auparavant. De même, j’avais dû mal à m’imaginer comment on pouvait préférer vivre enfermé sur le pont d’un navire, cerné de toutes parts par les flots, plutôt que d’explorer Arven et les immenses étendues de terres et de merveilles qu’offrait le continent.

— Et c’est cette vie de pirate si merveilleuse qui transforme un homme aimable en rustre ? questionnai-je en haussant un sourcil, un sourire amusé affiché sur les lèvres. A moins que ce ne soit le contraire. Peut-être étiez-vous rustre de nature, et peut-être que c’est la vie de pirate qui vous a rendu aimable ?

Je perdis mon sourire pour endosser de nouveau un air songeur.

— Mais vous avez raison, j’imagine. Je crois que je ne suis pas vraiment capable de comprendre un tel attachement à l’océan. C’est juste que…

Je pris une profonde inspiration, essayant de trouver les mots qui pourraient décrire l’étrange impression qui m’envahissait lorsque j’essayais d’imaginer la vie sur la mer. Je ne pouvais probablement pas l’imaginer dans toutes ses nuances, bien entendu, pas sans le vivre par moi-même, mais l’idée que je m’en faisais ne me paraissait guère plaisante.

— Est-ce que vous n’avez pas l’impression parfois, d’être enfermé ? D’être cerné de toutes parts par une étendue d’eau que vous ne pouvez pas franchir ? Est-ce que ça ne vous fait pas peur de dépendre uniquement d’un bout de bois flottant pour échapper à cette prison marine ?

Je grimaçai lorsque je m’aperçus à quel point cette question pouvait être mal prise pour « le bout de bois flottant » en question.

— N’interprétez surtout pas mal mes paroles, je ne critique pas l’Audacia, loin de là, je cherche simplement à comprendre. Même le meilleur des navires, même la meilleure des vivenefs peut être vulnérable, non ? Et… comment peut-on ne pas se sentir impuissant devant toute cette eau ?

Je ne pus retenir un sourire teinté de tristesse. En vérité, le problème n’avait rien à voir avec le fait de passer des mois loin de la terre ferme. Le vrai problème, probablement, c’était qu’il restait encore en moi quelques traces de la fille de douze ans qui avait accusé l’océan de lui avoir volé son frère. L’Audacia était peut-être le meilleure des bateaux, mais la mer avait à mes yeux un côté dangereux et meurtrier qu’elle ne perdrait sans doute jamais. En ce sens, j’étais peut-être encore moins bien placée que la plupart des Outreventois, pour découvrir les océans. Un brin de déception m’étreignit le cœur. Ma peur était bien dommage. Si j’écoutais Eric et Aymeric, l’océan avait l’air peuplé de merveilles et de trésors que j’aurais aimé apercevoir…

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Lun 6 Mar - 12:20

« Et c’est cette vie de pirate si merveilleuse qui transforme un homme aimable en rustre ? A moins que ce ne soit le contraire. Peut-être étiez-vous rustre de nature, et peut-être que c’est la vie de pirate qui vous a rendu aimable ? Une gorgée d’hydromel, un sourire. J’dirais que c’est la vie de pirate, alors, qui m’a fait du bien. » Indéniablement. Il ne reviendrait sur sa décision pour rien au monde, malgré tout ce qui s’en est suivi. Recherché en Outrevent et en Ansemer, pour un meurtre qu’il n’a pas commis, même s’il y a bien trop souvent rêvé pendant presque une dizaine d’années : c’est peu cher payé, pour avoir retrouvé sa liberté.

Elle se fait philosophe, bien pensive, la Melinda, et cette fois Louis porte bien plus attention à son visage à la moue distante, à ses yeux qui passent de la mer au pont du bateau, sans jamais pourtant sembler heureux. Il y a quelque chose de plus que le simple fait de ne pas avoir le plus marin, dans son expression, dans son questionnement. Plus bien que la répulsion toute outreventoise à la fois pour les pirates et pour la mer, hors de la subsistance et des produits à y pêcher, sans jamais trop s’éloigner des côtes. « Est-ce que vous n’avez pas l’impression parfois, d’être enfermé ? D’être cerné de toutes parts par une étendue d’eau que vous ne pouvez pas franchir ? Est-ce que ça ne vous fait pas peur de dépendre uniquement d’un bout de bois flottant pour échapper à cette prison marine ? » Un bout de bois. Pas n’importe quel bout de bois, veut-il s’opposer, mais la jeune femme prend conscience toute seule de la portée de ses mots et se corrige aussitôt, affinant son questionnement du même coup : « N’interprétez surtout pas mal mes paroles, je ne critique pas l’Audacia, loin de là, je cherche simplement à comprendre. Même le meilleur des navires, même la meilleure des vivenefs peut être vulnérable, non ? Et… comment peut-on ne pas se sentir impuissant devant toute cette eau ? »
Question complexe. Question à laquelle il ne peut pas répondre. Il réfléchit, les yeux fixés sur l’eau calme et tiède du port de Lorgol, imprégnée de magie depuis si longtemps. Difficile de parler d’un amalgame de sentiments, de cet attachement qu’ils ressentent tous envers la mer et envers leur vivenef, au point d’être prêts à la suivre n’importe où. Ne reviennent-ils pas d’un de ces voyages incroyables, justement ? Jusqu’à des endroits non cartographiés, inconnus, à travers une tempête monstrueuse, contre vents et marées ? Louis voudrait lui parler de cette sensation puissante qu’il a ressenti, dès qu’il a mis le pied sur l’Audacia – cette sensation d’être au bon endroit, d’être chez lui. De son sang qui court dans les veines du bois de la vivenef. De la voix de Rhéa, de ses chants, de ses rires. Des horizons infinis, des tempêtes qui fouettent et qui giflent, du sel qu’il peut goûter sur ses lèvres. Sa voix est douce, toujours pensive, quand il ose répondre, formuler un peu de ce qui tourne dans sa tête : « J’peux pas te dire, Melinda. Y’a que sur terre, que je me sens impuissant et prisonnier, et que sur la mer que je suis libre. Messaïon donne et Messaïon reprend, mais pour qu’il donne, il faut avoir confiance en lui. » Confiance, en ce dieu si puissant au-dessus d’eux, vulnérables, mais aventuriers, mais confiants, mais vrais. Morts, ou vivants, ils devront toujours avoir confiance. « Ceux qui disparaissent en mer ne meurent jamais vraiment. »

Il termine sa chope d’une bien trop longue rasade, sans sourciller, et laisse ensuite le récipient vide sur un tonneau où d’autres s’entassent. Tant que la Tambouille ne le sait pas : le Paul est bien du genre à le mettre de corvée de vaisselle, tout ça pour un verre qui traîne. « J’dois retourner travailler, petite. Si tu passes à la Taverne de la Rose, tu pourras y trouver ce garnement, qu’il dit en ébouriffant quelques mèches sur la tête d’Aymeric. Freyja est ma tante pis les amis d’la famille sont toujours les bienvenus. Tu viendras me voir ? », demande Aymeric avec espoir, les yeux relevés vers l’Outreventoise.

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Message Sujet: Re: Bêtises sur les quais   Mer 15 Mar - 8:57

— J’dirais que c’est la vie de pirate, alors, qui m’a fait du bien.

J’esquissai un léger sourire. Instinctivement je n’aurais pas vraiment imaginé que la vie de pirate puisse être quelque chose de profondément bénéfique pour les pirates en question. Etre perdu sur un rafiot, entouré de tout un tas de gens qu’on n’aimait pas forcément, me paraissait un environnement idéal pour développer un tempérament grognon. Mais peut-être que certaines vies étaient pires encore que l’existence de pirate. Après tout, j’avais eu une vie heureuse et sans anicroche – sinon, peut-être la mort de mon frère. Rien ne m’avait jamais dégoûté de l’existence d’apicultrice. En revanche, si j’avais mené une vie misérable et que j’avais trouvé une forme de famille sur un bateau comme celui-ci… peut-être, oui, que la vie de pirate aurait pu m’être bénéfique, même si j’avais du mal à me le représenter.

Comme pour confirmer cette idée, Eric, plus tard dans la conversation, déclara qu’il se sentait impuissant et prisonnier sur terre. Que fallait-il donc subir sur le continent pour s’y sentir à l’étroit, alors qu’il était si vaste ? Et comment trouver la liberté dans un océan qui s’étirait à perte de vue, mais qu’on ne pouvait parcourir que sur un bout de bois minuscule, soumis non seulement aux conditions météorologiques, mais aussi aux desideratas du capitaine ? Décidemment, aussi fort que j’essayais, je ne parvenais pas vraiment à comprendre. Sans doute n’avais-je pas vraiment l'esprit marin.

Quand Eric mentionna Messaïon, je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils. Avoir confiance en Messaïon, alors que j’avais peine, parfois, à m’accorder cette même confiance ? Peut-être était-ce pour ça que parcourir l’océan sur l’Audacia me paraissait si inquiétant. Je n’avais pas confiance, ni en la vivenef, ni en l’océan qui m’entourait, ni au dieu des mers, et j’aurais encore moins confiance à mes compagnons de manœuvre. Depuis la mort de mon frère, j’étais devenue suffisamment solitaire pour qu’il me paraisse étrange de me reposer sur autrui pour assurer ma survie.

— Ceux qui disparaissent en mer ne meurent jamais vraiment, ajouta Eric, parvenant à me faire frissonner.

L’espace d’un instant, je fus prise de la crainte qu’il ait deviné que j’avais perdu quelqu’un en mer. Je ne me sentais pas à l’aise de m’être dévoilée autant devant quelqu’un que, finalement, je ne connaissais que bien peu. Néanmoins, je me rassurai presque aussitôt en me disant qu’il n’avait probablement dit ça que par pur hasard.

— Peu importe qu’ils soient morts ou pas, finalement, murmurai-je toute de même. Ils ont disparus, non ? N’est-ce pas suffisant pour nous laisser avec un vide immense au fond du cœur ?

Eric vida sa chope, et la fit rejoindre un tas de ses semblables sur un tonneau à proximité. Je bus une dernière gorgée et posai la mienne à côté. Elle n’était pas vraiment vide, mais je n’étais pas sûre d’être d’humeur à boire encore. Mon cœur me paraissait trop serré pour que j’en profite vraiment. Eric m’informa alors qu’il devait se remettre au travail, et me proposa de passer à un endroit appelé la Taverne de la Rose, où je pourrai revoir Aymeric. J’eus un doux sourire en réponse à la question d’Ayemric. Je n’avais pas encore visité la Taverne de la Rose jusqu’à présent, alors… pourquoi pas ?

— J’essayerai de venir, si je trouve mon chemin. C’est un endroit de Lorgol que je n’ai pas encore vu, et je serai ravie de le visiter. Et puis, bien entendu, ce sera un plaisir de retrouver mes amis pirates, répondis-je en accédant volontiers à la requête d’Aymeric.

Je saluai Eric d’un signe de tête, consciente que je ne devais pas vraiment m’attarder plus longtemps.

— Bon courage pour le travail qu’il vous reste à faire, et encore merci pour la visite, c’était absolument génial ! le remerciai-je avec enthousiasme.

Je me penchai vers Aymeric et lui lançai mon sourire le plus amical.

— On se revoit à la Taverne de la Rose, alors ? déclarai-je sur un ton à peine interrogatif. Tu me diras si tu as trouvé un trésor pirate d’ici là, d’accord ?

Je les saluai une dernière fois pour leur dire au revoir, eus un mot de remerciement pour l’Audacia puis me détournai pour poursuivre mon exploration des rues de Lorgol. Quelques pas plus loin, je secouai la tête, un peu sidérée. Ma première fois sur une vivenef. Waw. J’avais encore du mal à y croire. Et pourtant, j’avais rencontré Rhéa, je lui avais parlé, j’avais posé plein de questions à un vrai pirate, et même si les souvenirs de mon frère étaient venus hanter cet instant, et que je me sentais comme une gamine trop curieuse, je m’étais plutôt bien amusée. Et puis, au moins, j'avais appris une chose : je n'étais pas vraiment faite pour la vie de pirate.

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