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 Un chant de retrouvailles

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Message Sujet: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyMar 22 Nov - 4:29


Livre I, Chapitre 6 • La Danse des Trépassés
Maelenn du Noroît & Faustine de la Fugue

Un chant de retrouvailles

Ou quand au coeur de l'ombre survient la lumière



• Date : 1er novembre 1001
• Météo : Température douce et fraîche, en cette matinée.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : La nouvelle de l'avènement de Gustave de la Rive est un choc en tout Arven et la cour de Lagrance est paralysée, ce matin de la Samhain. Maelenn ne manque pas de remarquer la solitude d'une dame, par le biais d'une chambre à la porte entrouverte, et elle s'empresse d'aller s'enquérir de sa santé. Sans savoir qu'elle y retrouvera là sa soeur depuis si longtemps perdue.
• Recensement :
Code:
• [b]1er novembre 1001 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1464-un-chant-de-retrouvailles]Un chant de retrouvailles[/url] - [i]Maelenn du Noroît & Faustine de la Fugue[/i]
La nouvelle de l'avènement de Gustave de la Rive est un choc en tout Arven et la cour de Lagrance est paralysée, ce matin de la Samhain. Maelenn ne manque pas de remarquer la solitude d'une dame, par le biais d'une chambre à la porte entrouverte, et elle s'empresse d'aller s'enquérir de sa santé. Sans savoir qu'elle y retrouvera là sa soeur depuis si longtemps perdue.

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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyMar 22 Nov - 6:00

Ils ont tous entendu la voix qui a résonné dans tout Arven, oh oui, ceux éveillés et ceux déjà endormis, ceux veillant à honorer les morts et les autres à honorer les vivants. Celle annonçant la montée subite de l’empereur Gustave de la Rive sur le trône de l’empire de la Magie. Celle annonçant, du même souffle terrible, la mort de l’impératrice Chimène de Faërie.

Elle l’a entendu, Maelenn, alors que seule dans un des jardins d’Edenia, elle priait pour ses aïeux disparus et pour ceux morts au combat il y a longtemps et plus récemment. Pour une sœur dont elle ne connaît pas le destin. Ses chants de la Samhain, bas et respectueux, se sont brutalement interrompus, et tout contre elle, son Familier a frissonné. Elle a senti la mort vibrer dans son cœur et dans son corps, la Compagne, alors que le Sépulcre des Martys était violé et qu’au sein des terres de l’Honneur se commettaient les pires déshonneurs.

Ce matin, au palais de Lagrance, le choc est total. Elle y est venue pour savoir si d’autres nouvelles étaient venues d’Outrevent, mais elle n’a trouvé qu’un palais peuplé de quelques personnages de petite noblesse, incapables de lui dire quoi que ce soit. De quelques Chevaucheurs hagards et gardes hébétés, qui n’ont pu que lui répéter ce qu’elle savait déjà. Depuis, désoeuvrée, Maelenn parcourt les couloirs sans savoir que faire, en recherche d’une occupation pour distraire son esprit affolé. Sa Grâce Denys est-elle indemne ? Les nouvelles annoncées sont-elles réelles, ou sont-elles un énième tour ?
Personne ne sait rien de plus. Il leur reste seulement à attendre.
Le bruit de ses chaussures résonne dans les couloirs pratiquement déserts du palais, alors que ses pas la mènent d’aile en aile, sans qu’elle tire quoi que ce soit de cette marche. Subitement, Gavriel se glisse dans l’encolure de sa robe pour dévaler le long de son corps jusqu’au sol, où il serpente jusqu’à la porte entrouverte d’une chambre. Elle le voit tirer de la langue quelques fois, comme s’il humait l’air. Que se passe-t-il ?, s’inquiète la mage, qui n’a déjà plus l’habitude d’être séparée de son Familier. Une dame de compagnie de la duchesse semble en détresse. Dans la voix du serpent, il y a une certaine retenue, de nature inconnue. C’est curieux. L’Outreventoise s’approche de la porte, plus discrètement, jusqu’à pouvoir jeter un œil à l’intérieur de la chambre. C’est fort impoli, elle en a conscience, et elle sent en elle toute son éducation s’outrer, mais les agissements soudains de Gavriel ont eu de quoi piquer sa curiosité.

Elle ne connaît pas les dames de compagnie de la duchesse Marjolaine, qui est bien plus souvent occupée dans tout Lagrance qu’au palais. Ce n’est pas pour rien que les Lagrans ont une telle dévotion pour elle. De cette dame de compagnie bien précise, elle ne voit que le dos d’une robe claire et une masse de cheveux bruns. Elle perçoit, cela dit, bien plus, sa magie prudemment à l’affût. Tristesse et incompréhension émanent de cette femme couchée sur son lit, recroquevillée sur elle-même. Elle n’est point cruelle, Maelenn, et bien qu’elle ne sache rien de cette inconnue, elle n’a aucune raison de la laisser à cette solitude désemparée. Sans doute craint-elle pour Sa Grâce Marjolaine ? Un petit bruit de gorge annonce sa présence et elle s’incline, respectueusement. Elle sent les écailles froides de Gavriel contre sa peau, remontant jusqu’à sa gorge, où il s’enroule. Elle le sent étrangement nerveux. « Pardonnez mon intrusion, noble dame. Peut-être désirez-vous un peu de compagnie ? »
Gavriel n’est pas nerveux. Il est excité. Il a… hâte ?
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyJeu 15 Déc - 23:40


L’annonce a résonné dans tout l’empire, et son cœur s’est serré, douloureusement, au creux de sa poitrine. Comme si un poing d’acier s’en était saisi pour lentement l’écraser dans sa poigne impitoyable ; comme si une horde de chevaux en furie déferlait pour le piétiner sans merci. Faustine est dévorée vivante. Submergée d’inquiétude, d’angoisse et de peur pour Marjolaine, qui est à la fois sa duchesse et sa meilleure amie. Marjolaine, chère Marjolaine, jetée dans les tourments de la politique impériale alors qu’elle est enceinte, et fragile ! Qui pourrait dire ce qui se passe en ce moment même au Sépulcre, en Outrevent – oh, quel besoin avait le duc Denys d’emmener à sa suite son épouse, dans son état ? Ne suffit-il pas qu’il la bafoue outrageusement, quand même cela serait son droit – devait-il mettre en péril sa santé ainsi ?

Elle a bien essayé, Faustine, de trouver quelqu’un pour la renseigner. Outreparleurs et outrevoyeurs semblent s’être dissous dans l’atmosphère, ou peut-être ont-ils été tous avalés par la terre – quoi qu’il en soit, il n’en reste apparemment plus un seul dans l’enceinte du palais. Sombreciel a donc tellement d’attraits, pour que tant de mages désertent leur duché pour s’y rendre fêter les morts ? Elle a erré dans les couloirs, Faustine, complètement perdue, croisant des domestiques choqués, des seigneurs inquiets, des visiteurs effarés. Sur certains visages, des sourires réjouis, des regards satisfaits ; de ceux-là, Faustine s’est méfiée, s’écartant de leur chemin pour ne pas attirer sur elle une attention qu’elle ne désire pas. Le monde s’est-il mis à marcher sur la tête en l’espace d’une journée ? Les hommes de bien ont-ils donc laissé leur bon sens les déserter ? Quel mal va bien devoir advenir à sa petite duchesse, livrée en pâture au bien cruel jeu du trône impérial ? Elle a erré dans les couloirs comme une âme en peine, la musicienne esseulée, et elle a senti l’hostilité suinter des murs du palais, au fil de ces regards acerbes qui transperçaient ses iris cerclés de sang. La prend-on pour une complice du nouvel empereur, pour une partisane de la violence certainement faite en cet instant même à ses souverains ? L’horreur de cette simple idée la rend malade, et c’est l’âme en plein naufrage qu’elle est retournée dans son petit appartement, ne prenant même pas la peine d’en refermer complètement la porte. D’un seul mouvement, elle s’est jetée sur l’épais couvre-lit, et s’est contentée de se rouler en boule autour d’Eriath, pleurant toutes les larmes de son corps.

Elle s’est rarement sentie aussi seule. Démunie, désemparée – totalement impuissante. Nerveusement, elle fait craquer ses doigts tordus, comme à chaque fois que quelque chose la contrarie, qu’elle est sous pression ou désespérée. Le son agace son Familier, elle le sait – mais résolument, elle cache son visage à la tortue sereine dont elle caresse la tête du bout des doigts. Elle n’aime pas qu’on la regarde pleurer, Faustine ; ses parents lui ont bien fait comprendre que la moindre faiblesse était une déchéance, et ses larmes de douleur n’ont jamais réussi à leur faire comprendre l’ampleur de sa détresse. Pourquoi pense-t-elle soudainement au Noroît, dans le chaos qui ravage Lagrance ? Il est bien rare que ses songes la ramènent au domaine de son enfance, tant elle y associe de tristesse et de malheur – mais il est vrai que, parfois, s’impose dans sa mémoire le doux visage de sa sœur. Qu’est-elle devenue, sa petite Maelenn ? Elle se souvient, tandis que la douleur étreint son cœur, du jour où elle s’en est allée par les chemins, l’abandonnant à son malheur. De son visage triste, de son geste d’adieu esquissé par la fenêtre. Que reste-t-il aujourd’hui de la tendre complicité de naguère ? Parfois, elle se demande quelle route a choisi sa cadette. Oh, comme elle aimerait la voir, en cet instant précis ! Pas forcément la toucher, ni même lui parler – si pure Maelenn, il ne faudrait pas la souiller avec la magie sulfureuse qui vibre en Maidhenn – juste l’apercevoir, de loin, savoir qu’elle est heureuse, et qu’elle va bien…

Un léger bruit du côté de la porte la fait se tourner rapidement, tandis qu’une voix s’enquiert poliment de son trouble. Une visiteuse de la Cour, sûrement – une visiteuse scandaleuse, à en juger par la tenue élégante mais suggestive qu’elle porte, et que la musicienne scrute en remontant le regard jusqu’au col de l’intruse. Allons, sûrement l’une des maîtresses du duc, ou bien peut-être même une des Compagnes du palais. Fi ! Une telle créature dans son logement bien raisonnable d’Outreventoise ! Elle s’apprête à rembarrer sèchement l’importune, et croise alors son regard, apercevant maintenant un visage doux, et dont la vue interrompt les battements dans sa poitrine. Une seconde de stupeur totale – puis son cœur repart, et elle exhale un souffle hésitant. Juste Levor, cette ressemblance. Serait-ce… ? La forme du nez, la courbe des pommettes, la ligne de la bouche si fière – cette femme est plus âgée que l’image qu’elle garde en mémoire, mais quinze ans ont passé. « Est-ce… – » Elle déglutit, péniblement, luttant pour trouver son souffle, et articule péniblement la fin de sa phrase, plus blanche que sa robe, Eriath frémissant sous sa paume, « – une plaisanterie… ? »


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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyVen 16 Déc - 4:11

La dame s’est bien vite retournée vers elle pour la dévisager, des pieds à la tête. Décoiffée, les yeux rougis et les joues marquées de larmes y ayant séché, elle n’en est pas moins jolie, cette femme vêtue à… à l’outreventoise. Elle reconnaîtrait ces coupes affreuses et si peu flatteuses n’importe tout, pour les avoir éliminées de sa garde-robe dès son arrivée à Edenia. Comme c’est… comme c’est curieux. Elle s’attarde, en l’attente d’une réponse, sur les traits de l’inconnue, et à son identique, elle se trouve prise au dépourvu. Les années ont passé, oui. Elles ont toutes deux grandies, elles sont devenues des femmes. Elles ne sont plus ces enfants attristées qui se sont quittées, il y a quinze ans, mais pourtant… comment ne pas reconnaître ces traits, grandis, pourtant si semblables à ceux du passé ?

Ce visage en forme de cœur, cette bouche pleine assortie de fossettes, ce nez droit se terminant un peu en trompette, comme le sien.
Ces yeux. Ces iris de la couleur du ciel, cerclés de celle du sang.

La Compagne et la dame de compagnie sont aussi immobiles l’une que l’autre. L’une a le souffle coupé, l’autre est proprement pétrifiée. « Est-ce… – » Même sa voix, si elle a mué, si elle se pare désormais de notes plus graves et de l’accent typique des habitants du duché fleuri, n’a pas complètement changé. « – une plaisanterie… ? » Oh, elle n’est pas loin de penser la même chose, Maelenn. Une vaste, mauvaise et ridicule plaisanterie. Ou alors, peut-être a-t-elle la berlue ? Peut-être est-elle prise dans un long rêve, sinon, où Gustave de la Rive serait devenu empereur de Faërie et où elle rencontrerait sa sœur perdue au cœur même du palais ducal de Lagrance ?
C’est impossible, raisonne son esprit terre-à-terre dans celui de son Familier, qui lui l’envahit de cette étrange émotion de hâte, sans en démordre. Sa sœur a été chassée il y a longtemps, très longtemps, et tant de mages du Sang ont été exécutés depuis ce temps. Il y a toutes les chances qu’elle soit tombée sur quelques personnes désireuses de non pas la chasser, non pas la bannir, mais de tout simplement l’occire. Puis, quelles sont ces mêmes chances, le Destin en soit témoin, que Maidhenn ait trouvé refuge en Lagrance et soit désormais au palais ducal ? Regarde ses mains. Ses yeux s’abaissent vers les mains crispées de la dame de compagnie. Cachées sous des gants, qui pourtant ne peuvent entièrement dissimuler la difformité des doigts qu’ils habillent avec élégance.

Les doigts si souvent cassés de Maidhenn, sans même qu’ils aient le temps de guérir. Ses mains si belles, si agiles, brisées par les coups et les punitions, comme si la magie du Sang allait quitter son corps à force de restriction.

Un coup de vent soudain les ébouriffe toutes les deux et vient claquer avec violence la porte des appartements de la dame en blanc. Autour d’elles volent des feuillets et des parchemins arrachés à leurs cahiers, des plumes et même quelques vêtements, comme cent oiseaux, portés par le souffle d’une magie que sa mage ne peut contenir. D’une émotion trop grande pour être contrôlée. « M, Ma… Maidhenn ? » Et sa voix, rauque et calme, cette fois se brise.


Dernière édition par Maelenn du Noroît le Jeu 2 Fév - 0:19, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyJeu 2 Fév - 0:07


Le temps s’est arrêté dans la chambre si sérieuse de la ménestrelle, suspendu à un souffle, à un battement de cœur, à une émotion fugitive qui frémit et susurre une chanson que nul n’entend. Elle ne sait plus où elle en est, Faustine, tant le chaos est grand dans son esprit : doit-elle bouger ? Rester immobile ? Est-ce que tout va s’écrouler sur elle si elle recommence à respirer ? Est-ce que le monde va s’arrêter si elle ose y croire ? Est-ce qu’elle a le droit d’y croire, déjà ? Est-ce permis ô Destin, est-ce autorisé ? Elle n’ose pas remuer ne serait qu’un cil, de crainte de voir l’illusion se dissoudre comme un rêve arraché au sommeil par un réveil trop cruel. Est-ce que ce ne serait pas qu’un fantasme, qu’une chimère, de son esprit tombé tout de bon dans l’abandon ? D’une conscience trop tourmentée que la folie viendrait emporter à jamais ? C’est impossible, lui hurle la voix de la raison dans un coin de sa tête, résonnant des mille tambours de la honte sous son crâne empli de confusion. C’est impossible, lui murmure le sang qui bat timidement, comme figé dans ses veines soudain glacées. C’est impossible, Maelenn ne peut être là : Maelenn est au Noroît, Maelenn s’est bien mariée, Maelenn est l’héritière du domaine et une dame convenable sous tous aspects, une digne Outreventoise qui n’a rien à faire dans les couloirs du palais ducal d’Edenia ! Elle est forcément le jouet d’une ressemblance, ou la cible d’une vilaine farce, n’est-ce pas ? C’est obligé.

Et puis, l’apparition parle.

Elle sent la joie puissante d’Eriath, sa curiosité, sa hâte, sa crainte – elle sent tout cela, parce qu’elle l’éprouve au centuple, tandis que dans sa poitrine la cuirasse de glace qui enserrait son cœur pour le protéger se craquelle imperceptiblement. Ca brûle, là, juste là contre sa main qui se crispe sur l’étoffe du corsage, ça pulse et ça pique et ça saigne – la glace qui fond libère un flot de sensations, et Faustine souffre. Faustine souffre, des souvenirs qui s’agitent, des regrets qui gémissent, des doutes qui virevoltent, des mensonges prononcés, des remords supportés. Elle souffre, l’enfant rejetée, la fille reniée, l’héritière bannie, elle souffre – elle souffre, de mille écorchures, mille plaies, mille fractures qui l’ont brisée, de corps et d’âme tout entiers. Elle souffre, devant le regard clair qui semble lire en elle comme dans un livre ouvert : elle souffre du choc qu’elle y découvre, incrédule et acéré, de cette voix rauque qui se fêle et semble se briser dans un souffle étranglé.

Le vent s’emporte soudain, la porte claque – ô, tourbillon confus de papiers, de notes, de lettres et de partitions ; de voilages, de rideaux, de tentures et de draps ; de vêtements, de livres et de plumes. Les mèches de ses cheveux retombent éparses, les manches de sa robe s’agitent et frémissent, et c’est comme si un air bien plus pur que les relents délétères de ses propres errances venait d’envahir la pièce enclose à présent. Maidhenn. Les deux syllabes familières résonnent à l’infini dans ses veines. Ici, tout le monde l’appelle Faustine – la fille fausse, la fausse fille, la maudite, la proscrite. Maidhenn, c’est un souvenir, c’est une illusion, c’est un idéal perdu, c’est une enfant tuée. C’est un crime qu’elle a elle-même laissé exécuter. Maidhenn, c’est un interdit, c’est un secret, verrouillé et enfui. Maidhenn, c’est – c’est toi.

Oh, qu’il brûle, ce flot de larmes silencieuses qui cascadent et qui dévalent, emmenant avec elles les ruines et les ravages, les coups et les outrages. Intense, ô si puissant et barbare, ce feu renouvelé qui soudain s’embrase, fier et sauvage ! Si claire, si pure, la lumière féroce ressuscitée d’une force perdue qui vient d’être retrouvée. La trace de la foi, la marque d’un serment, le souvenir du courage : de quelques pas précipités, comme si sa vie en dépendait, l’aînée traverse la chambre frémissante, saisit l'autre femme entre ses bras, la serre contre elle à l’en étouffer. Inlassablement, ses mains crochues courent dans la chevelure lustrée, comme pour s’assurer que sa cadette est vraiment là, qu’elle n’a rien d’un mirage – que ses sens ne la trompent pas, qu’il y a là bien plus qu’une simple image fantasmée.

« Maelenn, est-ce vraiment toi ? Suis-je en train de te rêver, ma sœur, ou m’es-tu vraiment rendue, vraiment donnée… ? »


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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyVen 10 Fév - 3:10

La dame ne répond pas, ne semble même pas respirer, et Maelenn craint d’avoir fait une erreur. D’avoir brisé ce rêve merveilleux où elle aurait retrouvé sa sœur tant aimée. Ô Trelor, permets-lui de conserver encore quelques secondes, quelques minutes, cette fantaisie qui risque bien vite de se briser devant ses yeux. Et même lorsque le rêve se lève et avance jusqu’à elle, alors qu’il trempe son visage de ses larmes et caresse ses cheveux, alors qu’il murmure son nom, elle ne peut pas y croire. Plus immobile que les statues, son corps refuse de lui répondre, refuse de répondre à cette étreinte étouffante et si vraie. « Maelenn, est-ce vraiment toi ? Suis-je en train de te rêver, ma sœur, ou m’es-tu vraiment rendue, vraiment donnée… ? » La voix lui manque et elle peut seulement hocher la tête, seule réaction que son corps lui autorise, avant qu’elle soit capable de lever les bras pour en entourer la femme, sa sœur.
Elle ne peut empêcher les larmes de monter à ses yeux et sa respiration de se transformer en sanglots qu’elle veut ténus, mais qui deviennent bien vite un torrent. Elles pleurent l’une contre l’autre, les sœurs du Noroît, sœurs perdues et retrouvées, bien trop souvent pleurées de tristesse et de rage. Cette fois, c’est la joie qui lave leurs joues de larmes.

Gavriel gratifie le cou de Maidhenn de quelques sifflements affectueux, avant de pratiquement sauter au sol afin de rejoindre la tortue sur le lit et de s’entourer autour de ses pattes et de sa carapace, sans aucune menace. Ils sont frères, après tout.

Maelenn se recule un peu, sans trop se défaire de ces bras aimants, afin de mieux la regarder. Afin de mieux remplacer le souvenir de la petite Maidhenn par la nouvelle mémoire de cette femme, si bien grandie. Si vivante, les dieux la gardent, si vraie. De ses cheveux soyeux à sa peau chaude, de ces lèvres à ces yeux dont le carmin ne l’a jamais effrayée. « Je ne pensais… ô, doux Levor, je ne pensais jamais te… te revoir. C’est à elle de caresser ses cheveux, puis sa joue, essuyant les larmes d’un simple geste de ses doigts. Depuis… depuis quand ? » A-t-elle toujours été ici ? Protégée des tourments des routes et des chemins, des fanatiques et des intolérants ? Elle l’espère, la mage, mais une part d’elle ne peut pas alors comprendre ce silence de plus de dix années. L’aurait-elle oubliée ? « Pourquoi tu, pourquoi... pourquoi ne m’as-tu jamais écrit ? J’avais si, si peur, pour toi. », quémande-t-elle d’une voix incertaine, timide, prête à une nouvelle fois fondre en sanglots. Elle retourne en enfance, se fait un peu égoïste, réclame de cette sœur des explications, alors qu’elle ne sait pas comme elle a pu souffrir. Pourquoi l’a-t-elle laissé se morfondre dans la crainte qu’elle était morte ? À l’Académie, personne n’aurait rien su de leurs courriers secrets, surtout pas leurs parents, et il y aurait déjà longtemps que ces retrouvailles auraient eu lieu. Longtemps que son cœur aurait été apaisé.
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyVen 10 Fév - 18:56


Elle pleure. Elles pleurent, en vérité, l’une et l’autre, l’aînée qui serre sa sœur à l’étouffer, la cadette qui se cramponne à celle qu’elle croyait perdue à jamais et qu’elle n’espérait plus retrouver. Elles pleurent, secouées l’une et l’autre par un tourbillon frénétique d’émotions, de sentiments, de souvenirs et d’espoirs sortis pêle-mêle des recoins où ils étaient enfouis depuis plus de dix ans. Elles ne se lâchent pas, les deux femmes, et Faustine s’accroche à Maelenn, craignant encore d’être le jouet de son imagination, et que l’image chérie n’en vienne à disparaître si elle la laissait s’évaporer. Contre son cou, elle sent un frottement amical, et perçoit la joie d’Eriath lorsqu’un corps long et sinueux vient s’enrouler affectueusement autour de lui, écailles contre écailles. Si même son Familier les voit, s’il les entend, s’il les touche, alors… alors, c’est vrai ?

Maelenn parle, et Maidhenn écoute, incapable de répondre, buvant des yeux le visage de sa sœur, la pâleur de ses prunelles, le fantôme de taches de rousseur, le pli des lèvres, l’arc des sourcils : tout cela, tellement familier, qu’elle se trouve projetée des années en arrière, de retour dans cette enfance tranquille qu’elles ont partagée. Puis les questions plaintives de sa cadette se fraient un chemin dans son esprit, et le sang se glace dans ses veines. Oh, elle imagine tant de reproche derrière ces simples mots ! Instantanément, ses regrets viennent noyer l’allégresse, et elle lâche les épaules de Maelenn, reculant d’un pas, involontairement. Nerveusement, ses mains viennent s’accrocher l’une à l’autre, ses doigts déformés noués les uns aux autres comme pour mieux se tenir, pour rester forte. Elle tente de demeurer sereine, de se convaincre que sa sœur veut juste savoir, qu’elle n’est pas venue l’accuser ; mais les sirènes hurleuses de la honte clament en chœur ses remords au fond de ses pensées, et elle en est toute déstabilisée.

« Je… » Comment lui dire ? Comment expliquer ? Comment justifier treize années de silence, d’oubli, d’ignorance ? Comment lui faire comprendre qu’elle n’a jamais quitté ses pensées, et qu’elle priait Maari chaque jour de bien la veiller sur elle, de lui ménager un confortable chemin et une belle vie ? Sa gorge asséchée soudain la brûle, et elle se force à parler, le cœur battant à tout rompre et l’âme en cendres. « Je suis en Lagrance depuis douze ans. C’est la… la Caravane des Plaisirs qui m’a amenée. » A ces mots, un beau rouge cramoisi s’étale sur ses joues, et elle s’empresse de bredouiller quelques précisions. « Ils-ils m’ont autorisée à les accompagner un bout de chemin, c’est tout. Je n’ai pas eu besoin de… Je n’ai jamais » Elle s’étrangle un peu, dans sa hâte, Faustine, et ses mains battent l’air dans quelques gestes de dénégation. Que sa petite Maelenn ne s’imagine pas qu’elle a consenti à souiller son corps, après avoir déjà souillé son âme ! « Ils m’ont confiée aux Blanc-Lys, une fois arrivés ici. Ils sont alliés aux mages du Sang, m’ont donnée comme demoiselle de compagnie à leur fille, et m’ont procuré un professeur pour ma… pour ma magie. Je… J’ai appris. Je suis mage du Sang bien complètement à présent. » Le terrible aveu tombe de ses lèvres comme une grêle de pierres vives, et elle baisse les yeux sur ses pieds, morte de honte. « J’ai changé de nom. Je ne voulais pas que mon… déshonneur… ne rejaillisse sur toi ; je ne voulais pas que mon impureté t’éclabousse. Tu méritais mieux, alors j’ai abandonné celle que j’étais, et les seigneurs de Blanc-Lys m’ont donné le domaine de la Fugue, pour que j’aie un nom à porter… »

C’est à mi-voix qu’elle délivre le dernier aveu, honteuse sous le clair regard de sa sœur. « Je pensais… je pensais que tu serais… mieux, sans moi.» Timide, elle relève le regard vers son visage – et intègre, au passage, l’accoutrement déroutant dont elle est affublée, si scandaleux pour une fille d’Outrevent. « Mais… mais toi, dis-moi, ces vêtements… ? Qu’est-ce que ça veut dire… ? »


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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptySam 11 Fév - 4:33

Ses mains retiennent Maidhenn, elle ne veut pas qu’elle parte, encore, qu’elle doive fuir à nouveau. Pas par sa faute, alors qu’elle veut seulement comprendre et savoir. Au bout de ses doigts, sa sœur est mal à l’aise, jouant de ses mains brisées comme pour savoir comment articuler son histoire, celle que Maelenn écoute avec attention. Chaque mot la ravit. Elle sourit, attendrie, lorsque sa sœur écarte toute possibilité qu’elle ait pu être une des filles de la Caravane des Plaisirs. Soupire, soulagée, lorsque le voyage mène jusqu’en Lagrance, jusqu’à Blanc-Lys et aux côtés de celle qui serait un jour leur duchesse à toutes les deux. Que lui avait donc dit le duc Denys ? Que peut-être bien que sa sœur était plus proche qu’elle le pensait ?
Il s’avère donc qu’il avait raison.

« Je pensais… je pensais que tu serais… mieux, sans moi. Ne pense pas cela, ma sœur, qu’elle répond tendrement, refermant l’espace entre elles le temps d’une caresse sur son épaule, d’une mèche de cheveu replacée derrière son oreille. J’espérais plus que tout que tu aies trouvé refuge à quelque part en Arven et que tu sois heureuse, que tu aies grandi, que tu sois… tout ce que tu es maintenant. » Complètement mage du Sang, s’il le fallait. Sous cet autre nom qui est si approprié qu’il en est une ironie, un coup de poignard, à lui seul, à la fois fuite et musique. Qu’importe : elle a sa sœur.

« Mais… mais toi, dis-moi, ces vêtements… ? Qu’est-ce que ça veut dire… ? Ils ne te plaisent pas ? », s’étonne un peu la Compagne. Pourtant, elle se fournit chez les meilleures couturières du duché ! Et même d’ailleurs ! Les fleurons obtenus auprès de ses clients ne sont pas dépensés dans de grossières loques. Elle tournoie un peu sur elle-même, laissant voir le travail délicat et appliqué des perles et de la dentelle sur sa robe vieux rose, le tulle léger s’ouvrant autour d’elle comme la corolle d’une fleur. Elle est fière, la mage, de ces atours, de sa beauté, chassant la modestie que le Noroît lui a inculqué. De son esprit, de son corps, de son visage, de sa magie. Elle a appris. « Je suis à Edenia depuis un an, Maidhenn, je ne pouvais tout de même pas garder mes robes d’Outrevent. Pas avec ma… » … ma profession. Sa voix meurt, le mot ne passe pas ses lèvres. Sa sœur si sage et encore si honteuse de sa nature, alors qu’elle n’y a jamais rien pu. Sa sœur encore vêtue à l’Outreventoise, encore cachée sous ces robes certes chaudes, mais certainement pas seyantes, qu’elles ont portées pendant toute leur jeunesse. Sa sœur qui, elle le sait comme le plus simple des instincts et d’un simple regard, d’une simple oreille à ses mots, ne saurait accepter son choix. Comme leurs parents ne l’ont pas accepté, son père se brisant même dans une colère comme elle ne lui avait pas vu depuis des années. Comme (le duc) Liam.
Elle ne se veut ni arrogante, ni prétentieuse, mais elle ne peut pas cacher l’excitation dans sa voix, qu’elle fait plus douce, comme pour ménager le choc à Maidhenn : « Je suis Compagne, Maidhenn. » Elle n’est pas que ça, et pourtant, tout ce qu’elle fait converge dans ce rôle si fin dans lequel elle s’est parfaitement coulée. « Le duc Denys m’a accueilli à la cour d’Edenia avec beaucoup d’égards. Je mène une très belle vie, en Lagrance. Bien plus qu’en Outrevent. » Belle et riche, active, tourbillonnante, parfois épuisante, touchante. Tout ce dont elle n’avait jamais osé rêver, avant de tout simplement essayer.
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyDim 12 Fév - 1:47


Pâle.
Pâle comme un soleil d’hiver, pâle comme un rayon de lune sur un glacier, pâle comme le blanc d’Outrevent qu’elle est si fière de porter, pâle comme un corps sans vie que la Mort viendrait réclamer – elle est si pâle, Faustine, tout à coup, si terriblement pâle qu’elle en deviendrait presque translucide. Pâle comme le tissu froissé de sa robe si sage, pâle comme le gel intense répandu par le frisson d’horreur qui la parcourt, pâle comme le néant de ses pensées une fois le choc asséné par cette femme qu’elle était pourtant si heureuse de retrouver.

Blanche comme un linge, la petite ménestrelle aux doigts massacrés, aussi blanche que les dents qui mordent sa lèvre pour s’assurer de ne pas rêver, à l’exception de ses prunelles dont flamboie l’anneau écarlate, enflammé soudain, brûlant comme une sarabande de rubis nimbés d’un halo doré. Dans le silence choqué qui s’éternise, elle sent son cœur qui bat follement, à toute vitesse, tambourinant dans sa poitrine, sauvage et affolé, comme un oiseau prisonnier qui se romprait les ailes en voulant briser les barreaux de la cage où on l’a enfermé pour le torturer. Il pulse, ce sang qui court dans ses veines, charriant un torrent de stupeur glacée, de cristaux d’horreur et d’éclats de désespoir. Il gronde et il dévale, cascadant dans ses membres, noyant son esprit dans son flot tumultueux de pensées chaotiques, décousues, projetées en tous sens par l’écho de ces mots terribles qu’elle entend résonner. Sur le lit, dans un gémissement plaintif, Eriath rentre la tête, se recroqueville dans sa carapace où il se blottit en tremblant, impuissant et craintif devant le tourbillon d’émotions qui est en train de ravager sa mage dont il perçoit la détresse. Elle est en train de sombrer, Faustine, vaincue par ce coup traître, par ce renversement de situation inattendu, totalement imprévisible, cruellement désarçonnant – elle fait naufrage, la digne fille du Noroît, restée digne et droite et pure toutes ces années malgré la honte et l’opprobre. Elle se noie, son esprit invoquant la mansuétude du Panthéon tout entier dans une litanie de suppliques sans queue ni tête, ajoutant encore au vacarme intérieur qui fait rage sous son crâne.

« Ô Levor miséricordieux, aie pitié, de l’indigne qui devant toi se tient, misérable et souillée… ! » Elle a à peine murmuré l’antique prière de rédemption, la supplique ancestrale du pardon, le premier verset d’un chapelet utilisé pour mendier l’indulgence du si sévère gardien des serments. Elle prie, Faustine, elle prie, blanche jusqu’aux lèvres, pour les deux filles du Noroît : celle qui a souillé son nom d’une tache indélébile qu’elle n’a su corriger, et celle qui s’est vautrée dans une impardonnable luxure, par choix délibéré. Son regard se brouille, mais l’écarlate s’y intensifie encore, alors que le Sang bouillonne et tempête en elle, sans trouver d’exutoire. « C’est ma faute, c’est ça ? C'est à cause de moi. C’est pour me punir que tu as fait ça. Pourquoi, Maelenn, oh dis, pourquoi ? Pourquoi a-t-il fallu que tu abjures tout ce en quoi je crois ? Tu n’avais pas besoin d’aller jusque là, je suis morte à l’intérieur, depuis des années déjà ! »

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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyDim 12 Fév - 4:10

Suite à sa révélation, il n’y a que le silence. Celui qui s’étire, sans trouver de fin, celui qui coupe à nouveau le souffle et tous les mots qui voudraient se dire. Gavriel lui transmet son inquiétude, devant son frère à écailles qui se terre dans sa carapace, submergé des sentiments de sa propre mage. Elle savait qu’elle serait choquée, mais pas à ce point. « Maidhenn ? », s’inquiète la mage, devant cette figure qui pâlit de plus en plus, devant ce corps qui s’éloigne, se recule, qui tremble, même. Devant ce regard qui flamboie et enfin ce murmure qui rompt le voile du silence, de mots terribles qu’elle a entendu, pour la dernière fois, de la bouche de leur père. « Ô Levor miséricordieux, aie pitié, de l’indigne qui devant toi se tient, misérable et souillée… !, dit sa sœur, dit son père, au même regard horrifié. À ce moment, le visage gracieux de sa sœur se superpose à celui de leur paternel, impression parfaite qui fait naître la colère en Maelenn. Comment ose-t-elle ?

« C’est ma faute, c’est ça ? C'est à cause de moi. C’est pour me punir que tu as fait ça. Pourquoi, Maelenn, oh dis, pourquoi ? Pourquoi a-t-il fallu que tu abjures tout ce en quoi je crois ? Tu n’avais pas besoin d’aller jusque là, je suis morte à l’intérieur, depuis des années déjà ! Pardon ?! » Ses narines frémissent de fureur et elle s’étend, s’étire, de toute sa grandeur, vipère prête à attaquer, à planter ses crochets dans la chair de ce qui la menace. Elle a grandi dans la rage et la rancune, le poison de la douleur circulant dans ses veines à même teneur que le sang, la vengeance rongeant l’honneur à petit feu, en buvant chaque goutte. Jamais elle ne pensait devoir défendre ses choix devant sa sœur, jamais elle ne pensait voir ce regard dans ses yeux. Et ô, comme c’est laid, cette tempête, dans les yeux de sa sœur perdue et retrouvée. « Je suis devenue Compagne parce que j’en avais envie. Parce que je ne croyais plus à tout ce que l’on nous a enseigné. Crois-tu que je n’ai pas pleuré, à ton départ ? Crois-tu que je n’ai pas été déchirée, que nos parents mettent sur ta faute leurs actes horribles, alors que tu ne peux rien contre ta nature ? Crois-tu que je n’ai pas prié Levor mille fois, de réparer les serments brisés par ceux qui ont promis de nous élever et de nous protéger ? Puis, je suis mage subjugatrice, Maidhenn. Crois-tu que je sois la bienvenue en Outrevent, sous le règne de Sa Grâce Liam ? Comment imagines-tu son accueil à la cour, lorsque j’ai osé m’y présenter ? » Le sarcasme donne à sa voix grave des notes métalliques, alors que brille dans ses yeux pâles le même feu qui illumine ceux de sa sœur. Sa décision de devenir Compagne avait certes beaucoup à voir avec la rancune, mais encore plus avec un désir d’indépendance qu’elle n’aurait jamais eu en devenant une simple châtelaine, dame d’une seigneurie où elle se sentait étouffée. Entourée de loups, là où on la désirait pauvre moutonne. Des larmes mouillent ses cils, sans qu'elle les chasse. « Je refuse l’hypocrisie. Toute fille de Mirta suis-je maintenant, je n’accepte plus cela. » Si elle ne peut pas l’accepter telle qu’elle est, pleine de choix, d’erreurs, de victoires, de failles, alors, elle repartira, et laissera derrière elle jusqu’à la nouvelle Maidhenn. Cette dame de la Fugue, qui définitivement aurait fuit loin d’elle, jusqu’à ne plus pouvoir revenir.


Dernière édition par Maelenn du Noroît le Sam 4 Mar - 6:31, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyMar 14 Fév - 22:33


Elle parle. Elle parle et elle parle encore, emplissant le silence de mots creux qui n’ont pas de sens ; elle parle, cette femme à l’honneur sacrifié qui prétend être sa sœur. Elle parle, elle se trouve des excuses, des prétextes, des justifications ; elle tente de la convaincre, que ce n’est pas si grave, qu’elle a eu raison. Et l’horreur grandit dans le cœur ravagé de Faustine, de n’avoir pas été là, de ne pas l’avoir protégée, de n’avoir pas su l’empêcher. Fallait-il que la cadette surpasse les manquements de l’aînée pour pouvoir exister ? La tête lui tourne et la ménestrelle tombe assise sur le bord du lit, les jambes coupées par ce trop-plein d’émotion. Sur la couverture, Eriath ressort lentement de sa carapace, repoussant maladroitement le serpent. Laisse-moi, va-t’en – j’aurais préféré que tu sois morte, plutôt qu’avilie de la sorte, j’aurais préféré ne jamais te revoir. Les mots tourbillonnent dans l’esprit de Faustine, encore et encore, l’égratignant de mille blessures nées de leurs coups terribles, tandis qu’elle lutte pour reprendre le contrôle d’elle-même, maîtriser ces pensées qu'elle ne formule pas vraiment. Son départ du Noroît est une plaie qui n’a jamais vraiment guéri, à l’instar de ses doigts, et découvrir tout ce que son absence a engendré est un nouveau fardeau qu’elle sait ne pas pouvoir porter. Elle est trop faible, trop fragile, trop misérable pour être capable de le supporter, et des images insupportables s’impriment comme au fer rouge dans ses pensées. Sa sœur dégradée, sa sœur souillée, par le contact de ces hommes ! Inlassablement, son imagination fait défiler mille esquisses scandaleuses, mille détails scabreux, mille et mille et mille piqûres de torture qui l’étourdissent, tant le choc est grand.

Levant une main tremblante, cachant ses yeux de l’autre, elle bredouille, confuse. « Laisse-moi… Laisse-moi un instant. S’il te plaît. » Depuis la couverture, Eriath vient tomber sur ses genoux, et elle se cramponne à lui, les yeux étroitement clos, pour lutter contre la nausée qui monte. Quel Dieu se joue d’elle, parmi tous ceux du Panthéon ? Levor estime-t-il qu’elle a rompu ses serments, brisé ses promesses ? Le Destin lui-même se serait-il offusqué qu’elle ne se laisse pas mourir au fond d’un fossé, sur le bord d’un chemin ? Serait-ce Aïda, la Muse, qui dédaignerait sa musique et renierait ses ritournelles ? Pourquoi, pourquoi a-t-il fallu que Maelenn aussi paie le prix indigne que la Fatalité semble s’amuser à exiger du Noroît, pour quel crime sont-elles en train de payer ? Remontant les genoux contre sa poitrine, les enserrant de ses mains, Eriath blotti son cou, c’est d’une voix étranglée qu’elle reprend. « Toutes ces années, j’ai tenu bon en pensant à toi. En me disant que mon bannissement avait sûrement ramené la paix au Noroît. Que tu allais grandir, devenir une femme forte et belle, fière et noble, que tu ferais un beau mariage. Que tu serais aimée et honorée par un époux qui estimerait à sa juste valeur tes grandes qualités. Que tu vivrais pleinement ta vie, en Outrevent. Maelenn, j’ai tenu bon, parce que je pensais que tu vivrais pour nous deux ! Pas que tu allais perdre tout ce qui te revenait de droit... »

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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptySam 4 Mar - 7:34

Ainsi donc, elle ne supporte pas même sa vue. Encore moins son toucher. Elle la laisse partir, sa sœur, elle la laisse se réfugier sur son lit, à l’image de la tortue qui lui sert de Familier. Se blottir dans une carapace, quelque part entre ces robes affreuses qui la transforment en item mobilier quelconque et cet effacement qui sied bien mal à une femme élevée en Lagrance, nation où quiconque ne prend pas sa place est certain de se la voir voler sans sommation. Immobile, démunie, les bras ballants, la subjugatrice observe sa sœur en silence. Observe et attend le verdict accusateur, déçu, de celle qu’elle a attendu si longtemps. « Toutes ces années, j’ai tenu bon en pensant à toi. En me disant que mon bannissement avait sûrement ramené la paix au Noroît. Que tu allais grandir, devenir une femme forte et belle, fière et noble, que tu ferais un beau mariage. Que tu serais aimée et honorée par un époux qui estimerait à sa juste valeur tes grandes qualités. Que tu vivrais pleinement ta vie, en Outrevent. Maelenn, j’ai tenu bon, parce que je pensais que tu vivrais pour nous deux ! Pas que tu allais perdre tout ce qui te revenait de droit... Il n’y a jamais eu de paix, au Noroît. » Tout juste un murmure.

Elle s’assit sur les couvertures froissées, sans oser s’approcher plus de sa sœur, et la vipère vient s’enrouler autour de ses poignets et de ses doigts. Ses yeux noirs restent fixés sur la tortue. Les mêmes sentiments confus les envahissent, colère et tristesse mêlées, l’incompréhension couronnant le tout. Maelenn voudrait tant à nouveau serrer la ménestrelle dans ses bras, ne jamais rompre ce contact qui lui a manqué pendant ces longues années, mais elle a peur. Peur de ce dégoût qu’elle a pu lire dans les prunelles de sa sœur. Lorsqu’elle ose parler à nouveau, il n’y a plus une miette de sarcasme dans sa voix, qu’une calme mélancolie : « La vie n’était plus la même, après ton départ. Il n’y avait… plus rien d’agréable. Je priais chaque jour pour toi. Pour satisfaire nos parents et leurs exigences, mais rien… rien n’était suffisant. » Elle ressemblait trop à sa sœur, de cœur comme de corps. Elle avait tellement peur de souffrir des mêmes tourments. Elle a si souvent prié Aura de la faire mage de Saison, ou même pas mage du tout, mais surtout de ne pas la vouer au Sang, afin de ne pas subir le même sort de sa sœur.
Ses doigts triturent l’élégante robe, le délicat tulle de la jupe, les fleurs de perles et de dentelle. « Ils disaient tant d’affreuses choses sur toi, Maidhenn. Seul sire Lionel n’a jamais semblé y croire. » Le jeune comte de Rivepierre a toujours eu le cœur noble, bien plus que leurs parents, mais elle n’a jamais eu le cœur de lui dire la vérité à propos de sa sœur. Pas envie de découvrir que lui aussi pouvait être autre chose. « Je ne voulais pas être comme eux. Je ne voulais plus vivre en Outrevent. Et… j’espérais qu’où que tu sois, tu sois contente que j’aie pris mon destin en main, seule. Que j’aie refusé d’être une autre victime de nos parents. Mais… j’ai eu tort. Jamais je n’ai voulu te faire du mal, Maidhenn, pas même en pensée. » Les larmes coulent à nouveau sur ses joues roses, quelques-unes venant tremper les écailles sombres de Gavriel. Son étreinte se fait plus étroite sur ses poignets et elle peut sentir encore plus vivement son propre cœur battre à toute vitesse. « Ne pars pas. S’il te plaît. »


Dernière édition par Maelenn du Noroît le Mer 12 Avr - 16:33, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyVen 24 Mar - 15:51


Jamais de paix, au Noroît – cette simple phrase réveille tout un cortège de souvenirs, et Faustine se souvient. Des premières pulsations du Sang en elle, de ces semaines de doute, de peur, de mortification et de douleur. Des années qui ont précédé, harmonieuses mais tendues sous le poids des attentes parentales, de ces consignes strictes, de ces regards sévères qui auraient fait d’elle une de ces Outreventoises droites et fières. Une part d’elle regrette de n’avoir pas su s’en montrer digne, d’avoir échoué et trompé les attentes de ses parents. Une part d’elle encore plus grande déplore la manière dont les choses ont tourné pour Maelenn ; quelle tragédie, ô Levor, de voir ainsi avilie une fille d’Outrevent ! Elle se demande, dans le secret de son âme en peine, si vraiment sa sœur n’avait d’autre possibilité pour faire froncer le sourcil paternel ; et sans cesse ces mots terribles résonnent sous son crâne. « Je suis Compagne, Maidhenn. » Compagne. Compagne ! La nausée lui tord l’estomac, et Faustine a le cœur au bord des lèvres. C’est le même malaise intense que celui qu’elle a ressenti toute sa vie sous le regard d’autrui, lorsque le Sang se devine dans ses yeux et que le jugement porté sur elle change.

Elle a honte. Mais pas honte d’elle, pour ce qui est sûrement la première fois de sa vie ; non, elle a honte pour sa sœur, et c’est pire encore. Elle a mal d’éprouver ça, pour Maelenn qu’elle aime pourtant si fort ; et elle est mortifiée, Faustine, de ne pas savoir simplement se réjouir de ces retrouvailles inattendues. Elle voudrait tant prendre sa sœur contre elle, la serrer dans ses bras – mais des hommes l’ont touchée – mais des hommes l’ont souillée. Elle n’ose pas, elle hésite, elle doute, la petite ménestrelle sauvage dont l’univers si étroit vient de voler en éclats. Agrippée à Eriath qui tente de la rasséréner, elle cherche frénétiquement comment réagir, comment se comporter ; comment accueillir Maelenn, sans pour autant cautionner les choix qu’elle a faits. Peut-être ne sait-elle pas tout ? Peut-être y a-t-il des faits qu’elle ignore encore. « Raconte-moi. » C’est demandé d’une toute petite voix, les yeux obstinément braqués sur le plancher. Raconte-moi, demande l’aînée à sa cadette, raconte-moi comment c’était la vie sans moi, raconte-moi l’Académie, raconte-moi comment tu es arrivée chez les Compagnes. Elle veut simplement comprendre, même si elle se doute que ce qu’elle va entendre ne lui sera pas nécessairement agréable ; comprendre, dans l’idée qu’un jour, peut-être, elle saura accepter. Alors elle se concentre, prête à écouter, sans pouvoir s’empêcher de juger, ne serait-ce qu’un peu. Outrevent plante si fort les racines dans l’essence de ses filles…

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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyMer 12 Avr - 18:38

Elle craint, elle appréhende, que sa demande ne trouve pas oreille. Qu’elle soit chassée, tout simplement, chassée du coeur de sa soeur. Ses yeux s’embrouillent de larmes, encore, et du bout des doigts, elle efface les perles d’eau tombées sur son Familier. « Raconte-moi. » Elles n’osent plus se regarder, les deux filles du Noroît, mais de ces deux petits mots, elle comprend bien que tout n’est pas perdu. Qu’elle peut peut-être réparer ce qui est fissuré, peut-être éviter que tout se casse pour de bon.

Maelenn inspire, expire, sans cesser de lisser les écailles noires de Gavriel, à la recherche de ce qu’elle peut raconter. De ce qu’elle doit raconter. On lui a montré à enjôler, à subjuguer, à jouer, et à se complaire dans les roueries de Syned et dans les faux-semblants, elle en a oublié ce que pouvait être la vérité. Elle en a tourné le dos à Levor et a oublié comme il peut être douloureux de se mettre à nu. Bien que plus que de retirer ses atours, maintenant, que de laisser tomber robes et dentelles.
Où commencer ?
Où tout s’est terminé, peut-être. Avec la magie. Avec leurs parents. Avec le premier de ses choix désapprouvés. Calme, Maelenn entame alors son monologue : « Mère espérait que je devienne diseuse de vérité, ou divinatrice, sais-tu ? Je trouvais ça très convenu, comme espoir, et j’ai préféré me tourner vers la subjugation, qui m’apparaissait plus… intéressante, si je puis dire. C’est très complexe, comme magie, et j’ai beaucoup aimé l’étudier ; avec les autres enfants de l’Automne, on passait des heures à s’entraîner les uns sur les autres, dans la Bibliothèque de la Pensée Automnale. Comme tu te plairais, à l’Académie ! ajoute-t-elle soudainement, relevant son visage vers celui de Maidhenn. L’expression tourmentée s’est dissipée, un peu, laissant place à l’enjouement de ses souvenirs de l’Académie. J’espère qu’un jour, tu pourras y mettre les pieds. Il y a tant de choses à découvrir ! C’est un lieu imprégné de magie dans chacun de ses murs, tu peux la sentir… partout. Même les chambres ! Elles se modèlent aux goûts de celui qui l’habite. Je n’en ai jamais eu à moi, mais une de mes amies oui : on se serait crû à La Volte, juste en passant la porte. » Elle s’est bien souvent demandée à quoi ressemblerait sa propre chambre, si celle-ci deviendrait aussi venteuse et fraîche que le Noroît, si elle y entendrait des airs de harpe et de cornemuse, ou les bêlements des chèvres. Tant de curiosités à découvrir, et elle évoque si peu de choses de ces lieux magiques ! « J’ai aussi fait une spécialité, dit la Compagne avec un oeil fier. Je n’ai jamais cessé de jouer de la harpe, après ton départ, et même si je ne joue certainement toujours pas assez bien au goût de Mère, je crois être devenue assez douée. Assez pour subjuguer avec ma musique. » Si la subjugation est complexe, sa spécialité est délicate, et il est facile de transformer une mélodie envoûtante en une cacophonie irritante, et son apprentissage de la harpe s’est fait encore plus appliqué à ce moment.

Elle s’est emportée, la jeune femme, dans les souvenirs, dans le bonheur de ses années d’apprentissage. Sans penser que sa soeur pourrait être blessée qu’elle agite sous son nez les merveilles d’une Académie où on a dénigré ceux de son espèce, lorsque la dame Carmine a plaidé auprès des grands pontes de l’école de magie et du savoir. Maelenn se calme, toutefois, alors qu’elle aborde le point le plus épineux de sa vie - sa situation professionnelle : « Je sais que tu penses qu’être Compagne, c’est surtout… charnel, dit-elle prudemment, après quelques secondes de réflexion, le rose aux joues. C’est également ce qu’elle pensait, mais ses propres illusions ont été déconstruites. Mais c’est tellement de choses, tellement plus que cela. C’est… un monde d’érudition, de rencontres, de discussions et de richesses. Je suis invitée ici et ailleurs en ma qualité de harpiste, et j’ai même l’oreille de Sa Grâce Denys, à l’occasion. L’homme l’a accueillie à la cour avec tous les égards et depuis, elle peut caresser le fait qu’ils aient noué une amitié paisible, tendre, sans même que Mirta soit honorée lors de leurs rencontres et échanges. Un privilège dont elle tarit l'étendue, sciemment. Edenia… est ma maison, désormais, et je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’ici, depuis que tu as été chassée. » La vipère siffle contre ses doigts et lui transmet un sentiment de bien-être. De joie. Même sans Maidhenn, elle était heureuse, fière de cette vie dont elle s'est faite maîtresse. Elle peut l'être avec elle, désormais... et peut-être sans elle à nouveau, si c'est ce que le Destin a décidé pour les deux soeurs.
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyMar 18 Avr - 1:06

Elle n’ose pas la regarder. Perdue, choquée, Maidhenn garde son regard nimbé d’écarlate pour le sol dallé, honteuse de ses réactions, mortifiée de ne pas savoir accepter sa sœur telle qu’elle l’a retrouvée. Elle s’était dessiné un tableau si parfait ! Elle l’avait inventée heureuse et gaie, paisible au domaine familial. Elle s’était imaginé avoir payé son bonheur et sa sérénité au prix de sa douleur et de son deuil – elle s’était réconfortée, de penser que ses larmes, son sang, n’avaient pas coulé en vain ; qu’il restait encore au Noroît une fille capable de conquérir de brillants lendemains.

Or, comme elle se trompait.

Meurtrie, elle laisse les tiroirs de sa mémoire s’entrouvrir sous les mots calmes du discours de sa sœur, échapper un à un mille souvenirs passés qu’elle égraine comme des perles sur un fil fragile, prêt à se briser au moindre soupir en mille éclats acérés qui pourraient bien la détruire. Dans la petite chambre terne, c’est comme si les murs reculaient soudain pour laisser s’installer l’imposante forteresse du Noroît, avec ses hautes murailles de pierre accrochées aux rochers de la falaise, caressées par les embruns depuis des décennies, giflées par le vent du large depuis le premier jour. Silencieuse, elle se recueille et écoute, de toute son attention, le récit de ces années écoulées qu’elle avait fantasmées et qu’elle va devoir à présent rectifier.

Elle ne peut s’empêcher de frémir, quand Maelenn chante les louanges de l’Académie qu’elle-même ne verra jamais, les splendeurs et les merveilles ; l’écarlate se réveille au fond de ses yeux, le sang se ravive et scintille de son éclat vibrant, tandis que Maidhenn se mord les lèvres, pour tenter de cacher sa peine. Une pointe de jalousie la taraude, elle le sent bien ; elle est heureuse de savoir que sa sœur a vécu tant de choses trépidantes, mais blessée d’en avoir été privée. Elle se secoue, toutefois, se force à sourire – mais voilà que Maelenn lui inflige le second camouflet.

La harpe.

Cette harpe tant aimée qu’elle ne peut plus toucher maintenant, que ses doigts crochus lui interdisent de faire vibrer ; ce symbole de tout ce qu’elle a perdu, de tout ce qu’elle aurait pu être et qui lui a échappé. La harpe, cette harpe enfuie, ces rêves brisés – c’est une grosse larme qui s’échappe à présent du coin de son œil, puis une seconde, sa jumelle qui dévale l’autre joue ; et Maidhenn se tait, car elle ne sait plus comment parler. Oh, comme Maelenn a su s’emparer de tous ces espoirs qu’on lui avait volés, pour les faire siens et les accomplir ! Mage reconnue, ménestrelle douée, et même femme talentueuse et respectée – elle refuse de s’appesantir sur la nature exacte de sa profession, c’en serait sûrement trop pour les nerfs déjà bien éprouvés de Faustine.  

La gorge serrée, elle se lève, tourne le dos à sa sœur, s’avance jusqu’à la fenêtre, laisse courir son regard au loin dans les jardins. C’est la gorge serrée qu’elle répond à cet exposé si cruel pour son cœur déjà écorché. « Je suis heureuse, de savoir que tu l’as été. Tu as… tout ce que je rêvais d’avoir, c’est… c’est bien. Une magie de Saison, une harpe pour répondre à tes doigts… tu n’es pas un fantôme qui erre dans les couloirs en se cachant de tous, une tapisserie devant laquelle le duc passe sans se rendre compte qu’il s’agit d’un être humain. L’on désire ta compagnie, et ceux que tu rencontres n’ont pas peur de croiser ton regard. Tu n’as jamais eu besoin… de mendier ton pain, de fuir les malandrins sur les chemins, de dormir sous la pluie, ni de mutiler ton corps pour punir ton péché. J’en suis heureuse, Maelenn, et soulagée. C’est sûrement mieux que tu sois celle de nous deux à qui le Destin a souri. Je n’aurais pas su… je n’aurais pas su tirer parti de tout cela… de cette vie-là. »

Terrible aveu, sombre confession, mais vérité absolue : Maidhenn a péri, Maidhenn n'existe plus. Ne reste que Faustine, bien plus faite pour la nuit et les ténèbres ensanglantées, que pour le soleil à la lumière si cruelle - douce Aïda...
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyMar 25 Avr - 17:45

Elle voulait tout savoir, alors elle a tout dit. Presque dit. Certains secrets resteront toujours cachés dans son coeur, uniquement pour elle à caresser, à toucher du bout du doigt, si délicatement qu’ils ne pourront jamais se fissurer. Elle a tout dit, sans s’arrêter, presque cruelle, ni aux larmes de sa soeur, ni à son si lourd silence. Elle a tout dit, pour qu’elle sache qu’elle a vécu. Que sa vie n’est certainement pas celle qu’elle lui a rêvé et imaginé, mais qu’elle est, et qu’elle est belle. Du sang, la mort peut jaillir, la vie également, et du départ de Maidhenn, de la mort figurée de sa soeur, est née une autre femme.

Maelenn ne retient pas son aînée, lorsqu’elle se lève pour aller à la fenêtre, la laissant seule avec les deux Familiers sur le lit. Gavriel à nouveau s’échappe de ses doigts pour taquiner son frère à carapace, alors qu’elle se fait toute ouïe pour les tristes mots de Maidhenn. Elle a vécu, sa soeur, mais à quel prix ? Celui de voir son honneur piétiné, tordu, écorché. « Mais, ma soeur, tout n’est pas perdu », dit-elle avec douceur. « Si tout ceci est vrai, si Sa Grandeur Chimène est bien… Le mot ne veut pas sortir, s’étrangle dans sa gorge. Une si jeune femme. Elles ont le même âge. Si peu faite pour porter la couronne, mais ne méritant pas ce funeste sort. ... si cet empereur est bien ce qu’il prétend… tu seras libre, Maidhenn. Les mages du Sang, et de toutes les magies bannies, pourront marcher à nouveau en Arven. Je n’ai jamais craint ta magie et je ne suis pas la seule. Sa Grâce Marjolaine elle-même te tient en amie. D’autres viendront et comprendront que ce don, il est tien, et il est aussi bon que tu puisses l’être. » Elle sait bien que la liberté de sa soeur ne sera jamais totale, tant elle s’est enfermée en elle-même, punie pour une magie qu’elle n’a pas choisie, tant elle a fuit, jusqu’à en porter le nom.
Pourtant, Maelenn est confiante que de plus beaux jours sont à venir pour elle et que les ténèbres sauront se dissiper, que le soleil brillera à nouveau, non pas pour tuer, pour brûler, mais pour réchauffer et aimer.
Ses yeux clairs détaillent la chambre, dont les feuillets sont encore secouées par quelques brises de vent, de cette magie qu’elle contrôle si bien et qui aujourd’hui se fait si récalcitrante, à fleur de peau, autant que ses émotions. Un objet attire son attention. « Est-ce ton instrument ? » Elle reconnaît sans peine la vielle à roue, instrument typique d’Outrevent, dont les sons lancinants trouvent rarement oreille hors du duché et qui pourtant savent si bien s’accorder à leurs chants, à leurs histoires, à leurs landes venteuses. « Voudrais-tu jouer pour moi ? »
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Message Sujet: Re: Un chant de retrouvailles   Un chant de retrouvailles EmptyLun 22 Mai - 17:31

Le regard perdu au-dehors, Maidhenn laisse son regard errer à l’extérieur, parcourant des yeux les reliefs du paysage avec la même légèreté qu’elle effleurerait les touches de sa vielle. Elle a peur d’affronter la femme assise sur son lit, cette vision du passé qui la choque et la perturbe. Une part aurait préféré que ces quelques minutes ne soient jamais arrivées – oh, terrible aveu qu’elle se fait à elle-même, dans le secret de ces pensées qu’Eriath est le seul à partager… Terrible égoïsme que celui qui s’est chevillé à chaque fibre de son être, né d’une tragique solitude et d’un monstrueux abandon. Comment lutter contre, à présent qu’il a cimenté l’essentiel de son existence ? Dans son petit monde étriqué, seules Marjolaine et Rose ont place. Cette meilleure amie, confidente, devenue presque une sœur dans les faits ; et l’enfant qu’elle a mise au monde, cette merveilleuse poupée au rire si gai qui est également sa filleule.

Comment faire place à Maelenn dans le champ de ruines qu’est devenu son cœur ? Souhaite-t-elle vraiment prendre ce risque, pour souffrir encore peut-être, au bout du chemin ? Tant de temps a passé depuis les années d’enfance, tant de jours ont filé, tissant autour d’elle l’impitoyable chape de plomb dans laquelle elle s’est coulée. Sur le lit, Eriath sort doucement la tête de sa carapace, hésitant et prudent. Curieux, également, de ce frère à écailles qui siffle doucement. La mention de l’instrument tire brutalement la musicienne de sa douloureuse rêverie, et son regard cerclé d’écarlate se porte rapidement sur la vielle, posée sur un coussin de satin contre la commode.

« Oui, c’est de la vielle que je joue maintenant. La harpe – comme tu t’en doutes, avec mes doigts, la harpe… est hors de ma portée désormais. » Nerveusement, elle agrippe ces doigts crochus qui lui rappellent chaque jour le dégoût qu’elle inspire, les tordant dans les plis de ses vêtements. « Je – je n’ai pas le cœur à jouer, Maelenn, pas sans savoir si… ma duchesse… » Ce refus pourrait heurter sa sœur, elle le sent bien ; aussi réfléchit-elle à toute allure, cherchant une manière d’adoucir son refus. « Mais si tu veux… je peux demander à ce que le thé nous soit servi, avec quelques douceurs… et nous pourrions le prendre dans le petit salon, sur la galerie… toutes les deux ? »

Promptement, elle tire sur le ruban de soie pour appeler un domestique, encore mal à l’aise avec cette idée ; mais le fantôme de la douleur est bien peu de choses, comparé à l’esquisse d’un bonheur possible…


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