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 Tout est dans l'art de la subtilité

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La Noblesse
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Séverine de Bellifère
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J'ai : 27 ans
Je suis : duchesse de Bellifère, autrefois astronome à l'Observatoire de Val-du-Ciel, mon observatoire.

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J'ai fait allégeance à : Martial de Bellifère
Mes autres visages: Marjolaine du Lierre-Réal & Lancelot l'Adroit & Liry Mac Lir & Anwar Sinhaj & Antonin de Faërie
Message Sujet: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyJeu 26 Jan - 14:04


Livre II, Chapitre 1 • Les Sables du Temps
Raygnar D'Ysgramor & Séverine Belastre

Tout est dans l'art de la subtilité

Où une orpheline trouve une figure paternelle



• Date : 15 octobre 1001
• Météo : Un beau temps plane sur les hautes tours de l'académie
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Deux grands esprits se rencontrent en la personne de Séverine Belastre et Raygnar d'Ysgramor, tout cela à cause d'un accident évité.  Alors que leurs routes auraient dû suivre leur propre chemin et se séparer, un instinct peut-être les pousse à faire connaissance.
• Recensement :
Code:
• [b]15 octobre 1001 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1684-tout-est-dans-l-art-de-la-subtilite]Tout est dans l'art de la subtilité[/url] - [i]Raygnar D'Ysgramor & Séverine Belastre[/i]
Deux grands esprits se rencontrent en la personne de Séverine Belastre et Raygnar d'Ysgramor, tout cela à cause d'un accident évité.  Alors que leurs routes auraient dû suivre leur propre chemin et se séparer, un instinct peut-être les pousse à faire connaissance.



Dernière édition par Séverine Belastre le Jeu 23 Fév - 10:25, édité 3 fois
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyJeu 26 Jan - 14:09

Un passage par Lorgol impliquait forcément un passage à l'Académie de Magie et du Savoir pour la jeune héritière privée de ses terres. Sans moyens de déplacer par portail, l'ensemble de la maigre fortune devant lui revenir ayant été saisie, elle calculait soigneusement chacun de ses déplacements, ainsi en une visite à telle ville, elle devait s'assurer d'avoir fait le tour de ses connaissances, il n'y avait pas de promesses d'un retour dans un futur proche. De fait, c'était la première fois qu'elle était de retour à Lorgol depuis la fin de ses études. Cette ville et le sentiment de sécurité qu'elle lui inspirait lui avait sincèrement manqués. À Lorgol, Séverine pouvait enfin respirer. Elle n'avait plus le sentiment d'être suivie à tout moment, d'être constamment surveillée. Elle ne croyait plus qu'une fois les dos tourné, sa prudence relâchée, on la poignarderait dans le dos. Si son observatoire en Sombreciel était sa maison, Lorgol était son havre de paix, peu importe ce qu'on pouvait dire de ses rues. C'est enfant qu'on a le plus de liberté et c'est en grandissant qu'on réalise son lourd prix. Du haut de ses vingt-cinq ans, Séverine avait mûri depuis sa dernière visite, ce n'était plus l'enfant insouciante et souriante qu'on avait plus de chance de croiser en pleine nuit, la tête levée vers les astres, c'était devenue une jeune femme alourdie par le poids des complots et des malheurs. Il n'y avait que deux ans qu'elle était partie. La trouverait-on bien changée? Autrefois, elle aurait passé des heures à y penser, alors que maintenant l'idée lui effleura l'esprit comme un songe qu'on oublie rapidement.

À peine arrivée devant les lourdes portes de l'Académie, elle se sentit envahie d'une euphorie enivrante : c'était le sentiment d'être chez soi. Elle y avait passé presque une décennie de son existence, presque la moitié de sa vie. Les pierres étaient emplies de souvenirs dont la seule vue lui fit oublier un instant ses lourds tracas et lui permirent de retrouver cette jeune femme qu'elle était autrefois, qu'elle aurait toujours dû être. Rien n'avait tellement changé, elle avait cette impression d'être partie le temps de vacances d'été, de très longues vacances, et d'être revenue. Quelques élèves ici et là se pressaient vers la porte et Séverine n'eut qu'une envie : celle de les rejoindre et de les suivre, en s'engouffrant entre ces hauts murs du savoir. Retrouver ces instants perdus pour toujours, même temporairement. Jamais elle n'aurait imaginé que retourner dans l'enceinte de ce lieu qui lui avait si longtemps servi de protection, l'écartant des troubles que causaient ses parents, l’émouvrait autant. Par moment, le destin est aussi doux que cruel, songea-t-elle.

Plongée dans ses pensées tirant un peu sur la mélancolie, elle manqua presque de buter dans un homme plus âgé qu'elle de plusieurs années. Prompte à se remettre de ses songes, elle s'accorda quelques instants pour le détailler des pieds à la tête avant d'incliner la tête dans une révérence polie. Rien n'indiquait qu'il s'agissait d'un mage, mais à l'Académie, on n'était jamais trop sûr et s'il y avait bien un endroit où Séverine croyait pouvoir retrouver ses égaux, c'était bien dans ces hauts lieux du savoir.

« Mille excuses sire, il semblerait que j'ai manqué de peu de vous renverser, » déclara-t-elle, un sourire toujours accroché aux lèvres. C'est qu'elle n'éprouvait pas particulièrement de gêne, cette jeune Cielsombroise à l'allure désinvolte bien que douce. Pour peu, elle trouverait la situation un peu amusante, mais l'homme à qui elle fait face paraît plutôt digne et pousser vers la plaisanterie semblerait inapproprié.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptySam 28 Jan - 22:56

Décidément, je ne me lasserais jamais de Lorgol et de son Académie. Arrivé fin septembre, j’avais décidé de prolonger mon séjour pour profiter au maximum des ressources que j’avais à ma disposition. C’est avec une certaine satisfaction que je voyais mon carnet se remplir de toutes sortes de notes sur mes découvertes. Quand je n’étais pas plongé dans un ouvrage, je recopiais ce que j’estimais être utile. Je faisais un tri entre tout ce que j’avais trouvé et les classais dans plusieurs catégories. Il y avait d’abord les classements par lieu, puis par époque, et enfin je faisais une dernière classification par ordre d’importance. J’avais travaillé sans relâche depuis mon arrivée, ne m’interrompant que pour pousser mon fils à s’intéresser à ses leçons plutôt qu’à la fenêtre, où l’on pouvait voir des dragons et des griffons survolant l’Académie. Il mourrait d’envie de sortir, mais je ne voulais pas qu’il y aille seul, aussi devait-il attendre que je me décide à faire une pause pour aller prendre l’air avec moi.

Puis, après plusieurs jours de travail acharné, je m’accordais une journée entière de repos. Je voulais en effet montrer à mon fils tout ce qu’on pouvait voir et rencontrer à la Ville Haute. Cette sortie me fit un bien fou, je pus enfin me détendre et souffler un peu. Je regardais Rudolf qui ne savait pas où poser les yeux. Je savais qu’il allait se plaire à Lorgol. La grande ville débordante de vie était bien différente du petit village situé à plus d’une heure de marche du manoir. J’avais ressentis la même impression en arrivant ici, quand j’avais son âge. Je me suis sentis tout petit. Tout le monde vaquait à ses occupations, et personne ne faisait attention à moi. Tout était si bruyant, si vivant, si bien que pendant un moment, j’ai même cru que la ville elle-même était un être vivant.

Nous avions déambulé dans la Ville Haute une bonne partie de la journée quand je décidais de faire un petit détour par l’Académie. Il n’y avait pas de raisons particulières à cela mais je ressentais juste l’envie de contempler inlassablement ses tours. Rudolf s’était éloigné et m’avait laissé avec mes pensées. Qu’il était bon de repenser à son passé. Je regardais les élèves qui se pressaient pour ne pas arriver en retard à leurs cours. Et dire qu’il y a presque quarante ans, j’entrais dans cet établissement prestigieux… Et rien n’avait changé depuis, tout était resté pareil, les bâtiments tout comme l’ambiance générale. Perdu dans mes souvenirs, je n’avais pas remarqué la jeune fille qui manqua de me percuter. Je me retournais et la regardais de haut en bas. Elle fit de même et, pendant un moment, nous restâmes silencieux, à nous observer. Elle avait un air plutôt désinvolte. Le genre de fille qui n’avait pas l’habitude de se laisser faire. Sa manière de me regarder m’intrigua. Elle n’éprouvait aucune gêne à me détailler de la tête aux pieds, comme si elle cherchait à imprimer mon apparence dans son cerveau. Néanmoins, ce fut elle qui brisa le silence en prenant la parole. Elle s’excusa pour avoir manqué de peu de me bousculer. J’hochais la tête et restais totalement impassible. Elle savait donc être polie. Je me demandais alors si elle venait d’un milieu aristocratique ou non ? Elle savait en tout cas faire les révérences et elle affichait un grand sourire. Je penchais la tête vers elle et répondis :

« - Il n’y a pas de mal, j’étais au milieu du chemin. »

Elle n’avait pas l’air d’être une étudiante. Etait-elle alors une de ces anciennes élèves qui ressentaient déjà le besoin d’y retourner, histoire de vivre un instant de nostalgie ? Je me dis alors qu’elle était beaucoup trop jeune pour en être. A son âge, je pensais plus à suivre mon père qu’à retourner à l’Académie. Elle pourrait être une étudiante ayant commencé son cursus plus tardivement, mais j’en doutais. Je demandais alors :

« - Etes-vous une étudiante ? Si c'est le cas, ne vaut mieux pas que je vous retarde. »
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Séverine de Bellifère
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyDim 29 Jan - 14:30

Pas particulièrement chaleureux l'homme, mais Séverine ne se départit pas de son charmant sourire pour autant. C'était aimable à lui de répondre ainsi tout de même, car il aurait pu simplement la sermonner en lui disant d'être plus attentive la prochaine fois. Bien qu'elle n'était déjà plus toute jeune, elle l'était assez pour que des hommes plus âgés se permettent de la rabrouer : ce n'était pas tous les peuples d'Arven qui considéraient les femmes avec autant de libéralité que les Cielsombrois. Elle laissa échapper un petit rire à l'idée qu'elle fut encore étudiante : elle commençait à être un peu âgée pour cela. Enfin, cela ne faisait tout de même que deux ans qu'elle avait quitté ses bancs d'école, pas encore tout à fait trois ans. Étrange comment elle avait plutôt l'impression que c'était des lustres plus tôt. Sans qu'elle ne s'en rendisse compte, son sourire s'assombrit un instant, l'espace de simples quelques secondes.

« C'est fort aimable à vous, mais rien ne me presse, je ne suis plus étudiante ici depuis assez longtemps. Je suis simplement venue consulter la bibliothèque. »

Et revoir quelques anciens professeurs auxquels elle comptait bien poser quelques questions, partager de nouvelles découvertes et voir ce qu'ils en pensaient. Séverine ne se considérait pas comme une spécialiste dans son domaine et c'était bien l'un des seuls points où elle savait se montrer pleine d'humilité. Néanmoins, ce n'était pas nécessaire de divulguer cette information. Elle aurait pu tout simplement poursuivre son chemin, mais quelque chose dans l'air de cet homme qui aurait presque pu être son père, l'attirait et lui donnait envie d'en apprendre un peu plus. Peut-être était-ce qu'elle percevait la sagesse qui résidait en lui? Comme bien des Ibéens, elle n'avait pour seul maître que le savoir et aurait laissé sa vie entière être guidée par celui-ci si elle l'avait pu. Parfois dans la vie, on ne peut pas faire ce qu'on souhaite.

« J'en déduis que n'étant pas pressé de vous diriger vers quelque salle de classe, vous n'êtes pas étudiant, vous aussi, » fit-elle avec un esprit peu dissimulé. C'était un peu jouer avec le feu de se permettre de plaisanter sur un étranger, mais Séverine était encore une jeune femme bien fraîche qui sans être d'une impolitesse sans vergogne pouvait parfois avoir quelques petites manières effrontées sur les bords. « J'aurais cru que vous étiez professeur, mais il m'apparaît que je me suis trompée, alors il ne reste plus qu'à supposer que vous soyez un savant ou peut-être alors un mage. »

Il n'avait pas vraiment la tête d'un mage comme on se les imagine dans les livres d'histoires, mais la vie étant pleine de surprises, ça aurait bien pu être le cas.

« Mais peut-être que je vous retiens trop longtemps? »








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyMer 1 Fév - 11:57

Mon attitude distante ne parut pas la déconcerter, bien au contraire, elle garda le sourire et ne me quittait pas des yeux. Si j’avais eu ne serais ce que vingt ans de moins, j’aurais sans doute trouvé cela gênant. Néanmoins, je restais totalement impassible et, tout en jetant un œil à mon fils qui parlait avec un groupe de jeunes étudiants, je demandais à la jeune femme si elle-même en était une. Le petit rire qu’elle laissa échapper répondit à ma question mais elle me le confirma en me disant qu’elle n’étudiait plus à l’Académie depuis longtemps, elle venait simplement consulter quelques livres à la salle d’étude. J’hochais la tête. L’Académie avait prévu un système de salle d’étude pour permettre aux non étudiants de consulter ses ouvrages. Même si j’aurais préféré l’ambiance studieuse des grandes Bibliothèques, j’en étais reconnaissant à ceux qui avaient développé ce système. Grace à cela, je pouvais avancer dans mes travaux et mon fils pouvait rester à mes côtés.

Depuis mon arrivé, j’en avais profité pour retrouver d’anciennes connaissances. Si la plupart des professeurs que j’avais connu n’enseignaient plus, il m’était arrivé de croiser d’anciens étudiants, qui, eux aussi, venaient se ressourcer et consulter quelques ouvrages. Nous partagions autour d’un verre ou d’un repas nos souvenirs et nos expériences. Je savourais ces moments comme je le faisais d’un bon livre et en sortais à chaque fois plus enrichi qu’avant.
La jeune femme me sortit de mes pensées en admettant que si je n’étais pas un étudiant ni un professeur, je devais être soit un mage soit un savant. Il était vrai que je ne montrais rien qui prouvait mon appartenance à l’un ou à l’autre. Aussi je lui répondis :

« - Je suis un Savant, spécialisé dans le domaine de l’Histoire d’Arven. Je suis venu à l’Académie pour faire quelques recherches. »

Elle me demanda ensuite si elle me retardait. Je secouais la tête. Je m’étais accordé un jour de repos, et je n’avais pas prévu de me presser pour une raison particulière. Je lui dis pour la rassurer ;

« - Je n’ai rien de prévu. Si je suis là aujourd’hui, c’est uniquement pour contempler les Tours de l’Académie. »

Ou pour discuter avec des inconnus sans aucune raison particulière. Et, allez savoir pourquoi, j’avais envie de continuer cette conversation. Etait-ce le sourire de cette jeune fille qui me forçait à poursuivre la discussion ? Ou alors ses manières polies et distinguées ? Je n’aurais su le dire. Alors que le silence s’installait entre nous, je sentis soudain le regard de Rudolf. Le garçon n’avait pas bougé de là où il était, mais il nous regardait avec curiosité. Je lui lançais un regard qui se voulait rassurant et me tournais vers la jeune fille. Je lui demandais alors :

« - Je ne vous ai pas retourné la question ? Etes-vous un Savant ? Ou alors un Mage ? »
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyJeu 23 Fév - 6:16

Cet homme assez âgé pour être son père, ou du moins presque, dégageait un certain charisme qui ne pouvait pas laisser indifférente la jeune Cielsombroise.  Pas quelque chose d'extrêmement criant, non ça venait un peu de cette autorité qui se dégageait de lui et l'espace d'un moment, la jeune noble se sentit en quelque sorte envoûtée.  Non pas qu'elle était tombée sur le charme ni quoi que ce soit dans ce genre.  Peu importait quel genre d'homme pouvait bien plaire à la demoiselle Belastre, elle se doutait qu'elle devrait se marier par calculs plutôt que par amour et elle n'était pas particulièrement troublée par cette idée.  Elle s'était faite à cette vérité aussi facilement que si elle avait été là depuis la naissance, cachée au fond de sa tête derrière ses rêves de prince charmant monté sur un cheval blanc.  Malgré tout, elle était brave la petite et c'est peut-être pour ça aussi qu'elle pouvait aborder un homme d'âge mûr avec autant de désinvolture cachée derrière une politesse protocolaire.  Un savant d'autant plus, ce qui ne pouvait que forcer encore plus le respect de la brunette qui aurait voué sa vie au savoir, même qui la lui vouait encore en dépit de tout le reste.  L'histoire n'avait jamais été la matière favorite de Séverine.  Loin de la détester, cette discipline avait tout simplement un côté trop empli de rigueur pour l'esprit libre de cette enfant de Sombreciel.  L'Histoire n'était pas de celle à vous faire rêver, même si elle regorgeait de faits époustouflants parfois.  Si elle avait le choix entre un vieux manuel poussiéreux d'archives historiques et un recueil de poèmes lyriques à propos d'épopées du passé, son choix se porterait naturellement sur le second.  Le choix de discipline de son interlocuteur expliquait peut-être son air sérieux.

Elle remarqua sans trop y porter attention qu'il porta son regard un instant sur un jeune homme qui apparemment les regardait eux aussi.  Elle songea qu'il le connaissait peut-être.  Ou qu'ils étaient apparentés.  Séverine n'était pas trop intéressée par ces petits détails en fait, surtout qu'ils n'avaient aucune incidence sur sa vie personnelle.  Et même qu'elle s'intéressa à ce savant était déjà pour le moins surprenant.  Étant trop préoccupée par ses désirs de vengeance, elle ne se souciait de ses semblables que dans la mesure où elle pourrait tirer quelque avantage d'avoir des relations avec eux.  Ceci n'était donc en somme qu'une simple rencontre, une distraction momentanée avant qu'elle ne dusse retourner vaquer à ses propres affaires.

« Je suis astronome.  On lit beaucoup de choses dans le ciel qu'on ne trouve pas dans les livres d'histoire, » fit-elle en gardant toujours son sourire.

Un moment, elle songea qu'il faudra alors mettre fin à cette courte  conversation, mais c'est qu'elle n'en  avait pas particulièrement envie.  Elle dont la vie était réglée à l'heure, elle n'avait pas souvent l'occasion de goûter aux surprises agréables : en général, lorsqu'il s'agissait d'inattendu, ce n'était jamais bonne nouvelle.  Et elle ne pouvait le nier, cette conversation avait quelque chose de frais, lui rappelait ses anciens moments à l'Académie, quand sa vie n'était pas le moindre du monde compliqué.  Une époque à laquelle elle avait maintes fois souhaiter revenir.

« Je suppose qu'il y a longtemps que vous n'appartenez plus à ces murs et qu'à chaque visite, ceux-ci vous accueillent en étranger, fit-elle après un temps de réflexion, Un peu comme moi. »  Quoi qu'elle ne figurait plus sur le registre des élèves que depuis tout récemment en comparaison. Enfin, elle le supposait à l'âge qu'elle estimait avoir cet homme.

« Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez dans la contemplation des tours? » lança-t-elle retrouvant son sourire et laissant derrière elle son air pensif.

Il lui arrivait aussi de lever les yeux, mais pas seulement pour admirer.  Elle cherchait une réponse à une question qu'elle n'arrivait pas à formuler.  Ou plutôt qu'elle n'osait pas formuler.  Par crainte que la réponse ne soit pas celle qu'elle voulait ou tout simplement parce qu'il n'y avait pas de réponse.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyJeu 2 Mar - 21:59

Cette femme, suffisamment jeune pour être ma fille, m'intriguait. Non pas que je veuille en faire mon épouse, alors ça non. J’avais juré fidélité à mon épouse et, même si elle était décédée il y a de cela dix ans, je n’avais jamais ressenti l’envie de me remarier. Non, chez cette jeune fille, c’était différent. Elle était sans gêne, elle n’avait pas peur de s’adresser à des personnes plus agées qu’elle ou avec un rang plus élevé. J’arrivais à déceler dans son regard une détermination sans faille, une envie d’avancer à toute épreuve et me demandais d’où elle tenait ça. Plus je tentais de la comprendre et plus j’avais envie d’en apprendre plus sur elle. Mais pour le moment, je me contentais des présentations et d’une discussion polie traditionnelle entre deux inconnus. Je lui expliquais donc que j’avais étudié dans l’Académie et que j’étais devenu un Savant spécialisé dans le domaine de l’Histoire tout en lançant un regard rassurant à mon fils qui, de loin, avait l’air de se demander ce que je faisais avec cette jeune femme. Puis je reportais mon attention sur elle, écoutant sa réponse.

Elle me dit, tout en gardant un grand sourire, qu’elle était astronome. Elle rajouta ensuite qu’on pouvait lire dans le ciel beaucoup de choses qu’on ne trouvait pas dans les livres d’histoire. Je ne pouvais qu’être d’accord avec elle. Les étoiles nous aidaient à retrouver notre chemin, et pouvaient aussi bien être une source de réconfort que de divertissement. Enfant, je m’amusais à imaginer de nouvelles constellations et m’amusais à relier les étoiles entre elle. Je penchais la tête. J’avais étudié l’Histoire de l’Astronomie d’Arven, appris celle de grands astronomes, et m’étais intéressé à quelques bases, mais rien de plus. Je lui répondis, comme pour riposter à sa petite pique sur les livres d’histoire :

« - Certes, mais, si je ne me trompe pas, on ne peut rien apprendre de la signature de la Trêve dans les étoiles. »

Notre discussion aurait pu se terminer là, comme ça, mais l’un comme l’autre, nous ne le voulions pas. Je n’avais pas l’intention de rentrer tout de suite et je savais que Rudolf ne verrait aucun inconvénient à m’attendre encore un peu. La jeune femme brisa le silence qui s’était installé entre nous en me disant qu’à chaque visite, l’Académie qui m’avait vu devenir un homme devait à présent m’accueillir comme un étranger, un peu comme elle. Je secouais la tête. Même si les Hommes venaient et repartaient, l’Académie ne changeait pas. Et puis, il m’arrivait de revoir quelques visages connus. Je répondis donc :

« - Non, l’Académie n’accueille jamais ses anciens élèves comme des étrangers. Si ses murs pouvaient parler, je suis sûr qu’ils nous parleraient du bon vieux temps. L’Académie n’est pas du genre à oublier ceux qui ont étudié en son sein. »

Nous autres, anciens élèves, étions à part. Ni élève, ni étrangers, nous faisions partie de la grande famille de l’Académie, même si nos noms ne figuraient plus depuis longtemps dans aucune liste. Je regrettais les longues discussions avec les fantômes, les nuits entières passées à lire les ouvrages de la bibliothèque, les longs couloirs où il n’était pas rare de se perdre quand on ne connaissait pas les lieux. Je regrettais l’Académie et tout ce qu’elle contenait, mais je me consolais en me disant que mes enfants auront vécu la même chose.

La jeune femme me sortit de mes pensées en me demandant si j’avais trouvé ce que je cherchais dans la contemplation des tours. Je répondis tout en levant les yeux :

« - Hum, je ne cherche rien en particulier. Je laisse juste les souvenirs rejaillir… »

Je me dis soudain que nous n’étions pas présentés, elle et moi. J’inclinais donc la tête et annonçais :

« - Je me nomme Raygnar, seigneur d’Ysgramor, en Valkyrion. A qui ai-je l’honneur ? »
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyLun 6 Mar - 13:57

« Quel nostalgique romantique! » songea Séverine en l'entendant ainsi répondre à sa question.  Enfin, ne l'était-elle pas elle aussi à sa manière?  Simplement se rapprocher des tours de l'Académie ne l'enveloppait-elle pas d'une profonde mélancolie?  Les choses étaient beaucoup plus simple dans ce temps-là.  Il lui semblait même que cela faisait mille ans déjà et pourtant il n'y avait qu'à peine deux ans qu'elle était partie.  En si peu de temps il pouvait s'en passer des choses.  La jeune femme qui se tenait désormais debout sur le carrelage du hall d'entrée n'était nettement pas la même qui l'avait quittée.  Pas encore tout à fait mûre, mais c'était en cours de progrès.

La politesse élémentaire voulait que deux inconnus se présentent l'un à l'autre.  L'astronome en était bien consciente, mais elle évitait de façon générale de les faire d'elle-même. Bien qu'elle ait changé de nom afin de passer plus inaperçue, elle craignait les espions de son cousin, mais plus encore ceux de Maximilien de Séverac, un homme beaucoup plus dangereux pour elle que ne le serait jamais le duc lui-même, elle en était bien consciente.  Après tout, il n'était pas complet inconnu que sa mère portait le nom de Belastre avant de prendre celui de son époux.  Enfin, avec un homme de Valkyrion, elle ne craignait probablement rien, n'est-ce pas?  Ysgramor, elle ne connaissait pas, donc ce ne devait pas être une terre très importante du duché et ils y étaient probablement plus occupés à vaquer à leurs propres affaires qu'à suivre les scandales des duchés voisins.  Bien que l'histoire des barons de Mauve ait fait du remous, elle espérait secrètement que les vagues n'aient pas été aussi forte qu'elle pouvait le croire.  Un coup d'état raté contre un duc dégénéré, ça ne devait pas être si scandaleux que ça non?

« Enchanté, messire d'Ysgramor, » fit-elle en s'accompagnant d'une révérence.  Elle n'avait pas oublié les cours d'étiquettes prodigués par sa mère et sa gestuelle s'accompagnait d'une certaine grâce qu'on ne retrouverait pas parmi les gens de moins bonne naissance.  « Séverine Belastre, Dame de Voile-du-Ciel, petit observatoire en Sombreciel. »  Elle ne pouvait pas le laisser sans réponse et elle donna son nom avec cette petite touche d'humour qui caractérisait très bien son caractère vif et peut-être un peu taquin parfois.  Du moins, les présentations permettraient maintenant à l'aîné de comprendre d'où venait le tempérament pour le moins un peu fougueux de cette jeune femme.  Mais avant qu'il ne fasse peut-être d'autres associations par rapport à elle-même, elle devait engager la conversation sur un terrain mieux pavé.

« Vous n'y trouverez pas de livre d'histoire, ou du moins peut-être quelques uns à propos de l'astronomie, mais un savant comme vous y sera toujours le bienvenue, » offrit-elle.  Oui, elle proposait à de parfaits inconnus de se rendre chez elle.  Mais il s'agissait d'un homme déjà mieux placé qu'elle en tant que seigneur de ses terres et elle avait besoin de sponsors.  Elle n'avait que faire du duché d'origine de ceux-ci, tant qu'ils s'intéressaient un peu à son travail.  Puis un savant pouvait bien en soutenir un autre, n'est-ce pas?

« Avez-vous déjà eu l'occasion de vous rendre en Sombreciel, sire d'Ysgramor?  Je crois savoir que Valkyrion est différent des terres qui ont été le théâtre de mon enfance.  Enfin, je n'ai jamais eu l'occasion de me rendre à Valkyrion non plus, » ajouta-t-elle songeuse et pensive.  Elle avait à quelques reprises posé les pieds en Erebor pour profiter de ses dunes de sable étendues qui donnaient une vue imprenable sur le ciel, mais autrement elle ne connaissait que très peu le reste d'Ibélène.  À son regret par ailleurs.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyMer 8 Mar - 21:48

Je sentais que, elle et moi, nous pourrions bien nous entendre. Nous étions tous les deux des anciens de l’Académie et, comme moi, elle pouvait faire ressurgir des souvenirs rien qu’en admirant ses tours. En tout cas, c’est ce que je croyais déceler dans son regard. Après quelques minutes durant lesquelles nous nous perdions dans la contemplation de l’Académie, je finis par me présenter, tout en maudissant mon manque de politesse. Mais cela ne parut pas la déranger car, après un petit instant où elle semblait situer mon domaine, elle fit une élégante révérence. Elle se présenta sous le nom de Séverine Belastre, Dame de Voile-du-Ciel, un observatoire en Sombreciel. Belastre… Ce nom me disait vaguement quelque chose. En Sombreciel disait-elle ? Cela expliquait ses son caractère impétueux et sans gênes, mais cela ne me renseignait pas plus sur son nom, qui m’était familier, je ne savais pour quelle raison. J’avais sans doute dû le lire dans un de mes livres, ou entendre parler de quelqu’un du même nom, mais impossible de mettre le doigt dessus. Cela me reviendra surement dans un moment.

Sa révérence, et sa manière de l’effectuer, dans un sans-faute digne des cours impériales m’indiqua cependant qu’elle ne venait pas d’un milieu modeste, ou qu’elle avait été élevée aux côtés de gens de la noblesse. Je plissais les yeux, cherchant dans ses gestes un autre indice qui pourrait m’éclairer, quand elle reprit la parole et me dit que je serais la bienvenue dans son observatoire. J’inclinais la tête et lui dit :

« - Je suis honoré, je ne manquerais pas de venir vous rendre visite dans votre observatoire. Les étoiles m’ont fasciné quand j’étais plus jeune et je serais ravi d’en apprendre plus à leur sujet. »

Et j’étais sincère, rien de tel qu’une nuit à observer les étoiles pour se détendre, et pour se raconter des histoires. Les cieux de Valkyrion étaient magnifiques et les aurores boréales n’étaient pas rare en Ysgramor. Le spectacle qu’elles offraient ne laissait personne indifférent, même les habitants prenaient un grand plaisir à les admirer quand elles se montraient. Toutes ces couleurs qui dansaient dans le ciel… C’était comme une invitation à la fête. J’avais alors pour habitude d’inviter des ménestrels qui accompagnaient les aurores boréales avec leurs instruments, histoire de rendre cette expérience encore plus mémorable. Je pensais alors, avec une pointe de mélancolie, à mon épouse, qui croyait depuis l’enfance que les aurores n’étaient que le signe que nos proches disparus veillaient sur nous, qu’elles renfermaient leurs âmes et que, de temps en temps, ils venaient nous rendre visite. Je n’y croyais pas pour ma part, mais je ne l’avais jamais contredit, par amour pour elle et pour le plaisir de voir son sourire s’illuminer quand les aurores se montraient.

Je clignais des yeux et les posais sur Séverine, qui me demanda si je m’étais déjà rendu en Sombreciel. Elle ajouta, sans même me laisser le temps de répondre, qu’elle n’était jamais venue en Valkyrion, et que ce duché devait être bien différent de celui dans lequel elle avait grandi. J’hochais la tête et répondit :

« - Je suis déjà venu en Sombreciel, et je vais devoir m’y rendre à nouveau pour mon travail. » Je marquais une pause pour regarder passer un groupe d’étudiant visiblement en retard et repris : "Valkyrion est bien différent de Sombreciel. Déjà pour commencer, il y fait beaucoup plus froid, la neige est présente quasiment toute l’année. Et les habitants sont réservés, beaucoup plus discrets qu’en Sombreciel. »

Je n’en dis pas plus, sachant que je représentais le parfait exemple de ce que pouvait être un homme kyréen. Séverine n’avait pas besoin de l’apprendre par des mots. Mais je rajoutais cependant, comme pour l’inviter à venir dans mon duché :

« - Mais les cieux de Valkyrion sont uniques. Je pense qu’ils pourraient vous intéresser. »

J’imaginais déjà son regard émerveillé quand elle verrait le ciel étoilé de Valkyrion, et l’effet que produisait la lueur de la pleine lune sur neige, glace, et édifices de pierre. Elle m’avait invité à me rendre dans son observatoire, je lui rendais la pareille, aussi bien par politesse que par pure sincérité.
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptySam 18 Mar - 5:52

Aux yeux de beaucoup de gens, les Cielsombrois étaient… oui c'est cela bruyants et exubérants, et la représentante de ce duché ne peut s'empêcher un petit rire amusée à la comparaison. Enfin, pour le climat, elle avait entendu parler des hivers rigoureux et de la température fort froide, ce qui l'avait toujours rendue un peu désintéressée de ce duché : le froid ne lui permettait point de porter ses magnifiques tenus au décolleté bien marqué. Il y avait peut-être moyen de se protéger du gel sans avoir à se coincer dans de hauts collets à la manière d'une vieille fille prude? Enfin, au moins Valkyrion, ce n'était pas encore Bellifère, endroit où elle se promettait ne jamais mettre les pieds. Ce qui l'intéressa surtout, c'est ce qui concernait la voûte céleste. Séverine n'ayant jamais vraiment eu l'occasion d'aller à Valkyrion, ne connaissant non plus qui que ce soit qui y soit allé en mesure de lui parler de son ciel, elle subitement vit en cette rencontre l'occasion rêvée d'en apprendre plus. Il semblait bien que l'homme lui offrait de se rendre en Valkyrion, dans un but purement scientifique, mais la Cielsombroise n'aimait point les propos qui empruntaient des chemins contournés. Lorsqu'on peut être direct, qu'on le soit, dirait-elle avec effronterie, le nez pointé en l'air.

« Maintenant que vous soulevez la question, je ne peux constater en effet que je ne connais que très peu de chose sur Valkyrion, à mon grand regret. Surtout quand il s'agit des astres, » lâcha-t-elle semi-pensive. Jusqu'à présent, elle s'était contentée du firmament cielsombrois et erebien en plus de la vue qu'on pouvait en avoir à partir de Lorgol. Pour elle qui prétendait connaître cette vaste étendue qui recouvrait la terre de l'est à l'ouest, du nord au sud, l'étendue de ses connaissances était finalement bien étroite et restreinte.

« Puisque ni vous ni moi ne semblons pressés de partir, ni particulièrement occupés, croyez-vous… Eh bien pourriez-vous me raconter le ciel kyréen? Vous avez piqué ma curiosité et celle-ci a du mal à se satisfaire de l'ignorance, » ajouta-t-elle à sa demande sur un ton rieur.

Séverine était effectivement avide de toujours en savoir plus, un peu sur tout en fait. Enfant brillante dès l'enfance, si ce n'avait été de sa grand-mère elle n'aurait jamais su comment choisir vers quelles études s'orienter. Elle s'intéressait un peu à tout, mais maintenant qu'elle avait trouvé sa voie, elle espérait qu'une fois qu'elle aurait retrouvé ses titres et ses droits sur le patrimoine familial, elle pourrait écrire le plus grand traité astrologique que l'on ait jamais connu en Arven et ainsi devenir la plus respectée astronome de tout le continent. Et qui sait, peut-être suivre les traces de son amie Astra et prendre un poste d'éducateur au sein de cette même académie où elle se trouvait en ce moment même. La noble déchue rêvait de grandeur et de notoriété dans son domaine bien plus qu'elle ne désirait acquérir le pouvoir.

« Évidemment, n'étant pas astronome vous-même, nul besoin d'intégrer moult détails et précision, une simple description me contentera amplement, » ajouta-t-elle au cas où l'homme déclinerait l'invitation en prétextant n'être qu'un historien.

Elle avisa un banc qu'elle désigna d'un mouvement de la main. « Peut-être pourrions nous nous asseoir, nous serions plus confortable pour parler. Et puis, une jeune femme voit ses jambes plus rapidement fatiguées que celles d'un homme. » Elle sourit en prétextant sa propre faiblesse. Séverine était une femme robuste malgré ses traits délicats et sa frêle figure. Elle avait beaucoup souffert au cours de la dernière année et bien des gens de sa condition ne connaîtrait jamais d'aussi dures conditions de vie.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyJeu 23 Mar - 21:10

Il était vrai que, même étant voisins, les kyréens et les cielsombrois étaient très différents. L’un était l’exact contraire de l’autre. Et c’était cela qui était étonnant. C’est à croire qu’il suffisait d’une frontière et d’un peu de neige pour changer les mentalités d’un peuple. Cela fit rire Séverine qui devait sans doute se dire la même chose. Les femmes Cielsombroises et leurs tenues extravagantes face aux femmes Kyréennes bien emmitouflées pour se protéger du froid, voilà un contraste bien saisissant. Mais, au bout du compte, ce n’était pas ce qui nous intéressaient, ni pour elle, ni pour moi. Elle finit par revenir sur ce qui était, pour elle, son sujet favori : le ciel. Elle m’avoua qu’elle ne connaissait pas grand-chose du ciel kyréen, avant de me demander si je pouvais lui en dire un peu plus. Elle me dit, sur un ton rieur, que sa curiosité ne pouvait se satisfaire de l’ignorance. Je penchais la tête vers elle et lui dit :

« - La mienne non plus. Je vais vous dire ce que je sais, et vous parler de ce que j’ai pu voir. Croyez-moi, cela devrait vous plaire. »

Je n’avais jamais aimé l’ignorance. Pour moi, plus on en savait sur un sujet, et mieux c’était. Je me rappelais encore mes nuits à l’Académie, ou je lisais, par pure plaisir, un ouvrage dont le sujet n’avait aucun rapport avec ce que j’étudiais habituellement. Mes camarades s’étonnaient de me voir lire un livre sur les fleurs, et le lendemain passer à un ouvrage sur la manière dont on nettoie les écailles d’un dragon. Mes étagères débordaient de notes et de dessins en tout genre, et je dus vite me faire une raison quand il me fallut trier tout cela. Je me rappelais vaguement que c’était à partir de ce jour que j’avais décidé de devenir plus soigné et plus méticuleux, dans tout ce que je faisais. Depuis, toutes mes possessions avaient sa juste place… Enfin, presque toutes mes possessions, je n’arrivais toujours pas à mettre la main sur mes théories concernant l’apparition des griffons à Arven.

La jeune Séverine me proposa de nous asseoir, prétextant que ses jambes fatiguaient plus vite que celles d’un homme. J’acquiesçais, tout en lui répondant :

« - Celles d’un homme au bord de la cinquantaine aussi, rassurez-vous. »

Une fois assis sur le banc, je lâchais un soupir de satisfaction, puis, voyant que la jeune femme attendait que je lui dise ce que je sais. Elle m’avait dit attendre juste une simple description de ma part et cela me suffisais. Je ne voulais pas me retrouver à lui expliquer ce que j’avais moi-même du mal à comprendre. Je lui dis alors :

« - Notre ciel est particulier. On dirait que le froid fait encore plus briller les étoiles, mais ce n’est sûrement qu’une impression. Et puis, on a les aurores boréales. »

Je tournais la tête vers elle, attendant une quelconque réaction. Ce nom lui était surement familier, elle avait dû en entendre parler dans ses livres. Je finis par reprendre, tout en laissant mon regard se perdre dans la contemplation des murs de l’Académie :

« - Ma femme croyait que les aurores renfermaient les âmes des disparus. J’ignore d’où elles viennent, mais voir ces couleurs qui dansent dans le ciel… C’est tout simplement magnifique. »
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptySam 25 Mar - 14:48

La noble dame apprécia la délicatesse de son interlocuteur, quoi qu'elle douta qu'il fusse fatigué pour si peu.  Voilà pourquoi elle préférait la compagnie des nobles gens à celle des roturiers : ils savaient se tenir et se montrer d'une courtoisie élégante.  Elle doutait de ne jamais voir un paysan faire preuve tout au plus de politesse élémentaire.  C'est d'un pas mesuré qu'elle se dirigea donc vers le banc, ayant l'assentiment de son aîné, et si elle ne poussa pas de soupir soulagé quand elle s'y posa avec toute la dignité qu'elle pouvait, ses pieds chaussés délicatement l'en lui remercièrent.  Ne souhaitant pas pressé le quadragénaire, elle n'osa pas poser plus de questions pour le moment, se contentant d'attendre qu'il mette forme à ses idées dans son esprit pour les lui communiquer.  Évidemment, il ne pourrait pas lui communiquer la position des astres, ni estimer les distances entre elles et elle ne tirerait pas de cartes du ciel de cette conversation, mais elle souhaitait tout du moins arriver à avoir une petite idée des conditions d'observation de la voûte céleste dans ce duché voisin, mais si peu connu.  Elle serait un peu plus prête lorsqu'elle irait.

L'évocation des aurores boréales la surprit un peu : Séverine était astronome et ce qui l'intéressait c'était les astres qui illuminaient le ciel.  Mais de nature curieuse, elle manifesta tout de même un intérêt marqué pour la question : après tout, elle n'en avait jamais vu, seulement entendu parler et le peu qu'elle en savait avait aussi ses points communs avec les étoiles, notamment à propos des lumières.

« Oui, j'ai ouïe dire qu'elles sont fabuleuses, » répondit-elle pour inciter l'homme à en dire plus à son sujet.  Elle resta un peu étonnée à la mention de sa femme.  Quelle drôle de croyance!  Ça ne semblait pas très sensé, mais elle ne passa point de commentaire, sachant que là n'était pas sa place.  Seulement, de minces descriptions basées sur des impressions telles que celles-ci ne pouvait définitivement pas satisfaire la soif de connaissance de la Cielsombroise.

« Pardonnez mes questions, je n'ai que peu eu l'occasion de m'entretenir avec quelqu'un qui n'en aie vu de ses propres yeux, pas seulement entendu parler.  Les aurores boréales se présentent-elles sous quelles couleurs?  Les mêmes que celle d'un arc-en-ciel?  On m'a affirmé que les couleurs y ressemblaient. »  Elle aurait préféré questionner à propos de la couleur du ciel et de la lumière émise par les étoiles, mais le Kyréen semblait plus enclin à aborder ce sujet et Séverine était toute prête à suivre la voie qu'il indiquerait.  Après tout, elle était déjà presque officiellement invitée à séjourner en Valkyrion et si ce n'était que du duché voisin, il était tout de même bon d'avoir des amis dans la noblesse, quelque fut leur rang.  Le sien n'était pas beaucoup plus élevé non plus avant sa chute vers les enfers.

« Par quel temps apparaissent-elle?  Je sais qu'elles sont visibles le soir, mais le sont-elles à partir d'un moment particulier? » demanda-t-elle.  Cette information avait plus de chances de lui être utile un jour que la question des couleurs.  Elle voulait simplement se montrer plein d'enthousiasme et c'était une chose qu'elle pouvait naturellement prétendre.  « Y a-t-il beaucoup de gens pour sortir les observer lorsqu'elles se dévoilent? »








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyDim 26 Mar - 21:46

Les aurores étaient certes très différentes des étoiles, mais, quand je vis que j’avais éveillé la curiosité de mon interlocutrice, j’en tirais une certaine satisfaction. Valkyrion était certes un duché inhospitalier comparé à Sombreciel, mais nous avions notre part de beauté. Pour voir les aurores, il fallait le mériter, il fallait affronter les neiges et le froid kyréen, et, parfois même, affronter ses habitants à fourrure comme les ours blancs. Ou alors, il fallait y vivre, apprendre à se fondre dans le milieu et s’adapter. Mais cela en valait la peine. J’avais tenté plusieurs fois de les reproduire dans mon carnet, mais jamais je n’étais arrivé à un résultat concluant. J’en avais donc déduit que le mieux à faire face aux aurores, c’était de les admirer.

Séverine m’avoua qu’elle en avait déjà entendu parler, et qu’on lui avait dit qu’elles étaient fabuleuses. Je me contentais d’hocher la tête. Beaucoup ont en entendu parler, mais très peu les ont réellement vues. J’estimais faire partie des chanceux. Je remarquais cependant son étonnement quant à la croyance de ma défunte épouse. Il est vrai que, moi-même, j’avais trouvé cela étrange. Mais je n’en avais jamais rien dit et j’avais respecté ses croyances. Et elle n’était pas la seule à y croire. Je me rappelais encore du cri qu’avait poussé une femme en voyant une aurore teintée de rouge apparaitre dans le ciel. Elle ne cessait de dire que c’était un mauvais présage. Pour ma part, c’était juste quelque chose de magnifique que je ne comprenais pas. Et j’espérais que Séverine puisse m’aider. En venant en Ysgramor et en les observant, elle serait peut-être en mesure de m’en dire un peu plus, même si j’en doutais un peu.

Pour le moment, nous en étions qu’aux questions. Elle m’en posa un certain nombre à une vitesse déconcertante, comme si j’avais affaire à un enfant devant son idole. Elle me faisait penser à Rudolf, le jour où il avait rencontré un voltigeur pour la première fois. L’avalanche de questions qui était sortie de sa bouche avait laissé l’homme tout penaud pendant quelques instants. Elle me demanda tout d’abord de quelles couleurs étaient les aurores, puis si elles ressemblaient à celles de l’arc en ciel. Puis elle me questionna sur les conditions de leurs apparitions, et si elles attiraient beaucoup de monde. Je la regardais un moment, silencieux, puis je me lançais pour sa première question :

« - Leurs couleurs ne sont pas tellement celles de l’arc en ciel, même si elles s’en rapprochent parfois. Le plus souvent, elles sont vertes, mais elles peuvent aussi varier entre le violet et le rouge. Mon fils aîné prétend en avoir déjà vu une bleue. »

Je me redressais et me tus quelques instants, le temps de regarder passer un groupe de griffons, visiblement en plein exercice. Puis, je jetais un coup d’œil à la jeune femme. Quel âge avait-elle ? Je lui donnais facilement vingt-trois, voire vingt-quatre ans. Intéressant. Quel dommage que je n’en sache pas plus sur elle. Ses manières me laissaient penser à une bonne éducation, de celle que reçoivent les enfants de nobles. Alors pourquoi ne m’avait-elle donné aucun titre ? Où le nom de son père ? Etait-elle une noble déchue de son titre ? Ou alors une gamine, fille de roturière, qui avait grandi parmi les nobles, en tant que servante par exemple ? Elle aurait pu choisir de quitter cette vie pour se lancer dans des études à l’Académie. Pourquoi pas… Quoiqu’il en soit, j’avais tout le temps d’en apprendre plus.

Je pris conscience que j’étais resté silencieux un peu trop longtemps, et que la curiosité de la jeune femme devait être difficile à supporter. Je repris donc :

« - On les voit effectivement de nuit, c’est le meilleur moment pour les observer. Il faut évidemment un temps clair, même s’il nous arrive d’en apercevoir des lueurs à travers les nuages. » Je remis en place une mèche de cheveu rebelle et dis : « Nous avons de la chance en Ysgramor, nous pouvons les apercevoir plusieurs fois par an. Quand cela arrive, le peuple tout entier vient les admirer, chez eux ou au manoir, et j’invite généralement les ménestrels à jouer de leurs instruments, pour rendre l’expérience plus mémorable. »

Je me tournais vers elle, conscient que mes explications ne lui apportaient pas grand-chose. Le mieux, c’était qu’elle les voie de ses propres yeux. Elle pourrait ainsi fonder sa propre opinion. Je lui dis alors :

« - Avec le temps, on a pu déterminer à quelle période de l’année elles étaient susceptibles d’apparaitre. Donc, si vous voulez les voir, il vaut mieux que vous veniez quand l’hiver est à son apogée. »
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyMar 28 Mar - 14:52

Un fils aîné? songea-t-elle. S'agissait-il du jeune homme qu'elle l'avait aperçu les observer tout à l'heure? Néanmoins, elle ne s'interrogea pas particulièrement longtemps à ce propos, bien qu'elle garda la question dans un recoin de son esprit : ça pourrait lui être utile plus tard, mais pour le moment, ce qui l'intéressait, c'était le ciel et pas ceux qui le regardait. La jeune femme assimilait d'ailleurs les informations à une vitesse assez surprenante : encore dans la prime jeunesse, bien que considérée par certains vieille fille, son cerveau fonctionnait toujours tel une éponge absorbant toute nouvelle idée rapidement. Quelles soient de couleurs aussi restreintes surpris néanmoins l'astronome qui avait entendu dire qu'il y en avait de toutes les couleurs. Peut-être les teintes variaient-elles d'un rouge à l'autre et d'un vert à l'autre? Elle ne pouvait en être exactement certaine sans se rendre sur les lieux pour observer à son tour. Elle comptait bien voir ce jour arriver prochainement d'ailleurs, considérant qu'elle n'escomptait pas prolonger outre mesure son séjour à Lorgol. Peut-être pourrait-elle se payer un déplacement par portail pour se rendre en Valkyrion? Elle tassa l'idée, le temps de se concentrer à l'instant présent, soit celui où elle récoltait des descriptions à propos des cieux kyréens. Ou du moins d'une partie de ceux-ci, rien ne pouvait garantir que c'était pareil d'un bout à l'autre de Valkyrion.

Alors, les aurores boréales, c'était un peu comme les étoiles : il fallait attendre la nuit tombée et avoir un ciel dégagé pour pouvoir les admirer. Il y avait dans ce fait une certaine forme de romantisme qui séduisait la Cielsombroise : ce n'était pas pour rien qu'elle s'était spécialisée dans l'étude du ciel et pas autre chose, alors qu'elle était attirée par bien d'autres domaines. À prime abord, elle s'était imaginée que les couleurs s'affichaient peu importe les nuages qui couvraient le ciel.

Avec les descriptions fournies par le sieur d'Ysgramor, Séverine pouvait en fermant les yeux imaginer la scène. Elle se prêta d'ailleurs au jeu quelques instants, imaginant la musique et les couleurs ondoyantes dans le ciel. Elle était peut-être loin de la réalité, mais c'était un spectacle délicieux dans le fruit de son imagination. Et bien qu'elle fut une spécialiste des astres, l'espace d'un moment, elle goûta au plaisir de découvrir quelque chose de nouveau, ne serait-ce que par un voyage intérieur. Elle déchanta tout de même un peu en apprenant qu'elles étaient pleine de splendeur en plein hiver : ayant grandi au bord de Lagrance, le froid n'était pas ce qu'elle supportait le mieux. Elle garda toutefois contenance et présenta l'un de ses plus beaux sourires au quadragénaire qui s'était si aimablement plié à ses demandes.

« Les habitants de vos terres sont choyés d'avoir pour tenancier un homme tel que vous. La musique doit apporter un aspect très magnifique à l'expérience. J'apprécie beaucoup cet art. » Comme beaucoup de Cielsombrois probablement, mais plus encore de part l'éducation qu'elle avait reçu et la position sociale qu'elle occupait autrefois. Après tout ses parents avaient oeuvré en tant que mécènes, bien qu'à petite échelle, tout au long de leur règne sur la baronnie de Mauve et ils avaient pris sous leur aile autant de musiciens que d'artistes peintres ou sculpteurs. « Mes parents avaient pour habitude de faire venir des musiciens régulièrement à la maison autrefois, simplement pour le plaisir des oreilles toutefois » soupira-t-elle doucement. Ils lui manquaient atrocement. Fantine n'avait certes pas eu la fibre la maternelle particulièrement développée, trop préoccupée à renverser son neveu, mais elle avait été un modèle très influant sur le cœur d'enfant de Séverine. Quant à son père, elle avait toujours été sa fille chérie et elle se chagrinait d'imaginer ce qu'il pouvait penser en voyant ce qu'elle était devenue après leur départ. Son regard se voila, mais elle tenta de continuer à sourire.

« J'espère avoir l'occasion d'assister à cet événement si le destin devait porter mes pas jusqu'en Valkyrion un jour. En espérant qu'un bon feu me réchauffera une fois le spectacle terminée : il ne fait pas très froid d'où je viens et je n'ai jamais eu l'occasion de développer une forte résistance aux rigueurs de l'hiver. » Elle tenta de plaisanter un peu afin de chasser ses chagrins, mais ceux-ci perlaient encore au coin de ses yeux.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptySam 1 Avr - 22:47

Les aurores, pour ma part, c’étaient comme des rayons de soleil qui percent à travers les nuages, en plus coloré et qui apparaissent de nuit. Mes descriptions pouvaient paraitre peu détaillées, sans vraiment d’intérêt, mais je ne voyais pas comment décrire parfaitement les aurores. Je les voyais dans ma tête et regrettais presque de ne pas être doué d’un don pour les transmettre. Si Séverine voulait en apprendre plus sur les aurores, il fallait qu’elle les voie. Un point c’est tout. Je pus cependant lui exposer brièvement les conditions de leurs apparitions, lui racontait ce que nous faisions pendant ces instants magiques. Quand elle me répondit, avec un magnifique sourire, que les habitants de mes terres étaient bien lotis avec moi comme seigneur, je ne pus m’empêcher de me sentir flatté. Il était vrai que, même si je dirigeais ma seigneurie avec une poigne de fer, je n’étais pas non plus un tyran. Je faisais ce qui me semblait être juste et, pour le moment, personne ne se plaignait, si ce n’est de l’action de certains qui avaient le chic pour tout gâcher.

Elle me dit ensuite qu’elle appréciait beaucoup l’art de la musique. Pour ma part, j’y voyais une distraction comme une autre. Je me rappelais avoir appris à jouer d’un instrument étant enfant, mais le manque de pratique m’avait fait perdre le peu que je savais. Je me contentais donc d’écouter ceux qui savaient jouer, et savourais pleinement leur talent. J’écoutais Séverine parler de ses parents, qui, comme moi, avaient l’habitude de faire venir des musiciens chez eux, simplement pour le plaisir de les écouter. Je me penchais vers elle et lui dit :

« - Que serions-nous sans un peu de musique pour bercer nos vies. Nous avons les livres qui nous racontent des histoires, mais la musique nous aide à les faire prendre vie."

Une bien jolie phrase, mais pleine de sincérité. Mais je remarquais que quelque chose n’allait pas. La jeune femme regarda dans le vide pendant quelques instants, et j’étais désormais certain qu’elle était troublée car son regard se voila. Ses parents. Il avait dû se passer quelque chose avec eux pour qu’après les avoir évoqués, elle soit si mélancolique. Mais elle ne craqua pas, et me dit, comme pour rester dans notre sujet, qu’elle espérait pouvoir venir un jour, et qu’un bon feu de cheminée l’attendrait à son arrivée. Elle me dit cela avec une pointe d’humour, même si ses yeux brillaient, débordant de larmes. Je ne m’étais donc pas trompé. Je répondis, sur un ton rassurant :

« - N’ayez crainte, je veillerais personnellement à ce que vous ne souffriez pas trop du froid. »

Quelque chose la rendait triste et mal à l’aise, et cela venait de ses parents, j’en étais certain. Elle était si joyeuse avant qu’ils soient évoqués. Maintenant que nous étions assis là, je voulais savoir quoi, et voir ce que je pouvais faire pour y remédier. Un conseil ou un petit mot pour consoler, cela pouvait toujours aider. Je lui demandais alors :

« - Je peux me tromper, mais quelque chose vous chagrine. Vos yeux brillent.»

Une petite approche, à elle maintenant de l’accepter ou pas. Si elle refusait, je n’insisterais pas, sachant très bien comment les personnes malheureuses peuvent se comporter. J’en avais assez vu durant ma vie pour savoir comment m’y prendre. Y aller à tâtons, petit à petit et sans gestes brusques, voilà le secret.
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyLun 3 Avr - 14:55

Les propos du seigneur d'Ysgramor confirmèrent qu'il l'invitait bel et bien à se rendre sur ses pour observer les aurores boréales.  Séverine s'en souviendrait : il n'était nullement important de savoir si l'invitation était réelle ou simplement formulée pour les besoins de la politesse.  Elle se prenait à l'apprécier de plus en plus d'ailleurs.  Il n'était pas très loquasse, ni particulièrement éloquent, mais il y avait une certaine poésie dans ce qu'il disait et la jeune dame Belastre goûtait ce trait.  Et il était aussi compatissant.  Elle hésita un instant à se livrer : la plupart du temps elle s'abstenait de mentionner ses parents, car c'était là un sujet fort dangereux à aborder, tout autant pour son moral que pour les graves conséquences que pourraient provoquer un seul mot de travers.  Elle n'avait point calculé tomber sur le sujet, mais engager la conversation sur le terrain de la musique l'avait poussée à parler naturellement.  Elle ne se faisait toujours pas à l'idée qu'ils n'étaient plus là et qu'elle était seule et livrée à elle-même.  Bien évidemment, elle avait essayé, en vain semblait-il, de distraire l'homme de ses sentiments mélancoliques en  poursuivant la conversation sur d'autres chemins plus sécuritaires.  Elle avait espéré qu'il ne revienne pas sur le sujet.  De façon générale, les gens se montraient emplis de pitié envers la jeune femme jusqu'à ce quelqu'un ne rappelle que les de Mauve avait été exécuté pour crime de trahison envers la couronne ducale de Sombreciel.  À ce moment, leur mort était juste et méritée.  Elle détestait entendre ces mots.  Elle ne voulait pas de pitié consolatrices et les injures qui salissaient la mémoire de ses parents lui étaient pénibles à entendre.

Pourtant, face à cet homme environ du même âge que son père, s'il avait toujours été envie, l'emplissait d'une certaine confiance et dans un certain élan, elle eut envie de se confier, ne serait-ce qu'un peu.  Elle ne comptait pas entrer dans les détails, cela ne servirait à rien.  Quelques mots pour signifier qu'ils avaient rejoints l'autre monde suffiraient, n'est-ce pas?

« J'eusse espérer être meilleure à dissimuler mes sentiments, » soupira-t-elle doucement, embrassant ce personnage de femme délicate et faible qu'elle montrait aux gens de l'extérieur, cachant sa détermination et son ambition.  Et puis, en soit, Séverine n'était finalement pas aussi forte qu'elle ne l'aurait voulu et elle le savait très bien elle-même.

« N'allons pas jusqu'à dire que je suis chagrinée, seulement parler de mes parents m'emplit de mélancolie.  Ils nous ont tous les deux quitter il y a un peu moins de deux ans, » expliqua-t-elle avec un sourire triste.  C'était suffisant à expliquer les larmes minuscules qui perlaient au coin de ses yeux et elle en profita d'ailleurs pour les essuyer et essayer de donner un peu plus de contenance à ce pauvre sourire.

« Vous voyez, ils auraient sûrement pris grand plaisir à regarder les aurores boréales bercés par la musique, » ajouta-t-elle.  Elle n'avait aucun doute à ce propos, les Cielsombrois plutôt subjugués par la beauté et un peu de muse des peintres auraient certainement compléter le tableau pour ses parents.  Elle les regrettait, mais regrettait encore plus de ne pas pouvoir partager eux tant de choses qu'elle était certaine qu'ils auraient appréciés.  N'auraient-il pas été fiers de ce qu'elle était devenu si leur ambition ne les avaient pas menés jusqu'à la mort?

« Une fois ses parents partis, une jeune femme  se retrouve bien seule en ce monde, à moins de n'être mariée bien sûr. »  Et ce n'était pas son cas.  Elle qui avait toujours cru se marier à la sortie de son cursus académique, elle était beaucoup trop occupée désormais pour y songer, à moins de n'en arriver à une alliance stratégique pour sa vengeance avec quelque noble.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyLun 10 Avr - 21:28

Elle n’était pas très douée pour dissimuler ses sentiments. Mais je ne pouvais lui en vouloir, elle n’avait pas été élevée pour ça. Les Cielsombrois, au contraire des Kyréens, ne cherchaient pas à dissimuler leurs émotions. Ils les laissaient surgir comme bon leur semblaient. Cette jeune femme de Sombreciel ne faisait pas exception à la règle. J’avais deux possibilités : soit elle était sincère, soit elle jouait la comédie pour attirer ma compassion et mes faveurs. Je ne cherchais pas à deviner laquelle des deux se réalisait sous mes yeux et la regarda soupirer. Elle me dit qu’elle espérait être meilleure pour camoufler ses émotions. Je me contentais d’hausser doucement les épaules. Qu’elle vienne donc en Valkyrion ! La glace, la neige et la mentalité de ses habitants suffiront à lui donner un peu d’entrainement.

Tandis que je restais silencieux, elle me dit que ses parents l’avaient quitté il y a un peu moins de deux ans, et que cela la rendait mélancolique rien que d’y penser. Instinctivement, comme toute personne ayant vécu la même situation, je répondis :

« - Je suis désolé. La plaie est encore trop vive. Je n’aurais pas dû soulever la question. »

Deux ans, tous les deux, en même temps si j’ai bien compris. Cela n’avait rien de naturel. Un assassinat, un accident ou alors une foudroyante maladie qui les avait emportés tous les deux. Je fronçais les sourcils. Cette pauvre enfant s’était retrouvée orpheline de père et de mère en même temps. Qu’avait elle fait alors ? L’Académie avait dû être le seul endroit où elle avait pu trouver du réconfort et où elle avait pu faire face à son chagrin. Cela avait été le cas pour moi. J’avais appris à surmonter l’absence de ma petite sœur bien plus efficacement que quand j’étais au manoir, où chaque pièce respirait encore sa présence. L’Académie m’avait aidé à grandir et à devenir un homme. Je tournais la tête vers Séverine et l’écouta me dire que ses parents auraient aimé pouvoir observer les aurores en musique. J’hochais la tête et répondit, comme pour la rassurer :

« - Si j’étais superstitieux, je vous aurais dit que vos parents y sont déjà. Dans les aurores. A danser avec mon épouse et tous nos proches disparus. » Je remettais une mèche de cheveux à sa place et reprit : « Une éternité à danser et à observer le regard émerveillé des vivants qui lèvent les yeux au ciel. J’aimerais que cela soit possible. »

Je n’osais pas poser la question sur les conditions de leur décès. Cela serait trop douloureux et ne ferait que raviver de mauvais souvenirs. Je restais donc sur ma faim et me contentais de mes suppositions. Je laissais donc un petit silence s’installer entre nous et ce fut Séverine qui le brisa lorsqu’elle me dit qu’une femme sans ses parents était bien seule au monde, à moins d’être mariée. Ce qu’elle n’était sans doute pas. Sinon elle aurait surement cité le nom de son époux. C’était une perche, un bâton qu’elle me tendait. Elle cherchait surement à s’unir rapidement à quelqu’un. Et je voyais déjà le potentiel candidat que je pourrais lui présenter. Rolf avait à peu près son âge et il était plus que temps qu’il se trouve une compagne. Je me rappelais encore de la difficulté que j’avais eu à me trouver moi-même une épouse après le décès de mon père et je voulais faciliter la tâche à Rolf tant que j’étais de ce monde. Plus tôt il aurait assuré la survie de sa lignée, mieux cela sera.
Je répliquais donc :

« - C’est ce que j’essaye de faire comprendre à mon fils aîné. Il a 25 ans et est pratiquement prêt à prendre le relai mais il ne pense guère au mariage. Comment se débrouillera t’il quand je ne serais plus là ? Je me le demande. »

Voilà, à mon tour de tendre le bâton. Voyons si Séverine saura le saisir. Une petite voix dans ma tête me souffla qu’elle fût peut-être déjà promise à quelqu’un, et que ce quelqu’un serait très mécontent de me voir mettre mon fils en avant. Et puis, cette fille n’avait peut-être pas le sang noble. Dans ce cas, je prenais de gros risques. Je me rassurais aussitôt en me disant que rien n’avait été engagé, et que je ferais tout pour en savoir plus sur elle avant de me lancer là-dedans. Nous avancions à tâtons, allusion par allusion, sans rien précipiter et cela m’allait parfaitement.
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Séverine de Bellifère
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptySam 22 Avr - 7:11

L'espace d'un instant, les propos de l'homme la laissèrent plutôt perplexe : elle n'était pas certaine de la façon dont elle devait les interpréter.  Devait-elle y voir une proposition d'alliance?  Non, elle devait pas voir plus loin que ce n'était nécessaire : qui proposerait à une parfaite inconnue dont on ne connaissait point le rang la main de son fils.  Elle se faisait des idées.  Néanmoins, l'information était bonne à savoir.  Il ne semblait pas titré, il ne s'était que nommé seigneur, pas baron ou comte, mais Séverine n'avait pas simplement besoin de contacts dans les bonnes familles, elle n'avait pas  seulement besoin de changer son rang social : elle avait aussi besoin de fonds.  En cas désespéré, elle pourrait toujours épouser  quelque fils de gentilhomme pour sa fortune.  Elle décida donc de prendre l'information, faire un pas vers l'avant mais sans plus.  Elle devait rester sur ses gardes, cependant elle se sentait en confiance face à cet homme à l'air sévère.  Chassant toutes idées inutiles, elle étira ses lèvres en un sourire modeste : quoi qu'il en était, elle devait sortir tous ses charmes de séduction, préparer ce plan de secours.  Après tout, elle était bien élevée, instruite et connaissait les manières du monde.  Elle avait beau ne plus porter de titres, son éducation n'avait point changé.  Elle n'en avait pas perdu une seule miette et cela, elle pouvait facilement le montrer.  S'exiler dans les neiges éternelles de Valkyrion n'était pas son plan favori, mais c'était à envisager.  Le temps de se faire oublier avant de revenir accomplir ses sombres dessins.

« Il est encore jeune, certaines choses que l'oeil exercé d'un père peuvent voir ne lui sont pas encore visible, » déclara-t-elle prudemment.  Elle haussa les épaules, et jeta un regard autour d'elle, pensive – en apparence.  « Puis, mariage ou non, son avenir est déjà tout tracé devant lui, il a une certaine indépendance. »  Elle se retint d'ajouter qu'elle-même ne l'avait pas.  Enfin si, elle jouissait d'une relative indépendance en Sombreciel, où elle gérait son observatoire en paix et personne n'interférait réellement dans ses activités.  Elle pouvait voyager.  Dépenser son argent à sa guise.  Mais tout cela était difficile à faire en vivant d'un petit revenu, elle qui toute sa vie avait vécu à grand train malgré le peu que rapportait la baronnie de son père.

Ses yeux se posèrent sur le jeune homme qui les avait observé un peu plus tôt.  Elle ne lui avait pas trop porté attention au départ, mais elle se mettait à songer qu'il s'agissait peut-être justement du fils du seigneur d'Ysgramor.  Tant qu'à parler de cet héritier, autant essayer d'en apprendre un peu sur lui.  Si on la trouvait un peu trop curieuse, voir déplacée, elle pourrait toujours l'excuser par un intérêt suite à ce dont ils avaient discuté auparavant sans plus.  Elle saurait se démêler les pinceaux à son avantage.

« Ce garçon qui nous dévisageait l'air inquiet un peu plus tôt, c'est votre fils aîné?  Ou peut-être est-ce un autre? »  Elle supposait que comme il avait mentionné l'âge de son garçon et de son titre de premier né, il en avait peut-être un autre.  Si ça se  trouvait, ce n'était pas celui-là.  Elle ne notait pas particulièrement une ressemblance physique entre eux deux, peut-être ressemblait-il plus à la mère?  L'important c'était d'en apprendre plus afin de tout enregistrer cela dans un coin de son esprit, là où elle saurait le retrouver lorsque ce serait nécessaire.  Après tout, elle-même aurait 26 ans l'année prochaine, elle était déjà une vieille fille et si elle tardait trop, elle ne trouverait jamais de parti intéressant.  Et utile.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyLun 1 Mai - 21:54

Je laissais le temps à mes propos de faire leur effet, et je gardais mon regard plongé dans celui de la jeune femme. Elle avait l’air perplexe, et semblait réfléchir à la manière dont elle devait comprendre ma phrase. Allait -elle considérer cela comme une simple plainte d’un père qui désespérait de voir son fils encore célibataire ? Ou serait-ce pour elle une véritable opportunité qu’elle pourrait saisir ? Je restais silencieux. Il me fallait encore la connaître avant de tenter d’avancer un peu plus. Je savais qu’elle était bien élevée, instruite à la manière des nobles, mais cela ne pouvait m’aider à affirmer qu’elle venait d’une bonne famille. Elle fit un sourire et me dit, d’une voix douce, que mon fils était encore jeune, et qu’il n’était pas encore capable de voir ce qu’un père expérimenté par les années pouvait voir. J’hochais la tête, légèrement flatté malgré moi. Puis elle poursuivit en disant que son avenir était déjà tout tracé, et qu’il conservait une certaine indépendance. Je regardais droit devant moi et répondit :

« - Oui, depuis qu’il est doué de raison il a conscience du devoir qui l’attend. C’est un garçon sérieux, peut-être même un peu trop pour son bien. Pour ce qui est de l’indépendance, je pense qu’il sera capable d’en jouir pleinement quand je serais plus là. »

Je fis un petit sourire. Je n’avais pas l’intention de laisser la place maintenant. J’avais encore de belles années devant moi et j’estimais que Rolf devait en profiter pour assurer la survie de notre lignée, et profiter de sa jeunesse. Je l’envoyais souvent à l’extérieur pour qu’il puisse rencontrer d’autres seigneurs, parler avec mon peuple, ou juste pour qu’il profite d’une chasse au renne sauvage, et je savais qu’il appréciait ces moments. Il ne manquait plus qu’une épouse pour, qu’à mon avis, il soit comblé. Je regardais la jeune femme poser les yeux sur mon fils cadet, Rudolf. Pour lui, mes projets étaient de moindre envergure, même s’ils étaient tout aussi important. Il devait réussir à l’Académie. S’il tenait de moi, cela n’allait pas être trop compliqué. Le garçon lui rendit son regard et, voyant que moi aussi je l’observais, il s’excusa auprès de ses interlocuteurs pour s’approcher de nous d’un pas décidé. Séverine me demanda s’il s’agissait là de mon fils ainé. Je secouais la tête et, lorsque Rudolf arriva à notre hauteur, je lui répondis :

« - Non, c'est mon dernier né. Mon fils cadet, Rudolf. Il approche de ses onze ans et songe à intégrer l’Académie. »

Rudolf, faisant honneur à son éducation, s’inclina respectueusement et salua la jeune femme. Il ne l’aurait peut-être pas fait s’il ne m’avait pas vu en aussi bon termes avec elle. Il se plaça à mes côtés tandis que je poursuivais :

« - Rolf est resté en Ysgramor. Je lui ai laissé la main pour qu’il apprenne de lui-même, comme je l’ai fait avant lui à la mort de mon père. »

Je tournais la tête vers elle, espérant qu'elle se mette enfin à parler d'elle avec un peu plus de liberté. Elle en savait déjà beaucoup sur moi et sur Rolf, mais ce n'était pas réciproque. Je ne pouvais me permettre de tisser des liens sans connaître un peu plus d'informations sur sa famille.
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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyDim 7 Mai - 5:28

Elle rougit, un peu de honte lorsque l'homme désigna le garçon comme étant son cadet de onze ans. Elle s'était emmêlé les pinceaux de façon plutôt gênante en désignant le jeune comme étant l'aîné. Il était évident qu'on ne parlait point de celui-ci jusqu'à présent, sa petite frimousse d'enfant le désignant comme tel. Mais, par politesse ou tout autre raison, le seigneur ne s'était pas attardé sur l'erreur de la jeune femme et le présenta comme étant son cadet. Le fils était tout aussi poli que le père et Séverine accueilli sa révérence avec plaisir. Elle apprit donc que l'aîné de ceux-ci se trouvait sur les terres paternelles, donc plutôt loin d'eux. Elle en apprendrait plus sur le sujet plus tard, elle s'en fit la promesse. Pour le moment, ça ne pressait pas, Séverine avait encore le temps de faire un choix aviser quant aux liens qu'elle tisserait. Après tout, un titré serait préférable à un non titré comme protecteur. Naturellement, tout allié était bon à prendre, même si celui n'avait nul besoin d'être au fait de tout ce qui la concernait. Le secret la paraît mieux que la vérité.

« Vous avez une nombreuse famille donc, » supposa-t-elle d'une voix posée. Elle s'imaginait qu'avec autant de différence entre l'âge du premier et du dernier d'autres enfants avaient du naître entre temps. Pas qu'elle s'y connaissait exactement, mais les familles qu'elle avait fréquentées quand elle était plus jeune n'avaient que très peu d'enfants. Les Cielsmbrois n'étaient pas connus pour avoir de nombreuses familles. Elle-même était enfant unique. Le désir d'avoir des frères et sœurs ne l'avait jamais effleuré jusqu'à ce que toute sa famille ne soit exterminée. Sans grand-mère, ni mère, ni père, elle avait été bien seule et au moins, avec un frère ou une sœur elle aurait eu quelqu'un avec qui partager sa peine. Mais aussi des alliés naturels pour prendre sa revanche contre l'ignoble duc qui avait ordonné la mort de ses parents. Mort que par trop cruel. Castiel de Sombeflamme n'avait point de cœur, elle n'en doutait point.

« J'aurais aimé connaître les joies d'une fratrie étendue, je suis l'unique enfant de feu mes parents. Je ne m'en étais jamais plainte jusqu'à ce que je ne me retrouve vraiment seule, » déclara-t-elle. Elle ne désirait visiblement pas en dire trop sur elle, sur sa famille. C'était un jeu dangereux, mais elle sentait bien le désir du quadragénaire d'en apprendre plus sur elle, dans une curiosité plus intéressée qu'elle ne l'aurait attendue. Peut-être pouvait-elle se découvrir un peu et cacher les lacunes de son histoire grâce à la flatterie?

« Lorsqu'ils nous ont quitté, j'aurais dû reprendre l'héritage de la baronnie de mon père. Vous qui êtes un grand seigneur, vous devez savoir parfois comment les jeux de pouvoirs peuvent être difficile à remporter, » fit-elle en le fixant intensément. Elle tentait de sonder ses réactions, de voir ce qu'il penserait de cette histoire, s'il serait prêt à la croire flouée. « Je suppose que vous avez remarqué que je ne me présente point comme baronne, ajouta-t-elle sur le ton de la confidence, Mes terres m'ont été injustement retirées. Il ne me reste plus que mon observatoire. »

Elle attendit quelques instants, le temps que l'homme absorbe l'information avant de poursuivre : « Mais s'il ne s'agissait que de moi, cela ne me gênerait pas, je suis très satisfaite de la vie que je mène à Voile-du-Ciel. Mon malaise provient seulement lorsque je me rappelle à la mémoire de mon père et ma mère. » Elle savait jouer la comédie. Des larmes pointaient aux commissures de ses yeux.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptySam 13 Mai - 23:12

Séverine se mit soudain à rougir lorsque je lui présentais mon cadet. Elle devait se sentir gênée d’avoir pu confondre un enfant et un jeune homme de 25 ans. Peut-être avait-elle une mauvaise vue ? Une myopie serait tout à fait une bonne excuse pour son erreur. Je ne fis toutefois pas attention à cela et présentait mon fils, qui s’inclina respectueusement devant la demoiselle. Je m’écartais afin de lui laisser un peu de place pour s’asseoir, ce qu’il fit. Il me lança un regard lourd de sous-entendus. Il me connaissait assez pour savoir que je ne parlerais jamais à une inconnue sans avoir une idée précise derrière la tête. Si c’était le cas maintenant, je devais avouer que, au début, à notre rencontre, je n’avais pour seul objectif que de parler, pour le plaisir de la discussion simple.

Je lui dis alors que mon ainé était resté sur les terres familiales, afin d’apprendre sur le tas. Il n’était pas seul. Mon frère l’accompagnait. Mon frère n’avait jamais été un homme ambitieux. Ou alors l’avait-il été un moment mais il avait compris qu’il n’arriverait à rien avec moi à ses côtés. Il est plus jeune, plus puissamment bâti, et m’a toujours été d’une aide précieuse. Je n’avais jamais hésité à l’envoyer dans des terres lointaines, et il savait me représenter à la perfection auprès des autres nobles. Il arrivait bien entendu que nous ayons des désaccords, et cela arrivait souvent. Mais la raison et l’intérêt du domaine primaient plus que notre ego. Je revins à la réalité quand Séverine me dit que je devais avoir une famille nombreuse, ce à quoi je répondis :

« - Nombreuse… Oui certes. J’ai trois enfants. Vous connaissez mon cadet et je vous ai parlé de mon ainé. J’ai aussi une fille, de 22 ans. »

Elle ajouta ensuite qu’elle aurait aimé connaître les joies d’une famille étendue, elle était en effet fille unique. Et la solitude dans laquelle elle s’était retrouvée plongée à la mort de ses parents la faisait souffrir. Je fis une petite moue. Ayant moi-même plusieurs frères et sœur, je ne pouvais m’identifier à ce qu’elle avait vécu. Mais je pouvais toujours éprouver de la compassion. Je tournais la tête vers elle. Je comprenais mieux son désir de se marier au plus vite à présent. Je restais silencieux, comme pour l’inviter à poursuivre. Parler faisait du bien, et je sentais qu’elle en avait bien besoin.

Elle du le comprendre car elle reprit la parole. Elle me dit, à la fois pour mon plus grand bonheur et mon plus grand malheur, qu’elle aurait du reprendre l’héritage de la baronnerie de son père. Une baronnerie ! Très intéressant. Etant fille unique, si elle épousait mon fils, nous pourrions rajouter ses terres aux nôtres par l’effet de l’alliance. C’était plus qu’alléchant. Une baronnerie certes, qu’elle n’avait pas. Pourquoi ? Je restais cependant maitre de mes émotions, restant impassible. Elle me dit, tout en me flattant sur le fait que j’étais un grand seigneur, que les jeux de pouvoirs sont difficiles à remporter. J’en avais conscience, car j’en avais assez vu autour de moi pour savoir à quoi m’en tenir. Les intrigues, les complots, les alliances, tout n’était qu’un jeu, où il fallait tout faire pour se trouver du bon côté pour ne pas être éjecté de la partie. Chacun plaçait son pion et regardait les autres qui soit plaçaient les leurs, soit tombaient. Et Séverine faisait partie de ceux qui étaient tombés.

Elle me dit que ses terres lui avaient été injustement retirés, et que c’était pour ça qu’elle ne se présentait pas par son titre de baronne. Je fronçais les sourcils. Qui avait pu faire ça ? Cela me confirma que ses parents, décédés tous les deux au même moment, n’étaient pas mort naturellement, ou par la maladie. On avait dû les assassiner. Quel monde terrible pour cette jeune femme qui ne demandait qu’à jouir d’une existence paisible. Elle se tut pendant quelques instants, me laissant le temps de digérer ces informations. Je regardais le sol, préoccupé par son sort. Elle n’était pas sans le sou, elle avait un observatoire. Mais cela ne justifiait pas qu’on lui prenne ce qui lui revenait de droit. A moins qu’elle ne m’ait pas tout dit. Peut-être avait-elle mérité ça. Peut-être que sa famille était responsable de je ne sais quoi qui l’avait finalement conduit au drame et à la faillite. Séverine reprit, en me disant que, même si elle était satisfaite de la vie qu’elle menait, elle était malheureuse à cause de ce qui était arrivé à ses parents. Je soupirais doucement et me tournais vers elle. Ses yeux étaient larmoyants, et son visage déconfit. Je lui dis sur un ton doux :

« - Je comprends ce que vous ressentez, et j’en suis désolé. Cela doit être dur de voir ce qui vous reviens de droit entre les mains d’un autre. Mais, si je puis me permettre, savez-vous pourquoi vous a-t-on fait ça ? »

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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyDim 21 Mai - 17:14

La question tomba fatidiquement. Qu'est-ce qui avait poussé quelqu'un à faire cela à ses parents? Nulle autre que leur ambition peut-être. Séverine au fond d'elle le savait. Monter un coup d'état contre son propre dirigeant n'est pas forcément la chose intelligente à faire si on n'y réussit pas. Les choses auraient été différentes s'ils avaient mené à fin leur plan tel que prévu. Après tout, bien des nobles étaient las de la gestion du duc de Sombreflamme et auraient bien aimé voir une tête plus sérieuse à sa place pour gérer la catastrophe diplomatique du duché. Peut-être que passer par les voies arrières n'étaient pas nécessairement le plus soutenable, mais elle était confiante qu'ils avaient le soutien d'assez de gens pour se dresser contre Castiel : autrement, assurer le pouvoir une fois l'héritier légitime écarté n'aurait pas été facile sans quelque soutien. Mais tout cela, ce n'était que des détails que Séverine ne comptait pas expliciter dans la longueur. Puis, en toute vérité, elle n'était pas en toute connaissance de cause des activités de ses parents à l'époque. Après tout, elle était à l'Académie quand tout cela s'est passé, c'était quelque chose à quoi tenaient ses parents. Probablement pour lui éviter d'être punie avec eux si jamais ils échouaient. Elle n'avait d'ailleurs pas quitté Lorgol jusqu'à la fin de sa spécialisation avant de retourner à Mauve, puis de tout vendre, juste à temps, quelque peu avant sa destitution et l'exécution de ses parents.

« Mes parents étaient d'honnêtes gens, à la tête d'une petite baronnie héritée de mon père. Il semble qu'un quiproquo à propos d'héritage n'aie mené à tout cela, souffla-t-elle à voix basse, jouant sur les émotions, Mais pour être honnête avec vous, je ne suis pas au fait des détails, quand on a envoyé au dongeon mes parents, j'étais élève à l'Académie, au cœur de ma spécialisation. »

Elle jeta un regard autour d'elle et songea à nouveau à cette période si oisive de sa vie, consacrée à l'apprentissage d'un noble savoir. Elle savait vers quoi faire tendre ses objectifs et quel serait son lendemain. Du moins le croyait-elle. Aussi fou cela était-il, elle aurait souhaité pouvoir y retourner quelques instants. Rentrer à la maison plus souvent voir sa grand-mère, sa mère, son père. Profitez d'eux alors qu'ils étaient encore là. Mais il ne servait à rien de ressasser le passé, elle ne pouvait le changer. Néanmoins, elle avait le pouvoir de changer son futur, c'était à elle de tendre ses filets et trouver le moyen de mener une vie digne de ce nom. De faire en sorte qu'un jour, les livres d'histoire parlent de Séverine de Mauve, dite Belastre, astronome pionnière de découvertes à propos du ciel et des étoiles qui le parsemaient. Seulement, elle devait d'abord regagner le droit de reporter avec fierté le nom de son père, pas comme étant celui d'un homme déchu et exécuté, mais comme le noble qu'il était.

« L'injustice vient du fait que la baronnie de mon père n'était nullement en question, il était l'héritier légitime, d'ailleurs il n'y en avait pas d'autre. Ma mère était d'une naissance plus noble, mais ses titres étaient tout de même plus pauvres que ceux de mon père, » déclara-t-elle sous le ton de la confidence. Elle attendit un peu, question de donner un peu d'effet dramatique à son histoire. Après tout, elle était Cielsombroise, elle savait comment se servir des mots. « Jalousie, peur, ou que sais-je encore. Un membre de sa famille propre a causé sa perte, s'est assuré qu'elle ne réclamerait pas son droit du sang. »

Après tout, c'était plausible. En Sombreciel, les histoires d'héritages étaient particulièrement, avec la polygamie et l'égalité entre les hommes et les femmes. Elle n'allait pas entrer dans un discours à ce sujet, elle supposait que le Kyréen le savait.

« Je préférerais ne pas en dire plus, si cela ne vous gêne pas. Je veux laver le nom de mes parents, mais pas salir celui d'un membre de ma famille. Vous me comprendrez, j'espère? »

Elle ne voulait surtout pas dévoiler que la dite personne était justement celle la plus haut placé de tout le duché, soit le duc lui-même. C'était trop dangereux.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyDim 21 Mai - 18:11

Je savais que ma question pouvait toucher un point sensible, mais la curiosité l'avait emporté. Cette jeune fille souffrait de sa situation, même si elle n'était pas dramatique selon elle, et je ne voulais pas la laisser comme ça si jamais je pouvais être d'une quelconque utilité. J'étais un noble certes, mais de rang bien plus bas que les parents de Séverine. Ils avaient une baronnerie, tandis que je n'étais qu'un petit seigneur qui luttait pour faire survivre ses élevages et son peuple. Mais je voulais savoir. Cette situation pourrait très bien m'arriver d'ici quelques années. Une de mes sœurs, ou bien mon frère, pourrait se découvrir une ambition meurtrière et veiller à ce que Rolf et moi ne passions pas l'année. Il était facile, en Valkyrion, de faire passer une mort pour un accident. Laisser quelqu'un enfermé dehors, sans vêtements chauds, et le tour était joué. Ou alors un empoisonnement, ou une chute accidentelle. J'avais déjà failli y rester dans ma bibliothèque à l'âge de huit ou neuf ans, ils pourraient faire en sorte que, cette fois ci, je retombe sur quelque chose de plus pointu ou que je me brise le cou.

C'est pour cela que je voulais savoir. Séverine devait s'attendre à ma question, et elle me répondit, à voix basse et d'un ton émotif que c'était une histoire d'héritage qui avait conduit ses parents dans cette tragédie. Elle n'en savait guère plus, car elle était à l'Académie quand ça s'était déroulé. Une histoire d'héritage... Ce n'était pas rare. Nombreuses étaient les familles qui se brisaient à cause de l'héritage d'un aïeul riche. Combien de famille avaient je vu se déchirer pour la gestion d'une terre ? Je devais moi même en trancher certaines avec mon peuple, quand deux frères se disputaient les possessions de leurs parents décédés. Ce n'était pas facile, mais je faisais au mieux et si je m'attirais parfois des regards noirs, personne n'avait contesté ouvertement mes décisions. Ils faisaient bien.
Séverine poursuivit son récit, toujours à voix basse, comme si elle racontait une rumeur à sa confidente.

Elle me dit ensuite que c'était pas la baronnerie qui était en cause, mais le droit du sang de sa mère, qui était de naissance plus noble que son père. Quelqu'un avait veillé à ce qu'elle ne réclame pas son héritage, et en avait profité pour récupérer celui de son père derrière, en les assassinant tous les deux. J'inspirais profondément. Une histoire bien tragique et bien triste, tout ça pour des possessions. Mais, dans un sens, cela ne m'étonnais pas. En Sombreciel, entre la polygamie, l'égalité entre les hommes et les femmes, le droit au divorce, tout cela compliquaient terriblement les héritages. Et cela engendrait plus facilement les désaccords. J'étais bien content d'être né Kyréen. Je n'avais pas ce souci. Mes terres et mes possessions reviendraient à Rolf après ma mort, tout le monde le savait, et personne ne le contesterait, du moins je l'espérais.

Séverine me sortit de ses pensées en me disant qu'elle ne préférait pas en dire plus, elle voulait laver le nom de ses parents, et non pas salir celui d'un autre membre de sa famille. Je compris qu'elle avait peur. Elle avait peur de cet autre membre de sa famille. Cela devait être une personne vraiment haut placé, qui avait les pouvoirs de faire taire la pauvre Séverine. Je fronçais les sourcils et lui dit :

"- Ne vous inquiétez pas. Je vous comprends et je ne vous demanderais rien de plus. " Je me tus, me redressais et repris : " Sachez toutefois que, si je peux être d'une quelconque utilité, je vous aiderais. Et ma porte vous sera toujours ouverte."

Maintenant qu'elle m'avait raconté son histoire, je savais que je ne pouvais pas la laisser sans aide, même si je doute d'être d'une grande utilité, compte tenu de mon rang. Et cela aurait été indigne de moi de ne pas le proposer. Je ne la connaissais pas tellement, mais suffisamment pour savoir que je pouvais avoir confiance en elle, et que je pourrais même en faire une amie fidèle.
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La Noblesse
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Séverine de Bellifère
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Je suis : duchesse de Bellifère, autrefois astronome à l'Observatoire de Val-du-Ciel, mon observatoire.

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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptySam 27 Mai - 18:23

L'aveu d'autant de choses douloureuses avait été assez pénible pour la jeune femme.  C'était difficile de repenser aux circonstances de la mort de ses parents à qui elle était très attachée.   Pour qui elle n'avait rien pu faire.  Enfin, eux-mêmes n'auraient pas désiré qu'elle ne se mêle de leur sort, qu'elle reste en sûreté loin de tous ces conflits de pouvoir.  Elle avait parfois l'impression qu'ils se disaient qu'au moins, s'ils avaient échoué à s'élever dans la société, ils avaient réussi à protéger leur fille.  Séverine aurait été désolée de leur avouer le contraire.  Depuis leur départ pourtant, elle se sentait perpétuellement en danger.  Elle ne savait à qui se confier, sur qui se reposer.  Elle ne pouvait que compter sur elle-même.  Elle avait omis tous les noms dans son histoire.  Elle était restée prudente, mais n'était-ce pas une folie que de se confier à un pur inconnu, même en restant dans l'obscurité de certains détails?  Elle avait ses doutes, mais il était trop tard pour défaire le passer.  Puis, elle sentait que l'homme était sincère lorsqu'il lui proposait son aide, son soutien et lui gardait sa porte ouverte.  Elle ne pouvait comprendre d'où venait tant de compassion, après tout, ils ne se connaissaient ni d'Ève ni d'Adam, mais elle savait l'apprécier à sa juste valeur, en espérant qu'elle n'était pas feinte.  Séverine était une fine manipulatrice, elle savait se faire valoir et attirer les bonnes attentions des autres, mais c'était difficile d'estimer avec exactitude à quel point elle avait réussi dans ses manœuvres séductrices.  Mais elle avait fait le choix de faire confiance au sire d'Ysgramor, il ne lui restait plus qu'à espérer que cela en paierait les fruits.  Ce n'était certes pas un allié puissant, mais Séverine n'avait pas été cherché d'importants protecteurs.  Au contraire, elle s'armait peu à peu du soutien de plusieurs petits seigneurs, des personnes d'une importance aléatoire.  Ils étaient plus faciles à faire compatir et la victoire résidait dans le nombre.  Elle saurait se faire entendre.

L'émotion de la discussion était toutefois trop forte pour la jeune femme.  Elle n'avait jamais donné autant de détails sur sa situation.  Peut-être parce que la plupart des alliés qu'elle avait pu cueillir jusqu'à présent ne se préoccupaient que peu de ses motifs d'agir ou avait déjà des raisons de la suivre dans ses plans.  Et il y avait cette poignée de gens qui la connaissait et savait ce qui était arrivé à sa famille, à sa baronnie et à ses titres.  Des gens qui auraient peut-être aimé voir Fantine et Frédérique prendre le pouvoir à la place de leur jeune duc incompétent.

« Je vous remercie messire.  Vous m'avez été d'une aide incommensurable en m'écoutant aujourd'hui.  Ce n'est pas un sujet facile à aborder, vous devez vous en douter, » répondit-elle avec toute la modestie dont elle pouvait faire preuve.  Elle baissa les yeux un instant, pour accentuer l'effet et contempla ses mains qu'elle avait inconsciemment tordues ensemble au cours de son récit.  Occulter une part de la vérité ne faisait pas de mal, n'est-ce pas?  Elle appréciait la bonté de cet inconnu, qui lui offrait sa confiance sans aucune base justifiable.  C'était un trésor pour Séverine et une nouvelle saveur.  Elle avait jouer son jeu, certes, mais avec beaucoup plus de naturel, elle s'était laissée à dévoiler une part d'elle-même qu'elle gardait cachée en elle la plupart du temps.  C'était un sentiment nouveau.  Elle se sentit subitement assaillie par la lassitude.  Craignant de se trahir devant cet homme bon, elle décida qu'il serait temps de prendre congé.

« Je me dois de vous dire adieu, sire d'Ysgramor.  Je crois que j'ai assez abusé de votre aimable écoute et de la patience de votre charmant enfant.  J'espère que nos routes se croiseront à nouveau bientôt.  Et quand les temps seront plus paisibles, n'oubliez pas que vous êtes le bienvenue à Voile-du-Ciel, où il me fera plaisir de vous recevoir, » déclara-t-elle sur un ton très doux.  Elle se leva et attendit les mots de séparation de son vis-à-vis avant de s'incliner poliment et de quitter l'Académie pour retourner chez elle, là où elle pourrait méditer en paix sur ce qu'elle devrait entreprendre par la suite.  Et comment coordonner toutes ces amitiés qu'elle tressait.








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Message Sujet: Re: Tout est dans l'art de la subtilité   Tout est dans l'art de la subtilité EmptyLun 5 Juin - 21:50

Son histoire ne m'avait pas laissé indifférent. Et, dés qu'elle eut terminé de la raconter, j'ai ressenti le besoin de l'aider, de ne pas la laisser seule dans cette situation, de tout faire pour qu'elle retrouve ses terres et qu'elle obtienne son héritage. Une petite voix, dans ma tête, me demanda si l'âge ne m'avait pas rendu aussi sensible qu'une jeune fille. Je me dis alors, pour me rassurer, que cette histoire aurait ému n'importe qui, même le plus glacé des cœurs. Elle me remercia même pour l'avoir écouté, alors qu'il s'agissait pour moi de la chose la plus naturelle au monde. Je hochais la tête mais restais silencieux. Elle baissa la tête, et nous restâmes silencieux pendant plusieurs minutes. Je sentis la main de Rudolf tirer doucement sur ma manche et, quand je baissais les yeux vers lui, je compris qu'il était las et qu'il souhaitait rentrer. Je fis une petite moue et lui fit comprendre du regard qu'on en avait plus pour très longtemps.

Au bout d'un moment, la jeune femme se leva, elle me fit face. Elle me dit qu'il était temps pour elle de nous dire adieu. Sur un ton empreint de respect, elle me dit que je serais la bienvenue à Voile-du-Ciel et qu'elle espérait que nos routes se recroisent bientôt. Je me levais à mon tour, tout en retenant une grimace de douleur à cause de mes jambes courbaturées, et lui dis avec un petit sourire :

"- Prenez soin de vous Séverine, et ne perdez pas espoir. Vous serez également la bienvenue à Ysgramor."

Sur ces mots, elle s'en alla après s'être inclinée. Je la regardais s'éloigner puis soupira. Les histoires comme les siennes n'étaient pas rares, et je me dis que je ne devais pas être le seul à avoir les avoir entendu. Elle devait être à la recherche de toute sortes d'allier pour sa cause. Je n'étais qu'un petit seigneur, mais c'était déjà mieux que rien. Mon fils se leva à son tour, ramassa une plume de griffon et la caressa du bout des doigts tout en me lançant un regard interrogateur. Oui, il était temps pour nous de partir. Je posais la main sur son épaule, et me dirigeait d'un bon pas vers la demeure d'un ami qui nous hébergeait. Je tournais mes pensées vers mes travaux, et planifiait déjà mon programme pour le lendemain, tout en me promettant de me renseigner sur les derniers évènements en Sombreciel.
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