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 Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...

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Message Sujet: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyDim 20 Déc - 17:13


Livre I, Chapitre 1
Ismaïl de l'Ancre et Siméane Adelphe

"Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ..."

Plaies et bosses à volonté ...



• Date : 26 Mai 996
• Statut du RP : Flashback
• Résumé : Première rencontre plutôt explosive ... A priori, rien ne semble pouvoir les rapprocher, mais qu'en sera t-il ? La jolie toubib et le pirate amateur de bibine seront-ils un jour amis ?



Dernière édition par Ismaïl de l'Ancre le Jeu 11 Fév - 10:27, édité 4 fois
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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyDim 20 Déc - 17:15



L'on pourrait croire qu'un tel bouge n'existe que dans les imaginations les plus nauséeuses. Eh bien nenni. Sans doute doit-il sa survie à son éloignement du bord de mer, ou à cette sente à l'odeur d'urine et d'infâme vomissure qui y mène, mais, pardi, il existe vraiment. J'en suis d'ailleurs un habitué, je fais partie des meubles, car cette taverne, « le Perroquet Unijambiste », présente un double avantage : elle est proche de ma bicoque et le patron me fait crédit. Pas par gentillesse, non, et je le soupçonne même de rallonger consciencieusement mon ardoise pour éponger les dettes de certains poivrots, mais j'ai toujours réussi à aligner les billets, un jour ou l'autre.

Ce soir là, j'étais en rogne, après une altercation avec deux ou trois pignoufs de l'Audacia qui avaient mis la main sur ma réserve de rhum blanc. En outre, dans la bousculade, l'un d'entre eux m'avait esquinté une nouvelle carte des îles que j'avais mis des semaines à parachever. Ma colère était donc légitime, mais l'irruption soudaine de Philippe Jedidiah, notre capitaine, me dissuada de distribuer quelques châtaignes autour de moi. En effet, j'étais averti, une algarade de plus et j'étais définitivement débarqué du rafiot. Je m'étais donc prudemment ravisé et je m'étais pris par la main pour m'emmener faire un tour loin de ces abrutis incapables de distinguer un trois-mâts d'un îlot hérissé d'arbres. Chemin faisant, je maugréais comme une vieille maquerelle en manque de viande fraîche ou de clients pour les honorer de leur semence. Bref, fallait pas me chercher des poux dans la tignasse, j'étais prêt à rentrer dans le lard du premier enquiquineur venu et même à déclencher moi-même la bagarre si je ne trouvais aucun volontaire pour se dévouer.

Guérir le mal par le mal. C'est une formule qui a fait ses preuves. Puisque mon précieux rhum blanc s'était fait la malle, une bonne rasade d'un quelconque tord-boyaux serait la bienvenue. Le Perroquet Unijambiste caquetait justement non loin de là. Virage à gauche, toutes voiles dehors, une grande enjambée au-dessus d'un quintal de dégobillis malodorant, et m'y voilà.

La porte à peine poussée, j'avais fait mon choix. Mon tabouret préféré était squatté par une sorte d'anthropoïde mâle, boutonneux, crapoussin, bigleux, et aussi élégant qu'un paquet de linge sale destiné à rhabiller une famille de loqueteux. J'allais lui apprendre à voler par dessus les tables, à ce gougnafier. Je me plante donc à côté de lui, de toute ma hauteur. Oups. Sans doute est-il sourdingue, en plus de toutes les caractéristiques déjà constatées précédemment, car il ne m'a pas entendu. Ou bien p't'être qu'il est aveugle ? Ça n'empêche pas de se prendre une biture dans un troquet de ne pas avoir les yeux en face des trous.

Je demeure un instant indécis, puis je pose une main sur son épaule. Face à un gaillard de ma trempe, j'y aurais été franco, mais là, j'y vais mollo. On n'est pas des sauvages. Néanmoins, je grogne :

- C'est ma place, bouge tes fesses, le babouin !

Je n'ai pas l'opportunité de jaspiner davantage. Zou ! Je reçois un coup de coude dans ma boite à molaires qui me fait reculer de deux bons mètres. Le temps de me ressaisir, et je distingue deux grands dadais qui se ruent vers moi. Crotte, le nabot n'était pas seul. D'ailleurs lui aussi se dresse sur ses guibolles et il est vachement plus grand que je ne l'avais imaginé. Si je ne désire pas me faire ratatiner par ces malotrus, il est temps que je me secoue un brin. Aux grands maux, les grands remèdes ! Hop ! J'empoigne un banc de bois adossé au mur, et je le balance violemment en direction des tronches belliqueuses de mes trois vilains loustics. Joli coup. J'ignorais être doué à ce point. Mon projectile les stoppe et les déséquilibre, mais il rebondit sur leurs crânes, continue sa course, et se perd dans l'attroupement qui se formait déjà autour de nous. J'entends un cri, une voix féminine, mais je n'ai guère le temps d'aller conter fleurette, je profite plutôt de l'avantage acquis pour distribuer quelques joyeux coups de botte dans les castagnettes du charmant trio afin de peaufiner mon œuvre. Quelques « ouille », quelques « aïe », quelques jurons à faire pâlir un pirate, et fin de l'escarmouche. Non, non, n'applaudissez pas, c'était un jeu d'enfant. Je remarque alors une donzelle qui se tient la tête, et personne ne semble s'intéresser à elle. Moi, vous me connaissez : je m'approche ...



Dernière édition par Ismaïl de l'Ancre le Mer 30 Déc - 20:59, édité 2 fois
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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyMer 30 Déc - 20:44


Maudite soit cette journée ! Je savais qu'en me rendant chez les Deboise aujourd'hui, je serai impuissante face à la fièvre ardente qui dévorait leur petit dernier depuis trois jours. Toutes mes tentatives de la faire baisser ont échoué pitoyablement. Le printemps rayonne en ce jour de mai, mais c'est l'hiver de la douleur qui vient emprisonner la famille Deboise, alors que leur petit bonhomme épuisé rendait son dernier souffle. Lorsque je referme la porte de la misérable demeure de la Ville-Basse, le soleil épouse déjà l'horizon, et embrase les Mille-Tours de la Ville-Haute et de l'Académie.

Habituellement je me serais arrêtée pour admirer ce spectacle magnifique, mais pas aujourd'hui. Je me sens vide, et inutile. J'ai plutôt besoin d'un verre, d'un alcool fort qui brûlera ma gorge et mon estomac vide. D'un pas lourd, je me dirige vers une petite ruelle qui, si mes souvenirs sont bons, me conduira dans une taverne. C'est l'un des avantages indéniables de ce quartier de Lorgol, pauvre, délabré, mais gorgé d'auberges qui étanchent la soif des malheureux, des marins, des pirates … Et du médecin accablé par son impuissance que je suis en cet instant. Sous l'égide de Callia et de Maari, mon diplôme en poche, je pensais réaliser des miracles, sauver le monde, mais la réalité s'est vite chargée de me faire redescendre de mon petit nuage ! Il y a tant de misère, tant à faire ici …

Plongée dans ces pensées délétères, j'ai manqué l'étroite ruelle qui conduit au « Perroquet Unijambiste ».  Ce n'est vraiment pas un établissement recommandable, mais j'y rencontre de temps à autres des membres de la Confrérie, ou du Pavillon Noir. Ce sont les seuls à réussir à se procurer certains ingrédients rares pour mes potions ou onguents, et nous nous donnons rendez-vous dans ce genre de bouge afin de ne pas attirer l'attention.

La voilà, cette satanée ruelle ! Par tous les Dieux, c'est encore plus répugnant que la dernière fois que je suis venue ! Des remugles pestilentiels assaillent désagréablement mes narines, écoeurée, je porte la main à mon nez et me couvre la bouche pour en atténuer les effets dévastateurs sur mon estomac vide. Précautionneusement, je pose un pied après l'autre, tentant d'éviter les innommables immondices qui souillent le sol et même les murs. Un ricanement moqueur me révèle la présence d'une autre femme, une fille de rue, si j'en juge d'après sa façon provocante de se tenir contre une porte. Je lui souris mécaniquement, et la dépasse pour entrer dans le « Perroquet Unijambiste ». Ce n'est pas la foule des grands soirs, mais je m'en moque, je me glisse à une table à l'écart, dans l'ombre accueillante, idéale pour me dissimuler aux regards indiscrets.

Lentement mon premier verre se vide, chaque gorgée me brûle la gorge et allume au creux de mon ventre, un brasier qui me réchauffe et tente de chasser mon humeur morose. L'aubergiste s'esclaffe bruyamment à la plaisanterie de l'homme assis au comptoir. Deux autres quidam descendent verre sur verre, d'autres se chamaillent en riant, tandis qu'un vieillard rabougri allume sa pipe, assis près de l'âtre. Alors que la serveuse m'apporte une autre boisson, la porte s'ouvre sur un nouvel arrivant à la belle prestance, malgré sa démarche altérée par l'alcool. Mais je n'y prête guère plus d'attention et replonge le nez dans mon verre, je ne désire ni compagnie, ni bavardages ce soir. J'ai besoin d'être seule pour réfléchir, pour me remettre d'aplomb, car je n'ai pas le choix. Demain est un autre jour, dit-on, d'autres patients réclameront mon attention, et je devrai me montrer à la hauteur …

Soudain l'atmosphère s'électrise, des hommes au comptoir décident de laisser parler leurs poings. Dans mon coin, je suis relativement à l'abri, mais par prudence, je ferais bien de me réfugier un peu plus loin, mais où ? Alors que je me lève un fracas épouvantable retentit, l'homme à l'allure de pirate a saisi un banc qu'il a lancé sur ses assaillants. Les voilà roulant à terre comme de vulgaires quilles, mais le banc poursuit sa course, rebondit sur le sol, fait fuir les quelques curieux attroupés, et s'écrase non loin de ma table, se brisant en trois. Je ne peux éviter l'un des montants qui me heurte plutôt violemment, m'arrachant un cri de surprise et douleur mêlées. Je me retrouve assise sur le pavé, contre le mur du fond, étourdie. D'une main hésitante, j'explore mon front douloureux, la bosse enfle déjà sous l'entaille peu profonde, mon épaule me fait un mal de chien, et la pièce tangue devant mes yeux. Un nouveau gémissement s'échappe de ma bouche, alors que je ferme les paupières pour contrer la nausée. D'autres plaintes retentissent, mais je suis bien incapable de me lever pour porter secours …

La porte de la taverne gifle l'air pour rebondir contre le mur laissant le passage aux hommes de la Milice. La bagarre enfle. Je découvre que le pirate s'est approché de moi et éloigne sans ménagement un ivrogne qui manifestement n'avait pas que de bonnes intentions à mon égard. Je dois me lever et vite, les faibles n'ont pas leur place ici. Dans le fracas de l'opposition entre les miliciens et les clients de la taverne, je finis par tenir sur mes deux pieds et j'accepte la main secourable de mon protecteur …



Dernière édition par Siméane Adelphe le Ven 8 Jan - 14:39, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyVen 1 Jan - 9:53



La rixe fut brève, mais son intensité a remis d'aplomb mes quatre neurones. Dissipée ma rogne, et dissipées aussi ces vapeurs d'alcool qui m'obstruaient le ciboulot. J'ai certes un vilain goût de sang dans la bouche, car le coude du loqueteux n'a pas raté sa cible et m'a sans doute soulagé d'une ou deux molaires, mais je conçois clairement désormais que je suis le seul responsable de cette stupide querelle. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que je me comporte de manière aussi déraisonnable, et, si je ne parviens pas à réprimer ces excès d'agressivité, un beau jour un zigoto plus vif que moi me taillera une charmante et profonde boutonnière du menton au nombril. Ou bien, pire encore, je serai interdit de taverne !

Bref, je ne suis pas particulièrement fier de mon comportement de primate, et je me sens vraiment confus d'être à l'origine du désarroi de la donzelle et des ecchymoses qui ornent son front. Le seul tort de la pauvrette était d'être présente au mauvais endroit, au centre de ce ramassis de brutes coléreuses aussi instables qu'un baril de poudre, et elle ne méritait pas ça. Alors que la mignonne se redresse vaille que vaille, un fichu cloporte qui assistait à la bagarre en spectateur discret se sent soudain déborder d'énergie et d'audace et s'apprête, le lâche, à lui coller la main aux fesses. Pas de ça, Jeannette ! Va donc te coltiner une catin si ça te démange quelque part ! Hop ! En moins de temps qu'il n'en faut à un lapin de garenne pour assurer sa descendance, j'empoigne le petit plaisantin par le fond de son pantalon et je l'expédie, tête en avant, vers la porte du bouge, laquelle, hélas pour lui, était fermée. Un grand fracas, et zou, notre rastaquouère s'endort pour le compte, replié en huit, dans la position d'un contorsionniste au sommet de son art.

Je balaie la pièce de mon regard le plus impitoyable, celui qui – uniquement dans mes rêves les plus fous – fiche la pétoche aux hordes de boucaniers les plus féroces, puis je m'empare délicatement de la main blanche et fine, et un tantinet tremblotante, que me tend la jolie greluche, que l'aventure a toute ébouriffée. J'adopte un air de circonstances, à la fois contrit, bienveillant et rassurant. Je garde en réserve mon sourire ravageur, celui qui fait frissonner les belles et les moins belles, car l'inconnue paraît souffrir de l'épaule et l'heure n'est point aux frivolités ni au romantisme. Prudence, le banc qui a renversé les fripouilles pourrait être renvoyé à l'expéditeur. Je guide donc la nénette vers l'extrémité de la gargote, en direction d'une table déserte et à peu près propre.

- Ici nous ne risquons plus rien de la part de ces abrutis ... chuchoté-je en m'asseyant sur un tabouret boiteux et en indiquant une chaise à ma contusionnée.  Je suis désolé de t'avoir heurté avec ce banc, il a pris une trajectoire inattendue après avoir démantibulé ces trois pignoufs. Le premier d'entre eux m'avait balancé un solide coup de coude dans la façade, et j'ai réagi instinctivement, pour ne pas me faire étriper. Je ne sais pas très bien pourquoi il m'a agressé ainsi, je ne l'avais pas provoqué, je lui causais amicalement, pour tuer le temps.

C'est faux, bien entendu. J'étais en colère et c'est moi qui l'ai asticoté, ce pouilleux, mais je me donne le bon rôle, celui du brave gars à qui on éclate la tronche et qui ignore le pourquoi du comment. Je suis convaincu que mon interlocutrice n'a pas pu entendre les railleries que j'ai adressées à ce maraud, du fait que nous n'étions que deux au comptoir, alors j'y vais franco.

- Ce monde est vraiment pourri. Il y a de plus en plus de violence. Moi je ne demandais rien à personne, je suis un simple cartographe attaché à un bateau, pas une brute épaisse. En tout cas, j'espère que tu ne souffres pas trop. Montre-moi donc ton front, jeune fille, j'veux m'assurer que tout est en ordre.

Je me penche résolument vers elle, et j'examine sa blessure tout en effleurant ses joues de mes deux mains, afin qu'elle comprenne qu'elle doit demeurer immobile. Message reçu, elle ne bouge pas d'un iota, pour me faciliter la tâche. C'est très bien ! N'aie pas peur ! ... lui soufflé-je à l'oreille. Je repousse d'un doigt léger une mèche de ses cheveux en désordre qui s'obstinait à caracoler sur le haut de son visage, et je tamponne délicatement sa blessure, avec un coin de mon mouchoir, pour récolter trois gouttes de sang presque coagulé à la lisière de ses sourcils. Désolé, j'suis pas toubib, je fais de mon mieux. Mais tu n'as pas à t'inquiéter, ce n'est rien de grave, tu ne seras pas défigurée. Dans trois jours on ne remarquera plus rien. Et tu seras toujours aussi jolie qu'avant ... murmure le cavaleur qui se réveille au fond de moi. Chassez le naturel, il revient au galop.

- Par contre, il faudrait désinfecter cette écorchure. L'endroit n'est pas des plus sains. C'est plein de microbes ici. Si tu veux, j'habite à deux pas, et j'ai ce qu'il faut. Antiseptique, pansements, et tout le tralala. Et j'ai de quoi envelopper ton épaule si elle est encore douloureuse. Et je m'appelle Ismaïl ! ... ajouté-je en guise de conclusion. Un peu comme si cette confession, somme toute banale, allait nous lier, la mignonne et moi, et vaincre ses éventuelles réticences. Et voilà, mes amis, comment un séducteur avance ses pions, et comment le loup gagne la confiance de la douce agnelle.

Mais soudain les événements se bousculent. La tempête renaît, et l'épicentre en est à nouveau à proximité du comptoir. Bigre, une patrouille a investi les lieux, et la milice ne me porte pas dans son cœur en raison de mille pitreries dont je me suis rendu coupable durant ces derniers mois. Je n'ai pas le temps de dire ouf ! Tandis que deux miliciens séparent quelques antagonistes avinés, deux autres m'attrapent brutalement par le paletot et m'arrachent à mon tabouret. Je connais la rengaine, ils comptent m'emmener au poste et m'administrer une raclée pour calmer leurs nerfs à vif. J'ai déjà eu droit à ce genre de joyeuseté, et plutôt deux fois qu'une. Je n'ai même pas le temps d'adresser un dernier regard à la jolie donzelle, ni de protester, zou, ils me soulèvent comme si je n'étais qu'un sac de plumes et m'embarquent avec eux ...




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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyMer 13 Jan - 21:18


Avec l'arrivée tonitruante de la patrouille de la Milice, le grabuge prend une ampleur inattendue. Certains semblent vouloir régler des comptes en suspens et la bagarre devient mêlée. Prudent, mon sauveur m'entraîne gentiment à l'écart du chahut général, dès que je suis sur mes pieds, légèrement vacillante. J'ai la désagréable sensation d'être la flamme d'une chandelle qui danse au gré des courants d'air, sauf que pour moi, c'est plutôt en fonction de la migraine qui vrille mes tempes et fait tanguer l'horizon. On pourrait presque croire que j'ai abusé du tord-boyaux qui m'a été servi, alors que je n'ai même pas eu le temps de terminer mon second verre.

L'homme déniche une table isolée et il m'attire dans un coin de la salle. Mais je lui résiste. Malgré mon épaule qui me lance et les tambours qui jouent la sérénade dans mon crâne, je n'ai pas oublié mon bien le plus précieux que je cherche désespérément du regard :

- Ma besace, où est ma besace ? J'en ai absolument besoin ! Attendez ! La voilà ! Elle est demeurée sur le sol, près du mur, je m'en empare aussitôt, la serre contre moi et enjambe le poivrot aux mains baladeuses qui gît assommé pour le compte. Mon sac contient tous mes instruments, des potions, des onguents, tout le nécessaire pour me rendre chez les malades ou les blessés que je visite. Bref le petit matériel indispensable sans lequel je serais perdue ! Il est pour moi aussi précieux qu'un trésor pour un pirate. Quoique pour le petit Deboise, il n'ait pas servi à grand-chose …

Je secoue la tête, découragée, relançant aussitôt le concert de cymbales dans ma tête, mais je m'assieds sagement et me laisse bercer par la voix mi contrite, mi charmeuse de mon compagnon. Si le tutoiement me surprend un peu, je ne relève pas. Les manières dans ces quartiers de Lorgol ne sont pas de mises, alors autant ne pas en faire.
Perdue dans mes pensées, je n'ai pas été assez attentive à l'ambiance de la taverne, je ne saurais même pas dire ce qui a provoqué cette bagarre. J'aurais pu l'éviter, ce banc, mais j'étais trop occupée à m'apitoyer sur mon sort. Que cette histoire me serve de leçon !

J'esquisse un petit sourire lorsque le jeune homme immobilise mon visage entre ses mains pour observer ma blessure. Pas question de révéler que si lui n'est pas « toubib », comme il le précise gaiement, moi si. Il essuie délicatement la coupure sur mon front, tout en me débitant quelques sottises destinées certainement à me tranquilliser.
C'est drôle, je me rends compte qu'il y a bien longtemps que je ne m'étais retrouvée de l'autre côté de la barrière, je ne tombe quasiment jamais malade et en général, je suis d'une nature assez prudente  pour éviter toute blessure depuis que je suis adulte. Ce n'est pas désagréable, surtout quand c'est un bel homme qui s'occupe ainsi de vous. Je possède, bien sûr, tout ce qu'il faut pour désinfecter ma plaie dans ma besace, mais mon infirmier improvisé s'en tire très bien, je ne risque rien, et je ne veux surtout pas le vexer :

- Enchantée de vous … de te rencontrer Ismaïl, même dans ces conditions un peu houleuses. Je suis Siméane Adelphe. Merci de m'avoir tirée d'embarras, ne v... t'inquiéte pas pour cette entaille, ce n'est vraiment pas grand-ch…
Ma phrase se meurt dans le bruit et la fureur de la rixe qui envahit le petit îlot de paix dans lequel nous étions réfugiés. Le long du comptoir, la Milice contient une partie des belligérants avinés qui s'abreuvent d'insultes fleuries à défaut de coups de poing. Mais deux miliciens se dirigent soudain vers nous et saisissent brutalement Ismaïl, le délogeant de son tabouret comme s'il n'était qu'un misérable fétu de paille. Sans un regard pour moi, ils l'empoignent en l'invectivant vulgairement, et l'entraînent vers les autres sans ménagement. Non ! Je dois les en empêcher ! Je me lève pour leur faire face, tenant mon bras plaqué contre ma poitrine pour soulager mon épaule blessée. La salle tangue un peu autour de moi, de la hanche, je prends appui contre la table.

- Non ! Attendez, messires ! Je suis Siméane Adelphe de l'Académie, cet homme m'a protégée contre ces brutes, il en a même assommé un qui tentait d'abuser de moi … J'exagère, mais je connais assez bien ces hommes pour en avoir soigné plus d'un. Ils se soumettent, en général, à l'autorité, et je tente de me montrer assez autoritaire et péremptoire pour qu'ils m'écoutent et relâchent l'homme qui m'a sauvée des griffes d'un ivrogne pervers.

- Il n'est pas responsable de cette échauffourée, j'étais là, j'ai tout vu ! Vous devez le relâcher tout de suite, ce n'est pas lui qui a frappé le premier, il n'a fait que se défendre et me défendre. Je suis prête à témoigner de son innocence devant votre capitaine ! asséné-je avec une assurance que je suis bien loin de ressentir, regardant Ismaïl se débattre entre les deux cerbères qui ont une bonne tête de plus que lui, et le tiennent si serré que ses pieds touchent à peine le sol.

- Allons, messires, vous avez déjà une belle brochette de coupables, pourquoi vous embêter avec un innocent ? Relâchez-le, je vous assure qu'il n'a rien fait de répréhensible ! Je suis prête à me porter garante de sa bonne conduite … De plus, j'ai besoin de lui, il doit m'emmener chez un médecin pour soigner mon épaule qui s'est sans doute démise lorsque mon agresseur m'a poussée au sol ...
À bout d'arguments, réels ou pas, je me tais, et sonde du regard les miliciens. Je crois bien que je suis parvenue à semer le doute dans leur esprit, mais je suis inquiète de ce qu'il adviendra d'Ismaïl, si les deux gardes ne veulent pas entendre raison …

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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyJeu 14 Jan - 13:20



Comme un rat. J'suis fait comme un rat. Aucune possibilité de fuite vers ma bicoque ou vers le rafiot. Et ces maudits bâtards de la patrouille me réservent leur traitement spécial. Ils me secouent comme on secoue un shaker à cocktails chez les bourgeois de la Ville-Haute. Mes pieds ne touchent plus terre. Certes, je les comprends un peu, ces abrutis : l'avant-veille, je leur ai pissé dessus depuis les toits des vieux entrepôts désaffectés, et j'ai réussi à prendre la poudre d'escampette et à me cacher dans les docks. Ils n'étaient pas fiers, les salauds, dans leurs beaux uniformes imbibés d'urine. Mais à présent, ils règlent joyeusement ce léger contentieux entre milice et flibuste. J'en prends plein la tronche. Et quand je serai enfermé au gnouf, ce sera encore pire ! Ce sera ma fête. Je ferais bien de me numéroter les abattis pour me reconstruire dans le bon ordre, après la raclée. Mais bon, c'est la règle du jeu : un jour tu gagnes, un jour tu l'as dans le baba, et il te reste le rhum pour te consoler. Par contre, si ce fâcheux épisode aboutit aux oreilles de Philippe Jedidiah, mon capitaine, alors là ça va réellement chauffer pour mon matricule ! J'vais être mis à pied, aussi sûr que c'est du pommier que tombent les pommes.

J'suis pas habitué à ce que quelqu'un prenne mon parti après mes pîtreries. D'habitude, dans ce monde pourri, c'est chacun pour sa gueule. Si bien que j'en demeure tout ébaubi lorsque la jolie donzelle que j'avais mise en sécurité loin de la bagarre se lance dans un véritable plaidoyer pour ma défense. Certes, je l'ai soustraite aux intentions libidineuses d'un pedzouille qui voulait lui tripoter les fesses ou le mont-de-Vénus, mais je lui devais bien ce petit service, l'ayant à demi-assommée par le biais de ce lancer de banc plutôt maladroit. En un mot comme en cent, la mignonne se porte généreusement à ma rescousse. J'ai beau être vachement ébranlé par ces enflures de la poulaille, je saisis tout son discours, et diantre, ça me va droit au cœur. Elle est épatante, cette bergère. Elle aligne les arguments avec une rigueur infaillible, elle interprète les événements à sa manière pour qu'ils puissent jouer en ma faveur, et vlan, bouquet final, elle assure que mon aide lui sera infiniment précieuse pour aller consulter un toubib du coin qui pourra soigner son épaule démise. Ça, c'est finement manœuvré, c'est tout simplement « brillantissime », c'est un coup aussi fumant qu'un full des as par les rois qui rafle le magot.

La belle s'est tue, et les deux drôles, qui étaient sur le point de m'arracher les bras, se calment tout-à-coup. Ils se concertent du regard. Tout comme moi, ils ont pu entendre que la charmante enfant est issue de l'Académie, elle leur a jeté ses nom et prénom comme on jette un os à un cabot, ce qui leur impose un respect absolu, eux qui resteront d'éternels sous-fifres, bas de plafond et anonymes, et qui éprouvent sans doute bien du mal à compter jusqu'à cinq, même sur leurs doigts. Voilà ... je suis libre comme l'air, la patrouille embarque quelques zigotos afin de ne pas s'être dérangée pour rien, et, même si je ne suis généralement pas d'une politesse exquise, en bon pirate et fils de gueux, je me coule entre deux tables pour remercier chaudement ma bienfaitrice.

- C'est vraiment gentil de ta part d'avoir agi ainsi, Siméane. J'étais dans de sales draps et tu m'as sauvé la mise. Mais à présent que la Milice a déguerpi, les hostilités risquent de reprendre, vu que ces pignoufs ont réussi à alimenter le brasier par leur violence. Je connais certains des clients qu'ils n'ont pas emmenés, ils paraissent vachement surexcités, et ça va cogner pour un oui ou pour un non. Viens, ce n'est pas prudent de rester ici pour le moment. Éloignons-nous de ce bouge.

Je la conduis sur la courette qui longe le caboulot, en la prenant nonchalamment par la taille. Je lui suis redevable, je ne désire nullement ni la brusquer, ni l'inquiéter, ni lui donner le sentiment que je songe à la tripatouiller dans le sentier, derrière les hangars. Par contre, j'hésite un brin sur la façon dont je dois me comporter avec elle. A t-elle réellement mal à l'épaule ou bien a t-elle simplement simulé une douleur ou un embarras pour m'arracher aux griffes de la patrouille ? Et son entaille au front ? Elle m'a dit de ne pas m'en préoccuper, mais il est quand même plus raisonnable de désinfecter la plaie. Non ? Tout en marchant à ses côtés vers un pâté de maisons ouvrières, je l'interroge.

- Dis-moi, je pense que tu n'as pas eu l'occasion de me répondre tout à l'heure. La Milice nous a interrompus lorsque je te proposais de m'accompagner chez moi. Ma bicoque est dans cet îlot vers lequel nous marchons. Je sais que nous ne nous connaissons pas, mais je t'assure que tu n'as rien à craindre de moi. Tu m'as rendu un fier service et je ne suis pas prêt de l'oublier. Donc je peux peut-être nettoyer ta coupure à la tête ou te bander l'épaule, si tu souffres encore. Tu es un peu déconcertante, Siméane. Tu as si bien mystifié la patrouille que j'ignore moi-même si tu as vraiment mal.

Je souris en la dévisageant gentiment. Quelques vieilles caisses totalement démantibulées, débarquées sans doute d'un quelconque rafiot, jonchent le sol et les accotements herbus, formant un curieux amoncellement au centre du sentier, fâcheux et malaisé à contourner. Je tends la main à ma nouvelle amie pour qu'elle y glisse la sienne, afin de l'aider à franchir cet obstacle ...

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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyDim 17 Jan - 16:01


Par une prodigieuse pirouette dont lui seul a le secret, le Destin a décidé de nous être favorable. Et pourtant je n'aurais pas parié un fleuron sur l'issue de cette confrontation avec la Milice. La graine du doute germe lentement dans l'esprit des miliciens qui relâchent peu à peu leur prise sur Ismaïl, pour le libérer enfin. Du bout des dents, ils lâchent d'une voix bourrue un « d'accord, vous pouvez partir, ça ira pour cette fois ! » maussade, puis ils se désintéressent de notre sort, et font demi-tour pour s'occuper des autres clients éméchés.
La surprise, le soulagement, la fatigue se conjuguent pour me laisser vidée de toute énergie. Je m'appuie lourdement sur la table pour suivre d'un oeil les gardes qui emmènent, non sans brusquerie, les plus agités des fauteurs de troubles.

Les individus restants, agglutinés le long du comptoir, discutent ferme et avalent chopine sur chopine avec la satisfaction de ceux qui s'en sont bien sortis, pour cette fois. Malgré cette fin heureuse, certains nous observent d'un œil torve, et je crains fort que la bagarre ne reprenne à nos dépends, car je n'ai pas vraiment relaté la vérité pour défendre Ismaïl, et je réalise que, tout à l'heure, j'ai pris des risques dont je n'ai pas mesuré l'importance dans le feu de l'action.
Mon apprenti-infirmier se confond en remerciements, mais il est aussi arrivé à la conclusion que s'attarder dans cette gargote ne serait pas judicieux. J'acquiesce aussitôt à mi-voix :

- Tu as raison, Ismaïl ! Sortons vite, j'ai besoin de m'aérer, et j'espère que la fraîcheur nocturne chassera les restes de ma migraine.
Guettant malgré moi les réactions des autres clients de la taverne, je le suis à l'extérieur, d'un pas hésitant. Le concert des tambours a redoublé d'énergie, excités sans doute par le danger, la fatigue et l'alcool. Ceux-ci résonnent dans mon crâne, diminuant mes perceptions et surtout mon sens de l'équilibre.
Et quand Ismaïl passe son bras autour de ma taille, j'accepte son geste comme un soutien sans ambigüité, le remerciant d'un faible sourire. Nous longeons les maisons plutôt délabrées de ce quartier pauvre de Lorgol, l'eau des canaux voisins clapote doucement contre les berges.
La nuit a enveloppé la ville de son manteau sombre constellé d'étoiles. Avide de fraîcheur après l'atmosphère enfumée du bouge, j'inspire longuement l'air printanier qui me revigore un brin.

Le logement de mon sauveur n'est pas très loin, selon sa description, et une halte chez lui ne sera pas de trop pour me remettre d'aplomb. Même si je ne sais pas grand-chose d'Ismaïl, la façon dont il a pris soin de moi lors de cette rixe, son regard franc et amical me garantissent qu'il ne me fera pas de mal, ni ne tentera un geste déplacé.
Au calme, j'aurai la possibilité d'évaluer réellement la gravité de mes blessures. Je pourrai masser mon épaule avec ce nouvel onguent concocté par l'un de mes collègues, et l'immobiliser contre moi à l'aide d'une écharpe. Ce sera plus efficace que la sangle de mon sac. J'ai un peu exagéré tout à l'heure, elle n'est pas démise, juste contusionnée, il fallait impressionner les miliciens, mais elle me fait un mal de chien, et garder mon bras bloqué contre moi limite la douleur. Je me rends compte que mon compagnon se sent coupable de m'avoir assommée à demi, mais surtout que j'en ressente encore les effets, je le rassure en toute franchise :

- Ne t'inquiète pas, Ismaïl, mon épaule va certainement passer par toutes les couleurs, mais ce n'est pas dramatique, juste douloureux. Tu n'auras pas à la remettre en place, ni même à m'emmener chez un médecin. Quant à l'entaille, les maux de tête vont passer dès que je pourrai mettre sur mon front un linge humide et frais. Tu crois que tu as ce qu'il faut chez toi ? Tu serais vraiment gentil de me raccompagner, ensuite à la Taverne de la Rose. J'y loge depuis quelques semaines …
Je cesse de parler car des obstacles se dressent soudain en travers de notre route et j'ai besoin de toute ma concentration pour les enjamber sans perdre l'équilibre. Ismaïl me tend une main que je saisis fermement, coinçant mon bras endolori dans la bandoulière de ma besace. Les yeux rivés au sol que seule une pleine lune argentée éclaire de ses reflets lactescents, je pose un pied après l'autre sur les débris de bois. Restes de caisses de transport, ou bien rebuts  de construction, toujours est-il que le temps y a laissé une empreinte indélébile. Il a rongé les planches brisées jusqu'à la moelle, si bien que l'une d'elles cède brusquement sous mon poids, rompant mon équilibre déjà précaire. Je lâche la main d'Ismaïl et plonge tout droit, le nez dans sa chemise ! Ses bras amortissent tant bien que mal ma chute, et me plaquent contre lui d'une façon un peu inconvenante, mais sans son aide, j'aurais terminé à plat-ventre au milieu du sentier. Dans ma pitoyable débâcle, Uld a veillé à ce que mon sac à malices s'ouvre et répande quelques-uns de mes trésors dans l'herbe du chemin.

- Oh non, mes instruments ! Tu veux bien m'aider à les ramasser, Ismaïl ? Décidément ce n'est pas mon jour …
Sans la présence du jeune homme, je crois que je me serais écroulée, en larmes, là, au milieu de ce maudit passage. Mais alors que je me précipite pour récupérer instruments, pots et fioles, un violent vertige m'étourdit. Murs et maisons valsent autour de moi dans un tourbillon insensé et, dans un gémissement ténu, je m'effondre mollement aux pieds d'Ismaïl à demi-consciente …
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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyLun 18 Jan - 14:43



L'enchevêtrement de caisses et de bibelots joyeusement hétéroclites ne me parait pas constituer un obstacle infranchissable, et je ne m'en soucie guère, mais la malchance et l'obscurité en décident autrement. Voilà qu'une planchette cède sous le poids de Siméane – laquelle n'a pourtant rien en commun avec le cachalot qui hante les mers froides –, la mignonne perd l'équilibre, ses bras tendus battent l'air comme les ailes d'un moulin à vent, mais c'est contre mon torse qu'elle termine sa pirouette. Je l'entoure de mes bras, mais cette confusion, cette proximité, sont extrêmement brèves, car la jeune femme se précipite aussitôt vers cette étrange besace à laquelle elle est visiblement très attachée. Cette sacoche s'est d'ailleurs entrouverte durant la culbute de sa propriétaire, déversant dans le cloaque du sentier une poignée d'instruments chirurgicaux et de flacons d'onguents thérapeutiques. J'en demeure pantois. Ainsi, cette jolie péronnelle est médecin et elle a soigneusement évité de me l'avouer ! Voilà de quoi doucher un brin ma sympathie à son égard ! Suis-je donc tellement repoussant et revêche que cela me prive d'une telle confidence, somme toute bien banale ? Vais-je lui en faire la remarque ou bien vais-je tenir ma langue ?

La suite des événements décide pour moi. Alors que ma donzelle se résout à réclamer mon aide pour ramasser ses divers produits et ustensiles, la voici en proie à une pâmoison subite. La terre l'abandonne, de manière irréversible. Surpris, je parviens vaille que vaille à amortir sa chute, à éviter que son crâne ne heurte violemment le sol racorni, mais elle gît désormais à mes pieds, alanguie, presque inanimée. Incontestablement, son état est plus préoccupant qu'il n'y paraissait. Siméane se leurrait en prononçant son discours rassurant, quelques minutes auparavant.

Hop ! Pas le temps de lambiner. C'est un cas d'urgence. Si la pauvrette en est là, amorphe et cotonneuse, c'est de la faute d'un zigoto qui s'est servi d'un banc de bois comme trébuchet ou catapulte : mézigue. Je suis un voyou, un bagarreur, mais pas un monstre, et j'ai soudain le cœur aussi tendre que ces onctueux soufflés au fromage qui dégoulinent le long du moule dès qu'ils sont cuits à point. Je ramasse donc vivement la brunette, glisse un bras sous ses épaules et l'autre sous ses gambettes, et me dirige d'un bon pas vers ma bicoque, enjambant à nouveau mille détritus pestilentiels. La belle gémit doucement, les yeux mi-clos, le teint pâle. J'accélère encore, et nous y voilà déjà.

Ma tanière est une ancienne forge, abandonnée depuis mille ans, à la toiture voûtée et détériorée par le lent ballet des hivers et par le souffle des vents marins. Le sol du rez-de-chaussée est en terre battue, avec de-ci-de là quelques résidus de dallage suranné. La pièce est aussi poussiéreuse que d'ancestrales catacombes, et encombrée des vénérables outils du forgeron et de ses ultimes réalisations. Une enclume rouillée et déglinguée trône au centre de ce somptueux capharnaüm, sur un socle de bois brut, des tenailles écartelées et un soufflet pendouillent au mur, entre un régiment de toiles d'araignées, au-dessus du foyer éteint depuis une ou deux éternités. Les cendres se sont éparpillées et colorent généreusement de gris souris le vertigineux bric-à-brac. Je ne suis pas certain que Siméane soit suffisamment lucide pour juger de l'état de la masure, mais je la rassure illico.

- Ne sois pas inquiète, j'occupe seulement l'étage, et c'est beaucoup plus confortable que le bas. Accroche-toi à mon cou, si tu en as la force, je vais fermer à double tour.

Je pose délicatement la mignonne sur ses deux pieds, tout en la maintenant serrée contre moi d'une seule main, et, de l'autre, je repêche la clef de la baraque entre deux moellons disjoints puis je l'insinue dans la serrure. Un claquement sec, et voilà, la porte est close. Je récupère mon précieux chargement, cinquante kilos de charmante brunette, et je grimpe lestement l'escalier en colimaçon menant au premier. Siméane semble émerger lentement de son engourdissement, ce qui me réjouit et apaise mes craintes.

- Ça va mieux, dirait-on. Franchement, je suis désolé. Je ne le répéterai jamais assez, je suis impardonnable. Je me botterais volontiers les fesses, si je le pouvais.

Je pousse une porte d'un léger coup d'épaule, et pénètre dans mon salon-cuisine-pied-à-terre-soupente-et-cagna. Comment dire ? Ce n'est pas luxueux, loin de là, mais c'est relativement propret et rangé, à l'exception d'une ou deux paires de chaussettes que je pousse discrètement sous le plumard, du bout de ma botte. Voilà une petite semaine que je loge sur le rafiot, et je n'ai donc pas eu l'occasion de mettre le souk chez moi. La seule fenêtre de mon gourbi donne d'ailleurs sur les débarcadères et les hangars, et l'Audacia dansotte mollement, accrochée à son ponton tendu vers le large. Je dépose la trousse de Siméane sur une table de chevet, un tantinet bancale, puis j'allonge précautionneusement ma ravissante éclopée au centre du lit, sur la courtepointe. Je lui souris, tout en allumant une monstrueuse lampe à huile embrasant aussitôt mon modeste intérieur.

- Si j'ai bien compris, d'après le contenu de ta besace, c'est toi la toubib, mais ici je suis le seul maître à bord, moussaillon ! ... dis-je en riant doucement. Je vais donc te badigeonner le front d'un antiseptique, j'en ai tout un stock, puis je me servirai dans ton baluchon pour y dénicher un pansement, d'accord ? Quant à ton épaule, on y mettra une attelle ou un bandage si tu l'estimes nécessaire. Et après ça tu te reposeras un peu, sinon tu risques de perdre à nouveau connaissance. Quand tu te réveilleras, je te ramènerai à la Taverne de la Rose, mais j'ignore si elle reste ouverte toute la nuit. Je ne suis pas du genre à fréquenter ce genre d'estaminets, on n'y fait que de mauvaises rencontres et on s'y bagarre ...  ajouté-je en affichant un sourire malicieux.

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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyMar 26 Jan - 12:57


Les limbes de l'inconscience ont la curieuse particularité de vous faire ressentir la réalité avec une acuité différente. Ce qui semblerait insignifiant ordinairement prend une dimension importante et inversement. Lorsque je me suis lamentablement affalée dans le chemin, ma seule pensée est allée vers ces pots et ces instruments qui s'étaient échappés de mon sac, mes indispensables et fidèles complices de mes journées auprès des malades. Ensuite c'est le noir. La nuit. Puis la sensation d'être soulevée et emportée dans des bras qui me serrent contre un torse confortable. Je n'ai pas souvenir de la façon dont je suis arrivée chez Ismaïl, juste quelques images fugaces, qui bataillent pour déchirer les brumes de mon esprit engourdi. Le grincement d'une porte qui s'ouvre, et se referme aussitôt, un courant d'air frais et puis la voix d'Ismaïl, apaisante, réconfortante. Les yeux mi-clos, je me laisse bercer dans une torpeur bienfaisante. Je m'accroche à son cou, et m'appuie sur lui lorsque mes pieds incertains retrouvent le sol, pour lui permettre de verrouiller la porte. Je suis incapable de marcher, et je me laisse porter comme une enfant, nichant ma tête sur son épaule alors qu'il grimpe l'escalier avec agilité.

J'ai abusé de mes forces, je ne me souviens même plus de mon dernier repas, j'ai été stupide de croire que l'alcool m'aiderait à oublier cette maudite journée. Et me faire assommer n'a certes pas arrangé les choses. Si l'étourdissement s'estompe, il cède la place à une profonde lassitude, je me sens vide et inutile, certainement le résultat de mon incapacité à sauver ce petit garçon …
Ismaïl me dépose délicatement sur un lit propre et douillet. Son sourire, ses gestes doux, sa voix gentiment moqueuse sont un véritable baume sur mes blessures de l'âme. Je jette un œil autour de nous, son logement bien que rudimentaire est impeccable, j'aurais parié mes derniers fleurons qu'il vivait dans un joyeux capharnaüm : les préjugés ont la vie dure. Adossée à un coussin moelleux, j'observe ses allées et venues, à la lueur dorée de cette lampe qu'il vient d'allumer. Je repère ma besace sur une petite table près du lit, et je réalise qu'il est impossible pour Ismaïl d'ignorer ma profession, désormais. Peut-être m'en voudra-t-il d'avoir omis de lui révéler alors qu'il me soignait à l'auberge, mais il aurait fallu que je lui raconte aussi pourquoi j'avais atterri dans ce bouge infâme. La boucle est bouclée.

- Je suis désolée, Ismaïl … murmuré-je d'une voix incertaine en guise d'excuse. Tu avais l'air tellement ennuyé, tellement coupable, que je t'ai laissé faire, sans rien dire. Tu t'en sortais très bien, je ne risquais rien entre tes mains, et je ne voulais pas te contrarier … Et puis c'était … distrayant de me retrouver patiente au lieu de … médecin …
Je croise ses yeux sombres alors qu'il s'approche avec un linge propre imbibé d'un antiseptique, à base de vinaigre, si je ne m'abuse. Avec délicatesse, il s'applique à désinfecter la coupure sur mon front. Fuyant son regard, je poursuis :

- J'avais besoin de distraction … Et tu étais là ! J'ai passé la journée chez une famille de la Ville-Basse … Leur petit dernier avait une forte fièvre depuis plusieurs jours … Une de ces fièvres malignes qui ronge le corps et le laisse sans vie … Il est mort ce soir, dans les bras de ses parents … Et moi, je n'ai rien pu faire … C'est comme ça que je suis arrivée à cette taverne … Toutes ces années d'études pour rien …
Je ferme les yeux. Je sens poindre des larmes dont je ne veux pas. La fatigue, sans doute. Je n'ai pas l'habitude de me laisser aller à une quelconque faiblesse. Par la force des choses, j'ai appris très jeune, à dissimuler mes émotions derrière une façade sérieuse et froide. Même si Ismaïl est adorable, je ne le connais pas assez pour lui confier toutes ces ombres qui me hantent. Je dois me reprendre, mes efforts pour retenir mes larmes sont une demi-réussite. J'efface rapidement une perle salée qui glisse sur ma joue, espérant, sans trop y croire, que mon infirmier improvisé ne l'a pas remarquée. Le linge humide a cessé ses va-et-vient sur mon front, je rouvre les yeux, et me redresse, tâtant mon épaule pour dévier son attention.

- Tu veux bien me passer mon sac, je … j'ai un onguent à l'arnica qui devrait faire merveille sur mon épaule. Tu veux bien m'aider ?
Sans le regarder, je délace mon corset, écarte ma chemise pour découvrir largement mon épaule. Pas de fausse pudeur, et puis Ismaïl ne m'a certainement pas sauvée des griffes d'un pervers, pour me sauter dessus.

- Je vais accepter ta proposition de rester un peu ici, j'ai besoin de souffler un peu … Et si tu avais quelque chose à grignoter, ce serait merveilleux ! J'ai besoin de reprendre des forces avant de retourner à la Taverne de la Rose. Et puis, tu sais, tu n'as rien à craindre, elle a bien meilleure réputation que le Perroquet Unijambiste ! Et puis s'il le faut je te protégerai … ajouté-je malicieusement en fouillant dans ma besace pour extirper un petit pot de verre coloré, que je lui tends, après l'avoir ouvert. Une forte odeur aromatique envahit aussitôt la pièce :

- Tiens, voilà la pommade miracle, enfin c'est ce que m'a assuré le collègue de l'Académie qui me l'a donnée …
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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyMer 27 Jan - 9:53



J'observe furtivement ma belle éclopée, et, apparemment, elle agit de la même manière. Son regard accompagne chacun de mes gestes. Cette surveillance mutuelle serait même rigolote si ma donzelle ne se dépêtrait pas d'un évanouissement dont je suis l'unique responsable. Bref, je ne suis pas toubib, j'arrive à peine à soigner les petits bobos ponctuant les innombrables bastons qui émaillent les joyeux crépuscules lorgoliens, mais je sais pertinemment qu'il faut quelques minutes pour émerger intégralement d'une perte de connaissance due à un choc, et, dès lors, je la boucle. Je ravale ma curiosité et mes interrogations, afin d'offrir à la mignonne l'opportunité de rassembler ses neurones. Et vu sa profession, elle doit en posséder un certain nombre. Je me contrains donc au silence, tout en préparant la compresse que je destine à sa blessure, et tout en me posant une question existentielle : un verre de rhum est-il indiqué dans de telles circonstances ? Un verre pour elle et un verre pour moi, bien entendu ! Moi aussi je dois me remettre de toutes ces émotions ! Non ?

La mignonne intervient alors, m'expliquant pour quels motifs elle a tenu son métier secret, lorsque je lui ai proposé de la soigner, après la bagarre, au « Perroquet Unijambiste ». Je comprends ses raisons, bien-sûr. Je ne suis pas un sauvage ! Ce n'est cependant pas à elle d'être désolée, ainsi qu'elle vient de me le confesser ! C'est moi l'abruti de l'histoire ! C'est moi qui l'ai esquintée ! Et c'est grâce à son témoignage que j'ai pu échapper à la raclée que me promettait la patrouille ! Dès lors, comment pourrais-je lui adresser le moindre reproche ? P'tite mémère va ! Faut pas être si gentille, surtout à Lorgol, parmi les crapules !

- Si l'un de nous deux doit être navré, c'est incontestablement moi ! Faudra vraiment que je fasse de gros progrès en lancer de banquette ! ... ajouté-je en souriant. Attention, toubib, maintenant tu ne bouges plus d'un cil, sinon je risque de mettre de la décoction dans tes jolis yeux ! Mais tu peux continuer à parler, hein ! De toute manière les femmes ne peuvent pas s'empêcher de le faire ! ... lancé-je pour la taquiner.

Elle parle donc, et la suite est beaucoup moins drôle, si bien que je regrette un tantinet le ton enjoué de mes précédents propos. J'étais loin d'imaginer à quel point la journée de Siméane avait été pénible. Un gamin mort, c'est toujours une tragédie, même aux yeux d'un pirate. L'impuissance est cruelle. Et voilà ce que je redoutais, la belle se décompose, son visage se fane, une larme roule sur sa joue et je ne vois qu'elle. Je me suis toujours senti incroyablement pataud lorsqu'il s'agissait de réconforter une donzelle que l'émotion submerge, et la présente situation ne constitue pas une exception à mon excès de maladresse. Peut-être que ce serait plus facile si mon éclopée n'était pas si jolie. Quoique ? Avant tout, je termine de soigner l'écorchure qui lui orne le front, en y appliquant précautionneusement ma mixture, ce qui me donne le temps de soupeser chacun de mes mots. Lorsqu'on est, comme moi, pas toujours le plus futé de la terre, tourner d'abord sept fois sa langue dans sa bouche permet de ne pas dire trop de conneries. Vous devez certainement le savoir.

- Faut pas que tu pleures ! ... affirmé-je en évitant de regarder trop ostensiblement l'épaule qu'elle dénude en retroussant un pan de sa chemise. Siméane aussi s'interdit de trop me dévisager, mais, manifestement, elle me fait confiance, et c'est charmant, c'est jouissif. Si l'on m'avait dit un jour que je soignerais un ravissant toubib, un vrai, sortant de l'Académie, et que ce ravissant toubib serait allongé sur mon plumard sans que je cherche à en profiter, j'aurais ri au nez de l'attardé mental qui annonçait une telle ineptie. Non, faut pas qu'tu pleures ! Tu as certainement fait de ton mieux, et personne n'est infaillible, même les meilleurs médecins. Sinon, réfléchis un peu, personne ne mourrait ! Nous serions tous éternels !

Bon, je suis conscient que mon argument ne vaut pas tripette, mais vous étiez prévenus. Tourner sept fois ma langue dans ma bouche n'était sans doute pas suffisant. La prochaine fois, dans de telles circonstances, je la tournerai quatorze fois. Entre-temps, Siméane se détend progressivement, et la voici qui m'asticote gentiment. Mam’zelle me défendra si je rencontre des ennuis en la ramenant à la Taverne de la Rose, me dit-elle.
- Tiens donc ! Avec les mignons petits biscoteaux que j'aperçois là ? ... répliqué-je en riant ! Elle me tend alors un onguent à l'odeur prononcée qu'elle extirpe de sa trousse, et zou, c'est à moi d'opérer. Pas bouger, jeune fille !

J'étale sur le bout de mes doigts quelques onces de sa pommade-miracle, et j'en badigeonne délicatement son épaule. Je la frictionne soigneusement, remarquant au passage, bien entendu, le velouté de son derme lactescent et la rondeur de sa nuque ivoirine. Y'a rien à jeter dans tout ça, pensé-je illico, mais ce n'est pas du steak pour ton bec. Un peu de retenue, Ismaïl ! Tu as bien failli  briser le cou de ta nouvelle amie, tu ne vas te mettre à saliver comme un vieux sagouin parce qu'elle te propose de la soigner gentiment. Affreux bonhomme !
- Tu es satisfaite de mes services ? C'est une grande première pour moi de dorloter un toubib, tu dois me dire si je me débrouille convenablement ! Bon, à présent je te bande, et après ça tu nous feras un p'tit roupillon de derrière les fagots ! Ordre du médecin ! ... ajouté-je en souriant.

Voilà, l'opération est terminée, j'ajoute un coussin sous les omoplates saillantes de la brindille et je range le pot odorant au fond de sa besace. Vu que tu as été une patiente courageuse, Siméane, je vais tâcher de te dénicher quelque chose à te mettre sous la dent ! Il doit me rester du frometon et du sauciflard, ainsi que quelques miches de pain ... indiqué-je gaiement en écartant les portes d'un dressoir poussiéreux et démodé. Bien entendu, c'est une bouteille de rhum qui attire en premier mon attention, et je ne résiste pas à la tentation de la poser également sur la table, que je pousse contre le lit. J'y dépose également deux verres à liqueur. Quand je suis seul, je bois au goulot, mais aujourd'hui j'ai une invitée de marque, alors je m'efforce de me comporter honorablement, ce qui n'est pas une mince affaire.

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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyMar 2 Fév - 16:05


Dans le silence apaisant de la mansarde, les mots de consolation d'Ismaïl résonnent tels ces sirops contre la toux, doux et réconfortants comme le miel, piquants et maladroits comme le citron. Effaçant la gêne, la pudeur, ils accompagnent des doigts hésitants qui étalent précautionneusement l'odorant baume à l'arnica. Au demeurant, son action ne tarde pas à se faire sentir, chauffant ma peau endolorie. La douleur s'amoindrit, chassée par des mains agiles qui badigeonnent, massent, frictionnent avec efficacité. Je soupire d'aise tant c'est agréable, je n'aime pas voir souffrir les autres, et encore moins souffrir moi-même. Ce massage est aussi thérapeutique que bienfaisant, et lorsqu'il termine, Ismaïl immobilise mon bras tout contre moi à l'aide de bandes de tissu qu'il a dénichées dans mon sac.

- Merci, Ismaïl, c'est parfait, tu es un excellent infirmier ! Me voici à demi-ficelée, comme un rôti ...
Ma voix est plus claire, plus de larmes contenues, même si les regrets persistent. J'ai beau me ressasser que je n'y pouvais rien, que la mort est la compagne des guérisseurs, j'en viens parfois à douter de moi, de mon choix de vie. Je ne suis peut-être pas assez forte, ou insensible, voir mourir un enfant, c'est trop injuste … Cependant, pour mon hôte, mais aussi pour moi, parce que le monde continue de tourner et que Callia ne m'a pas choisie par hasard, je m'évertue à faire bonne figure :

- Je me sens mieux, merci Ismaïl …
Un sourire chaleureux ponctue ma phrase, alors qu'il ajoute un coussin dans mon dos. De ma main droite, je remonte pudiquement ma chemise, du moins aussi haut que le bandage m'en laisse le loisir, puis je m'adosse aux oreillers, et observe le jeune homme qui fouille dans un placard à la recherche d'un en-cas à nous mettre sous la dent. À cette pensée mon ventre émet un gargouillis sonore, qui amène sur mes lèvres un nouveau sourire, gêné cette fois :

- Oooh, je suis désolée, mais j'ai vraiment très faim ! Je ne me souviens même plus de mon dernier vrai repas.
Avisant les deux verres sur la table qu'il pousse vers le lit, j'ajoute :
- Et je crois que je vais me contenter d'eau, j'ai assez bu d'alcool pour ce soir. Mais ne te gêne pas pour moi …
Je saisis une tranche de pain, dans laquelle je mords à belles dents avant de relever les yeux vers Ismaïl que je meurs d'envie de questionner. Il en a appris plus sur moi en quelques instants que beaucoup de mes collègues de l'Académie en cinq années d'études. Nous sommes visiblement issus de deux mondes aussi éloignés que la Lune et le Soleil, et pourtant j'ai le sentiment qu'une amitié solide pourrait fleurir dans le terreau de cette étrange rencontre. Habituellement, je suis plutôt solitaire, et même sauvage, j'accorde chichement ma confiance, alors pourquoi n'ai-je pas hésité à le défendre face à la Milice ? Certes il m'a sauvé la mise, mais il me le devait bien après m'avoir assommée, même par ricochet. J'aurais pu m'arrêter là, pourquoi me suis-je interposée pour lui face aux miliciens ? Et puis soudain, à force de l'observer, je réalise ce qui nous rapproche de manière indéfectible : nos racines. Erebor.

- Tu es né en Erebor, Ismaïl, n'est-ce-pas ? Ta peau hâlée, ta façon de parler, tout en toi me rappelle le Désert. Je suis née à Vivedune, j'y ai passé toute mon enfance avant d'arriver à l'Académie. Mais je n'y suis pas retournée depuis … Depuis la fin de mes études …  
Je reste évasive en me remémorant comment j'ai été chassée de la Cour et à cause de qui. La blessure est toujours là, aussi profonde que le gouffre de Roc-Épine, nous ne connaissons pas assez pour que je lui révèle mes véritables origines, ni cette rancune tenace qui m'accompagne chaque jour.
Par contre, j'aimerais bien en savoir un peu plus sur mon sauveur-infirmier. S'il habite la Ville-Basse de Lorgol, appartient-il à la Cour des Miracles, à la Confrérie Noire ? Ou même à ces bateaux pirates qui hantent le second port de Lorgol ? Est-ce un membre de l'Académie ? Il y a tellement d'élèves, de professeurs, de personnel …
Les gardes semblaient le reconnaître, et lui n'a pas caché le mépris qu'il leur porte, j'ai même cru distinguer un soupçon de crainte dans sa voix. Il s'est sans doute déjà frotté aux manières brutales des miliciens. Il n'y a rien à faire, je ne le vois pas simple habitant de Lorgol.

J'arrive à la dernière bouchée de pain sans avoir posé la moindre des questions qui tournent sans fin dans ma tête. S'il avait fait partie des Miracles, sans doute m'aurait-il abandonnée au milieu du chemin, emportant ma besace. Ne reste que la Confrérie ou bien les Pirates :

- Je ne me trompe pas … Tu connais déjà pas mal de choses sur moi, mais qu'en est-il de toi ? Raconte-moi ce que fait un natif d'Erebor à démolir les bancs des tavernes de la Ville-Basse, et pourquoi les miliciens se faisaient une joie de t'emmener. Je verrai, ensuite si je suis assez reposée pour rentrer à la taverne, ou bien si je dors un peu ici …
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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyMer 3 Fév - 15:58




La guérison de l'âme passe d'abord par celle du corps. Mes soins ont ravigoté la mignonne, car, apparemment, je bande à la satisfaction générale ( ndlr : désolé, je n'ai pas pu résister ). Certes, elle a le bras entièrement saucissonné, accolé au reste de sa charmante anatomie, mais sa mine et sa voix me paraissent déjà moins souffreteuses. C'est une résurrection. Dans deux ou trois jours, sa luxation de l'épaule ne sera plus qu'une vague raideur, un lointain souvenir. Bien. Il existe encore deux ou trois p'tites choses qui pourraient améliorer l'état de ma jolie blessée, notamment une lichette de mon tord-boyaux. C'est du vrai, du corsé, pas un vulgaire purgatif, il fait des gros trous dans les godillots lorsqu'on les arrose par mégarde de quelques gouttelettes ambrées, mais la belle n'est pas tentée par un godet de ma bistouille. Qu'à cela ne tienne, je m'en verse deux doigts. On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Et, de vous à moi, si je me limite à cette dose infinitésimale, c'est que mon verre ne peut en contenir davantage ...

Tout en sirotant silencieusement ma bibine, j'observe ma victime inopinée, qui s'attaque de bon cœur à mon casse-croûte. Elle ne mange pas, non, elle engloutit. Adieu, frometon et sauciflard. Cependant, on ne me fera pas prendre des vessies pour des lanternes, je vois bien qu'elle cogite, mon éclopée. Ça frétille entre ses deux oreilles. Les remarques et les interrogations qui succèdent à ces instants d'introspection sont d'ailleurs plus que judicieuses. Elle a cru identifier en moi un fils d'Erebor, et je le lui confirme aussitôt.
- Tu as parfaitement raison, Siméane, je suis un enfant des montagnes et du désert, né au fond du gouffre de Roc-Épine, que tu connais très certainement. C'est une région très rude, je n'y suis pas retourné depuis des lustres, mais je la conserve dans mon cœur. Et aussi sur mon bras gauche ... dis-je en l'extirpant entièrement de ma chemise afin de permettre à la jeune femme d'admirer mon tatouage, représentant la célèbre crevasse, laquelle surplombe majestueusement un décor de rochers saillants et de plaines sablonneuses.

Un brin d'humour ne pouvant qu'optimiser nos affinités naissantes, je poursuis donc, d'un ton résolument enjoué. Siméane ne s'est d'ailleurs nullement privée d'en faire autant, en me taquinant sur ma propension à démolir les banquettes de bistrots.
- Voilà, je remballe mon épaule, elle n'a pas le galbe charmant de la tienne, et elle n'offre que peu d'intérêt, à part ce vieux dessin que le temps se refuse d'effacer. Quant à ce que je fiche ici ... je vais te l'expliquer tout de suite. ... ajouté-je en vidant cul sec mon verre et en le remplissant aussitôt. En fait j'ai renoncé à tout pouvoir magique alors que j'étais encore un morveux, car je voulais apprendre de moi-même tout ce que le monde avait à me révéler. J'ai quitté mes montagnes pour entrer à l'Académie de Lorgol et y entreprendre des études de cartographie. Après quelques années, j'ai eu le sentiment d'y perdre mon temps, et je me suis mis à voyager, non sans cesser de gribouiller des plans, des cartes, des mers et des archipels. J'ai embarqué sur un rafiot qui transportait sa camelote d'un port à l'autre, mais patatras, nous avons été abordés par des pirates, au large d'Ansemer, et ce n'est que grâce à mes cartes qu'ils ne m'ont pas coupé le cou.

Je m'interromps un instant, pensif. Siméane et moi nous devons avoir sensiblement le même âge, et dès lors ...
- C'est bizarre, nous avons certainement dû nous y croiser, à l'Académie, puisque tu y es devenue toubib, et pourtant ton visage ne m'évoque rien, alors que tu es de celles qu'on n'oublie pas. Tu es rudement bien foutue, et à l'époque j'étais encore très jeune mais j'étais déjà un véritable tombeur. J'étais comme ces boissons sucrées qui attirent les insectes, et les donzelles étaient les mouches qui venaient infailliblement s'y noyer. C'est vraiment bizarre ... répété-je.

Je souris, puis hop, je vide mon verre et je reprends le fil de ma narration. Mes idées s'emmêlent un peu, car j'ai pas mal picolé durant cette foutue journée, mais je n'en suis pas vraiment ébranlé, l'état d'ébriété étant ma seconde nature.
- Où en étais-je ? Ah oui. Les pirates. L'un d'entre eux m'a pris sous son aile, sa grande passion c'était aussi la cartographie, et, à la faveur de ses conseils, j'ai beaucoup progressé, et je l'ai finalement remplacé quand il a décidé de rester à terre. Quant à la milice, bof, entre eux et moi c'est une longue histoire d'amour, on se charrie, on se chamaille, mais au fond je pense qu'ils m'aiment bien.

Révéler à Siméane que j'ai récemment pissé sur la patrouille depuis le toit des docks, et qu'ils en crevaient de rage ? Euh ... non. Une autre fois, peut-être. Allez, zou, repose toi maintenant, belle enfant ! Tu devrais rester ici pour la nuit, ficelée comme tu l'es ce n'est pas très prudent de retraverser le quartier, même si je t'accompagne. Et n'aie nulle crainte, je vais roupiller dans le fauteuil, je ne compte pas profiter lâchement de la situation ! D'ailleurs tu ne saurais pas te coller à moi avec ton bras bandé ! Et moi j'ai peut-être un peu trop bu. On remettra ça à une autre fois, c'est préférable ! Nous ne serions pas compétitifs ! Je te donnerai les dates auxquelles je serai disponible ! ... lancé-je en lui adressant mon sourire le plus dévastateur, puis en éclatant de rire.

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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptySam 27 Fév - 15:47


Un pirate d'Erebor, voilà qui confirme mes hypothèses. Même s'ils sont nombreux à hanter les tavernes de la Ville-Basse, ils n'affichent pas leur appartenance aussi ouvertement, ils sont parfois reconnaissables à leurs tatouages, ou bien à leur façon de se battre, et j'en ai déjà croisé quelques-uns, mais jamais d'aussi près que ce soir. Et nous avons les mêmes origines, ce qui est encore plus intrigant. C'est d'une oreille attentive que j'écoute Ismaïl alors qu'il dévide le fil de sa vie bien remplie, et plutôt tumultueuse. Son récit est émaillé d'un humour ravageur qui est un baume miraculeux sur mes plaies de l'âme autant que pour mon épaule. D'ailleurs, grâce au massage et au bandage bien serré, je ne la sens presque plus.

Bien calée au milieu des coussins, rassasiée par le copieux en-cas que nous grignotons, je suis bien. C'est étrange comme certaines personnes sont capables de vous mettre à l'aise sans arrière-pensée, de vous accorder de l'attention sans exigence en retour si ce n'est votre confiance. Confiance que j'ai accordée à Ismaïl sans même y réfléchir, ce qui n'est guère dans mes habitudes d'âme solitaire. Est-ce parce qu'il m'a sauvée des mains perverses du poivrot du "Perroquet Unijambiste", ou parce que nous sommes tous deux natifs d'Erebor? Ou tout simplement parce que depuis que je suis en sa présence, il n'a tenté aucun geste déplacé alors que j'étais, je suis vulnérable ? Au contraire, il a tout fait pour me faire rire, me mettre en confiance, il m'a offert son hospitalité avec simplicité et bienveillance, et je lui en suis reconnaissante. Il y a bien longtemps que je ne m'étais sentie aussi bien.

Bien sûr, j'admire le magnifique tatouage qui orne son bras jusque son épaule, Roc-Épine dans toute sa splendeur tourmentée : des histoires insolites circulaient dans le sérail sur ces enfants coincés entre Magie et Savoir qui devaient renoncer à l'un ou à l'autre pour s'épanouir enfin. Je suis heureuse pour Ismaïl car même s'il n'a pas terminé son cursus, il a trouvé sa voie et semble satisfait de sa vie. C'est par hasard qu'il est devenu pirate, mais la cartographie reste sa passion …
Quand il raconte son passage à l'Académie, tout comme lui je m'interroge, je ne me souviens pas de l'avoir croisé, je n'aurais pas oublié un visage aussi remarquable, ni sa silhouette féline. Ce devait être un sacré séducteur, je n'en doute pas une seconde. Nous avons étudié des matières fort différentes, et j'ai passé tellement d'heures à la bibliothèque des Eaux-Vives que je me suis peu mêlée aux autres élèves. Et je ne suis pas aussi éblouissante qu'il le laisse entendre d'un air charmeur.

- Tu n'es qu'un vil flatteur, Ismaïl, mais je te remercie. Cette conversation est un remède fort efficace, je me sens beaucoup mieux. Et tu n'as effectivement rien à craindre, je ne te sauterai pas dessus pendant ton sommeil. J'espère que tu n'es pas trop déçu …
J'aime ce ton qui s'est instauré naturellement entre nous, taquin et affectueux. La nuit est la complice feutrée de nos confidences, qu'en sera-t-il demain, au grand jour ? J'ai envie de croire que notre rencontre aura des lendemains, qu'une amitié naîtra de ce banc lancé au travers d'un sombre bouge. Seule ombre au tableau, le nombre de verres qu'Ismaïl a avalé entre ses phrases, même s'il semble ne pas en ressentir les effets. Je serais ivre morte avec le quart de ce qu'il a ingurgité, tout en discutant, il est impressionnant et certainement habitué à boire de grande quantité de rhum. Le médecin en moi condamne évidemment cette addiction, mais l'amie, que je sens poindre, aimerait l'aider à s'en débarrasser. C'est sûrement trop tôt pour affronter ce mal directement, sans blesser Ismaïl, cependant je ne peux me retenir de lui en faire la remarque gentiment alors qu'il remplit un énième verre de cet alcool ambré et odorant. D'un regard grave, je désigne la bouteille presque vide :

- Et puis, peut-être que demain tu ne te souviendras même pas de m'avoir accueillie chez toi. La bouteille vide sera la seule preuve que tu as veillé tard. Tu te demanderas qui est cette inconnue au fond de ton lit. Je crois qu'il est plus raisonnable que je reste ici. Il est temps de dormir, tu as raison, et puis je m'en voudrais beaucoup s'il t'arrivait quoique ce soit sur le chemin du retour.
J'hésite un instant, retenant mes mots, je ne serais pas en accord avec moi-même si je me taisais, je lui fais donc la morale gentiment :

- C'est sans doute une habitude de pirate de boire autant de rhum … Je ne devrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais le médecin que tu as secouru ne peut s'empêcher de te dire que tu te détruis à petit feu …  Et ta nouvelle amie s'en désole … Vraiment … Si un jour tu décides de diminuer et même d'arrêter, je peux t'aider, tu sais. Et j'en serais enchantée … Voilà c'est dit, ne m'en veux pas surtout … Je suis médecin, et quand je peux sauver quelqu'un, je suis obligée de le faire, tu comprends ?
J'étouffe discrètement un bâillement, la fatigue de cette longue journée me rattrape au grand galop. Mes paupières se font lourdes, et je n'ai plus qu'une envie : dormir.

- Nous aurons le temps d'en discuter demain, ou plus tard si tu le désires. J'aimerais vraiment t'aider, tout comme tu l'as fait pour moi, je te dois bien ça, même si ce ne sera pas facile de vaincre une si mauvaise habitude … Bonne nuit Ismaïl et encore merci … Merci pour tout …
Doucement je glisse dans une confortable torpeur, je sombrerai bien vite dans un sommeil profond …
Demain sera un autre jour.
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Message Sujet: Re: Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ...   Donne du rhum à ton homme, du miel et du tabac, donne du rhum à ton homme et tu verras comme il t'aimera ... EmptyDim 28 Fév - 17:35




La jeune femme a la réplique facile, malgré ce choc à la tête, qu'elle n'a pas vu venir, et le léger malaise qui en est la séquelle. Cette particularité la rend encore plus attachante à mes yeux, car je suis plutôt un joyeux drille lorsque mes interlocuteurs méritent que je fasse un pas vers eux. J'adopte donc une mine exagérément rassurée lorsqu'elle me confirme qu'elle n'abusera pas de ma fascinante personne durant mon sommeil. Puis je hausse les épaules et simule un air peiné et outré quand elle m'assure que je ne me souviendrai pas de qui elle est le lendemain. Bon, c'est évident qu'elle me chambre gentiment, mais j'entre de bonne grâce dans son jeu.

- Comment peux-tu dire des horreurs pareilles ! Entre nous c'est désormais à la vie, à la mort ! Tu m'as évité la gigantesque raclée qu'allait m'administrer la patrouille, et, chaque soir,  je me prosternerai devant ce bandage qui te saucissonne de façon si élégante et que j'aurai placé là, sur la cheminée, sans jamais le laver, pour qu'il conserve ton odeur suave !

Je ris de bon cœur après cette phrase aussi loufoque que démesurée, que j'ai eu du mal à terminer. Par contre, je suis nettement moins séduit par la suite des propos que me tient Siméane. Cette accoutumance au divin carafon, à cet alcool qui monte au ciboulot et incite à commettre les pires crétineries, je ne la nie pas, mais je n'en suis pas la seule victime. Un pirate qui ne se rince pas la luette quand l'occasion se présente, ça n'existe pas. J'ai appris sur le rafiot, parmi les anciens, les vrais, les durs. Rhum et piraterie sont des notions indissociables. La bibine c'est un adjuvant, ça endigue la frousse et la douleur, ça colore les succès, c'est une récompense, ça permet d'oublier une enfance sans éclat, la mort qui rôde à chaque abordage, et l'ami qu'un sabre a coupé en deux. Alors oui, je picole. C'est p't'être idiot, nocif et pernicieux, mais oui, je picole. J'ai d'excellentes raisons pour ça, non ? Siméane peut-elle le comprendre, elle qui visiblement a reçu une excellente éducation ? Peut-elle réellement m'aider ? D'ailleurs, est-ce que je le désire vraiment ? Aborder ce sujet m'a énervé, mais la gentillesse et les motifs qu'évoque ma nouvelle amie m'apaisent. Après tout, c'est exact, elle fait son métier de toubib, et je comprends aussi qu'elle se préoccupe vraiment de ma santé, ce qui n'a pas toujours été le cas de mes soi-disant proches. J'ai reçu, de leur part, plus de moqueries et de reproches virulents que de soutien et d'interventions utiles. Dès lors, je me fais conciliant. On n'est pas des sauvages. Du moins pas tout le temps.

- Tu as sans doute raison, Siméane. J'exagère un peu trop souvent. C'est mal vu sur le rafiot, même si les autres connaissent les mêmes difficultés que moi avec la bibine. Faudrait que je me modère un brin, c'est sûr. P't'être que si j'arrive pas à me débrouiller seul, je réclamerai tes bons offices. Si tu veux, on en reparlera demain, j'suis d'accord. C'est adorable de me l'avoir proposé.

Et zou, voilà comment on enterre brillamment un sujet délicat. Un sujet qui dérange. J'évite de donner trop d'explications à ma toubib, car je n'ai pas envie de m'embarquer dans une surenchère d'arguments de part et d'autre. Je me connais bien, je suis un pignouf, une tête de mule, je n'ai pas envie de gâcher cette belle amitié naissante par un excès d'impatience ou des manifestations d'irritation. Siméane étouffe un bâillement, lequel survient vraiment fort à propos. Je m'étire, de façon exagérément théâtrale, et je me frotte ensuite vigoureusement les yeux. Je souris. Ce spectacle vous était offert par Ismaïl de l'Ancre, flibustier et poivrot.

- Bonne nuit, créature de rêve ! Et arrête de me remercier, c'est moi qui te dois une fière chandelle ! ... précisé-je alors. Puis, après une grimace drôle : Endors-toi vite, avant que je ne change d'avis et que je ne plonge sur toi avec des intentions libidineuses ! ... ajouté-je en riant. Ce ne sera pas le cas, le dernier verre de rhum a été le coup de grâce, et je m'affale soudain au fond de mon fauteuil boiteux, qui recule de trente bons centimètres en crissant diaboliquement sur le plancher. Mais je ne l'entendrai pas, je dors déjà.

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