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 Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée

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Le Destin
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Message Sujet: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptySam 1 Avr - 1:24




Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
#1 ♦ Marianne & Quitterie

Les rejetons de l'absurde

Intrigue 2.3 ♦ Trame temporelle alternée




Mariée !
Au duc de Sombreciel !
Et enceinte de son premier enfant, de surcroît !
Elle n’en croit pas ses yeux, la jeune Quitterie, et pourtant elle doit se faire à cette idée : dans ses mains tremblantes, le contrat de mariage stipule bien qu’elle a épousé Castiel. Elle, la fille de… de… d’Alban Martel d’Orsang ? Et de Marianne, son épouse… Peut-être devrait-elle rejoindre cette mère qu’on lui impute, malgré sa grossesse avancée, pour découvrir ce qu’il en est.
La mère en question, de son côté, se réveille sous les coups d’un homme qu’elle ne connaît pas : son époux, lui explique la servante, avec l’air apitoyé que l’on réserve aux demeurés. Son époux, et le père des enfants qu’elle a mis au monde.
Des quatorze enfants, qu’elle a mis au monde en vingt ans de mariage et d’abus…
Et bientôt quinze, très visiblement.
Courage, Marianne, Quitterie : vous vous rappelez toutes les deux de vos vies passées, alors prenez votre bidou à votre cou, et courez à Lorgol !




Consignes

Le Destin vous passe la main



• Ce topic est votre participation à l'intrigue 2.3 La Roue Brisée et n'est ouvert qu'à vous.  

• Vous devez y poster au moins une fois par semaine chacun.  

• Ce sujet devra être clôturé avant le dimanche 28 mai !  

• Vos personnages doivent arriver à Lorgol en fin de sujet, pour rejoindre l'Académie, ils ont le pressentiment qu'on les y attend. De fait, un campement de romanichels rescapés commence à se former dans la forêt de sapins à proximité. Vous serez sûrement au complet vers la fin du mois de mai.

• C'est le Destin qui décide si votre personnage a conscience d'avoir vécu une autre vie auparavant, ou pas ! Respectez bien votre contexte, et soyez attentifs : il peut vous faire retrouver la mémoire en cours de sujet...  

• Le premier message posté sera obligatoirement le formulaire d'ouverture des RP ! Pensez à le dater et à insérer le lien de votre sujet à l'endroit prévu pour permettre son recensement dans la chronologie.

• Le Destin passera peut-être vous taquiner de temps en temps...

• Pas de limite de mots, vous êtes des dragonnets libres, liiiiiiibres !

Bonne chance à tous !  



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Marianne d'Orsang
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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 2 Avr - 0:36


Livre II, Chapitre 3 • La Roue Brisée
Quitterie et Marianne

Les rejetons de l'absurde

ntrigue 2.3 ♦ Trame temporelle alternée



• Date : 14 Avril 1002
• Météo : Ensoleillé, très sec. La poussière vole.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Mariée !
Au duc de Sombreciel !
Et enceinte de son premier enfant, de surcroît !
Elle n’en croit pas ses yeux, la jeune Quitterie, et pourtant elle doit se faire à cette idée : dans ses mains tremblantes, le contrat de mariage stipule bien qu’elle a épousé Castiel. Elle, la fille de… de… d’Alban Martel d’Orsang ? Et de Marianne, son épouse… Peut-être devrait-elle rejoindre cette mère qu’on lui impute, malgré sa grossesse avancée, pour découvrir ce qu’il en est.
La mère en question, de son côté, se réveille sous les coups d’un homme qu’elle ne connaît pas : son époux, lui explique la servante, avec l’air apitoyé que l’on réserve aux demeurés. Son époux, et le père des enfants qu’elle a mis au monde.
Des quatorze enfants, qu’elle a mis au monde en vingt ans de mariage et d’abus…
Et bientôt quinze, très visiblement.
Courage, Marianne, Quitterie : vous vous rappelez toutes les deux de vos vies passées, alors prenez votre bidou à votre cou, et courez à Lorgol !
• Recensement :
Code:
• [b]14 Avril 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1944-les-rejetons-de-l-absurde-intrigue-2-3-la-roue-brisee]Les rejetons de l'absurde[/url] - [i]Quitterie et Marianne[/i]
Mariée !
Au duc de Sombreciel !
Et enceinte de son premier enfant, de surcroît !
Elle n’en croit pas ses yeux, la jeune Quitterie, et pourtant elle doit se faire à cette idée : dans ses mains tremblantes, le contrat de mariage stipule bien qu’elle a épousé Castiel. Elle, la fille de… de… d’Alban Martel d’Orsang ? Et de Marianne, son épouse… Peut-être devrait-elle rejoindre cette mère qu’on lui impute, malgré sa grossesse avancée, pour découvrir ce qu’il en est.
La mère en question, de son côté, se réveille sous les coups d’un homme qu’elle ne connaît pas : son époux, lui explique la servante, avec l’air apitoyé que l’on réserve aux demeurés. Son époux, et le père des enfants qu’elle a mis au monde.
Des quatorze enfants, qu’elle a mis au monde en vingt ans de mariage et d’abus…
Et bientôt quinze, très visiblement.
Courage, Marianne, Quitterie : vous vous rappelez toutes les deux de vos vies passées, alors prenez votre bidou à votre cou, et courez à Lorgol !








J'ai pour moi les vents, les astres et la mer.


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Dernière édition par Marianne d'Orsang le Dim 2 Avr - 19:46, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 2 Avr - 0:40

Marianne reprend ses esprits lentement, tandis que la silhouette de la servante glisse hors de la pièce ; laissant sa maîtresse là, à même le sol. La Belliférienne lutte contre la douleur sourde qui s'enfonce dans son corps, partout où les coups l'ont atteint. Se répétant les mots de la servante pour comprendre et s’accrocher à la réalité, après la pluie de violence qui s'est abattue sans raison apparente.
Martel. Le même homme qui a fait vivre un enfer à Grâce ? Il est mort. Non, il est son époux. Impossible. Que fait-elle à Orsang ? Que fait-il à Orsang ? Rien n'a de sens, à part la souffrance.
Elle se redresse avec difficulté, comme alourdie. Elle a le goût de son sang dans la bouche. La Voltigeuse s'examine par réflexe et se découvre quantité d’ecchymoses sur les bras. Bleus, jaunes, violacés. Des nouveaux, et des anciens. Elles sent ceux qu'elles ne voit pas. Pourquoi ? Comment ? Mais surtout, surtout, ce ventre proéminent, bientôt à l'étroit dans la robe quelle porte. Une robe ? Quatorze enfants. Quels enfants ? Les siens. Non, elle n'a qu’Édouard. Elle est enceinte. De plusieurs mois.

Marianne sent l'effroi l'envahir et lui glacer les veines. Elle refuse de comprendre. Ça ne peut être réel. C'est un cauchemar, ou une illusion. Elle est bien dans un des salons de son domaine, mais des meubles ont changé. Elle finit de se lever pour se diriger vers la fenêtre, appelant mentalement Iode, mais elle se fige devant le paysage. Au loin, elle repère les mines habituellement scellées, qui sont à présent éventrées et grouillantes d'activité. Des chariots passent, chargés en minerai. Dans la cour, un garçon crasseux s'est retourné au bruit de la fenêtre et l'observe, l'ai méprisant.
« Tu dois pas aller aux fenêtres. Ou Père sera fâché. »
Marianne ne réagit pas, trop abasourdie pour répliquer. Cet enfant serait un de ses fils ? Non ! Rien n'est vrai ! Ce ventre, ce domaine, cette vie, rien...
« T'attends quoi, une autre baffe ? »
Le ton hargneux de l'adolescent la fait sursauter. Dans ce regard, aucune chaleur, aucune considération. Elle recule dans l'ombre, déstabilisée. Le garçon a un sourire satisfait et s'éloigne.
Le doute continue de s'insinuer en elle, poison devenu insupportable, ébranlant ses convictions. Alors par la pensée, elle se met à hurler à l'aide, cherchant le contact de son ami à plumes. Aucune voix ne vient lui répondre. Aucune image, aucune sensation. Iode n'est pas là, remplacé par un vide trop vivace pour être une illusion. Ou alors est-elle vraiment devenue folle ? Est-ce cela, la réalité ?
Pour la deuxième fois, elle tombe, ses contusions l'irradiant tout entière. L'évidence lui frappe l'esprit plus cruellement que les poings de son mari.

Tout ce qu'elle est n'existe pas, n'existe plus. Son passé, son présent, ses amis, sa famille, Iode. Tout s'effondre, tout a disparu. Il n'y a plus que la douleur, le vide béant dans son esprit, et l'abîme dans lequel elle se perd. A nouveau au sol, elle pleure, démunie, plus perdue encore que cette nuit d'enfance où elle s'est retrouvée seule, dans le noir absolu des mines.







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Iode • #663300
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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 2 Avr - 17:55

Destin, pourquoi, MAIS POURQUOI ?
Est-ce que tout le reste n’a jamais été qu’un rêve ? Un songe particulièrement prégnant, le délire d’un esprit malade, un fantasme né de l’oisiveté ? Aubenacre n’est-elle donc qu’une illusion ? Géralt et Désirée, juste des chimères évaporées ? Serment et Sayam, juste des pantins imaginaires ? Sa magie, un simple conte d’enfant frustrée ? Et ses yeux, ô Valda bien-aimée – ses yeux voient-ils vraiment le monde tel qu’il est ?
Elle est choquée, Quitterie, chamboulée dans les tréfonds de son être. Sous sa main gauche, son abdomen enflé tressaute sous les coups de pied de la vie qui y grandit ; dans la droite, le contrat de mariage entre Castiel, duc de Sombreciel, et Quitterie d’Orsang tremble sous l’émotion qui la parcourt toute entière.

Fille d’Orsang.
Mariée au duc parmi une cohorte d’épouses secondaires.
Sa favorite, car elle porte son premier enfant.


Non, c’en est trop.
Les nerfs lâchent, les larmes montent, et Quitterie s’effondre en pleurs sur son lit richement sculpté, hoquetant sans fin dans l’atroce solitude de son esprit. Elle ne comprend pas. Qu’est devenu Géraud Aubenacre, qu’est devenue Louise, sa mère déserteuse ? Pourquoi est-elle née d’un Alban Martel d’Orsang et de son épouse Marianne ? Où est sa famille ? Où est sa magie, où sont Serment et Sayam ? Faut-il qu’elle se crève les yeux pour retrouver sa vie telle qu’elle l’a laissée la veille au soir, en s’endormant dans ses appartements de la caserne de Port-Liberté ? Où est… Où est Rackham ? D’une main tremblante, elle saisit les ciseaux de couture dans la trousse de broderie, sur la table de chevet. Fixant la pointe acérée sans ciller, elle s’apprête à l’enfoncer – lorsque le cri horrifié d’une servante qui vient d’entrer la distrait.

La petite a de bonnes suggestions. Si c’est visiblement sa grossesse avancée qui l’épuise à ce point, surtout qu’elle est en butte à l’hostilité active d’une autre des épouses, une certaine Mélodie – alors peut-être devrait-elle aller se reposer quelques temps chez ses parents, à Orsang ? Le duc la laisse libre de ses mouvements, alors pourquoi pas ? Tapotant pensivement la joue de la mignonne, Quitterie accepte.

C’est à la nuit bien avancée que le portail pour le domaine familial est activé et qu’elle le traverse, accompagnée de la même petite servante qui refuse de la quitter. Une fidèle qui a grandi à ses côtés au manoir, qui l’a suivie – l’amie et la confidente sait visiblement tout de sa vie et s’esquive pour chercher discrètement la maîtresse de maison. « Il vaut mieux éviter de réveiller votre père ou vos frères, Madame. » La petite semble terrifiée à cette idée et Quitterie ne peut s’empêcher d’approuver. Au bout de quelques minutes qui semblent une éternité, une femme brune entre dans la pièce – son visage est marbré de bleus, son regard semble craintif, méfiant. Cette femme, elle la connaît : c’est la Voltigeuse de Bellifère qui a combattu aux côtés de Monsieur Octavius, dans l’arène, à l’automne. Sauf qu’elle n’avait pas cette mine apeurée, ni cette grossesse avancée.

La manœuvre est rendue délicate par leurs deux ventres proéminents, mais Quitterie n’en a cure. Peu importe que la femme se souvienne, ou pas : elle la prend dans ses bras tant bien que mal, la serre fort pour se blottir contre elle, et fond en larmes contre la poitrine généreuse. Elle qui n’a jamais connu de mère se fiche bien de savoir si celle-ci est réelle : elle a juste besoin de réconfort. D’être rassurée. Comprendre, cela viendra après. D’une voix entrecoupée par les sanglots, elle balbutie quelques mots. « L’on me dit… que vous êtes ma mère, mais je suis pas duchesse consort… je suis Chevaucheuse d’Ansemer, mais je ne retrouve plus mon dragon… et je suis une aveugle… qui voit… Je ne comprends pas ! Aidez-moi ! »

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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyJeu 6 Avr - 1:37

Tout le reste de sa journée avait été affreuse.
Marianne était restée longtemps à terre, noyée dans son désespoir, à prier les dieux de lui venir en aide. Mais la seule intervention fut celle d'une autre servante, qui eut assez de pitié pour la relever et l'aider à ses tâches dans la maison ; avant que le père Martel ne revienne à la charge devant sa négligence. Marianne se mit à laver, récurer, cuisiner. Machinalement. Son regard était éteint. Que pouvait-elle faire d'autre, dans cette réalité où elle ne valait pas plus qu'une brique ? Elle se mit à poser des questions parmi les domestiques, glanant des informations ça et là. Son père était mort depuis longtemps – l'intendant aussi, remplacé par un autre – vingt années de mariage avec Alban Martel – une fille aînée, Quitterie, mariée au duc de Sombreciel. Elle ne cherchait plus à remettre en question les réponses offertes, presque résignée.
Presque.
Cette crainte qui lui tord le ventre, chaque fois qu'elle croise son époux ou ses acolytes, lui donne la nausée. Ces enfants qui l'appellent mère sans amour et celui qui grandit en elle, qu'elle peut sentir bouger, attisent sa détresse et font trembler ses mains. Si c'est cela, l'essence de son existence... autant se laisser mourir comme sa mère.
Elle voudrait fuir, fuir cette vie misérable et cette maison qui n'est plus la sienne. Lorgol s'impose dans ses plans fous. Mais en est-elle capable ? Avant elle ne tergiversait pas quand elle avait une idée en tête. Elle voulait faire médecine ? Pas de problème. Partir à l'aventure ? Elle a sillonné les mers, touché les étoiles. À présent sa situation lui semble insoluble et irrévocable, à servir le monstre immonde assise à sa table pour dîner, pendant qu'elle lui fait face debout, soumise à son bon vouloir.
Elle atteint le comble de l'horreur une fois la nuit tombée, quand elle se retrouve obligée de partager son lit avec son bourreau. Totalement statufiée, Marianne guette la respiration de l'homme à ses côtés, les yeux grands ouverts. Ce n'est qu'après une dizaine de ronflements qu'elle s'autorise enfin à bouger et quitter ces draps qui lui brûlent la peau. Elle reste ainsi au dessus du lit de longues minutes, silencieuse, à observer son époux et à réfléchir. Partir ? Elle aurait toute sa famille aux trousses, dans un duché misogyne, avec une grossesse encombrante pouvant la mettre en danger. Quand bien même elle atteindrait Lorgol, vers qui pourrait-elle se tourner pour trouver refuge ? La Taverne de la Rose doit aussi provenir de son imagination. Elle se ferait détrousser dans la Ville Basse, ou certainement pire.

Son regard se pose sur le lourd chandelier en or, éteint, posé sur la table de chevet.
Est-ce que dans cette vie sans choix ni liberté, son serment a encore du sens ?
Elle s'empare doucement de l'objet, sans un bruit, et le lève lentement. Les ronflements se font plus sonores. Elle hésite, la médecin. L'a-t-elle été ?
Dans le couloir derrière elle, quelqu'un approche à pas feutrés. Elle doit se décider maintenant. Sa prise sur l'objet se resserre.

Ô Callia, Sithis, je vous laisse juges.
Marianne repose le chandelier sur la table pour se tourner vers la porte. Les pieds discrets appartiennent à une jeune fille qu'elle n'a jamais rencontré et qui réussit l'exploit de rester muette, surprise par une maîtresse de maison déjà debout. La servante lui fait signe de la suivre, les deux femmes quittant la chambre sans un mot.
Elle s'attend à tout en entrant dans le salon faiblement éclairé, même à un piège de ses fils ou des domestiques. Quelle n'est pas sa surprise de découvrir un visage connu. Ici donc, la Chevaucheuse Louison serait sa fille Quitterie, croisée à l'Archipel, au Tournoi, à la Samhain... son esprit pourrait-il vraiment avoir inventé tout cela ?

Elle n'a pas le temps de réfléchir plus avant : la jeune femme se jette dans ses bras - autant qu'il est possible de le faire avec les deux tonneaux qui leur servent de ventre – et verse sur elle une bonne crise de larmes. Les hormones décuplent l'instinct maternel de la Voltigeuse et elle répond à l'étreinte avec force, faisant fi de ses blessures et de sa vue qui se brouille, un espoir fou lui prenant le cœur. Quitterie est bien le seul visage familier que Marianne peut raccrocher à son passé perdu ; les deux femmes puisent du réconfort dans les bras l'une de l'autre, comme deux naufragées en pleine tempête. Entre les pleurs, incrédule, elle entend la mage confirmer la seule identité qu'elle lui connaît. Elle n'est donc pas folle ! Cette vie n'est pas la sienne ! Ce monde n'est pas le leur ! Elle serre un peu plus la petite contre elle, étouffant un rire de soulagement entre ses larmes.
« On m'a aussi dit que tu étais ma fille... je ne comprend pas non plus, mais j'ai été... je suis Voltigeuse, on a participé ensemble au Tournoi des Trois Opales, on est soigneuses... ça, c'est réel ! On ne l'a pas inventé ! »
A travers ses paroles, ses convictions renaissent, son assurance revient. Marianne n'a pas rêvé, c'est le monde autour d'elles qui a changé. Au fond d'elle, un feu reprend, rageur. Un orgueil étouffé par le premier choc. Elle n'est et ne sera jamais une épouse enfermée dans l'ombre d'une brute. Elle n'a pas de chaînes, elle n'en a jamais eu, elle rejette cette vie misérable qui n'est pas la sienne.
L'ancienne pirate se frotte les yeux de la main pour pouvoir les planter dans ceux de la Chevaucheuse. Elle s'autorise même un sourire, faible mais bien présent.
« Merci d'être venue, vraiment. Quitterie, c'est ça ? On va s'en sortir, comprendre ce qui s'est passé. Quittons cet endroit maudit tant qu'ils dorment tous. On a bien réussi à se perdre mille ans dans le passé et à revenir, alors on va trouver une solution pour changer... tout ça. »
Gardant Quitterie dans ses bras encore tremblants, mais d’excitation cette fois, elle se tourne vers la petite servante qui était restée en retrait. La pauvrette n'a pas dû comprendre un traître mot de leur échange. Mais si elle n'est pas intervenue, elle doit être de leur côté.
« Partons d'ici, discrètement et aussi vite que possible. Emportez ce que vous trouverez d'utile ici : fleurons, couvertures, vivres... cadeau de la maison. Et on met les voiles. Je ne resterai pas une journée de plus sous le toit de cet arriéré crétin de Martel. »
Partir ne lui fait plus peur. Tout sauf rester dans cette prison détestable. Cet Orsang-là n'est pas son domaine.







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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 9 Avr - 0:40

Tandis que Quitterie déverse un torrent de larmes dans les bras de Marianne, l’étreinte de celle qui est apparemment sa mère la réconforte et la rassure. Submergée par la panique, par la crainte, l’angoisse, la peur et le doute, elle se laisse aller un instant, puisant de la force dans le soutien solide de cette femme qu’elle connaît finalement bien peu. Cela fait des années qu’elle n’a pas eu auprès d’elle de présence maternelle, et elle s’accroche malgré elle, poussée par l’instinct, cramponnée aux épaules de la Voltigeuse de toutes ses forces, les yeux étroitement clos pour ne plus voir ce monde qu’elle ne reconnaît pas.

La voix de Marianne énonce des vérités auxquelles elle peut se raccrocher – le Tournoi, oui, elle s’en souvient aussi ! L’évocation de leur activité toutefois fait grimacer Quitterie, qui murmure d’une voix altérée la sombre réalité. « Je n’ai… Je n’ai plus de magie – plus de Familier, plus de dragon, plus d’Hiver pour soigner et apaiser, je ne – je ne suis plus rien ! Plus personne… » Plus personne. Les mots résonnent sous son crâne si terriblement vide, maintenant que Serment et Sayam ne sont plus là pour emplir ses pensées de leur tendre affection – oh ! Comme elle se sent seule, la fille de Bellifère ballotée d’une vie à l’autre ! Et ces images qui l’agressent, ce monde terriblement différent, ces couleurs si vives qui brûlent sa rétine – elle a appris à aimer l’obscurité, elle a apprivoisé les ténèbres, n’aspire qu’à se retrouver dans le noir, pour retrouver le goût de vivre.

La gorge serrée, elle opine silencieusement du chef à la proposition de Marianne, refusant de la lâcher, tournant ensuite le regard vers la petite servante. Timidement, elle ajoute quelques remarques. « Sais-tu où est l’antenne de la Guilde des Mages la plus proche ? Est-ce qu’il y en a une à proximité ? » La réponse est affirmative – c’est une chance, une petite heure de chevauchée prudente les y amènera. « Il y a des chevaux sur le domaine, on peut en voler trois et libérer les autres ? Ça devrait les occuper suffisamment pour nous laisser le temps de partir… Marianne, j’ai l’impression qu’on doit aller à Lorgol – je ne sais pas pourquoi, mais j’ai le pressentiment qu’on nous attend là-bas… Vous voulez bien y aller avec moi ? » Elle n’ose pas regarder Marianne, fixe le plancher comme si elle voulait s’y enfoncer. Cette demeure pleine de faste et de richesse l’oppresse, elle est censée y avoir grandi mais n’en a conservé aucun souvenir. Qui sont-ils, ces autres enfants dont sa suivante lui a parlé, ces nombreux frères apparemment hostiles à son mariage avec un Cielsombrois, fût-il duc et souverain ? On lui a raconté, la visite protocolaire de Castiel à Hacheclair, les hautes familles conviées, la richesse exposée comme jetée au visage des visiteurs ; et une nuit dans le lit du séducteur et capricieux Castiel, l’enlèvement, le mariage…

La tête lui tourne, et elle s’appuie contre la maîtresse des lieux, le cœur au bord des lèvres. Est-ce que ça ira mieux, si elle retourne dans le noir si familier de la cécité… ?
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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptySam 15 Avr - 22:09

« Je n’ai… Je n’ai plus de magie – plus de Familier, plus de dragon, plus d’Hiver pour soigner et apaiser, je ne – je ne suis plus rien ! Plus personne… »
Ô Valda, vient en aide à tes enfants à qui on a arraché les ailes ! La remarque ravive chez Marianne l'absence de son griffon et attise sa propre souffrance. Mais la perte pour Quitterie doit être encore plus terrible, sans son familier, son dragon et sa magie. Elle voudrait la rassurer, lui dire qu'elles retrouveront ce qu'elles ont perdu, mais elle n'en a aucune garantie. Alors elle garde la jeune fille contre elle, silencieuse, dans l'espoir de d'apaiser son cœur et le sien propre. Le vide douloureux en elle, là ou se trouvait Iode, ne cesse de la tourmenter ; Quitterie est devenue son ancre, la seule preuve tangible à laquelle se raccrocher dans la folie qui les entoure. Elles n'ont plus que leurs souvenirs, mais elles peuvent encore se soutenir et agir.
« Mon griffon me manque aussi... mais on va surmonter cette galère ensemble, d'accord ? On peut tenir le coup à deux. »

Un peu remises de leurs émotions, les deux femmes commencent à planifier leur fuite avec l'aide de la jeune servante. Une heure à cheval pour atteindre un mage des portails, c'est largement faisable, même dans leur état. Marianne leur indique où trouver l'aile des cuisines et celle des écuries ; il faudra passer un peu de temps à ouvrir toutes les stables des chevaux, mais elles y gagneront au final.

« - Marianne, j’ai l’impression qu’on doit aller à Lorgol – je ne sais pas pourquoi, mais j’ai le pressentiment qu’on nous attend là-bas… Vous voulez bien y aller avec moi ?
- J'ai la même intuition, Lorgol m'appelle comme si les réponses se trouvaient là-bas. La Voltigeuse garde la main de Quitterie dans la sienne. Pour sa part, pas question de s'éloigner de la petite Chevaucheuse. Elle continue avec assurance : J'irai avec toi, bien sûr. »
Après tout, elles ont des connaissances communes à la Taverne de la Rose, peut-être que d'autres personnes se souviennent ? Elle regarde son amie d'infortune avec chaleur, mais celle-ci s'obstine à garder les yeux fermés avec force, comme si la faible lumière de la pièce l'aveuglait. Marianne se rappelle comment elle avait tâtonné dans l'épreuve de la Reine de Sang créée pour Neve. Elle était donc devenue aveugle depuis, et à nouveau voyante dans ce monde. Le Destin ne l'épargnait pas.
Elles devaient éviter de s'attarder dans la maison. Joignant le geste à la parole, entraînant Quitterie par la main, Marianne s'active à dépouiller le salon de tous ses petits objets en or ; la servante quant à elle s'éclipsant dans les cuisines. Faire main basse sur les richesses de la maison ne la trouble pas outre mesure. Tout ce luxe étalé de manière ostentatoire l'avait irrité la journée entière, l'occasion était trop belle pour répondre à la provocation. Et puis, c'est chez elle, non ? Si tout cela lui appartient, autant les ajouter dans son sac de toile en plus des fleurons.
Elles sortent ensuite dans la fraîcheur de la nuit pour se diriger vers l'aile des écuries, libérant un à un les chevaux endormis. Il y en a plus que dans les souvenirs de la Belliférienne – richesse oblige – et elle se trouve rapidement essoufflée par la tâche. Son corps n'a jamais été entraîné par dix ans en mer et la formation des Voltigeurs, et Marianne prend conscience de l'ampleur de sa faiblesse. Enceinte, contusionnée, les muscles endoloris et frêles par une vie cloîtrée chez elle. Quelle plaie ! Inciter les bêtes à sortir dehors et s'éloigner du domaine allait prendre trop de temps. Elle a une meilleure idée.

« Mettez-vous en selle, je reviens tout de suite. » Le temps d'un aller-retour, la médecin ressort avec une lampe à huile. Elle monte tant bien que mal sur l'étalon qu'elle s'est choisie, pestant contre ce gros ventre qui promettait une chevauchée douloureuse pour son dos et ses blessures. Les trois cavalières s'éloignent au pas, longeant les écuries jusqu'à leur extrémité.
« Quitterie, je te conseillerai de ne pas regarder en arrière, pour tes yeux. Et sans aucun état d'âme, Marianne jette la lampe dans les écuries grandes ouvertes et pleines de foin. Voilà qui devrait faire fuir les chevaux et occuper tout le château durant notre fuite, pour éviter que l'incendie ne touche les autres ailes ! Je connais la route, allons-y ! » Elle lance sa monture sur la route pour entraîner les autres, sans se presser, ménageant ses forces, laissant le feu attaquer doucement mais sûrement le bois.
De la part de Douce Marianne, avec toute son affection ! Vous trouverez une autre poule pondeuse pour faire la potiche au dîner !







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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 16 Avr - 21:52

C’est tellement dur, de grimper en selle avec ce ventre énorme – comment font les autres, par Maari ? Péniblement, la Chevaucheuse se hisse sur le dos de la monture que la petite suivante lui propose, regrettant pour la centième fois Serment et son harnais de vol parfaitement ajusté à ses mesures. L’excédent d’embonpoint la déséquilibre, et elle peine à trouver la bonne assise : visiblement, ce corps n’est pas habitué à tout cet exercice physique, et Quitterie s’essouffle rapidement.  Elle n’est pas au bout de ses peines toutefois : la voix claire de Marianne l’avertit, et elles s’enfuient aussi vite qu’il est raisonnable dans leur état, laissant derrière elle un domaine en flammes et une horde de chevaux paniqués. Elle ne parle pas beaucoup, la petite Belliférienne paniquée : dans sa tête, comme une litanie sans fin, dansent le souvenir de ces voix familières, appartenant à des êtres qui n’existent… pas. Désirée, Gédéon, Géralt – même sa chère Lucille, et Maelys et Melinda et Rackham et… et tous les autres. La vérité, c’est qu’elle est terrifiée, au-delà de toute description : sa vie qu’elle pensait si solide s’est trouvée sens dessus dessous en l’espace d’une nuit, et elle ne comprend pas ce qui lui arrive.

Son cœur bat la chamade, au rythme des sabots de sa monture qui martèlent le sol, droit vers le salut. Elle est comme… anesthésiée. Elle se refuse toute pensée pessimiste, et par moments clôt étroitement les yeux pour retrouver les ténèbres familières, se réfugiant dans le noir absolu qui est devenu au fil des ans son abri et son domaine. Elle n’est pas faite pour ça, Quitterie : elle n’a pas le courage ni la détermination nécessaires pour se débrouiller seule. On s’est toujours occupé d’elle, depuis toute petite : Désirée d’abord, puis Géralt, puis Lucille et Freyja à Lorgol, puis ses camarades à la caserne, et Rackham ensuite ; même Marianne endosse à présent ce rôle, la tirant en avant dans son sillage. Elle, seule ? Quelle vaste blague ! Elle est incapable de s’en sortir, et elle le sait parfaitement. Ô Valda, toi l’Étoile qui illumine le ciel au crépuscule et qui veille sur les chemins de l’humanité foulant la poussière – ô Valda, mère de la lumière qui scintille au firmament, garde-moi du danger, je t’en supplie ; ô Valda, prends en pitié ta fille misérable. Pitié, Valda solenelle, Valda éternelle, ô Valda qui règne sur les nuages et les nuées, je t’en supplie : rends-moi ma nuit, rends-moi ma vie !

L’arrivée à l’antenne de la Guilde des Mages interrompt ses réflexions empreintes de désespoir, et c’est en agrippant la main de Marianne qu’elle s’engouffre avec elle dans le portail les menant tout droit à l’Académie de Lorgol. La servante restera en arrière et détournera les soupçons, et elles deux, pendant ce temps, chercheront à comprendre ce qui se passe. Oui, c’est la teneur de leur plan : demander à passer l’entretien d’entrée, ne serait-ce que pour gagner quelques jours, le temps de souffler, de se reposer, et de décider quoi faire ensuite. Au prix exorbitant de l’inscription, d’ailleurs, qui les déleste d’une bonne partie de leur butin – mais les voilà tranquilles pour le moment. Dans l’étroite chambre qu’on leur a attribuée à l’étage des visiteurs, Quitterie contemple le lit pouilleux qu’elles vont devoir partager ; et soudain, les nerfs lâchent. Cramponnée avec l’énergie du désespoir à la silhouette solide de cette femme que l’on prétend être sa mère, elle fond en larmes, hoquetant quelques phrases sans queue ni tête. « Je veux ma cigogne, je veux mon dragon, je veux ma magie, je veux ma sœur et mon frère et mon capitaine et ma caserne – Marianne, je veux pas de cette vie ! Je veux pas être une épouse parmi quinze autres, je veux pas de ce bébé ! Je veux pas, je veux mourir si vivre c’est devoir rester là – je veux rentrer chez moi ! »

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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyJeu 20 Avr - 16:50

La route défile dans la nuit, à peine visible. Marianne se concentre sur les mouvements de son étalon, sur ses douleurs, sur Quitterie à ses côtés. Elle distrait ses pensées autant que possible, pour ne pas les tourner vers cet autre monde devenu fou, vers la solitude criante de son esprit. Elle repousse l’échéance. Elle s’agrippe à cet élan d’énergie, cet échappatoire que lui a offert la Chevaucheuse. Combattant le vide en elle par l’action.
Elle parvient à convaincre un mage des portails de les faire traverser malgré l’heure – la santé de l’épouse du duc de Sombreciel, et de son futur héritier, voilà un bon argument. Les voici enfin à l’abri, envoyées directement dans l’immense hall d’entrée de l’Académie de la Magie et du Savoir, presque rassurant tant il leur semble familier. Sentiment qui disparaît bien vite lorsque des gérants aux manières cupides viennent les aborder. La servante les avait prévenues, mais voir l’Académie transformée en repaire de grippes-sous pires que des vautours, il y a de quoi être atterré. Heureusement, ils ne sont pas très regardant sur le moyen de paiement à l'inscription, et Marianne garde des fleurons de côté pour renverser sur leur table son sac d'objets dérobés. De l'or brut, visiblement, ils ne crachent pas dessus.
« Bien, bien… deux inscriptions donc, l’affaire est entendue. Et ce sera dans quelle matière, pour la dame d’Orsang et sa fille ?
- Médecine. »
Pourquoi faire compliqué. Avec de la chance, ce Savoir aura peu évolué, ce qui leur laissera tout le temps de récupérer des forces, poser les choses, et même investiguer sur place.

Les deux femmes sont menées vers une chambre temporaire, Marianne continuant de guider doucement Quitterie par la main. La jeune fille l’inquiète : peu bavarde, le visage crispé, les yeux clos aussi souvent que possible. Sa manière à elle de tenir bon.
Enfin seules, la médecin ose se détendre un peu, après toute la tension de leur escapade. La journée a été trop éprouvante à son goût. De même pour Quitterie visiblement, qui craque après un silence et s’accroche à elle, le visage inondée de larmes. Marianne enlace la petite mage, sans un mot. Comme elle comprend, sa détresse, sa solitude ! Ces enfants inconnus aussi, non désirés, auxquels elle refuse de penser. Elle ne peut que garder la jeune fille dans ses bras, dans ce seul espace où il n’y a qu’elles, laissant ce monde fou au-dehors. Elle la berce, la faisant s’asseoir sur le lit miteux, la laissant pleurer leur peine pour deux, jusqu’à ce qu’elle se sente mieux.
« Parle-moi d'eux. Ton Familier, ton dragon, ta famille... leurs noms, comment tu les as rencontrés… tu veux bien ? Ces gens que tu apprécies. »
Car c’est pour eux qu’elles tentent de tenir, non ? Marianne la garde dans ses bras, attentive. A propos de ces personnes qu’elle ne connaît pas, d’autres dont les noms l’interpelle, mais elle n’interrompt pas la jeune Belliférienne. Elle veille sur elle, la relance, l’écoute, tandis que la fatigue se fait plus insistante. Elles s’endorment, épuisées, à l'étroit dans l'unique lit minuscule. Demain, ça ira mieux demain. Il le faut.







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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptySam 22 Avr - 18:31

À bout de larmes, hoquetante et épuisée, Quitterie s’est un peu calmée. La présence réconfortante de Marianne la rassure un peu ; mais l’univers étrange dans lequel elles évoluent à présent continue de la terrifier prodigieusement. La Voltigeuse lui tend une perche, et la petite mage perdue s’y raccroche avec l’énergie du désespoir, plongeant tête la première dans le ballet de ses souvenirs. « J’ai-j’ai rencontré ma famille… ben, quand je suis née… Mais je me rappelle pas de ma mère, elle est partie quand j’avais deux ans. C’est Désirée, qui m’a élevée – Désirée c’est ma grande sœur, elle avait seize ans déjà quand je suis née. Elle a sûrement à peu près ton âge, tu vois, son mari l’a chassée quand elle avait mon âge à moi parce qu’elle était devenue aveugle et qu’elle servait pû à rien chez lui, et c’est elle qui s’est occupés de nous, Gédéon Géralt et moi, quand on était p’tits. Géralt il est né juste avant moi, tu le connais je crois il est chirurgien… sur l’Audacia. Pis Gédéon c’est celui d’avant mais il est un peu simplet depuis que les grands l’ont tabassé y’a longtemps… » De nouvelles larmes coulent, à l’énoncé tout simple de cette vie de misère dans une famille insensée. « Il y a.. Il y a Éponine, aussi, c’est ma nièce, la fille de Désirée… Elle a onze ans. Géralt me l’a amenée le mois dernier, à Lorgol, elle est mage tu sais, elle était en danger là-bas… Et il m’a dit-et il m’a dit- et il m’a dit que-que-que Père avait f-forcé Désirée et que-que Éponine c’était sûrement aussi n-notre sœur. »

Impossible de savoir ce que Marianne comprend à tout ce méli-mélo incompréhensible, mais ce qu’il ressort de ce fatras impossible c’est qu’ils lui manquent, ces quatre Aubenacre fréquentables : l’idiot attardé à la gentillesse si pure et désintéressée, le chirurgien pirate qui l’a aidée à s’enfuir il y a longtemps et qui vient de sauver une autre petite mage en péril avant de conquérir sa propre liberté, la sœur aînée aux yeux inutiles que le père a battue et maltraitée mais au cœur si grand qu’il en aime le monde entier – et la petite dernière aux cheveux flamboyants, née si pure et belle d’un crime pourtant sans pardon. « Je veux les sauver, Marianne, tu sais, Gédéon et Désirée, j’ai peur que Père leur fasse du mal, ou que Gaston les tue. » Elle a murmuré, le nez contre le cou de Marianne qu’elle trempe de ses larmes silencieuses à présent. Elle n’entend même pas la réponse de son aînée, si tant est qu’elle réponde : vaincue par les émotions et l’épuisement, elle s’endort d’un coup, blottie contre elle.

Le lendemain est une journée d’investigation. Côte à côte, les deux femmes se mêlent aux postulants, interrogeant le plus innocemment possible ceux qu’elles croisent, tentant de reconstituer le casse-tête pour comprendre ce qui leur arrive. Visiblement, la Trêve n’a jamais eu lieu : les candidats ne connaissent pas la Rose Écarlate. Oh, comme le cœur de Quitterie se serre, à l’idée d’avoir aussi perdu Hypérion ! Parmi les disciplines enseignées, figurent en bonne place la magie du Sang et le savoir du Temps – elle a même aperçu par la fenêtre une étrange machine volante transporter des choses vers les hangars de l’Académie. Incroyable !

Le soir venue, lovée à nouveau contre Marianne dans leur petite chambre misérable, elle laisse ses pensées dériver un instant vers Désirée et Gédéon, vers Éponine. Et Géralt, où est-il, ce grand frère protecteur qui lui manque si fort ? D’un soupir, elle tente de chasser ces sombres pensées. « Et toi, Marianne, dis ? parle-moi de ta famille. Tu es mariée… ? »

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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptySam 29 Avr - 15:10

14 Avril 1002

Parmi la myriade de noms que Quitterie lui présente en un flot effréné, elle saisit celui de Géralt – le nouveau chirurgien de l’Audacia est donc son frère. Voilà qui rassure un peu la médecin, qui s’inquiétait souvent de savoir Ilse et Freyja aux bon soins d’un autre, loin d’elle. La voix de la jeune mage est teintée d’amour et d’inquiétude pour chacun des êtres qui lui sont chers. Marianne veut répondre à Quiterrie, l’aider à sortir son frère et sa sœur de l’enfer dans lequel ils doivent vivre, mais Niobé l’emporte et sa réponse est incompréhensible.

15 Avril 1002

La nuit de repos lui a fait le plus grand bien, même si des courbatures commencent à poindre. Elle voit leur situation sous un meilleur jour, maintenant qu’elles sont en sécurité avec un toit sur la tête. L’entretien d’entrée n’aura lieu que dans une semaine, alors elles commencent à enquêter à deux. Elles se font discrètes, déambulant dans l’Académie parmi les autres inscrits, à la pêche aux informations. La Voltigeuse couve Quitterie des yeux, se séparant d’elle le moins possible. Sans elle, elle serait resté encore longtemps dans cette maison affreuse à Orsang, à dépérir à petit feu jusqu’à s’éteindre. Et puis ici, Quittou est sa fille, non ? Elle est rassérénée de la voir reprendre pied et poser des questions avec elle. Marianne est agréablement surprise de voir anciens Savoirs et Magies enseignés, n’ayant jamais été interdits. Puis elle reste bouche bée aux côtés de la jeune mage devant la vision d’une… d’un… aéronef ! Et encore subjuguée par une mélodie qui s’élève doucement entre les murs de l’immense bâtisse, aux notes enchanteresses ; certains élèves se promènent avec des instruments de musique, le plus naturellement du monde.
De retour dans leur chambre après une journée d’enquête, Marianne trie mentalement les informations récoltées. Visiblement, elles ont bien fait de se réfugier à l’Académie. Lorgol est devenu un véritable coupe-gorge ou meurtres et enlèvements vont bon train. Dans cette réalité, l’ancienne guerre a fait de terribles ravages. Une fois l’entretien réussi, elles pourront faire des recherches dans les Bibliothèques.
« Et toi, Marianne, dis ? parle-moi de ta famille. Tu es mariée… ?
La Chevaucheuse dans ses bras la tire de ses réflexions, l’emmenant sur un autre sujet.
Oh. Je n’ai plus vraiment de famille, à Orsang. Je ne suis pas mariée, non. Je n’ai ni frère ni sœur. Ma mère est morte quand je suis née – une rose des sables étouffée par les mœurs de Bellifère, disait mon père. Ça l’a beaucoup affecté, il m’a toujours soutenu pour que je mène la vie que je souhaite. Maintenant qu’il est parti aussi, ma famille c’est l’Audacia. Et Iode, c’est mon frère à plumes. J’suis la marraine de l’aînée de Freyja, j’ai adopté un petit garçon, Edouard. Il doit avoir un an maintenant…
Un an, déjà ! Cet enfant-là est bien plus concret pour elle que celui dont elle est enceinte. Qu'est-ce qu'elle ne donnerait pas pour revoir Freyja et s'abandonner dans ses bras, pour sentir en elles les pensées protectrices d'Iode…
- Partant de là, mon domaine est tristement vide en ce moment. J’y suis peu. Je suis plus respectée depuis le tournoi, mais plus à risque de me faire enlevée par un crétin aussi. Elle a un bref rire, désabusée. Elle aime beaucoup son domaine, pourtant. À force de vouloir trouver le bon mari, je vais finir vieille fille avec mon griffon. Ironique, quand ici elle a quinze enfants. Une idée pourtant lui vient, en parlant d’Orsang.
- Si un jour, je trouve la bonne personne à épouser, ta famille pourrait vivre chez moi ? Désirée et Gédéon. Ça te dit ? »

16 Avril 1002

Le lendemain, les deux femmes poursuivent leurs recherches. N’y tenant plus, Marianne dépense quelques fleurons pour se reconstituer une trousse de soins sommaire. En plus de parfaire leur couverture, sentir quelques outils à sa taille, comme avant, la tranquillise. Elle sent ses forces revenir. Elle ne retrouvera pas son corps d’avant en deux jours – sans compter l’intrus dans son ventre qui lui prend sa part d’énergie - mais elle se sent d’attaque pour une nouvelle journée d’investigation. Les réponses sont là, c’est certain ! L’Ordre du Jugement est forcément le responsable : pas de Trêve, pas de Rose Écarlate, l’Ordre qui règne en maître. Que de coïncidences. Ceci dit, elle se demande encore comment ses partisans ont pu altérer à ce point la réalité. Ses soupçons portent sur la Savoir du Temps : elle était là quand ils ont saisi un Sablier, elle avait mis la main sur le journal d’Amir. Auraient-ils osé ?
Alors ses questions se font plus insistantes, plus précises. Au risque d’importuner leurs futurs camarades de promotion, mais ceux qui souhaitent apprendre le savoir du Temps savent peut être quelque chose ! Il doit exister un moyen de réparer la réalité, peut être une salle ou un objet à l’Académie ? Puisqu’aucun savoir ou magie n’est interdit...
« Hé ! Vous là ! Qu’est-ce que vous manigancez ? »
Repérées. Elle en a trop fait, et deux femmes enceintes attirent l’œil. À force d’enchaîner des questions frénétiques, ajoutées à sa surprise constante de voir anciens Savoirs et Magies présents sans contraintes, elle a attiré l’attention sur elles.
Elles ont beau jouer les innocentes, se justifier par leur soif de connaissances, le stratagème ne prend pas. Quel rapport entre leur inscription en médecine et leurs interventions louches ? Les soupçons grandissent, Marianne se sent piégée, à court d’idées. Les organisateurs menacent de les sortir de l’Académie, et elles n’ont plus de quoi payer deux nouvelles inscriptions !







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Dernière édition par Marianne d'Orsang le Mer 3 Mai - 22:42, édité 2 fois
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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 30 Avr - 13:53



15 avril


Petit à petit, les choses s’éclaircissent. Visiblement, il n’y a jamais eu de Trêve dans ce monde, la guerre a pris fin lorsque l’Ordre du Jugement a pris le pouvoir sur les trônes impériaux, en soumettant les souverains –son cœur se serre en imaginant Hypérion assujetti aux choix d’un autre, et le mal du pays lui serre la gorge. Elle ne reconnaît pas cette Académie où les connaissances deviennent mercantiles, où seule compte l’or de vos fleurons. Que sont devenus les professeurs dévoués, où sont passés les refuges de solitude disséminés ici et là au gré des couloirs ? C’est un endroit bien oppressant, et elle se serre contre Marianne avec reconnaissance le soir venue, blottie contre cette présence qui la rassure. Et Marianne égrène une litanie de noms familiers – Edouard, le bébé rieur de la Taverne ? Freyja, oui, cette pirate tempêtueuse aux colères spectaculaires mais qui lui assure un toit depuis son arrivée à Lorgol, démunie et perdue. Imaginer la dame d’Orsang pirate sur l’Audacia ne la choque étrangement pas plus que ça. Des femmes fortes, elle en a côtoyé depuis qu’elle a quitté Bellifère ; et les trois Bellifériennes que sont Marianne, Freyja et leur amie Grâce lui inspirent le plus grand des respects.

La proposition de la Voltigeuse lui vaut un regard éberlué. Non, celle-là, elle ne l’attendait pas ; mais la vague de gratitude immense qui déferle sur elle lui met de nouveau les larmes aux yeux et elle hoche frénétiquement la tête, incapable de parler, serrant fort Marianne contre elle.

16 avril


Et les voilà chassées. Comme des malpropres, pour avoir trop posé de questions, et soulevé des sujets étranges – les voilà sur les pavés de Lorgol, la dame d’Orsang et sa fille duchesse consort. Qui sont donc ces marchands de connaissances, pour oser ainsi fermer la porte au nez de deux savantes ? Qu’est devenue l’Académie de ses souvenirs, ce havre de paix, ce sanctuaire inviolable ? Finie, envolée – il est temps de découvrir ce qu’il en est de son autre refuge lorgois.

Envolé aussi, visiblement.

Elles hésitent, les deux femmes, sur le seuil de la Taverne de la Rose – qui a été rebaptisée « L’aigre-faim ». Mmm. Est-ce la consonance du nom, ou le fait que de bien réels aigrefins semblent occuper l’endroit ? Elles font demi-tour, mais c’est trop tard, elles ont été repérées, et dans la pénombre de la salle obscure tranche soudain l’éclat de l’acier dégainé. Ca ne court pas bien vite, une femme enceinte, et voilà : elles sont encerclées, serrées l’une contre l’autre, impuissantes : la mage qui n’a plus de magie, et le médecin qui ne porte jamais d’arme… « Douce Marianne ! Mad’moiselle Louison ! Par ici ! » La voix a fusé d’une ruelle, et c’est une troisième femme qui leur fait de grands gestes – Sibeliane Coursevent, familière de la Taverne, mage des tempêtes de l’Audacia et pirate depuis vingt ans. Dans cette vie aussi, elle semble dotée de magie – les éclairs pleuvent, et les deux rescapées s’enfuient. « J’vous amène au camp d’réfugiés par là-haut, commence à y avoir du monde – on essaie d’les r’pérer quand ils arrivent, pour les récupérer avant qu'il leur arrive des bricoles, Lorgol faut croire qu’c’est plus c’que c’était. J’me suis réveillée en prison, vous vous rendez compte ? L’Audacia il est même pas là alors qu’j’étais d’ssus y’a une semaine encore. Y’a plein d’gens comme moi au camp, sont tous v’nus direct ici, faut croire qu’on est attendus. » Sibeliane  babille, Marianne pose des questions, et Quitterie… Quitterie suit, choquée encore, malade jusqu’aux tréfonds de son être de voir sa ville de lumières rabaissée au rang d’un coupe-gorge sanguinaire et impitoyable. « Z’avez qu’à vous mett’ dans la tente là-bas toutes les deux, elle est vide et plutôt propre. Douce Marianne, on a des blessés à voir, ça t’dérange pas d’jeter un œil ? Fais comme chez toi, Louison, y’a à manger et à boire. »


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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyMer 3 Mai - 22:40

16 Avril 1002

Elles sont jetées dehors, sans ménagement. Par Aura et Alder, qu’est-ce que c’est que cette manière de traiter les étudiants ? Marianne tempête devant l’immense bâtiment, vexée, scandalisée. Les noms d’oiseaux fleurissent pour ces professeurs qui les ont pressées comme des citrons pour leur or, puis les ont éjectées quand elles ont voulu apprendre ! Dans sa vraie vie, Marianne avait pu poser toutes les questions qu’elle souhaitait, explorer et s’émerveiller tout son content au sein du joyau du Savoir et de la Magie. Dans cette réalité, l’Académie n’est plus qu’un repaire de racle-fleuron cupides et suffisants. Une pâle copie de la vraie. Son répertoire d’insultes pirates y passe ; il lui faut au moins ça pour calmer l’humiliation et la déception.
Les rues de Lorgol ne se révèlent pas plus accueillantes que l’Académie. Chaque allée où elles s’engagent à des allures de traquenard, et l’intuition de la médecin lui tord le ventre. Des Tours pour la plupart délabrées, des quartiers puants, des regards suspicieux sur leur passage… La Voltigeuse n’hésite pas à guider Quitterie par l’épaule le long du chemin, dans l’espoir qu’elle ferme à nouveau les yeux, lui épargnant la vision de corps allongés sur les pavés et de murs sombres, noirs, recouverts de sang séché. Son instinct lui hurle de fuir cette ville mal-famée ; le même instinct qui pourtant les a poussées à venir ici. Que faire ? Continuer ? Rebrousser chemin ? La Taverne de la Rose n’est plus très loin, elle prie pour que l’établissement soit restée sensiblement le même, sinon… sinon...

Cuisant échec. Ce n'est plus qu'un repaire de malfrats. Elles ont fait une erreur, une terrible erreur en s’enfonçant dans la Ville Basse ! Elles tentent de fuir, mais elles sont rattrapées si facilement, déclenchant les rires mauvais des hommes qui les encerclent. Elle panique et elle rage, la médecin. Mourir si bêtement en y entraînant Quitterie, en abandonnant son autre vie, Edouard, Iode. Non, c’est trop ridicule ! Elle cherche encore l’esprit du griffon, appelle à l’aide, en vain. Elle referme sa main sur son flacon d’éther, défense dérisoire et désespérée.
Elle prie Callia, Valda, Sithis, Messaïon. Se réveiller enfin de ce cauchemar. Dieux, ayez pitié.

« Douce Marianne ! Mad’moiselle Louison ! Par ici ! »
Sa prière est exaucée, Sibeliane apparaît comme par magie pour les sauver, la foudre crépitant dans ses mains. La vraie Sibeliane, toujours mage, toujours pirate ! Le soulagement pour Marianne est immédiat, elle embrasse la fille des tempêtes avec gratitude et la suit sans hésiter, entraînant la pauvre Quitterie encore tremblante. Il en est fallu de si peu !
Les nouvelles de la pirate redonne espoir à Marianne. Un camp entier de gens, pour qui cette réalité n’est pas la bonne. Avec autant de monde, elle veut se convaincre que les chances de réparer le Temps augmentent. Et elles n’ont plus à s’inquiéter de comment survivre jusqu’au jour suivant.
« - Z’avez qu’à vous mett’ dans la tente là-bas toutes les deux, elle est vide et plutôt propre. Douce Marianne, on a des blessés à voir, ça t’dérange pas d’jeter un œil ? Fais comme chez toi, Louison, y’a à manger et à boire.
- Merci encore Sisi’, je t’en dois une sur ce coup. Je souffle un peu, le temps qu’on s’installe, et je vous donne un coup de main. Tu peux amener les plus graves devant de notre tente pour aujourd’hui ? Je ferai un vrai tour des malades demain matin, avec plus de matériel. »
C’est que Marianne a eu son lot d’émotions, entre le renvoi de l’Académie, les rues angoissantes de Lorgol et sa course désespérée pour fuir la mort avec Quitterie. La petite mage l’inquiète à nouveau d’ailleurs. Silencieuse, encore bouleversée par leurs derniers déboires, elle a l’air perdue. Une pause dans leur nouvel abri n’est pas de trop, clairement. Elles déposent leurs affaires après un brin de ménage, Marianne tentant de lui remonter le moral.
« Tout va bien Quitterie ? Désolée de t’avoir embarquée là-bas, j’aurai du me douter que la Taverne aurait changé aussi... Au moins, ici, on est en sécurité. Les choses vont finir par s’arranger. »
La soirée se termine lentement pour la médecin, devant la tente, à rafistoler les quelques blessés qui n’ont pas eu autant de chance qu’elles en s’aventurant dans Lorgol. Les deux soigneuses dînent à la tombée de la nuit, et cette fois elles n’échangent que quelques mots avant de se coucher, chacune plongée dans ses propres pensées.

17 Avril 1002

Marianne est réveillée la première, tirée tôt du sommeil par la lumière du matin à travers la toile de la tente. À côté d’elle, la jeune Chevaucheuse dort encore à poing fermés, pelotonnée contre elle. Elle n’a pas le cœur de la déranger ; aussi décide-t-elle de se lever avec précaution, s’habillant tranquillement et préparant sa petite trousse médicale sans un bruit. Au moment de partir, elle la réveille juste un peu pour la prévenir, caressant doucement son front et ses cheveux.
« Quittou… je vais aller soigner des personnes au campement. Finis de te reposer, d’accord ? Je reste pas loin, je reviendrai avec de quoi déjeuner. Rendors-toi, à bientôt. » Un baiser sur la tempe ( dire qu’elle pourrait être ma fille ) et elle s’éclipse hors de l’abri, prête à réaliser sa tournée de patient dans l’orée du bois.







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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyVen 12 Mai - 18:45



23 avril


Les jours ont passé. Quitterie n’a pas cherché à vérifier la présence de visages familiers : cloîtrée dans la tente qu’elle partage avec Marianne, elle est restée allongée sur son matelas de fortune, à laisser le temps glisser sur elle comme une chape l’isolant du monde entier. Les yeux étroitement clos, elle est restée là sans oser bouger, terrifiée à l’idée de découvrir encore une vérité chamboulée. Elle n’est pas prête pour ça ; le sera-t-elle un jour seulement ? Dans son ventre, cet enfant qu’elle ne se rappelle pas avoir conçu remue parfois, la faisant sursauter de crainte et d’horreur mêlées. Plus les jours avancent, et plus sa confusion augmente : elle ne sait pas que faire de cette vie qui ne lui appartient pas. Est-ce que c’est une punition ? A-t-elle mérité ce qui lui arrive ?  

Le plus dur est sûrement de se découvrir aussi… faible. Inutile, méprisable, pitoyable. Incapable de se prendre en main – elle a peine à se reconnaître elle-même, parfois, dans ce corps au ventre distendu, dolent et mou, étranger à la formation de Chevaucheur. Sa magie lui manque – oh, tellement ! Elle n’avait pas compris avant de la perdre, à quel point cette étincelle d’Hiver s’était enracinée au centre de son être – elle n’avait pas compris, combien se découvrir mage l’avait rendue… heureuse. Elle n’avait vu que la fuite, l’exil, le danger et cette cécité qui grignotait chaque jour une part de sa liberté ; c’est seulement en perdant tout le reste qu’elle comprend, à présent, tout ce que sa fuite lui a apporté.

Alors elle reste là, allongée à déprimer, sans trop trouver la force de se lever, de suivre Marianne dans ses tournées. Elle se sent superflue dans cet univers qui marche sur la tête, elle rejette de toutes ses forces la vie qui grandit en elle, elle voudrait s’arracher les yeux pour ne plus voir cette réalité déformée qui la torture un peu plus à chaque pensée ! Le pire, c’est sûrement de se souvenir des absents, qui sûrement n’ont jamais existé dans cette vie-là. Désirée, Gédéon, Géralt – ses aînés aimants et protecteurs, où sont-ils ? Melinda, Félicie et Viana, où sont-elles ? Y a-t-il jamais eu une Lucille dans cet univers ? Et Rackham, où est-il, ô Valda ? Recluse dans son abri de fortune, elle ressasse inlassablement ses souvenirs de chacun, comme si forcer sa mémoire à les conserver si proches pouvait lui permettre de les invoquer près d’elle.

Sans succès, bien sûr.

Elle mesure les jours aux allées et venues de Marianne, s’enferme dans un silence monosyllabique – petit à petit, les parois de toile de l’abri lui semblent se refermer sur elle, et elle ne supporte plus cette vision à chaque fois qu’elle ouvre les yeux. Elle veut oublier, Quitterie, elle veut qu’on lui rende sa vie, ses amis, sa famille ; et son dragon, et son Familier, et sa magie. Est-ce pour apaiser sa détresse qu’elle fait main basse sur le stock d’alcools forts rassemblés depuis leur arrivée par Marianne pour désinfecter les plaies ? Peut-être. Elle choisit une bouteille au hasard, avale une lampée, puis deux, puis plusieurs. Le courage lui revient avec une idée folle, tissée d’angoisse et filée de désespoir ; et c’est ainsi qu’elle se retrouve à contempler fixement deux des scalpels de rechange de Marianne sortis de leur étui. Ils tremblent légèrement, ces outils affûtés – ce sont ses mains à elle, qui tremblent, d’ivresse ou d’appréhension. Elle ne sait pas vraiment – elle sait simplement ce qu’elle veut en faire. Si le problème vient de ce qu’elle voit, alors – si elle ne voit plus, peut-être que… ?

L’explosion de couleurs qui sature sa vision lorsqu’elle enfonce les deux lames l’éblouit, juste un instant – avant que la vague de douleur qui ne déferle sur elle en même temps que l’obscurité tant désirée ne lui fasse lâcher les instruments, la précipitant dans une bienheureuse inconscience.

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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 14 Mai - 22:36

Avertissement:
 
23 Avril 1002

Marianne a fait de son mieux, prodiguant sa médecine au quotidien dans le petit campement. Quelques nouveaux réfugiés sont apparus au compte-goutte, des visages inconnus pour la plupart, à la recherche de leur ancienne vie. La Voltigeuse passe chaque jour à soigner les plus malchanceux d’entre eux, mais elle sent son optimisme s’étioler, son entrain faiblir au fur et à mesure que le temps passe. Chaque matin elle espère découvrir un visage connu, mais chaque soir elle est plus lasse de cette réalité qui n’est pas la sienne. Une journée de plus sans Iode, une journée de plus sans solution, une journée de plus à attendre… quoi ? Sa vraie vie s’éloigne, n’est plus que souvenirs. Elle refuse encore de rester sans rien faire, elle s’accroche, tout en sachant qu’elle se voile la face : elle n’a aucune prise sur ce qui lui arrive, elle fuit dans son travail. Jusqu’au soir où elle s’endort près de Quitterie, épuisée.
Quittou, qui l’inquiète de plus en plus sans savoir quoi faire. La jeune mage semble s’effacer, la médecin n’arrive plus à la stimuler et leurs conversations deviennent vite à sens unique. Les relances ou les propositions de l’accompagner glissent sur la jeune fille comme l’eau sur les écailles d’un dragon. Oh, comme Marianne souhaiterait voir apparaître Géralt ou Rackham, pour les planter dans la foulée devant la tente ! Qu’enfin elle ne se sente plus désemparée devant l’état de Quitterie...

Elle vient à peine de terminer un bandage et quitter une tente, lorsqu’on la hèle au loin. Un des protecteurs du camp cavale vers elle, affolé, blanc comme un linge, et son ton ne lui dit rien qui vaille. « C’est l’autre femme enceinte avec vous, elle...elle... ». Une panique sourde s’empare de la Belliférienne qui suit le guerrier aussi vite qu’elle peut, encombrée par sa grossesse.
Derrière la toile de la tente, la scène qui s’étale devant Marianne la saisit d’horreur et de détresse muettes. Quittou est étendue, inconsciente, au milieu des flacons d’alcool et des outils. Deux terribles fleurs carmins remplacent ses yeux, baignant son visage dans des larmes écarlates.
Ô Destin...
L’effroi et l’urgence font perdre à la médecin toute pensée cohérente. Elle s’entend hurler, exiger un mage guérisseur sur le champ ; l’homme détale immédiatement. Elle fait place nette autour de la blessée avec de grands mouvements, éloigne les deux scalpels qu’elle retrouve serrés dans chaque poing de la jeune fille ; deux lames maudites. Marianne se prépare, s’apprête à soigner. Sauver.
Mais elle n'arrive pas à atteindre son calme habituel, ses mains tressautent en alignant ses instruments. Il n'est pas question d'un pirate qui s'est pris un coup de sabre malheureux, mais d'une mutilation volontaire, plus délabrante. Elle sait quoi faire, que chercher pour stopper l’hémorragie, mais c’est un chirurgien qu’il faudrait ; son frère ! Pas d’une médecin engrossée avec si peu de matériel. Une voix à côté d’elle la fait sursauter ; le guerrier. Il n’y a pas de mage soigneur dans le camp, il n’y a qu’elle. Et elle doit agir rapidement. Un mage de l’Été, oui, très bien, ça fera l’affaire. Concentrée, elle commence, penchée sur l’une des plaies béantes. Callia, grande Guérisseuse, guide mes gestes. Elle doit oublier que sous ses doigts qui dansent, il y a Quittou. Oublier que derrière le chiffon imbibé d’éther et les tissus rougis, il y a un visage. Oublier que c’est sa fille, dans cette réalité.

Les minutes paraissent des heures. Le malheureux mage qui s’est porté volontaire pour aider Douce Marianne ne regarde pas, se servant uniquement de sa magie pour chauffer à blanc les pinces qui lui sont présentées et bouillir de l’eau. Tandis qu’elle lave, suture, cautérise, elle se sent frissonner, comme si Sithis et Callia se penchaient sur son épaule, jugeant ses gestes et quelle en sera l’issue. Une ombre constante derrière elle, qui ne la quitte pas.
Es-tu coupable ?
La question tourne en sourdine. Sans réponse. De la pointe d’une pince incandescente, elle trouve et stoppe le fin filet qui s’écoule au fond de l’une des blessures, puis de la deuxième, en en brûlant la source. Elle vérifie que plus rien ne saigne. Le danger s’éloigne enfin. Marianne lave encore, met des compresses de tissu, puis le bandeau pour les maintenir en place. Quitterie respire toujours, encore endormie sous l’effet de l’acool et de l’éther. Puis le matériel est rangé, l’ancienne pirate s’autorise à souffler. Mais des frissons continuent de parcourir son corps, l’ombre froide qui rôde dans son esprit n’a pas disparue. Vicieuse et terrible, prête à s’abattre dès qu’elle abaissera sa vigilance. Elle a l’impression lancinante qu’elle n’a pas terminé, qu’elle ne peut pas se reposer, qu’elle n’a pas le droit de laisser Quittou seule. Alors elle veille, elle surveille, les yeux rivés sur la poitrine de la mage qui bouge doucement, comme si elle allait s’arrêter à tout moment de respirer. Observant les pansements comme si ils allaient se remettre à saigner. On lui parle, on la prend par les épaules, mais elle reste immobile dans la tente sans ciller. Scalpels, remèdes et bouteilles sont retirés et entreposés ailleurs - sage décision. Elle lutte contre le sommeil, refusant de céder à l’ombre tapie non loin, jusqu’à ce que Niobé remporte la bataille à une heure avancée de la nuit. Elle ne reconnaît pas Sibeliane qui lui murmure doucement de se reposer et l’allonge sans qu'elle puisse résister.
Elle veut les bras de Freyja, elle veut le contact de Iode, le sourire de Lou-Ann, le rire d’Edouard.
Elle veut la fin du cauchemar.







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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyVen 19 Mai - 17:54



25 avril


« J’ai mal ! »

Elle se tord de douleur, la petite duchesse consort défigurée – malmenant son ventre proéminent, elle s’agite sur la couche où elle est étendue, incapable de supporter les vagues lancinantes qui percent son crâne. Au moins, elle n’y voit plus, le but est atteint – mais à quel prix, ô Valda ! Elle n’arrive même pas à pleurer correctement, avec ces masses de compresses et de bandages qui encombrent son visage. Elle a chaud, elle a froid, elle a mal, mal, MAL – si ce n’était pas déjà fait, elle s’ôterait les yeux des orbites pour éliminer la source de sa torture. Elle sent des mains qui la saisissent aux épaules, qui tentent de la maintenir allongée, pour l’empêcher de bouger ; de toute sa faible force, elle se débat pitoyablement, battant l’air de ses bras avec plus de réflexes que de réelle énergie, tentant de se libérer.

« Ça brûle ! Je brûle ! Aaah – le feu, le feu me dévore le visage ! » C’est du moins l’impression qu’elle a, Quitterie, sous le monumental pansement qu’on lui refuse de toucher, des mains sévères agrippant les siennes dès qu’elle fait mine de vouloir l’arracher. Ca pulse depuis ses orbites qu’elle devine vides, mangeant son nez, son front, ses joues. Comme si la chair était vivante et se consumait d’elle-même, sacrifiant la chair, sacrifiant à la fois son visage et sa dignité, pour la punir d’un geste désespéré. Oh, comme elle perce, comme elle ronge, cette brûlante douleur qui se répand en elle comme une torture exquise ! De ses petits poings meurtris tant ses ongles y ont laissé de sanglants sillons, elle frappe à plusieurs reprises son ventre rebondi, comme si ce simple geste avait le pouvoir d’apaiser le tison qui dévore son visage.

Les mains la rattrapent, elle se débat encore, plus faiblement – d’autres mains saisissent sa mâchoire, la forcent à s’ouvrir. Bois, disent les voix déformées par le brouillard de souffrance qui imbibe le tissu même de son être, bois ; ça va te faire du bien. Quitterie déglutit, s’étrangle, tousse, recrache – les mains tapotent gentiment son dos, la font boire à nouveau. Le goût est infect, mais le brouillard perd de son acidité – la tête commence à lui tourner après quelques instants, et elle croit reconnaître la voix qui murmure quelques paroles de réconfort désolées à son oreille. « D-Désirée – j’ai mal, ça brûle, pourquoi est-ce que tu fais ça, dis ? Pourquoi tu me tortures… ? Je veux Géralt, je veux Rackham, Désirée, s’il te plaît, je veux Rackham »

Le silence s’étire, un soupir résonne. Un linge mouillé est déposé sur son front ; la fraîcheur éclaircit un peu les pensées de la patiente en détresse. Ce sont les mains de Marianne, bien sûr, qui tapent l’oreiller pour le regonfler, ajoutant un coussin pour qu’elle soit plus à l’aise. Désirée n’existe pas, dans cette vie-là… Maladroitement, Quitterie se saisit de sa main, reconnaissante malgré toute cette douleur de sentir sa présence. Bien consciente, en vérité, de l’épreuve qu’elle est en train d’infliger à la Voltigeuse aux mains guérisseuses. « Pardon… Pour tout, Marianne, pardon. » C’est trop dur, de vivre comme ça, sans ses êtres les plus chers.

Au moins, l’infernale chose dans son ventre a cessé de lui donner des coups toute la journée, c’est déjà ça…

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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptyDim 21 Mai - 19:14

26 Avril 1002

Les cris faiblissent, deviennent gémissements, puis le corps se détend. Un peu. Marianne rallonge sa protégée une fois le verre vide, la réinstalle, lui lave le front, l’enveloppe de doux murmures.

Elles ont gagné une bataille de plus contre la douleur, les bandages sont toujours en place. Quelques heures de répit, jusqu’à la prochaine vague. Les remèdes sont un peu surdosés, mais c’est le temps de passer le cap, juste quelques jours. Tenir, tenir, éloigner la souffrance encore et encore. Elle finira par disparaître. C’est la seule vérité qui empêche Marianne de craquer.
Parfois Sibeliane prend le relais, permettant à la Voltigeuse de sortir dehors respirer. Son dos est voûté, ses yeux cernés. Elle a beau savoir Quitterie hors de danger, elle ne dort toujours que d’un œil ; quand ce n’est pas la Chevaucheuse qui la réveille, ses yeux perdus recommençant à la dévorer. Le supplice que vit sa protégée ronge l’ancienne pirate et menace de la broyer. Les attentions et les soins quotidiens lui semblent si ridicules face à la torture endurée par la jeune fille. Elle a mal pour elle, mal quand elle doit bloquer ses mains qui s’approchent du bandeau, mal quand il faut la faire boire de force. Les larmes menacent de se répandre quand Quittou s’excuse, confond la médecin avec sa sœur, réclame ses proches. Si elle ne s’était pas éloignée les premiers jours, elle aurait pu empêcher pareil drame. Prévenir plutôt que guérir.

Et pourtant, malgré la douleur inévitable, la certitude que Quitterie guérira, Marianne n’arrive pas à être sereine. Il y a toujours cette menace sombre qui plane dans son esprit, sans comprendre ce que cela signifie, qui lui serre le cœur et l’étouffe. Pourquoi ? Qu’est ce qui lui échappe ? Il lui faudrait du repos, d’autres potions, l’aide d’un autre soigneur. Désirs illusoires dans ce camp perdu au milieu d’un monde ou la loi du plus fort règne partout. Alors elle garde la main fine de la Chevaucheuse dans les siennes.

27 Avril 1002 - Soir

Ce n’est pas normal. Pourquoi la fièvre ? En quelques heures, le front de Quittou est devenu brûlant et elle claque des dents. Marianne ne comprend pas. Les orbites blessées guérissent bien : pas d’odeur pouvant faire suspecter une infection, les compresses restent propres, même la douleur diminue et elle a pu alléger les breuvages. Alors quoi ?
Elle ajoute dans les potions de quoi faire baisser la température. Mais sans traiter la cause, difficile d’anticiper les choses.
Son sommeil est encore plus léger et agité que les nuits précédentes.

28 Avril 1002

Elle se réveille brusquement le matin, à côté de Quittou, avec un doute affreux. Dans son propre ventre, elle sent les coups de pied de l’intrus qui grandit en elle et qu’elle a ignoré de toutes ses forces. A tel point qu’elle en a aussi oublié l’autre. L’autre, par Maari, non ! Depuis combien de temps ?
Elle s’approche de l’endormie, couverte de sueur (non), pose une main sur le ventre (non, pitié, non). Aucune réaction, du tout. Il est mou, sans mouvement. Sans vie.
L’ombre qui rôdait sans relâche grandit et se découvre alors. Immense. Implacable.
L’ombre de sa négligence, l’ombre de la mort, qui a grandit au sein même de la vie. Nourrie de son déni et de son erreur. Un masque d’horreur et de douleur déforme les traits de la Voltigeuse qui réalise l’ampleur des conséquences. Elle a été aveugle. Elle a fauté. Réduisant drastiquement l’espérance de survie de Quitterie. L’enfant à naître est devenue un être inanimé et toxique ; même en déclenchant un travail, les chances que la petite mage survive à l’infection sont minces.
Par sa faute.
A cause d’elle.
Que les dieux lui pardonnent et lui viennent en aide.

30 Avril 1002

Les remèdes n’ont plus d’effet. Les hallucinations de Quitterie sont revenues, sa conscience s’échappe et dérive de plus en plus, qu’importe les efforts de Marianne. Le sort de la jeune Aubenacre est scellé, sauf que Marianne ne peut pas s’y résoudre, elle refuse de l’admettre. Impossible pour elle d’abandonner alors qu’elle sait qu’elle a une part de responsabilité.
Douce Marianne sait. Et elle en est malade.
Tu es coupable.
Ses gestes tendres et ses mots doux atteignent à peine la convalescente. A nouveau Quittou réclame ses proches, quand elle n’est pas en train de leur parler directement dans ses délires. L’Audacia est arrivé à Lorgol dit-on, Sibeliane est donc partie à la recherche de Géralt dans la Ville Basse. Mais c’est Rackham, l’Îlien, qui se présente le premier. La Belliférienne le connaît, de l’époque où elle parcourait les flots sur la vivenef. Elle n’ose pas croiser le regard du capitaine, et préfère le laisser entrer seul dans la tente pour pouvoir marcher un peu. Dehors tout lui paraît gris. Le nombre de réfugiés dans le camp a bien augmenté, elle entend même des griffons voler au-dessus des arbres.

Des griffons ?

Un espoir fou la prend. Elle suit les formes plumeuses qui passent dans le ciel, elle trébuche, appelle Iode. Elle est certaine d’avoir reconnu Nuage parmi les silhouettes. Une tente erebienne apparaît à l’écart du campement, gardée en l’absence de son propriétaire par un gang de griffons de mauvais poil. Ils sont tous là, elle les connaît quasiment tous ! Excepté un immense mâle doré et des petits d’ébène, elle voit Corail, Nuage, Sirocco, Soie, Lierre… et lui, blotti contre la belle harfang. Le soulagement l’étreint, elle s’approche aussi vite que son ventre lui permet. « Iode ! Je suis là ! »
Quantité de paire d’yeux sont instantanément braqués sur elle et l’observe. Mais ce n’est pas cette réaction commune qui la fige. Son ami a lui aussi levé la tête, planté ses yeux d’or dans les siens.
Deux iris, qui ne sont pas d’un ambre chaud comme elle s’y attendait, mais d’un jaune perçant et brillant, emplit de curiosité. La stature du griffon est la même, mais les plumes du poitrail sont plus claires, d’une teinte crème qui ne lui évoque rien.
Il n’y a pas de lien. Ce griffon, ce n’est pas Iode.
Le temps s’est arrêté, entre le seigneur du ciel désireux de savoir, et la Voltigeuse dont les pensées s’entrechoquent. Ils sont immobiles, perdus, dans un échange rendu difficile par l’absence totale de lien.
Curiosité. Iode et Marianne qui virevoltent au-dessus des dunes. Image tiré de la conscience collective, tirée des souvenirs de Rejwaïde par Sirocco.
« Où est-il ? Où est Iode ? »
Solitude. Mélancolie. Une nouvelle image. Lui et Iode jouant dans les nuages, dans les vents du rivage. Plus jeunes, pas encore adultes. Sable. Elle comprend leur ressemblance, qu’ils sont frères de couvée – pourquoi Iode ne lui a jamais parlé de lui ? Mais surtout-
« Pourquoi il n’est pas venu avec toi, avec vous ? »
Le silence s’étire. Tristesse. Marianne se sent suffoquer.
« Où est Iode ? »
Sable laisse échapper un cri plaintif. Douleur. La scène qui s’impose dans la vision de la Voltigeuse ressemble atrocement à une autre qu’on lui a déjà transmise, à un détail près. Tempête, vents violents, un jeune griffon ballotté par l’orage. Foudroyé en plein vol, tombant dans l’obscurité.
Où est Iode ? Ici, Iode n’existe plus. C’est Sable qui a survécu, seul.
Plus aucun griffon n’ose les regarder à présent. Marianne ne bouge toujours pas ; c’était la désillusion de trop. Quelque part en elle, une digue s’est brisée et tout se met à tourner. La violence des derniers jours s’abat sur elle, la culpabilité, la mort partout. Elle ne voit plus rien à travers ses sanglots. Elle avait besoin de Iode, de son soutien, mais il ne sera plus là. Quitterie aussi sera emportée sous peu. Et elle se noie, s’effondre sous le poids de tout ce désespoir qui déferle sur elle. L’ombre l’engloutit. Elle n’a pas été assez attentive pour sauver Quittou et le paye de sa mort et de celle de son griffon. Peut-être n’aurait-elle jamais du fuir sous les coups du père Martel, peut-être que cette vie-ci est la seule qu’elle mérite, sans les êtres qui lui sont chers...

Sable s’est approché de Marianne, assise dans l’herbe, timidement. Il ne comprend pas tout, ne saisit pas l’ampleur du désespoir qui lui secoue les épaules. Cette femme étrange qui a vécu avec son frère perdu, en train de le pleurer comme lui l’a fait il y a des années. Il est tout près d’elle maintenant, et d’instinct elle s’accroche à ses plumes, les mouillant d’eau salée. Il reste, donne parfois des coups de bec pour la réconforter, sans guère de succès.
Bien plus tard, les yeux devenus secs d’avoir trop pleuré, silencieuse, elle se lève et se dirige lentement vers la tente où se trouve toujours Rackham, suivie de près par un griffon doré qui ne se résout pas à la quitter.







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Message Sujet: Re: Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les rejetons de l'absurde ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée EmptySam 3 Juin - 2:47


Intrigue 2.3 ♦ La Roue Brisée

Sujet clôturé

Bien joué, petits dragonnets !






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