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 Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée

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Message Sujet: Re: Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée - Page 2 EmptyMer 17 Mai - 16:44

Je jetai un coup d’œil interloqué à Raygnar lorsqu’il se mit à parler. Je fronçai les sourcils, remarquant le vouvoiement avec lequel il s’adressait à moi et ses tournures de phrase soudain distantes. L’espace d’un instant, je me demandai s’il s’agissait d’une plaisanterie, auquel cas le noble kyréen aurait autant d’humour que celui que la femme de Serenus prêtait à son époux, autrement dit, celui d’un croquemort. Pourtant, imaginer Raygnar rire me paraissait si étrange que je rejetai immédiatement cette hypothèse. Pas une seconde je n’en vins à penser qu’il avait pu perdre ses souvenirs, lui aussi : j’étais trop focalisée sur l’idée que tout était de sa faute.

Il ne restait donc plus qu’une hypothèse : Raygnar jouait la comédie. Plutôt bien, cela dit, mais la situation ne s’y prêtait pas vraiment. S’il refusait de me donner la moindre compensation, et s’il était désireux d’abandonner son enfant, alors qu’il le fasse, mais pas maintenant ! Pour l’instant, il arrivait quelque chose à mon enfant, quelque chose qui relevait peut-être de sa responsabilité, et s’il ne me disait pas tout de suite de quoi il en retournait, ou s’il ne s’activait pas un peu pour m’aider, je ne pourrais probablement pas résister à la tentation de… de… de lui écraser le pied ! Oui, avec tout mon nouveau poids ! Peut-être que ça lui apprendrait à réfléchir !

— Ne dites pas n’importe quoi ! aboyai-je au lieu de mettre à exécution mon plan machiavélique. Vous avez déjà décidé, de toute façon, d’abandonner votre enfant, mais pour l’instant, il va mal, alors vous allez arrêter de parler et faire quelque chose ! Vous pourrez toujours rejeter vos responsabilités quand tout sera revenu à la normale !

Que les choses reviennent à la normale… Etrange choix de termes alors que j’étais enceinte, en train de crier sur mon possible amant pour qu’il s’active un peu, au sein d’une vie dont je n’avais aucun souvenirs. Pourtant, ma réprimande eut l’effet désiré, car Raygnar, non sans soupirer, comme si c’était lui, de nous deux, qui souffrait le plus, se décida à se remuer un peu. Il m’aida à m’allonger sur le lit, puis partit chercher un broc d’eau et appeler de l’aide. Je crus un instant qu’il allait se contenter de cette maigre participation, j’avais même déjà prévu une remarque cinglante, que je dus ravaler lorsque je le vis revenir auprès de moi pour m’éponger le front. Lorsqu’il reprit la parole, il semblait avoir renoncé à sa comédie, du moins, en partie. Certes, il me vouvoyait, mais ses paroles étaient destinées à me rassurer et à m’apaiser.

Enfin, sans doute que c’était à ça qu’elles étaient destinées, mais c’était un échec complet : plus Raygnar parlait, et plus j’avais envie de le frapper ou de hurler ma terreur. Ou peut-être de me jeter par la fenêtre en espérant que tout cela ne soit qu’un rêve et que je puisse, en percutant le sol, revenir à ma réalité. Mais mon enfant, sans doute, ne supporterait pas bien la chute.

— Me calmer ? Ne vous moquez pas de moi, je ne peux pas être calme ! sifflai-je entre mes dents, d’une voix paniquée. Et je respire, vous savez !

Je pris une profonde et bruyante inspiration comme pour le prouver, et j’expirai l’air de mes poumons d’un brusque coup, envoyer voleter une mèche de cheveux qui avait décidé de se promener devant mon visage. Agacée, je la glissai derrière mon oreille.

— Et vous vous trompez. Ce n’est pas l’arrivée de mon enfant. Ce n’est pas…

Je frissonnai, prenant soudain conscience de l’ampleur de cette révélation. En vérité, je m’apprêtais à dire que mon enfant ne pouvait pas naitre maintenant, pas alors que je m’étais à peine habituée à l’idée de sa présence en mon sein. Pourtant… Raygnar devait probablement mieux s’y connaitre que moi sur la question. Après tout, lui, il avait déjà été père, et plusieurs fois. Pourtant, sa présence et son expérience ne me rassuraient pas. Je ne me sentais pas nerveuse ; j’étais au-delà, prise d’un profond sentiment de panique et d’impuissance, incapable de savoir comment réagir face à une situation qui m’était totalement étrangère.

— Ce… Ça ne va pas, murmurai-je dans un gémissement. Je ne connais rien de… de ce monde. Pour ce que j’en sais, Outrevent n’existe peut-être même pas, je… Comment je pourrais… ? Je ne peux pas… Je ne pourrais pas m’occuper de cet enfant maintenant ! Vous ne pouvez pas lui dire d’attendre ?

J’avais conscience de l’énormité de ce que je disais, mais les mots coulaient d’eux-mêmes au bout de mes lèvres. Je savais bien que Raygnar était tout bonnement incapable d’ordonner à son enfant d’attendre patiemment le temps que je puisse en apprendre un peu plus sur cette vie, mais… je ne pouvais tout simplement pas accepter l’idée qu’il soit en train de naitre là, tout de suite. Peut-être que le noble kyréen se trompait ? J’agrippai le bras de mon prétendu amant, lui lançant un regard suppliant.

— S’il vous plait, dites-moi que ce n’est pas vrai. Dites-moi que vous m’avez empoisonnée, que c’est pour ça que je souffre, mais dites-moi qu’il ne naitra pas maintenant.

S’il vous plait… aurais-je voulu poursuivre. Dites-moi que je peux encore rester comme avant encore un peu, dites-moi que je n’ai pas tout de suite besoin de me préoccuper d’une petite chose. Dites-moi que je n’ai pas besoin de devenir responsable de quelqu’un d’autre… parce que je ne suis pas certaine de pouvoir le faire. Mais je me tus, attendant la réponse, de Raygnar avec l’impression qu’il tenait ma vie entre ses mains.  

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Message Sujet: Re: Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée - Page 2 EmptyVen 19 Mai - 22:27

Cet enfant ne pouvait pas être de moi. C’était tout bonnement impossible. Si cet enfant était le mien, je me souviendrais au moins du jour où je l’ai conçu. Mais non rien. Donc deux possibilités. Soit Melinda mentait et cherchait à s’attirer quelques privilèges, ou assurer une meilleure existence à elle et à son enfant. Soit elle m’avait drogué, et en avait profité pour concevoir un enfant. Non, je ne pouvais y croire. Elle mentait. Je ne voyais pas d’autres possibilités. Je lui affirmais haut et fort mon point de vue sur la question, et elle hurla que de toute façon j’avais déjà abandonné l’enfant. Mais, pour le moment, il allait mal et je devais faire quelque chose au lieu de rester à papoter. Voyant qu’elle était dans un très mauvais état, je décidais de me taire et de l’aider. Je la soulevais presque et l’aidais à s’allonger sur le lit. Puis j’allais appeler à l’aide et retournais auprès d’elle pour éponger son front luisant de sueur. Tout en faisant cela, je tentais de l’apaiser avec des mots réconfortants. J’avais vu ma femme accoucher trois fois. Du moins, j’avais attendu dehors à chaque fois, mais je l’avais assez entendu pour savoir que ce n’était guère agréable.

Plus je parlais, et plus le regard de Melinda s’enflammait. J’avais l’impression qu’elle allait me frapper d’un moment à l’autre. Elle me siffla qu’elle ne pouvait pas se calmer, et qu’elle respirait déjà, tout ça pour me dire que mes paroles étaient aussi utiles qu’un seau d’eau face à un dragon. Je fronçais les sourcils, et continuait d’éponger son front. Elle chassa une mèche de cheveux rebelle et la remit derrière son oreille avec irritation. Je me redressais tandis qu’elle me disait que je me trompais, cela ne pouvait être l’accouchement. Pas maintenant. Je repensais à sa naïveté, sa manie de tout voir du bon côté, du fait qu’il ne pourrait jamais arriver de mal. Elle niait la vérité. Et cela me mettait hors de moi. Je soufflais par le nez et me tournais vers elle. Je lui demandais alors :

« - A quoi pensez-vous dans ce cas ? Un simple indigestion ?! »

Je soupirais et passais la main dans mes cheveux. Quand je baissais les yeux, je constatais avec surprise que mes mains étaient noires de suie. Avais-je mis ma tête dans une cheminée ? Encore un mystère qu’il me faudrait résoudre. Mais chaque chose en son temps. Je revins vers Melinda et lui dit sur un ton plus doux :

« - Je suis désolé. Je ne sais même pas ce que je fais là. Tout est confus dans ma tête. C’est comme si… Comme si un coup de vent avait balayé mes souvenirs. Je n’ai même pas eu le temps d’y réfléchir, et… Je dois vous avouer que cela me fait peur. »

Ce n’était pas de sa faute. Elle allait accoucher et perdait complètement le contrôle de la situation. Tout comme moi. Elle frissonna et me murmura dans un gémissement qu’elle ne connaissait rien de ce monde, qu’Outrevent n’existait peut-être même pas. Elle me dit qu’elle ne pourrait pas s’occuper de cet enfant maintenant et me demanda si je pouvais lui dire d’attendre. Je lui fis un regard étonné. Je me voyais mal me pencher vers son ventre pour demander au bébé s’il pouvait patienter encore quelques semaines. Elle agrippa mon bras et s’y accrocha désespérément. Je compris alors que, malgré nos différences, malgré la confusion qui m’envahissait de plus en plus et la complexité de notre relation, j’étais le seul qui puisse l’aider à s’en sortir. Elle me supplia de lui dire que je... Quoi ? Que je l’avais empoisonné et que c’était pour ça qu’elle avait mal ? Je fis une moue et posais une main sur la sienne. Je plongeais mon regard dans le sien et lui dit sur un ton ferme :

« - Ecoute moi bien Melinda. Ce qui t’arrive est bien réel et ce n’est pas en le niant que ça va arranger les choses. Fais-y face et sois forte, tu n’as eu aucun mal à me mettre au pied du mur devant l’Académie, devant mon fils qui plus est. Alors tu peux faire ça. Je ne sais pas ce qu’il se passe réellement et ce qu’il s’est passé entre nous, mais je suis un homme juste, je ne te laisserais pas toute seule et sans aide. Je te le promets. »

J’avais écarté le vouvoiement pour lui imposer mon ton et la faire réagir. Elle devait savoir qu’elle ne serait pas seule. Cet enfant n’était pas de moi certes, mais je n’allais pas les laisser dans la misère sans réagir. Ce serait indigne de moi. Après tout, j’allais assister à la naissance de l’enfant, ça allait faire de moi quelqu’un d’important pour lui. Et ce quelqu’un d’important ne devait pas être un lâche qui se contenterait d’observer en spectateur pour ensuite rentrer chez lui la queue entre les pattes. Je ne savais strictement rien à propos de notre situation actuelle, mais le mieux que je puisse faire, c’était de veiller à ce que tout cela se termine bien. Le temps des explications viendrait après.

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Message Sujet: Re: Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée - Page 2 EmptyDim 21 Mai - 21:25

C’était stupide, peut-être, mais je ne pouvais pas croire que j’étais en train d’accoucher. Tout ça allait… tout ça allait trop vite. Ça ne faisait que quelques heures que j’avais découvert que j’étais enceinte et que j’avais appris que j’avais un amant. En si peu de temps, j’avais attiré sur moi la colère des enfants dudit amant, j’avais décidé qu’il valait mieux qu’on se sépare, et je… je… j’allais bientôt mettre au monde une petite abeille dont j’étais tout bonnement incapable de m’occuper. Je n’avais même pas la plus petite idée du nom que je pourrais lui donner ! Alors oui, mon esprit avait du mal à s’y faire, et préférait envisager sérieusement la possibilité de… de n’importe quoi d’autre. Y compris d’une indigestion. Et Raygnar n’avait aucun droit de s’en moquer.

— J’aimerais vous y voir, vous ! crachai-je d’un ton assassin. Vous n’avez jamais été enceint, vous ne pouvez pas savoir… Vous ne pouvez pas vous imaginer… Je… je ne suis juste pas prête à m’occuper de lui, vous comprenez ?

Raygnar laissa échapper un soupir et passa la main dans ses cheveux. Ce fut avec douceur qu’il me répondit, prouvant une fois de plus qu’il ne se vexait pas aussi facilement que je ne l’aurais cru. Depuis le début de cette histoire, il n’avait pas cessé de se montrer compréhensif, à part, peut-être, quand j’avais menacé son fils. Moi, au contraire, j’avais été… souvent insupportable. Oh, je ne me sentais pas coupable, pas vraiment – après tout, je m’étais retrouvée enceinte dans les bras d’un inconnu, j’avais de quoi être perturbée ! – mais j’éprouvais quelque chose comme une légère admiration pour la patience dont il faisait preuve. Il allait même jusqu’à s’excuser !

Les paroles qui suivirent, pourtant, furent loin de me rassurer. Il ne savait pas ce qu’il faisait là. Il se sentait confus. Il avait l’impression qu’on avait balayé ses souvenirs. Cette description, elle m’était tellement familière, et sonnait à mes oreilles avec tant de justesse. Mais elle me nouait la gorge : si Raygnar n’était pas coupable de ce qu’il m’arrivait, s’il était victime du même phénomène… était-ce quelque chose d’encore plus énorme que ce que je m’imaginais ? Certes, peut-être qu’on avait modifié nos souvenirs à tous les deux, mais si… si c’était autre chose ? Si j’avais vraiment été projetée dans une vie qui n’était pas tout à fait la mienne ?

— Vous…Vous vous rappelez, alors ? Vous vous souvenez que je vous déteste ? Et vous… vous vous rappelez de la guerre entre Faërie et Ibélène ? Et Vivedune, le Musée… vous vous souvenez du Musée ? Vous ne pensez pas que nous avons été amants, n’est-ce pas ? Ni que cet enfant est le vôtre !

C’était de ça qu’il parlait quelques instants plus tôt ! Il ne tâchait pas simplement – et de manière très lâche – de nier ses responsabilités à mon égard, il ne se souvenait vraiment pas. Pas étonnant qu’il ait pensé que je tentais de le manipuler : il était noble, et une presque inconnue enceinte jusqu’aux dents clamait soudainement qu’elle portait son enfant ! J’avais d’autres préoccupations, néanmoins, que cette toute nouvelle information. Comme… une petite abeille plutôt turbulente, par exemple, et relativement inquiétante. Et ce fut une supplique qui se perdit au bout de mes lèvres. Si Raygnar pouvait seulement avouer qu’il m’avait empoisonnée…

La proposition, toutefois, ne semblait pas lui plaire. Il posa sa main sur la mienne, et je tressaillis, sans pour autant la retirer. Ses mots étaient durs à avaler, mais ils parlaient vrai. Raygnar, je devais bien l’avouer, avait raison. Cela dit, l’arrivée de ma petite abeille m’effrayait bien plus que l’idée de le mettre « au pied du mur » comme il le disait lui-même. Mais sa présence, quand bien même je n’aurais pas demandé pour l’avoir, me rassurait. Il serait là. Il resterait. A mes côtés. Quoi qu’il arrive – que je sois victime d’une indigestion, d’un empoisonnement, ou d’un accouchement.

— Merci, murmurai-je sincèrement. Vous…

Je n’eus pas le temps d’achever ma phrase que l’aide demandée par Raygnar arrivait dans la pièce. Je me crispai aussitôt, crispant instinctivement mes doigts sur la main du noble kyréen. Je n’avais pas particulièrement envie de le toucher, mais à l’instant, il était comme une bouée de sauvetage. A vrai dire, j’espérais encore. Qu’ils me disent que ce n’était qu’une indigestion. Ou un empoisonnement. Ou un effet de mon imagination. N’importe quoi. Mais pas… pas un accouchement.

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Message Sujet: Re: Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée - Page 2 EmptyMar 23 Mai - 22:08

Elle me cracha à la figure que je ne pouvais pas savoir ce qu’elle ressentait, que je n’avais jamais porté un enfant. C’était vrai. Mais j’avais déjà supporté une femme enceinte et ses sautes d’humeurs. Trois fois. Une quatrième ne me dérangeait pas. Cependant, quand elle me demanda si je comprenais, j’hochais simplement la tête. Il ne valait mieux pas la contredire, ou je risquais de perdre une ou deux dents. Par pure précaution, je me levais un instant et m’éloignais d’elle pour réfléchir. Mes souvenirs étaient flous, confus, je ne me rappelais pas d’être venu ici, et encore moins d’avoir eu une relation avec cette femme. Cet enfant ne pouvait pas être de moi, c’était tout simplement impossible. Je me rapprochais d’elle pour lui dire le fond de ma pensée. Son regard se fit de plus en plus apeuré, et je crus pendant un instant qu’elle me prenait pour un fou, ou alors pour quelqu’un qui cherchait à fuir ses responsabilités. Mais elle me demanda si je me rappelais du fait qu’elle me détestait, si je me rappelais de la Guerre, et du Musée des Savoirs Perdus. Je fis un petit sourire et hochais la tête. Elle était comme moi, elle était perdue dans cette réalité, dans cette vie qui n’était pas la sienne… Je lui dis :

« - Je me rappelle de tout cela oui. Jamais nous n’avons été amants, et cet enfant n’a jamais été le mien, aussi loin que remontent les souvenirs qu’il me reste. Melinda, jamais de ma vie je ne souhaiterais être votre amant. Mon cœur appartient à mon épouse et il le restera jusqu’à ce que je la rejoigne. »

Tout d’un coup, tout semblait plus clair, je n’étais pas seul. Je n’étais pas fou. Quelque chose avait dû nous mettre dans cette situation à notre insu. Quoi ? Je ne sais pas. Mais c’était très puissant, suffisamment puissant pour mettre enceinte une jeune fille qui n’a aucun souvenir de la conception de l’enfant. Mais il restait une ombre au tableau. Melinda continuait à nier qu’elle allait accoucher. Pourtant, tous les signes étaient là. Le bébé allait arriver, et, visiblement, il était pressé de venir découvrir le monde. Je me penchais, posais la main sur celle de Melinda, qui se crispa, et lui dit la vérité. Elle aurait du mal à avaler cela, mais il le faudrait. Je lui dis que, quoiqu’il arrive, je serais là. Elle me regarda, me murmura un faible mais sincère remerciement et fut coupée par l’arrivée de la sage-femme. Melinda se crispa, serra ses doigts autour des miens tandis que je me déplaçais pour laisser de la place à la spécialiste, sans lâcher la main de la jeune femme. Il était temps.

9 mai 1002, Académie

Les personnes rejoignant le campement étaient de plus en plus nombreuses. Ils étaient tous aussi confus les uns que les autres. Chacun cherchait ses repères, et la plupart avaient, comme moi, des souvenirs qui ne correspondaient pas avec la réalité. J’avais beau interroger d’autres personnes, comme des marchands, ou des élèves, tous me disaient la même chose. Il n’y avait pas de Guerre, et j’étais Recteur à l’Académie. Mais cela n’allait pas avec mes souvenirs. J’étais le Seigneur d’Ysgramor, Savant dans le domaine de l’Histoire d’Arven, rien de plus. Pourtant tous affirmaient le contraire. Heureusement, ces gens, dans le campement, pensaient comme moi.
Melinda avait donné naissance à une fille. Une petite fille qu’elle appelait sans arrêt « sa petite abeille ». Elle ressemblait beaucoup à sa mère dans le sens où elle braillait beaucoup, et surtout pour combler le silence. Je l’avais laissé choisir le prénom, cet enfant n’était pas de moi après tout.
Cet enfant apportait de la joie autour d’elle. Et j’en avais bien besoin. J’avais appris, peu de temps après la naissance, que ma fille avait été tuée. Les jours qui avaient suivis restent encore flous dans ma mémoire, mais Rudolf m’avait dit que j’étais resté quasiment sans bouger, sans parler, le regard dans le vide. Rudolf avait surmonté cela avec un courage et une maturité qui m’avaient rendu fier de lui, et il continuait à étudier, sans relâche. Ce jour là encore, je portais le deuil et luttait pour affronter la réalité, une réalité sans elle. Je luttais en m’efforçant de parler aux personnes qui arrivaient, pour recueillir leurs témoignages, et essayer de comprendre ce qu’ils nous arrivaient. Mais, quoi que je fasse, cela restait un mystère.

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Message Sujet: Re: Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée - Page 2 EmptyVen 26 Mai - 17:43

9 mai 1002

C’était si petit. Si fragile. Si vivant. C’était une petite fille, minuscule. J’avais eu peur, au début, de la casser en la tenant entre mes bras, moi qui pouvait me montrer si distraite, parfois si maladroite. Mais j’avais reçu nombre de conseils à l’Académie, sur ce qu’il convenait de faire, et après m’avoir subi une semaine entière ma fille, ma petite abeille, était toujours en vie, et elle paraissait même en bonne santé. Pour combien de temps, je l’ignorais – j’ignorais même si je resterais dans cette réalité pour toujours, ou si je devrais un jour la quitter, en abandonnant ici ma fille. Je devais avouer que l’idée de partir me rendait étrangement mélancolique. J’aimais déjà beaucoup cette petite. Elle babillait beaucoup, de son langage de bébé, et dormait tout autant. Et surtout, j’avais le sentiment, quand elle était ainsi blottie contre moi, au creux de mes bras, qu’elle avait remis sa vie entre mes mains, et que je n’avais d’autres choix que de veiller sur elle, de la protéger et de l’aimer.

Raygnar n’avait pas voulu lui donner de prénom. Je trouvais ça triste, en un sens : il était autant son père que j’étais sa mère. Nos sangs à tous deux couraient dans les veines de cet enfant, même si nous n’avions aucun souvenir de sa conception ou de notre relation. En tous cas, même si le kyréen refusait d’assumer ses responsabilités, je ne délaisserais pas cette petite, pas tant que j’aurais le choix. Alors, j’avais décidé de la nommer moi-même. Ciara. Ciara d’Ysgramor. Que Raygnar dise ce qu’il voulait, mais cette fille était la sienne, et elle se devait de porter son nom, qu’elle hérite au moins de quelque chose de la part de son père. Je ne savais pas ce qu’il en pensait, à vrai dire. Je ne lui avais pas directement posé la question, de peur qu’il refuse, et j’appelais plus souvent mon enfant par son surnom – ma petite abeille – que par son nom et prénom au complet.

Toujours était-il que Ciara dormait profondément, blottie tout contre moi. Etrange, comme elle pouvait s’éveiller au moindre bruissement, parfois, mais qu’elle parvenait à dormir ici, au cœur du camp où Raygnar avait décidé de m’emmener. Les règles qui cadraient son sommeil m’échappaient complètement. J’avais fini par comprendre que ma petite abeille dormait quand elle le voulait et se réveillait dès qu’elle en avait l’envie, avec forces cris, pleurs et babillements. Je souris tendrement en caressant sa joue du bout du doigt, appréciant le contraste étonnant qu’il y avait entre l’énergie dont elle faisait preuve quand elle était éveillée et le calme de sa respiration et des doux battements de son cœur quand elle s’endormait.

Je jetai un coup d’œil à Raygnar. Il avait repris ses distances avec moi après la naissance de Ciara, mais j’avais décidé de rester à ses côtés, principalement par prudence. Je lui faisais confiance, et je me sentais étrangement à en sécurité auprès de lui. Et puis, j’avais le sentiment qu’il avait besoin de soutien. Il avait appris que sa fille était morte récemment, et quelque chose me disait qu’il ne s’en était toujours pas remis. J’avais essayé de lui dire que cette fille était tout aussi peu la sienne que ne l’était Ciara, mais il n’avait rien voulu entendre. Je savais ce que ça faisait de perdre un être cher. Je savais qu’on pouvait se laisser… partir, par moment, s’éloigner des autres, laisser la souffrance creuser un fossé immense entre eux et nous, et se sentir à part du monde, comme déjà à demi-mort. Je méprisais peut-être le noble kyréen par beaucoup d’aspects, mais je ne pouvais pas le laisser sombrer dans cet état. Alors, tout comme il m’avait offert sa présence durant mon accouchement, je lui offrais la mienne, pour subir cette épreuve.

Enfin, ça, c’était le motif altruiste que j’avais de rester à ses côtés. Plus égoïstement, j’estimais qu’il valait mieux qu’il fréquente au moins un peu sa fille, de gré ou de force, qu’il connaisse son visage, sa voix, ses jolis yeux noisette. Alors, innocemment, je m’arrangeais pour qu’ils interagissent tous les deux, de temps en temps. Je prétendais être occupée et je laissais Raygnar s’occuper de notre fille, ou je le mentionnais dans les longues conversations que je pouvais partager avec ma petite abeille – elle babillant doucement, moi discourant sur tout et n’importe quoi. Je n’espérais pas qu’il la reconnaisse simplement pour ça, non. J’avais simplement le sentiment… que si tout s’était déroulé autrement… si nous étions restés dans nos vies respectives… eh bien nous aurions très bien pu former une famille ici. Et il me paraissait injuste d’enlever ça à Ciara, et de faire de ses parents des presqu’inconnus.

Dans le même ordre d’idée, je m’étais efforcée de connaitre un peu mieux Raygnar. Je m’étais arrangée pour passer un peu de temps avec lui depuis la naissance de ma petite abeille, et j’avais tâché de réprimer mon mépris pour voir en lui les choses que j’aurais pu admirer si j’avais été la Melinda de cette réalité, une étudiante de l’Académie qui aurait eu la folie d’entretenir une relation intime avec un de ses professeurs. Sous cet angle, il était presque supportable. Ça ne gommait pas ses défauts, bien entendu, mais ça le rendait… plus appréciable au quotidien, d’autant plus que je lui étais reconnaissante de ne pas m’avoir lâchement laissée seule au moment où il avait recouvré ses souvenirs pour se retrouver dans une chambre, seul, avec une femme enceinte qui prétendait porter son enfant. C’était sans doute grâce à lui que Ciara était née et était en si bonne santé. Je n’étais pas certaine, dans l’état de confusion qui était le mien à ce moment-là, que j’aurais eu la lucidité nécessaire pour appeler de l’aide.

Oui, depuis la naissance de Ciara, je commençais à apprécier beaucoup cette vie. Cette petite, en quelques jours à peine, était parvenue ce que onze années d’attente n’étaient pas parvenues à faire : elle avait comblé le vide laissé en moi par la mort de mon frère. Et si j’avais eu l’occasion de profiter de cette petite abeille, c’était grâce à Raygnar, un homme dont je n’avais pu découvrir la valeur qu’à travers une existence qui n’était pas tout à fait la mienne. Qui que soit le coupable qui nous avait envoyés dans cette vie étrange et distordue, je ne pouvais que le remercier du fond du cœur pour ce qu’il m’avait offert ici.

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Le Destin
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Message Sujet: Re: Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée - Page 2 EmptySam 3 Juin - 2:47


Intrigue 2.3 ♦ La Roue Brisée

Sujet clôturé

Bien joué, petits dragonnets !






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Message Sujet: Re: Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée   Les liaisons dangereuses ♦ [Intrigue 2.3] La Roue Brisée - Page 2 Empty

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