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 Une demande un peu particulière

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Message Sujet: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyMar 27 Juin - 23:53


Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Melinda Orlemiel & Serenus Dardalion

Une demande un peu particulière

Dans une réalité différente, actions et paroles ont-elles la même valeur ?



• Date : le 15 mai 1002 – Trame alternée
• Météo : Il fait froid. Un peu nuageux. Quelques rayons de soleil percent parfois entre les nuages.
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Melinda se promène tranquillement dans le campement qui s’est installé aux abords de Lorgol, son adorable petite fille dans les bras, lorsqu’elle croise Serenus, qui semble avoir à son égard des intentions qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.
• Recensement :
Code:
• [b]Le 15 mai 1002 (trame alternée):[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2374-une-demande-un-peu-particuliere]Une demande un peu particulière[/url] - [i]Melinda Orlemiel & Serenus Dardalion[/i]
Melinda se promène tranquillement dans le campement qui s’est installé aux abords de Lorgol, son adorable petite fille dans les bras, lorsqu’elle croise Serenus, qui semble avoir à son égard des intentions qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.

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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyMer 28 Juin - 0:01

Elle s’était endormie dans mes bras, sans doute bercée par le rythme de mes pas.

Je ne pus retenir un tendre sourire. La capacité de cette petite chose à s’endormir dans tous les environnements sonores possibles m’étonnait. Tendrement, je lui caressai le front, admirant le fin duvet de cheveux bruns qui commençait à pousser sur son crâne nu. Soigneusement enveloppée dans une chaude couverture, et blottie dans mes bras, la fillette était à l’abri du froid printanier. J’avais le sentiment qu’elle avait déjà pris pas mal de poids depuis sa naissance. Mais après tout, avec tout ce qu’elle dormait, il était normal qu’elle réserve un gros paquet d’énergie pour grandir, non ? Un doux sourire étira mes lèvres tandis que je réajustai la couverture pour m’assurer qu’elle n’attrape pas froid. Je ne voulais pas qu’elle tombe malade, mais je ne me sentais pas le cœur à rester à l’intérieur, et encore moins à la laisser seule, alors j’avais pris le parti de l’emmener avec moi.

Je jetai un coup d’œil autour de moi. Raygnar n’était nulle part en vue. Il avait probablement réussi à me semer. Après tout, à ses yeux, je n’étais pas la mère de sa fille, et Ciara n’était pas son enfant non plus. Je jetai un coup d’œil ému à la petite. Elle méritait d’avoir un père. Dommage que celui qui était le mieux placé pour porter ce nom la renie aussi durement. J’eus le cœur serré à l’idée que j’aurais pu agir de la même façon, si je n’avais pas porté cette enfant, si je ne l’avais pas sentie bouger en moi, si je ne l’avais pas vue naitre de mes entrailles. Si c’était le Destin qui m’avait permis de vivre de tels évènements, alors je ne pouvais que le remercier. Ciara était une véritable étoile dans ma vie. Elle illuminait tout, y compris les plus sombres recoins de mon âme. Devant elle, je sentais revenir à la charge mon enthousiasme, ma joie, mon optimiste, et mon envie de vivre, autrement dit, tout ce qui s’était peu à peu assombri depuis que la mort de mon frère.

Ciara ne remplaçait pas mon frère, certes, et elle ne le remplacerait jamais, mais la tendresse incommensurable que je ressentais pour elle contrebalançait l’amour égoïste que j’en étais venue à développer pour mon frère, ce même amour qui m’avait poussé à le haïr quand j’avais découvert qu’il était mort et m’avait laissée affronter la vie toute seule. Il me manquait encore, mais la noire rancœur qui me rongeait de l’intérieur s’était muée en douce tristesse. C’était comme si… la simple venue au monde de ma fille avait permis à une blessure suintante de cicatriser miraculeusement pour ne laisser qu’une vague douleur, supportable, presque agréable, parce qu’elle me rappelait que mon frère avait existé et combien j’avais tenu à lui, sans pour autant m’empêcher de penser à lui avec une forme d’amour, un amour que je n’avais pas vraiment ressenti durant toutes ces années que j’avais passé à me lamenter sur son absence. J’avais pris conscience que ce n’était pas son absence que mon frère voulait me laisser, mais sa présence, tout comme moi je tâchai de laisser ma présence à ma fille, sans savoir combien de temps cela durerait. Peut-être une éternité ? Peut-être une heure…

Etrange, comme ce petit bout d’humain était parvenu, sans le moindre mot, à accomplir ce que douze années entières et des centaines de conseils que je n’avais jamais écoutés auraient échoué à faire. Néanmoins, quand bien même Ciara plaçait du baume sur mes blessures, elle amenait avec elle un grand nombre de responsabilités. L’une d’elle, en particulier, me paraissait insoluble. Que j’en ait été consciente ou non, la Melinda de cette réalité avait commis une grave erreur en se laissant aller à… faire place au dragon d’un homme, comme aurait dit ma cousine, et cette erreur avait eu des conséquences. L’une d’entre elle, petite, matérielle, vivante et profondément endormie, reposait dans mes bras. C’était une conséquence plutôt positive, je ne pouvais le nier, mais je me devais d’assumer cette conséquence. Si nous étions tous condamnés à rester dans cette réalité, Ciara méritait d’avoir une famille digne de ce nom.

Or, c’était mal parti. Je n’étais déjà pas une mère digne de ce nom. Je n’étais pas responsable. Je n’étais pas très douée en tant que mère. Je n’avais pas la moindre idée de la façon d’élever correctement un enfant. Je n’avais presque aucun souvenir des longs mois où j’avais dû porter cette petite abeille dans mon ventre, et par-dessus tout, je l’avais laissée naitre sans être mariée. Et puis, bien entendu, en parlant de mariage, cette enfant n’avait pas non plus de père. Celui qui aurait dû assumer ce rôle s’était débiné. Et je n’étais pas certaine de trouver assez de courage pour épouser quelqu’un au hasard, sans le connaitre, juste pour qu’il fasse office de père à ma petite abeille – d’autant plus que je n’étais pas certaine que ledit mari fasse un bon père, et que j’espérais pouvoir aspirer à quelqu’un d’un peu plus pédagogique que Raygnar, ce qui ne me paraissait pas d’une exigence monstrueuse.

J’aurais voulu pouvoir rejeter ces réflexions comme il m’arrivait parfois de le faire avec les choses sérieuses. J’aurais voulu me dire qu’on verrait bien quand le moment viendrait de s’en occuper, mais malheureusement, je n’y parvenais pas. Ici, je n’étais pas seule à devoir assumer les conséquences de mes actes. Ciara était totalement dépendante de mes actions. Et elle méritait que je prenne au moins la peine de réfléchir à la façon d’arranger la situation. Elle méritait même que j’agisse pour arranger les choses. Mais je ne pouvais pas me permettre de foncer dans le tas, la tête baissée, comme d’habitude. Il fallait que je prenne une décision judicieuse, pour une fois. J’eus comme un vide, dans la poitrine, comme un appel d’air, quand je réalisai à quel point mes parents me manquaient, en cet instant. Maman aurait su quoi faire, elle, dans ce genre de situations complexes.

J’en étais à ce point-là de mes réflexions lorsque j’aperçus un visage familier. Je me figeai aussitôt. Serenus. Aussitôt, je fus partagée entre l’envie de courir vers lui pour profiter du bon ami que je voyais en lui, ou rester là et me cacher. Une peur plus profonde, réalisai-je, m’empêchait de bouger. J’ignorais totalement ce qu’il allait bien pouvoir penser de Ciara, ou même de moi. Je ne voulais pas qu’il s’imagine que je sois une… une… trainée, prête à coucher avec n’importe qui et à semer des enfants un peu partout sans même être mariée. Je ne voulais pas qu’il me méprise. Je ne voulais pas qu’il sache. Ciara valait mieux que ça. Je valais mieux que ça. Et puis, ce guerrier n’avait pas vraiment à nous juger. Pour autant que je m’en souvienne, il avait trompé allègrement son épouse dès qu’il en avait eu l’occasion. Pourtant… je reculai d’un pas, puis d’un autre, avant de me détourner.

Non, je ne parlerai pas à Serenus. Je ne le laisserais pas se moquer de moi ni de ma fille. L’image que j’avais de Ciara pourrait en être à tout jamais salie, et c’était absolument hors-de-question. Il fallait que je trouve un endroit où me cacher. Tout en m’éloignant d’un pas lent, pour ne pas attirer l’attention, je me dirigeai vers un autre coin du campement. Avec un peu de chance, le guerrier ne me reconnaitrait pas.

Ciara s’agita doucement dans mes bras, comme si elle sentait que quelque chose me perturbait. Je la serrai plus fort contre moi et la berçai tendrement.

— Ne t’inquiète pas, ma petite abeille. Je ne laisserais personne médire de toi, lui murmurai-je avec douceur.

Comme si elle m’avait entendue, l’enfant se calma et retomba dans un profond sommeil. Non, je ne laisserais personne médire d’elle. Et surtout pas quelqu’un comme Serenus. Surtout pas quelqu’un qui pourrait risquer de me blesser par de simples mots.
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Serenus Dardalion
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyMer 28 Juin - 21:37

"- Ces galettes étaient vraiment exquises ! Cette grand-mère sait vraiment comment éveiller nos papilles et les faire danser !

- Je te l'avais bien dit Obédience. En plus, tu as été chanceux, tu as vu la dose de fromage qu'elle a mis dans les tiennes ?

- Ce n'est pas tout les jours qu'on a l'honneur d'avoir un dragon à sa table. »

Serenus laissa échapper un petit rire, tandis qu'Obédience relevait la tête d'un air impérieux. Il ressentait la satisfaction de son dragon et, tout comme lui, il n'était pas contre une petite sieste digestive. Mais il n'en avait pas le temps. En tant que Capitaine, il devait veiller à la sécurité du peuple. Surtout avec une telle agitation. Le campement était plein à craquer, et nombreux étaient ceux qui étaient perdus, à la recherche de réponses, tout comme lui. Depuis qu'il avait recouvré ses souvenirs, il avait eu le temps de les explorer en profondeur, de se rappeler de ce qui était important et ce qui ne l'était pas. Il s'était rappelé qu'il était maintenant veuf, qu'Elena avait péri dans un bête accident, qu'il était censé être au front, à se battre pour Outrevent. Des souvenirs qui étaient revenus d'un seul coup, et qui, à force d'y repenser pour y mettre de l'ordre, lui donnaient la migraine.
Alors qu'il marchait aux côtés de son dragon, la main sur ses écailles, il repensa au jour où il avait appris le décès de sa femme. Il rentrait du front, heureux de n'avoir pas été blessé ou tué, quand un messager était venu le voir. Les derniers jours avaient été difficiles, il avait frôlé la mort plusieurs fois de très près. Il s'était langui d'aller se battre, mais, à ce moment-là, il se languissait de rentrer chez lui. Il avait d'abord cru avoir des nouvelles de son enfant et avait craint le pire. Mais il avait craint pour la mauvaise personne. Quand il avait appris que sa femme n’était plus, il était resté un long moment immobile, le regard dans le vide. Une partie de lui pleurait la perte de son épouse qu’il avait tant aimé, mais l’autre partie, celle qui n’avait pas hésité à la trahir, voyait ça comme une libération.

Plus d’Elena, plus d’assassin aux fesses, et surtout, plus d’épouse. La totale liberté. Serenus avait eu beaucoup de mal à y croire, se disant que c’était là une ruse de la part de sa femme pour le pousser à refaire une erreur qui pourrait lui être fatale. Mais non, elle était bien partie, et définitivement. Le Guerrier avait pleuré sa mort pendant plusieurs jours, portant le deuil et préférant penser aux bons moments passés ensemble. Il avait récupéré quelques affaires, et avait fait le nécessaire pour les funérailles. Une fois que tout cela fut derrière lui, il avait eu le temps de réfléchir, entre les batailles. Il devait reprendre sa vie en main, ne plus se laisser aller comme il l’avait fait avec Elena. S’il récupérait son enfant, il devait veiller à ce que celui-ci ait une mère. Mais il y avait un autre facteur à prendre en compte : la Guerre. Tant qu’il était au combat, il ne pouvait faire rien d’autre que se battre et survivre. Tant de choses à penser, à ne pas oublier, pour planifier son existence qui prenait un tout nouveau tournant.

"- Cesse donc de penser à tout ça Serenus, je n’aime pas déprimer quand j’ai le ventre plein ! »

Serenus leva la tête vers son dragon qui le fixait du regard. Il sourit et hocha la tête. Obédience avait raison. En plus, il pensait à des choses qui n’appartenaient même pas à cette réalité. Il passa la main sur les écailles et gratta le menton du dragon quand celui-ci baissa la tête vers lui. Obédience laissa échapper un soupir satisfait, et ils reprirent leur marche. Depuis leur arrivée ici, Serenus avait eu le temps d’apprendre à vraiment connaitre son dragon, et à communiquer avec lui autrement qu’à voix haute. Il avait vite compris qu’Obédience était en quelque sorte son double écailleux, ailé et cracheur de flammes. Très vite, et malgré la confusion de souvenirs qui maltraitait l’esprit du Guerrier/Chevaucheur, Serenus eut l’impression de ne faire qu’un avec son dragon. Ils avaient volé ensemble dans le ciel de Lorgol, ils avaient, ensemble, combattu le vertige de Serenus, qui appréciait de plus en plus leurs excursions dans les nuages. Obédience était vraiment un être exceptionnel qui illuminait son existence.

Serenus se faufila entre deux personnes quand il vit un visage familier. Melinda. Elle était ici, elle aussi. Avait-elle retrouvé ses souvenirs ? Se souviendrait-elle de lui ? Une seule façon de s’en assurer. Il prévint Obédience qu’il allait voir son ami et se fraya un chemin dans la foule.

"- Pourquoi marcher et piétiner quand on a des ailes ? »

Serenus ignora le commentaire amusé d’Obédience et arriva à la hauteur de la jeune femme. Il remarqua immédiatement l’adorable bébé qu’elle tenait dans les bras et se demanda si c’était le sien. Elle le serrait contre elle comme pour le protéger d’un danger. Serenus sourit devant la bouille du bébé et leva les yeux vers Melinda. Il demanda avec un petit sourire :

«- - Tu te souviens de moi Melinda ? »

Oui, vu son regard, elle se rappelait de lui. Il poussa un soupir de soulagement. Obédience s’approcha également, veillant à n’écraser aucun pied et baissa la tête vers la jeune fille. Il passa la langue sur ses canines et pencha la tête comme le ferait un chiot. Serenus dit alors :

« - Tu as l’air d’aller bien. Et c’est un très beau bébé.

- Elle sent le miel. Et son petit le lait et le savon. Je l’aime bien.

- Melinda, voici Obédience, mon dragon. Enfin… Dans cette réalité. Cet enfant est le tien ? »

La question lui avait échappé, mais tant pis, il était trop tard pour revenir en arrière. Obédience releva la tête et s’assit. Quelque chose en Melinda lui plaisait et il la regardait avec intérêt. Serenus sourit, puis reporta son regard sur Melinda. Espérons qu’il ne la dérange pas, et que le dragon ne l’effraye pas. Il venait à peine de la retrouver, il ne voulait pas qu’elle s’enfuie en courant. Serenus rougit et fit une petite grimace gênée. Il ne l’avait pas revue depuis la Samhain, et les propos de Mayeul disant qu’il était jaloux résonnaient encore dans son esprit. Même après tout ce temps, ces paroles le perturbaient toujours.



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptySam 1 Juil - 20:33

Il me rattrapait.

Il était derrière moi.

Il était à mes côtés, à regarder ma fille.

Je pris une profonde inspiration. Non, bien entendu, ce n’était pas lui. Serenus ne m’avait pas vue, évidemment. Ce devait être un passant, voilà tout. Il allait bientôt me dépasser, au vu du rythme lent que j’avais adopté pour ne pas troubler le sommeil de Ciara par une démarche trop brusque. Pourtant, je n’osais même pas jeter un regard dans sa direction pour vérifier. J’aurais non seulement risqué de constater que c’était bel et bien Serenus qui marchait à mes côtés, mais en plus, j’aurais pu me laisser frapper de plein fouet par sa déception et son mépris quand il poserait son regard sur ma fille. L’espace d’une seconde, je fronçais les sourcils. Cette crainte était ridicule. Le guerrier n’avait pas à se montrer désapprobateur, étant donné qu’il ignorait si j’étais mariée ou pas, dans cette réalité. Et s’il doutait une seule seconde du fait que je sois mariée, ne remettait-il pas mon honneur en doute ? Certes, la Melinda de cette réalité avait piétiné la notion de bienséance sans beaucoup de considérations, mais je n’étais pas elle, et j’espérais que Serenus avait une meilleure image de moi. Mes pensées se bousculaient dans mon esprit, sans que j’ose pour autant tourner la tête pour vérifier que le guerrier ne m’avait pas suivie.

— Tu te souviens de moi Melinda ?

Bon. Plus de doutes à avoir. C’était bien Serenus. Malheureusement ? Je n’aurais su dire si cette rencontre était malheureuse ou non. Toujours fut-il qu’après avoir pris mon courage à deux mains et jeté un coup d’œil au ravissant visage de ma fille, je me tournai vers le guerrier, étirant mes lèvres dans un sourire qui faisait écho au sien. Je me demandai brièvement quelle serait sa réaction si je lui laissai croire que je ne le connaissais pas. Juste lui laisser croire, quelques secondes, pour voir son expression… Je ne pus retenir un sourire amusé en songeant que le guerrier pourrait bien y croire, ce qui m’obligerait pour profiter plus longtemps de son expression sans doute impayable, à tenir le rôle que je me serais choisi… et je n’étais pas certaine d’y parvenir sans rire ou m’éloigner suffisamment de la vérité pour qu’on puisse appeler cela un mensonge. Et puis, quelque part, le fait que lui se souvienne de moi me paraissait si doux que je ne pouvais pas lui refuser ce cadeau. C'était comme une confirmation supplémentaire du fait que cette réalité n'était pas vraiment la mienne.

— Bien entendu que je me souviens, même si je n’ai plus ta cape malodorante pour me rappeler ton existence, déclarai-je avec un sourire mutin. Mais qui sait, peut-être nous sommes-nous déjà rencontrés dans cette vie ? Comment savoir si nos souvenirs concordent bien sur la même réal… ?

Je remarquai alors le dragon qui s’approchait, et le dernier mot s’étrangla dans ma gorge. Il s’approchait à une très grande proximité. Un dragon. Un vrai. Pas un en tissu, ou en bois, ou en papier, ou en quel qu’autre matériau que ce soit qui pourrait composer un dragon. Celui-là était tout en chair, en muscles et en écailles, et il était… impressionnant. Un peu. Quand même. Et il était tout proche, plus proche que tous les dragons que j’avais jamais vus. Et Serenus ne semblait même pas s’en préoccuper. Comme si… comme si lui et ce dragon étaient… Comme si le guerrier n’était plus guerrier, mais chevaucheur, et que ce dragon était le sien. A moins qu’il ne soit… hmm… chargé de garder ce dragon, par exemple, comme j’aurais bien pu être chargée par une mère de garder son bébé. Sauf que les dragons étaient sans doute capables de se défendre par eux-mêmes, contrairement aux enfants en bas âge. Par conséquent, il était plus probable que Serenus soit chevaucheur que nounou pour dragons.

— Je vais bien, murmurai-je en hochant la tête, sans préciser que l’accouchement s’était bien passé et que je m’en étais bien remise – malgré une tentative d’assassinat de la part du demi-frère de ma fille, alors que j’étais encore enceinte. Et c’est un très beau dragon.

Vert. Comme les plaines outreventoises. Bien évidemment que ce dragon était beau – peut-être un peu gros, toutefois, à moins que tous les dragons ne soient aussi… imposants.

— Elle s’appelle Ciara. Ciara d’Ysgramor, déclarai-je avec tendresse en lui caressant la joue du bout du doigt. Et une fois n’est pas coutume, je dois bien avouer que tu as raison. Elle est magnifique.

Magnifique comme un ciel étoilé dans le silence de la nuit – quand elle dormait, elle dégageait autant de calme et d’harmonie. Magnifique comme l’océan qui se fracassait contre une falaise – elle faisait tout autant de bruit lorsqu’elle avait faim, ou froid, ou pour toute autre raison parfois inexplicable qui la mettrait mal à l’aise. Magnifique comme la confiance que je lisais dans ses yeux lorsqu’elle me regardait. Mais aussi fragile qu’une statue de cristal, j’en étais consciente. Elle était si petite. Elle ne tenait même pas encore sur ses os. Elle n’avait pas encore la force de marcher, ou l’habileté nécessaire pour parler – elle n’aurait probablement pas ce genre de capacités avant un an ou deux. Elle ne pouvait pas se débrouiller par elle-même pour obtenir ce qu’elle voulait, ni même le demander. Autrement dit, elle était totalement dépendante, et c’était à moi de veiller sur elle, de veiller à ce qu’elle grandisse suffisamment pour s’occuper d’elle toute seule, de veiller à ce qu’elle soit heureuse et bien entourée… pour tout le temps que j’aurais à ses côtés. Peut-être devrais-je rentrer un jour dans la vie que j’avais toujours eue, aussi brusquement que j’avais été projetée dans celle-ci.

Serenus me présenta alors son dragon. Obédience. Je le saluai d’un léger signe de tête, un sourire amical affiché sur mes traits. Je commençais à m’habituer à sa taille, et à l’idée que j’avais un dragon que je pouvais admirer d’aussi près. Et si Serenus était chevaucheur… il avait dû faire un cursus à l’Académie, non ? En tant que Mage ? Je plissai les yeux, réfléchissant brièvement. Un dragon vert… il devait être du vol d’Emeraude. Si je ne me trompais pas, le guerrier – même avec un dragon, il resterait toujours guerrier dans mon esprit – devait être mage du Printemps. Était-ce aussi le cas dans la vie réelle ? Avait-il renié cet aspect de sa vie ? Je me le demandais. Mais l’esprit de Serenus était tout autant empli de questions que le mien, et l’une d’elle, en particulier, vient à affleurer sur ses lèvres. Une question délicate. Une question à laquelle je ne voulais pas répondre.

J’aurais pu répondre non, bien entendu, et le guerrier n’aurait peut-être pas posé plus de questions. Mais c’aurait été un mensonge, et la vérité restait une des valeurs les plus chères à mon cœur, dans cette vie comme dans une autre. J’ouvris la bouche, m’apprêtant à répondre que je cherchais son père, ce qui était en partie vrai. Raygnar avait renié la pauvre petite, l’avait délaissée, l’aurait laissée seule et sans protection si moi-même ne m’était pas décidée à me comporter en mère – une mère sans doute imparfaite et ignorante sur le chapitre de la maternité, certes, mais qui faisait de son mieux au moins, et qui avait le mérite d’être restée quand son probable amant avait fui lâchement. Pourtant, lorsque je posai mes yeux sur Ciara, je me ravisai. Aucune réponse concernant cette petite ne devrait pâtir d’un manque de franchise, encore moins motivé par n’importe quelle forme de honte. Elle n’avait pas à être honteuse d’elle-même, ni moi des circonstances de sa naissance. Avec fierté, avec défiance, je relevai le visage vers Serenus, non sans lui lancer un doux sourire.

— Oui, c’est ma fille. Je cherchais son père. Il doit être quelque part dans ce camp. Il a un peu peur, je crois. Quelque part, je le comprends. C’est vrai que c’est terrifiant, de la tenir dans ses bras. Elle a l’air si fragile.

Un sourire amusé, quoique teinté d’une certaine aigreur se dessina sur mes traits.

— On pourrait croire qu’il a été suffisamment entrainé, pourtant, à tenir des bébés, quand on rencontre ses autres enfants.

Cela dit, celui qui avait tâché de me rouer de coups et qui avait manqué de me tuer dans un incendie n’avait rien de faible. Peut-être était-ce une bonne chose, finalement, que Raygnar rejette ainsi sa fille. Si tous ses enfants étaient aussi sympathiques et avenants que son ainé – ou s’ils étaient tous destinés à le devenir – je ne voudrais pas tester sa pédagogie sur Ciara. Ma fille méritait mieux que d’apprendre la violence et la haine. Il y avait dans la vie tant de choses bien plus importantes que cela.
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyMar 4 Juil - 23:54

Elle se rappelait de lui, et elle parla même de sa cape qu’elle trouvait toujours aussi malodorante. Serenus fit un grand sourire, répondant à celui de la jeune femme. La Melinda qu’il connaissait n’avait pas changé, elle était restée la même malgré le changement de réalité. Cela le rassura, et il fut également soulagé. Il ne savait pas ce qu’il aurait fait sii elle n’avait pas retrouvé ses souvenirs, si elle ne l’avait pas reconnu. Il aurait peut-être fait passer tout cela pour une erreur, prétendre qu’il l’avait prise pour quelqu’un d’autre, et serait parti. Mais, heureusement, elle se souvenait de son ami guerrier. Elle se demanda s’ils avaient pu se rencontrer dans cette vie-là, et comment faire pour savoir si leurs souvenirs concordaient. Elle se tut en plein milieu du mot, fixant Obédience avec des grands yeux ronds. Le grand dragon s’approchait, veillant à n’écraser personne, et respira à plein nez les odeurs de Melinda et de l’enfant. Serenus n’y fit pas attention et se contenta de répondre avec un sourire :

« - Le simple fait que tu ais parlé de la cape suffit. Nous n’avons rien oublié, et j'en suis content. »

Obédience fit un petit commentaire sur les odeurs qu’il sentait, et sur le fait qu’elles lui plaisaient. Serenus acquiesça à la remarque et demanda à la jeune femme si elle allait bien depuis leur dernière rencontre, qui, d’après ses souvenirs, remontaient à la Samhain. Elle lui avait parlé sèchement, et était partie sans se retourner, sans qu’il en comprenne la raison. Depuis lors, il s’était passé tellement de choses… Il avait mis cette femme enceinte, il était parti au combat, sa femme était morte, et tout avait changé. Il était maintenant Capitaine de la Caserne de la Volte, Chevaucheur du dragon Obédience, et père d’un enfant qui n’était pas le sien. Serenus chassa ces pensées et sourit quand Melinda lui dit qu’Obédience était un très beau dragon. Les écailles de celui-ci frémirent, réagissant au compliment. Serenus secoua la tête tandis que le dragon laissa échapper un son qui ressemblait beaucoup à un ronronnement. Serenus dit à Melinda :

« - Il est flatté. Je vais en entendre parler pendant des semaines maintenant !

- Tu exagères ! Elle ne fait que dire la vérité ! »

Serenus laissa échapper un rire. Obédience leva la tête et lui lança un regard moqueur. Les deux adoraient se taquiner, et ne manquaient pas une occasion de s’envoyer des petites piques. Cela, en plus de leurs caractères qui se ressemblaient beaucoup, les avaient rendus très vite inséparables. Serenus reporta son attention sur le bébé, qui avait une bouille adorable. Il retira son gantelet pour caresser la joue de l’enfant avec son doigt, tout doucement. Il leva la tête quand Melinda lui apprit son nom, et pour lui dire qu’il avait raison sur le fait qu’elle était magnifique. Serenus sourit, sans détacher son regard du bébé. Tout en l’admirant, il questionna Obédience :

« - Ysgramor, ça te parle ?

- Ça sonne kyréen ça. Mais ça ne me dit absolument rien. »

Serenus hocha la tête. Cet enfant était la fille d’un homme connu. Peut-être était-il important, dans ce cas, elle aurait une enfance heureuse, et ne manquerait de rien. Mais était-elle la fille de Melinda ? Etaient-ils mariés ? Ou Melinda faisait office de nourrice ? Cela serait possible, elle protège cette enfant comme si c’était le sien, le nourrit et le dorlote contre une petite somme d’argent. Tout en cogitant, Serenus présenta Obédience à Melinda. Le dragon, appréciant de plus en plus l’interlocutrice de son cavalier, s’assit et observa la scène. Serenus leva la tête vers lui. Obédience portait un intérêt tout particulier au bébé, qui devait être à peine plus grosse que son œil. Serenus pu capter sa pensée quand il se demanda comment les humains faisaient mettre autant de temps à apprendre à marcher, et pourquoi les petits humains ne savaient faire que brailler. Les petits d’humains étaient vraiment étranges. Si fragiles, si faibles, et pourtant munis d’une capacité à réveiller tout un quartier. Serenus fit une petite moue, avant de poser la question qui lui brulait les lèvres. Melinda parut réfléchir un instant à sa réponse avant de lui sourire. Elle lui dit que cette enfant était bien sa fille, et qu'elle cherchait son père, qui visiblement fuyait ses responsabilités. Elle ajouta que ce n'était pas étonnant, vu la fragilité de Ciara, mais que, d'un autre côté, vu qu'il était déjà père, il devrait savoir ce que c'était que de tenir un bébé dans ses bras.

Serenus fronça les sourcils en même temps qu'Obédience retroussait les babines. La façon d'agir de cet homme ne lui plaisait pas. C'était lâche de sa part. Est-ce qu'il avait fait de même avec ses autres enfants ? Qui était donc cet homme qui avait mis enceinte Melinda et qui la rejetait ensuite, comme si elle n'était qu'un vêtement trop usé ? Serenus lui aurait bien mis son poing dans la figure. S'il avait été le père, il n'aurait jamais laissé Melinda et son enfant seuls, sans protection. Il aurait veillé à ce qu'elles ne manquent de rien, et les auraient rendues heureuses. C'est tout.

"- Les galettes sont bientôt digérées Serenus. Je peux aller me soulager sur la tête de cet homme pour lui apprendre ce que c'est de laisser sa famille à l'écart.

- Pas tout de suite. Tâchons d'en apprendre plus."

Serenus pencha la tête vers la pauvre enfant, rejetée par son père. Il soupira et dit à Melinda :

- Voilà qui est bien lâche. Si j'avais cet homme devant moi, il saurait très vite ma façon de penser... Comment vous êtes vous rencontré ?

Il voulait savoir comment ça c'était passé, comment ce type avait fait pour amadouer Melinda et pour se faire aimer d'elle. Elle ne se serait jamais laissée faire s'il avait voulu la forcer, elle avait donc tomber amoureuse, et cela rendait frustrait Serenus. Il entendit Mayeul lui dire qu'il était jaloux et, une fois de plus, tenta de le chasser de son esprit, lui et ses remarques vexantes mais véridiques.  Peut être qu'il avait réussi à la vaincre dans une joute verbale, et que cela l'avait séduite ? Il frissonna quand, malgré lui, il imagina Melinda dans les bras de cet homme dont il ne connaissait ni le nom ni le visage. Il se força à revenir dans la réalité et sourit. Ce n'était pas le plus important. Il ruminerait plus tard, mais, pour l'heure, il devait en apprendre plus sur la nouvelle vie de Melinda, et profiter de leurs retrouvailles. Il lui dit  :

"- En tout cas, Ciara est un prénom qui lui va à ravir. J'espère qu'elle héritera de ton don pour le maniement des mots. Elle fera des ravages quand elle sera plus grande."

Il imagina une Melinda miniature, assise sur une chaise et une plume à la main, en train de rendre fou ses parents par ses arguments et son entêtement. Il entendit le rire d'Obédience et y répondit. Cette petite aura du caractère et cela lui sera bien utile. Serenus se promit intérieurement de veiller sur la famille, et de tout faire pour les aider, s'ils étaient en difficulté, et ce, malgré le fait qu'il n'appréciait déjà pas le père à cause de sa lâcheté.



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyJeu 13 Juil - 20:09

Serenus paraissait aussi soulagé que je l’avais soupçonné. Rien de plus normal, après tout. Même ici, dans ce camp, où tout le monde devait pourtant être animé par cette même impression de ne pas être dans la bonne réalité, il restait des doutes, qui ressurgissaient à chaque visage familier que l’on croisait. Se souvenait-il de moi ? Sa mémoire lui était-elle revenue ? Et même s’il se souvenait de moi… ses souvenirs concordaient-ils avec les miens ? Après tout, puisque nous n’étions pas dans la bonne réalité, venions-nous tous seulement de la même réalité ? Ces questions, je me les étais souvent posées, au cours des derniers jours, tout en me questionnant sur la raison de tout ceci. Mais visiblement, Serenus se souvenait bien de la cape. Je ne pus retenir un sourire moqueur.

— Content ? Etrange, j’aurais plutôt utilisé un autre mot, si brutalement me revenait toute une série de souvenirs où une jeune femme plus jeune que moi m’avait humiliée d’abord devant un enfant trop curieux de la ville basse, puis devant mes collègues, et enfin devant un ami voltigeur. Mais je suppose que quand on supporte de voir son amour-propre piétiné, me fréquenter peut être agréable, oui.

C’était plutôt un bon résumé de ma relation avec Serenus, non ? Notre première rencontre, dans la ville basse, avait dû être pour lui une cuisante humiliation. Etre ainsi rabroué par une femme qui avait l’air tout aussi frêle que jeune ne devait pas lui être familier. Quand je lui avais appris, devant l’entrée de la guilde des guerriers, ce qu’il en coûtait de se moquer de moi, il avait dû affronter les rires de ses collègues – peut-être même qu’il en entendait encore parler aujourd’hui. Enfin, j’avais impitoyablement raconté à Mayeul comment j’avais vaincu Serenus à la force de mes mots, et comment j’avais été forcée de défendre sa dignité devant un tas de guerriers. Ce genre d’histoires n’était pas de celles dont on était fier, j’en étais consciente. Pourtant, le guerrier était « content » que je me souvienne. Peut-être que l’étrange situation dans laquelle nous nous trouvions – se retrouver dans un monde où les souvenirs des autres étaient différents des nôtres – pouvait expliquer cela.

Très vite, je ne pus que complimenter le dragon de Serenus. Il était impressionnant, et magnifique. Je n’étais pas très douée pour interpréter les réactions des dragons – ma spécialité, c’étaient plutôt les bestioles un peu beaucoup plus petites – aussi fus-je reconnaissante au guerrier de faire la traduction. Le dragon en question, cela dit, n’avait aucune raison d’être flatté du compliment. Je ne faisais que dire la vérité. De même, je ne voyais pas pourquoi Serenus s’irriterait d’entendre cette vérité durant des semaines. Ce qui était vrai méritait d’être dit, n’importe quand, n’importe où, à n’importe quelle fréquence, en toute franchise.

— Ce n’est rien d’autre que la vérité, déclarai-je en haussant les épaules, faisant écho, sans le savoir, aux pensées du dragon. Il a raison de te le répéter aussi souvent que possible. On a parfois tendance, malheureusement, à oublier et négliger les belles choses qui nous entourent. Tu devrais le remercier, en fait, chaque fois qu’il te le rappelle. Il veille à ton bien-être, en quelque sorte, en te montrant la beauté dans tout ce qui t’entoure.

Après avoir admiré et complimenté son dragon en bonne et due forme, je lui présentai ma fille. Mon adorable petite Ciara. Je ne pus m’empêcher de me crisper quand Serenus lui caressa la joue, envahie du besoin irrépressible de la protéger. C’était ridicule, évidemment, je savais que le guerrier ne lui ferait aucun mal, mais une part de moi considérait le guerrier comme quelqu’un de dangereusement attachant – un danger qui l’était surtout pour moi, mais que je projetais instinctivement sur mon enfant. La douceur de Serenus, toutefois, tandis qu’il touchait à la joue de ma fille, me permit de juguler mes craintes. Il ne ferait probablement aucun mal à un bébé, du moins, pas volontairement.

Ce fut donc avec douceur que je répondis à ses questions sur Ciara. Je mentionnais brièvement son père, quelque part dans ce campement, probablement en train de fuir ses responsabilités. Enfin, peut-être avait-il des affaires très importantes à mener ; il était bien possible qu’il ne nous évite pas sciemment. Toujours était-il que dans son esprit, il était très clair que nos chemins allaient se séparer sitôt qu’il aurait quitté ce campement. Ma colère envers le demi-frère de ma fille, en revanche, ne s’était pas éteinte. Ce jeune homme avait failli faire beaucoup de mal à mon enfant avant même que la petite n’ait eu l’occasion de voir le jour. Si jamais je le recroisais, je risquais fort bien de ne pas mâcher mes mots. Et encore moins de retenir mes poings. Aussi secouai-je la tête quand Serenus traita Raygnar de lâche. Certes, le noble kyréen l’était, au moins un peu, mais je ne lui en voulais pas vraiment pour ça.

— Lâche, peut-être, mais compréhensible. Qui ne serait pas effrayé à l’idée de tenir entre ses mains une vie en train de grandir et de s’épanouir ? Et puis, cela peut se comprendre : cet homme a récupéré ses souvenirs pour accueillir les premières douleurs de l’accouchement. Il ne s’attendait pas vraiment à avoir un enfant et encore moins avec moi. Il ne considère même pas Ciara comme sa fille.

Nous n’avions jamais été en très bons termes, dans ma réalité. Nous étions trop fiers l’un et l’autre pour plier le genou dans une joute orale, ou admettre une défaite dans la joie et la bonne humeur. Et puis je méprisais la façon dont il réprimait les rêves de ses enfants. Je trouvais ça profondément triste. Sans doute ne devait-il lui-même pas m’estimer beaucoup, étant donné que je n’étais probablement qu’une gueuse impertinente, à ses yeux. Il était naturel qu’il ait paniqué dans cette situation, et je le comprenais. Même si je trouvais dommage que ce soit Ciara qui ait à en souffrir.

— Apparemment, nous nous serions rencontrés quand je me suis inscrite à l’Académie. Il était un de mes professeurs, expliquai-je, sans pouvoir m’empêcher de laisser paraitre une note de fierté dans mes paroles.

Comme si cette entrée à l’Académie était de mon fait ! Une part de moi avait compris que la Melinda de cette réalité était totalement différente de moi – jamais je n’aurais pu accepter d’entretenir une relation avec Raygnar. Une autre ne pouvait que s’enorgueillir de ce qu’elle avait fait de bien – comme Ciara, par exemple, ou mon entrée à l’Académie.

— Mais je le connaissais déjà dans la réalité d’où nous venons. Nous sommes rencontrés pour la première fois devant les portes de l’Académie. Je voulais juste lui poser quelques questions sur les examens d’entrée… j’espérais qu’il m’aide à les passer. Ses réponses ne m’ont guère été utiles, mais la conversation était intéressante, même s’il n’est pas vraiment quelqu’un d’aimable.

Serenus déclara ensuite qu’il approuvait le choix de prénom, et qu’il espérait qu’elle pourrait manier les mots aussi bien que moi. Je souris en caressant à mon tour la joue douce et chaude du poupon. Les mots étaient un grand allié, et j’espérais que cette petite en aurait conscience. Mais même si elle devait devenir muette, même si elle devait déroger à tous les principes d’honneur d’Outrevent, même si elle devait mentir et tromper aussi bien qu’elle respirait… je ne pourrais pas cesser de la chérir et de la protéger. En regardant son visage, en cet instant, c’est du moins l’impression que j’avais. Si je pouvais juste lui donner autant que je pouvais donner, cela suffirait à mon bonheur. Je ne pus empêcher un soupçon de tristesse de venir altérer mon sourire. Je n’étais même pas sûre de rester longtemps avec elle. J’avais déjà changé de réalité une fois… Qui pourrait me promettre que cela ne se reproduirait pas ?

— Peut-être que je ne serais pas là pour la voir grandir, murmurai-je avec douceur. J’espère au moins que la Melinda de cette réalité se montrera à la hauteur de cette petite abeille. J’espère qu’elle lui trouvera un père digne de ce nom et qu’elle lui donnera de quoi s’épanouir dans la vie.

Je pris une profonde inspiration, comme pour me donner du courage à l’idée de devoir abandonner cette enfant quand je retournerais dans ma réalité, puis je redressai la tête vers Serenus.

— Et toi, tout va bien ? La vie en tant que chevaucheur te convient ?

D’après ce que j’avais vu, il avait l’air de bien s’entendre avec son dragon. Mais après tout, les apparences pouvaient parfois s’avérer trompeuses. Qui sait ? Peut-être que Serenus préférait de loin la vie en tant que guerrier, au milieu de tous ses collègues qui ne semblaient manquer aucune occasion de le railler ? Après tout, le railler, n’était-ce pas exactement ce que je faisais ? Et pourtant, il était content de me voir, non ?
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyDim 16 Juil - 11:45

Oui, Serenus était content de la revoir, content de voir qu'elle se rappelait de lui et de leur rencontre. Ça, il risquait pas de l'oublier, elle l'avait humilié à de nombreuses reprises, mais il ne l'avait jamais rejeté, il était toujours revenu vers elle, passant sur ses paroles qui pouvaient se révéler blessantes. Un autre n’aurait peut-être jamais fait une chose pareille. Pourquoi se montrait il aussi gentil avec Melinda ? Pourquoi appréciait-il autant d’être à ses côtés ? Serenus se rendit compte qu’il connaissait déjà cette sensation. Il l’avait déjà ressenti, bien des années plus tôt. Il se sentait capable de tout pour Melinda. Il l’avait déjà démontré à de nombreuses reprises. Il avait supporté les rires d’un gamin qui se moquait de lui, ceux de ses collègues, les lèvres de Mayeul sur les siennes, et il savait qu’il pourrait accepter encore plus et en faire plus, si Melinda le lui demandait. Serenus se contenta de répondre par un sourire à la réplique de Melinda, qui ne semblait pas comprendre pourquoi il était aussi heureux de la revoir, mais il s’en fichait, elle le saurait quand lui-même aurait compris.

Obédience venait d’arriver, et la surprise de Melinda fit sourire le Chevaucheur. Elle le complimenta ensuite pour sa beauté et cela flatta le grand Dragon. Serenus, qui, au fil des jours, apprenait à connaitre de mieux en mieux son compagnon, annonça à Melinda qu’il risquait d’entendre parler de ce compliment pendant des semaines, tant Obédience pouvait se montrer narcissique. Melinda haussa les épaules et, faisant écho à Obédience, lui dit que ce n’était que la vérité. Serenus jeta un coup d’œil à Obédience, se demandant s’il était capable d’influencer les pensées humaines, puis écouta Melinda qui lui expliquait que le dragon veillait à son bien être en lui montrant la beauté du monde qui l’entourait. Obédience, aussi droit et aussi fier que lui permettait sa position, regardait les deux humains d’un air satisfait. Il battit l’air de la queue et déclara à son cavalier :

« Elle sait vraiment parler aux dragons cette petite humaine ! Je l’aime beaucoup !   »

Serenus sourit. Pas besoin de traduire la pensée du dragon à Melinda. Le regard du dragon suffisait à exprimer ce qu’il ressentait. Une fois que la présentation entre Melinda et Obédience fut faite, elle fit de même entre lui-même et sa fille, Ciara, un adorable petit bout de chou qui promettait de devenir aussi coriace que sa mère. Serenus ôta son gant pour caresser du doigt la joue de l’enfant. Il remarqua la méfiance de Melinda et la comprenait parfaitement. Avec sa carrure et ses manières un peu bourrines, il pourrait lui faire du mal sans le vouloir, mais il était en pleine possession de ses facultés, heureusement. L’enfant ne risquait absolument rien avec lui. Elle répondit ensuite à ses questions sur elle, il apprit ainsi que le père était un homme lâche, qui fuyait ses responsabilités, alors qu’il était déjà père. Serenus fit part de sa pensée à Melinda, qui défendit admirablement le père de l’enfant en déclarant qu’il avait retrouvé ses souvenirs au moment de l’accouchement. Pour Serenus, ce n’était pas une excuse. Il aurait dû être là pour veiller sur elle, Melinda semblait compter sur lui, étant donné qu’elle a donné son nom à Ciara.

Serenus voulu en savoir plus, il questionna Melinda sur les conditions de sa rencontre avec le fameux d’Ysgramor. Cela perturbait beaucoup le Chevaucheur/Guerrier. Comment cet homme avait-il réussi à attirer Melinda dans ses bras ? Il devait être vraiment doué pour jouer avec les mots, comme elle. Melinda, avec une petite note de fierté dans la voix, lui dit qu’elle l’avait rencontré à l’Académie, qu’il était un de ses professeurs. Elle avait donc réussi, dans cette réalité-là, à intégrer l’Académie ! Serenus sourit, fier de Melinda. Comme quoi, elle était capable de bien des choses. Il revint ensuite sur son « amant ». Un professeur. Voilà qui expliquait les choses. Un homme cultivé, ayant de l’autorité, et qui devait avoir un certain charisme pour avoir pu séduire Melinda. Serenus n’aimait pas du tout ça. Serenus dit en souriant, tout en essayant vainement l’image de cet homme recouvert de bouse de dragon :

« - Tu es donc une étudiante ?! Toute mes félicitations Melinda. »

Melinda expliqua ensuite qu’elle connaissait déjà cet homme dans la vraie réalité, mais qu’ils étaient loin d’être de amis. Elle le décrivit comme un homme peu aimable, et qui n’avait pas su répondre correctement à ses questions. Serenus sentit déjà le soulagement l’envahir. Si elle avait retrouvé ses souvenirs, elle devait continuer à ressentir un certain mépris pour cet homme. Connaissant Melinda, elle n’avait pas dû se laisser faire, et les deux ne devaient pas beaucoup s’entendre. Voilà une bonne chose. Pauvre Ciara, elle était au centre de tout cela. Serenus baissa la tête vers l’adorable bébé qui dormait profondément, et Obédience en fit de même. Le dragon était intrigué par Ciara. Serenus lui demanda alors pourquoi, et Obédience répondit :

« - Regarde la, ni griffe, ni dents, incapable de se défendre. Elle est si petite. Comment fait-elle pour survivre ?

- Avec Melinda, elle ne craint absolument rien.

- Oui mais il faudrait un mâle. Je la vois mal chasser avec son petit. »

Serenus regarda Melinda. Un mâle, elle en avait un, même s’il était très incompétent et surtout très lâche. Melinda, comme si elle avait entendu ses pensées, murmura qu’elle espérait que la Melinda de cette réalité se montre à la hauteur de Ciara, et qu’elle espérait trouver un père digne pour que l’enfant puisse s’épanouir et vivre sans manquer de rien. Serenus ne savait que dire. Melinda avait besoin d’aide, elle devait élever un enfant seule et avait peur de ne pas y arriver. Le Guerrier/Chevaucheur baissa les yeux, pensant à cette réflexion qu’il s’était faite un soir, après une bataille contre Bellifère qui l’avait laissé épuisé. Il était veuf, et il allait avoir un enfant. Il allait se retrouver exactement dans la même situation que Melinda dans cette réalité-là, et il avait ressenti la même chose. Est-ce qu’il allait y arriver ? Ferait-il un bon père ? Trouverait-il une mère digne de ce nom à cet enfant, une mère aimante qui le considérerait comme le sien ? Il pourrait mourir à la guerre à n’importe quel moment, il ne voulait pas que son enfant soit seul. Serenus, perdu dans ses pensées, regardait au loin, lorsque la question de Melinda le fit sortir de ses pensées. Il fit un petit sourire et répondit :

« - Oh, tout va bien oui, j’ai mis du temps à m’adapter, mais Obédience est vraiment un dragon exceptionnel. On se ressemble comme deux gouttes d’eau.

- Je suis surtout très patient, te sentir trembler comme une feuille dans les airs, ça n’a rien d’agréable.

Serenus ignora la remarque d’Obédience même si elle le fit sourire. Il était vrai que leurs premiers vols ensemble n’avaient pas été facile. Le vertige de Serenus compliquait les choses, et le Guerrier/Chevaucheur avait un mal fou à se concentrer en vol, surtout après avoir regardé en bas. Serenus passa une main sur les écailles d’Obédience et reprit :

« - Néanmoins, cette vie-là ne m’appartient pas. J’ai l’impression d’être un intrus. Obédience a un autre chevaucheur dans la vraie réalité. S’il a retrouvé ses souvenirs, son dragon doit énormément lui manquer. J’ai vu un homme qui avait perdu son dragon, c’est comme s’il avait perdu la moitié de son âme. »

Serenus se tut un instant, pensant à Aaron. Il l’avait croisé une ou deux fois depuis leur arrivée ici, et il avait semblé toujours aussi seul et toujours aussi désorienté. Cela devait être pareil pour le Chevaucheur d’Obédience, même s’il ne s’était pas montré pour le moment. Pour l’heure, Serenus profitait de la présence rassurante du dragon à ses côtés et dans son esprit, il apprenait à vaincre son vertige et assumait des responsabilités qu’il n’avait jamais pensé avoir dans la vraie vie. Mais, un jour ou l’autre, les choses finiraient pas rentrer dans l’ordre n’est-ce pas ? Chacun retrouverait se existence propre, sa véritable vie, où on est maitre de son destin. Obédience retrouverait son Chevaucheur, et Serenus son existence solitaire et périlleuse. Il ne tenait qu’à lui de faire en sorte que ça change. Le Guerrier soupira et dit :

« - Tu sais, depuis notre dernière rencontre, tellement de choses ont changé… Je suis veuf, je vais avoir un enfant, et je vais surement mourir à la Guerre, en me battant pour Outrevent… Tout est allé si vite…  »

Le Guerrier se tourna vers elle et la regarda dans les yeux. Cette pensée qu’il avait eu un soir, après un combat, elle s’était imposée à lui de plus en plus souvent, parfois même en plein combat. Il avait longuement réfléchi, et il en était arrivé à cette conclusion. Cela l’ennuyait de le reconnaitre, mais Mayeul avait raison. Si Serenus supportait les railleries de Melinda sans broncher, s’il acceptait de subir les pires humiliations pour elle, s’il était capable de tout faire pour elle, c’est parce qu’il était amoureux. Cette sensation, il l’avait déjà ressentie avec Elena, et elle s’était estompée. Là, elle revenait en force, lui faisant perdre ses moyens et l’amenant dans des situations impossibles. Se faire embrasser par un Voltigeur ! Franchement ! Le Guerrier passa la main dans ses cheveux et chercha du courage dans le regard de son dragon. Il n’y lu que de l’incompréhension. Il inspira à fond et dit à Melinda, son regard droit dans le sien :

« - Melinda, veux tu m’épouser ? »



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyDim 23 Juil - 10:09

Parler de cette vie qui n’était pas vraiment la mienne à Serenus était un exercice particulièrement déconcertant. Chaque fois que je lui révélais quelque chose, je me demandais avec perplexité ce qu’il allait en penser, et comment il allait y réagir. Apprendre qu’il trouvait Ciara aussi adorable que moi et qu’il ne la rejetait pas sous prétexte qu’elle était née hors-mariage m’avait procuré un immense soulagement. Ma fille méritait mieux que d’être méprisée sous prétexte que sa mère avait fait une erreur. Depuis, toute révélation s’accompagnait d’un regard incisif, comme si je le mettais au défi d’oser me dire que ce que j’avais fait était peu respectable ou que j’aurais dû agir autrement. Peut-être, toutefois, avait-il autant conscience que moi que les actes que j’avais commis ici n’étaient pas vraiment de ma responsabilité. Indiscutablement, la Melinda de cette réalité était profondément différente de celle que j’étais devenue. Néanmoins, ça ne m’empêchait pas d’être fière de certaines choses, comme mon entrée à l’Académie, pour laquelle le guerrier ne manqua pas de me congratuler. Je secouai la tête, refusant ces félicitations.

— Je n’ai rien fait pour en arriver là. C’est la Melinda d’ici qui a eu la volonté nécessaire pour suivre un cursus à l’Académie, pour réussir les entretiens d’entrée, et pour se faire remarquer comme une élève brillante. Nous partageons peut-être certaines choses, mais je ne pense pas que je suivrai le même chemin qu’elle. Elle allait devenir Savante, au terme de son cursus, tu sais ?

J’y avais un peu réfléchi, depuis le temps que Raygnar et moi avions quitté les murs de l’Académie. Cet établissement était un symbole de paix entre magie et savoirs. La guerre entre faës et ibéens faisait peut-être rage dans ma réalité, mais je n’étais pas pour autant partisane du conflit. Quelque part, si je décidais d’entamer un cursus dans le domaine du Savoir, ce serait comme renier la magie qui dormait en moi. Non pas que je méprisais le savoir, bien au contraire, mais je trouverais plutôt dommage d’abandonner en moi ce tribut à la magnifique dualité d’Arven. Et puis, par les temps qui couraient, peut-être pouvais me révéler utile autrement qu’en vendant du miel. Certes, le délice doré faisait partie de ces choses qui passaient du baume sur les blessures cruelles que pouvait infliger le Destin, mais quelque chose me disait qu’il pesait bien peu dans la balance, en temps de guerre. En tant que mage de l’Hiver, peut-être pourrais-je en faire plus pour protéger mon chez moi et, à la longue, peut-être, œuvrer pour ramener un semblant de paix ? Si, du moins, je pouvais passer les entretiens d’entrée. Peut-être n’étais-je vraiment pas faite pour ça. J’essayerai peut-être encore une fois, à mon retour, songeai-je en mon for intérieur. Et même si j’échoue, je pourrais abandonner le cœur léger, en me disant que j’ai déjà été élève à l’Académie. J’espérais sincèrement que la guerre n’allait pas durer aussi longtemps que mes années d’étude, mais je ne pouvais pas utiliser cela comme excuse pour ne rien faire alors que je pouvais me révéler utile.

Je parlai brièvement du père de Ciara, exposant comment je le connaissais. Je n’appréciais guère cet homme, mais je ne pourrais jamais oublier que c’était lui qui m’avait tenu la main durant l’accouchement. J’avais également, avant qu’il ne retrouve ses souvenirs, été témoin de la tendresse dont il pouvait faire preuve. Il s’était montré ouvert, doux et compréhensif alors qu’il aurait pu me taxer de folie et me dire sans ambages que je ferais mieux d’aller dormir un peu, en espérant avoir retrouvé mes esprits au réveil. Il y avait, de toute évidence, une facette de cet homme que je n’avais jamais pris le temps de connaitre, si bien qu’au fond, celui que je détestais n’était rien de plus que l’image que je m’étais faite de lui, une image biaisée par nos rencontres un peu particulières. S’il n’avait pas été avec son fils devant l’Académie, si je ne l’avais pas vu préférer le sens du devoir aux rêves de son fils, alors peut-être notre relation aurait-elle tourné différemment.

Mais assez parlé de moi ! Je n’allais pas laisser Serenus tout découvrir sur ce qu’avait été ma vie dans cette réalité parallèle et laisser des zones d’ombres sur ce qu’avait été la sienne. Je lui demandai donc si la vie de chevaucheur lui convenait. Regrettait-il d’être devenu guerrier ? Moi je pariais que s’il y avait bien quelque chose capable de nous faire tout regretter, c’était les dragons. Impressionnantes et splendides créatures, à mes yeux. En les voyant, qui ne voudrait pas devenir chevaucheur ? Serenus, comme pour confirmer ces pensées, déclara que son dragon était vraiment exceptionnel – vantardise ou vérité, je n’aurais su le dire, en cet instant. Je me contentais de regarder le guerrier avec un sourire narquois.

— Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau, vraiment ? Cela voudrait-il dire que tu es exceptionnel ? questionnai-je, faussement incrédule, avant d’écarquiller les yeux comme si je venais de trouver la réponse et de laisser un sourire taquin étirer mes lèvres. Bien sûr, suis-je bête ! Voulais-tu dire que tu es exceptionnel parce que tu te laisses te humilier sans rien dire ? Je serais surprise, cela dit, si Obédience est exceptionnel de la même façon. Difficile de trouver quoi que ce soit pour l’humilier.

Serenus poursuivit en parlant du lien avec un dragon, et mon sourire s’effaça. J’avais entendu parler de la relation qui unissait dragon et chevaucheur. Je ne pouvais probablement pas m’imaginer, mais je supposai que c’était comme perdre un membre de sa famille, ou peut-être de son corps. Ce devait être horrible. Incroyablement solitaire. Je frissonnai, et hochai gravement la tête. Moi j’avais eu Ciara, le plus beau cadeau du monde. D’autres devaient porter ce qui s’approchait fort d’une malédiction.

— Je suis certaine que je ne peux pas comprendre tout à fait, mais ce que je m’imagine est bien assez horrible. Ils sont peut-être beaucoup, à errer, sans leur compagnon, qu’il soit dragon ou griffon. J’espère qu’ils regagneront leur réalité.

Puis, Serenus, comme s’il était d’humeur morose, laissa échapper un profond soupir, commençant à parler de tout ce qui s’était produit depuis notre dernière rencontre. Et non, je ne savais pas. Comment aurais-je pu, d’ailleurs, alors que nous nous revoyions pour la première fois depuis la Samhain? Il mentionna le fait qu’il était veuf – son épouse, de toute façon, serait probablement mieux dans une autre vie, avec un mari qui ne la tromperait pas. Il parla de son enfant à venir, un enfant sans doute illégitime. Deux mois plus tôt, je n’aurais probablement pas pu m’empêcher de mépriser ce petit, mais avec Ciara… je ne pouvais pas. Dédaigner cet enfant à naitre sous prétexte qu’il était né hors-mariage, ce serait critiquer ma fille. Et je ne m’en sentais pas capable. Le guerrier ajouta qu’il allait peut-être mourir à la guerre, en se battant pour Outrevent – pour mon duché ? pourquoi protégeait-il mon duché ? Je m’apprêtais à poser toutes ces questions lorsque Serenus leva les yeux vers moi, un regard qui cloua ma langue à mon palais. Il prit son courage à deux mains et se lança :

— Melinda, veux-tu m’épouser ?

J’ouvris la bouche, prête à répondre, avant même de conscientiser la question. Mais les mots s’étranglèrent dans ma gorge, incapables de former une phrase cohérente. Je ne pouvais pas croire que le guerrier venait de… de… de me demander en mariage. C’était impossible. Serenus était comme un frère pour moi, un ami proche, pas… pas… pas plus. Il le savait. Il connaissait la réponse à cette question. Alors… pourquoi la poser ? Était-ce… une plaisanterie ? La lumière se fit dans mon esprit, et je ne pus m’empêcher d’en rire. De rejeter la tête en arrière et de rire à gorge déployée, heureuse et soulagée que le guerrier ne soit pas réellement en train de demander ma main. J’avais eu peur, l’espace d’un instant, mais une telle chose était évidemment inimaginable.

— Que t’as donné Mayeul pour que tu joues cette comédie, Serenus ? Je savais que le voltigeur aimait à avoir raison, mais au point de t’obliger à me demander en mariage ? C’est un test, n’est-ce pas ? Pour voir si je vais accepter ?

Je secouai la tête, amusée.

— Eh bien, c’est ridicule. Ça lui ressemble bien, cela dit. Je suis juste curieuse… je ne savais pas que tu marchais dans le jeu du voltigeur. Qu’est-ce qu’il t’a dit pour te convaincre ? Il t’a offert quelque chose de particulier ?

Je n’étais pas fâchée, pas vraiment, juste un peu étonnée que Mayeul ait déployé de telles ressources pour si peu. Mon sourire s’élargit.

— Peut-être que l’objectif commun de me faire croire à cette comédie et de rire de ma crédulité vous a animés tous les deux. Pas de chance pour vous, il faut croire que je suis plus rusée que vous ne le pensiez. Je vous ai percés à jour. Dommage, c’aurait pu être une bonne plaisanterie, en d’autres circonstances.

Une horrible plaisanterie, plutôt, à mes yeux. Si je m’étais laissée aller à y croire… Je secouai la tête, refusant d’y penser. Je ne m’étais tout simplement jamais imaginé Serenus comme mon époux. Comme ami, évidemment, presque comme un frère de substitution, doux et protecteur, mais pas comme un homme avec qui je me marierais.
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyDim 23 Juil - 17:41

Serenus sourit. Melinda était très modeste, comme d’habitude. Elle lui dit qu’elle n’avait rien fait pour en arriver là, car la Melinda d’ici avait eu la volonté qu’il fallait pour réussir et se faire remarquer comme une élève douée et intelligente. Elle dit qu’elle-même ne risquait pas de suivre le même parcours, même si elles partageaient beaucoup de choses. Cette Melinda, celle de cette réalité allait devenir Savante, pas Mage. Serenus ouvrit les yeux en grand, s’attendant plus à voir Melinda devenir une grande Mage réputé pour sa puissance et sa sagesse, pas une Savante. Mais il n’y avait aucun mal à suivre cette voix là aussi. Les Savants étaient respectés pour leurs connaissances et leurs capacités. Serenus avait lui-même été sauvé par l’un d’entre eux, en Erebor, une femme médecin. Serenus se rappela que sa guérison avait certes été plus longue et plus douloureuse, mais la femme avait réussi l’exploit de faire en sorte que la plaie cicatrise bien, et qu’il n’en garde aucune séquelle. Serenus pencha la tête vers elle et lui dit :

« - C’est quand même une perspective d’avenir très honorable. Mais pourquoi ne pourrais-tu pas suivre le même chemin ? La Melinda de cette réalité, c’est bien toi que je sache, pas une autre. »

Ils en vinrent ensuite à parler d’Obédience, qui appréciait de plus en plus cette jeune fille à la langue bien pendue, et du père de Ciara, qui dormait toujours aussi profondément. Serenus avoua qu’il n’aimait pas beaucoup cet homme, même s’il ne l’avait jamais rencontré. Sa lâcheté et son absence suffisaient à le faire voir rouge. Obédience proposa même son aide pour remettre cet homme dans le droit chemin, Serenus lui promit d’y réfléchir car l’idée ne lui semblait pas si bête que ça. Serenus se demanda cependant comment il avait fait pour séduire Melinda et l’attirer dans ses bras. Voir Melinda embrasser Mayeul fut déjà assez difficile, alors l’imaginer dans le lit d’un homme qu’il ne connaissait pas était insupportable. Le Guerrier/Chevaucheur se promit de le retrouver, pour lui demander une franche explication, entre homme, avant de le laisser aux bons soins d’Obédience.  

« - Après mon passage, il n’oubliera plus jamais ses devoirs de parent responsable.

- Sois gentil, je ne voudrais pas passer pour quelqu’un de méchant et de jaloux.

- – Jaloux, tu l’es, ça c’est évident. "

Le Guerrier/Chevaucheur ignora la remarque du dragon, certain qu’il avait tort, même si une petite voix en lui soufflait de l’écouter et de se calmer. Melinda changea heureusement de sujet et demanda à Serenus de parler de lui, ce qu’il fit. Il évoqua Obédience, et le fait qu’il était un dragon exceptionnel. Grâce au fait qu’ils se ressemblaient beaucoup, ils s’étaient très vite très bien entendus et partageaient beaucoup de bons moments ensemble. Ils volaient parmi les nuages, essayaient les auberges et leurs spécialités, assuraient la sécurité dans le campement en apportant leur aide aux autres Chevaucheurs. Serenus découvrait les facettes du métier de Capitaine de Vol, et cela lui apportait beaucoup. Melinda lui dit, avec son sourire taquin que le Guerrier avait appris à adorer, que, si Obédience était exceptionnel, et que s’ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eaux, lui aussi était exceptionnel ? Bien entendu, selon elle, puisqu’il se laissait humilier sans se défendre. Serenus sourit, tandis que Melinda lui disait qu’il était difficile de trouver de quoi humilier Obédience. Il lui dit :

« - C’est vrai que cela ne me ressemble pas, de me laisser marcher dessus par une demoiselle. Il n’y a que toi qui a réussi à me faire plier, et tu seras la seule. »

Serenus poursuivit ensuite en parlant du Chevaucheur d’Obédience, qui devait se languir de son dragon. Il pensa alors à sa propre vie sans Obédience. Le dragon faisait maintenant partie de son existence, et, s’il disparaissait, il risquait de lui manquer terriblement. Mais ne valait mieux pas y penser maintenant, sinon il déprimerait. Le Chevaucheur du dragon, le vrai Chevaucheur, devait terriblement souffrir, mais Serenus ressentait le besoin d’avoir Obédience à ses côtés pour lui tout seul. Un dragon ne se partageait pas, il se liait avec une seule personne, pour toute la vie. Tant qu’il pourrait rester avec lui, il profiterait de sa présence rassurante, de leurs vols ensemble et de leurs longues conversations.  Melinda lui dit qu’elle pouvait imaginer la douleur que l’on pouvait ressentir quand le lien entre un Chevaucheur ou un Voltigeur et son compagnon volant était rompu, cela devait être effectivement une chose horrible et Serenus n’était pas pressé d’en faire l’expérience.

Il parla ensuite de sa propre vie, de ce qu’il s’était passé depuis leur dernière rencontre pendant la Samhain. Il lui annonça donc qu’il était maintenant veuf, qu’il allait avoir un enfant et qu’il se battait pour Outrevent au front. Tout cela d’une traite, sans s’arrêter, sans lui laisser le temps de digérer ces nouvelles une par une. Il voyait bien la surprise se peindre sur le visage de son amie, mais il s’en fichait. Il savait que, maintenant qu’il était lancé, il ne pouvait plus s’arrêter. Il prit son courage à deux mains et fit sa fameuse demande à Melinda. Pendant qu’il prononçait les mots fatidiques, il la fixait des yeux, son regard plongé dans le sien. Quand il ferma la bouche, il eut droit à deux réactions : la stupeur de Melinda, qui semblait avoir perdu sa capacité de parler, et l’inquiétude d’Obédience, qui lui disait :

« - – Mais qu’est ce qu’il t’arrive Serenus ? As-tu perdu l’esprit ? On ne dit pas ça à une femme ! Pas comme ça !

- Qu’est que tu en sais ? Tu es un dragon, pas un expert en romance !

- Vu sa tête, je sais que tu aurais dû au moins la prévenir que tu allais lui faire ce genre de demande ! "

Le dragon hérissa ses écailles, vexé que son Chevaucheur lui parle ainsi. Serenus souffla et leva les yeux vers lui, s’excusant mentalement et accusant l’anxiété d’être responsable de ces mots. Obédience se calma, mais garda un regard de reproche rivé sur lui. Serenus se tourna ensuite vers Melinda qui… Se mit à rire ! Il s’était attendu à tout, mais pas à ça. Elle parla de Mayeul, et de ce qu’il aurait pu lui donner pour qu’il fasse cette demande, elle lui dit que c’était absolument ridicule, mais que cela ressemblait bien au Voltigeur. Serenus fronça les sourcils et passa la langue sur ses lèvres, ne sachant que dire. Melinda continua, tout en croyant dur comme fer à une plaisanterie, qu’elle était plus rusée qu’eux pour se laisser prendre au piège. Elle lui redemanda ce qu’avait fait Mayeul pour lui convaincre de le faire. Serenus secoua la tête et adopta un regard de chien battu. Il lui dit sur un ton doux, histoire de ne pas la brusquer :

« - Cela n’a rien d’une plaisanterie Melinda. Mayeul n’a rien fait. Il avait juste raison. » Il passa la main dans ses cheveux et reprit : « - Le jour où tu m’as demandé si j’étais amoureux de toi, dans cette taverne, et que je t’ai répondu non, je t’ai menti. Je n’en suis pas fier Melinda, mais je ne voulais pas que tu me fuies. Par Kern, Mayeul avait raison, quand tu l’as embrassé, j’ai été jaloux, j’ai voulu lui mettre mon poing de la figure ! Je n’ai pas compris pourquoi sur le coup mais, avec le temps, j’ai finis par comprendre que je suis tombé amoureux de cette jeune femme qui n’a pas hésité à m’humilier dans une rue de Lorgol…"

Serenus se tut, sachant qu’il pourrait continuer encore longtemps. Il ferma la bouche et regarda Melinda, attendant sa réaction et, peut être, il l’espérait de tout son cœur, une réponse.



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyMer 2 Aoû - 21:08

L’Académie. Voilà un sujet bien compliqué, un de ceux qui hantaient ma vie depuis maintenant un an. Je me rappelais encore cet instant où j’avais naïvement annoncé à mes parents qu’il était temps pour moi de partir et de me lancer dans un cursus au sein du prestigieux établissement. J’avais beaucoup changé, depuis ce moment-là. Tellement, à vrai dire, que je ne parvenais pas à y repenser sans sourire, émue par les décisions que j’avais pu prendre à l’époque. Durant quelques secondes, j’imaginai ce que je pourrais faire en tant que mage de l’Hiver, et je parvins presque à me convaincre de retenter de passer les entretiens d’entrée – si jamais je retournais un jour dans ma réalité, bien entendu. Pourtant, quelque chose ne me convenait pas vraiment, je le sentais. Avoir été projetée violemment dans une autre vie, et au sein des couloirs de l’Académie m’avait prise de court, et je ne parvenais pas à m’imaginer faire pareil. Je fermai brièvement les yeux, me revoyant, l’espace d’un instant, dans les bras de Raygnar, tandis qu’il m’appelait « mon amour » et me promettait le mariage. Pourrais-je jamais arpenter les couloirs de l’Académie sans me rappeler en frissonnant à quoi cela avait mené la Melinda de cette réalité ? Probablement pas. Quoi que Serenus en dise, je n’étais pas elle, et je n’approuvais pas tous ses choix.

— Je ne nie pas que l’Académie est une voie honorable, je dis simplement que… je ne pense pas que je vais y entrer. Je pourrais, certes, mais je ne crois pas que cela me convienne. Même si j’étais une étudiante brillante dans cette réalité, cela ne suffit pas pour me convaincre qu’apprendre la Magie ou me diriger vers le Savoir est la meilleure chose que j’aie à faire. Tu penses peut-être que la Melinda de cette réalité, c’est moi, mais je n’en crois rien. Je n’aurais jamais…

Je rougis, repensant à Raygnar, à l’idée que… que… J’avais pu… avec lui… hors-mariage… Je pris une profonde inspiration pour remettre mes idées en place, et mon regard tomba sur Ciara. Je ne pourrais jamais la considérer elle comme une erreur. Mais je devais avouer qu’elle n’était pas venue au monde dans les meilleures circonstances possibles, et c’était triste. Très, très triste.

— Je suis bien évidemment ravie de l’existence de Ciara. Mais je pense juste que personnellement, j’aurais fait en sorte qu’elle ne naisse pas dans des circonstances aussi… scandaleuses. Ou même qu’elle ne soit pas conçue dans des circonstances aussi scandaleuses ! Ce petit bout de chou mérite tellement mieux. Alors… non, je ne suis pas la Melinda de cette réalité. Je lui ressemble peut-être, mais nous sommes différentes, elle et moi.

Nous étions différentes, oui, j’en étais persuadée. Mais il fallait que je le prouve. A tout le monde, mais à moi aussi, en premier lieu. C’était pourquoi je préférais ne plus jamais mettre un pied à l’Académie, et peu importait que les études soient intéressantes, que les professeurs soient sympathiques ou que les couloirs suivent un schéma tout à fait passionnant – j’avais eu l’occasion de m’en apercevoir au cours des quelques jours que j'y avais passés. Mais cela, je n’avais pas vraiment envie de l’exposer devant Serenus de façon aussi crue. Moi-même, je venais à peine de mettre des mots sur ce pressentiment qui sommeillait au fond de moi depuis que j’avais été projetée dans cette réalité. Il fallait que je me différencie de la Melinda d’ici. Et quelle meilleure façon de procéder que d’éviter tout contact supplémentaire avec l’Académie ?

Par chance, le sujet dériva vite vers la vie de Serenus, et je ne pus m’empêcher, lorsqu’il se prétendit semblable à son dragon, de me moquer gentiment de lui. Il sembla prendre la chose très au sérieux, toutefois, contrairement à ce à quoi j’aurais pu m’attendre. Il ne paraissait pas vexé, pas vraiment, simplement… bizarre. Sa remarque me parut déplacée, et je ne pris même pas la peine de répondre, tant elle coupa court à toute tentative de plaisanterie de ma part. Le guerrier parlait comme si j’étais… spéciale, à ses yeux.  Oh, bien entendu, nous étions devenus amis, en quelque sorte, mais de là à me mettre sur une sorte de piédestal ? C’était… déroutant, même pour moi. Mais j’aurais dû considérer cela comme un indice, évidemment, de ce qui allait suivre, et fuir pour éviter d’entendre... la folie qui venait de traverser l’esprit du guerrier.

Il voulait m’épouser.

IL VOULAIT M’ÉPOUSER. La stupéfaction me prit à la gorge, bientôt remplacée par un rire un peu hystérique, tant la peur avait été grande qu’il soit sérieux. Mais ce n’était qu’une blague, évidemment, une plaisanterie, sans doute montée de toutes pièces par Mayeul. J’ignorais pourquoi le voltigeur s’était donné cette peine au beau milieu de la confusion et de l’étrangeté d’une autre réalité, mais il en était bien capable, n’est-ce pas ? Mais le guerrier secoua la tête, contredisant cette hypothèse sans l’ombre d’une hésitation, piétinant le fragile espoir auquel je m’étais accrochée – l’espoir que toute cette histoire n’était pas vraie. Il se prétendait… amoureux de moi. Et il le faisait très sérieusement. Trop sérieusement. Que Mnémosie le garde ! Il n’avait vraisemblablement pas récupéré tous ses souvenirs. Enfin… si, de toute évidence, il se rappelait ce dont moi je me rappelais. Mais cet homme n’était certainement pas le Serenus que je connaissais. Ce n’était tout simplement pas possible.

— Pardonnez-moi, messire, déclarai-je avec un sourire amusé. Je crois que nous nous sommes mal compris. Il doit y avoir erreur sur la personne. Jamais le Serenus que je connais ne m’aurait demandé en mariage, voyez-vous, parce qu’il est probablement tout à fait conscient que ce n’est pas vraiment le genre de demandes auxquelles je réponds oui aussi facilement. Il sait également, je crois, que je le considère comme un frère bien plus que comme un époux. Et puis il me connait. Je ne suis pas vraiment le genre d’épouses classiques que l’on recherche quand on veut une vie calme et paisible.

Serenus ne voulait pas m’épouser. Il n’était pas amoureux de moi. Il ne m’aurait jamais fait cette demande. Forcément. C’était évident. Et pourtant, à mon sourire crispé, à la façon dont je berçais Ciara, un peu nerveusement, une partie de moi y croyait. Et n’appréciait pas du tout la situation.

— Vous comprenez, je suppose. Il est évident que vous ne pouvez pas être le Serenus que je connais. Parce qu’on ne fait pas ce genre de demande quand on a une presque certitude d’avoir un refus, vous savez. Et je suis certaine que le guerrier que je connais aurait réfléchi suffisamment pour avoir cette presque certitude.

N’est-ce pas ? N’EST-CE PAS ? Oh, Mirta, dis-moi que tu ne tiens pas cet homme en ton pouvoir. Si Serenus était vraiment amoureux de moi, tout deviendrait… compliqué. Certes, ma relation avec le guerrier avait été plutôt complexe, et ce, dès le début, mais je ne voulais pas que ça empire. Je n’avais pas envie de le blesser, de quelque façon que ce soit. Bien évidemment, ce n’était pas de ma responsabilité s’il s’était imaginé que j’étais encline à entretenir avec lui une relation plus qu’amicale ! Il ne pourrait s’en prendre qu’à lui-même, après tout, si j’en venais à le rejeter violemment. Mais je ne ferais pas ça, je le savais. Il m’aurait paru étrangement cruel de faire ça à un ami. Je secouai la tête pour chasser ces pensées parasites. De toute façon, je n’avais pas à m’appesantir plus longtemps sur le sujet. Parce que Serenus ne tomberait jamais amoureux de moi. Et il ne me demanderait pas en mariage. Cet homme n’était tout simplement pas le guerrier que je connaissais.

— J’espère que vous trouverez celle que vous cherchez, vraiment, mais visiblement, ça ne doit pas être moi, déclarai-je avec un doux sourire.

Et si je me trompais ? Et si cet homme était vraiment le Serenus que je connaissais, qui partageait les mêmes souvenirs avec moi, et qui s’était simplement montré bien hardi avec cette surprenante demande ? Et si c’était le cas… alors je ferais quoi ? La question, en suspens dans mon esprit, ne parvint pas à trouver de réponses. Ou plus exactement, elle trouvait trop de réponses, parfois contradictoires, parfois loufoques, parfois irréalisables. En vérité, s’il s’avérait que le guerrier était vraiment en train de demander ma main, je serais juste... perdue.
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Serenus Dardalion
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyVen 4 Aoû - 15:56

Melinda refusait de voir. Elle refusait de croire que Serenus veuille l’épouser. Le Guerrier était abasourdi. Elena n’avait pas du tout réagi comme ça. Elle avait attendu ce moment avec impa-tience et s’était empressé de dire oui. Cela s’était passé très vite. Aussi vite que le jour où elle avait manqué de l’émasculer et où elle était partie. Aussi vite que le jour où elle était morte. Serenus soupira intérieurement. Elle devait être heureuse maintenant, à le regarder se faire refuser par la femme qu’il aimait. Au début, Melinda prétendit que c’était Mayeul qui était der-rière tout ça, et elle demanda au Guerrier combien il avait reçu pour faire une telle demande. Serenus répondit que Mayeul n’y était pour rien. Plus Serenus parlait, et plus l’incompréhension et la confusion grandissaient dans le cœur et le regard de Melinda. Elle ne se rendait pas encore compte de l’importance de cette demande, de ce que sa réponse amènerait comme conséquences. Si elle acceptait, leurs avenirs à tous les deux seraient chamboulés, et ce à tout jamais. Si elle refusait, leur avenir ne changerait pas, mais leur relation risquait d’en prendre un sacré coup. Il était coincé maintenant.


« - En même temps, qu’est ce qui t’a pris de faire une telle demande ? Tu n’aurais peut-être pas dû prendre de galette au poisson. Je suis sûr qu’il n’était pas frais !

- Obédience, j’ai besoin de soutien, pas d’être encore plus enfoncé.

- Du soutien ? Peuh. Tu t’es mis dans cette situation tout seul, à toi d’en sortir sans faire trop de dégâts. A moins de manger cette pauvre fille, je ne peux pas être d’une grande aide. »

Serenus ne répondit pas, et ouvrit grand les yeux quand Melinda déclara, avec un sourire amu-sé, qu’ils s’étaient mal compris, qu’il y avait erreur sur la personne. Elle l’appela même « mes-sire ». Mais c’était quoi son problème ?! Elle ne pouvait pas voir la réalité en face, comme tout le monde, au lieu de chercher toutes les possibilités pour s’en écarter ? Serenus ouvrit la bouche, stupéfait, quand elle lui dit que le Serenus qu’elle connaissait ne l’aurait jamais demandé en mariage, car il savait qu’elle le considérait comme un frère et non pas comme un po-tentiel époux, il savait aussi qu’elle n’était également pas l’épouse que tous les hommes désiraient, et que le Serenus qu’elle connaissait aurait réfléchi avant de faire une telle demande où il y avait une quasi-certitude d’avoir un refus. Un refus. Elle lui aurait dit non. Le visage du Guerrier pâlit. Qu’est ce qu’il avait été idiot. Qu’avait-il espéré ? Que Melinda lui crie « oui » et se jette dans ses bras ? Mais quel naïf il faisait. Melinda était un esprit libre. Jamais elle ne vivrait avec un mari, sauf si elle le voulait vraiment. Il venait de donner un grand coup de pied dans leur amitié, et Melinda tentait tant bien que mal de retenir les morceaux ensemble. Que pouvait-il faire ? Jouer le jeu et prétendre qu’il avait fait une erreur ? Ou bien lui dire la vérité, lui avouer qu’elle ne le connaissait pas aussi bien qu’elle le croyait ?

« - Une erreur Serenus. Prétends que tu t’es trompé sur la personne, et res-tons-en là. Tu as fait ce que tu pouvais, ce n’est pas une fatalité.

- Obédience, je sais que tes conseils sont toujours avisés, surtout quand il s’agit de nourriture. Mais..

- Mais quoi ?

- Je n’ai jamais été raisonnable.

Melinda continuait à parler, sans s’arrêter, elle supposa qu’il comprenait qu’elle le repousse ainsi, vu qu’il n’était pas le Serenus qu’elle connaissait. Puis, pire que tout, elle lui souhaita de trouver celle qu’il cherchait, mais que cela ne serait pas elle. Serenus secoua la tête. Melinda n’avait pas changé, elle était toujours aussi bavarde, et veillait toujours à ce que la réalité ne la fasse pas souffrir. Son frère, son vrai frère, qu’est ce qu’il aurait fait ? Le Guerrier/Chevaucheur leva un instant les yeux au ciel, priant mentalement pour que ce frère disparu fasse quelque chose en sa faveur. Peu importe quoi ! Une pluie qui les force à s’abriter ensemble, une tour qui s’effondre, n’importe quoi ! Tout pour que Melinda reste à ses côtés et ne s’enfuie pas en cou-rant après s’être fait demandé en mariage par l’homme qu’elle considérait comme son frère ! Serenus ouvrit la bouche à son tour, et se mit à parler. Il commença par lui dire :

« - Melinda, tu dis me connaitre, mais je t’ai menti sur beaucoup de choses, surtout sur le fait que je ne ressentais qu’un amour fraternel envers toi. Au début, c’était le cas, mais j’ai fini par comprendre que c’était bien plus que ça. »

Il passa la main dans ses cheveux, tandis qu’Obédience se prenait brusquement d’intérêt pour une dragonne passant au-dessus de leur tête. Il ne la quittait pas des yeux, et suivait son parcours. Serenus l’ignora et reprit :

«  - Je suis le Serenus que tu connais Melinda. Je suis le Serenus qui a fait semblant de faire parler le panneau de l’antenne de la Volte, je suis le Serenus qui s’est fait embrasser par Mayeul, je suis le Serenus à qui tu as pris la main pendant la Samhain, et qui t’a donné une lame pour te défendre. Je t’en supplie Melinda, crois-moi, ce n’est pas une erreur. Je veux vraiment que tu sois mon épouse, que nous vivons et vieillissons ensemble. »

Il était maintenant lancé, et il espérait que Melinda cesse de prétendre qu’il s’agissait d’une erreur. Il ne supporterait pas qu’elle le vouvoie à nouveau et l’appelle messire encore une fois. Elle avait dit qu’il y avait de grandes chances que sa réponse soit un refus, mais il y avait quand même une petite chance qu’elle accepte, non ? Restons optimistes. Serenus joua une de ses dernières cartes et lui dit :

« - Je ne te ferais jamais faux bond. Si nous devions rester dans cette réalité, je te promets d’être un bon père pour Ciara, de veiller sur vous deux et de vous rendre heureuses. Si nous retrouvons notre vie d’avant, je ferais en sorte que tu ne sois jamais dans le besoin et d’être un mari en qui tu auras confiance et que tu seras fière d’avoir à tes côtés.

Si elle avait besoin de temps pour réfléchir, Serenus comprendrait, il n’avait pas besoin d’une réponse précipité. Il voulait que Melinda soit sure d’elle. Pour le moment, il devait juste lui implanter l’idée qu’il voulait qu’elle soit son épouse dans son esprit, et la lui faire accepter, avant de demander une réponse concrète. Obédience pencha la tête sur le côté et fit comprendre à son cavalier qu’il se risquait à un refus catégorique. Il aurait dû attendre, attirer Melinda dans ses bras comme le font tous les hommes raisonnables, et lui faire sa demande quand elle aurait été prête. En accélérant les choses, il n’avait fait que détruire le peu qu’il avait construit avec elle.



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyVen 11 Aoû - 23:11

NON.

Mon esprit hurlait pour que tout s’arrête, pour que le temps se fige et qu’il enferme dans la gorge de Serenus les mots qu’il s’apprêtait à prononcer. Je voulais lever mes mains pour me boucher les oreilles, mais elles étaient déjà occupées à soutenir le petit corps chaud de Ciara. Je voulais me détourner et fuir aussi vite que mon corps me le permettrait, mais mes jambes semblaient rivées au sol, comme si elles étaient embourbées dans des marécages. Je voulais crier pour que ma voix supplante la sienne et qu’il soit incapable de continuer, mais ma gorge était étroitement nouée, incapable de laisser échapper le moindre son. Je ne pouvais pas accepter ce qui était en train de se passer. Je n’étais tout simplement pas prête à ce que cet idiot de guerrier fasse une révélation pareille. Mais il n’y avait aucune révélation. Ce n’était pas possible. C’était une blague. Une blague de très mauvais goût, une blague stupide et sans fondements, mais une blague tout de même. Le guerrier allait rire, bientôt.

Il fallait que je trouve quelque chose, n’importe quoi, même un détail minime, une stupidité à laquelle me raccrocher pour éviter d’y croire. Parce que Serenus n’était qu’un ami, un ami avec qui je partageais une relation bizarre, un peu conflictuelle, un peu bancale, mais un ami tout de même. Il ne pouvait pas tout simplement cesser d’être comme d’habitude, un beau matin, et me dire qu’il était amoureux de moi, et me dire qu’il voulait m’épouser, et me demander ma main. Il ne pouvait pas. Parce que je ne l’aimais pas de cette façon-là, je ne le considérais pas de cette façon-là, je ne l’avais jamais regardé comme un époux potentiel. En fait, pour être tout à fait sincère, je n’avais jamais considéré personne comme un époux potentiel. Ce n’était pas à cause de mon âge, non, plutôt à cause de mon état d’esprit. Au fond de moi, je me sentais encore comme la petite fille qui avait perdu son frère, et cette enfant ne pouvait pas se marier avec qui que ce soit, ni même être l’objet d’une telle demande.

Le guerrier aurait pu être intelligent. Faire machine arrière. Dire qu’il s’était trompé. Faire comme si rien ne s’était passé. Mais si Serenus était un être futé, je l’aurais remarqué depuis longtemps. Au lieu de quoi il poursuivit, sans égards pour ma sensibilité, qu’il piétinait sans même s’en rendre compte. Il me parlait, comme si je pouvais comprendre quoi que ce soit à son charabia. Mais j’étais ignorante, ignorante de ce que cela pouvait signifier, un amour plus que fraternel. Je ne comprenais pas comment il pouvait avoir envie de m’épouser, de vivre à mes côtés, et de vieillir avec moi – enfin, un peu avant moi, mais ce n’était qu’un détail que je n’étais pour l’instant pas en état de relever. Quand j’avais accepté l’idée d’épouser Raygnar, avant que son fils ne tente de nous tuer, je n’avais pas réfléchi à tout ça, parce que l’intérêt de Ciara passait au-delà de toute pensée parasite qui aurait pu me perturber. Mais à présent… à présent que Serenus me demandait une réponse…

J’étais perdue. Egarée. Bouleversée. Je n’avais pas la moindre idée de ce que je devais dire. Les mots m’avaient abandonnée, comme s’ils me laissaient me débrouiller toute seule devant ce qui me paraissait être une terrible épreuve. Ils avaient essayé de me sauver, évidemment, ils avaient tenté de trouver une explication rationnelle. Mais il n’y en avait visiblement aucune. Le guerrier avait… perdu l’esprit. L’espace d’un instant, je m’y accrochai, comme à une ultime explication. Il était fou, voilà tout. Le fait d’avoir être projeté dans une autre réalité, d’avoir été lié avec un dragon, de l’avoir chevauché peut-être… ça l’avait rendu complètement fou. C’était plausible, non ? Je fermai brièvement les yeux, tâchant paradoxalement de cesser de me voiler la face. C’aurait peut-être été plausible. Mais il y avait une telle détermination dans le regard de Serenus, et ses paroles paraissaient presque… douées de logique. Presque. Suffisamment pour que je commence à envisager la possibilité qu’elles soient vraies.

Ohooho que Lyncée me protège, et qu’il ramène quelques amis avec lui, parce que sa tâche, en cet instant, ne serait pas de tout repos. Serenus était en train de me demander en mariage. Il était en train de demander ma main. Incroyable. Qu’Aïon, au moins, me rende la parole, afin que je puisse donner une réponse, n’importe laquelle, à la déclaration qui s’écoulait impitoyablement de la bouche du guerrier. Il fallait que je trouve une idée, n'importe laquelle, une échappatoire à cette détestable situation. Je ne voulais pas blesser Serenus, d’aucune façon que ce soit, mais il était hors-de-question que je me contraigne à quoi que ce soit parce qu’il était trop stupide pour garder ses demandes idiotes pour lui. M’aurait-il demandé n’importe quoi, peut-être aurais-je pensé à accepter, mais un mariage... N’aurait-il pas pu me préparer à une telle demande, au lieu de me prendre au dépourvu comme s'il avait décidé de m'épouser sur un coup de tête ? Je notai dans un coin de mon esprit qui avait déjà un peu récupéré que cela expliquait peut-être l'échec de son précédent mariage.

Mais Serenus avait mis le doigt sur une des seules choses capables de me faire changer d’avis : Ciara. Je baissai les yeux sur le visage de la fillette, profondément plongée dans le sommeil, sans doute loin de pouvoir comprendre mon trouble actuel. Elle méritait d’avoir un bon père. Serenus serait doux, gentil, et il ne faisait aucun doute qu’il prendrait soin d’elle. Cependant, je ne pouvais pas me baser uniquement sur ces critères pour déterminer qu’un père serait bon pour ma fille. Je n’avais pas encore perdu tout espoir de convaincre Raygnar de remplir ce rôle, et il me paraissait évident que malgré ses défauts, il était le mieux placé pour élever ma fille à mes côtés. Et puis, le guerrier était loin d’être exempt de reproche, en toute honnêteté.

— Je ne crois pas, murmurai-je dans un filet de voix, sans quitter Ciara des yeux.

C’était peu, ce n’était guère convaincant, mais c’était un début. Les mots m’étaient enfin revenus. J’avais une chance de me dépêtrer de cette regrettable situation, n’est-ce pas ? Je relevai la tête, fixant Serenus avec un brin de reproche au fond des yeux. Si quelqu’un allait souffrir de cette demande abrupte, ce serait certainement lui. Moi, je ne me laisserais pas avoir.

— Je ne veux pas te blesser, Serenus, mais c’est toi qui as demandé, et je ne compte pas t’épargner comme si tu avais trois ans et que tu n’étais pas capable d’entendre la vérité, commençai-je d’un ton implacable. Je ne crois pas que tu feras un bon père pour Ciara. Je ne crois pas, à vrai dire, que quiconque soit capable d’être bon parent pour un enfant. Ce dont je suis sûre, c’est que c’est mon devoir de faire tous les efforts que je peux pour qu’elle grandisse dans les meilleures conditions possibles, et que je dois assumer les erreurs que j’ai commises dans cette réalité avant de… reprendre conscience. Cette enfant a déjà un père. Ce n’est peut-être pas le meilleur, mais c’est le sien, et c’est lui qui mérite de la voir grandir, de s’en occuper, et de la rendre heureuse. Si je devais épouser quelqu’un dans cette réalité, ce serait lui, et nul autre.

J’étais lancée. Inutile, à présent, de me laisser freiner par le moindre remords, par le moindre doute sur la pertinence de mes paroles, par le moindre serrement de cœur si jamais je les voyais blesser Serenus. Il était plus ou moins mon ami. On se devait d’être honnête avec ses amis. Quelles que soient les circonstances, même si ça risquait de les blesser. Du moins, c'était ainsi que je voyais les choses.

— Envisager de t’épouser dans une autre réalité, ce serait imaginer que je puisse quitter Ciara, et ce n’est pas une hypothèse que j’ai envie d’explorer maintenant, pas alors que je la tiens dans mes bras, avouai-je abruptement. Si tu veux tout savoir, j’ignore si je suis amoureuse de toi ou pas, Serenus. Je ne sais même pas ce que ça signifie, « être amoureux ». En tous cas, je ne crois pas l’être. Qu’à cela se tienne, toutefois. Le mariage, ce n’est pas forcément de l’amour.

Il ne m’avait pas laissé m’échapper de la prison de ses mots cruels et de sa demande impromptue, et je ne comptais pas l’épargner non plus. Il voulait une réponse, non ? Autant qu’elle soit la plus complète possible.

— En ce cas, je ne crois pas que tu puisses faire en sorte que je ne sois jamais dans le besoin. Tu n’as pas la moindre idée de ce dont j’ai besoin.

J’ai besoin de mon frère. J’ai besoin qu’il soit à nouveau à mes côtés et qu’il me soutienne comme autrefois.

— Et crois-moi, même si tu le savais, je ne suis pas certaine que tu pourrais faire quoi que ce soit pour me l’obtenir. Alors non, Serenus, ne fais pas cette promesse stupide que tu ne pourras jamais tenir. Enfin, je dois préciser que je pourrais difficilement faire confiance d’un homme qui a trompé sa précédente femme, et qui demande la main d’une autre sitôt que la sienne est morte. Je ne crois pas pouvoir faire confiance à un homme qui décide de m’épouser sur un coup de tête, au détour d’une conversation. Quant à être fier de toi… Avoir à mes côtés un mari qui est connu pour… faire des choses indécentes ne serait certainement pas une fierté, non.

C’était fini. C’était terminé. J’avais dit tout ce que j’avais à dire. J’étais arrivée jusqu’au bout, sans laisser paraître à quel point j’étais bouleversée, à quel point il me prenait au dépourvu, à quel point j’avais juste envie de fuir et de me réfugier auprès de mes abeilles pour leur parler et réfléchir avec elles à la situation. Je rassemblai mon courage, et je parvins même à afficher un doux sourire sur mon visage, suffisamment léger pour passer inaperçu à qui n’y prêterait pas attention, suffisamment prononcé pour dissimuler toute trace de désarroi sur mes traits.

— Si tu veux une réponse plus claire et concise… alors c’est non, Serenus. Je ne vois pas du tout pourquoi je devrais t’épouser.

Et je ne voyais pas du tout pourquoi il avait posé la question. Mais c’était Serenus après tout. Des idées étranges lui traversaient parfois l’esprit. Je supposai naturellement que ceci n’était qu’une autre de ses lubies. Avec un peu de chance, nous pourrions faire comme si cette conversation n’avait jamais eu lieu et reprendre notre presqu’amitié là où elle en était. Après tout, nous étions dans une autre réalité. Si nous restions ici, je pourrais toujours me marier avec Raygnar et me réfugier en Valkyrion, en espérant ne plus jamais recroiser la route du guerrier. Si je regagnais un jour ma vie… tout ce qui ce serait dit ici n’aurait plus la moindre importance. Du moins, je l’espérais sincèrement.
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptySam 12 Aoû - 19:03

Serenus avait joué ses dernières cartes. Et, naïvement, il espérait que cela avait porté ses fruits. Il avait compris que, ce que recherchait Melinda, c’était la sécurité pour son enfant. Le reste, comme l’amour, cela pouvait venir plus tard. Il souriait quand Melinda ouvrit la bouche pour lui répondre, et il le perdit dès les premiers mots. Le Guerrier/Chevaucheur savait qu’il y avait un risque plutôt élevé qu’elle lui dise non, mais qu’elle le fasse de cette manière, il ne s’y était pas attendu. Il l’aurait dû pourtant. Il connaissait Melinda, et savait qu’elle n’était pas du genre à mâcher ses mots. Elle commença par lui dire qu’elle ne voulait pas le blesser, mais qu’elle ne comptait pas l’épargner comme elle l’aurait fait avec un enfant incapable d’entendre la vérité. Serenus comprit, et il sut quelle serait alors sa réponse. Il allait secouer la tête, pour la faire taire, et lui dire qu’il comprenait et qu’il n’était pas blessé, loin de là, mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Son ton était ferme, implacable. Si sa voix avait été une lame, elle aurait été toute aussi tranchante et aussi fatale. Elle lui dit alors qu’il ne ferait pas un bon père pour Ciara, car elle en avait déjà un, et que, dans ce cas, c’était ce père qu’elle devrait épouser. Lui seul, selon elle, avait le droit de voir grandir la petite, de s’en occuper et de veiller à ce qu’elle soit heureuse. S’ils devaient rester dans cette réalité, c’était lui qui devait devenir son époux. Serenus ne comprenait pas trop. Cet homme était un lâche, Melinda devrait envisager de meilleures possibilités pour son enfant, et Serenus en était une. Mais il garda le silence, et attendit qu’elle poursuive, sans la quitter du regard. Melinda était lancé après tout, et il serait impossible de l’arrêter. Elle évoqua le changement de réalité, et lui avoua qu’elle ne pouvait imaginer la possibilité de quitter Ciara, alors qu’elle la tenait dans ses bras. Serenus regarda l’enfant, et comprenait que Melinda ne puisse se résoudre à se séparer d’elle. La jeune femme lui dit ensuite qu’elle ignorait si elle était amoureuse de lui ou pas, car elle ne savait pas ce que l’amour signifiait. Mais elle ne pensait pas l’être. Premier coup de couteau. Melinda ne l’aimait pas. Soit, Serenus tenta de se rassurer en se disant que l’amour ne venait pas tout de suite et, comme le disait la jeune femme, la plupart des mariages ne se faisaient pas par amour, mais de raison.

Obédience ne cessait d’approuver les paroles de Melinda, il prit même ses aises et s’allongea. Il garda son regard rivé sur les deux humains et écouta la suite, impatient de voir ce que la jeune femme réservait à son cavalier. Et il ne fut pas déçu. Melinda continua, toujours sur le même ton tranchant. Elle dit à Serenus qu’il ne pouvait faire en sorte qu’elle ne soit jamais dans le besoin, car il ignorait quels étaient ses besoins. Et, même s’il le savait, il serait incapable de les satisfaire. Voilà donc, selon elle, une promesse qu’il ne pourrait jamais tenir. Serenus fronça les sourcils et serra les poings. Le prenait-elle pour un incapable ? Pour un moins que rien ? Il allait ouvrir la bouche pour se défendre, mais elle le coupa. Elle n’en avait pas terminé avec lui, et ce qu’elle allait dire allait faire s’écrouler tout ce que Serenus avait tenté de construire, tel un château de carte balayé par un souffle de vent. Melinda précisa qu’elle ne pourrait faire confiance à un homme qui avait trompé sa femme, et qui demandé la main d’une autre sitôt le décès de celle-ci. Elle ne pourrait pas faire confiance à un homme qui décidait de l’épouser sur un coup de tête. Et elle ne serait jamais fière d’un époux qui était connu pour faire des choses indécentes.  Enfin, elle lui apporta enfin la réponse claire qu’il demandait, un non définitif. Elle ne voyait pas pourquoi elle épouserait un homme comme lui.

L’expression de Serenus, si confiante au début de la longue explication de Melinda, avait littéralement fondu, pour laisser place à une mine complètement déconfite. Le Guerrier avait pâli, et, lorsqu’il baissa le regard, c’était pour lui le signe d’une défaite cuisante. Encore une. Melinda était vraiment un adversaire qu’il n’arriverait jamais à vaincre. Le Guerrier ferma les yeux, et s’assit sur la patte avant d’Obédience. Il chercha le soutien de son dragon, mais celui-ci se contenta de lui répondre :

« - Tu l’as cherché. Elle a refusé, point final. Allons voler."

Serenus ne répondit pas. Melinda, en plus de refuser sa demande en mariage, l’avait forcé à voir en face ce qu’était sa vie, soit une avalanche d’erreurs. Il avait trompé sa femme, il lui avait brisé le cœur et l’avait à peine pleuré quand elle était morte. Il avait lâchement abandonné l’Amoureuse du Vent sur son île. Il avait gâché la vie de cette noble Outreventoise, et il avait en même temps gâché celle de leur enfant, qui allait naître batard, et en souffrir toute sa vie.  Il était incapable de s’assurer un avenir stable, et vivait en suivant ses impulsions et ses envies, comme un animal. Le Guerrier se dit qu’il n’était alors qu’un idiot, un moins que rien. S’il mourait à la guerre, cela arrangerait beaucoup de monde, et on l’oublierait vite. Il serait connu comme un simple Guerrier, pas très futé, qui n’avait pour seul avantage que sa force. Il serait l’abruti du Tournoi des Trois Opales, qui avait fait rire le public en finissant à la flotte et en tremblant à cause de son vertige. Serenus prit une tremblante inspiration et ferma les yeux. Il s’était imaginé une vie heureuse et rangée avec Melinda à ses côtés. Maintenant, il ne voyait qu’une vie de solitude. Melinda avait raison. Et cette vérité lui faisait mal. Elle ne pourrait l’aimer pour ce qu’il était, pour ce qu’il avait fait. Quelle femme le pourrait dans ce cas ? Aucune, bien évidemment. Il avait pensé qu’il pourrait être aussi heureux que les gens qu’il connaissait. Mais il avait bêtement laissé passer sa chance. Que pouvait-il faire à présent ? Continuer à vivre, et espérer soit se faire tuer à la guerre, soit s’attirer une gloire amère en combattant Bellifère. Quelle belle perspective d’avenir. Il allait finir comme Octavius, avant sa rencontre avec Maëlys, et devenir un homme aigri et sauvage.

Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait rouvert les yeux, et que des larmes de dépit coulaient sur ses joues. Il fixait le sol, mais voyait flou à cause de ses yeux embrumés de chagrin. Il les essuya précipitamment avec sa manche. Pleurer, c’était pour les gosses. Il pouvait réagir comme tel, faire lui aussi le lâche en partant voler avec Obédience, mais il se sentait las. Si son esprit brulait de hurler, d’aller faire mordre la poussière au père de Ciara, de frapper contre un mur et de se laisser aller au désespoir, ce n’était pas le cas de son corps. Il avait l’impression d’avoir perdu toute son énergie. Il n’avait pas prononcé un mot depuis plusieurs minutes, il se força donc à réagir. Il essuya ses yeux humides avec son pouce et se contenta de dire, en essayant de donner à sa voix le ton le plus neutre possible :

«- T’avais raison. C’était une erreur.

- Si tu l’avais reconnu dès le début, ça se serait mieux passé.

- Tais-toi Obédience, je t’en supplie. »

Il avait parlé à voix haute, mais s’en fichait. Le dragon baissa la tête vers son cavalier et donna un petit coup de museau sur son épaule. Il était satisfait d’avoir eu raison, mais voir son Chevaucheur dans cet état devait donner à cette victoire un gout amer.

« - Allez, tu auras vite oublié. Des échecs, tu en connaitras toute ta vie, mais c’est comme ça que tu apprends.

Serenus secoua la tête, peu convaincu. Il allait lui falloir du temps, et beaucoup de vols au-dessus de Lorgol, avant de se décider à ne plus penser à ça. Néanmoins, il pouvait toujours essayer de réparer ses bêtises. Au moins une, ça serait déjà un bon début. Il leva un regard larmoyant vers Melinda et lui dit juste :

« - Je suis désolé Melinda. J’aurais dû me taire, mais tu me connais, j’suis pas très futé.   Il fit un petit sourire et laissa échapper un rire nerveux, puis il reprit, tout en baissant la tête : - J’espère que je n’ai pas gâché notre amitié, même si je ne me fais guère d’illusions."

Après tout, il n’avait fait que donner un grand coup de pied dans leur amitié, alors il ne devait pas s’étonner de la retrouver fragilisée, voire complètement brisé. Il se dit que, s’il perdait Melinda, il ne s’en remettrait pas. C’était sans doute ça, l’amour. S’attacher à quelqu’un, au risque de souffrir quand elle s’en allait. Pourquoi était-ce aussi douloureux ? Ce n’était pourtant pas la première fois.



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyMer 16 Aoû - 23:10

Je l’avais blessé.

Je pouvais le voir sur son visage pâle, sur sa mine déconfite, sur son air défait. Je conservai un air implacable, même si le voir dans cet état et savoir que c’était en partie de ma faute s’il était comme ça me remplissait d’un sentiment d’amertume. Il avait été idiot de faire cette demande, et je me devais d’être sincère avec lui, mais je n’avais pas pris en compte le fait que le voir aussi mal me serrerait le cœur. Il y eut quelques secondes de silence entre nous, et je ne savais pas si je devais avancer des excuses ou lui répéter à quel point il était stupide. Une fois encore, le guerrier m’arracha tous les mots que j’aurais bien pu trouver, par sa simple attitude. Il… il… il pleurait. Pas comme un enfant capricieux qui faisait le plus de bruit possible pour obtenir ce qu’il voulait, mais comme s’il avait honte de ses propres larmes, en silence, en essuyant rageusement ses larmes. Comme moi j’aurais pu pleurer, si j’en avais eu le courage.

Serenus pleurait à cause de moi.

Ce fut comme un couteau en plein cœur, de me dire qu’il souffrait en ce moment. Certes, la vérité pouvait faire mal, mais peut-être aurai-je pu être plus douce, dans la façon dont je l’avais dite. Je n’avais jamais été douée pour ça. Je parlais franchement, sans fioritures ni coussins amortisseurs. Ce n’était pas ma faute, toute de même, s’il s’était jeté dans les sujets sensibles comme on pouvait se jeter dans un buisson d’orties, sans se soucier d’en ressortir couvert de piqûres, la peau rougie et irritée. Pourtant, je me sentais étrangement coupable. Le guerrier s’était montré gentil, doux, adorable, et tout ce qu’il recevait en retour c’était une remarque peu indulgente sur la qualité qu’il pourrait avoir à mes yeux en tant qu’époux. Toute bonne amie s’en serait probablement mieux sortie que moi sur ce sujet, pour réussir à dire la vérité sans le blesser à ce point. Mais de toute évidence, l’amitié n’était pas de ces choses pour lesquelles j’étais douée.

Serenus parvint à reprendre contenance pour avouer que tout cela était une erreur, et je ne pus que hocher la tête, berçant doucement Ciara comme pour la rassurer, alors qu’au fond de moi, j’avais conscience que c’était surtout ma propre conscience que je cherchais à apaiser. Je ne cessais de me répéter que je n’avais pas eu le choix, et qu’agir autrement aurait été malhonnête de ma part. D’un autre côté, le voir comme ça me faisait mal, et me donnait envie… d’agir. J’ignorais comment consoler autrui, je n’étais pas très douée pour ça, pas plus que je n’étais douée pour savoir ce qui pourrait me réconforter moi-même. Mais j’aurais aimé l’avoir appris, au cours de ma vie, pour pouvoir apaiser un peu la douleur du guerrier, en cet instant. Je gardai le silence tandis qu’il suppliait presque son dragon de se taire. Je me demandai, l’espace d’un instant, si c’était aussi de ma faute si Obédience se moquait de son guerrier. De toute évidence, ma simple existence entrainait nombre de problèmes pour mon ami. Mais peut-être aimait-il ça, s’il en redemandait ? S’il voulait même passer sa vie entière aux côtés de quelqu’un qui le faisait souffrir ?

Le guerrier finit par s’excuser, sans doute désolé d’avoir même abordé le sujet. Je ne pouvais nier qu’il aurait mieux fait de s’abstenir. Cependant, je pouvais mettre ça sur le compte de son manque de réflexion et le lui pardonner. J’ignorais, en revanche, si je pourrais me pardonner à moi-même la rudesse dont j’avais fait preuve pour lui répondre. J’aurais préféré ne pas lui faire de mal. J’avais presque le sentiment… de l’avoir trahi. Sans doute ma trahison aurait-elle était encore plus insupportable si je lui avais menti, mais je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir un brin de remords à l’idée de lui avoir donné… une fausse impression de confiance ? l’assurance nécessaire pour faire une telle demande ? un indice qui l’avait laissé penser qu’il pourrait obtenir une réponse positive ? les trois en même temps, peut-être. Dans tous les cas, c’était un peu de ma responsabilité.

— Bien sûr que non tu n’as pas gâché notre amitié, Serenus, le rassurai-je en posant une main sur son bras dans un geste qui se voulait réconfortant, tenant fermement Ciara de l’autre bras. Je peux comprendre, en fait. Le fait d’avoir changé de réalité est quelque chose d’extrêmement perturbant. Je suppose que cela peut susciter des idées qu’on n’aurait jamais eu en temps normal. Je ne peux pas vraiment t’en tenir rigueur.

Moi-même j’avais manqué d’accepter d’épouser Raygnar pour le bien de Ciara. A vrai dire, cette idée ne m’avait toujours pas quittée. Ma fille méritait un père, et il n’y avait pas meilleur père pour elle que celui qui l’avait conçue. Mais tout ça, c’était parce que nous étions dans cette réalité. J’eus un doux sourire à l’intention du guerrier, amical, dépourvu du moindre reproche. J’étais déjà prête à admettre que cette conversation n’avait jamais eu lieu. A vrai dire, je préférais tout oublier de cette conversation. Serenus était quelqu’un de gentil, quelqu’un que j’appréciais. Pas quelqu’un que je voulais voir comme un potentiel époux.

— A vrai dire, je pourrais presque te remercier. Tu as vu juste en disant que Ciara a besoin d’un père, et c’est courageux de ta part de te proposer pour remplir ce rôle, malgré le déshonneur qui pèse désormais sur nous deux. Je suis désolée d’avoir pris ta proposition aussi violemment, c’est simplement que… le mariage n’est pas vraiment quelque chose qui se fait à la légère, tu comprends, et je ne peux pas accepter ce genre d’aide de ta part.

Je pouvais très bien me débrouiller toute seule pour trouver un père pour Ciara. Je n’avais pas besoin qu’un de mes amis s’en mêle.

— Enfin, n’en parlons plus. Tu as faim ? Je peux t’offrir quelque chose à manger si tu veux. Je le proposerai bien à ton dragon aussi, mais quelque chose me dit que malgré mes moyens je ne peux pas vraiment m’offrir le luxe de le nourrir. Il a l’air énorme.

La nourriture était un bon moyen de changer de sujet. Si j’avais eu du miel, je lui en aurais proposé, mais j’avais découvert avec stupeur que la Melinda de cette réalité n’avait pas éprouvé le besoin ni trouvé le temps de concilier ses études à l’Académie et sa passion pour l’apiculture. En d’autres termes, je n’avais pas de miel – une autre preuve que le monde ne fonctionnait pas correctement, dans cette réalité. Et comme je n’avais pas vraiment envie de m’éterniser sur cette affreuse demande et sur le fait que j’aie fait pleurer Serenus, je préférais passer à autre chose le plus rapidement possible. Outre secouer Ciara pour la réveiller et prétexter que je devais m’occuper d’elle – une idée qui m’horrifiait, tant son sommeil paraissait paisible – je ne voyais pas vraiment d’autres façons de procéder.
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptySam 26 Aoû - 21:13

Serenus se sentait terriblement mal, terriblement honteux de s’être mis ainsi en spectacle devant Melinda. Mais il n’avait pas pu l’empêcher. Cette vérité, celle qu’il n’avait jamais acceptée, elle la lui avait balancée à la figure, et cela avait eu pour lui l’effet d’une gifle. Dépité, le guerrier laissait les larmes couler sur ses joues, avant de les essuyer avec sa manche. Son dragon lui soufflait des mots réconfortants, et lui conseillait de monter sur son dos pour aller voler. Serenus en avait envie. S’échapper, oublier, reprendre une existence normale, sans soucis. Pourquoi pas. Mais il y avait Melinda. Il ne pouvait se résoudre à la laisser là, et s’en aller sans lui dire un mot. S’il avait vraiment été rancunier, il aurait pu le faire. Mais il l’aimait. Même si ses mots le faisaient souffrir, il ne voulait pas qu’elle s’en aille. Leurs rencontres étaient si rares… Les dieux seuls savaient quand surviendrait la prochaine.

« - Arrête de penser à l’avenir. Ce qui compte, c’est maintenant. »

Le grand dragon donna un petit coup de museau dans l’épaule de son cavalier, cherchant ainsi à le faire réagir. Serenus finit par reprendre la parole et s’excusa. Tout en parlant, il caressa les écailles d’Obédience qui, heureux d’avoir enfin pu faire bouger son chevaucheur, laissa échapper une sorte de ronronnement. Serenus souffla, et il se sentit mieux. Il était encore sous le choc, et triste, mais il n’avait plus envie de pleurer et de rester sans rien faire. Il demanda donc à Melinda si sa demande avait gâché leur amitié, et, tout en posant une main sur son bras, elle lui répondit que non, il n’avait rien gâché. Elle évoqua le fait qu’avoir changé de réalité était très perturbant, et que c’était à cause de ça qu’il avait eu soudainement l’idée de la demander en mariage. Mais oui, bien sûr. Melinda devrait être surnommée la reine du déni. Serenus lui lança un regard en coin. Il se demanda si elle pensait vraiment ses paroles ou si elle refusait d’accepter qu’il soit amoureux d’elle depuis le début. Il eut envie de rétorquer qu’elle était vraiment naïve, mais son dragon lui conseilla de jouer la prudence, s’il voulait conserver Melinda à ses côtés. Serenus se contenta donc d’hocher la tête et de répondre, la voix encore brisée par le chagrin :

« - Oui, c’est sans doute ça. »

Serenus essuya ses yeux une dernière fois et se redressa. Melinda lui disait qu’elle pouvait presque le remercier pour s’être proposé pour remplir le rôle de père pour Ciara. Elle s’excusa pour avoir répondu aussi sèchement à sa demande, car selon elle, le mariage n’était pas une chose qui se faisait à la légère. Serenus voulu lui dire qu’il le savait bien, qu’il était un homme veuf, qu’il avait déjà connu les joies et les contraintes du mariage. Il était parfaitement conscient de ce que cela représentait quand il lui avait fait sa demande. Il n’était quand même pas bête à ce point. Serenus bouillonnait. Quand il était avec Melinda, il se sentait comme un idiot, un simple d’esprit. C’était l’inconvénient à l’avoir pour amie. Un seul inconvénient parmi tant d’avantages. Serenus se tourna vers elle et la regarda de haut en bas. Est-ce qu’il aimait ça ? Passer du temps avec une personne qui le faisait souffrir ? Etait-ce vraiment ça l’amour ? Serenus se dit qu’il avait encore beaucoup à apprendre sur la vie. Il secoua la tête devant les excuses de Melinda :

« - - T’excuses pas. Tu m’as fait voir la vérité en face, il fallait bien que quelqu’un le fasse un jour. »

Serenus passa une main dans ses cheveux et soupira. Puis il se mit à rire. Un rire nerveux, brisé par ce qui pouvait ressembler à un sanglot ou à un hoquet. Il se releva et dit :

« - - Par Kern. Qu’est-ce que je suis en train de faire… Ma vie n’est qu’une succession d’erreurs, de débauche. J’vais avoir un enfant. Un enfant avec une femme qui n’est pas la mienne. Et tu sais quoi ? C’est que cette femme est Outreventoise, comme Elena, comme toi, un comble !

-  On devrait en faire une blague. Quel est le comble pour un Outreventois….

- Merci Obédience.

Le dragon laissa échapper un petit rire. Serenus fit un sourire et secoua la tête. Obédience avait le don de rendre l’atmosphère plus apaisante. C’est donc sur un ton plus détendu qu’il reprit en levant les bras :

« - Tu imagines ! Il est grand temps que je me reprenne en main.

Il baissa la tête et se tut. Cela n’allait pas être facile. Surtout que son enfant portait déjà le poids de son déshonneur avant même d’être né. Effacer tout ça serait impossible. Mais il pourrait toujours arrondir les angles. La seule possibilité qu’il voyait pour ça, c’était de se battre, et faire honneur à Outrevent. Rien de bien compliqué n’est-ce pas ? Melinda le fit revenir à la réalité en lui proposant d’aller manger un morceau. A ces mots, Obédience se redressa d’un bon, et manqua de percuter son cavalier qui laissa échapper un juron. Le dragon battit l’air de la queue, et ne parut pas prendre en compte le commentaire de Melinda sur sa corpulence. Il suffisait qu’on prononce le mot manger pour qu’Obédience s’emballe. Serenus, cependant, répondit avec un petit sourire :

« - Je n’ai pas faim. Nous sortons à peine de la taverne aux galettes.

- Comment peux-tu refuser une offre pareille ? Un repas gratuit !

- Obédience, nous avons l’estomac plein !


- Elle veut changer de sujet, et te donner une nouvelle chance ! Saisis la !

Serenus leva les yeux au ciel et finit par dire :

« - Mais, si toi tu as faim, je t’accompagnerais avec grand plaisir. »



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyVen 15 Sep - 17:42

Il avait l’air triste, Serenus, si triste… et c’était de ma faute. Moi, qui me prétendait son amie, l’avait blessé. J’avais envie de revenir en arrière, de fuir avant d’entendre sa demande, ou de faire comme si je ne l’avais jamais entendue. J’aurais pu prétendre être sourde, ou muette, pour ne jamais devoir lui répondre. J’aurais pu mettre en place une diversion, pour que le sujet finisse tout simplement par se noyer dans le chaos. Mais j’avais réagi vivement, trop vivement, comme s’il risquait de me blesser par sa demande. A vrai dire, c’était ma façon de procéder quand on tentait de s’approcher de moi. J’avais accepté beaucoup, depuis mon arrivée à Lorgol. J’en étais arrivée à me faire des amis. Mais épouser quelqu’un ? Epouser Serenus ? J’en étais probablement tout bonnement incapable. Pas maintenant, pas comme ça, pas alors que je tenais mon premier enfant dans mes bras, et que mon premier amant me fuyait résolument. Je ne me sentais pas capable d’être l’épouse que le guerrier méritait. Et je ne me sentais pas capable de supporter de le voir en mari, d’être la mère de ses enfants, et de savoir qu’il risquait sa vie de par la nature même de son travail.

J’avais envie de me plonger en excuses, de me mettre à genoux et de le supplier de ne pas être triste, ou peut-être, simplement, de le prendre dans mes bras pour le consoler. La fuite était aussi une solution plutôt enviable. Malheureusement pour moi, aucune de ses possibilités ne me semblait véritablement envisageable. Alors je me contentai de rester là, à regarder mon ami souffrir sans lever le petit doigt, prononçant des paroles creuses et sans intérêt. Il tentait de paraitre fort, le guerrier, rejetant bravement mes excuses, prétendant braver la vérité en face. Mais avais-je vraiment formulé la vérité d’une façon juste et équitable ? Avais-je rejeté le guerrier après avoir pesé le pour et le contre ou m’étais-je contentée de lui assener ces vérités bien choisies pour le rabaisser et le repousser ? Je lui avais donné mille raisons de ne pas l’épouser, certes… mais m’étais-je appesantie une seule seconde sur les arguments inverses ? M’étais-je demandé s’il y avait, chez Serenus, quelque chose qui pourrait me convaincre de me marier avec lui ? Bien sûr que non ; je n’aurais pas pris un tel risque. C’était un jugement biaisé que j’avais rendu au guerrier, et j’espérais qu’il en avait conscience.

A la façon dont il finit par se dénigrer, je ne pus que supposer que non, il n’en avait pas conscience. La vie du guerrier était loin d’être une succession d’erreurs. Il était devenu quelqu’un de bienveillant, de doux, de protecteur, d’audacieux et d’amusant, même, parfois. Certes, il n’était pas de taille à résister à mes arguments, et il avait échoué plusieurs fois à se défendre face à moi, mais je pouvais tout à fait comprendre. J’avais tendance à ne pas céder un pouce de terrain quand il me fallait défendre quelque chose. Pourtant, si Serenus était devenu celui qu’il était, ce n’était certainement pas grâce à une succession d’échecs et de mauvaises décisions. Il avait peut-être fait des erreurs, mais qui, dans ce monde, n’en faisait aucune ? Je ne pouvais pas le juger d’avoir eu un enfant hors-mariage ; moi-même, j’étais devenue mère, sans trop connaitre la succession des évènements qui m’avaient amenée là, certes, mais je l’étais tout de même, et l’enfant endormi dans mes bras le prouvait. Qu’il s’en prenne à des outreventoises et qu’il les abandonne ensuite, les déshonorant irrémédiablement, aurait probablement dû m’horrifier, mais… il était mon ami. Je devais croire en lui, croire qu’il avait eu ses raisons d’agir d’aussi piètre manière. Au moins avait-il un bon goût. Les outreventois étaient généralement des gens bien.

— Ca va aller, Serenus, murmurai-je avec un léger sourire. Tu es quelqu’un de bien. Et si jamais tu as besoin de l’aide d’un ami… sache que je suis toujours là. Je sais qu’on ne se voit pas souvent, mais tu peux toujours m’envoyer des lettres, ou venir me rendre visite, de temps en temps. J’espère sincèrement que ton enfant n’aura pas à souffrir des conséquences de sa naissance. Je… je commence à penser qu’un enfant mérite mieux que ça, comme départ dans la vie.

Comment pourrais-je penser autrement, avec le petit corps chaud de Ciara blotti dans mes bras ? Ce n’était toutefois pas vraiment un sujet joyeux, et je sautai sur la première occasion d’en changer sitôt que l’idée me vint à l’esprit. Aller manger un bout nous permettrait de nous perdre en platitudes sur la qualité de la nourriture plutôt que de nous noyer dans des remarques désespérantes sur cette demande en mariage ratée. Je ne pus retenir une grimace de dépit en apprenant que le guerrier avait déjà mangé. Était-il en train de faire exprès de ruiner mes plans ? A sa proposition, je haussai les épaules, un peu mal à l’aise.

— Je n’ai pas faim, avouai-je simplement, en baissant les yeux vers le sol. Je voulais juste… passer un peu plus de temps avec toi. Je me dis que ça ne doit pas être facile, de se voir refuser une demande en mariage. En tant qu’amie… je suppose qu’il est normal que je te tienne compagnie, non ?

Je soupirai, indécise.

— Désolée, j’aurais dû te demander si tu voulais de la compagnie. Je peux partir, si tu préfères être seul. Quand je rate quelque chose, souvent, je préfère qu’on me laisse seule, pour que je puisse réfléchir à une nouvelle manière d’aborder le problème. Je ne t’encourage pas particulièrement à aborder à nouveau le sujet, cela dit, c’est simplement que… enfin… tu comprends.

De toute ma vie, je n’avais jamais été aussi peu sûre de ce qu’il fallait dire et de ce que je voulais dire. Je me sentais mal à l’aise, gênée, triste, et un peu coupable. J’avais l’impression que je devais veiller à l’effet du moindre de mes mots sur le guerrier, pour ne pas le blesser à nouveau. J’avais envie de changer de sujet, mais de quoi pouvais-je bien parler ? Quelque chose d’assez important pour ne pas paraitre futile, d’assez futile pour que je sois incapable de blesser Serenus en le disant.

— Tiens, tu as vu Mayeul, depuis… depuis la dernière fois ? questionnai-je, avec un sourire crispé.

D’accord, ce n’était peut-être pas le meilleur sujet que j’aurais pu choisir. La dernière fois s’était terminée par le baiser que j'avais donné au voltigeur. Ce n’était probablement pas un bon souvenir dans l’esprit du guerrier. Si j’avais pu effacer les mots, je l’aurais fait immédiatement – mieux, j’aurais même pris la peine d’annihiler toute trace de la demande de Serenus. Malheureusement, ce don restait totalement en-dehors de ma portée. Et puis, c’était un sujet comme un autre, non ? Un sujet qui, en plus, ne me concernait ni moi ni Serenus. Il m’arrivait souvent, depuis la guerre, de penser au voltigeur, à ma promesse de venir le voir à Svaljärd, promesse désormais impossible à remplir. Si je retournais dans ma réalité et voyais les exploits d’un griffon, ce ne serait probablement pas une bonne nouvelle pour moi.

— Tu sais, je m’inquiète pour lui avec la guerre. Je suppose qu’il sait se débrouiller, mais… il est notre ennemi. Il pourrait lui arriver tellement de choses.

Je regardai autour de nous, posant mes yeux sur tous ces gens massés là pour retrouver leur vie. Ne voyaient-ils pas que nous étions dans un monde en paix, ici ? Qu’est-ce qui les poussait à rentrer dans une vie plus triste et plus violente, où leurs amis, du jour au lendemain, pouvaient devenir leurs ennemis ?

— Je crois que j’aimerais bien rester dans cette réalité, murmurai-je avec un doux sourire. Ici… ici nous avons la paix. Ce n’est peut-être pas notre vie, mais c’est une vie enviable, non ? Tout est devenu si compliqué, dans l’autre réalité. Peut-être qu’on a une chance de faire quelque chose de mieux de cette vie-ci ?

Ça, c’était un vrai changement de sujet. Je penserais à remercier Mayeul, si nous nous revoyions un jour, pour cette superbe idée à laquelle il m’avait fait penser. Je jetai un coup d’œil hésitant à Serenus, pour voir s’il mordait à l’hameçon. Pour voir s’il acceptait de reprendre notre amitié là où il avait essayé de la piétiner.
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptySam 16 Sep - 16:27

Melinda s'en voulait. Cela se voyait sur son visage. Elle avait peut-être parlé sans réflechir, mais au moins, elle avait visé juste. Le cœur du guerrier se serrait à chaque respiration, et il ravalait ses sanglots et ses larmes avec aplomb. Il était hors de question de paraître faible et pleurnichard devant Melinda. La voir mal à l'aise ne l'aidait pas beaucoup, et il se contenta de rejeter ses excuses et de lui dire qu'il acceptait la vérité. Après tout, il valait mieux l'entendre et apprendre à vivre avec que de se mentir toute sa vie. Serenus faisait le courageux, essayait de paraitre fort, alors qu’il avait encore terriblement mal et qu’il n’avait qu’une envie : se rouler en boule dans son lit, bien au chaud sous ses couvertures, et pleurer librement, sans personne autour de lui pour le juger. Il prétendit, en essayant d’y mettre un ton de plaisanterie, que sa vie n’était qu’une succession d’erreurs, qu’il allait avoir un enfant qui souffrirait toute sa vie des conditions de sa naissance, tout ça parce que son père avait fauté. Il avait perdu sa femme, qu’il avait lâchement abandonné, et encore tout un lot de faits et gestes peu glorieux dont il n’était pas fier. Melinda le regardait parler, tout en serrant son nourrisson dans les bras. Elle lui dit que ça va aller, qu’il était quelqu’un de bien. S’il avait besoin de l’aide d’un ami, elle serait toujours là, lui disait-elle, il pouvait lui écrire, ou venir lui rendre visite. Elle espérait que son enfant n’ait pas trop à souffrir, car elle commençait à penser qu’un enfant méritait mieux que ça, comme départ dans la vie. Serenus se tourna vers elle et lui dit :

« - Merci Melinda. Faut que tu saches que c’est réciproque. J’sais peut être pas bien lire ni bien écrire, mais je sais bien chevaucher.

- Pour ce qui est de voler, y’a encore des progrès à faire. »

Serenus fit un petit sourire innocent à son dragon. Il savait qu’il n’était pas facile à vivre lorsqu’ils étaient en l’air, mais quand même, il s’était amélioré depuis ses débuts. La première fois, il avait gueulé, était resté couché sur la selle, immobile, serrant de toutes ses forces les attaches. Le dragon bailla, et Serenus reprit :

« - Pour ce qui est d’être quelqu’un de bien… J’en doute. Mais bon, je vais pas commencer à te contredire, sinon je vais m’prendre une autre tempête Melinda dans la figure. »

Melinda lui proposa ensuite d’aller manger un morceau, mais Serenus n’avait pas faim, même si Obédience ne cessait de l’empresser d’accepter. Le guerrier refusa, mais lui dit qu’il serait d’accord pour l’accompagner si elle avait faim. Elle haussa les épaules et lui avoua que ce n’était pas le cas, elle voulait juste passer un peu plus de temps avec lui, car ça devait pas être facile de se voir refuser une demande en mariage. Serenus lui sourit, avec sincérité. Elle était adorable. Malgré ses fâcheuses tendances à blesser les gens par la parole, elle pouvait être très gentille, et c’est pour cela que Serenus l’aimait. Quand il se dit qu’il ne pourrait peut-être jamais la tenir dans ses bras, l’embrasser comme il le faisait avec son épouse, sa gorge se serra. Obédience lui fit la remarque qu’il avait déjà de la chance qu’elle soit restée son amie et qu’elle ne se soit pas enfuie, et cela aida Serenus à se reprendre. Oui, il n’avait pas tout gâché, pas encore. Melinda soupira, et lui demanda s’il voulait vraiment de sa compagnie, car elle, quand elle échouait, elle préférait qu’on la laisse seule, afin de réflechir à une meilleure manière d’aborder le problème. Elle précisa qu’elle ne l’encourageait pas à de nouveau aborder le sujet. Serenus lui fit un grand sourire et laissa échapper un rire franc. Il lui dit :

« - Non Melinda, je ne veux pas que tu partes, on se voit déjà pas souvent. Je prendrais le temps de « réfléchir » plus tard. Tu sais bien que je ne suis pas du genre à abandonner aussi facilement. »

Voilà qui était parler comme un vrai guerrier. Ce qu’il voulait, il pouvait l’avoir s’il se donnait les bons moyens. Ne pas abandonner, et ne jamais baisser le regard. Voilà ce que Serenus pouvait faire. Si l’échec faisait mal, il lui permettait néanmoins d’en tirer un certain apprentissage. Première leçon avec Melinda : prendre le temps, ne pas aller trop vite. La deuxième leçon : ne surtout pas lui dire qu’elle a tort par Kern !
Justement Melinda, toujours aussi mal à l’aise, changea maladroitement de sujet en lui demandant s’il avait vu Mayeul depuis la dernière fois. Mayeul. Celui qui lui avait volé le premier baiser de Melinda et qui, par la même occasion, lui en avait donné un contre sa volonté. Serenus serra les dents, et se força à garder le sourire. Obédience sentit sa soudaine colère et, ne sachant pas trop d’où elle venait, hérissa ses écailles tout en levant la tête, alerte. Serenus le rassura, tout en lui racontant sa dernière rencontre avec le voltigeur. Obédience répondit :

« - Cela ne m’étonne pas, c’est vraiment un comportement de « chevaucheurs de volailles ». »

Serenus secoua la tête, tout en dissimulant un petit rire, et répondit à la question de Melinda par un simple

« - Non, je n’ai aucune nouvelle. »

Melinda lui avoua qu’elle s’inquiétait pour lui, à cause de la guerre. Il était certes leur ennemi, mais elle craignait pour sa vie. Serenus serra les poings. Pourquoi s’inquiétait-elle ? Elle connaissait à peine le voltigeur ! Est-ce parce qu’elle… ? Non, surement pas. Serenus refusait d’envisager à cette possibilité. Mayeul était certes plus raffiné, moins bourrin et moins idiot que lui, mais cela restait un cielsombrois allaité à la fleur de pavot depuis le berceau. Il n’avait presqu’aucune raison d’être jaloux de lui, n’est-ce pas ? Surtout que, maintenant, ils étaient presque au même niveau, grâce à Obédience. Melinda était son amie, rien de plus. Point final. Juste. Son. Amie. Et puis, grâce à la guerre, il était loin d’eux maintenant. Avec un peu de chance, cela resterait ainsi. Chacun de son côté, et aucun baiser déplacé pour gâcher une belle amitié à peine née. Serenus cligna des yeux, et reporta son attention sur Melinda qui lui dit qu’elle aimerait bien rester dans cette réalité. Car dans celle-ci, il y avait la paix, et qu’ils avaient une chance de faire mieux de cette vie-là. Serenus ne pouvait qu’être d’accord. Dans cette vie-là, c’était pas lui l’époux adultère, mais Elena. D’après Obédience, il élevait un enfant qui n’était pas le sien, mais l’aimait comme s’il était. Et puis, il y avait sa nouvelle condition : Capitaine de Vol de Cibella, chevaucheur du dragon Obédience. Le respect et la gloire à portée de main ! Serenus répondit à Melinda avec un petit sourire :

« - Franchement, je suis d’accord avec toi. Tout parait tellement plus simple dans cette vie… Même si certaines choses ne changent pas. »

Il évoquait par là le caractère de sa chère Melinda, qui, heureusement, n’avait pas du tout changé. Il évoquait aussi son vertige, pour Obédience, et sa fâcheuse tendance à vouloir tout régler par la violence. Non, heureusement que ces choses-là ne changeaient pas, sinon, ils ne seraient plus vraiment eux-mêmes, non ?



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyMar 10 Oct - 14:06

Voir Serenus dans cet état m’était étrangement douloureux. Je n’avais que rarement vu le guerrier… comme ça. Habituellement, il prenait plutôt bien mes remarques, et pourtant, je ne me montrais pas tendre avec lui, pas plus qu’avec quiconque, du moins. Je n’étais pas du genre à m’étaler en compliments, douceurs et autres fioritures. Je ne voyais pas ce que cette fois-ci avait de différent. Bien sûr, il m’avait demandé en mariage, et j’avais refusé, mais je ne pensais pas lui avoir donné l’occasion d’attendre de ma part une autre réponse à une telle demande. A la façon dont il pleurait, j’avais le sentiment qu’il avait réellement cru que je pourrais dire oui, et qu’on aurait prononcé nos vœux devant Levor aussi tôt que possible, et qu’on aurait vécu heureux avec beaucoup d’enfants. Je jetai un coup d’œil à Ciara. Comment pouvais-je prétendre à d’autres enfants alors que j’avais déjà du mal à m’occuper d’une seule ? Comment pouvais-je me trouver un époux alors que j’avais, de toute évidence, déjà eu un amant ? Comment pourrais-je jamais regarder en face l’homme que j’avais trahi avant même de lui être promise ?

De tous les moments qu’il avait pu choisir, Serenus avait probablement profité du pire. Cette réalité alternée avait bousculé tous mes repères, et je n’avais nul besoin que quelqu’un empire la situation. Mais le guerrier était comme ça, sans doute : toujours prompt à s’imposer aux pires moments, et à dire les choses les plus inattendues et les plus insupportables. Ce n’était peut-être pas l’aspect de sa personnalité que j’appréciais le plus, mais il était mon ami, et quand bien même certains traits de caractère m’irritaient souvent, il me fallait les accepter. Aussi n’hésitai-je pas une seconde à soutenir le guerrier, à lui dire qu’il était quelqu’un de bien, et que j’étais là pour lui proposer mon soutien, s’il en avait besoin. Je n’étais peut-être pas encore très douée à cet exercice, mais ça allait venir. Du moins… je l’espérais. Serenus, néanmoins, sembla douter de mes paroles. Je fronçai les sourcils.

— Non, effectivement, tu n’as pas intérêt à me contredire, pour une fois. J’ai dit que tu étais quelqu’un de bien, et en douter, c’est remettre en question soit mon jugement, soit ma sincérité. Dans les deux cas, je serais extrêmement vexée, et à raison. Ce n’est pas parce que tu as commis un ou deux erreurs dans ta vie que tu dois t’apitoyer sur ton sort, Serenus Dardalion. Tu es quelqu’un de bien et tu vas le croire, au moins parce que c’est moi qui te le dit.

J’ouvris la bouche, m’apprêtant à répliquer que je n’étais pas exactement une tempête Melinda – quel que soit le sens qu’il veuille donner à cette expression – lorsque je m’aperçus que je venais exactement de faire ce qu’il avait tenté d’éviter : monter sur mes grands chevaux et empêcher toute contradiction. Je rougis, à la fois irritée et gênée qu’il ait raison.

— Pardon, marmonnai-je en baissant les yeux. Je suppose que tu viens de te prendre une autre tempête Melinda dans la figure.

Ce n’était pas suffisant, toutefois, pour me mettre à l’aise. La question de Serenus résonnait encore sinistrement à mes oreilles, comme un rappel lancinant des sentiments qu’il avait cru percevoir au fond de son cœur. Peut-être que si j’arrêtais de discuter avec le guerrier maintenant, je n’oserais plus jamais reprendre une conversation avec lui, de peur que tout soit trop… bizarre. Par chance, même s’il n’avait pas faim, Serenus semblait plutôt partant pour continuer la discussion et ne pas fuir loin de moi et éviter à tout jamais mon regard. C’était une bonne chose. Probablement. Même si je n’étais pas certaine d’apprécier sa dernière phrase, sur le fait qu’il n’abandonnerait jamais. Je lui lançai un sourire approbateur, pourtant, appréciant le fait qu’il poursuive cette conversation.

Toujours animée par l’intention de changer de sujet, je mentionnai Mayeul. Moi qui accusais toujours le guerrier de se montrer aveugle aux sentiments d’autrui et de les piétiner sans le moindre égard, j’étais désormais dans la même situation, sans même m’en rendre compte. Je ne remarquai pas les signes de sa jalousie, n’entendant dans sa voix aucune inflexion particulière. Il était tout à fait normal qu’il n’ait aucune nouvelle, bien entendu. Avec la guerre, aucun de nous ne devait avoir beaucoup de contacts avec les ibéens. Tout était tellement différent, dans ce monde. Peut-être pas mieux, non, je n’étais pas idiote au point de croire que la vie serait plus belle dans cette réalité. Néanmoins, elle me paraissait à certains égards… plus facile. Bon, si l’on oubliait Ciara. Et Raygnar. Et cette demande en mariage. Et l’incendie. Et à peu près tous les éléments que j’avais vécus depuis que j’étais ici. Pourtant, malgré ça, cette réalité restait étrangement agréable, et Serenus semblait être du même avis. Semblait. Je fronçai les sourcils, dubitative.

— J’espère que tu n’es pas en train d’éviter de me contredire par peur de te prendre une « tempête Melinda » dans la figure. Je ne suis quand même pas si effrayante que ça, et surtout pas pour un imposant guerrier comme toi. Tu dois bien faire le double de mon poids, et une tête de plus que moi ! Il ne faut pas avoir peur d’affirmer ton avis, tu sais, même s’il est faux ou mal exprimé. Je ne suis pas toujours d’accord avec toi, mais je suis sûre, parfois, qu’en disant ce que tu penses, tu pourras apprendre des choses à autrui – à moi, peut-être, ou à d’autres. Alors n’hésite pas.

Un léger sourire étira mes traits.

— Bien évidemment, tu pourrais aussi être sincère, mais je voulais m’en assurer. J’ai eu un peu peur, tu sais, en t’entendant dire que tu allais éviter de me contredire. Je ne cherche pas à réduire mes interlocuteurs au silence, et encore moins ceux que j’apprécie. Et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec toi que je ne suis pas prête à discuter avec toi. Certes, je ne change pas souvent d’avis, et je défends bec et ongles ce que je crois, mais ça ne veut pas dire que je ne change jamais d’avis, ou que je n’accepte pas que d’autres puissent penser différemment.

Le petit corps de Ciara s’agita contre moi, un signe qu’elle allait probablement bientôt se réveiller. Je la calai un peu plus confortablement contre moi. Elle était restée endormie durant toute la durée de la conversation, comme si elle m’avait laissé l’entière responsabilité de la réponse que j’allais donner à Serenus. Je souris, consciente que ce n’était sans doute qu’une coïncidence, mais tout de même amusée par cette idée.

— Enfin, je suppose que c’est parce que nous ne connaissons pas suffisamment cette vie qu’elle nous parait plus simple. Si nous y passions trop de temps, tout deviendrait compliqué. Je suppose qu’on est doué pour ça, pour tout faire paraitre compliqué.

Serenus était même extrêmement doué pour ça, visiblement. Il avait changé une simple amitié en quelque chose qui serait toujours… un peu étrange, et ce, avec une seule petite question. Je souris, amusée. Peut-être était-ce moi qui faisais de tout ça quelque chose de compliqué alors que finalement, ce n’était qu’une simple question, une simple réponse, et deux amis qui continuaient à vivre avec cette réalité. Rien de bien compliqué, n’est-ce pas ?
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyJeu 12 Oct - 21:02

Serenus doutait très franchement des paroles de Melinda. Elle avait surement dit cela pour le consoler, ce n'était pas vraiment la réalité. La réalité, elle la lui avait balancé à la face, il n'y a même pas quelques minutes. Serenus ne savait pas quoi penser. Il doutait donc, et cela ne plut pas à Melinda. Elle lui dit qu'il n'avait pas intérêt à la contredire, car, selon elle, douter c'était remettre en question son jugement, sa sincérité, et c'était aussi la vexer. Serenus ne put s'empêcher de sourire. Ca, c'était bien la Melinda qu'il connaissait, cette petite furie que rien ne pouvait arrêter. Elle lui ordonna de cesser de douter, parce qu'il était quelqu'un de bien, et il était forcé de la croire, car c'était elle qui le disait. Décidément, avoir un enfant pouvait changer le caractère de certaines femmes, mais pas celui de Melinda. Le guerrier se demanda, l'espace d'un instant, comment le père de Ciara faisait pour la supporter. Il se promit donc d'essayer de le retrouver, pour lui serrer la main, le féliciter, lui demander comment il faisait, et surtout pour lui souhaiter bon courage.

"- Je croyais que tu voulais lui péter le nez ?

Oh je vais le faire, après ça. Chaque chose en son temps Obédience."

Melinda se mit à rougir, comprenant peut-être qu'elle venait de recommencer à faire sa tempête Melinda. Et elle lui marmonna, quelque peu gênée, qu'elle s'excusait. Serenus éclata d'un rire franc. Elle était adorable, à s'excuser comme ça après être montée sur ses grands chevaux ! Le guerrier la regarda et lui dit avec un sourire, tout en ricanant :

"- T'excuses pas, j'commence à être habitué tu sais. "

Ils en vinrent ensuite à changer de sujet. La jeune femme eut la très bonne idée de mentionner Mayeul, ce qui eu pour effet de réveiller la jalousie du guerrier qui, contre toute attente, parvint à la camoufler, contrairement à son dragon qui hérissa ses écailles. Elle lui demanda s'il avait eu des nouvelles, et il lui répondit que non, il n'en avait pas eu. L'espace d'un instant, il se demanda ce qu'il aurait fait s'ils s'étaient retrouvés face à face sur le front, Mayeul et lui. L'aurait-il tué ? Il aurait certes fait son devoir, mais Mayeul était son ami, malgré leurs différences, et ce qui s'était passé lors de leur dernière rencontre. Est ce que Mayeul l'aurait tué ? Il faudrait qu'il lui pose la question, un jour. S'ils survivaient à la guerre, bien entendu. Un griffon et son voltigeur contre un simple guerrier, il n'était pas difficile de deviner le résultat. Serenus aurait pu tuer le griffon, ou son voltigeur, mais, à moins d'avoir beaucoup de chance, il serait tombé sous les coups ou sous les griffes du survivant. Un dragon contre un griffon, un chevaucheur contre un voltigeur, voilà un combat intéressant...

"- Intéressant ? Tu flambes la volaille, et c'est tout. Rien de bien compliqué.

- Mais un griffon, c'est plus leste, plus rapide qu'un dragon. En un éclair il te laboure les ailes, ou le ventre.

- Et la magie ? Tu penses à la magie ? Un voltigeur ne peut compter que sur la vitesse de sa monture, ainsi que sur sa lame. Nous, nous avons l'armure, la magie et les flammes. "

Obédience releva la tête, et le toisa d'un air supérieur. Il était sur de lui, et de ses paroles. Serenus l'enviait. Depuis que Melinda lui avait dit non, il craignait de refaire un mauvais choix. Heureusement, celle ci changea de sujet en demandant son avis sur leur nouvelle vie, et le fait qu'elle était par certains côtés plus facile. Serenus était d'accord. Il était passé de simple guerrier à capitaine de la caserne de chevaucheurs de la Volte. Sa vie était beaucoup plus facile, toute aussi excitante, et il y avait Obédience. Le guerrier posa une main sur les écailles du grand dragon, tout en se demandant s'ils seraient séparés un jour. Cela risquait d'arriver, mais pas tout de suite, par Kern. Il voulait encore profiter de la présence rassurante du dragon, de leurs activités ensemble, ainsi que des longs vols dans le ciel de Lorgol. Melinda lui demanda s'il ne cherchait pas à éviter de la contrarier, car il ne devait pas avoir peur de donner son avis, il était quand même un guerrier bien plus imposant que le tout petit bout de femme qu'elle était. Il secoua la tête, et lui dit :

"- Mais je le pense vraiment Melinda ! C'est réellement mon avis ! Je ne cherche pas à ne pas te contredire, pour une fois. "

Elle lui dit alors, que, si elle lui avait dit tout cela, c'était pour s'assurer qu'il pouvait être sincère. Serenus hocha la tête. Et elle partit dans un autre monologue sur le fait qu'elle ne changeait pas souvent d'avis, qu'elle aimait défendre son opinion, mais que c'était pas pour cela qu'il fallait éviter la discussion en étant tout le temps d'accord avec elle. Le guerrier resta là, à la regarder, ne se lassant pas une seule seconde de ce moulin à parole qu'était Melinda. Le bébé s'agita dans les bras de sa mère, mais resta profondément endormie. Elle aussi était adorable. Serenus se demanda si son enfant aurait exactement la même bouille, et pria pour qu'il puisse le voir grandir. Melinda supposa que, vu qu'ils ne connaissaient pas suffisamment cette nouvelle vie, c'était pour ça qu'ils leur paraissait plus simple. Il suffirait d'y passer trop de temps pour qu'elle devienne compliqué, car ils étaient doués pour tout faire paraître compliqué. Serenus sourit et répondit :

"- Va savoir. Un problème, j'en aurais surement un gros d'ici quelques heures, quand Obédience aura faim.

- Ha ha ha, et tu te crois drôle."

Serenus sourit et tapota les écailles du dragon. Il se tourna vers Melinda et lui demanda :

"- Est ce que tu aimes cette vie Melinda ? "



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyDim 5 Nov - 10:05

Je ne savais pas comment réagir avec cet homme, et ça me plongeait dans une horripilante confusion. Je n’avais pas pour habitude de ravaler mon avis ou de l’adoucir, mais Serenus était tellement… tellement… Mwaaaah ! Je ne savais même pas si je devais le gifler pour qu’il se reprenne ou lui donner un amical câlin pour le consoler. Le guerrier se comportait si souvent en victime ! Il avait certes l’impressionnant courage de se supporter lui-même, mais il ne cessait de se montrer… comme ça. Il posait une question délicate, s’attendant sans doute à ce que la réponse lui explose au visage, et quand ladite explosion avait lieu, le blessant au passage, il pleurait, comme s’il était surpris de ce qui lui était arrivé ! Il prétendait être « habitué » à recevoir des tempêtes-Melinda dans la figure, comme si ce n’était pas un problème pour lui, mais il venait tout juste de s’en plaindre et d’essayer d’en éviter une comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle !

Je ne savais pas sur quel plan jouer avec le guerrier. Je le considérais comme mon ami, vraiment – un grand courage de ma part aussi, de supporter cette horrible ambivalence entre son côté victime et la façon dont il essayait de le cacher – et j’avais envie de le soutenir. C’était pourquoi j’essayais de lui laisser l’espace de s’exprimer. Je savais que je parlais beaucoup et que je changeais tout aussi peu d’avis. Je voulais bien avouer que ça ne devait pas toujours être facile d’oser s’exprimer contre moi. Mais le guerrier interprétait mon comportement de façon complètement erronée ! Je ne comprenais pas pourquoi il avait peur de moi et de ce que je pourrais bien dire. Ce n’était pas non plus comme si je comptais le frapper d’un instant à l’autre ! Et même si c’était le cas, il faisait bien une tête de plus que moi et était bien plus large. Je ne pouvais guère lui faire le moindre mal !

D’un autre côté, je n’allais pas non plus m’excuser d’être moi. Oui, je parlais fort, j’étais franche, et j’avais tendance à m’accrocher à ce que je croyais vrai, et pour tout dire, j’en étais fière. Il pensait avoir à faire à une tempête-Melinda ? Comprenait-il seulement que c’était mon comportement naturel ? Il pouvait agir comme il l’entendait que je ne changerais pas d’un iota. A l’entendre, j’étais une catastrophe naturelle sans même le faire exprès. Je n’osais imaginer ce qu’il se produirait si j’essayais d’imiter une tempête. J’eus un sourire sardonique, teinté d’amère colère, à cette idée. Sans doute serait-il mort de trouille, alors. Non, Serenus, quoi que tu en penses, je n’allais pas cesser d’être moi, et pourtant, pourtant… quelque chose, au fond de moi, avait envie de m’excuser. Sale victime. A voir leur air pitoyable, on se sentait coupable, alors qu’on n’avait pas toujours fait quelque chose de mal.

Je me retrouvai donc à me justifier, à justifier ce que j’étais au plus profond de moi, pour lui dire qu’il pouvait exprimer son avis, et qu’on pouvait discuter ensemble. Et le pire ? C’était que je m’étais sentie obligée de le faire, par peur que le guerrier interprète mal mes propos, une fois encore, et pense être victime d’une nouvelle « tempête-Melinda ». Oh, comme je haïssais cette expression ! Devais-je juste être calme, souriante et acquiescer à tous les propos du guerrier pour paraitre comme « un beau matin ensoleillé-Melinda » ? Pourtant, je ravalai ma colère et cessai de faire des commentaires sur le sujet, consciente que Serenus n’y trouverait-là qu’un argument supplémentaire pour soutenir sa thèse de la « tempête-Melinda ». Changeons plutôt de sujet. Parlons de nos vies ici. C’était un thème bien moins risqué.

Et il plaisantait, le bougre, inconscient de la colère qui macérait au fond de moi. Je pris une profonde inspiration, et réussit à afficher un léger sourire à sa tentative de plaisanterie. Ce n’était pas amusant. Une fois encore, il s’arrangeait pour médire de ceux qui le soutenaient. Une de ses amies – me considérait-il seulement comme telle ? – il la prenait pour une tempête, une chose à ne pas contrarier, de peur qu’elle éclate. Son propre dragon, il estimait que ce serait une tâche démentielle rien que pour le nourrir. Pas étonnant qu’il soit aussi seul dans la vie. Mayeul le supportait, évidemment, mais Mayeul… la pensée du baiser qu’ils avaient échangés me revint à l’esprit, et sans doute fut-ce la première fois que je ne grimaçai pas de dégoût à cette idée. Au contraire, je souris, amusée. Le voltigeur n’aurait eu aucun problème à se dépêtrer avec les contradictions du guerrier.

La question de Serenus brisa le fil de mes pensées. Est-ce que j’aimais cette vie ? Quelle question ridicule ! J’avais toujours appris à aimer ma vie et à faire avec, quelles que soient les circonstances. Quel autre choix a-t-on quand on apprend que son frère, avec qui on était si proche, ne reviendra jamais ? Cette vie était au moins aussi désastreuse que l’autre. J’avais eu un amant, j’avais connu un homme hors-mariage, j’avais accepté cette honte jusqu’au point où j’étais tombée enceinte, et j’avais eu cet enfant sans avoir remédié à la situation. Je ne savais pas si mes parents allaient me reparler un jour et j’ignorais même s’ils étaient encore en vie. J’étais entrée à l’Académie, mais au rythme où allaient les choses, j’étais tout simplement incapable de suivre les cours en bonne et due forme. Oh, et avais-je omis de le préciser ? Le père de ma fille, avec qui je devais composer pour le bien être de cet adorable bout de chou, était un homme que je détestais. Le seul avantage de cette vie ? Il y avait la paix. Je ne comptais pas Ciara dans les avantages, non. Elle aurait mérité une vie tellement… autre.

Pourtant…

— Evidemment, déclarai-je en haussant les épaules.

La vie, comme elle était faite, nous mettait face à un choix très clair : l’aimer pour ce qu’elle était malgré toutes les saletés qu’elle pouvait nous apporter, ou la haïr et préférer la mort. Je n’avais pas encore vraiment pris de décisions, et il m’arrivait souvent de balancer entre les deux opposés. Autrement dit, j’aimais ma vie, vraiment, et j’étais heureuse, la plupart du temps, mais il y avait des jours où la mort m’appelait et me semblait être comme un calme repos, des jours où je me disais que mon frère m’attendait, et que je pourrais si facilement le rejoindre. Néanmoins, face à la question aussi abruptement posée, la réponse était évidente. La vie était belle. Quoi qu’on en dise.

— Tous les malheurs du monde pourraient s’abattre sur mes épaules que j’aimerais encore la vie – celle-ci, ou une autre. Je sais, ce n’est pas joli-joli ici : nous sommes coincés dans une vie qui ne nous appartient pas vraiment et avons fait des choix qui ne sont pas les nôtres. J’ai un enfant qui se retrouve sans père, je ne sais pas dans quel état sont mes parents et mon… amant est un homme que je n’apprécie guère. Ma vie ici est sans aucun doute plus compliquée que l’autre, où j’avais juste à m’occuper de mes abeilles.

Je laissai un léger sourire étirer mes lèvres.

— Pourtant… je suis en vie. Je peux encore choisir ce que je vais faire, vers où je vais aller et ce que je vais devenir. Cette vie en vaut tout aussi bien qu’une autre pour en profiter, je suppose. Rien ne m’empêche de prendre mes propres décisions, si ce n’est que ça me met un peu mal à l’aise parce que ce n’est pas ma vie. Mais si nous restons ici, je suppose que je vais bien devoir le faire. Et il ne tient qu’à moi de changer la situation délicate dans laquelle je suis aujourd’hui pour en faire quelque chose de mieux.

Légitimer Ciara, lui trouver un père, quitter l’Académie, réinstaller une ruche quelque part, me réconcilier avec mes parents, savoir si mon frère était encore en vie dans cette existence… J’avais déjà tout un tas de projets en tête, même si je m’étais à peine habituée à vivre ici. Tôt ou tard, avec plus ou moins d’efforts, j’arriverais à faire de cette vie un petit paradis. Et cette simple capacité à pouvoir prendre des décisions qui changeaient une vie, cette capacité-là, je la trouvais belle en elle-même. Elle donnait à la vie toute sa magnificence.

— Et puis dans cette vie comme dans une autre, de toute façon, je pourrais bien trouver une autre victime à me mettre sous la dent et à assaillir de tempêtes-Melinda, marmonnai-je en le foudroyant du regard.

Non, je n’avais toujours pas digéré qu’il ose surnommer ainsi mes discours passionnés. Ce n’était pas parce qu’il avait changé de sujet que j’avais oublié ce détail. Je n’osais pas vraiment le lui reprocher – j’ignorais comment il pourrait bien réagir à mes reproches ! – mais je le gardais bien en tête. S’il voulait qu’on le traite comme une petite créature fragile effrayée par de simples mots… qu’il en soit ainsi. Je pouvais bien me débrouiller pour l’épargner, si je le voulais vraiment. Ça me demanderait des efforts, mais j’en étais capable. J’en étais presque sûre.
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Serenus Dardalion
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptySam 18 Nov - 20:21

Melinda semblait… vexée, outrée. Avait-il dit quelque chose qu’il aurait dû taire ? Son regard était dans le vague, mais Serenus pouvait sentir qu’elle ruminait une colère qu’il ne comprenait pas. Obédience, lui, restait silencieux, et semblait très occupé par l’épouillage de sa cuirasse. La vermine n’hésitait pas à se glisser sous ses écailles et nombreuses étaient les fois où Serenus avait dû passer une lame d’acier dessous pour y extraire ces fichues bestioles. Le guerrier oberva d’un œil son compagnon. Le grand dragon passait le museau sous l’une de ses ailes, et Serenus décida de le laisser se débrouiller tout seul. Si Obédience avait besoin de lui, il le lui ferait savoir. Il se concentra alors sur Melinda qui lui dit qu’elle aimerait la vie même si tous les malheurs du monde venaient s’abattre sur ses frêles épaules. Elle lui dit que, dans cette vie-là, ce n’était pas joli-joli, car ils étaient coincés dans une existence qui n’était pas la leur, sans savoir ce qui était advenu de leurs proches. Elle lui dit également que son amant était un homme qu’elle n’appréciait pas beaucoup. Mais alors, si elle ne l’aimait pas, pourquoi cela devrait-être lui qui pourrait l’épouser ? Serenus ne comprenait pas. Comment pouvait-elle accepter que cet homme l’épouse, alors qu’elle n’éprouvait pour lui aucun sentiment ?



« - Elle ne l’aime pas. Très bien. Cela nous fait une raison de plus pour aller lui dire deux mots »

C’était pas faux. Serenus sourit intérieurement en pensant à sa future rencontre avec cet Ysgramor. Un professeur, ça ne savait pas se battre. Il se pisserait dessus face à lui. Mais le guerrier se montrerait clément. Il lui fera juste comprendre qu’on ne traitait pas les femmes comme il l’avait fait, et qu’il ferait mieux de mieux prendre soin de Melinda, s’il ne voulait pas se retrouver avec le feu aux fesses. Serenus revint vers Melinda, qui fit un petit sourire. Elle lui dit qu’elle pouvait encore choisir ce qu’elle pourrait faire, où elle pourrait aller et ce qu’elle pourrait devenir. Elle pourrait en profiter, vu qu’elle avait beaucoup de nouvelles possibilités. Il ne tenait qu’à elle de changer la situation dans laquelle elle était. Serenus fronça les sourcils. Il eut envie de lui rétorquer que, si elle lui avait dit oui, elle aurait tout de suite arrangé sa délicate situation. Elle l’aurait épousé, sa fille aurait eu un père digne de…. Non, elle aurait eu un père, c’est tout. Mais elle lui avait dit non. Elle ne voulait pas l’épouser. Maintenant, c’était à elle de régler ses problèmes toute seule. Serenus baissa la tête, honteux d’avoir de telles pensées. Melinda était son amie, il l’aimait, il savait qu’il donnerait n’importe quoi pour la voir sourire, et plus encore pour pouvoir l’avoir dans ses bras. Le guerrier se demanda alors, plus sérieusement, ce qu’il pourrait faire à présent. S’il restait dans cette vie-là, il aurait Obédience à ses côtés. C’était déjà pas mal. Un dragon, une bonne situation, pas de guerre, pas de déshonneur. Sa vie, il l’avait réussie, il était devenu quelqu’un d’important, sa carrière et son existence étaient assurées, contrairement à l’autre réalité. Dans celle-ci, il avait un enfant bâtard, un duché dont il avait été injustement banni, un noble lagran qui le haissait, un duc cielsombrois qui ne l’appréciait pas… Sans parler de l’honneur souillé qu’il devait laver avec son propre sang. Serenus était un gueux, un guerrier qui peinait à graver les échelons, il lisait mal, écrivait comme un enfant. Il avait le caractère d’un chien sauvage, frappait pour un oui ou pour un non… Par Kern, cette existence-là, celle où il était avec Obédience, était dix fois mieux !
Mais ce n’était pas sa vie. Cette vie là, elle appartenait à quelqu’un d’autre. Serenus n’avait aucun droit de se l’approprier comme ça. Obédience secoua sa crête et émit un grognement irrité.


« - Cesse de penser à tout cela, tu vas me donner la migraine.

- Pardonne moi Obédience, mais je me sens tellement… Confus, perdu. Je ne me sens pas moi-même.

- Allons t’aérer les idées. Allons voler. »

Voler… Mais oui, ce n’était pas une bête idée ! Serenus sourit et remercia Obédience avant de se tourner vers Melinda qui le foudroyait du regard. Son sourire s’évanouit quand Melinda lui dit que, dans cette existence comme dans une autre, elle pourrait toujours trouver une nouvelle victime à se mettre sous la dent pour l’assaillir de tempêtes-Melinda. Qu’est-ce qu’elle voulait dire par là ? Elle ne voulait plus de lui ? Il l’avait vexé avec cette simple expression ? Par Kern, il allait devoir apprendre à mieux tenir sa langue, le fier guerrier. Serenus sentit la colère monter. Elle l’avait blessé, elle se permettait de prononcer des paroles que personne n’oserait prononcer devant lui, et elle se vexait juste pour une simple expression ? Bah quoi ?! Il avait raison ! Quand Melinda ouvrait la bouche, quand elle se mettait à parler, son interlocuteur était sûr de repartir vidé, secoué de toute part, ne sachant plus quoi penser. Serenus lui renvoya son regard, laissant son caractère impulsif prendre le dessus pendant quelques instants. Il allait ouvrir la bouche pour se défendre mais Obédience lui conseilla de se calmer. Il avait compris que Melinda ne se laisserait pas faire et qu’elle était bien plus intelligente que son cavalier, celui-ci n’avait aucune chance.

Serenus soutint le regard de Melinda, pendant encore quelques secondes, puis il soupira doucement. Obédience avait raison. Il ne ferait que s’enfoncer encore plus, surtout après ce qu’il avait dit. Il se contenta alors de répondre, sur un ton plus doux :

« - Je t’ai vexé Melinda. Je suis désolé. Je ne voulais pas t’offenser en parlant comme ça de tes discours, de ta manière de parler, alors que c’est ce qui fait de toi une femme forte, une femme exceptionnelle. »

Forte, et supérieure à lui. Elle n’hésitait pas à l’humilier, à se faire sentir tout petit, faible, alors qu’il mesurait bien plus qu’elle et devait peser plus du double de son poids. Il pourrait l’écraser avec ses propres mains, mais elle, elle le faisait avec de simples mots. Serenus baissa un moment la tête, et se rappela la proposition d’Obédience. Voilà qui lui permettrait de se faire pardonner. Le guerrier se tourna vers son dragon, fouilla un moment dans les sacs sur les côtés de la selle, et trouva ce qu’il avait besoin. Il le laissa dedans et retourna vers Melinda. Obédience, comprenant ce que son cavalier allait faire, déploya ses ailes et les étira. Un peu d’exercice, rien de tel pour s’aérer les idées. Serenus était bien d’accord, et il savait que cela ferait plaisir à Melinda. Dans ses sacs, il avait tout ce qu’il fallait : harnais, couverture, corde, habits chauds. Serenus sourit en se disant que Mayeul ne pourrait jamais faire ça, l’emmener voler. Un griffon, c’était bien plus petit, et ça devait sans doute supporter le poids que d’une seule personne. Le guerrier montra le dragon d’un mouvement de tête et demanda :

« - Ça te dis un petit tour dans les nuages ? Je m’en voudrais de te laisser repartir sans que tu aies pu découvrir la joie de voler sur le dos d’un dragon. »



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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptyJeu 7 Déc - 13:01

Il soupira, comme s’il abandonnait un rude combat, et s’excusa. Je ravalai un grognement exaspéré. Ce n’étaient pas des excuses que j’attendais de lui. Je ne voulais pas… je ne voulais pas qu’il croie nécessaire de s’excuser alors que, peut-être pour une fois, il avait dit quelque chose qu’il pensait vraiment. D’ailleurs, je n’étais pas exactement vexée qu’il me caractérise de tempête-Melinda. Un mot plus juste serait « blessée ». J’étais blessée qu’en tant qu’ami il ne puisse pas voir que ce qu’il prenait pour une catastrophe naturelle était simplement mon comportement naturel, et j’étais blessée, aussi, qu’il le rejette et chercher à l’éviter au lieu de l’accepter ou d’en sourire. Il prétendait que c’était ce qui faisait de moi une femme forte et exceptionnelle, mais j’avais bien vu ce qu’il en pensait. En réalité, c’était comme s’il avait un peu peur de ce côté fort et exceptionnel en moi. Mais je ne voulais pas l’effrayer. J’étais juste… comme ça.

Je haussai les épaules, un demi-sourire sur les lèvres. Ses excuses ne seraient jamais que de simples mots, des mots inutiles et vides de sens. En réalité, il ne m’acceptait pas, le guerrier. Peut-être ne m’accepterait-il jamais. Peut-être que moi-même je ne parvenais pas tout à fait à accepter ce côté tempête au fond de moi. Pourtant, je sentais bien que le guerrier n’avait pas eu l’intention de me blesser, et je n’allais pas m’étaler trop longtemps sur des sentiments conflictuels que moi-même je ne comprenais pas tout à fait. Alors je fis mine d’accepter ses excuses, et je fis semblant qu’elles étaient suffisantes, même si je ne pouvais m’empêcher de penser, en mon for intérieur, que Serenus était encore plus bizarre que moi. Il prétendait qu’il voulait m’épouser, et en même temps, il était incapable de supporter ma manière de me comporter au quotidien.

Mais même si le guerrier pouvait parfois se montrer sans subtilité, blessant, et contradictoire, il était presque aussi doué que moi pour changer de sujet. Lorsqu’il me proposa de faire un tour dans les nuages, mes yeux s’écarquillèrent, tandis que mon cœur battait un peu plus fort à la perspective de ce qu’il pouvait me faire découvrir, là-haut, dans le ciel. J’avais toujours admiré les dragons fendant les cieux de leurs ailes puissantes, et même si raisonnablement je savais que je n’allais pas en faire mon métier – je tenais à trop à mes petites abeilles pour les abandonner au profit d’une créature aussi grande – voler sur un dragon avait longtemps fait partie de ma liste de choses à découvrir. Pourtant, je secouai la tête pour refuser. Dans mes bras, battait le cœur d’une petite chose qui me demandait sans un mot, rien que par sa douce respiration, de prendre soin d’elle. Je n’allais pas m’aventurer dans les cieux comme ça.

— Merci beaucoup, Serenus, la proposition est très tentante, mais je vais devoir décliner, déclarai-je en secouant la tête, avant de tourner un sourire désolé vers son dragon. J’espère qu’Obédience ne m’en voudra pas trop. C’est simplement que Ciara va se réveiller d’un instant à l’autre et que je préfère ne pas l’emmener à si haute altitude. Je fais confiance à toi et à ton dragon pour nous garder en l’air, là n’est pas le problème, mais elle pourrait prendre froid, et puis elle va bientôt avoir faim, et de toute façon nous allons rentrer d’un instant à l’autre, toutes les deux.

Comme pour confirmer mes paroles, Ciara s’agita à nouveau dans mes bras. Elle était encore jeune, pour une balade en dragon. On ne savait jamais ce qu’il pouvait se passer, là-bas. Elle pouvait glisser. Ou peut-être que nous allions entrer en collision avec un autre animal volant. Ou un méchant courant d’air froid allait la jeter tout droit dans les mains de Sithis. Comme il était bien évidemment hors de question que je la délaisse à qui que ce soit – dieu ou humain – je préférais de loin rester sur la terre ferme avec elle. Un mois plus tôt encore je n’aurais pas cru pouvoir refuser la possibilité de voyager à dos d’un dragon. Mais aujourd’hui, je délaissais avec joie cette possibilité pour m’occuper de ma fille. Etrange, comme une si petite chose pouvait avoir une influence aussi grande.

— Peut-être une autre fois ? Si nous devons rester dans cette réalité, tu auras tout le temps de m’inviter un autre jour. Je serais ravie d’accepter ta proposition quand…

Quand Ciara serait plus grande ? Que je me serais habituée à la savoir dépendre de moi ? Que j’aurais trouvé quelqu’un d’assez fiable pour que je puisse la lui confier sans inquiétude ? Je l’ignorais. Mais en tous cas, je ne pouvais pas me permettre d’accepter cette proposition maintenant. Le fait était que je n’en avais même pas envie.

— … quand j’aurais plus de temps libre.

Je lançai un large sourire au guerrier, pour bien lui faire comprendre que ce n’était pas par rancune envers sa demande en mariage ratée que je refusais cette proposition. Ciara allait probablement se réveiller d’un instant à l’autre, maintenant, et je devais m’éclipser pour la nourrir.

— Je vais devoir partir, pour m’occuper de Ciara, signalai-je avec un doux sourire. J’espère que tu ne m’en veux pas de te fausser compagnie aussi brutalement. Mais on se reverra bientôt, évidemment.

C’était une affirmation. Je tenais beaucoup au guerrier, et le revoir faisait bien évidemment partie de mes projets. Ici, dans cette réalité, en ce moment, alors que tout était si compliqué, je n’avais pas besoin qu’il vienne en rajouter. J’aspirais à une forme de simplicité qu’il n’était pas capable de m’apporter. Néanmoins, il était mon ami, et il était évident que nous allions bientôt nous revoir, dans cette vie ou dans une autre. Je comblai d’un pas la distance entre nous, me mit sur la pointe des pieds, et déposai un bisou sur sa joue, pour lui dire au revoir.

— Prends soin de toi, Serenus. J’espère que tu trouveras quelqu’un pour te rendre heureux. Même si tu ne le sais pas encore, tu le mérites tellement. Essaye de trouver quelqu’un d’un peu plus gentil que moi. Je n’aimerais pas que d’autres personnes que moi martyrisent mon ami. Je devrais alors recoller les morceaux au lieu de les briser, et ce serait dommage.

Un sourire amusé illumina mon visage à ces paroles, mais j’avais conscience du fait que le sujet n’était pas à prendre à la légère. Oui, j’espérais que Serenus trouverait quelqu’un qui lui conviendrait. Quelqu’un de gentil, certes, mais aussi de suffisamment courageux et de suffisamment sensible pour percevoir à quel point le guerrier était quelqu’un de bien et le lui faire ressentir. Moi… moi je n’étais tout simplement pas cette personne. Je lui lançai un ultime sourire, comme une dernière salutation, avant de me détourner, Ciara fermement serrée contre ma poitrine. J’étais, à vrai dire, presque soulagée de partir. Cette demande en mariage avait été un moment… horrible, et particulièrement embarrassant. Notre amitié tenait toujours, oui, mais pour l’heure, j’avais juste besoin d’être un peu seule. Il serait dommage qu’une de mes paroles malheureuses blesse à nouveau, sur la même journée, quelqu’un à qui je tenais.[/color]
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Message Sujet: Re: Une demande un peu particulière   Une demande un peu particulière EmptySam 16 Déc - 21:32

La faire voler, sur le dos d’Obédience, c’était une excellente idée. Serenus imaginait déjà le grand dragon planer au-dessus des tours de Lorgol, avec son cavalier, qui tenait entre ses bras la jeune femme et son enfant. Serenus pouvait déjà sentir l’air sur son visage, accompagné de l’odeur de miel qui s’échappait des cheveux de Melinda. Il imaginait déjà son sourire enjoué, l’amusement d’Obédience qui, encouragé par les cris de la jeune femme, irait plus haut, ou alors plus prêt des tours. Ce serait un véritable rêve, un rêve éveillé. Lui, elle, le bébé et le dragon. Oh, bien sûr, il ne ferait pas très chaud, là-haut, mais Serenus avait de quoi les couvrir toutes les deux. Elles ne souffraient pas du froid, et n’auraient qu’à admirer le paysage tout en caressant les nuages. Serenus, excité comme un enfant, commençait déjà à préparer les affaires nécessaires au vol, mais Melinda le coupa en plein dans son élan. Elle le remercia, et déclina son invitation. Elle espérait qu’Obédience ne lui en veuille pas trop. Le dragon, bien au contraire, se contenta d’écarter encore plus les ailes et de dire à son cavalier :

« - Je n’ai pas besoin d’elle pour voler, j’ai mes ailes pour ça, pourquoi lui en voudrais-je ? »

Elle continua en lui annonçant que Ciara allait se réveiller d’un instant à l’autre, et qu’elle aurait surement froid, en haute altitude. Serenus allait répliquer qu’il avait tout ce qu’il fallait, mas Melinda déclara qu’elles allaient bientôt repartir, car le bébé allait avoir faim. Le guerrier abandonna, et baissa légèrement la tête, vaincu. Son rêve s’évanouit, comme la flamme d’une bougie que l’on soufflait avant de s’endormir. Même si cela l’attristait, c’était compréhensible. Pourquoi accepterait-elle de prendre autant de risques pour son nourrisson juste pour profiter d’une belle vue ? Ciara et ses besoins étaient prioritaires sur tout le reste, Serenus pouvait le comprendre. Il aurait fait la même chose si Ciara avait été sa fille. Mais, malgré cela, il était déçu. Il avait tant espéré qu’elle dise oui. Melinda, avec un petit sourire désolé, proposa d’accepter son intation une autre fois, un autre jour et quand… Elle laissa s’écouler un petit silence, avant de dire que cela se ferait quand elle aurait plus de temps libre. De temps libre. Avec un enfant, le temps libre, c’était bien quelque chose de rare.

Elle lui fit cependant un grand sourire, comme pour lui dire qu’elle ne lui en voulait pas pour ce qui avait été dit avant, et elle lui dit qu’elle devait partir, pour s’occuper du nourrisson. Elle s’excusa de partir aussi brutalement, mais, de toute manière, ils allaient bientôt se revoir. Serenus fit une petite moue de la bouche. Il voulait qu’elle s’en aille, mais il voulait aussi qu’elle reste. Il voulait qu’elle parte pour qu’il puisse rester seul avec Obédience, et ruminer dans son coin sur les paroles sèches, mais véridiques, de Melinda. Mais il voulait également qu’elle reste à ses côtés, il ne la voyait déjà pas assez souvent, et chaque moment passé avec elle était tout simplement magique, même si elle n’hésitait pas à l’humilier et à le maltraiter avec ses phrases bien tournées. Il ne savait plus quoi penser avec elle. Il devenait tout simplement imprévisible quand elle était là. C’était donc ça, l’amour ? Voilà une sensation qu’il n’avait pas connu depuis longtemps. Melinda s’avança vers lui, se mit sur la pointe des pieds et déposa un doux baiser sur la joue du guerrier. Ce baiser, même après que ses lèvres furent loin de sa peau, il le sentait encore, comme si elle avait laissé une trace indélébile sur sa joue. Serenus ferma les yeux, et se surpris à envier Mayeul. Lui, il en avait reçu un sur la bouche. Lui devra se contenter de la joue. Quelle injustice. Comment faisait-il, ce Voltigeur drogué à la fleur de pavot, pour s’attirer aussi facilement les faveurs de Melinda ? Mais bon, la joue, c’était déjà mieux que rien, et Serenus trouverait le moyen de rattraper le Voltigeur. Il aurait le cœur de Melinda. Il en avait la certitude. Un jour ou l’autre, elle finira par lui dire oui, ce n’était qu’une question de temps.

Melinda lui demanda de prendre soin de lui, et qu’elle espérait qu’il se trouve quelqu’un pour le rendre heureux, car, selon elle, il le méritait. Il méritait une personne plus gentille qu’elle, car elle n’aimerait pas qu’on martyrise son ami. Son « ami », ces mots firent mal au guerrier, mais il s’efforça de le dissimuler par un sourire. La tentative de plaisanterie de Melinda la fit sourire, mais cela ne fit aucun effet sur le guerrier. Elle n’aimerait pas avoir à recoller les morceaux, alors qu’elle préférait de loin les briser. C’est vrai qu’elle était douée pour ça. Elle venait tout juste de le faire, avec de simples mots. Elle était la seule à y être parvenue. Serenus, le guerrier inébranlable, qui frappait pour un oui ou pour un non, baissait la tête devant ce petit bout de femme au caractère bien trempé. Serenus se contenta donc de pencher la tête vers elle, et de dire sur un ton doux :

« - T’inquiète pas pour ça. Prends soin de toi, et de Ciara. J’espère que son père se bougera le cul pour vous deux, ou il aura affaire à moi. »

Sur ces mots, Melinda s’éloigna, après un ultime sourire. Serenus resta là, les bras le long du corps, à la regarder s’éloigner. Elle s’en allait, une fois encore. Pour combien de temps, cette fois ci ? Le guerrier lacha un soupir, et se tourna vers Obédience qui, l’air compatissant, donna un petit coup de museau dans l’épaule de son cavalier :

« - C’est fait. N’en parlons plus. Allons voler. »

Serenus sourit. Obédience trouvait toujours les mots justes, même s’il ne passait pas par quatre chemins pour les dire. Le guerrier grimpa sur la selle du dragon, ajusta sa position, et s’attacha à l’aide de sangles. Le dragon laissa échapper un rugissement enjoué et s’envola d’un coup d’aile dans le vaste ciel Lorgois.



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