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 Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort

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La Noblesse
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Denys du Lierre-Réal
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Je suis : le duc de Lagrance, marquis du Lierre-Réal

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Message Sujet: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyJeu 3 Aoû - 11:40


Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Marjolaine et Denys du Lierre-Réal

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort

Et la réalité reprend ses droits



• Date : 1 juin 1002
• Météo (optionnel) : La nuit est claire et chaude, pas un nuage pour masquer les lunes jumelles.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : La réalité reprend ses droits, le temps brisé a été réparé et les esprits reprennent conscience là où il faut. Marjolaine est de nouveau enceinte et Denys est vivant. Mais le choc n'en est pas moins intense, pas moins douloureux.
• Recensement :
Code:
• [b]1 juin 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2472-ce-qui-ne-nous-tue-pas-nous-rend-plus-fort#75401]Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort[/url] - [i]Marjolaine et Denys du Lierre-Réal[/i]
La réalité reprend ses droits, le temps brisé a été réparé et les esprits reprennent conscience là où il faut. Marjolaine est de nouveau enceinte et Denys est vivant. Mais le choc n'en est pas moins intense, pas moins douloureux.



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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyJeu 3 Aoû - 16:02

Minuit sonne à peine quand un tressaillement, suivi d’un sursaut, frappa le duc de Lagrance plongé en un profond sommeil. Sommeil ? Oui, en tout cas pour ce qui était du corps. L’esprit, lui, ne sortait pas réellement des songes tissés par Trelor et du monde créé par Niobé. C’était autre chose. Une chose qu’avait amené le dérèglement du temps, même une fois remis en place. Le choc habille les contours de la réalité, et partiellement paralysé, c’est à peine si Denys arrivait à observer son environnement. La seule chose qu’il put constater - et qui l’intéressait - lorsqu’il s’était vivement redressé, c’était le souffle de sa respiration bruyante et le battement irrégulier de son coeur. Ce qui ne signifiait qu’une chose : il était vivant. Une révélation qui éveillait des tremblements incontrôlés dans tout son corps, tant il avait du mal à y croire. Les souvenirs étaient encore frais. Trop frais pour que cela ne soit qu’une illusion. Il sentait encore sur la chair de son cou cette lame le traverser et le trancher net. Il avait encore la sensation de s’étouffer dans le sang chaud qui l’empêchait de respirer, du goût de fer dans sa bouche… Il se souvenait parfaitement de la peur qui précède la mort et du flottement léger qui suivait celle-ci. Des ténèbres qui n’annoncent rien. Des ténèbres qui ne promettent rien. C’est comme si cet instant venait juste de se passer, comme si une seconde l’avait séparé du moment de sa mort et celui de son réveille. Comme un rêve. Un rêve bien trop vrai.

« Est-ce moi qui devient fou ? »

Il pourrait le croire. Il préfère le croire, plutôt que se dire qu’il avait vraiment vécu sa propre mort. Mais il sait, il sent que ce n’est pas le cas, qu’une fois encore Sithis avait croisé sa route pour l’emporter définitivement. Ou presque. Retrouvant vaguement le contrôle de ses membres, c’est une main incertaine qui se porte à sa gorge, un geste lent et tremblant, pour toucher la peau qu’il était certain d’avoir senti se déchirer sous le profil d’une lame aiguisée. Mais rien. Il n’y avait rien. Pas la moindre traces, pas la moindre goutte de sang. Mais même cette constatation ne parvient pas à calmer la danse folle qui anime son coeur, le tambourinement fort et irrégulier qui lui fait mal, terriblement mal. Il n’est pas bien, il est en sueur. Sur sa peau, la chemise de nuit qu’il ne se souvient même pas avoir enfilé la veille le colle, le gêne sans que l’évidence ne lui vienne totalement. Il préfère se lever, jambes tremblantes de ce rêve si trouble, pour allumer une bougie et s’observer dans la glace. Non, pas de cicatrice, pas de gorge tranchée et ouverte. Juste un visage fatigué, peut-être un peu craintif.

Il faut encore une bonne minute à Denys pour que le choc passe, pour que ses idées se remettent en place, que la peur reflue pour laisser place à sa maîtrise habituelle. Il a encore bien du mal à saisir le vrai du faux dans ce qui pullule dans ses souvenirs, mais c’est autre chose qui attire finalement son attention. Il n’était pas seul, dans sa chambre. Et à la réflexion, il ne s’agissait pas de la sienne, mais celle de Marjolaine, son épouse. Un instant, il en fut surpris, même s’il n’y avait guère à s’étonner de ce fait. Les derniers mois, c’est aux côtés de sa femme qu’il les avait passé, y compris au cours de bien des nuits. Mais une fois encore, il n’avait pas souvenir de s’être couché et endormi à ses côtés… ses souvenirs de mort, de réalité différente ne cessaient de hanter son esprit. Étonnement, ses gestes et son petit manège n’avaient pas éveillé Marjolaine, prise encore entre les fils du sommeil.

Marjolaine. Elle aussi avait assisté à sa mort, n’est-ce pas ? Ses souvenirs lui rappelaient sa présence, les pleurs au dessus de son corps avant que sa conscience ne s’éteigne, la prise de ses bras autour de lui alors qu’il sombrait dans les ténèbres. Avait-elle souvenir d’une telle chose ? Faisait-elle partie elle aussi de ce rêve qui n’en était pas un, ou était-il seulement piégé par son imagination qui lui avait fait vivre le pire des cauchemars ? Il n’osait pas réveiller son épouse pour le lui demander, et pourtant, lorsqu’il revint s’asseoir au bord du lit, il hésita pendant de longues secondes, observant le visage paisiblement endormi.

« Je ne peux pas l’avoir rêvé… » Murmura-t-il à lui même dans le silence, avant de se décider de réveiller, d’un geste doux, son épouse, secouant légèrement le corps de celle-ci, un pauvre chuchotement accompagnant le geste. « Marjolaine…? » Non, il ne pouvait avoir rêvé. Ils avaient bel et bien vécu cette autre réalité. Et cette mort.


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Marjolaine du Lierre-Réal
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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyJeu 3 Aoû - 23:26

La lame s'enfonçait avec tant de facilité dans la chair tendre de son cou.  L'image se ressassait sans cesse dans l'esprit de Marjolaine.  Dès qu'elle fermait les yeux, elle se revoyait, impuissante, assister à cette horrible scène.  Les cauchemars hantaient ses nuits tandis que le froid de ses draps froissés lui rappelait combien les événements étaient plus réels qu'elle ne l'aurait souhaité, combien elle était seule, plus que jamais.  Elle ne s'était jamais imaginée qu'il puisse la quitter complètement.  Pas si tôt.  Pas alors qu'ils venaient à peine de se retrouver.  Pas quand elle avait tant besoin de lui.  Elle voulait oublier.  Se réveiller de ce mauvais rêve.  Réaliser que rien de tout cela n'avait eu lieu, que ce n'était qu'un ramassis de ses craintes, pression de tous les secrets qu'elle gardait.  Pourtant la réalité et ses cauchemars ne faisaient qu'un, elle ne le savait que trop bien.  Il ne lui restait que des lambeaux auxquels s'accrocher, traces d'une vie qui ne lui appartenait plus et ne lui appartiendrait peut-être plus jamais.  Néanmoins, pour la première fois depuis plusieurs jours, son sommeil était paisible.  Elle dormait avec le sourire des anges aux lèvres, comme si ceux-ci, prenant pitié de ses souffrances veillaient sur elle et éloignaient toute souffrance d'elle, la protégeant le temps d'une nuit, le temps d'un bref soupir.  Sa respiration était calme et régulière.  Alors que Denys s'agitait de son côté du lit, elle ne ressentit rien, plongée dans le coma des bienheureux, comme placée sous un charme.  Elle était si fatiguée, elle avait tant besoin de dormir, de se reposer.  Elle qui n'arrivait pas à fermer l'oeil depuis ce jour fatidique, épuisée, profitait enfin d'un peu de paix.  Elle le méritait bien, elle qui s'était montrée si forte au devant des autres, alors qu'elle était si brisée de l'intérieur.

Sa torpeur ne se dissolut que lorsqu'elle se sentit secouée et entendit son nom.  C'était sa voix.  Ô, Sithis, quel mauvais tour me joues-tu encore, alors que tu me l'as déjà repris.  Viens-tu pour moi désormais aussi, déguisé sous ses traits?  Je ne suis pas prête à te suivre pourtant.  Il ne l'aurait pas voulu.

Mais lorsqu'elle se réveilla, ce n'est pas le visage de son aimé penché au-dessus d'elle qu'elle remarqua d'abord.  Elle croyait simplement à un nouveau fantôme, une autre illusion de son esprit.  Fébrilement, ses mains se glissèrent le long de son abdomen.  Rebondi.  Gonflé.  Et la chaleur de ses mains attira un léger mouvement.  Avait-elle rêvé?  Non, c'était impossible.  Un songe ne pouvait être aussi vrai, aussi vivide.  Pourtant, elle était de nouveau enceinte.  Son ventre encore plus gros qu'elle ne l'avait laissé.  Combien de temps s'était-il passé avant qu'elle ne revienne à ses sens.  Laissant la joie d'avoir retrouvé sa réalité la submerger, elle oublia momentanément le fantôme de son époux qui la hantait.  Mais ce si visage qu'elle ne pouvait effacer complètement de son cœur lui revint vite et elle leva les yeux.  Ses prunelles croisèrent celles de Denys et un choc la parcourut.  C'était bien lui.  C'était l'éclat de ses yeux, pas celui d'une fade chimère, encore moins d'une copie diaphane.

Les larmes coulèrent le long de ses joues bien malgré elle.  Malgré ses efforts, elle n'arrivait pas à se redresser, son ventre la clouant au lit.  Incapable de se jeter dans ses bras, elle leva timidement la main et la posa sur sa joue.  Chaude.  Douce.  Rien avoir avec la pierre qui glissait sous ses doigts chaque fois qu'elle rêvait qu'elle le retrouvait.  Était-ce une illusion qui lui briserait une fois de plus le cœur une fois qu'elle s'en éveillerait?  Elle n'en avait que cure.  Il lui était revenu.  Ses pleurs s'étaient transformés en sanglots de soulagement et elle n'arrivait pas à articuler le moindre son.  Elle ouvrait la bouche pour ne laisser seulement s'échapper qu'une légère plainte.  Tant de bonheur était douloureux.

« C'est toi, c'est vraiment toi, » finit-elle par réussir à balbutier à travers ses pleurs.  Tant d'années à conserver une distance polie avec celui qui avait fait d'elle sa femme s'écroulèrent en ce moment même, où submergée par l'émotion, elle n'avait plus aucun contrôle sur ce qu'elle pensait et ce qu'elle disait.  Sa seconde main se hissa doucement pour attraper dans un geste tendre l'autre joue de son visage et elle le contempla de son regard humide, soulagée.  Comme elle avait eu peur de le perdre!  Comme elle craignait encore de le voir s'évanouir dans le noir de la nuit.

« Je croyais t'avoir perdu.  Pour toujours.  Je… Je n'ai rien pu faire pour te protéger.  Je t'ai simplement regardé… m… » Elle n'arriva pas à prononcer le dernier mot, terrorisée à l'idée que le prononcer lui donnerait du pouvoir, l'arracherait à nouveau à elle.  Elle parlait vite, avec précipitation, comme si elle n'avait que peu de temps devant.  « Dis-moi que c'est bien toi, dis-moi que tu es là, que rien ne t'arrachera encore à moi, » le supplia-t-elle.  Elle le fixait avec un espoir infini, le scrutait, cherchant la faille qui lui indiquerait que tout ceci n'était pas réel, qu'elle divaguait encore dans sa tente, engouffrée dans sa solitude.  Ses joues étaient peu à peu entièrement mouillée par les perles d'eau amères qui en dévalaient les courbes toujours aussi régulièrement.  Elle désirait tant y croire, mais elle était si terrifiée d'être trompée par ses sens à nouveau.  Elle n'osait s'abandonner à son cœur qui lui savait que c'était bien lui.  Ses mains continuaient à se cramponner à son visage, dans une étreinte désespérée, celle d'une femme qui avait vu son mari mourir dans ses bras.
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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyMar 8 Aoû - 17:28

Jusqu’à la dernière seconde, il se demande si c’est vraiment une bonne idée de réveiller Marjolaine. Avait-il peur de savoir la vérité ? N’était-ce pas plus simple de se murer dans l’illusion d’un rêve que d’affirmer le sentiment qui se créait dans son cœur ? Pourtant, l’ignorance était une faiblesse terrible, l’oublie un défaut mortel. Nier ce qui était arrivé, ne pas en récolter les preuves était une erreur fatale, qui affaiblissait l’esprit. C’est pourquoi, si jusqu’au bout il hésita, sa main arriva malgré tout jusqu’à son épouse et sa voix prononça finalement son nom. Elle met plusieurs secondes à s’éveiller. Au début, il considère son silence avec gravité, son étonnement avec curiosité. Elle semble même ne pas le voir, l’ignorant pour s’assurer de la présence de l’enfant en son sein, presque comme un mouvement de défense. S’il ne le prend pas contre lui, il demeure malgré tout silencieux, les lèvres pincées fermement. Chaque mouvement, aussi infime soit-il, est suivi par ses prunelles attentives, malgré la faible lumière diffusée par la bougie posée à proximité. Sur le visage de Marjolaine, il parvient à percevoir de nombreuses émotions. La joie, qui s’impose sur ses traits avec force, de manière assez incompréhensible pour lui. Et puis, quand leurs yeux enfin se croisent, ce sentiment laissa place à bien d’autres choses. Ébranlée, choquée même, il compris avant même que les larmes ne viennent que ce qu’il avait rêvé n’était pas un rêve.

Elle est si tendre, cette main qui se pose sur sa joue. Toute la chaleur diffusée dans ce simple contact, l’amour éperdue qu’il peut lire dans le regard de Marjolaine n’est pas sans toucher le duc. Contre son gré, il sent couler sur ses propres joues quelques larmes. Grands dieux… il y avait bien longtemps que celles-ci n’avaient pas mouillées son visage et cette constatation perturba tant Denys qu’il resta bloqué une seconde, incertain quant-à la façon dont il devait réagir. Pouvait réagir. Même avoir revu Cyselle, dans ce rêve qui n’était pas un rêve, cette réalité alternée, n’avait pas provoqué une telle tempête en lui. Il voudrait chasser ces larmes qui lui brouille la vue, n’aime guère s’afficher ainsi, mais le sentiment est trop fort pour qu’il le repousse à cet instant. Il a eut peur, il ne peut plus le nier, mais il se sent infiniment rassuré, soulagé, d’avoir Marjolaine à ses côtés. Elle était là, comme toujours, près de lui pour le soutenir, sans avoir conscience peut-être de l’importance qu’elle avait, qu’il lui avait toujours caché par des sourires, des mensonges. Mais elle lui avait manqué pendant ces longues semaines dans cette réalité étrange. Et dire que le Destin n’avait pas voulu qu’ils se retrouvent plus d’une heure, la mort venue le faucher dans la plus cruelle des violences.

C’est un maigre sourire qui accueille les paroles balbutiantes de Marjolaine. Il note, avec un léger amusement caché, l’intimité nouvelle qui se profil dans ses mots, ce “tu” qui ajoute tant de proximité entre eux et qui n’avait, en presque dix, jamais été utilisé. Ou si peu. Il trouve à cet instant l’utilisation si familière de ce mot presque rassurante. Son sourire cependant ne tarde pas à disparaître, face aux paroles de son épouse qui, bien que éludées dans une voix qui se meurt, ne laissent que peu de place aux doutes et éveillent quelques douloureux souvenirs. Pourtant, à la précipitation inquiète et suppliante de son épouse, Denys répondit avec une certaine douceur, posant comme elle une main chaude sur la joue sillonnée de larme. Un instant, il en caresse doucement la peau avec le pouce.

« Je suis là, c’est moi. » Elle le surprend, sa propre voix, prononcée avec un écho qu’il ne reconnaît pas. Brisée, faible, inquiète. Lui d’ordinaire maître de ses émotions ne contrôlait même plus son corps. Il avala difficilement avant de poursuivre, son regard plongé dans les prunelles bleus de Marjolaine, lesquelles étaient encore baignées de larmes. « Ce n’était pas ta faute, tu ne pouvais rien faire… mais ce cauchemar est terminé. » Oh comme il aimerait le croire. Il sait que les souvenirs demeurent, que la peur de partira jamais vraiment, qu’avoir connu le souffle de la mort et le flottement dans le vide de l’au-delà ne pourrait jamais s’effacer de son esprit. Pas plus que les souvenirs de sa mort ne quitteraient la mémoire de Marjolaine, ils continueraient de la hanter tristement.

Les mains sur ses joues, cramponnées à lui, finissent par l’attirer vers Marjolaine. Il la voyait bien incapable de se redresse à cause de son ventre, aussi se pencha-t-il sur elle, posant sa tête sur la sienne, front contre front, les yeux fermés. Pour elle il eut un murmure qu’en dix ans il n’avait jamais exprimé à voix haute.

« Je suis heureux que tu n’aies rien et que tu sois là près de moi. »


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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyDim 13 Aoû - 17:01

Les sentiments déferlaient telle une énorme vague de la mer, rapportant sur le rivage les débris du passé.  Toute à la joie de retrouver son époux et une vie normale, elle lui rappelait toutefois ces dures heures, passées dans un campement de réfugiés, là où plutôt que de vivre son deuil avec toute l'intensité de la douleur de la perte, elle avait joué comme elle le pouvait les infirmières et les garde-malades.  Pour effacer sa peine, elle soignait celle des autres, mais ce point au cœur revenait au grand galop le soir lorsqu'elle se retrouvait seule et pleurait jusqu'à ce que épuisée de ses larmes, elle tombait de sommeil.  Pour n'en être que mieux tirée par ses cauchemars.  Tout ceci ressemblait à un rêve, comme bien d'autres d'entre eux qu'elle avait fait, avant de se réveiller en sursaut et de réaliser à nouveau à quel point elle était seule.  Le vide au creux de sa poitrine était encore plus grand qu'il ne l'avait jamais été alors qu'elle était seule dans sa couche, sachant qu'il partageait la sienne propre avec une autre.  Il était toujours revenu à elle.  Cependant, alors qu'elle le croyait mort et perdu pour toujours dans une vie qui n'était pas la leur, elle n'avait plus l'espoir de ne jamais le retrouver.  C'était sans faute de l'avoir espéré.  De le voir revenir un beau jour, lui dire que rien de tout cela n'était vrai.  Et il était là, comme un être éthéré d'un songe, auréolé de la vie, il était là devant elle et même si ses mains posées sur ses joues en percevait la chaleur et les larmes qui y coulaient, elle peinait encore à y croire.  Était-ce vraiment lui?  N'était-ce pas plutôt son esprit qui lui jouait un mauvais tour?  Un nouveau rêve dont elle devrait se réveiller lorsqu'il deviendrait ce cauchemar qu'elle revoyait encore et encore lors de ses nuits.  C'est sa main sur sa pommette, la caressant doucement qui finit par la convaincre que peut-être cette fois-ci elle ne rêve pas.

Et c'est bien sa voix.  Ferme.  Chaude.  Réconfortante.  Tout cela malgré l'inquiétude qu'elle y perçoit.  Elle n'en demandait pas plus.  C'était bien son Denys, les dieux le lui avait redonné.  Ils l'avaient ramené d'entre les morts pour elle et c'était tout ce qui comptait.  Si l'expérience s'était montrée traumatisante pour elle, elle pouvait mesurer à quel point elle avait dû l'être pour son aimé.  Or elle ne s'attendait pas à le retrouver intact, sans traces de ce qui s'était passé.  Néanmoins, elle avait foi en leur force de surmonter ce souvenir difficile.  Ensemble.  Et c'était égoïste, mais elle ne pouvait s'empêcher de songer qu'il n'y avait qu'elle pour le soutenir et qu'il ne pourrait s'appuyer sur personne d'autre autant qui pourrait retrouver du réconfort en elle.  Et elle se mit à songer, dans un instant de folie, que peut-être la mort elle-même aura-t-elle appris quelque chose à Denys.  Horrifiée de tenir de telles pensées dans une tel moment, elle les chassa bien rapidement, les repoussant de toute son âme.  Elle ne voulait pas se montrer aussi indigne de lui.  Surtout pas en ce moment.  Alors qu'il la rassurait.  Elle n'arrivait pas à se défaire de l'idée qu'elle aurait pu, qu'elle aurait dû faire quelque chose pour le sauver, se jeter sous la lame pour prendre le coup à sa place.  Même si elle savait qu'il avait raison.  Elle n'aurait rien pu y faire.

Son front posé contre le sien accéléra les battements de son cœur, la rendant subitement toute timide.  Envahie par le bonheur, elle ferma les yeux, se décidant à simplement profiter de ce moment.  Elle ne savait pas combien de temps il durerait, elle n'arrivait toujours pas à croire que ce n'était pas qu'un simple rêve.  Que c'était bien réel.  Et ces mots que Denys n'avait jamais eu pour elle.  Elle ne put s'empêcher de laisser couler de nouvelles larmes.  Elle n'avait pas été aussi heureuse même le jour de son mariage.

« Tu m'as manqué, » souffla-t-elle, incapable d'en dire plus, ses lèvres refusant de se mouvoir avec autant de facilité qu'autrefois.  Elle glissa ses mains des joues de son mari vers son cou pour l'enlacer et le garder contre elle.  Sa chaleur lui rappelait la vie et effaçait peu à peu ses doutes et ses craintes.  Elle s'agrippait désespérément à lui, comme si elle craignait que si elle ne tenait pas assez bien, il puisse s'envoler vers le ciel et ne jamais revenir.  Ses aventures à dos d'hippopotame l'ayant rendue plus hardie, plus confiante en elle, ses mots étant enfoui au fond d'elle sans qu'elle n'arrive à dire la moitié de tout ce qu'elle ressentait, tout ce qu'elle rêvait de lui dire, elle inclina sa tête et sans trop hésiter, elle posa ses lèvres sur les siennes en un baiser appuyé, rien de ces petits gestes timides qu'elle avait pour lui autrefois, n'osant que très rarement prendre les devants.  Elle qui n'osait pas en temps normal franchement afficher sans réserve toute l'affection qu'elle avait pour lui ne garda aucune retenue cette fois.  Jusqu'à ce que la gêne chasse son impétuosité causée par la joie et l'absence enfin terminée.  Elle remercia la pénombre de la chambre pour masquer ses rougeurs.

« Tu n'as rien?  Aide-moi à me redresser, » lui demanda-t-elle à voix basse.  Pour cacher la timidité de son moment de courage, elle voulait s'écarter. Toute cette hardiesse ne lui ressemblait pas tellement, elle n'y était pas encore habituée et elle avait peur que cela ne lui déplaise.  Pourtant, c'était une nouvelle part d'elle-même désormais.  Elle devait la lui montrer, qu'il l'accepte peu à peu.  Elle avait si peur que ce changement le repousse.  Alors elle ne pouvait que se cacher derrière le prétexte de vouloir l'examiner.  « Je voudrais m'assurer que tu n'as rien. »





Marjolaine parle en mistyrose
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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyLun 21 Aoû - 16:10

Il était particulièrement difficile pour Denys de faire face à l’avalanche de sentiments et d’émotions qui menaçaient de submerger son habituel maintien. Lui qui d’ordinaire savait bien les brider pour n’en afficher qu’une infime parcelle percevait ce soir nettement la différence de ses perceptions ébranlées. La mort était une chose qu’il avait encore bien du mal à réaliser, la peur jouait toujours avec son cœur, murmurant à son oreille comme si tout ceci n’avait été qu’un rêve. Mais il n’en était rien, il en était persuadé. Ce qu’il avait vécu était bien trop intense pour être ignoré. Ce que Marjolaine avait vu n’était pas une simple illusion. Comment, en ces conditions, maintenir un masque pour cacher la profonde détresse qui l’avait frappé, devenant une tâche sombre dans son cœur, une plaie qui ne pouvait se refermer ? Pourtant, aussi difficile soit l’exercice, au delà des larmes qui avaient franchis la barrière de ses yeux sans son autorisation, il était finalement parvenu à arrêter les tremblements de son corps et le tambourinement de son cœur. Étrangement, la présence de Marjolaine, ses douces paroles et la chaleur de ses gestes n’étaient pas étrangers au calme plus serein qui peu à peu s’emparait de lui.

En toute honnêteté, l’affection de Marjolaine faisait terriblement mal. Sans doute était-ce stupide et idiot de voir et ressentir les choses ainsi, mais tout cet amour qu’il pouvait lire dans son regard éperdu et la force de ses mots troublait beaucoup trop le mari infidèle et ingrat qu’il était. Face à face, après cette terrible expérience, il ressentait pour la première et véritable fois une forme de culpabilité. Une culpabilité douloureuse. Méritait-il, après ce qu’il avait fait à cette femme, les regards qu’elle lui lançait et toute la souffrance qu’elle avait endurée pour lui, par amour ? Depuis des années, il savait Marjolaine éprise de lui, silencieuse sur ses frasques mais toujours présente en fidèle épouse à ses côtés. Mais c’était la première fois, alors qu’il la regardait avec sincérité, qu’il regrettait d’avoir été si peu loyal envers elle. Même après l’épreuve qu’ils venaient de traverser, elle était là avec lui. Elle avait pleuré sa mort de tout son cœur et elle pleurait de joie son retour sans le moindre artifice. Et lui… il était heureux de la revoir, mais il était plus encore heureux d’être en vie. Terrible homme égoïste qu’il était… non qu’il n’ait jamais ouvert les yeux avant - lui qui était parfaitement conscient de tout - il acceptait néanmoins de regarder enfin les choses en face. Et peut-être… peut-être que pour cet instant presque hors du temps pouvait-il se permettre d’être vrai avec elle, de ne pas laisser le masque et les barrières qui lui permettaient de ne pas céder à son propre cœur. Juste pour cet instant…

« Tu m’as manqué aussi. »

Son murmure n’est qu’un souffle à l’oreille de son épouse. Il ne s’accompagne certes pas d’une nouvelle flopée de larmes, mais elles menacent malgré tout de dévaler ses joues. Docilement, il se laisse attirer par les gestes de sa femme, un instant précieux qu’il ne voudrait pas briser. Elle s’agrippait à lui comme s’il était l’ancre solide qui empêchait à leurs deux esprits de se perdre dans une mer agité, et pourtant, avait-elle conscience de l’énergie qu’elle lui offrait par ce contact plein de réconfort et d’amour qui le réchauffait autant qu’il le perturbait. Ce n’était rien, ceci dit, en comparaison du geste qui ne ressemblait que peu à son épouse, et qui pourtant fut initié par elle avec une incroyable assurance. Là où autrefois les lèvres s’effleuraient simplement avec tendresse, c’est un baiser fort, appuyé et passionné qui vient lier les deux époux couronnés. Oh il n’est pas déplu du geste, Denys, bien au contraire. Et si la surprise l’empêche de réagir sur le coup, il rend sans la moindre gêne le baiser, goûtant avec plaisir les lèvres si timides de Marjolaine. Elle prend si rarement les devants de cette manière, la charmante duchesse, offrant toujours de petits gestes discrets et presque effarouchés quand il s’agissait de se prouver l’affection. Il ne s’en était jamais offusqué, Denys, puisque lui n’avait guère peur d’oser ce genre de contact dans l’intimité, et qu’elle n’était pas forcément en reste une fois les choses lancées. Il était presque déçu qu’elle mette fin à cette échange d’ailleurs, mais n’en fit pas mot, adressant simplement un sourire à la jeune femme en se redressant, s’amusant de l’air légèrement gêné que trahissait son visage. S’il y avait eu un peu plus de luminosité, il aurait juré qu’elle en rougissait d’ailleurs.

« Je n’ai rien. » Confirma-t-il avec douceur, aidant son épouse à se relever et s’asseoir sur le lit. Physiquement, il n’avait en effet rien. Sa peau, celle de son cou plus particulièrement, était comme à l’ordinaire, dénué de la moindre cicatrice ou marque. Pourtant, il n'empêche pas à son épouse de vérifier d’elle même si telle était son désir. Assit à côté d’elle sur le lit, il se demanda un instant quelle heure il pouvait bien être, mais les lunes hautes dans le ciel que l’on pouvait voir au travers des rideaux prouvait que la nuit était bien avancée. Un instant il garda silence, observant juste Marjolaine s'affairer. Et puisque il eut la sensation que l’absence de discussion devenait quelque peu gênante, il reprit doucement. « Tu ne t’es pas retrouvée seule, là bas ? Après ma mort je veux dire. Quelqu’un veillait sur toi ? » Il y avait bien des jours qui avaient du s’écouler entre sa mort, dans cette autre réalité, et ce réveil douloureux. Mais il espérait que dans la souffrance, Marjolaine ait trouvé quelqu’un pour la soutenir un peu. « Crois-tu que c’était... le Castiel que nous connaissons ici ? » Il avait conscience de l’ampleur de sa question, des souvenirs terribles que cela pouvait impliquer. Mais… mais il voulait savoir, il devait savoir. La question lui était revenu, et le doute demeurait dans son esprit, même s’il avait l’intime conviction de déjà savoir la réponse.


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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyMer 23 Aoû - 4:58

Elle l'inspectait sans scrupules.  Elle savait au fond d'elle-même qu'il n'avait rien.  Elle le croyait sans mal lorsqu'il l'affirmait.  Elle n'arrivait simplement pas à s'en convaincre absolument.  Elle ne pouvait pas avoir rêvé tout cela, elle le savait très bien, trop bien.  Tout ce qu'elle avait vu était encore trop frais dans sa mémoire pour qu'elle ne puisse l'oublier, si elle le pourrait jamais.  La veille, elle était seule, couchée sur un lit de camp, à rassembler des forces pour affronter une nouvelle journée qu'elle ne voulait pas affronter.  Et là, il était là.  Dans son lit à elle.  Il allait bien.  Elle ne savait que dire.  Elle ne savait pas se montrer expansive dans ses émotions.  Elle avait grandi sans mère, élevée seule par son père qui lui-même n'était pas très démonstratif.  Campanule avait été une bonne mère d'adoption pour elle, mais elle ne lui avait jamais manifesté le même amour qu'elle témoignait à ses propres enfants.  Marjolaine ne lui en voulait pas.  Si ce n'avait été de Denys qui gâtait outrageusement Rose, elle se serait peut-être contenue.  Et ce Denys, si doux avec elle, si compréhensif, mais si distant parfois.  Elle le sentait, à des miles d'elle et se demandait si elle pourrait jamais franchir cet abysse qui les séparait.  Elle ne voyait pas le pont devant elle, pas très bien, et elle craignait de s'y engager, de peur de réaliser trop tard qu'après un certain moment, il n'y aurait plus de planche pour l'empêcher de chuter au fond du canyon.  Ses gestes étaient devenus plus lents, tandis qu'elle l'examinait toujours sous toutes ces coutures, cherchant les bons mots.  Que dire lorsque l'homme que vous croyiez perdu vous était rendu?

Merci.  Peut-être. Mais à qui?

« Le capitaine d'Amar était là… C'est lui qui… » Elle revoyait les griffes noires de Castiel qui se tendaient vers Denys, tentait de lui déchirer la peau, de souiller ses entrailles dans quel autre noir dessin.  Alors qu'elle ne faisait rien, écrasée contre le sol, les yeux brouillés par les larmes.  Pourrait-elle jamais trouvé les mots pour parler de l'horreur de cette scène?  Il n'y avait pas de façon pour décrire la folie qui animait les yeux du duc de Sombreflamme.  C'était comme s'il était possédé par une force surnaturelle et obscure.  Elle aurait juré qu'il avait pris la forme d'un monstre.

« Je… je suis désolée, mais je crois bien que c'était lui. »

Marjolaine n'ignorait point la bonne entente, si ce n'était l'amitié, qui unissait les deux hommes.  Elle-même l'avait réprouvée plusieurs fois en silence.  La contrepartie cielsombroise de son époux était beaucoup trop débauchée, beaucoup trop dissipée pour avoir quelque bonne influence que ce soit sur lui.  Et les rumeurs.  Elle avait toujours désapprouvé en silence les soirées auxquels ils aimaient à s'adonner ensemble. N'avaient-ils pas été retrouvés dans le même lit au Tournoi des Trois Opales?  Quelle honte!  Néanmoins, tout autant n'appréciait-elle pas Castiel dans toute sa splendeur tapageuse de Cielsombrois, jamais elle n'aurait cru que… eh bien qu'il tournerait aussi sauvagement le dos à Denys.  Elle glissa sa main jusqu'à celle de Denys et la serra tendrement.

« Après que… eh bien après que Castiel t'aie attaqué, c'est la princesse d'Erebor, ton amie Alméïde, qui s'est occupée de lui.  Du moins c'est ce que j'ai entendu dire.  Je ne pouvais pas… Oh, je sais que cela te dégoûtera de moi, mais si je l'avais eu devant mes yeux, je crois bien que je l'aurais poignardé ou que sais-je. » Elle énonça avec précipitation les derniers mots.  Honteuse d'avoir de telles pensées.  Pourtant, elle ne le regrettait pas.  Maintenant plus remise du choc qu'alors, confortée dans ses tentures et rideaux, par le retour à la normal, elle ne nourrissait plus de telles pensées.  La joie d'être enfin réunis la soulageait d'une part de cette haine qui l'avait habitée nuit et jour, jumelle de sa profonde tristesse.

« Pour autant que je sache, il n'a reçu aucune punition pour ses actes monstrueux.  Le capitaine d'Amar a été d'un immense soutien.  Cependant je crois que vu les circonstances, il était impossible de prendre quelque décision que ce fût à ce sujet, » poursuivit-elle.  Il lui était pénible de retracer à travers les derniers événements alors qu'ils étaient enfin terminés, que le cauchemar s'achevait.  « Nous allons le faire payer, n'est-ce pas? »  Elle n'hésita pas, sa voix était ferme et décidée.  Maintenant qu'elle avait retrouvé sa place et que la diplomatie pouvait jouer en sa faveur, elle ne comptait pas laisser les choses aller ainsi sans rien faire.  C'était mauvais pour le bébé d'ourdir de tels sombres plans, mais Marjolaine ne pouvait pas en bonne conscience laisser les choses là où elles en étaient désormais.  Elle en était tout simplement incapable.  Elle avait tant souffert.  Et elle n'osait même pas en parler à Denys.  Comment pourrait-elle lui infliger toutes les peines qu'elle avait vécu?  Elle ne pouvait s'y résoudre.





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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyDim 10 Sep - 12:56

Tristan d’Amar ? Ainsi, lui aussi avait été transporté dans cette terrible réalité. Arrivé trop tard pour le sauver, mais suffisamment vite pour empêcher Castiel de faire plus d’horreurs et venir au secours de sa duchesse. Le capitaine avait-il par la suite protégé comme il fallait celle-ci ? Denys avait connaissance du lien qui l’unissait à son épouse, leur commun amour pour le peuple et ce désir d’aider celui-ci au travers d’actions caritatives en tout genre, aussi n’aurait-il pas été étonné de le voir agir de la sorte avec Marjolaine. Il n’était pas exclu que le duc s’entretienne avec lui pour le remercier, plus tard. Si lui aussi se souvenait.

Mais ces quelques pensées ne demeurèrent guère quand Marjolaine lui confirma ce qu’il redoutait. Et s’il n’était finalement pas surpris, la nouvelle lui pinça suffisamment le cœur pour que ce soit douloureux. Car il ne pouvait nier avoir apprécié Castiel et l’avoir considéré comme un ami. Certes pas un ami Mayeul ou d’Alméïde autrefois, mais une personne avec qui il s’entendait assez pour jouer de quelques confidences. Ils auraient certainement pu aller tous deux très loin, mais Denys avait eu tort de sous estimer l’instabilité de Castiel dont il avait pourtant connaissance. Les doutes semblaient s’être confirmés. Et en même temps, cette seconde réalité avait été bien assez perturbante et forte pour brouiller les esprits au point d’en briser certainement celui du duc de Sombreciel. Comment expliquer cette descente dans les limbes de la folie sinon ? Difficile d’imaginer, avant ces événements, son homologue capable d’une telle barbarie. S’il n’était pas sans le savoir assez… original et capable d’horreur physique sur ses ennemis, il ne le pensait pas fou au point de se retourner contre ses amis. En cette situation, Denys reconnaissait avec amertume et aigreur qu’il avait fait une grave erreur de calcul sur le cas de Castiel. Une telle chose ne se reproduirait pas.

Car s’il avait échappé à la mort une fois grâce à l’entrelacement maudit des fils du Temps, Sithis ne l’épargnerait certainement pas une seconde fois.

Il suffisait de barricader un peu plus sa confiance et son cœur.

Il avait un instant oublié Marjolaine et ses paroles, qui même si elles étaient prononcées avec douceur rendaient le souvenir plus douloureux que jamais. Et pourtant, cette main tendre qui serre la sienne comme pour le ramener de ses sombres songes à des airs de lumière douce, chaude. Captant la précipitation dans les mots de son épouse, il lui sourit fugacement, excusant sans mal la haine qui avait dû s’emparer du cœur de la pauvre duchesse après ce qu’il s’était passé. Il était bien loin de juger la violence qui transparaissait dans les propos de sa femme, puisqu’il avait la même qui s’éveillait en lui.

« Penses-tu que je n’en ai pas moi même l’envie aujourd’hui ? J’ai le souvenir encore frais de ce qu’il m’a fait, du regard qu’il m’a lancé… Comment puis-je t’en vouloir d’avoir eu le désir d’attenter à sa vie ? » Ils sont pourtant loin d’être belliqueux, les lagrans. Si Denys était capable de faire disparaître certains de ses ennemis, jamais il ne les tuait de lui même. Alors que dire de Marjolaine, symbole de douceur dans son duché ? Si l’envie y était, elle ne serait que passagère, fugace. Car comment, après tout, faire payer un homme rongé par la folie, qui l’avait tué sans l’avoir tué ? La preuve en était, il n’était pas réellement mort, puisqu’il était ici, bien vivant. Le paradoxe était déroutant, emplie d’une frustration palpable. Car outre de leur propre fait, Castiel de Sombreflamme ne serait jamais condamné par quelques êtres supérieurs, qu’ils soient mortels ou non.

Qu’en serait-il alors de leur vengeance personnelle ?

Marjolaine en tout cas semblait bien motivée à l’idée de faire payer au duc de Sombreciel ses actes barbares et cruels. Plus que lui, elle semblait poussée par un désir de justice et de rancœur sombre, à tel point que Denys fut un instant réellement et sincèrement surpris par son épouse. Et pourtant, il ne détacha pas sa main de la sienne, ni ne posa sur elle un regard dégoûté ou outré. Quand l’étonnement fut passé même, un léger sourire se dessina sur ses lèvres, un sourire qui, chez ses ennemis, éveillait souvent des frissons d’angoisse.

« Si c’est ce que tu désirs, alors pourquoi pas... » Murmure-t-il à son attention, appréciant la vendetta que son épouse voulait faire tomber sur son meurtrier. Néanmoins, il était très conscient de la situation et des possibilités. Et s’il ne manquait pas d’envie, l’exécution serait plus complexe qu’elle n’en avait l’air. « La vengeance cependant est une chose assez terrible, Marjolaine. Irais-tu réellement jusqu’au bout ? Castiel ne mérite à mes yeux pas seulement la mort, si nous devons lui faire payer, ce sera certainement très… cruel. Peut-être est-ce toi alors qui serait dégouté de moi. » Il n’était pas rancunier jusqu’à de telle extrémité, Denys, mais il était bien capable d’aller au bout des choses si celles-ci le demandaient. Oui, Castiel devait payer, car en cet instant à ses yeux, il avait perdu toute utilité. Mais la mort était un châtiment bien trop doux, bien trop gentil. Le rendre un peu plus fou, désespéré, vulnérable et pitoyable… c’était là bien plus terrible, et bien plus mérité. Etait-ce vraiment ce qui arriverait ? Iraient-ils tous deux au bout des choses, mains dans la main ? Rien n’était certain.


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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyLun 11 Sep - 13:56

Ce qu'elle voulait?  Elle n'en était pas tout à fait certaine.  Un peu de circonspection parlait pour sa tête : faire payer le duc Castiel pour quelque chose qu'il avait fait dans un état de folie et dans une autre réalité dont on ne voyait plus les effets avait quelque chose de quelque peu compliqué à exécuter.  Après tout Denys était toujours en vie.  Elle le savait, elle le voyait tout près d'elle, pouvait le toucher.  Ce n'était pas qu'une vague illusion.  Pas comme toutes ces nuits où elle s'était réveillée au beau milieu d'un rêve.  Peut-être n'était pas la réalité, peut-être que tout s'était arrangé pour le mieux, mais les plaies du cœur de la duchesse restaient encore béantes et saignaient abondamment.  Son traumatisme était bien présent lui, réel sinon palpable.  C'était la première fois de sa vie qu'elle ressentait une aussi forte envie du sang et de la souffrance d'un autre.  Elle se sentait un peu impitoyable, après tout le criminel avait agi dans une crise de folie.  Mais dans la folie n'y avait-il pas toujours une petite part de vérité?  Peut-être que cette vie altérée avait accéléré ce qui existait déjà en ce moment, cependant rien ne promettait que cela ne changerait pas.  Que ça ne pourrait pas arriver une fois encore.  Et Marjolaine était prête à arrêter cela avant que ça ne leur tombe sur la tête et ne la tranche d'un coup sec.  On ne la prendrait pas deux fois.  Denys n'était pas le plus parfait des époux, mais c'était le sien et tant que cela serait, elle prendrait tous les moyens pour ne pas se le faire arracher.  C'était le père de sa fille, de son enfant à venir et elle comptait bien le voir les regarder grandir avec elle.

Mais tuer le duc de Sombreflamme… ce n'était pas vraiment ce qu'elle voulait.  Il avait une femme lui aussi et elle ne voudrait en aucun cas mettre une autre innocente dans la même situation qu'elle-même l'avait été.  Celui dont elle voulait obtenir vengeance, c'était Castiel.  Le seul.  C'était lui qui l'avait blessée, qui avait porté atteinte à sa famille.  Elle n'avait pas l'imagination nécessaire pour savoir comment le faire souffrir, elle avait le cœur trop bon, mais il y avait inséré un point de noirceur.  S'en débarrasser aurait été plus simple, un petit appel à la Confrérie et le tour aurait été joué.  Elle y avait songé, là-bas, dans sa tente du campement, refusant de retourner à la tour de son époux.  Toutefois, elle préférait avoir le moins de liens possibles avec ces horribles assassins, eux qui lui avaient aussi presque enlevé son mari une fois.  Et expliquer la disparition du duc aurait été difficile.  Il n'aurait pas eu le temps de souffrir comme elle avait souffert.  Malgré les avertissements de Denys, elle ne bougea pas dans sa conviction.  Les dernières semaines avaient apporté un changement notable en elle.

« De ma vie, je n'ai jamais éprouvé de haine pour qui que ce soit.  Jamais.  J'ai toujours cru que c'était au-dessous de moi.  Mais cette haine, je l'ai nourrie pendant des jours, alors que j'étais seule, isolée.  Alors que Lui, il avait tout son monde autour de lui, pour prendre soin de lui.  Comme s'il n'était que la victime, » déclara-t-elle en tremblant.

Haïr ne faisait pas partie de sa nature et en toute vérité, cela l'effrayait.  Mais elle était fatiguée d'être terrifiée de ceci et de cela.  Elle avait traversé le continent à dos d'hippopotame, en compagnie d'une femme enceinte.  Subit la poursuite de Chevaucheurs.  Des hommes étaient morts pour elle.  Elle avait subit maints sévices dans cette autre vie qui l'avait convaincue qu'elle désirait devenir plus forte.  Pas pour Denys.  Pour elle.  Depuis son mariage, c'était son premier désir personnel.  La première chose qu'elle voulait faire pour elle-même et non pas pour obtenir l'affection, l'amour, la passion de son époux.  Elle se détachait tranquillement de cette obsession qu'elle avait fait autour de son mariage.  Elle était heureuse ainsi, il était temps pour elle de travailler pour elle-même.

« J'ai vu des gens mourir pour moi là-bas Denys.  Je ne suis plus aussi naïve.  Je ne prône toujours pas la violence, mais j'ai besoin de justice.  Une justice qui n'épargne pas les coupables, peu importe quel rang ils tiennent dans la société.  Je ne veux pas voir le duc de Sombreflamme mort.  Cela n'aurait aucun sens et nous punirions sa femme qui elle n'a rien fait de mal.  Je veux seulement… le voir perdre tout espoir dans la vie.  Qu'il regrette le jour même où il est né.  Qu'il soit fou n'excuse rien pour moi. »

Dans la noirceur, elle chercha son regard et s'étira pour prendre la main de Denys et la serrer dans la sienne.

« Si je pouvais être dégoûtée de toi, je le serais depuis bien longtemps déjà, » murmura-t-elle.  Elle avait honte des sentiments hargneux que portaient son cœur, mais elle les savait justes.  Elle éprouvait certes du dégoût pour elle-même, mais essentiellement parce que la violence ne faisait pas partie de son être.  Pour Denys, c'était différent.  C'était un homme qu'elle voyait comme fort.  Et jusqu'à présent, il avait toujours été un bon duc pour Lagrance et cela lui suffisait pour prouver sa valeur.  Il ne pouvait être parfait.  Il lui avait aussi infligé des blessures, mais elle lui pardonnait sans qu'il ne le lui demande.  Elle acceptait qu'il y avait peut-être une part de noirceur en lui.





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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyDim 24 Sep - 17:00

La haine qui brillait dans le regard de Marjolaine était surprenante. En dix ans de mariage, c’était la première fois qu’il percevait un tel sentiment en elle. Il savait - et c’était quelque peu effrayant - qu’elle ne mentait pas, qu’elle était sincère et que rien ne la détournerait de ce chemin qu’elle voyait. Devait-il tenter malgré tout de l’en dissuader, lui qui désirait aussi ardemment la vengeance ? La justice importait presque peu, dans l’esprit du duc de Lagrance qui avait connu la mort elle même. Les résultats qu’il espérait étaient presque semblables à ceux qu’offraient la Confrérie Noire, guidée par la Sombre Mère. Mais il avait le sentiment, Denys, que ce n’était pas ce que désirait réellement son épouse. Elle n’était certainement pas aussi extrême qu’il l’était, quoique le doute lui fût permis à cet instant. Ce regard, décidément, cette petite flamme de haine, il ne l’avait jamais vu…

Mais il comprenait.

L’injustice qu’elle avait vécu lui avait laissé le plus amer et douloureux des goûts dans la bouche, noircissant peu à peu le cœur et l’esprit de pensées terribles, d’un désir de justice véritable qui ne venait pas, d’espoir peu à peu étiolé dans le vent.

« Il ne l’est pas. »
Une victime. Castiel n’était pas une victime. Peut-être (certainement) avait-il était emporté par la folie qui vivait en lui, mais cela n’excusait pas tout, et assurément pas les actes qu’il avait perpétré au nom de dieu sait quelle justice. Oh il l’avait accusé de tous les maux, dans cette réalité étrange, le soupçonnant peut-être d’être coupable de ses malheurs… Ca n’avait pas plus de sens que de justification. « Il n’est pas une victime. » Confirme-t-il gravement à son épouse, soutenant sa douleur sans sincèrement la comprendre, rongé par sa propre rancœur qui à chaque pensée s’affirmait un peu plus, à chaque soupir se renforçait de haine. Dans cette colère, c’était à peine s’il constatait sincèrement celle de Marjolaine, là où il aurait dû s’étonner de ce sentiment qui n’avait jamais été sien.

Il ne remarquait pas encore tout à fait qu’elle avait changé.

Et pourtant, tout en elle semblait crier à cette différence, car la douce femme qu’il avait épousée venait de laisser place à quelqu’un de plus affirmé, certaine de convictions graves et dangereuses. Ce n’est que lorsque ses paroles commencent lentement à grimper à son esprit qu’il perçoit les prémices de ce changement. Plus que l’affirmation dans son rôle de femme, il comprenait – devinait même – qu’elle avait vécu des choses qui l’avaient profondément marqué. C’était étrange, presque amusant, considérant qu’à l’inverse, les souvenirs de cette réalité lui avaient fait retrouver des sensations qu’il aurait préférer peut-être oublier. A Marjolaine, les derniers événements lui avaient fait comprendre la dureté et l’horreur de la vie. A Denys, cela lui avait fait comprendre que tout n’était pas condamnable, et certainement pas les sentiments sincèrement et profond. Doucement, l’un et l’autre peut-être changeraient.

Captant le regard de son épouse, il faut un petit temps au duc pour trouver les mots. Egoïstes peuvent sembler ceux qui traversent ses lèvres en premier : « Tu as changé. » C’est un murmure qui sonne moins comme une question qu’une affirmation. Ses yeux tentent de se plonger dans le regard de son épouse, y cherchant ce qu’il connaissait d’elle, reconnaissant la douceur habituelle mêlée à cette hargne nouvelle qui brulait telle une flamme. Un sourire vient finalement fleurir sur ses lèvres, entremêlant ses doigts avec ceux de son épouse. « Ce n’est pas un mal. » Rassure-t-il, reprenant vite sans lui laisser l’occasion de répondre. « Si tu as bien conscience de tout ce que ça peut impliquer, pour toi, pour moi et pour bien d’autres choses, alors je t’aiderais à nous venger de ce qu’il a fait. » Il ne savait encore comment, la plaie était encore bien trop ouverte et vive pour qu’il puisse songer correctement à quelque chose. Oh il avait déjà quelques idées, mais la concrétisation prendrait du temps. Le dicton scandant que la vengeance était un plat se mangeant froid ne mentait guère sur ce genre d’affaire. « Mais il sera complexe, ma chère, de ne blesser que lui, et exclusivement lui. Si c’est l’espoir que tu souhaites détruire en lui, si c’est son esprit que tu veux voir briser, il y a fort à parier que ses proches souffrent du calvaire qu’il endurera. D’une façon ou d’une autre. » Il y avait dans ces mots un sous entendu, peut-être subtil pour ceux qui ne savaient ni ne connaissaient les horreurs de la torture. Et si Denys n’en était pas particulièrement un adepte, il savait que pour ôter l’espoir et briser l’esprit, il fallait parfois passer par ceux qui touchaient particulièrement le cœur de la victime. Les proches, la famille… Secouant la tête comme pour chasser ces pensées, il soupira avant de reprendre pour conclure quelque peu ce sujet qui n’avancerait pas ce soir, pas quand la haine brulait si vivement au point de faire reculer la raison. « Nous continuerons d’en parler plus tard, si tu veux bien. Il ne sert à rien d’agir promptement en de telles situations. »

Attirant un peu plus Marjolaine vers lui, il semblait vouloir déposer sur sa joue un baiser, mais c’est un nouveau murmure qui chatouille l’oreille de la duchesse : « Laisse moi profiter de t’avoir retrouvé un peu. » Et de la serrer contre lui, enfouissant son visage dans le cou de Marjolaine, humant cette odeur de lys qui la caractérisait tant. Il n’était certes pas facile de la prendre dans les bras, avec l’enfant qui grandissait en son sein, mais ça n’empêcha pas le duc de la garder près de lui ainsi. Dans l’intimité de la chambre, il songea à nouveau à ces derniers instants vécus dans l’autre réalité, à la lame tranchant sa gorge avec une telle facilité… Contre son gré, de légers tremblements vinrent de nouveau trahir son corps, muselés avec peine par sa volonté. Mais il n’y avait qu’à Marjolaine qu’il pouvait se montrer ainsi vulnérable. Jamais autant autrefois, certainement, mais elle n’était décidément pas la seule à avoir, au moins ne serait-ce qu’un peu, changé.


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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyDim 1 Oct - 11:35

Les mots de Denys la transpercèrent d'abord comme un couteau acéré.  Elle-même savait qu'elle avait changé, mais pas à quel point encore, ça elle ne le mesurait pas entièrement.  Elle assumait cette différence avec son passé, car elle savait qu'elle sortait grandie de cette expérience.  Néanmoins, elle craignait que ce changement détournerait encore plus Denys d'elle.  Elle craignait que l'amertume aussi finisse par la prendre, en songeant qu'elle s'était laissée délaisser pour d'autres femmes aussi longtemps.  Elle avait toujours réussi à se montrer sereine à ce sujet, mais cette force qu'elle avait découverte en elle ne pouvait plus être refoulée au fond de son âme.  Elle avait besoin de se montrer, d'être utilisée.  Depuis le Tournoi des Trois Opales, leur relation conjugale s'était un peu améliorée.  Les infidélités de son époux s'étaient espacés.  Elle ne lisait toujours pas l'amour brûlant qu'elle désirait retrouver au fond de ses yeux, mais l'affection qu'il lui portait semblait lui suffire.  Et s'il aimait encore moins cette nouvelle version d'elle-même?  Elle en tremblait à l'idée parce qu'elle-même ne désirait pas retourner en arrière.  Peut-être ne voyait-elle pas encore clairement la profondeur de ce qui s'était opéré en elle, mais elle se sentait mue par une nouvelle force, elle se sentait plus elle-même qu'elle ne l'avait jamais été.  Et si elle n'osait qu'à peine se l'avouer, quitte à complètement perdre son époux à jamais, celui qui lui avait toujours glissé entre les doigts peu importe ce qu'elle faisait, elle était prête à faire face.  Ce n'était évidemment pas ce qu'elle espérait, car ce n'était pas une nouvelle force de caractère qui avait détruit son amour pour lui.  Elle comprenait simplement plus qu'avant tout, elle se devait de s'aimer elle-même, quitte à ne pas recevoir son amour à lui en retour.  Elle serait désolée de voir tout ce qu'elle avait tenté pendant près de dix ans de mariage s'écrouler d'un coup.  Mais si c'était ce qui devait arriver, cela arriverait tout simplement et bien que l'idée soit toujours un poids effrayant au-dessus de sa tête, il n'était plus question de se laisser mourir de désespoir le jour où cela arriverait.

Avec le sourire qu'elle affectionnait tant de l'homme aux magnifiques yeux bleus, elle se sentit immédiatement rassurée.  Elle avait peut-être murie dans l'autre réalité et découvert quelques nouveaux morceaux de sa personnalité, mais elle n'en restait pas moins la même femme qu'avant, douce et en besoin constant de réconfort.  Dans cette aimable grimace, elle lisait qu'il ne lui en voulait pas de ne pas être la même qu'autrefois.  Qu'il éprouvait toujours de l'affection à son égard.  Et ses gestes le lui montraient.  Quand il lui parlait de vengeance, elle sentait le sang affluer dans ses membres.  Elle savait qu'il avait raison.  Mais elle désirait le voir souffrir, cet homme qui avait osé s'en prendre au sien.  Elle déplorait qu'il soit nécessaire peut-être de rendre des innocents malheureux, mais n'avait-elle pas elle-même souffert inutilement sans le mériter?  Il faudrait peut-être que les proches du Cielsombrois souffre pour que lui-même soit puni.  Et elle songea qu'il devrait en être ainsi.  Qu'il devrait être brisé, détruit.  Et souffrir également de voir les siens dans la douleur à cause de lui.  Seulement à cause de lui.  Elle ne se reconnaissait pas dans ces pensées, mais elle n'avaient pas honte de les voir surgir à son esprit.

Elle ne protesta pas lorsqu'il proposa d'en parler plus tard.  Elle-même n'était pas en état de discuter à ce propos pour le moment.  Avant de se réveiller, elle avait cru ne jamais revoir Denys et de le savoir là, près d'elle et vivant, c'était d'un grand réconfort.  Et elle ne souhaitait pas nourrir sa haine lorsqu'elle aurait plutôt dû éprouver de la reconnaissance et du bonheur de ne plus être seule contre ce monde, seule pour subir les conséquences des actes d'un fou.  Pas quand elle pouvait se laisser aller avec tant d'abandon à une telle étreinte.  Enlacement auquel nuisait quelque peu son énorme ventre, mais elle ne le remarquait qu'à peine.

« Tu m'as horriblement manqué… » soupira-t-elle.  Elle revoyait ces journées, passées à dos d'hippopotame.  Ses nuits seule sur sa couche sans avoir même l'espoir qu'il décide de venir l'y rejoindre.  Non, elle n'avait peut-être pas le plus parfait de tous les maris, mais elle ne l'échangerait pas contre un autre.  Et de le voir là, de voir son ventre à elle tout arrondi, elle savait que plus loin dans sa propre chambre, leur fille aînée devait dormir paisiblement.  Elle qu'elle n'avait jamais pu trouvé dans l'autre réalité, comme si elle n'avait jamais existé.  Elle priait pour que la petite fille n'aie aucun souvenir de cet horrible cauchemar.  Osir aurait protégé son enfant, elle n'en doutait pas.

Comme elle le pouvait, encombrée par sa propre masse abdominale, elle se blottissait contre lui, comme pour se convaincre que tout était réel.  Que le cauchemar ne reviendrait pas.  Elle sentait qu'il y pensait encore lui aussi.  Parfois, même lorsqu'il essayait de lui cacher des choses, elle le savait tout simplement.  Toujours dans son ombre, en cherchant à lui plaire, elle avait appris à déceler sous le masque imperturbable une facette qu'il ne s'autorisait jamais à montrer.  Même à elle-même.  Elle avait su la deviner, mais ne l'avait jamais vu.  Et sous ses tremblements qu'il contenait comme il le pouvait, elle se demanda s'il ne s'ouvrait peut-être pas un peu plus à elle.  En tout cas, elle se sentait plus près de lui, que leur destin respectif était plus fortement lié que jamais.

« J'ai failli te perdre deux fois, » souffla-t-elle sans trop y penser.  Qui aurait cru qu'épouser un duc apporterait un tel lot de malheurs comme ceux-là?  Surtout en étant devenue la femme d'un Lagran.  On aurait parlé d'Ansemer, cela aurait été une autre chose.  Une fois en mer, Messaïon mécontent, cela aurait pu arriver oui.  Elle s'accrocha à la chemise de nuit de Denys, comme si elle craignait qu'il ne disparaisse, qu'un assassin n'entre subitement dans leur chambre pour le lui arracher de nouveau.

« Je ne suis peut-être pas la plus forte d'entre toutes, mais…  je voudrais simplement que tu saches que tu pourras toujours compter sur mon soutien.  Quels que soient tes tracas, je serai toujours à tes côtés.  Tu n'as pas à… je n'ai pas besoin de tout savoir.  Mais je serai là.  Pour te soutenir, t'aider.  Pas juste pour nos enfants, pas juste pour nos sujets.  Pour tout. »

Ce n'était pas là une déclaration à prendre à la légère.  Elle ne demandait rien en retour Marjolaine, elle n'agissait pas ainsi que par amour.  Elle ne voulait pas seulement se tenir debout à ses côtés parce qu'elle en était amoureuse : la passion juvénile, c'était passé, elle n'avait plus dix-neuf ans.  Ce qu'elle exprimait là, c'était le devoir qu'elle sentait être le sien.  Ça et toute la confiance qu'elle avait en le duc Lagran.  Elle savait qu'elle pouvait laisser sa foi reposer en lui.  De leur étreinte, elle baisa le haut de la tête de cet homme qui la tenait dans ses bras.  Un endroit qu'elle ne voulait jamais quitter.





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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptySam 7 Oct - 18:49

Il était difficile de savoir à qui profitait le plus cette étreinte tant désirée. S’il était certain que Marjolaine en appréciait le geste à sa juste valeur, c’était Denys qui l’avait lui même cherché. Dans ce contact réconfortant, il puisait en son épouse une force qui lui avait terriblement manqué et qui lui manquait encore à cet instant. Comme il était terrible pour lui de dévoiler cette faiblesse. Et il était compliqué, pour ceux qui pratiquaient l’art de cacher les sentiments au plus profond de leur cœur, de maintenir aussi longtemps un tel état. A plus forte raison quand tant de facteurs avaient fini par pousser les dits sentiments à sortir sans que rien ne puisse les contrôler. Tel un fleuve que l’on avait pendant longtemps bloqué, une fois le flot relancé il était presque impossible de totalement le refermer. Oui, Denys n’était pas un homme honnête avec ses propres ressentis, portant constamment un masque pour mieux esquiver ce qui aurait pu lui porter préjudice. L’amour était définitivement dangereux et il le savait pour l’avoir expérimenté autrefois. Mais pourtant, l’affection sincère qu’il avait pour Marjolaine avait tendance parfois à se rapprocher de l’amour. Et il avait beau s’escrimer à aller voir ailleurs pour empêcher son cœur de s’attacher à sa douce épouse, le temps avait fini par jouer contre lui en traitre. A force, il avait espacé ces derniers mois les rencontres avec des maitresses, arguant le manque de temps, mais surtout n’y goûtant plus tant qu’autrefois. Il n’avait jamais voulu voir en face cette évidence qu’il ne contrôlait plus vraiment lui même : quelque chose le rapprochait chaque jour un peu plus de cette épouse qu’il avait longtemps blessé. Il ne méritait ni son soutien ni son amour, et pourtant, elle était toujours là. Si belle et si forte.

Sans jamais le montrer, cette insidieuse évidence lui faisait peur.

Et sans le reconnaître, il avait besoin de Marjolaine.

Elle n’avait peut-être pas idée de tout ce qu’elle apportait à Denys, voyant en son époux un infidèle notoire qui avait bafoué son cœur tendre et aimant. Mais plus qu’un soutien politique, il y avait ce moral qu’elle distillait par ses sourires et sa douceur. Elle était cette bouée à qui se raccrocher quand il ne pouvait plus supporter sa douleur, comme à cet instant, montrant devant elle une faiblesse qu’il n’avait jamais montré à personne, pas même Maelenn. Elle était la mère d’une petite fille qu’il aimait et adorait véritablement, sa petite Rose qui lui donnait beaucoup de bonheur. Une félicité qu’il ne pensait pas ressentir lorsqu’il avait emprunté le chemin du Pouvoir en devenant duc. Non il ne l’avouait pas, ne le montrait pas totalement, mais il aimait tout ce qu’il avait construit avec Marjolaine. A un point, il s’en rendait compte, qui pouvait devenir fatal s’il finissait par reconnaître et s’avouer certaines choses. Il en avait parfaitement conscience hélas, à cet instant, alors que le corps de sa duchesse était tendrement lové contre lui. Les tremblements de son corps avaient fini par se calmer et les images de cette autre réalité, ces sensations de mort, avaient commencé à s’évanouir.

Une fois encore, le discours de Marjolaine lui fait doucement mal. Il ne peut lui en vouloir d’une telle chose, et décidément, ce soutien indéfectible le touche sincèrement. La déclaration n’a rien de légère et Denys en a bien conscience. Il se laisse faire quand elle se redresse un instant pour baiser son front avec une infinie tendresse.

« Je sais… » Murmure-t-il en l’enserrant toujours dans ses bras, prenant garde malgré tout à la laisser dans une position confortable avec son ventre. « Pardon… pardon de ne pouvoir tout te dire. Il y en aurait beaucoup mais… » Mais il ne pouvait pas, et cette phrase laissée en suspend en était bien la preuve. « Je ne désire personne d’autre à mes côtés que toi, Marjolaine. Tu es la seule... » La seule à qui il ne pouvait tout confier mais qui avait d’ores et déjà un certain pouvoir sur lui, et à chaque mot prononcé il le savait. Par les dieux, il ne pouvait laisser ce qui était arrivé avec Mélusine se produire de nouveau ! Elle ne devait pas savoir, personne ne le devait. « Je ne souhaite pas de te perdre. » C’était là tout ce qu’il pouvait dire, avec une réelle sincérité. Et après cette nuit, il ne pourrait se permettre de se laisser de nouveau aller. Il y avait trop de risque à confier son cœur totalement à une personne. Trop de risques qu’il ne pouvait prendre, qu’il avait peur de prendre. La leçon, il l’avait retenu, et il ne goutait pas à l’envie de réitérer. Même si parfois c’était véritablement délicat de cacher tout, de refouler tout.

« Devrions nous aller voir si Rose va bien ? » Finit-il par demander après le long silence qui s’était imposé entre eux, dénué de malaise, certes, et finalement très apaisant couplé à l’étreinte qu’ils échangeaient.


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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyLun 9 Oct - 17:15

Ce n'était pas exactement les mots que Marjolaine avait espéré, mais il la comblait.  En vérité, elle ne savait pas vraiment ce qu'elle avait attendu de lui.  Peut-être justement, au fond, elle ne s'était pas fait d'attentes qu'elle aurait su être sans réponse.  Au final, ce n'était pas une mauvaise chose, car si ces mots la surprenait, c'était agréablement.  Ça ne répondait peut-être pas entièrement à ses désirs les plus chers, mais pour le moins ça en couvrait la plus grande part.  Il ne voulait que d'elle.  Ce n'était certes pas la déclaration d'amour dont elle rêvait, mais la duchesse n'avait plus dix-neuf ans.  Elle était plus qu'une demoiselle qui avait besoin d'affection, d'être spéciale aux yeux de quelqu'un.  Ses accomplissements n'étaient pas à remettre en question, elle avait fait beaucoup pour Lagrance et encore plus pour que son peuple l'aime.  Peut-être Denys ne pouvait-il pas ressentir pour elle les sentiments qu'elle désirait susciter chez lui, mais au moins il reconnaissait sa juste valeur et lui accordait sa confiance.  Même si ce n'était pas entièrement.  En l'épousant, elle ne savait rien de la part de mystère de son époux et si au début elle ne s'en était pas aperçu, bercé par un premier bonheur conjugal, cela l'avait blessé lorsqu'elle fut remise du premier nuage de la lune de miel.  Et puis tranquillement, c'était devenu une partie de l'homme qu'elle aimait et cela ne faisait qu'accroître l'affection qu'elle lui portait aveuglément ou presque.  Pour autant qu'elle en savait, il s'était toujours montré honnête avec elle, tout autant qu'un Lagran puisse l'être, n'avait pas cherché à l'entourlouper.  Il avait ses histoires, avec les autres femmes, mais elle lui pardonnait sans trop de difficulté.  Il avait ses secrets, elle avait les siens.  Combien lourds étaient-ils à porter parfois!  Mais elle savait qu'elle ne pouvait pas s'ouvrir à lui.  Elle ne craignait pas sa colère, mais plutôt un regard déçu.  Tout ce à quoi elle avait tendu depuis le mariage, c'était de le rendre fier.  Et plus encore maintenant qu'elle s'investissait plus que jamais dans les affaires du peuple pour lui montrer à quel point il pouvait se reposer sur elle et compter sur son aide en toutes circonstances.

Oui, ces mots n'étaient pas le je t'aime qu'elle désirait entendre, mais pour elle c'était plus important encore.  C'était elle et personne d'autre.  Peut-être était-elle idiote de revoir ses espoirs brûler à nouveau, mais peut-être les dirait-il un jour ces mots-là.  En les sentant.  Pas juste pour lui faire plaisir à elle, mais bien parce que dans la foulée du moment, il serait incapable de les retenir entre ses lèvres.  C'était un fol espoir.  Denys était toujours plein de retenue, mais le peu de relâchement qu'il venait d'avoir auprès d'elle l'avait réconfortée.  Elle s'était sentie forte, comme un pilier de marbre solide, que mille tremblements de terre n'avait réussi à faire tomber.  Et elle avait eu l'impression d'être en sécurité.  En vérité, vivre auprès de son époux avait sa dose de danger.  Elle l'avait vu au Tournoi des Trois Opales, dans cette réalité alternée aussi.  Pourtant, elle savait que tant qu'elle serait près de lui, elle serait prête à tout affronter.  Il lui apportait la force de surmonter les blessures, même quand c'était lui qui les lui infligeait.

Elle n'avait pas de mots pour répondre à cette déclaration et elle se blottit tout simplement contre lui, parce que c'était le meilleur moyen pour elle de lui montrer qu'elle était touchée et surtout qu'elle n'en demandait pas plus.  Elle ne chercherait plus ses attentions comme une enfant.  Elle attendrait qu'elles viennent à elle.  Elle avait mûri et peut-être pour le mieux.  Elle l'espérait.

« Oh, Rose! » s'exclama-t-elle quand il parla d'aller visiter leur petite fille.  Elle manifestait cette surprise parce que dans l'émotion du réveil, elle avait complètement oublié leur enfant.  Celle qu'elle avait cherché partout sans la trouver.  L'idée d'aller la contempler dans son sommeil, juste pour être certaine qu'elle allait bien ne lui avait même pas traversé l'esprit.  Et la mère en elle s'en voulait.  Comment avait-elle pu ne pas se préoccuper de la chair de sa chair?  Finalement, elle était peut-être encore beaucoup trop envoûtée par le charme des yeux bleus de son tendre aimé.  Elle balbutia quelques mots sans queue ni tête, un peu confuse.

« Oui, allons-y.  Je… n'ai jamais pu la retrouver là-bas, » ajouta-t-elle sans préciser qu'elle parlait du camp de réfugiés à Lorgol.  Si petite, comment leur fille adorée aurait-elle pu s'y rendre seule?  Existait-elle même seulement dans cette absurde autre vie?  Marjolaine espérait que l'enfant n'avait pas eu conscience de ce déraillement du temps.  Elle était trop petite pour vivre une pareille expérience aussi traumatisante.  Elle-même ne s'en remettrait que lentement.

Se sentant soudainement alourdie, ayant perdu l'habitude de son énorme ventre, elle se dépêtra difficilement hors des draps.  En vérité, elle n'y arrivait pas vraiment toute seule.  Dire que quelques jours plus tôt, elle se baladait en croupe d'un hippopotame des marais…  Tout avait du rêve et pourtant.  C'était bien arrivé.  À moins qu'elle-même et Denys n'aie trouvé le chemin d'une connexion télépathique leur permettant de partager les mêmes rêves.

« Il y a quelques mois, je n'aurais jamais cru vivre de grandes aventures.  Il y a quelques jours, je traversais Faërie à dos d'hippopotame.  Et maintenant, c'est bien moi l'hippopotame! » fit-elle en riant, partageant le fil de sa réflexion à Denys.  Elle était encore gênée de ne pas avoir pensé la première aller se rendre compte de leur princesse, mais la plaisanterie lui était venue toute seule et avait traversé le port de ses lèvres sans qu'elle n'y réfléchisse avec attention.





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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyMar 17 Oct - 16:39

Il y avait de grandes chances que ses paroles ne soient pas exactement celles que Marjolaine attendait réellement. Sans doute attendait-elle celles-ci depuis bien trop longtemps d’ailleurs sans que Denys ne lui eût fait le plaisir de lui dire, même simplement pour lui faire plaisir. A l’exception d’une femme dans sa vie, le duc n’avait offert ces mots à aucune autre personne, pas même à son épouse qui partageait son nom et sa vie depuis bientôt dix ans. Si c’était là une façon de cacher certaines réalités, il ne souhaitait surtout pas donner de faux espoirs à qui que ce soit en prononçant ces quelques mots qui, autrefois, avaient eu beaucoup de signification pour lui. Désormais, il prenait certes plaisir dans les bras de bien des femmes, mais aucune n’avait le droit à cette phrase cruelle qui ne signifiait rien. Cela ne valait pas la peine et c’était aussi un risque que de les prononcer. Surtout à une personne qui comptait vraiment comme Marjolaine. Et pourtant il ne pouvait nier que parfois, ces mots brûlaient sa langue, manquants de lui échapper, mais ne parvenant jamais à franchir la barrière de ses lèvres, mourants dans un souffle. Il ne les dirait donc pas. Ne les dirait peut-être jamais, mais le silence qui répondait à sa déclaration n’était point celui du malaise, et Marjolaine acceptait ses paroles sans espérer plus. Il était soulagé, Denys, de ne pas avoir à dire plus et de devoir mentir à ce sujet. Pas à elle, pas à cet instant.

Il était presque amusant de constater que la petite Rose n’avait pas inquiété plus que de raison l’esprit si maternelle de sa duchesse. Qu’il fut le premier à en parler et évoquer la possibilité d’aller voir si elle allait bien était quelque peu surprenant, mais il goûta à un doux sentiment de voir Marjolaine s’agiter avec tant d’instinct. Elle était charmante ainsi, et il était certain que ce qu’ils avaient vécu dans cette autre réalité ne les avait que trop déboussolés. Le duc songea un instant d’ailleurs à l’état de sa petite princesse : elle aussi avait-elle vécu cette terrible réalité alternée ? Existait-elle seulement ? Il l’avait cherché lui aussi, mais il avait bien vite compris que leurs deux vies, à Marjolaine et lui, n’avaient rien à voir et n'étaient même pas destinées à se croiser. Alors que Rose existe, elle qui était le fruit de leur union ? Difficile à croire. Surtout quand il comparait à la progéniture de son lui alterné, des quatre enfants qu’il avait eu avec Mélusine… aucun n’était Rose. Et de toute évidence, il en allait de même pour Marjolaine.

“Peut-être n’existait-elle pas. Après tout, nous n’étions pas ensemble, dans cette autre vie. Avec un peu de chance, elle n’a pas du tout conscience de ce qui nous est arrivé à tous.” Sans doute pensait-elle - espérait-elle - comme lui. Il valait mieux qu’eux aient souffert qu’une petite fille qui n’avait pas encore cinq ans.

Attendant que Marjolaine se décale un peu de lui pour pouvoir se relever à son tour, il nota qu’en réalité, elle ne parvint pas à se redresser. Telle une tortue piégée sur le dos, elle gigotait sur le lit à essayer tant bien que mal de supporter le poids de son gros ventre. Enroulée dans les draps qui semblaient décidés à ne pas l’aider, elle glissa plusieurs fois sur lui, avant de se mettre à blaguer sur son état légèrement ridicule. Il est vrai que le contraste était fort amusant et il rit de concert avec elle. Puis il l’aida finalement à se relever, la poussant vers le bord du lit et l’aida à se mettre sur les pieds.

“Toi, un hippopotame ? Allons tu as la taille aussi fine qu’une guêpe.” Bien, il mentait un peu pour la taquiner, sans pour autant penser qu’elle était énorme comme ces grosses créatures qui rendait les marais de Lagrance particulièrement dangereux. Elle était superbe malgré le ventre rebondi qui abritait une petite vie farouche et en pleine santé. Sur ces mots, il prit la bougie posée un peu plus loin et, entraînant avec lui Marjolaine, ils sortirent de la pièce dans le plus grand des calmes.

Les couloirs du palais, grands et lumineux grâce aux rayons des lunes passants par les fenêtres n’en était pas moins un peu inquiétants après la vie qu’ils venaient tous deux de vivre. Fort heureusement, de leur présence dans les appartements de la duchesse, la chambre de la princesse était très proche. A peine quelques pas pour traverser un couloir, et ils arrivèrent à la porte.

“Après toi.” Chuchota-t-il en poussant la poignée, emboîtant le pas à son épouse. En pénétrant dans les appartements, ils passèrent d’abord par la chambre de la nounou de Rose, sa gouvernante qui dormait d’un lourd sommeil. S’il fut aisé de ne pas trop faire craquer le parquet à leur passage, ce fut moins le cas lorsqu’il fallut ouvrir la porte de la chambre de la princesse. Le grincement caractéristique du bois n’était pas loin d’alerter de leur présence, et avec toutes les précautions du monde, Marjolaine acheva d’ouvrir suffisamment le passage sans éveiller la nounou. Il y avait quelque chose d’amusant - et très puéril - à agir ainsi. Cela dit, il y avait quelque chose d’inquiétant à ce que deux personnes pas spécialement expérimenté dans l’infiltration parviennent à passer sans alerter personne. Le duc garda en tête cette pensée pour plus tard.

Tendant la bougie à Marjolaine, il la laissa approcher du lit de Rose pendant qu’il s’occupait de refermer un peu la porte. “Elle dort. Elle ne semble pas avoir été touché.” Murmura-t-il à l’intention de Marjolaine, lorsqu’il vint la rejoindre.


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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyVen 20 Oct - 5:44

Denys avait probablement raison.  Rose n'existait certainement pas dans cette réalité.  Mais sûrement pas pour les raisons que le duc supposait, lui qui ignorait même que leur fille n'était en vérité pas supposée exister.  Qu'elle était le fruit de manigances, d'abord élaborée par la belle-mère de son épouse et puis par celle-ci.  Si c'était Campanule qui avait suggéré à Marjolaine de faire appel à la magie du sang pour leur premier enfant, elle y avait songé toute seule quand était venu le temps d'avoir son second enfant.  Ce n'était plus seulement une question d'avoir été ensemble où non.  Sans magie, Rose ne pouvait venir au monde.  Il y avait quelque chose au moins de rassurant dans tout cela : leur enfant chérie n'aurait pas eu à affronter cette réalité difficile et si différente.  Elle ne se serait pas réveillée dans le noir, loin du palais où elle avait toujours grandi.  La duchesse elle-même restait très éprouvée par sa vie là-bas, loin de toute noblesse.  Elle qui avait toujours eu une cuillère en argent dans la bouche, elle avait connu la faim et le froid.  La fatigue excessive.  Ce périple avec Gertrude et Tara avait été dur.  Que cela soit épargné à sa fille réconfortait la Lagrane.  Comment pouvait-on consoler une enfant d'une aussi dure épreuve?

Elle accepta avec beaucoup de reconnaissance l'aide de son époux, rit même quand il répondit à sa plaisanterie.  Elle était loin de sa fine taille habituelle et il faudrait du temps pour que celle-ci se trace de nouveau après la naissance du bébé.  De leur fils.  Appuyée au bras de Denys d'un côté, une main posée sur son imposant ventre de l'autre, elle le suivit dans le couloir les séparant de la chambre de leur petite princesse adorée.  Ils ne la choyaient que très peu.  Et dans ses remords de n'avoir pas pensé plutôt à elle, Marjolaine se promit de lui offrir une énorme collation de sorbet lorsqu'il ferait jour.  Elle ne quitterait pas son enfant d'une seule semelle.  Dans le désespoir d'avoir perdu le père de la précieuse fillette, elle avait regretté son absence et son babillage d'enfant.  Mais c'était elle aussi qui l'avait empêchée de sombrer et de se laisser aller.  Quelque part, elle était mère et si le père de ses enfants avaient disparu, ils avaient encore plus besoin d'elle que jamais.

Il était amusant de se faufiler en silence dans les couloirs, pour n'éveiller personne.  Traverser la chambre de la gouvernante fut plutôt aisé : peut-être ses ronflements camouflaient-ils le bruit de leurs pas?  Marjolaine poussa avec douceur le battant de la porte de la chambre de la princesse, l'écartant lentement jusqu'à ce que l'écart soit tout juste assez large pour qu'elle et Denys se faufilent dans la pièce.  En s'approchant du petit lit d'enfant, ils constatèrent sous la lumière tamisée de leur bougie que Rose dormait paisiblement d'un sommeil profond.

« Notre petite chérie, » souffla-t-elle lorsqu'il supposa qu'elle n'avait pas été touchée par toute cette folie.  Elle se sentait soulagée de voir la petite fille dormir aussi bien.  Elle s'assit le plus délicatement qu'elle le pouvait sur le rebord du lit et écarta quelques mèches folles du visage endormi de la gamine.  Cela eut pour effet de faire bouger dans son sommeil Rose, sans toutefois la réveiller.  Marjolaine contemplait son petit visage d'ange en silence, heureuse.  Son monde qui s'était écroulé sans qu'elle ne puisse s'y préparer semblait prendre de nouveau ses formes habituelles.  Elle s'en réjouissait.  Quelques larmes coulèrent le long de ses joues et tombèrent sur les draps du petit lit.

« Je suis si soulagée… murmura-t-elle, Les choses sont vraiment revenues à la normale. »  Elle tendit une main vers Denys et saisit l'une des siennes qu'elle serra avec beaucoup d'affection.

Peut-être toutefois avait-elle parlé un peu trop fort, car la petite princesse se retourna, encore toute ensommeillée vers ses parents, ses yeux entrouverts d'un mince filet.  « Tu pleures maman? » demanda l'enfant de sa voix encore toute pâteuse de ses rêves.  Elle se redressa doucement dans son lit pour aller se glisser sur les genoux de Marjolaine et tendre les mains vers les joues de sa mère pour y essuyer les quelques larmes de bonheur qui y coulaient.   De sa main libre, la duchesse serra sa fille, un peu trop fort.  « Maman, tu me fais mal, » fit la fillette, probablement incapable de comprendre ce qui agitait tant sa mère.  « Ce n'est rien mon trésor, maman s'ennuyait de toi.  Fais un bisou à papa et retourne dormir, ce n'est pas l'heure de se réveiller. »  Elle posa un baiser sur le front de l'enfant, émue.





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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyLun 6 Nov - 12:20

Il pèse sur la chambre une douce quiétude. Celle propre aux enfants qui dorment, tissants leurs propres rêves de merveille en compagnie du divin Trelor, sans se soucier de la réalité qui pouvait être parfois bien cruelle. Mais c’était là le monde des adultes, loin des préoccupations enfantines et bienheureusement, rien ne changeait ce fait entre les murs de la belle chambre de Rose. Elle dormait sereinement, recroquevillée contre une poupée qui était sa préférée du moment. Et sur son visage paisible et rond de petite fille, un léger sourire qui avait le pouvoir d’attendrir n’importe quel coeur. Le duc, rassuré de savoir que sa fille n’aurait pas à subir les conséquences d’une réalité parallèle dans ses jeunes souvenirs observa alors son épouse se pencher sur le lit, jusqu’à même s’asseoir sur le bord pour mieux contempler l’enfant. S’il se rapprocha de quelques pas à son tour, il prit garde de ne pas laisser la lumière de sa bougie gêner le sommeil de sa fille. Il craint un instant que le geste tendre et maternel de Marjolaine ne la réveille, mais il ne pouvait empêcher la mère d’agir après l’inquiétude qu’ils avaient tous deux ressentis. Néanmoins, il n’avait guère l’envie de trouver une explication à leur présence dans la chambre de Rose à cette heure si tardive. La princesse était d’une curiosité presque maladive, et si elle se réveillait et n’obtenait de réponse ce soir, elle tenterait certainement d’avoir une réponse satisfaisante dans les jours à venir.

Cela étant, était-ce vraiment important de s’inquiéter de telles futilités ?

Elles n’étaient qu’une vague pensée sur la totalité de celles qui traversaient Denys à cet instant. Mais tout comme Marjolaine, il bénit intérieurement les dieux d’avoir épargné cette enfant. Prenant la main de son épouse pour la serrer avec la même affection, il n’eut pas l’occasion de formuler une réponse murmurée que le mouvement de Rose dans son lit, signe qu’elle s’éveillait doucement, l’interrompit sur le coup. C’était bien une chose à prévoir, mais il n’en fut point réellement ennuyé. Elle était bien mignonne, la petite princesse à peine sortie du sommeil, la voix encore enrouée et le regard encore voilé de ses rêves. Et alors que Marjolaine s’occupait de rassurer sa fille de ses larmes, Denys tourna un instant la tête vers la porte de la chambre, certain, pendant une seconde, d’avoir entendu un bruit de l’autre côté. Peut-être n’était-ce que la gouvernante qui sommeillait et bougeait dans son lit, et que la voix à peine chuchoté de Rose n’avait pas encore éveillé.

“Papa.” Une petite main avait saisi la sienne, par dessus celle de Marjolaine, et debout sur son lit pour lui faire un bisou, Rose attendait, encore un peu endormie. Il se pencha alors sur elle, déposa un baiser sur son front, mais la petite profita de l’occasion, elle, pour déposer un gros bisou sur sa joue. Et malgré le sommeil lisible dans son regard, elle était toujours capable de demander : “Vous restez un peu ? Le temps que je m’endorme ?” Il eut un regard vers son épouse, croisa ses yeux et tous deux s’accordèrent sur la réponse, bien qu’il la donna lui même à sa petite fille. “Si tu veux.” Dit-il tendrement alors que dans un rire étouffée, la petite Rose retourna sous ses couvertures, attrapa contre elle sa poupée et garda dans sa main celle de sa mère, encore assise sur le bord du lit.


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Message Sujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort   Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort EmptyVen 10 Nov - 15:36

Il arrivait parfois à Marjolaine par le passé de songer qu'elle serait prête à tout perdre pour l'amour de Denys.  Maintenant qu'elle était revenue dans ce monde qui était le sien, elle savait qu'elle n'était pas prête à sacrifier certaines choses pour lui.  Et au sommet de cette liste, il y avait sa fille Rose.  Son enfant qu'elle avait cherché partout parmi les réfugiés sans jamais la trouver.  Devant le visage endormie de la princesse qui déjà replongeait dans le sommeil, cueillie par Niobé, la duchesse se réjouissait de ces heures et ces jours d'angoisse.  Au moins, son trésor n'avait rien subit de toute cette horreur.  Les choses avaient repris leur cours normal.  Plus rien ne menaçait sa famille.  Qu'aurait-elle fait dans cette autre vie, cet autre monde, sans ni plus Denys, ni plus son enfant?  Sa précieuse fille dont les traits un moment lui rappelait ceux tant aimés et d'autres fois les siens propres.  Cette enfant et celui à venir, c'était tout son monde.  Comme elle était au centre du leur.  Pas encore pour celui qui était encore bien caché en son sein, mais ils étaient tout aussi sûrement les ancres de son existence.  Dans la joie comme la peine, elle trouvait toujours des raisons de se réjouir grâce à ces deux petits êtres qui avait besoin d'être protégés par elle.  Devant l'innocence intouchée de leur aînée, elle éprouvait un soulagement indescriptible.  Si quelques heures plus tôt, elle se démenait à sa recherche et passait la nuit recroquevillée sur sa couche du campement des réfugiés après une dure journée à se rendre utile là où elle le pouvait tout en cherchant sa fille, tout cela était fini.  Les inquiétudes qu'elle avait éprouvées alors s'étaient envolées comme pas magie.  Elle sécha ses larmes causées par l'émotion tandis qu'elle regardait sa fille se rendormir.  Petite âme encore pure.

Elle resta un instant à contempler l'enfant en silence, sans osé bouger de peur de la voir disparaître ou tout simplement de la réveiller de nouveau.  Elle ne voulait pas se hasarder à retirer sa main de celle de la petite, ses petits doigts serrant les siens dans son sommeil.  Mais force était de constater qu'elle-même était fatiguée et qu'elle ne pouvait rester assise au pied du lit de Rose toute la nuit.  Elle détacha à regrets la main refermée de l'enfant sur la sienne et se releva avec quelque peine : elle avait perdu l'habitude d'être alourdie par un énorme ventre, elle qui était si légère avant de s'endormir.  Pourtant, ses gestes n'avaient rien de maladroits.  À quel point la vie avait-elle continué sans qu'elle n'en aie gardée conscience?

« Retournons dormir aussi, » murmura-t-elle en s'appuyant sur le bras de son époux.  Peut-être ne retournerait-il pas à ses propres appartements et reprendrait la place qu'il occupait à leur réveil à tous les deux.  Marjolaine l'espérait ardemment.  Elle osait encore à peine qu'elle ne rêvait pas, qu'il était bien là et vivant avec elle.

Elle sursauta un peu lorsque la gouvernante de Rose apparut dans l'encadrement de la porte.  Ils n'avaient pas été bruyants pourtant, avaient-ils par hasard posé le pied sur une latte grinçante du parquet?  En reconnaissant ses maîtres, la gouvernante s'écarta simplement sur leur passage avant de refermer la porte de la chambre de la petite sur eux.  Elle avait dû être bien surprise de retrouver le couple ducal debout si tard.  Ou tôt.  Marjolaine n'avait aucune idée de quelle heure pouvait-il être.

Le chemin jusqu'à ses appartements était court et la duchesse renforça inconsciemment sa prise sur le bras de Denys une fois devant la porte.  Elle leva son visage vers lui dans l'obscurité, la question lui brûlait les lèvres.

« Tu restes un peu? » demanda-t-elle de la même manière que leur fille l'avait demandé un peu plus tôt.  Et quelque chose dans l'air lui dit qu'elle n'avait pas besoin de le demander.





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