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 Au pire, on mangera des beignets

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La Cour des Miracles
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Agathe de Vigdir
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J'ai fait allégeance à : la cour des Miracles et Mélusine de Sylvamir.
Mes autres visages: Astarté des Sables • Gabrielle de la Volte • Sifaï Sinhaj • Tancélie le Sustain
Message Sujet: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptySam 19 Aoû - 0:20


Livre II, Chapitre 5 • La Mort dans les Veines
Agathe Martel & Melbren de Séverac & Lancelot l'Adroit

Au pire, on mangera des beignets

Des abeilles, des fleurs et des poupées



• Date : 5 août 1002
• Météo (optionnel) : Il ne pleut pas. C'est déjà ça!
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Agathe et Melbren se changent les idées en sautillant d'une boutique à une autre, dans la Ville Haute de Lorgol. Lorsque la blondinette propose de se moquer d'une devanture de boutique - absolument pas pour observer en douce le propriétaire - Melbren l'invite à rencontrer son bon ami Lancelot l'Adroit.
• Recensement :
Code:
• [b]5 août 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2559-au-pire-on-mangera-des-beignets#77378]Au pire, on mangera des beignets[/url] - [i]Agathe Martel & Melbren de Séverac & Lancelot l'Adroit[/i]
Agathe et Melbren se changent les idées en sautillant d'une boutique à une autre, dans la Ville Haute de Lorgol. Lorsque la blondinette propose de se moquer d'une devanture de boutique - absolument pas pour observer en douce le propriétaire - Melbren l'invite à rencontrer son bon ami Lancelot l'Adroit.



Au pire, on mangera des beignets 1528994804-agathe










Dernière édition par Agathe Martel le Jeu 24 Aoû - 0:14, édité 2 fois
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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptySam 19 Aoû - 0:23

Elle ne savait pas beaucoup de choses. Elle savait qu’elle était une femme depuis déjà plus de deux ans, parce qu’elle saignait à chaque mois et que ses bourgeons fleurissaient et devenaient inconfortables et parfois douloureux. Et que le regard de certains garçons s’accrochait de plus en plus souvent sur le renflement qu’il y avait là. Elle savait qu’elle était la pupille de Mélusine de Sylvamir et que celle-ci était une meilleure mère que celle qu’on lui avait donnée à la naissance. Elles savaient, l’une autant que l’autre, qu’elle n’était pas vraiment sa fille, mais parfois, elles faisaient si bien comme si qu’elles semblaient l’oublier. Avec Melbren, Agathe apprenait de nouvelles choses. Elle apprenait, par exemple, qu’en relevant un peu plus le menton en marchant, les gens lui portaient plus de respect. Elle apprenait aussi à être plus légère et à oublier, parfois, son coeur qui était lourd et lisse comme une pierre de rivière. Mélusine se remettait, mais les souvenirs de la fête sanglante hantait encore ses rêves, la nuit, et certaines de ses pensées, quand la blondinette était tout à fait éveillée. Hallebarde lui manquait, et elle s’ennuyait de Hiémain et de ces longs moments, près de l’âtre de ce duché de glace, à pouvoir l’observer à la dérobée. Elle s’ennuyait d’Arnaut, aussi. D’Aubrée. De Grâce. Juste un peu…

Alors ils riaient en relevant le menton, leurs jolies dents perlées découvertes, comme si leurs lèvres n’étaient pas assez pleines pour retenir tout leur bonheur. Ils feraient peut-être bien des envieux, à être aussi heureux, ensemble. Elle l'espérait, Agathe. Non pas pour faire de la peine, mais parce qu’elle avait un petit quelque chose de plus que les autres, pour une fois. Elle lui prenait parfois le bras, comme ils faisaient dans la jolie société. Celle qui ne connaissait que la Ville Haute et ignorait la laideur de la Ville Basse. La mignonne pointait une boutique où une autre, et ils y allaient sans qu’elle ne doive argumenter. Melbren lui donnait l’impression qu’elle était pertinente, dans sa coquetterie et sa féminité, et à chaque endroit qu’ils visitaient, il tenait à lui acheter un petit quelque chose. Tu es jeune, qu’il lui disait, c'est le moment de te fabriquer des souvenirs. Elle roucoulait, elle était heureuse. Une corne de licorne pour parer Candide. On lui avait bien dit de ne pas nommer sa jolie jument aussi blanche qu’une oie par un prénom qui se voulait traditionnellement de gentilhomme, mais cette vertue était sous le regard d’Idril, alors elle avait insisté, la toute blonde. Elle serait jolie, Candide, et peut-être même permettrait-elle à Arsène de l’orner au front de Clochette, lorsque personne ne regardera pour voir qu’il n’était pas vraiment un homme à temps plein. À mi-temps, il restait un petit garçon qu’elle aimait bien câliner, comme son jumeau, lorsqu’ils étaient enfants. Tout deux, les rescapés d’un autre monde, avaient quitté la boutique aux merveilles le museau en l’air et une boîte décorée de rubans de velour entre les pattes.

- Il y a un autre endroit où j’aimerais bien t’emmener, Melbren. C’est…

Elle agrandissait les yeux en cherchant les mots appropriés afin de décrire la boutique où elle désirait l’attirer.

- Tu verras, c’est un endroit magnifique mais tenu par un homme. Franchement. C’est ridicule, tu verras. C’est incroyable l’attention qu’il peut avoir pour des choses aussi… aussi féminines. Oh..! Nous n’aurons pas à entrer, juste à regarder de l’autre côté. Il y a une boulangerie, nous pourrions nous mettre un peu en retrait. C’est que je ne veux pas qu’il me voit, ce serait étrange qu’il me voit rire de la devanture de sa boutique, et ce serait un peu cruel qu’il le sache. Au pire, s’il nous remarque, on mangera des beignets.

Devant son air perplexe, Agathe adoptait une moue boudeuse et mutine tout en inclinant le minois, de manière à devoir relever les yeux en sa direction. Exactement comme Mélusine lui l’avait appris, afin de mieux faire briller le bleu de ses yeux.  Melbren préférait les bourdons aux abeilles. C’était ce que Mélusine lui avait dit, aussi, dans l’intimité la plus complète. Si il s’agissait d’un grave crime, dans sa Bellifère natale, il fallait bien avouer que ça lui était plutôt égal, ici, à Lorgol. Melbren pouvait préférer ce qu’il désirait, désormais qu’il l’avait rabibochée dans cette vie étrange où elle n’avait plus de repère. Et puis, à préférer les bourdons, il ne représentait pas une menace et Agathe pouvait exercer pleinement ses petits jeux de charme sans vouloir mourir de honte. Il y était insensible. Elle ne risquait rien. C’était pour de faux.

- Monsieur le baron, s’il vous plaît…

De ses cils longs et fournis, elle papillonnait. Du haut de sa jeunesse, habitée par sa délicatesse, elle avait tout d’une jeunette pleine de pureté. La vérité était moins jolie que son sourire de femme enfant. La vérité, c’était qu’en plein carnage, entourée de corps et de sang, elle avait songé à Lancelot et à toutes les jolies choses qu’il créait. Elle lui en voulait au moins un peu de s’être imposé ainsi, sans qu’elle le veuille. Elle lui en voulait encore, un peu, d’attirer l’admiration dans une discipline féminine. Elle était jalouse. Peut-être. Et c’était peut-être ça, aussi, qui faisait que son coeur était pesant au fond de son estomac. Se remettre en question et affronter le pourquoi du comment de ses crampes au ventre et de son envie de fuir lui faisait peur. C’était plus simple de rire de sa boutique avec Melbren.


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Melbren de Séverac
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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyDim 24 Sep - 20:45

Les événements survenus à Svaljärd auraient dû te faire changer d'avis : oh la la, heureusement que je n'étais pas là, c'était dangereux. Oh la la, Sentinelles. Oh la la, meurtre de l'Impératrice – paix à son âme, que le royaume de Sithis l'accueille en son sein. Toute personne un tant soit peu saine d'esprit aurait été heureuse de ne pas avoir assisté à cela. Toi ? Tu y verrais presque un manquement de ta part -- et tu mesures tes mots. Une partie de ta famille aurait pu y laisser la vie et tu n'étais pas là. Ta sœur a été grièvement blessée ; Agathe et toi l'avez veillée jusqu’à ce qu'elle ait retrouvé quelques couleurs. Des sentinelles ont été ranimées et tu n'étais pas là ; tant de choses à analyser, à démonter sur ces machines dune matière inconnue que tu n'effleureras même pas du doigt. De nombreuses innovations ont été présentées à la foire et tu n'étais pas là. Tu aurais voulu connaître les nouvelles tendances, peut-être même aurais-tu trouvé des pièces ou des idées qui t'auraient permis d'avancer dans tes recherches personnelles.
Tu aurais voulu être là ; la frustration est immense, c'est vrai, mais largement contrebalancée par le fait que les mages sont interdits en Valkyrion, qu'une partie de ta famille a manqué d'y laisser la vie et que tu as présentement d'autres choses à penser.

Notamment, Agathe et votre balade actuelle. Elle et toi vous tenez compagnie depuis une petite heure, flânant entre les échoppes, achetant bibelots par-ci, gourmandises par-là. Vos discussions sont variées et la jeune Martel est dune compagnie fort agréable. Oh, vous avez passé du temps ensemble, dans cet autre monde – tu es même intimement persuadé que vous n'avez survécu que grâce à la présence de l'autre –, mais apprendre à vous connaître dans une situation moins stressante, plus « normale » donne une nouvelle perspective sur votre relation. Tu es enchanté de découvrir d'autres facettes de la personnalité d'Agathe, qui se révèle vive et perspicace sur bon nombre de sujets ou timide et candide sur d'autres. Il va de soi que tu t'amuses de certaines de ses réactions, sans malice, mais toujours de manière à créer une réaction – tu adores observer les gens faire vivre leurs émotions.

En somme, après cette semaine d'angoisse intense, vous relâchez rien qu'un peu la pression et c'est plaisant.

« Il y a un autre endroit où j’aimerais bien t’emmener, Melbren. C’est… » Tu ne tournes la tête vers elle que lorsque son hésitation lui fait manquer de mots pour continuer. Tu hausses légèrement les sourcils et exerces une pression de ta main sur la sienne, cette dernière reposant sur le bras que tu lui as offert plus tôt, afin de l'encourager. Elle se lance finalement et, à mesure que ses mots défilent dans les airs, tes sourcils se froncent de plus en plus. Tu démêles l'ensemble et en retiens qu'elle veut aller espionner un homme tenant une boutique magnifique dans la Ville Haute. Pour en rire. Que cachent les mots ou les pensées de la belle Agathe ?

Tu ne lui donnes pas une réponse immédiate et elle réitère sa demande, affectée dune minauderie qui ne t'est pas étrangère. Un grand sourire naît sur tes lèvres quand tu reconnais là la patte de ta sœur aînée. Tu notes dans un coin de ton esprit d'informer Mélusine que ses leçons semblent porter leurs fruits. Tu tapotes la main accessible d'Agathe, un sourire en coin :  « Qui pourrait résister à ses yeux ? Allons-y, ma chère. Allons espionner ce jeune homme ridicule à la boutique magnifique en mangeant quelque beignets pour couvrir nos intentions. » Tes yeux pétillent de malice alors que tu reportes ton attention sur le chemin et que tu la laisses guider votre marche, à présent.

« Qu'a-t-il de si particulier ce jeune homme pour mériter vos rires et attentions ? Simplement ses fameux articles féminins ? » Ce qui en soit ne te choquerait pas, mais tes origines cielsombroises ne sont pas un bon indicateur.  « Vend-il des vêtements affriolants ou des objets dont l'unique but est la satisfaction privée et personnelle ? » Tu tournes la tête vers elle et écarquilles légèrement les yeux, feignant le choc dans un but humoristique. Agathe ne sera pas dupe, bien entendu, mais les rougeurs qui pourraient monter à ses joues sont trop tentantes. Tu es incorrigible. Petit gloussement intérieur de ta part.



Melbren #531E57 – Lichen #A3581B














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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 29 Sep - 14:38

Une vague de bonheur vif courrait dans ses veines, lorsque Melbren étira un sourire à en faire briller ses yeux. Il était l’homme le plus merveilleux de ce monde. Et elle était à son bras. Elle soupira un soupir de quiétude et de bien-être et non pas un soupir de lassitude triste à mourir. Beaucoup trop consciente de la chance qu’elle avait, elle laissait sa main se faire serrer doucement par la sienne. Si elle était née en Sombreciel… Si elle avait connu une enfance plus heureuse et joyeuse… Si Arnaut était là, lui aussi… Si une multitude de “si” existaient soudainement, elle était convaincue, Agathe, que Melbren aurait pu être son grand frère, ou son cousin séduisant et décontracté, juste assez éloigné pour la faire rêver et désirer être à sa place, mais pas assez pour laisser planer l'ambiguïté de quelque chose de pas tout à fait propre. Qui pouvait résister à ses yeux, qu’il avait demandé. Oooh… Melbren… Elle fondait un peu plus dans son bonheur chaud comme une pâtisserie toute fraîche. Le garçon le plus désinvolte et amusant qu’elle connaissait la gratifiait d’attentions et de compliments.

Puis évidemment, il gâchait tout. Parce qu’il était Melbren de Séverac, et que s’il était peut-être l’homme le plus merveilleux du monde, il était aussi le plus idiot.

- Vend-il des vêtements affriolants ou des objets dont l'unique but est la satisfaction privée et personnelle ?

Les yeux écarquillés, grands à vouloir tout comprendre de cette situation qu’elle n’avait pas vu arriver, les lèvres ouvertes d’embarras et de surprise, elle sentait ses joues s’enflammer peu à peu. Déjà, ça existait pour de vrai, de tels objets? Elle en doutait franchement, et la simple idée que Melbren puisse imaginer pareilles choses la laissait hébétée de fascination devant une imagination plus débordante que la sienne et définitivement plus pervertie, aussi.

- Melbren…! Tu es aussi impossible qu’une licorne.

Elle secoua la tête en une cascade de boucles blondes et releva le museau, toute pincée malgré la rougeur de sa peau. Une lueur d’amusement teintait sa moue, et la Belliférienne s’efforçait de ne pas céder, beaucoup trop choquée pour se permettre un éclat de rire que Melbren semblait pourtant espérer. Elle n’encourageait pas les terroristes de la vertu. Lorsqu’il poursuivit son questionnement sur l’intérêt soudain et mesquin qu’elle portait au commerçant, Agathe garda silence quelques instants, tant pour calmer son esprit que pour punir le curieux de l’avoir autant troublée.

- Il est tout ce que Bellifère n’apprécie pas. Il est si fin, si délicat, qu’il me semble bien qu’il soit incapable de se défendre.

Tout en reluquant Melbren, Agathe traversa l’une des rues joliment pavées. Il était vrai qu’il n’était pas bien massif, non plus, le sauveur de Roc-Épine. Son argument s'effilochait au fil des jours, et si elle-même se rendait compte du ridicule de son petit mensonge auquel elle s’accrochait désespérément, d’autres, forcément, le verrait aussi. La blondinette inspira profondément et, sous le signe de la confidence, précisa :

- Tout le monde l’apprécie, sais-tu, Melbren. Mais sa réputation est beaucoup trop exagérée pour ce qu’il fait réellement. Oui, c’est joli, et c’est étrangement délicat pour provenir de la main d’un homme, mais de là à créer tout cet engouement..? Vraiment?

Et sa réputation au sein de la Cours des Miracles…! Elle mordilla sa lèvre pour réprimer tout commentaire et se restreindre au silence. Melbren ne devait pas savoir les petits secrets des enfants des Miracles. La vérité toute crue, et elle s’en doutait bien, la petite souris, était que la jalousie lui grignotait le coeur. Pourquoi un homme-fleur était adulé de tous, alors qu’elle qui avait été une parfaite fille, pour les Martel, puis une apprentie diligente, dévouée et perspicace n’avait pas un centième de l’enthousiasme qu’on portait à l’Adroit?

De là où ils étaient, après leur promenade dans les dédales de la Ville Haute, l’odeur caractéristique des biscuits encore chauds se faisait sentir jusqu’à eux. C’était là qu’elle avait entraîné sa seule amie, l’année dernière, pour solidifier leur amitié autour de pâtisseries. C’était là, cette année encore, qu’Agathe entraînait Melbren, son nouveau confident, son partenaire de méfait. Elle se glissa à l’intérieur avec habitude, sa main sur celle du Cielsombrois, l’autre retenant une boîte enjolivée de rubans chatoyants. Autour d’eux, plusieurs clients, mais surtout des étals invitants où étaient dressés en pyramide de félicité des pâtisseries colorées et parfumées de mille saveur, promesses de béatitude et d’euphorie.

Derrière la vitrine et les fenêtres ouvertes, il y avait la boutique de Lancelot l’Adroit.


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyMer 4 Oct - 19:58

L'effet ne tarde pas et le choc lisible sur les traits d'Agathe est même bien plus grand que celui attendu. Ne commence-t-elle pas à te connaître, pourtant ? Tu n'as pas caché qui tu étais à ses côtés. Tu l'as peut-être atténué, parfois, mais pour l'épargner ou parce que les circonstances l'exigeaient. De plus, ne vit-elle pas aux côtés de Mélusine qui, si elle sait faire montre de davantage de retenue que toi, n'est pas en reste. Dans tous les cas, sa réaction t'amuse et tu n'en attendais pas moins de sa part. Un sourire attendri traverse ton visage alors qu'elle s'exclame : « Melbren…! Tu es aussi impossible qu’une licorne. » Elle secoue la tête et redresse le menton d'une manière tellement mignonne que cela te donne envie de lui pincer la joue ou de lui ébouriffer les cheveux. Tu n'en fais rien, cependant, bien trop conscient du soin qui a été apporté à sa coiffure : tu t'en voudrais sincèrement de la ruiner.

Le silence s'installe entre vous, mais tu ne le brises pas. Tu imagines sans souci que quelques secondes lui sont nécessaires pour se remettre un tant soit peu de ses émotions. Tu les lui accordes donc de bonne grâce, tout enclin à rendre le contrôle à ta partenaire de balade. Elle finit d'ailleurs par reprendre la parole et la recentre sur votre conversation initiale. « Il est tout ce que Bellifère n’apprécie pas. Il est si fin, si délicat, qu’il me semble bien qu’il soit incapable de se défendre. » Tu réfléchis un instant à ces mots, ton regard glissant sur les passants autour sans que tu ne t'y attardes. Tu te fais la réflexion que cette description pourrait t'être applicable, selon les interlocuteurs. Indubitablement s'il s'agissait d'un Belliférien pure souche. Néanmoins, tu n'es peut-être pas le meilleur élément de comparaison, vue ta situation.

Tu ne pousses cependant pas la réflexion plus loin car elle ajoute, le ton du secret clairement audible dans sa voix : « Tout le monde l’apprécie, sais-tu, Melbren. Mais sa réputation est beaucoup trop exagérée pour ce qu’il fait réellement. Oui, c’est joli, et c’est étrangement délicat pour provenir de la main d’un homme, mais de là à créer tout cet engouement..? Vraiment? » Oh. Oh. Tu retiens difficilement un sourire, mais tu y parviens au prix d'un gros effort. Les attentions que ce jeune homme reçoit sont donc un problème pour la jeune Agathe. Tu ne vois que deux possibilités expliquant cet état de fait : premièrement, elle souhaiterait elle aussi recevoir des attentions similaires, deuxièmement, elle entretiendrait des quelconques « sentiments » à l'égard de ce fameux jeune homme. Voire les deux. Au vu de sa jeunesse et de son histoire, tu n'es pas certain que la deuxième option soit envisagée de manière consciente, cependant.

Pour ne pas faire de faux pas, au vu du sujet sensible et qui semble tenir à cœur à la jeune Martel, tu lui offres une réponse neutre, pour l'instant : « Très bien, Agathe, je te dirai ce qu'il m'apparaît. » Tu hoches la tête solennellement alors qu'une délicieuse odeur fait frémir tes narines. Les beignets. Tu connais cette odeur, même si tu ne la replaces pas de suite dans ta mémoire.
La lumière se fait quand Agathe vous dirige vers une boutique à douceurs et y pénètre sans hésitation, comme une cliente coutumière des lieux. Tu tournes la tête après avoir passé l'entrée ouverte et la compréhension se fait dans ton esprit : de l'autre côté, à une boutique sur la droite, se trouve l'atelier de ton ami, Lancelot l'Adroit, et de ses automates, semble-il, si féminins.
Ton sourire s'étire.

Tu ne dis rien pour l'instant. Vous discutez tranquillement de ce que vous allez acheter, débattant sur la quantité, les saveurs, les types de gâteaux. Tu tranches en décrétant que vous pouvez en prendre plusieurs chacun. Tu en prends même plusieurs autres pour être sûr d'en ramener à ta sœur et à Arsène. Tu pousses le vice plus loin, même : tu en prends encore deux autres de plus pour en offrir à Lancelot, dans l'optique où vous lui rendrez visite après votre séance d'observation accrue. Tu n'es pas totalement sûr qu'il s'agisse de lui, mais la coïncidence est suspecte. D'autant plus que ton ami t'a raconté, dans une de ces précédentes lettres, qu'il avait rencontré la jeune femme.
L'ensemble s'agence bien trop que tout cela ne soit une coïncidence, en réalité.

Après avoir déboursé les fleurons nécessaires au paiement – « Oui, j'insiste, Agathe » –, vous trouvez une table près des fenêtres, là où vous pourrez déguster votre dû à l'aise tout en ayant vue sur les boutiques alentour. Tu attends qu'elle s'installe pour replacer la chaise correctement sous elle, puis tu vas t'installer en face d'elle. Tu la laisses se servir d'abord et vous croquez joyeusement dans vos douceurs. Tu fermes les yeux sous le goût qui envahit ta bouche. « Délicieux. C'était une très bonne idée de venir ici, Agathe. » Tu avales ta première bouchée et remets votre précédent sujet sur le tapis. « Alors, de quelle boutique est-il question ? » Tes yeux vont déjà parcourir lesdites boutiques et tu élimines d'ores et déjà celle sur la gauche, où un vieil homme vend des produits en osier.



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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyLun 9 Oct - 1:32

Les pâtisseries à la noisette étaient un choix digne de mention, selon Agathe, si bien qu’elle prit grand soin de l’expliquer longuement à Melbren, à ses côtés. L’attente semblait interminable et la mignonne eut même le temps d’expliquer cette différence incroyable entre la pâte d’amande et les amandes broyées, dans la crème pâtissière dont la pâtisserie était traditionnellement fourrée. À la voir sous ses jolis rubans, avec ses longs cheveux bouclés à leur fin et le rose de ses lèvres, il était aisé d’oublier qu’elle avait dû tenir la maison familiale, depuis toute petite, et orchestrer tâches ménagères et cuisine quotidiennement. Une chose semblait toutefois impossible à ignorer : Agathe accordait une très grande importance aux pâtisseries, et plus particulièrement celles à la noisette. Elle en était à se tourmenter sur le choix capital du petit gâteau à acheter. Comme à chacune de ses visites, la Belliférienne avait cette impression tenace que son choix allait être décisif pour le reste de ses jours. Elle ne manqua pas d’aviser Melbren de sa théorie folle, les joues un peu rosée de la frivolité de cette pensée. Il n’en était rien, bien sûr. Sa vie n’allait pas s’arrêter. Mais si son choix était le mauvais..? Si la pâtisserie sélectionnée ruinait son souvenir précieux d’excellence pour cette boutique? Lorsque Melbren lui proposa d’en prendre plusieurs, mettant ainsi fin à son supplice, Agathe lui offrit un sourire reconnaissant. Ce sera un biscuit à la framboise et une pâtisserie à la noisette!

L’esprit léger de bonheur, elle en avait presque oublié la raison de sa présence. Ce n’est qu’en se posant sur sa chaise rembourrée que son regard tomba sur la devanture de la boutique de l’Adroit. Elle avait remercié distraitement le geste courtois de Melbren, de replacer son siège pour plus de confort, son attention vers l’autre côté de la rue. Oh… Il avait ajouté des fleurs, devant la fenêtre. Des fleurs jaunes qui ressemblaient à des tournesols et des fleurs blanches, des marguerites. Elle ne s’y connaissait pas beaucoup, en matière de fleurs, mais l’arrangement était si joli, si invitant, que la jeunette cru sentir le parfum floral jusqu’à sa table.

-Délicieux. C'était une très bonne idée de venir ici, Agathe.
-Je crois qu’il est marié…

Si elle l’écoutait…? Elle papillona ses interminables cils, hébétée, en revenant sur Melbren. Un sursaut léger la traversant lorsque le regard pétillant de son compagnon rencontra le sien. Avait-il gloussé…? Il lui semblait bien l’avoir entendu glousser. Agathe s’empressa de rebondir sur le compliment qu’il lui avait offert, quant au choix de la boutique.

-C’est un endroit que j’ai connu quelques jours après ma rencontre avec Mélusine. C’était l’été, et c’était réconfortant d’avoir à nouveau droit aux gâteaux à la noisette. Monsieur le duc de Sombreflamme nous en avait offert énormément, à Aubrée et à moi, mais ce n’était jamais aussi bon. Ça n’enlève aucunement la gentillesse désintéressée de son geste!  Elle s’empressa de souligner la bonté de Castiel, surtout devant Melbren, avant de continuer. Je crois simplement que les pâtissiers avaient une autre recette. Tu sais… Tu sais, les saveurs et les odeurs qui nous ramènent dans notre enfance? C’est ça, ici, pour moi.

Il semblait toujours amusé, à son grand malheur. Sa diversion n’avait pas tout à fait fonctionné, et elle se fit la promesse de travailler ce point avec Mélusine, lors de l’une ou l’autre de leur leçon.

-Alors, de quelle boutique est-il question ?
-

La blondinette s’inclina très légèrement au-dessus de la table, non sans saisir sa pâtisserie aux noisettes au passage. Là, ainsi inclinée, elle voyait tout : de la devanture entretenue aux fleurs en bouquet, en passant par la rondeur de la porte. Oh! En voyant un spectre dans la fenêtre de l’autre boutique, elle se recula tout à fait, les yeux ronds et le coeur aussi affolé que lorsqu’elle avait couru pour fuir les sentinelles, à Svaljärd. De l’index, n’osant plus s’incliner, elle désigna la droite, vers la boutique de l’Adroit.

-Celle de Lancelot l’Adroit. Elle est à droite, avec les bouquets de tournesol et de marguerites. Je… Je disais qu’il était marié, parce que personne, aucun garçon, ne comprend combien le jaune et le blanc se marient bien. Mélusine a dû s’y prendre à plusieurs reprises, pour que je sache comprendre les couleurs et leur harmonie...

Confuse, rosissante, elle croqua sa pâtisserie et se consola au moins un peu : c’était toujours aussi bon, aussi goûteux, aussi fondant sur la langue. Lancelot ou pas, son plaisir était préservé.


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyMar 10 Oct - 0:14

Tu ne peux faire disparaître ton sourire alors que Agathe tente par tous les moyens de détourner ton attention de ce qu'elle a pensé tout haut. De plus, tu as suivi son regard et, étrangement, la boutique de Lancelot se trouve dans cette direction. Tu choisis de ne pas l'interrompre, cependant. Les émois amoureux sont les plus fabuleux et qui es-tu pour ne serait-ce qu'envisager de tourner en ridicule des sentiments si purs ? Tu l'as déjà une fois par le passé, non intentionnellement, certes, mais le résultat a été le même : tu as blessé profondément quelqu'un à qui tu tenais et tu t'es promis que plus jamais tu ne trahirais Mirta, quelle que soit la situation.
 
« Je crois simplement que les pâtissiers avaient une autre recette. Tu sais… Tu sais, les saveurs et les odeurs qui nous ramènent dans notre enfance? C’est ça, ici, pour moi. »
 
Tu hoches la tête, comprenant l'idée qu'elle veut te communiquer. Oh, les fumets des cuisines de Sombreciel ne sont pas ce qui te ramène à ton enfance. Tes saveurs et tes odeurs sont bien plus typiques de ton duché tant aimé mais si différents des autres par certains aspects. Ton esprit te mène directement à l'odeur d'huile de tes engins, diverses et variées, mais sèches et grondantes à l'odorat. Il te mène au parfum entêtant des rosiers si éprouvés du domaine de Séverac. Il te guide jusqu'à l'odeur de Castiel, familière et synonyme de « foyer ». Il te fait dériver jusqu'aux effluves salées de la mer se déchaînant sur les côtes de Sombreciel. Il te fait valser vers les odeurs propres aux bordels, mélange de senteurs florales ou épicées, de renfermé et de débauche. Elle te rappelle le goût somptueux de vos tartes sucrés, de la cannelle qui l'accompagne à la perfection.
 
Ton regard s'éloigne de ces souvenirs et tu hoches la tête, lui signifiant ainsi que tu saisis cette nostalgie qui la pousse à revenir ici, addictive et satisfaisante. Pour abréger ses souffrances – pour la remercier en secret d'avoir ravivé de si belles choses en toi –, tu ramènes le sujet à votre mission principale : « Alors, de quelle boutique est-il question ? » Le silence te répond et tu la vois se pencher légèrement. Sagement, tu suis son regard une nouvelle fois et une ombre choisit ce moment-là pour passer à la fenêtre de la boutique de Lancelot. Ton sourire s'agrandit quand Agathe se recule brusquement, le rouge aux joues.
Tu croques dans ta pâtisserie et la mâches joyeusement.
 
Elle finit par te montrer la boutique. « Celle de Lancelot l’Adroit. » Intérieurement, tu frappes des deux mains en laissant échapper un rire jubilatoire. Agathe. Lancelot. Agathe et Lancelot. Agalot, par Mirta ! Extérieurement, tu pinces tes lèvres brièvement pour t'empêcher de dire quoique ce soit, pour la laisser continuer sa confession. « Elle est à droite, avec les bouquets de tournesol et de marguerites. Je… Je disais qu’il était marié, parce que personne, aucun garçon, ne comprend combien le jaune et le blanc se marient bien. Mélusine a dû s’y prendre à plusieurs reprises, pour que je sache comprendre les couleurs et leur harmonie... » Tu retiens tout commentaire car, toi-même, tu as emmagasiné ton content de connaissances en terme de couleurs, de vêtements, d'agencement. Ta sexualité n'aiderait clairement pas le cas de Lancelot, ni la confusion que semble vivre Agathe.
 
Elle croque dans sa douceur et tu suis son exemple, pensif. Ce n'est qu'une fois que tu as avalé ta bouchée que tu lui réponds brusquement : « Remballe ton gâteau, Agathe, nous avons à faire. » Tu replaces le tien, entamé, dans le linge fin qui contient les autres et te lèves déjà, la chaise raclant contre le plancher. « Allons voir la boutique de Lancelot l'Adroit. » Tu hésites un instant à lui révéler que tu le connais bien, mais te ravises au dernier moment. Tu pourrais lui dire qu'il n'est pas marié. Tu pourrais lui chanter ses louanges. Pourtant, comment pourrait-elle apprendre à le connaître si tu étais celui qui lui révélait tout cela ? Non, l'expérience est bien plus enrichissante que la théorie. « De ce que j'en sais, ce cher l'Adroit n'est pas marié. » Ce qui est vrai : aux dernières nouvelles, ton ami était toujours célibataire. « Il te faut sauter le pas, ma chère. Allons voir ces féminités de nos propres yeux et tâter le terrain. »

Tu as hâte de voir ce que va donner cette rencontre aujourd'hui. Peut-être apercevras-tu quoique ce soit chez Lancelot qui trahirait un quelconque intérêt pour la jeune Martel ? Tu aviseras en fonction. En tous les cas, tu es prêt à quitter la boutique et à mener vos pas en toute nonchalance jusqu'à la devanture dans un premier temps. A moins qu'elle ne souhaite directement entrer ? Tu la suivras sans souci, bien trop enthousiaste à l'idée de ce qui va se jouer.



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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 13 Oct - 17:21

Elle avait obéit bien docilement, en rangeant sa pâtisserie dans son papier d’origine. Qu’avaient-ils donc à faire de si urgent, alors qu’elle venait de s’humilier en confidences houleuses? D’une part soulagée de ne pas devenir le centre de l’attention, suite à ses explications boiteuses, d’une autre part bien consciente de ne pas être très signifiante auprès d’un garçon noble aussi désinvolte et libre que Melbren, Agathe se redressa à son tour. Environ soulagée, elle déposa le petit paquet de pâtisseries sur le plus gros, celui qui était joliment paré de rubans chatoyants. La blondinette hésita un moment à comment transporter le tout, puis, finalement, lova ses trésors contre son ventre, retenant les paquets de ses deux mains.

-Allons voir la boutique de Lancelot l'Adroit
- ...Que.. Hein? Pourquoi?
-De ce que j'en sais, ce cher l'Adroit n'est pas marié.  Il te faut sauter le pas, ma chère. Allons voir ces féminités de nos propres yeux et tâter le terrain.

Pendant un instant, Agathe resta figée, hagarde. Il n’avait rien compris de ce qu’elle souhaitait qu’il comprenne. Il avait plutôt compris précisément ce qu’elle voulait garder pour elle, pour elle seule, bien jalousement, par crainte que tout devienne beaucoup trop réel. Elle songea à refuser catégoriquement, à prétendre un malaise, à défaillir, à s’enfuir à toutes jambes jusque sur les pavés sacrés d’Isil, loin du petit air amusé et pétillant du Cielsombrois. Mais elle le savait bien, Agathe, que toute fuite donnerait raison à ce que Melbren semblait supposer bien injustement et sans le moindre fondement.

- Nous pouvons le voir de la vitrine, Melbren. Il n’aimerait pas être dérangé pendant son travail, je suppose… Il se prend tellement au sérieux, avec son art.

La boutique n’était pas loin. Pas loin du tout. De l’autre côté de la rue un peu achalandée, elle siégeait, dodue, décorée de jolies fleurs. Malgré cette proximité, il semblait bien que le trajet soit long. Elle traînait les pieds, un peu, un rien, en laissant entrer quelques clients avant d’elle-même sortir. Puis, une fois sortie, la mignonne releva le museau vers le ciel, comme pour mieux se baigner de la douceur de la journée. Son sourire était petit, sur son minois, et en rien assuré, loin de là. Toujours aux côtés de Melbren, Agathe prit grand soin d’observer la devanture de la boutique adjacente à celle de L’Adroit sans réellement voir de quels produits il s’agissait. Des fourrures..? Ah, oui. Elle reconnaissait bien l’hermine, sur le col d’une cape brodée avec grande délicatesse. Elle en avait vu, en Valkyrion. Intéressée à faire languir encore Melbren, la Belliférienne allait lui signaler qu’elle avait déjà touché la fourrure délicate de cet animal, une fois, mais l’air amusé de son compagnon la fit rougir. Il voyait bien ce qu’elle cherchait à faire… Elle retardait l’inévitable, alors qu’ils approchaient inexorablement la devanture des Merveilles adroites. Agathe s’inclina sur les nombreux barils de fleurs et, de sa main libre, cueillit l’une des fleurs de cette rivière de marguerites. Elle la glissa à sa chevelure blond argenté : le jaune et le blanc s’harmonisaient si bien! Elle ne le faisait aucunement pour Lancelot, lui qui décelait si aisément ces petits détails. Jamais.

- Le vois-tu? …

Elle sursauta presque lorsque la porte s’ouvrit et manqua de relâcher ses paquets sur le sol. Comment l’Adroit avait-il pu les voir approcher, alors qu’ils erraient sur le côté de sa boutique? Les yeux grands, un peu pâle, Agathe laissa entendre un soupir faible quand une cliente richement vêtue quitta la boutique sans leur adresser un regard, le nez en l’air sous son chapeau extravagant. L’adolescente ferma les yeux alors que sa frayeur se dissipait et qu’elle pouvait savourer l’étendu de son propre ridicule.

- Je.. Melbren..? Je suis bien? Mes cheveux… Ils.. Mes cheveux sont bien? ...

Elle gardait son museau en berne pour souligner cet aveux qui n’en était pas réellement un. Du fond du coeur, elle espérait que le jeune baron comprenne qu’elle ne souhaitait pas offrir à Lancelot l’Adroit une raison de se moquer d’elle, alors qu’il était lui-même si ridicule, si risible et insignifiant. Mais elle ne se leurrait pas, Agathe, pas vraiment. Il comprendrait des sous-entendus plus personnels à sa question. Elle capitulait, alors qu’il allait l’entraîner à l’intérieur. Il était trop tard pour argumenter. C’était une mauvaise idée. Tout ceci, tout ce scénario, c’était une terrible et très mauvaise idée.


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyMer 18 Oct - 19:11

Elle semble figée, Agathe. Tu sais combien elle doit paniquer en son for intérieur, mais tu sens qu'elle doit passer le cap. Certes, tu t'amuses et tu aimes pousser les gens les uns – contre – vers les autres, mais tu sens aussi que ce sujet la touche suffisamment pour qu'elle t'ait amené ici pour espionner Lancelot. Alors, il lui faut prendre son courage à deux mains. Toi, tu es là pour accélérer les choses. Tu peux te permettre des inconvenances, des indiscrétions ; tu es Cielsombrois, après tout, et dernier fils des Séverac. Les gens n'attendent que cela de toi : de dépasser les bornes, d'embarrasser les gens, d'être celui qui bouleversera les émotions, voire les pensées.
Tu es prêt à tenir ce rôle, si nécessaire.

« Nous pouvons le voir de la vitrine, Melbren. Il n’aimerait pas être dérangé pendant son travail, je suppose… Il se prend tellement au sérieux, avec son art. » Tu laisses échapper un gloussement. « Je suis certain que cette visite lui fera plaisir. Mon intuition me le souffle, Agathe. Allons-y, je serai là, de toute façon. Personne ne portera atteinte à ton honneur en ma présence. » Cela semble suffire car vous vous retrouvez bientôt dans la rue, son bras de nouveau passé dans le tien. Elle regarde partout, sauf devant vous, là où trône fièrement la boutique de l'Adroit. Fière et belle boutique qui détonne dans le paysage lorgois grâce à la bordure de fleurs au parfum entêtant sur sa fenêtre.
Agathe tourne la tête vers toi, mais s'abstient finalement de tout commentaire quand vos regards se croisent et tu resserres ta prise sur son bras, affectueusement – et peut-être un peu pour t'assurer qu'elle ne fuira pas dans la direction opposée.

Une fois près de la devanture, la jeune femme saisit une fleur qu'elle passe délicatement dan sa chevelure. Tu lui offres un regard plein d'approbation et un sourire doux. Tu reportes ensuite ton attention sur la boutique. Tu vas pour lui répondre que tu ne le vois pas encore, quand la porte s'ouvre dans un joyeux tintement qui te met du baume au cœur. Tu sens Agathe sursauter contre toi et laisser échapper un soupir de soulagement quand il ne s'agit que d'un client lambda.
 
« Je.. Melbren..? Je suis bien? Mes cheveux… Ils.. Mes cheveux sont bien? ... » Tu ne peux lui tapoter la main à cause des paquets qui l'encombrent ; les paroles devront suffire. Tu lui adresses un sourire sincère, sans aucune trace d'amusement. « Agathe, tu es resplendissante. Tu n'as pas à t'inquiéter de quoique ce soit. » Un hochement de tête plus tard et vous entrez dans la boutique dans une mélodie de tintements.
 
Tu repères rapidement Lancelot, en train d'emballer un objet pour un jeune homme. Lorsqu'il lève les yeux vers vous, tu lui adresses un signe de la main, avant d'aller examiner les étals avec Agathe. Tu t'arrêtes sur un objet qui t'est inconnu, en t'étonnant doucement : « Qu'est-ce donc cela ? », avant d'ajouter tout bas, rien que pour la jeune femme : « Détends-toi, je suis certain que cela va bien se passer. Je suis là, dans tous les cas, si tu as besoin. » Tu lui adresses un clin d’œil rapide tout en appuyant un bref instant ton épaule contre la sienne, dans une affection toute particulière.
 
Tu tournes la tête et constates que le client s'apprête à franchir la porte. Tu reprends tout ton aplomb et reportes ton attention sur ton cielsombrois d'ami. « Lancelot ! Mon bon ami ! » Tu guides Agathe jusqu'au comptoir, avec une délicatesse ferme. Tu ne lâches son bras que pour aller étreindre amicalement ledit ami. Tu te recules et tends à nouveau ton bras à la demoiselle, au cas où elle en ait besoin. « Je te présente une de mes grandes amies : Agathe Martel. Elle est la pupille de ma sœur, tu sais ? » Tu reportes ton attention sur la jeune femme : « Agathe, voici Lancelot l'Adroit, un ami de longue date. Cependant, il me semble que vous vous connaissez déjà, tous les deux ? »
 
Que le jeu du hasard commence. Que Mirta, le Destin et Trelor vous accompagne.



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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 20 Oct - 3:54

Il y avait déjà quelqu'un dans la boutique quand je les vis s'approcher de ma vitrine tous les deux.  Bien que l'homme m'accaparait de questions, je continuais de les observer du coin de l'oeil, à leur insu probablement.  J'avais une formation d'espion derrière moi, et garder l'oeil sur deux chose en même temps n'avait rien de très compliqué pour moi, surtout en l'occasion où je n'entendais qu'une seule bribe de conversation : la mienne avec ce potentiel acquéreur d'une de mes petites merveilles.  En l'occurence, il s'agissait de l'une des petites créatures ailées qui étaient en soit ma spécialité.  De petites danseuses volantes.  Leurs pas de danse étaient d'une simplicité, on n'aurait dit même qu'une simple pirouette, néanmoins, elles avaient un succès fou, car en plus d'enchanter l'objet grâce à une entité, je faisais également appel à un mage afin de lui permettre de léviter.  La petite poupée dansait donc tout en flottant et c'était probablement ce qui garantissait le succès de la chose.  En voyant Agathe, je songeai que si j'étais un peu plus habile de mes mains, j'aurais pu tenter d'en faire à son image et lui donner ses traits fins.  Malheureusement, mes poupées de cette taille n'avait qu'un visage plutôt grossièrement esquissé : les pièces étaient trop petite pour que je fasse mieux.  Pourtant, l'idée d'en faire une sur le modèle de la Belliférienne me travaillait.  J'esquissai un sourire amusé en voyant Agathe tenter de remettre de l'ordre dans sa coiffure : depuis quand se souciait-elle de savoir ce dont elle avait l'air devant moi?  À part pour me montrer à quel point un homme tel que moi ne pourrait jamais être vu au bras d'une femme telle quelle.  Pour ma part, toutefois, je la considérais encore comme une enfant.  Elle était jeune et son éducation beaucoup trop sévère la rendait si naïve du monde.  C'était peut-être justement ce qui la rendait aussi intéressante à mes yeux.

Je ne fis pas mine de les remarquer quand ils poussèrent la porte de la boutique, faisant tinter les clochettes accrocher au chambranle de la porte.  Je continuai d'emballer avec soin le paquet pour le jeune, qui semblait plutôt anxieux de voir la chose se casser avant d'atteindre sa destination.  Il me sous-estimait.  Je n'aurais jamais toléré de voir l'une de mes créations abîmée par ma négligence.  Sous ses yeux scrutateurs, j'enveloppais la petite fée volante avec toute la délicatesse nécessaire.  Je lui expliquai qu'il n'avait qu'à lancer la fée dans les airs pour la faire planer et que pour la ranger, il suffisait de la poser avec douceur sur une surface plane.  Il me paya le compte en fleurons et j'empochai ceux-ci en silence avant de lui souhaiter un bon voyage.  Il ne restait maintenant plus que Melbren, Agathe et moi dans la boutique.  Il était temps de les accueillir.

Mon ami songea la même chose que moi et suite à m'avoir salué il me rejoint au comptoir, traînant derrière lui la petite Agathe, avant même que j'aie pu esquisser le moindre mouvement pour les rejoindre.  Je partageai l'étreinte avec chaleur.  Il me faisait extrêmement plaisir de voir le Cielsombrois, que ne je n'avais pas vu depuis longtemps.  Un petit tressaut de remords me prit la gorge en songeant à cette dernière lettre à laquelle je n'avais toujours pas répondu.  Avant de me dire que finalement, c'était une bonne chose puisqu'il ne l'aurait pas reçu tout de suite.

Quand il me présenta Agathe, je réprimai un sourire amusé.  Il savait très bien que je l'avais déjà rencontrée puisque je le lui avais mentionné dans une lettre peu après notre rencontre que j'avais trouvé amusante.  Je ne lui avais pas vraiment toutefois parlé des suivantes.  Je m'inclinai et pris la main de la demoiselle pour y faire un baisemain.

« Je suis heureux de te revoir Melbren, j'allais justement répondre à ta dernière lettre.  Que de merveilleuses découvertes!  Fameux! Vraiment! » m'exclamai-je d'abord.  Puis reportant mon attention sur la demoiselle : « Il me semble avoir déjà eu l'honneur de danser avec cette charmante dame, mais il ne serait point galant de ma part de parler de l'état de nos relations sans son accord. »

Un large sourire étira mes lèvres tandis que j'inclinais la tête pour montrer mon respect à cette jolie demoiselle.  J'en profitai aussi pour m'éloigner un peu du comptoir où nous étions un peu à l'étroit à trois.

« Mademoiselle Agathe me permettra-t-elle de dire qu'il me fait plaisir de la revoir ou trouverait-elle cela trop inconvenant?  Je suis votre humble chevalier servant, ma dame, » déclarai-je donc sur un ton extrêmement sérieux.  Je la taquinais un peu, sans chercher à pousser un peu trop loin le bouchon.  C'était une âme délicate et si j'aimais à la voir rougir et s'indigner contre moi et mes manières fleuries, je n'avais point envie de lui causer quelques torts que ce soit.  Un peu de moquerie sans mesquinerie ne lui ferait pas de tort.  Et quelque chose me disait que Melbren trouverait aussi ce petit jeu innocent plutôt amusant.






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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyMer 25 Oct - 5:10

La présence de Melbren ne la rassurait pas, bien loin de là. Si elle appréciait être dans son ombre, être invisible, à ses côtés, et le regarder être si lumineux d’une manière parfaitement sévéracienne, Agathe n’appréciait pas particulièrement que lui, cet enfant terrible, veuille soudainement la mettre elle, la Belliférienne, en évidence. Son secret, son précieux secret, serait assurément dévoilé au grand jour. Elle se sentait misérable de s’être dévoilée ainsi. Elle se sentait nerveuse et un peu triste, aussi, convaincue que si Lancelot décelait cette affection, s’en serait terminé à tout jamais. Pour se rassurer et tenter de vaincre son angoisse, Agathe se répétait comme une ritournelle que jamais Melbren serait suffisamment cruel pour dévoiler au grand jour une supposition qu’elle n’avait aucunement validée.

Les merveilles qui étaient disposées sur les nombreuses étagères et tables de la boutique aidaient la Belliférienne à se calmer et se rassurer. Là, une petite danseuse tournait inlassablement sur elle-même, un bras délicat relevé par-dessus sa tête blonde. Ici, un oiseau enchanté voletait de quelques coups d’ailes assurés. Elle s’inclina vis-à-vis celui-là afin de l’observer plus en détail. Il ressemblait énormément à celui qu’Aubrée lui avait offert, l’année dernière. Que c’était joli… Elle n’avait jamais avoué devant son aînée -plutôt embrasser un cielsombrois!- mais il était vrai que l’Adroit avait un talent incroyable. Combien d’heures avait-elle perdu à observer l’oiseau bleu battre des ailes, encore et encore, infatigable?

- Qu'est-ce donc cela ?
- Oh! On dirait un chat, mais…

Mais c'était un lynx, peut-être bien. Agathe ne savait jamais si la quantité de poils dans les oreilles étaient synonymes d’un chat chevelu ou d’un réel lynx mythique des contrées du Nord. Elle fronçait les sourcils en tentant de résister à cette envie de soulever le miniature pour mieux l’observer sans voir le regard de Lancelot qui se posait sur eux. Si Agathe avait une main de plus en plus certaine, à force d’entraînement avec sa tutrice, il était vrai qu’elle ignorait si Lancelot leur permettait de déplacer ces petites merveilles. Elle se concentrait très fort à détailler les automates et surtout, surtout ne pas penser au créateur et cette position impossible.

-Détends-toi, je suis certain que cela va bien se passer. Je suis là, dans tous les cas, si tu as besoin.

Elle lui avait offert un demi-sourire avant d’apporter son index jusqu’à ses lèvres, l’espace d’une petite seconde, pour lui rappeler gentiment de garder silence. Son coup d’épaule léger lui avait rendu un semblant de bonne humeur et de légèreté, qui s’évanouissaient déjà alors qu’ils approcher du comptoir. Soucieuse, Agathe examina avec grande attention l’évolution des salutations. Melbren exagérait énormément en la qualifiant de grande amie, mais il fallait bien avouer qu’elle était un peu flattée de se sentir si importante le temps d’une civilité. Comme pour donner plus de véridicité aux paroles de son accompagnateur, elle déposa sa main sur son bras non sans délicatesse, déjà prête à retirer sa main au besoin pour détaler comme elle savait si bien le faire.

Puis Lancelot l’Adroit se prononça avec un sérieux. Il se souvenait de cette soirée! Il se souvenait de la danse! Elle écarquillait les yeux, la blondinette, en sentant une chaleur irradier de ses pommettes. Alors, il se souvenait aussi de sa fuite, après son baise-main. Puis, en l’espace d’une seconde, son sérieux charmant laissait place à mille plaisanteries non-dites. Il ne la prenait pas au sérieux, bien loin de là. Il la taquinait méchamment sur la convenance et ses manières. À l’instar d’une marée, la jeunette sentait l’agacement l’envahir peu à peu.

Elle le détestait tant.

- Et si je ne vous le permets pas, nous serions en bien fâcheuse position.

Dans sa grandeur extrême, la mignonne inclina la tête et déposa sa main sur son coeur, après avoir abandonné le bras de Melbren au passage.

- Je vous permets, Lancelot l’Adroit. Décrivez-moi l’étendu de votre bonheur quant à ma présence. Un quatrain fera l’affaire...

Oh… Elle tremblait! Elle s’empressa de plonger sa mimine contre le bras de Melbren pour calmer son émotion. Elle n’avait pas bégayé! Pas une fois. Comme elle était fière de son audace! Lui remettre sous le nez toute sa féminitude à pleurer de la poésie! Elle en aurait savouré le moment, si seulement sa tête ne tournait pas autant. Le monde tanguait un peu, juste un peu. Agathe avait oublié de reprendre son souffle.

Elle détestait tellement!


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptySam 28 Oct - 9:08

J'hochai simplement de la tête avec un sourire.  Comme elle était mignonne ma petite souris quand elle prenait de grands airs.  Elle qui n'était encore qu'une petite enfant et prétendait agir comme une grande dame.  C'était adorable.  Pourtant, pourtant… C'était étrange, je n'avais pas devant une femme, pas encore, mais ce n'était plus non plus la délicieuse enfant que j'avais fait valser lors du mariage de Mélusine.  Avait-elle bien vieilli, ma petite Agathe?  Je ne pouvais me résoudre à cette idée.  C'était sa jeunesse et les pensées qu'elle avait qui la rendait si attachante.  Néanmoins, je ne pouvais m'attendre non plus à ce qu'elle reste une enfant toute sa vie.  Et puis, son plus grand rêve était de se voir enlevée dans les bras de son prince charmant.  Un peu plus de rondeurs et d'assurance ne lui seraient pas en surplus.  Même si la pensée qu'elle n'en avait pas besoin me frôla curieusement l'esprit.  Il me semblait qu'elle n'avait pas besoin d'être une femme faite pour plaire.  Le plus étrange dans tout cela étant que je songeais également pour me plaire.  J'avais d'étranges idées, bien décidément.  Le défi qu'elle me proposait était toutefois à la mesure de m'empêcher de m'égarer sur de tels sentiers boueux.  L'effet fut rapide, ce fut presque instantanément que je mis en œuvre mon cerveau afin de satisfaire la demoiselle : il était hors de question de faire moins bien qu'elle ne l'exigeait dans sa coquetterie, je désirais même l'épater.  Il m'était apparu comme très clair à plusieurs reprises qu'elle méprisait les hommes dans mon genre, à l'âme sensible et délicate.  Or, je lui montrerais que nous aussi, nous savions tout aussi bien toucher les cœurs qu'une grosse brute sauvant les demoiselles en détresse.

« Laissez-moi instant, que je trouve les mots justes.  Je ne vous ferai pas la honte de vous offrir de pauvres vers, » répondis-je avant tout, levant une main pour interrompre toute protestation.  Je n'étais pas poète de formation, et bien que j'avais tenté d'en écrire quelques uns par le passé, je ne m'y étais pas trouvé nécessairement un talent fort prometteur.  Je préférais lire et citer ceux des autres qu'inventer les miens propres.  Mais pour le bon plaisir de ma dame, j'allais m'exécuter avec le plus d'élégance possible.

« D'un vol au-delà des nuages, lançai-je avant tout, Voilà le titre, » expliquai-je ensuite, en retroussant mes manches comme si j'allais me mettre à la table de mon atelier pour fabriquer quelques pièces délicates de mécanisme.  Il fallait une bonne pâte à gâteau, mais aussi un crémage succulent pour le marier.

« Tel un oiseau qui vole, bonheur d'un doux instant
Porté par les courants, l'air chaud me transporte
Une voix d'ange chante l'espace d'un moment
Mais douce Agathe, est-ce vous à la porte?

Je quitte mes nuages, compagnons de mes rêves
Sans l'ombre d'un regret, avec le fol espoir
De vous retrouver, votre visite est trop brève
Ne désirez vous point vous asseoir au boudoir?

Restez tendre amie, ne partez point si tôt
Tant de mots voudrais-je encore vous dire tout haut
Mais vous aussi êtes soumise au cri du ciel

La joie de vous revoir est si fabuleuse,
Votre présence me paraît miraculeuse
Savourons en choeur ce bonheur immatériel.
»

Je marquai un arrêt, après avoir déclamer ce pauvre sonnet de mon cru, rédigé alors même que je parlais.  Je scrutai le visage de la jeune femme, en quête d'une réaction.

« Eh bien, cela célèbre-t-il suffisamment mon plaisir de vous revoir?  Je vous avouerais être un fort piètre poète, je préfère apprendre les vers de ceux qui savent manier les mots avec plus d'art.  Vous me pardonnerez tout de même les quelques maladresses que j'y aurais mises, n'est-ce pas?  Votre cœur est beaucoup trop généreux pour m'en tenir rigueur. »

À ce moment, je regrettais presque de ne point avoir pour nez une masse proéminente.  Peut-être aurais-je alors eu un peu plus d'esprit et aurais-je pu réciter quelques prouesses poétiques sans l'ombre d'une hésitation.






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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptySam 28 Oct - 16:27

Tu fais un geste de la main pour faire comprendre à Lancelot que ce n'est pas grave, pour la lettre. Vous ne vous répondez pas toujours avec régularité, mais savez que vous pensez l'un à l'autre, parfois, c'est ce qui compte. Puis la conversation se tourne vers Agathe et tu trépignerais presque d'anticipation. La jeune femme ne déçoit clairement pas tes attentes, d'ailleurs : elle fait languir Lancelot l'espace d'un instant et tu vois là tout le potentiel d'Agathe, tu entrevois ce que Mélusine a pu voir en elle. Une grande fierté t'envahit, mais si ce n'est en rien de ton fait.

Ton bras retourne tranquillement le long de ton flanc quand la jeune femme le lâche et tu te recules d'un pas, tout petit, mais suffisant pour les laisser dans leur bulle, pour effacer juste ce qu'il faut ta présence intruse à leur balai que tu pourrais presque qualifier d'amoureux, par certains aspects. En tous les cas, le flirt est là, léger. Tu connais Lancelot, du moins suffisamment pour savoir qu'il s'amuse là, mais tu décèles autre chose. Ce petit quelque chose qui te fait hausser un sourcil surpris et retenir ton souffle quant à la suite, comme si se jouait devant tes yeux une pièce de théâtre très prometteuse.

Et… oh que tu n'es pas déçu. Lancelot lui sert ce poème improvisé et c'est tout simplement fabuleux. Ton ami fait un réel effort, il cherche à impressionner la jeune femme, cela ne fait aucun doute. Tu n'as pas le fil de ses pensées pour confirmer, infirmer ou modifier ce que tu déduis de tout ça, mais tu sens que quelque crépite entre eux, dans l'air, là, juste sous leur nez. Et tu jubiles. Oh oui, tu jubiles et tu frappes des mains dans ton esprit parce qu'il y a tellement de choses possibles, là, durant ce court moment, dans la boutique de Lancelot l'Adroit, face à Agathe Martel. Tu souhaiterais presque pouvoir faire disparaître ta présence pour qu'ils continuent sans oreille indiscrète.
Presque.

Pourtant, tu combats ta curiosité maladive et tu te forces à dire :  « Je m'excuse de vous interrompre. » Un sourire qui montre clairement que tu n'es pas désolé, vu ce qui va suivre :  « Je viens de me rappeler une course importante à faire non loin. » Tu te tournes vers Agathe.  « J'espère que vous me pardonnerez ce contretemps. Je reviendrai reprendre votre bras une fois qu'elle sera terminée. » Tu attrapes sa main, la frôles de tes lèvres, avant de te redresser.  « Soyez sages en mon absence, jeunes gens. » Un clin d'œil qui veut dire tout le contraire et te voilà déjà traversant la boutique pour aller faire tinter la porte d'entrée.

Ils ont bien des choses à se dire, c'est évident. Cela ne peut leur faire de mal.
Tu as hâte de voir le résultat.



Melbren #531E57 – Lichen #A3581B














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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyJeu 16 Nov - 16:26

C’était moi! C’était moi, la douce Agathe, qu’elle se disait, la mignonne, le regard brillant et la gorge brûlante. Il lui déclamait un poème inventé, un poème rien que pour elle, et c’était la plus jolie chose d’Ibélène. Il avait dans sa façon de s’exprimer des intonations qui lui rappelaient le barde qu’elle avait croisé à une auberge, avec Mélusine, il y avait déjà une année. Le temps d’un poème, le temps de quelques rimes croisées et d’un sonnet maîtrisé, Agathe avait oublié la masculinité de Bellifère, les muscles tendus et les armes levées. Il n’y avait que lui, Lancelot, et elle, Agathe, au milieu de nul part. C’était chose évidente que de dire qu’aucun Belliférien ne saurait la faire rêver avec autant de douceur, en si peu de mots.

Elle allait répondre, le visage adouci par tant de poésie et le coeur rassasié d’attention, lorsqu’elle se souvint de la présence de Melbren à ses côtés. Embêtée qu’il se retire tout autant que soulagée qu’il ne soit pas témoin de cette scène étrange et gênante, Agathe le regardait se défiler d’excuses en excuses. Elle prenait enfin conscience qu’ils se connaissaient, Lancelot et lui, et qu’il avait entendu son plaidoyer un peu plus tôt, à la boutique de beignets. Il ne semblait offusqué de rien, l’enfant Séverac, lui faisant même un baise-main délicat sous le nez de Lancelot. Si elle rougissait un peu, comme à chaque fois que les lèvres d’un homme se posaient sur le dessus de sa main, elle ne fit aucun commentaire pour le retenir. Au contraire, elle lui souhaita prudence tout en suivant sa sortie.

Ce n’est qu’une fois la porte fermée qu’Agathe revint sur Lancelot. Ils étaient seuls. Aucun client pour interrompre leur conversation ni pour être témoin de la scène. Elle se sentait légèrement tendue, maintenant, et honteuse d’avoir tenu de bien vilaines paroles à l’endroit de l’homme qui se tenait devant elle. Oui, elle le jalousait. Oui, il était ridicule dans son art. Oui, il l’intriguait à être si différent. Sa haine était retombée comme un mauvais pain. Il la taquinait, elle s’emportait. Désormais qu’ils étaient seuls, elle hésitait à s’entêter dans sa guerre ouverte contre ses manières peu masculines ou accepter de s’ouvrir un peu.

- Vous n’aviez pas menti, lors de cette danse.

Elle s’efforçait de le vouvoyer, encore et toujours, pour garder cette distance qu’il avait lui-même instauré, l’année dernière. Il n’y avait pas de tabouret, ici, devant le comptoir. Agathe se contenta de croiser le bout de ses mains contre le comptoir, quelques paquets abandonnés là par Melbren, le temps de son absence.

- C’était un joli poème, Lancelot… Vous l’avez réellement inventé à l’instant?  

Pour une rare fois, il n’y avait pas ce petit air narquois sur ses traits. Aucune raillerie dans sa voix. Les sourcils froncés, Agathe s’inquiétait seulement de la sincérité de son vers plutôt que de se moquer de sa poésie. Elle détourna son attention le temps de couler sur sa boutique un regard circulaire. Ils étaient très seuls. Les figurines mises en exposition semblaient être les seuls témoins de leur conversation, patientant sagement les prochains mots échangés.

- Je… Vous savez, je n’étais pas à Lorgol pendant.. Oh! Pendant longtemps. J’ai appris que… Elle s’était hissé sur le bout des pieds pour s’incliner vers l’avant, vers Lancelot, le minois tendu vers son oreille. Que la famille avait reçu une bien étrange visite. Un bouquet de roses… Étiez-vous présent?

La métaphore était aussi grosse qu’un dragon. Agathe se doutait bien qu’il allait comprendre aisément ce dont elle parlait. L’endroit n’était certainement pas le meilleur pour parler de ce sujet, mais il fallait bien avouer qu’ils se croisaient peu. Et puis… Et puis, en parlant de la Cour des Miracles, ils n’allaient aborder aucun sujet sensible. C’était déjà ça.


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 24 Nov - 7:05

Je lançai un regard surpris à Melbren lorsqu'il annonça son départ : vraiment?  Il n'avait pas l'air de quelqu'un très occupé et je voyais mal quel genre de course pouvait-il avoir à faire dans les environs.  Bah, il reviendrait.  J'avais justement deux ou trois mots à échanger avec lui également à propos de quelques engrenages et j'aurais été ravi d'avoir son avis à ce sujet.  Je trouvais mon ami plus doué en mécanique que je ne l'étais bien qu'il était un peu plus jeune que moi.  Mais probablement était-ce car nous n'avions pas étudié de la même façon.  Mon savoir, je le tenais de livres et d'apprentissage à l'aveuglette.  Je n'avais pas eu de maître pour m'enseigner l'art d'assembler ces petites pièces.  J'avais appris seul, en posant des questions à qui voulait bien y répondre.  Mon compatriote Cielsombrois lui avait fait un cursus un mécanique et il comprenait donc des choses beaucoup plus intéressantes, il pouvait faire des choses beaucoup plus complexe.  Oui, j'éprouvais du regret qu'il ne s'en aille, mais j'étais au fond de moi content aussi de me débarrasser de lui.  Je n'étais pas d'une nature particulièrement taquine, pourtant la petite Martel faisait ressortir ce trait de ma personnalité et je ne pouvais m'empêcher de l'enquiquiner un peu dès que je la voyais.  Et j'aimais bien le faire sans témoin.  Non pas pour mieux intimider la belle, car je ne tentais point de la faire souffrir, simplement de réveiller en elle ces petites réactions mignonnes.  Elle ne le savait pas, la jeune femme qui commençait à mûrir telle une fleur devenant un fruit sucré, combien apercevoir le bout de son nez devant ma vitrine pouvait ensoleiller ma journée.  Ses passages, même pour se moquer de moi et montrer combien j'étais indigne d'elle, me procuraient un certain réconfort, une petite chaleur agréable dans la poitrine.

« Bien que mon métier puisse m'obliger à mentir aussi bien qu'un Lagran, je vous prie de croire en mon honnêteté sur la chose.  Je ne me jouerais point de vous au sujet de l'art, soit-il des mots, car rien n'est plus sacré. »

En vérité, je n'avais jamais menti à Agathe, même lorsqu'elle avait fait ce portrait de moi.  Un peu inexact si on le prenait au sens propre, mais une fois transférer dans les dimensions de l'imaginaire et de la métaphore, il devenait tout à fait vrai.  Elle avait affaire à un Cielsombrois et comme mes confrères, l'art des mots et de leur interprétation ne m'était point inconnu.  Je ne pus retenir un sourire en la voyant, le visage tendu vers moi, appuyée contre mon comptoir de vente.  On aurait presque pu croire que j'étais l'un de ses prétendants, mais je n'avais pas la prétention d'en faire partie : j'étais bien trop conscient qu'un homme tel que moi n'attirerait aucun de ses regards, elle me l'avait fait bien sentir, et je me gardais donc d'être ébloui par son charme, beaucoup plus assuré qu'à notre dernière entrevue.  C'était très certainement les effets secondaires de fréquenter Mélusine, délicieuse créature flamboyante, mais quelque peu trop tapageuse.  J'espérais que ma petite souris resterait aussi discrète qu'elle l'était.

« Si, j'y étais, j'ai observé de loin.  C'était un bouquet bien fade, flétri et avec très peu d'intérêt pour la famille.  Pour ces raisons, nous ne lui avons point donné de vase. »

J'haussai les épaules.  Soutenant les objectifs de l'Ordre, je n'avais pas vu d'un très bon œil les démarches de la Rose Écarlate.  Elle était venue nous demander de l'aide sans toutefois rien nous offrir en retour.  Nous n'avions rien de justiciers.  Certains d'entre nous étaient issus de la pire raclure des rues de Lorgol.  C'étaient des survivants, des gens que la société avait laissé pour compte.  Pourquoi voudraient-ils venir en aide à ceux qui ne leur avaient jamais rendu la pareille?

Lors de cette rencontre, je m'étais tenu à l'écart, cachés dans les rangs des nôtres.  Nous étions tous des visages inconnus et la Rose elle se présentait visage voilé.  Elle ne se dévoilait pas, ne nous laissait pas apercevoir qui elle était.  Je n'avais pas voulu dévoiler qui j'étais inutilement.  Même à si peu de gens.  J'étais un espion, c'était mon visage et ma carrière d'artiste qui me servaient de couvertures et je ne désirais point que cela ne me soit enlevé.

« Mais pour être tout à fait honnête, lorsqu'il s'agit de fleurs, les roses me déplaisent beaucoup.  Elles sont prétentieuses en raison de leur beauté, mais leur parfum n'est point ce qu'on en dit et elles se dépérissent si vite.  Ce sont de jolies fleurs, mais elles ne méritent point toute la gloire que l'on leur accorde.  Ne trouvez-vous point qu'une branche de lilas est plus jolie? » demandai-je.  Je n'essayais point d'être métaphorique, bien que je ne ressentais pas d'affection particulière pour la Rose Écarlate, cette organisation millénaire.  Je n'avais en tête que de changer de sujet, parler de cette rencontre ne me servait pas.  La Cour était plus ou moins ouvertement favorable à l'Ordre et mes allégeances allaient à celle de la Cour en premier lieu.  C'était grâce à elle que j'étais l'homme que j'étais devenu et je préférais également éviter de parler de mes propres convictions à ce sujet.  Je trouvais cela préférable.  « Vous me faites penser à un lilas, Agathe.  Avec votre visage doux et fin.  Vous avez ce même parfum entêtant et si délicieux, » ajoutai-je sans vraiment y réfléchir.  Cependant, il était vrai qu'Agathe, ma petite princesse en exil, n'avait point cet éclat des fleurs tapageuses.  Ce n'était point un défaut, sa délicatesse et sa discrétion étaient d'admirables qualités.






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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptySam 9 Déc - 15:59

Sa description de la Rose Écarlate lui avait déplu. Lui qui connaissant tant de jolis mots, lui qui déclamait une poésie improvisée à toute heure du jour, n’avait-il rien de mieux que cette description, pour cette organisation vieille de mille ans? Elle avait à peine froncé les sourcils, bien consciente du secret qu’elle portait en elle et qui touchait personnellement des personnes de grand intérêt, pour elle. Agathe avait bien entendu la rumeur, celle que la Rose avait rencontré la Cour des Miracles et était repartie bredouille. Elle était avide de détails et l’occasion de s’informer plus en profondeur se présentait enfin à elle, sous les traits de Lancelot l’Adroit. La blondinette en était à réfléchir à cette métaphore un peu cruelle lorsqu’il reprit parole et déclara cette fleur bien arrogante. Parlait-il encore de la Rose ou parlait-il plus concrètement de la fleur? Elle hésitait à répondre, bien soucieuse de ne pas paraître plus sotte qu’elle l’était, le minois incliné sur ses mains croisées, entre eux.

- Vous me faites penser à un lilas, Agathe.  Avec votre visage doux et fin.  Vous avez ce même parfum entêtant et si délicieux.

Avait-elle sursauté? Agathe croyait que oui. Elle avait tressailli, elle en était presque certaine, lorsque le compliment était tombé devant elle sans s’annoncer. Si préoccupée par ses mains qui n’avaient pourtant pas bougé, elle en oubliait le rose qui marquait désormais ses pommettes. C’était un compliment réel, bien plus que toutes les civilités qui avaient pu croiser sa route, charmantes, certes, mais lisses de profondeur. Après son poème bien personnel, il lui offrait les mots les plus… Les plus… Il faisait chaud, non, soudainement? Il la trouvait délicieuse. Par Idril…!

- Merci…

Elle osait enfin le regarder, du bout des yeux, peinant à amenuiser son sourire qui fleurissait déjà sur ses lèvres. Il lui semblait que ses joues s’étaient enflammées un peu plus, lorsque leur regard s’étaient croisés. Elle détourna le visage, puis le regarda à nouveau à la dérobée, puis détourna à nouveau son minois puis… Puis… Agathe glissa une main distraite vers sa tête, s’assurant que la marguerite précédemment volée de la devanture fleurie des Merveilles adroites était toujours là à enjoliver sa chevelure dorée.

- Je… J’ai une affection pour les fleurs discrètes. J’ignorais que vous aviez la même…

Ses mots étaient tout bas, comme par crainte que les automates n’entendent et puissent colporter leur échange. La Belliférienne se risqua à décroiser ses mimines et à désigner l’accès à cette arrière-boutique, d’un geste vague mais délicat. Elle n’arrivait pas à réfléchir tout à fait clairement, alors que son courage était là, dans sa poitrine, gonflé par un compliment. Elle allait lui dire. Elle allait tout lui dire. Les horreurs de Valkyrion, ses cauchemars, les Pièces qui l’avaient sauvée. Et… Et… Sur un autre sujet, aussi, plus délicat.

- Pourrions-nous… J’aimerais vous entretenir de quelque chose. Je… Je n’aimerais pas que nous soyons distraits par l’une ou l’autre de vos clientes.

Ici plus qu’ailleurs, il lui semblait que les femmes étaient plus susceptibles de tendre l’oreille et de porter des rumeurs. D’autant plus qu’Agathe savait pertinemment qu’elle s'offusquerait de le voir faire des courbettes et des manières à la première cliente à franchir la porte, la reléguant au rang de quelconque fleur des champs. Comme à cette danse, au mariage de Mélusine. Aujourd’hui, Agathe ne souhaitait pas être celle qui l’occupait, en attendant qu’une autre n’intervienne.


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyLun 11 Déc - 14:10

Il semblait que j'avais réussi : mon compliment avait non seulement détourner l'attention de la jolie blonde de cette histoire de la Rose, mais cela semblait également lui avoir fait plaisir.  Le rose à ses joues lui allait très bien, maintenant que je me faisais la réflexion.  Je devrais la faire rougir plus souvent de plaisir à l'avenir, plutôt que d'embarras.  J'y éprouvais un plaisir encore plus satisfaisant.  Elle était belle la petite Agathe.  Nul doute que plus tard, elle ferait tourner les têtes sur son passage, lui attirant mille soupirants.  Avait-elle déjà tant vieilli depuis notre première rencontre?  Je me souvenais d'elle, ce petit museau effrayé qui ne se sentait pas à sa place.  Je n'avais pas vu le changement arrivé.  Ce n'était plus une enfant qui posait ses grands yeux sur moi.  Le contact de Mélusine l'avait-elle rendue si âgée?  Ce que je ne m'expliquais pas tout à fait toutefois, c'était qu'elle semblait autant troublée par mes propos.  Je ne devais pas être le premier homme à lui tourner un joli compliment et considérant qu'elle ne me voyait que comme un Cielsombrois dépravé doublé d'un ridicule trop féminin, je ne pouvais trop me figurer de quelle façon pouvait-elle se trouver autant embarrassée.  Cela me rendait quelque peu perplexe et j'observai le silence pendant un instant.  J'allais tenter un nouveau changement de conversation, trouvant l'atmosphère soudainement quelque peu étrange : où était cette Agathe qui aimait se pavaner devant pour me montrer, de son innocence d'enfant, que je n'étais pas assez bien pour elle?

Toutefois, toujours l'air embarrassée, elle me devança avec une requête qui m'étonna.  L'espace d'un instant, médusé, je la regardai : je n'avais probablement pas très bien compris sa requête. Pourtant, j'avais assez confiance en mes talents d'écoute, alors pourquoi ne voulais-je pas l'admettre?  Craignais-je qu'elle ne se compromette avec moi, la douce Agathe?  Non, pas vraiment.  Je ne croyais pas que ce fut possible.  D'ailleurs, contrairement à ce que certains peuvent penser de nous, les Cielsombrois, nous ne sommes pas des sauvages.  Si nous croyons en la liberté des corps et considérons qu'il est ridicule de s'abstenir de tout plaisir avant le mariage, nous ne forçons pas les gens.  Contrairement à certains hommes tas de muscles et sans cervelle.  L'idée que c'était peut-être ce genre d'homme que préférait la petite Belliférienne me fit froncer les sourcils.  J'étais nettement mieux à moi seul que tous les hommes de son duché de naissance réuni, ça j'en étais certain.  Subitement, j'étais un peu énervé et je ne savais trop pourquoi exactement.

« Un instant. »

J'allai à la porte que je verrouillai et tournai le petit écriteau qui indiquait la boutique était fermée avant de retourner auprès de mon invitée à qui j'offris mon bras, bien que la distance à parcourir fut courte entre l'avant-boutique et mon atelier.

« Permettez, » fis-je avant de l'entraîner vers mon antre secret.  Je lui tirai un banc pour qu'elle puisse s'asseoir et prendre un peu ses aises, même si mon logis n'était pas fait pour le confort.  Je n'avais malheureusement pas de magnifique canapé pour la recevoir, simplement de petits tabourets de bois.

« Ce n'est pas très confortable et je n'ai rien de mieux à offrir.  Un peu de thé? »

Je ne sais trop pourquoi je lui ai proposai une boisson chaude en plein moi d'août.  Il ne faisait très certainement pas froid.  Je crois que j'essayais de gagner un peu de temps.  J'avais un mauvais pressentiment à propos de cette conversation, je ne savais trop pourquoi.  Nous risquions de dire des choses qui nous déplairaient l'un à l'autre, je le pressentais vaguement.  Ma peur de ses mots était plus grande encore que celle de lui déplaire, ce qui était sentiment tout à fait étrange et désagréable.

« Je ne suis pas particulièrement habitué à recevoir des dames ici, ce n'est pas... je travaille beaucoup, » ajoutai-je en me grattant un peu la tête dans un geste nerveux.  La seule fille qui venait jamais ici pour autre chose que le travail – car je ne comptais pas les visites de mes associées comme des rencontres entre moi et une femme, c'était des consultations asexuées par leur lien avec l'art – c'était Mélodie et elle entrait et sortait comme elle le désirait, que je l'y invite ou non.  D'ailleurs, il ne s'était jamais rien produit de répréhensible entre elle et moi dans cette pièce.  Je ne savais également pas pourquoi j'avais ce besoin de me justifier autant dans ce débat intérieur.  Ce n'était qu'Agathe, la protégée de Mélusine qui n'avait pas un regard pour le maître des automates Lancelot.






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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 15 Déc - 16:53

Elle l’avait regardé traverser son commerce pour aller verrouiller la porte et retourner l’écriteau ouvragé. Il semblait bien hâté de dresser des barrières entre le monde et cette intimité qu’elle avait demandé si timidement. Ou était-ce simplement la volonté de ne rien se faire dérober? Probablement… Agathe se redressa pour attendre son retour, se permettant tout de même un regard par la fenêtre. Il ne fallait pas que Melbren revienne et se retrouve devant une porte fermée. Qu’allait-il penser d’elle? Il allait faire ce sourire un peu moqueur, celui que font les petits garçons plutôt malins qui ne sont pas très sages. Elle ne désirait pas être la source de ses malineries, mais il lui était plus important encore de se confier au Cielsombrois. Avec un peu de chance, ils seraient de retour au comptoir avant même que Melbren ne revienne.

Alors, quand Lancelot lui offrit son bras, elle y déposa sa main, comme une grande dame, pour l’accompagner jusqu’à derrière la porte de bois.

C’était un chaos impressionnant. Lancelot avait abandonné son bras pour tirer un tabouret et Agathe ne l’avait qu’à peine regardé s’exécuter, tant les rouages et les petites pièces amassés sur les étagères en des structures fragiles l’impressionnaient. Il y avait des silhouettes de poupée, sous des draps fin, qui rappelaient l’image idéalisée que les gens se faisaient des fantômes, des plans noircis de schémas complexes. L’artisan la tira de sa contemplation en posant le siège devant elle.

- Ce n'est pas très confortable et je n'ai rien de mieux à offrir.  Un peu de thé?
- Oh…! C’est parfait, Lancelot, merci. Je n’ai pas très soif… Une autre fois?

Elle avait promis à Aurore de ne pas accepter les breuvages d’un Cielsombrois, elle se souvenait parfaitement, la mignonne. Agathe se doutait bien qu’il n’allait pas profiter de cette proximité pour lui faire ingurgiter une substance étrange, alors que Melbren devait revenir prochainement, mais elle se méfiait tout de même. Et si il se trompait dans les herbes à infuser? Elle ne pourrait même pas lui expliquer la moitié de ce qu’elle désirait. Et elle en avait beaucoup à dire.

- Je ne suis pas particulièrement habitué à recevoir des dames ici, ce n'est pas... je travaille beaucoup
- Et moi qui viens vous déranger en pleine journée de travail… Je suis désolée. C’est en lien avec… Avec vos mots, sur la Rose Écarlate.

Les mots lui manquaient soudainement afin de poursuivre l’explication. Elle s’efforçait d’ignorer ce détail, quant à ses fréquentations féminines. Embarrassée, elle l’invita à prendre place à son tour sur le second tabouret, posé plus loin. Trop loin. Non. C’était parfaitement convenable ainsi. Elle riait un peu, mal à l’aise, alors qu’elle venait de lui intimer de prendre ses aises dans son propre atelier. Qu’elle était sotte. Du bout des lèvres, en silence, elle prononçait un pardon fragile.

- Vous ne le saviez sans doute pas, mais j’étais en Valkyrion, il y a de ça une semaine, à peine. Nous étions chez Hiémain, et il était invité, ainsi que sa famille à la fête de Lughnasadh. C’était bien..! Enfin, les festivités avaient bien débuté.

Elle ne riait plus, plus du tout, et le froncement de ses sourcils laissaient présager que les festivités n’avaient pas duré. La blondinette replaçait un pli ou un autre de son jupon délicat, en laissant un silence s’installer. Un simple coup d’oeil vers l’Adroit et elle savait qu’il savait. Bien sûr. Il était espion au sein de la Cour des Miracles. Il n’était pas qu’un simple apprenti. Alors elle secouait un peu la tête, d’autant plus embarrassée. Son ascension avait été fulgurante, et si la jalousie la faisait le haïr la moitié du temps, il était vrai qu’il l’impressionnait au moins un peu. Beaucoup.

- Je me doute que cette histoire de vous est pas étrangère. Mais j’ai besoin de vous la raconter, selon ce que j’ai vécu. Si vous avez un moment. Juste un moment..?


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 15 Déc - 18:10

Pas de thé donc.  C'était peut-être mieux ainsi, je ne savais pas exactement ce qu'elle aimait boire et peut-être qu'elle aurait été mal à l'aise de devoir rester seule dans l'arrière boutique.  D'ailleurs, j'étais surpris qu'elle aie demandé à y aller.  Je me demandais ce qui pouvait la pousser à agir ainsi.  N'avait-elle pas peur pour sa réputation, d'être seule dans un endroit isolée avec un Cielsombrois?  Sur mon honneur, mes intentions envers la demoiselles étaient pures et sincères, je ne faisais que me plier à sa demande.  Néanmoins, ma curiosité naturelle me faisait me questionner quant à ce qu'elle espérait de moi : qu'avait-elle à me dire de si important qu'elle ne désirât pas être surprise et interrompue par un client?  En vérité, je n'avais jamais imaginé qu'elle puisse un jour désirer s'entretenir en privé avec moi.  Ce devait être très important à ses yeux pour qu'elle désire autant le secret, mais cela me rendait également confus : pourquoi me parler à moi?  Avait-elle besoin d'information à quelque sujet?  Avait-elle… avait-elle besoin de savoir le nom d'un jeune homme et elle espérait obtenir mon aide en ce sens?  Ma gorge se serra sans que je ne sache pourquoi.  Non, ce n'était certainement pas quelque chose de ce genre.  Sa pudeur et sa délicatesse l'empêcherait de jamais faire appel à un autre homme – aussi peu viril le trouvait-elle – dans ce genre de choses.  Et puis, elle avait Mélusine pour parler de ses histoires de cœur.  Je ne doutais pas un seul instant que la Cielsombroise avait beaucoup de conseils à lui donner en la matière, plus que moi je ne le pourrais d'ailleurs.

Mes oreilles bourdonnèrent toutefois quand elle mentionna à nouveau le nom de l'institution vieille d'un millénaire.  Je croyais avoir réussi à éloigner ce sujet de conversation qui me mettait dans une position inconfortable.  L'Ordre du Jugement avait mon soutien et malheureusement ses idéologies ne concordaient pas tout à fait avec celle de la Rose Écarlate.  Il faudrait que je joue finement mon jeu pour qu'elle ne réalise pas mes allégeances.  Elle était douce et fragile, la belle Agathe, il aurait mieux valu pour elle qu'elle reste à l'écart de ces histoires.  J'hochai simplement la tête pour l'encourager à poursuivre, puisque je ne pouvais plus l'éviter à présent : elle était venue spécialement pour m'en parler, je ne pouvais pas reculer désormais que je lui avais accordé mon écoute.  Elle m'invita à m'asseoir et sans même réfléchir au fait que je n'avais pas besoin d'attendre son invitation pour prendre place dans mon propre logis.

Je ne comprenais pas exactement comment Lughnasadh avait un lien avec ce qu'elle désirait me dire en lien avec la Rose Écarlate.  J'avais eu ouïe dire que certaines des pièces s'étaient rendues sur place pour venir en aide aux gens présents et qu'ils avaient réussi à neutraliser les Sentinelles grâce à eux.  Les nouvelles venaient de me parvenir, quelques peu décousues, l'événement était encore trop récent pour qu'un compte rendu fidèle ne me soit parvenu, tout espion que je fus.  J'avais supposé qu'elle y était elle aussi, en ayant appris que Mélusine était arrivée à Lorgol grièvement blessée : elle aurait certainement emmené son apprentie avec elle.  Ce qui s'est passé a dû vraiment la troubler, cette chère petite souris.  Elle avait beau venir du duché de la guerre, elle n'était pas faite pour toute cette violence.  Une fleur arrosée de sang se fane beaucoup plus vite que si elle ne reçoit qu'une simple goutte d'eau.

« Je suis tout à vous Agathe.  Les bruits se rendent rapidement à mes oreilles, mais ils ne sont que cacophonies inintelligibles.  Il est seulement regrettable qu'une voix mélodieuse telle que la vôtre doive raconter pareille horreur. »

Sans trop réfléchir, je m'étira de là où j'étais assis pour prendre la main de la voleuse dans la mienne et je la pressai doucement entre mes doigts pour l'encourager.  Le sujet devait être difficile à aborder pour elle et même si ce n'était guère joyeux, je lui adressai un léger sourire pour l'inciter à parler librement.

« Vous pouvez parler en toute sécurité, tout ce que vous direz dans cette pièce ne la quittera pas.  Ne me racontez que ce que vous vous sentez la force de raconter.  Vous avez dû voir des choses que de prunelles telles que les vôtres n'auraient jamais dû voir. »

Je serrai à nouveau sa main, en essayant de me montrer réconfortant avant de réaliser que ce geste de ma part serait forcément malvenu pour elle et je laissai précipitamment ses doigts glisser entre les miens avant de les laisser retomber et de reprendre une position qui gardait une distance réglementaire entre elle et moi. À quoi avais-je donc pensé?






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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 22 Déc - 16:07

Alors qu’elle parlait, il s’était approché. Si près. Agathe n’osait plus bouger, fascinée par cette proximité inespérée et délicieusement inconvenante.  Ses mots étaient gentils, porteurs d’une délicatesse qui la charmaient autant qui l’effrayaient. Était-ce… Était-ce convenable, était-ce acceptable, qu’un homme fleurisse à ce point ses mots? Puis sa main, venant cueillir la sienne. Une main plus grande que ce qu’elle avait pu croire, une main moins douce et plus rêche qu’elle s’imaginait, de la part de l’homme-fleur. Interdite, son coeur battant jusqu’à ses tempes, Agathe retenait son souffle. Du bout des yeux, ses lèvres joliment ouvertes, elle observait les doigts de Lancelot enserrer non sans délicatesse sa fine patte de voleuse. ...Par Idril! Elle n’écoutait plus ce qu’il disait, la mignonne, toute affairée à compter les battements affolés de son coeur. Il lui avait forcément dit quelque chose de gentil, quelque chose de joli, puisque soudainement, il relâchait sa main pour retrouver place sur son siège. Lancelot avait dû l’inviter à parler. Ou quelque chose comme ça.

Il lui avait fallu un bref moment pour se reprendre et rassembler ses idées. Ses mains désormais liées, sur ses cuisses, elle évitait de trop regarder le Cielsombrois. Il lui semblait qu’il était plus aisé de se confier sans détailler les expressions et les sentiments qui pouvaient apparaître sur le visage de ce confident improvisé.

- C’était le soir… C’est si joli, Valkyrion, la nuit. Parfois on arrive à percevoir des aurores boréales, même depuis la ville. Je ne sais plus ce que je faisais… Je crois que je dessinais. Il y a eu une explosion dans la ville, et je voyais les lueurs depuis la fenêtre. J’ai crié, j’ai appelé Mélusine.

Elle l’avait appelée Maman. Agathe s’en souvenait parfaitement, tout comme elle se souvenait du bourdonnement à ses oreilles, la confusion dans son esprit et la folie dans son coeur. Les événements s’étaient emmêlés dans un chaos terrible, ce soir-là. L’envie de lui parler du vol qui l’avait humiliée la tiraillait. Mais lui, l’enfant des Miracles si parfait, qui ne faisait jamais de faux pas, la comprendrait-il? Agathe en doutait. Sous un sourire habité par la tristesse, elle s’efforça de poursuivre, d’aller jusqu’au bout. Il n’y avait qu’une petite semaine que les événements s’étaient déroulés, et son corps frissonnait comme si l’explosion venait de résonner.

- Il y a eu une autre explosion, quelques secondes plus tard. C’était... C’était le palais. Nous y logions, comme plusieurs autres familles de la noblesse. C’était ciblé, sais-tu..? C’était l’aile qui hébergeait la noblesse. Je ne sais plus.. Oh! Je ne sais plus comment, Lancelot, mais je me suis retrouvée dans la cour. Il faisait froid, c’était… Il y avait des flammes, partout.

Comment lui dire qu’elle avait rejoint le palais sans vendre Mélusine? Sans vendre Hiémain? En taisant l’identité de l’écrin du Fou Noir et du Roi Blanc? Un soupir traversait ses lèvres. C’était si pénible, de verbaliser cette histoire, mais si apaisant à la fois. Avec Melbren, elle faisait la fière, la tête levée, acceptant les divertissements avec avidité. Il était plus réconfortant de se confier, que quelqu’un d’autre sache et comprenne. Quelqu’un qui n’était pas là, aussi blessé qu’elle l’était.

- Je crois qu’ils craignaient une attaque, parce que toute la noblesse d’Ibélène était rassemblée au même endroit. Je suis retournée à l’intérieur, je me suis perdue et… Et… Il y avait le Fou Noir. Il m’a dit.. Lancelot, il m’a dit que c’était l’Ordre du Jugement. Qu’il fallait aider les innocents, les victimes de l’Ordre. J’ai compris pourquoi… Parce que les Sentinelles s’étaient réveillées. Elles étaient partout, elles tuaient, elles coupaient les gens comme si… Oh… Il y a eu tellement de sang.

Une main sur ses lèvres, le regard de tristesse, elle regardait enfin Lancelot, devant elle. Agathe ne pleurait pas, pas encore, mais elle ressentait la vague d’émotion tourbillonner en elle, prête à déferler. Se reprendre. Elle souhaitait se reprendre. Elle souhaitait aller au bout de son idée.

- Comprenez-vous…? Comprenez-vous, Lancelot? Je sais que la Cour des Miracles protège ses enfants… Mais j’aurais aimé que nous les aidions, comme la Rose m’a aidée, lors de Lughnasad.


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 22 Déc - 17:31

Je sentais encore le toucher de sa peau sous mes doigts et cela me troublait curieusement.  Ce n'était pas la première fois que je prenais sa main dans la mienne, après tout je l'avais fait danser près d'un an plus tôt.  Je ne me souvenais pas que son contact était comme cela.  C'était si doux.  Perdu dans mes pensées, j'attendais tranquillement qu'elle organise les siennes.  Ce ne devait pas être une chose facile à raconter que ces événements qu'elle avait vécus!  Que d'horribles choses avait-elle dû voir.  Penser à l'horreur se déroulant devant ses yeux clairs m'accablait profondément.  Cette petite souris, ma petite princesse, elle ne devrait pas évoluer dans un monde pareil.  Mais je n'avais pas le droit de décider pour elle.  Je ne faisais pas partie de sa famille et je n'en ferais probablement jamais partie.  D'ailleurs, je n'arrivais pas à me souvenir depuis quand je me préoccupais autant du destin de la petite Belliférienne expatriée.  Peut-être était-ce la douceur de ses prunelles ou la sévérité de son menu visage tendu vers moi?  Je n'en savais rien.  Cependant, l'idée qu'elle avait frôlé le danger d'aussi près m'emplissait terriblement d'effroi.  Et s'il lui était réellement arriver quelque chose?  On pouvait faire confiance à Mélusine de Sylvamir pour protéger comme elle le pourrait les siens, mais était-elle réellement en mesure d'assurer la sécurité d'Agathe?  Je commençais peut-être à comprendre ce qu'elle disait, quand elle parlait d'hommes vrais, ceux qui seraient capables de l'enlever dans un combat pour s'accorder ses faveurs.  Des hommes à mon opposé.  Des hommes qui mettraient bel et bien un jour la main sur cette précieuse petite femme.  Et pour une raison étrange, l'idée m'insupportait.  Un peu.  Beaucoup.

L'histoire commençait plutôt bien.  Je n'avais moi-même jamais eu l'occasion d'aller en Valkyrion, encore moins à Svaljärd.  C'était désormais impossible pour moi, avec l'interdiction de séjour des mages dans le duché.  Pourtant, j'aurais aimé, c'était le duché du Savoir participer à cette fête aurait été d'un grand intérêt pour moi.  Je savais qu'on y exposait de nouvelles inventions et j'aurais peut-être appris quelques choses intéressantes à propos des automates et de la mécanique.  Après tout, j'avais appris en autodidacte la plupart de ce que je savais en-dehors de la magie.  Je savais que ça ne continuerait pas aussi bien.  J'avais eu vent de ce qui était arrivé.  Elle était là, devant moi, saine et sauve, mais quels graves dangers avait-elle dû affronter?  Il était heureux que j'avais appris le tout après la fin des incidents.  J'aurais tremblé pour elle en la sachant là-bas.  Quoi qu'en toute vérité, j'ignorai qu'elle s'était rendue à Svaljärd pour Lughnasadh avant qu'elle n'en revienne.

Mon cœur se serra en apprenant qu'elle était retournée dans le château en flammes, qu'elle s'y était perdue.  Pour la première fois de mon existence, je fus reconnaissant de l'un des actes des membres de la Rose Écarlate.  Je ne la soutenais pas plus pour être venue en aide à Agathe, mais j'étais si soulagé de la savoir en vie et en bonne santé.  Mais j'étais aussi en colère.  Pourquoi avait-elle braver ainsi le danger en retournant dans les flammes?  Qu'avait-elle oublié de si important pour mettre sa propre vie en danger.

Sans trop réfléchir, ni réellement écouter la fin de son discours, je me levai et je l'attrapai par les épaules en la secouant un peu.

« Pourquoi?  Pourquoi telle une mouche sachant qu'elle va mourir t'es-tu jetée dans le brasier Agathe?  Ne tiens-tu donc pas à la vie?  Une poutre s'écroulait sur ta tête et la vie se serait échappée de toi.  N'as-tu pas pensé à… à ceux qui auraient à pleurer ton départ? » je m'étranglai sur les derniers, saisi par l'émotion.  J'avais failli lui demander si en bravant le danger ainsi, elle n'avait pas pensé à la peine qu'elle m'infligerait.  C'était la première fois que je songeai que la perte de la jeune Martel puisse m'accabler à ce point.

Mes doigts s'étaient enfoncés dans la chair tendre de ses bras sans que je ne m'en rende compte et dès que j'en eu conscience, je la relâchai avec un élan de remords.  Je n'aurais pas dû m'emporter comme cela.  Sa peau porterait-elle la trace de mes doigts?  Je reculai de quelques pas, interdit, ne comprenant pas moi-même ce qui venais de se produire.

« Je… Pardonnez-moi, je… je me suis laissé emporter.  Je ne vous ai pas fait mal? » bredouillais-je, confus.  Je ne cessais de fixer mes mains, comme si j'attendais qu'elles ne m'expliquent pourquoi elles avaient bougé d'elles-mêmes sans me donner mon autorisation.  Leur seule réponse fut un silence obstiné.

« Les Enfants de la Cour sont reconnaissants que les pièces de la Rose soient venues en aide aux leurs.  Ne serait-ce qu'en vous sauvant Agathe.  Vous êtes un membre de la famille à part entière. » Ma voix était faible, peu assurée.  Que pouvais-je dire d'autre?  Visiblement, elle croyait que l'institution millénaire œuvrait pour le bien et que l'Ordre du Jugement oeuvrait à la destruction.  Que pouvais-je dire?  Avais-je le droit de m'inquiéter pour elle tout en sachant que je soutenais les actions de l'Ordre du Jugement pour ma part?  Pas leur violence, certes, mais leur but final.

« Je suis désolé.  Je voudrais Agathe, j'aimerais vraiment, mais je ne puis vous être complaisant en parlant de la Rose Écarlate.  Ces histoires… ces histoires ne me concernent pas et je préfère m'en tenir à l'écart.  Cependant… j'hésitai avant de poursuivre, si l'occasion se présentait, j'aiderai la Rose.  En paiement de la dette de vous avoir secourue.   Je vous en donne ma parole. »






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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyJeu 28 Déc - 15:56

Elle avait cru qu’il aurait croisé ses longues jambes d’une manière ridiculement féminine. Elle avait cru qu’il aurait lié ses doigts ensemble dans l’attente que son plaidoyer se termine. Elle avait cru, Agathe, qu’il aurait plissé les yeux sous le sérieux des événements de Lughnasadh. Qu’il l’aurait questionnée sur les Sentinelles. Sur les flammes. Sur les horreurs qu’elle avait vu. Elle était stupéfaite de le voir se redresser vivement et se planter devant elle. Surprise de le voir si grand, soudainement, et de percevoir une petite flamme dans ses grands yeux d’ordinaire bien doux. Stupéfiée de reconnaître la sauvagerie belliférienne aussi longtemps après l’avoir quittée à tout jamais.

Les yeux grands, elle l’avait laissé décharger sa rage sur elle. Ses mains rêches sur ses épaules étaient douloureuses et la faisait trembler au même rythme que l’émotion de Lancelot. Si, pendant longtemps, elle avait été une petite pousse, une feuille tremblante du Chêne, emblème belliférien par excellence, Agathe résistait aussi bien que cet arbre de légende devant la colère du Cielsombrois. Elle n’était qu’une jouvencelle. Elle avait eu tort de se croire plus maligne, désormais aux côtés de Mélusine. De quelques mots, de deux mains posées sur elle, Lancelot lui avait rappelé Brumecor, son père, Anthelme et Arnaut. La blondinette respirait rapidement, immobile, guettait la sortie la plus proche, mais ne brisait pas. Elle qui s’était moquée méchamment de Lancelot l’Adroit, elle qui avait tant souhaité le voir devenir un homme, un vrai… Il y avait.. Oh! Il y avait quelque chose de subjuguant dans cette domination presque animale, sur elle. Mais aussi quelque chose de dangereux, de malsain, qui la ramenait tout droit en Bellifère. Une Bellifère qu’elle n’aimait plus autant, qui l’avait blessée, jour après jour, en malmenant son corps ou son esprit.

Lorsqu’il la relâcha enfin, Agathe glissa ses mains sur ses épaules, bras croisés en guise d’ultime protection, avec grande pudeur.

- Je… Pardonnez-moi, je… je me suis laissé emporter.  Je ne vous ai pas fait mal?

Agathe secoua la tête d’un petit mouvement. Un mensonge petit pour mieux se protéger. Elle en avait perdu l’habitude. Non, elle n’avait jamais mal. Elle s’était longtemps contentée de dissimuler ses bras marqués, ce qui n’était pas un exploit en soit, sous les robes bellifériennes.

Puis Lancelot revenait à la charge, expliquant quelque chose qu’Agathe n’écoutait déjà plus. Dans sa tête, ses mots angoissés revenaient, pêle-mêle, la questionner sur la raison qui l’avait poussée à retourner dans le palais en flamme. Elle ne pouvait évidemment pas lui dire la vraie réponse, que Mélusine l’avait entraînée sous la volonté du Fou Noir, et qu’elle accordait une loyauté sans faille à cette grande dame qui lui avait offert une véritable vie. L’idée qu’elle aurait pu mourir ne lui avait pas traversé l’esprit, qu’elle croyait, en se remémorant la scène. Elle avait confiance. Mélusine savait ce qu’elle faisait et avait foi en ses talents d’apprentie renarde. Mais lui… Lui, Lancelot l’Adroit, s’inquiétait pour elle. Ses mains, sur ses épaules, ses mots pressés : il s’inquiétait.

- Lancelot… Ce que je voulais vous dire… Ce que je voulais vraiment vous dire, c’est que.. C’est que…

Respirer. Elle devait respirer.

- C’est que je pensais à vous. Là-bas… Quand les Sentinelles se sont déployées, lorsqu’elles se sont mises à… à faire ces choses horribles, à danser avec leurs lames, à trancher les… J’ai pensé à vous. C’était… Oh, c’était monstrueux, mais… Hypnotique aussi. C’était délié.. J’ai pensé à votre talent.

Elle avait froid, en dépit de ses joues enflammées. Agathe ne le regardait déjà plus, son regard perdu obstinément dans l’océan de vide qui les séparait l’un l’autre. Elle l’avait fait. Elle avait déclaré sa flamme, elle, une femme. ...Qu’importe si le reste de l’humanité ne comprenait pas le but de ses paroles, le fouilli de ses pensées et l’improbabilité de sa comparaison. Pour elle, pour son coeur, c’était plus limpide que tous les cristaux d’Arven.


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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyLun 8 Jan - 2:17

Tu comptes les laisser longtemps en tête à tête ?

Un sourire léger mais satifait apparaît sur tes lèvres, alors que tu fais glisser l'étoffe soyeuse entre tes doigts. Elle ira parfaitement à Agathe, avec l'une de ses robes claires. La couleur prune mettra en valeur le rosissement de ses joues et étendra sa prestance, malgré sa timidité occasionnelle.
Tu appelles la couturière pour qu'elle se charge de ton achat.

Il faut au moins cela pour apaiser le trouble que ressentira sûrement la jeune Belliférienne au sortir de son entrevue avec Lancelot. Peut-être aussi parce que tu l'as laissée dans la gueule du loup sans lui préciser que Lancelot était ton ami ? C'était pour faire un peu avancer les choses. Je ne dis pas que c'est une mauvaise chose, mais tu es parti à la hâte alors que tu lui avais dit que tu serais là. Une légère pointe de culpabilité t'étreint. En effet, c'est aussi pour me faire pardonner Bien. Maintenant, cesse de traîner. C'est en cours, soit apaisé, mon ami.

Une fois ton présent joliment emballé, tu quittes la boutique et te diriges vers celle de ton ami. Tu sifflotes sur le trajet, observant tranquillement l'effervescence de la rue. Quand tu arrives, un panneau indique sur la porte que la boutique est fermée ; un coup de poignet et tu constates que la porte est également fermée à clef.
Eh bien.

L'idée qu'ils soient occupés à autre chose qu'à discuter t'effleure l'esprit – Lichen se moque de toi à travers votre lien –, mais tu la relègues aussitôt aux oubliettes : Agathe n'est pas cielsombroise. Elle reste innocente par bien des aspects et tu doutes qu'une telle entrevue fasse ployer tant d'années de Bellifère. Tu te contentes donc de frapper du poing contre le bois de la porte et d'attendre patiemment qu'une âme charitable vienne t'ouvrir.



Melbren #531E57 – Lichen #A3581B














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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyMer 17 Jan - 6:18

Lorsque les mots d'Agathe virevoltant comme une légère musique s'éteignirent, je n'avais pas compris, pas exactement ce qu'elle voulait  dire.  Que…  Pourquoi avait-elle pensé à moi en ces instants?  Ne lui étais-je pas insignifiant?  Ou alors… alors… croyait-elle que je pouvais fabriquer de telles machines, capables d'agir d'elles-mêmes et de tuer?  Était-ce qu'elle voulait dire en parlant de mon talent?  Je ne l'espérais pas.  Je savais qui était derrière cette action grotesque, je ne le cautionnais pas, mais parfois la fin justifie les moyens.   Il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec toutes les mesures que prennent ceux dont les idéaux nous inspirent pour être des leurs.  D'une part, je ne savais pas si je devais me sentir vexé ou honoré de savoir qu'elle comparait mon œuvre à ces Sentinelles.  C'était certainement un prodige de mécanique et je n'arriverais probablement jamais moi-même à un pareil résultat.  D'ailleurs, je n'en avais pas le désir.  Ces Sentinelles, du moins de ce que j'en avais entendu parler, manquait cruellement du raffinement artistique de mes propres œuvres.  Je n'étais pas qu'un simple mécanicien agençant rouages ensemble, non j'avais des objectifs plus nobles et plus élevés que cela.  Et sur ce point, je ne pouvais m'empêcher de me sentir particulièrement mitigé quant à sa comparaison.  Je n'étais pas un meurtrier.  Je n'étais pas un meurtrier.  Il était difficile de me répéter cette phrase quand le cadavre défiguré du seigneur d'Ysgramor dans l'autre réalité ne l'était devenu qu'à cause de moi et uniquement de moi.  Il m'arrivait encore parfois d'y rêver et de me réveiller dans un sursaut.  Peut-être avait-elle raison et suite à son discours, je n'arrivais plus à parler, enfermé en moi-même.  J'avais tort.  J'étais moi-même également capable de créations monstrueuses.  Des créations comme cette poupée habitée par l'esprit de Chimène.

Ce fut un bruit à la porte qui me tira de mes contemplations intérieures et je posai un regard embarrassé sur la jeune femme à qui je n'avais toujours pas répondu. Un coup d'oeil à travers la porte entr'ouverte me permit d'identifier rapidement Melbren.  Subitement, je me sentis nerveux.   Agathe était la pupille de sa sœur, bien que nous étions amis, je ne savais trop ce que je devrais payer comme prix si je devais laisser croire qu j'avais abusé d'elle – ce qui n'avait jamais été mon intention par ailleurs, tout autant me plaisais-je à taquiner la jolie Belliférienne et à faire rosir le teint de ses joues, je m'étais toujours montré d'une droiture exemplaire à son égard.

« Euhm… » me râclai-je avec embarras la gorge.  J'étais certain qu'elle aussi avait entendu toquer.  « Je crois que Melbren est de retour de sa course.  Il vaudrait peut-être mieux que je lui ouvre pour éviter que l'on vous voit compromise avec moi, » bredouillai-je visiblement mal à l'aise, mais aussi quelque peu malheureux.  Je n'avais pas pu lui demander réellement ce qu'elle voulait dire en parlant des Sentinelles.

Je reculai de quelques pas vers la porte, afin de la lui ouvrir, avant de m'arrêter pour la contempler.  Pourquoi n'avais-je jamais remarqué qu'elle était aussi ravissante?  Non, je ne pouvais pas m'embarrasser de telles pensées à propos d'elle qui rêvait d'un valeureux guerrier.  Elle n'avait pas besoin que je la trouve séduisante si ce n'était que pour me taquiner et flatter sa jeune fierté.

« Agahte, que… je ne comprends pas… » lâchai-je finalement.  Puis, je levai une main et la passai sur mon visage en poussant un léger soupir.  Certainement, je pensais trop.  J'ouvris la porte à regrets et l'invitai à me précéder dans la boutique.  Quand elle approcha du seuil, pas encore assez pour être vue à travers la vitrine, j'attrapai délicatement son poignet si fin et l'attirai dans mes bras, l'enlaçant plutôt maladroitement.

« Promettez de ne pas affronter de nouveau le danger comme vous l'avez fait à Svaljärd Agathe, je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit.  Vous êtes une fleur rare et le continent perdrait l'un de ses plus merveilleux parfums si vous deviez disparaître de sa surface. »

Pressentant le malaise ou craignant sa répugnance et son rejet, je m'écartai vivement, particulièrement embarrassé. J'espérais que Melbren n'aurait rien vu de cette scène.  N'était-il pas le chevalier galant de mon invitée?  Je laissai échapper malgré moi un nouveau soupir.

« Pardonnez-moi, c'était indécent.  Vous reviendrez, n'est-ce pas? »

Malgré moi, je jetai vers elle un regard presque suppliant.  Imaginer un futur où ses visites s'arrêtaient complètement m'était pénible.  Et pourtant, elle ne pouvait pas éternellement continuer à m'accorder le plaisir de sa présence.  Elle se marierait, aurait très certainement des enfants et n'aurait plus de temps à consacrer à ce pauvre Lancelot, celui qui avait décelé la princesse sous la petite souris grise.






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Message Sujet: Re: Au pire, on mangera des beignets   Au pire, on mangera des beignets EmptyVen 19 Jan - 16:37

Devant sa déclaration, Lancelot s’était fait muet et songeur, et chacune des secondes de silence semblait s’étirer en petite éternité. Combien de temps étaient-ils restés là, sans se regarder, à attendre que l’un ou l’autre prenne parole et brise ce malaise grandissant? Elle regrettait ses paroles, la toute jeune, et se demandait bien quelle folie l’avait prise. C’était aux garçons à se lancer aussi bêtement, aussi ouvertement. Les filles ne devaient jamais faire les premiers pas, si ce n’était de Mélusine pour Hiémain. Agathe hésita encore un instant puis contempla son échec. Lui, il ne pensait pas à elle. Lui, dans un carnage effroyable, n’aurait aucune pensée pour elle. Il s’inquiétait, certes, mais rien de… De… De plus.

En entendant le bruissement contre la porte, tout au fond de la boutique, Agathe avait sursauté. Qui…? Qui les surprenait ainsi? Parlerait-on d’elle, de son indécence à se dissimuler - à sa demande - dans l’arrière-boutique d’un artisan cielsombrois? Son trouble, déjà grand, ne fit que l’étourdir un peu plus. Partir. Vite. Il lui fallait partir. Si elle accordait un regard intéressé à la fenêtre, Lancelot, lui, prit les choses en main.

- Euhm… Je crois que Melbren est de retour de sa course.  Il vaudrait peut-être mieux que je lui ouvre pour éviter que l'on vous voit compromise avec moi. ...Agathe, que.. Je ne comprends pas...

Le moment des explications s’était envolé, car déjà on les réclamait dans la boutique. Agathe avait hoché vivement la tête, se remettant entièrement à ses suppositions. Elle croyait en la discrétion de Melbren, mais s’il la savait déshonorée, n’était-il pas de son devoir de le murmurer à Mélusine? Agathe ne connaissait pas la réponse et, surtout, ne désirait jamais la connaître. Elle avait incliné le visage pour franchir la porte sans le regarder ; elle n’aurait pas su quoi lui dire, car elle non plus, ne comprenait pas énormément de choses à la situation.

Puis il y avait eu sa main, sur son poignet. Ses bras, autour d’elle. Jamais on ne l’avait touchée encore de cette manière, et, hébétée, Agathe avait relevé son regard sur celui de Lancelot. Muette.

Des frissons. Partout. Sur tout son corps, jusqu’à son cuir chevelu. Des frissons dans son coeur, dans sa poitrine. Plus forts encore que ceux qu’elle avait ressentis, lors de leur danse, au mariage de Mélusine. C’était agréable autant que soudain, et elle aurait pu en profiter, peut-être, si elle n’avait pas retenu son souffle, si sa tête ne tournait pas à ce point, si elle ne croyait pas être sur le point de défaillir entre ses bras.

- Promettez de ne pas affronter de nouveau le danger comme vous l'avez fait à Svaljärd Agathe, je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit.  Vous êtes une fleur rare et le continent perdrait l'un de ses plus merveilleux parfums si vous deviez disparaître de sa surface.

Agathe n’avait rien dit et peinait à se rendre à cette évidence joyeuse que Lancelot l’Adroit n’était peut-être pas désintéressé. Comme si jamais il n’avait osé, il avait retiré ses bras en lui demandant pardon. Le mot indécent la fit rougir avec violence. Melbren! Il attendait encore, il les avait vu.. Oh..! Oh! Elle avait pressé le pas vers la sortie, sans même un regard pour le comptoir et l’artisan. D’une main tremblante, elle tourna le loquet et ouvrit la porte pour ce pauvre Melbren, ce vil ami qui lui avait menti quant à son amitié avec Lancelot. La folie dans son esprit, la Bellifériene rejeta cette pensée plus loin. Elle le confronterait en temps et lieux. Pour le moment… Sa nervosité et sa peur de se compromettre lui dictaient de fuir. Et vite!

- Je vais t’attendre à l’extérieur… Je.. Je vais bien.

À ses cheveux, aucune marguerite. La jolie fleur s’était froissée, sous les mains tendues de Lancelot, et enjolivait désormais le sol de son atelier.


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