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 Un cadeau empoisonné?

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Marjolaine du Lierre-Réal
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Message Sujet: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptySam 16 Sep - 3:45


Livre II, Chapitre 5 • La Mort dans les Veines
Denys du Lierre-Réal & Marjolaine du Lierre-Réal

Un cadeau empoisonné?

Une princesse sous la protection du Sans Visage



• Date : 28 juin 1002
• Météo (optionnel) : //
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Un étrange paquet trouvé au pied du berceau de la princesse Raiponce inquiète Marjolaine qui va le rapporter à Denys.
• Recensement :
Code:
• [b]28 juin 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2640-un-cadeau-empoisonne]Un cadeau empoisonné?[/url] - [i]Denys du Lierre-Réal & Marjolaine du Lierre-Réal[/i]
Un étrange paquet trouvé au pied du berceau de la princesse Raiponce inquiète Marjolaine qui va le rapporter à Denys.






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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptySam 16 Sep - 3:48

Encore bien faible de ses couches, une semaine après la naissance de la petite princesse, Marjolaine commençait doucement à se lever d'elle-même.  Réveillée par les pleurs de la petite dont le berceau était dans la pièce à attenante à sa chambre, elle se tira des draps et s'enveloppa d'une légère robe de chambre.  Le bébé avait probablement faim et il aurait incombé à sa nourrice de s'en occuper, mais les souvenirs d'avril et mai étaient encore trop frais dans la mémoire de la duchesse.  Elle avait perdu son enfant pendant des semaines et elle craignait encore de la voir disparaître.  Elle avait donc insisté pour la garder près d'elle encore un moment.  Si elle l'avait pu, le lendemain du jour où elle s'était réveillée auprès de Denys, elle aurait fait installer Rose dans sa propre chambre afin d'être certaine de toujours avoir un œil sur elle, qu'elle ne s'évanouisse pas dans le vent sans qu'elle ne s'en rende compte.  L'épreuve avait été fort éprouvante pour la jeune mère et elle en tremblait encore dans son sommeil même si les cauchemars s'étaient espacés peu à peu.  L'accouchement l'ayant affaiblie, on lui avait laissé garder le poupon près d'elle, le temps qu'elle se réconforte.  Et qu'elle se console aussi de n'avoir pas mis au monde un garçon.  Lorsqu'elle avait tenu l'enfant dans ses bras la première fois, elle avait cherché en vain entre ses jambes quelque trace de sa virilité, mais celle-ci ne s'était pas manifestée.  Elle se demandait si cette aventure dans une autre réalité ne lui avait pas volé son fils et si au retour on ne lui aurait pas donné la fille de quelqu'un d'autre.  Mais la petite Raiponce ressemblait beaucoup trop à sa sœur aînée pour qu'on puisse douter de ses parents.

Une fois auprès du berceau, la petite était déjà dans les bras de la nourrice qui lui donnait le sein, l'air plutôt fatiguée.  Marjolaine lui adressa un sourire timide.  Elle était un peu gênée de causer quelques inconvénients à cette femme qui avait été choisie pour prendre soin de la princesse.  Néanmoins, elle ne pouvait contrôler les craintes qui l'assaillaient et elle ne pouvait faire autrement.  Puis, quand Rose était née elle aussi, Marjolaine s'était fait un devoir d'être présente pour fortifier leur lien, bien que le droit de l'allaiter ne lui revenait pas.  Elle convenait d'ailleurs qu'il ne serait pas convenable pour une femme de son rang de le faire.

Quand la petite fut rassasiée, la mère s'approcha de la nourrice pour la prendre dans ses bras.  Et s'il y avait quelques inconvénients pour la bonne femme dans cet arrangement, au moins elle y trouvait le moyen de se reposer, la duchesse étant souvent près de l'enfant.  Elle était si petite dans ses bras et tandis qu'elle s'endormait, Marjolaine esquissa un sourire attendrie.  Elle était déçue de ne pas avoir ce fils tant attendu, mais combien elle aimait sa petite Raiponce!  Elle continua de la bercer même si elle dormait déjà à poings fermés, puis quand elle sentit la fatigue la prendre elle aussi, elle se pencha pour la reposer dans le berceau.

C'est en se redressant qu'elle remarqua un colis au pied de celui-ci.  Il portait son nom et celui de Denys.  Comment était-il arrivé là?  Elle s'écarta promptement, craignant qu'il ne comporte quelque danger pour la vie de sa fille et retourna à sa chambre pour l'ouvrir.  La fatigue de la nourrice semblait avoir contribué à ce qu'elle ne remarque rien.  Elle ouvrit délicatement le paquet, comme si elle craignait qu'il ne lui explose à la figure.  Les dernières semaines avaient été paisibles.  Il ne s'était rien passé pour troubler la paix du palais ducal d'Edenia, peut-être n'était-ce qu'un cadeau des serviteurs?  Mais une pressentiment lui dictait que ce ne l'était pas.  Le paquet contenait un coffre de petite taille.  Et sur son dessus une lettre.  Marjolaine s'empressa de l'ouvrir et sa figure palit au fur et à mesure qu'elle en lisait le contenu.  Blanche, elle ouvrit le coffret pour y découvrir un médaillon portant le symbole de la Confrérie.  Elle poussa un cri de terreur étouffé et ni une ni deux, elle s'empara du paquet et de la lettre, se précipitant vers les appartements de Denys.  L'idée qu'elle le trouverait peut-être en compagnie ne lui traversa même pas l'esprit.

Elle ne cogna pas à la porte pour s'annoncer, mais l'ouvrit tout simplement.  « Denys!  Oh, par Osir, qu'allons-nous faire? » s'exclama-t-elle plutôt paniquée.

Elle tenait de façon crispée ce qu'elle avait emmené, pétrie d'inquiétude.  Qu'arriverait-il à leur beau bébé?  Elle se rappelait ce qui était arrivé la dernière fois qu'ils avaient reçu un courrier des assassins et cela aurait pu très mal tourner.  Elle tremblait de tous ses membres.  Rien dans le pli ne prenait le ton de la menace, au contraire, mais elle n'était pas certaine qu'elle désirait la protection d'un tel dieu pour son enfant.  Elle craignait que cela ne lui apporte malheur.  Et par cela, n'essayaient-ils pas de faire de la princesse l'une des leurs?  Viendraient-ils la réclamer lorsqu'elle serait plus âgée?  Elle songea avec horreur de ce qu'ils pourraient exiger d'eux.

« J'ai trouvé cela près du berceau de Raiponce, » bredouilla-t-elle en retenant ses larmes.  Elle était encore plus émotive qu'en temps normal et sa voix tremblait de trémolos.  Elle se tenait un peu en retrait du lit et si ses mains n'avaient été les porteuses de ce fardeau, elle les aurait tordu d'angoisse.





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Denys du Lierre-Réal
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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyLun 25 Sep - 0:33

La vie avait reprit son cours, parfois comme si la réalité alternée qu’avait subit le continent dans presque son entièreté n’avait pas existé. Pourtant, les souvenirs étaient restés, les bons comme les mauvais, s’imprégnant sur les fils de l’existence comme s’ils avaient toujours été là. Pas moyen de les oublier, mais difficile de les expliquer, les prouver. Mais la vie continuait, et celle de Denys avait reprit ce cours complexe mais plaisant, cette réalité qu’il avait toujours connu et dans laquelle il se fondait parfaitement. Les premières nuits après son réveil début juin avaient été quelque peu difficiles, mais peu à peu, le souvenir de sa propre mort était devenu comme un songe ; moins qu’un cauchemar, plus qu’un simple rêve. Les quelques semaines perdues entre avril et mai n’avaient pas semblé perturber l’existence de Lagrance, comme s’il avait su maintenir lui même les choses, sans être là pour autant. Il avait pourtant dû rattraper les jours écoulés pour comprendre ce qui était arrivé sur ses terres et dans l’empire, n’ayant nullement eu conscience de ce qu’il avait pu rater. Rien de particulièrement notable cela dit, c’était là le principal.

Ainsi se déroula l’écoulement incessant du temps.

La venue au monde de son second enfant avec Marjolaine arriva quasiment à la date prévue, marquant par sa naissance le premier jour de l’été. Une fille. Une charmante petite fille du doux nom de Raiponce, qui comblait autant le père que la mère. Pourtant, Denys n’avait pas été sans remarquer la légère déception de Marjolaine, découvrant dans ses bras une petite demoiselle toute rose, plutôt que le vigoureux fils qu’elle avait tant espéré. Loin d’être déçu pour sa part, le duc avait rassuré son épouse en lui assurant qu’un jour, cela viendrait, qu’ils étaient encore jeunes pour avoir un (ou plusieurs ?) autre enfant. Depuis ce qu’il s’était passé à leur réveil au début du mois de juin, il fallait noter que le duc et son épouse partageait une nouvelle proximité, quelque peu étrange certes, voire inattendue pour certains. Ce n’était pas encore la complicité de bien des couples mariés liés par un contact plus fort que l’affection, mais certaines choses avaient changées.

A commencer par cette arrivée en trombe de Marjolaine dans la chambre de Denys. Il était tôt, ce matin là, et lui qui avait pourtant l’habitude de s’éveiller quelques heures avant s’était laissé tenté par un peu de sommeil en plus, l’ayant doucement retrouvé malgré les rêves qui lui étaient tissés par Trelor. Mais le claquement de la porte, sans avertissement préalable, et les cris paniqués de son épouse le firent presque tomber du lit.

« Quoi ?! Qu’est-ce qu’il se passe ?! »

Sortit vivement du sommeil, le duc accueillit Marjolaine d’un regard mêlé de surprise et stupéfaction. On avait rarement l’occasion de le surprendre ainsi, et pourtant, la dernière fois remontait à quelques semaines à peine. Il se souvenait encore de la crise, quand Rose était entrée dans son bureau, montée sur un navire miniature qui crissait de ses roulettes sur le parquet de la pièce. Par les dieux, il avait bien failli tomber par terre ce jour là. Et ce matin n’était pas bien différent, ses yeux grands ouverts – mais l’esprit à demi encore dans le sommeil – qui regardaient sa femme en était une belle preuve. Il y avait bien des façons de venir le voir, elle le savait, mais si elle n’avait pas pris la peine de s’annoncer ou d’y aller en douceur, cela signifiait certainement qu’il y avait une raison valable à cela. Une raison autre que des glapissements apeurés auxquels il ne comprenait strictement rien. Calmant au préalable son cœur, il observa son épouse toute crispée, tenant entre ses mains un objet qui, visiblement, était selon elle la raison de sa venue dans sa chambre.

Le duc se redressa, enfilant une chemise au passage et un pantalon, avant de se lever et aller vers Marjolaine. C’est en approchant qu’il remarqua pleinement la détresse de son épouse, les tremblements qui trahissaient les moindre de ses gestes et les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues. Il vint poser une main sur les siennes, la guidant d’abord vers le lit pour qu’elle s’y pose, avant de prendre entre ses doigts crispés les coupables d’un tel désespoir.

« Calme toi d’accord ? Tu veux un remontant ? » Elle était si pâle que Denys était certain que d’un moment à l’autre, elle s’évanouirait. Qu’était-ce donc que contenait ce paquet ? Ceci dit, il était d’une terrible méfiance lui même, de savoir que l’objet en question avait été trouvé au pied du berceau de Raiponce. Aussi ne tarda-t-il pas à ouvrir le coffret avant toute chose. La vision de l’amulette glaça immédiatement le sang du duc. Avec lenteur, il déposa celui-ci sur le bord de la table de nuit, dépliant désormais le mot qui accompagnait la boite. S’il n’eut pas de réaction spécialement visible, il perdit comme Marjolaine toutes couleurs sur le visage. Sans regarder immédiatement son épouse, il vint se rasseoir près d’elle, les yeux tournés vers ce message qu’il relisait encore et encore. « C’est en partie à cause de moi. » Finit-il par dire, ne pouvant réprimer un frisson d’effroi. C’était à cause de lui que l’intérêt était suscité. C’était lui qui était marqué par Sithis et qui attirait son regard. Même si tout cela, à l’origine, n’était pas totalement de son fait, il était l’un des vecteurs ayant provoqué l’arrivée de ce… cadeau. Vainement, il avait espéré que son lien étrange avec le Sans Visage n’influencerait pas totalement sa vie, et surtout pas l’existence de sa femme ou de ses enfants. Force était de constater que ce n’était pas le cas. « Ce n’est… pas totalement… quelque chose de négatif. » Ajouta-t-il, sans réelle conviction dans la voix en se tournant vers Marjolaine. En réalité, il ne savait pas vraiment ce qu’il convenait de faire. La Confrérie, certes, était messagère de ce présent, mais c’était là, de toute évidence, l’offre de Sithis. « Je… j’ignore ce que nous pouvons faire. »


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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyDim 1 Oct - 17:39

Elle n'avait pas été aussi agitée que depuis le jour où elle avait vu la lettre simplement ornée de la main de la Confrérie noire à peine un an plus tôt – la fois où Denys avait été égorgé sous ses yeux était d'une toute autre mesure et impossible à comparer.  Si l'expérience lui avait appris qu'elle pouvait survivre à son époux, elle doutait qu'elle puisse le faire à la disparition de sa fille.  Les liens de la chair restaient les plus forts après tout.  Secouée de spasmes nerveux, elle tenait à peine sur ses jambes et c'était la panique qui lui avait donné l'adrénaline et l'énergie.  Maintenant qu'elle était en présence de Denys, elle se sentait faiblir et de le voir s'approcher d'elle fit flageoler ses pauvres jambes.  Pour une fois, ce n'était pas l'effet du charme magique qu'il exerçait sur elle.  Elle se sentait au bord des larmes, mais elle ne voulait pas s'autoriser à pleurer.  Elle ne voulait pas se montrer faible, mais il était difficile pour ses pauvres nerfs de voir qu'on s'en prenait à son pauvre petit bébé.  Enfin, ce n'était pas une menace, il s'agissait d'une protection qu'on offrait à Raiponce, mais Marjolaine se demandait quel en serait le prix.  Elle ne désirait pas voir sa tendre enfant rejoindre les rangs des assassins.  Ni que ceux-ci ne la lui enlèvent au nom du dieu qu'ils vénéraient.  Elle était encore si petite, si fragile.  Elle l'aimait déjà tant.  Bénie de Sithis à un âge si tendre, pour la duchesse, c'était presque une malédiction.  Ce n'était pas un dieu qu'elle comprenait beaucoup.  Elle le respectait, mais le craignait aussi.  Elle voulait se montrer forte, mais elle ne pouvait supprimer complètement son désespoir suite à une pareille nouvelle.  Elle espérait comme toujours, Denys aurait une solution au problème.  Elle croyait en lui.

Avec raison.  Il la dirigea d'abord vers le lit afin qu'elle puisse s'asseoir.  Dans cette position, elle se sentait moins près de tomber et un peu plus calme.  Son mari était là, il saurait quoi faire.  Elle ne cessait de se répéter cette phrase, comme un automate.  De ne plus tenir en main propre l'étrange paquet la soulageait infiniment.  C'était presque comme si ça n'avait jamais existé.  Pourtant, le visage blanc de Denys lorsqu'il revint à elle la ramena dans la réalité.  Il avait vu la même chose qu'elle, il avait lu les mêmes mots qu'elle.  Ce n'était pas là un horrible cauchemar, c'était la terrible vérité.  L'illusion un instant que tout ceci n'était qu'un malentendu s'effaça brusquement.  Elle se sentait près de défaillir, mais elle s'ordonna de se ressaisir.  Ce n'était pas le temps de tomber dans les pommes.  Surtout que le désemparement face à la situation n'était pas uniquement le sien, mais aussi partagé avec son époux.  Ses propos ne la rassurait pas autant qu'elle l'aurait souhaité, mais en vérité, qu'aurait-il bien pu dire pour alléger toutes ses craintes.  Outre avouer avoir lui-même posé le coffret là, dans l'idée de faire une blague.  Mais elle savait que son époux ne lui ferait jamais une plaisanterie aussi cruel.

« Il serait imprudent de ne pas accepter ce cadeau, n'est-ce pas? » demanda-t-elle.  Si Denys était encore en vie, c'était bien parce que Sithis l'avait bien voulu.  Elle connaissait par cœur la marque qu'il en avait hérité et elle avait appris à la craindre.  Elle n'aimait pas à l'admettre, mais c'était probablement pour le mieux que de ne pas retourner le cadeau à ses expéditeurs.  Elle le désirait ardemment, mais elle craignait que cela n'attise la colère du dieu sans visage.  Elle se tordait nerveusement les mains, comme si elle cherchait une autre porte de sortie.

« Il faut garder cette bénédiction un secret.  Pour tous.  Il faut cacher ce coffret pour que personne ne le trouve.  On ne peut tout de même pas accrocher ce pendentif au cou de notre enfant… Les gens la croiront maudite, ou alors nous prendraient pour des parents irresponsables…  On ne peut pas se le permettre.  Pour sa sécurité aussi.  Nous pouvons lui cacher ce triste cadeau, aussi longtemps que possible.  Toujours même s'il le faut.  Elle est si petite, si frêle et si fragile…  Si nous sommes les seuls à savoir… »

Plus Marjolaine parlait, plus elle réalisait son hypocrisie et le peu de sens de ses paroles.  Sithis était le dieu qui veillait sur les mages du sang.  Elle qui s'annonçait en si grande protectrice de ceux-ci.  Plus encore que de savoir sa fille enlevée par la Confrérie, elle craignait qu'à l'adolescence, ses pupilles se teintent de rouge et que cette magie longtemps proscrite ne la réclame.  Dans dix ans, serait-on assez tolérant pour accepter de tels mages?  Elle ne voulait pas que sa fille, la chair de sa chair ne devienne à son tour une autre Maidhenn, une Faustine déchue.

« Oh Denys… je ne sais plus ce que je dis… »





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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyLun 9 Oct - 18:12

Que pouvait-il bien dire dans un contexte aussi improbable et inquiétant que celui-ci ? Le duc de Lagrance était doué pour s’adapter lorsqu’il était confronté à une situation inattendue ou complexe, mais il était loin de pouvoir prévoir les actions divines. Oui, à cet instant Denys n’avait pas la moindre idée de ce qu’il convenait de faire. Devaient-ils réellement conserver ce cadeau et en faire don à leur fille, quitte à craindre et redouter toute leur vie les conséquences sur la chair de leur chair ? Ou au contraire s’en débarrasser et faire face à l’exacte même problème, à l’inverse ? Provoquer la colère d’un dieu était rarement une bonne chose, et celle de Sithis était certainement l’une des plus à craindre. Le dieu Sans-Visage était certes discret, prié par peu et loué rarement, mais il présidait sur la mort et le purgatoire. S’il avait agit de la sorte par le biais de la Confrérie Noire, ce n’était pas sans raison. Et qu’importe que eux, pauvres mortels, ne puissent comprendre les machinations des Êtres Supérieurs.

Restait l’inquiétude parentale. Le cadeau lui faisait peur autant qu’il inquiétait Marjolaine. Et à juste titre. Seraient-ils de bons parents s’ils laissaient faire une telle chose ? Il n’avait pas la réponse, mais il murmura vaguement quelque chose à son épouse malgré tout, la voix dénuée de la moindre certitude.

“Certainement. Mais le garder peut l’être tout autant.”

Alors que faire ? Ils en revenaient tous deux au même problème, et nulle solution ne pointait réellement le bout de son nez. La surprise et l’inquiétude barraient toutes deux le passage à la réflexion et l’analyse de la situation. C’était particulièrement inédit comme événement qu’il était compliqué de peser le pour et le contre. La vie de leur fille était en jeu après tout. Et outre la protection offerte par la Confrérie Noire comme semblait l’indiquer ce mot, tout ce qui entourait désormais Raiponce revêtait un caractère sacré et inquiétant. Si un dieu l’avait béni sous son signe dès sa conception et lui offrait clairement un présent, alors quelque chose arriverait certainement à la petite princesse dans le futur. Sinon pourquoi une telle offrande ? Oh il en a mal à la tête de continuer ainsi dans ses réflexions ! Portant son attention sur Marjolaine, il l’écoute attentivement, posant malgré tout une main réconfortante sur celles torturées par son épouse.

Une fois encore, il ne sait trop quoi dire, mais les mots laissent le duc aussi songeur que surpris. Cacher l’amulette, pour l’instant, n’était peut être pas une si mauvaise idée que cela. Elle avait parfaitement raison, la petite était encore un bébé fragile et innocent. S’il n’était pas vraiment question de se débarrasser de l’objet, au moins pouvaient-ils garder sous silence le cadeau et ne le révéler que lorsque le temps serait venu. D’ici là elle grandirait. Elle grandirait… peut-être comme les mages du Sang, que Sithis avait aussi choisi de protéger. Une longue respiration traversa le duc, lorsqu’il eut cette réflexion qui sonnait comme une évidence. Prenant Marjolaine dans les bras, il tenta de la calmer dans l’agitation triste qui la prenait tout à coup.

“Vient là. Ecoute, nous pouvons garder le secret. Personne ici ne le sait, hormis nous. Je doute que l’on puisse le préserver éternellement, mais jusqu’à ce que Raiponce grandisse et lorsque nous jugerons qu’il est temps, nous lui dirons.”

C’était peut-être la meilleure chose à faire pour l’instant. Ils ne pouvaient déposer sur leur petit poupon juste né l’amulette de Sithis. Pas encore. Pas sans plus d’explication et de certitudes quant-à l’existence futur de leur petite dernière. Néanmoins, une idée qui trottait depuis quelques temps dans l’esprit de Denys revint le titiller à cet instant, et il partagea sa pensée avec Marjolaine.

“Peut-être devrais-je retourner à la rencontre de la Confrérie. Leur demander… des explications plus claires.”

Comme si c’était chose possible. Comme si c’était simple. Oh non, il n’y avait rien de simple là dedans, mais l’intérêt de Sithis autour de lui, et aujourd’hui de Raiponce, était bien trop présent pour être laissé au hasard. Et si les fils et filles de Lida s’étaient fait messager de la demande du Sans-Visage, il y avait peut-être quelque chose à tirer d’une rencontre, même si ce n’était pas sans danger. Loin de là.


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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyMar 10 Oct - 8:58

Comme elle s'était trouvée bête de chercher à garder le secret aussi solidement!  Cacher l'existence de la chose ne l'effaçait pas, ne les débarrassait pas de cette pénible réalité.  Elle qui commençait à croire que leur vie pourrait enfin reprendre un rythme normal, qu'il n'était plus question de voyages temporels catastrophiques, ni rien de ce genre.  Elle avait laissé ses barrières s'affaiblir beaucoup trop vite.  Raiponce était là, toujours en vie, rose et babillante comme devait l'être tout bébé, inconsciente de la menace pesant au-dessus de sa tête.  Était le prix à payer pour ses terribles mensonges?  Elle qui avait caché à Denys son incapacité à enfanter et avait passé par des subterfuges pour continuer à lui cacher la vérité?  Et l'idée lui vint que ce n'était peut-être pas à cause de Denys et de la marque du Sans-Visage qu'il portait, mais peut-être bien à cause d'elle.  Rose, tout comme Raiponce étaient née dans le sang.  Le sang d'une personne qu'elle ne connaissait pas, qu'elle avait blessé gravement pour obtenir ce qu'elle-même désirait si égoïstement.  Et désormais, la vie de sa fille était peut-être en danger par sa faute.  Elle savait que ce n'était pas un danger immédiat, son instinct le lui dictait clairement.  C'était l'avenir de la petite princesse qui était incertain désormais et cela lui causait d'innombrables angoisses. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas supporter d'avoir peut-être, en la concevant, gâché la vie de sa propre fille.  Elle retint des larmes.  Ce n'était pas le temps de pleurer, elle devait être plus mûre, plus sûre d'elle et plus courageuse.  Heureusement, comme s'il lisait en elle, il l'attira dans ses bras et elle se sentit instantanément apaisée.  Elle n'était pas seule face à cette situation de crise.  En près de dix ans de mariage, elle avait toujours pu compter sur Denys dans les situations du même genre.  Une fois encore, il était là, avec elle.  Et c'était ensemble qu'il ferait front.

Et il n'avait pas tort en reprenant son idée d'abord énoncée sous le coup de la folie et de la panique.  Personne, outre eux-même et l'expéditeur du colis, ne savait rien de celui-ci.  Pourrait-on leur reprocher de ne pas déposer un tel cadeau sur le corps encore tout jeune de leur propre enfant?  Si Sithis accordait réellement sa protection à Raiponce, il pourrait certainement le faire en silence et sans se manifester.  Du moins jusqu'à ce qu'elle soit assez grande pour comprendre la bénédiction doublée d'une malédiction de ce cadeau.  Elle acquiesça donc à la suggestion de son époux qui rejoignait ses propos incohérents.  C'était probablement ce qu'il y avait de mieux à faire.

Elle se sentait un peu – de façon très minime – plus calme une fois arrivés à ce semblant de décision.  Ils avaient plus ou moins un plan d'attaque, un moyen de conjurer le sort pour un moment.  Mais ce semblant de sérénité s'évanouit en un rien de temps quand Denys proposa d'aller lui-même s'enquérir auprès de la Confrérie de la signification de ce cadeau.

« NON! » s'exclama-t-elle en pleine panique.  Si la dernière fois ils avaient accepté de ne pas écourter tout de suite les jours de son époux, rien ne garantissait que s'il osait pointer son nez à leur porte cette fois-ci ils ne terminent pas ce contrat qui avait échoué!  Elle n'allait pas encore voir le cadavre pâle de son époux, pas en si peu de temps!  Elle l'aurait étripé – ce qui était contre sa nature douce et à l'encontre des mœurs lagranes – pour avoir osé proposer une idée aussi stupide.

« Je suis prête à t'offrir mon soutien pour beaucoup de choses, mais pas pour te voir aller te jeter stupidement dans la gueule du loup.  J'ai deux filles qui ont besoin d'un père et tout un peuple qui a besoin de son duc.  Ils t'ont laissé filer une fois, ils ne recommenceront pas, » raisonna-t-elle sur un ton un peu emporté.  Elle avait encore quelques palpitations au cœur à cause de cette découverte fort malvenue et maintenant il parlait de mission suicide.  C'était beaucoup trop qu'elle ne pouvait en supporter cette pauvre Marjolaine.  « Monsieur, si vous persistez dans cette idée, demain matin vous n'aurez plus ni femme, ni enfants, ceux-ci auront disparu dans la nature et ce n'est pas une plaisanterie.  Je n'hésiterai pas à mettre ce plan à exécution. »

La folie d'un tel plan, elle la connaissait très bien.  Comment pourrait-elle quitter le palais en compagnie des filles et de Faustine – parce qu'elle ne pourrait pas laisser son amie seule au palais – sans être remarquée ni escortée?  C'était pratiquement impossible, mais elle essaierait, si ça pouvait empêcher Denys de faire quelque chose de complètement idiot.

« Moi j'irai.  Personne n'a jamais mis de contrat sur ma tête et pour ma fille, je serais prête à tout.  J'irai seule.  Pour leur montrer qu'il y a pas de mauvaises intentions derrière cette démarche.  Je ne veux pas être passive devant le danger.  Je veux les protéger.  Et te protéger toi, » ajouta-t-elle dans un murmure.  Elle était décidée.  Elle prêterait même serment à Sithis si cela pouvait assurer le bonheur de Raiponce et des siens.  Elle abandonnerait les dieux qui avaient guidé toute sa vie si c'était ce qu'il exigeait d'elle.  Osir, pourquoi n'as-tu pas protégé mon enfant d'une telle bénédiction! Songeait-elle avec désespoir.  La princesse n'était pas  responsable des agissements de ses parents.  Et Denys qui proposait une telle démarche.  N'était-ce pas assez pour lui de mourir trop tôt une fois?  Devait-il recommencer?





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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyJeu 19 Oct - 15:13

Dès l’instant où la confidence avait franchi ses lèvres, Denys savait qu’il avait fait une erreur. Il n’aurait pas dû le dire… Décidément, il se laissait bien trop simplement aller en compagnie de Marjolaine depuis quelques temps, au point de lui confier ce qui était, à coup sûr, une information qu’elle ne prendrait pas bien. Et en même temps, comment lui en vouloir après tout ce qu’ils venaient de vivre ? Qu’elle soit inquiète était normal, car on ne rencontrait pas la Confrérie aussi simplement et sans risquer un réel danger. Pour autant, il ne la pensait pas excessive à ce point. Il devinait à l’avance sa réticence, son refus même, mais certainement pas la menace. Lorsque les mots furent prononcés, assénés dans une voix pleine d’angoisse, d’inquiétude et pourtant farouche, une surprise sincère se dessina dans le regard du duc. S’il parvint à ramener à lui ce sentiment et reprendre son habituel masque, il ne cachait cependant pas la froideur qui s’infiltrait dans son regard. Qu’elle ose ainsi lui retirer ses filles et fuir, pour cette histoire ? Le croyait-elle véritablement stupide ? Pensait-elle qu’il n’avait pas songé une seule seconde à toutes les options ? Que l’idée venait à l’instant de germer dans son esprit et qu’il avait laissé la spontanéité guider sa parole ? Allons donc, cela lui ressemblait tellement… Il la pensait plus mesuré, mais force était de constater que l’inquiétude et l’instinct maternel et protecteur de son épouse était bien trop développé, quitte à oublier qui il était et comment il agissait d’ordinaire.

Le raisonnement qu’elle lui renvoya, à l'inverse, était tout ce que Denys ne faisait pas : agir sur l’instant, préméditer sous le coup de l’inquiétude et de l’angoisse, se laisser guider par des sentiment qui gangrénaient la raison. L’impulsion folle. Conclusion : une réflexion faussée, aucune alternative réfléchie. Il soupira, clairement ennuyé de la réaction de Marjolaine. Elle le pensait stupide d’avoir songé à une telle chose, mais n’agissait-elle pas de la même manière, en se plongeant à corps perdu dans le piège, acceptant une possible fatalité lui tomber dessus ? Par tous les dieux du Panthéon, s’il ne pouvait le faire, alors il n’accepterait pas qu’il en soit de même pour elle. Calmement, il la regarda, jugeant dans son regard toute la détermination qu’elle possédait, puis répondit, avec une fermeté qui appelait rarement à la discussion ou la contestation.

“C’est hors de question.” Et il ne plaisantait aucunement à cet instant. “Si mon raisonnement était stupide, le tient ne semble-t-il pas l’être tout autant ? Ai-je l’air, Marjolaine, d’être quelqu’un prompt à agir sous une impulsion parfaitement irréfléchie ? Ai-je jamais agit pour me mettre sciemment en danger sans songer à des échappatoires ?  Tu te dis prête à tout, et ça c’est inquiétant. On ne peut tout concéder dans cette histoire.. Non ma chère, tu n’iras pas, ou en ce cas certainement pas seule.” Il la regarda avec intensité, parfaitement conscient qu’il pouvait, à cet instant, avoir l’air d’un calculateur froid. Tant pis, elle savait aussi ce qu’il en était de lui et de ses décisions. Rien n’était jamais laissé au hasard, tout (ou dans la limite de ses connaissances) était pris en compte. Pourtant lorsqu’il reprit, il essaya de retrouver un regard plus doux, un ton moins froid. Sa main trouva celle de son épouse pour la rassurer. “Je sais que tu t’inquiètes pour moi, que tu veux me protéger et protéger notre famille. Et je t’en remercie. Mais je ne peux rester passif moi aussi en te sachant auprès de la Confrérie. Par ailleurs, tu ignores ce que j’ai payé pour racheter ma vie, mais il n’y a plus de contrat. Je t’assure. Nous protégerons notre fille ensemble.”


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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyLun 23 Oct - 6:11

Marjolaine accusa le coup sans mot dire.  Il ne s'agissait pas là d'une simple démarche ridicule, mais bien de l'avenir de leur fille!  Elle avait à peine passé le cap de sa première semaine d'existence et il pesait déjà sur sa tête encore bien dégarnie une potentielle menace.  Jusqu'à présent, elle avait toujours laissé Denys gérer les crises, mais c'était assez.  Elle devait prendre sa place dans l'organisation des choses importantes concernant leur famille.  Pourquoi la Confrérie s'en prendrait-elle à elle?  Pour autant qu'elle le sache, personne n'avait jamais placé de contrat sur sa tête.  Et son époux avait peut-être réussi à mener avec succès ses négociations pour ne pas être tué, ça n'empêchait pas qu'il était beaucoup plus important qu'elle.  Elle avait encore beaucoup à accomplir certes, mais l'essentiel de sa tâche en tant que duchesse, elle l'avait accomplie.  Elle avait assuré l'affection du peuple à l'égard de la couronne ducale malgré une transmission des pouvoirs qui n'était pas directe après la mort de Cyselle.  Elle avait mis au monde deux précieuses petites filles qui assurait la descendance de la lignée de son mari.  Elle n'avait pas atteint le plein potentiel de ses capacités, mais elle avait fait ce qu'elle avait à faire de plus important et sa mort ne serait pas très dommageable.  Si elle devait mourir en entreprenant une telle démarche.  Chose qui n'était également pas certaine.  Irréfléchie?  Oui peut-être que dans l'élan du moment elle n'avait pas bien porté toute la mesure de l'implication de ce geste.  Toutefois, plus elle y pensait, plus c'était ce qui lui semblait le plus raisonnable à faire.  Ce cadeau était une bénédiction de Sithis selon le papier qui l'accompagnait.  Demander quelques informations en plus pour protéger au mieux la princesse ne serait certainement pas mal vu.  Et Denys ne pouvait définitivement pas y aller.  Coûte que coûte.

Elle serra toutefois la main de son époux dans les siennes avant de pousser un léger soupir.  Elle se sentait encore tremblante du choc et les battements de son cœur ne s'étaient pas encore calmés.  « Je sais que tu n'es pas irréfléchi, je te connais tout de même un peu mieux que cela après près de dix ans de mariage, » répondit-elle d'abord sur un ton mesuré.  Elle s'inquiétait pour lui. Aussi froid et calculateur pouvait-il se montrer, ce qui lui manquait avant tout, c'était un peu plus de chaleur.  Et aussi timide qu'elle l'était, Marjolaine n'en manquait pas.  Elle était déterminée, surtout quand il s'agissait de protéger sa famille.  Elle en voulait un peu à Denys par ailleurs de prendre les choses avec autant de calme, ou tout du moins de contrôler avec tant de maîtrise ses propres émotions.  Elle l'enviait un peu, parce que cela lui donnait une certaine force, mais en même temps, elle ne pouvait admirer ce trait de caractère.  Pas quand cela concernait la chair de leur chair.  Elle pouvait supporter sa presque froideur à son égard.  Mais pas qu'il se montre aussi calculateur, distant, quand il s'agissait de leurs propres enfants.

« Je sais tout cela, mais je n'abandonne pas cette idée Denys.  Je ne sais pas quel prix tu as payé et je ne me lui suis jamais demandé.  Si je devais le savoir, tu m'en aurais parlé.  Le duc de Lagrance c'est toi et de nous deux, la perte la plus dommageable dans le portrait global, ce n'est certainement pas moi.  Lagrance a besoin de toi et si je sais bien m'occuper d'oeuvres de charité, ce n'est pas moi qui pourrais prendre les décisions politiques importantes ni souder les nobles entre eux vers un but commun.  Nous sommes en guerre Denys, nous ne savons pas encore pour combien de temps.  Ce n'est pas le moment pour toi de poser ce genre de gestes et tu le sais aussi bien que moi! »

Elle secoua la tête.  Les temps étaient dangereux et ce présent tombait comme un cheveu dans la soupe : il était fort malvenu.  En période de paix, cela aurait été plus simple, une épreuve du quotidien qui passerait.  Mais depuis des mois déjà, le quotidien était une épreuve.  Lagrance n'avait pas trop subit de pertes au combat, mais rien ne garantissait qu'il en serait toujours de même.  Les Lagrans n'excellaient pas à l'art du combat, la guerre étant trop répugnante pour leurs âmes délicates amoureuses des arts et du beau.

« Mon plan n'est pas encore réfléchi et bien mûri.  Il n'est pas question de me précipiter dans l'heure.  Mais laisse-moi au moins l'envisager.  Tu ne sais pas tout ce que j'ai fait pour que ce bébé puisse venir au monde, tout ce que j'ai sacrifié… je … » Elle s'arrêta dans son discours, sentant qu'elle s'aventurait sur un terrain dangereux.  Un peu plus et elle lui avouait qu'elle était incapable d'avoir des enfants sans avoir recours à la magie.  Elle ne pouvait le lui dire.  Pas maintenant.  « Je l'ai perdue dans cette réalité étrange où je t'ai aussi perdu.  Mes cauchemars ne commencent qu'à s'espacer… »  Ses doigts serrèrent les siens avec force et désespoir.  « J'ai peur Denys, toutes sortes de choses étranges arrivent et si je ne fais rien, je crois que je vais devenir folle. »





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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyLun 6 Nov - 14:53

Il ne traitait pas une seule seconde Marjolaine d’idiote. Bien au contraire, sous son attitude timide se cachait une femme pleine de ressource et d’intelligence. Mais la duchesse était si différente de son duc. Elle était pleine de vie, protectrice et inquiète, laissant le flot de ses sentiments prendre trop souvent le pas sur les mots dictés par sa raison. Alors que lui était l’esprit froid et calculé, non pas dénué de sentiment mais prompt à les repousser facilement pour s’éviter toutes erreurs. De l’amour à la colère, les ressentis du coeur altéraient bien trop les motivations de l’esprit. Denys n’y était pas sensible là où Marjolaine l’était beaucoup trop, et il le savait. Il ne pouvait décemment pas lui  laisser prendre un tel risque, quand bien même saisissait-il pleinement la douleur de son épouse et la peur qui tiraillait son coeur. Après tout, n’était-ce pas leur fille qui était en danger ? La chair de leur chair ? C’était justement parce qu’il s’agissait de Raiponce qu’il n’était pas question d’agir sous le coup de l’émotion, sans peser les bons et les mauvais côtés de cette idée. Il convenait pleinement d’ailleurs que le danger était grand, car la Confrérie Noire n’était pas n’importe quelle secte d’Arven et qu’il était vrai, au demeurant, que jamais dans leur histoire (ou presque) ses Lames n’avaient laissé en vie leur victime désignée. Ce n’était pas comme si cet élément n’avait pas été pris en compte dans les plans du duc…

Elle avait raison, bien évidemment. Mais une fois encore, ce n’était pas comme si ces détails n’avaient pas leur place dans la machinerie complexe de son esprit. Oui, il était le duc, seul et indiscutable seigneur des terres de Lagrance, l’autorité suprême sur ses terres. S’il devait disparaître en ces temps de guerre, qui sait ce qui pouvait arriver au duché. Certainement les pires horreurs, car alors, il n’y aurait plus cette main solide et ce bras sûr pour maintenir l’ordre. Comme lorsque son père avait pris le pouvoir en Lagrance suite à la mort de Cyselle, le duché serait plongé dans un certain chaos. Un chaos qui ne pouvait être admis en ces temps particulièrement troublés. Oui, s’il mourrait, les conséquences seraient terribles. Et à l’origine, il n’avait pas eu l’intention de rendre visite à la Confrérie en pleine période de guerre, seule la présence nouvelle de cette amulette lui faisait voir les choses sous un angle nouveau. Seulement… se croyait-il à ce point dispensable, sa chère Marjolaine ? Pensait-elle seulement que sa disparition n’aurait pas la moindre conséquence, ou que celle-ci serait faible en comparaison de la sienne ? C’était une chose qu’il savait parfaitement fausse, Denys, et c’était bien cela qu’il craignait en plus. Outre de la perdre, de perdre cette femme qui était un indéfectible soutien, il perdrait aussi ce lien puissant qui unissait la couronne au peuple lagran, qui vouait une sincère vénération à leur duchesse. Si elle mourrait, le chaos viendrait aussi, d’une manière ou d’une autre. Même s’il avait du mal à l’admettre (et l’accepter), Lagrance ne pouvait fonctionner qu’avec son duc et sa duchesse à sa tête.

“Tu te trompes. Et tu devrais le savoir pourtant, Marjolaine. Notre duché ne fonctionne pas uniquement sur le soutien de sa noblesse, mais aussi de son peuple. Tu es ce lien avec notre peuple et si je te perd, je le perd aussi. Nos décisions peuvent toutes deux apporter de terribles conséquences.” Mais ça, ce n’était qu’en considérant un réel danger de mort en se rendant auprès de la Confrérie Noire. Et si le duc connaissait parfaitement sa réputation désormais, il ne pouvait s’empêcher de croire que le danger n’était pas aussi évident que la mort. Par ailleurs, le présent fait à Raiponce n’était pas un présage mortel, et ils ne devaient pas l’oublier.

Un froncement de sourcil surpris trahit le regard de Denys, alors qu’il écoute Marjolaine reprendre son discours. Surpris, il l’est bel et bien un instant, percevant dans l’hésitation de son épouse plus qu’une simple erreur. Pourquoi devait-il ignorer quelque chose sur les efforts de sa femme pour enfanter ? Il convenait qu’en presque dix ans de vie commune, c’était bien peu comme descendance - compte tenu de leur… activité de chambre plutôt régulière - mais il n’avait jamais rien soupçonné de mal, à l’exception peut-être de leurs premières années de vie commune. Car il était vrai que Rose n’était venue au monde qu’après quatre ans de mariage, ce qui était bien long. Elle l’ignorait certainement, Marjolaine, mais elle venait d’éveiller le doute et la méfiance dans le regard de son époux, par cette simple erreur bien joliment rattrapée mais qui laissa Denys indifférent. Et s’il ne dirait rien pour l’instant, il était bien possible qu’un jour prochain, ce sujet étrange revienne sur le tapis.

“Je ne peux pas Marjolaine. Je ne peux pas te laisser envisager une telle chose seule.” Même si les doigts de son épouse se serrent contre les siens, il n’hésite pas une seule seconde à continuer. Le refus est net, car il reconnait cette nouvelle détermination dans le regard de sa femme, plus farouche et puissant qu’avant. Et il s’en méfie autant qu’il aime cette nouvelle part d’elle plus affirmée. “ Ou bien nous agissons ensemble, ou bien nous trouvons une autre solution. Mais ne crois pas être la seule à pouvoir menacer l’autre, car si tu t’obstines toi aussi dans cette idée, je n’hésiterais pas à t’ordonner clairement les choses.” Il n’avait pas le désir de la blesser, mais il se doutait que ses mots seraient susceptibles de le faire, que sa propre obstination à ne pas la mettre elle en danger serait un coup aussi doux que violent. Et il savait aussi que si l’un d’eux ne cédait pas (et lui ne comptait pas céder), alors ils allaient droit vers un terrible mur.


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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyDim 12 Nov - 6:57

Le désespoir envahit Marjolaine.  Elle avait toujours considéré Denys comme étant son meilleur allié de toutes les situations, l'homme qui saurait l'appuyé dans ses démarches et voilà qu'il lui faisait faux bond.  Elle comprenait ses réticences et elle savait qu'il n'avait pas entièrement tort de lui refuser ce qu'elle exigeait de lui, toutefois, elle ne pouvait se résoudre à ne pas envisager cette idée.  C'était de la vie de leur fille dont il s'agissait.  Pas au sens qu'elle mourrait, mais bien dans l'idée que ce présent, cette soit-disant protection accordée par le Sans Visage portait nécessairement un prix.  Elle ne doutait pas un instant qu'il serait lourd à porter.  Et quitte à ne point pouvoir changer ce destin, elle désirait au moins être capable de préparer la petite princesse au futur qui serait le sien.  L'espace d'un instant, Marjolaine eut envie de tout raconter à son époux.  Elle avait déjà fait la bourde de laisser une partie de son secret s'échappé et elle ne doutait pas qu'un jour ou l'autre il l'interrogerait à ce sujet.  Pourquoi ne pas le faire maintenant?  Mais elle n'était pas prête, pas prête à s'ouvrir complètement comme ça.  Elle avait gardé ce terrible secret pendant près de dix ans.  Elle n'avait pas épousé Denys pour aucune autre raison que par amour.  Si c'était Campanule qui l'avait poussé à rencontrer le duc alors qu'il se cherchait une épouse, elle était tombée rapidement sous le charme de ses manières et avait accepté sa cour.  La croirait-il s'il apprenait qu'elle l'avait épousé tout en sachant qu'elle ne pourrait lui offrir une descendance?  La Lagrane pouvait supporter beaucoup de chose, mais elle ne se remettrait jamais de devenir une simple parvenue aux yeux de Denys, une femme qui l'aurait utilisé pour monter en prestige.  Et qui sait, peut-être croirait-il qu'elle avait aussi voulu mettre derrière elle une vie d'ermite.  L'idée la mortifiait, elle qui avait toujours envisager mener une vie solitaire à Blanc-Lys, laissant l'héritage de son père à sa mort aux enfants de ses frères et sœurs.  Elle ne pouvait tout simplement pas lui avouer tout cela, pas maintenant.  Pas alors que… les choses allaient nettement mieux entre eux, qu'ils s'étaient enfin débarrassés de quelques unes des barrières qui les séparaient.  Celle-là ne pouvait pas tomber tout de suite.  Encore moins à l'aube de cette dispute.

Encore moins quand les mots de l'homme qu'elle aimait lui meurtrissaient autant le cœur.  Ne pouvait-il pas comprendre combien elle était inquiète?  Pour lui, pour leurs enfants, pour Lagrance toute entière?  Elle gardait bien des mauvais souvenirs de cette réalité alternative où en l'espace de quelques semaines, elle avait tout perdu ce qu'elle croyait être à elle de droit, mais celle-ci lui avait apprise qu'elle n'était pas qu'une incapable.  Qu'elle pouvait faire bien plus que d'envoyer de l'argent là où le peuple en avait besoin, de faire des visites dans certains villages ici et là pour s'enquérir des besoins du peuple.  Non, Marjolaine n'était pas qu'une femme pot de fleurs, elle ne l'avait jamais été et ils le savaient tous les deux.  Ce qu'elle savait toutefois cependant désormais aussi, c'était qu'elle était dotée d'une plus grande force qu'ils ne l'auraient imaginé tous les deux.  Si seulement il voulait bien l'écouter un peu.

« Tu es cruellement injuste Denys.  Je suis peut-être la sujette du duc mais, en ce moment, c'est avec mon mari que je m'entretiens et pas avec celui à qui je dois allégeance.  C'est celui avec qui j'ai échangé des vœux de se protéger et de s'aimer jusqu'à ce que la mort ne nous sépare, celui qui est le père de ces deux enfants que j'ai porté en mon sein pendant neuf mois.  Celui qui devrait comprendre qu'en étant leur mère, parce qu'elles sont ce que j'ai de plus cher en ce monde, je suis rongée d'inquiétude pour l'avenir de ma fille, notre fille.  On n'obtient pas la faveur d'un dieu tel que Sithis sans devoir un jour lui la rendre et tu veux m'empêcher de faire ce dont je suis capable pour au moins l'aider, une fois le jour venu, à faire face à peu importe ce que c'est qui l'attend. »  Elle avait parlé à voix basse sur un ton tremblant où perçait quelques éclats de colère.  Marjolaine n'était pas le genre de femme à s'emporter facilement, mais elle trouvait que son époux manquait de coopération dans ses plans et pour l'heure elle n'arrivait pas à en entrevoir de meilleur que celui-ci.  Ce n'était pas une colère violente qui faisait trembler ses mains, mais surtout un désespoir indigné de se voir contrecarrée sans même que son idée ne soit envisagée, quitte à ce qu'elle soit refusée une fois que toutes les issues en auraient été évaluées.

« Mais puisque nous ne parlons donc point d'égal à égal, que votre altesse m'éclaire sur la voie à prendre, » lâcha-t-elle très amère.  Ces dernières semaines avaient été très heureuses pour Marjolaine, qui se sentait moins oubliée de son époux et qui voyait la naissance de son enfant arriver.  Mais il venait de tout gâcher en l'espace d'un instant, tout ça parce qu'il avait menacé de faire usage de son autorité sur elle.  Elle n'aurait jamais cru entendre de sa part de telles paroles un jour.  Elle se ressentait cruellement de ces propos qui la blessaient beaucoup plus encore que tout le reste.  Ils n'avaient jamais été un couple parfait, il y avait longtemps qu'elle avait accepté qu'ils ne le seraient peut-être jamais, mais elle avait toujours considéré qu'ils étaient égaux en privé.

Dans un geste plus brusque qu'elle ne l'aurait désiré, elle retira ses mains d'entre celles de Denys.  Elle ne sentait plus cette douce intimité entre eux qui avait bercé les dernières semaines.





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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyMar 19 Déc - 18:23

Etait-il vraiment le plus cruel des deux ? Marjolaine oubliait que quelques minutes plus tôt, c’était elle qui menaçait son époux de lui retirer ses filles et de fuir plus loin que le vent pouvait les porter ? S’il n’avait bien évidemment pas cru en la menace, les mots l’avaient blessé. N’était-ce pas juste retour des choses que de la mettre en garde à son tour ? Qu’il était capable d’user de cette autorité, bien qu’il n’ait jamais eu l’intention de le faire ? Elle n’était pas la seule à se sentir poignardée par les paroles de l’autre, car ce que son épouse lui asséna, Denys n’en laissa pas échapper la moindre miette. Elle espérait éveiller sa culpabilité, mais c’était loin d’être le cas. Elle l’accusait de ne pas comprendre son inquiétude, mais l’inverse était tout aussi vrai. Il était simplement capable de ne pas en montrer les sentiments qui l’illustraient et de prendre des décisions qui s’imposaient si nécessaire. Il ne cherchait qu’à la protéger elle, ainsi que ses filles. Et il maintenait fermement l’idée que laisser Marjolaine aller seule voir la Confrérie Noire était une idée folle voire insensée. Il se refusait de la prendre, de l’autoriser même, qu’importe si elle en était douloureusement touchée. Elle aussi devait faire l’effort de percevoir son point de vue.

Le geste brusque de Marjolaine sembla faire sortir Denys d’une certaine torpeur. Comme si le fait qu’elle retire ses mains cassait tout ce qu’ils avaient pu établir depuis quelques mois ensemble, cette proximité nouvelle, cette intimité… En quelques secondes, celle-ci avait disparu pour n’être qu’un souvenir fugace. Soit, elle l’accusait de cruauté. Soit, elle osait reprendre ce ton avec lui. Le duc serra les poings, maintenant en lui la colère qui commençait à grandir. Terrible colère, plus forte que tout autre sentiment, elle avait le don de s’embraser en si peu de temps. Muselée férocement par Denys, celui-ci se releva de son lit et toisa avec hauteur son épouse. Très bien, puisqu’elle le prenait comme ça, il n’aurait pas de scrupules à répondre sur le même ton. Elle n’était pas la seule à pouvoir être blessée.

« Je vois. Puisque mon épouse s’obstine et ne cherche pas plus à comprendre mon point de vue, j’imagine que nous n’avons plus rien à nous dire. » Sans plus attendre de réponse, il fit volte face et approcha de la porte, invitant Marjolaine à sortir. « Si vous voulez bien me laisser… »

Et puisque le ton ne permettait aucune discussion supplémentaire, elle obéit, se levant et rejoignant son époux vers l’entrée. Il n’avait cependant pas encore ouvert la porte, et avant de le faire, sans jeter un regard à son épouse, il conclu avec une extrême froideur et presque autant d’amertume qu’elle en avait mis dans ses derniers mots.

« Laisse moi te dire une dernière chose : toi aussi tu es cruelle avec moi, Marjolaine. La prochaine fois, ne laisse pas échapper une menace à propos de nos filles. Mon soutien, tu l’aurais eu, si tu avais voulu m’écouter un peu. Et si tu crois que j’ignore ce que ça fait d’avoir sur soit le regard de Sithis tu te trompe lourdement. Pas un jour, pas une nuit je ne peux l’oublier. » Sur ces derniers mots, il accorda un regard à sa femme, toujours très froid, mais mêlé d’un sentiment plus vif, qui ne lui était peut-être pas totalement adressé. Colère ? Peur ? Inquiétude ? Lui même ne savait pas vraiment. Mais il savait en tout cas que sa vie était toujours marquée par la faveur que Sithis lui avait faite en l’épargnant cette nuit là devant l’une des filles de Lida. Les conséquences, il les mesure toujours, et il est bien en peine de savoir jusqu’où celles-ci peuvent aller. Il n’en parlerait cependant pas à Marjolaine, et ouvrant la porte, il l’invita cette fois bel et bien à partir. « Le sujet est clos. » Il ne reviendrait pas là dessus. Et qu’elle ne s’imagine pas pouvoir braver son autorité en se rendant à Lorgol sans son autorisation. Il le saurait, quoiqu’il advienne.


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Message Sujet: Re: Un cadeau empoisonné?   Un cadeau empoisonné? EmptyVen 22 Déc - 12:43

Marjolaine regrettait de s'être laissé emportée comme ça, mais cette fois elle ne voulait pas céder.  Elle savait que son idée d'aller chercher des réponses seule auprès de la Confrérie n'avait pas de sens, que c'était dangereux.  Elle était une femme issue du duché des jardins, avait-elle le moindre moyen de se défendre si les choses tournaient mal?  Non, elle n'en avait aucun.  Cette force intérieure qu'elle avait découverte pendant la réalité alternée n'était-elle pas elle aussi un cadeau empoisonné finalement?  Voyait-elle trop grand pour ce qu'elle était réellement capable d'accomplir?  Cependant, elle ne voulait pas l'admettre, pas devant Denys, pas quand il l'avait blessée, qu'elle l'avait peut-être blessé elle aussi?  Elle était confuse et ne savait plus trop que penser, or elle laissa la colère la guider, en attendant de pouvoir réfléchir la tête plus reposée.  Toutefois, ce mouvement du duc, cette invitation à partir lui mit un coup au cœur que seule la colère lui permit de supporter en silence.  Il était déjà extrêmement rare que le couple lagran se dispute, alors de se faire renvoyer de la sorte…  Ça n'était jamais arrivé auparavant et la Lagrane s'en sentait brisée.  Venaient-ils vraiment de détruire tout ce qu'ils avaient lentement construit ensemble au cours de dix ans de mariage?  Dévastée, la brune se leva en essayant de ne pas trembler et de rester digne.  Elle avança vers la porte sans fléchir, bien qu'elle se sentait prise d'une douleur insupportable.  Tout ceci ne pouvait-il point être un rêve?  Mais le coffret trouvé au pied du berceau de Raiponce était trop réel pour croire à un simple songe onirique.  Elle jeta un dernier regard à Denys comme il l'interpellait à nouveau.  Elle se sentir fléchir sur ses jambes, mais elle se força à se ressaisir.

Elle ouvrait la bouche pour répondre quelque chose, mais il la coupa tout de suite en mettant fin de façon brutale à la conversation.  Elle soupira, secoua la tête et quitta la pièce sans prononcer une parole de plus.  Ce n'est qu'une fois de retour à sa chambre qu'elle se laissa écrouler sur le sol pour pleurer tout son céans.  L'inquiétude, la colère, la tristesse, ce flots de sentiments coulaient en larmes amères sur ses joues, tandis qu'elle était persuadée d'avoir tout gâché.  Mais elle savait qu'elle avait agi de la bonne façon de quelque sorte.  Elle protégerait ses filles au prix de sa vie s'il le fallait.  Elles étaient toute sa vie, sa raison d'être.

Le soucis était que malgré les peines qu'ils s'étaient infligés tous les deux, Marjolaine aimait encore beaucoup trop Denys pour lui désobéir, même pour ses filles.  Impuissante, elle n'arrivait qu'à pleurer en serrant la mâchoire pour que personne ne l'entende.  Elle mordit son poing pour étouffer le bruit de ses sanglots et resta prostrée au sol pendant un long moment, jusqu'à ce que le flot de larmes ne se tarisse enfin.  À ce moment là, les yeux bouffis et rougis, elle se força à se relever et à se préparer pour la journée.  On n'attendrait que peu d'elle, encore affaiblie par l'accouchement, mais elle ne laisserait personne voir dans quelles affres le chagrin l'avait plongée.  Après tout, un homme ne pouvait être éternellement le centre de son existence.  Il était temps de grandir et de cesser de rêver : si elle savait que Denys avait de l'affection pour elle, elle devait se résigner à l'idée qu'il ne l'aimerait jamais de ce même amour qu'elle éprouvait pour lui.





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