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 À coeur ouvert

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Message Sujet: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyLun 9 Oct - 1:09


Livre II, Chapitre 6 • La Chasse Sauvage
Faustine de la Fugue & Maelenn du Noroît

À coeur ouvert

Ou quand une discussion prend une tournure inattendue



• Date : Le 18 octobre 1002.
• Météo (optionnel) : Ensoleillée, douce.
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Maelenn est de retour à Edenia depuis quelques jours, et Faustine lui bat toujours froid. La Compagne a décidé de confronter sa soeur, afin de l'entretenir d'un important questionnement.
• Recensement :
Code:
• [b]18 octobre 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2736-a-coeur-ouvert]À coeur ouvert[/url] - [i]Faustine de la Fugue & Maelenn du Noroît[/i]
Maelenn est de retour à Edenia depuis quelques jours, et Faustine lui bat toujours froid. La Compagne a décidé de confronter sa soeur, afin de l'entretenir d'un important questionnement.



Dernière édition par Maelenn du Noroît le Lun 9 Oct - 7:57, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyLun 9 Oct - 1:12



7 octobre 1002

La lettre scellée est laissée sur l’oreiller de la chambre attribuée à Maelenn. Elle est adressée au duc Liam.




Liam,

Je ne vous voulais aucun mal, mais je ne peux vous en vouloir de ne pas m’avoir crû. Ma curiosité a été ma perdition et si je vous en veux de vos actes, je puis tout de même les comprendre. En ces temps troublés, la prudence est de mise, n’est-il pas ? Il n’empêche que suffisamment de jours ont passé et qu’il suffit, de me retenir entre vos mains afin que j’y étouffe. Ces jours éloignés de ceux que j’aime et que j’apprécie, au plus grave de la maladie, ont été terribles, et je ne sais pas si je pourrai vous pardonner cela. Sans doute n’y accordez-vous que peu d’importance, tant que votre secret est bien gardé - et il le sera.
Faites-moi arrêter, si tel est votre désir, si vous craignez que de ne pas m’avoir coupé la langue, ou la tête, les vipères sifflent vos mystères dans tout Arven.
J’attendrai vos hommes en Lagrance.

Je t’ai aimé, Liam.
Sans doute déjà trop tard.
Merci pour cette dernière nuit.

Que Levor veille sur toi,


Maelenn



◊ ◊ ◊ ◊ ◊

Le 18 octobre 1002

Onze jours.
Toujours aucune trace d’hommes de main outreventois à sa porte. Venus l’arrêter, sous motif d’elle ne sait quoi. De haute trahison, peut-être bien. C’est tout ce qu’elle imagine.
Onze jours depuis qu’elle a faussé compagnie à la garde ducale, s’enfuyant du palais à la mode des Miracles. Ses robes et bijoux enveloppés dans un baluchon solidement attaché sur son dos, elle a descendu tout le long de la façade du palais, comme le ferait une voleuse - comme le lui a enseigné Mélodie. Elle a prié Isil de la protéger, elle qui n’est sa fille que de bien loin, elle qui ne lui a jamais prêté serment, de la veiller dans sa descente et sa fuite, de la protéger dans ses ombres.

Tous les matins depuis, elle se réveille le ventre noué - mais il n’y a toujours personne. Ni Liam, ni aucun de ses hommes, qui l’arrache à la tiédeur de ses draps, au calme de sa chambre. Il y a le duc Denys, auquel elle a enfin pu transmettre ses félicitations et ses cadeaux pour la naissance de la princesse Raiponce. Il y a Madame Artémise, qui la chouchoute depuis son retour à Edenia, la veillant d’un oeil attentif et quelque peu inquiet. Il y a Eugénie et le jeune Jasmin - il y a Julien de Tiercelierre, exilé à Edenia avec la prise de ses terres par Sombreciel - il y a la musique, enfin retrouvée. Puis, il y a sa soeur, sa Faustine, sa Maidhenn, si froide avec elle depuis son retour ! Elle sait quelles rumeurs ont couru en Faërie, oeuvres d’alliés qui ont certainement tenté de la sortir de ce guet-apens où elle s’est retrouvée prise si longtemps, et elle ne doute pas que celles-ci sont tombées dans l’oreille de sa soeur. Tombées, et bien mal tombées. Elle refuse de lui parler, de la regarder, même, et à chaque instant où elles se retrouvent dans la même pièce, la ménestrelle aussitôt disparaît.
Et cela suffit.

Deux jours avant qu’elle trouve un Voleur infiltré à la cour d’Edenia, et un autre avant qu’elle le convainc de lui ouvrir la porte de la chambre de sa soeur. En l’absence de ladite soeur, évidemment. Sinon, ça n’a aucun intérêt. Maelenn a quelques remords, alors que le Voleur referme la porte derrière elle et la verrouille à nouveau, comme si rien n’était arrivé. Entrée par effraction dans la chambre de sa propre soeur ! Comme on le ferait chez une noble personne à dérober, ou encore à punir ! Est-ce un comportement digne d’elle, de son éducation, de son nom ? Oh, sûrement pas, mais le duc Liam ne l’a-t-il pas dit ? Elle n’a plus rien d’une Outreventoise.

Ses doigts glissent sur les surfaces parfaitement dépoussiérées des meubles de la chambre de Maidhenn, tâtent le tissu du couvre-lit, testent le rebondi d’un fauteuil. Gavriel, quant à lui, se déroule de ses épaules et glisse jusqu'au bassin où barbote Eriath, saluant son frère de sifflements affectueux. Elle est entrée plusieurs fois dans cette chambre, mais jamais seule. Quelques secondes, ses yeux se posent sur les tiroirs de la coiffeuse de la ménestrelle ; puis, ceux de sa commode. Il serait facile de les ouvrir, afin de découvrir quels secrets sa soeur dissimule loin de ses yeux, de ses questionnements inquisiteurs à propos de sa vie en apparence si rangée, si banale, voire même ennuyante. Quelques sous-vêtements cielsombrois, peut-être, scandaleusement révélateurs sous ces robes au tissu noble ? Quelques lettres sulfureuses d’un admirateur secret ? Tout ce qu’elle veut découvrir sur cette femme aimée, tout ce qu’on lui cache et qu’on refuse de lui révéler. Bien sûr, vas-y. Tes derniers accès de curiosité ont été si heureux, après tout. La brune s’immobilise, la main à quelques centimètres du bouton cuivré d’un tiroir. Elle ne peut pas se permettre de faire cela. Son imprudence, sa curiosité, l’a déjà trahie une fois - et elle ne peut pas trahir sa soeur.
Un bruit de pas, tout juste à l’extérieur de la pièce, la met en alerte. Discrètement, la Compagne prend place dans un fauteuil, dans l’angle mort de la porte de la chambre, et retient son souffle alors qu’elle écoute les cliquetis de la serrure. Les pas de Faustine. Jusqu’à ce qu’elle soit devant elle - dos à elle. Quel intérêt, de toute façon ? Elle sait déjà qu'elle est là, fort probablement avertie par son Familier. Les jambes relevées contre sa poitrine, comme une enfant apeurée, Maelenn souffle : « Je dois te parler. Je suis désolée, mais je dois vraiment te parler. »
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyMar 10 Oct - 0:18

Elle va tuer quelqu’un.
L’un de ces ménestrels faquins qui ne cessent de chanter dans les couloirs du palais « la favorite du duc de l'Honneur, d'accorte forme et de sourire enjôleur », ajoutant mille et uns commentaires affreusement grivois sur le galbe d’un sein et la rondeur d’une hanche, sur le moelleux de sa chair satinée et le délicat murmure de son souffle agité. Peste soit de sa scandaleuse sœur ! Quel grand besoin avait Maelenn de s’en aller conquérir la couche du duc d’Outrevent, salissant la respectabilité de ce bien noble seigneur en s’affichant à ses côtés comme une catin à l’ambition démesurée ? Bon, certes, ces mots bien peu charitables dépassent peut-être le fond de sa pensée ; mais après avoir obtenu la quasi-certitude que sa cadette avait déjà compté le duc Denys parmi ses clients, elle n’aurait pas pensé qu’elle s’empresserait d’y adjoindre le duc Liam. C’est quoi, la prochaine étape ? La duchesse Gaëtane ?

Faustine en est à ce stade de ses réflexions, ignorant délibérément le désormais familier refrain de « ses dents comme des parles nacrées, qui savent punir ou caresser », elle se dirige vers les appartements de Marjolaine à grands pas décidés ; lorsqu’un sursaut de contentement émanant d’Eriath la stoppe net. Elle se fige en plein couloir, percutée de plein fouet par une petite servante qui suivait le même chemin et laisse échapper avec un cri navré sa pile de linge fraîchement lavé. Écartant avec une brusquerie dont elle n’est pas coutumière la mignonne, qu’elle fusille de son regard impérieux étincelant d’écarlate sous la pulsion de sa magie qui s’est activée, la ménestrelle repart à grands pas rageurs vers ses appartements privés. Il y a de la visite, dans ces appartements – un visiteur, en tout cas, qu’Eriath accueille avec grande joie, barbotant gaiement dans son bassin personnel.

Gavriel.
Et là où le serpent se trouve, la vipère suit forcément, n’est-ce pas ?

C’est d’un geste brusque qu’elle ouvre sa porte, prenant le temps d’entrer dans la pièce et de refermer soigneusement le lourd battant, ne tenant pas particulièrement à ce que l’on aperçoive la désormais très réputée « prêtresse du temple des désirs, maîtresse de mille et uns plaisirs » dans sa propre chambre. C’est que Faustine se soucie de sa réputation, elle, et de ce que des ragots et commérages malavisées pourraient provoquer comme éclaboussures sur la délicatesse irréprochable de Marjolaine ! Fermement, elle se campe devant Maelenn ramassée sur son fauteuil, aussi impitoyable que l’était naguère leur père lorsqu’il se penchait sur elle pour l’ensevelir de reproches et de critiques. L’œil noir, scintillant de cette rivière de rubis presque vivante qui palpite autour de ses prunelles au rythme de la colère qui gronde en son cœur, l’aînée toise la cadette, sans pitié et sans merci. « Je te laisse une minute pour me dire ce qui est si important que tu t’es crue autorisée à forcer ma porte, et ensuite je te mets un bon coup de vielle sur le nez, pour t’apprendre à rester à ta place ! »

Et, posant son arme improvisée contre le fauteuil, bras croisés et aussi raide que Levor personnifié, Faustine attend, prête à faire passer sa sœur en jugement.

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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyJeu 19 Oct - 23:48

Si terrifiante, sa sœur ! Si imposante, les yeux brûlants de cette même colère qui vibre dans son cœur. Elle ne l’a jamais vue ainsi et ne pensait d’ailleurs jamais un jour être le sujet de ces sentiments si froids. Pas elles, sœurs si proches, sœurs tant aimées, sœurs fusionnelles, brutalement séparées. Sœurs du passées. Faustine se compare quelques instants à leur père, mais c’est pourtant à leur mère, qu’elle ressemble, ainsi campée, comme si elle portait couronne sur son front. Belle et terrible Mairead. Seul l’anneau qui rougeoie autour de ses prunelles brise l’illusion. « Je te laisse une minute pour me dire ce qui est si important que tu t’es crue autorisée à forcer ma porte, et ensuite je te mets un bon coup de vielle sur le nez, pour t’apprendre à rester à ta place ! »

Ses yeux pâles suivent la vielle déposée sur le fauteuil, elle n’oserait tout de même pas vraiment ?, puis reviennent à la figure sévère de la ménestrelle. Une minute, c’est trop peu, alors que les paroles se bousculent à ses lèvres. Que tout ce qu’elle veut demander, c’est de l’aide, mais qu’à l’instant, jamais sa sœur ne lui accordera quoi que ce soit, ne lèvera pas même le petit doigt. Pas si elle ne lui explique pas.

Le corps épais de son Familier monte sur le fauteuil et vient se lover dans le creux formé par ses genoux et sa robe. Armure, bouclier, arme, tout à la fois, que la vipère aux yeux noirs, dressée entre elle et Faustine. Si hors des murs de la chambre, la Compagne affiche toujours le même visage assuré, une fois loin des regards, elle laisse enfin cours à ce qui la tracasse. L’inquiétude, qui alourdit ses traits. Plus de masque, plus de charme. Que Maelenn. « Je n’ai jamais été la favorite du duc Liam, ma sœur. Ces rumeurs… ne sont que cela, des rumeurs, fabriquées au cœur de la cour lagrane, afin d’inciter le duc à me laisser revenir à Edenia. Nous avons tous deux fait une erreur et… Un petit rire sans joie lui échappe – un rire qui ressemble presque à un sanglot, à un hoquet douloureux dans sa poitrine. Et quelle erreur, par les dieux ! Quelles, même. Plurielles. Répétées. Juge-moi, ma sœur, mais uniquement sur ce qui est vrai. Juge-moi, mais j’ai besoin de toi. J’ai tellement besoin de toi, Maidhenn. »
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyVen 20 Oct - 1:43

Les yeux de Maelenn la fuient un instant, pour aller se poser sur la vielle posée au pied du fauteuil. La vielle de Faustine, son bien le plus précieux à présent que la harpe lui est devenue pour toujours inaccessible, la complice de ses états d’âme, la confidente de ses secrets, la voix qui sait exprimer toutes ces émotions sur laquelle jamais la ménestrelle ne sera capable de mettre de mots. Maelenn pense-t-elle réellement que Maidhenn mettrait sa menace à exécution et oserait endommager un bien aussi précieux pour châtier une gourgandine de la plus basse espèce ? Par Levor. C’est ridicule.

Son masque d’assurance se craquelle, à la jolie Compagne scandaleuse, et Faustine perçoit un peu du trouble qui bouillonne sous la surface aux apparences si calmes. Ainsi donc, la toute-glorieuse maîtresse de Sa Grâce le duc Liam serait en prise avec quelque ennui fâcheux ? Il n’y a pourtant point d’épouse bafouée dans le tableau, à sa connaissance. Ou alors elle est si bien cachée que le monde entier n’a été informé de son existence. Sourcils froncés, narines frémissantes, Faustine écoute sa sœur lui expliquer que, non, elle n’est pas favorite ducale, mais que, oui, elle a adopté précisément le comportement scandaleux dépeint dans les chansonnettes qui irritent tant la musicienne lorsqu’elle traverse les couloirs du palais d’Edenia.

« Une – une erreur. Une erreur ? » Il y a un monde de laideur, dans ces quelques mots – de pruderie choquée, d’envie jalouse, de jugement arrogant, de rejet intransigeant, de supériorité insolente. Comment donc, est-ce que sa cadette aurait l’outrecuidance de vouloir excuser son impardonnable légèreté en accusant le duc Liam de s’être permis des privautés auxquelles elle aurait été forcée de consentir ? Un instant, Faustine crispe les poings, faisant crisser sans pitié la soie délicate qui recouvre ses mains gantées, retenant à grand peine quelques paroles cruelles qui n’auraient pas épargné sa sœur. C’est les dents serrées qu’elle reprend la parole, inspirant profondément pour se calmer, sous l’influence des ondes positives qu’Eriath lui transmet pour l’aider à regagner un semblant de sérénité.

Drapée sans sa vertu rigide, le rouge de l’indignation aux joues, elle se laisse tomber dans l’autre fauteuil, croisant fermement les bras sur son corsage sévère. « Je t’écoute. Et ne t’avise surtout pas de te trouver des excuses – respecte un peu la main de Levor étendue sur toi, et dis-moi la vérité. Qu’est-ce que tu as fait ? »

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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyMar 24 Oct - 4:53

Si la Compagne s’est rapidement ramenée à la raison – sa sœur ne la frappera pas plus avec sa vielle qu’elle le ferait elle-même avec sa harpe, elle n’en craint pas moins qu’elle lui administre au moins une paire de gifles que le satiné de ses gants n’adoucira pas du tout. Sa façon de répéter ses mots, comme pour en prendre toute la mesure, n’a rien d’aimable, et les sentiments qui se bousculent dans la voix de sa sœur autant que dans son visage semblent être aussi confus que les siens. Les poings de la dame de compagnie se crispent. Peut-être va-t-elle lui enfoncer ses doigts dans les yeux ? Cette option lui semble tout aussi valable.

Faustine se laisse plutôt tomber dans l’autre fauteuil et Maelenn remercie les dieux de lui laisser l’oreille de sa sœur, qu’importe sa rigidité et le rouge fâché de ses joues. « Je t’écoute. Et ne t’avise surtout pas de te trouver des excuses – respecte un peu la main de Levor étendue sur toi, et dis-moi la vérité. Qu’est-ce que tu as fait ? » Elle se mord les lèvres, d’abord, et se recule un peu plus dans son fauteuil, comme un éviterait une attaque. Blessée qu’elle puisse imaginer qu’elle ne lui racontera pas que la stricte vérité, mais elle se rappelle que sa sœur méprise son choix de vie. Encore plus suite aux mois qui ont passé. Et si elle lui dit la vérité… peut-être encore davantage, pour ce qu’elle en sait.
Qu’a-t-elle fait ? Oh, doux Levor, accompagne ta fille, alors qu’elle se livre, alors que sa voix grave raconte : « Li… le duc désirait savoir si ma magie avait eu un rôle, dans un épisode amnésique dont il a été victime, et lors de notre entrevue, je l’ai provoqué. Rien… rien de répréhensible, juste un… rappel, de notre dernière rencontre. » Ses joues se parent du rose le plus vif, alors qu’elle ose à peine regarder sa sœur dans les yeux. Il ne lui serait jamais venu à l’idée de confier son aventure avec Liam, même à demi-mot, même sans vraiment le dire, à sa si prude sœur. Elle n’en a glissé mot à personne, de ces moments d’octobre. Elle pense à la broche aux chardons d’argent, toujours enfouie dans ses dentelles. Aux yeux de Faustine, ce sera tout à fait répréhensible. « Il m’a mentionné qu’il allait se marier, sans mentionner à qui, et… J’ai usé de ma magie comme une véritable idiote. Juste… juste un peu. » Ses mains se tordent, au souvenir honteux. Une impulsion à peine, que le duc pouvait uniquement remarquer de par la sensibilité de l’information. Si ça avait été pour une autre chose, elle en est persuadée, rien de tout cela ne serait arrivé. Mais elle avait succombé. Un dernier souffle, cassé : « Il m’a révélé que Son Altesse Chimène était encore vivante. »

Elle peut en parler librement, pour la première fois depuis juin. Elle se rappelle des crieurs et de son soulagement – et pourtant de la peur, toujours présente, qu’on vienne tout de même l’arrêter, car tout n'a pas été révélé. Onze jours et il n’y a personne. Que des cauchemars. Que des ombres. « J’ai trahi sa confiance, alors que je lui avais juré ne jamais lui nuire, et il m’a retenue au palais afin que le secret ne s’évente pas. »
Et pourtant !
L’erreur pas là.
Le problème non plus.
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyDim 12 Nov - 14:33

Maelenn tique, et l’espace d’un instant Maidhenn se réjouit sauvagement que ses mot aient atteint leur but, qu’ils aient égratigné, qu’ils aient blessé, qu’ils aient mordu, qu’ils aient porté. Oh, elle est cruelle, la farouche ménestrelle aux doigts brisés, d’autant plus méchante qu’elle est jalouse. Oh, elle en crève, de cette jalousie féroce à entendre chanter les louanges de sa sœur ! Que n’aurait-elle aimé, elle aussi, pouvoir vivre dans la lumière – et voir ce que la harpiste fait de cette liberté la dégoûte fondamentalement. Sans pitié, sans merci – l’aînée du Noroît passe sa cadette en jugement.

Un rappel.
De leur dernière rencontre.
Soit.
Les chansons grivoises qui émanent du corps de garde à la nuit tombée ont donc une base avérée.

La nausée qui saisit Faustine est immédiate. Ce n’est pas ça, l’éducation qu’on leur a donnée ; et elle comprend seulement maintenant à quel point Maelenn a tout rejeté de ce qui faisait d’elle une fille d’Outrevent, alors qu’elle-même est restée fidèle à ses racines malgré son éloignement. Cette femme, c’est une étrangère, se dit-elle dans le secret de son esprit. Cette femme, ce n’est plus la petite fille gaie à laquelle elle montrait comment effleurer les cordes de la harpe pour mieux les faire chanter. Ce n’est pas la gamine mignonne et attachante à laquelle elle enseignait les vertus prônées par Levor et Idril. A-t-elle seulement vraiment existé, cette petite sœur adorée dont elle a chéri le souvenir pendant ses longues années d’exil, ou n’est-elle qu’une chimère déformée basée sur une illusion du passé ?

Maelenn ne lui laisse pas le temps de s’attarder sur ces bien dérangeantes pensées ; elle continue à raconter, et Faustine écoute, les poings serrés sur les accoudoirs de son fauteuil, résistant obstinément aux ondes d’apaisement que son Familier tente de lui faire parvenir à travers les murailles de rejet qu’elle a érigées tout autour d’elle. Maelenn raconte, et Faustine se prend à douter, de la sincérité de ses propos – de la véracité de ce qu’elle entend. Peut-elle réellement se fier à une femme qui visiblement s’est détournée de Levor et de sa sagesse ? Une femme qui ne respecte même pas son devoir de réserve, de modestie et de chasteté ? Une femme qui, non contente de s’enfoncer dans le gouffre de la luxure avec la plus scandaleuse perversité, avilissant son corps et son âme sans arrière-pensée comme la dernière des catins, se permet en plus d’entraîner avec elle un duc couronné à l’irréprochable sérieux, qui plus est fiancé à la plus noble et pure des princesses du continent ?

Autour de ses iris, le cercle écarlate pulse plus vivement, au rythme de ce cœur qui bat en sourdine, et qui remâche sa rancœur jalouse. Faustine se mord les lèvres pour ne pas exploser, et c’est d’une voix basse et terriblement contrôlée qu’elle prend la parole. « Tu ne me dis pas tout, je le sens. Si tu veux mon aide, il faut tout me dire. » Elle a presque craché ces mots avec mépris – qu’est-ce qui pourrait bien être pire que ça ? A-t-elle aussi couché les noms de l’empereur et de son fils sur sa liste de clients ? L’instinct lui souffle que sa sœur lui cache le plus important, et Faustine se prépare mentalement à ce qu’elle pourrait bien lui dire. Aurait-elle provoqué la rupture des fiançailles entre le duc Liam et la princesse Chimène ? Ou peut-être même – ô horreur indicible – le divorce du duc Denys et de sa chère Marjolaine ?

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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptySam 18 Nov - 7:48

Si la Compagne ne s’arrête pas vraiment de parler, c’est qu’elle craint. Elle craint que sa soeur s’engouffre dans ses silences, dans son discours morcelé, afin d’en déceler les failles, d’en relever ce qu’elle tait afin de ne pas la brusquer et l’accuse de mentir. Que la ménestrelle l’écoute lui fait du bien, pour qu’elle est la première à laquelle elle peut raconter la véritable histoire de son temps en Outrevent. Pour ceux hors de ces murs, la version officielle est la plus scandaleuse, la plus amusante, la plus sulfureuse, et elle s’en contente bien. À sa soeur, cela dit, elle ne peut pas mentir, et elle a besoin de parler.

Elle a tout de même besoin de respirer et plus elle approche de la fin de son court récit, dont elle évite les détails scabreux, plus le souffle lui manque. Plus il lui est difficile de le reprendre. Plus la nausée lui revient, jamais vraiment partie. « Tu ne me dis pas tout, je le sens. Si tu veux mon aide, il faut tout me dire. » Madame Artémise aurait été un meilleur choix pour te confier. Que son Familier rouspète n’est pas nouveau. Pure mauvaise foi, que ce Lagran de serpent, qui était pourtant d’accord avec elle il y a très peu. Toujours lové dans les plis de sa robe, il tente l’apaiser, tout comme son frère à écailles le fait avec sa propre soeur, avec les mêmes résultats peu probants. Faustine est aussi rouge de jalousie que Maelenn est blanche de honte. « C’était… juste avant qu’il parte pour le front. » Ses doigts minces tripotent le tissu soyeux de sa robe, caressent machinalement le corps frais de Gavriel, grattent les accoudoirs du fauteuil dans lequel elle semble se faire encore plus petite. Musique grinçante pour leurs oreilles de musiciennes, petit récital de tics nerveux qui trahit bien plus que ce qu’elle montre. « Juste, juste, juste une nuit », souffle la brune, qui relèvent les yeux clairs sur son interlocutrice, dont le cercle d’écarlate autour de sa pupille est si vif qu’il englobe presque tout son iris. Ses joues reprennent les couleurs qu’elles ont perdu, à l’évocation de ces chauds souvenirs d’août. Souvenirs qui reviennent dans son esprit, font briller ses yeux de sentiments à la fois tendres et déchirants.

Des coups discrets à sa porte. Lorsqu’elle avait ouvert cette dernière, aucun garde. Que le duc, seul dans la pénombre, le visage grave. Ses yeux, tels deux saphirs dans les lueurs des torches. Dans ce silence presque religieux, elle l’avait fait entrer, comprenant tout le sens de cette visite. Seul véritable échange entre le duc et la Compagne, depuis bien longtemps, partagé entre les draps les plus doux, murmuré aux étoiles du firmament.
Une dernière nuit pour ne pas mourir, pour se sentir vivant.
Ils ont peu dormi, une nouvelle fois - de lui elle ne se rassasie pas, elle n’a jamais assez. Elle l’a regardé dormir et à mi-voix, elle a entamé une lente mélopée afin d’invoquer la protection des dieux autour de cet homme endormi contre elle. Le chant des épouses qui regardent partir leur mari au combat et qui prient pour le revoir. Qu’importe que celui-ci ne soit pas sien, ne sera jamais sien. Qu’importe qu’elle lui en veuille, qu’importe qu’elle le déteste.
Elle veut qu’il revienne.

Ne pas laisser de faille. Ne pas laisser de brèche. « J’avais… pris, pris mes précautions, bégaie-t-elle, comme pour rassurer la dame de compagnie. Mais, ce, ce n’était pas la mage habituelle, et elle, elle a sûrement été malade avant moi. Je ne pouvais pas, pas savoir… » Maelenn voit bien que sa soeur est un instant perdue, alors qu’elle évoque cette mage sans préciser quelle magie celle-ci a déployé sur son corps. Ou elle le sait, mais son esprit tristement étriqué refuse de tout à fait se rendre à l’évidence. Elle doit le dire. Même si cela la terrifie. Même si cela la tue. « Je crois que je suis enceinte de Liam. » Même si cela casse sa voix, même si cela la brise, même si cela la fait fondre en larmes, même si cela lui fait réaliser toute son impuissance.
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyVen 22 Déc - 16:17

Jamais encore la petite ménestrelle n’avait ressenti le si cruel appel de l’envie, et la jalousie lui mord le cœur sans pitié. Faustine en veut à sa sœur, farouchement, d’être un puits de lumière auquel tous les phalènes viennent se rassembler, alors qu’elle-même n’est qu’un océan de ténèbres qui repousse presque tout le monde par sa laideur. Sa douce Marjolaine est sûrement la seule à déceler de la beauté digne d’être aimée dans cet être torturé par une somme de péchés étouffante, et l’Outreventoise se demande, une seconde, comment les mêmes parents ont pu mettre au monde deux filles si dissemblables. Elle n’a pas conscience de la profondeur de son traumatisme, ni de l’ampleur dramatique des changements que ce bouleversement a provoqués. Elle ne sait pas à quel point la vie l’a tordue et brisée, la petite joueuse de notes perturbée – elle ne sait pas que, dans une autre vie, elle aurait brillé encore plus intensément que sa cadette, et que l’on se serait damné pour un sourire d’elle.

Elle n’est que Maidhenn, l’indigne, éclaboussée de ce Sang qui étincelle autour de ses prunelles, et elle approche de son point de rupture. Maelenn ne sait pas, elle, combien ses petits soucis raviraient sa sœur si elle les vivait. Un fossé d’incompréhension sépare les deux sœurs, surplombé par une muraille de faux-semblants trompeurs, et Faustine aperçoit clairement en cet instant l’immensité de ce qui les éloigne l’une de l’autre. Dans d’autres circonstances, elle aurait tourné les talons, elle aurait chassé l’importune, tiré un trait définitif sur son passé et cherché l’oubli là où ses pas lui permettraient de le trouver, se vautrant sûrement dans sa magie impie pour s’en imprégner encore, baignant dans les ténèbres de l’interdit les plaies de son âme. Elle aurait pu. Plonger dans un abime d’obscurité, embrasser l’appel de sa magie, laisser la puissance trouble de ce Sang proscrit imbiber tout son être, et émerger du gouffre couronnée de noirceur terrible. Elle l’a déjà envisagé, dans ses heures les plus sombres : abandonner l’idée de modeler, pour choisir à la place la voie de la puissance, se porter au firmament du pouvoir. Elle en est capable, elle le sait, tant le Sang pulse en elle avec intensité ; mais c’est le souvenir de Malion qui l’en a empêchée. La dignité tranquille, la sagesse de l’expérience – voilà ce à quoi elle pourrait tendre à la place.

Et les mots de Maelenn font voler en éclats cette résolution. Elle raconte, enfilant ses paroles comme des perles sur un fil, sans que l’aînée ne parvienne à comprendre où sa cadette souhaite la mener. De quelle mage parle-t-elle, de quel enchantement ? La lumière finit par se faire sur toute cette affaire, lorsque le terrible aveu résonne dans la pièce confinée. De rouge de colère, la ménestrelle en devient pâle, comme la mort elle-même, le souffle coupé et les oreilles bourdonnantes de l’énormité de ce qu’elle vient d’entendre. Instinctivement, son esprit comble les trous dans le raisonnement – mage de l’Hiver, enchantement contraceptif, inefficace à cause de l’épidémie ; et le déshonneur suprême pour une Compagne, celui de porter le fruit de sa profession. Un instant, la tête lui tourne, et Faustine tend le bras pour s’appuyer au dossier du fauteuil. « Est-ce que tu es sûre de ça ? Un guérisseur t’a examinée ? »

Non, elle le pressent. Ce scandale-là n’est pas de ceux qui s’ébruitent. Faustine secoue farouchement la tête, se maudissant pour sa stupidité. « Attends. J’ai un moyen plus sûr de m’en assurer. » Sa voix a perdu tout relief, toute couleur – elle a enfermé son cœur dans une boîte hermétique et ne l’en sortira pas. Pas aujourd’hui – il y a trop à réfléchir, trop à penser, et elle ne pourra pas le faire avec des émotions agitées. Sans arrière-pensée, sans s’attarder à l’effet que pourrait produire sur sa sœur la vision de son aînée se livrant à des actes de magie qui causeraient sa mort, sur la terre de leurs pères, la ménestrelle abat ses remparts et laisse ses arcanes écarlates s’emparer d’elle. Ses entraînements répétés avec le duc Denys et son cher Tristan ont rendu l’exercice ridiculement simple, et c’est presque instantanément que le cercle autour de ses prunelles se met à scintiller, puis à luire farouchement, comme une rivière de rubis en perpétuel mouvement. Bien peu ont vu le Sang pulser dans les yeux d’un mage lorsqu’il s’abandonne totalement à sa magie, et Faustine n’y recourt d’ordinaire que dans l’intimité recluse de son atelier de modeleuse – aujourd’hui toutefois, son besoin est urgent, et il n’est plus temps pour la prudence tandis qu’un éclat écarlate commence à baigner les murs.

Elle s'approche de quelques pas, étendant la main sur le front glacé de Maelenn, puis elle laisse l’énergie qui vibre dans chaque fibre de son être gagner lentement sa cadette, restreignant toutefois l’intensité du flot de magie pour ne pas effaroucher la Compagne qui découvre sûrement en cet instant la puissance ravageuse sommeillant dans les veines de son aînée. Délicatement, Faustine modèle le flux vibrant, ouvrant sa perception au monde qui l’entoure – ah, délicieuse euphorie d’une magie libérée ! Dans de trop rares moments peut-elle ainsi s’immerger totalement dans la vie qui pulse partout alentour – des étincelles vibrantes, partout dans le palais, dans le jardin – elle peut même en percevoir dans la ville. Du plus petit insecte au plus ancien dragon des environs, tous chantent à son oreille, et l’émerveillement l’envahit un instant. Juste un instant – juste le temps de percevoir plus précisément la flamme chaude qu’est l’existence de sa sœur à ses côtés.

Une flamme chaude, une étincelle qui clame au monde sa force et sa vigueur ; et une deuxième, timide et fragile, lovée au cœur de la première, qui chuchote à l’univers son chant d’espoir pour les lendemains qui s’annoncent. Un soupir résigné échappe à Faustine, et son regard qui s’était perdu au loin revient croiser celui de Maelenn. « Je n’ai pas les moyens d’identifier qui y a contribué, mais c’est vrai. Tu portes la vie, en effet. » Lâchant le front de sa sœur, la ménestrelle croise les bras, poursuivant d'un ton calme empli d'un intérêt poli, apaisée d'avoir muselé ses émotions. « Te voilà dans une bien charmante situation. Qu’est-ce que tu comptes faire pour y remédier ? »

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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyDim 31 Déc - 4:28

Oh, sa soeur, sa pauvre soeur ! Confrontée aux oeuvres de sa cadette, elle pâlit comme si elle avait vu Sithis en personne, et Maelenn se retient bien mal de sortir de son fauteuil afin de la soutenir, alors qu’elle chancelle. Si elle ne bouge pas, c’est qu’elle en est incapable, surtout, mortifiée de cet aveu fait à voix haute, hors de son esprit partagé avec celui de son compagnon à écailles. « Est-ce que tu es sûre de ça ? Un guérisseur t’a examinée ? » Pas un filet de voix, qu’un hochement de tête négatif. Elle n’a pas encore osé en parler à Madame Artémise. Pas encore osé se frotter au courroux de cette femme qu’elle respecte tant et qu’elle déçoit pour la première fois, bien malgré elle. La vie a parfois de drôles de tours, n’est-ce pas ? « Attends. J’ai un moyen plus sûr de m’en assurer. » Un moyen plus sûr qu’un guérisseur ? La Compagne, toujours muette, les joues traversées de larmes, redescend doucement ses jambes au sol.

Sa soeur a adopté une expression des plus étranges. Neutre, presque, comme si toutes ses émotions étaient muselées, mises sous scellé en un seul instant. Que va-t-elle faire ? Les questions se pressent à ses lèvres, mais elles y meurent avant même d’y naître, alors que le cercle d’écarlate qui entoure chaque prunelle des yeux bleus de Faustine se fait plus grand, plus vif. Vivant.
L’écarlate qui pulse dans les yeux de son aînée la fascine et loin d’être effrayée, ou terrifiée, par cette vision d’une mage du Sang pleinement abandonnée à sa magie, à son pouvoir, elle l’observe plutôt avec une curiosité grandissante. Attraction étrange, celle d’un papillon pour une flamme, qui l’empêche de détacher ses yeux gris de ceux de sa soeur. Elle ne l’a jamais craint, après tout. La main qu’elle dépose sur son front être brûlante, au point qu’elle la penserait malade, mais Maelenn sait que ce n’est pas cela. C’est autre chose. C’est le feu qui danse dans ses veines, la magie qui chante autour d’elle, qui vient vibrer jusque dans son propre être. Elle n’a jamais ressenti cela, la belle, et elle se ne braque pas, prise de cette énergie inconnue qui n’est pas malfaisante, ni agressive. Aussi douce qu’elle est puissante, la magie du Sang explore en elle, et trouve ce qu’elle y a cherché le temps d’un souffle. Faustine soupire, et Maelenn craint le pire - « Je n’ai pas les moyens d’identifier qui y a contribué, mais c’est vrai. Tu portes la vie, en effet. » Dès que sa soeur retire sa main de son front, la Compagne se retrouve glacée. Le besoin de se recroqueviller à nouveau la reprend, pour se réchauffer, pour combler cette chaleur soudainement disparue de son être. « Te voilà dans une bien charmante situation. Qu’est-ce que tu comptes faire pour y remédier ? »

La politesse de Faustine est au moins aussi étrange que cette expression neutre qu’elle n’a toujours pas quittée. La harpiste, elle, est incapable de conserver un faciès aussi calme. Les larmes y coulent à nouveau, sans un sanglot, alors que son pressentiment s’avère vérifié. Vérité. Gavriel doucement s’entoure autour de ses épaules, lui envoie des vagues d’un réconfort qui lui semble si minime. Si infime, en vue du gouffre qui s’ouvre en elle. « Les Compagnes ont… ont des contacts, pour, pour ça. » Secret de polichinelle qui, en d’autres duchés, pourrait valoir la mort de celles qui pratiquent de telles choses. Maelenn évoque à peine la pratique à mi-voix que celle-ci tort son visage de dégoût, d’une répugnance toute outreventoise. Ce n’est pas dans son éducation. Ce n’est pas elle. Tu as choisi. « Si… si tout avait été différent, Faustine, j’aurais gardé cet enfant. J’aurais… je lui aurais donné mon nom, notre nom, et je l’aurais élevé. » Un bambin qui aurait ses taches de rousseur, peut-être, et les yeux si bleus de Liam, un enfant encore sans sexe, sans nom, sans genre, mais qui aurait un sourire lumineux, qui gazouillerait dans ses oreilles et jouerait dans ses jupes. Jeune fille, elle rêvait de cela. De trouver un bon époux et de former avec lui un ménage heureux, où naîtrait un enfant, voire deux. Seulement, tout s’est effacé lorsque leurs parents ont chassé sa soeur aînée. Lorsqu’elle a décidé, encore si jeune, trop jeune, que leur nom ne méritait pas de vivre. Sa paume vient effleurer son ventre encore tout à fait plat, sans le moindre signe de quoi que ce soit. C’était il y a deux mois, à peine, et malgré la maladie, malgré la mort qui l’a caressé du bout des doigts, cette vie s’est accrochée à elle. Comment ne pas s’émerveiller ? « Mais quelle vie puis-je lui offrir, dans ces choix qui ont été les miens ? Sans métier et sans époux ? Bâtard d’un duc qui jamais ne le reconnaîtra, marié à une femme d’une noblesse que je ne posséderai jamais, qu’il aime d’une façon dont je ne pourrai toujours que rêver ? Je peux être dure, ma soeur, mais cet enfant est innocent. Il n’a pas à souffrir de mes décisions avant même de naître. » Elle pense au petit Jasmin au sourire charmeur, aux yeux aussi bien bleus. À Eugénie, bien accueillie en Lagrance, mais tout de même tombée dans une disgrâce difficile pour une demoiselle de jadis son rang. Veut-elle cela, pour cet enfant qui n’a rien demandé ? « Je sais que je te déçois, une nouvelle fois. Mais j’ai besoin de toi. » Plus que jamais, elle a besoin de sa soeur. Pour la soutenir dans cette décision si difficile.
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyVen 12 Jan - 23:20

Faustine observe sa sœur, curieuse de voir sa réaction. C’est si confortable, de reléguer ainsi les émotions au placard – bien plus serein, bien plus calme, bien plus paisible. Idéal, cet état d’esprit, pour réfléchir et analyser clairement une situation et toutes ses implications. C’est avec une vague désapprobation qu’elle observe les larmes de Maelenn – ainsi donc, n’a-t-elle pas appris que pleurer était un aveu de faiblesse ? Faustine le sait bien, elle, on le lui a inculqué dès l’adolescence, au Noroît, quand ses yeux se sont ceints d’écarlate pour la toute première fois. Les pleurs ne résolvent jamais rien – au mieux, il ne font qu’exposer une vulnérabilité fragile, et un pli méprisant tord un instant les lèvres de la ménestrelle, avant qu’elle ne ramène ses expressions sous contrôle. Dégoût cette fois – qui revient, qui s’accentue, lorsque la Compagne mentionne les manières de… régler le problème. En Outrevent, on ne fait pas ces choses-là : c’est criminel, et Levor lui-même détournerait sa faveur de la misérable qui s’y abaisserait ! En Lagrance, les mœurs sont un peu plus… scandaleuses, et Faustine a entendu plusieurs fois mention, ici et là dans les ragots de cour, d’une courtisane ou d’une servante qui aurait fait passer le fruit de ses ébats illicites, à son plus grand dam de demoiselle bien née et bien éduquée.

Maelenn poursuit, trace pour elle l’ébauche d’une vie idéale, où elle élèverait cet enfant dignement, lui offrant une famille, un nom – mais point de respectabilité, en effet. Les enfants de catin ne sont pas particulièrement bien vus en Outrevent, fussent-ils ceux d’une Compagne ; le commerce de leur mère reste plus ou moins le même. Les bâtards, en règle générale, ne sont guère acceptés dans la communauté digne et austère des enfants de Levor, et les explications de sa sœur sonnent juste aux oreilles de la ménestrelle. Le Noroît n’est plus à cela près, en effet ; et ce n’est pas pour le nom dont on l’a privée que Faustine fronce le sourcil, ni même pour le futur de sa cadette qui a, ne l’oublions pas, clairement choisi sa voie, en toute connaissance de cause. C’est pour l’enfant qu’elle éprouve, peut-être, une très légère inquiétude – pour cet innocent, qui n’a rien demandé, et qui devra naître sans père, d’une mère déshonorée qui ne pourra jamais en faire le cœur de sa vie, car elle devra continuer à vendre ses attraits pour assurer leur subsistance. Quel enfant grandirait heureux, à savoir sa mère se vautrant dans la luxure de draps en draps sans aucun amour-propre ?

Mais que faire ?
Maelenn ne semble décidée ni à l’oblitérer, ni à l’élever, cet enfant importun qu’un Destin cruel a imposé sur son chemin. La magie du Sang ouvre des alternatives que la Compagne ignore sans doute, tant leur secret est bien gardé ; Maidhenn doit-elle s’en ouvrir à sa cadette, lui proposer le concours des mages clandestins, au mépris de sa sécurité ? Tout bien considéré, en Lagrance de telles pratiques ne sont pas oubliées, et le danger à y recourir est moindre – presque inexistant, si Marjolaine est mise dans la confidence et qu’elle étend son aile protectrice sur sa ménestrelle, comme elle l’a déjà fait à de nombreuses reprises. Les mâchoires serrées, l’aînée prend la parole, avec réticence. « Je… ne sais pas exactement ce que tu attends de moi. Tu sais que je désapprouve ton choix de vie. Je sais que mener cette grossesse à terme te priverait de ta… précieuse clientèle. » commence-t-elle, avec un brin de persiflage hautain. « L’élever le priverait de tout statut, surtout si l’identité de son père est connue. Tout le monde sait, à cause de ces chansons scandaleuses, que tu étais à la cour ducale, dans le lit du duc en personne. » Pensive, elle croise les bras, toisant quelque peu sa cadette éplorée. « J’ai… peut-être une possibilité à te proposer… » Hésitante, elle tapote du doigt sa lèvre inférieure, pesant le pour et le contre. « La magie du Sang permet le transfert d’une essence, d’une matrice à une autre. Si tu le voulais, ton enfant pourrait être… porté, mis au monde, élevé… par une autre femme… Il serait aimé par une mère qui ne serait pas en position d'avoir un enfant de manière naturelle, et ne pèserait pas sur ta carrière. »

Une femme comme Marjolaine.
Une femme, comme elle-même.

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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyDim 14 Jan - 17:06

Il est heureux que la musicienne ne pose pas le regard sur sa soeur, incapable de la regarder en face, pétrie de honte face à son sort et aux possibilités qui se dessinent à elle. Heureux, car le dégoût et le mépris seraient de trop pour elle qui sait déjà tous les sentiments qu’entretient Maidhenn à son égard. Maelenn ignore tout de la jalousie brûlante qui ronge son aînée, ignore cette envie d’amour, de désir, de reconnaissance, qui la pétrit, et qu’elle se voit refuser, au détriment de sa cadette : elle sait seulement le dédain, la déception, le mépris. C’est bien assez, venant d’une soeur tant idéalisée et aimée. C’est bien trop.

Faustine ne sait que faire, et la réticence dans sa voix vibre, alors qu’elle récapitule ce que la Compagne a évoqué, dans des termes nettement plus hargneux. Sa bouche se serre et ses yeux gris dévisagent son aînée avec dureté, à travers les larmes, contemplant les traits si semblables à ceux de leur mère, en cet instant. C’est à s’y méprendre. Qu’attend-elle d’elle, oui, exactement ? « Tu es ma soeur. Si je ne puis pas compter sur toi à ce moment, quand le pourrai-je ? » Elle ne lui demande aucune approbation et sait bien que jamais elle n’en aura ; elle a uniquement besoin de soutien, de sa présence, qu’importe le choix qui sera fait. « J’ai… peut-être une possibilité à te proposer… » La demoiselle se redresse un peu dans son siège et son Familier, aux aguets, semble faire de même, sa tête noire avancée vers Faustine afin de mieux cueillir ses mots. « La magie du Sang permet le transfert d’une essence, d’une matrice à une autre. Si tu le voulais, ton enfant pourrait être… porté, mis au monde, élevé… par une autre femme… Il serait aimé par une mère qui ne serait pas en position d'avoir un enfant de manière naturelle, et ne pèserait pas sur ta carrière. » Un silence surpris accueille la proposition de Maidhenn, de Faustine plus que jamais. « Est-ce vraiment possible ? », demande rhétoriquement la Compagne, incrédule devant cette possibilité. Elle ignore tout de la magie du Sang, des mystères qui la régissent, et elle voit mal comment on pourrait transférer cet enfant de son ventre à celui d’une autre femme. Cela dit, au-delà du moyen -qui est possible, apparemment, sinon Maidhenn ne lui en parlerait pas, c’est la question de la mère qui l’inquiète et qui bloque, à son sens, dans ce plan des plus inattendus. Dans cette nouvelle possibilité, qui supplante et écarte toutes les autres. « Crois-tu… crois-tu qu’une femme accepterait ? De... » Elle regarde son ventre, impuissante, son esprit tentant d’imaginer la chose, le rituel possiblement barbare qui permettrait ce transfert. Et surtout, tentant d’imaginer ce qui suivrait ce transfert. Une autre femme, porter et élever cet enfant à venir. Une autre femme, être sa mère, là où elle n’en éprouve pas le désir, à égale mesure qu’elle ne désire pas le tuer non plus.

Maelenn prend une longue inspiration et délicatement, essuie et chasse les larmes qui sèchent sur ses joues, effaçant les traces de son chagrin, de sa détresse. Un calme retrouvé, de ce simple geste, une dignité qui n’est jamais éloignée. « Si cela se peut, si nous trouvons une femme qui puisse l’aimer et l’élever comme étant le sien… je veux bien, ma soeur. »
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyDim 11 Fév - 17:28

Nerveuse, Faustine attend que Maelenn décide. Elle suit la progression de l’idée dans son esprit, se fiant au défilé des émotions sur les traits mobiles de sa sœur : l’incrédulité, le doute… et une forme d’acceptation. La magie du Sang n’est pas bien vue dans la bonne société de Faërie, c’est un fait, et la ménestrelle ne proposerait pas une telle possibilité à n’importe qui ; mais sa cadette semble plus ouverte d’esprit, et sa position intenable justifie le recours à des solutions improbables. Si tu sauves son avenir, tu risques de perdre le tien, réfléchis bien. Eriath a raison, bien sûr : si elle va jusqu’au bout de son idée, si Maelenn y consent, le problème ne sera que transféré, mais… Mais au moins, sa cadette pourra s’en tirer la tête haute, avec cette dignité derrière laquelle elle se cache, si typiquement outreventoise.

« Cela se peut. Je connais une mage du Sang spécialisée dans la fécondité, et je sais qu’elle a déjà… accompli ce genre de choses. » Capucine a vécu en Lagrance pendant les cinquante-six années de sa vie, et c’est une personne éminemment fiable ; Faustine a confiance en ses compétences, et en sa discrétion. Si sa fascination du modelage ne l’avait pas poussée à solliciter l’enseignement de Malion, c’est sûrement vers Capucine qu’elle se serait tournée : dans un cas comme dans l’autre, la jeune Maidhenn de l’époque voulait contribuer à créer la vie. C’est donc le modelage de consciences qui a emporté son choix, mais elle a toujours éprouvé le plus grand respect pour les mages du Sang capables d’aider la vie à apparaître et à croître. C’est donc sans douter un seul instant des compétences de l’officiante qu’elle propose les services de l’aïeule à sa sœur, préférant de loin confier une telle mission à un visage familier. « Nous en avons parlé plusieurs fois… Je connais une femme qui a des difficultés à concevoir, et je cherchais une solution qui… » Qui n’implique pas de faucher une vie pour en créer une autre. Que dirait Marjolaine si elle savait que son amie avait découvert le pot-aux-roses en surprenant par mégarde une discussion avec Campanule de Blanc-Lys… ? « … une solution qui lui permette d’avoir un enfant plus facilement. Mais Capucine m’a expliqué qu’il valait mieux une mère conceptrice du même sang que la mère porteuse, car cela augmente considérablement les chances de succès. Je ne peux te garantir que cela fonctionnera, il y a toujours la possibilité de perdre le bébé, mais si tu y consens… Je peux porter cet enfant à ta place. Je le mettrai au monde, et je l’élèverai, comme étant le mien. »

Solennellement, la ménestrelle opine du chef, comme pour entériner ses propos et sceller sa promesse.

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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyMer 14 Fév - 22:45

« Cela se peut. Je connais une mage du Sang spécialisée dans la fécondité, et je sais qu’elle a déjà… accompli ce genre de choses. » Allons donc. Le scepticisme de son Familier est certainement un reflet de sa propre difficulté à croire à une telle chose, mais sa soeur est tant et tellement portée vers la vérité que Maelenn n’imagine même pas un instant qu’elle puisse mentir. Elle exagère, tout au plus ! Puis, il a une curiosité chez la Compagne, à l’idée de rencontrer une femme qui puisse donner naissance (sans mauvais jeu de mots) à un tel miracle, une telle merveille. Ce n’est pas uniquement Sithis, qui ait accordé un don à cette femme, c’est également Maari, qui a étendu sa main pleine de bonté sur cette mage mystérieuse. Pour elle, petite néophyte de la magie du Sang, de ses bonheurs comme de ses malheurs, c’est un univers de possibilités inédites qui se dévoilent avec les confidences de son aînée. « Nous en avons parlé plusieurs fois… Je connais une femme qui a des difficultés à concevoir, et je cherchais une solution qui… une solution qui lui permette d’avoir un enfant plus facilement. Mais Capucine m’a expliqué qu’il valait mieux une mère conceptrice du même sang que la mère porteuse, car cela augmente considérablement les chances de succès. Je ne peux te garantir que cela fonctionnera, il y a toujours la possibilité de perdre le bébé, mais si tu y consens… Je peux porter cet enfant à ta place. Je le mettrai au monde, et je l’élèverai, comme étant le mien. »

La surprise est telle que la Compagne reste parfaitement de marbre. Seuls ses yeux gris papillonnent, miroir de sa tentative de comprendre la proposition entière de sa soeur. Transférer cet enfant à une autre femme, bien, mais… à elle ? À elle Faustine-Maidhenn ? Elle ? « Mais… », tente-t-elle, faiblement, sans qu’elle soit apte à formuler entièrement sa pensée ébaubie. Faustine, mère de l’enfant qu’elle porte. La solution est idéale, le subterfuge pratiquement parfait, mais le malaise s’accentue chez la musicienne, qui ne sait surtout pas que penser de l’idée de sa soeur enceinte de ses oeuvres et de celles de Liam. Surtout qu’elle n’aura pas eu droit à aucune part du plaisir qui a mené à cette conception.

Transférer les conséquences de ses erreurs sur une autre que soi.
Tu deviens de plus en plus lagrane.
Le constat ironique et amusé (et peut-être un peu trop vrai pour lui plaire tout à fait) lui fait froid dans le dos et en réprimande, elle chasse son Familier de ses genoux et de ses bras d’un geste agacé. La réflexion s’achève, dans le silence patient qui a accueillit la proposition de la ménestrelle ducale, et enfin Maelenn y répond, résolue : « Si tu es prête à cela, ma soeur, j’accepte. Tu seras une mère merveilleuse et je serai présente pour toi à chaque instant, si tu le veux bien. » Si tu veux bien de moi. Envers Faustine, elle a désormais une dette immense. Dette de vie, littéralement, pour celle qu’elle mettra au monde à sa place, si tout se déroule bien. Quelque chose lui dit que le Destin veillera étroitement sur elles et sur cette minuscule vie qui déjà s’accroche farouchement… « Veux-tu mettre Sa Grâce Marjolaine dans la confidence ? Je la sais ta plus grande amie, elle te serait d’un soutien indéfectible, et je crains qu’une immaculée conception ne puisse être cachée éternellement sans aide. Surtout en Lagrance. » Un pâle sourire. Bénédiction et malédiction à la fois d’être dans ce duché, pour de telles manigances.
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Message Sujet: Re: À coeur ouvert   À coeur ouvert EmptyMar 20 Fév - 16:31

Maelenn ne bouge pas d’un cil, et Faustine réprime un sursaut d’agacement. Il lui en a fallu, du courage et du dévouement, pour proposer une telle alternative – elle attendait une autre réaction qu’un regard figé de statue. Il est vrai que l’offre est saugrenue, et que la Compagne ne s’y attendait vraisemblablement pas ; bien peu connaissent les incroyables possibilités offertes par la magie du Sang, tant sont rares ceux qui s’y intéressent. Eriath l’exhorte mentalement à la patience, arguant du fait que sa cadette est sûrement fatiguée et totalement prise de court ; alors, la ménestrelle patiente, tapotant juste rythmiquement du bout du pied, imperceptiblement, sur l’épais tapis qui recouvre le sol. Le petit « Mais » de sa sœur n’allège en rien la tension nerveuse qui étreint Faustine, et elle se force à ne pas la brusquer, quand tout en elle voudrait la prendre aux épaules et la secouer avec véhémence pour tenter d’extraire une réponse cohérente à sa proposition.

Maelenn chasse son Familier d’un geste agacé, et son aînée se demande un instant ce que Gavriel a bien pu dire à sa mage pour la contrarier ainsi. Sûrement quelque chose qu’elle n’a pas envie d’entendre ; comment pourrait-il en être autrement, après tout ? La Compagne doit certainement être déchirée par un conflit intense, partagée entre mille priorités qui s’entrechoquent et se bousculent. Elle finit par accepter, toutefois – et Faustine sent son destin changer brutalement de chemin, dans un choc qui la secoue presque. Muette, elle acquiesce aux mots de sa sœur, presque machinalement. « Bien évidemment. Tu restes la bienvenue dans ma vie, lorsque les impératifs de ta profession t’en laisseront le loisir. » Elle a presque réussi à conserver une intonation neutre. Comme anesthésiée par l’ampleur de ce qui lui arrive, Faustine ne ressent pas grand-chose ; et les rouages de son esprit tournent follement pour planifier tout ce qui suivra. Rencontrer Capucine en secret, effectuer le rituel, s’assurer que tout s’est bien passé ; puis commencer à bâtir son avenir en posant les premières pierres d’une vie nouvelle qu’elle veut simple et belle pour cet enfant qu’elle portera bientôt.

La mention de Marjolaine la tire violemment de ses pensées, et c’est un sourire doux-amer qui étire ses lèvres. « Je lui en parlerai, oui – mais pas tout de suite. Je pense qu’elle n’approuverait pas ce que je m’apprête à faire, et je préfère demander pardon que permission. Avec son aide, je pense pouvoir garder cette grossesse cachée. » Et ensuite, je la quitterai, car je ne pourrai pas élever cet enfant à sa cour. De cela, Faustine ne souffle pas mot à Maelenn – pas encore, pas tant qu’elle ne sait pas précisément où aller, ni ce qu’elle fera. « Pour le moment, il faut nous assurer que cette grossesse ait bel et bien lieu. Je vais demander à Capucine de venir nous voir – en attendant, tu devrais te reposer. Tu peux rester ici, si tu veux, personne ne viendra t’y déranger – je vais lui faire porter un message, je n’en ai pas pour longtemps. »

Elle laisse Eriath en compagnie de Gavriel ; et c’est avec résolution qu’elle s’enveloppe d’une mante épaisse pour s’en aller quérir la maîtresse des arts du Sang.



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