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 Le calme avant la tempête

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Message Sujet: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptySam 21 Oct - 16:35


Livre II, Chapitre 6 • La Chasse Sauvage
Maelys Aigrépine & Abigaïl l'Embrasée

Le calme avant la tempête

Deux ombres face au néant



• Date : 7 novembre 1002
• Météo (optionnel) : froid, nuageux mais sec (c'est la nuit !)
• Statut du RP : privée
• Résumé : Abigaïl est au frond, en Lagrance. Elle y retrouve Maelys, au côté de qui elle combat, et les deux profitent d'un moment de répit pour discuter des événements des derniers mois
• Recensement :
Code:
• [b]7 novembre 1002[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2814-le-calme-avant-la-tempete#89951]Le calme avant la tempête[/url] - [i]Maelys Aigrépine & Abigaïl l'Embrasée[/i]
Abigaïl est au frond, en Lagrance. Elle y retrouve Maelys, au côté de qui elle combat, et les deux profitent d'un moment de répit pour discuter des événements des derniers mois

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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptySam 21 Oct - 16:36

La nuit est noire, un voile obscure tombé sur le monde. Même les étoiles demeurent cachées, prisonnières des nuages qui parsèment le ciel. Les uniques leurs, faibles et vacillantes, se distinguent difficilement, au loin, là où les Ibéens veillent. Veillent aux portes d'Edenia. Juchée sur la muraille, Abigaïl fixe l'horizon, le visage grave, les yeux plissés, guettant la moindre silhouette, le moindre signe, qui pourrait sonner une attaque. Mais les savants restent calmes. Ainsi sur son perchoir, la Chevaucheuse n'entend que le faible échos des rumeurs de la ville, au loin. Devant eux, les ténèbres et le silence s'étirent, paraissent sans fin. Il fait froid aussi, parfois un vent vicieux vient s'infiltrer à travers son plaid, lui arrachant de vils frissons. C'est tellement... calme. Le calme avant la tempête.

Cela fait maintenant quelques semaines que Abigaïl est venue renforcée les rangs en Lagrance. Après la maladie qui a bien failli tous les emporter, les Ibéens ont profité de cette faiblesse pour reconquérir leur territoire et repoussé les limites de leur frontière. Malheureusement, Lagrance a été le duché qui a le plus souffert. Après une convalescence déjà bien trop longue à son goût, le Capitaine de Cibella a envoyé le plus de troupes possible pour remédier au problème et défendre les murs de la capitale. Un spectacle de dévastation l'attendait, comme le tableau figé de son échec. Peut-être pas le sien à elle toute seule. L'échec de Faërie. Une sorte de rage s'est emparée d'elle. D'eux. Car elle a senti l'échos de cette rage en Royale, ainsi que le dégoût, l’écœurement de son Familier. Comme pour se rassurer, elle se baisse un moment, touchant du bout du doigt la carapace de Titou. Lui aussi ne dort pas. Comme elle, il contemple les ténèbres, enfermé dans le silence. Elle n'a pas voulu de lui si près des combats mais depuis la maladie et la rupture de leur lien, l'idée d'être séparée de lui la rendait folle. Et Titou pense de même. Alors elle l'a emmené.

Marchant pour se dégourdir un peu les jambes, elle trace un sillon silencieux le long des remparts. Et c'est à ce moment qu'elle la croise. Mae. Elle s'arrête presque aussitôt. Le Phénix sait pertinemment que la lagrane a également rejoint les effectifs sitôt le remède administré. Elle l'a croisé quelques fois, sans qu'elles n'aient eu le temps de vraiment se parler. L'occasion, pour une fois, semble s'y prête. Tellement de non-dit. Tellement de choses depuis ces derniers mois. Le ressentiment qu'elle a eu longtemps envers la Chevaucheuse avant d'apprendre qu'elle a infiltré l'Ordre sans y faire partie. Cette réalité atroce où elle a été son élève lors d'une vie alternée. Et un écrin. La maladie. Elles ont tellement de choses à se dire après des mois de silence. Abigaïl ne sait même pas par où commencer. Elle se souvient vaguement du temps qu'elles ont pu passé ensembles, où leur caractère explosif a failli causer la perte de certaines missions. Elles n'étaient jamais d'accord. Comme si elles se plaisaient à se contredire. Il y a bien longtemps qu'elles n'ont plus eu le loisir de se disputer. Commence par lui dire bonsoir, peut-être, avant de lui crier dessus. C'est Titou. Lui aussi semble intéressé par la conversation à venir. Suivant son conseil, elle avance d'un pas, prête à engager la conversation qui, sans menace imminente, promet d'être un peu longue.

-Salut Mae, grogne-t-elle. Comment tu vas ?
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyJeu 26 Oct - 18:13

A peine remise, et déjà bien dans l’obligation de repartir se battre… Et elle est loin, la ligne de front ! La surprise a été de taille, à voir à quelle allure les Cielsombrois ont repris les territoires conquis, pour percer nos lignes jusqu’aux portes d’Edenia ! C’est pratiquement la moitié du beau duché de Lagrance qui est tombé aux mains de l’ennemi, qui pille et saccage, à avancer comme une ombre silencieuse. Nous sommes les grands perdants, dans l’histoire. Cibella peut compter sur ses remparts naturels, de ces montagnes si hautes que leur territoire est difficile à prendre, et Outrevent sur ces guerriers et cette parcelle plus petite et plus facilement défendable. Mais qu’est Lagrance sans ses mages de bataille et ses Chevaucheurs ? Le constat est terrible, encore plus, quand on sait qu’elle est un point stratégique à prendre pour affamer Faërie. Si on perd Lagrance…

Ca n’arrivera pas. Cibella est toute proche, et assez épargnée, pour pouvoir envoyer rapidement des troupes en renfort.
Tu es sûre que ça suffira, Aïfa ?
Maintenant que vos mages sont guéris, et en état de reprendre la guerre, on peut l’espérer. Et Ansemer pourrait les prendre à revers, avec leur navire.
On dirait que tu es déjà à dresser tout un plan de bataille…
Tu devrais te servir de mes connaissances, et de tes relations avec ton duc et ton capitaine, pour leur en faire profiter.
Ils savent très bien ce qu’ils font. On devrait plutôt se concentrer sur comment ramener la paix plutôt que de continuer la guerre.
Unifier tout le continent me paraît la forme idéale de paix, pas toi ?


Je souffle un bref rire. Elle a raison, la farouche conquérante, mais peu doivent partager son avis. A croire que perdre l’ensemble de nos territoires serait la meilleure issue, la plus favorable pour nous. Qu’adviendrait-il de Gustave de Faërie, et de son fils, si on en arrivait là ? Et de mon duc ? Ils risqueraient d’être emprisonnés, décapités, puis remplacés. Mon Capitaine et moi seront certainement déjà morts au combat à ce moment-là.

Je préfère éviter de songer davantage aux scénarios catastrophes, pour me reposer sur l’instant présent. Les ailes de Mirage claquent au vent, quand il entame lentement sa descente pour se poser sur les remparts d’Edenia. C’est étrange, de devoir se replier dans la capitale même… Au moins, tout ce qui m’importe est regroupé ici bas. Je ne suis pas la seule à le penser, et dans le regard des autres Chevaucheurs… J’aperçois cette même détermination à protéger leur capitale, leur famille. On tiendra bon, on reprendra nos terres, dès que nous aurons davantage de renforts.

Je m’adosse aux murailles, et me laisse glisser au sol, éreintée. J’observe en contrebas les feux de la ville, qui l’illumine… Même de nuit, quand les milliers de fleurs ne l’embellit pas d’une palette entière de teinte, la capitale à son charme. Je sursaute, quand une voix me sort de mes pensées. Je relève la tête pour croiser du regard la chevelure embrasée de… Abigaïl. La dernière fois que je l’ai vu, elle était au plus mal, dans le même convoi que moi. J’aimerais oublier… Mais son visage me le rappelle. Elle qui était si déterminée, quand la Reine Noire s’est présentée devant son Pion. Dire qu’Aïfa a un grand respect pour sa Reine… Le mien n’est pas aussi réciproque envers Abigaïl. Nous sommes rarement d’accord, et bientôt combattre à ses côtés n’est pas ce qui m’enchante le plus. Oh bien sûr, elle est très compétente et ne lâche jamais rien… C’est peut-être le cœur du problème, en fait.

« Salut, Abi. »
J’hausse les épaules. « Autant que ça peut aller, quand la moitié de ton duché vient de flamber, hein… Les renforts arrivent, si je comprends bien ? On va en avoir bien besoin. Ce sera pas de tout repos ici. J’espère que t’es prête. »
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyJeu 9 Nov - 22:45

C'est une question purement rhétorique. Elle se doute, Abigaïl, que la Chevaucheuse n'est pas au mieux de sa forme. La Lagrane sort d'une maladie où elle a failli y rester, pour trouver son duché en pleine guerre, avec les lignes ennemies aux portes de la capitale. Ce n'est pas son duché mais c'est son empire, et déjà Abi n'est pas bien. Si c'était Cibella... elle serait encore plus mal. Elle tremble déjà de rage et de frustration à la pensée de ces Ibéens sournois qui ont profité de leur instant de faiblesse pour porter des coups fatals. Ces pleutres ont attendu que leur magie soit au plus mal pour venir conquérir des terres qui ne leur appartient pas. Une maladie propagée par l'Ordre. Rien que d'y penser... elle a envie d'entrer dans chacune de leur cachette et les réduire tous en cendre. Elle sent qu'avec l'aide de sa Reine et d'Ivoire, elle y parviendrait. Elle a la puissance de la Rose avec elle, Abigaïl est sûre que Mae comprend. D'un certain côté, cette façon d'attendre avant d'agir la frustre. La rouquine a toujours été très impulsive. Pourtant elle doit bien reconnaître qu'il y a un moment propice à chaque chose. Avant l'heure ce n'est pas l'heure mais après l'heure, ce n'est plus l'heure.

-Je suis arrivée il y a deux jours, approuve-t-elle. Normalement, quelques Chevaucheurs d'Ansemer ne devrait pas tarder. Et Cibella compte renforcer encore les troupes d'ici une semaine. Certains d'entre nous ne sont pas encore remis.

La Chevaucheuse réprime un frisson en songeant à ce long périple où elle a même fini par perdre le lien avec Titou. Une rupture qui a plongé son esprit et tout son être dans une folie à l'état pur. Elle ne pourra jamais supporter la perte de son Familier ou de Royale. Elle a eu un avant goût et c'était déjà une fois de trop. Un sourire carnassier se dessine tout de même sur ses lèvres.

-Tu parles que je suis prête. Qu'ils profitent parce que maintenant c'est fini pour eux. On ne les laissera pas avancer plus.

Tu sens l'approbation de Royale dans ton esprit, bien décidée à montrer à ces savants de quoi une dragonne digne de ce nom est capable. Tu sais que ça la démange, de retourner au combat. De cracher du feu et de manger quelques guibolles. Bientôt ce sera l'heure de la bataille, quand les faibles lueurs du jour viendront éclairer la plaine. Pour le moment, le calme règne en maître et peu de mouvements vient troubler son repos. Ils ont encore quelques heures de répits avant de faire couler le sang.
Abigaïl laisse planer le silence. Il y a tellement de choses à dire, tellement de choses à mettre au clair entre elle, mais elle ne sait pas bien par où commencer. Cette réalité alternée ? L'Ordre ? Leur périple à travers le continent pour trouver un remède dont ils ignoraient même l'existence ? Peut-être juste présenter quelques excuses... La colère sourde et destructrice qui l'a envahi en sachant que Mae faisait parti de l'Ordre. Cet Ordre qui a tué Dame Chimène. Persuadée que Mae n'était qu'une traître, avant de comprendre qu'elle était infiltrée pour le compte de la Rose. Elles ne se sont pas beaucoup croisée ces derniers temps mais sa rancœur a suffisamment été comprise. Surtout que Dame Chimène est bien vivante... Mais la Chevaucheuse n'a jamais été très douée dans les excuses. Une fierté trop ancrée en elle. Elle tourne la tête, assez mal à l'aise et parle d'une voix rauque, comme si elle était malade.

-Bon Mae... euh... enfin j'suis désolée quoi. Tu sais par rapport à ce que j'ai pu te dire sur l'Ordre et tout ça...

Pour sa défense, ça faisait vraiment très vrai. Mae a très bien joué l'agent infiltré.

-Ca m'a fait un coup quand j'ai su... mais c'est moi qui avait tord et puis... voilà.

Incapable de continuer, elle fixe la faible lueur au loin, provenant des torches ibéènnes. Elle préfère cent fois se retrouve seule là-bas à affronter tout le monde plutôt que de revivre ce qu'elle vient de dire.
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyMar 14 Nov - 21:30

J’écoute les nouvelles fraîches rapportées par Abigaïl, hochant la tête par moment, avec une expression plutôt satisfaite. Ils n’ont pas chômés. On peut espérer avoir rapidement de l’aide des autres Duchés, notamment de Cibella qui partage nos frontières, et qui a la chance d’être protégée par une barrière naturelle, cloîtrée derrière les montagnes… Et Ansemer, qui doit prendre pleinement conscience de la guerre maintenant qu’elle se rapproche dangereusement de leurs propres contrées.

Je souffle un rire, cynique. Certains ne sont pas encore remis ? « Tu m’étonnes... » Ceux qui ont dû user et abuser de leur magie malgré les multiples avertissements, notamment. Certains l’ont sans doute fait pour protéger ou sauver leurs proches, au détriment de leur propre vie. Des braves, disons-le. Ne jamais prendre de risques inconsidérés… Je suis bien d’accord avec le vénérable dragon, même s’il serait le premier à se jeter dans la mêlée pour m’en extraire s’il le fallait.

Je prends une profonde inspiration, et la fixe à nouveau. Elle est déterminée à en découdre, comme toujours. C’est bien un point commun que nous avons. « Ils ne doivent pas prendre la Capitale. » Je souris, lentement. « Non, on les arrêtera là. Il le faut. » Avec les Chevaucheurs des autres Duchés en renfort, on peut espérer que ça suffira à les tenir, le temps que les troupes régulières viennent gonfler les effectifs amoindris de Lagrance.

Je la quitte du regard pour fixer l’horizon. Nuit noire. Accalmie de courte durée… Demain, il faudra repartir se battre, tenir coûte que coûte ces positions. Le Vert est à peine perceptible, quand il se rapproche des remparts de la cité dans un claquement d’ailes, pour se percher non loin de nous. Il est attentif, vigilant. Plus que jamais, il a prouvé sa valeur, au plus fort de la maladie. J’ai toujours su pouvoir compter sur lui, mais pas qu’il irait me chercher au cœur même des rangs ennemis pour espérer me sauver. Ce dragon est aussi sage que fou… Et il sait à quel point Lagrance peut m’importer, quoique j’en dise.

« Tu veux t’assoir ? » Je sens une lueur d’hésitation dans ce regard habituellement si flamboyant. Je ne suis pas assez empathique pour lui demander ce qu’elle a. Si elle a envie de parler, elle le fera. D’habitude, on a plutôt tendance à se disputer que de se faire quelques confidences alors… C’est comme un malaise qui s’installe entre nous. Je sors mes lames, pour me concentrer plutôt sur l’entretien de leur tranchant, et la laisser souffler. Sa voix a un timbre étrange, quand elle reprend la parole. Je relève la tête, avec un air interrogateur. Euh… Elle vient de dire quoi ? Je ne peux pas empêcher ce bref rire de me traverser. « Abigaïl l’Embrasée qui s’excuse… Non mais j’aurais tout entendu. Alors, ça fait quoi ? Parce que ça doit pas t’arriver souvent… »

J’hausse les épaules, comme si ça ne m’importait pas, à reprendre mon travail… Mais je ne dois tromper personne. Je lâche à voix basse, l’air de parler au vide plus qu’à elle : « T’en fais pas pour ça… T’es pas la première qui me juge mal. Et puis… Je soutiens vraiment Gustave de Faërie. En fait… » Je m’arrête, la main sur ma lame, et risque un coup d’œil dans sa direction, parlant encore plus bas. « Elle fait partie de moi depuis presque un an et demi maintenant. Je n’ai connu l’existence de l’Ordre qu’au moment de l’Ordalie de Diamant, quand j’ai soutenu le nouvel empereur, et qu’il m’a proposé de les rejoindre. Je l’ai fait pour lui, en vérité. Je n’étais pas d’accord avec l’Ordre sur tout, et je ne pense pas que lui non plus. Je n’étais pas au courant de beaucoup de choses, dans l’Ordre. Après… Leurs motivations sont devenues plus évidentes. J’ai cherché à me servir de ma position pour aider Aïfa mais… » Je pousse un profond soupir et secoue la tête. « C’est difficile, tu sais ? J’étais là, au Festival sur le Seuil. J’ai brisé ce Sablier du Temps. Je pensais que ce serait suffisant pour les ralentir, mais quand ils m’ont confié cette mission, de retrouver un tamis qui façonne ce sable si particulier… » Je grimace, mauvaise. « J’aurais dû le réduire en mille miettes, mais c’était impossible sans perdre ma couverture, ou tenter de tuer deux Capitaines de Vol. Autant dire que je ne m’en pensais pas capable. » J’hausse les épaules, encore. « J’espère que tu arriveras à faire mieux, maintenant que je t’ai introduit dans l’Ordre aussi. Elle a confiance en sa Reine. On est dans le même bateau maintenant, toi et moi. »
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyJeu 7 Déc - 23:03

Elles se comprennent, dans un sens, malgré leurs trop fréquentes prises de bec. Notamment, l'amour qu'elles portent pour Faërie. Peut-être n'est-ce pas anodin qu'elles se soient retrouvées dans la trame alternée. Et qu'elles soient liées par la Rose, l'une étant cette puissante Reine Noire et l'autre son Pion, loyal et féroce. Abigaïl a l'impression que le temps qu'elles ont passé à se crêper le chignon appartient à une époque bien lointaine. La rousse s'est assagie. Ou les années ont temporisé leur relation houleuse. Peut-être un peu de tout cela. En tout cas, le Destin fait toujours bien les choses.
La Chevaucheuse grimace cependant et détourne un instant la tête, préférant ne pas relever. Elle a raison, après tout. Abigaïl ne se souvient pas de la dernière fois où elle s'est excusée. Elle ne le fait jamais. Même quand elle a tord. Une trop grande fierté. Pourtant, elle doit bien des excuses à Mae. Les apparences étaient effectivement contre elle et lui prouve, une fois encore, qu'il est dangereux de s'y fier. La réaction de Mae est parfaitement justifiée mais fait monter une bouffée de colère à la Chevaucheuse. Elle s'abaisse à s'excuser, se fait rire au nez et doit faire face à ce petit ton moqueur, voire condescendant. L'exemple parfait qui la décourage de le faire plus souvent. Non, elle préfère ne pas répondre, Abigaïl, de peur de laisser la colère l'emporter sur le reste. Elle veut discuter avec Mae parce que beaucoup de choses sont à dire entre elles, pas entamer une énième dispute. Ça, elle sait le faire sans soucis.
Heureusement, Mae ne fait pas durer la torture plus longtemps et retrouve son sérieux, allégeant ainsi la tension qui s'est installée en quelques secondes. Peut-être plus du côté de Abi que du côté de Mae. Là encore, elle préfère ne pas répondre. Gustave, pour la Chevaucheuse, n'est pas l'empereur de Faërie légitime de son cœur. Ce n'est qu'un traître qui a usurpé la place de Dame Chimène avec l'aide de l'infâme Ordre. Certes, elle lui en veut moins maintenant qu'elle sait que Chimène est en vie, mais cela n'enlève pas sa trahison. Alors, la Chevaucheuse préfère ne pas répondre. Ce n'est pas non plus le temps du débat. Et savoir comment Mae s'est retrouvée mêlée à tout ça est très intéressant. Elle comprend certaines choses, Abi. Mae a dû se sentir seule. Seule et incomprise. Considérée comme une membre de l'Ordre alors qu'elle l'infiltre pour le compte de la Rose. Devoir prendre des décisions qu'elle a regretté mais qu'elle a dû faire pour conserver cette couverture. Les temps n'ont pas été très évidents pour elle.

-Je crois que t'as eu raison de le faire, annonce Abi un peu désabusée. Ça m'a fait un coup quand j'ai su que t'étais rentrée là-dedans mais maintenant que je sais... au final c'est pareil pour moi. Être reconnue dans l'Ordre alors que ne peux pas me les voir.

Elle pousse un long soupir, ses yeux fixant un instant les faibles lueurs provenant du camp ennemi.

-Je le réalise vraiment, t'sais. J'ai eu un soucis avec la famille impériale il y a peu et la Reine Noire rattrapé le coup. Elle m'a dit qu'elle avait besoin de moi dans l'Ordre, que cette mission était plus importante que tout le reste.

C'est un mauvais souvenir cette histoire. Se dire qu'elle a obligé la Reine Noire à s'incliner et présenter des excuses à Lauriane de Faërie... enfin tout ceci était la faute d'Armandine, au final. Cette princesse prétentieuse n'a pas pu faire autrement que de la sommer de venir alors qu'elle était occupée à préserver ses précieuses frontières pour venir l'accuser de pas l'aimer à cause de sa magie. N'importe quoi. Vraiment. Une attitude d'enfant pourri gâté.

-Enfin tout ça pour dire qu'il vaut mieux faire quelques sacrifices pour le bien du plus grand nombre. J'ai toujours dû mal à me dire que la Reine Noire est venue me demander de devenir son écrin. Elle est venue me trouver juste après la Trame Alternée...

Sa phrase s'arrête, se suspend dans l'air, laissant planer un léger malaise. Tellement de choses se sont passées après son éveil qu'elle a dû mal à se dire qu'elle a vraiment vécu tout ça ces derniers temps. Pourtant si. Elle a bien vécu. Cette réalité alternée en tant qu'assassin. Cette vraie réalité où elle a tué de sang froid et où une Écoutante est venue la quêter pour rejoindre la Confrérie. Où Astrée l'a choisie. Où elle a failli devenir une hors-la-loi en Faërie. Où elle a rejoint l'Ordre. Et où elle a été malade à crever. Si. Elle a bien vécu tout ça.
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyDim 7 Jan - 16:57

Je m’étonne moi-même, à lui confier sans ambages des secrets si bien gardés, des tourments que personne ne connaît. Je n’ai pas pour habitude de paraître faible, ou incertaine. Mais Abigaïl ? Elle est bien plus hargneuse et véhémente, d’habitude. Elle aurait déjà sauté sur l’occasion pour tourner les talons ou partir dans une de ses colères fumantes, embrasées devrais-je dire. Nous n’avons jamais su nous parler, seulement se confronter l’une à l’autre, pour déterminer qui est la meilleure. Un combat sans fin, parce que nous montrions surtout le pire de nous-mêmes dans cet instant-là. Finalement, nous nous rendons compte avec surprise que nous partageons bien plus que nous le croyons. La Rose Ecarlate, nos idéaux de paix… Elle ne l’aurait pas soupçonné de moi, et moi non plus d’elle. « Tu sais quoi ? Je regrette presque l’époque où on n’était que deux idiotes qui cherchaient à se prouver quelque chose… Je veux dire, nous étions insouciantes, non ? »

La guerre. Elle a précipité tant de choses dans nos existences.
Faërie contre Ibélène…
La Rose Ecarlate contre l’Ordre…

Je fronce le nez, et détourne le regard. « Je suis vraiment rentrée dans l’Ordre par conviction. Je crois que tout ceux qui l’ont fait… Ils avaient tous des raisons, une cause qu’ils souhaitaient défendre. Seulement, ils détruisent tout pour chercher à reconstruire. Je les ai vus torturer des innocents, les mettre en cage… Ils voulaient ce Sablier pour perturber le temps établi. Et avec ou sans moi, ils ont réussi, n’est-ce pas ? On a frôlé la catastrophe. » Je ramène mes genoux contre ma poitrine. Abigaïl met du baume sur mes plaies, et c’est étrange que ce soit elle qui le fasse, mais… Qui d’autres pourraient savoir, soupçonner ce qu’il m’a fallu faire ? Ce que nous devons faire pour sauver cette paix brisée ? C’est peut-être pour cette raison que nous nous sommes retrouvées aussi ensemble, dans ce temps brisé, deux sœurs de la nuit. Il fallait croire que, pour le meilleur ou pour le pire, nos deux existences étaient liées.

Elle est devenue Reine Noire, quand le temps a retrouvé son cours. « C’était le Destin. » Je lui souris, avec conviction. Sa phrase meurt entre ses lèvres, et c’est étrange de comprendre ses doutes sans même qu’elle ne les exprime. « Je suis désolée, pour ma lettre. Je ne suis pas douée pour les mots. Je te crois, Abi’. Il faut croire qu’on se retrouve toujours toutes les deux dans des plans moisis sans même le savoir, hein ? » Je pousse un profond soupir. J’égare mon regard en arrière, entre les interstices des murailles, guettant au loin des lumières révélant l’avancée d’une armée ennemi. Rien. Les Cielsombrois sont bien plus sournois pour s’afficher aussi clairement. « Mais tu le sais aussi maintenant. L’ennemi n’est pas au-delà de ses murs… Tu sais ce que tu vas faire ? »
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyDim 14 Jan - 15:31

Abigaïl ne peut s'empêcher d'esquisser un petit sourire. Mae a raison. Elle aussi se souvient de ces moments qu'elles ont passé à se battre l'une contre l'autre. Cherchant toujours à avoir le dernier mot, à montrer que sa solution est la meilleure ou à prouver qui était plus forte que l'autre. Leur caractère enflammé leur a valu nombres disputes et leurs capitaines respectifs ont pris le parti de ne jamais les envoyer en mission ensemble. Le Destin, lui s'est chargé de le faire, semblant penser qu'elles sauront accomplir de grandes choses ensemble. La Chevaucheuse lui a voué ses prières parce qu'Il est celui qui rythme sa vie. Celui qui trace son chemin. Beaucoup de choses se sont passées ces dernières années et elle sait que le Destin en est le principal responsable. Du moins, l'espère-t-elle très sincèrement. Elle aussi peut comprendre Mae. La rouquine est loin d'approuver l'Ordre mais rentrer pour des idées tout en ressortant déçue par les moyens employés. Elle aimerait Abi que cette guerre s'arrête. Plus à cause des nombreuses vies sacrifiées que pour le reste. Mais s'ils doivent en passer par là pour retrouver la liberté et vivre dans un monde de paix, alors elle continuera de se battre. Pour le moment, sa priorité c'est reconquérir les territoires occupés. Ils appartiennent à Faërie. Ils sont aux Lagrans. Leur rendre ce qu'ils ont perdu, sauver Edenia et protéger les citoyens innocents. Elle lui rend alors un sourire, plus large, plus franc, même si son visage reste toujours aussi sérieux.

-Je l'ai pas mal pris. C'était difficile à croire et même moi je me prenais pour une folle en relisant la lettre.

L'état d'esprit dans lequel elle s'est trouvée au réveil de cette histoire incongrue lui paraît encore totalement irréel. Même aujourd'hui, se dire qu'elle a vécu comme un assassin de la Confrérie... même après avoir tué... Non. Elle ne doit pas y penser. Les choses ont été faites ainsi. Abigaïl a tué un monstre. Elle ne doit ressentir aucun scrupule. Il suffit de voir le visage soulagé de Rhapsodie pour comprendre la délivrance qu'a apporté à la jolie Cibellane son acte. C'est un poids qu'elle gardera à vie mais qu'elle ne regrettera jamais.

-Je crois qu'effectivement, le Destin trouve qu'on s'associe bien. Même dans les plans les plus délirants. T'imagines même pas ma tête quand je t'ai découverte en mode fanatique, me rappelant que je venais de faire de toi mon apprentie de la Corde. C'était... enfin c'était ridicule et effrayant et... enfin on est bien mieux ici.

Elle en frissonne presque la Chevaucheuse. Oui, elle préfère de loin se trouver dans cette réalité où elle peut librement voler dans le ciel et contempler de là haut les splendeurs du bas. A sa question, Abi aussi laisse échapper un profond soupir. Elle se pose la question. La tourne et retourne dans sa tête. Les options ne lui plaisent pas forcément. Elle choisira peut-être la moins pire ou préfère se donner encore le temps d'y réfléchir. Aussi, de longues minutes s'écoulent avec qu'elle ne réponde à cette question, son regard également plongé vers l'horizon.

-Pour l'instant, reconquérir les territoires Lagran. Ensuite... je ne sais pas. Continuer d'aider la Rose. Et toi ?
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyDim 4 Fév - 19:37

J’hoche lentement la tête, presque surprise que nous parvenions à échanger de la sorte, sans se lancer des piques, chercher à se provoquer ou se rabaisser. Il faut croire que nous avons toutes deux grandies, forcées par les événements. Je regrette presque le temps de l’innocence où ma principale préoccupation était de m’illustrer, de monter en grade. Tout est devenu si… Compliqué. Avec le temps, ma petite, on apprend aussi à se détacher. J’oriente mon regard sur le côté, vers le grand dragon d’émeraude dont les écailles paraissent d’un vert presque noir, ravivé uniquement par la lueur des flammes et de ses pupilles dorées. J’ai pris un moment aussi, à me rendre compte de la sagesse qui transparaissait derrière ses paroles trompeuses. Un mirage, qui s’amuse à faire croire ce qu’il n’est pas. J’ai aussi de la chance de t’avoir. Je le vois pencher sa lourde tête, avec un sentiment nouveau. De l’incompréhension. Je souris doucement.

Je n’envie pas Abigaïl pour ce qu’elle a vécu, malmenée dans ce temps bouleversé. Je suis même soulagée de n’en garder aucun souvenir, si ce n’est cette lettre qu’elle m’a remise. « Tu sais, une existence sans Mirage… Ce n’est même plus concevable pour moi maintenant, encore plus que de servir Sithis et la Confrérie Noire. Ca, après tout ce que nous avons vécu sur le front, je le pourrais sans doute. » Et après ma tentative d’assassinat avortée de Chimène de Faërie. Je ne la connaissais même pas… Je savais seulement qu’elle ne serait pas de taille face à l’avenir, simple poupée de chiffon sur un trône. Je garde ces propres pensées pour moi, me doutant qu’elles ne sont pas partagées par la majorité. Je ne suis pas tenue de tout lui dire… Mais quand on y pense, cette réalité qui paraît si différente, ne l’était pas tellement. « Pourquoi la Confrérie, d’après toi ? Ca devait faire sens en nous, même un peu, tu ne crois pas ? Je me demande ce qui aurait pu nous faire basculer. Tu m’as parlé du double meurtre de sang froid, d’une mère et son fils. Pourquoi… J’aurais fait une chose pareille ? Je te l’ai dit ? » Je marque un silence, songeuse, à baisser la tête. « Tu sais… Je crois que ça aurait pu vraiment arriver. Je veux dire… N’avons-nous pas toutes les deux ce désir de justice en nous, à se dire que la fin justifie les moyens ? Je crois que si. » Ce n’est pas pour rien qu’Aïfa m’a choisie, ni qu’elle est ma Reine. Je lui souris, sans joie. « Quelque part… Grâce à toi, je me sens moins seule, dans cette voie que l’on a toutes deux choisies d’emprunter. » Elle n’est pas vraiment mon amie, mais elle est un soutien. C’est étrange, rassurant et effrayant à la fois, de se retrouver dans autant de situations improbables avec elle. Au travers de ses mots… J’apprends à la connaître autant qu’à me connaître. « Enfin, maintenant, on peut se permettre d’en rire. Faisons en sorte que l’Ordre ne puisse plus jamais poser la main sur un Sablier du Temps. »

Je me suis relevée pour m’adosser au rempart, plissant le regard pour tenter de discerner quelques lumières au loin qui trahiraient une présence ennemie. Les Cielsombrois sont bien plus fourbes et insidieux, et le choc n’est jamais frontal avec eux… Mais les Lagrans se valent bien aussi. Les jours ne se ressemblent que peu. Le silence s’éternise entre nous, avant qu’Abigaïl ne se décide de la rompre. « Je m’attendais à quelque chose de plus profond, après ces longues minutes de réflexion. » Je lui rends un sourire taquin. Je ne pensais pas que cette question suffirait à la troubler. « Je me fiche de cette guerre, mais ils ne passeront pas la barrière d’Edenia. Des personnes qui me sont chères habitent entre ces murs… La suite ? Maintenant qu'on est guéri de leur poison, il nous faut démonter l’Ordre de l’intérieur. La Rose Ecarlate a besoin de nous. Je ne faillirais pas envers Aïfa. » Bien dit, petite. Toi et moi, contre le reste du monde… Et ma Reine, bien entendu.
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyLun 12 Fév - 12:47

Elle ne dit rien, Abigaïl, mais les paroles de Mae font échos aux siennes et reflètent dangereusement une peur qui ne cesse d'obscurcir son cœur. Si sa fidélité à Royale n'est pas à remettre en cause, cette vie en tant qu'assassin dans une réalité alternée à laquelle se rajoute son propre meurtre de sang froid et la visite d'un membre de la Confrérie Noire suffisent à rendre son esprit parfois confus. Elle aussi trouve que ce n'est pas anodin. Pourquoi donc se sont-elles retrouvées ensembles ? Pourquoi, se sont-elles de nouveau retrouvées à infiltrer l'Ordre ? Pourquoi est-elle l'écrin du Pion de sa Reine ? Elle aussi pense que le Destin ne les a pas réuni par hasard. Mais Mae souligne un point qui n'a cessé de la tourmenter. Pourquoi la Confrérie ? Pour une telle vie ? Que cachent-elles dont en elles ? Est-ce à cause d'un potentiel inexploité ? Une solution si jamais tout dérape ? Si jamais elle doit être séparée de Royale sans aucun moyen de la retrouver alors peut-être... Ne dis pas de sottise, petite. Je mangerai quiconque prendrait une telle décision. Tu as fini de te goinfrer ? Je ne me goinfre jamais ! Tu parles, t'es encore plus grosse que trois vivenefs réunies ! J'ai encore la place pour un dessert. Le soulagement est palpable. La Chevaucheuse ne pourra jamais faire sans ses joutes verbales quotidiennes dans son esprit. Imaginer une vie où il n'y a que silence dans ses pensées.

-Je... je connais pas les détails, répond-t-elle en choisissant ses mots. Tu n'as pas approfondi mais tu...

Comment lui expliquer la flamme fanatique qu'elle a vu brûler dans ses yeux alors qu'elle lui racontait les raisons de ce meurtre ?

-En gros, la maîtresse de ton mari a engendré un enfant et a comploté pour tenter d'évincer ta place et devenir l'épouse légitime. Et tu as réglé le problème en les tuant tous les deux. La mère et... l'enfant.

Elle a étranglé ce dernier, et c'est ainsi qu'Abigaïl est venue la trouver et la récupérer pour en faire son apprentie. Pour lui apprendre la voie de la Sombre Mère avant de s'éveiller dans un camp à Lorgol. Un camp qui lui a paru hors du temps. La Chevaucheuse, elle, n'a jamais su pourquoi elle est devenue une assassin. Elle se souvient surtout du silence, de l'absence de Titou, de l'absence de Royale et de l'impossibilité à vraiment contrôler sa magie, signe qu'elle n'a pas dû l'utiliser énormément. Elle n'a su que son nom et les raisons de ce patronyme. Raisons qui lui ont glacé le sang et qui continuent de hanter ses jours et ses nuits. Elle s'efforce de ne pas trop y penser, surtout que la Reine est venue lui apporter une forme de délivrance. Mais la réalité est là. Dans une autre vie, elle a été une assassine.
Heureusement, le reste des paroles de Maelys suffise à l'extirper de ces sombres pensées. Elle peut le concevoir, parfois Abigaïl ne sait même plus pourquoi ils guerroient tous ainsi. Elles lui semblent tellement lointaines les années de paix qui ont bercé le continent. Parfois, elle a l'impression d'avoir toujours connu la guerre alors qu'elle a débuté il n'y a pas si longtemps que ça.

-Astrée pourra compter sur moi. Je ne l'abandonnerai pas et nous ferons ce qu'il faut pour enfin mettre un terme aux manigances mortelles de l'Ordre.

Elle sent la détermination la brûler de l'intérieur. Dans une vie parallèle, oui, elle a été un membre de la Confrérie. Mais c'est cette vie là qui compte. Et dans cette vie, elle est Abigaïl l'Embrasée, le Phénix, l'écrin de la Reine Noire et la Chevaucheuse de Royale, reine du vol de Rubis. Elle ne faillira pas envers son devoir.
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptySam 17 Fév - 19:39

Elle paraît profondément confuse, la Chevaucheuse… Comme une flamme qui vacille. Je l’entends dans sa voix, et cet instant de confidence avec Abigaïl en est presque dérangeant. Je n’ai pas l’habitude de la voir sous ce jour-là, fragile et hésitante. Elle et moi n’avons jamais su être… Des amies. Même si nous sommes faites du même bois, ou peut-être précisément pour cette raison, tout nous poussait à nous affronter.

Je ne suis pas certaine de vouloir savoir, maintenant que la question a passé mes lèvres. Pourquoi ? Pourquoi aurais-je tué de sang froid deux personnes, de mes propres mains, d’une corde ou tout autre instrument qui m’a paru utile sur le coup ? Pourquoi aurais-je rejoint la Confrérie Noire à ses côtés ? La guerre nous change… Je l’entends, dans un souffle à mon esprit. Des paroles sages d’un dragon plusieurs fois centenaires, qui connait mes craintes les plus terribles. Tuer n’en fait plus partie depuis longtemps. Mes mains se referment sur mes genoux, le regard sombre. Tuer par vengeance, un enfant et sa mère. Tuer pour conserver ma place.

Ma bouche est sèche, et les mots me manquent durant l’espace d’un instant. Je relève le regard pour croiser celui d’Abigaïl, et la résolution de cette assassine me paraît subitement plus compréhensible. « Je ne l’ai pas tué par amour, n’est-ce pas ? Je craignais de perdre ma place, sans doute de revenir à une existence de misère. » Les pavés de Lorgol, doux et terrible souvenir… Je suis née dans la Ville Basse, dans une situation d’échec. Toute ma vie n’est vouée qu’à l’effacer, alors que les autres me rappellent inlassablement mes origines quand ils veulent me rabaisser. Dans cette existence… Il a fallu m’en sortir autrement, sans la magie, sans Mirage. Je n’avais pas d’Opale de Feu à brandir, pas de voiles noirs derrière lesquels me réfugier en me sentant puissante. Tuer était encore le plus facile.

Le silence s’étire entre nous, alors même qu’Abigaïl doit se poser la question en parfait miroir. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Sans doute que la réponse est en elle, comme elle est enfouie en moi. « La voilà, la résolution qui nous pousse toujours vers l’avant, même à commettre les meurtres les plus terribles dans une autre réalité. C’est ce besoin de justice, et nous leur apporterons. » Je lui souris doucement, à reprendre dans un geste limpide l’entretien de mes lames. « Tu devrais aller te reposer, Abi. Demain, nous aurons à nouveau à nous battre. »

Au loin, un claquement d’ailes m’indique que Mirage a repris son envol. Ma veille n’est pas encore terminée. Et demain… Je sais que nous combattrons pour la première fois l’une avec l’autre, et non plus l’une contre l’autre. Car nos destins sont étroitement liés, d’une assassine à son apprentie, d’un Pion à sa Reine.
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Message Sujet: Re: Le calme avant la tempête   Le calme avant la tempête EmptyLun 19 Fév - 0:21

C'est pour ça qu'elle a hésité à lui répondre. Mais Mae est forte et a le droit de savoir ce qui l'a poussée à agir ainsi dans cette autre réalité dont elle a tout oublié. Abi voudrait certainement savoir elle aussi. A la différence de Mae, elle n'a aucune idée de comment elle s'est retrouvée ainsi. Aucun souvenir du meurtre qu'elle a pu commettre, la propulsant droit dans les bras de Lida. Elle espère que ce soit justifié, priant pour que la raison soit bonne. Cela sauverait son âme. La petite étincelle d'espoir qui lui permet de ne pas culpabiliser d'avoir ainsi ôté la mort à quelqu'un. C'est tellement différent du champ de bataille. Il n'est pas question de tuer pour se défendre, de combattre un ennemi en sachant que c'est lui ou elle. Non. Il s'agit de vengeance, de soif de justice, d'un meurtre désiré qui a procuré un bien-être révélateur. Qui a ouvert la voie des ombres. Un meurtre qui a dû être si semblable à celui qu'elle a commis quelques mois plus tôt.
Alors, incapable de dire quoique ce soit, Abigaïl se contente de hocher la tête. Il faut que ce soit la Justice. Cela ne peut être qu'elle. Cela ne peut être qu'une bénédiction de Sithis lui-même. Il faut que ce soit ça, bien loin du frisson, de ce plaisir malsain, presque fanatique, que procure le meurtre. Abigaïl ne peut que se dire que c'est la flamme ardente qui brûle en elle, la poussant à défendre les faibles et les opprimés, qui justifie ces actes barbares. Il lui arrive parfois de se réveiller en pleine nuit, tremblante et trempée de sueurs, les images de son meurtre hantant ses rêves. Une culpabilité qui la plonge dans une colère terrible en sachant que l'homme qu'elle a tué ne mérite pas la vie. Une haine rageuse, une véritable vengeance guidée par Lida elle-même ne peut être une « mauvaise chose ». C'est ce qu'elle se dit, Abi, surtout pour se rassurer. Alors, elle comprend le désarrois de Mae et son besoin de se dire qu'elle a agi pour le mieux. Elle ressent la même chose.

La nuit les enveloppe toujours de son manteau obscure, parsemé d'étoiles. Elle est avancée mais l'aube est encore loin. La Chevaucheuse se perd un instant dans la contemplation de Maelys et de ses lames, la fixant sans vraiment la fixer, plongée dans ses pensées. Puis elle se reprend. Elle sent Royale qui se rapproche. Elle sent la fraîcheur de la nuit, les heures encore longues qui vont suivre et une fatigue qui s'abat tout à coup sur elle, comme si cette discussion et les révélations l'ont particulièrement épuisée. Peut-être est-ce le cas, au fond. À ceci s'ajoute les conséquences de la maladie. Elle a beau avoir été en convalescence, les séquelles sont longues et sa vigilance n'est pas encore tout à fait opérationnelle. Elle le voit qu'elle se fatigue plus facilement. Elle garde espoir, Abi. Elle retrouvera sa condition physique, elle en est sûre. Une autre forme finit par les rejoindre sur les remparts. La Chevaucheuse salue son collègue venu la remplacer sur sa ronde. Elle va pouvoir manger rapidement quelque chose avant de dormir quelques heures. Une courte sieste mais qui ne sera pas du luxe.

-Tu as raison. Ma relève est d'ailleurs arrivée. Reposes-toi aussi dès que tu peux. On se voit demain.

Elle la salue d'un signe de tête bref, avant de se détourner. D'un côté, son cœur est plus léger, rassuré d'avoir ainsi pu discuter pleinement avec elle de ces derniers événements. Un coup de vent soulève sa crinière en feu et Abi offre un doux sourire à Royale. Peu importe cette autre réalité. Ici, elle n'est pas seule.
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