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 Grande annonce

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Message Sujet: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 22 Oct - 9:38


Livre II, Chapitre 6 • La Chasse Sauvage
Quitterie des Deux-Ancres & Quintille Aubenacre

Une grande annonce

Quitterie apprend qu'elle est enceinte



• Date : 05 octobre 1002
• Météo (optionnel) : Temps brumeux.
• Statut du RP : En cours.
• Résumé : Alors que les deux jeunes femmes se remettent - lentement, mais sûrement - de l'épidémie, il semblerait que Quitterie ait des symptômes bien plus violents et signes d'une grossesse. Quintille va lui apprendre la nouvelle et la rassurer à ce sujet.
• Recensement :
Code:
• [b]05 octobre 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2823-grande-annonce]Grande annonce[/url] - [i]Quitterie des Deux-Ancres et Quintille Aubenacre[/i]
Alors que les deux jeunes femmes se remettent - lentement, mais sûrement - de l'épidémie, il semblerait que Quitterie ait des symptômes bien plus violents et signes d'une grossesse. Quintille va lui apprendre la nouvelle et la rassurer à ce sujet.



Dernière édition par Quintille Aubenacre le Dim 22 Oct - 13:25, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 22 Oct - 9:38

Elle était encore très fatiguée. Tout le continent se plaisait à raconter que oui, l’épidémie tendait à disparaître, mais ses symptômes eux, étaient encore bien présents. Bon, certes, bien moins forts que les quelques jours auparavant, mais autant dire qu’elle aurait préféré les voir s’évaporer. Vraiment. A chaque mouvement, à chaque fois qu’elle se levait pour faire quoique ce soit – parfois même des tâches toutes simples et faciles – la voilà qui était fatiguée comme si elle avait récuré la taverne de fond en comble. C’était insupportable et elle avait passé les derniers jours à râler plus que de nécessaire, se plaignant constamment de cette fatigue qui la limitait bien trop. Beaucoup trop. Elle ne pouvait décemment pas passer sa journée au lit, elle s’y refusait – et pourtant tout le monde n’arrêtait pas de l’y pousser, à croire qu’elle n’était pas indispensable. Enfin, ce matin-là, au fond de son lit, elle avait prévu d’y rester quelques minutes de plus que d’habitude, sachant pertinemment que ça se déroulerait comme la veille et que la fatigue n’allait pas, subitement, disparaître.
Manque de chance, c’est sa fille qui accouru dans sa chambre pour solliciter son aide. Elle ouvrit une paupière fatiguée et quand les premiers mots s’échappèrent de la bouche de sa petite fille, elle se redressa vivement dans son lit. Quitterie atteinte de nausées ? Fortes ? Tôt le matin ? Elle n’était pas sûre que ce soit lié à l’épidémie, mais elle n’y connaissait rien en soin, guérison et maladies en tout genre. La seule chose qu’elle connaissait – plus ou moins, était les enfants. Et les nausées matinales, ça n’augurait rien de bon. Elle se leva. Doucement. Refusant de se laisser retomber dans le lit parce qu’elle était trop fatiguée et, avec l’aide de sa fille se dirigea jusqu’au bout du couloir, où se trouvait la chambre de sa sœur. Elle était au premier étage, au-dessus de la Taverne, dans laquelle elles avaient élues domicile.
Quitterie y passait une partie de la semaine, oscillant entre ses cours à l’Académie, du fait de sa cécité elle n’était plus en capacité de chevaucher et développait donc ses capacités magiques de guérison. Autant dire qu’elle avait un planning plutôt chargé dont son aînée s’en accommodait parfaitement. Demandant à sa fille de les laisser, elle frappa discrètement à la porte, n’entendant pas de refus, Quintille entra, rappelant que c’était elle – avant d’ouvrir la porte.

Dans la chambre, elle comprit vite que sa cadette était toujours sous les couvertures. Refermant derrière elle, les mains devant son visage, elle se repérait dans l’espace, cherchant à éviter les éventuels objets sur son passage. Cette fois-ci, rien n’avait été bougé et elle trouva directement le lit de sa sœur. S’asseyant sur son bord, elle posa sa main sur Quitterie. « Que t’arrive-t-il ? » Laissant cette dernière lui expliquer la situation et l’aidant à vomir dans la bassine aux côtés de son lit, Désirée semblait comprendre ce qu’il se passait. Dans un premier temps, elle essaya de comprendre depuis quand les nausées la prenaient. Ensuite, elle chercha à savoir à quand remontait ses dernières pertes et enfin, essaya de se préparer à annoncer à sa cadette une grande nouvelle. Quintille savait se montrer très diplomate quand il le fallait, mais à entendre sa sœur gémir qu’elle allait mourir, que tout n’allait pas mieux, roulée en boule dans les couvertures, est-ce que la diplomatie était une bonne solution ? Soupirant, elle aida sa sœur à se tourner vers elle, en toute douceur. « Tu ne vas pas mourir. » Elle roula des yeux. « Tu vas sans doute avoir un bébé. » Bon, raté pour la diplomatie. Elle soupira. « Quitterie, tout va bien. C’est une bonne nouvelle non ? Tu vas être maman. » Elle esquisse un petit sourire, pas sûre de savoir si sa sœur était ravie de la nouvelle ou si, comme beaucoup, elle allait s’inquiéter du devenir de l’enfant et de cette grossesse. Elle ne se souvenait pas d’avoir senti la proéminence d’un ventre sur le corps de sa sœur et n’avait pas détecté de changement dans son attitude, son comportement, mis à part ce matin-là. Etait-ce possible de ne pas être au courant d’une grossesse ? Elle en doutait sérieusement et préférait ne pas trop s’avancer. Cela faisait bien longtemps que son corps n’avait plus accueilli la vie.
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 29 Oct - 18:43

Elle va mourir.
Forcément.
Il n’y a aucune autre explication, n’est-ce pas ?

L’antidote lui a été administré il y a quelques jours déjà, mais ses effets semblent nettement moins efficaces sur Quitterie que sur les autres mages de la Taverne, et la jeune femme a désormais la certitude que l’heure de son trépas est arrivée. Comment pourrait-il en être autrement ? Les autres malades se remettent doucement, ils reprennent peu à peu des forces pour accomplir leurs activités du quotidien, alors qu’elle… Elle, elle continue à se voir affligée de nausées persistantes, alors que pourtant sa fièvre est tombée. Sûrement, c’est le signe que le remède ne peut la guérir, et qu’elle va périr comme ces autres qui n’ont pas survécu à la longue dégénérescence, suivi d’inconscience, puis du trépas. Bien sûr qu’elle va mourir – elle ne serait pas malade à ce point chaque matin si ce n’était pas le cas.

Impossible de s’en ouvrir à Rackham, parti sur le front dès qu’il l’a pu pour évaluer l’ampleur des dégâts. C’est avec résignation que la Chevaucheuse se terre dans ses quartiers à la Taverne de la Rose, normalement pour retourner en cours à l’Académie… mais en fait, pour y rendre le dernier souffle, elle en est persuadée. Et ce matin, elle n’a même pas envie de faire semblant. C’est sèchement qu’elle rembarre Éponine venue s’enquérir des motifs justifiant l’absence de sa tante au petit-déjeuner – pauvre mignonne, c’est vrai, mais la mage n’est pas vraiment d’humeur à faire semblant. Roulée en boule sous son édredon épais, partageant quelques moroses pensées avec Sayam lui-même retranché dans son nid perché sur l’une des cheminées inutilisées de la Taverne, Quitterie se laisse aller à de bien sombres ruminations. Même l’arrivée prudente de Désirée ne parvient pas à la sortir de sa torpeur renfrognée.

Secouée de hauts-le-cœur qui la laissent tremblante, elle répond aux questions de son aînée, sans trop comprendre où elle veut en venir. Est-elle devenue savante en médecine, pendant toutes ces années passées en Bellifère loin d’elle, recluse dans la cabane où leur père l’avait reléguée ? Un peu perdue, elle lui livre les informations demandées. Depuis quand ? Difficile à dire, elle est malade depuis un moment et les nausées l’ont prise en même temps que tous les autres. Ses dernières pertes ? Avant qu’elle ne tombe malade, elle n’en a pas parlé aux autres femmes, mais a supposé que toutes avaient eu les mêmes symptômes.

Le diagnostic émis alors par la voix calme et le ton raisonnable de sa sœur coupe net tout gémissement d’auto-apitoiement qui voudrait lui monter aux lèvres. Avoir… un bébé ? Un… un bébé. Devenir maman ? Alors qu’elle-même ne se souvient pas de la sienne, et que sa cécité l’empêchera sûrement de prendre soin d’un enfant ? Perplexe, Quitterie passe les mains sur son ventre plat. Non, c’est… C’est impossible. Juste pour être sûre, elle refait le geste ; puis une troisième fois. Non, il n’y a rien de différent. Désirée peut-elle avoir raison ? Incrédule, Louison secoue la tête plusieurs fois. Avec, peut-être, un léger brin de panique. « Mais, non ! Je ne peux pas être enceinte, enfin, ce serait… ce serait un désastre, dis ! » Rien que d’imaginer devoir s’occuper d’un bébé qu’elle ne pourrait même pas voir, la Chevaucheuse a envie de tirer la couette sur sa tête pour rester tapie dessous et n’en plus jamais sortir. Pour le moment, elle se contente d'agripper le bras de sa sœur qu'elle cramponne frénétiquement. « Tu te rends compte, Daisy… ? Ce serait… ce serait… une catastrophe… »

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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyLun 30 Oct - 16:27

La grossesse n’est pas un moment facile. Oh que non. Quintille en sait quelque chose. Autant pour Eponine tout s’est bien déroulé – si ce n’est la fécondation, autant pour l’autre… disons qu’il y avait certains souvenirs qu’elle préférait ne pas mentionner. Qu’elle préférait presque oublié. Assise sur le coin du lit, aux côtés de sa cadette, elle esquisse un léger sourire. Ses mains passent dans ses cheveux, après avoir tatonné son bras, son cou et finalement sa joue. Tentant de les passer derrière ses oreilles, réussissant. « Tout va bien se passer. » Elle reviendrait par la suite sur les paroles de Quitterie. Pour le moment, ce n’était pas le plus important. « Tu ne risques rien, ton enfant ne risque rien. » Parce qu’elle ne savait pas ce qu’elle craignait, ce qui l’inquiétait, ce qui la poussait à paniquer. L’empathie qu’elle avait pour sa famille lui faisait part de sentiments bien trop inquiets pour sa grossesse. N’était-elle pas voulue ? Le doute lui éteignit le cœur un instant, avait-elle été… Avait-il osé la toucher ? La question mourut sur ses lèvres. Elle ne pouvait pas. Sa sœur n’était pas au courant. Elle ne devait rien dire. Rien laisser entendre. Elle déglutit. Comment poser la question ? Sourire inquiet sur le visage, l’aînée poursuit. « Qu’est-ce qui t’inquiète autant ? » Bien sûr, donner naissance à un enfant n’était pas une chose aisée, mais elle serait là. Evidemment, il faudrait ensuite l’éduquer, le faire grandir, lui apprendre tout ce qu’il a besoin de savoir et le protéger. Jusqu’au jour où il serait capable de le faire seul et de grandir de ses propres ailes. Oui, évidemment. Mais il n’y avait rien à craindre, rien du tout.
Elle était aveugle depuis tant d’années qu’elle préférait ne plus les compter, et pourtant ça ne l’avait pas empêché de prendre soin de sa fille, ni même du reste de sa famille, frères et sœur. Oui, c’était plus compliqué qu’en tant que voyante, évidemment, mais ça se faisait. Largement. Peut-être que ce n’était que ça que craignait sa petite sœur. Peut-être, mais le doute ne cessait de la tarauder. Si c’était différent, si c’était plus grave ? Si… Non, elle ne pouvait pas envisager que sa sœur ait été touchée de cette façon. Elle n’acceptait l’idée qu’on ait pu lui faire subir ce dont elle avait essayé de la protéger.

Le silence s’installe progressivement entre les deux sœurs. Que dire ? Que lui expliquer ? Si Quitterie a besoin de temps pour se confier à elle, elle le comprendra. Pourtant, l’aînée ne peut s’empêcher de voir les secondes s’étirer, longues, terriblement longues (bien plus qu’elles ne le sont en réalité), craignant, redoutant, le pire. L’horrible. Elle ne veut pas y penser, ne souhaite même pas l’imaginer et pourtant cette idée tournoie dans sa tête, encore et encore. Inlassablement. Est-ce qu’elle se flagelle ? Oui, très clairement. Est-ce qu’elle compte arrêter ? Dès qu’elle aura eu la confirmation, implicite, que ce qu’elle craint n’est pas arrivée à sa sœur. Pas à Quitty. Ce n’était pas envisageable. Pas une seule seconde.
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 12 Nov - 13:43

La panique entraîne sur son rythme trépidant le cœur un peu trop fragile de Quitterie, et la jeunette laisse libre cours à l’angoisse souveraine qui a envahi les tréfonds de son être. C’est cette peur, ancestrale et primitive, de voir s’accomplir des choses sur lesquelles on a si peu de prise – cette certitude que les forces de la nature ne sauraient être contraintes ni domptées. Telle est l’étincelle de vie qui frissonne dans l’air et se niche parfois au creux du ventre d’une femme, lorsqu’il se trouve un homme pour la façonner et lui insuffler la force d’exister. Telle est la flamme vibrante qui commande à l’existence d’un être qui n’a pas encore respiré, et qui soudain prend une place tellement immense, tellement cruciale, que l’esprit le plus affûté peine à en appréhender les limites. Et ça la dépasse, Quitterie, tout cela c’est trop d’un coup – la cécité, l’enlèvement, le mariage, l’adieu aux Chevaucheurs ; et maintenant, il faudrait en plus qu’elle se conçoive mère, elle qui peine déjà à trouver sa propre place dans l’existence ?

Un instant, l’ampleur du bouleversement qui s’annonce lui semble si écrasante qu’elle en a le souffle coupé, presque à étouffer, cramponnée à la couverture comme si c’était son dernier rempart contre le grand chamboulement que le Destin a tramé pour elle. Le Destin, bon – mais sûrement un peu aussi cette damnée fertilité des Îliens combinée à l’esprit un peu trop taquin d’une vivenef qui aime décidément excessivement les bébés. On l’avait prévenue, pourtant, qu’une nuit de noces sur l’Audacia risquait de lui réserver des surprises, mais elle avait haussé les épaules en riant de la superstition des pirates. La voilà bien attrapée présentement ! Oh, qu’elle est grande, la tentation de se rouler en boule contre l’épaule de Quintille en répétant une litanie de « Non, non, non » qui saurait effacer la révélation pour laquelle, vraiment, elle n’est pas encore prête !

Lâchant l’édredon, elle s’agrippe aux épaules de sa sœur, tremblant de tous ses membres, cherchant désespérément à être rassurée. C’est d’un geste resté naturel malgré leurs années de séparation qu’elle se blottit dans les bras solides de Désirée, calant son visage contre son cou, luttant contre les larmes qui menacent de déborder, traîtresses dénonciatrices du grand tourment qui la secoue toute entière. Nerveusement, elle inspire à petits coups, tâchant de tenir sévèrement la bride aux sanglots éplorés qui voudraient envahir son discours tant elle se sent désemparée. Mais à quoi bon vouloir retenir l’inaltérable ? Quelques instants suffisent au flot d’angoisse pour crever et s’évacuer, dans une cascade tumultueuse de pleurs et de hoquets pitoyables. « Je ne – je ne peux pas avoir cet enfant, Daisy, je suis – je ne peux pas être mère, je-je-je… pas comme ça ! » Pas maintenant, pas aveugle, pas alors qu’elle cherche encore la personne qu’elle pourra devenir, pas en pleine guerre alors que la survie de son mari est incertaine, tant les combats font rage ! Pas dans un monde où les mages sont menacés par un Ordre impitoyable et sans merci ! Pas comme ça, pas comme ça ! « Je ne peux pas avoir ce bébé, Daisy, c’est au-dessus de mes forces ! Je ne serai pas capable de, de, de l’aimer, alors que… »

Alors que le Destin risque de le faucher au premier tournant de la guerre ! L’aimer, c’est risquer d’avoir le cœur brisé si elle venait à le perdre, et elle ne sera jamais capable d’y survivre ! Pas capable d’y croire pour deux alors qu’elle a déjà du mal à y croire pour elle-même. Pas capable de mettre au monde une vie si fragile, alors qu’elle n’est pas du tout certaine de savoir la défendre ! Pas capable d’être une bonne mère, elle qui n’a jamais connu la sienne.
Pas capable.

Pas digne.

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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyMar 30 Jan - 8:16

Avoir un enfant. Une décision qui n’en est – parfois – pas une. Eponine n’en était pas une. Jamais elle n’a désiré avoir cet enfant et pourtant, une fois le ventre rebondit, elle n’a pas reculé devant la grossesse qui s’annonçait. Pourquoi l’aurait-elle fait ? La vie qui grandissait en elle n’était en rien responsable des malheurs qui lui tombaient sur la tête. Même si son géniteur n’était pas digne d’elle et que sa naissance ferait tomber des milliers de questions, il était impensable qu’elle l’abandonne. Pire, qu’elle lui donne la mort. Elle s’est donc évertuée à prendre soin d’elle, pour que son enfant à venir aille bien. Avec le temps, une routine s’est installée et l’enfant qu’elle portait est devenu son enfant. Son bébé. Un plaisir indescriptible l’a envahi lorsqu’elle a porté son petit corps contre son cœur et qu’elle l’a entendu babiller pour la première fois. Est-ce qu’elle craignait que la transition de femme, à mère, soit difficile pour sa sœur ? Oh non, elle savait qu’elle le serait. Actuellement, sa cadette avait beaucoup de choses en tête, des difficultés qu’elle n’avait pas toute traversées, mais une qu’elle connaissait tout particulièrement. La cécité. Et la difficulté de construire un avenir avec. « Chut… » Murmure doucement l’aînée, alors que la tête de sa cadette se loge dans son cou et que les sanglots secouent sa carcasse fatiguée. Epuisée. Effrayée.

« Tu t’en sortiras très bien. » Assurée, rassurante, elle ne veut pas lui faire peur, ou la rendre craintive d’une grossesse. Bien sûr, les conditions sociétales actuelles ne favorisaient pas l’arrivée d’un enfant, mais était-ce là le véritable souci ? Une famille veillera sur elle et l’enfant qu’elle viendrai à avoir, Quintille était persuadée que bien qu’il n’y ai pas « rien » à craindre, les risques étaient moindres. D’une certaine façon, elle savait que ces mots n’étaient que de « excuses » pour éviter l’inévitable. Pour refuser de voir l’enfant qui venait chambouler son quotidien, son mode de vie. Pour refuser de voir son identité se transformer encore et de manière incertaine, en une autre identité qu’elle ne saurait gérer. Elle comprenait la difficulté à se projeter dans un corps qui, au fur et à mesure que le temps passait, ne semblait plus être sien. « Tu seras une très bonne mère. » Balancement du tronc, ses bras entourant sa sœur, la serrant contre elle, la tête penchée sur son épaule, elle est calme Quintille. Pas le moins du monde inquiétée. « Etre aveugle ne m’a pas empêché de prendre soin de vous tous et de vous aider à grandir. Ni de m’occuper d’Eponine. » Petit sourire tendre sur les lèvres, elle poursuit. « Ça ne t’empêchera pas de voir ton enfant, de sentir chaque parcelle de son petit corps, de reconnaître ses pleurs, ses odeurs, de percevoir ses émotions. » Elle passe une main dans les cheveux de sa sœur, remettant en place une mèche tombée devant ses yeux. « Je ne dis pas que ça ne sera pas difficile, mais être mère n’est généralement pas simple non ? » Elle rit un petit instant, chantonne quelques phrases d’une comptine qu’elle fredonnait quand sa sœur n’était pas bien, avant de reprendre. « Tu es quelqu’un d’exceptionnel, avant d’être Chevaucheuse. » Terrain plus glissant, elle ne pouvait pas parler de compréhension ou d’expérience dans ce domaine. Elle n’avait jamais rien été de plus qu’une bonne femme travaillant les perles d’un père incapable de prendre soin de sa famille. Alors chevaucher ? Impossible à envisager. « Avec le temps, tout ira mieux et la douleur s’atténuera progressivement. » Il lui restera toujours ses souvenirs, mais ça n’était jamais aussi bien que vivre le moment présent. Elle le savait parfaitement. « Tout ira bien. » Murmura-t-elle à nouveau, alors qu’elle balance lentement sa sœur, comme une mère aurait réconforté son enfant.
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 11 Fév - 19:46

Blottie contre Désirée, cramponnée à elle de toutes ses forces, Quitterie se laisse bercer en essayant de calmer les battements désordonnées de son cœur tout chamboulé. Être mère – voilà bien un but auquel elle n’a jamais prétendu, toute prise par ses études de magie à l’Académie, par sa formation de Chevaucheuse avec Serment, et ensuite préoccupée par sa cécité de plus en plus envahissante, avec le soutien indéfectible de Sayam. Elle ne s’est jamais vraiment vue comme une épouse, pour commencer – qui aurait pu vouloir d’elle, avec sa perpétuelle maladresse, ses bourdes, sa candeur naïve et sa sensibilité trop nerveuse ? Qui aurait voulu s’encombrer d’une conjointe aveugle, en vérité – elle se souvient bien de Quintille lui racontant comment elle-même avait été répudiée et renvoyée chez son père, honteuse et humiliée. Comment, dans ces conditions, aurait-elle pu imaginer qu’un homme pourrait vouloir d’elle ?

Ses propres sentiments l’ont prise totalement par surprise, et découvrir que Rackham ui rendait la réciproque demeure une énigme dont elle n’a toujours pas trouvé la solution. Elle n’a déployé aucun effort de séduction, n’a jamais tenté de l’attacher à elle, ni fait aucune tentative dans sa direction – et pourtant, il est venu la revendiquer en Bellifère, sans vraiment comprendre les conséquences de son geste. Et après cela, il l’a épousée une seconde fois, sur le pont de l’Audacia, devant ses amis et sa famille de cœur, clamant au monde qu’il aimait sa petite Chevaucheuse brise-tout et distraite. Inexplicable, incompréhensible. Mais tout de même merveilleux.

Et voilà que le Destin les voue à devenir parents. L’idée seule étourdit Quitterie, et elle se serre plus étroitement contre sa sœur, quêtant réconfort et soutien. Bien sûr, pour Quintille c’était différent – rien que l’identité du père d’Éponine reste un tabou affreux, et la benjamine de la fratrie n’ose soulever à nouveau la question. Et elle était seule, pour élever la petite – la Chevaucheuse, elle, aura Rackham, même s’il a de lourdes obligations ; et les moyens d’embaucher une assistante pour l’aider à veiller sur le bébé, si le besoin s’en faisait sentir. « J’essaierai d’être une aussi b-bonne mère que t-toi. » bégaie-t-elle, toute penaude, sans avoir la moindre idée de comment s’y prendre pour y arriver. Elle y réfléchira sûrement plus tard, quand l’affolement ne paralysera plus la majorité de ses fonctions cognitives ; pour l’instant, elle a besoin d’intégrer la nouvelle, et de commencer à faire des plans d’avenir.

Ah, et d’informer l’heureux papa, bien sûr.
Rackham s’est-il seulement déjà imaginé être père un jour… ?
Par Valda.
Quelle angoisse.

Hésitante, sans oser lâcher Quintille, Quitterie s’éclaircit timidement la gorge. « Dis, Daisy… » La question est saugrenue, et la cadette ne sait comment son aînée va y réagir, mais elle a toutefois grande curiosité quant aux plans d’avenir de sa sœur et besoin de savoir ce qui se passera pour elle, ensuite. « Moi, je vais aller vivre en Ansemer, avec mon mari et le bébé… Et puis Géralt, il a l’Audacia maintenant, et je me demandais… Tu vas aller où, toi, avec Gédéon ? Est-ce que tu vas te marier encore… ? »

Est-ce que tu seras là, si j'ai besoin de toi ?


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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptySam 17 Fév - 18:31

D’une certaine façon, la situation actuelle – avoir Quitterie dans ses bras, suite à un chagrin ou à une peine – n’était pas une nouveauté. Pas que ça arrive souvent, bien sûr, cela faisant même des années qu’elle n’avait plus eu à le faire, mais le passé avait toujours été riche en émotions. Bonnes comme mauvaises. Alors, les gestes ne s’étaient pas perdus, ni la capacité à étreindre sans relâche sa jeune sœur, dans l’espoir de la voir aller mieux. De la rassurer. De lui assurer un avenir merveilleux et paisible. Qu’elle méritait sans aucun doute. Ses mains, bien que dénuées de capacité à voir, trouvent le chemin de ses cheveux et passent entre les mèches de la cadette, sans lui faire mal. Pendant qu’une des deux caresse son dos, le menton de l’aîné posé sur le sommet du crâne de la cadette. Tout ira bien. Elle en était certaine. Après tout, pourquoi tout n’irait pas bien ? « Tu réussiras. » Elle sourit. « Et tu feras sans doute bien mieux. » Elle en était persuadée. Quitterie avait tout pour réussir sa maternité et pour créer, autour d’elle, une famille heureuse. L’amour qui brillait dans les yeux de son époux, lors de leur mariage et l’engagement qu’il avait pris le prouvait. Le caractère même de sa cadette résonnait de bonté et de gentillesse, certes elle savait être maladroite, mais elle n’était pas idiote et saurait répondre aux besoins de son enfant.

Berçant sa sœur, elle ne fit pas de commentaire supplémentaire. Que pouvait-elle lui dire qu’elle ne lui avait déjà pas dit ? D’autant plus qu’elle savait qu’il lui faudrait un certain temps pour digérer toutes ces informations. Un autre pour les accepter. Et un dernier viendrait, empli de questions et de nouveaux doutes qu’il faudra calmer à nouveau. C’était un cycle presque éternel, mais qui faisait partie de son quotidien. Un cycle qu’elle avait appris à apprécier et à chérir, sans difficulté.
Le temps passe, son stress et sa crainte semblent s’apaiser, alors qu’un éclaircissement de gorge se fait entendre. « Oui ? » Répond-t-elle, ne lâchant pas sa sœur l’espace d’un instant. « Je vais rester ici. » Elle éclate d’un rire léger. « Me marier ? Oh non, ce n’est pas prévu. » Certainement pas un autre bouffon à supporter dans son quotidien ! Elle est bien mieux seule et ça, depuis des années. « Je viendrai sans doute vous rendre visite, quand je le pourrais. » Bon, certes, monter sur l’Audacia n’était pas réellement ce qu’elle entendait par là, d’autant plus qu’elle n’était pas sûre de vouloir – à nouveau – réitérer l’expérience (même si le mariage s’était bien passé). « Après tout, j’aurai un bébé à connaître et à garder de temps à autre ! » Aussi souvent que sa sœur le lui autorisera, mais pas trop non plus, évidemment !
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyMer 21 Fév - 23:47

La confiance indiscutable que Quintille semble placer en elle rassérène un peu Quitterie, dont les larmes se calment quelque peu, blottie contre l’épaule solide et rassurante de son aînée. Il y a tant de souvenirs d’enfance, qui remontent dans cette simple étreinte : tout un cortège de chagrins de jeunesse étanchés entre les bras réconfortants de sa sœur, depuis toujours mère de substitution aimante et présente pour la dernière-née de la fratrie. Il n’y avait rien qu’elle ne puisse confesser à sa chère Désirée : aucun secret honteux, aucune menterie puérile, aucun jugement de l’aînée envers la cadette. Des conseils plutôt que des punitions, des explications au lieu de remontrances, faisant de la plus jeune une enfant curieuse et calme, d’un naturel fort coopératif. Elle lui doit tant, à sa grande sœur, si forte, si courageuse, si patiente ! C’est elle qui l’a élevée pour être capable de s’en sortir, c’est elle qui lui a montré que la cécité n’était pas nécessairement les prémices de la mort. C’est elle, qui lui a donné envie d’être grande et forte et courageuse, elle aussi. Et qui lui a fait preuve d’une immense confiance, en lui envoyant Éponine pour la mettre à l’abri. Des deux bras, Quitterie enlace Quintille, incapable de formuler sa gratitude, tentant de mettre dans cette étreinte maladroite toute son affection, toute sa tendresse, et toute sa reconnaissance.

« Tu seras bien, ici, les gens sont fiables tu sais. » Elle le pense sincèrement : ses années à la Taverne ont toujours été heureuses et chaleureuses, autour d’une bonne cuisine de Bellifère préparée par la Touillette, à écouter les histoires merveilleuses des pirates pendant les mois de l’hivernage, celles des voleurs et des assassins le reste de l’année. Un endroit intéressant, cette Taverne, plein de vie et fébrile d’une activité intense – oui, ils y seront bien, Quintille et Gédéon. « Vous viendrez quand vous voudrez ! Rackham a beaucoup de travail, avec les conflits et la guerre, il sera souvent avec l’escadron ; et avec un mage des portails, le voyage se fera très rapidement. Je t’emmènerai à la Guilde des Mages pour te présenter, et je paierai quelques voyages d’avance comme ça vous viendrez quand vous voudrez ! » C’est rassurant, de pouvoir faire des projets concrets dans l’inconnu qui se présente devant elle, et Quitterie est soulagée de pouvoir compter sur son aînée, une fois de plus. Le plaisir de retrouver Gédéon a été colossale, également – il a fallu un petit moment pour lui expliquer que ses yeux étaient désormais éteints, comme ceux de Daisy, mais la sincérité de sa joie ne pouvait être feinte : Gédéon n’avait pas oublié sa cadette, et il était sincèrement heureux de la trouver à ses côtés à nouveau. Mal à l’aise en présence de Rackham, comme s’il suspectait le « mari de Quittou » de vouloir lui faire du mal, comme celui de Désirée qui l’avait chassée et répudiée. Fasciné par Calico, toutefois, qu’il a bien compris ne pas devoir toucher, tout comme Sayam.

Elle craignait un peu la réaction de Rackham, la petite mage, face à ce frère un peu simplet dont les quatre aînés semblaient avoir honte. Crainte rapidement soulagée : pas particulièrement patient à son habitude, mais néanmoins compréhensif, le Capitaine n’a pas changé son attitude d’un iota, traitant Gédéon comme n’importe qui d’autre, avec une bienveillante curiosité et quelques taquineries bon enfant qui ont eu tôt fait de l’élever grandement sur l’échelle de confiance de son beau-frère. « J’ai eu peur, tu sais, » murmure Quitterie à son aînée, « que Rackham ne veuille plus de moi parce que j’étais aveugle. Je ne peux pas m’empêcher de me dire, et s’il me quittait, après la naissance du bébé ? Il y a d’autres Chevaucheuses après tout, plus fortes et plus valides que moi. »

Terrible angoisse.
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 25 Fév - 15:29

Sourire sur les lèvres, elle était ravie que sa sœur cherche à la rassurer, ravie d’entendre que les gens étaient sympathiques. Fiables. Elle n’avait pas envoyé sa cadette dans un monde pire que la demeure familiale, c’était le plus important. Même si elle commençait à le voir, l’entendre dire était bien plus réconfortant, plus rassurant. « Ce sera avec plaisir que nous viendrons ! » Sourire sur les lèvres, elle se voyait déjà chez sa sœur, profiter de sa demeure, de ses plats, de sa famille. Elle espérait qu’elle serait heureuse – et n’en doutait pas. « Ce serait vraiment très bien… » La magie. Une entité qu’elle n’avait pas réellement connue au sein de sa famille. Une entité qui, malheureusement, avait été la cause de bien des soucis. La voir si présente dans la vie de Quitterie et d’Eponine lui donnait quelques sueurs froides la nuit, quelques inquiétudes. Et si tout basculait à nouveau ? Voilà bien une chose qu’elle avait du mal à appréhender, à comprendre. Pour autant, elle cherchait à garder l’esprit ouvert, désireuse d’en apprendre plus. « Je serais ravie de découvrir la Guilde. » Oh que oui. Elle attendrait ce moment avec grand plaisir, même s’il venait à ne pas venir. L’espoir de pouvoir découvrir quelque chose d’autre, d’extraordinaire et lié à la magie l’excitait terriblement. Voilà bien quelque chose que son défunt père n’aurait pas apprécié. Ce qui rendait l’envie de le faire bien plus grande.

Quitterie commençait à se calmer, mais l’étreinte de Quintille ne se desserrait pas pour autant. Déjà, par habitude, ensuite par confort. Elle était très bien l’aînée, à serrer contre elle sa cadette. Se doutant bien qu’il n’y aurait plus énormément de moments comme ceux-ci, tout en le souhaitant. Quitterie prenait son envol, quittant la famille pour créer la sienne. Un moment de bonheur, légèrement déchirant, mais qui serait plus que prometteur pour la jeune sœur de Quintille. « Je comprends. » Elle comprenait sans doute mieux que quiconque. D’autant plus qu’elle avait été rejetée du fait de sa cécité. Une douleur qu’elle ne lui souhaitait pas. Sous aucun prétexte. « Il y aura toujours des Chevaucheuses plus fortes et plus valides que toi. » Rien de méchant de ce constat, qu’une simple vérité. « Et pourtant aucune d’entre elles ne t’arrivent à la cheville. » Sourire sur les lèvres, elle poursuit. « Aie confiance en toi. Rackham t’aime comme tu es, il ne veut personne d’autre. » Et elle n’en doutait pas une seule seconde. « Tes yeux aujourd’hui sont importants, tu n’as jamais vécu sans eux, mais tu verras, avec le temps, tu découvriras pleins d’autres choses, d’autres émotions, d’autres sensations et tu t’y habitueras. Tu l’y habitueras. » Elle en était certaine. « Il ne pourra plus se passer de toi, toi qui sans voir le comprendra mieux que personne, décelant sans qu’il ne s’en rende compte, les larmes qu’il tentera de cacher dans tes yeux, ou le petit sourire malin préparant la prochaine taquinerie à venir. » Sa poitrine se soulève sous le rire qui s’échappe de ses lèvres. « Tu verras, tu ne cesseras jamais vraiment de voir. » D’une certaine façon, la cécité n’avait jamais aveuglé Quintille de voir la vérité, la sincérité des personnes l’entourant. Capacité d’adaptation ou simple instinct ? Elle savait ce qu’il en était et avait su s’adapter à son handicap. Aucune raison que sa sœur n’en fasse pas de même.
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptySam 3 Mar - 22:21

Quitterie n’a jamais formulé cette crainte à voix haute – cette angoisse terrible, qui lui ronge un peu l’âme dès qu’elle baisse la garde, qui revient à la charge lorsqu’elle intercepte une remarque peu flatteuse qu’elle n’était pas censée entendre. Oh, il y en a eu, des ragots et des commérages, lorsque Rackham l’a ramenée d’Aubenacre, mariée et portant son nom ! Lorsqu’il l’a installée à ses côtés dans l’appartement où il réside à la caserne de Port-Liberté, l’établissant formellement comme son épouse aux yeux du monde. Lorsque sa très riche cousine leur a donné les Deux-Ancres, leur offrant une part de noblesse au passage. Les Ansemariens sont toujours prêts à tout pour grapiller une parcelle de pouvoir, d’influence ou de richesse ; et nombreux sont ceux à avoir murmuré que la petite Chevaucheuse aveugle avait su trouvé un autre moyen de s’élever sur l’échelle sociale en se faisant la maîtresse du Capitaine pour le forcer à l’épouser. Oh, comme elles ont brûlé son cœur tendre, ces insinuations cruelles ! Comme elle s’est sentie salie, Quitterie, par ce venin dégoulinant d’hypocrisie, avilie par ces mauvaises intentions qu’on lui prêtait. Elle n’a même pas osé en souffler mot à Rackham, craignant de le fâcher, de le blesser, de le contrarier – craignant qu’il ne lui dise que c’était vrai, malgré la certitude absolue en la profondeur de ses sentiments professée par Sayam.

Et si c’était vrai, hein ? Si ce mari dont elle s’est découverte profondément éprise ne tenait pas vraiment à elle, malgré sa détermination à la secourir, malgré leur mariage au milieu de leurs amis sur le pont de l’Audacia, en présence de Quintille elle-même ? Entendre sa sœur lui certifier le contraire apaise tout de même les angoisses de Quitterie, et elle puise un réconfort souverain dans les tranquilles paroles de son aînée, qui une fois encore s’est montrée capable de trouver sans faillir les mots justes pour chasser le chagrin qui tourmente sa cadette. Chère, si chère Quintille ! « Tu es la personne la plus forte que je connaisse. » murmure-t-elle le nez contre l’épaule de Désirée, « Plus que tous ceux que j’ai rencontrés, les ducs et les guerriers, les mages et les professeurs, les dragons et les griffons. Plus que Géralt, et c’est lui qui le dit – je crois que la seule personne que je connaisse qui soit à peu près aussi forte que toi, c’est Douce Marianne. Elle s’est occupée de moi aussi bien que toi. » Le cauchemar de cette autre vie insensée traverse un instant la pièce, avec son sillage de souvenirs affreux et de traumatismes terribles, et Quitterie frissonne un instant dans les bras de sa sœur. Trop de douleur, trop de souffrance, dans les dédales de cette mémoire trouble, et la petite mage choisit de ne pas s’y attarder.

« Elle était là, Douce Marianne, quand l’Audacia est venu nous chercher, tu te rappelles ? Elle est venue avec son beau griffon, Iode. Serment l’aime bien, je crois. Il t’aime beaucoup aussi, Serment. Il a dit que si tu voulais, il pouvait t’emmener voler, avec Gédéon, une fois. Quand il fera moins froid. »

Cette discussion se fait de plus en plus décousue, mais peu importe à la petite Chevaucheuse bouleversée – discuter à bâtons rompus avec sa sœur est une activité qu’elle prise au-dessus de toutes les autres, et la sagesse discrète que son aînée lui dispense au détour d’un potin est inestimable.

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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyMer 7 Mar - 16:37

Mère et sœur à la fois. Ou n'avait-elle été qu'une mère de substitution ? Elle n'en savait trop rien, avait fait du mieux qu'elle pouvait avec ce qu'elle avait sous la main, avec sa patience, son caractère et avec sa famille. Avec leur accord, avec leur volonté, leurs défauts, leurs qualités. Et avec du temps également. Beaucoup de temps. Ce même temps pour cicatriser les blessures du fait des coups, ce temps nécessaire à leur réconfort quand la peine était trop fort et dégoulinait par milliers de larmes sur leurs joues rebondies. Ce même temps qui, aujourd'hui, l'incitait à s'occuper de sa sœur, à la garder serrée contre elle, alors que la vie grandissait en elle et que sa vie d'adulte était - depuis longtemps désormais - dessinée. Cessera-t-elle un jour d'être ce pilier pour eux ? Le souhait-elle ? En ce moment, alors qu'elle se calme un instant, pour finalement partir, parler et changer de sujet, elle ne dit rien. Ne s'éloigne pas. Comme à chaque fois, elle se veut là pour ses proches, pour sa famille. Rassurante. Aimante. Se doutant que ça ne serait jamais suffisant et que, sans doute, il faudra bien plus pour qu'elle s'en remette, pour qu'elle accepte les changements qui allaient venir. Pour autant, alors que la conversation s'oriente vers un autre sujet, Quintille ne fait aucunement l'effort de revenir à la grossesse de sa cadette. Quitterie aura le temps de lui en parler, de la solliciter et - certainement - de s'inquiéter.
Sa main balaye sa chevelure, ses lèvres fredonnent l'air d'une comptine qu'elle avait l'habitude de chanter quand sa sœur était plus jeune et elle écoute. Sagement, elle écoute les petites paroles qui sortent de la bouche de Quitterie. Forte, elle ne sait pas si elle l'est. Elle ne sait même pas réellement ce que ça signifie. Ce qu'elle sait, par contre, c'est qu'elle ne pouvait se permettre de plier, de céder, pour sa famille. Parce qu'ils avaient cette place particulière dans son cœur, cette place qui méritait sécurité et protection. " Ca fait beaucoup de monde tout ça. " Souffle-t-elle, sa poitrine se soulevant légèrement sous le doux rire qui s'en échappe. " Je pense que tu sous-estimes ta propre force. Après tout, Eponine n'arrête pas de dire que tu es la grande amie d'un dragon. " Et elle doutait que n'importe qui pouvait l'être. " Il faudra que je la remercie alors. " souffle-t-elle, sa main se perdant dans les boucles de sa sœur, sans force, sans la blesser. Un geste répétitif, venu des années passées ensemble, à tenter de dresser sa chevelure.

Elle frissonne. Un court instant. Instinctivement, son étreinte se resserre. Qu'elle ne s'inquiète pas, Quintille ne la lâchait pas. Pas une seule seconde. " Oui je me souviens. " C'était un beau moment, c'était une personne forte et courageuse. Une personnalité éblouissante. Quelqu'un avec qui elle avait envie de discuter, une femme qu'elle avait envie de connaître. " En voilà une proposition intéressante. " Petit sourire sur les lèvres, elle n'était pourtant pas très sûre d'être partante à cette idée. " Pour le moment, je t'avoue que je ne m'y risquerait pas. " Elle laisse un rire gêné s'échapper de ses lèvres. " Déjà que j'ai du mal à mettre deux pieds devant l'autre, alors ne plus sentir le sol sous mes pieds… " Elle frissonne. " Peut être plus tard. " Peut être qu'à force de le fréquenter, elle se ferait à l'idée. Elle n'en savait rien. C'était tellement étrange pour la jeune femme. Comment pouvait-elle concevoir le vol ? La seule chose qui la retenait au monde actuel, c'était justement ses appuis, sentir ce qui l'entourait, alors lâcher prise à ce point ? Renoncer à ce qui lui restait, le temps de quelques secondes, voire minutes ? Frisson qui remonte son échine, elle angoisse presque à cette idée. Dangereux, inquiétant, mais aussi perturbant. Elle n'était pas sûre d'avoir, un jour, cette envie. " Pourquoi Serment ? " Finit-elle par lui demander, curieuse. " C'est un beau prénom, mais y-a-t-il une raison particulière ? " Elle n'était pas sûre que ce genre de question pouvait se poser, ou même que sa sœur en connaissait la réponse, mais c'était passé à travers son esprit et quitte à changer de sujet, autant satisfaire sa curiosité. D'ailleurs, ça lui faisait penser à autre chose. " A quoi ressemble un griffon ? " Après tout, elle avait bien conscience de la définition de l'être, mais était-ce si différent d'un dragon ? N'en ayant pas touché, elle avait beaucoup de mal à appréhender cette réalité. D'autant plus qu'ils pouvaient décider de lui tourner autour, tout en n'étant jamais à côté d'elle. L'idée qu'ils puissent la survoler, sans qu'elle en est conscience, la mettait mal à l'aise. C'était ce côté de son " univers " qui la dérangeait. Ils appartenaient à une dimension - l'espace aérien - qu'elle ne pouvait pas visualiser, toucher, appréhender. C'était la seule chose qui, en tant qu'aveugle, était hors de sa portée. Impalpable.
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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 8 Avr - 15:44

Un jour, elle emmènera sa sœur voler parmi les étoiles, au-dessus des nuages, Quitterie se le promet : Quintille s’élèvera au-dessus des gens du commun privés d’ailes, elle s’en fait le serment. Bien sûr, elle ne pourra pas voir le monde devenir minuscule en contrebas, ni les reflets chatoyants de la lumière du soleil sur les écharpes de brume à l’aurore et au crépuscule ; mais elle pourra sentir le vent caresser son visage, elle entendra les cris des oiseaux virevoltant autour d’eux. Elle se sentira libre, déchargée de toute entrave, absoute de toute chaîne – libre, complètement, sans aucune restriction su ce n’est la solide chaleur du dragon qui lui ouvre les cieux. Oui, un jour, la cadette offrira à l’aînée ce soupçon de liberté absolue, qui l’a appelée à sa sortie de l’Académie il y a plusieurs années – cet avant-goût d’absolu qui lui a permis de tenir bon et d’affronter plus sereinement sa cécité.

Plus tard – quand Quintille sera plus assurée, et que le… bébé, douce Valda… sera né.
Pour l’instant, elles ont clairement l’une et l’autre d’autres priorités ! Désirée a sa vie à réinstaller, un nouveau foyer à se créer, avec Éponine et Gédéon ; parfois Géralt, quand les permissions lui laisseront le loisir de vagabonder à terre. Et elle-même a également une nouvelle vie à se construire : d’épouse, dans un premier temps, mais également de mère. Il va falloir en parler à Rackham, et la petite Chevaucheuse n’a aucune idée de la réaction à attendre. Plus tard, elle y pensera plus tard ! Pour l’instant, il est bien plus rassurant de se blottir contre sa sœur protectrice, et de profiter du rempart solide de ses bras aimants. Sa sœur qui l’interroge sur Serment, d’ailleurs, comme si elle avait compris la volonté de la plus jeune de prolonger ce moment, comme si elle avait perçu les réticences de sa cadette à replonger dans les inquiétantes réalités du quotidien. Quitterie n’est que trop ravie d’y répondre : elle chérit son dragon serein de toute son âme, et ne tarirait pas d’éloges à son sujet si on lui laissait le loisir de dévider la litanie de compliments qu’elle pourrait formuler.

« Je t’avais promis de ne jamais renoncer, tu te rappelles ? Quand tu m’as aidée à fuir. J’avais juré de toujours aller de l’avant, quoi qu’il se passe, et de ne jamais laisser rien ni personne entraver ma liberté. C’est ça qui m’a poussée à me présenter aux dragons : j’avais envie de plus. De ne pas juste être mage, mais de l’être aussi loin que ma condition me le permettrait. Je commençais déjà à perdre la vue… mais je t’avais promis, Daisy, j’avais juré, de ne jamais renoncer, alors… J’ai tenté. C’est ça qui a plu à Serment : que je sois fidèle à mon engagement, et que je tienne ma parole jusqu’au bout. Son nom, c'est sa description, c'est vrai ; mais c'est aussi l'engagement qu'il prend, cela représente ce qu’il veut devenir... Il respecte l’honneur et les promesses, c’est un dragon très rigoureux. Il a promis de me prêter ses ailes, que j’y voie ou pas, et… je l’ai cru. Jusqu’ici, il s’est toujours montré fidèle à ce serment. Si seulement il y avait plus d’hommes et de femmes avec la même rigueur morale, alors… je pense que notre monde serait bien meilleur. »

Pensive soudain, elle laisse le silence retomber. Il faudra sûrement que Quintille rencontre Serment directement, et puisse discuter avec lui d’esprit à esprit ; tout ce que Quitterie exprime est biaisé par la vision pleine de gratitude qu’elle a de son dragon. Oui, il faudra que son aînée se fasse sa propre opinion. « Il aime beaucoup Éponine, tu sais ? Il la trouve fabuleuse. Je suis presque un peu jalouse. » confie-t-elle, dans un petit rire gêné. Elle l’aime quand même énormément, sa nièce – un peu sœur, par tous les dieux – et elle est bien soulagée, au fond, que la jeunette s’entende si bien avec son dragon.

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Message Sujet: Re: Grande annonce    Grande annonce  EmptyDim 27 Mai - 19:55

Quintille écoute sa sœur, comme toujours. Comme à chaque fois qu'elle se confie à elle, qu'elle prend le temps de s'ouvrir et de lui faire part de ses doutes, de ses secrets. Ca a toujours été comme ça pour l'aînée. Sans se forcer, sans avoir une idée derrière la tête. A l'écoute de ses proches, c'était naturel pour elle, d'être là pour eux, de les faire passer avant. Ca leur a sauvé la vie. Elle en a parfaitement conscience aujourd'hui. "C'est magnifique." Lui répondit-elle. "Vous vous êtes très bien trouvés." Elle pensait chaque mot, chaque geste, chaque seconde passée à ses côtés. "Il a bon cœur. Comme toi." Deux âmes faites pour s'unir et se réunir. D'autant plus pour voler. Elle trouvait ça magnifique qu'ils s'entendent si bien, magnifique qu'il soit là pour elle, là pour lui prêter ses ailes. D'autant plus qu'elle voyait les dragons comme des êtres d'une grande prestance. De manière assez surprenante, elle craignait énormément ces créatures, tout en les respectant. Sans doute parce qu'elle ne pouvait rien contrôler dans les airs. C'était le seul domaine où ses sens ne pouvaient pas compenser son handicap. Jamais.

"Tout le monde trouve Eponine fabuleuse." Mais son avis était biaisée. Elle était sa mère, forcément elle trouvait sa fille fabuleuse. C'était son petit joyau, son bijou, sa plus belle réussite. Pas un jour ne passait sans qu'elle soit fière du chemin parcouru par sa petite fille. Pas un. C'était triste de ne pas l'avoir vu grandir, mais ça avait été la meilleure décision qu'elle avait prise. Ainsi, elle lui avait épargné des années de souffrance et un destin bien trop triste. "J'apprécierai qu'elle reste au sol le plus longtemps possible." Elle n'avait pas envie de faire la leçon à sa sœur, mais mettre sa petite fille sur le dos d'une créature volante ? Autant dire que ce n'était pas la meilleure façon de s'assurer de la non-inquiétude de Quintille. Bien au contraire, ça l'effrayait énormément. Suffisamment pour que la simple pensée fasse accélérer son cœur.

"Laissons ça de côté pour le moment." Elle s'écarta alors de sa cadette, pour essuyer les quelques larmes qui restaient sur ses joues et pour la tirer du lit. "Allons manger un morceau." D'autant plus qu'elle devait faire très attention à elle désormais. A eux deux. Et sans laisser la possibilité à sa jeune sœur de discuter, elle la tira en dehors du lit, son autre main s'assurant qu'elle ne se prenait ni mur, ni porte. Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes se retrouvèrent attablée, occupées à parler de tout et de n'importe quoi, comme toujours.

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