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 L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes

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Serenus Dardalion
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Message Sujet: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 9 Déc - 17:55


Livre III, Chapitre 1 • D'Accord et de Chaos
Serenus Dardalion et Melinda Orlemiel

L’art de (ne pas) savoir parler aux femmes

Des retrouvailles légèrement houleuses



• Date : 22 novembre 1002
• Météo (optionnel) : Beau temps, un peu de vent
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Serenus, accompagné de sa toute nouvelle épouse et de leur enfant, se promène dans Lorgol. Le guerrier croise alors la route de Melinda, qui n’a jamais réellement quitté ses pensées depuis leur dernière rencontre.
• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici : 22 novembre 1002[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3108-l-art-de-ne-pas-savoir-parler-aux-femmes#111548] L’art de (ne pas) savoir parler aux femmes [/url] - [i] Serenus Dardalion et Melinda Orlemiel [/i]
: Serenus, accompagné de sa toute nouvelle épouse et de leur enfant, se promène dans Lorgol. Le guerrier croise alors la route de Melinda, qui n’a jamais réellement quitté ses pensées depuis leur dernière rencontre.




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Dernière édition par Serenus Dardalion le Sam 9 Déc - 17:56, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 9 Déc - 17:55

Une douce brise soufflait sur Lorgol, mais qui dit vent dit froid. Serenus frissonna, et, doucement, remis en place la petite couverture qui protégeait sa fille du froid. Le bébé, bien emmailloté sous des couches de tissus et de couvertures, dormait paisiblement, à l’abri du froid. Le jeune père, assis sur un banc, devant l’auberge où il s’était installé avec sa famille, attendait, et admirait sa progéniture. Sa femme était restée dans la chambre, le temps de se préparer, et Serenus avait eu envie de prendre l’air. Il en avait profité pour emmener sa fille avec lui, la journée ne pouvait pas être aussi belle, malgré la fraicheur matinale. Le guerrier respira une grande goulée d’air et soupira doucement, heureux d’être là. Il n’était plus au front, il n’avait plus à se battre, à voir ses frères d’armes mourir et à tuer des hommes qui, après tout, étaient comme lui, de simples guerriers. Ariane laissa échapper un petit babillement dans son sommeil. Il espérait qu’elle n’ait jamais à connaitre ça, la violence, la mort. Serenus rêvait pour elle d’un avenir où elle serait à l’abri, heureuse, éloignée de tout danger. Un avenir bien utopique, étant donné que la guerre faisait toujours rage, et que son père vivait et travaillait pour ça.

Le guerrier tourna la tête vers la porte de l’auberge. Mais que faisait-elle ? Elle en mettait du temps pour se préparer ! Maud du Mistral, nouvellement nommée Dardalion, était encore bien empreinte de ses manières de noble, et elle avait ses habitudes. Même si elle prenait son rôle de mère et d’épouse très à cœur, il y avait encore beaucoup de travail. Elle avait ses gouts, ses petites exigences. Et il allait bien falloir qu’elle les oublie, si elle voulait s’en sortir. Elle était une gueuse maintenant. Fille de noble rejetée, mariée à un gueux. Tout cela, elle avait encore du mal à le reconnaitre. Peut-être était-elle encore persuadée que son père allait la pardonner et la faire revenir. Mais bien sûr. Serenus soupira. Rien que la cérémonie du mariage disait tout sur le destin qui attendait Maud. Cela avait été fait en vitesse, dans la discrétion. Il n’y avait eu que très peu d’invités soit la famille de Maud, quelques domestiques, et la jument de Serenus. Le guerrier avait cependant veillé à se montrer sous sa meilleure image. Vêtu de sa plus belle tunique, qui vieillissait mal, il s’était présenté, totalement stoïque, et avait prononcé ses vœux. Il n’avait eu aucun regard pour son beau-père, ni pour le reste de la famille, mais il avait senti leur regard courroucé et empreint de rancœur tout le long de la cérémonie. Maud, quant à elle, était restée digne, droite, assumant, avec quelque difficulté, ce qu’elle avait fait. Ils étaient devenus mari et femme, et Serenus avait enfin pu rencontrer son enfant.

La nourrice s’était approchée, et lui avait tendu le nourrisson qui s’était endormi. Lorsqu’il l’avait pris dans ses bras pour la première fois, Serenus s’était juré qu’il ferait tout pour qu’elle grandisse en sécurité, et qu’elle soit heureuse. C’était un magnifique bébé. Elle avait les yeux de son père, et les joues bien pleine de sa mère, et elle promettait d’avoir le caractère bien trempé des deux.
Après avoir passé quelques minutes précieuses avec son enfant, Serenus était allé serrer la main du marquis. C’était fait. Il avait épousé sa fille, et, par conséquent, il avait ramené la situation à la normale. Il n’avait plus besoin de se battre pour l’honneur de Maud. Serenus était encore resté quelques semaines au front, puis était rentré, souhaitant bon courage à ceux qui restaient. Puis il était parti, avec Maud et Ariane. Il avait usé de ses maigres économies pour acheter un autre cheval et de quoi survivre au voyage jusqu’à Lorgol, tout en passant par la Volte. Il voulait présenter sa fille à ses anciens amis, avant d’essayer de trouver un moyen de se faire de l’argent rapidement. S’il était habitué aux longs voyages, ce n’était pas le cas de sa femme, encore moins de leur fille. Il fallait qu’il achète une maison, pas trop loin de la ville, pas très loin de la frontière cibellane si possible… Tant de projets, alors que, pendant presque une année, le seul qui avait rythmé son existence avait été sa survie.

Maud arriva enfin, elle toucha l’épaule de son époux, esquissa un petit sourire, et il se leva, gardant le bébé dans les bras. Une petite balade ne ferait pas de mal. Serenus passerait sans doute par la Guilde, et ils rentreraient. Le voyage les avait épuisés, et Serenus avait besoin de repos. Une vie avec un enfant, c’était bien différent de celle d’un célibataire. Ariane avait besoin de nourriture, d’attention, de chaleur, d’être changée… Tant de nouvelles expériences pour ce jeune papa de trente-cinq ans. Tant de choses à apprendre, à découvrir. Tant de nuits blanches, de réveils en sursaut. Mais Serenus ne regrettait rien, il ne changerait cela pour rien au monde et, quand Ariane sera un peu plus grande, il sera même prêt à recommencer. Pourquoi pas un garçon, cette fois-ci ? Serenus caressa la joue de sa fille et sourit. Lui qui croyait ne jamais être père, il s’était trompé, et il était absolument ravi.
Il sortit de ses pensées quand Maud s’arrêta devant une chandellerie. La jeune femme lança un regard à son époux et celui-ci, après avoir fait un rapide décompte de leurs fleurons restants, hocha la tête. Sa femme lui sourit et entra dans la boutique, le laissant devant, avec le bébé. Le guerrier se tourna alors vers la rue. Une bougie, ils pouvaient bien se le permettre. Serenus savait que, suivant leur composition, elles pouvaient avoir certaines vertus, mais il ne s’y connaissait pas assez pour dire lesquelles. Pour lui, une bougie, ça servait à éclairer. Point. C’est toujours utile d’en avoir une sur soi.

Le guerrier sortit de ses pensées quand Ariane bougea. L’enfant tenta de lever un de ses petits bras, mais les couvertures l’en empêchait. Serenus la calma d’un baiser sur le front et, quand il releva la tête, ce fut pour croiser le regard de Melinda.
Melinda. Il ne l’avait pas vu depuis qu’ils s’étaient séparés, après qu’elle ait été guérie de cette maladie qui touchait les mages. Il se rappelait qu’elle lui en voulait. Pourquoi, il n’en savait rien. Il l’avait aidé, c’est tout. Sans lui, elle ne serait peut-être pas là en ce moment. Serenus pencha la tête et sourit. Rancœur ou pas, il était heureux de la revoir, elle, qui n’avait jamais quitté ses pensées quand il se battait. Il regretta, à ce moment-là, que ce ne soit pas elle qu’il ait épousé. Mais, après tout, elle lui avait dit non, il ne pouvait rien changer à ça. Melinda… Le guerrier s’avança vers elle, et lui fit face, avec un petit sourire bien imprimé sur son visage. Il lui dit alors, sur un ton doux :

« - Bonjour Melinda. Je suis heureux de te revoir. »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 13 Jan - 20:19

J’aurais aimé parler à un ami.

Je m’en étais rendue compte brutalement, quelques jours plus tôt, alors que j’étais en train de m’occuper de mes abeilles. Cette activité ne m’apportait pas autant de joie et d’enthousiasme qu’elle aurait dû. En fait, depuis presque un mois, je me sentais d’humeur… boueuse. Je ne savais pas trop comment l’exprimer ; c’était comme si je ne trouvais plus de sens à rien, que tout me paraissait grisâtre et que l’envie de vivre elle-même s’était volatilisée. Toutes les activités pour lesquelles j’éprouvais autrefois du plaisir me paraissaient désormais dépourvues de sens. Je me contentais de vivoter depuis un mois. Je continuais à manger, à boire, à respirer, à travailler, à jouer, et même à sourire comme d’habitude, mais je sentais bien qu’au fond de moi quelque chose était différent. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à cette maladie, à la faiblesse de mon corps, à la fragilité de ma liberté. Aujourd’hui, je pouvais choisir ma façon d’agir. Mais pour combien de temps encore ?

J’aurais aimé parler à un ami. Ça faisait bien longtemps que cette envie ne m’avait pas traversée. Depuis la mort de mon frère « ami » était devenu un terme sans intérêt à mes yeux. Mais depuis que j’étais arrivée à Lorgol, bien des choses avaient changé. Je soupirai, mélancolique, les yeux perdus dans le vague alors que je me promenais dans les rues. Normalement, marcher me faisait du bien et suffisait à alléger mon humeur. Depuis un mois, pourtant, même l’endroit secret que le petit Arsène m’avait montré ne suffisait pas à m’apaiser. Ce n’était pas de calme que j’avais besoin. J’avais envie de parler à quelqu’un. Quelqu’un comme Mayeul, par exemple, avec qui les mots venaient si facilement. Je savais que le voltigeur n’aurait aucun problème à me faire rire, rougir, et hausser le ton pour refuser ses avances. Au moins, à ses côtés, je pourrais penser à autre chose. J’avais pensé à lui envoyer une lettre, mais… ce ne serait pas pareil. Et puis, avec la guerre qui nous opposait aux ibéens, voudrait-il seulement être mon ami ?

Je frissonnai, consciente que pas grand-monde répondrait par l’affirmative à cette question. J’aimais beaucoup mes cousines, mais elles faisaient partie de ma famille, et ce n’était pas pareil. Mayeul était parmi les rares que je pouvais appeler « ami », mais ça faisait bien longtemps que je ne l’avais plus vu. Se souvenait-il encore de moi ? Savait-il que je devais toujours tenir ma promesse de venir lui rendre visite en Valkyrion ? Voudrait-il seulement encore me voir ? J’appréciais assez Mélodie, mais elle me prenait pour une gamine, et nos chemins ne s’étaient plus croisés depuis une petite éternité. Freyja et les autres de la Taverne étaient gentils, et je les aimais bien, mais ce n’étaient pas vraiment des amis. Quant à Serenus… Je serrai le poing comme pour imiter l’étau invisible qui se refermait sur ma poitrine. Je préférais ne pas penser à Serenus.

J’avais bien cru que j’avais un admirateur secret en recevant ces fleurs, ce matin, mais l’odeur nauséabonde qu’elles avaient dégagée lorsqu’elles s’étaient épanouies m’avait vite détrompée. Je n’aimais pas particulièrement les fleurs ; je détestais les mauvaises odeurs. La senteur s’était attachée à ma peau et à mes vêtements, et chaque fois qu’elle me chatouillait les narines, je ne pouvais m’empêcher de penser que celui qui me les avait envoyées en connaissait l’effet, et avait agi par pure méchanceté. Non, je ne méritais pas vraiment d’avoir des amis, visiblement. Je ne faisais pas non plus beaucoup d’efforts pour, cela dit. Par conséquent, aujourd’hui, alors que je voulais parler à un ami de tout et de n’importe quoi, je me retrouvais à me promener seule dans les rues de Lorgol. Il y avait du monde autour de moi, bien entendu, mais ça ne m’empêchait pas de me sentir, en cet instant, profondément seule et délaissée.

Une silhouette se dressa devant moi, et sans lever la tête, je la contournai. Avec cette immonde odeur de fleurs qui trainait dans mon sillage, je ne voyais pas qui pourrait m’aborder, de toute façon. La voix, douce, me fit presque sursauter. Ce n’était pourtant qu’une banale salutation. Ce qui m’avait surprise, surtout, c’était celui qui m’avait saluée. Je me pinçai pour vérifier que ce n’était pas un cauchemar, mais non, Serenus en personne se tenait bel et bien devant moi. Je n’eus même pas le courage de lui sourire. Destin, maudit sois-tu, j’avais demandé un ami, grondai-je intérieurement, en résistant de justesse à l’envie de me prendre la tête entre les mains. Je pris une profonde inspiration, et mon regard parcourut le guerrier, tombant au passage sur l’enfant qu’il tenait entre ses bras, une petite fille chaudement emmaillotée dans des couvertures. Et je ne peux même pas décemment le frapper, songeai-je en laissant échapper un sourire de dépit

— Oh, bonjour Serenus, le saluai-je en passant une main lasse dans mes cheveux.

Je te hais, avais-je envie de dire. Mais les mots se figèrent sur le bout de mes lèvres, parce qu’ils ne valaient probablement même pas la peine d’être prononcés. Peut-être des remerciements seraient-ils de vigueur ? Je songeai à quelque chose comme : « Merci, vraiment, de t’être occupée de moi pendant l’épidémie. J’étais au plus mal et tu m’as protégée contre moi-même, contre les voltigeurs, et contre les affres de la maladie. » Non. Je ne me sentais tout simplement pas capable de dire quelque chose comme ça. Si je devais parler de la maladie, je choisirais plutôt quelque chose du genre : « Comment as-tu pu passer outre ce que je voulais et ce que je te demandais de faire pour manipuler mon corps comme si j’étais une marionnette ? Comment as-tu pu me porter et ignorer mes paroles alors que j’avais besoin, plus que jamais, qu’on me montre que ce que je voulais importait vraiment ? ». Je pris une profonde inspiration, et décidai d’un comment accord avec moi-même de me montrer politiquement correcte et de ne pas parler de la maladie.

— C’est ta fille ? questionnai-je, curieuse, et désireuse de changer de sujet.

Si je posais des questions, je n’avais pas besoin de parler de ma vie. Pas besoin d’expliquer à quel point le geste de Serenus m’avait blessée. Et à quel point je me sentais… superflue, depuis.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 13 Jan - 21:39

Elle n’était pas heureuse de le revoir. Serenus sentit comme un coup de poignard que l’on venait de porter à son cœur. Il regarda la jeune femme, elle était passé devant lui, sans le regarder, et quand il l’avait appelé, elle s’était arrêtée. Serenus avait entendu la grande inspiration qu’elle avait prise, comme pour se donner du courage. Il se demandait bien pourquoi. Il n’avait rien fait de mal. Elle se tourna devant lui, et elle le regarda de haut en bas. Serenus, par pur instinct paternel, resserra sa prise sur son enfant, pour la protéger. Il ne se sentait pas très à l’aise, quand une personne autre que Maud ou lui se trouvait suffisamment prêt d’Ariane pour la toucher. Cela avait été tellement difficile de pouvoir l’avoir, il craignait alors, par-dessus tout, qu’on la lui enlève. Sa fille était maintenant sa raison d’être. Le guerrier fixa Melinda du regard, et remarqua un léger détail. Un détail troublant. Elle puait. Par Kern, elle sentait vraiment mauvais ! S’était-elle roulée dans une bouse ? Non, ses vêtements étaient propres. Le guerrier parvint à rester stoïque, essayant de se concentrer sur la beauté de Melinda, plutôt que sur son odeur nauséabonde.

Elle laissa échapper un sourire dépité. Elle lui en voulait, visiblement, pour une raison qu’il ignorait totalement. Elle le salua, en passant une main dans ses cheveux. Cela ne fit qu’amplifier l’odeur et Serenus, qui respirait discrètement par la bouche, parvint à y échapper. Il se demanda alors si elle avait toujours un endroit pour se loger, et pour se laver. Si ce n’était pas le cas, il l’aurait accueilli avec grand plaisir, mais il doutait qu’elle accepte. Sa fierté la pousserait à rester dans cette situation. Ils restèrent silencieux et Serenus rougit, quelque peu gêné. Elle le regardait, et il pouvait lire le conflit d’émotions dans son regard. Ariane se réveilla, et bailla. Etrangement, elle ne pleura pas, elle n’avait donc pas faim. Elle allait sans doute se rendormir d’ici peu. Le guerrier passa un doigt sur sa joue rose et se releva la tête vers Melinda qui lui demanda si c’était sa fille. Ouf, elle voulait encore lui parler, c’était plutôt bon signe. Il s’avança alors vers elle, et tendit un peu les bras pour lui montrer son enfant. Ariane la regarda, avec les grands yeux bleus de son père. Le guerrier, attendri, sourit. Il dit alors, avec une pointe de fierté dans la voix :

« - Oui Melinda. C’est ma fille, elle s’appelle Ariane. »

Oh oui il était fier, le guerrier, d’avoir une enfant aussi magnifique. Il ne put s’empêcher de se demander si l’enfant qu’il aurait pu avoir avec Melinda aurait été aussi beau. Sans doute que oui. Il se rappela vaguement de Ciara, et elle avait la beauté de sa mère. Une chance pour elle d’ailleurs, quand on voyait le physique aussi particulier qu’avait son abruti de père. Serenus sourit en se rappelant leur courte rencontre. L’homme n’avait pas fait le malin devant son attirail de Chevaucheur. Mais ça c’était bien passé. Il n’avait rien fait de particulier, si ce n’est de lui parler, et de lui menacer de lui faire manger la poussière s’il prenait pas soin de Melinda et de leur enfant. Rien de particulier donc. Serenus essuya la bouche de sa fille du bout du pouce. Elle avait bavé un peu en baillant. Oui, s’il avait épousé Melinda, leur enfant aurait été tout aussi beau qu’elle. Serenus se dit que, de toute manière, tous les parents devaient trouver leur enfant beau. Ils devaient tous se dire qu’il était parfait, et qu’aucun autre ne pouvait le surpasser. C’était sans doute ça.

Melinda était mal à l’aise. Serenus le voyait bien. Elle semblait aussi mal que quand il s’était mis à pleurer devant elle. A cette pensée, il rougit. Rares étaient les gens qui l’avaient vu pleurer. Il y avait sa mère, Melinda et…. Et c’est tout, si le guerrier ne se trompait pas. Le guerrier se rappela d’ailleurs de la réaction de sa mère, le jour où il lui a présenté son enfant. La vieille femme se l’était tout de suite approprié, et ne l’avait plus lâché. Elle n’avait même pas laissé son fils approcher pour qu’il puisse la reprendre. Elle s’était chargée de la nourrir, de la changer, et avait donné beaucoup de conseils à Maud, qui l’avait écoutée avec attention. Les deux femmes avaient l’air de bien s’entendre. Maud était restée polie, courtoise. Si sa mère n’avait fait aucun commentaire sur ce que lui avait expliqué son fils, son regard avait suffi pour lui faire comprendre qu’il avait agi comme un imbécile. Mais il avait réparé la situation, et il était encore en vie malgré la guerre, donc cela allait. Et puis la simple présence d’Ariane avait été suffisante pour étouffer dans l’œuf une potentielle réprimande. Réprimande, et non pas dispute, car Serenus ne luttait jamais bien longtemps face à sa mère.

Il ne luttait jamais bien longtemps face à Melinda, également. La jeune femme avait le don de le faire se sentir comme un chiot qui aurait fait sur le tapis. Le guerrier, après avoir vérifié d’un regard que Maud était encore dans la boutique de bougies, pencha la tête vers elle. Il lui souffla, d’une voix inquiète :

« - Qu’est ce qui ne va pas ? Si c’est par rapport à la dernière fois… Je… Je n’ai fait que t’aider tu sais… »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 27 Jan - 20:00

Sa fille…

J’esquissai un léger sourire, étrangement touchée par ce poupon fragile qu’il tenait entre ses bras. Elle était née hors mariage, tout comme Ciara. A la voir ainsi, dans les bras de son père, je ne pouvais que me dire avec fierté que Serenus avait fait le bon choix. Elle était adorable, et j’étais certaine que le guerrier ferait un bon père. Je me demandai à quoi ressemblait la mère de la petite, si elle traitait bien mon ami, si elle était capable de voir en lui un homme aussi bon qu’il l’était, si elle était suffisamment attentionnée avec leur enfant, si elle était une bonne épouse, si elle se comportait convenablement ou si elle faisait fi de tout ce que des parents étaient censés enseigner à leur fille. En tous cas, cette enfant portait un superbe prénom. Ariane… Je souris au guerrier.

— C’est un très joli prénom, déclarai-je avec douceur. Pour une très jolie petite fille.

Oui, parlons de cette nouvelle vie qu’il vivait, de cette nouvelle fille qu’il tenait dans ses bras, ou encore de cette nouvelle épouse aux côtés de laquelle il passait sans doute beaucoup de temps. Parlons de tout, de n’importe quoi, du temps qu’il faisait, de la démarche des passants, de la situation politique en Arven, de nos amis communs, de tout ce qu’il s’était passé depuis la dernière fois. Tout ce qui pourrait m’éviter d’avoir à aborder les sentiments conflictuels – tantôt doux, tantôt tristes, tantôt reconnaissants, tantôt haineux – que je ressentais à l’égard de cet homme. Si Serenus évitait de faire référence à l’affreux épisode autour duquel tournaient toutes ces émotions, je pouvais bien faire de même, et nous jouerions le jeu. Comme si nous étions de vrais amis. Comme si tout allait bien. Comme si nous étions heureux, à parler ensemble.

Malheureusement, Serenus n’avait pas le même pouvoir que moi, pour se respecter les demandes muettes que je lui adressais. Sans subtilité aucune, il me demanda ce qui n’allait pas, ajoutant qu’il n’avait fait que m’aider. Je fermai les yeux, prenant une profonde inspiration, essayant de garder le sourire qui illuminait mon visage. Il vacilla, l’espace d’un instant, mais tint bon. Le guerrier ne pouvait pas comprendre ce que je ressentais. Moi-même, à vrai dire, j’avais du mal, parfois. Pourtant, je n’y pouvais rien : mon cœur battait plus fort quand je repensais à ce moment où il m’avait portée contre ma volonté – pour me mettre à l’abri, certes, mais c’était un détail – et j’avais envie de frapper quelque chose, ou quelqu’un. Aussi, lorsque je rouvris les yeux, ce fut pour afficher un sourire plus large encore.

— Effectivement, tu voulais m’aider, admis-je en hochant la tête.

Il voulait ; mais au lieu de me protéger, il avait tout détruit. Ses bonnes intentions avaient fait naitre un sentiment au goût de cendre au fond de moi. J’avais l’impression, désormais, de n’être rien ni personne. Il était si facile de nier ce que je voulais, si facile de faire de moi une marionnette et de manipuler mon corps comme une poupée de chiffons. Je m’étais toujours pensée forte et indépendante, d’autant plus lorsque je m’étais installée à Lorgol. Découvrir que ce n’était qu’une illusion m’était difficile, et j’aurais aimé, de tout cœur, retomber dans l’état de naïveté dans lequel je me trouvais, avant l’épidémie. Mais hélas, je ne pouvais pas.

— J’en ai conscience. Et je devrais te remercier.

Probablement. Parce que c’était ce que faisaient les gens quand on leur rendait service. Mais est-ce qu’on devait aussi remercier son bienfaiteur si en pensant être bienfaisant il n’avait semé que destruction ? En tous cas, le mot « merci » avait comme un goût amer sur ma langue, un goût de mensonges. Je ne me sentais tout simplement pas capable de cette marque de politesse vide de sens. Alors je me contentai de laisser planer un instant de silence.

— Je ne suis pas sûre que tu veuilles savoir pourquoi je ne vais pas bien, Serenus. Mais… je te félicite pour ta vue perçante. Je te pensais moins observateur.

Je ne comprenais pas pourquoi, d’ailleurs. Faisait-il exprès de n’observer chez moi que ce que je ne voulais pas qu’il voie, et de se montrer aveugle à certaines évidences que j’aurais préféré qu’il perçoive ? Peut-être que c’était ce qu’il cherchait depuis le début : trouver les moyens de me blesser, en appuyant ce qui faisait mal, et en ignorant ce qui m’aurait fait du bien. Si tel était son but, il avait réussi sur toute la ligne. Prendre conscience de la fragilité de mon existence n’était pas quelque chose qui m’avait fait du bien – mais j’en rejetais la faute pleine et entière sur cette maladie. Serenus, lui, m’avait appris à quel point ma liberté était fragile. Comment aurait-il régi, lui, si on lui avait appris qu’un de ses plus précieux trésors pouvait s’échapper de ses mains dès que quelqu’un se déciderait à le prendre ? Moi, j’étais devenue comme… un fantôme. Je ne comprenais plus le sens de ce que je faisais, et j’avais dû mal à trouver des raisons de vivre jusqu’au lendemain. Pourquoi survivre, sinon pour tomber malade, à nouveau, et sentir mon corps et ma liberté s’échapper de mes mains ?

Je pensais que j’avais touché le fond en perdant mon frère. J’avais senti toute la douleur de sa perte, j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps, et mon cœur avait été comme broyé, déchiré en mille morceaux et soigneusement réduit en cendres par des mains invisibles. J’avais connu le désespoir et l’angoisse de la solitude. Mais ce n’était rien de comparable à ce que je vivais maintenant. Maintenant, je connaissais le vide. C’était une étrange sensation, au fond de moi, d’être loin de tout. Le monde continuait à vivre, et je continuais à me comporter normalement, comme si rien n’était différent. Mais en réalité, tout avait changé. Tout me paraissait désormais dépourvu d’intérêt. Même mes émotions, je les ressentais comme lointaines et inaccessibles. Actuellement, la souffrance, aussi intense qu’elle soit, me paraissait… enviable.

— Je ne sais pas si j’ai envie d’en parler tant que tu tiens un enfant dans les bras, non plus. On ne sait jamais ce qu’il pourrait se passer.

Je sentais une colère démentielle brûler sous le voile opaque qui m’empêchait d’atteindre mes sentiments. Je la ressentais comme assourdie, cette fureur, mais elle était bien présente. Si jamais je parlais de ce qu’il s’était passé, j’ignorais quelles pourraient être les conséquences. Peut-être que j’exploserais, et frapperais le guerrier de toute ma colère. Auquel cas ce ne serait pas beau à voir, et je ne voudrais pas me retrouver à blesser une enfant. Ariane n’avait rien à voir avec cette histoire. Lui faire du mal serait profondément injuste. Sinon… eh bien, je resterais comme ça. A vivre, comme si le monde lui-même était à des lieues de distance.

Quelle belle perspective, pour mon anniversaire.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 3 Fév - 15:31




Un très joli prénom. Sa fille avait un très joli prénom. Serenus, fier comme un coq, rougit, et laissa échapper un grand sourire. Un très joli prénom, pour un très joli bébé. Melinda avait trouvé les mots justes. Sa fille était tout simplement parfaite. Il n’y avait pas d’autres termes pour la décrire. Un bébé parfait, qui avait quand même son caractère. Serenus ne comptait plus les nuits qu’ils avaient passés, son épouse et lui, à essayer de la faire dormir. Elle y arrivait très bien en journée, mais, la nuit, c’était une toute autre histoire. Ariane devait avoir un problème avec l’obscurité. Ou alors c’était peut-être dû à son âge. Serenus n’avait pas assez d’expérience pour en juger, et il n’avait pas encore eu la présence d’esprit d’aller interroger d’autres parents, en commençant par sa propre mère. S’il l’avait fait, celle-ci lui aurait répondu que, quand il était un nourrisson, il parvenait à réveiller tout un pâté de maison avec ses cris, qu’il avait constamment une faim de loup. Elle lui aurait dit que, pour s’endormir, il lui fallait constamment être dans les bras de sa mère. La vieille femme avait été patiente avec son seul enfant. D’un autre côté, Serenus avait été l’enfant qu’elle avait tant attendu. Plusieurs fausses couches avait mis sa santé à rude épreuve si bien que, quand Serenus est né, elle fut d’abord soulagée de le savoir en vie, avant d’être déçue par son sexe. C’est qu’elle aurait bien voulu une fille, la mère Dardalion.

Mais Serenus lui, s’en fichait. Avoir un enfant avait été un rêve auquel il avait renoncé depuis longtemps et, maintenant qu’il s’était réalisé, il était prêt à tout pour que son enfant puisse réaliser les siens. Le guerrier laissa Melinda admirer le beau visage d’Ariane et, distraitement, il tourna la tête vers la boutique de bougie. Il vit une Maud en pleine conversation avec le vendeur. Elle était sans doute en train de lui parler de senteurs et autres choses qui le dépassaient complètement. Les nobles… Leurs priorités n’étaient vraiment pas les mêmes que celles des pauvres gueux. Pour Serenus, la vie se résumait maintenant à : Manger, dormir, travailler, s’occuper d’Ariane et, s’il en avait le temps, profiter des simplicités de la vie. Un verre d’hydromel avec ses amis, voilà tout ce dont il avait besoin pour être heureux l’espace d’une soirée. Sa fille et ses gazouillements, voilà tout ce dont il avait besoin pour être heureux à longueur de journée. Pourquoi ne comptait-il pas Maud dans tout cela ? Sans doute parce qu’il n’avait pas encore appris à bien la connaitre. Cela viendrait avec le temps. Maud paraissait si enjouée, elle essayait vraiment de bien faire, mais son seul tord avait été de ne pas être celle qui faisait battre le cœur du guerrier.

Melinda était la seule qui en était capable. Par sa simple présence, Serenus était tout simplement confus, il ne réfléchissait plus vraiment à ce qu’il faisait. Et c’était comme ça qu’il l’avait déçue. Serenus, voyant que quelque chose n’allait pas, lui posa donc la question. Elle ferma les yeux, et inspira profondément. Serenus sentit alors qu’il n’allait pas tarder à se reprendre une tempête dans la figure. Ce signe était facile avoir. Une Melinda qui reprenait sa respiration, c’était une Melinda qui allait se lancer dans un long monologue. Elle commença en admettant qu’effectivement il voulait l’aider. Serenus attendit la suite. Il savait qu’il y aurait un « mais ». Un « mais tu comprends, je le voulais pas » ou « mais ça ne me plaisait pas ». Serenus commençait à assez bien connaitre sa chère Melinda pour savoir qu’elle avait sa fierté. Melinda poursuivit en disant qu’elle devrait le remercier, et elle le félicita pour sa vue perçante. Le guerrier pencha la tête sur le côté, et se dit qu’il aurait bien aimé qu’Obédience soit à ses côtés. Le dragon avait le don de savoir le remettre dans le droit chemin quand Melinda était face à lui. Il soupira doucement et se contenta de répondre :

« -N’importe qui verrait que tu n’es pas bien Melinda. »

Le guerrier sentit Ariane s’agiter de nouveau. Il l’installa plus confortablement, dans le creux de son bras droit. Elle n’était pas lourde, pour un nourrisson. Enfin, pas lourde, du point de vue du guerrier. Même son épée pesait plus que sa fille. Enfin, pas pour longtemps. Il avait hâte de voir Ariane marcher, parler, et courir comme n’importe quel enfant. Il l’emmènerait avec lui faire du cheval, il lui apprendrait quelques tours à l’épée. Serenus leva son regard vers Melinda. Elle paraissait furieuse maintenant. Il resserra son emprise sur son enfant quand elle lui dit qu’elle n’avait pas envie d’en parler tant qu’il tenait sa fille dans ses bras, de peur de la blesser. Alors c’était à ce point-là. Il déglutit. Il savait qu’elle ne lui ferait pas grand mal, mais il n’aimait pas savoir Melinda si en colère pour qu’elle en devienne violente. Il lui répondit alors :

« -Je vois. Dans ce cas, je viendrais te retrouver ce soir à la Taverne de la Rose. Je tiens à ce qu’on en parle. Je n’aime pas te savoir en colère contre moi Melinda. »

Il fallait qu’il change de sujet, sinon elle allait s’en aller. Il regarda une dernière fois dans la direction de la boutique de bougies et demanda à Melinda :

« - Bon, raconte-moi tout. Que deviens-tu ? »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyVen 16 Fév - 18:51

Je haussai les yeux au ciel, ne pouvant empêcher un brin de colère de s’enflammer au fond de mon esprit. N’importe qui verrait que je n’étais pas bien, c’était possible, et ce simple fait m’emplissait déjà d’une forme d’exaspération. Je n’aimais pas paraitre faible et j’appréciais encore moins qu’on remarque mes états d’esprit. Mais soit, je devais avouer que je n’étais pas au mieux de ma forme, et qu’il était possible que j’en laisse paraitre certains signes à travers ma fausse cordialité. Néanmoins, Serenus n’était pas n’importe qui, et si lui, de tous, parvenait à voir à quel point j’étais mal, il était temps de changer radicalement de comportement. Je ne voulais pas être aussi transparente. Je lui lançai un regard noir.

— Peut-être, en effet, si c’est suffisamment évident pour que tu le voies, admis-je en laissant un sourire moqueur étirer mes lèvres.

Ledit sourire n’illumina pourtant pas mon état d’esprit. J’essayais de faire bonne figure pour paraitre normale – pour prouver à Serenus que non, n’importe qui ne pouvait pas me percer à jour – mais je savais que c’était peine perdue. Quelque chose en moi s’était comme… brisé. C’était triste, regrettable, mais c’était ainsi. On ne pouvait guère choisir ce que l’on ressentait, et je le déplorais de plus en plus à chaque jour qui passait. Je n’aurais pas à ressentir cette profonde impuissance qui m’envahissait chaque fois que je pensais à la faiblesse de mon corps, ni cette accusation qui se glissait dans mes yeux quand je les posais sur le guerrier. Je savais que raisonnablement je ne pouvais pas lui en vouloir – lui n’avait cherché qu’à me protéger. Néanmoins, au fond de moi, j’avais le sentiment que c’était de sa faute. Parce qu’il n’était pas n’importe qui, à mes yeux. Il était cher à mon cœur, et il aurait dû voir, il aurait dû savoir, que dans sa hâte de protéger mon corps il avait piétiné ma fierté et ignoré mon envie d’être avant tout écoutée.

Ce n’était pas des choses dont j’avais envie de parler, toutefois. Ce n’était même pas des choses dont j’étais tout à fait conscience, ou que je savais comment exprimer en mots. Je ne voulais pas me voir dans cet état, et je ne voulais pas accuser le guerrier pour quelque chose qu’il n’avait pas commis volontairement. Je savais, en sentant la colère qui rugissait au fond de moi, que je risquais de devenir violente. Ce n’était pas quelque chose dont j’avais l’habitude ; d’habitude, les mots se révélaient être un exutoire suffisant pour mes accès de rage. Mais, en l’occurrence, je n’avais jamais été dans cet état. L’état d’être trahie par quelqu’un. Et d’être incapable de totalement le haïr. Je ne voulais pas me retrouver à faire quelque chose que je n’aurais jamais accepté dans mon état normal, comme blesser Ariane, par exemple. Serenus proposa d’en parler plus tard, ce soir, à la Taverne de la Rose. Je haussai les épaules.

— Comme tu voudras.

Qu’il vienne s’il voulait. Moi aussi, je me demandais bien ce que ça pourrait donner, comme conversation. Je ne savais pas trop ce que je pouvais bien faire de toute ma fureur, comment la transposer dans des mots ou dans des actes, comment m’en débarrasser pour exprimer le profond message qui se tapissait en-dessous. Serenus, visiblement désireux de changer de sujet, se contenta de me demander ce que je devenais. Je haussai un sourcil sceptique.

— C’est plutôt à moi de te poser la question. Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, tout ce que j’ai eu à faire, c’est à me remettre de cette maladie. Je n’ai pas fait grand-chose de plus ces derniers temps, tu sais. M’occuper de mes abeilles, errer dans Lorgol, rencontrer des gens… Rien de bien étonnant.

Je jetai un coup d’œil à sa fille, et ne pus m’empêcher de sourire. Un léger sourire, à peine perceptible, mais sincère, comme une lueur au travers de cette insensibilité qui m’avait enveloppée comme un cocon protecteur.

— Toi, en revanche, je te retrouve avec ta fille dans les bras. Dis-moi, Serenus, que s’est-il passé depuis la dernière fois ?

Mon sourire s’évanouit. Qu’as-tu fait, Serenus, après avoir détruit ma vie ? Comment as-tu réussi la tienne ? Est-ce pour me punir de la réponse que je t’ai donnée, lorsque tu m’as demandée en mariage ? Je pris une profonde inspiration et me passai une main sur le visage. Je ne devais pas penser comme ça. C’était injuste envers le guerrier.

— Je suis contente, en tous cas, que tu aies pu régulariser ta situation. Il aurait été triste que cette enfant grandisse sans son père, murmurai-je doucement.

Mais les mots sonnaient creux à mes oreilles, vides de sens. Je ne comprenais pas. Etais-je même incapable de me réjouir avec mon ami de sa glorieuse situation ? J’aurais dû être contente pour lui, j’aurais dû le féliciter. Toutefois, je ne ressentais tout simplement qu’un grand vide. Je n’avais pas d’idées des mots que je devrais lui adresser ou de la manière dont je pourrais l’encourager. En vérité, je faisais une bien piètre amie. Peut-être était-ce pour ça, que je ne parvenais pas tout à fait à en vouloir à Serenus de m’avoir trahie. Parce que j’étais le genre d’amie que l’on pouvait trahir.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 17 Fév - 20:36

Melinda n’allait pas bien, et Serenus savait qu’il était la cause de ce mal-être. Il ne doutait cependant pas que Melinda serait capable de faire preuve de violence pour défendre sa fierté. Quand elle lui avoua qu’elle ne souhaitait pas blesser Ariane, Serenus avait réagi comme tout père dont la progéniture était menacée, il l’avait protégé. De toute manière, Melinda n’aurait pas pu lui faire grand mal, surtout avec Serenus comme protecteur, mais on n’était jamais trop prudent. Melinda était mage après tout. Une mage sans aucune maitrise de ses pouvoirs, sans formation, donc quand même dangereuse. Serenus lui dit donc qu’il reviendrait la voir le soir venu, à la Taverne de la Rose, et il lui fit comprendre qu’il ne lui laissait pas le choix. Melinda se contentait de hausser un sourcil, et de répondre qu’il pouvait bien faire comme il voulait. Serenus hocha la tête, plus déterminé que jamais. Il tenait à faire en sorte que Melinda aille mieux, il voulait que cette tension entre eux deux s’apaisent. Il ne supportait pas de voir Melinda en colère contre lui.

Mais, en parlant d’une Melinda en colère, une idée déplaisante se mit à germer dans son esprit. Melinda n’avait jamais paru contente de le voir, sauf lorsqu’ils s’étaient retrouvés pour aller jusqu’à Roc Epine. Serenus se rappelait qu’à chaque fois, c’était lui qui venait vers elle, et elle, se contentait juste de lui dire un « tient donc Serenus » ou quelque chose du genre. C’était comme si elle cherchait à le fuir. Mais, pourquoi ? Etait-ce parce qu’elle ne l’appréciait pas ? Non, elle lui avait dit qu’ils étaient amis. Ou alors elle lui avait dit ça pour ne pas le contrarier. Peut être que Melinda, par pitié pour le guerrier un peu naïf et idiot qu’il était, se forçait à le supporter pour se donner bonne conscience ? Ou alors, dernière hypothèse, celle qui, pour le guerrier, était tout bonnement impossible mais qui, si elle était réelle, lui donnerait un nouvel espoir. Cette hypothèse, c’était que les sentiments que Serenus éprouvait pour Melinda étaient réciproques, mais que la jeune femme se refusait encore à accepter. C’était une possibilité.  Le guerrier comprit alors qu’il n’y avait qu’un seul moyen de vérifier si Melinda l’aimait ou le haïssait. Et ce moyen, il allait le mettre en application à la tombée de la nuit.

Mais le soleil était encore haut dans le ciel et, pour l’heure, Serenus devait se contenter d’une conversation tranquille, comme le ferait deux amis. Ce n’était pas plus mal. Il demanda donc à Melinda ce qu’elle était devenue, depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Melinda leva un sourcil sceptique, et lui répondit que ce devrait être plutôt elle qui devait poser la question, car il ne s’était pas passé grand-chose depuis leur séparation. Elle s’était occupée de ses abeilles, elle s’était baladée dans Lorgol, avait rencontré des gens. Un quotidien bien banal pour une jeune fille sans but précis dans la vie. Serenus soupira, se rendant compte que, à part s’occuper de ses abeilles, Melinda n’avait pas de travail, ni d’objectif précis à accomplir. Elle ne comptait visiblement pas se marier, ni retenter d’intégrer l’Académie, ni de se faire embaucher quelque part. Mais il se garda de tout commentaire. Melinda était une adulte, elle savait très bien ce qu’elle faisait. Il la laissa donc continuer et elle lui demanda ce qu’il s’était passé pour lui, car il était maintenant avec sa fille et que, visiblement, il avait su régulariser sa situation.

Serenus baissa les yeux vers sa fille. Le bébé, qui avait bien grandi depuis le jour où Serenus l’avait vu pour la première fois, était maintenant pleinement réveillée. Elle regardait autour d’elle, jouant avec l’index de son père, que celui-ci lui avait tendu. L’enfant serrait l’index de Serenus dans son petit poing, et le porta à sa bouche. Le guerrier avait vite compris qu’Ariane goutait tout ce qu’elle avait entre les mains, aussi veillait-il à avoir toujours les mains propres quand il la prenait dans ses bras. Il leva la tête vers Melinda, sourit, et lui répondit sur un ton doux :

« -  Tu as tout dit Melinda. J’ai quitté le front, j’ai pu récupérer Ariane… » Il sourit en regardant sa fille, puis tourna la tête vers la boutique où se trouvait Maud. Il reprit, tout en lâchant un soupir : « Mais, pour cela, j’ai dû épouser sa mère. »

Le guerrier revint vers Melinda. Chaque jour, il regrettait que Melinda lui ai dit non. Chaque jour, il regrettait de ne pas avoir fait autrement pour lui demander sa main. Il aurait dû y aller plus doucement, à tâtons, et ne pas le faire comme un véritable bourrin irréfléchi. Serenus était plus ou moins heureux avec Maud. C’était une bonne épouse, mais il ne l’aimait pas. Et elle le savait. Malgré cela, elle continuait à faire des efforts pour que son mari soit heureux et surtout, qu’il n’aille pas voir ailleurs. Sa culture outreventoise faisait qu’elle se montrait dévouée à son époux alors que Serenus , cibellan éduqué par une vraie cibellane, laissait son épouse faire ce qu’elle voulait, estimant que, désormais, c’était elle la maitre du foyer. Lui se contentait de faire son travail, et de s’occuper de sa fille avec elle. Maud avait encore du mal, et ce, malgré les conseils avisés de sa belle-mère, qui, comme elle le disait, savait s’y prendre avec les hommes. Serenus ne pouvait qu’approuver. Le caractère de la vieille femme faisait qu’elle devait sans doute être la seule qui arrivait à le soumettre sans aucune difficulté.

Serenus regarda Melinda avec un air dépité. Melinda aurait également fait une parfaite épouse, malgré son caractère et sa tendance à ne pas s’arrêter de parler tant qu’elle n’avait pas le dernier mot. Il remarqua chez la jeune femme semblait avoir du mal à se réjouir, malgré ses légers sourires. Bon, cela voulait dire que, tant qu’ils n’auraient pas réglé cette histoire, leur conversation sonnerait creux à leurs oreilles. Il soupira doucement, et allait ouvrir la bouche pour parler quand une main se posa sur son bras. Maud venait de revenir, une belle bougie en cire d’abeille entre les mains. Quelle ironie. De la cire d’abeille. La bougie dégageait une douce odeur. Sa jeune épouse lança un sourire à Serenus, puis regarda Melinda. Contrairement à Serenus, qui avait réussi tant bien que mal à cacher que l’odeur déplaisante de Melinda le gênait, Maud fronça le nez. Elle tourna la tête vers Ariane, vérifiant que tout allait bien, puis demanda à son époux :

« -  Tu connais cette mendiante mon amour ? »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyMer 28 Fév - 15:03

Je hochai la tête. Serenus était à nouveau en terrain sûr, loin de la guerre. Certes, nul ne savait pour combien de temps encore Lorgol serait un endroit sûr, mais pour l’instant, le guerrier ne risquait plus de mourir sous le coup des Ibéens. Je devais avouer qu’après notre rencontre dans cette autre réalité, je m’étais beaucoup inquiétée pour lui. Il avait paru si triste quand j’avais refusé sa… demande en mariage, si peu sûr de lui et de ce qu’il avait fait de sa vie ! Qui savait comment le désespoir aurait pu miner ses compétences sur le champ de bataille, le précipitant droit dans le ravin du Destin ? Je l’avais revu lors de l’épidémie, bien entendu, mais dans mon état, nous avions eu à peine le temps de parler. A présent, il était là, devant moi, sauf. Et marié.

— Félicitations pour ton mariage, Serenus ! déclarai-je cordialement. J’espère que j’aurais l’occasion de rencontrer un jour l’heureuse élue.

C’était une bonne chose. Un enfant avait besoin de ses parents. Tout comme je m’étais battue pour que Ciara puisse grandir dans les meilleures conditions – même si j’ignorais le résultat de ces efforts, étant revenue à cette réalité – Serenus avait fait ce qu’il fallait pour qu’Ariane vive au mieux, et avait régularisé une situation qui devait l’être. Si je ne parvenais pas à me réjouir, c’était simplement parce que je m’inquiétais. Et si dans ce marché, le guerrier avait contracté une épouse imbuvable ? Quoi qu’il en pense, Serenus méritait de vivre aux côtés d’une femme qui serait pour lui une consciencieuse épouse. Il avait fait des erreurs, certes, et était un peu maladroit, mais il restait un guerrier généreux et valeureux, et il fallait que son épouse en soit consciente.

Mon inquiétude à ce propos, quoiqu’un peu déroutante, était justifiée. Serenus était mon ami, et même si je n’étais pas très douée pour ça, je devais faire en sorte qu’il se sente bien – ou du moins, le soutenir dans les moments difficiles. Il s’était vu imposer cette épouse, et peut-être qu’il ne l’aimait pas. Peut-être que la vie à ses côtés était un enfer, et qu’elle profitait des faiblesses du guerrier pour le blesser et le manipuler chaque fois qu’elle en avait l’occasion. Auquel cas il me faudrait agir. Bien sûr, il restait aussi la possibilité que Serenus se soit dénichée une épouse douce et gentille, et ce serait… bien. Et même… très bien. Théoriquement. Si tel était le cas.

J’allais demander à Serenus si sa vie d’époux se passait bien – une question assez personnelle, certes, mais que je me sentais en droit de poser, en tant qu’amie – lorsque le principal objet de mes pensées apparut. Jeune, et probablement noble, la jeune femme posa une de ses mains sur le bras de Serenus, se désignant par ce geste comme l’épouse du guerrier. Dans son autre main, elle portait une bougie qui, si je ne me trompais pas, devait être en cire d’abeille. Quiconque aimait les abeilles ne pouvait avoir que bon goût. A contrecœur, je lui accordai un bon point, à cette inconnue. Peut-être n’était-elle pas aussi terrible qu’une part de moi avait voulu se l’imaginer. Serenus pouvait même sans doute mener une vie heureuse à ses côtés. Nul besoin de s’inquiéter, donc.

— Tu connais cette mendiante, mon amour ?

A peine eus-je formulé un avis positif sur la nouvelle venue qu’elle prononça cette remarque méprisante qui, sans aucun doute, me concernait. Tous les mots furent comme autant de poignards me visant en plein cœur. Je n’étais pas en colère. Pas du tout. Parce que quelque part au fond de moi, j’avais l’impression que les mots de cette femme étaient porteurs d’une certaine vérité. Et ça, c’était juste… triste. J’en vins presque à remercier la façon dont mes émotions se comportaient, ces derniers temps. Je sentis mon cœur se serrer dans ma poitrine, mais nulle larme ne se pressa à mes yeux. Ma peine était comme assourdie et lointaine.

Serenus me connaissait-il ? Avait-il seulement encore envie de me connaitre ? Je pensais être son amie, mais peut-être qu’il ne me considérait pas ainsi. Peut-être que j’avais juste été une potentielle épouse à ses yeux. A présent que j’avais refusé sa demande et qu’il était vraiment marié, il n’avait plus aucune raison de prétendre partager avec moi quelque relation que ce soit. D’autant plus qu’annoncer à sa femme qu’il m’avait demandée en mariage ne faisait sans doute pas partie de ces projets. Ce n’était pas le genre de choses dont on était particulièrement fier, après tout.

Etre appelée « mendiante » n’arrangeait rien à mon état d’esprit. Je savais que je portais sur mes vêtements et même ma peau cette odeur pestilentielle, et c’était probablement ce qui avait heurté cette jeune noble. Je fermai les yeux, me rappelant avoir accueilli les fleurs comme un cadeau amical. Quand elles avaient éclos pour répandre cette infection, c’avait été comme une cruelle désillusion. Toutes mes amitiés étaient-elles semblables ? Des illusions que je m’égarais à croire, jusqu’à ce qu’elles se retournent douloureusement contre moi ? En arrivant à Lorgol, la première fois, j’avais cru pouvoir reconstruire mes relations sociales, mais ce n’était qu’un mensonge. J’étais seule. Encore. Toujours.

Mais peut-être les mots les plus difficiles furent-ils ce « mon amour ». Serenus avait eu l’air d’un homme seulement désireux d’accomplir son devoir en épousant la mère de sa fille. Cette exclamation pourtant tendre était-elle juste un mensonge destiné à établir une relation en carton-pâte ? Était-ce ça que Serenus attendait d’une épouse ? Un tissu de faux-semblants ? Était-ce ce qu’il attendait d’une amie ? De moi ? Ou était-ce tout ce que cette femme était capable de lui offrir ? En tous cas, moi, ce n’était pas quelque chose que j’étais capable de donner. Je ne me contentais pas d’un amour de papier – ni envers ma famille, ni envers mes amis. Si j’aimais, j’aimais vraiment. Peut-être était-ce pour ça aussi, que je me blessais vraiment.

Contre toutes attentes, malgré ma tristesse, j’esquissai un large sourire. Il n’était pas temps de se lamenter. J’étais forte. Indépendante. Optimiste. Six petits mots ne pouvaient suffire à me faire mal.

— Oooh, vous devez être la fameuse épouse de Serenus ! déclarai-je avec entrain. Nous étions justement en train de parler de vous !

Je tendis une main amicale, sachant pertinemment qu’elle aurait peu de chances d’être serrée en retour. Mais ça n’avait pas d’importance. Je me comportais en digne amie, me réjouissant de la situation de Serenus. Je voulais voir si elle, elle pouvait se comporter en digne épouse et accepter le lien qui me liait à son époux.

— Je m’appelle Melinda Orlemiel, je suis une amie proche de Serenus. Je comprendrais qu’il ne vous ait pas parlé de moi, toutefois. Nos rencontres n’ont pas exactement eu lieu dans des circonstances qui le mettaient en valeur.

Je voulais la laisser s’imaginer n’importe quoi. Je voulais voir si elle avait vraiment toute confiance en « son amour ». Je voulais vérifier la solidité de cette affirmation douce, mais trop souvent mensongère.

— D’ailleurs, félicitations pour votre mariage, poursuivis-je sans perdre mon enthousiasme. Je suis sûre que votre fille mérite que vous soyez heureux ensembles. Et Serenus a bien besoin de quelqu’un capable de prendre soin de lui. Il est gentil, mais il manque parfois un peu de jugeote. C’est pourquoi vous avez intérêt à prendre soin de lui. Si j’apprends que vous lui avez fait le moindre mal, ou que vous apportez la moindre honte à son foyer, je vous le ferai payer.

Mon sourire s’élargit.

— Mais sans doute n’avez-vous aucun souci à vous faire. Auquel cas nous pourrons bien nous entendre, vous et moi. A propos, je ne crois pas que Serenus ait mentionné votre nom. Vous vous appelez ?

Autant bien commencer cette nouvelle potentielle amitié.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyVen 2 Mar - 18:57

Melinda le félicita pour son mariage, mais Serenus était incapable de partager son engouement. Epouser Maud, il l’avait fait par sens du devoir, il n’éprouvait que pour elle une affection qui n’avait rien d’amoureuse. Il l’appréciait, il aimait l’entendre rire, mais il ne sentait pas son cœur battre à tout rompre quand elle s’étirait le matin, ou quand elle lui souriait. Non, la seule qui en était capable, c’était Melinda, et elle était devant lui.  Celle-ci lui demanda si elle aurait l’occasion de rencontrer l’heureuse élue. Serenus fit une petite moue. Maud était juste derrière, il était évident que les deux outreventoises allaient se rencontrer. Serenus se demandait ce que ça allait donner. Deux femmes de fort caractère, qui aimaient beaucoup l’art de la parole, face à face. Deux petites tempêtes qui se rentreraient dedans. Après, il y avait une chance pour qu’elles s’entendent bien. Le guerrier déglutit. Melinda n’était pas du genre à accorder sa confiance ou son amitié à n’importe qui. Maud, elle, était beaucoup plus sociable. Elle parlait à n’importe qui, et avait tendance à trop en dire. L’aubergiste, par exemple, était au courant que Serenus n’avait pas digéré son poisson la dernière fois qu’ils étaient venus. Et il avait bien ri. Quelle humiliation.

La principale intéressée fit son apparition, au grand dam de Serenus. Maud posa une main sur le bras de son époux, signifiant ainsi qu’il lui appartenait de plein droit. Elle vérifia d’un regard que sa fille allait bien, puis fronça le nez devant l’odeur pestilentielle que dégageait Melinda. Serenus s’y était habitué, faisant passer son amour pour la jeune femme par-dessus son odorat indigné. Elle demanda à Serenus s’il connaissait « cette mendiante ». Cette… Mendiante ?! Le guerrier lança un regard noir à son épouse. Melinda n’avait rien d’une mendiante ! D’où se permettait-elle un commentaire aussi dédaigneux ?! Maud n’était plus une noble, elle était une gueuse maintenant, comme Melinda, comme son époux. Serenus lança un regard à Melinda, et vit que cette simple question lui avait fait mal. Elle avait beau le cacher, cela se voyait dans ses yeux. Le guerrier pencha la tête, honteux, compatissant pour Melinda. Il se tourna vers son épouse et lui lança sur un ton sifflant :

« - Fais attention à ce que tu dis, cette femme est l’une des personnes les plus chères à mon cœur. »

Le regard de Maud croisa celui de son mari, et, de plutôt joyeux, il devint méfiant. Elle lui répondit, sur le même ton que celui de son époux :

« -Comment ça « chère à ton cœur » ?   »

Serenus allait ouvrir la bouche pour répondre quand Melinda prit la parole. Elle affichait un sourire béat, et dit à Maud qu’ils étaient justement en train de parler d’elle. Elle tendit la main, et se présenta comme étant une amie proche de Serenus, mais que leurs rencontres n’avaient pas toujours été très joyeuses. Elles s’étaient souvent déroulées dans des situations compliquées, et elle comprendrait donc si Serenus ne lui avait pas parlé d’elle. Maud lança un regard en coin à son époux. Serenus ne lui avait jamais parlé de Melinda. Il n’en avait ni eu le temps, ni l’envie de le faire. Mais, sans doute l’aurait-il fait. Serenus comprit au regard de son épouse qu’elle commençait à s’imaginer toute sortes de choses, mais, par pure politesse, elle serra la main de Melinda, du bout des doigts. Elle gardait encore son attitude de noble qui avait du mal à cohabiter avec les gueux, tout particulier avec les gueux avec une odeur corporelle plutôt déplaisante. Maud croisa le regard enjoué de Melinda et, réagissant à son sourire contagieux, lui dit sur un ton plus guilleret, mais teinté d’ironie :

« - Oh ! Vous devez être la fameuse Melinda ! Serenus rêve de vous, parfois. Il est plutôt bavard dans son sommeil. »

Serenus rougit. Il ignorait totalement qu’il parlait dans son sommeil. Maud ne lui en avait jamais parlé, Elena non plus, d’ailleurs. Il avait été somnambule, étant môme, mais jamais bavard. Il tendit sa fille à son épouse, qui la prit avec un grand sourire tout en embrassant ses petites joues rebondies, puis il souffla à son épouse :

« - Tu ne m’a jamais parlé de ça !

Maud se contenta de sourire d’un air taquin, et Melinda reprit la parole. Elle les félicita pour leur mariage, et dit à Maud qu’elle était sure qu’Ariane méritait que leurs parents soient heureux ensemble. Et elle ajouta que Serenus avait bien besoin de quelqu’un capable de prendre soin de lui, car il manquait de jugeote. Maud laissa échapper un petit rire, et Serenus fronça les sourcils. Etre affiché ainsi devant son épouse ne lui plaisait pas tellement. Il savait qu’il avait des réactions impulsives et peu réfléchies, mais de là à « manquer de jugeote »…  Melinda continua en prévenant que, si Maud lui faisait du mal, ou si elle apportait la moindre honte à son foyer, elle le lui ferait payer. Maud, toujours souriante, lui répondit :

« - Pour ce qui est de la honte, ce n’est pas moi qu’il faut mettre en garde. Mais message reçu !»

« - Tu n’as pas de soucis à te faire Melinda. Même si je « manque de jugeote », ça devrait bien se passer. »

Serenus sourit à l’encontre de Melinda. Cette femme était tout simplement incroyable. Elle avait réussi à faire sourire son épouse et à la faire rire malgré l’odeur très désagréable qui se dégageait de sa personne. Serenus sentait que Maud se détendait, même s’il subsistait une once de méfiance dans sa tenue. Elle gardait Ariane bien installée dans ses bras, prête à tourner les talons au moindre problème. Elle demeurait un peu en arrière de Serenus, installant une sorte de barrière entre Melinda et elle. Celle-ci ne parut pas s’en rendre compte et répéta la phrase de Serenus en disant qu’elle n’avait pas de soucis à se faire, puis elle demanda le nom de Maud. Celle-ci, avec son manque de tact habituel et bien digne de son duché et de sa famille, répondit :

« - Je suis Maud, fille du Marquis du Mistral, en Outrevent. Etiez-vous une des amantes de mon mari ?  »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyVen 6 Avr - 14:00

Je savais bien que je n’aurais pas dû me laisser toucher par les paroles de cette femme. J’avais l’air d’une mendiante ? Et alors ? En temps normal, j’en aurais bien ri, comme d’une bonne plaisanterie, et j’aurais raconté avec une fausse indignation comment un imbécile avait décidé de me tromper en m’envoyant un cadeau empoisonné, et comment les fleurs qu’il m’avait envoyées, en s’épanouissant, avaient commencé à embaumer d’une odeur… bien peu plaisante. Mais nous n’étions pas en temps normal. Depuis que cette maladie avait frappé, je me sentais bizarrement distante du monde, et pourtant étrangement fragile. Les paroles de l’épouse de Serenus me frappèrent donc en plein cœur, douloureuses, insultantes, et porteuses d’une vérité que je ne voulais pas vraiment entendre. Avant que j’aie eu le temps de reprendre mes moyens, le guerrier se dressa pour me défendre, en me décrivant comme « l’une des personnes les plus chères à son cœur ».

Ces paroles eurent un double effet sur moi. D’abord, elles me réchauffèrent le cœur, comme un bon feu de cheminée en plein hiver. Quelque part au fond de moi, je craignais que Serenus m’en veuille pour avoir refusé sa proposition. Mais, de toute évidence, ce n’était pas le cas. Il acceptait encore que je sois son amie. Pouvais-je me laisser croire que je n’étais pas totalement seule, et que quelqu’un m’appréciait – au moins un peu – pour qui j’étais ? Ensuite, elles eurent le don de m’agacer. Le guerrier croyait-il que j’étais trop faible pour me défendre contre quelques mots ? De nous deux, c’était moi qui maniait le mieux ma langue, et il devait bien le savoir, pour avoir cédé plusieurs fois à mes paroles. Certes, d’un côté, il avait eu raison de le faire – j’aurais sans doute pu me débrouiller seule, mais la remarque de cette femme ne m’en avait pas moins blessée – mais d’un autre, il continuait à me sous-estimer grandement, et je n’aimais pas ça.

Comme pour lui montrer que cet échange n’avait eu que peu d’importance pour moi, j’abordai son épouse avec un grand sourire. Que je le veuille ou non, cette femme faisait partie de sa vie, désormais, et n’était autre que la mère de son enfant. Lorsque je la vis serrer ma main, mon avis sur elle remonta légèrement. Je ressemblais à une mendiante et je partageais avec son époux une relation qui devait lui être assez mystérieuse, mais elle n’en faisait pas moins preuve de bonne volonté. Lorsqu’elle répondit à mon sourire par le sien, tout aussi forcé, d’après moi, je songeai que nous allions peut-être bien pouvoir nous supporter. Et quand elle commença à taquiner Serenus, je commençai à soupçonner qu’il nous serait même possible de nous apprécier, avec le temps. J’observai silencieusement l’échange entre eux, heureuse, en mon for intérieur, qu’ils puissent bien s’entendre.

Quand bien même elle venait de remonter un peu dans mon estime, je mis en garde l’épouse de Serenus. J’étais capable de beaucoup pour protéger mon mari, et je lui fis comprendre que si elle le blessait de quelque façon que ce soit, elle aurait affaire à moi. Je n’étais pas bien grande, mais je n’étais pas pour autant sans ressources. Quand le guerrier m’assura que tout allait bien se passer, je haussai les yeux au ciel. A d’autres ! Cet homme avait le don de se mettre dans des situations embarrassantes, et j’étais persuadée qu’il n’hésitait pas à mettre sa vie en danger, si nécessaire. Consciente que ce n’était pas vraiment à lui que je devais m’adresser, je me tournai vers son épouse et lui fis un clin d’œil amical, passant entièrement l’éponge sur la remarque méprisante avec laquelle elle m’avait accueillie. Ce n’était qu’une petite maladresse de sa part, sans doute.

— Je sais que la tâche est loin d’être facile, mais je vous fais confiance pour veiller sur lui.

Je lui demandai ensuite son nom, et elle se présenta enfin, sous le nom de Maud du Mistral. J’esquissai une légère courbette, par respect pour son titre, et failli m’étrangler en me redressant, sous le coup de sa question. Par tous les dieux ! C’était là une question digne de Mayeul lui-même ! Moi, une des amantes de Serenus ? Est-ce que nous avions l’air si proches que ça, lui et moi ? J’ouvris la bouche, pour m’insurger de la question, tant elle remettait en cause mon honneur. Néanmoins, une part de moi savait que Maud était parfaitement en droit de demander. Je connaissais son époux et semblait partager avec lui une relation pour le moins étrange. Sans doute me serais-je posé pareille question si je m’étais retrouvée dans une telle situation. Pourtant, la réponse n’en était pas moins évidente.

— Jamais, répliquai-je sèchement, laissant transparaitre à quel point la question m’avait vexée. Serenus est avant tout mon ami, et rien de plus.

Je secouai la tête à l’idée qu’il y ait autre chose entre nous. C’était ridicule. Le guerrier m’avait certes demandée en mariage, mais j’avais refusé, et c’était désormais de l’histoire ancienne – d’autant plus que tout cela s’était produit dans une autre réalité.

— Sachez que votre question en serait même vexante. Je considère le mariage avec beaucoup de respect – celui des autres autant que le mien. Je compte rester une femme honorable jusqu’à ma mort, vous savez. Et je n’aurais pas d’amants autre que mon époux.

Ce que Serenus avait failli devenir. Il aurait suffi que je dise oui, et nous aurions été mariés. Dans une autre réalité, certes, mais mariés tout de même. Je pris une profonde inspiration, essayant de trouver un moyen de m’éloigner de ce sujet épineux. Je considérais que Maud avait le droit de savoir, mais je ne voulais pas m’attarder trop longuement sur le fait que le guerrier aurait pu être mon… mon amant. La pensée était… dérangeante. Je m’aperçus brutalement que mon interlocutrice avait dû concevoir un enfant avec le guerrier avant le mariage, et que par mes mots, je remettais en doute son honneur, ce qui n’était pas vraiment dans mes intentions.

— Je suis désolée si mes paroles vous ont vexées, ajoutai-je prudemment, désireuse de conserver de bons rapports avec cette femme. Elles ne vous concernaient pas directement. Je voulais que les choses soient claires à ce propos. Serenus est mon ami, c’est tout.

Un ami bien étrange, à qui j’en voulais la moitié du temps et dont je me moquais l’autre moitié, mais un ami tout de même. Et si je n’avais jamais eu d’autres amitiés semblables, c’était probablement parce que je n’avais pas beaucoup d’amis. Voilà tout. Mais Serenus, un amant ? Cela me paraissait inconcevable.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 7 Avr - 22:27

Décidément, Melinda et Maud étaient faites pour s’entendre. Serenus avait bien vu que sa femme se forçait à faire preuve d’un peu de bonne volonté envers cette femme qui sentait le rat mort et, dans un sens, il était fier d’elle. D’un autre côté, il espérait que Melinda ne s’offusque pas du comportement de son épouse. Mais ça se passait plutôt bien. Maud serra même la main de Melinda, et répondait à ses sourires par le sien. Serenus se détendit. Sa femme se permettait même de taquiner le guerrier devant Melinda. Cela voulait dire qu’elle n’allait pas faire de scandale, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’elle avait adopté Melinda. Le guerrier confia Ariane à son épouse, histoire de soulager un peu ses bras. Sa fille grandissait vite, et Serenus, pourtant habitué aux charges lourdes, sentait ses bras fatiguer lorsqu’il portait sa fille pendant une longue période. Comme il savait que sa femme la lui rendrait dans peu de temps, il envisagea de fabriquer une sorte de porte bébé avec du tissu. Ce n’était pas une bête idée.

Serenus se crispa quand Melinda mit en garde son épouse de ne pas lui faire de mal. Il craignit que Maud ne se sente offensé mais non, celle-ci accepta sans broncher et se permit même un petit clin d’œil à son époux, histoire qu’il en prenne note également. Serenus se hâta de rassurer Melinda sur le fait que tout ira bien. Celle-ci leva les yeux au ciel. Elle n’était décidément pas dupe. Elle savait bien que Serenus avait un don tout particulier pour s’attirer des ennuis. Elle ignora la remarque de Serenus et répondit à Maud qu’elle lui faisait confiance pour veiller sur lui. Serenus jeta un regard vers son épouse. Elle paraissait si petite, si fragile. Elle était à peine une femme quand ils se sont rencontrés. Comment pourrait-elle veiller sur Serenus ? C’était plutôt l’inverse. Comment pourrait-elle le protéger ? Puis, Serenus comprit que veiller signifiait plutôt surveiller. Maud allait faire en sorte que son époux n’aille pas voir ailleurs. Le guerrier s’était certes promis de ne plus faire d’erreurs, mais, quand il voyait Melinda, il savait que sa promesse ne tenait qu’à un fil. Son cœur battait encore la chamade.

En parlant de cœur, le sien manqua un battement quand Maud demanda à Melinda si elle avait été une des amantes de son époux. Serenus laissa échapper un hoquet de stupeur, et lança un regard paniqué à Melinda. Celle-ci paraissait tout aussi surprise. Si Mayeul avait été là, il aurait bien ri devant la tête de ses deux amis. Maud, quant à elle, affichait un petit sourire satisfait. Elle aimait beaucoup surprendre, cette chère Maud. Elle avait beau être née et avoir grandi dans un milieu aisé, elle ne prenait jamais de gants quand il s’agissait de demander quelque chose, ou d’annoncer une nouvelle à quelqu’un. Serenus se rappelait encore du jour où il avait appris qu’elle était enceinte. Il était venu la voir, comme à son habitude, et elle lui avait annoncé, sur un ton sec, qu’elle attendait son enfant. Serenus était alors passé par plusieurs étapes émotives. D’abord la stupeur, puis le bonheur, et enfin, la peur.

Le guerrier revint dans le présent quand Melinda répondit qu’elle n’avait jamais été son amant, qu’elle avait été un ami pour Serenus et rien de plus. Le guerrier baissa la tête. Une part de lui était soulagé que Melinda ait si bien répondu, mais l’autre déplorait le fait que Melinda n’ait jamais été son amante. Il gardait encore bien en mémoire son refus, même s’il avait pardonné les mots durs et douloureux que Melinda avait prononcé ce jour-là. La jeune femme poursuivit en disant qu’elle considérait le mariage avec beaucoup de respect, et qu’elle comptait rester une femme honorable jusqu’à sa mort. Ces mots-là furent comme un coup de poignard pour le guerrier. Malgré le fait qu’elle l’ait repoussé, il avait continué à espérer que Melinda puisse l’aimer aussi fort que lui l’aimait. Il frissonna tout de même devant le ton sec de la jeune femme, et devant l’expression de Maud, qui avait perdu son sourire. Melinda parlait encore. Elle lui dit que sa question en était même vexante, car elle n’aurait jamais d’autres amants que son époux.

Melinda avait sans doute remarqué que Maud ne souriait plus, car elle s’excusa. Melinda semblait désireuse de conserver des bons rapports avec sa jeune épouse, car elle lui dit que ses paroles ne la concernaient pas directement. Le guerrier posa une main sur l’épaule de son épouse, et la caressa tendrement. Il sentit Maud se détendre. Mais elle ne souriait toujours pas. Elle se contenta de répondre :

« - N’ayez crainte, ce que j’ai fait est certes immoral, mais je ne le regrette pas. »

Serenus savait qu’elle mentait. Elle avait tout perdu, sa famille, son rang, pour suivre un gueux par mont et par vaux. Plus d’une fois, il l’avait surpris en train de sangloter, ou de nourrir son enfant avec les yeux au bord des larmes. Elle regrettait, et Serenus faisait tout ce qu’il pouvait pour qu’elle ne pense plus à ça. Mais c’était difficile. Chaque jour rappelait amèrement à Maud qu’elle avait fauté. Et Melinda, sans le savoir, venait de porter un nouveau coup à la conscience de Maud. Serenus devait changer de sujet. Il sourit et demanda sur un ton plutôt joyeux :

« - Et comment vont tes abeilles ? Cela fait un moment que je me dis que je devrais t’acheter un pot de miel, et maintenant que je suis à Lorgol, je vais pouvoir tenir ma promesse. » Il caressa la joue d’Ariane et reprit : «  J’ai hâte de voir la réaction d’Ariane quand elle y goutera. »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyMar 10 Avr - 22:33

Je ne quittai pas Maud des yeux pour répondre à sa question, me refusant à regarder Serenus. Nous n’avions pas été amants, certes, mais nous avions partagés… quelque chose. Suffisamment, sans doute, pour que le guerrier se sente le courage de demander ma main. En y réfléchissant, encore maintenant, j’étais incapable de dire ce qui avait motivé cet homme. Je n’avais jamais vraiment été une bonne amie ; je ne serais certainement pas une bonne épouse. Pourtant, il avait eu l’air… blessé, quand j’avais refusé sa proposition, et il avait insisté, quand j’avais trouvé mille excuses pour la détourner. L’idée de m’épouser lui tenait donc à cœur, à l’époque – peut-être encore maintenant, alors même qu’il était marié. Dans tous les cas, même si nous n’étions pas amants, nous partagions une relation ambiguë, et il était étrangement dérangeant de me retrouver devant le guerrier et sa femme, à devoir répondre à cette question. Regarder Serenus, surprendre ses réactions, pourrait bien empirer encore mon malaise.

Je me rassurai mentalement quand je vis Serenus poser sa main sur l’épaule de Maud, pour la soutenir. Mes craintes étaient probablement infondées. Quoique le guerrier ait pu dire de déplacé à mon égard dans le passé, il avait pris conscience que ce n’était qu’une erreur, et avait épousé cette femme en toute connaissance de cause. Il n’éprouvait à mon égard que des sentiments amicaux, et réservait toute sa tendresse pour son épouse. C’était bien. C’était comme ça que les choses devaient se passer, et je n’aurais pas dû en douter une seule seconde. Le guerrier avait tendance à être un peu irresponsable, parfois – cette petite fille née hors mariage en était la preuve criante – mais je ne le pensais pas complètement irrespectueux. Il ne ferait pas ce déshonneur à sa propre femme… même s’il avait déjà trompé la précédente… enfin… sans doute ? Je passai une main dans mes cheveux, pour éloigner de mon esprit ces idées dérangeantes. Inutile d’y réfléchir des heures durant. Serenus était père maintenant. Devenir parent était, selon mon expérience, quelque chose de profondément bouleversant.

Lorsque Maud m’assura qu’elle ne regrettait pas son geste, je hochai la tête après un instant d’hésitation, comprenant en partie ce qu’elle voulait dire. Quand j’étais tombée dans cette autre réalité et que j’avais eu à m’occuper de Ciara, même si je méprisais celui qui s’était prétendu son père, même si l’épouser me condamnait à un destin bien peu enviable, même si je m’horrifiais à l’idée de la relation que j’avais dû logiquement avoir avec cet homme pour que ma fille naisse, je n’avais pas regretté l’existence de mon enfant. J’avais été prête à tout abandonner pour donner à Ciara la vie la plus heureuse et honorable possible. Même si nous avions regagné notre réalité avant que j’aie pu épouser Raygnar, j’aurais été jusqu’au bout. J’aurais abandonné ma vie et mes rêves, je me serais isolée en Valkyrion et j’aurais élevé ma fille avec le sourire aux lèvres, quand bien même ce choix aurait laissé une part de moi mourir à petit feu. J’ouvris la bouche, cherchant les mots qui pourraient m’aider à exprimer cela.

— Je ne m’arrogerai pas le droit de vous juger, ni vous, ni votre fille, ni même Serenus, murmurai-je avec douceur. Dans tous les cas, vous avez pris responsabilité pour ce qu’il s’était passé, quoi que cela vous en coûte, et c’est tout à votre honneur. Il faut un grand courage pour abandonner sa vie passée et accepter d’épouser l’homme qui est le père de nos enfants, simplement pour le bonheur desdits enfants. Que ce soit la chose à faire ne signifie pas que tout en chacun ferait l’effort de la faire. En ce sens, vous êtes même digne de respect. Vous n’avez pas fui votre devoir.

Je jetai un coup d’œil à la fille qu’elle tenait dans ses bras. Ariane… un splendide prénom. J’espérais qu’elle deviendrait une magnifique jeune femme. Je jetai un coup d’œil à Serenus, songeant que ce serait parfait si elle pouvait être juste un peu plus raisonnable et réfléchie que son père. Même si, en toute honnêteté, elle aurait de quoi être fière de sa gentillesse et de sa douceur.

— Je suis sûre qu’un jour votre fille vous en remerciera. Serenus fera un bon père, la plupart du temps, et je suis persuadée que vous êtes une excellente mère.

Rien qu’avec ce morceau de conversation, je pouvais deviner que Maud était une femme bien. Quant à Serenus… je lui jetai à nouveau un coup d’œil menaçant, lui faisant silencieusement comprendre qu’il n’avait pas intérêt à gâcher ça. Il avait une épouse qui faisait de son mieux et une adorable fille. Il devait faire des efforts, lui aussi, et s’efforcer de les rendre toutes les deux heureuses. Le guerrier était vraiment quelqu’un de bien, quand il le voulait, même si parfois, il était tout simplement insupportable. Pour l’instant, il semblait être dans un bon moment, me questionnant innocemment sur mes abeilles et mon miel. Je lui lançai un large sourire, heureuse de pouvoir me lancer à cœur joie dans un de mes sujets préférés. On ne refusait jamais de parler de ce genre de choses.

— Elles vont bien ! J’étais un peu inquiète qu’elles souffrent de l’état de faiblesse dans lequel j’étais après l’épidémie, mais tout s’est bien passé, elles se sont débrouillé comme des grandes. En tous cas, quelle que soit la manière dont elles ont vécu cette période, mon miel est toujours d’aussi bonne qualité. Un pur délice ! Enfin, je te laisserai l’apprécier par toi-même. Je pourrais t’en donner quand tu viendras à la Taverne de la Rose… ce soir, c’est ça ?

Serenus avait dit plus tôt dans la conversation qu’il tenait à parler avec moi de… de ce que je ressentais vraiment, depuis l’épidémie. Ce n’était pas vraiment une idée plaisante, encore moins pour mon jour d’anniversaire – mieux valait errer seule et sans but dans les rues de Lorgol – mais le guerrier était un grand garçon, et il prenait ses propres décisions. Il voulait venir ? Qu’il vienne donc, et qu’il en assume les conséquences.

— Je ne sais pas si le miel est très approprié pour les bébés par contre, fis-je remarquer en jetant un regard songeur à Ariane. Je veux dire… Je suis persuadée que le miel est bon en tout temps et en tout lieu, mais… à cet âge-là les enfants sont si fragiles. Mais je ne m’y connais pas vraiment en bébés, alors peut-être que c’est bon. Je voulais juste te prévenir, au cas où. Je ne voudrais pas l’empoisonner par inadvertance.

Je me rappelais parfaitement la manière protective dont je considérais Ciara. Je n’aurais pas laisser le moindre mal lui arriver. Je n’aurais pas pris le moindre risque avec elle. Ariane était la fille de mon ami, et il était hors-de-question que je me comporte imprudemment avec elle. Comme je n’y connaissais rien en bébés – rien de plus que les conseils précipités qui m’avaient été donnés après la naissance de ma fille – je préférais m’assurer que Serenus allait se comporter en parent responsable.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptySam 21 Avr - 22:50

Melinda avait le don d'apaiser la moindre tension, aussi bien qu'elles les provoquaient. Elle avait réussi à vexer Maud, et, à présent, elle tentait de la calmer. Serenus, d'un simple geste, parvint à détendre son épouse en caressant doucement son épaule. Melinda, quant à elle, lui dit qu'elle admirait le courage de la jeune femme qui avait tout quitté pour le bien de sa fille. Elle avait renoncé à son existence aisée, à son rang, à sa famille qui l'aimait et l'estimait beaucoup, pour suivre un gueux à peine capable de lire, et qui avait des manières bien rustres à côté des siennes. Serenus sourit, et sera doucement les doigts sur l'épaule de Maud. Celle-ci leva la tête vers lui, lui rendit son sourire, elle serra un peu Ariane contre sa poitrine. Melinda poursuivit en lui disant qu'elle n'avait pas fui son devoir, et qu'ainsi, son honneur en était préservé.  Serenus regarda Ariane. Le bébé gazouillait, inconscient du monde qui l'entourait. Melinda disait d'ailleurs que Serenus ferait un bon père. Mais il ne comprenait pas tellement pourquoi elle ajoutait "la plupart du temps". Serenus serait un bon père ! Il n'y avait pas de raison qu'il échoue à ça ! Maud souriait des paroles de Melinda, mais Serenus, lui, ne souriait plus. Il baissa même la tête.

C'était vrai qu'il avait une fâcheuse tendance à attirer les problèmes. Il pensa à son bannissement injustifié de Bellifère. Il ne pouvait pas protester, il risquait gros. Il pensait aussi à Elena, et à tout le mal qu'il lui avait fait. Il pensa également au Tournoi des Trois Opales, et à cette humiliation qui le hantait encore aujourd’hui. Serenus, pensif, caressa sa balafre du bout de l’index. Cette plaie était la preuve qu’il était un idiot, incapable de réfléchir, préférant toujours l’épée à la parole. Est-ce qu’il ferait un bon père finalement ? Le guerrier regarda Maud, puis Ariane. Lui qui était certain commençait maintenant à douter. Maud, comprenant que son époux n’allait pas très bien, le questionna du regard. Le guerrier secoua la tête et tenta de sourire. Elle semblait finalement contente d’avoir rencontré Melinda. Les deux femmes pouvaient s’entendre. Tant mieux. Serenus en profita alors pour changer de sujet et questionna Melinda sur ses précieuses abeilles. Celle-ci, enjouée, lui dit qu’elles allaient très bien, elles avaient réussi à s’en sortir malgré l’épidémie, et son miel était toujours d’aussi bonne qualité. Serenus sourit et lui dit sur un ton doux :

« - Me voilà rassuré. »

Elle lui dit qu’elle lui donnerait bien du miel, et qu’il pourrait même y gouter quand il viendrait à la Taverne de la Rose le soir venu. Serenus rougit. Oui, il viendrait, mais il n’avait pas eu l’intention de le dire à Maud. Son épouse lui jeta un regard en coin. Oups. Serenus tenta le sourire innocent, mais cela ne fonctionna pas. Melinda poursuivait en évoquant le fait que le miel ne serait peut-être pas très approprié pour un bébé. Serenus baissa les yeux. Ariane était dans sa période où elle goutait à absolument tout ce qui lui passait sous le nez. Un peu de miel ne lui ferait absolument pas de mal, bien au contraire. Le miel, c’était la douceur incarnée. Serenus en prenait souvent dans son lait chaud, pendant l’hiver, ça aidait son corps à se maintenir en bonne santé et soulageait les maux de gorges. Serenus se dit qu’il achèterait quelques pots à Melinda.  Cela lui donnerait une bonne raison d’aller la voir. Le guerrier secoua la tête et rassura Melinda :

« -Le miel ne pourra lui faire que du bien, j’en suis sûr. Et puis, tu es Outreventoise, l’art d’élever les abeilles pour leur miel est inné chez vous, j’me fais pas de soucis.

- C’est sûr que si tu avais couché avec une cielsombroise pour l’épouser ensuite, ça n’aurait pas été facile. Il aurait fallu initier Ariane à la liqueur…

Maud avait parlé sur un ton cynique et ne quittait pas son mari des yeux. Serenus finit par froncer les sourcils à son tour. Elle faisait sa jalouse. Maud était jalouse ! Encore ! Combien de fois Serenus avait-il vu ce regard depuis qu’ils s’étaient dit oui ? Dés le premier jour, quand une des domestiques était aller donner un panier de vivres au jeune couple, Maud avait fait ce regard. Le guerrier devait rétablir la situation. Il devait rassurer Maud. Mais comment ? Il ne pouvait pas lui demander de venir avec lui à la Taverne, il ne pourrait pas parler en tête à tête avec Melinda. Lui mentir ? Elle le verrait. Serenus soupira. Il devait lui dire la vérité, et lui assurer qu’il n’y avait rien entre eux. Elle n’allait peut-être pas aimer, mais, au moins, il aurait le cœur allégé d’un secret. Il voulu caresser la joue de sa femme, mais celle-ci recula. Il se contenta donc de lui dire sur un ton qui se voulait le plus neutre possible :

« - Melinda et moi devons parler. Nous nous sommes séparés en mauvais termes et je tiens à régler cela. Tu n’as pas à t’imaginer quoique ce soit. » Il se tourna vers Melinda, fit un petit sourire et demanda : « Tu l’as dit en plus Melinda. Il n’y a rien entre nous. »

Avait-il été cassant ? Sans doute que oui. Le refus de Melinda résonnait encore dans sa mémoire. Mais, au moins, il mettait les points sur les i avec Maud. S’il était encore amoureux de Melinda, il ne tenait pas à ce que sa femme le sache. Si son épouse était malheureuse, cela risquait de se répercuter sur Ariane, et la pire chose qui pouvait arriver pour les Dardalion.



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyDim 29 Avr - 19:49

Sans cesser de me comporter normalement, j’observai leur façon de communiquer en silence. Lorsque Maud aurait pu se vexer de mon commentaire, Serenus était là pour la rassurer, d’un serrement d’épaule, d’un regard, de sa simple présence. Un sourire doux-amer étira mes lèvres. Le guerrier était quelqu’un de bien, oui. Si j’avais été à la place de sa femme, sans doute aurais-je été reconnaissante de son soutien. Ce n’était pas le cas, bien entendu, et ça ne le serait jamais, et c’était même ridicule de m’imaginer que j’aurais été à cette place un jour. De toute façon, Maud faisait une bien meilleure épouse que je ne le serais probablement jamais. Le regard qu’ils échangèrent, lorsque je mis en doute les capacités du guerrier à être père, me soufflait qu’elle s’inquiétait pour lui. Aurai-je eu, à sa place, la sensibilité nécessaire pour agir de la sorte ? Rien n’était moins sûr. Je critiquais souvent Serenus pour être borné et aveugle aux subtilités, mais je lui ressemblais sans doute beaucoup, à certains moments. Je n’aurais pas été là pour lui offrir le même soutien. Je n’aurais pas été une bonne épouse. Et de toute façon, ça ne servait à rien de réfléchir à ça.

Heureusement, Serenus dévia le sujet vers mes abeilles, et immédiatement, toutes mes pensées se tournèrent avec douceur vers les petits insectes sur lesquels je veillais. Rien ne comptait plus dans ma vie que mes abeilles, sans doute. Oh bien sûr, certains de mes amis, comme Serenus, ou Mayeul, ou Eponine, étaient parvenus à se frayer une grande place dans mon cœur. Néanmoins, mes abeilles, depuis la mort de mon frère, étaient devenues mes confidentes, mes compagnes de jeu, mon unique passion, la seule chose qui était parvenue, pendant bien longtemps, à me faire sourire sincèrement, mon métier, et mon art. Je ne pouvais pas imaginer ma vie sans elles, et la relation que j’avais avec elles était absolument incomparable avec n’importe quelle relation humaine. Même si, pour Ciara, j’aurais été prête à les abandonner pour toujours. Le guerrier se prétendit rassuré en sachant qu’elles allaient bien et je haussai les yeux au ciel.

— Rassuré ? Ce n’est pas comme s’il y avait de quoi être vraiment inquiet. Mes abeilles savent se débrouiller seules, tu sais, et je sais comment m’en occuper dans les situations critiques. Bon, tu aurais pu t’inquiéter pour l’épidémie, mais comme…

Mon regard s’assombrit un peu, et je détournai le regard en haussant les épaules. D’un coup, tout me revenait en mémoire. La faiblesse d’un corps. La précarité d’une vie. L’inutilité de la parole. Mon incapacité totale à me défendre, et à défendre ce que je voulais. La dépendance absolue aux desideratas d’un autre. Même si cet autre était mon ami. Et qu’il n’avait voulu que mon bien. Un nœud se forma dans ma gorge, mais je parvins tout de même à achever ma phrase.

— … comme tu as pris soin de moi, il est normal que j’aie pu rapidement récupérer.

Une fois l’antidote avalé, et puisque je n’avais pas vraiment eu les capacités ni l’envie d’utiliser ma magie, je m’étais remise sans la moindre complication. Mais nous en reparlerions, de toute façon, quand Serenus viendrait me voir à la Taverne de la Rose. Jusqu’alors, il valait mieux que je garde ma fureur en sourdine, et mes reproches dans le fond de mon cœur. A voir la réaction du guerrier lorsque je demandai s’il viendrait bien me parler là-bas ce soir, son épouse n’était pas au courant. L’espace d’un instant, cette idée m’ennuya. Le guerrier avait-il essayé de me rendre cette visite en cachette pour… Je secouai la tête, rejetant cette impossible idée. Serenus était un homme loyal – sans doute. Il ne ferait pas ça à son épouse – n’est-ce pas ? – ni à moi. De toute façon, il savait très bien quel serait ma réaction s’il tentait quoi que ce soit de déplacé – enfin… le savais-je moi-même ? Et puis, il n’aurait pas vraiment le temps de faire quoi que ce soit d’autre que d’accuser le choc de ma fureur, s’il voulait réellement savoir pourquoi je lui en voulais.

Serenus insista pour venir acheter mon miel, et je haussai les épaules, consciente qu’il savait probablement mieux que moi comment s’occuper d’un enfant. Il était vrai que notre miel outreventois était probablement de bien meilleure qualité que tout ce qu’on pouvait trouver ailleurs. La remarque de Maud m’arracha un léger rire, tant elle était inattendue. Le guerrier semblait toutefois avoir une… affection particulière envers les outreventois. A croire que nous avions pour lui quelque chose d’irrésistible ! En temps normal, j’en aurais sans doute fait la remarque, mais quelque chose retint ma langue, pour une fois. Je me contentai de hocher affirmativement la tête.

— C’est une chance, alors, qu’il ait trouvé une épouse telle que vous, déclarai-je avec douceur, glissant un compliment à son égard, pour lui faire comprendre qu’elle avait gagné mon estime. J’aurais tendance à croire que le miel est meilleur pour une enfant de l'âge d'Ariane que la liqueur. J’ai déjà goûté une fois un breuvage cielsombrois, et je suis certaine que ce truc est capable de désintégrer quelqu’un.

Je frissonnai au souvenir. Au moins, cet épisode m’avait appris à me méfier de ce que pouvait bien me servir Mayeul, et j’étais plutôt satisfaite de cette leçon. Avec le cielsombrois, on ne savait jamais ce qui pouvait se produire. Dommage que je ne l’aie plus vu depuis longtemps, d’ailleurs. Il avait la formidable capacité de me surprendre et de me faire rire dans les moments les plus inattendus. Serenus annonça à sa femme qu’il devait me parler, et son explication semblait tout à fait sincère. C’était bien. Ce n’était que ça. Il n’y avait rien à s’imaginer. J’étais contente de ne pas avoir été la seule à nourrir des soupçons à ce propos, mais comme le guerrier essayait de le dire, ces soupçons étaient totalement ridicules et infondés. Nous étions amis : il n’y avait rien de plus et il n’y aurait jamais rien de plus. Si Serenus voulait me voir, c’était uniquement pour comprendre ce qui n’allait pas, parce qu’il s’inquiétait pour moi.

— Rien de plus que de l’amitié, confirmai-je avec un hochement de tête. De toute façon, Serenus est marié, et je pense que vous faites une excellente épouse. Je ne ferais jamais rien pour remettre ce mariage en cause, si c’est ce que vous craignez.

Je baissai les yeux, un peu gênée.

— Je suis vraiment navrée de susciter de telles craintes. Ce n’est pas… Je ne suis pas ce genre de femmes, vous savez. Quand bien même, si vous voulez, pour lever tous soupçons, je peux livrer ce pot de miel un autre jour. Il me faudra juste votre adresse.

Je poussai un léger soupir.

— Serenus pense qu’il est nécessaire de régler ce problème entre nous, mais je ne suis pas certaine que ce soit à son avantage. Je peux garder mes reproches et mon amertume pour moi encore longtemps, si vous préférez que je ne parle pas en tête à tête avec le guerrier. Je pourrais faire ça devant vous, bien entendu, mais je ne suis pas certaine que vous apprécierez voir l’amour-propre de cet homme être trainé impitoyablement dans la boue.

J’avais prononcé cette dernière phrase sur le ton de l’humour, avec un clin d’œil amical, mais elle sonnait cruellement vrai à mes oreilles. Si Serenus venait me voir, il allait passer un sale quart d’heure. Je n’étais pas certaine, moi-même, de vouloir des témoins à cette scène. J’avais parfois l’impression que les reproches que j’avais à lui faire tenaient plus du caprice de gamines que de la colère justifiée. J’eus léger sourire, autant à l’intention de Maud qu’à celle du guerrier. C’était à Maud de décider si oui ou non elle voulait me faire confiance, et à Serenus de choisir d’ignorer cette décision ou de la respecter. Dans tous les cas, c’était une affaire entre eux, et j’allais leur laisser l’entière responsabilité d’en discuter tous les deux. A vrai dire, j’avais bien envie que Maud dise « non », et que je puisse continuer à garder tout ça pour moi.

Peut-être que Mélodie avait eu raison, finalement.

Peut-être que j’aimais bien souffrir.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyDim 6 Mai - 18:41

Serenus se dit qu’il devait avoir un don pour changer le cours des conversations. Quand le visage de Melinda s’illumina d’un sourire, il sut qu’il avait encore une fois joué juste. Elle se mit à lui parler de ses abeilles, et Serenus fut soulagé de la voir ainsi heureuse. Melinda n’avait pas changé. Malgré la maladie, elle conservait toujours ses convictions et son amour pour l’apiculture. Le guerrier l’écouta, et il lui dit qu’il était rassuré. Elle leva les yeux au ciel et lui dit que ses abeilles savaient se débrouiller sans elle, et qu’elle savait s’en occuper dans les moments critiques. Elle poursuivit en disant qu’il aurait pu s’inquiéter pour l’épidémie. Elle se tu, et son regard s’assombrit. Elle détourna le regard et le guerrier comprit que le sujet était à nouveau sensible. Elle laissa un instant de silence défiler avant de reprendre en disant que, comme il avait pris soin d’elle, elle avait pu rapidement se remettre. Le guerrier pencha la tête, et ignora ce nouveau regard en coin de Maud. Si son épouse n’avait pas été là, il n’aurait pas hésité à enlacer Melinda pour la réconforter. Il ouvrit la bouche et dit avec un ton gêné :

« - J’en suis content. Les abeilles sont des animaux fascinants. Sauf quand elles me piquent bien sûr. Une fois, y’en a une qui s’est glissée sous mon armure. Elle y est restée un moment, jusqu’au soir, j’crois. Elle m’a piqué au moment où j’ai voulu dégrafer une des sangles, ça m’a fait un mal de chien. »

Maud sourit. Elle lui avait appris récemment que du miel sur une piqure pouvait soulager la douleur. Quelle ironie. Du miel, fabriqué par une abeille, pour guérir la piqure de cette même abeille. Serenus était tellement étonné, qu’au début, il en avait ri. Mais Maud était sérieuse. Et Serenus, plus qu’étonné, lui avait demandé si le miel avait d’autres vertus, et il ne fut pas déçu. C’est en partie pour cela qu’il avait insisté pour acheter du miel à Melinda. Il était persuadé qu’Ariane apprécierait d’en avoir dans son lait. Lui-même adorait ça. Le guerrier regarda sa fille avec tendresse. Il donnerait sa vie pour elle. Il caressa sa petite tête qui commençait à se couvrir de boucles dorées. Maud fit un commentaire qui arracha un léger rire à Melinda mais qui laissa Serenus stoïque. Allons bon, il avait certes eu de l’affection pour plusieurs femmes qui étaient toutes outreventoises mais il ne fallait pas en faire une généralité par Kern !

Melinda répondit que c’était une chance que le guerrier ait trouvé une femme comme elle, ce qui fit sourire Maud. Décidément, elles étaient faites pour s’entendre. Melinda poursuivit en disant qu’elle avait tendance à croire que le miel était meilleur pour Ariane plutôt que la liqueur. Serenus parvint à sourire quand Melinda lui dit qu’elle avait déjà gouté de la liqueur, et que cette boisson était capable de désintégrer quelqu’un. Serenus se rappelait aussi sa dernière expérience avec la liqueur cielsombroise. Il s’en était servi pour soigner une vilaine plaie et cela lui avait brulé comme du feu ! Maud connaissait le vin lagran, mais n’avait jamais touché à la liqueur, bien qu’elle en connaisse la réputation. Serenus avait depuis longtemps fini la bouteille qu’il possédait, et il regrettait presque que Sombreciel soit leur ennemi. Il regrettait amèrement la liqueur, la fleur de pavot, et les bordels, bien sûr.

Melinda le mit soudain dans une situation bien compliquée lorsqu’elle déclara que, de toute manière, ils se retrouveraient à la Taverne de la Rose pour parler. Maud, méfiante, semblait accuser son mari du regard. Serenus n’avait pas le choix, il devait la rassurer, s’il voulait éviter de faire face à une Maud en colère. Le guerrier l’avait déjà vu dans cet état, et il ne tenait pas à ce que ça se reproduise. Il en avait assez de la méfiance de son épouse. Elle savait bien que son époux éprouvait pour elle une affection qui n’avait rien à voir avec de l’amour, mais cela ne l’empêchait pas de ressentir de la jalousie quand une femme s’approchait trop de lui. N’importe quoi. Il demanda donc confirmation à Melinda qu’ils n’y avaient rien entre eux. Heureusement pour lui, elle répliqua qu’il n’y avait que de l’amitié, et Serenus laissa échapper un léger soupir.

Elle poursuivit en disant qu’elle ne ferait rien pour remettre ce mariage en cause, et qu’elle n’était pas ce genre de femmes, du genre de celles qui bataillaient pour gâcher les vies de ses rivales. Elle lui dit même qu’elle pourrait faire livrer le pot de miel. Serenus secoua la tête et dit :

« - Ca ne sera pas nécessaire, ne t’inquiète pas. »

Melinda reprit, après un léger soupir, et dit que Serenus pensait qu’il était nécessaire de régler ce problème, mais que ce n’était pas à son avantage. Elle pouvait garder son amertume pour elle, si jamais Maud ne souhaitait pas qu’ils parlent en tête à tête. Elle pouvait aussi le faire devant elle, mais sans doute son épouse n’apprécierait-elle pas de voir l’amour propre de Serenus trainé dans la boue. Melinda avait dit cette dernière phrase sous le ton de l’humour, et Maud parvint à sourire. Elle regarda encore un instant Serenus, mais celui-ci resta totalement impassible. Elle finit par dire :

– Vous m’avez convaincue. Je vous fais confiance.

Elle regarda son mari pour lui faire comprendre que, si elle faisait confiance à Melinda, ce n'était pas le cas de son mari. Serenus hocha la tête et Maud se détendit.
Ariane se mit à pleurer. L’heure de son repas approchait. Serenus caressa la joue de sa fille et tenta de la calmer par des mots doux mais en vain. Quand Ariane voulait quelque chose, elle était aussi obstinée que son père. Serenus finit par dire à Melinda :

« - C’est l’heure de son repas. On se retrouve ce soir à la Taverne de la Rose ? »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyDim 17 Juin - 10:19

L’épidémie. Je ne voulais pas trop en parler. Je ne voulais même pas trop y penser. A vrai dire, je ne comprenais pas vraiment ce que je ressentais ; je le ressentais, voilà tout, et ça faisait mal. Je n’avais pas l’habitude d’avoir des sentiments aussi conflictuels et aussi forts. Depuis la mort de mon frère, j’avais toujours fait en sorte de ne tenir à rien ni à personne, afin que plus jamais rien ne puisse me blesser autant que sa disparition. Et puis j’étais arrivée à Lorgol, et j’avais rencontré Serenus, entre autres, et tout avait changé. Je m’étais retrouvée à l’apprécier avant même de me rendre compte du danger que je courais. J’étais probablement trop occupée à maudire ses manières de guerrier mal dégrossi pour m’insurger de notre amitié grandissante. Je pensais que cet homme avait compris qui j’étais. Je pensais qu’il me connaissait. Je pensais qu’il saurait… qu’il saurait prêter attention à ce que je voulais vraiment. Non, je ne voulais pas penser à l’épidémie. Je ne voulais pas me rappeler à quel point son geste m’avait été douloureux, sans même qu’il s’en aperçoive. A quel point ma propre impuissance m’avait blessée. A quel point elle m’avait… détruite.

Par chance, Serenus ne s’attarda pas sur là-dessus. Aussi étrange que cela puisse paraitre, il semblait avoir compris que le sujet était bien trop sensible pour qu’il l’aborde frontalement, ici, au milieu de la rue. Il se contenta de parler innocemment de mes abeilles – peut-être avait-il même perçu que c’était encore un des rares sujets qui parvenaient à m’égayer. Pourtant, la gêne que je percevais dans sa voix me montrait que ce n’était pas la réaction qu’il aurait préférée. En le voyant essayer d’échapper à son embarras par cette stupide histoire de piqure d’abeilles, je ressentis un léger pincement de cœur. Pauvre guerrier. Ce devait être tellement plus dur de discuter avec moi que de se jeter sur le champ de bataille… J’esquissai un demi-sourire, qui s’effaça bien vite. Etais-je pour Serenus un ennemi aussi irritant que cette abeille coincée dans son armure ? Allais-je, moi aussi, finir par en mourir ?

— Elle devait être terrifiée, cette pauvre petite, ne pus-je m’empêcher de dire d’un ton amer. Je n’ose pas imaginer passer un seul instant coincée dans ton armure, et elle y est restée jusqu’au soir ! Tu te plains d’avoir eu mal ? Cette abeille en est morte !

Je ne m’aperçus de mon animosité que lorsque les derniers mots eurent franchis mes lèvres. Je grimaçai, consciente que le guerrier essayait de faire de son mieux pour que nous ayons une conversation cordiale. J’avais conscience que la vie d’une abeille était courte et dangereuse, et que Serenus n’aurait rien pu faire pour sauver le petit insecte. Ce n’était qu’un prétexte idiot pour accuser le guerrier de quelque chose – n’importe quoi pour tâcher d’évacuer la colère sourde que je ressentais à son égard.

— Ouh, désolée, déclarai-je d’un ton que j’espérais léger, en forçant un sourire à s’afficher sur mes lèvres. Je ne m’attendais pas à être aussi agressive que ça !

Je ris doucement, comme si le sujet n’avait aucune importance, mais même à mes propres oreilles, c’était un rire qui sonnait désespérément faux.

— C’est un peu de ta faute, aussi ! poursuivis-je sur le ton de la plaisanterie. Tu m’as pris par surprise ! Qui aurait cru qu’un grand guerrier comme toi puisse laisser une petite abeille lui faire souffrir le martyr ?

Oui, mieux valait avoir l’air naturelle. Pour ça, accuser Serenus d’être faible me paraissait une excellente idée. Il avait l’habitude que je lui marche sur les pieds, de toute façon. Je ne me rappelais pas avoir eu avec lui une seule conversation où je ne l’avais pas… gentiment taquiné. Le guerrier savait déjà que j’étais en colère contre lui, et il n’y avait probablement rien dans mon animosité qui devait le surprendre. Je ne voulais pas avoir l’air d’une furie devant Maud, toutefois. Et puis, surtout, je ne voulais pas me retrouver à accuser le pauvre homme de crimes dont il n’était pas coupable. Ce n’était pas pour une simple abeille que j’étais en colère contre Serenus. Ce n’était pas pour ça que j’avais envie de lui hurler dessus. Et ce n’était pas juste que je l’accuse de ça.

La conversation se poursuivit, et je finis par annoncer à Maud que Serenus allait venir me voir, ce soir. En voyant toute la tension qui se glissa entre eux, je me demandai si je n’avais pas fait une erreur. Dans tous les cas, l’épouse du guerrier méritait de savoir où il était. Et il ne se passerait rien de déshonorant, j’étais là pour y veiller. Je proposai donc plusieurs solutions, pour que Serenus n’ait pas à venir me voir ce soir. Ce dernier m’assura que ce ne serait pas nécessaire, mais ce n’était pas son approbation à lui que j’attendais. Ce n’était pas pour lui que je proposais ces solutions, mais pour le bien-être de son épouse, pour que la confiance et la tendresse que j’avais entraperçue entre eux ne soit pas trop facilement brisée par l’amitié que je partageais avec le guerrier. Je ne me détendis de nouveau que lorsque Maud m’assura qu’elle me faisait confiance. J’esquissai un léger sourire.

— Merci. J’essayerais de vous le ramener en un seul morceau.

Enfin, peut-être pas exactement en un seul morceau. De toute façon, elle y gagnerait au change, si je le lui ramenais un peu moins idiot. J’allais poursuivre lorsqu’Ariane se mit à pleurer. Toute l’attention de Serenus fut aussitôt concentrée sur elle. C’était peut-être un idiot, mais je ne pouvais pas nier qu’il était parfois, aussi, gentil et attentionné. Il m’annonça qu’il allait devoir s’occuper du repas de sa fille, et je hochai la tête, consciente qu’il avait désormais une famille, et que je ne faisais plus partie de ses priorités. Arrête un peu de te plaindre ! siffla une partie de moi qui en avait assez de ma morosité. Ce n’est pas comme si tu voulais qu’il fasse attention à toi ! Non, certainement pas. Quand Serenus faisait attention à moi, généralement, j’en venais à déplorer le résultat. J’espérais sincèrement qu’Ariane ne serait pas frappée du même genre d’effets secondaires.

— J’y serai, affirmai-je en haussant les épaules. Tu pourras venir, si tu y tiens toujours.

Peut-être qu’il allait changer d’avis, entretemps. Peut-être qu’il allait comprendre à quel point c’était idiot de parlementer avec moi. Quelque part, je l’espérais un peu. Je saluai les époux et leur fille d’un signe de tête, et me détournai pour rentrer. Cette rencontre m’avait épuisée. Et si je n’étais déjà pas de bonne humeur avant, maintenant, je me sentais morose, triste, et une sourde colère menaçait derrière mes sourires de façade. Je notai dans un coin de mon esprit qu’il ne fallait jamais demander sérieusement quelque chose au Destin. J’avais demandé un ami pour me réconforter. J’avais bien eu un ami – enfin, plus ou moins. Mais loin de me faire oublier ma peine, sa présence n’avait fait que l’alourdir.

Je songeai que j’aurais mieux fait de garder mes distances avec tout le monde, en arrivant à Lorgol. L’amitié, c’était vraiment nul.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyJeu 21 Juin - 17:54

Par Kern... Melinda et ses abeilles. C'était vraiment le grand amour? Serenus était sur que, s'il avait été une abeille, sa demande en mariage aurait été acceptée sans l'ombre d'une hésitation. Le guerrier eut une petite moue quand la jeune femme commença à plaindre l'insecte qui lui avait fait un mal de chien lorsqu'elle l'avait piquée après être restée une journée entière coincée dans son armure. Elle lui dit que La "pauvre bête" devait être terrifiée et que, le pire dans tout ça, c'est qu'elle en était morte. Serenus leva les yeux au ciel tandis que Maud étouffa un petit rire. Entre Outreventoises, elles se comprenaient. Le guerrier était décidément malchanceux. Etre tombée sur deux femmes qui vénéraient plus le miel et les abeilles que leur propre vie n'était pas facile à vivre. Le guerrier sourit, et soupira. Melinda se rendit compte qu'elle avait du hausser le ton et elle s'excusa. Serenus secoua la tête et lui répondit :

"- C'est rien, j'ai l'habitude depuis que je te connais. Et puis, Maud est un peu pareille."

- Ce n'est pas vrai, je ne t'ai parlé que sur ce ton que quand tu as réveillé Ariane avec ton armure !  »

Serenus sourit et haussa les épaules. Depuis ce jour, Maud avait instauré une nouvelle règle. Il devait à présent retirer les pièces les plus bruyantes de son armure avant de rentrer dans la chambre. Serenus le faisait sans broncher, même si cela le gênait de devoir se déshabiller sur le perron de la porte de la chambre de l'auberge avant de pouvoir entrer. La voisine d'en face, elle, ne s'en plaignait pas, et prenait un malin plaisir à venir le saluer quand il rentrait le soir. Serenus, bien trop poli pour l'envoyer paître ailleurs, lui demandait juste de fermer sa porte, et de parler à travers elle. Le guerrier revint à la conversation qui, maintenant, concernait leur rencontre du soir à venir, et, contre toute attente, Maud déclara qu'elle faisait confiance à Melinda. Elle avait visiblement compris que la jeune femme n'avait pas pour objectif de séduire son époux, et cela la rassurait. Melinda répondit, avec un léger sourire, qu'elle essayerait de le rendre en un seul morceau. Serenus déglutit, plus si sur de lui désormais. Il allait passer un mauvais quart d'heure mais, pour Melinda, il serait prêt à tout. Il songea alors que, dans cette autre réalité où il avait été un Chevaucheur renommé, il y avait eu une autre personne pour qui il avait été prêt à tout, en plus d'Obédience. Serenus rougit violemment, et tourna la tête pour le masquer.

Heureusement pour lui, Ariane commença à pleurer. C'était l'heure du repas. Serenus parvint à se reprendre et caressa le front de sa fille avant d'annoncer à Melinda qu'ils devraient se séparer. La jeune femme lui répondit qu'elle sera à l'Auberge, s'il tenait toujours à venir. Le guerrier hocha la tête, lui sourit, et s'éloigne avec Maud. Ils revinrent dans leur propre auberge et, tandis que Serenus commandait à manger et à boire pour eux deux, Maud allaita le bébé qui, maintenant calmé, savourait son repas. Serenus ne tarda pas à revenir avec deux assiettes pleines. Il songea à Melinda, et sourit à sa femme. Il décida de lui raconter leur rencontre, et cela fit beaucoup rire la jeune femme qui manqua de s'étouffer avec un morceau de viande. Elle lui avoua, après s'être calmée, que cette jeune femme faisait la fierté de son duché.

Le soir vint beaucoup trop vite. Serenus avait longtemps tourné en rond, cherchant quoi dire, quoi faire. Il finit par embrasser sa femme et sa fille avant de partir. Sur le chemin, il acheta quelques petites bricoles aux quelques marchands qui étaient encore ouvert et se dirigea vers la Taverne de la Rose. Il marcha d'un bon pas, la tête dans les nuages, quand il arriva devant la porte. Il entra, et chercha longtemps Melinda du regard. C'est qu'elle n'était pas grande. Obédience aurait été d'une grande aide... Il finit par la repérer et se dirigea vers elle. Il s'assit à ses côtés, de sa manière un peu bourrue qui le caractérisait bien. Il resta un moment silencieux, les yeux rivés sur ses mains avant de se décider à regarder Melinda. Il sourit et lui tendit d'une main un petit bouquet de fleur. Il lui dit en souriant :

"- Pour toi... Ou pour tes abeilles, comme tu préfères. "



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyLun 25 Juin - 13:43

Je connaissais bien les mots. Je savais à quel point ils pouvaient faire mal, pour peu qu’ils soient utilisés correctement. Je n’aurais pas dû me laisser surprendre. Mais voilà, c’était Serenus, et je le croyais un peu trop maladroit pour faire usage des mots avec autant de précision. Qui plus est, il paraissait tout gentil, sous ses airs innocents, et je ne le pensais pas capable d’autant de cruauté. De même, je n’aurais pas cru qu’il soit possible de faire aussi mal de façon involontaire. Mais quand le guerrier jeta quelques mots, d’un air nonchalant, pour dire qu’il « avait l’habitude », mon cœur se serra si brutalement et si douloureusement que j’en restai silencieuse, prise par surprise par une telle attaque. Il avait l’habitude… L’habitude de quoi ? De me voir l’accuser injustement ? Que je devienne une de ces fameuses et terrifiantes « tempête-Melinda » qu’il cherchait tant à éviter ? Que je lui crie dessus pour tout et n’importe quoi ?

Je parvins à ne rien laisser paraitre de ma soudaine douleur, et à l’observer discuter tranquillement avec son épouse à propos de réveiller Ariane – ou quelque chose du genre, je n’écoutais pas vraiment. Si j’étais une femme aussi horrible, injuste et méchante qu’il semblait le penser, il devait considérer comme une bonne aubaine l’idée d’avoir épousé Maud. Elle, au moins, semblait plus calme. Un peu espiègle, par moments, ce qui n’était pas pour me déplaire. Sans doute devrais-je en être soulagée qu’ils s’accordent aussi bien l’un à l’autre. Cela me montrait bien que, s’il m’avait demandée en mariage dans cette autre réalité, ce n’était que pour le bien de ma fille. Il avait un trop bon cœur pour son propre bien, cet homme – et une manière trop maladroite et déplacée de le montrer.
 
Bientôt, par chance, Ariane se mit à pleurer, me donnant l’occasion de m’éclipser sans paraitre fuir quoi que ce soit. Je saluai d’un signe de tête Maud et Serenus, et m’en allai. Je savais que j’aurais besoin de toute mon énergie pour affronter ce qui viendrait le soir même. Le pire, sans doute, était que je ne pouvais rien prévoir. Je ne savais pas comment le guerrier allait se comporter, et comment j’allais bien pouvoir y réagir. En sa présence, c’était comme si j’échappais à tout contrôle. Habituellement, je ne faisais pas vraiment attention à ce que je disais et à comment je le disais, et ça me convenait tout à fait. Mais devant le guerrier, mes réactions étaient disproportionnées, et j’en avais conscience. Mais je ne savais tout simplement pas comment changer ça.

J’errai longtemps dans les rues de Lorgol, en espérant apaiser le mélange de peur, de peine et de fureur qui me nouait les tripes. Habituellement, la ville aux Mille Tours réussissait à me détourner de mes plus sombres préoccupations. Mais cette fois-ci, ce fut en vain. Je ne pouvais pas m’empêcher de me rappeler la rencontre à venir, et de me demander comment cela allait se passer. Est-ce que Serenus essayerait de se faire pardonner ? Se défendrait-il, lui qui n’avait fait qu’essayer de m’aider ? Est-ce qu’il aurait seulement le courage de venir ? Et si moi, je ne venais pas, comment allait-il réagir ? L’espace d’un instant, je caressai l’idée de ne pas rentrer tout de suite à la Taverne de la Rose, de passer la nuit dehors et d’attendre que le guerrier soit parti. Je secouai la tête en soupirant. Non, je ne pouvais pas faire une chose pareille. J’avais dit à Serenus que je serai présente et je comptais bien tenir parole. Le guerrier ne me pousserait pas à mentir.

J’étais donc de retour à la Taverne, quand le soir commença à tomber. Je m’installai et posai mes bras sur la table pour y appuyer mon menton. J’étais fatiguée de tout ça. Le regard perdu dans le vague, j’attendis. Je voulais qu’il vienne. Je voulais le frapper. Le couvrir d’injures. Pleurer sur son épaule. Je voulais qu’il reste chez lui, aux côtés de son épouse. Je ne voulais pas qu’il me voie dans cet état, faible, brisée, hésitante. Je voulais qu’il s’imagine que j’avais vaincu tous les stigmates de la maladie quand on m’avait donné le remède. Je ne voulais pas qu’il comprenne que, si mon corps avait été guéri, mon esprit, lui, était resté comme pétrifié, terrifié à l’idée qu’un tel état de faiblesse puisse me frapper une nouvelle fois, à n’importe quel moment, sans prévenir.

Mais Serenus vint. Je ne prononçai pas un mot tandis qu’il s’installait à côté de moi et cherchai ses mots. Je lui donnais une chance de se rattraper, de tout arrêter avant même que j’aie commencé à le couvrir de reproches. Peut-être sa première phrase allait-elle me faire rire. Peut-être qu’elle aurait un effet magique, et que, d’un coup, j’allais pouvoir voir la vie comme je la voyais avant – simple, douce, parfaite. Si un tel miracle se produisait, j’étais même prête à m’excuser pour toutes les phrases méchantes que j’avais pu lui dire, et à concéder au Destin qu’effectivement, il m’avait envoyé un bon ami. Je jetai un coup d’œil au guerrier juste au moment où il me tendait un bouquet de fleurs, un sourire aux lèvres. C’était… pour moi ? Ou… pour mes abeilles ? C’était… Mon esprit resta parfaitement vide, l’espace d’un instant, tandis que je cherchais un mot pour qualifier son geste.

C’était un geste… immonde. La fureur m’envahit, brutalement, et je me relevai d’un coup, frappant la table des paumes de mes mains. Croyait-il qu’il suffisait d’arriver, un sourire aux lèvres, quelques fleurs à la main, l’air parfaitement innocent, pour que je sois douce et conciliante à son égard ? Pensait-il que mes sentiments étaient tellement faibles et volages qu’il suffisait de quelques fleurs et d’une référence à mes abeilles pour que brutalement toute la fureur que j’avais pu ressentir à son égard se volatilise ? Je lui arrachai les fleurs des mains et leur jetai un coup d’œil assassin, comme si d’un seul regard je pouvais les réduire en cendre.

— Est-ce comme ça que tu espères obtenir mon pardon ? grondai-je en agitant les fleurs devant son nez. En me mettant en joli bouquet sous le nez ? Tu croyais que devant une si belle attention, je me dirais : « Oh, mais c’est vrai, je suis une idiote, pourquoi est-ce que j’en veux à un homme suffisamment gentil et généreux pour m’offrir des fleurs » ? Oh, mais comme tu n’étais pas certain que ton bouquet suffirait, tu en profites pour faire semblant de t’inquiéter pour mes abeilles, parce que c’est certain, dans ma vie, il n’y a probablement rien qui puisse compter plus que les abeilles !

La rage me faisait oublier tout éventuel spectateur. Il n’y avait plus que moi, Serenus, et ce maudit bouquet.

— Est-ce l’image que tu as de moi, Serenus ? Une femme si peu sûre de ce qu’elle ressent qu’un paquet de plantes colorées suffit à la rendre douce et souriante ? Quelqu’un de tellement obsédé par ses abeilles qu’il lui suffit d’entendre le nom de ses insectes pour qu’elle s’adoucisse ? Essayais-tu d’éviter d’affronter une « tempête-Melinda » – ce nom adorable que tu as donné à mes états d’âmes pour les réduire à de simples phénomènes hasardeux, dont il faut s’abriter jusqu’à ce qu’ils finissent par passer ? Est-ce que tu te préoccupes seulement de ce que je peux ressentir ? Ou est-ce que ton seul objectif est de te mettre à l’abri en espérant que la tempête ne te fasse pas trop mal ?

Je lui jetai son bouquet au visage, pour bien lui faire comprendre ce que je pensais de son cadeau.

— Mauvaise nouvelle, Serenus, parce que tu t’es trompé sur toute la ligne ! Je n’ai pas besoin de tes fleurs pour avaler mes reproches et les garder pour moi, tu sais. Si tu veux vraiment éviter une « tempête-Melinda », il suffisait de le dire ! Quelle importance de toute façon, qu’elle éclate, si rien de ce que je dis n’est écouté ? Que veux-tu que je te dise, si mes paroles ne sont rien de plus, à tes yeux, qu’un peu de foudre qui tombe du ciel – ça fait beaucoup de bruit, peut-être que ça fait un peu peur, et on espère qu’elle tombera loin de nous, mais après tout, on sait qu’elle passera vite ? Je n’ai pas accepté de te parler pour que tu considères tout ce que je dirais avec autant de mépris et d’insouciance. Alors si tu veux encore éviter la tempête, tu peux aussi bien partir maintenant !

J’aurais bien quitté le bâtiment moi-même, mais la Taverne était mon chez-moi, et il était hors-de-question que je cède un pouce de terrain. Qu’il parte donc, s’il voulait vraiment éviter ma fureur. Pourquoi même avait-il décidé de venir ? Parce qu’il pensait pouvoir me calmer ? Avec des fleurs ? Cet homme était d’une naïveté désolante. Ou d’une cruauté blessante. Je n’étais pas encore parvenue à déterminer laquelle de ces possibilités était la plus plausible.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyVen 29 Juin - 22:40

Par Kern, elle était en colère. S’attendait-il à pareille réaction ? Sans doute que oui. Il était habitué, après tout, aux humeurs de Melinda, mais peut être pas à ce point. Quand elle lui arracha le bouquet de fleurs des mains, il sursauta, surpris. Elle les agita sous son nez, en grondant que c’était comme ça qu’il espérait obtenir son pardon, qu’il croyait que de simples fleurs suffiraient à la calmer. Serenus, frappé de stupeur, la regarda, bouche bée. Elle pensait qu’il la prenait pour une idiote, mais c’était faux ! Il voulait simplement lui faire plaisir ! Le guerrier, pourtant habitué aux personnes en colère, qu’il avait appris à maitriser, se sentait nu, tout petit, vulnérable, face à la fureur de Melinda. Il la regarda, de plus en plus confus, alors qu’elle haussait le ton. Les visages des buveurs se tournaient vers eux, certains se donnaient des coups de coudes et riaient en les désignant, mais Serenus les ignora.

Melinda, elle aussi, les ignorait. Elle lui demanda si c’était là l’image qu’il avait d’elle, celle d’une femme peu sure d’elle, de quelqu’un qui se faisait facilement attendrir par des simples fleurs, de quelqu’un de tellement obsédé par ses abeilles qu’il lui suffisait d’entendre le nom de ses abeilles pour qu’elle s’adoucisse. Elle lui demanda également, s’il essayait d’éviter une autre tempête Melinda, ses fameux états d’âme que ce surnom avait suffit à réduire à des phénomènes relevant du hasard. Le guerrier, resta immobile, silencieux, comme si la foudre l’avait frappé. La tempête faisait rage, en effet, mais il se garda bien de le dire. Melinda poursuivait, lui demandant si son seul objectif était de se mettre à l’abri, pour éviter qu’elle ne lui fasse du mal, attendant que sa colère passe. Elle lui demanda s’il s’était déjà préoccupé de ce qu’elle pouvait ressentir. Serenus allait ouvrir la bouche pour répondre, mais ce qu’elle fit ensuite l’en dissuada.

Elle lui jeta le bouquet à la figure. Cela déclencha quelques éclats de rire, des ricanements, de la part des tables environnantes. Pour Serenus, ce fut très douloureux. Elle aurait pu lu envoyer des lames dans la figure, il n’aurait pas eu aussi mal que ce qu’elle venait de lui faire. Il espérait jute lui faire plaisir, la voir sourire, pas la mettre en colère. Il sentit des larmes de dépit remplir ses yeux et embrumer sa vue. Il les retint, avec beaucoup de mal. Melinda s’en fichait bien, elle lui dit sur un ton glacé et cinglant qu’il s’était trompé sur toute la ligne, qu’elle avait pas besoin de fleurs pour avaler ses reproches, et que, s’il voulait éviter une tempête-Melinda, il n’avait qu’à le demander. Elle lui fit comprendre que, de toute manière, cela ne servait à rien, vu que ses paroles n’étaient pas écoutées. Un peu comme la foudre, effrayante, mais vite oubliée. Elle lui dit enfin, que, s’il voulait éviter la tempête, et si c’était pour considérer ses paroles avec mépris, il n’avait qu’à partir maintenant.

D’accord.

Elle voulait que ça se passe comme ça. Très bien.

Serenus, les yeux toujours larmoyants, se reprit. Il fronça les sourcils, serra les poings sur la table et lui répondit, sur un ton tout aussi cinglant :

« - Tu veux que je m’excuse Melinda ? Très bien ! Excuse-moi ! Excuse-moi d’avoir voulu te faire plaisir, excuse moi d’avoir piétiné ta foutu fierté pour te sauver la vie ! Excuse-moi d’avoir employé cette expression de tempête-Melinda ! Excuse-moi de t’aimer, et d’être aussi con pour avoir cru que ça pourrait être réciproque ! Je connais rien de toi Melinda ! Tu ne m’as jamais parlé de toi, de ta famille, de ce que tu aimes ! Pas étonnant que je fasse des erreurs ! Pas étonnant que je me ramasse comme ça !   »

Il se tut et reprit une inspiration, avant de lui dire :

« - Depuis qu’on se connait, tu n’as pas manqué une seule occasion de me rappeler à quel point je t’étais inférieur ! L’autre fois, quand y’a eu les fantômes, tu m’as pris la main, j’ai cru, bêtement, que… Bref ! Après l’attaque, je suis venu voir si tu allais bien, tu te souviens ? Tu te souviens de m’avoir jeté comme si j’étais un déchet ? ! Les seules paroles gentilles que tu as eu envers moi sont venues après que tu m’ai blessé !  Je ne sais pas comment m’y prendre avec toi Melinda Alors oui ! Je crains tes colères Melinda, car je ne sais pas comment les affronter ! »

Il se rendit compte qu’il s’était levé, les poings sur la table, le regard dans celui de Melinda. Une fleur était coincée dans sa tunique, mais il ne l’avait même pas remarqué. Il se rassit, le regard noir, et lui dit en haussant le ton :

« - Puisque je suis aussi con pour avoir réussi à te faire du mal, explique moi Melinda ! Explique-moi comment je dois faire pour faire en sorte que tu n’aies plus mal ! Vas-y je t’écoute ! »



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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyMer 4 Juil - 10:23

En toute honnêteté, je m’attendais à ce qu’il s’écrase. Je pensais qu’il allait trouver un moyen d’éviter ma colère, d’une façon ou d’une autre. Très probablement, il allait essayer de jouer sa victime : montrer combien il n’avait eu que mon bonheur à l’esprit, quand il m’avait apporté ce bouquet, et combien il m’appréciait, et combien il était injuste que je sois en colère comme ça contre lui, et combien il était triste de se voir opposer tant de fureur alors qu’il était venu l’esprit plein de bonnes intentions. J’étais préparée à un tel comportement, et je savais exactement comment y répondre. Il était possible, aussi, qu’il se contente de partir – une possibilité qui me paraissait très attrayante, parce qu’elle aurait fait de moi le vainqueur incontesté de cette conversation. Mais jamais je n’aurais pu deviner qu’il allait me répondre avec autant de colère – une colère égale à la mienne, aussi forte, et tout aussi justifiée. Sa réaction me prit au dépourvu, et je le laissai parler, les lèvres pincées, les poings serrées, le visage blême.

Mais je ne mis pas longtemps à comprendre que, comme d’habitude, Serenus n’avait rien compris. Je ne voulais pas de ses excuses. Elles sonnaient faussement, durement, douloureusement à mes oreilles. Elles sonnaient comme des accusations, et des accusations qui me renvoyaient une image de moi-même puérile et tordue. Non, Serenus n’avait pas simplement « piétiné ma fierté » en me sauvant la vie. Il avait bel et bien détruit une part de moi à laquelle je tenais plus que tout, une confiance profonde envers le Destin et envers moi-même, confiance que je ne retrouverai sans doute jamais vraiment. Non, ce n’était pas simplement cette expression de « tempête-Melinda » qui me blessait, mais tout ce qu’elle impliquait implicitement – tout le mépris que le guerrier devait ressentir à mon égard pour avoir lié mon nom à une telle image. Non, ce n’était pas son amour qui me faisait peur, mais c’était l’idée qu’un jour je puisse le lui rendre, et que je commence à tenir à lui, et puis qu’il parte, comme mon frère, et que son départ ne laisse de moi qu’une coquille encore plus vide et insensée qu’auparavant.

Néanmoins, Serenus ne pouvait pas comprendre cela, parce qu’il ne connaissait rien de moi. Il avait raison : je ne parlais pas vraiment de moi. Je discutais beaucoup, de tout, de rien, et d’autre chose. A de rares moments, il m’arrivait de parler de moi-même – et ces rares moments étaient comme des étoiles filantes, il fallait être prêt à tout moment pour pouvoir les admirer, l’espace de quelques instants, avant qu’ils ne se fondent dans la nuit. Je n’aimais pas parler de moi. J’avais beau être profondément exubérante, toujours prête à me faire remarquer, il y avait une part de moi qui préférait rester prudemment à l’abri des regards. Je savais que, si je me dévoilais totalement au monde, je ne pourrais qu’en sortir blessée et meurtrie. De toute façon, depuis quand un sujet tel que « moi » pouvait intéresser les autres ? Certains, par politesse ou par conscience personnelle, faisaient semblant, et il suffisait de leur offrir quelques réponses convenues pour qu’ils soient satisfaits. Mais qui voulait vraiment aller au-delà de ces paroles conventionnelles pour chercher qui j’étais vraiment ? Personne. Croire le contraire ne serait rien de plus qu’une cruelle illusion.

Et puis, depuis quand j’essayais de rappeler à Serenus qu’il était inférieur ? Je rougis un peu, consciente que mes paroles avaient pu prêter à confusion. Il était juste… trop gentil, trop attachant. Ça me donnait envie… de reculer, et de placer autant de barrières que possible entre nous. Je voulais simplement me protéger, mais pas qu’il pense être inférieur ! N’avais-je pas dit, alors même que je refusais sa demande en mariage, qu’il était un gars bien ? N’avait-il pas compris, combien je l’appréciais ? On ne devenait pas mon ami d’un claquement de doigt. Toutes ces choses qui me faisaient peur en lui, elles m’attiraient aussi un peu, comme un insecte attiré par la flamme d’une bougie. J’étais venue chercher sa protection, lors du Festival du Seuil, lorsque j’avais peur et que la solitude d’une vie vide m’avait empli le cœur. Et je l’avais rejeté quand je m’étais senti la force de lutter par moi-même contre la cruauté de cette vie. Était-ce mal ? Peut-être. Je ne savais pas. Mais j’avais eu l’impression que c’était la meilleure chose à faire, au moment où je l’avais fait.

Tout cela, je n’étais pas certaine de pouvoir l’expliquer à Serenus – je n’étais pas même certaine de le vouloir. Comment trouver les mots pour dire tant de choses ? Comment trouver la volonté de me dévoiler à ce point ? Pendant un instant, je restai là, tremblante, les lèvres serrées, les poings le long du corps, essayant de me départager entre la peur qui me poussait à fuir et à me cacher, la fureur qui voulait frapper, déchirer, griffer, et le désir d'être parfaitement honnête et de tout dire, là, comme ça, d'un coup. Pouvais-je dire que je ne savais pas non plus comment affronter mes propres colères ? Serait-ce un mensonge ? Une demi-vérité ? Une autre façon de fuir ? Et avais-je le droit de fuir, alors qu’il s’était exprimé avec suffisamment de colère pour se lever, au milieu de sa tirade ? Non. Sans doute lui devais-je une réponse. Au fond de moi, je sentis la terreur monter, comme si j’étais une bête acculée dans un coin, obligée de se défendre.

— Je ne peux pas ! hurlai-je en levant les bras au ciel. Je ne peux pas simplement t’expliquer ça comme ça, comme s’il suffisait de te donner une liste de commandements à suivre pour éviter tous mes accès de colère ! Les choses ne sont pas aussi simples, tu sais ! La colère n’est pas aussi simple, et les relations non plus, ne sont pas aussi simples ! Je ne suis pas aussi simple, d’accord ? Peut-être qu’il existe des gens simples, ailleurs, des gens qui ne te donneront pas autant de tracas, peut-être même que Maud est une de ces personnes simples qui ne se mettent pas en colère pour rien et qui ne demandent pas d’excuses pour des idioties ! Mais moi, je ne suis certainement pas comme ça ! Je peux être blessée, être en colère, avoir peur, pour des choses qui te paraissent stupides, et je n’ai pas toujours l’envie ou le courage de dresser de grands écriteaux au-dessus de ma tête pour prévenir de mes réactions et de comment il convient de les gérer !

Je haussai les épaules, l’air complètement désabusé. Mon ton de voix se fit plus calme, mais la tourmente dans mes pensées et dans mon cœur, elle, faisait toujours rage.

— Si ce n’est pas ça que tu espères, si tu penses ne pas être capable de supporter ça – de me supporter – eh bien, qu’il en soit ainsi ! Tu peux aller les retrouver, tu sais ? Ces personnes si simples aux réactions convenues, auprès desquelles tu sais comment réagir. Je ne te l’ai jamais interdit. Peut-être même que tu serais plus heureux avec eux. Si c’est le cas, vas-y, Serenus. Va-t’en. Tu es mon ami, et si ça peut te rendre heureux, je trouverais ça bien, moi aussi. D’ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi tu es toujours là ! Tu critiques mes réactions, mes remarques te blessent, mon comportement te parait totalement incompréhensible, je suis cruelle, impitoyable et puérile, mais tu persistes à rester là ! Comme si ça signifiait quelque chose pour toi ! Comme si j’étais importante pour toi !

Je secouai la tête avec un rire incrédule, dénué de joie. Si j’étais vraiment importante pour lui, il aurait réagi autrement, lors de l’épidémie. Il ne m’aurait pas porté de cette façon. Sans tenir compte de ce que je voulais. Sans voir que je n’en sortirais pas indemne, de me voir aussi impuissante. Alors pourquoi restait-il à mes côtés ? Pourquoi était-il là ? Pourquoi faisait-il semblait de tenir à moi ?

— Mais si j’étais vraiment importante pour toi, tu n’aurais pas dit que tu ne connaissais rien de moi. Je ne parle peut-être pas beaucoup de qui je suis, mais je laisse des indices, dans mon comportement de tous les jours – parce que oui, je suis qui je suis, je ne peux pas m’empêcher ! – et tu n’y prêtes même pas attention. Je suis franche, et quand j’ai quelque chose à dire, je le dis sans détour. Tu le sais, ça, au moins ? Est-ce que je dois te le dire à haute et intelligible voix pour que tu puisses l’enregistrer ? N’as-tu pas trouvé bizarre que moi, d'habitude si franche, je ne t’aie jamais expliqué clairement mon comportement envers toi ? N’as-tu jamais pensé que j’avais de bonnes raisons de garder le silence à ce propos ? Probablement pas. Parce que quoi que tu en penses, je ne suis pas suffisamment importante à tes yeux pour que tu prennes la peine de réfléchir jusque-là.

Je baissai les yeux pour dissimuler combien j’étais proche de pleurer. Je ravalai mon émotion. A quoi serviraient les larmes, de toute façon ? Serenus ne comprendrait pas. Il n’était tout simplement pas fait pour ça.

— Tu t’en fous, n’est-ce pas, que ce soit difficile pour moi ? Difficile de dire et de montrer que je tiens à toi ? Difficile de me l’avouer à moi-même ? Tu veux l’entendre à haute voix, ça aussi ? Tu es mon ami, Serenus, et tu es quelqu’un de bien, quoique j’aie pu te laisser penser ! Je tiens à toi, oui ! J’ai même besoin de toi ! Est-ce ça que tu veux entendre ? Est-ce que tu veux que je te prenne dans les bras, aussi, et que j’abandonne toute chance de me protéger vraiment de ce que je peux ressentir pour toi ? Est-ce que ça te ferait plaisir, de me voir sans défense ?

Je m’aperçus que ma joue était mouillée, et je l’essuyai rageusement, en grimaçant. Quand avais-je commencé à pleurer ? Je ne savais même pas. C’était énervant. Ma colère retomba, presque aussitôt, et mon ton de voix avec. Je resserrai les bras autour de moi, en un geste éminemment défensif.

— J’ai peur, d’accord ? Je suis terrifiée. Je sais que ça va faire mal, je sais que ça va me blesser, et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de t’apprécier ! Tu es comme ça, Serenus, trop bien pour mon propre bien. Je sais que tu vas me décevoir, un jour, c’est inévitable. Je sais que tu vas partir, ou mourir, ou simplement prendre une décision blessante qui va me montrer à quel point tu es idiot et à quel point je suis stupide de t’aimer ! J’aimerais pouvoir te haïr, ou simplement t’ignorer, mais je n’en suis jamais vraiment capable, et ça me fait plus peur encore ! Quand je me mets en colère, ou que j’essaye de « te rappeler à quel point tu es inférieur », tout ce que je cherche à faire, c’est de me protéger ! J’essaye de me rappeler, à moi, pourquoi je veux que tu restes loin de moi, et j’essaye de te faire fuir du même coup. Mais malheureusement, ça ne marche pas.

Je n’étais pas prête à avouer ma défaite, pourtant. Je fixai Serenus droit dans les yeux, les poings serrés, la fureur brûlant toujours au fond de moi. Ma voix se fit dure, accusatrice.

— Ça va, tu es content ? Tu as obtenu tes explications, maintenant. Tu as pu allègrement piétiner ce que je voulais et ce que je pouvais bien ressentir pour obtenir ce que toi tu désirais – comme d’habitude. Et avec ça, tu prétends toujours te préoccuper de moi ? Ne me fais pas rire. Tu ne veux pas vraiment me connaitre. Tout ce que tu cherches à faire, c’est de t’épargner des efforts. Pas de chance pour toi, je crois que subir les tempêtes en baissant la tête est moins épuisant que d’apprendre à me connaitre suffisamment bien pour les éviter.

Qu’il l’avoue, donc ! Qu’il le dise clairement, que tout ce qu’il cherchait, c’était le chemin de la facilité ! Qu’il voulait juste avoir une relation cordiale avec moi ! Je m’en contenterais ! Je trouverais même ça bien. Au moins, cela aurait raison des dernières ambigüités qui trainaient entre nous. J’aurais peut-être plus facile de rester loin de lui, après ça. Plus facile de me protéger de l’affection que je sentais grandir pour lui. Du moins, je l’espérais.
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Message Sujet: Re: L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes   L'art de (ne pas) savoir parler aux femmes EmptyLun 16 Juil - 12:16

Comment faisait-elle ? Comment faisait-elle pour exprimer autant d'émotions avec sa seule voix ? Serenus pouvait sentir en elle sa colère, son désarroi, sa tristesse. Il aurait voulu tendre la main, l'enlacer pour la consoler, mais il s'en sentait incapable. Il craignait qu'elle le repousse, qu'elle lui fasse du mal sans le vouloir. Pourquoi lui, puissant guerrier, se mettait à avoir peur d'une jeune fille frêle et inoffensive ? Il n'aurait su le dire. Enfin, si, il le savait très bien, mais il ne pouvait l'avouer. Serenus se passa la main dans les cheveux. Le guerrier venait de dire ce qu'il avait en partie sur le coeur, et il savait très bien que la réaction ne se ferait pas attendre. La jeune femme haussa également le ton, et lui dit qu'elle ne pouvait pas, elle ne pouvait pas lui expliquer comme ça, comme si elle lui donnait une simple liste de choses à faire, les choses n'étaient pas aussi simples, d'après elle. Serenus fronça les sourcils quand elle évoqua Maud et le fait qu'elle n'était une de ces personnes qui acceptaient les excuses facilement après s’être énervées. Le guerrier n’aimait pas beaucoup que Maud soit ainsi mise sur le tapis, mais il se garda bien de le dire à Melinda. La jeune femme pouvait être blessée, être en colère, avoir peur pour des choses qui pourraient leur paraitre stupide. Le guerrier resta silencieux, attendant la suite.

La jeune femme poursuivit, elle lui dit que, s’il ne se sentait pas capable de la supporter, de supporter tout ça, il pouvait aller retrouver ces gens si simples, aux réactions si prévisibles. Il serait plus heureux, c’est vrai, mais il resta là, car Melinda était bien au-dessus de toutes ces personnes-là, il était celle qui, il le savait, ferait son bonheur si ça s’était passé autrement. Quand le « vas t’en » franchis les lèvres de Melinda, Serenus sentit son cœur se serrer, mais il resta assis là. Elle ne comprenait pas pourquoi il était encore là, alors qu’il avait critiqué ses réactions, ses remarques, son comportement. Elle lui dit qu’elle était cruelle, puérile, et qu’elle n’était pas importante pour lui. Serenus secoua la tête. Il sentit qu’une partie de sa colère était tombée, laissant place à une grande lassitude. Il lui dit, sur un ton beaucoup plus doux :

« - Mais tu es importante pour moi Melinda. Tu es mon amie, et, pour mon cœur, t’es bien plus encore… »

Mais elle ne le laissa pas continuer. Elle lui dit que, si elle avait été importante pour lui, il n’aurait pas dit qu’il ne connaissait rien d’elle, car elle laissait des indices, dans son comportement, dans sa manière de parler. Il baissa la tête. C’est vrai, il n’avait pas fait attention. En même temps, il n’était pas très doué avec les relations humaines. Il avait beaucoup de mal à interpréter ce que pouvait signifier les postures, les tons employés, ou les comportements. Il avait juste appris à se méfier de ceux qui pouvaient se montrer violent. Il savait reconnaitre les personnes qui pouvaient passer à l’attaque rien qu’à leur regard. Mais déterminer s’il avait fait du mal à une personne, s’il l’avait rendu triste, ça, c’était plus difficile pour lui. Le guerrier se sentait honteux. Melinda était à deux doigts de pleurer, par sa faute. Il faisait pleurer Melinda. Il allait s’excuser quand il se rappela qu’elle ne l’accepterait pas.

Il resta silencieux, les yeux rivés sur ses mains. Melinda lui demanda s’il s’en foutait, que ce soit difficile pour elle. Difficile de lui montrer qu’elle tenait à lui. Elle lui demanda s’il voulait l’entendre à haute voix. Serenus secoua la tête. Son cœur battait la chamade. Elle lui répéta qu’elle avait besoin de lui, qu’elle tenait à lui, puis lui demanda s’il voulait qu’elle le prenne dans ses bras, la laissant ainsi, sans défense. Le guerrier releva la tête, se demandant pourquoi elle disait ça. Il finit par lui répondre :

« - Mais pourquoi ?  Pourquoi tu penses que tu vas perdre tes défenses si je te prends dans mes bras Melinda ? Tu es une femme forte, quoique tu puisses en penser. Tu es bien plus forte que toutes les personnes réunies dans cette salle. »

Elle pleurait, et Serenus, la voyant ainsi, sentit ses propres larmes monter à ses yeux, brouillant sa vision. Il les essuya, du bout du pouce. Elle resserra ses bras contre elle, et il comprit que cela ne servait à rien. Elle ne voudrait pas de son affection, préférant se renfermer sur elle-même, protégeant ses maigres défenses. Elle lui avoua qu’elle avait peur, car elle l’appréciait. Selon elle, il était trop bien pour son propre bien, et il allait la décevoir. Il allait partir, mourir, ou prendre la mauvaise décision, ce qui la laisserait plus seule qu’avant. Quand elle lui dit qu’elle était stupide de l’aimer, Serenus releva la tête. Elle l’aimait ! Kern, Mirta, et tous les dieux du Panthéon soient loués ! Mais sa joie intérieure laissa place au doute. Elle l’aimait oui, mais comment ? Comme un frère, un ami ou… Plus encore ? Il se garda bien de le lui demander, ne voulant pas se prendre une gifle parce qu’il s’était montré inconvenant. Elle aimerait pouvoir le haïr ou l’ignorer mais cela lui faisait peur également, car elle n’en était pas capable. Elle essayait de se rappeler pourquoi elle voulait qu’il reste loin d’elle, mais cela ne fonctionnait pas.

Serenus franchit le pas. Il tendit la main, et la posa sur la sienne. Elle lui demanda s’il était content, s’il voulait toujours se préoccuper d’elle. Elle lui demanda s’il voulait passer par la faciliter et avoir juste relation cordiale avec elle. Il secoua la tête et lui dit :

« - Non Melinda…Je ne veux pas que tu penses ça de moi. J’suis pas très intelligent, tu le sais bien, et je t’ai encore blessé sans le vouloir. A croire que je suis fait que pour ça. Tu sais, en tant que guerrier, on nous apprend à passer par la voie la plus rapide. Quand quelqu’un s’énerve, s’il refuse de se calmer, soit on l’envoie paitre, soit il finit par terre… Mais avec toi, j’sais pas… C’est tellement différent. Je ne veux pas la solution de facilité Melinda. Je ne veux pas échanger de simples formalités avec toi. On est bien au-dessus de ça, après tout ce qu’on a vécu. »

Il se tut, et se prit la tête dans les mains, conscient qu’il disait n’importe quoi. Il reprit :

« - Par Kern, je suis en train de m’enfoncer encore plus ! J’suis en train de te faire pleurer, de te faire mal. Je t’ai fait mal quand t’étais malade, et j’ai été incapable de m’en rendre compte. Tout ce que j’voulais, c’était que tu vives, que tu continue à sourire, à rire. Mais j’ai tout gâché. Ce que tu penses de moi… Tout est sans doute vrai. Je veux apprendre Melinda, je veux faire des efforts pour te garder à mes côtés. Je veux t’aimer Melinda, et ne plus craindre de te blesser encore… Est-ce que… Est-ce que tu veux bien me laisser une dernière chance ? »

Melinda se taisait, les larmes aux yeux, les yeux rivés sur la table. Serenus baissa la tête, puis hocha la tête, les lèvres pincées. Il avait compris. Elle avait peur, peur de s'attacher à nouveau. Elle avait peur de revivre ce qu'elle avait vécu avec le décès de son frère. Il lui fallait peut être un peu plus de temps, pour réfléchir seule. Serenus, lui, n'avait pas ce temps. Il gagnait en âge, avait une fille qui grandissait. Si Melinda ne voulait pas, tant pis. Il en aurait le coeur brisé, mais il s'en remettrait. Avec Maud et sa fille à ses côtés, il remonterait la pente, et deviendrait un homme meilleur. Il se leva et dit à Melinda :


"- J'ai compris. Comme tu voudras Melinda. Si jamais tu ressens le besoin de parler à un ami, tu sais où j'habite."

Sur ces mots, il embrassa Melinda sur sa joue trempée de larmes et quitta la Taverne. Une fois dehors, il se dirigea d'emblée vers une ruelle vide. Il s'adossa contre le mur, à l'abri des regards indiscrets, et laissa ses propres larmes couler. Il avait terriblement mal. Mal au coeur, son coeur brisé. Melinda avait été celle qui l'avait fait battre pendant presque deux ans, et, d'une simple dispute, cet amour était parti en fumée. Serenus se dit qu'il ne devait malgré tout pas se morfondre. Melinda trouverait l'homme qui lui correspondrait, et lui, il regarderait sa fille grandir aux côtés d'une épouse qui l'aimait et que lui, avec le temps, apprendrait à aimer à son tour.



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