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 Un mot de trop

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La Noblesse
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Martial de Bellifère
Martial de Bellifère

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J'ai fait allégeance à : Bellifère avant tout, Ibélène mais non l'homme sur son trône.
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Message Sujet: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyVen 5 Jan - 23:30


Livre III, Chapitre 1 • D'Accord et de Chaos
Séverine de Bellifère & Martial de Bellifère

Un mot de trop

Où les gens dépassent les bornes (et où Martial, décidément, tient à sa femme)



• Date : 24 janvier 1003
• Météo (optionnel) : Il fait doux dehors, malgré le vent froid qui souffle par intermittence.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Bellifère est la nouvelle terre de Séverine depuis maintenant onze mois. Onze mois de trop, selon bien des gens. Onze mois durant lesquels elle aurait largement du concevoir. Le peuple ne la porte pas dans son coeur, et l'un des plus proches conseillers du duc confronte Martial à cette situation, l'enjoignant à la répudier... Conversation que l'intéressée surprend.
• Recensement :
Code:
• [b]24 janvier 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3206-un-mot-de-trop]Un mot de trop[/url] - [i]éverine de Bellifère & Martial de Bellifère[/i]
Bellifère est la nouvelle terre de Séverine depuis maintenant onze mois. Onze mois de trop, selon bien des gens. Onze mois durant lesquels elle aurait largement du concevoir. Le peuple ne la porte pas dans son coeur, et l'un des plus proches conseillers du duc confronte Martial à cette situation, l'enjoignant à la répudier... Conversation que l'intéressée surprend.



CE BÉBÉ EST MORT À L'APOCALYPSE.
(Je suis fun, joie et amour)




Dernière édition par Martial de Bellifère le Ven 5 Jan - 23:39, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyVen 5 Jan - 23:38

Décembre était passé douloureusement, en Bellifère. Non seulement avec le décès de l'empereur Augustus, qui restait descendant du duché de la guerre même s'il était depuis longtemps considéré comme digne représentant de l'empire dans son ensemble : la lignée ducale le considérait, sans aucun doute, comme un valeureux guerrier et un digne dirigeant, qui avait su au fil des ans garder la tête haute et répondre aux besoin de son empire sans faillir. Et Martial avait des doutes sur la succession, mais ces doutes seraient sûrement infirmés... Du moins l'espérait-il.
Décembre, également, ou tout du moins la fin de novembre avait vu la libération d'un mal que tous pensaient oublié. La Chasse Sauvage était libre, libre d'arpenter Arven et de terroriser les terres de tous les duchés, y compris celui des fiers guerriers. Cette nouvelle avait été mal accueillie par le duc aux problèmes de sommeil récurrents et au caractère orageux, toujours soucieux de protéger ceux qui étaient sous sa juridiction.
Décembre, enfin, avait vu l'arrivée de la trêve hivernale, et ç'avait été, pour Bellifère, une nouvelle plus ou moins mal accueillie. Si tout guerrier rêvait de gloire et de s'illustrer sur le champ de bataille quitte à y mourir, si le duché respirait et vivait pour le sang et la fureur guerrière, les hommes ne désiraient rien de plus, passé un temps, que de se sortir de toute cette violence au risque de perdre la raison.

Depuis décembre, le caractère de Martial s'était considérablement détérioré. Si, fin novembre, il avait eu pour tout le monde et pour sa femme quelque regain de sympathie et un léger assouplissement de son traitement la concernant - une fois ou deux, il s'était même laissé aller à lui demander comment elle se portait. Et il lui avait souri. -, les tristes nouvelles de la fin d'année avaient su effacer cette légère faiblesse. Il en était revenu à la garder enfermée, à ne plus se préoccuper d'elle plus que pour un rapport conjugal à la limite de la violence et de l'irrespect. L'urgence de la situation.
Il s'énervait de plus en plus facilement, agacé par simplement une respiration, un mauvais mot. Même Ermengarde qui avait jusque là réussi à le tempérer dans ses plus horribles accès de fureur s'avouait incapable de le calmer, elle qui de temps en temps apparaissait au conseil.

Beaucoup auraient mis sur le compte d'un gamin immature incapable de tolérer que son jeu de guerre se soit arrêté, et qui rongeait son frein en attendant qu'enfin la trêve s'achève. La vérité était toute autre. Il s'inquiétait, Marti, pour les autres. Pour ceux sur ses terres, pour ceux dans son palais, pour sa grand-mère et même pour sa femme. Mais les heures sombres, encore plus sombres que la guerre, ne lui permettaient pas d'exprimer ceci. Il devait être fort.
Peu importait qu'ils le haïssent, tant qu'ils restaient en vie.

Il sortait à peine d'un conseil particulièrement assommant - de sombres nouvelles assorties d'histoires qui n'auraient, de toute manière, aucune influence sur la politique du duché mais qui se devaient d'être connues du duc -, quand un homme l'interpella, depuis l'intérieur de la salle.
"Votre Grâce, pourrais-je vous parler ? Il s'agit d'un problème important."
La salle commençait à se vider, et mis à part quelques personnes qui, sur le regard gelé du duc, s'éclipsèrent bien vite, ils étaient seuls. Martial n'avait même pas pris la peine de se relever.
"Je vous écoute. "
Une inspiration, de la part de l'homme quelque peu trapu en face de lui. Septimus des Falaises-d'Ocre, dernier arrivé du conseil qui venait de se réunir, avait été pendant plus de huit ans l'un de ceux qui avaient été aux côtés de Martial, le forgeant en l'homme qu'il était aujourd'hui. Un de ses confidents, et un des bellifériens dont le duc s'inspirait secrètement.
C'était tout naturellement que, dès le début de son règne, le blond avait pris soin de se séparer de la femme que l'ancienne duchesse avait nommée aux affaires familiales - vaste blague - , pour y poser l'ancien général. Quoi de mieux que le septième fils d'un septième fils, qui en avait lui-même cinq ?

" Vous connaissez mon attachement sans faille à notre duché, ainsi qu'à votre famille, et à vous-même. Ma nouvelle fonction veut que je prenne en compte toute naissance sur notre sol... " Il se demandait justement à quoi il servait. Les sourcils légèrement froncés, Martial se pencha en avant, son regard se portant vers la porte entrouverte qui menait directement à l'artère reliant son bureau à ses appartements, et ceux de sa femme. "Oui, je sais ce que vous faites parmi nous. "
Il était bien mal à l'aise, en face de lui. "Les naissances, ou leur absence. Dans un mois, cela fera un an que vous avez enlevé la ... duchesse. "
Martial se tendit encore un peu plus. Septimus savait qu'il pouvait lui parler de tout. Après tout, ne lui avait-il pas tout enseigné ? Il sentait son dégoût, profond, pour elle.
"Les résultats ne sont pas là, altesse. Un héritier devrait être en route, si ce n'est né.
- Oseriez-vous insinuer mon impuissance ? " Le duc aux yeux cernés se pencha vers lui. Acier.
"Jamais. Non, la faute vient uniquement de votre épouse. Elle est, vraisemblablement, stérile en tout point.
- Attention à ce que vous dites.
- Juste la vérité. Je vous parle là comme le précepteur et le confident que j'ai été, sans peur. Elle n'est visiblement qu'un poids à votre cheville, qu'il vous faut tracter et qui vous entrave dans la bonne gestion des affaires de ce duché. Sans compter son indécence connue de tous, qui attire sur vous une honte sans pareil. Ce n'est pas là la ...femme d'un duc de Bellifère. Je vous en conjure, vous savez quoi faire. "

Martial commençait à bouillir, intérieurement. Et extérieurement, aussi. Il avait beau connaître et traiter comme l'un de ses plus proches conseillers l'homme en face de lui, celui-ci commençait à dépasser les limites.
"De quel droit vous jugez-vous apte à décréter la stérilité de votre duchesse ? " questionna l'homme, faussement calme, en se levant. Le calme avant la tempête.
"Ce n'est pas qu'une question de stérilité, votre Grâce, la décence à la cour...
- Je suis seul juge concernant ma cour. De plus, il ne me semble pas que cela soit de votre ressort." Il appuyait sur les mots, penché vers lui. "Je suis également seul juge en ce qui concerne ma femme. Ce qu'elle fait, ce qu'elle porte, ce qu'elle respire, passe par moi et uniquement moi. En conséquence, lorsque vous l'accusez, c'est moi que vous accusez. "


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Séverine de Bellifère
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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyLun 15 Jan - 14:38

Il y avait beaucoup trop longtemps que Séverine était enfermée entre les murs du palais ducal de Bellifère.  Beaucoup trop longtemps qu'elle faisait semblant d'être ce qu'elle n'était pas et ne serait jamais.  Elle était lasse, avant même la fin de la première année de leur mariage, alors qu'il en restait sûrement une multitude d'autres.  Être duchesse n'avait rien d'extrêmement palpitant, surtout dans le duché de la guerre, surtout là où elle ne servait à rien sauf soulever la critique populaire pour rester toujours aussi fine et élancée, toujours aussi jeune et belle, sans montrer le moindre signe qu'elle faisait enfin ce pourquoi elle était née – selon, bien évidemment, les masses populaires locales ainsi que les personnes d'importance modérée – procréer.  Pourtant, ce n'était pas faute de la part du jeune prince désormais duc d'essayer.  Les visites à sa couche n'avaient pas manquées et auraient certainement dû avoir leur effet depuis le temps.  Cependant, Séverine s'assurait de son côté que cela ne fonctionnerait pas en ingurgitant diverses potions supposées être des toniques, des toniques dissimulant ce qu'elle croyait l'aider à se préserver d'enfanter.  Ce n'était vraiment pas le moment d'être enceinte.  Elle avait beaucoup de choses beaucoup plus importantes à traiter que les pleurs agaçants d'un enfant – si on lui permettait même d'être en présence du mioche.  Elle en doutait, mais la pensée de neuf mois à devenir de plus en plus disgracieuse, gonflée comme un gros ballon. Ça en plus de tous les autres désagréments de la grossesse.  Oui, elle et Martial – bien que ce fut inconscient de sa part – se portaient beaucoup en n'ayant pas d'enfant.  Toutefois, il fallait faire évoluer leur relation.  Enfin, ce n'était pas exactement le motif principal de Séverine alors qu'elle se rendait à travers leurs appartements vers la salle où on l'avait informée que Martial venait de tenir un conseil.  Peut-être qu'ailleurs que dans son bureau, pourraient-ils parler avec moins d'hostilité?

En s'approchant, elle entendit une voix masculine qui répondait à son époux.  L'espace d'un instant, elle songea retourner sur ses pas : devant quelqu'un d'autre, Martial serait certainement peu ouvert au dialogue et Séverine n'était pas sotte au point d'essayer de le défier en public.  Cependant, la curiosité l'entraîna quelques pas plus loin et l'attacha au dos de la porte lorsque la conversation lui fut assez claire pour qu'elle comprenne qu'ils étaient en train de parler d'elle.  Et pas en bien.  En même temps, y avait-il quelqu'un pour dire un bon mot à son sujet dans ce palais?  Peut-être Ermengarde, mais elle ne se faisait pas de grands espoirs à ce sujet non plus.

Elle fut surprise toutefois d'entendre… est-ce que Martial était réellement en train de prendre sa défense?  Elle se pencha un peu plus vers la porte pour ne pas en perdre une miette : n'était-ce pas lui qui l'accusait quelques mois plus tôt d'exactement la même tare?  Séverine était beaucoup trop étonnée pour faire attention à la discrétion.  Bien évidemment, il n'était jamais parfaitement galant avec elle, ses explications quant à tout ce qui la concernait et relevait de son seul pouvoir – environ tout de la vie Séverine donc et même ce qu'il ne contrôlait pas vraiment – mais il prenait réellement sa défense.  Pour quelles raisons?  Était-ce en lien à sa promesse de ne pas la remplacer?  Il lui avait dit qu'un enlèvement, ça comptait.  Même s'ils ne s'aimaient pas.  Et elle ressentait un vif soulagement à l'idée de savoir que…  ce n'était pas que des mots qu'il lui avait dit à elle, dans un tête à tête, et que même devant les conseils des siens il était prêt à tenir sa parole.

Ce manque de prudence causé par cet émoi cependant contribua à ce qu'elle poussa un peu trop sur la porte qui n'était pas bien fermée et s'ouvrit, découvrant alors aux deux hommes sa présence.  Bien que rougissante, elle reprit rapidement sa contenance sous laquelle elle cachait l'émotion, mais aussi la colère.  De quel droit cet homme osait-il la critiquer?  Si elle n'avait pas le désir de remercier les propos de Martial, elle aurait laissé éclater sa rage avec toute la passion dont elle était capable.

« Oh…  Je croyais…  On m'avait dit que votre conseil était terminé.  Je ne voulais pas vous interrompre dans votre conversation, » lâcha-t-elle en feignant sans gêne la surprise.  Elle était rarement obéissante et docile, le rôle de la femme soumise ne lui allait pas bien, mais elle pouvait au moins sauver la face de Martial en faisant semblant alors qu'il venait de redorer son image à elle.  Enfin, redorer sans convaincre son interlocuteur très forcément.

« Je reviendrai plus tard, » ajouta-t-elle en prenant un pas vers l'arrière.  Elle s'inclina dans une révérence élégante, mais légère.








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyJeu 18 Jan - 15:57

L'ambiance dans la salle, d'une écoute calme et agréable, avait lentement dérivé à quelque chose de plus tendu. De littéralement froid, coupant comme les lames qui attendaient dehors. Pas d'armes dans l'enceinte de cette salle, pas plus que dans son bureau. L'histoire connaissait bien assez les malheureuses glissades de ces dernières, après quelques entrevues mouvementées. Il en allait de la survie de tous de ne pas amener à la table des négociations une arme. Ceux refusant de s'y plier ne trouvaient jamais leur chemin jusqu'à ladite salle, les portes leur restant obstinément closes. On ne plaisantait pas avec ce genre de traditions.
Un instant, Martial crut qu'il pourrait avoir le dernier mot. Que le comte comprendrait, en face de lui. Le jeune homme tenait à lui, tout de même, malgré cet éclat : en aucun cas celui-ci ne jugeait sa politique ou sa propre fertilité, et sans doute ne voulait-il que son bien ! Mais il s'emportait bien trop facilement.
Et personne, absolument personne, n'avait le droit de juger de la manière dont il se comportait avec sa femme.

"Je ne cherchais en aucun cas à vous insulter, altesse. Mais il vous faut vous rendre à l'évidence que sa présence ne sera jamais acceptée, que l'alliance nouée par l'ancienne duchesse ne peut tout expliquer. Vous êtes seul juge à votre cour ; permettez que je vous aide à c--"
La porte s'ouvrit dans un léger grincement, coupant net la discussion qui aurait pu risquer de s'envenimer rapidement. Les deux hommes tournèrent net leur regard vers l'intrus... Ou intruse, dans ce cas. Surprise dans le regard de son époux. Dédain et presque dégoût dans celui de Septimus.

Il ne la croyait pas. Ca se voyait dans la légère inclinaison de sa tête, respect des convenances oblige, que le frère du comte des Falaises-d'Ocre ne la croyait pas le moins du monde. Martial, en revanche, ne semblait pas sauter à la même conclusion que lui. Elle aurait pu entendre. Ce qui l'étonnait fortement, c'était qu'elle n'en dise rien.
"Restez. "
Les yeux de son ancien interlocuteur se firent surpris. Mais Martial continua sur sa lancée. "Nous avions terminé. "

"Votre Grâce..."
Il lui coula un regard assassin. Gelé. "J'ai dit. Il n'est et ne sera jamais question de briser cette alliance. " Parce qu'en face, il y avait un dépravé fou qui pourrait blesser Madeleine. Parce que Séverine avait été enlevée et que, malgré l'état désastreux dans lequel il s'était trouvé en découvrant un drap intact, elle restait sa femme jusqu'à ce que la mort en emporte un. Elle finirait par lui donner un héritier, il en était persuadé.  
Vexé, et à la limite de la fureur, le curieux personnage un peu triste sur les bords leur offrit un salut des plus protocolaires avant de sortir.

Comme vidé, un instant, de son énergie, Martial se rassit de lui-même sur la haute chaise où il avait l'habitude de prendre place. Beaucoup l'auraient dit faible. Il fallait cependant une forme de force, un courage inavoué qu'il rêvait de posséder, pour tenir tête à celui qui avait posé les bases de votre éducation. Il poussa un soupir, retenant l'envie d'étendre ses jambes comme un enfant, pour garder un semblant de dignité devant son épouse.
Enfin, si elle avait entendu ses mots, cette dignité était probablement en miettes.
"Vous vouliez ? "
Il y avait de la fatigue dans son regard, mais certainement pas de la haine. Il était loin, le temps où il pouvait la couver de ces oeillades meurtrières rien qu'à sa présence. Maintenant, elle ne lui faisait plus rien.


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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyLun 29 Jan - 9:46

Séverine ressentit une sensation étrange dans ses joues.  Ou plutôt c'était une sensation familière, celle du sang qui y affluait, mais ce n'était pas quelque chose de relié à son époux de façon générale.  Ça devait être la fatigue générale.  Une trêve avait été signée, mais cela n'avait pas écarté tout travail, toutes inquiétudes.  Ce n'était certainement pas dû au fait que Martial prenait sa défense contre l'un de ses conseillers.  Il ne la jetterait pas à la rue.  Curieusement, cela l'emplissait d'une certaine joie, pas simplement d'un sentiment de sécurité.  Depuis quand ne désirait-elle plus quitter le palais ducal d'Hacheclair?  Autrefois ses rêves n'étaient-ils pas tous tendu vers l'envie de fuir, quitter cet endroit qu'elle trouvait morbide.  Chercher refuge ailleurs.  Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas élaboré de plan pour s'échapper.  À son arrivée, en dehors de la haine qu'elle éprouvait envers Castiel, rien d'autre n'occupait autant son esprit.  C'était une étrange sensation qui lui causa un drôle de vide dans la poitrine, mais pourtant, ce creux semblait également se remplir d'autre chose.  Rejetant avec fermeté ces impressions mensongères, ce ne pouvait être vrai, elle reprit la maîtrise d'elle-même.  Elle ne resterait dans ce palais qu'aussi longtemps qu'elle ne le désirerait et que cela lui serait utile.  Le jour où elle n'aurait plus besoin de Martial, elle mettrait les voiles.  Elle avait d'autres choses plus importantes à faire que de régner sur un duché.  D'ailleurs, elle ne s'était encore jamais réellement intéressée aux affaires du peuple et si quelconque aide avait été apportée en son nom, ce devait être l'oeuvre de Prudence plus que de Séverine elle-même.  Elle qui n'aimait pas Bellifère, pourquoi ferait-elle l'effort de s'intéresser à lui.  Plus encore quand Bellifère ne l'aimait pas, elle.  Elle se rappela donc à elle-même parce qu'elle avait un but en venant rejoindre son époux et ce n'était pas celui d'épier ce qui se disait au conseil : il y avait longtemps qu'elle avait abandonné cette pour son élévation personnelle.

À la voix de son époux qui le demandait donc le motif de sa visite, Séverine s'avança de quelques pas.  Elle avait préparé sa requête pendant quelques jours avant d'oser faire face à son époux.

« Eh bien…  En toute vérité, j'aurais une requête à vous poser. »

Elle s'efforça de ne pas ciller.  Elle ne discernait pas de haine dans le regard de Martial, il ne semblait pas indisposé à son égard, mais peut-être le moment était-il mal venu alors qu'il venait de prendre sa défense contre un homme qui l'avait élevé lui aussi à sa manière.  Était-ce la première fois que ce genre de conversation avait cours?  Peut-être pas.  Combien devait-il en coûter à son mari de parler d'elle de cette façon?  Était-ce en raison de cette promesse qu'il lui avait faite.  Ne venait-il pas déjà de lui accorder une faveur en parlant pour elle?  Peut-être devrait-elle revenir plus tard.

Non.

Elle avait attendu assez longtemps.  Trop longtemps.  Elle ne pouvait pas reculer, pas maintenant.  Elle voyait un refus comme l'issue la plus probable de cet entretien, mais avait-elle vraiment d'autre choix que celui-là?  Non.  Le seul moyen d'obtenir ce qu'elle désirait, c'était d'en parler directement au duc et laisser le reste dans le giron des dieux.  Rapidement, elle adressa une prière à Valda dont elle était la fidèle disciple.

« Je… Eh bien… Vous savez, j'ai reçu une formation à l'Académie de Magie et du Savoir en astronomie.  Ce n'est certainement pas un domaine qui doit vous intéresser, regarder les étoiles pour tracer leur position sur le papier c'est une lubie beaucoup trop féminine pour vous, j'en conviens. »

Il lui coûtait de diminuer son savoir de la sorte, mais si elle présentait son sujet d'étude comme quelque chose de sérieux, elle était persuadée de voir les portes se fermer encore plus devant elle.  Elle se tordit les mains dans un geste inconscient.  Peut-être vaudrait-il mieux laisser tomber l'idée et tenter une approche une prochaine fois.  Elle baissa les yeux, n'osant pas croiser le regard Martial, car si elle y voyait une lueur de fureur, elle perdrait tout courage et cette fois elle était déterminée.  Elle ne devait pas quitter cette pièce avant d'avoir obtenu ce qu'elle désirait.  Ou tout du moins une promesse, une assurance qu'elle l'obtiendrait un jour.

« Il y a près d'un an que je n'ai pas pu faire d'observation sérieuse des astres.  Bellifère a une condition climatique parfaite pour observer les étoiles, elles devraient être bien visibles, mais… je n'ai pas d'endroit où le faire et dans mon déplacement entre Lorgol et Ibelin, certains de mes instruments ont été perdus… »

Elle s'arrêta là, sans oser en parler plus.  Un mot de trop et elle se ferait congédier sans plus de cérémonie.  Elle attendait là, dans une attitude soumise, que son destin change peut-être un peu.








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyDim 4 Fév - 1:41

On ne songeait pas assez à combien Martial avait changé, depuis Svaljärd. Combien, depuis son accession au trône, celui-ci lentement semblait migrer vers un être plus troublé. Certain, auparavant, de la supériorité des hommes - et s'il restait persuadé qu'ils l'étaient, là n'était pas la question -, il lui arrivait de remercier secrètement l'éducation de sa grand-mère. De remercier d'avoir eu des femmes dans sa vie, avant Séverine. Encore qu'elle n'ait, dans sa vie, qu'une place encore secondaire. Il n'était pas faible. Il était seulement préoccupé. Préoccupé pour le bien-être d'un monde où d'autres telles que Madeleine pouvaient exister. Pour un duché où les femmes, dans le peu de vie qu'elles avaient, avaient au moins le droit de vivre.
Que l'on s'entende : il ne s'agissait pas de leur donner des droits ! Idée stupide ! C'était comme leur demander leur avis : une perte de temps. Néanmoins, seul, Martial quelquefois se demandait si... Enfin... Si certaines femmes ne gagneraient pas à sortir de l'ombre. Juste comme ça. De fausses femmes, bien sûr, comme la Voltigeuse ! Des femmes rêvant d'être hommes.
Non. Mauvaise idée.
Mais idée qui ne l'aurait pas effleuré s'il n'avait pas été confronté à des situations particulières. Et puis quelquefois, un point de vue avisé féminin pouvait débloquer la situation : Ermengarde en était la preuve. Bien que le Conseil, quelquefois, soit contre ses idées - surtout le général des armées. Martial ne l'aimait pas spécialement -  sans le dire ouvertement, si le Duc entérinait la proposition...

Enfin bon. Martial changeait. Il restait, à certains égards, un enfant. Mais un enfant d'autant plus dangereux qu'il pouvait évoluer et réfléchir. Que ses colères changeaient d'axe et devenaient d'autant plus ravageuses et imprévisibles. Et puis, lui dont le duché était si fier de ses traditions, pourquoi se targuer de vouloir changer et devenir quelqu'un d'autre ? N'était-il pas Martial de Bellifère, duc du duché de la Guerre, déjà parfait en tout point ?
Il fallait croire que non. Déjà, rien que sa femme gâchait cette perfection.
Il pencha légèrement la tête, l'invitant à continuer pour formuler sa requête. Il était déjà à moitié sûr de la refuser, mais bon. Laisser une chance était humain. Sans un bruit, il écouta ce qu'elle lui disait. Une main sur l'accoudoir, l'autre pendant légèrement dans le vide par dessus l'autre bras du siège, son front se plissait légèrement à chaque mot.

C'était vrai que Castiel, non content de lui voler sa cousine pour lui faire subir mille sévices de dépravés, ainsi que son ancienne promise, lui avait en plus refilé une savante. C'était plus drôle qu'une pauvre cruche vide et sans saveur qui aurait en plus eu le malheur d'être infertile - comme tout le monde dans ce duché de dépravés, selon Martial -.
Elle évitait son regard. Elle savait qu'il allait dire non. Moins stupide qu'elle n'en avait l'air, mais, comme remarqué plus d'une fois, la duchesse jouait des apparences. Et, comme appuyé par elle-même, elle était loin d'être idiote.
"En somme, vous voulez un endroit où vous pourriez vous installer pour ... Je ne sais quoi."
Sa main se porta à son menton, son index replié caressant ses lèvres alors qu'il réfléchissait. Enfant, il avait échappé à la surveillance des précepteurs avec Madeleine plus d'une fois, pour aller se réfugier dans les recoins du palais. Il en connaissait tous les recoins, abandonnés ou non.
Il y avait une pièce, grande, un peu encombrée - ancienne salle d'armes, supposément -, dans un des étages supérieurs. La porte était en général verrouillée. Martial, cependant, se souvenait bien d'y avoir été plusieurs fois avec sa cousine. Des grandes ouvertures, plus grandes que certaines fenêtres, qui laissaient voir la plaine qui s'étendait, en contrebas, là où Hacheclair dominait Bellifère. Là où il n'y avait personne.
De là où, à la nuit, ils pouvaient voir les étoiles même si, gamins, il n'y connaissaient encore rien.

"D'un point de vue hypothétique. Je n'ai pas dit oui." Il posait bien les choses, clairement. Qu'elle n'ait rien à y redire Ses mains se croisèrent, alors qu'il se rajustait sur le siège. "De ce point de vue-là, donc... Quelle surface vous faudrait-il ? "
Ce n'était pas un oui. Mais pas non plus un véritable non. Même un disciple fervent de Kern ne pouvait, décemment, offenser Alder. Le Savoir guidait les pas de tous les habitants de l'Empire.
Oh, ça allait parler. Mais ce n'était pas pour sa femme qu'il faisait ça : c'était pour le Savoir.
"Vous avez le don d'être excessivement compliquée à gérer, vous savez ? " souffla-t-il. Jamais Bellifère n'accepterait une femme Savante. Même en duchesse.
Et pourtant, il le faudrait bien.


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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyVen 9 Fév - 15:03

Séverine hocha doucement de la tête.  Elle savait qu’il était inutile de lui expliquer réellement ses motifs bien que cette fois ils fussent entièrement honorables.  Il ne servirait à rien pour son combat d'entrer dans les moindres détails, de lui démontrer la noblesse de cette science qu’elle avait fait sienne et qui la faisait vivre de passion.  Non elle ne devait pas fournir plus d’explications à ce sujet.  Simplement décrire la chose comme étant un loisir de femme était ce qu’il y avait de mieux à faire.  De toute façon, elle-même ne croyait pas au succès de son entreprise et elle se doutait bien qu'il le savait très bien.  Il savait sûrement, le pressentait bien.  Pourquoi lui accorderait-il le loisir de s’adonner à un passe-temps qu’il considérait avec tant de dédain et de mépris.  Un léger hochement de la tête pour indiquer qu’il comprenait bien sa requête.  Humilité.  C’était ce sentiment si loin de sa personnalité naturelle qu'elle tentait de transmettre.  Tête baissée, elle feignait de contempler ses mains tandis que du coin de l'oeil elle guettait les réactions qui apparaissaient discrètement sur le visage de son époux.

Elle ne put s’empêcher de trahir une expression de surprise en entendant les propos de Martial.  Il n’avait certes pas dit oui, elle le savait bien, mais le simple fait qu'il puisse envisager hypothétiquement la chose était un baume infini sur son cœur.  Elle ne croyait pas qu’il puisse être réellement d'accord au final, mais cette tentative lui prouvait au moins quelque chose: Martial n’était pas aussi fermé qu'elle ne le pensait et il était même capable de la surprendre agréablement.  Le combat n’était pas gagné, mais c'était une petit victoire de savoir que le duc n’était pas forcément son ennemi.  Ces quelques mots qui n’étaient pas une promesse et ceux qu’il avait prononcés pour prendre sa défense plus tôt signifiaient beaucoup pour Séverine, beaucoup plus qu’elle n’osait se l’avouer à elle-même.  La pensée qu’elle n’avait peut-être jamais vraiment compris qui était son seigneur et époux se faisait un chemin dans son esprit.  Et la question quand cela se ferait-il s’imposait à elle.  Arriverait-elle un jour à ne serait-ce que mieux connaître le Belliférien?  Peut-être était-ce la seule clef pour qu'ils apprennent à collaborer ensemble.  Néanmoins la crainte que cela fut impossible ne cessait de la préoccuper.  Seraient-ils à jamais incapables de se venir en aide mutuellement?

« Je comprends ce que vous dites et je ne m'attends nullement  à plus.  Vous êtes un homme occupé et je conçois que vous avez mieux à faire que de vous occuper de mes histoires de femme, » répondit-elle d’abord, encaissant le reproche sans protester, ce qui aurait nui à sa cause.  Elle marqua un temps de silence pour réfléchir à ce qu’elle demanderait comme endroit.  Elle était partagée entre l’envie d’obtenir gain de cause à tout prix et entre celle d’obtenir ce qu’elle désirait dans les conditions optimales.  Elle laissa échapper un léger soupir.

«  Je n’ai pas besoin d’un espace très grand, juste suffisamment large pour y mettre une table cela suffira.  Un endroit avec de larges fenêtres à la vue dégagée serait l’idéal.  Je saurais faire avec ce que vous pourriez m’offrir, dans le cas hypothétique bien sûr où vous accepteriez, » ajouta-t-elle avec précipitation pour lui démontrer qu’elle comprenait bien qu’il ne s’agissait pas d’une promesse fixée dans le béton.

Ce n’était pas l’idéal certes, mais si elle se montrait aussi exigeante qu’elle le souhaitait, elle se garantissait à coup sûr un refus, elle ne le savait que trop bien.  Sans s’en rendre compte elle avança d’un pas vers lui, levant enfin les yeux, son regard croisant le sien.

« J’aurais également besoin de quelques instruments. Je possédais tout le nécessaire, mais il a été perdu lorsque le duc de Sombreciel vint me chercher à Lorgol.  Enfin quand il a envoyé ses gardes me chercher. »

Séverine ne se rappelait que trop l’horreur de la rencontre qui s’en était suivie.  En une seule journée, elle était devenue princesse de Sombreciel avant de prendre la place de future duchesse de Bellifère dans les heures suivantes.  Cette journée avait été tout aussi décisive de sa destinée que celle où Castiel avait tué ses parents pour donner l’exemple.  C’était à cause de cette fatidique journée qu’elle était là, abaissée à supplier un homme afin de pouvoir exercer son savoir. Elle qui était si intelligente et brillante dans tous les domaines depuis l’enfance, c’était du véritable gâchis.  Doucement, elle remua ses lèvres dans une prière à Valda et à Kern.  Elle n’était pas une fervente de ce dernier, mais avoir la bénédiction du dieu titulaire du duché où elle désormais obligée de vivre ne pourrait pas lui causer de torts.








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyDim 11 Fév - 9:49

Aurait-il accepté, en d'autres circonstances, cette idée saugrenue ? Aurait-il dit oui à la demande d'une femme désireuse, il en était à moitié convaincu, d'assurer sur lui une forme de domination ? S'il avait eu la tête à ça, il aurait rapidement échafaudé dans son esprit mille et unes théories où Séverine, par cette simple victoire, finissait par faire de lui pire qu'un esclave. Des théories où il se laissait vaincre de bonne grâce, mû par des sentiments qu'il n'avait certainement pas à son égard ! Ni à l'égard de quiconque. Des théories insidieuses, où lui révéler la pièce baignée de lumière en haut de la tour - pas si loin d'eux, à bien y réfléchir - ne faisait rien de plus que de le précipiter à bas du trône, sous sa coupe.
Oui, indéniablement, s'il avait eu la tête à écouter encore les sornettes et les horreurs que son esprit jeune encore murmurait, il aurait nié en bloc, aurait refusé sans même prendre la peine de l'écouter : buté comme il l'était, peu en auraient été surpris. Et ils étaient seuls. Personne ne jugerait la manière dont il refuserait, plus tard, à sa femme.

Peut-être était-ce la fatigue qui créa une faille dans sa carapace d'idées préconçues ; peut-être fut-ce la peur, intrinsèque, qui lui vrillait l'intérieur quand tombait le jour et qui le maintenant alerte dans ses lectures ; peut-être, la pire hypothèse, celle qui n'effleura même pas l'esprit ducal, était-ce car il avait un intérêt secret à avoir une femme plus intelligente qu'un vase, qui le combattait avait autant d'ardeur sans se rendre jamais. Du moins, pas entièrement.
Quoi qu'il en soit, il n'avait pas dit non. Pas encore. Sans bouger, les mains jointes,  il la regarda.

Il la regarda, sans la détailler avec haine et froideur, dégoût ou dépit. Juste un regard, pour jauger de sa sincérité de sa demande. Oh, elle était douloureusement compliquée à appréhender et à satisfaire, cette duchesse - et Martial était remarquablement doué quand il s'agissait de ne pas lui donner cette satisfaction, quelle qu'elle soit -, mais elle ne demandait pas les lunes ! Juste de pouvoir les observer, elles et les étoiles.
Lorsque leurs regards se croisèrent, Martial savait déjà ce qu'elle pourrait trouver dans le sien : de l'attente, la possibilité d'une réponse positive. Une peur, surtout, qui voilerait tout le reste. Peur de la perdre, si elle restait trop éveillée.
Ceci, il espérait, ne serait pas dévoilé. Quoi qu'il puisse ressentir pour cette femme, presqu'étrangère encore malgré l'année écoulée, ce n'était pas important.
Bellifère passait avant.

"Je ne vous donnerai pas de faux espoirs plus longtemps. C'est non. " Le ton était calme, presque comme s'il discutait d'une chose anodine. "Pour l'heure, en ces temps troublés, je ne peux me permettre de vous laisser veiller. La dernière chose dont nous avons besoin serait que vous mourriez. " Il avait, en revanche, besoin que son ventre porte cet héritier qu'elle lui refusait depuis un an. Et les étoiles n'y feraient rien.

Mais Martial ne pouvait laisser son épouse dépérir. Il n'avait que peu d'intérêt à remplir le devoir d'un homme désireux de procréer auprès d'un cadavre, état dans lequel elle plongeait chaque soir.
Il se releva. Si un enfant venait à être conçu, ce soir, bientôt, celui-ci viendrait au monde dans l'année. De quoi prouver qu'il était capable.

Ses yeux accrochèrent la silhouette de son épouse. Un soupir. "Concernant vos instruments, nous ferons le nécessaire quand la menace de la Chasse aura été neutralisée. Mais d'ici là, vos projets d'observatoire sont caduques."
Il acceptait, à mi-mot. Sans oser la toucher, sans cette colère qui n'avait pas lieu d'être pour l'heure, il se rapprocha. A peine.
"N'y voyez pas un quelconque plan pour vous nuire," pour une fois " mais pour votre protection. Comme ces breuvages que vous vous devez de prendre, le soir. "
Oh, il ne spécifiait pas lequel. En avait-il besoin ? A sa connaissance... Sa femme n'en prenait qu'un, afin de s'endormir. Sur les conseils spécifiques de sa horde de médecins.
"La nuit n'est plus sûre. Et Bellifère ne peut se permettre de perdre, encore, dans la mort un membre de la famille ducale. "
Sans compter que cela ravirait certainement l'autre dépravé de duc. Il n'allait pas pleurer sa cousine... A l'inverse du blond qui, si jamais il en venait à apprendre que Madeleine était malheureuse, irait déclarer la guerre à Sombreciel pour la récupérer.

Déjà, le duc s'éloignait de Séverine, jetant un regard vers la porte laissée entrouverte. Il pourrait, au moins, lui montrer l'endroit. Partager un secret qu'il n'avait jamais laissé échapper à personne d'autre, céder une part de son enfance au présent. "Il y a un endroit qui pourrait convenir, dans ce palais. " Palais aux allures de forteresse, plus que de lieu d'habitation. Avec un mouvement de la tête presque indiscernable, un suivez-moi non-dit, il s'engagea dans le couloir, vérifiant qu'elle le suivait.
De toute manière, où aurait-elle pu aller, elle qui après un an n'était pas forcément la bienvenue ailleurs qu'en sa compagnie ?


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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptySam 24 Fév - 16:55

Elle s'y attendait et elle ne se sentit pas trop déçue une fois mise devant le refus.  Toutefois, il restait une lueur d'espoir.  En ces temps troublés.  Il était vrai qu'avec la Chasse Sauvage qui courait le continent, ce n'était pas l'heure de se coucher tard pour observer les étoiles scintillantes dans le firmament.  Mais en vérité, elle n'était pas venue exactement dans l'idée d'obtenir l'objet de ses désirs ce jour-même.  Plutôt préparer les voies pour que cela lui soit autorisé dans le futur.  Séverine ne comptait pas mourir bêtement, emportée par une puissance maléfique.  Loin de là.  Elle avait encore beaucoup trop à accomplir.  Si elle disparaissait simplement maintenant, elle mourrait et on oublierait son nom.  Elle n'avait pas encore oublié ses rêves de gloire et de voir sa renommée s'étendre sur tout le continent.  Elle serait un jour la plus grande astronome qu'aura connu tout Arven, elle ne devait pas dévier de son but.  Elle était prête à beaucoup pour atteindre son but, mais peut-être pas à mourir.  Elle ne désirait pas voir son ambition arrêtée subitement.  Et bien qu'elle ne l'aurait jamais avoué à haute voix, elle craignait  de mourir et les souffrances que cela pourrait lui apporter.  Ça et de revoir ses parents dans le royaume de Sithis.  Lui en voudraient-ils de ne pas avoir accompli leur vengeance envers Castiel?  D'avoir même quelque peu perdu de son ardeur dans l'accomplissement de cette mission qu'elle s'était donnée bientôt quatre ans auparavant?  Elle n'osait l'avouer, mais malgré la haine qu'elle portait à son cousin, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir complètement désintéressée de tous ses plans de vengeance.  Il y avait bientôt un an qu'elle était installée en Bellifère.  Elle n'y menait certes pas la vie de ses rêves, était privée de bien des plaisirs qu'elle avait toujours cru essentiel à sa vie, mais elle ne pouvait s'empêcher de constater qu'elle n'était pas aussi malheureuse qu'elle aurait voulu le croire.  Elle lui en voulait toujours autant de l'avoir vendue comme de la marchandise et sa haine n'était pas amoindrie.  Seulement, elle avait trouvé des préoccupations plus importantes que d'obtenir vengeance.

« Je vous suis déjà fort reconnaissante d'avoir pris ma requête en considération, » répondit-elle simplement en songeant que cela marquerait très certainement la fin de leur entretien.

Elle se préparait déjà à lui fait ses adieux avant de se retirer lorsqu'il la surprit de nouveau.  Ses lèvres formèrent un « o » étonné et elle lui lança un regard où se lisait son incompréhension.  Il avait déjà songé à quel endroit il pourrait attribuer à ses projets?  Une rougeur s'empara de ses joues en songeant à la pauvre opinion qu'elle avait parfois de celui qui était son époux.  Elle n'était pas habituée à tant de gentillesses entre les murs du palais ducal d'Hacheclair.  Elle était plutôt traitée avec mépris et ne trouvait jamais d'autre compagnie que celle que lui offrait Prudence.  Compagnie qui n'était pas toujours agréable, la rigidité belliférienne de la femme s'éloignant rarement d'elle.

Sans oser ajouter un mot de plus qui aurait pu inciter Martial à revenir sur sa décision, elle lui enjoignit le pas, avançant à une distance respectueuse derrière lui, n'osant pas s'approcher plus encore de peur de lui déplaire.  Surtout quand elle avait surpris sa conversation plutôt.  Il n'était pas l'heure de le mettre en colère.  Peut-être finirait-il alors par écouter ses conseillers qui désiraient la voir s'écarter du trône pour y mettre une bonne belliférienne qui pondrait des héritiers rapidement.

Dans la précaution qu'elle mettait à marcher derrière son époux, elle ne remarqua pas tout de suite une dalle de pierre du plancher qui n'était pas suffisamment solidifiée avec ses voisines.  Bien que ses chaussures n'avaient pas l'heur d'être aussi haute que lorsqu'elle était en Sombreciel, cela suffit à lui faire perdre l'équilibre.  Dans son désir de se redresser et d'éviter de s'écraser le nez sur le sol – car un nez brisé n'aurait nullement avantagé son visage – elle lança les bras en avant et ceux-ci rencontrèrent le dos solide de son mari auquel elle s'accrocha.  Elle se surprit à songer à leur solidité et à les trouver rassurantes.  Au point d'oublier qu'elle ne devrait pas s'y raccrocher ainsi et d'y rester appuyée un moment.

Avant de s'éloigner brusquement en réalisant ce qu'elle était en train de faire.  Il n'était pas temps de perdre la tête ainsi.

« J'ai trébuché… » fit-elle à voix basse pour expliquer son étrange comportement.   Comme si c'était suffisant.  « Je crois que je ne suis jamais venue dans cette aile du château, » ajouta-t-elle pour changer de sujet.








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyJeu 1 Mar - 14:03

Se confier, c’était laisser à celle qui était désormais sa femme une trop grande place dans son histoire. Se confier, c’était lui offrir de s’engouffrer toute entière dans une existence qui était la sienne, dans son esprit, dans son existence et d’y faire les dommages qu’elle pourrait souhaiter. Pire, même. La laisser savoir qu’elle était venue dans une pièce aussi chère à son cœur et qu’elle pouvait y faire tout le mal qu’elle voulait… Horrible. Une idée stupide, saugrenue, malvenue. Mais qu’est-ce qu’il lui prenait ? Ne trahissait-il pas la mémoire de l’enfant qu’il avait été, de sa cousine bien-aimée avec ça ? N’était-ce pas une insulte à Madeleine que d’inviter la femme qui avait remplacé sa présence féminine au sein du château ? (car Ermengarde, il était bien connu, ne comptait plus pour une réelle femme depuis qu’elle s’était assise sur le trône ducal. Le pouvoir faisait cet effet aux dames, si bien que l’on pouvait affirmer que les dirigeantes de Cibella n’étaient, en réalité, plus tout à fait des dirigeantes. Mais ce sujet n’avait aucun rapport. )

Les interrogations tournaient et retournaient dans sa tête, tels des papillons énergiques qui lentement se posaient sur ses idées les plus claires et précises. Il avait peur, au fond, de ce que Séverine était capable de faire dans cette pièce. Il avait peur, encore plus peur en sachant que la peur d’une femme n’était pas de celles qu’un guerrier se devait d’avoir. Il s’efforça de repousser celle-ci au fond de lui.
S’il le faisait, c’était parce qu’à ses yeux, il était impensable de refuser à une savante un lieu de travail. Bellifère était le duché de la Guerre, mais il faisait partie de l’empire du Savoir. Le plus grand des empires.  

Elle le remercia, et un léger sourire s’égara sur ses lèvres. Un sourire triste, à peine discernable, qui très rapidement s’effacerait. Ce n’était pas de lui faire plaisir, non. Juste qu’elle acceptât une condition. Qu’elle ne se révoltât pas face à ce qu’il lui dît, qu’elle ne cherche pas à marchander une quelconque avance.
La duchesse n’était pas suicidaire, n’est-ce pas ?

Une fois dans le couloir, dont la chaleur était singulièrement différente de celle d’une salle où pendant trois heures ils avaient discuté et s’étaient agités — ainsi que l’odeur… —, il prit naturellement la tête. Ce couloir était différent de la plupart des vestibules et traverses qui couraient dans le palais ducal : plus étroit, presque discret, il desservait quelques pièces pour la plupart non-usitées. Des chambres closes, scellées d’abord par Ermengarde un temps, puis par Martial. L’une était l’originale chambre ducale. Une porte discrète, pour permettre au duc de rejoindre sa salle sans souci, plus rapidement qu’en passant par le grand couloir. Depuis la mort de son grand-père, il n’y était plus rentré. La peur des maladies qui pouvaient y flotter, puis la tristesse. Il avait toujours la clé de cette porte dans sa poche.
D’autres portes, idéalement discrètes, confirmaient que ces passages étaient peu usités… Sauf par des domestiques, éventuellement.

Il tourna légèrement la tête, en la sentant percuter son dos. Surprise, légère inquiétude. Il ne réagit pas plus, tendu quelque peu. Il aurait pu se retourner et la retenir. Bien sûr. Mais elle semblait réussir toute seule à se maintenir. Rapidement – trop ? – elle se dégagea, et il se tourna totalement vers elle, les sourcils levés. Sans animosité, bien sûr.  De la curiosité. Il avait une personnalité conflictuelle, à la recherche de la colère, mais il ne fallait pas exagérer. Ses yeux glissèrent au sol pour voir la dalle, effectivement descellée.
« Ce couloir n’est plus trop usité. Je leur signifierai de réparer. Regardez où vous mettez les pieds, cependant. Je ne peux pas vous garantir que tout soit en parfait état. » Il haussa les épaules en soupirant. « Depuis la… Depuis 985, il est peu utilisé. » Il n’osait pas en parler. Pas ici, alors que la porte de la chambre qu’il aurait dû occuper – avec elle ? – dont la poignée scintillait presque le narguait. Et si la maladie revenait ? Jamais plus.
Il reprit son chemin, attendant quelque peu avant d’atteindre une volée de marches.
Le duc reprit la parole, tout en les gravissant. « Cette partie du palais était majoritairement utilisée par la famille régnante, quand nous occupions les chambres que nous avons dépassées. Elle dessert notamment la bibliothèque… Entre autres. »

Plus haut, ils débouchèrent sur un couloir plus large, après avoir dépassé une porte sur un petit palier. Dans ce couloir, semblable aux autres, le blond attendit qu’elle fut à ses côtés avant de prendre à droite, suivant une petite artère qui débouchait sur une lourde porte. L’étage semblait silencieux. En regardant par les quelques fenêtres, aux côtés des tentures, on pouvait s’apercevoir que l’endroit se trouvait, sans doute, au dernier étage du château. Il sortit une clé d’une poche, discrète, pour la glisser dans la serrure.
« Ce n’est sans doute pas la meilleure disposition possible. » Il soupira. Il poussa sur le battant, s’écartant pour la laisser entrer. Nul besoin de s’éclairer : les larges fenêtres – bien plus larges qu’ailleurs dans le château – déversaient la lumière du jour dans la pièce. D’une taille respectable, il était possible de deviner que celle-ci occupait tout l’étage de la tour où elle se trouvait. Sur les murs, des tentures aux couleurs fanées décoraient sobrement la pièce. Il n’y avait plus rien. Les meubles de son enfance, dont il se souvenait, avaient été déplacés, si bien que la pièce lui semblât nue.



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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyMer 14 Mar - 18:13

La douceur de Martial surprit quelque peu son épouse qui n'en laissa toutefois rien remarqué.  Elle se contenta de scruter son visage, en quête d'une réponse à ses interrogations, mais elle ne sut pas y lire ce qu'elle y vit.  985?  Que c'était-il passé cette année là? Il faut dire qu'elle n'avait jamais réellement porter attention à ce qui s'était passé en Bellifère avant son arrivée, ni même après.  De toute façon, lui était-il utile de savoir?  Elle n'était que là pour faire de la tapisserie et entretenir les pots de fleurs. Ou même moins que cela.  Cependant, pour une fois son intérêt était piqué.  Elle ne s'était jamais aventurée de ce côté du palais, peut-être parce que justement il tombait peu à peu en désuétude, mais la curiosité de la jeune femme était désormais piquée.  Peut-être pourrait-elle y trouver quelques secrets, quelques informations qui pourraient lui être utile pour gagner les faveurs de son époux ou si ce n'était réussir à les lui demander par persuasion, les acquérir de force.  Elle était patiente la duchesse, mais elle avait ses limites et après un an de mariage, il fallait que les choses avancent un peu.  La discussion qu'elle venait de surprendre le lui confirmait : sa place était en danger.  Martial était peut-être le duc, mais si tous ses conseillers se mettaient contre lui, il devrait peut-être céder.  Après tout, ce n'était pas comme s'il l'aimait elle.  Peut-être que l'enlèvement comptait, mais cet enlèvement n'était-il pas d'abord nécessaire simplement parce qu'il fallait engendrer la descendance de la lignée ducale, donner un héritier au trône.  Elle le savait au fond d'elle-même, qu'elle aussi devrait un jour céder, mais ce jour semblait arriver beaucoup trop vite.  Elle n'était pas prête, elle avait encore tant à faire.

Et la vérité sombra sur elle.

C'était l'aile où la famille ducale logeait avant.  Avant que la maladie n'emporte tous les hommes.  L'espace d'un instant, un mince instant de faiblesse, le cœur de Séverine se serra en songeant à l'enfance de celui qui avait été son époux.  Elle n'avait pas été tellement différente de la sienne à elle.  Elle n'avait peut-être pas été privée de ses parents par la mort, mais elle avait grandi délaissée par eux, trop obnubilés par leurs envies de grandeur.  Ses souvenirs étaient encore plus tristes.  Jamais de cadeaux de la part de ses parents.  Ermengarde avait dû être la seule figure d'autorité pour lui, comme Christine l'avait été pour elle.

Mais elle chassa bien vite ces pensées : elle n'avait pas le temps d'éprouver de la compassion pour Martial.  Elle se contenta de le suivre en silence et en faisant attention où elle mettait les pieds.

Lorsqu'il l'invita à entrer dans une pièce, Séverine ne s'attendait pas à cela.  Silencieuse, elle s'avança et posa son regard lentement partout sur la pièce.  Ça n'avait rien à voir avec son observatoire à Val-du-Ciel, mais une bouffée de bonheur monta dans son cœur et lui rosit les joues.  Cette pièce était…

« Parfaite, » souffla-t-elle, n'osant pas lever la voix plus haut, comme si elle craignait que l'écho de ses mots sur les murs nus ne brisent ce moment presque magique.

Elle fit le tour de la pièce, comme en transe, s'approcha des fenêtres et jeta un coup d'oeil à l'extérieur.  Il fallait admettre que le ciel belliférien n'avait rien à envier aux autres cieux qu'elle avait pu contempler.  Valda veillait sur elle ici aussi.

Puis, dans un élan joyeux, heureuse d'avoir une pièce qui un jour lui permettrait de reprendre ses recherches, même si c'était un jour lointain, elle se retourna, les yeux brillants vers Martial.  Ses mains étaient jointes dans le ravissement qu'elle éprouvait.  Elle pouvait déjà voir la table avec ses outils, les télescopes.  Il n'aurait pu lui faire plus grand plaisir.

« Merci!  Vraiment!  Je sais que ce ne sera pas pour tout de suite, mais la perspective de cette pièce c'est… Oh! »

Elle n'arriva pas à terminer sa phrase et fit un tour sur elle-même, à nouveau emportée par la joie.  Son observatoire.  Il le lui offrait.  Un jour, elle pourrait se retirer dans cette pièce.  Tracer de nouveau des cartes du ciel.  Elle serait à nouveau vivante, utile à quelque chose, si ce n'était à quelqu'un.

Et bien que cela ne lui ressemblait pas, elle éprouvait beaucoup trop de joie pour se contenir et elle se jeta au cou de Martial.  Elle n'avait jamais autant éprouvé de sympathie pour lui qu'en ce moment-là.  « Le temps venu, je ferai tout ce que vous voudrez pour vous rendre cette faveur! »

Puis elle réalisa le poids de ses paroles et ce qu'elle était en train de faire.  Quelle horreur!  Était-elle donc si facile à acheter?  Ses bras se détachèrent de son époux et elle recula brusquement de quelques pas.  Que venait-il de se passer?








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptySam 17 Mar - 0:05

Le faisait-il pour elle ou pour lui ? Pour le Savoir, ou pour la voir, peut-être pour la première et unique fois, lui sourire ? C’était un pan entier de son existence, qu’il lui révélait presque à travers les non-dits. Peut-être qu’elle les manquerait. Peut-être qu’elle n’en aurait rien à faire, sans cœur. C’était un bout de lui, une part plus vulnérable de son être, cette stupide humanité dont il aurait voulu se détacher totalement pour gouverner avec justice et efficacité. C’était Martial, l’enfant vide, perdu, qui n’osait plus ouvrir les portes ou toucher les murs. Martial qui courait en haut de ces escaliers qu’ils venaient de franchir, dont la porte venait de se refermer, pour rejoindre Madeleine dans une pièce secrète et fermée aux autres.  C’était le futur duc, loin de tout, juste un enfant puis un adolescent.
Et, alors qu’ils montaient, il se sentait de plus en plus fébrile sans le montrer. Impassible en apparence, il avait presque hâte. Il connaissait la beauté de la vue, le charme de cette partie du château. Elle n’y serait sans doute pas sensible, il ne se faisait pas d’illusions. Mais tout de même. Il avait envie de lui montrer. Pas forcément cette part de lui, non.
Mais juste lui dire que Bellifère n’était pas que la guerre. C’était les secrets derrière les murs épais. L’histoire millénaire dans les pièces oubliées, aux portes closes. Les souvenirs conservés jalousement entre les volumes de la bibliothèque, ou les plaines qui s’étendaient devant eux, par les fenêtres de la tour. C’était Bellifère qui faisait battre son cœur. Il ne s’attendait pas, non, à ce qu’elle le comprenne.
Du moins, pas de suite.

Martial ne s’attendait certainement pas à cette réaction. A ce déferlement de joie, alors qu’il se tenait à la porte, sans en bouger. Il voulait la laisser prendre possession des lieux… Et, effectivement. Une fois entrée, après en avoir fait complètement le tour, elle sembla complètement métamorphosée. Ce n’était pas qu’il ne l’avait jamais vue comme ça, mais… Mais, en fait, il ne l’avait jamais vue comme ça. Toujours, elle avait gardé une forme de distance, de haine et de rancœur dans ses gestes ou son regard. Pouvait-il lui en vouloir ? Il était autant forcé qu’elle.
C’était dommage, car ainsi, naturelle, empreinte d’une véritable joie, elle en était presque belle. Presque étant majoritairement là car Martial n’aurait jamais totalement avoué de son plein gré la beauté de sa femme.
Un sourire, discret, à peine un mouvement de ses lèvres vers le haut. Personne ne le remarquerait. Ils étaient seuls, à cet étage où bien peu se risquaient, gardes comme sa grand-mère ou personnel. Il pouvait sourire, inconsciemment baisser ses défenses. Et ce fut précisément ce moment qu’elle choisit pour se jeter à son cou, le laissant passablement choqué et sans savoir quoi faire. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre l’action : non, elle ne tentait pas de l’étrangler afin d’obtenir les pleins pouvoirs et de s’offrir son observatoire, elle lui faisait un câlin.

Geste incongru. Etranger. Trop de contact physique. Plaisant. Porteur de maladies. C’était une femme.

Le duc ne bougea pas, le visage encore décoré de la surprise qui l’avait saisi, les bras ballants. Ce ne fut que lorsqu’elle se détacha qu’il comprit. Et ses gestes, son attitude, parlait de son horreur devant ce qu’elle avait dit plus que de véritables mots.

« Ce n’est pas une manière d’obtenir une faveur de vous. » Fit-il, jetant un regard vers les fenêtres. « Vous avez demandé. Vous êtes une Savante. Certes, une femme. » Ses travaux auraient forcément moins d’intérêt. « Votre requête m’apparaissait raisonnable. Vous êtes ibéenne, et ainsi, notre duché montre son attachement à nos valeurs les plus profondes. » Il se détourna d’elle, troublé. Ca le tuerait, franchement, de dire qu’il faisait ça pour lui faire plaisir ?

« Vous ne me devez rien. » Un enfant, éventuellement. Mais était-il capable ? Cela faisait un an, sans succès. Un an, et il commençait à craindre que le problème ne vienne de lui. Le regard rivé sur la fenêtre, encore quelque peu ébranlé par le soudain contact physique – il aurait pu la serrer contre lui, ça ne lui aurait rien fait –, il semblait en proie à une légère gêne. « Cette pièce n’a plus d’utilité depuis des années. Il faut bien, un jour… Avancer. »
Garder les souvenirs. Madeleine était partie. Cette pièce restait la leur dans leurs esprits, intacte, mais désormais les choses devaient changer.


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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyVen 23 Mar - 20:32

Séverine ne comprenait pas réellement.  Pourquoi cet observatoire n'était pas un moyen d'obtenir une faveur?  Enfant légèrement délaissée bien que comblée de cadeaux, elle avait toujours perçu ceux-ci comme une excuse de la part de ses parents pour leur absence auprès d'elle.  Par la suite, une fois à l'Académie de la Magie et du Savoir, elle avait toujours échangé service contre service.  Enfin, elle récompensait de sa présence ceux qui lui rendaient service.  Elle-même ne levait jamais le petit doigt pour personne.  Elle n'avait toujours pensé aux autres que pour la façon dont elle pourrait se servir d'eux et des avantages qu'elle pourrait gagner de relations avec eux.  Il était donc normal qu'elle envisage les liens du mariage de la même sorte.  Enfin, dans un mariage comme le sien.  Elle savait que l'institution en elle-même était un symbole de l'amour, mais elle n'avait pas eu l'occasion de faire ce choix.  Ou plutôt, elle n'avait eu aucun choix à faire puisque Castiel s'était occupé de tout décidé pour elle, comme s'ils étaient de la même famille.  Comme si elle n'était qu'un morceau de viande à donner aux chiens.  En cela, son cousin était pire qu'un Belliférien.  On les traitait de barbares à travers le continent et sur certains points elle pouvait approuver.  Mais depuis qu'elle était exilée à Hacheclair, force lui était de reconnaître que… il avait plus aux Bellifériens que leur misogynie et leur amour de la guerre.  Il lui en coûtait de l'admettre, ainsi elle gardait ces pensées pour elle-même et personne n'en savait rien.  Toutefois, l'idée commençait à faire jour dans son esprit.  Cependant, elle ne les croyait pas assez civilisés pour faire quelque chose sans attendre une récompense.  Sans attendre un retour de faveur.

Et pourtant, c'était bien ce que faisait Martial.  Évidemment, le fait d'être une femme la dégradait tout de suite, elle le savait, cependant elle ne connaissait pas ce respect du Savoir chez son époux et elle était surprise.  Agréablement.  Elle était encore confuse de ses élans de joie qui étaient complètement anormaux.  Rien ne justifiait qu'elle puisse se jeter aux bras du Belliférien, même pour quelque chose qui lui tenait autant à cœur et elle tenait ses distances autant que possible.

« Je…  dans tous les cas je vous remercie, ça représente beaucoup pour moi de pouvoir poursuivre mes recherches. »

Elle s'avança à nouveau dans la pièce pour s'approcher un peu des fenêtres et mettre le plus de distance possible entre elle et Martial.  Cet élan de joie spontané et ce bond pour se jeter à son cou la mettait plutôt mal à l'aise.  Ce n'était pas du tout elle que d'agir ainsi.  Elle n'éprouvait pas d'affection pour lui, pourquoi réagissait-elle de la sorte.  Il y avait mille et une pièce dans ce palais et il n'essayait pas vraiment de lui faire plaisir, c'était une simple marque de respect pour sa profession.  Pourtant, son cœur battait de la même joie que lorsque Frédérik lui offrait une nouvelle robe ou un nouvel accessoire.  La sensation était beaucoup trop étrange.  Elle devait se ressaisir et ne pas laisser les actions de Martial avoir une quelconque influence sur la maîtrise qu'elle avait d'elle-même.

« Vous… vous veniez souvent ici?  Je veux dire… avant? »

Elle n'avait jamais réellement pris la peine de poser des questions à Martial.  Sur lui ou sur son passé.  Ça ne l'avait jamais vraiment intéressé.  Elle ne croyait pas qu'elle puisse y découvrir quoi que ce soit d'intéressant pour réussir à le dominer, à le coincer pour atteindre ses propres objectifs.  Il lui occulterait toute information intéressante, elle le savait.  Or, pour une fois, elle songeait qu'elle pouvait peut-être essayer d'engager le dialogue.

« Avec Madeleine, n'est-ce pas?  On m'a dit que vous étiez plutôt proches quand vous étiez enfant.  Elle doit vous manquer, » souffla-t-elle.

Elle-même avait grandi seule, sa compagne éternelle étant sa grand-mère, une femme digne qui lui avait enseigné les ficelles de son métier.  Elle songea que, sans être une grande parfumière, elle pourrait peut-être tenter d'offrir l'un de ses parfums à Madeleine.  Il y avait longtemps qu'elle n'en avait pas créé.








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptySam 24 Mar - 23:27

Un cadeau. Dans la langue commune, cette langue qu’à peu près tout Arven parlait, lorsque l’on faisait quelque chose pour quelqu’un de manière matérielle sans lui réclamer quelque chose en retour, il s’agissait d’un cadeau. Mais peut-être que Martial avait un sérieux problème de vocabulaire pour ne pas vouloir l’employer, voire pour oublier même jusqu’à son existence. Le fait restait : lorsque, de bonté de cœur, l’on offrait à sa femme quelque chose en spécifiant ne rien désirer en retour, il s’agissait d’un cadeau. Le duc de Bellifère venait d’offrir quelque chose à son épouse, loin des yeux indiscrets et des convenances de son duché. Quelque chose, comme pour se faire pardonner d’être une horreur sans nom à laquelle il ne croyait pas entièrement.
Martial de Bellifère ne croyait pas en l’homme qu’il voyait lorsqu’il croisait son reflet. Certaines choses, même ancrées dans son éducation, lui semblaient… Creuses, et fausses. Parce que les autres Bellifériens n’avaient pas grandi avec la duchesse pour les éduquer. Parce que la figure la plus important de leur vie n’était pas une femme, auréolée de gloire – sacrilège !
Martial n’avouerait pas ses faiblesses, même en étant seul avec une femme qu’il considérait, somme toute, comme une autre figure qui venait petit à petit s’imposer dans sa vie. Elle y était encore étrangère, trop pleine d’inconnu et de choses qu’il ne comprenait pas. Et si il avait pour elle un intérêt purement procréatif – du moins consciemment –, il n’osait pas lui offrir une porte d’accès béante à son âme. Elle pourrait prendre peur, à cause des tumultes et des reproches qui y grondaient, tous dirigés vers lui toujours.
« Vos recherches servent notre empire. » fit-il simplement remarquer.

Le silence qui suivit, lui légèrement en retrait, et elle près des fenêtre, laissait presque présager d’une fin d’entrevue. D’un moment où, calmes pour la première fois, le couple se séparerait presque en de bons termes. Sans revendication de la part de l’un ou de l’autre. Martial n’était pas fatigué de l’affronter sur tous les sujets, non. Il estimait juste qu’il avait gaspillé bien assez de sa fureur à tenter de lui inculquer des règles élémentaires que, visiblement, elle ne comprenait pas ou ne voulait pas adopter.
La question qu’il entendit, alors qu’il s’empêchait sciemment de regarder dans la direction de la brune, le désarçonna. Son visage ne trahit rien. Qu’en avait-elle à faire, pas vrai ? Mais la pièce à la porte fermée était de celle qui se prêtait aux confidences. Personne ne saurait.
« A l’époque, il y avait plus de tables, et quelques tapis. Je l’ai découverte par hasard, quand… » Il haussa les épaules. « Quand j’ai exploré tout le château. J’étais jeune. J’avais besoin d’un endroit où peu penseraient à me chercher. » La confession n’était pas anodine. Se livrer, en quelques mots, comme l’on se rendrait au bourreau.

Et puis elle mentionna Madeleine. Son cœur rata un battement, ses poings se serrèrent quelque peu. En Bellifère, lorsque la peine leur prenait le cœur et que le manque se faisait sentir, les hommes ne pleuraient pas. Même lorsqu’ils avaient l’impression que désormais, la moitié de leur âme appartenait à un autre, qui n’avait pas la moindre idée du lien entre les deux.  « Nous étions proches. Depuis son mariage, je ne lui ai presque pas adressé la parole, ou écrit. Mais avant, elle était… »

Il prit le temps de peser ses mots, chose rare. Pour trouver ceux les plus justes à décrire leur relation.
« Elle était là. Quoi qu’il advienne. Et elle savait trouver les mots, quand il le fallait. Elle était la part d’audace et de tempérance, la confiance et la prudence. Elle me complétait. » Moi qui était si vide.
Ses yeux s’étaient voilés, tournés vers le souvenir. Vers la douleur dans sa poitrine.
« Vous me demandez si elle me manque. Chaque jour, depuis son départ, je ressens et déplore son absence. Elle ne reviendra jamais. » Les mots sortaient, véritables.  « Elle ne reviendra pas, et la savoir si loin, sans pouvoir savoir comment elle va, à penser qu'elle… » Sur l’émotion, qui tendait sa voix, les mots se brisèrent. Il ne termina pas sa phrase, secouant la tête.

Cette phrase, il ne voulait pas la finir.  D’un pas qu’il voulait mesuré, il se rapprocha d’une des fenêtres, perdant son regard dans l’observation des plaines qui s’étendaient de l’autre côté d’Hacheclair, après les villages. Effacer le visage de sa cousine. De sa sœur. De cet être qu’elle avait été, qui n’existerait plus. « Pardonnez-moi. C’est un sujet qu’il n’est pas commun d’aborder. » Il tenait absolument à justifier sa voix, l’émoi incontrôlable, la douleur qui l’avait pris.


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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyVen 30 Mar - 0:20

En posant la question, Séverine s'attendait à toucher simplement un sujet de conversation banale, certes pas une… confession.  Elle savait que l'affection entre Martial et Madeleine était profonde, comme de celle qui lie les frères et sœurs, mais elle n'avais jamais mesuré qu'il puisse y être aussi attaché lui.  Il était… tellement maître de ses émotions quand il n'était pas question de la colère, tellement peu prédisposé à la tendresse que la Cielsombroise n'avait jamais songé que sa cousine lui soit aussi chère.  Elle ne put d'ailleurs réprimer un léger pincement au cœur, animé par la jalousie ou quelque sentiment qui y ressemblait, elle n'arrivait pas réellement à se comprendre elle-même.  Elle laissa l'horizon pour jeter un regard à son mari, y trouvant une expression qu'elle ne lui avait jamais vue.  Elle regretta quelque peu d'avoir abordé ce sujet, elle qui ne cherchait qu'à dissiper le malaise causé par son excès de joie.  Elle poussa un léger soupir, discret, et lentement, elle se rapprocha, laissant ses mains glissées sur la pierre jusqu'à ce que l'une d'entre elles se posent avec légèreté et douceur sur la sienne.  Séverine remarquait qu'elles étaient beaucoup plus grandes que les siennes, plus fortes aussi.  Elle n'osait pas affirmer le contact entre eux et sa paume restait quelque peu soulevée, frôlant comme une brise la main masculine sous elle.  Elle n'était pas particulièrement douée pour être réconfortante, car de sa vie, Séverine n'avait jamais pensé qu'à elle-même et personne d'autre.  Ou presque.

Dans la circonstance, elle ne savait donc que dire.  Peut-être aurait-elle dû ignorer le trouble dans la voix de son mari, lui qui avait été incapable de terminer sa phrase.  Elle n'avait pas la moindre idée de la meilleure façon pour réagir.  Ils n'étaient après tout que deux inconnus réunis ensemble par un tour du destin.  Elle inspira longuement avant d'enfin oser se lancer.  Pour une fois, elle avait écouté.

« Je suis désolée.  Je n'ai jamais eu d'autre famille que mes parents et ma grand-mère, je ne comprends pas l'affection que partagent deux êtres qui ont grandi ensemble.  Je n'aurais pas dû vous demander. »

Elle baissa les yeux et se concentra dans la contemplation de la texture de la pierre qui bordait les fenêtres.  La pièce était pleine de poussière et elle commençait à songer que peut-être… peut-être l'acceptait-il enfin un peu plus.  À ses côtés.  Pas comme un outil, ni comme une décoration, mais comme quelqu'un.  Quelqu'un de très probablement ridiculement inutile et encombrant, mais une personne tout de même et elle dut rapidement nier ces idées idiotes.  Elle pensait beaucoup trop et ce n'était pas parce qu'il prétendait être toujours fort que c'était nécessairement vrai.  Qu'aurait-on dit de lui si on l'avait pris à pleurnicher le départ de sa cousine.  Sûrement, s'il avait dévoilé un peu de lui-même, c'était seulement parce qu'elle l'avait pris au dépourvu.

Elle soupira de nouveau et retira sa main avant qu'il ne se dégage.  Ce geste était certainement de trop lui aussi.  « Je n'ai certainement pas la moitié des qualités de votre cousine, ni probablement un centime de l'amour fraternel qu'elle vous porte, il me serait impossible de la remplacer et je n'en ai nul désir, » commença-t-elle après un temps de réflexion.  Elle ne cherchait pas à brusquer Martial, il y avait longtemps qu'elle avait réalisé que ça ne servait à rien de le mettre en colère.  Certes, elle l'aveuglait, mais pas comme elle l'aurait espéré et certainement pas de façon à ce qu'elle puisse modeler sa façon de penser et d'aborder de le monde.  Peut-être était-elle déjà un peu fatiguée de tous ces affrontements perpétuels, en plus de toutes les fois où elle le mettait en colère en se comportant de façon inconvenante.  « Mais je puis être là.  Pas comme un substitut, simplement une autre présence.  Je n'ai plus envie de vous confrontez, du moins plus volontairement, car je doute arriver un jour à devenir cette épouse parfaite que vous n'aurez jamais à gronder, punir ou contrôler.  Je suis là. »

Voilà, c'était dit. Elle se sentait un peu idiote.  Qu'éprouvait-elle pour ce garçon qu'on l'avait forcé à épouser sans lui demander son avis?  Rien.  Elle s'en convainquit une fois de plus.  Elle ne le faisait que par ennui.  Voilà tout.  Et parce qu'il lui offrait un observatoire.  Un jour lointain peut-être.  Ça et il avait pris sa défense plus tôt.

« J'ai surpris votre conversation plus tôt.  Merci. »

Elle avait murmuré.  Elle savait qu'il lui dirait sûrement qu'il ne l'avait pas fait en songeant à elle et c'était certainement très vrai, mais elle était tout de même reconnaissante d'avoir un allié pareil au sein du palais.








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyDim 1 Avr - 17:02

Il y avait tout une part de non-dit, forte, sensible, derrière les mots de Martial. Il y avait tout ce que Madeleine avait été, dans son enfance. Cette figure stable aux yeux trempés de larmes qui l’avait consolé et qu’il avait protégée. Cette enfant qu’il avait suivie dans les couloirs du palais, silhouette menue filant entre les grandes armures et les portes closes sur des chambres où agonisaient des mourants, pour s’échapper dans des pièces oubliées. Il y avait tout l’amour fraternel, incommensurable, dangereusement avilissant aux yeux d’un être extérieur : la fusion de deux âmes qui se connaissaient dans les tourments si semblables qu’elles avaient connus. Il y avait aussi l’obstination du duc à devenir ce qu’il n’était pas… Et à réussir dans cette démarche.

Il y avait ce Belliférien qui s’était exacerbé en le blond, qui avait rejeté Madeleine et Ermengarde au loin, qui avait poussé là parce qu’il fallait être digne, qu’il fallait être un exemple, un parfait meneur, un guerrier qui ne s’embarrassait pas des femmes. Il y avait cet homme qu’il était devenu qui regrettait, pour celui qu’il avait été, de s’être séparé aussi brutalement d’Elle. De ne pas savoir montrer aux femmes qui étaient dans sa vie qu’elles avaient plus de respect que lui-même ne voulait y croire.
Les yeux fixés sur le paysage, Martial essayait à grand-peine de contrôler l’émotion refoulée. De la garder loin, bien enfoncée entre son cœur et son esprit, là où il rangeait tous ses plus noirs secrets, aux côtés de ses faiblesses.  Ses yeux clairs se tournèrent vers sa main lorsqu’une chaleur incongrue s’insinua sur le dos de celle-ci. Etrange. Réconfortante, en soi. Il ne la bougea pas.
Ce fut avec un temps de retard qu’il comprit ce que lui disait Séverine. Il se sentait vide. Vide d’énergie, vide d’envie de lui rétorquer qu’elle avait eu des parents, que non, elle ne pouvait pas comprendre, que Madeleine et lui, c’était plus que tout et même plus que la vie.
« Ne soyez pas désolée. Vous ne pouviez pas savoir. Je ne suis pas supposé avoir de telles réactions. » Une erreur. Le duc ne pouvait pas être vu dans cet état. Fragile. Emotionnel, pire qu’une femme. Déjà, elle s’éloignait à nouveau, laissant la froideur de la pièce griffer sa peau et le ramener à la réalité, celle où il était seul. Sans Madeleine. Sans elle non plus. Il avancerait seul.

Ou pas. Sa tête se tourna, ses yeux s’arrondirent légèrement sous l’effet de la surprise. Etait-il en train d’halluciner ? Avait-il sous-estimé les effets de la poussière sur son organisme déjà fragile ? – Fragile dans la tête, tellement cassable – Elle lui proposait une trêve. Elle lui proposait son soutien, bien peu assuré certes en comparaison de ce que lui était supposé lui offrir et qu’il ne pouvait lui fournir. Martial se tourna pour lui faire face, pour la voir dans la lumière qui bientôt déclinerait. Bientôt, s’endormir. « Depuis votre arrivée, vous avez su vous adapter. Non sans quelques… Heurts… » Ses pensées remontèrent à décembre. Si près. Si douloureuse, la jalousie dans son cœur et le dégoût dans sa bouche. « … Mais je n’ai aucune raison de vous confronter. A part au sujet de l’héritier, mais mes médecins sont sur le sujet. »

Il pouvait le faire. Le Martial enfoui au fond, l’enfant perdu et timide qui avait besoin de la présence rassurante d’une personne de confiance, il pouvait l’écouter. Juste cette fois. « Merci. De vos efforts. Et d’être là. »
Ses yeux ne la quittèrent pas. D’autant plus qu’il avait attrapé au vol son murmure. « Je ne pouvais pas le laisser vous salir de la sorte. Septimus a beau être un de mes conseillers les plus avisés, il n’est pas de son ressort ou du ressort de quiconque d’autre que nous de juger la situation de notre… couple. » Il avait hésité sur le dernier mot. Pouvait-il revendiquer leur existence à deux, fruit de manigances du pouvoir, comme un couple ?
Un doute horrible lui traversa l’esprit, et il le repoussa. Non. Il n’allait pas demander à sa femme s’il s’y prenait bien, enfin ! Evidemment qu’il savait comment faire !
Ne pas y penser.

« Si jamais il venait à vous importuner… Ou un autre membre des nobles du conseil, vous savez où me trouver. La protection contre les médisants et ce genre d’individus est bien la seule chose que je puis vous donner. »
La seule chose qu’il savait faire correctement.



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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyVen 6 Avr - 3:41

Les mots pesèrent sur le cœur de Séverine un instant.  Il était vrai qu'elle voyait rarement Martial ému.  C'était étrange.  Réprimait-il toujours ses émotions et était-il complètement différent de l'homme dur qu'elle croyait qu'il était?  En dehors de ses colères, elle n'avait jamais rien vu du tourbillon de sentiments qui l'habitaient.  Une fois de plus, elle réalisait avec violence qu'elle ne savait absolument rien de son époux.  Rien qui ne comptait.  Pourtant, il y avait bientôt un an depuis leurs noces et elle aurait dû mieux le comprendre.  Toutes ses tentatives sournoises du passé n'avait donc servi à rien au final.  Elle ne savait rien.  Un an gaspillé à manigancer sans résultat.  C'était désolant et Séverine commençait à croire que derrière la brusquerie et les manières de barbares, il y avait peut-être réellement un homme derrière son époux.  Si elle ne faisait pas attention, elle finirait complètement prise au piège de cette relation.  Elle ne devait pas devenir Belliférienne, la Cielsombroise en elle devait triompher.  Il parlait de ces heurts, et elle ne pouvait que constater qu'encore présents, ils n'étaient plus aussi volontaires qu'autrefois.  Se faisait-elle réellement à la vie en Bellifère?  L'idée la terrifiait.  Si elle relâchait sa haine, elle deviendrait une simple femme pot de fleurs et elle s'y refusait.  Elle ne voulait pas s'effacer pour simplement s'occuper des enfants.  Si on les laissait même les approcher ce dont elle doutait.  On lui reprocherait de les rendre trop cielsombrois.  Elle ne devait pas se résigner, il fallait qu'elle se reprenne, qu'elle trouve le moyen de devenir importante, réellement importante.  Qu'il la considère peut-être finalement pas une alliée, mais comme une amie.  Qu'elle se sente mieux acceptée, un peu utile.  Et elle se demandait si creuser les sentiments de son époux ne serait pas une façon de devenir un être vivant à part entière à ses yeux.

Le mot couple résonna entre un moment.  Séverine osa finalement lever les yeux vers Martial, intriguée.  Elle n'avait jamais considéré l'étrange duo qu'ils formaient ensemble comme un couple.  L'idée était nouvelle et plutôt étrange.  Elle avait du mal à s'y faire.  Étaient-ils réellement…  Non, ça ne pouvait pas être.  Elle refusait de nommer ce qu'ils étaient ainsi.  Époux, oui, mais un couple impliquait des sentiments réciproques, une certaine affection et elle était bien décidée à se garder de ce fléau.  Il faudrait qu'elle éprouve un peu de tendresse pour lui que tous ses espoirs s'effondreraient.  Castiel aurait sa petite victoire d'avoir vendue sa cousine qu'il n'aurait jamais appelée ainsi si cela ne lui avait pas été utile à gagner la main de son Erebienne.  Le portrait serait encore plus complet si elle s'écrasait comme les femmes de son duché d'adoption.  Combien il jubilerait le duc en sachant que son ennemie jurée était devenue aussi inoffensive qu'un oisillon.  Elle tenta de durcir son cœur.  Mais le pouvait-elle vraiment, devant cet élan diplomatique – elle ne voulait pas y donner d'autres noms – de Martial cherchant une trêve entre eux.  Et elle ne croyait pas que la protéger de tout ce que les gens pouvaient bien dire d'elle était la seule chose qu'il était capable de faire pour elle.

« Vous vous diminuez beaucoup trop Martial en prétendant simplement pouvoir me protéger des insultes et du mépris ouvert.  Peu de gens ont la délicatesse nécessaire pour apprécier mes nombreuses qualités, cela ne m'atteint pas. »

Était-ce vraiment vrai?  Elle avait été contente d'entendre le jeune duc prendre sa défense.  N'avait-elle pas été blessée d'entendre ces mots?  La satisfaction avait été grande de savoir que pour lui, leur relation n'avait à être commentée par personne.  Elle avait été emplie de reconnaissance en entendant ses mots.

« Vous m'avez aussi protégée quand le palais de Svaljärd était en feu, » ajouta-t-elle.  Elle évita de mentionner le passage à Ysgramor et le désastre qui en était sorti.  Elle ne voulait pas lui dire directement, mais elle se sentait en sécurité quand il était là.  Il n'avait pas le meilleur des sang-froid, mais elle savait pouvoir se reposer sur lui si la situation prenait un tournant inquiétant.  Elle ne pouvait pas trop le complimenter non plus.  Il ne fallait pas… il ne fallait pas qu'il se fasse de fausses idées.  Il ne fallait pas qu'il se mette à croire qu'elle avait de l'estime pour lui.

« Vous n'avez pas besoin de m'offrir protection.  Je ne suis pas une de ces femmes faibles de votre duché.  Je ne sais certes pas manier les armes, jamais je prétendrai avoir la force physique d'un homme, mais je ne suis pas une chose fragile, commença-t-elle avant de marquer une pause légère, Mais je crois bien que j'ai besoin de vous.  Il semblerait que nous formions une famille vous et moi.  Une bien étrange famille, mais c'est la seule que j'ai et je n'ai pas l'intention de tout perdre à nouveau. »

Elle avait le regard fier et défiant, elle gardait la tête haute et elle tentait de se montrer pleine d'assurance et de confiance.  Alors qu'en vérité, elle avait l'impression que tout ce qu'elle croyait être vrai ne l'était plus.  Elle n'avait jamais détesté Martial, mais elle s'était juré de ne pas l'aimer.  Elle ne l'aimait pas, elle en était sûre, mais éprouver cette sorte de compassion à son égard était… dérangeant.  Elle se sentait en position de faiblesse et c'était exactement ce qu'elle ne désirait pas.  Elle lâcha un soupir et reporta ses prunelles sur l'horizon.

« Un jour, vous aurez l'héritier que vous désirez.  Maari saura quand le moment opportun viendra. »

Pardon.  Elle mentait.  Plus que jamais, elle sentait qu'il était dangereux pour elle de laisser grandir en son sein l'enfant de Martial.  Elle devait redoubler de prudence pour continuer à prendre ses potions et qu'il ne lance pas une nouvelle perquisition dans ses appartements ou même dans tout le palais.  Elle ne s'en sortirait pas une seconde fois.  Il fallait beaucoup trop de chance pour le peu qu'il lui en restait.








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyDim 8 Avr - 0:55


Ne pas sombrer. Surtout, ne pas sombrer. Elle était là, la frontière entre le duc froid, l’homme décidé et fier, celui qui dirigeait Bellifère et Martial aux sentiments piétinés, refoulés, refusés. La différence éclatée et éclatante entre celui qu’il devait être et celui qu’au fond il avait gardé dissimulé.  Celui qui considérait les femmes comme importantes, presque des égales à bien des égards. Celui qui aurait voulu aimer celle qu’on lui avait donné pour épouse, la rendre heureuse juste pour qu’autour de lui, le monde soit un peu plus supportable. C’était un monde froid que celui de la cour, et s’il ne pouvait pas alléguer naviguer entre les hypocrites, beaucoup de gens rêvaient de vouloir reprendre le trône de sa lignée. Il ne pouvait les contenter eux. Il ne pouvait que contenter son peuple, et les gens proches de lui.
Et même ça, il ne savait pas le faire.
Ne pas sombrer. Ne pas se montrer homme, à nu devant elle. Une fois que l’on révélait sa faiblesse, on était fichu. Une fois qu’il se serait laissé aller, il n’aurait plus rien pour se protéger. Elle l’aurait connu, lui, comme un être et non comme la figure de pouvoir qu’elle devait respecter.
Cette figure de pouvoir qui affichait à nouveau un visage de marbre, sur lequel aucune émotion ne devait transparaître. Il n’osait pas croiser son regard à nouveau, parce qu’il savait que, plus que jamais, le Belliférien qu’il avait construit ne ferait pas le poids face à ses yeux. Il s’était jeté dans un piège de lui-même, en lui offrant cette pièce ! Il ne pouvait s’en prendre qu’à sa stupide envie de faire un cadeau à sa femme, pour le bonheur de la savoir heureuse – secrète satisfaction qu’il avait gâchée. Il aurait pu partager sa joie, il l’avait repoussée, par peur.
Et parce qu’un homme ne touchait pas une femme. Pas comme ça.

La surprise s’étala dans son regard. Il ne se diminuait pas. La dernière chose qu’il voulait, c’était bien de paraître diminué, même par ses mots !
« Je ne pouvais pas vous laisser mourir, à Svaljärd. Vous ou personne d’autre. » Il secoua la tête avec un haussement d’épaules. Pour ce qu’il avait fait… Il avait défendu Augustus. Mort, désormais. La famille impériale d’Ibélène était de plus en plus rare, et en danger. « Je n’aurais pas pu vous laisser seule face au danger. Ce n’est pas dans ma nature, dans mon éducation. Je ne laisse pas les gens mourir volontairement. »
Martial sentit un regain de … Quelque chose. Il ressentait la véritable Séverine, dans les phrases. Une fierté dans les mots, qui le touchaient et le blessaient dans son orgueil avant de finir par l’apaiser. Il y avait cette fierté, celle-ci même qu’elle lui avait opposé dans les premiers temps. Cette fierté qui lui avait manqué, inconsciemment, et il se prit à retenir un sourire à la teneur de ses mots.
Ne pas sombrer impliquait aussi ne rien ressentir pour elle. Il pouvait le faire. Il l’avait déjà fait.

« Je chercherai toujours à vous protéger. C’est quelque chose qu’il ne m’est pas possible de retenir entièrement. » Il se décala de la fenêtre, commençant à marcher vaguement, sans but. Tout pour ne pas recroiser son regard. « Vous n’êtes pas faible, selon vos critères. Mais la société où vous évoluez est plus brutale que celle où vous aviez l’habitude de vivre. Elle est plus riche, plus profonde que ça, mais… » Une hésitation. Un soupir.
« Qu’importe. » Ce qu’il pensait de son duché n’était pas à l’ordre du jour. « Il y a eu assez de pertes, dans ce palais. Nous ne vous perdrons pas également. »

Il était au centre de la pièce lorsque sa dernière phrase résonna. Il s’arrêta, un sourire navré aux lèvres. « Plus le temps passe, plus je me dis que les dieux ont décidé que la lignée de Bellifère arrivait à son terme. Cela fait deux générations que les enfants sont excessivement peu nombreux. Deux, à chaque fois. Peut-être que la faute vient de moi. » Qu’en plus de déshonorer le nom millénaire, il allait l’achever. L’enfant de Madeleine ne le porterait pas. Et lui…
Lui, il n’en aurait pas.  « Séverine. »

Le prénom résonna, presque comme s’il n’avait jamais passé ses lèvres. « Tenez. » Doucement, la clé qu’il gardait sur lui depuis qu'il l'avait sortie de la serrure fut tendue à sa femme. Il lui confiait un secret. Il lui confiait tout ce qu’il avait enfermé, dans cette pièce, et bien plus encore. « Elle est à vous. Je vous demanderai juste de ne pas y venir la nuit. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »


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Séverine de Bellifère
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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyVen 13 Avr - 20:20

Séverine se sentit quelque peu songeuse.  Bellifère était certes brutal comme le soulignait son époux, mais elle avait vécu des choses bien difficile qui avait raffermi son cœur.  Ce cœur de pierre qui ne songeait jamais à autre chose que son seul plaisir.  À sa vangence.  La duchesse n'avait rien de délicat dans l'âme depuis la mort de ses parents, contrairement à ce que sa frêle et mince silhouette supposait.  Elle était dure, implacable.  Du moins, elle tentait de s'en persuader en revoyant défiler dans son esprit toutes les tortures qu'elle infligerait à Castiel de Sombreflamme quand elle en aurait l'occasion.  Peut-être ne savait-elle pas salir elle-même ses mains, mais elle n'hésiterait pas à user de celles des autres, de leur faire faire le sale travail tout en restant elle-même pure de tout crime.  Son cousin était un danger et elle le ferait comprendre un jour ou l'autre à Martial qui ne se contenterait plus simplement de le haïr parce qu'il lui avait ravi sa cousine Madeleine.  Un jour viendrait et tous ses désirs enfouis depuis des années seraient enfin assouvis.  En silence, elle attendait son heure.  Et elle lui montrerait à lui aussi, que la barbarie des Bellifériens ne l'effrayait pas.  Que dans ce monde d'hommes où les femmes n'avaient pas même la liberté de parler avec leur raison, elle saurait se faire sa placer et y briller.  Même si elle devait en mourir, trépassée sous la main d'ennemis.  Elle irait la tête haute.  Avec ou sans sa protection.  Même si celle-ci était particulièrement désirable.

Elle ne se retourna pas, pas tout de suite, quand il s'écarta de cette fenêtre où ils avaient partagé un moment unique.  Elle-même s'efforçait de l'oublier.  Quoi qu'il en soit, ce trône dont elle n'avait pas voulu, ce mariage qui n'était que la mascarade d'un trafic humain dont elle avait été la victime humiliée, cet époux qui était encore un mystère insondable, tout cela un jour serait au creux de sa main.  Son visage chercha celui de son époux seulement lorsqu'il l'appela par son nom.  La clef lui était tendue comme un symbole de liberté.

Libre.  Comme une étoile filante.

Elle s'avança et tendit ses longs doigts pour s'emparer avec avidité de l'objet en question.  Un mince sourire se traça sur ses lèvres.

« Je le comprends, » murmura-t-elle tandis que la clef se glissait dans la poche de sa robe.  Plus tard, elle la ferait monter sur une chaîne qu'elle porterait autour du cou.  Toujours.  Car cette clef, c'était le plus beau cadeau qu'on lui eu jamais offert.  Même les somptueuses tenues dont l'avait toujours gâtée son père ne valait pas autant que ce petit objet.  Depuis la mort de sa grand-mère, rien n'avait eu autant d'importance.

Sa main désormais libre glissa sur le torse de Martial, se faufilant de son nombril jusqu'à sa poitrine, juste là où devait être son cœur.  Elle se hissa sur la pointe des pieds, pour réduire la distance entre ses lèvres et l'oreille gauche de son mari, lui qui était si grand.  Grand et fort.  Fait pour dégager un sentiment de sécurité pour ceux qui aurait l'heur de lui être chers.  « Mais je ne suis pas d'accord avec vous.  La lignée de Bellifère ne s'éteindra point.  Il suffit d'essayer encore, souffla-t-elle avec malice, Peut-être qu'un peu de Sombreciel vous apprendrait qu'il ne s'agit pas que d'un devoir inéluctable.  Et lorsque vous y aurez pris goût, l'héritier viendra de lui-même. »  Elle laissa filer entre ses lèvres un rire malicieux et amusé tandis qu'elle reprenait sa taille habituelle, campée sur ses chaussures à petits talons.  Sa main retomba le long de son corps et en quelques pas, elle était déjà dans l'encadrement de la porte.  Elle s'y appuya langoureusement, plus ou moins certaine de n'être surprise par personne dans cette partie si désertée du château.

« Un jour, mon fils trônera sur le siège de Bellifère dans la suite de vos grands accomplissements.  Prenez-moi.  Ici sur ce plancher poussiéreux, inondés par la lumière qui filtre par les vitres.  Dans mes appartements, sur les canapés, dans le lit, sur les tapis.  Faites-moi l'amour comme si j'étais Mirta elle-même et elle vous accordera sa faveur. »

Calculatrice, elle se cambra sans toutefois se montrer trop vulgaire.  L'amour n'était pas simplement un jeu des corps qui s'entremêlent.  Il y avait quelque chose de plus sacré encore dans tout cela.  Elle ne croyait pas qu'il soit assez mûr pour le comprendre.  Le fruit était encore trop jeune.  Elle ne pourrait pas le cueillir dans cette pièce même.  Pas encore.  Un jour peut-être.  « Je vous attendrai. »








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Message Sujet: Re: Un mot de trop   Un mot de trop EmptyMar 17 Avr - 21:44

Le moment était passé. Il pouvait se reconstruire et se soustraire à la vue de sa femme. Se soustraire à l’emprise des sentiments qui virevoltaient en lui, entre les idées et les souvenirs. Martial pouvait s’en sortir. Ne pas la laisser deviner la moindre de ses pensées, à nouveau, et s’enfermer dans cette armure dont il ne pouvait se dépêtrer ordinairement : Martial de Bellifère, le duc que tous connaissaient. Il se préparait, déjà, à reprendre ce rôle. A ne plus rien laisser transparaître sur son visage. A ne plus réagir comme si la douleur était importante. Comme si son cœur battait encore pour quelque chose ou quelqu’un. Il était là pour être pour les autres avant lui-même, bien que peu s’en rendent compte.
Il était là pour Bellifère. Pour que le duché trouve une grandeur et devienne éclatant. Il était là pour que son peuple ait un chef à suivre, un chef en lequel ils croyaient. Quelqu’un pour les guider, car personne ne s’en sortait sans duc. Il était là pour Bellifère, pour son peuple, et pour Ibélène.
Il n’était pas là pour lui-même. Les moments comme ceux-ci, où il laissait son véritable être s’exprimer, étaient rares. Ils se devaient de l’être. Un faible n’avait pas sa place sur le trône. Un homme qui pleurait l’enlèvement de sa cousine, qui regrettait son départ, n’avait pas sa place sur le trône.
C’était pour cela que personne ne devait le savoir. Personne ne devait savoir pour la peine qui l’habitait, la rage qui le hantait, cette horrible impression de vide. Personne ne devait savoir, non plus, sa peur de perdre pour toujours une seule autre personne de son entourage. Il en avait déjà perdu assez. Peur de l’abandon. Peur de perdre ceux qui lui étaient chers. Ermengarde. Madeleine. Séverine. Comme une trinité diabolique et féminine qui définirait sa vie.

La main tendue, la clé entre ses doigts, il attendait qu’elle la prenne. Il lui suffisait de s’en emparer, et il considérerait leur échange comme terminé. Il pourrait retourner aux problèmes du duché et à sa gestion. Prévoir d’aller remettre aux héros les décorations qu’ils méritaient. Les récompenser.
La clé quitta sa main. Elle retomba à son côté, et l’homme s’apprêtait réellement à repartir. Il ne s’attendait pas à ce qu’un contact s’initie. A ce que la conversation se poursuive, sur un sujet sur lequel il était pourtant sûr de connaître son avis. Ses yeux clairs plein de doutes, il les tourna vers le profil de sa femme. Lèvres entrouvertes, sans parvenir à émettre un seul son, alors que les pensées se bousculaient.
Il ne voulait pas apprendre. Il n’y avait pas de plaisir, dans la conception. Juste un besoin, celui de perpétrer la lignée. Celui de faire venir la vie. Ce n’était pas sensé être ce que les Cielsombrois en faisait. C’était un devoir, comme elle le disait si bien. Le devoir de survie.
Et pourtant… Pourtant, il aurait pu en douter, et il en doutait. Elle s’insinuait dans son esprit, vicieuse mais vraie. Elle ne le forçait en rien. Ce n’était qu’une suggestion.
Incapable de formuler une phrase, mais son regard glacier agité par des pensées indéfinissables, il la laissa s’échapper, s’éloigner de lui. Sur son torse, il sentait encore le toucher de sa main comme une trace brûlante.

La Cielsombroise qu’il avait enlevée se tenait là. Tentatrice. De ses lèvres parfaitement dessinées s’échappaient des mots qui l’empêchaient de penser correctement, alors que son corps commençait à connaître un désir bien trop souvent repoussé. Elle était là, offerte, dangereuse, sulfureuse, sachant exactement comment l’attirer à elle et comment en tirer avantage. Il tombait dans le piège, au fond de lui il en était persuadé.
Martial n’était pas complètement protégé. Il pouvait attendre, encore un peu. Ce n’était pas le duc qui devait partager ces instants avec elle. C’était lui. Il ne lui fallut que quelques pas pour la rejoindre, ses mains se posant sur sa taille, presque délicatement. Presque, car leur poigne était assurée, et il n’était pas près de la laisser disparaître.
« Je ne sais pas, ça. » murmura-t-il. « Elle n’est pas de ces déesses que j’honore, habituellement. » Ses yeux descendirent le long de son visage, brûlant d’un feu contenu ; ils s’attardèrent involontairement sur sa bouche, le retenant de peu de s’y pencher. Un jour, peut-être oserait-il. Le geste était trop intime, porteur d’une signification qu’il ne comprenait pas.

Le reste de ses pensées et ses espérances, de ces convenances qu’il gardait en lui, se mêlèrent rapidement en un tas confus qui fut rejeté au fond de son esprit. Même la frayeur des maladies qui pouvaient se glisser dans leur rencontre ne fut pas assez forte pour le dissuader. Balayée, avec les autres.
La porte du futur observatoire se referma sur eux, gardant pour cette pièce la conclusion de leur discussion, bien loin des cris et des menaces que leurs rencontres promettaient souvent.
Ce n’était pas l’urgence ou l’ennui, le devoir ou le besoin, primal, qui le guidait. Pas cette fois. Loin des assauts conjugaux les plus violents, des étreintes froides, de l’automatisme presque de l’acte qu’il s’était imposé, c’était autre. C’était presque innocent, presque une première fois, sans doute la première où il ne se focalisait pas uniquement sur le devoir et son héritier. C’était humain, possessif et hésitant, comme s’il se révélait, juste un peu.
C’était vrai, avant tout. Mené par autre chose que par l’impression qu’il devait le faire.
C'était vrai. C'était Martial, loin de tout apparat guerrier et ducal. Juste Martial, qui peut-être pour une première fois se laissait aller à l'aimer.
Après tout, personne d'autre qu'eux ne pourrait en témoigner.



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